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الإنجليزية — Dans la Gloire du Pere- Une Biographie de Baha'u'llah.txt
Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Hasan M. Balyuzi, Dans la Gloire du Pere: Une Biographie de Baha'u'llah, bahai-library.com.
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È
DANS LA GLOIRE DU PÈRE

Une biographie de bahá’U’lláh

du même auteur :

Bahá’u’lláh

a brief life, followed by an essay entitled

The word made flesh

The BáB

The herald of the day of days

‘aBdu’l-Bahá

The Centre of the Covenant of Bahá’u’lláh

edward Granville Browne and The Bahá’í faiTh

muh∂ammad and The Course of islám

photo de couverture : entrée du tombeau de bahá’u’lláh à bahjí, acre, israël.
© brigitte aiff
dans la gloire du Père

Une biographie de bahá’U’lláh

h. m. Balyuzi

tradUction pierre Spierckel

maison d’édiTions Bahá’íes

Bruxelles

GeorGe ronald, PuBlisher
46 hiGh sTreeT, KidlinGTon, oxford, ox5 2dn

© h.m. Balyuzi 1980

all riGhTs reserved

© Pour la TraduCTion française

maison d’édiTions Bahá’íes

205, rue du Trône

1050 Bruxelles, BelGique

d/1547/2005/2

isBn 2-87203-068-9

imprimé en belgique

les principes humanitaires et spirituels énoncés par Bahá’u’lláh, il y a des
dizaines d’années, au n fond de l’orient, et qu’il élabora en un système
cohérent, sont considérés les uns après les autres, par un monde inconscient
de leur origine, comme des signes de progrès de la civilisation. et le
sentiment que l’humanité a rompu avec son passé et que les vieux principes
ne sont plus utiles devant les urgences du temps présent rend tout homme de
réflexion perplexe et consterné, à l’exception de ceux qui ont appris à
trouver dans l’histoire de Bahá’u’lláh le sens de tous les prodiges et présages
de notre temps. Shoghi effendi Voici l’histoire de bahá’u’lláh,

dédiée à la gloire inaltérable de son arrière-petit-fils, l’auteur des lignes ci-
dessus,

le gardien de la foi bahá’íe.

préface à la version française

alí nakhjavaní
C’esT en 1938 que m. Balyuzi écrivit sa première biographie du fondateur
de la foi bahá’íe sous la forme d’un petit livret intitulé : Bahá’u’lláh. shoghi
effendi, le Gardien de la foi bahá’íe fut heureux d’inclure cet essai dans le
volume viii du Bahá’í world. il écrivit aussi à l’assemblée spirituelle
nationale des îles britanniques en exprimant l’espoir que m. Balyuzi écrirait
d’autres ouvrages sur la vie du Báb et sur celle de ‘abdu’l-Bahá.

après le décès de shoghi effendi en 1957, m. Balyuzi pensa que le centenaire
de la déclaration de Bahá’u’lláh serait une occasion parfaite pour augmenter
le contenu de son premier essai. ainsi le livret devint un livre et fut publié en
1963

sous le titre de bahá’u’lláh, a brief life.

m. Balyuzi termina en 1971 sa biographie de ‘abdu’l-Bahá et en 1973 celle
du Báb, complétant ainsi la trilogie envisagée par le Gardien. il put de
nouveau se consacrer à l’enrichissement de la biographie de Bahá’u’lláh,
d’autant plus que beaucoup de nouveaux documents étaient maintenant
accessibles.

le fruit de ses nobles efforts sera bahá’u’lláh, the king of glory, publié en
1980 qui présente en un seul volume tous les documents alors disponibles
sur la vie de Bahá’u’lláh.

la traduction française de cette troisième et dernière tentative de m. Balyuzi
pour écrire une biographie historique de Bahá’u’lláh est une étape
importante dans les annales de l’édition bahá’íe francophone. les premiers
érudits européens qui s’intéressèrent à la nouvelle religion et qui écrivirent
longuement sur son histoire et sur ses enseignements étaient tous des
orientalistes français. le premier centre bahá’í établit sur le sol européen fut
ouvert à Paris au début du vingtième siècle.

la première encyclopédie à proposer un article sur les bábís fut le Grand
larousse du xixe siècle. il est donc juste que les bahá’ís des pays
francophones puissent lire, enfin, cette biographie exhaustive de Bahá’u’lláh
en français.

dans la Gloire du Père

dans dieu passe près de nous shoghi effendi divise la vie de Bahá’u’lláh en
quatre périodes :

1. les vingt-sept premières années sont caractérisées par les avantages que sa
haute naissance et la richesse lui confèrent, ainsi que par sa constante
sollicitude pour les intérêts des pauvres, des malades et des opprimés.

2. les neuf années suivantes le montrent actif et exemplaire dans la
propagation de la religion du Báb.

3. elles sont suivies par quatre mois d’emprisonnement dans le síyah-Chál de
Téhéran, au cours desquels sa vie sera constamment en danger.

4. les trente-neuf années de son glorieux ministère qui, d’après shoghi
effendi,

« est sans parallèle dans les annales religieuses de toute l’histoire humaine. »

dans le même ouvrage, shoghi effendi évalue le rang du fondateur de la
religion bahá’íe. il l’appelle : « celui que la postérité acclamera, et que
d'innombrables partisans reconnaissent déjà, comme le juge, le législateur et
le rédempteur de toute l'humanité, comme l'organisateur de la planète tout
entière, l'unificateur des enfants des hommes, l'inaugurateur du millénaire
tant attendu, le promoteur d'un nouveau

" cycle universel ", le fondateur de la très grande paix, la source de la très
haute justice, le proclamateur de la majorité de toute la race humaine, le
créateur d'un nouvel ordre mondial, l'inspirateur et le fondateur d'une
civilisation mondiale. » 2

dans le livre de la certitude, Bahá’u’lláh définit la nature et le rang des
manifestations de dieu : « la porte de toute connaissance de l'ancien des jours
se trouve ainsi fermée à la face de tous les êtres, [...] celui qui est la source
de grâce infinie a fait surgir du royaume de l'esprit, sous la forme du temple
humain, ces gemmes lumineuses de sainteté, et il les a manifestées aux
hommes, pour qu'elles puissent communiquer au monde les mystères de
l'Être immuable et lui expliquer les subtilités de son impérissable essence. »
3 éclairé par le principe général qui précède, on peut lire ce qui suit dans une
des prières de Bahá’u’lláh : « ô mon dieu, lorsque j’envisage la relation qui
me lie à toi, j’ai envie de proclamer au monde « en vérité je suis dieu ! » ; et
lorsque je me regarde, je me découvre plus grossier que la glaise. » 4

si les disciples de la religion de Bahá’u’lláh considèrent sa révélation comme
l’accomplissement et le couronnement glorieux des révélations précédentes,
ils

PréfaCe à la version française

croient aussi, comme l’écrit le Gardien de la foi bahá’íe, qu’elle « maintient
sans aucun compromis les vérités éternelles qu'elles recèlent, reconnaît
fermement et de manière absolue l'origine divine de leurs auteurs, préserve
de toute violation la sainteté de leurs écritures authentiques, rejette toute
intention de diminuer le rang de leurs fondateurs ou de déprécier les idéaux
spirituels qu'ils inculquent, éclaircit et coordonne leurs fonctions, réaffirme
leur but commun, immuable et fondamental, réconcilie leurs revendications
et leurs doctrines en apparence divergentes et admet sans difficulté, et avec
gratitude, leurs participations respectives dans le déploiement graduel d'une
révélation divine. Cette révélation reconnaît sans hésiter qu'elle est un simple
maillon de la chaîne des révélations en continuel développement ; elle ajoute
à leurs enseignements des lois et ordonnances obéissant à d'impérieuses
nécessités, lois et ordonnances dictées par la réceptivité croissante d'une
société en évolution rapide et toujours en transformation ; enfin, elle se
déclare prête et à même d'unir et de faire fusionner ces révélations divisées
en sectes et en factions opposées, pour établir une fraternité universelle qui
œuvre dans le cadre et en accord avec les préceptes d'un ordre divinement
conçu, ordre unificateur et rédempteur pour le monde » 5

mon espoir est que ce livre aidera le lecteur - le bahá’í comme celui qui
étudie les enseignements et les revendications de Bahá’u’lláh - à mieux
comprendre sa vraie nature et le but de sa mission. Bahá’u’lláh a accepté les
souffrances, les revers et les persécutions afin que l’humanité, dont la
maturité approche, considère de plus en plus la terre comme un seul pays et
les êtres humains comme ses citoyens. Bahá’u’lláh ajoute que puisque
l’humanité approche de sa maturité, elle a besoin d’un renouvellement de la
religion : « de même que le corps de l'homme a besoin d'un vêtement pour
l'habiller, de même il faut que le corps de l'humanité soit revêtu du manteau
de la justice et de la sagesse. sa robe est la révélation qui lui est accordée par
dieu. »6

décembre 2004
áqá rid∂á-i-Qannád-i-Shírází

áqá h∆usayn-i-áshchí de káshán

nabíl-i- a’z∂am, Mullá Muh∂ammad-i-Zarandí

préface du traducteur

CeTTe biographie de Bahá’u’lláh fait suite à la chronique de nabíl qui
rapporte les événements tragiques marquant la courte vie du Báb, dont l’une
des missions fut de préparer la venue de celui-que-dieu-manifestera :
Bahá’u’lláh.

dans ces pages, le lecteur découvrira - phénomène récurrent mais rare dans
l’histoire du monde - la vie d’une manifestation de dieu, ses joies, son
courage devant l’adversité, sa souffrance face à la trahison et à l’injustice, sa
détermination devant les obstacles, son amour des hommes, sa patience
envers ses adversaires, sa droiture devant les autorités et sa simplicité avec
les gens qui l’entouraient, sa confiance et sa résignation enfin devant les
drames qui l’affligèrent. C'est, à ce jour, le récit historique le plus complet
sur la vie de Bahá’u’lláh et des compagnons qui le suivirent dans ses exils
successifs. histoire de dévotion et de dévouement, d’abnégation et de
sacrifices, illustration de la lutte immémoriale du bien et du mal, du jour et
de la nuit, exemples de force d’âme et de fidélité illustrés par les
témoignages inestimables des témoins même de ces événements. en effet, m.
Balyuzi a choisi de diversifier ses sources et en donne la liste dans sa préface
: à part quelques documents et témoignages divers, mes sources principales
ont été : la partie inédite de l’immortelle chronique de mullá muh∂ammad-i-
zarandí, nabíl-i-a’z∂am, les souvenirs de áqá h∂usayn-i-áshchí et le récit de
áqá muh∂ammad-rid∂áy-i-qannád-i-shírází.

áqá h∂usayn est le ls de áqá muh∂ammad-Javád-i-Káshání, un des premiers
bábís.

orphelin très jeune, il fut emmené à Bagdad où il grandit dans la maison de
Bahá’u’lláh. il en devint nalement le cuisinier. C’est pourquoi on le connaît
sous ce surnom de áshchí, le faiseur de bouillon.
en décembre 1924, áqá h∂usayn-i-áshchí, très âgé, se préparait à mourir
quand shoghi effendi, le Gardien de la foi bahá’íe, demanda à áqá ‘abdu’r-
rasúl-i-mans∂úr-i-Káshání de s’asseoir près de son lit et de noter tout ce que
le mourant pouvait se souvenir des événements des sept décennies passées.
l’histoire que ‘áshchí avait à dire est fascinante, et le rapport étroit entre les
réminiscences d’un vieil homme proche de la mort et le récit de áqá rid∂áy-i-
qannád est étonnant.

dans la Gloire du Père

áqá rid∂á, natif de Chiraz, con seur de profession et fervent disciple de
Bahá’u’lláh, resta toujours à ses côtés depuis la période de Bagdad jusqu’à
son ascension. il servit ensuite ‘abdu’l-Bahá avec autant de zèle et de
dévotion jusqu’à sa mort en 1912, alors que ‘abdu’l-Bahá était en amérique.

áqá rid∂á a indiqué qu’il écrivit son récit à la demande de nabíl-i-a’z∂am et
qu’il en commença la rédaction au début des années quatre-vingt du dix-
neuvième siècle. dans la copie que je possède, les dernières pages de la copie
de son passionnant récit sont manquantes et la date exacte ne peut
malheureusement être précisée. J’espère qu’il existe une copie complète
quelque part et qu’on la trouvera, mais il est possible que áqá rid∂á n’ait pas
terminé son inestimable récit.

la grande valeur de ces deux documents tient au fait que leurs auteurs furent
des témoins visuels des événements et non des compilateurs de souvenirs et
d’anecdotes qu’on leur aurait racontés. les deux hommes furent
personnellement impliqués dans les événements qu’ils décrivent.

la chronique de nabíl-i-a’z∂am n’a pas besoin d’être présentée. son premier
tome publié en anglais sous le titre : the dawn-breakers, l’a déjà fait
connaître. dans la partie inédite, nabíl, comme áqá rid∂á et áqá h∂usayn,
relate principalement des événements ou des incidents dans lesquels il est
impliqué et qu’il a vus de ses propres yeux.

l’autobiographie de h∂ájí mírzá h∂abíbu’lláh afnán retrace les mois qu’il
vécut à proximité des résidences de Bahá’u’lláh et son importance est
capitale. Je suis reconnaissant envers mon cousin abu’l-qásim afnán de
m’avoir fourni ce texte précieux écrit de la main de son père, et pour m’avoir
aussi prêté d’autres documents de grande valeur historique.

les paroles de Bahá’u’lláh rapportées par les différents chroniqueurs et citées
dans ces pages n’ont pas la valeur de ses écrits. C’est un point sur lequel on
se doit d’insister. il se peut que ce soient parfois ses propres paroles, mais
personne ne prenait de notes en ce temps-là. la chronique de nabíl est d’une
autre catégorie, l’auteur lisant habituellement à Bahá’u’lláh ce qu’il l’avait
entendu dire ; cependant aucune de ces paroles n’a de valeur scripturaire.

le lecteur occidental trouvera beaucoup de noms persans dif ciles à lire, mais
il est impossible de ne pas mentionner, dans une biographie de Bahá’u’lláh,
ceux qui ont eu un rapport ou un autre avec lui ; et la seule manière de les
identi er c’est leur nom, même s’il est très compliqué. les Persans n’avaient
pas de nom de famille. une personne était désignée par une combinaison de
préfixes et de suf-

PréfaCe du TraduCTeur

fixes autour de son prénom qui évitait de la confondre avec une autre, soit
par le nom de son lieu de naissance : mazandéraní, is∂fahání, shírází, soit par
un préfixe ou un suffixe honorifique.

quelques exemples :

siyyid = descendant de muh∂ammad.

mírzá = n’a aucun sens par lui-même, mais peut remplacer siyyid ou être
utilisé en même temps. après le nom, il désigne un prince royal.

Khán = fut un titre qui perdit peu à peu tout sens, mais resta honorifique.

h∆ájí ou h∆ájj = indiquait un pèlerinage à la mecque.

mashhadí ou Karbilá’í = en préfixes, indiquaient un pèlerinage à l’une de ces
villes ; en suffixes, le lieu de naissance.
les souverains persans donnèrent aussi de nombreux titres qui, parfois, dési-
gnaient un rang ou une profession mais qui, rapidement devinrent absurdes
et furent officiellement supprimés dans les années vingt du vingtième siècle.
ils se terminent par le mot « dawlih ».

nous avons utilisés des caractères particuliers pour écrire des lettres qui
n’existent pas en français et dont nous indiquons ci-dessous le son
équivalent approxi-matif : sh = ch, ch = tch, d∂ = z, a = é, i = é, á = â, í = î…
Certaines lettres n’ont pas de son particulier mais représentent des lettres
particulières : h∂, z∂... Certains signes traduisent des sons discrets : ‘= un h
muet. Pour aider le lecteur français, on a choisi d’écrire en français les noms
de lieux et de villes qui ont une graphie connue dans cette langue.

les citations sont reprises de la dernière traduction en date disponible,
notamment celle approuvée par la Commission de traduction . les textes
traduits par l’auteur furent repris lors de la traduction et sont signalés.

la traduction en français du livre de m. Balyuzi fut un travail d’équipe et le
traducteur tient à remercier ici mmes Parivash ardei, zakia nasra, mirabelle
weck, annette zahrai, margarita zahrai ; dr Philippe réhel ; mm louis hénuzet,
ezzat zahrai et michel zahrai pour leur rôle dans la réussite de cette
entreprise.

Pierre spierckel

21 avril 2005 / rid∂ván 162

introduction

la Perse, terre ancienne d’où s’éleva, il y a trois mille ans, la voix de
zoroastre appelant les hommes à la pensée juste, à la parole juste et à l’acte
juste, est le berceau de la religion bábíe-bahá’íe. C’est un immense territoire
de 1 626 000

km2 où les villages et les villes sont construits à une altitude moyenne de
1500 m.

sur le plateau iranien on trouve des sommets de 5800 m qui culminent au
mont damávand au nord. son sommet couvert de neige éternelle est visible
de Téhéran.

au-delà de la chaîne de l’elbourz dont fait partie le mont damávand,
s’étendent les provinces caspiennes de Gilán et de mazandéran, à la
végétation luxuriante et aux épaisses forêts. le massif de zagros à l’ouest
descend vers la plaine irakienne, le pays des deux fleuves : le Tigre et
l’euphrate. il fut un temps où l’irak faisait partie de l’empire perse dont les
empereurs passaient l’hiver dans la ville de Ctésiphon où l’on peut voir
encore la célèbre arche de Chosroes, sur les rives du Tigre. au centre et à
l’est du plateau iranien s’étendent de grands déserts inhospitaliers : dasht-i-
Kavír et dasht-i-lúπ∂, ornés sur leurs limites de villes oasis telles que yazd et
Kirmán qui ont résisté courageusement aux ravages des siècles, de la nature
et de l’homme. au nord-est, près de la frontière avec ce qui fut l’union s o v i
é t i q u e , o n t r o u v e l a v i l l e s a i n t e d e m a s h h a d q u i imam,
‘alí ibn músá’ar-rid∂á. la mosquée de Gawhar-shád dont le mausolée de
l’imam rid∂á fait partie est un joyau d’architecture considérée comme l’une
des plus belles structures du monde. voici comment la décrivait un anglais
qui, vêtu à la persane, osa y pénétrer :

me précipitant au travers du sombre bazar, je trouvai le dôme que je
contournai à gauche et, arrivé dans une cour ouverte, je m’arrêtai un instant,
presque aveuglé par la fanfare de couleurs et de lumière qui m’accueillit. on
aurait dit qu’un autre soleil s’était allumé. le rectangle n’était qu’un jardin de
turquoise, de rose, de rouge vif, de bleu profond, avec des touches de
pourpre, de vert et de jaune parmi les allées couleur brique.

dans la Gloire du Père

de grandes arabesques blanches ornaient les arches des ivan (portique,
galerie ouverte) qui, eux-mêmes, cachaient d’autres jardins, plus ombrés,
plantés de fritillaires. les grands minarets sur les côtés du sanctuaire
montaient haut depuis leur base encerclée de lettres cou ques de la taille d’un
garçon, incrustées d’un réseau de losanges étincelants, et encadraient le
dôme arrondi, bleu océan, décoré de vrilles jaunes. mais dans toute cette
diversité, le principe d’unité, l’étincelle de vie de cette apparition
aveuglante, venait de deux grands textes : l’un, une frise écrite en lettres
blanches de style suls courait sur un fond bleu gentiane au sommet des
bâtiments qui entouraient le rectangle de la cour ; l’autre, dans le même
alphabet, en lettres blanches et jaunes sur fond saphir, se mêlait à un
alphabet cou que couleur turquoise et courait sur la bordure intérieure et le
long des trois côtés de l’arche de l’ ivan principal, entre les minarets. on
raconte que ce dernier texte fut dessiné avec foi en dieu par ‘Baisanghor, ls
de sháh rukh, ls de Timour Gurkani (Tamerlan) en 821 (1418). ‘Baisanghor
[Báysunqur] est ce grand calligraphe qui célébra la muni cence de sa mère,
Gohar shad, par une inscription dont la splendeur explique dé nitivement la
joie que ressent l’islam en écrivant sur les murs de son architecture.1

la deuxième ville sainte d’iran est qom, au sud de la capitale, où l’on
rencontre un autre mausolée célèbre, celui de ma’s∂úmih, une des sœurs du
huitième imam.

C’est à qom, autour du sanctuaire de ma’s∂úmih, que quelques-uns des
monarques safavides et qadjars sont enterrés. Plus au sud encore, sont deux
des plus célèbres villes d’iran : à 414 km de Téhéran, au cœur du pays,
ispahan la ville préférée de

‘abbás le Grand dont on a dit : is∂fahán, nis∂f-i-Jahán (ispahan : la moitié du
monde), et à 895 km de la capitale, Chiraz où l’aube se leva en l’an 1844.
C’est la ville de sa’dí et de h∂á z∂, la ville préférée d’un dirigeant
bienveillant et exemplaire, Karím Khán-i-zand dont sa’dí a chanté la
louange.2

ô divine et bénie sera l’aube

qui me trouvera de nouveau traversant

le col alláh-u-akbar allant vers Chiraz.

ô, voir encore ce paradis sur terre

où séjourne la sécurité

et non l’oppression du manque et de la disette.

au dix-neuvième siècle, ces villes de grand renom furent négligées et ruinées
inTroduCTion

par les qadjars. le fondateur de cette dynastie, aghá muh∂ammad Khán
s’empara de quelques-unes des majestueuses structures érigées par Karím
Khán à Chiraz et, à ispahan, sulπán-mas’úd mírzá, le z∂illu’s-sulπán, ls aîné
de nás∂iri’d-dín sháh, dé gura les beautés prodiguées à cette ville par ‘abbás
le Grand. C’est près de Chiraz que sont situées les ruines monumentales de
Persépolis, le magni que palais d’apádáná élevé par darius et xerxés et
incendié par alexandre le Grand, ainsi que naqsh-i-rustam, la tombe des rois
achéménides.

entre Chiraz et le littoral du Golf Persique on traverse des chaînes de
montagnes aux sommets élevés et aux cols dif ciles d’accès avant que le
plateau ne descende jusqu’au niveau de la mer. au sud-ouest on trouve à la
fois les puits de pétrole et les ruines de la ville de suse (shúsh) qui connut de
grands rois et daniel, le prophète des israélites. au-delà du Khúzistán, la
province des puits de pétrole, on trouve les provinces du luristán et du
Kurdistan. la chaîne de zagros avec son sommet le plus élevé, l’alvand,
traverse ces territoires fréquentés par les lurs et les Kurdes, héritiers de
grandes traditions et vaillants guerriers. sur ses parois de puissants rois
d’antan ont fait graver leur histoire. C’est aussi là que se nichent deux autres
villes célèbres : Kirmánsháh et hamadán. Près de hamadán se trouve
ecbatane, la ville des mèdes. en n, c’est au nord-ouest, près des frontières
turque et anciennement soviétique, qu’est la ville de Tabriz, illustre capitale
de sháh ismá’íl, fondateur de la dynastie des safavides, dont la terre fut
sancti ée au milieu du dix-neuvième siècle par le sang sacré qu’elle but : le
Báb y fut exécuté en 1850.

les territoires situés au nord de la rivière aras faisaient partie de l’empire
iranien avant d’en être soustraits sous le règne de fath-’alí sháh. C’est non
loin de la rivière aras (l’araxes des Grecs) que le Báb passa de nombreux
mois en captivité et c’est h∂á z∂ de Chiraz, la ville de naissance du glorieux
Báb, qui écrivit3 : si tu souffles, ô zéphyr, sur les berges de l’aras,

Baise la terre de cette vallée et y rafraîchis ton haleine.
voilà l’iran d’aujourd’hui que les disciples de Bahá’u’lláh, où qu’ils soient,
reconnaissent comme « la terre sacrée d’iran », le berceau de leur religion.
en parlant de son futur, ‘abdu’l-Bahá, ls de Bahá’u’lláh et le Centre de son
alliance,

dans la Gloire du Père

écrivait : « le gouvernement du pays natal de Bahá’u’lláh deviendra le plus
respecté de tous les gouvernements et… l’iran deviendra le plus prospère des
pays. »4

mais au début du dix-neuvième siècle, la Perse devenait rapidement le plus
sombre des pays. le joug monstrueux des qadjars venait juste de se poser sur
le cou d’une nation étourdie par des coups successifs. dirigés par des rois
ignorants et avares, gouvernés par des fonctionnaires vénaux et des
propriétaires terriens rapaces prenant exemple sur leur brutal souverain, les
Persans sombraient dans l’hébétude. le pire de la nature humaine et les tares
les plus haïssables de l’être humain dominaient. on ne rencontrait que
férocité, envie et cruauté. la Perse devint intellectuellement affamée et
moralement corrompue. Prétentieux et intéressé, le clergé manipulait un
peuple crédule au gré de ses rivalités insensées, de ses décisions absurdes et
de ses déclarations contradictoires ; spirituellement la Perse devint
moribonde. soixante-dix ans auparavant, dans une ville de la côte où
résidaient et commerçaient de nombreux étrangers, le gouverneur, sentant la
nécessité d’une justice civile, avait établi un tribunal et placé à sa tête un
sage enturbanné et bien versé dans la jurisprudence islamique.
immédiatement les religieux s’écrièrent qu’un tribunal civil était ∏ághút,
une idole de l’arabie pré-islamique. le gouverneur leur dit alors que, s’ils
choisissaient parmi eux celui qui devait être le juge et qu’ensuite tous
promettaient d’obéir à ses décisions et de les appliquer, lui, gouverneur,
dissoudrait immédiatement ce tribunal civil. mais ils furent incapables de
faire le pas qui concéderait la suprématie d’un des leurs sur les autres. le
tribunal civil subsista et prospéra au grand dam du clergé. il y avait
naturellement des exceptions importantes à ce déclin généralisé ; mais ces
exceptions ne servaient qu’à con rmer la règle.
les manifestations de dieu apparaissent toujours parmi le peuple le plus
dépravé et le plus amoral de leur temps, dans le pays le plus sot et le plus
opprimé.

moïse vint vers un peuple d’esclaves qui n’avait plus de respect pour lui-
même et qui était la proie de ses imaginations. il mit au dé à la fois la
puissance du tyran et l’égarement de son propre peuple et il vainquit les
deux. Jésus apparut dans les rangs les plus bas du même peuple, les enfants
d’israël, qui avait de nouveau oublié son droit de naissance, était tombé en
servitude et avait oublié les conseils et les avertissements de ses prophètes. il
souffrit profondément entre ses mains et aux mains de ses oppresseurs. mais
à la n il triompha. muh∂ammad, le prophète arabe,

inTroduCTion

se leva parmi des idolâtres, grossiers et agressifs, qui enterraient leurs lles
vivantes, sans lois et prédateurs. d’un peuple disparate et mélancolique il t
une nation uni ée, lui donna des lois, une vision et une compréhension
communes et lui apprit à adorer le seul vrai dieu. et au dix-neuvième siècle,
dans l’ancien pays d’iran, parmi un peuple pataugeant dans l’ignominie,
apparurent deux manifestations de dieu : l’une, de pure lignée, descendant
du prophète arabe, l’autre issue de la maison royale d’iran qui dirigea le pays
avant l’islam. elles avaient le pouvoir de recréer la vie, de conférer aux
hommes une deuxième naissance. dans ces ténèbres presque impénétrables,
parmi la noirceur du fanatisme, de l’ignorance et de la rapacité qui
enveloppaient le peuple iranien, l’étoile de leur religion brilla comme un
million de soleils illuminant, pour d’innombrables hommes et femmes, le
chemin vers d’héroïques actions. et elles ne s’adressaient pas qu’au peuple
iranien, leur appel était destiné à toute l’humanité. elles souffrirent
gravement elles aussi, comme Jésus de nazareth et muh∂ammad le
mecquois. mais l’histoire n’offre aucun exemple de quelqu’un qui, osant
lever la main pour blesser le Báb, ou Bahá’u’lláh, ou leurs disciples, put
échapper aux conséquences de ses actes.

les pages qui suivent relatent l’histoire de Bahá’u’lláh ainsi que l’histoire de
la chute d’une nation sous le joug des qadjars.
prologue

la grandeur confondante, la majesté envoûtante et la beauté attendrissante de
la vie d’une manifestation de dieu ne peuvent s’inscrire dans le seul cadre
d’événements associés habituellement à une vie sainte. l’immensité d’une
telle vie se voit dans la mystérieuse influence qu’elle exerce sur
d’innombrables autres vies, influence qui n’agit pas au travers d’un statut
social ou de prestige, de richesse, de pouvoir séculier ou de domination
terrestre, ni même au travers d’une connaissance supérieure ou de la force
d’une réussite intellectuelle.

la manifestation de dieu est l’archétype et sa vie est le modèle suprême. sa
vision, dépassant le temps et l’espace, embrasse le passé et le futur. elle est
le lien nécessaire et suffisant entre un cycle d’évolution sociale et le suivant.
sans elle, l’histoire n’a pas de sens et toute coordination est impossible. de
plus, la manifestation de dieu libère de profondes réserves de pouvoir
spirituel et réveille les forces latentes de l’homme. C’est par elle, et par elle
seule que l’homme peut connaître une « nouvelle naissance ». C’est par elle
et par elle seule que l’homme peut connaître dieu.

mírzá h∆usayn ‘alí núrí que l’histoire connaît sous le nom de Bahá’u’lláh (la
Gloire de dieu) naquit à l’aube du deuxième jour du mois de muh∂arram,
1233 de l’hégire, c’est-à-dire le 12 novembre 1817, à Téhéran, capitale de la
Perse.

ascendance de bahá’u’lláh

Bahá’u’lláh descend des monarques préislamiques iraniens. sa famille est
originaire d’une région, au bord de la mer Caspienne, protégée par les hauts
sommets de la chaîne de l’alborz et dont les habitants, pendant de longues
années après la victoire des armées arabes, continuèrent de dé er
l’envahisseur, refusant le nouvel ordre social et la nouvelle religion qu’il
apportait. lorsque nalement ils s’inclinèrent devant l’inévitable, ce n’est pas
au système accepté par la majorité des musulmans et représenté par le califat
de Bagdad qu’ils se plièrent mais au chiisme de la variété zaydí. les siècles
suivants virent fleurir un certain nombre de dynasties et de petits royaumes
qui protégeaient leur autonomie dans les profondeurs des épaisses forêts des
rives de la mer Caspienne et l’immensité des montagnes.

Curieusement, lorsque sháh ismá’íl uni a l’iran par son allégeance aux
imams apostoliques de la famille du prophète, áqá rustam-i-rúzafzún, le
dernier de ces ers potentats, refusa de reconnaître son autorité et choisit le
parti de muh∂ammad Khán-i-shaybání (aussi connu sous le nom de shaybak
Khán), le chef ouzbek et sunnite de la Transoxiane qui chercha à
contrecarrer les ambitions safavides. mais le destin en décida autrement,
shaybak Khán fut battu et perdit la vie. on raconte que lorsqu’un partisan de
sháh ismá’íl jeta sur ses genoux la main coupée du chef ouzbek, áqá rustam
en mourut de frayeur.

on peut faire remonter la généalogie de Bahá’u’lláh jusqu’à yazdigird iii, le
dernier monarque sassanide à occuper le trône iranien. le principal de l’école
zoroastrienne de yazd, ustád Javánmard, posa sept questions à Bahá’u’lláh
dont la dernière concernait ses ancêtres. les réponses se trouvent dans
l’épître Shír-Mard (homme-lion), du titre donné à son destinataire par
Bahá’u’lláh, épître connue aussi sous le titre lawh∂-i-haft-pursish. á la
septième question, Bahá’u’lláh répondit en faisant référence à la généalogie
élaborée par mírzá abu’l-fad∂l-i-Gulpáygání. des années plus tard, en 1320
de l’hégire (10 avril 1902-30 mars 1903), áqá Khusraw Bimán, d’origine
zoroastrienne aussi, visitant la Terre sainte

dans la Gloire du Père

Mírzá ‘abbás, connu sous le titre de Mírzá buzurg, Vazír-i-núrí, le père de
bahá’u’lláh

asCendanCe de Bahá’u’lláh

demanda à des bahá’ís résidents* des informations sur les ancêtres de
Bahá’u’lláh.

Cette demande fut présentée à ‘abdu’l-Bahá qui, lui aussi, les renvoya à
mírzá abu’l-fad∂l-i-Gulpáygání qui visitait alors les états-unis. la réponse de
ce dernier à áqá Khusraw Bimán fut plus tard publiée à Bombay dans une
brochure.
mírzá abu’l-fad∂l, nommé par le Gardien de la foi bahá’íe sur la liste des
dix-neuf « apôtres de Bahá’u’lláh », était un homme d’une érudition rare,
toujours inégalée parmi les disciples de Bahá’u’lláh aussi bien d’orient que
d’occident.

dans sa réponse à áqá Khusraw Bimán, il explique comment son intérêt pour
la généalogie de Bahá’u’lláh s’est éveillé et comment ses recherches le
conduisirent à yazdigird iii, dernier des monarques sassanides d’iran. mais il
indique ensuite que ce travail, mentionné par Bahá’u’lláh au maître d’école
de yazd, fut perdu, début 1883, à Téhéran, lors de son arrestation avec
d’autres bahá’ís sur ordre de Kámrán mírzá, le náyibu’s-salπ∂aníh, ls de
nás∂iri’d-dín sháh.

mírzá abu’l-fad∂l écrit qu’au cours de ses recherches, il fut particulièrement
impressionné par le fait que rid∂á-qulí Khán-i-hidáyat†, connu pour être un
critique sévère et même un commentateur hostile de la foi bahá’íe, avait
admis dans son ouvrage nizhád-námih (le livre de généalogie) que les núrí
de mazandéran descendaient de Chosroes ier, célèbre roi sassanide
surnommé‘ádil (le Juste). de plus, h∂ájí mírzá rid∂á-qulí, un demi-frère de
Bahá’u’lláh, af rma catégoriquement à mírzá abu’l-fad∂l que les núrí
possédaient un arbre généalogique de leur famille qui remontait jusqu’à
yazdigird, le sassanide.

le père de Bahá’u’lláh s’appelait mírzá ‘abbás-i-núrí, ls de mírzá rid∂á-qulí
Big* du village de Tákur, district de núr, province de mazandéran. mírzá
‘abbás devint célèbre sous le nom de mírzá Buzurg-i-vazír (mírzá Bozorg, le
vizir) ‡.

voici comment : un jour, on montra à fath∂-‘alí sháh (1797-1834) une
calligraphie de mír ‘imád, célèbre calligraphe. émerveillé par la beauté de ce
chef-d’œuvre, fath∂-‘alí sháh se demanda si quelqu’un d’autre pourrait
arriver à cette excellence.

* dans la brochure publiée à Bombay, ils les nomment : zaynu’l-muqarrabín,
áqá muh∂ammad-rid∂áy-i-qannád et mírzá mah∂múd-i-Káshání.

† appelé amíru’sh-shu’ara’, l’émir des Poètes, il était aussi historien, auteur
du supplément de rawd∂atu’s-S∂afá de Mirkhund. voir e.G. Browne a
literary history of persia, vol iv et h.m. Balyuzi the báb pages 141, 142.

‡ le père de mírzá rid∂á-qulí Big s’appelait aussi mírzá ‘abbás, fils de h∆ájí
muh∂ammad-rid∂á Big, fils de áqá muh∂ammad-‘alí, fils de áqá fakhr, fils de
sháhríyár-h∆asan.

dans la Gloire du Père

h∂asan-‘alí mírzá, le shujá’u’s-salt∂anih, sixième ls du chah cita le nom de
mírzá

‘abbás-i-núrí. on alla le chercher, on lui montra l’œuvre de mir ‘imád et on le
mit au dé d’en produire une semblable. mírzá ‘abbás-i-núrí copia d’abord le
chef-d’œuvre de mir ‘imád puis, après cet exercice, il dessina sa propre
calligraphie, les t décorer et encadrer d’une manière digne et les présenta au
chah. l’admiration de fath∂-’alí sháh fut sans borne. un décret royal accorda
à mírzá ‘abbás le titre de mírzá Buzurg et lui offrit un manteau d’honneur,
c’est-à-dire un manteau que le monarque lui-même avait porté. de plus, le
chah exempta les habitants du village de Tákur de toute taxe. quelques
années plus tard, mírzá Buzurg fut nommé vizir de imám-virdí mírzá,
douzième ls de fath∂-’alí sháh qui était aussi le ílkhání (chef des clans) de la
tribu qadjar à laquelle la famille royale appartenait.

mírzá Buzurg prospéra au service de l’état jusqu’au règne de muh∂ammad
sháh (1834-48) durant lequel l’animosité du grand vizir h∂ájí mírzá áqásí lui
t perdre sa position et une grande partie de sa richesse.

la famille de bahá’u’lláh

mírzá Buzurg, vazír-i-núrí, le père de Bahá’u’lláh, eut sept femmes dont
trois concubines. C’est son père, rid∂á-qulí Big qui arrangea son premier
mariage avec un membre de la famille nommée Khán-nanih, avant même
que mírzá Buzurg ne quitte le district de núr en mazandéran pour faire
fortune à Téhéran. deux ls naquirent de cette union : mírzá áqá, l’aîné, et
mírzá muh∂ammad-h∂asan.
Bahá’u’lláh relate un souvenir d’enfance dans la lawh∂-i-ra’ís, une épître en
persan adressée à ‘álí Páshá, le grand vizir ottoman ; au cours du mariage de
son frère mírzá áqá, qui n’avait plus longtemps à vivre, son attention avait
été attirée par un spectacle de marionnettes. Par la suite, mírzá Buzurg donna
la veuve en mariage à son second ls, mírzá muh∂ammad-h∂asan. Cette
femme était la cousine de mírzá áqá Khán-i-núrí, le deuxième grand vizir de
nás∂iri’d-dín sháh.

la seconde femme de mírzá Buzurg était une veuve, Khadíjih Khánum. elle
avait un ls et deux lles de son premier mariage : mírzá muh∂ammad-’álí,
sakínih Khánum et s∂ughrá Khánum. mírzá Buzurg épousa Khadíjih
Khánum et maria sa lle sakínih Khánum à son plus jeune frère mírzá
muh∂ammad. Khádíjih Khánum est la mère de Bahá’u’lláh (mírzá
h∂usayn-’álí). l’aîné de ce mariage était une lle, sárih Khánum connue sous
le nom de ukht (« sœur » en arabe) parce que c’est ainsi que Bahá’u’lláh
parlait d’elle. le second était un ls, mírzá mihdí qui mourut avant son père, et
mírzá h∂usayn-’álí (Bahá’u’lláh) fut le troisième. le quatrième enfant, un ls,
mírzá músá, fut appelé plus tard áqáy-i-Kalím et le cinquième, une lle,
nisá’Khánum, épousa plus tard mírzá majíd-i-áhí, secrétaire à la légation
russe.

la troisième femme de mírzá Buzurg fut Kulthúm Khánum-i-núrí dont il eut
cinq enfants. d’abord une lle, sháh sulπán Khánum (appelée aussi ‘izzíyyih
Khánum) qui devint une ardente partisane de mírzá yah∂yá, s∂ubh∂-i-azal.
Puis trois ls : mírzá Taqí, un poète surnommé Paríshán qui devint un shaykhí
très opposé à Bahá’u’lláh ; mírzá rid∂á-qulí qui devint h∂ájí suite à son
pèlerinage à la mecque, et qui resta distant, allant même jusqu’à nier sa
relation avec

dans la Gloire du Père

deux des fils de Mírzá buzurg-i-núrí : à gauche Mírzá Músá, áqáy-i-kalím,
frère de bahá’u’lláh. À droite, Mírzá rid∂á-Qulí.

Bahá’u’lláh (voir p. 468) alors que sa femme, maryam lui fut très dévouée ;
le troisième ls, mírzá ibráhím, mourut lui aussi du vivant de son père. le
cinquième enfant que mírzá Buzurg eut de ce mariage fut une autre lle,
fáπimih-sulπán Khánum qui elle aussi choisit de suivre mírzá yah∂yá dans
son erreur.

les trois femmes suivantes de mírzá Buzurg furent des concubines. la
première, Kúchik Khánum, fut la mère de mírzá yah∂yá. la seconde était une
Géorgienne, nabát Khánum qui eut une lle, h∂usníyyih Khánum, dont on ne
sait rien. la dernière concubine, Turkamáníyyih, fut la mère de mírzá
muh∂ammad-qulí qui fut très dèle à Bahá’u’lláh.

Puis mírzá Buzurg épousa une lle du chah fath∂-’álí. Cette dame, sháh
Bigum, surnommée d∂íyá’u’s-salπanih, calligraphe célèbre comme son
époux, était autoritaire, orgueilleuse et cupide. Ce mariage ne devait apporter
au vazír-i-núrí qu’infortunes et, à la n, décon ture.

hájí mírzá áqásí, le premier ministre, était un être vain et revanchard.
Comme indiqué dans le précédent chapitre, il n’aimait pas mírzá Buzurg,
notamment parce que celui-ci était un grand ami du célèbre qá’im-maqám,
mírzá abu’l-qásim de faráhán. Tous les deux s’appréciaient beaucoup,
comme le montrent les lettres du compendium des lettres du grand ministre*.
en juin 1835 le qá’im-maqám fut mit traîtreusement à mort par muh∂ammad
sháh. la manière dont il perdit le pouvoir,

* Ce compendium fut compilé et édité plus tard à la demande de h∆ájí
farhád mírzá, le mu‘tamidu’d-dawlih, un frère de muh∂ammad sháh. il fut
plusieurs fois imprimé sous le titre Munshí’át-i-Qá’im-Maqám, un guide
d’excellence de style et de diction.
la famille de Bahá’u’lláh

deux des fils de Mírzá buzurg-i-núrí : à gauche Mírzá Muh∂ammad-Qulí,
demi-frère de bahá’u’lláh qui partagea son exil. À droite, Mírzá Yah∂yá,
S∆ubh∂-i-azal.

son exécution et l’ascension au pouvoir de hájí mírzá áqásí con rma dans
l’esprit de mírzá Buzurg que le triste sort de son cher ami devait être attribué
à la ruse vile du monstre qui avait maintenant les rênes du pouvoir. il ne sut
pas cacher ses sentiments d’horreur et de dégoût et l’une de ses lettres, qui
condamnait h∂ají mírzá áqásí, tomba entre les mains de ce dernier qui ne
tarda pas à réagir. dès qu’il en eut l’occasion, il attaqua mírzá Buzurg. Tout
d’abord, mírzá Buzurg fut démis de ses fonctions de gouverneur de Burúrjird
et du luristán. Ce poste qui comprenait aussi le contrôle d’une grande partie
du territoire Bakhtíyárí, une région troublée et rebelle, avait été con é à
mírzá Buzurg par son ami, mírzá abu’l-qásim, le qá’im-maqám peu de temps
après l’accession au trône de muh∂ammad sháh. il existe un document écrit
par le chah lui-même qui admire et loue les services rendus par mírzá
Buzurg dans ce rôle. ensuite, h∂ají mírzá áqásí supprima l’allocation
annuelle de mírzá Buzurg. Puis il t son possible pour perturber les relations
entre mírzá Buzurg et sa dernière femme d∂íyá’u’s-salt∂anih, la lle de
fath∂-’álí sháh*. C’est par l’intermédiaire du neveu de d∂íyá’u’s-salt∂anih,
firaydún mírzá,

* il semble que mírzá Buzurg fut aussi, pendant quelque temps, le vizir :
l’officier responsable de la collecte des impôts, dans cette province. mírzá
Buzurg eut beaucoup de succès dans l’organisation et la levée des impôts
parmi les tribus lointaines et indisciplinées des lurí ; tâche dans laquelle
faillirent tous les gouverneurs qui le précédèrent ou le suivirent. dans ces
notes on a March from Zohab to khuzistan, sir henry rowlinson remarque : «
la valeur du kátir [unité de taxation valant en général 100 túmáns]varie…
selon l’état de la province. mais sous l’ancien wasir mírzá Buzurg, qui en
géra les revenues avec un succès indéniable pendant dix ans, sa valeur
atteignit 200 túmáns… les 120 kátirs (impôt des tribus de Písh-Kúh) valaient
40 000 túmáns et la somme obtenue annuellement de Písh-Kúh était plutôt
supérieure à cette somme… [rawlinson explique alors la

dans la Gloire du Père

qu’il avait choisi pour être gouverneur de la province de fárs, qu’il l’incita à
obtenir le divorce. mírzá Buzurg était alors dans une situation nancière
dramatique car il avait une grande famille et l’allocation annuelle qui lui
revenait de droit lui avait été supprimée par h∂ájí mírzá áqásí. il lui fallut
vendre une partie de ses propriétés et en hypothéquer d’autres, dont
l’ensemble de maisons où il résidait avec sa famille à Téhéran. Ces maisons
ne lui appartinrent plus pendant quelque temps jusqu’à ce que son ls mírzá
h∆usayn-‘alí (Bahá’u’lláh) les rachète pour lui. Pour achever cette infortune,
une inondation détruisit la plus belle aile d’un palais que mírzá Buzurg avait
fait construire à Tákur et qu’il avait richement meublé.

d∂íyá’u’s-salt∂anih, avec l’aide du grand vizir et de son puissant neveu
firaydún mírzá réussit à obtenir le divorce. mais le contrat de mariage était si
conséquent que le vazír-i-núrí, déjà plongé dans des dif cultés nancières, ne
pouvait le payer immédiatement. d∂íyá’u’s-salt∂anih t emprisonner mírzá
Buzurg dans sa propre maison et envoya des hommes pour le battre et le
torturer jour après jour a n d’obtenir de l’argent. finalement, mírzá Buzurg
dut revendre ses maisons de Téhéran ainsi qu’une partie des meubles et des
tapis de valeur qu’elles contenaient.

Bahá’u’lláh mentionne dans l’ Épître au ls du loup la vente de ces maisons :
au début nous vivions tous dans une seule maison qui fut plus tard vendue
aux enchères pour une très petite somme d’argent et les deux frères, farmán-
farmá
[firaydún mírzá] et h∂isámu’s-salt∂anih [sultán-murád mírzá] l’achetèrent et
la divisè-rent entre eux. à la suite de cet événement, mon frère et moi nous
nous séparâmes. il s’installa près de l’entrée de masjid-i-sháh [la mosquée
royale] alors que nous vécûmes près de la porte de shimírán. 2

Kulthúm Khánum, la troisième femme de mírzá Buzurg et la mère de h∂ájí
rid∂á-qulí, avait hérité de son père cette maison « proche de la mosquée
royale ».

classifications des tribus et le système de revenu établi par mírzá Buzurg]…
Ce système est très simple. une fois les 120 kátirs répartis entre les tribus…
chaque subdivision détermine le montant qui sera payé par chacun des
camps dont elle est composée… mais dans un pays sauvage comme celui-là,
où de nombreuses tribus vivent en état de rébellion ouverte… le gouverneur
ne remplira certainement pas son contrat avec la couronne sauf à établir des
moyens de rentrée indirects pour compenser les nombreuses défections.
mírzá Buzurg établit un système complexe d’amendes et d’honoraires et
dans cette région où les meurtres et les vols sont monnaie courante, il ne
manqua pas de possibilités. on raconte qu’il réussit à réunir 20 000 túmáns
par an de cette manière, sans cruauté ni injustice. » 1

la famille de Bahá’u’lláh

C’est là que s’installa mírzá Buzurg. mírzá h∂usayn-’álí (Bahá’u’lláh) loua
la maison « proche de la porte de shimrán » et s’y installa avec sa mère, sa
femme, ses autres belles-mères et le reste de ses frères et sœurs. Cette
maison sera sa résidence pendant les années qu’il passera en Perse. elle était
proche de la madrisiy-i-mírzá s∂álih∂, le séminaire où mullá h∂usayn-i-
Bushrú’í séjournera lorsqu’il portera le message du Báb à Téhéran. les
enfants de Bahá’u’lláh : ‘abdu’l-Bahá (la Plus-Grande-Branche), Bahá’íyyih
Khánum (la Très-sainte-feuille) et mírzá mihdí (la Plus-Pure-Branche),
naquirent tous dans cette maison. leur mère est sa première femme, ásíyih
Khánum.

la tempête calmée, mírzá Buzurg tenta de récupérer les maisons qu’il avait
dû vendre, sous la pression, « pour une somme négligeable ». nous avons un
document écrit par Bahá’u’lláh qui encourage les témoins à con rmer que la
vente de ces maisons fut faite dans des conditions de pression illégales. mais
cette tentative échoua et les maisons ne furent pas récupérées.

mírzá Buzurg décida alors de se retirer en irak, mais il mourut avant de
partir.

il décéda en 1839 et son corps fut enterré à najaf, en irak, près de la tombe
de ‘alí, cousin du prophète muh∂ammad, premier imám apostolique et le
quatrième calife.

lui survivaient sept ls et cinq lles. en plus du personnage central de cette
histoire, nous retrouverons de temps en temps les ls de ce ministre,
remarquable et très respecté, originaire de núr. de nombreuses collections, en
iran et ailleurs, possèdent des manuscrits de sa superbe calligraphie qui était
très admirée. les archives internationales de la foi bahá’íe, sur le mont
Carmel, possèdent un de ces parchemins.

d∂íyá’u’s-sal∂tanih, ayant obtenu son divorce et reçu la somme qui lui était
due, épousa h∂ájí mas’úd-i-Garmrúdí qui fut ministre des affaires étrangères
d’iran pendant de longues années. ils eurent une lle, sháhansháh Bigum, qui
embrassa la foi de Bahá’u’lláh. elle regretta toujours ce que sa mère avait
fait à mírzá Buzurg.

des deux lles de sháhansháh Bigum elle-même, la première épousa ibn-i-
as∂daq, l’une des quatre mains de la cause de dieu nommées par
Bahá’u’lláh, et la seconde épousa intiz∂ámu’s-salt∂anih qui fut très dévoué à
‘abdu’l-Bahá et dont les ls rent de grandes carrières au service de l’état.

dans la Gloire du Père

les premières années

Bahá'u’lláh naquit et grandit à Téhéran, dans le quartier de darvázih shimrán
(la porte shimrán). à l’époque, ce quartier était à la limite de la ville, proche
du fossé qui fut comblé sous le règne de nas∂iri’d-dín sháh. le nouveau fossé
creusé bien plus loin fut aussi comblé plus tard. Pourtant, la maison de mírzá
Buzurg et ses dépendances sont toujours debout.

Comme ‘abdu’l-Bahá le conta un jour, l’enfance de Bahá’u’lláh fut une
source d’étonnement pour sa mère. il ne pleurait jamais, n’était jamais agité.
mírzá Buzurg avait compris que, parmi tous ses enfants, celui-ci était
différent. on se souvient que la famille de mírzá Buzurg était originaire de
Tákur dans le district de núr. il y avait construit un manoir et Bahá’u’lláh
passait toujours une partie de l’année, surtout les mois d’été, à Tákur. en un
endroit très en vue de ce manoir mírzá Buzurg avait écrit, dans sa
calligraphie inimitable, les lignes suivantes : en arrivant au seuil du Bien-
aimé dit « oui ! »

Car ni salám ni alayk n’ont leur place ici.*

voici la vallée de l’amour, arrête-toi.

C’est un sol sacré, ôte tes sandales.†

et ces vers peuvent encore se lire aujourd’hui.

à l’âge de cinq ou six ans, Bahá’u’lláh rêva qu’il était dans un jardin où de
grands oiseaux volaient autour de lui et l’attaquaient sans pouvoir
l’atteindre. Puis il rêva qu’il nageait dans la mer et que des poissons
l’attaquaient sans lui faire de mal. Bahá’u’lláh parla de ce rêve à son père
qui demanda à un devin de le traduire.

après réflexion, l’homme dit à mírzá Buzurg que l’étendue de la mer était le
symbole du monde, tandis que les oiseaux et les poissons symbolisaient les
peuples de

* salám veut dire paix et alayk = soit sur toi.

† C'est ce qu'entendit moïse sur le mont sinaï en approchant du Buisson
ardent.

dans la Gloire du Père

calligraphie de Mírzá buzurg-i-núrí

la terre qui attaquaient son ls parce que celui-ci allait promouvoir une chose
d’une importance vitale en relation avec l’esprit des hommes. mais ils
seraient incapables de lui faire du mal car il les vaincrait et accomplirait
quelque chose d’important.

on raconte aussi qu’un jour, Bahá’u’lláh avait sept ans, ses parents le
regardaient marcher dans le jardin. sa mère remarqua qu’il était plutôt petit
et son père répliqua : « quelle importance ! Tu sais comme il est intelligent et
quel esprit brillant il a ! ».

Comme il l’écrivit dans son épître à nas∂iri’d-dín sháh, Bahá’u’lláh ne reçut
qu’une éducation très limitée : « des sciences répandues parmi les hommes,
je ne sais rien ; leurs écoles, je ne les ai jamais fréquentées. renseigne-toi
dans la ville où j’habitais pour t’assurer que je ne mens pas. ».

à cette époque, on n’enseignait aux enfants de la noblesse que les matières
qui convenaient à leur état : équitation, tir au fusil, escrime, calligraphie,
quelques lumières sur les œuvres des poètes classiques du pays, une bonne
connaissance du coran et pratiquement rien d’autre. les parents engageaient
pour cela des précepteurs qui devaient aussi leur enseigner les bonnes
manières.

mírzá h∆usayn-’alí, le ls du vazír-i-núri, grandissait et grâce à son
intelligence ne, son esprit éveillé, son caractère droit, sa nature douce, bonne
et compatis-sante, son renom se répandait.

les Premières années

à quinze ans, sa faculté de compréhension rare, sa maîtrise complète de l’art
de l’argumentation et ses qualités d’exposition étaient célèbres dans toute la
société.

Pour autant, il n’était jamais péremptoire ni querelleur mais plutôt courtois et
patient. seul, le manque de respect pour les messagers de dieu et ses élus
pouvait déclencher son courroux et même alors, il chapitrait le coupable
avec calme et gentillesse.

dans une épître adressée à un bahá’í de Chiraz, Bahá’u’lláh se souvient d’un
incident de son enfance au cours duquel deux religieux aux immenses
turbans développaient des sujets théologiques pour le béné ce de deux dames
voyageant dans un purdah. l’un de ces sujets cherchait à savoir si l’ange
Gabriel était ou non spirituellement supérieur à qanbar, esclave de ‘alí (le
premier imam) et très dévoué à son maître. un autre concernait la question de
savoir si‘abbás, frère de h∂usayn (le troisième imam), qui subit le martyre à
Kerbéla avec l’imám, était d’un rang supérieur à salmán le Persan qui était
l’un des compagnons du Prophète muh∂ammad. et Bahá’u’lláh se souvient
dans cette épître de sa surprise en écoutant le raisonnement, car si Gabriel est
celui par qui l’esprit-saint descend dans le cœur de l’apôtre de dieu, comme
l’af rme le saint livre, alors, même le maître de qanbar ne pourrait accéder à
ces hauteurs spirituelles.

à yálrúd vivait alors un mujtahid, shaykh muh∂ammad-Taqí (voir addenda
v).

il enseignait à plus d’un millier de religieux à qui il présentait, de temps à
autre, une question particulièrement dif cile à résoudre. Chaque fois qu’il
retournait chez lui à Tákur, Bahá’u’lláh s’arrêtait à yálrúd et rendait visite au
mujtahid qui avait des liens éloignés avec sa famille*. ‘abdu’l-Bahá raconte
que sa grand-mère, qui vivait à yálrúd, alla un matin prier à la maison du
mujtahid. la prière matina-le terminée, shaykh muh∂ammad-Taqí lui dit qu’il
avait d’excellentes nouvelles pour elle. dans un rêve, il s’était vu devant une
maison dans laquelle nul n’était censé entrer car, disait le gardien, le qá’im
de la maison de muh∂ammad y était enfermé avec mírzá h∂usayn-’alí de núr.
Tout d’abord, le mujtahid exprima sa surprise : pourquoi le ls d’un vizir
était-il si privilégié ? mais il se souvint de leur lointain lien de parenté et
pensa qu’il était la cause de ce privilège.

Pendant une visite à yálrúd, alors que mírzá h∆usayn-’alí était assis en
compagnie de shaykh muh∂ammad-Taqí et d’autres érudits ou religieux, on
lui posa une

* yálrúd est la ville natale de ásíyih Khánum, la future femme de
Bahá’u’lláh.

dans la Gloire du Père

question que ceux-ci n’avaient pas été capables de résoudre d’une manière
satisfaisante pour le mujtahid. voici le problème : une tradition islamique af
rme que

« fáπimih est la femme la meilleure du monde à l’exception de celle qui est
née de marie. » marie n’ayant pas eu de lle que voulait dire cette énigme ?
Bahá’u’lláh répliqua que l’af rmation initiale accentuait l’impossibilité de
l’alternative puisqu’il ne pouvait y avoir aucune femme comparable à
fáπimih. C’est comme dire qu’un certain monarque est le plus grand des rois
de la terre à l’exception de celui qui descend du ciel. Puisqu’aucun roi ne
descend du ciel, on insiste ainsi sur le fait que ce monarque est unique.
l’explication de Bahá’u’lláh rendit le mujtahid silencieux. mais le jour
suivant il reprocha à ses disciples de lui avoir fait faux bond.

« Pendant des années et des années je vous ai enseignés et éduqués, mais
quand l’occasion arrive, je vous trouve incapables de réfléchir alors qu’un
jeune homme sans turban résoud brillamment le problème que je vous ai
posé. »

une autre fois, shaykh muh∂ammad-Taqí t un rêve dans lequel il entrait dans
une pièce remplie de malles qui, lui dit-on, appartenait à Bahá’u’lláh.
ouvrant l’une d’elles, il la trouva pleine à ras bord de livres ; chaque ligne
était constellée de brillants dont, dit-il, l’éclat l’éveilla.

mírzá abu’l-fad∂l-i-Gulpáygání relate dans un de ses ouvrages ce qu’il
entendit de la bouche d’un religieux. Bahá’u’lláh était présent lors d’une
réunion au cours de laquelle mírzá naz∂ar-’alí de qazvín (voir addenda v), le
célèbre murshid sou très estimé par muh∂ammad sháh, dissertait sur le degré
d’élévation qu’aucun humain ne peut atteindre. il disait en parlant de lui : «
si mon serviteur venait m’annoncer que le Christ Jésus est à la porte et qu’il
m’appelle, je suis tellement détaché que je n’aurai pas envie de le voir. »
Parmi l’assistance, certains restèrent silencieux tandis que les flatteurs
murmuraient leur admiration. seul mírzá h∂usayn-‘alí osa parler*. il se
tourna vers ce vantard de qazvín qui avait si peu de respect pour une
manifestation de dieu, et lui demanda : « vous êtes très proche du souverain
qui vous est très dévoué. mais si le chef bourreau et dix de ses hommes
étaient là, derrière cette porte, venant vous chercher par ordre du souverain,
resteriez-vous calme ou seriez-vous perturbé ? » mírzá naz∂ar-’alí réfléchit
un peu avant de répondre : « franchement, je serais inquiet. » « alors, reprit
Bahá’u’lláh, vous ne devriez pas faire de telles af rmations. » et mírzá abu’l-
fad∂l-i-Gulpáygání relate que tous restèrent silencieux.

les Premières années

à quinze ans, sa sœur aînée sárih Khánum épousa mírzá mah∂múd, ls de
mírzá ismá’íl-i-vazír de yálrúd. Ce mírzá mah∂múd qui ne suivit jamais la
nouvelle religion, avait une jeune sœur, belle, vive et adorable, ásíyih
Khánum.
Bahá’u’lláh avait dix-huit ans lorsque sárih Khánum poussa son père, mírzá
Buzurg, à demander pour son frère la main de sa belle-sœur. leur mariage eut
lieu en Jamádíyu’l-ukhrá (Jamádíyu’th-Thání) de l’hégire 1251 (octobre
1835). ásíyih Khánum est la mère de ‘abdu’l-Bahá.

même ceux qui n’aimaient pas son père tenaient Bahá’u’lláh en grande
estime.

ainsi, le grand vizir, h∆ájí mírzá áqásí. mírzá Buzurg avait raison de penser
que h∆ájí mírzá áqásí était à l’origine de la démission et du meurtre de son
ami, le grand homme mírzá abu’l-qásim, le qá’im-maqám. un jour, des
rumeurs se répandirent disant que muh∆ammad sháh avait remplacé le h∆ájí
par un autre grand vizir, amír-nizám de Kirmánsháh. mírzá Buzurg qui était
alors gouverneur de Burújird et du luristán écrivit au prince Bahman mírzá
pour lui exprimer sa joie.

dans sa lettre à ce politicien fantasque qui nit par se réfugier en russie, on
pouvait lire cette phrase : « Pourvu que ce pervers soit éloigné du chah ! »
Bahman mírzá qui n’était pas un ami de mírzá Buzurg montra cette lettre à
h∂ájí mírzá áqásí. furieux, celui-ci t appeler mírzá h∂usayn-’alí et, lui
montrant la lettre dit :

« lis ceci. Je ne sais pas ce que j’ai fait à ton père pour mériter cela. » mírzá
h∂usayn-’alí resta silencieux. alors mírzá shafí’Khán, le s∂áh∂íb-díván qui
était

* Ce ne sont pas les paroles exactes prononcées pr Bahá’u’lláh.

Mírzá abu’l-Qásím-i-Faráhání,

Qa’im-Maqám

dans la Gloire du Père

certificat de mariage de bahá’u’lláh

les Premières années

présent prit la lettre, y jeta un regard et, pour arranger les choses, dit : «
Cette lettre n’est pas écrite par mírzá Buzurg. quelqu’un a imité son écriture.
» « impossible !

s’exclama h∂ájí mírzá áqásí. Personne n’est capable de produire une
calligraphie aussi belle et une telle prose ! » mírzá h∂usayn-’alí restait
toujours muet. le h∂ájí se tourna encore une fois vers lui : « que dois-je faire
? que puis-je faire ? C’est ton père. Pour toi, je vais essayer d’oublier ceci et
laisser le temps faire son œuvre.

mais écris à ton père pour lui dire de ne pas recommencer. »

l’aube

C’esT en 1844, sous le règne de muh∂ammad sháh, que se leva l’aube tant
attendue, le Jour de dieu promis par toutes les écritures de l’humanité. il
resplendit dans la célèbre et délectable ville de Chiraz où naquirent et
moururent deux des plus grandes gures de la littérature persane, sa’dí et h∂á
z∂, qui, chacun à sa manière, prophétisèrent la gloire à venir de leur ville et
l’apparition de cet astre merveilleux, le soleil de vérité, en la personne du
Báb.

h∂á z∂ écrivit :

Chiraz sera tumultueuse, puis viendra l’orateur

aux douces et merveilleuses paroles

qui, tombant de ses lèvres, feront trembler Bagdad.1

et sa’dí :

Par dieu ! siège de salomon et mystère de dieu,

ce royaume ne mérite ni ombre ni mélancolie.2

Pour célébrer le centenaire de cette aube brillante, le Gardien de la foi
bahá’íe écrira :

le vingt-trois mai mil huit cent quarante-quatre marque le commencement de
la période la plus tumultueuse de l’âge héroïque de l’ère bahá’íe, âge qui voit
s’ouvrir la plus glorieuse époque du plus grand cycle dont l’histoire
spirituelle de l’humanité ait, jusqu’à présent, été le témoin. il n’a pas fallu
plus de neuf courtes années pour couvrir cette période du premier siècle
bahá’í, la plus spectaculaire, la plus tragique et la plus mouvementée. elle a
été inaugurée par la naissance d’une révélation dont le porte-parole sera
acclamé par la postérité comme le Point autour duquel tournent les réalités
des prophètes et des messagers ; elle s’est terminée avec les premières
impulsions d’une révélation encore plus puissante dont le jour, af rme
Bahá’u’lláh lui-même, fut annoncé par tous les prophètes, jour auquel l’âme
de tous les messagers divins a aspiré, et par

dans la Gloire du Père

lequel dieu a éprouvé les cœurs de l’assemblée tout entière de ses messagers
et de ses prophètes… Par sa puissance dramatique pure, par la rapidité avec
laquelle se sont succédés des événements d’une importance considérable, par
l’holocauste qui marqua sa naissance, les circonstances miraculeuses qui
entourèrent le martyre de celui qui l’avait déclenchée, par les possibilités
cachées dont elle avait été si complètement imprégnée dès l’origine et les
forces auxquelles elle donna nalement naissance, cette période de neuf
années peut certes occuper un rang unique dans le champ tout entier de
l’expérience religieuse de l’homme. si l’on passe en revue les épisodes de ce
premier acte d’un drame sublime, on voit la gure de son héros et maître, le
Báb, s’élever comme un météore au-dessus de l’horizon de Chiraz, traverser
du sud au nord le ciel sombre de la Perse, décliner avec une rapidité
tragique, et périr dans une apothéose de gloire. on voit ses satellites,
constellations de héros enivrés de l’amour de dieu, monter à ce même
horizon, irradier la même lumière incandescente, se consumer avec cette
même rapidité, et imprimer à leur tour un nouvel élan à la vigueur sans cesse
croissante de la foi naissante de dieu…

la scène d’ouverture du premier acte de ce grand drame se déroula à Chiraz,
au premier étage de la modeste demeure du ls d’un drapier, située dans un
quartier pauvre.

elle eut lieu à l’heure précédent le coucher du soleil, le vingt-deux mai mil
huit cent quarante-quatre. les personnages qui y prirent part sont : le Báb, un
siyyid de pure et sainte lignée, âgé de vingt-cinq ans, et le jeune mullá
h∂usayn qui, le premier, crut en lui. leur rencontre, qui précéda
immédiatement cet entretien, a semblé purement acci-dentelle. l’entrevue
elle-même se prolongea jusqu’à l’aube. l’hôte demeura enfermé, seul avec
son invité, et la ville endormie fut loin de se douter de l’importance de la
conversation qu’ils eurent ensemble. nul récit de cette nuit unique est passé à
la postérité, sauf le compte rendu fragmentaire mais hautement édi ant qui
tomba des lèvres de mullá h∂usayn.

« Je restai assis, retenu par le charme de sa parole, oublieux du temps et de
ceux qui m’attendaient* », a-t-il témoigné après avoir décrit la nature des
questions posées à son hôte et les réponses décisives qu’il en avait reçues,
réponses qui avaient établi, sans l’ombre d’un doute, la validité de sa
prétention à être le qà’im promis. « soudain, l’appel du muezzin invitant les
dèles à la prière du matin, me tira de l’état d’extase dans lequel,
apparemment, j’étais tombé. Toutes les délices, toutes les gloires ineffables
énu-mérées par le Tout-Puissant dans son livre [le coran] comme étant les
possessions ines-

* il s’agissait de son frère, de son neveu et d’autres compagnons qui allèrent
ensemble de Kerbéla à Chiraz, comme attirés par un aimant. leur maître,
siyyid Káz∂im-i-rashtí, qui venait de mourir, leur avait dit de rester vigilants
car l’avènement de s∆áhibu’z-zamán, le seigneur de l’Äge, le qá’im de la
famille de muh∂ammad, était proche.

l’auBe

timables des habitants du paradis, je pensai les ressentir cette nuit-là. il me
sembla que j’étais dans un endroit dont on pourrait dire à juste titre : ici,
aucune peine ne peut nous atteindre, aucune lassitude ne peut nous toucher ;
on n’entendra ici ni vains discours ni mensonges, mais seulement cette
exclamation : « Paix ! Paix ! » là, retentira leur cri :

« Gloire à toi, ô dieu », leur salutation : « Paix ! » et la n de leur cri : « loué
soit dieu, le seigneur de toutes les créatures ! »… le sommeil m’avait fui
cette nuit-là.
J’étais captivé par la musique de cette voix dont le chant s’élevait et
s’abaissait tour à tour ; tantôt elle s’ampli ait pour révéler des versets du
qayyúmu’l-asma’, tantôt elle revenait à de célestes et subtiles harmonies
pour chanter des prières inconnues. à la n de chaque invocation, il répétait ce
verset : loin de la gloire de ton seigneur, le Très-Glorieux, soit ce que ses
créatures af rment de lui ! et que la paix soit sur ses messagers ! loué soit
dieu, le seigneur de tous les êtres !...

Cependant, à la lecture du célèbre commentaire sur la Súrih de Joseph, le
premier livre, le plus grand, le plus puissant de tous les ouvrages de la
révélation bábíe, et dont le premier chapitre fut écrit tout entier - le fait est
indubitable - par la plume de son révélateur divin, au cours de cette nuit
d’entre les nuits, une lumière plus signi cative est projetée sur cet épisode
qui marque la déclaration de la mission du Báb. la description de cet épisode
par mullá h∂usayn, au même titre que les premières pages de ce livre
prouvent l’ampleur et la force de cette déclaration d’importance capitale. la
prétention de n’être rien moins que le porte-parole de dieu lui-même,
annoncé par les prophètes des âges révolus, l’af rmation qu’il était en même
temps le héraut d’un autre, incommensurablement plus grand que lui-même,
les appels claironnants qu’il adressa aux rois et aux princes de la terre, les
terribles avertissements lancés au chah muh∂ammad, principal magistrat du
royaume, le conseil donné à h∂ájí mírzá áqásí de craindre dieu, ainsi que
l’ordre péremptoire de renoncer à son autorité de grand vizir du chah et de se
soumettre à celui qui est 1’héritier de la terre et de tout ce qu’elle contient, le
dé lancé aux dirigeants du monde proclamant l’indépendance de sa cause,
dénonçant la vanité de leur pouvoir éphémère et les exhortant à renoncer tout
un chacun à leur domination pour délivrer son message tant aux contrées de
l’est que de l’ouest, ces faits constituent les traits dominants de ce premier
contact qui marqua la naissance et xa la date du commencement de l’ère la
plus glorieuse dans la vie spirituelle de l’humanité. 3

le Báb (la Porte) exigea de mullá h∂usayn-i-Bushrú’í - qui allait vite être
connu sous le nom de Bábu’l-Báb (la Porte de la Porte) - de ne dévoiler son
nom (siyyid

‘alí-muh∂ammad) à personne, de ne montrer par aucun signe qu’il avait
atteint la n de sa recherche, avait été conduit vers le qá’im de la famille de
muh∂ammad, le

dans la Gloire du Père

s∂áh∂ibu’z-zamán, qu’il l’avait reconnu, avait cru en lui et lui avait donné de
tout cœur son allégeance. le secret de cette nuit béné que devait, pour
l’instant, rester secret. le Báb lui dit que dix-sept autres personnes devaient,
par elles-mêmes, le chercher, le trouver et le reconnaître.

le Gardien de la foi bahá’íe continue :

Cependant, ce fut seulement quarante jours plus tard que l’enrôlement des
dix-sept autres lettres-du-vivant commença. Peu à peu, les uns en état de
veille, d’autres dans leur sommeil, quelques-uns par le jeûne et par la prière,
d’autres au cours de rêves et de visions, découvrirent spontanément l’objet
de leurs recherches et furent enrôlés sous la bannière de la foi nouvellement
née.4

ainsi, le dernier à s’enrôler fut mullá muh∂ammad-’alí de Bárfurúsh
(aujourd’hui appelée Bábul) dans la province du mazandéran, un jeune
homme de 22 ans destiné à devenir le plus grand de tous. dès son arrivée à
Chiraz il se trouva nez à nez avec le Báb sur une voie publique et, sans poser
aucune question, le reconnut immédiatement, à son allure et à sa démarche,
comme étant le qá’im de la famille de muh∂ammad. le Báb lui conféra le
titre de quddús qui veut dire : le plus saint et le plus pur.

le cercle des h∂uruf-i-h∂ayy* était complet. Tous sauf un étaient à Chiraz.
Ce personnage solitaire était une femme dans la trentaine, érudite, éloquente,
auteur de vers édi ants, lle, nièce et femme de grands religieux de qazvín.
elle était tellement persuadée que le seigneur de l’âge était venu, et que
quiconque prétendrait à ce haut rang devait être cru, que lorsque mírzá
muh∂ammad-’alíy-i-qazvíní, époux de sa jeune sœur et vaillant disciple de
siyyid Káz∂im-i-rashtí, quitta Kerbéla à la recherche du qá’im pour lui offrir
son allégeance, elle lui donna un pli scellé à remettre au seigneur de l’âge
pendant qu’il devait lui dire ces mots5 : la beauté de ta face étincelle, les
rayons de ton visage

se lèvent à l’horizon ;
alors demande : « ne suis-je pas votre seigneur ? »

et nous répondrons tous :

« oui ! tu l’es ! tu l’es ! »

* h∂urúf est le pluriel de h∂arf, une lettre de l'alphabet et h∂ayy, qui veut dire
vivant a la valeur numérique de 18.

l’auBe

son nom était umm-salamih, mais siyyid Káz∂im l’avait appelée qurratu’l-

’ayn (la consolation des yeux). l’histoire bahá’íe la connaît plutôt sous le
titre que lui a donné Bahá’u’lláh : ∏áhirih (la pure). elle n’a jamais
rencontré le Báb et pourtant, c’est avec un zèle brûlant, une ardeur
inébranlable et une détermination inégalable qu’elle se leva pour proclamer
et promouvoir la religion bábíe abandonnant dans son sentier famille et
enfants et, nalement, sa vie même.

alors le Báb appela ses lettres-du-vivant à le rencontrer :

o mes amis bien-aimés ! vous êtes en ce jour les porteurs du nom de dieu.
vous avez été choisis comme dépositaires de son mystère. il appartient à
chacun d’entre vous de manifester les attributs de dieu et de démontrer, par
vos actes et par vos paroles, les signes de sa justice, de sa puissance et de sa
gloire. les membres de votre corps doivent témoigner de la noblesse de vos
intentions, de l’intégrité de votre vie, de la réalité de votre foi et du caractère
exalté de votre dévotion (...) méditez les paroles que Jésus adressa à ses
disciples en les envoyant de par le monde propager la cause de dieu. C’est
par de telles paroles qu’il leur enjoignit de se lever et de remplir leur mission
: vous êtes comme le feu allumé dans les ténèbres de la nuit au sommet de la
montagne. que votre lumière resplendisse aux yeux des hommes ! la pureté
de votre vie et le degré de votre renoncement doivent être tels qu’en vous
voyant, les peuples de la terre reconnaissent leur Père céleste et se
rapprochent de lui, qui est la source de pureté et de grâce. (...) vous êtes le
sel de la terre, mais si le sel a perdu sa saveur avec quoi la lui rendra-t-on ?
ô mes lettres ! je vous le dis en vérité, ce jour est in niment exalté au-dessus
des jours des apôtres du passé. la différence en est incommensurable ! vous
êtes les témoins de l’aurore du jour promis par dieu… vous êtes les
premières lettres engendrées par le Premier Point, (le Báb) (...) Je vous
prépare pour la venue d’un grand jour. (...) nul ne connaît encore le secret du
jour qui doit venir. il ne peut être divulgué et nul ne peut s’en faire une idée.
l’enfant nouveau-né de ce jour-là, sera plus avancé que les hommes les plus
sages et les plus vénérables de notre temps. (...) dispersez-vous en tous sens
à travers ce pays et, d’un pied ferme, d’un cœur sancti é, préparez la voie
pour sa venue.

ne considérez pas votre faiblesse et votre fragilité ! fixez votre regard sur le
pouvoir invincible du seigneur votre dieu tout puissant ! n’est-ce pas grâce à
lui que, jadis, abraham si faible en apparence, a triomphé des forces de
nemrod ? a moïse qui n’avait d’autre arme que son bâton, dieu n’a-t-il pas
assuré la victoire sur Pharaon et ses armées ? et bien que Jésus fut humble et
pauvre aux yeux des hommes, dieu n’a-t-il pas voulu qu’il triomphât des
forces conjurées du peuple juif ? n’a-t-il pas assujetti les tribus barbares et
turbulentes de l’arabie à la discipline sainte et transformatrice de

dans la Gloire du Père

muh∂ammad, son prophète ? levez-vous en son nom, mettez toute votre con
ance en lui et soyez assurés de l’ultime victoire.6

le Báb dirigea plus précisément mullá ‘alíy-i-Basπámí vers l’irak, bastion
des religieux chiites*. il choisit quddús pour l’accompagner en pèlerinage à
la mecque et à médine et il donna au Bábu’l-Báb une importante mission,
sacrée et d’une signi cation incommensurable, qui devait être accomplie à
Téhéran.

* mullá 'alí fut très vite arrêté, jugé et condamné à mort. on a longtemps cru
qu'il avait été tué quelque part en irak (à mosul ou au-delà), parce qu'on avait
plus trace de lui après son arrivée à mosul. mais de récentes recherches dans
les archives officielles ont établi le fait qu'il est arrivé dans la capitale
ottomane, qu'il y fut jugé à nouveau et condamné aux travaux forcés sur les
chantiers navals. ensuite on perd sa trace. (l’auteurr remercie m. sami
doktoroglu pour cette information).

en route vers la capitale de la perse

C’est à saba que je t’envoie, ô zéphir, alouette du matin ;

vois clairement d’où tu pars et où je t’envoie.

h∂á z∂

C’esT une mission enviable et glorieuse qui était con ée à mullá h∆usayn. le
Báb avait fait allusion à sa nature en termes assurés :

au cours de ce pèlerinage que nous allons bientôt entreprendre, nous avons
choisi quddús. nous vous avons laissé derrière nous pour faire face aux
assauts d’un ennemi féroce et implacable. ayez la certitude, cependant,
qu’une muni cence d’une gloire indicible vous sera conférée. Poursuivez
votre voyage vers le nord et visitez, en chemin, ispahan, Káshán, qom et
Téhéran. implorez la toute-puissante Providence de vous aider, par sa grâce,
à atteindre, dans cette capitale, le siège de la véritable souveraineté, et à
entrer dans la maison du Bien-aimé. un secret gît, caché, dans cette ville.
lorsqu’il sera manifesté, il transformera la terre en paradis. Je souhaite que
vous puissiez prendre part à sa grâce et reconnaître sa splendeur. de Téhéran,
rendez-vous au Khorassan et, là, proclamez à nouveau l’appel. de là,
retournez à najaf et à Kerbéla, où vous atten-drez les mandements de votre
seigneur. vous accomplirez entièrement, soyez-en certain, la haute mission
pour laquelle vous avez été créé1

et lorsqu’arriva le moment de partir, le Báb conforta mullá h∂usayn par des
paroles d’encouragement :

ne soyez pas affligé parce que vous n’avez pas été choisi pour
m’accompagner dans mon pèlerinage à hijáz. Je guiderai en revanche vos
pas vers la ville qui renferme en son sein un mystère d’une si transcendante
sainteté que ni h∆ijáz, ni Chiraz ne peuvent espérer l’égaler. Je souhaite que
vous puissiez, avec l’aide de dieu, écarter les voiles des yeux des négligents
et puri er les esprits des malveillants. (...) les armées du royaume

dans la Gloire du Père

invisible vous soutiendront et redoubleront vos efforts, soyez-en sûr !
l’essence du pouvoir gît à présent en vous, et la compagnie de ses anges élus
gravite autour de vous. ses bras tout-puissants vous entoureront et son esprit
infaillible continuera toujours à guider vos pas. Celui qui vous aime, aime
dieu ; et quiconque s’oppose à vous s’est opposé à dieu. quiconque vous
secourt, dieu le secourra et quiconque vous rejette, dieu le rejettera.2

mullá h∆usayn était très connu à ispahan. siyyid Káz∂im-i-rashtí, l’avait
plusieurs fois envoyé dans cette ville célèbre pour obtenir l’approbation du
célèbre mujtahid h∂ájí siyyid muh∂ammad-Báqir-i-shaftí qui était mort
depuis. son ls, h∂ají siyyid asadu’lláh, était aujourd’hui aussi amical que son
père l’avait été ; c’était aussi le cas d’un autre mujtahid remarquable h∂ájí
muh∂ammad ibráhím-i-Kalbásí. encore plus importante fut l’attitude du
Géorgien manúchihr Khán, le mu’tamidu’d-dawlih, gouverneur d’ispahan,
qui refusait d’écouter ceux qui s’opposaient déjà à mullá h∂usayn. Parce
qu’il n’était pas encore autorisé à dévoiler le nom du Báb, c’est avec
circonspection que mullá h∂usayn conduisit un certain nombre de gens à
reconnaître cette nouvelle religion et à l’accepter. le premier converti, que le
Báb immortalisa dans son livre le bayán, était un jeune homme candide du
nom de mullá Ja’far, connu par le nom de son travail : Gandum-Pák-Kun, le
tamiseur de blé, qui mourut à ∏abarsí. le plus admirable de ces nouveaux
convertis fut mullá s∂ádiq-i-muqaddas-i-Khurásání, un important disciple de
siyyid Káz∂im, qui, quelques années plus tard, serait un des rares à survivre
à l’holocauste de ∏abarsí. il rencontra Bahá’u’lláh dans la ville prison
d’acre, devint un bahá’í aussi ferme qu’il avait été bábí, fut honoré par
Bahá’u’lláh du titre de ismu’lláhu’l-as∂daq* (le nom de dieu, le véritable) et
resta dèle et loyal jusqu’à la n de sa vie. son ls, ibn-i-as∂daq, fut l’une des
quatre mains de la cause de dieu désignées par Bahá’u’lláh, alors que mullá
s∂ádiq lui-même fut nommé à titre posthume main de la cause par ‘abdu’l-
Bahá dans son livre Mémorial des dèles.
mullá h∆usayn ne resta que peu de temps à Káshán, mais il donna la
nouvelle de l’aube du Jour de dieu à un important marchand de la ville, h∂ájí
mírzá Jání. il ne

* quelques-uns de ceux que Bahá'u'lláh nomma ismu'lláh brisèrent son
alliance : siyyid mihdíy-i-dahijí (ismu'lláh-mihdí), áqá muh∂ammad-Javád-i-
qazvíní (ismu'lláh-Javád), et áqá Jamál-i-Burúrjirdí (ismu'lláh-Jamál).
d'autres restèrent fidèles : mullá s∂adiq (ismulláh-as∂daq), zauyn'ul-
muqarrabín (ismu'lláh-zayn), siyyid

'abdu'r-rah∂ím-i-is∂fahání (ismu'lláhir-rah∂ím) et Jináb-i-munír (ismu'lláh-
muníb) qui mourut à smyrne en 1868.

d'autres ne sont pas encore identifiés.

en rouTe vers la CaPiTale de la Perse

Quelques-uns des personnalités de la cour de Muh∂ammad Sháh : au centre,
le jeune garçon est násiri’d-dín, le prince héritier. À sa droite derrière lui,
Mírzá abu’l-Qásim, Qá’im-Maqám ; à sa gauche, h∂ájí Mírzá áqásí. À
gauche de l’image on aperçoit Manúchihr-khán, Mu‘tamidu’d-dawlih, le
gouverneur d’ispahan. entre les deux, Mírzá abu’l-h∆asan khán-i-Ílchí,
ambassadeur persan en grande-bretagne qui inspira le personnage de mírzá
firouz dans le livre de Morier : hajji Baba d’ispahan (édit. phébus).

trouva personne pour l’écouter à qom et continua jusqu’à Téhéran. C’est là
que se trouvait le « mystère » dont le Báb avait parlé, celui que devait
atteindre le message et la pétition du Báb. mullá h∂usayn ne savait ni où ni
de quelle manière il devait chercher ce mystère, mais dieu l’avait conduit
jusqu’au qá’im et il était certain qu’une fois encore il serait guidé vers le but
de sa recherche. il s’installa dans une école de théologie, la madrisih [école]
de mírzá s∂álih∂ appelée aussi la madrisih de Páminár (Páy-i-minár) du nom
du quartier de Téhéran dans lequel cette école était située. h∂ájí mírzá
muh∂ammad-i-Khurásání, le chef des shaykhís de la capitale, était aussi le
directeur de cette école. mullá h∂usayn essaya vainement de l’éveiller à la
réalité de l’aube de ce Jour de dieu, mais mírzá muh∂ammad ne sut que le
réprimander pour avoir dévié de la voie de siyyid Káz∂im. il trouvait même
indésirable le séjour de mullá h∂usayn à Téhéran, y voyant une menace pour
la sécurité et l’intégrité de la communauté shaykhíe. mullá h∂usayn l’assura
qu’il ne resterait pas

dans la Gloire du Père

longtemps dans la capitale et que, de toute façon, il ne considérait pas avoir
dit ou fait quoique ce soit pour dénigrer le rang et la position de shaykh
ah∂mad-i-ah∂sá’í ou de siyyid Káz∂im-i-rashtí.

a n de ne plus paraître menaçant pour h∂ájí mírzá muh∂ammad-i-Khurásání,
mullá h∂usayn resta éloigné autant que possible de la madrisih de mírzá
s∂álih∂. il avait, après tout, un but bien plus important que cet imbroglio
avec le religieux shaykhí. il quittait l’école tôt le matin et ne revenait à sa
chambre qu’après le coucher du soleil. mullá muh∂ammad-i-mu’allim
[enseignant], natif du district de núr en mazandéran, écrivit de quelle
manière mullá h∂usayn atteint le but de sa recherche et accomplit la mission
que lui avait con ée le Báb :

… en ce temps-là, je vivais dans la même école que h∂ájí mírzá
muh∂ammad et l’on me considérait comme l’un de ses disciples favoris. ma
chambre touchait la sienne et nous entretenions des relations très amicales. le
jour où il était occupé à discuter avec mullá h∂usayn, je surpris leur
conversation du début jusqu’à la n, et je fus profondément touché par
l’ardeur, la facilité de parole et le savoir de ce jeune étranger. Je fus surpris
des réponses évasives, de l’arrogance et du comportement dédaigneux de
h∂ájí mírzá muh∂ammad. Ce jour-là, je me sentis fortement attiré par le
charme de ce jeune homme et profondément irrité par la conduite indécente
de mon maître envers lui. Je dissimulai mes sentiments et prétendis ignorer
ses discussions avec mullá h∂usayn. Je fus pris par un désir passionné de
rencontrer ce dernier et me hasardai à aller lui rendre visite vers minuit. il ne
m’attendait pas, mais je frappai à sa porte et le trouvai éveillé, assis près de
sa lampe. il me reçut affectueusement et me parla avec une courtoisie et une
tendresse extrêmes. Je soulageai mon cœur et, pendant que je lui parlais, des
larmes que je ne pouvais retenir, coulaient de mes yeux. « Je puis voir à
présent, dit-il, la raison pour laquelle j’ai choisi de demeurer ici. votre maître
a rejeté avec dédain ce message et a méprisé son auteur. mon espoir est que
son élève puisse, contrairement à son maître, reconnaître la vérité. Comment
vous appelez-vous et dans quelle ville résidez-vous ? » « Je m’appelle mullá
muh∂ammad, répondis-je, et mon nom de famille est mu’allim. ma maison
se trouve à núr dans la province de mazendéran. « dites moi, demanda-t-il, y
a-t-il de nos jours parmi la famille de feu mírzá Buzurg-i-núrí, qui était
connu pour son caractère, son charme, ses talents artistiques et intellectuels,
quelqu’un qui se soit montré capable de préserver les hautes traditions de
cette illustre maison ?

- oui, répondis-je, parmi ses ls encore en vie, l’un s’est distingué par les
mêmes

en rouTe vers la CaPiTale de la Perse

traits qui caractérisaient son père. Par sa vie vertueuse, ses grandes
connaissances, sa bonté et sa libéralité, il s’est montré le noble descendant
d’un noble père.

- quelles sont ses occupations ? me demanda-t-il.

- il réconforte les inconsolables et nourrit les affamés, répondis-je.

- que savez-vous de son rang et de sa position ?

- il n’en a pas, dis-je, si ce n’est qu’il secourt les pauvres et les étrangers.
- Comment s’appelle-t-il ?

- h∂usayn ‘alí.

- dans laquelle des écritures de son père excelle-t-il ?

- son écriture favorite est le shikastih-nasta’líq.

- a quoi occupe-t-il son temps ?

- il se promène à travers bois et se complaît à admirer les beautés de la
campagne.

- quel âge a-t-il ?

- vingt-huit ans. »

la curiosité avec laquelle mullá h∂usayn m’interrogeait et le sentiment de
plaisir qu’il ressentait à entendre chaque détail que je lui donnais, me surprit
grandement. se tournant vers moi, avec un visage rayonnant de joie et de
satisfaction, il s’enquit une fois de plus : « Je présume que vous le
rencontrez souvent ? »

- Je me rends fréquemment chez lui, répondis-je.

- voulez-vous, dit-il, lui remettre, en mains propres, un dépôt de ma part ?

- Très certainement, répondis-je.

il me donna alors un parchemin enveloppé dans une pièce de toile et me
demanda de le lui remettre le lendemain à l’aube. « s’il daignait me
répondre, ajouta-t-il, auriez-vous l’amabilité de me faire connaître sa
réponse ? » Je pris le parchemin et, au lever du jour, me levai pour exaucer
son désir.

Comme j’approchais de la maison de Bahá’u’lláh, je reconnus son frère
mírzá músá qui se tenait à la porte et à qui je s savoir l’objet de ma visite. il
entra dans la maison et réapparut peu après portant un message de
bienvenue. on m’introduisit auprès de Bahá’u’lláh ; je présentai 1e rouleau à
mírzá músá, qui 1e déposa devant Bahá’u’lláh.

Celui-ci nous pria de nous asseoir. dépliant le rouleau, il jeta un coup d’œil
sur son contenu et commença à nous lire à haute voix certains de ses
passages. Je restai assis, ravi par le son de sa voix douce et mélodieuse. il
avait lu une page du rouleau lorsque, se tournant vers son frère, il dit : «
músá, qu’en dis-tu ? en vérité je le dis, celui qui croit au coran, reconnaît son
caractère divin, et malgré cela hésite, ne fût-ce qu’un instant, à admettre que
ces paroles émouvantes sont dotées du même pouvoir régénérateur, s’est
assurément trompé dans son jugement et a dévié loin du sentier de justice. »
Puis il se

dans la Gloire du Père

tut. en me congédiant, il me chargea de rapporter à mullá h∂usayn, comme
cadeau de sa part, un pain de sucre russe et un paquet de thé, et il me pria de
lui transmettre l’expression de son amour et de sa reconnaissance.

Je me levai et, rempli de joie, me hâtai de retourner auprès de mullá h∂usayn
pour lui remettre le cadeau et le message de Bahá’u’lláh. avec quelle joie et
quelle exulta-tion les reçut-il de ma main ! les paroles me manquent pour
décrire l’intensité de son émotion. il se mit debout, reçut, tête baissée, le
cadeau et l’embrassa avec ferveur. il me prit alors dans ses bras, me baisa les
yeux et dit : « ami chèrement aimé ! Je prie pour que, de même que vous
m’avez réjoui le cœur, de même dieu vous fasse don d’une éternelle félicité
et vous inonde le cœur d’un bonheur impérissable. » Je fus stupé é par la
conduite de mullá h∂usayn. quelle pouvait être, pensai-je en moi-même, la
nature du lien qui unissait ces deux âmes ? qu’est-ce qui pouvait avoir
suscité en leurs cœurs une aussi ardente amitié ? Pourquoi mullá h∂usayn,
aux yeux de qui la pompe et l’apparat de la royauté n’étaient que pure
futilité, devait-il manifester un tel bonheur à la vue d’un cadeau aussi insigni
ant de la part de Bahá’u’lláh ? Cette pensée m’intriguait et je ne pouvais en
découvrir le mystère.
quelques jours plus tard, mullá h∂usayn partit pour le Khorassan. au moment
de notre séparation, il dit : « ne soufflez mot à personne de ce que vous avez
entendu et vu. faites que ceci reste un secret caché en votre sein. ne
divulguez pas son nom, car ceux qui envient sa position se lèveraient alors
pour lui nuire. dans vos moments de méditation, priez le Tout-Puissant de le
protéger a n que, par lui, il puisse exalter les opprimés, enrichir les pauvres
et racheter les pécheurs. le secret des choses reste caché à nos yeux. il est de
notre devoir de lancer l’appel du nouveau jour et de proclamer ce divin
message à tous les hommes. Bien des âmes dans cette ville verseront leur
sang sur ce sentier. Ce sang irriguera l’arbre de dieu, lui permettra de fleurir
et d’abriter sous son ombre l’humanité tout entière. »3

une fois encore, la divine providence avait conduit mullá h∆usayn-i-Bushrú’í
jusqu’à son but, le plus important de toute l’histoire de l’humanité.

quant à l’obscur shaykhí, étudiant en théologie, mullá muh∂ammad-i-
mu’allim-i-núrí que la même providence avait poussé à rechercher la
compagnie de mullá h∂usayn et à se lier d’amitié avec lui a n de lui montrer
le chemin vers le but et d’accomplir ainsi un service incomparable, saint et
très méritoire, il versera son sang sur le même champ de bataille que mullá
h∂usayn quand un implacable ennemi déchiquettera son corps fragile.

en rouTe vers la CaPiTale de la Perse

dans la Gloire du Père

-

ahá’u’lláh.

azandéran, téhéran et quelques-uns des lieux associés au com ent de la vie
de b

encemm

ontrant la province du M

erse m

arte du nord de la pc

au pays de ses ancêtres

dès que mírzá h∂usayn-’alí, le ls du vazír-i-núrí, t allégeance à la Cause du
Báb, il se leva et t tous ses efforts pour promouvoir cette cause. on savait
qu’il n’avait jamais fréquenté de cours de théologie, ne s’était jamais assis
aux pieds d’un théologien célèbre, d’un maître, d’un philosophe ou d’un
guide. on savait aussi qu’il était un maître en dialectique, une fontaine de
savoir, un modèle d’éloquence. enseignant la religion du Báb, ces grandes
qualités devinrent plus évidentes, plus intenses, plus pénétrantes.

il entreprit son premier voyage pour propager la cause du Báb en
mazandéran, le pays de ses ancêtres. shaykh muh∂ammad-Taqí, le grand
théologien de núr que nous avons déjà rencontré dans ces pages, était mort et
c’était maintenant son ls, shaykh muh∂ammad qui occupait sa chaire. Ce
dernier était convaincu qu’il ne pourrait jamais surpasser ni même égaler la
puissance d’expression et d’exposition de Bahá’u’lláh. aussi resta-t-il muet
et dans l’expectative lorsque les efforts de Bahá’u’lláh pour répandre, dans
tout le district de núr, la nouvelle de l’avènement du Báb attirèrent un grand
nombre d’éminents citoyens sous la bannière de la nouvelle religion, y
compris son frère mírzá muh∂ammad-h∂asan et l’héroïque muh∂ammad
Taqí Khán, un de ses proches parents, ce qui provoqua une opposition et une
hostilité intenses chez beaucoup d’autres, dont le principal fut mírzá

‘azízu’lláh, un oncle de Bahá’u’lláh. mais les élèves de shaykh muh∂ammad
ne le laissaient pas tranquille et insistaient pour qu’il fasse un effort et
s’oppose aux activités de Bahá’u’lláh. devant leur insistance il nit par céder
et désigna ses deux élèves les plus érudits : ses beaux-frères mullá ‘abbás et
mullá abu’l-qásim, pour rencontrer Bahá’u’lláh et lui lancer un dé . ils le
rencontrèrent à dárkalá au cours d’une grande réunion de gens venus pour
l’écouter. Bahá’u’lláh leur expliquait le sens essentiel de la première sourate
du coran. les deux envoyés s’assirent et écoutèrent avec attention,
complètement captivés. mullá ‘abbás, le premier, se redressa et, tremblant et
en pleurs, il dit à ses compagnons : « faites ce que vous

dans la Gloire du Père

voulez, mais en ce qui me concerne, je suis sans voix ; je n’ai plus ni
mémoire, ni paroles. allez dire à mullá muh∂ammad que dorénavant mon
devoir est de servir au seuil de mírzá h∂usayn-‘alí ». mullá abu’l-qásim,
terrassé lui aussi, lui répondit :
« Comme vous, je ne l’abandonnerai jamais pour servir quelqu’un d’autre.
ma place aussi est devant sa porte. »

Bahá’u’lláh vint lui-même au village de sa’ádat-ábád pour rendre visite à
mullá muh∂ammad. Conscient de son incapacité, ce dernier ne voulut pas
discuter avec lui et trouva toutes sortes de prétextes pour éviter la rencontre.
il décida nalement de consulter le coran. il prit le saint livre, l’ouvrit au
hasard et le referma immédiatement en disant d’une petite voix que les
versets de cette page n’augu-raient rien de bon.

voyageant partout dans le pays de ses ancêtres, Bahá’u’lláh rencontra un jour
un jeune derviche assis au bord d’un ruisseau en train de préparer sa
nourriture.

Bahá’u’lláh lui demanda ce qu’il faisait et le jeune homme répondit : « oh, je
cuisine dieu pour le manger. » la simplicité de cette réponse amusa beaucoup
Bahá’u’lláh qui t preuve d’une grande gentillesse envers lui.

Ce derviche, mus∂πafá Big, était de sanandij au Kurdistán. Poète, il avait
pris le surnom de majzúb (celui qui est attiré). et il devint si attiré par
Bahá’u’lláh qu’il le suivait partout en chantant ses louanges et en lui
demandant de « déchirer les voiles… déchirer les voiles… » Beaucoup de
gens, en voyant son attitude, furent attirés à leur tour et se dévouèrent à
Bahá’u’lláh.

premier emprisonnement

le premier emprisonnement de Bahá’u’lláh eut lieu en rapport avec le
meurtre de h∂ájí mullá Taqíy-i-Baraghání, l’oncle et le beau-père de
qurratu’l-’ayn. h∂ájí mullá Taqí (qui sera connu sous le nom de shahíd-i-
Thálith : le troisième martyr) était un religieux obscurantiste, très étroit
d’esprit et très hostile envers les personnes et les enseignements de shaykh
ah∂mad-i-ah∂sá’í et siyyid Káz∂im-i-rashtí.

du haut de sa chaire il tonnait contre eux en les insultant et c’est pourquoi il
fut assassiné dans sa mosquée, dans la lumière du petit matin. son assassin,
fervent admirateur des croyances shaykhíes, avoua publiquement qu’il avait
poignardé h∂ájí mullá Taqí dans la bouche à cause du langage déplacé de ce
religieux. natif de Chiraz, diversement appelé mírzá s∂álih∂, mullá
‘abdu’lláh ou mírzá ∏áhir, le boulanger, il af rma lors de son procès à
Téhéran n’avoir jamais été bábí, mais il était en chemin vers máh-Kú pour y
rencontrer le Báb et étudier sa Cause.

néanmoins, mullá muh∂ammad, le mari de qurrat’ul-’ayn, était aussi
fanatique et vindicatif que son père et il en pro ta pour arrêter un grand
nombre de bábís innocents qui furent envoyés à Téhéran.

en août 1919, dans le salon de sa résidence de haïfa, ‘abdu’l-Bahá contera à
un groupe de bahá’ís l’histoire de ce premier emprisonnement de
Bahá’u’lláh. il leur dira que quatre hommes, dont l’assassin, furent emmenés
à Téhéran et emprisonnés dans la maison de Khusraw Khán. Bahá’u’lláh
demanda à mírzá shafí’Khán, le s∂áh∂ib-díván d’expliquer la réalité de la
situation à h∂ájí mírzá áqásí. s∂áh∂ib-díván, un homme ouvert, avait une
grande influence sur le grand vizir et il lui transmit le message de
Bahá’u’lláh, ce qui sembla lui plaire. Puis Bahá’u’lláh et sa suite rendirent
visite aux prisonniers et leur donnèrent tout l’argent dont ils avaient besoin.
Bientôt, tout Téhéran parlait de cette histoire.

l’assassin du mujtahid de qazvín, ayant confessé son crime et voyant que sa
confession avait été inutile, décida de s’évader. une nuit de neige, il brisa ses
fers, s’évada de la prison pour se réfugier chez rid∂á Khán, un of cier
turkoman au service de muh∂ammad sháh. rusé, au lieu de courir vers la
porte de la maison, il lança

dans la Gloire du Père

sa canne contre elle. la porte s’ouvrit, une planche fut posée sur la neige et
l’évadé put pénétrer dans la maison. lorsqu’au matin on entreprit les
recherches, on ne trouva aucune trace de l’évadé. on savait que Bahá’u’lláh
avait vu les prisonniers et leur avait donné de l’argent. les parents du
mujtahid assassiné vinrent de qazvín et l’accusèrent d’avoir aidé l’assassin à
s’évader. Bahá’u’lláh, calme et tranquille, entouré de farráshes et de
cavaliers, fut conduit à cheval jusqu’à la prison où on l’enferma. Très vite,
pourtant, on comprit que l’accusation était sans fondement et Bahá’u’lláh fut
libéré. mais ce que les parents de h∂ájí mullá Taqíy-i-Baraghání ne savaient
pas c’est que c’était Bahá’u’lláh qui avait ordonné et organisé l’évasion de
qurratu’l-’ayn hors de leurs griffes1.

quant au meurtrier du mujtahid, rid∂á Khán le t sortir de Téhéran. ‘abdu’l-
Bahá raconte que lorsqu’on comprit ce qui s’était passé, on lança un millier
de cavaliers à la poursuite de rid∂á Khán, mais on ne réussit pas à l’attraper.
les deux hommes atteignirent en n la forteresse de shaykh ∏abarsí où ils
connurent la mort des martyrs.

la conférence de badasht

la conférence de Badasht est unique dans les annales religieuses de
l’humanité. Jamais encore durant la vie d’une manifestation de dieu ses
disciples ne s’étaient réunis pour se concerter, tous ensemble, concernant la
nature de leur religion et de leurs futures actions. le génie animant cette
conférence sans précédent, le même qui l’avait organisée, n’était autre que
mírzá h∂usayn-’alíy-i-núrí qui par la suite fut connu dans la communauté
bábíe sous le nom de Jináb-i-Bahá*. Comme le Gardien l’a remarqué :

le but principal de cette réunion était de rendre effective la révélation du
bayán par une rupture soudaine, complète et dramatique avec le passé, avec
son organisation, son sacerdoce, ses traditions et ses cultes. le but secondaire
était d’examiner les moyens de délivrer le Báb de sa cruelle détention à
Chihríq. le premier objectif réussit pleinement ; le second était destiné, dès le
début, à échouer1

Badasht est un hameau situé sur les bords de la mer Caspienne. en arrivant
dans ce hameau, Bahá’u’lláh loua trois jardins : il en donna un à quddús,
h∂ájí mullá muh∂ammad-’alíy-i-Bárfurúshí, la dix-huitième et dernière
lettre-du-vivant et la première d’entre elles par le rang. le deuxième jardin
fut assigné à qurratu’l-’ayn que Bahá’u’lláh avait sauvée des périls qui
l’entouraient à qazvín, sa ville natale.
Bahá’u’lláh s’installa dans le troisième jardin. nabíl-i-a’z∂am écrit : Ceux
qui s’étaient réunis à Badasht étaient au nombre de quatre-vingt un ; ils
furent tous, depuis leur arrivée jusqu’à la conclusion de la réunion, les hôtes
de Bahá’u’lláh.

Chaque jour, celui-ci révélait une Tablette que mírzá sulaymán-i-núrí
psalmodiait en présence des croyants réunis. a chacun de ceux-ci, il conféra
un nouveau nom. il fut

* il faut noter que le nom « Bahá’u’lláh » fut mentionné pour la première
fois par le Báb dans son livre le bayán persan, et que c’est en tant que Jináb-
i-Bahá que mírzá h∆usayn-’alíy-i-núrí fut connu dans la communauté bábíe
après la conférence de Badasht.

dans la Gloire du Père

lui-même désormais désigné sous le nom de Bahá ; à la dernière lettre du
vivant fut attribué le nom de quddús et à qurratu’l-’ayn celui de ∏áhirih (la
pure). à l’intention de chacun de ceux qui s’étaient réunis à Badasht, le Báb
devait révéler une Tablette spéciale dans laquelle il les appelait par le nom
qui leur avait été récemment octroyé.

lorsque, plus tard, quelques-uns des condisciples parmi les plus stricts et les
plus conservateurs décidèrent d’accuser ∏áhirih de rejeter inconsidérément
les traditions de tout temps respectées dans le passé, le Báb, à qui ces
plaintes avaient été adressées, répondit : « que puis-je dire de celle que la
langue de puissance et de gloire a surnommée Tahirih » ?2

et ce fut qurratu’l-ayn, ∏áhirih la Pure, qui, en ce jour inoubliable du début
de l’été 1848, lança pour la première fois l’appel claironnant de
l’émancipation des entraves humaines du passé, choquant un grand nombre
de ses coreligionnaires consternés. elle apparut devant eux, le voile repoussé
en arrière, le visage maquillé et offert à tous les yeux. Pour beaucoup d’entre
eux ce fut comme si le Jour de la résurrection était arrivé (ce qui était le cas
!). l’un d’eux, ‘abdu’l-Kháliq-i-is∂fahání, se coupa la gorge, tellement il était
scandalisé et, le sang jaillissant à flots, il quitta l’assemblée en hurlant.
quelques-uns le suivirent et quittèrent la religion du Báb. quddús était
furieux. il tenait son sabre à la main et on pouvait croire qu’il allait s’en
servir sur Táhirih. nabíl écrit, en citant shaykh abú-Turáb : son attitude
menaçante ne parvint toutefois pas à émouvoir Táhirih. son expression
gardait la même dignité et la même con ance qu’elle révélait depuis le
moment de son apparition devant les croyants assemblés. un sentiment de
joie et de triomphe éclairait à présent son visage. elle se leva de son siège et,
nullement troublée par le tumulte qu’elle avait provoqué chez ses
compagnons, commença à s’adresser au reste de l’assemblée. sans la
moindre préméditation et dans un langage qui ressemblait de manière
frappante à celui du Qur’án, elle lança son appel avec une inégalable
éloquence et une profonde ferveur. elle conclut par le verset suivant du
qur’án : « en vérité, au milieu de jardins et de rivières, les âmes pieuses
demeureront sur le siège de vérité, en présence du puissant roi. » en
prononçant ces paroles, elle jeta un regard furtif à la fois sur quddús et sur
Bahá’u’lláh, de sorte que ceux qui la regardaient ne purent savoir auquel
d’entre eux elle faisait allusion.3

l’annonce audacieuse de ∏áhirih eut lieu un jour où Bahá’u’lláh était
fatigué.

la ConférenCe de BadashT

quddús vint lui rendre visite dans son jardin ; d’autres compagnons étaient
présents. soudain ∏áhirih entra comme un coup de tonnerre. elle déclara : «
Je suis le verbe énoncé par le qá’im, le verbe qui fera s’enfuir tous les chefs
et les nobles de la terre ! » Puis elle ajouta : « Ce jour est un jour de
réjouissance universelle et de fête, le jour où se brisent les chaînes du passé.
que ceux qui participent à ce grand événement se lèvent et s’embrassent ! » 4

le calme revenu, Bahá’u’lláh prit les choses en mains. nabíl-i-a’z∂am écrit :
Cette journée mémorable, ainsi que celles qui la suivirent immédiatement,
vit naître les réformes les plus révolutionnaires dans la vie et les habitudes
des disciples du Báb réunis. la vie cultuelle de ceux-ci subit une
transformation soudaine et fondamentale.
les prières et les rites auxquels ces adorateurs dévots avaient été formés
furent irrévocablement abandonnés. une grande confusion régna cependant
parmi ceux qui s’étaient levés avec tant de zèle pour défendre ces réformes.
quelques-uns condamnèrent un changement si radical car ils y voyaient
l’essence de l’hérésie, et refusèrent d’annuler ce qu’ils considéraient comme
les préceptes inviolables de l’islám. Certains consi -

dérèrent ∏áhirih comme l’unique juge en de telles affaires et la seule
personne quali ée pour exiger une obéissance inconditionnelle de la part des
dèles. d’autres, qui dénon-cèrent son comportement, s’en tinrent à quddús en
qui ils voyaient l’unique représentant du Báb, la seule personne habilitée à se
prononcer sur des sujets aussi importants.

d’autres encore, qui reconnurent aussi bien l’autorité de ∏áhirih que celle de
quddús, ne virent dans tout cet épisode qu’une épreuve envoyée par dieu et
destinée à séparer le vrai du faux et à distinguer le dèle du per de.

(…) Cet état de tension persista pendant quelques jours jusqu’au moment où
Bahá’u’lláh intervint et que de sa manière magistrale, il réalisa entre eux une
réconciliation complète. il guérit les plaies que cette vive controverse avait
causées et dirigea les efforts des deux adversaires sur le chemin du service
constructif.5

Bahá’u’lláh t lire la cinquante-sixième sourate du coran, al-wáqi’ah
(l’évènement), devant toute l’assemblée et lorsqu’ils comprirent le sens et
les allusions de ces versets du coran, ils réalisèrent que, oui, le Jour de la
résurrection était sur eux :

lorsque l’événement arrivera,

nul ne saura nier son arrivée.

dans la Gloire du Père

il abaissera et il élèvera.

lorsque la terre sera ébranlée par un violent tremblement,
que les montagnes voleront en éclats

et deviendront comme la poussière dispersée de tous côtés ;

lorsque vous, hommes, vous serez partagés en trois classes :

que les hommes de la droite seront hommes de la droite ;

que les hommes de la gauche seront hommes de la gauche ;

que ceux qui ont pris le pas en ce monde dans la foi

y prendront le pas avant les autres :

Ceux-ci seront les plus rapprochés de dieu.

ils habiteront le jardin des délices.

(il y aura un grand nombre de ceux-ci parmi les peuples anciens, et un petit
nombre seulement parmi les modernes).

se reposant sur des sièges ornés d’or et de pierreries,

accoudés à leur aise et se regardant face à face.

ils seront servis par des enfants doués d’une jeunesse éternelle, qui leur
présenteront des gobelets, des aiguières et des coupes, remplis de vin exquis,

sa vapeur ne leur montera pas à la tête et n’obscurcira pas leur raison.

ils auront à souhait les fruits qu’ils désireront,

et la chair des oiseaux les plus rares.

Près d’eux seront les houris aux beaux yeux noirs

Pareilles aux perles dans leur nacre.

Telle sera la récompense de leurs œuvres.
ils n’y entendront ni discours frivoles ni paroles criminelles on y entendra
que les paroles : Paix, paix. 6

Bahá’u’lláh resta à Badasht pendant vingt-deux jours. alors les bábís, ceux
qui étaient restés fermes et constants, quittèrent le lieu de cette conférence
historique et, leur foi forti ée, se dirigèrent vers le village de níyálá où ils
furent attaqués de tous côtés. Bahá’u’lláh lui-même raconta à nabíl :

nous étions tous réunis dans le village de níyálá et nous reposions au pied
d’une montagne, lorsqu’à l’aube nous fûmes soudain réveillés par les pierres
que les gens du voisinage lançaient sur nous du sommet de la montagne. la
férocité de leur attaque incita nos compagnons à s’enfuir, terri és et
consternés. J’habillai quddús de mes propres

la ConférenCe de BadashT

vêtements et l’envoyai vers un endroit sûr où j’entendais le rejoindre.
lorsque j’y parvins, je découvris qu’il était parti. Personne parmi nos
compagnons n’était resté à níyálá, hormis ∏áhirih et un jeune homme de
Chiraz, mírzá ‘abdu’lláh. la violence de l’attaque menée contre nous avait
semé la désolation dans notre camp. Je ne trouvais personne à qui je puisse
con er ∏áhirih, personne à part ce jeune homme qui t preuve à cette
occasion d’un courage et d’une détermination vraiment surprenants. l’épée à
la main, indompté malgré le sauvage assaut des habitants de ce village qui
s’étaient rués pour piller nos biens, il bondissait en avant pour arrêter la main
de l’assaillant. Bien qu’il fût lui-même blessé à plusieurs endroits du corps,
il risqua sa vie pour protéger nos biens. Je le priai de renoncer à son acte.
lorsque le tumulte se fut apaisé, je m’approchai de quelques-uns des
habitants du village et je pus les persuader de la cruauté et de l’ignominie de
leur comportement. Je parvins ensuite à recouvrer une partie de nos biens
pillés.7

dans la Gloire du Père

muh∂ammad sháh

de badasht à Shaykh ∏abarsí

quiTTanT Badasht, Bahá’u’lláh se dirigea vers son district d’origine, núr. il
con a ∏áhirih à shaykh abú-Turáb-i-ishtahárdí pour qu’il la mette à l’abri.

Pendant ce temps, les adversaires vivant à la capitale (dont, sans doute, h∆ájí
mírzá áqásí, l’antéchrist de la révélation bábíe) influençaient muh∂ammad
sháh contre Bahá’u’lláh, le décrivant comme un agitateur. le jour vint où,
selon nabíl, muh∂ammad sháh déclara : « J’ai jusqu’à présent, refusé de
prêter attention à ce qu’on racontait contre lui. mon indulgence était motivée
par ma reconnaissance pour les services que son père a rendus à mon pays.
Cette fois-ci, cependant, je suis décidé à le mettre à mort. » 1. h∂ájí mírzá
áqásí obtint en conséquence un édit du chah et donna des instructions à l’un
des notables du mazandéran pour arrêter Bahá’u’lláh.

dans une de ses épîtres Bahá’u’lláh indique qu’après son départ de Badasht il
se dirigea vers núr en d’agréables étapes. il visita sháh-rúd, le district de
hizárjaríb, Jaz (Gaz), au sud de Bandar-Jaz sur la mer Caspienne et ashraf, -
village après village, bourg après bourg - jusqu’à ce qu’il arrive à núr. C’est
sans doute alors que Bahá’u’lláh était à Bandar-Jaz que l’incident suivant se
déroula.

‘abdu’l-Bahá raconte qu’en arrivant à Bandar-Jaz Bahá’u’lláh tomba malade.

dans cette ville du bord de mer vivait un bábí de grandes qualités du nom de
mírzá masíh∂. ‘abdu’l-Bahá en parle comme de « l’esprit personni é » qui «
après avoir lu un seul verset issu de la plume du Point Premier, s’exclama :
que ce Báb soit mien, vous pouvez avoir tous les autres ! ». C’est alors que
Bahá’u’lláh était à Bandar-Jaz que mírzá masíh∂ mourut. Bahá’u’lláh
organisa une réunion commémorative pour lui et écrivit une prière de
souvenance pour cet homme merveilleux.

C’est aussi à ce moment-là qu’arriva l’édit de muh∂ammad sháh ordonnant
son arrestation. Bahá’u’lláh était alors l’hôte de notables de la ville qui,
accompagnés du représentant de la russie à Bandar-Jaz, qui était persan,
offrirent à Bahá’u’lláh

dans la Gloire du Père

un passage sur un vaisseau russe qui était à l’ancre. Bahá’u’lláh refusa et ne
s’enfuit pas. le lendemain, Bahá’u’lláh était invité par un autre notable ainsi
que le représentant de la russie et de nombreux personnages de la région qui
voulaient le rencontrer. C’est alors qu’un messager arriva avec la nouvelle
du décès de muh∂ammad sháh. l’édit ordonnant l’arrestation de Bahá’u’lláh
venait de perdre toute autorité.

Pendant ces événements, quddús avait été arrêté et emprisonné dans la ville
de sárí, dans la maison de mírzá muh∂ammad-Taqí, l’un des principaux
dignitaires religieux de la province du mazandéran. ∏áhirih aussi avait été
arrêtée et emmenée à Téhéran où elle avait été mise aux arrêts dans la
maison de mah∂múd Khán, le kalántar (maire) de la capitale. elle y resta
jusqu’à son martyre au cours du massacre d’août 1852.

à Badasht, l’absence de mullá h∂usayn, le Bábu’l-Báb, avait été remarquée.
il était alors l’invité de h∂amzih mírzá, le h∂ishmatu’d-dawlih (un des frères
de muh∂ammad sháh et gouverneur général du Khorassan) qui le traitait
avec courtoisie et considération. quittant le camp du gouverneur général, son
intention d’aller à Kerbéla fut contrecarrée par une épître du Báb qui
changea ses plans. dans cette épître le Báb lui donnait un nouveau nom,
siyyid ‘alí, et lui avait envoyé un de ses turbans verts à porter. il l’envoyait
dans le mazandéran pour y aider et y seconder quddús en lui demandant de
porter devant lui un étendard noir. Cet étendard noir serait celui dont parlait
le Prophète : « si vos yeux contemplent les étendards noirs arrivant du
Khorassan, hâtez-vous d’aller vers eux, même si vous deviez pour cela
ramper sur la neige, car ils proclament l’avènement du mihdí promis, le
vicaire de dieu. » au cours de sa longue marche de Khorassan au
mazandéran, le Bábu’l-Báb fut rejoint par des bábís qui avaient été à
Badasht. Peu à peu leur nombre croissait et bientôt, sous l’étendard noir se
pressaient plus de trois cents compagnons. à Bárfurúsh (Bábul), la ville
natale de quddús toujours prisonnier à sárí, l’hostilité du sa’ídu’l-ulamá, le
vindicatif haut dignitaire religieux, obligea les bábís à se servir d’armes pour
se défendre et, suite à des traîtrises et des serments brisés, ils durent élever
un mur et construire un fort à shaykh ∏abarsí, au cœur des forêts du
mazandéran dans lequel ils se réfugièrent.

en apprenant ces événements, Bahá’u’lláh, toujours à núr, décida de se
rendre

de BadashT à shayKh πaBarsí

à shaykh ∏abarsí. ses préparatifs terminés il alla au village d’afrá qui
appartenait à un certain naz∂ar-’alí Khán. il s’y arrêta pour ordonner un
somptueux dîner destiné aux occupants du fort à qui il envoya shaykh abú-
Turáb-i-ishtahárdí pour les prévenir de son arrivée imminente. ensuite,
accompagné de naz∂ar-’alí Khán, il se dirigea vers le fort où il fut
chaleureusement reçu par le Bábu’l-Báb. il faut se rappeler que c’est mullá
h∂usayn, le Bábu’l-Báb qui, quatre ans avant, avait porté le message du Báb
à Bahá’u’lláh et qu’il était donc conscient du haut rang de mírzá
h∂usayn-‘alíy-i-núrí, connu alors sous le nom de Jináb-i-Bahá. mullá
h∂usayn fut émerveillé de voir et d’entendre Bahá’u’lláh pour la première
fois ; il concentrait sur lui toute son attention. Bahá’u’lláh approuva tous les
aménagements faits dans le fort tout en faisant remarquer que ce qui
manquait le plus était la présence de quddús. n’oublions pas que les bábís ne
s’étaient pas réunis au mausolée de shaykh ∏abarsí pour se rebeller contre le
gouvernement, mais plutôt pour se protéger.

Bahá’u’lláh demanda à mullá mihdíy-i-Khu’í d’aller à sárí avec six hommes
et d’exiger la libération de quddús. Ce qui fut fait et le principal mujtahid de
la ville, mírzá muh∂ammad Taqí, eut peur de refuser. C’est ainsi que quddús
fut libéré après quatre-vingt-quinze jours de détention et put rejoindre les
compagnons de shaykh

∏abarsí. Bahá’u’lláh lui-même quitta le fort accompagné de naz∂ar-’alí
Khán et de shaykh abú-Turáb et se dirigea, en passant par núr, vers la
capitale de l’iran avec l’intention de revenir plus tard au fort pour y apporter
des provisions et d’autres choses nécessaires aux compagnons. C’est la
promesse qu’il t au Bábu’l-Báb.

dans la Gloire du Père

h∆ájí Mírzá áqásí, grand vizir de Muh∂ammad Sháh et

antéchrist de la révélation bábíe

la chute de h∂ájí Mírzá áqásí

le rusé h∆ájí mírzá áqásí, l’antéchrist de la révélation bábíe, savait très bien
qu’avec la mort de muh∂ammad sháh en septembre 1848, son pouvoir
deviendrait fragile et que les rênes des affaires lui échapperaient. aussi, dès
qu’il fut évident que le chah était gravement malade, le grand vizir resta
éloigné de la résidence royale. et lorsque muh∂ammad sháh rendit son
dernier soupir le grand vizir était invisible. il s’était fait de nombreux
ennemis et n’avait personne vers qui se tourner.

Comme après chaque décès d’un monarque, tout ou presque tout le pays
plon-geait dans un état de malaise ou de rébellion. à Chiraz, par exemple,
h∆usayn Khán, l’ájúdán-Báshí, honoré des titres de niz∂ámu’d-dawlih et
s∂áh∂ib-ikhtíyár, qui gouvernait d’une main de fer et avait forcé Chiraz et
toute la province à respecter l’ordre, faisait maintenant face à la coalition de
deux des plus puissants nobles de la province qui étaient déterminés à
l’évincer : le chef de la tribu qashqá’í et le prudent et cauteleux h∆ájí mírzá
‘alí-akbar, le qavámu’l-mulk. le petit peuple avait pris leur parti. C’était ce
même h∆usayn Khán qui avait outragé le Báb et puni ses disciples et les
membres de sa famille. maintenant, celui qui avait pourtant réussi à
soumettre un peuple indocile, qui avait chassé deux gouverneurs dont l’un,
firaydún mírzá était frère de muh∂ammad sháh, était incapable de résister à
l’alliance de la populace et des grands et devait s’enfuir. on n’entendit plus
parler de lui après cette débâcle et sa carrière houleuse prit brusquement n.

quant aux circonstances de la chute du Premier ministre lui-même, laissons
Jahángir mírzá, un frère de muh∂ammad sháh et auteur de Tárikh-i-naw (la
nouvelle histoire) qui en fut témoin, décrire ce qui arriva à h∆ájí mírzá áqásí.
Cet antéchrist de la révélation bábíe avait déjà reçu l’épître du Báb des
mains de mullá muh∂ammad ‘alíy-i-zanjání (h∆ujjat) et sa lecture avait dû
frapper de terreur son cœur de poltron. voici ce que dit, en gros, Jahángir
mírzá :

après le décès du souverain, h∂ájí mírzá áqásí t appeler les ministres russe et

dans la Gloire du Père

anglais et, ensemble, ils écrivirent une lettre pour en informer le prince
héritier qui était à Tabríz. h∆ájí mírzá áqásí fut soudainement envahi par la
peur et, pour des raisons qui lui sont propres, décida d’emmener ‘abbás
mírzá, un jeune ls du défunt souverain, jusqu’à sa propriété de ‘abbásábád.
en conséquence il envoya mah∂múd Pásháy-i-mákú’í chercher ‘abbás mírzá
qui était à Tajrísh, la résidence d’été du district de shimrán où le chah venait
de mourir. mais la mission échoua.

alors h∆ájí mírzá áqásí, après une nuit passée à ‘abbásábád, réunit environ
mille cinq cents mákú’ís et íravánís et se dirigea vers la citadelle royale de
Téhéran dont il prit possession et où il s’installa pour attendre. à Tajrísh,
mírzá nas∂ru’lláh, le s∂adru’l-mamálik, réunit les kháns et les courtisans
présents, et ils décidèrent de convoquer tous les princes et les grands
seigneurs présents dans la capitale, d’ordonner aux ‘ulamás et aux mujtahids
de laver le corps du défunt roi et de le placer dans son linceul, puis d’aller à
Téhéran pour déposer le corps dans le jardin de lálihzár d’abord et de là dans
la citadelle royale. mais une fois le corps prêt pour l’enterrement, par crainte
d’une action malhonnête de h∆ájí mírzá áqásí qui occupait la citadelle
royale, ils retardèrent son transport et les grands seigneurs et les princes
retournèrent à la capitale. à ce moment, la mère du prince héritier,
mahdi-’ulyá, prit les choses en main et informa les délégués étrangers que la
présence de h∆ájí mírzá áqásí dans la citadelle royale était indésirable. le
prince Bahrám mírzá, le mu’izzud-dawlih, frère de muh∂ammad sháh, se
rendit à la citadelle et conseilla à h∆ájí mírzá áqásí de partir. la mère du
prince héritier ordonna à l’of -

cier d’artillerie qui commandait les gardes de la citadelle de forcer le h∆ájí à
partir et celui-ci dirigea son canon vers la demeure du Premier ministre. de
plus, la nouvelle de la réunion des princes et des courtisans à Tajrísh avait de
quoi alarmer h∆ájí mírzá áqásí et augmenter sa détresse.

en n, après une attente de vingt-quatre heures, le h∆ájí sortit de la citadelle,
entouré de ses cavaliers mákú’ís et íravánís qui, pour la plupart, allaient
l’abandonner pour se réunir au jardin de Khán-Bábá Khán-i-sardár. le grand
vizir se retrouvait presque seul et, aucun des villages qu’il approchait ne le
laissait entrer.

abandonné, n’ayant plus que cinquante ou soixante cavaliers autour de lui, il
prit la route de Karaj. núru’lláh Khán-i-sháhsavan qui s’était lancé à sa
poursuite le rattrapa à la rivière. le h∆ájí était armé de fusils et de pistolets
qu’il portait soit sur lui soit sur sa selle, ainsi que de dagues, d’une massue et
d’une épée. il tira sur

la ChuTe de h∆áJí mírzá áqásí

núru’lláh Khán avant de lancer son cheval au galop vers le mausolée de sháh

‘abdu’l-’az∂ím. núru’lláh Khán le poursuivit jusqu’aux abords du mausolée
mais le h∆ájí avait pu se réfugier dans le sanctuaire. alors núru’lláh Khán
s’empara du cheval du h∆ájí et de ses possessions et de tout ce qui
appartenait aux hommes du h∆ájí, les laissant presque nus.
dès que mírzá nas∂ru’lláh, le s∂adru’l-mamálik apprit comment le h∆ájí
avait agi, il intervint de nouveau, informa la mère de l’héritier des
événements survenus et, en compagnie de tous les princes, les courtisans, les
nobles et les représentants étrangers, il ramena le corps du souverain défunt
dans la capitale avec les honneurs militaires et le plaça dans un endroit sûr
du jardin de lálihzár. il écrivit ensuite à Tabríz pour informer le nouveau
souverain de tout ce qui s’était passé.

h∆ájí mírzá áqásí ayant disparu de la scène, abandonné, discrédité, et devenu
un bástí (celui qui prend refuge dans un bást, un sanctuaire) dans le
mausolée de sháh

‘abdu’l-’az∂ím, il se passa, selon Jahángír mírzá, quelque chose d’inouï :
quelques personnes rejoignirent mírzá nas∂ru’lláh, qui semblait avoir
quelques ambitions personnelles, et commencèrent à parler de ce qui
ressemblerait à une république ou, au moins, à un gouvernement
constitutionnel. le nouveau chah n’était pas encore arrivé de Tabríz mais,
comme le dit Jahángír mírzá, sa mère, femme énergique et déterminée à
éradiquer ces idées stupides, fut à la hauteur de la situation. elle t
immédiatement protéger le trésor royal puis, par une douce diplomatie gagna
à sa cause la plupart de ceux qui s’étaient ralliés à mírzá nas∂ru’lláh. elle
offrit aussi de somptueux cadeaux en argent à certains dignitaires religieux,
comme áqá muh∂ammad-s∂álih∂ de Kirmánsháh qui fut ensuite envoyé dans
cette ville pour s’assurer de la loyauté de la population, ou mírzá ‘askarí,
l’imám-Jum’ih de mashhad qui partit vers cette ville sainte pour les mêmes
raisons. malgré tout, les perturba-tions furent nombreuses même si certaines
furent étouffées dans l’œuf comme les activités de muh∂ib-‘alí Khán le
gouverneur de Kirmánsháh, celles de sayfu’l-mulúk mírzá, ls de fath-‘alí
sháh et les tentatives d’alláhyár Khán, l’ás∂afu’d-dawlih, ou encore celles de
‘alí-sháh, le z∂illu’s-sultán, en irak qui fut stoppé à temps par le représentant
britannique et le vali ottoman.

en n, nás∂iri’d-dín et son ministre mírzá Taqí Khán, qui avait en chemin été
élevé au rang de vazír-niz∂ám et qui bientôt serait honoré du titre de amír
Kabír, arrivèrent dans la capitale. un décret royal permit au nouveau grand
vizir d’oc-

dans la Gloire du Père

cuper les propriétés du bastí antéchrist et h∆ájí mírzá áqásí, qui avait
considérablement vieilli en quelques semaines, dépouillé de sa richesse, reçu
un sauf-conduit qui lui permit de se réfugier en irak, dans la ville sainte de
Kerbéla où il mourut neuf mois plus tard.

deuxième emprisonnement

C’esT en décembre 1848 que Bahá’u’lláh essaya de remplir sa promesse de
retourner à shaykh ∏abarsí. il partit avec un certain nombre de bábís pour
atteindre le fort assiégé. Parmi ceux qui l’accompagnèrent on peut noter :
h∆ájí mírzá Jáníy-i-Káshání*, mullá Báqir-i-Tabrízí (une des lettres-du-
vivant du Báb), shaykh abú-Turáb-i-ishtahárdí, áqá siyyid h∆asan-i-Khu’í,
áqá siyyid h∆usayn-i-Turshízí (l’un des sept martyrs de Téhéran), ‘abdu’l-
vahháb Big, muh∂ammad-Taqí Kháni-núrí et mírzá yah∂yá s∆ubh∂-i-azal.

mais Bahá’u’lláh ne put remplir sa promesse car il fut arrêté, avec ses
compagnons, dans un village situé à quelque quinze kilomètres de shaykh
T∆abarsí. le village était désert lorsque Bahá’u’lláh et ses compagnons y
arrivèrent. ils entassèrent leurs armes dans une pièce, loin des foyers, et
s’installèrent pour la nuit. ils devaient arriver au fort le lendemain. mais
pendant la nuit, informé par des gardes et des espions de l’armée royale qui
campait autour de shaykh T∆abarsí, un of cier t encercler le village par un
grand nombre de soldats et appréhenda Bahá’u’lláh et ses compagnons qu’il
conduisit au village d’ámul. le général, gouverneur d’ámul, ‘abbás-qulí
Khán, avait rejoint le camp du prince mihdí-qulí mírzá et c’est le vice-
gouverneur muh∂ammad-Taqí Khán-i-láríjání qui, reconnaissant
Bahá’u’lláh, décida de l’installer avec ses compagnons dans sa propre
demeure.

mais très vite, apprenant qu’un certain nombre de bábís avaient été accueillis
avec respect dans la maison du vice-gouverneur au lieu d’être jetés en
prison, le désordre s’installa dans ámul. Comme d’habitude, les agitateurs
étaient les membres du clergé, toujours prêts à faire des histoires. les
religieux d’ámul étaient connus pour leur brutalité (c’est ‘abdu’l-Bahá qui
les décrit ainsi). ils exigèrent de muh∂ammad-Taqí Khán que Bahá’u’lláh
soit emmené à la mosquée. le tumulte organisé était si important que, bien
qu’hésitant, le vice-gouverneur ne put qu’obtem pérer. ensuite les religieux
déclarèrent que les gens devaient venir à la

* le marchand qui avait accueilli le Báb à Káshán, qui fut le premier
chroniqueur de sa religion et qui mourut en martyr en août1852.

dans la Gloire du Père

la mosquée d’ámul où bahá’u’lláh fut interrogé et reçut la bastonnade
mosquée en armes. le lendemain, ils vinrent tous : le boucher et son coutelas,
le charpentier avec sa hachette. leur intention était de se ruer sur Bahá’u’lláh
pour l’assassiner. entouré par la multitude, Bahá’u’lláh fut conduit à la
mosquée où il s’assit sous un des porches. deux marchands de Chiraz invités
du gouverneur, s’installèrent aussi. les religieux étaient, bien sûr, venus en
force.

voici comment ‘abdu’l-Bahá racontera les événements de cette journée,
installé dans le salon de sa maison de haïfa, un soir d’août 19191. un des
marchands de Chiraz voulut qu’on interprète pour lui un rêve qu’il avait fait
la nuit précédente. lorsque Bahá’u’lláh lui demanda de raconter son rêve, le
marchand commença : « J’ai rêvé que le qá’im de la maison de muh∂ammad
était présent dans cette mosquée et qu’il tenait son doigt entre les dents. » «
C’est un blasphème ! » hurla l’un des religieux. mais Bahá’u’lláh lui
demanda de se calmer, car cela n’avait rien à voir : tenir un doigt entre ses
dents est un signe de surprise. les deux marchands apprécièrent Bahá’u’lláh.
au cours de la fouille de h∆ájí mírzá Jání on avait trouvé dans sa poche une
lettre de siyyid h∆usayn-i-Kátib écrite si rapidement qu’on ne pouvait la lire.
quelqu’un suggéra que seul mullá ‘alí-Ján saurait déchiffrer cette écriture. et
on alla chercher celui qui, dans le passé, avait été traité avec générosi-

deuxième emPrisonnemenT

té par Bahá’u’lláh. mais il choisit d’oublier cette générosité, prit la lettre et,
voyant qu’il ne pouvait pas la déchiffrer, il remarqua un mot qui, décida-t-il,
avait été mal épelé. il s’écria alors que ce texte avait le Báb pour auteur ce
qui montrait bien son ignorance et son analphabétisme. Bahá’u’lláh, en
rappelant un incident de la vie de muh∂ammad et en citant un adage du
prophète, prouva à mullá ‘alí-Ján que ce mot n’était pas celui auquel il
pensait, que c’était le mot juste et qu’il était bien écrit.

mullá ‘alí-Ján, embarrassé, se tut.

abattus, les religieux n’abandonnèrent pas pour autant. ils condamnèrent
Bahá’u’lláh à la bastonnade. inquiet, muh∂ammad-Taqí Khán leur rappela
qu’il ne pouvait appliquer leur verdict sans l’accord du sardár (gouverneur).
il allait lui écrire, mais il faudrait à un cavalier quatre heures pour arriver à
shaykh T∆abarsí et donner la lettre. en attendant, il convenait d’attendre. les
religieux ne se laissèrent pas impressionnés par sa demande et exigèrent que
leur verdict fût appliqué ici et maintenant. mais muh∂ammad-Taqí Khán
trouva pourtant un moyen de s’opposer à eux. il ordonna à ses hommes de
démonter, de l’extérieur, le mur de la mosquée, fait de briques d’argile,
jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une épaisseur. on se rappelle que Bahá’u’lláh
était assis sous une arche, près de ce mur. soudain, le mur s’effondra et, par
le passage ainsi créé, Bahá’u’lláh fut conduit jusqu’à un endroit sûr.

lorsque des hommes en armes encerclèrent sa maison, muh∂ammad-Taqí
Khán monta sur le toit pour leur dire que mírzá h∆usayn-’alí était entre ses
mains et qu’il ne le leur livrerait pas avant d’avoir reçu l’avis du sardár. ses
hommes à lui, bien armés, prirent des positions défensives, visant avec leurs
fusils la foule excitée par les religieux. Ce que voyant, la populace se
dispersa. le lendemain, muh∂ammad-Taqí Khán reçu une lettre de ‘abbás-
qulí Khán, le gouverneur, qui lui reprochait tout de go d’avoir arrêté
Bahá’u’lláh. il continuait en menaçant que si le moindre mal était fait à
Bahá’u’lláh, il détruirait par le feu le village d’ámul. il ne voulait pas qu’une
vendetta s’installe entre sa famille et celle de mírzá Buzurg-i-núrí.

muh∂ammad-Taqí Khán montra la lettre aux religieux qui refusèrent de
composer, af rmant que les questions de croyance étaient de leur ressort et ne
concernaient pas le Khán. muh∂ammad-Taqí Khán avait un frère qui
s’appelait mírzá h∆asan, que

‘abdu’l-Bahá décrit comme « féroce ». il arriva au cœur de la nuit suivante et
se dirigea droit vers la maison de son frère. à peine entré, il demanda où était
Bahá’u’lláh et si la lettre de ‘abbás-qulí Khán était arrivée. il se calma en
appre-

dans la Gloire du Père

nant que Bahá’u’lláh était toujours là et que la lettre était bien arrivée. on lui
demanda pourquoi il avait quitté le camp royal. la réponse fut simple : il
s’était enfui, ainsi que le Prince mihdí-qulí mírzá et ‘abbás-qulí Khán, partis
on ne savait où. il raconta que les bábís avaient fait une sortie, brisé toutes
les forti cations qui les assiégeaient, mis en déroute toute l’armée et mis le
feu à la maison en bois dans laquelle les princes étaient installés. Puis mírzá
h∆asan se lança dans une diatribe contre les religieux qu’il continua le
lendemain lorsque ceux-ci vinrent chercher la réponse dé nitive de
muh∂ammad-Taqí Khán. il utilisa des épithètes choisis, les traitant de
gredins et de maudits, ce qui les déconcerta. il leur lança :

« si vous êtes sincères, si vous voulez une jihád, pourquoi ne pas aller à
shaykh T∆abarsí ? » mais ce n’étaient que des poltrons et, devant ce dé , ils
abandonnèrent la partie et s’éparpillèrent.

muh∂ammad-Taqí Khán et mírzá h∆asan ne savaient comment s’excuser et
désiraient rendre tout ce qui avait été volé, mais Bahá’u’lláh refusa en disant
: « Tout fut donné dans le sentier de dieu ».
la manière dont nabíl-i-a’z∂am conte lui aussi cet épisode est, en gros,
conforme au paragraphe précédent qui est basé sur le récit de ‘abdu’l-Bahá.
un rajout important dit que le vice-gouverneur, embarrassé par l’insistance
des religieux qui interrogeaient Bahá’u’lláh dans la mosquée, pour que lui et
ses compagnons soient mis à mort en tant que bábís, tenta de calmer les
passions en ordonnant « à ses serviteurs de préparer les verges et d’infliger
immédiatement la punition méritée par les captifs », promettant ensuite de
les garder en prison jusqu’au retour du gouverneur. Bahá’u’lláh intervint
pour empêcher que ses compagnons reçoivent la bastonnade et demanda que
cette torture soit plutôt appliquée à lui seul. le vice-gouverneur « donna, avec
hésitation, l’ordre de faire subir à Bahá’u’lláh seul, la vile-nie qu’il avait
d’abord l’intention d’infliger à ses compagnons.2 » et dans une lettre
destinée aux croyants orientaux datée de janvier 1929, le Gardien de la foi
bahá’íe con rma que Bahá’u’lláh avait subi la bastonnade dans le
mazandéran.

nabíl rapporte aussi la version personnelle que Bahá’u’lláh donna de cet
épisode :

malgré le tumulte que notre arrivée avait soulevé, et face à l’opposition des
oulémas, mírzá Taqí réussit à nous libérer de leur emprise et à nous conduire
dans sa propre

deuxième emPrisonnemenT

maison. il nous accorda l’hospitalité la plus chaleureuse. de temps à autre, il
cédait à la pression que les ‘ulamás exerçaient continuellement sur lui, et se
sentait impuissant à faire échouer leurs tentatives visant à nous nuire. nous
étions encore chez lui lorsque le sardár, qui avait rejoint l’armée au
mazandéran, revint à ámul. dès qu’il apprit les indi-gnités dont nous avions
souffert, il réprimanda mírzá Taqí pour la faiblesse qu’il avait montrée à
nous protéger de nos ennemis. « qu’importent, demanda-t-il avec
indignation, les dénonciations de ce peuple ignorant ? Pourquoi vous êtes-
vous laissé influencer par sa clameur ? vous auriez dû vous contenter
d’empêcher le groupe de parvenir à destination et, au lieu de le détenir dans
cette maison, vous auriez dû arranger son retour immédiat sain et sauf à
Téhéran.3 »

et dans l’Épître au ls du loup, Bahá’u’lláh fait allusion à son
emprisonnement :

« alors que nous étions prisonnier au pays de mím (mazandéran) nous fûmes
un jour livré aux mains du clergé. Tu peux imaginer ce qui nous arriva.4 »

le péril évité, Bahá’u’lláh retourna à núr et, de là, se dirigea vers Téhéran.

Une année importante

l’année qui va de l’été 1849 à l’été 1850 fut témoin d’un nombre
d’événements importants dans le ministère du Báb. les onze mois que dura le
soulèvement de shaykh T∆abarsí au mazandéran se terminèrent, en mai
1849, par le martyre de quddús, la dix-huitième lettre-du-vivant et le
principal disciple du Báb. dans les premiers mois de 1850 la persécution
contre les bábís devint d’une férocité sans précédent. Téhéran connut
l’épisode des sept martyrs. à yazd, síyyid yah∂yá-i-dárábí (vah∂íd) se trouva
entraîné par des mouvements antibábís et dut quitter la ville, mais à nayríz
(dans la province de fárs, au sud de la Perse) lui et ses compagnons furent
encerclés, et tombèrent victimes de la trahison de leurs adversaires.

à zanján, dans le nord, les oulémas chiites agitèrent le peuple qui s’opposa
au redoutable mullá muh∂ammad-’alí (h∆ujjat) dans un conflit à la
conclusion aussi tragique, qui dura jusqu’à la n de l’année. en n le Báb lui-
même fut martyrisé en juillet 1850 à Tabríz. Comme l’écrit nabíl-i-a’z∂am :

Cette année-là, rendue mémorable par l’héroïsme glorieux dont rent preuve
les partisans de sa foi, sans parler des circonstances relatives à son propre
martyre, doit rester à jamais comme l’un des plus glorieux chapitres jamais
enregistrés dans l’histoire de cette foi écrite avec le sang. le visage entier du
pays fut assombri par les atrocités que continuait à commettre en toute
liberté un ennemi cupide et cruel. du Khorassan aux con ns orientaux de la
Perse, jusqu’à Tabríz située à l’ouest, théâtre du martyre du Báb, et des villes
du nord telles que zanján et Téhéran, jusqu’à l’extrême sud, c’est-à-dire
nayríz dans la province de fárs, tout le pays fut plongé dans une obscurité
qui annonçait l’aurore de la révélation que le h∆usayn attendu devait bientôt
manifester, révélation plus puissante et plus glorieuse que celle que le Báb
lui-même avait proclamée.1

dans la Gloire du Père

le rôle de Bahá’u’lláh dans ces évènements fut aussi important. sa maison de
Téhéran devint un centre de ralliement pour les bábís de la capitale et ceux
qui passaient par là béné ciaient de son hospitalité. un de ceux qui
fréquentaient alors la maison de Bahá’u’lláh était vah∂íd qui devait gagner
une gloire éternelle par son glorieux martyre à nayríz. un autre visiteur fut
mírzá ‘alíy-i-sayyáh∂ (mullá ádí Guzal de marághih) le courrier du Báb que
celui-ci envoya en pèlerinage à shaykh T∂abarsí pour prier sur les tombes de
ces martyrs distingués (voir addenda v pour un résumé de sa vie). un autre
encore fut mullá ‘abdu’l-Karím-i-qazvíní (mírzá ah∂mad) qui apporta à
Bahá’u’lláh le plumier, les sceaux et les bagues du Báb.

mullá muh∂ammad-i-zarandí (nabíl-i-a’z∂am) qui était souvent présent,
raconte quelques-uns des événements que Bahá’u’lláh connut pendant cette
année mémorable et notamment l’arrivée de sayyáh∂ et l’accueil qui lui fut
fait : J’ai entendu áqáy-i-Kalím, qui reçut sayyáh∂ à l’entrée de la maison de
Bahá’u’lláh à Téhéran, raconter ce qui suit : « C’est au cœur de l’hiver que
sayyáh∂, de retour de son pèlerinage, vint rendre visite à Bahá’u’lláh. en
dépit du froid et de la neige d’un hiver rigoureux, il apparut habillé du
vêtement d’un pauvre derviche, pieds nus et échevelé.

son cœur était embrasé par la flamme que ce pèlerinage avait allumée en lui.
dès que siyyid yah∂yáy-i-dárábí, surnommé vah∂íd, qui se trouvait alors
comme invité chez Bahá’u’lláh, apprit le retour de sayyáh∂ du fort de
∏abarsí, il se hâta d’aller se jeter aux pieds du pèlerin, oubliant la pompe et
l’apparat auxquels était habitué un homme de son rang. Prenant dans ses
bras les jambes couvertes de boue jusqu’aux genoux, il les baisa avec
dévotion. Je fus surpris, ce jour-là, de voir les multiples preuves
d’affectueuse sollicitude que Bahá’u’lláh manifesta envers vah∂íd. il lui
prodigua des faveurs que je ne l’avais jamais vu accorder à qui que ce fût. le
ton de sa conversation ne laissa pour moi aucun doute sur le fait que ce
même vah∂íd devait bientôt se distinguer par des actes non moins
remarquables que ceux qui avaient immortalisé les défenseurs du fort de

∏abarsí. »

sayyáh∂ passa quelques jours dans cette maison. il fut cependant incapable
de percevoir, comme l’avait fait vah∂íd, la nature de ce pouvoir qui gisait
latent en son hôte. Bien qu’il fût lui-même l’objet de la faveur extrême de
Bahá’u’lláh, il ne saisit pas pour autant la signi cation des bénédictions que
celui-ci lui conférait. Je l’ai entendu relater les expériences qu’il avait vécues
et ce, durant son séjour à famagouste : « Bahá’u’lláh me combla de ses
bontés. quant à vah∂íd, malgré l’éminence de son rang, il me donnait
invariablement la préséance chaque fois que nous étions en présence de son
hôte. le

une année imPorTanTe

jour de mon arrivée du mazandéran, il alla jusqu’à me baiser les pieds. Bien
que plongé dans un océan de bonté, je ne pus, en ces jours, apprécier le rang
qu’occupait alors Bahá’u’lláh ni soupçonner, même faiblement, la nature de
la mission qu’il était destiné à accomplir. » 2

‘abdu’l-Bahá aussi conta cet épisode d’une manière un peu différente. un
jour qu’il était dans le train entre salt lake City et san-francisco, au cours de
son voyage historique aux états-unis et au Canada, il parla d’un souvenir
vieux de soixante ans. C’était à Téhéran dans la maison de son père. il n’était
alors qu’un petit garçon, et se trouvait assis près de vah∂íd. soudain,
dépenaillé, un peu inquié-tant, un derviche entra dans la pièce, les pieds
couverts de boue. C’était mírzá

‘alíy-i-sayyáh∂. apprenant qu’il arrivait de máh-Kú où le Báb était
emprisonné, vah∂íd s’agenouilla pour baiser ces pieds sales qui avaient
marché sur le sol où était le Báb.

sayyáh∂ porta aussi au Báb un message de Bahá’u’lláh qui fut dicté à mírzá
yah∂yá (s∆ubh∂-i-azal) et envoyé en son nom. nabíl en décrit la réponse
importante : Peu après, nous parvint une réponse écrite de la main même du
Báb et dans laquelle celui-ci con ait mírzá yah∂yá aux soins de Bahá’u’lláh,
le priant d’accorder une attention particulière à son éducation et à son
instruction. Cette communication fut l’objet d’un malentendu pour le peuple
du Bayán, qui vit en elle une preuve des revendications exagérées qu’il avait
avancées en faveur de son chef. Bien que le texte de cette réponse soit
absolument dépourvu de telles prétentions et ne contienne, à part la louange
qu’elle prodigue à Bahá’u’lláh et la demande qu’elle formule pour
l’éducation de mírzá yah∂yá, aucune allusion à sa prétendue position, les
disciples de celui-ci ont cependant imaginé que cette lettre constitue une af
rmation de l’autorité dont ils ont eux-mêmes investi mírzá yah∂yá.3

il est probable que l’épisode suivant que racontera ‘abdu’l-Bahá, alors qu’il
était l’invité de lady Blom eld à londres, eut lieu aussi au cours de cette
année-là, qurratu’l-’ayn (T∆áhirih) étant prisonnière dans la maison de
mah∂múd Khán-i-Kalántar. (le fait qu’elle pût visiter Bahá’u’lláh n’est pas
vraiment surprenant car quelqu’un d’aussi éminent que lui pouvait
facilement faire en sorte d’être le garant de sa libération provisoire). lady
Blom eld écrit :

dans la Gloire du Père

Petit garçon, il était assis sur les genoux de qurratu’l-’ayn qui était dans le
salon de sa mère, ásíyih Khánum. la porte de cette pièce étant ouverte, ils
pouvaient entendre, venant de derrière le rideau, la voix de siyyid yah∂yáy-i-
dárábí qui parlait et « discutait avec mon père ».

qurratu’l-’ayn, cette magni que et intrépide poétesse, s’adressant au siyyid de
sa voix musicale et pénétrante, dit : « ô siyyid, nous ne sommes plus au
temps des arguments, des discussions, des répétitions oiseuses des
prophéties ou des traditions. nous sommes au temps des actes ! les jours de
bavardage sont passés !

si tu en as le courage, voici l’heure choisie pour le manifester ; si tu es un
homme d’action, prouve ta virilité en proclamant jour et nuit : « le hérault
promis est venu ! il est venu le qá’im, l’imám, l’attendu ! il est venu ! »
‘abbás effendi nous dit qu’il se souvenait de cet épisode très clairement.

l’enthousiasme exprimé par son visage aimable et radieux pendant qu’elle
disait ces mots enthousiasmants derrière le rideau qui pendait devant la
porte, était vraiment impressionnant.

‘abbás effendi ajouta :

« souvent, au cours de cette courte visite, elle me prit sur ses genoux, me
câlina et me parla. Je l’admirais profondément. » 4

symboliquement importante, la remise à Bahá’u’lláh des sceaux et des
affaires personnelles du Báb est aussi décrite par nabíl :

quarante jours avant l’arrivée de cet of cier à Chihríq*, le Báb réunit tous les
documents et les tablettes en sa possession, les plaça avec son plumier, ses
sceaux et ses bagues d’agate, dans un coffret qu’il con a aux soins de mullá
Báqir, l’une des lettres-du-vivant. C’est à ce dernier qu’il remit également
une lettre adressée à mírzá ah∂mad, son secrétaire, dans laquelle il inséra la
clef de ce coffret. il le pria de prendre le plus grand soin de ce dépôt, en
souligna le caractère sacré, et pria mullá Báqir d’en cacher à tous le contenu
sauf à mírzá ah∂mad.

mullá Báqir partit aussitôt pour qazvín. dix-huit jours plus tard, il atteignit
cette ville et apprit que mírzá ah∂mad était parti pour qom. il quitta aussitôt
la ville pour cette destination où il arriva vers le milieu du mois de sha’bán.
Je me trouvais alors à qom en compagnie d’un certain sádiq-i-Tabrízí, que
mírzá ah∂mad avait envoyé de zarand

* C’est l’officier qui, sur l’ordre de l’amír-niz∂ám, devait accompagner le
Báb de la forteresse de Chihríq où il était prisonnier jusqu’à Tabriz

une année imPorTanTe

pour me chercher. J’habitais la même maison que mírzá ah∂mad, une maison
qu’il avait louée dans le quartier de Bágh-Panbih. en ce temps-là, shaykh
‘az∂ím, siyyid ismá’íl et quelques autres compagnons demeuraient avec nous
dans cette maison. mullá Báqir remit le dépôt entre les mains de mírzá
ah∂mad qui, sur l’insistance de shaykh ‘az∂ím, l’ouvrit devant nous. nous
nous émerveillâmes de voir, parmi les choses que contenait ce coffre, un
parchemin en papier bleu, d’une texture des plus nes, sur lequel le Báb avait,
de sa propre écriture dans le style d’un n shikastih, écrit sous forme d’un
pentacle quelque cinq cents versets constitués de dérivés du mot « Bahá ».
Ce parchemin était parfaitement conservé, absolument immaculé, et donnait
l’impression, de prime abord, d’être une page imprimée plutôt qu’écrite.
l’écriture était si ne et si enchevê-trée que, vu de loin, le texte apparaissait
comme une seule tache d’encre sur le papier.

nous débordions d’admiration devant un chef-d’œuvre qu’aucun calligraphe,
croyions-nous, ne pouvait égaler. Ce parchemin fut replacé dans le coffret et
remis à mírzá ah∂mad qui, le jour même où il le reçut, partit pour Téhéran.
avant de s’en aller, il nous informa que tout ce qu’il pouvait divulguer de
cette lettre était l’injonction qu’elle contenait, selon laquelle le dépôt devait
être remis aux mains de Jináb-i-Bahá à Téhéran.5

C’est au cours de ce mois de sha’bán, le 9 juillet 1850, qu’eut lieu le martyre
du Báb. apprenant les dangers qui menaçaient celui-ci, h∆ájí sulaymán Khán
avait quitté Téhéran. arrivé trop tard pour le délivrer, il put néanmoins
récupérer ses restes et ceux de son compagnon. Bahá’u’lláh ordonna de les
cacher à Téhéran.

Un an à kerbéla

aPrès le martyre du Báb, mírzá Taqí Khán, le grand vizir responsable de la
mort du Báb qu’il avait ordonné, demanda à rencontrer Bahá’u’lláh. au cours
de cette réunion il af rma avec courtoisie mais sans ambiguïté que sans l’aide
et le support de Bahá’u’lláh les bábís n’auraient pu durer pendant si
longtemps, résis-tant à des forces gouvernementales bien équipées et bien
entraînées, à shaykh T∆abarsí comme ailleurs. Pourtant il n’avait jamais pu
trouver de preuves incontestables de l’implication et de la complicité de
Bahá’u’lláh. mírzá Taqí Khán exprima ensuite ses regrets que ces superbes
capacités de Bahá’u’lláh n’aient jamais été mises au service de l’état.
néanmoins son intention était de recommander au chah de le nommer au
poste d’amír-i-díván (maître de Cour) ; mais le chah était sur le départ pour
ispahan et pendant son absence il serait préférable pour Bahá’u’lláh de
s’éloigner, lui aussi, temporairement de la capitale. même exprimé poliment,
c’était un ordre du grand vizir. avec courtoisie, Bahá’u’lláh refusa l’offre
d’emploi gouvernemental et informa mírzá Taqí Khán de son désir d’aller en
pèlerinage aux villes saintes d’irak. le grand vizir en fut heureux et rassuré.
en conséquence, Bahá’u’lláh partit pour Kerbéla peu de jours après. il
raconta lui-même à nabíl-i-a‘zam « si l’amír-niz∂ám avait connu mon vrai
statut, il m’aurait certainement fait arrêter. mais malgré tous ses efforts pour
découvrir la vraie situation, il échoua.

dieu voulut qu’il en reste ignorant. » 1

au moment où Bahá’u’lláh se préparait à quitter Téhéran, le cercueil
contenant les restes du Báb et de son dèle disciple arrivait dans la capitale.
suivant les instructions de Bahá’u’lláh, son frère mírzá músá (áqáy-i-Kalím)
et mírzá ah∂mad-i-Kátib (mullá ‘abdu’l-Karím-i-qazvíní) cachèrent le
cercueil en un lieu sûr, dans les bâtiments du mausolée de l’imám-zádih
h∆asan.

áqá shukru’lláh-i-núrí et mírzá muh∂ammad-i-mazandéraní, ce dernier ayant
survécu à shaykh T∆abarsí, accompagnèrent Bahá’u’lláh dans son voyage
vers l’irak. il passa presque tout le mois d’août 1851, le mois de ramadan, au
cours

dans la Gloire du Père

duquel les musulmans jeûnent, à Kirmánsháh où le rejoignirent nabíl-i-
a’z∂am et mullá ‘abdu’l-Karím. il ordonna à ce dernier d’aller à Téhéran et il
demanda à nabíl d’aller avec mírzá yah∂yá près de sháh-rúd et d’y rester.

après un arrêt de quelques jours à Bagdad, Bahá’u’lláh atteignit Kerbéla le

août 1851. h∆ájí siyyid Javád-i-Karbilá’í et shaykh sult∂án, un bábí arabe
converti par Táhirih, résidaient à Bagdad. un certain siyyid-i-’uluvv qui
clamait être une personni cation du saint-esprit les avait abusés. Bahá’u’lláh
traita ce siyyid avec gentillesse mais fermeté et put le persuader de renoncer
à des prétentions aussi fan-tastiques et de promettre de ne jamais
recommencer. h∆ájí siyyid Javád-i-Karbilá’í et shaykh sult∂án comprenant à
quel point ils avaient été trompés retournèrent à leur croyance et restèrent
fermes dans la foi jusqu’à leur mort.

shaykh h∆asan-i-zunúzí avait servi le Báb pendant sa captivité en
azerbaïdjan.

selon la volonté du Báb qui lui avait demandé d’aller vivre dans cette ville
sainte, il habitait maintenant à Kerbéla. il avait été disciple de siyyid
Káz∂im-i-rashtí, et du vivant même de celui-ci avait rencontré le Báb
pendant le pèlerinage de ce dernier aux villes saintes d’irak, devenant plus
tard son secrétaire à máh-Kú et à Chihríq. lorsque le Báb apprit que quddús
et Bábu’l-Báb étaient assiégés dans le mazandéran, il encouragea les bábís à
partir les aider et dit à shaykh h∆asan : « si je n’avais pas été incarcéré dans
cette lointaine montagne, j’aurais ressenti comme un devoir le fait d’aller en
personne au secours de mon bien-aimé quddús. mais tu n’es pas dans la
même situation. Je veux que tu partes pour Kerbéla y attendre le jour où tu
contempleras de tes propres yeux la beauté de l’h∆usayn promis.

souviens-toi de moi alors et offre-lui mon amour et ma soumission. C’est
une importante mission que je te con e. Prends garde que ton cœur ne
faillisse et oublie la gloire qui t’es donnée. » 2

shaykh h∆asan ayant suivit cet ordre vivait à Kerbéla lorsqu’un jour
d’octobre 1851, dans l’enceinte du mausolée de l’imám h∆usayn, il
rencontra pour la première fois Bahá’u’lláh dans lequel il reconnu cet
h∆usayn dont lui avait parlé le Báb. il l’aurait crié sur les toits si Bahá’u’lláh
ne l’en avait pas empêché.

au cours du séjour de quelques mois que Bahá’u’lláh t dans les villes saintes
d’irak, beaucoup d’autres le rencontrèrent et lui devinrent dévoués. on peut
citer : mírzá ‘abdu’l-vahháb, le glorieux jeune de Chiraz (voir chapitre 18),
shaykh ‘alí mírzá, de Chiraz aussi, et qui était le neveu de shaykh abú-Turáb,
l’imám-jum’ih

un an à KerBéla

de cette ville qui avait protégé le Báb, et mírzá muh∂ammad-‘alí, célèbre
médecin de zanján qui, de nombreuses années plus tard, mourra en martyr.

Pendant cette absence de Bahá’u’lláh d’iran, des événements dramatiques
s’y déroulaient. Brusquement, poussé par la jalousie et la haine, nás∂iri’d-
dín sháh renvoya amír Kabír et l’envoya à Káshán. en même temps il
ordonna à h∆ájí ‘alí Khán, le h∆ájibu’d-dawlih qui allait bientôt persécuter
les disciples du Báb avec une cruauté sans faille, de rejoindre cette ville et
d’y assassiner le ministre déchu.

mírzá nas∂ru’lláh-i-núrí, connu sous le nom de mírzá áqá Khán, devenu
grand vizir, écrivit à Bahá’u’lláh pour lui demander de revenir en Perse.

dans la Gloire du Père

Mírzá taqí khán-i-Faráhání, amír kabír,

grand vizir de nás∂iri’d-dín Sháh

la chute de l'amír kabír
C’esT en septembre 1848 que commença le règne désastreux de nás∂iri’d-
dín sháh, quatrième roi de la dynastie des qadjars, qui sévit pendant
cinquante ans et dont l’obscurantisme lui t mériter l’épithète de « Tyran de
Perse » (voir addenda i). Ce fut grâce à l’habileté et à la volonté de fer de
mírzá Taqí Khán-i-faráhání, l’amir-niz∂ám qui prendrait bientôt le titre
d’amír Kabír, le Grand émir, sous lequel il est connu, que le trône fut
fermement acquis à nas∂iri’d-dín qui n’avait alors que dix-huit ans. et
pourtant, trois ans après son accession au trône, le chah faisait assassiner son
grand vizir.

mírzá Taqí Khán, dont le père avait été cuisinier au service du grand mírzá
abu’l-qásim-i-qá’im-maqám, était sans aucun doute un homme de grandes
capacités, très dévoué au service de son pays. mais il était aussi impulsif,
impitoyable et entêté. récemment, comme l’écrit un écrivain persan, il a été
déi é en iran. ses vertus étaient nombreuses et évidentes, mais ses défauts
l’étaient aussi. C’est lui qui utilisa son pouvoir considérable pour tenter
d’écraser et d’éradiquer la religion du Báb et supprimer ses disciples. C’est
lui qui prit la décision d’ordonner l’exécution du Báb. C’est lui qui faillit
détruire ‘abbás mírzá, le náyibu’s-salt∂anih (qui reçut plus tard le titre de
mulk-árá), le demi-frère de nás∂iri’d-dín sháh, dont la mère du souverain
était maladivement jalouse ; leurs machinations auraient sans doute coûté la
vie à ‘abbás mírzá sans l’intervention du colonel farrant, le chargé d’affaires
britannique. mírzá Taqí Khán était autoritaire et inflexible, mais même lui ne
put empêcher ce poltron inquiet et incompétent, ás∂afu’d-dawlih, et son ls
h∆asan Khán (sálár), charmant, audacieux mais ambitieux et impétueux, de
se rebeller une deuxième fois au Khorassan. C’est sult∂án-murád mírzá, le
h∆isámu’s-salπanih, un des oncles du jeune nás∂iri’d-dín, qui reçut pour
mission de mettre à genoux sálár et de paci er toute la province du
Khorassan, ce qu’il t promptement et impitoyablement - une caractéristique
de tous les grands princes qadjars. il t le siège de mechhed et sálár et son
malheureux père furent renversés.

mais à présent, ce n’était plus vers le Khorassan, qui avait connu peu de
temps

dans la Gloire du Père
avant la conférence historique et cruciale de Badasht et l’exode des
intrépides bábís, qu’il fallait se tourner pour trouver des actes héroïques. a
présent, des drames se nouaient dans les forêts du mazandéran, dans la ville
de nayríz (province de fars), et dans la ville de zanján. en ces trois lieux
quelques centaines de bábís persécutés, pourchassés et assiégés, furent
forcés de s’armer et de se battre, mettant en fuite des armées entières avant
d’être vaincus par traîtrise et fausses promesses. l’indomptable mullá
h∆usayn, quddús le courageux et sept autres lettres-du-vivant, tombèrent à
shaykh T∆abarsí au mazandéran, en compagnie de dizaines de héros.
l’audacieux h∆ujjat (l’opiniâtre mullá muh∂ammad-’alí de zanján) et ses
vaillants compagnons - dont zaynab, jeune lle habillée en garçon qui prit le
nom masculin de rustam-’alí et surveilla les remparts - défendirent chaque
pouce de terrain avant de succomber avec une bravoure inégalée. á nayríz,
l’érudit siyyid yah∂yáy-i-dárábí surnommé vah∂íd, chargé par muh∂ammad
sháh lui-même d’aller à Chiraz pour enquêter sur la cause du Báb et ses
revendications et qui lui offrit sa délité totale, mourut en martyr dans des
circonstances qui rappellent le martyre du troisième imám, Prince-des-
martyrs, accompagné dans ce martyre par de nombreuses âmes intrépides
dévouées et consacrées au seigneur de l’âge, le qá’im de la famille de
muh∂ammad.

dans la capitale, sept hommes - dont le vénérable h∆ájí mírzá siyyid ‘alí,
l’oncle du Báb qu’il avait éduqué lorsqu’il devint orphelin - furent décapités
en public ; pendant que les sept martyrs de Téhéran marchaient résolument
et d’un pas ferme vers le bourreau, une populace barbare leur criait insultes,
outrages et moqueries avant de maltraiter leurs corps et d’y mettre le feu.

Puis, un jour d’été de 1850, sur une place de Tabriz, c’est le glorieux Báb
lui-même qui fut percé de balles en compagnie d’un disciple que rien au
monde, pas même la vue de son jeune ls, ne put convaincre de dévier de la
voie de son seigneur et de renoncer à sa foi.

l’héroïsme de ces âmes « intoxiquées par dieu » fut vraiment incomparable.

mais à présent, c’était au tour de mírzá Taqí Khán, sous le vizirat de qui le
Báb et ses disciples avaient grandement souffert, de connaître le même sort
que son prédécesseur l’ignorant et intrigant antéchrist de la révélation bábíe.
il fut sommaire-ment démis de ses fonctions par un monarque aussi
capricieux qu’ingrat dont il

la ChuTe de l’amír KaBír

avait pourtant épousé la propre sœur ‘izzatu’d-dawlih. on lui ordonna de
s’exiler à Káshán. la tentative du ministre russe pour le protéger mit, dit-on,
le jeune et instable nás∂iri’d-dín en colère. le chah donna mission à l’un de
ses courtisans, h∆ájibu’d-dawlih de rejoindre secrètement Káshán pour y
assassiner mírzá Taqí Khán. h∆ájibu’d-dawlih patienta jusqu’au jour où il
put pénétrer dans les bains où le grand vizir déchu se trouvait. il lui dit sa
mission. mírzá Taqí Khán t face à la mort bravement. il choisit de s’ouvrir
les veines et de mourir comme son sang s’écoulait lentement. ‘izzatu’d-
dawlih apprit trop tard le sort de son mari pour tenter de le sauver. Peu après
ce meurtre, nás∂iri’d-dín sháh força sa sœur, jeune veuve, à épouser
niz∂ámu’l-mulk, ls de son nouveau grand vizir mírzá áqá Khán-i-núrí. mais
après la chute de mírzá áqá Khán qui ne fut pas assassiné,

‘izzatu’d-dawlih obtint le divorce.

mírzá Taqí Khán avait deux lles qui, des années plus tard, épousèrent des ls
de nás∂iri’d-dín sháh : Táju’l-mulúk (nommée plus tard ummu’l-Khaqán : la
mère-du-souverain) fut l’épouse de muz∂affari’d-dín mírzá qui montera un
jour sur le trône, et hamdamu’l-mulúk, nommée plus tard hamdamu’s-
salt∂anih, épousa sult∂án-mas’úd mírzá, le z∆illu’s-sultán.

sir Percy sykes écrit concernant la carrière et la n de mírzá Taqí Khán : on dit
que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. si c’est le cas, il faut avoir
pitié de l’iran car il est gouverné, comme l’europe médiévale, par des gens
dont le principal désir est d’amasser des richesses per fas aut nefas. Pourtant,
les regrets que ressent le voyageur lorsqu’il visite le palais et ses charmants
jardins de fín (fín, dans les environs de Kháshán, où fut assassiné mírzá Taqí
Khán) sont encore plus poignants lorsqu’il réfléchit que si ce ministre avait
pu gouverner pendant vingt ans il aurait pu former quelques hommes
capables et honnêtes pour lui succéder. l’exécution de l’amír-i-nizam fut une
vraie calamité pour la Perse. elle arrêta net les progrès si dif -
cilement accomplis et, comme le futur proche l’a montré, elle aura des effets
tout aussi désastreux sur ses relations extérieures.1

il faut admettre en toute justice que malgré les coups terribles que mírzá Taqí
Khán porta à la nouvelle religion dans le pays qui la vit naître, il était
néanmoins un réformateur zélé, intègre, honnête et travailleur. la marque de
ses nombreuses actions subsiste pour rappeler à sa nation, bien des années
plus tard, les bienfaits

dans la Gloire du Père

obtenus au cours du vizirat de cet homme énigmatique. C’est lui qui fonda
l’éducation moderne en iran en instituant un collège appelé dáru’l-funún (la
maison des arts et sciences) et en embauchant dans ce collège des
instructeurs européens, autrichiens et français. C’est lui qui t les premiers
pas pour introduire le journa-lisme à l’européenne en iran, avec sa
conséquence logique, des imprimeries bien gérées. mais ces réformes et ces
innovations, parmi beaucoup d’autres, n’en font pas pour autant un
champion de la démocratie et d’un gouvernement démocratique ou
constitutionnel, comme ses fervents admirateurs l’ont fait croire récemment.
Par tempérament et dans sa manière d’agir, il était un despote du même
moule que son royal et capricieux maître.

la folle tentative d’assassiner nási∂ri’-dín Sháh

revenu de son pèlerinage aux villes saintes d’irak, Bahá’u’lláh était l’invité
d’honneur du grand vizir, lorsqu’une tempête d’une force et d’une dimension
tita-nesques éclata sur la tête des bábís de Téhéran. elle décima leur rang,
ébranla jusqu’aux fondations leur communauté en déclin et pratiquement la
réduisit à néant.

les coupables de leur infortune étaient les plus impulsifs et les plus fougueux
de leurs membres à qui Bahá’u’lláh avait pourtant conseillé de marcher dans
les voies de la sagesse et de la modération. mais ils avaient choisi de
mépriser ses avertissements.
mullá shaykh-’alí, surnommé ‘az∂ím (Grand) de Turshíz (aujourd’hui,
Káshmar) dans le Khorassan, un des premiers bábís, vivait à Téhéran et avait
réuni un petit groupe de bábís autour de lui. ils se réunissaient dans
différentes maisons, dont celle de h∆ájí sulaymán Khán, lui aussi parmi des
premiers bábís, un homme courageux et dévoué que Bahá’u’lláh avait
chargé d’aller à Tabriz récupérer la dépouille du Báb martyrisé et de
l’apporter à Téhéran. Parmi les bábís proches de mullá shaykh-’alí on
trouvait s∆ádiq de Tabriz un tailleur, fath∂u’lláh, un graveur de qom et h∆ájí
qásim de nayríz. Ce dernier avait beaucoup souffert aux mains des
adversaires de la foi et, aux yeux de ces jeunes gens, le responsable des
calamités qui leur étaient advenues était le jeune chah ; ils projetèrent de
l’assassiner. mullá shaykh-’alí faisait partie de cette folie criminelle, mais à
part lui, on ne connaît pas le nombre de ceux qui y furent impliqués. nabíl-i-
a’z∂am rapporte que Bahá’u’lláh témoigna que mullá shaykh-’alí avoua tout
et ses af rmations spontanées et détaillées convainquirent les autorités que
Bahá’u’lláh n’avait jamais été mis au courant d’un si misérable projet.

C’est le dimanche 15 août 1852 que s∆ádiq, fath∂u’lláh et h∆ájí qásim
attaquèrent nás∂ir’d-dín sháh, dans une des résidences d’été du district de
shimrán.

aujourd’hui shimrán a été rejoint par la ville et fait partie de la capitale, mais
en ce temps-là la distance entre les deux lieux était appréciable. le chah et sa
suite venaient de quitter le palais d’été de níyávarán pour la chasse lorsque
les trois

dans la Gloire du Père

nás∂iri’d-dín Sháh

jeunes gens s’approchèrent comme s’ils avaient une pétition demandant
justice à lui présenter. Ce n’étaient pas des assassins professionnels ; ils
entreprirent leur acte ignoble d’une manière très maladroite. leurs armes
n’étaient pas appropriées : courts poignards et pistolets à plombs. ils
tentèrent de faire tomber le chah de cheval et ne réussirent qu’à lui infliger
des blessures super cielles. Puis les membres de la suite du chah,
commencèrent à le protéger en frappant les assaillants. s∆ádiq fut tué sur le
coup. son corps fut coupé en deux et chaque moitié fut suspendue à l’une des
nombreuses portes de la capitale : darvázih shimrán, la porte d’où l’on

la folle TenTaTive

partait pour les résidences d’été et darváziy-i-sháh ‘abdu’l-’az∂ím*, la porte
de la route qui passait au sud de la tombe de ce saint. Parce que fath∂’u’lláh
ne prononça pas un mot sous la torture, on le crut sourd et idiot. on versa
dans sa gorge du plomb fondu. le sort de h∆ájí qásim fut vite réglé lui aussi.

alors Téhéran connut la folie. on se lança à la poursuite des bábís. la mère du
jeune chah criait bruyamment vengeance. h∆ájí ‘alí Khán, h∆ájibu’d-dawlih
(voir addenda v) de marághih, le farrásh-báshí de la cour, se lança dans une
recherche frénétique cherchant à arrêter autant de bábís que possible. C’est
alors que ‘abbás, le serviteur de h∆ájí sulaymán Khán qui avait accepté la foi
du Báb, retournant sa veste, trahit son maître et ses coreligionnaires. il
connaissait personnellement de nombreux bábís importants de Téhéran et il
informa le h∆ájibu’d-dawlih de la réunion que ses coreligionnaires avaient
organisé dans la maison de son maître. la maison de h∆ájí sulaymán Khán
fut encerclée et tous les bábis présents arrêtés, quatre-vingt-un en tout, dont
trente-huit étaient des membres importants de la communauté. ils furent jetés
dans le síyáh-Chál, le « trou noir ».

Bahá’u’lláh séjournait alors dans une résidence d’été à afjih (afchih), proche
de Téhéran. il était l’hôte de Ja’far-qulí Khán, frère de mírzá áqá Khán, le
s∆adr-i-a’z∂am (grand vizir). le grand vizir lui-même prévint Bahá’u’lláh de
la catastrophe imminente et particulièrement de la haine colérique et
vénéneuse de la mère du chah envers lui. ses amis lui proposèrent de le
protéger des mauvais desseins de ses ennemis jusqu’à ce que le danger
passe. mais Bahá’u’lláh était calme et tranquille.

il n’avait rien à craindre et, le lendemain, il partit à cheval vers la cour
royale. en chemin, dans le village de zargandih, il mit pied à terre chez mírzá
majíd Khán-i-áhí, le secrétaire de l’envoyé russe, qui était l’époux de sa
sœur nisá’Khánum.

apprenant la nouvelle, le h∆ájibu’d-dawlih en informa le chah et le souverain
ordonna l’arrestation immédiate de Bahá’u’lláh. néanmoins, ses ennemis
étaient stupéfaits car, alors qu’ils cherchaient à l’arrêter, il venait vers eux de
sa propre volonté. d’ailleurs, quand Bahá’u’lláh t-il jamais preuve de frayeur
ou de crainte ?

* la tombe de sháh ‘abdu’l-’az∂ím ou h∆ad∂rat-i-’abdu’l-’az∂ím, descendant
du prophète, était alors à plusieurs kilomètres de Téhéran. aujourd’hui, le
village qui portait le nom de ce saint est proche de la capitale et s’appelle
shahr-i-ray.

dans la Gloire du Père

ils posèrent brutalement leurs mains sur lui et, en route vers le cul-de-basse-
fosse de Téhéran, la foule se moquait de lui et le couvrait d’injures. Celui qui
avait été leur ami, leur protecteur, leur bouclier et leur conseil était
maintenant victime de leur haine fanatique. Jésus avait subi le même sort. le
dimanche des rameaux les gens vinrent à sa rencontre pour le saluer
royalement. Jérusalem résonnait des

« hosanna au ls de david ! », « Béni soit celui qui vient au nom du seigneur ;
hosanna au plus haut des cieux ! » mais lorsque quelques jours plus tard,
dans le palais de Ponce Pilate, ils eurent à choisir qui devait mourir :
Barrabas le criminel convaincu et condamné ou Jésus, la lumière du monde,
ils demandèrent la mort de Jésus ; ils renièrent le Christ. « Cruci e-le ! »
crièrent-ils. C’est ainsi que, toujours, le monde traite son véritable ami.

Mírzá áqá khán-i-núrí, i‘timáqu’d-dawlih, deuxième

grand vizir de násiri’d-dín Sháh et lointain parent
de bahá’u’lláh

la folle TenTaTive

de la foule qui hurlait des insultes à Bahá’u’lláh et lui jetait des pierres, une
vieille femme s’avança, une pierre à la main, qu’elle voulait lui jeter. folle de
rage, elle était pourtant trop faible pour suivre le rythme de l’escorte. elle
supplia un garde : « laisse-moi une chance de lui jeter cette pierre à la gure !
» alors Bahá’u’lláh dit aux gardes : « ne décevez pas cette femme ; ne la
privez pas de ce qu’elle considère comme un acte méritoire aux yeux de
dieu. » Telle était la mesure de sa compassion.

Concernant l’attentat contre le chah, voici ce que Bahá’u’lláh écrit dans
l’Épître au ls du loup :

nous n’étions aucunement mêlé à cet acte infâme et notre innocence fut
indiscutablement établie par les tribunaux. néanmoins, on nous arrêta et de
níyávarán qui était alors la résidence de sa majesté, l’on nous conduisit, à
pied, enchaîné, tête et pieds nus, à la prison de Téhéran. le cavalier brutal qui
nous accompagnait arracha notre toque tandis que nous étions entraîné
précipitamment par une troupe de bourreaux et de policiers. Pendant quatre
mois nous fûmes enfermé dans un lieu infect entre tous. une fosse étroite et
sombre eut été préférable au cul-de-basse-fosse où furent con nés cet
opprimé et d’autres comme lui. à notre arrivée, nos fûmes conduit le long
d’un corridor noir comme de l’encre, d’où nous descendîmes trois volées de
marches raides pour arriver au lieu de con nement qui nous était assigné.
l’endroit était plongé dans une profonde obscurité et le nombre de nos
compagnons de prison avoisinait les cent cinquante : voleurs, assassins et
brigands. Bien qu’il fût bondé, il ne comprenait pas d’autre issue que le
passage par lequel nous étions entré. aucune plume ne peut dépeindre ce
lieu, aucune langue en décrire l’infâme puanteur. la plupart de ces
prisonniers n’avaient ni vêtements ni couche sur laquelle reposer. dieu seul
sait ce qui nous advint en ce lieu empesté et lugubre entre tous !1

naissance de la révélation bahá’íe

à Téhéran, le síyáh-Chál, le « Trou-noir », était une basse-fosse sombre,
humide et débilitante qui ne voyait jamais le soleil. Ce fut un temps le
réservoir d’eau d’un bain public. on n’y survivait pas longtemps. C’est là,
pendant l’été de 1852, qu’on entassa, enchaînés, tous les bábís qu’on avait
pu saisir dans la capitale. Courtisans distingués, humbles artisans, riches
marchands, étudiants en théologie, toutes les classes de la société y étaient
représentées.

Bahá’u’lláh était du nombre. on plaça sur sa nuque l’une des deux chaînes
les plus craintes de tout le pays, dont le poids excessif courba tout son corps.

Bahá’u’lláh parle de ces terribles chaînes dans l’ Épître au ls du loup : si
jamais tu devais visiter le cachot souterrain de sa majesté le chah, demande
au directeur, chef des geôliers, de te montrer les deux chaînes connues sous
les noms de qará-Guhar et salásil. Je jure par le soleil de la justice que,
quatre mois durant, cet opprimé fut tourmenté et entravé par l’une ou l’autre.
« mon tourment dépasse tous les maux dont se plaignit Jacob et toutes les
afflictions de Job ne sont qu’une part de mes peines ! » 1

avec lui était enchaîné un jeune shírází, ‘abdu’l-vahháb (voir chapitre 18).

déshonoré en apparence, et enchaîné comme un dangereux criminel,
Bahá’u’lláh reçut néanmoins de nombreux visiteurs d’importance, tels que
dúst-’alí Khán, le mu’ayyiru’l-mamálik*, niz∂ámu’d-dawlih et h∆ájí mírzá
mah∂múd, le niz∂ámu’l-

’ulamá, précepteur de nás∂iri’d-dín sháh dans sa jeunesse, qui avait assisté
au procès du Báb à Tabriz. ils descendirent à sa rencontre dans cette fosse
vermineuse, s’assirent courtoisement près de lui et lui parlèrent très
respectueusement.

nabíl, dans son immortelle histoire de la foi bahá’íe, rapporte les paroles

* soixante ans plus tard, le troisième mu'ayyiru'l-mamálik, dúst-muh∂ammad
Khán - ls de dúst-'alí Khán et gendre de nás∂iri'd-dín sháh - rencontra
'abdu'l-Bahá à londres et lui devint si dévoué qu'il venait en sa présence tous
les jours et l'accompagnait partout. un jour, mírzá mah∂múd-i-zarqání,
secrétaire de 'abdu'l-Bahá et chroniqueur de ses voyages, découvrit dúst-
muh∂ammad Khán contemplant, en pleurant d’abondance, 'abdu'l-Bahá.

dans la Gloire du Père

qu’il entendit lui-même de la bouche de Bahá’u’lláh, décrivant les tourments
de ces journées :

nous fûmes tous entassés dans une seule cellule, nos pieds dans les fers et,
autour de notre cou, des chaînes au poids blessant. l’air que nous respirions
était chargé des plus répugnantes impuretés, alors que le sol sur lequel nous
étions assis était couvert d’immondices et infesté de vermine. aucun rayon
de lumière ne pouvait pénétrer dans ce cachot pestilentiel ou réchauffer son
froid glacial. nous fûmes placés sur deux rangées, l’une en face de l’autre.
nous avions appris aux compagnons à répéter certains versets que, chaque
nuit, ils psalmodiaient avec une ferveur extrême. « dieu me suf t.

il est, en vérité, celui qui suf t à tout ! » entonnait une rangée alors que
l’autre répondait : « qu’en lui se con ent les âmes con antes ! » Ces joyeuses
voix continuaient à se faire entendre en chœur jusqu’aux premières heures
du matin. leur écho remplissait le cachot et, perçant ses murs massifs,
parvenait aux oreilles de nás∂iri’d-dín sháh, dont le palais n’était pas très
éloigné de l’endroit où nous étions emprisonnés. « que signi e ce bruit ? » se
serait-il exclamé. « C’est l’hymne que les bábís entonnent dans leur prison »,
avait-on répondu. le chah n’avait pas fait d’autres remarques et n’avait pas
essayé non plus de retenir l’enthousiasme dont faisaient preuve ses
prisonniers malgré les horreurs de leur incarcération.

un jour, on nous apporta, dans notre prison, un plateau de viandes rôties que
le chah, nous dit-on, avait ordonné de distribuer parmi les prisonniers. « le
chah, ajouta-t-on, dèle au serment qu’il a fait, a choisi ce jour pour vous
offrir tout cet agneau, tenant ainsi parole. » un profond silence envahit nos
compagnons, qui s’attendaient à ce que nous donnions une réponse de leur
part. « nous vous retournons ce présent, répon -
dîmes-nous ; nous pouvons très bien nous en passer. » la réponse que nous
fîmes aurait fort irrité les gardes si ceux-ci n’avaient été avides de dévorer la
nourriture que nous avions refusé de prendre. malgré la faim qui terrassait
nos compagnons, seul l’un d’entre eux, un certain mírzá h∆usayn-i-
mutivallíy-i-qumí, exprima le désir de manger la nourriture que le souverain
avait décidé de nous offrir. avec une force d’âme vraiment héroïque, nos
compagnons de prison se résignèrent, sans un murmure, à endurer l’état
pitoyable auquel ils étaient réduits. ils louaient sans cesse dieu au lieu de se
plaindre du traitement que leur avait réservé le chah, essayant ainsi d’oublier
les épreuves d’une cruelle captivité.

Chaque jour nos geôliers, en entrant dans notre cellule, appelaient l’un de
nos compagnons par son nom, lui ordonnaient de se lever et de les suivre au
pied de l’échafaud.

avec quel empressement le compagnon désigné répondait-il à cet appel
solennel !

naissanCe de la révélaTion Bahá’íe 103

libéré de ses chaînes, il bondissait et, dans un état de joie irrépressible,
s’approchait de nous et nous embrassait. nous cherchions à le réconforter
avec l’assurance d’une vie éternelle dans l’au-delà et, faisant déborder son
cœur de joie et d’espoir, l’envoyions gagner la couronne de gloire. il
embrassait alors, tour à tour, les autres compagnons de prison et partait
mourir avec autant d’intrépidité qu’il avait vécu. Peu après le martyre de
chacun de ces compagnons, le bourreau, qui nous était devenu familier, nous
appre-nait les circonstances de la mort de sa victime, et la joie avec laquelle,
jusqu’au bout, elle avait enduré ses souffrances. 2

C’est dans les ténèbres obscures et tragiques du síyáh-Chál que naquit la
révélation bahá’íe, dans la ville même, Téhéran, où le porteur de cette
révélation avait vu le jour. dans cette terrible prison destinée aux dangereux
criminels, on avait choisi d’entasser les survivants brisés et abattus d’une
communauté qui avait été ère et florissante. autour de Bahá’u’lláh gisaient,
enchaînés, les bábís qui, ers un jour, portaient maintenant le stigmate
déshonorant des régicides. excité, l’ennemi ne connaissait pas la pitié et ne
leur en montra aucune. ils étaient condamnés d’avance, destinés à perdre la
vie dans d’horribles tortures.

la communauté du Báb, sans guide, sans but, courait au désastre. on pouvait
se demander si c’était pour cette n futile, douteuse, infamante que le glorieux
Báb avait offert sa vie, que le brave, l’indomptable Bábu’l-Báb, le doux et
inébranlable quddús, le courageux et vaillant h∆ujjat, l’érudit et ferme
vah∂íd ainsi que d’innombrables autres héros étaient tombés au champ
d’honneur.

la réponse était un « non ! » clair et net. Car les bábís, même démoralisés,
même influencés par des idées étrangères à leur foi, même éloignés des
justes desseins du Báb, avaient gardé dans leur cœur l’espoir de la promesse
de la proche venue de « Celui-que-dieu-rendra-manifeste ».

C’est dans le sentier de cette suprême manifestation de la divinité que le Báb
avait offert son sang. C’est pour paver la voie à sa venue que les martyrs
étaient tombés à shaykh T∆abarsí, à zanján et à nayríz. en fait, la raison
d’être des bábís était de reconnaître « Celui-que-dieu-rendra-manifeste ». «
Je vous prépare pour la venue d’un grand jour » avait af rmé le Báb aux
lettres-du-vivant, ses premiers disciples, en les envoyant « s’éparpiller dans
tout le pays pour, d’un pied ferme et d’un cœur sancti é, préparer la voie de
sa venue ». le Báb avait promis à ses disciples la « victoire nale » mais,
curieusement et cruellement, cette victoire leur

dans la Gloire du Père

avait échappé. elle serait à eux, certainement, sous l’étendard de cette
suprême manifestation de la divinité dont la venue leur était promise et
qu’ils attendaient avec impatience.

Bahá’u’lláh nous a donné un témoignage personnel, précis et émouvant des
heures au cours desquelles il devint conscient de sa mission divine :

« Pendant les jours où j’étais con né dans la prison de Téhéran, quoique le
poids irritant des chaînes et l’air empesté m’aient laissé peu de sommeil, il
me semblait que, dans ces rares moments d’assoupissement, quelque chose
s’écoulait du sommet de ma tête sur ma poitrine, ainsi qu’un torrent puissant
se précipite sur la terre du sommet d’une montagne élevée. alors, tous mes
membres prenaient feu, et à ces moments-là ma langue prononçait des
paroles qu’aucun homme ne pourrait supporter d’entendre.

une nuit, en rêve, ces paroles exaltantes se rent entendre de tous côtés : « en
vérité, nous te rendrons victorieux par toi-même et par ta plume. ne t’afflige
pas à cause de ce qui t’est arrivé et ne sois pas effrayé, car tu es en sécurité.
Bientôt, dieu fera paraître les trésors de la terre des hommes qui t’aideront
par toi-même et par ton nom, avec lesquels dieu a ranimé les cœurs de ceux
qui l’ont reconnu.

Tandis que je sombrais sous le poids des afflictions, j’entendis, au-dessus de
ma tête, une voix merveilleuse et in niment douce qui m’appelait. levant les
yeux, j’aperçus une créature virginale - personni cation du souvenir du nom
de mon seigneur - qui flottait dans l’espace, devant moi. son âme tout entière
était dans une telle joie que son expression resplendissait du bon plaisir de
dieu, et que son visage rayonnait de la clarté du Très-miséricordieux. entre
ciel et terre, elle lançait un appel qui captivait le cœur et l’esprit des
hommes. elle me t part, d’une façon à la fois objective et subjective, de
nouvelles qui réjouirent mon âme et celle des serviteurs estimés de dieu.
montrant ma tête du doigt, elle s’adressa à tous ceux qui sont au ciel et à tous
ceux qui sont sur terre, en ces termes : « au nom de dieu, voici le Bien-aimé
des mondes et cependant vous ne le comprenez pas. voici la Beauté de dieu
parmi vous, et la puissance de sa souveraineté en vous, si seulement vous
pouviez le comprendre. Celui-ci est le mystère de dieu et son trésor, la cause
de dieu et sa gloire pour tous ceux qui sont dans les royaumes de la
révélation et de la création, si vous êtes de ceux qui le perçoivent. » 3

il n’existe rien d’équivalent dans toutes les écritures de l’humanité.

les martyrs bábís de 1852

la sauvagerie des cruautés perpétrées sur les martyrs bábís au cours de l’été
1852 est si révoltante qu’un militaire autrichien, le capitaine von Goumoens,
qui était au service de nás∂iri’d-dín sháh, donna sa démission et écrivit à un
ami cette lettre terrible datée du 29 août 1852 :

Cher ami, ma dernière lettre du 20 courant mentionnait l’attentat contre le
roi. Je m’en vais à présent te communiquer le résultat de l’interrogatoire
auquel les deux criminels ont été soumis. en dépit des terribles tortures
qu’on leur a infligées, l’interrogatoire ne leur a pas arraché de confession
compréhensible ; la bouche des fanatiques est restée close, même lorsqu’on a
tenté, au moyen de pinces rougies au feu et de vis qui percent les membres,
de découvrir le nom des conspirateurs…

mais suis-moi, mon ami, toi qui prétends posséder un cœur et une éthique
européenne, suis-moi pour voir les malheureux qui, les yeux exorbités,
doivent manger, sur la scène de l’acte, sans aucune sauce, leurs propres
oreilles amputées ; ou bien ceux dont les dents sont arrachées avec une
violence inhumaine par la main du bourreau ; ou ceux dont le crâne nu est
simplement écrasé par les coups d’un marteau ; ou bien l’endroit où le bazar
est illuminé par de malheureuses victimes car, à droite et à gauche, le peuple
creuse de profonds trous dans leurs poitrines et leurs épaules, et introduit des
mèches brûlantes dans leurs blessures.

J’en ai vu quelques-uns traînés, enchaînés, à travers le bazar, précédés par
une bande de militaires, et chez qui ces mèches avaient causé de si profondes
brûlures que la graisse moussait convulsivement dans la blessure à la
manière d’une lampe qu’on vient d’éteindre. il n’est pas rare de voir
l’ingéniosité infatigable des orientaux découvrir de nouvelles tortures.

ils dépècent les plantes des pieds des bábís, plongent les blessures dans de
l’huile bouillante, ferrent les talons comme on le fait pour le sabot d’un
cheval, et obligent la victime à courir. aucun cri ne s’échappe du sein de la
victime ; le tourment est enduré dans un profond silence par le fanatique
privé de sensation ; il doit alors courir ; le corps ne peut endurer ce que
l’âme a enduré ; il tombe.

dans la Gloire du Père
donnez-lui le coup de grâce ! libérez-le de sa souffrance ! non ! le bourreau
fait siffler le fouet, et - j’ai dû moi-même le voir - la malheureuse victime de
centaines de tortures court ! C’est le début de la n. quant à la n elle-même, ils
pendent les corps grillés et perforés par les mains et les pieds à un arbre, la
tête vers le bas, et alors chaque Persan peut essayer à volonté sa qualité de
tireur, à partir d’une distance déterminée mais non trop proche, sur la noble
proie mise à sa disposition. J’ai vu des corps criblés par près de cent
cinquante balles. les plus chanceux furent étranglés, lapidés ou étouffés ; les
autres furent liés à la bouche d’un canon, découpés au sabre, transpercés de
coups de poignards ou écrasés à coups de marteau et de canne. les
massacreurs ne furent pas seulement les bourreaux et la populace : de temps
à autre, le ministère de la justice offrait un malheureux bábí à quelque
dignitaire qui s’en montrait très heureux, considérant comme un honneur de
tremper ses mains dans le sang d’une victime ligo-tée et sans défense.
l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, les ghuláms ou gardes royaux, la
confréries de métiers : bouchers, boulangers, etc, tous participèrent à cette
tuerie. un bábí fut présenté au corps des of ciers supérieurs de la garnison. le
général lui porta le premier coup, puis les autres suivirent, selon leurs
grades. les militaires persans ne sont pas des soldats mais des bouchers…
Plût à dieu que je n’eusse pas vécu pour le voir ! mais, de par les devoirs de
ma profession, j’ai été malheureusement souvent, trop souvent, témoin de
ces abominations. à présent, je ne quitte plus jamais ma maison, a n de ne
pas assister à de nouvelles scènes d’horreur. après leur mort, les bábís sont
coupés en deux et soit cloués à la porte de la ville, soit jetés dans la plaine
comme nourriture aux chiens et aux chacals. ainsi, le châtiment dépasse
même les limites qui entourent ce monde cruel, car les musulmans qui ne
sont pas enterrés n’ont pas le droit d’entrer au paradis du Prophète.

Puisque mon âme tout entière se révolte contre une telle infamie, contre des
abominations comme celles qui, selon l’avis de tous, ont été récemment
perpétrées, je ne resterai plus en rapport avec la scène de tels crimes. » 1

on voit ici le degré de dégoût et de révulsion ressenti par un of cier
autrichien civilisé. Pourtant, ceux qui ordonnèrent, approuvèrent et
commirent de telles sauvageries, s’en glori èrent à plaisir ainsi qu’en
témoigne le reportage du journal of ciel de l’époque, rúznámiy-i-Vaqáyi’-i-
ittifáqíyyih.
sulaymán Khán, cet homme sans peur qui avait récupéré, sur l’ordre de
Bahá’u’lláh, les restes enchevêtrés du glorieux Báb et de son dèle disciple, t
partie de ces âmes braves et inflexibles qui moururent dans l’holocauste de
1852.

les marTyrs BáBís de 1852 107

il aida les bourreaux à creuser neuf trous dans son corps, dans lesquels on
plaça neuf chandelles allumées. Puis on l’exhiba dans les rues et dans les
bazars, une foule qui hurlait, braillait, beuglait et se comportait de façon
démentielle sur ses talons. Jeune et vigoureux, sulaymán Khán était un
courtisan habitué à commander et à parader. le jour de son martyre, il
s’exclama au milieu de ses tortures :

« existe-t-il fastes plus splendides que ceux qui accompagnent, aujourd’hui,
mon chemin vers la couronne de gloire ? loué soit le Báb qui suscite une
telle dévotion dans le cœur de ceux qui l’aiment et les dote d’un pouvoir qui
dépasse celui des rois ! » la flamme des bougies vacillait quand il s’exclama
: « ô flammes ! il y a longtemps que vous avez perdu vos aiguillons et que
vous ne pouvez plus me faire souffrir. montrez plus d’ardeur car j’entends,
par vos langues de feu, la voix qui m’appelle vers mon Bien-aimé ! » 2. Puis,
aux injures d’un de ses tortionnaires il répondit par ce distique :

la coupe de vin d’une main et de l’autre les cheveux de l’aimé, Je veux
danser vers mon destin sur la place du marché. 3

ainsi mourut sulaymán Khán.

une autre victime célèbre de cette tourmente fut ∏áhirih, la poétesse de
qazvín dont le talent égalait la beauté. C’est elle qui, à la conférence de
Badasht, avait héroïquement lancé l’appel à l’émancipation de son sexe
opprimé. C’est au cœur de la nuit qu’ils l’étranglèrent et jetèrent son corps
dans un puits a n d’en faire disparaître toute trace. mais le souvenir de sa
constance, de son courage et de sa dévotion perdurera. que les aveugles à la
vérité, les jaloux et les fanatiques la calomnient comme ils la calomnièrent,
qu’importe ! l’étoile de la poétesse à la bouche d’argent resplendira jusqu’à
la n des temps. ∏áhirih savait qu’elle allait mourir et était prête. à son
hôtesse, femme du magistrat chargé de la garder, ∏áhirih s’adressa la veille
de son martyre : « Je me prépare à rencontrer mon Bien-aimé et souhaite
vous délivrer du poids de mon emprisonnement. » 4 elle portait une robe de
mariée.

Telle fut la force d’âme des bábís et l’ampleur de leur sacri ce.

siyyid h∆usayn-i-Kátib, surnommé ‘azíz, une des lettres-du-vivant,
secrétaire du Báb et son compagnon dans les prisons d’azerbaïdjan, fut un
autre encore de

dans la Gloire du Père

ces bábís connus qui burent la coupe du martyre en cet été 1852. il fut la
victime des ájúdán-Báshí et des of ciers supérieurs de l’armée qui le
taillèrent en pièces avec leurs sabres.

mullá ‘abdu’l-Karím-i-qazvíní (connu sous le nom de mírzá ah∂mad-i-Kátib)
fut déchiqueté par les poignards des artilleurs. son frère, áqá ‘abdu’l-h∆amíd
fut aussi martyrisé.

le martyr dont parle le capitaine von Goumoens, celui qu’on avait ferré
comme un cheval et forcé à courir était, d’après le journal of ciel, áqá
muh∂amad-Taqí de Chiraz. les coupables de ce crime odieux furent
asadu’lláh Khán, maître des écuries de nás∂iri’d-dín sháh, et les employés
des écuries royales.

aux étudiants même du dáru’l-funún, l’école récemment créé par amír Kabír,
on demanda de participer à cette sauvagerie. leur victime fut mírzá nabí de
damávand, un érudit vivant à Téhéran qu’ils percèrent de leurs épées et de
leurs lances.

h∆ájí mírzá Jání, le dèle marchand de Káshán, qui avait été l’hôte du Báb
dans cette ville et était le premier chroniqueur de sa foi*, fut la victime de
áqá mihdi, le maliku’t-Tujjár (roi des marchands) et des principaux
commerçants de la capitale qui l’assaillirent avec diverses armes.
un autre personnage célèbre fut martyrisé : lut∂f-’alí mírzá de Chriraz, un
survivant du massacre de shaykh T∆abarsí, descendant des rois afsharides. il
avait écrit une histoire de l’épisode de shaykh T∆abarsí qu’il ne put terminer.
le shát∂ir-Báshí (messager en chef) et les shát∂irs (messagers) sous son
commandement tuèrent lut∂f-’alí mírzá à coups de pierres, de couteaux, de
dagues et de cannes.

le journal of ciel qui relate ces horreurs le fait avec orgueil et erté. shát∂ir-
Báshí avait rendu un grand service au chah le jour même de l’attentat contre
lui.

nás∂iri’d-dín sháh était donc prêt à épargner son frère, mírzá sulaymán-qulí,
connu sous le nom de Khát∂ibu’r-rah∂mán (la voix du miséricordieux). mais
shát∂ir-Báshí le tua en personne en s’écriant qu’il ne voulait pas d’un bábí
comme frère.

h∆usayn-i-mílání, connu sous le nom de h∆usayn-Jáni (bien-aimé h∆usayn)
qui

*sa courte chronique a été tellement falsi ée qu’on ne reconnaît plus
l’original ; elle contient un grand nombre d’élucubrations ; elle a été publiée
sous le titre nuqt∂atu’l-Káf. Voir edward granville browne and the bahá’í
Faith, de Balyuzi. on raconte que mírzá áqá Khán, le grand vizir, souhaitait
sauver h∆ájí mírzá Ján.

les marTyrs BáBís de 1852 109

avait avancé la prétention d’avoir un rang spirituel et avait quelques
disciples fut un autre des martyrs de cet horrible mois d’août. des soldats de
divers régiments le tuèrent à coups de lances selon leurs détestables
manières.

d’après nabíl-i-a’z∂am, trente-huit bábís furent martyrisés de la manière
décrite, par différents groupes. mais assez parlé des atrocités commises par
un ennemi vengeur ; contentons-nous maintenant de citer les noms des
autres martyrs que rapporte le journal of ciel. nulle part dans la capitale
iranienne on ne trouve de tombes ou de stèles pour commémorer leur
suprême sacri ce. mais les pages de l’histoire, ornées de leur gloire,
témoigneront à travers les siècles à venir, de leur héroïsme et de l’infamie et
de la honte éternelle de leurs bourreaux.

les autres martyrs nommés sont : siyyid h∆asan-i-Khurásání (h∆ájí mírzá
h∆asan-i-rad∂aví, survivant de shaykh T∆abarsí, mullá h∆usayn-i-Khurásání
; mullá zaynu’l-‘ábidín-i-yazdí, mullá fat∂hu’lláh-i-qumí (un des attaquants
du chah d’après le journal of ciel), shaykh ‘abbás-i-T∆ihrání, áqá
muh∂ammad-Báqir-i-najafábádí, mullá mírzá muh∂ammad-i-nayrízí (d’après
le journal of ciel, il se serait battu dans le mazandéran, à zanján et nayríz
d’après les nombreuses cica-trices découvertes sur son corps), áqá
muh∂ammad-’alíy-i-najafábádí, áqá mihdíy-i-Káshání, s∆adiq-i-zanjání
(peut-être né à Tabriz, il fut l’un des attaquants du chah, tué sur place par
l’entourage royal), h∆ájí qásim-i-nayrízí (il mourut avec sulaymán Khán et
de la même manière ; leurs corps furent coupés en deux et suspendus aux
portes de la ville), mírzá rafí’-i-núrí, mírzá mah∂múd-i-qazvíní, najaf-i-
Khamsi’í, h∆asan-i-Khamsi’í et muh∂ammad-Báqir-i-quhpáy’í.

le même journal of ciel mentionne que, leur culpabilité ne pouvant être
prouvée, nás∂iri’d-dín sháh avait condamné à la prison à vie les personnes
suivantes : mírzá h∆usayn-’alíy-i-núrí (Bahá’u’lláh), mírzá sulaymán-qulí
(assassiné par son propre frère, comme dit plus haut), mírzá mah∂múd, áqá
‘abdu’lláh ( ls de áqá muh∂ammad-Ja’far), mírzá Javád-i-Khurásání et mírzá
h∆usayn-i-qumí au sujet duquel le journal ajoute : « Bien que pas vraiment
coupable, on le garda plus longtemps pour l’interroger »… espérant sans
doute qu’il impliquererait ‘abbás mírzá, demi-frère de nas∂iri’d-dín sháh
dont le précepteur était à qom. finalement ils furent tous deux bannis en irak.

en plus de ceux dont les noms sont cités dans le journal of ciel, on sait que
les personnes suivantes furent martyrisées en été 1852 : h∆ájí muh∂ammad-
rid∂áy-i-

dans la Gloire du Père

is∂fahání, ibráhím Big-i-Khurásání, mírzá ‘alí-muh∂ammad-i-núrí (un
cousin de Bahá’u’lláh par une tante paternelle), mullá ‘abdu’l-faππáh∂ (un
vieil homme de quatre-vingts ans qui fut amené de Tákur et jeté dans le
síyáh-Chál où il mourut aussitôt), mullá ‘alí Bábá et áqá muh∂ammad-Taqí
(tous deux nés à Tákur et amenés à Téhéran ; ils moururent en prison).

il ne fait pas de doute qu’il y eut d’autres martyrs à Téhéran dont personne,
ni amis ni ennemis, n’a enregistré les noms.

à Tákur, district de núr, village natal du père de Bahá’u’lláh, un incident
advint dont mírzá yah∂yá fut responsable. Connaissant le plan élaboré par
‘az∂ím, h∆usayn-Ján-i-mílání et les autres, il quitta Téhéran pour Tákur
avant sa mise en application. il était si convaincu du succès du plan de ses
compagnons égarés qu’il prit discrètement des mesures pour consolider sa
position à Tákur et dans tout le district. mullá ‘alí Bábá, religieux d’âge
avancé, fut persuadé par mírzá yah∂yá de rejeter ses vêtements de clerc,
d’homme de savoir, pour revêtir l’uniforme d’un guerrier surarmé et de
porter une casquette de chasseur. muh∂ammad-Taqí Khán, jeune et facile à
impressionner, les suivit avec quelques autres et très vite la rumeur se
répandit que les bábís préparaient un soulèvement. Puis la nouvelle arriva de
l’échec de la tentative d’assassinat du chah. Terri é, mírzá yah∂yá raconta
partout qu’il partait pour Téhéran, s’enfuit à cheval de Tákur pour revenir de
nuit s’y cacher. il sortit de sa cachette déguisé en derviche et, accompagné de
son oncle, mírzá (ou mullá) zaynu’l-’ábidín et d’un autre homme nommé
mullá ramad∂án, ils se perdirent dans les forêts du mazandéran pour arriver
en n à la ville mariti-me de mashhad-sar (aujourd’hui, Bábulsar). de là,
mírzá yah∂yá et son oncle prirent un bateau jusqu’à anzalí, dans la province
caspienne de Gílán. d’anzalí ils se dirigèrent vers Bagdad. Pendant ce temps,
les gens de Tákur, alarmés et dirigés par shaykh ‘azízu’lláh (l’oncle de
Bahá’u’lláh, qui lui était hostile), continuaient à envoyer des rapports
exagérément alarmistes à Téhéran. exaspéré, nás∂iri’d-dín sháh ordonna au
s∆adr-i-a’z∂am, mírzá áqá Khán de donner une bonne leçon aux bábís de
Tákur. mírzá áqá Khán, lui-même un núrí, savait que les nouvelles de Tákur
étaient très exagérées mais il devait faire quelque chose pour plaire au chah.

il choisit donc un régiment de cavaliers commandé par h∆asan-’alí Khán-i-
qájár secondé par son propre neveu mírzá abú-T∆álib Khán. la sœur de ce
dernier était mariée à áqá muh∂ammad-h∆asan, un des frères de Bahá’u’lláh.
Pourtant, malgré

les marTyrs BáBís de 1852 111
ces liens familiaux et les avertissements et conseils du Premier ministre,
malgré les protestations de h∆asan-’alí Khán, mírzá abú-∏álib Khán n’y alla
pas de main morte. il refusa de rencontrer son beau-frère, terrorisa la
campagne alentour et laissa ses soldats se déchaîner sur les habitants de
Tákur dont beaucoup s’enfuirent dans les collines et les montagnes alentour.
Bábá Khán, muh∂ammad-Taqí Khán et

‘abdu’l-vahháb Big étaient trois personnalités bábíes qui s’enfuirent dans les
collines. le premier réussit à s’enfuir. le second, voyant de loin la conduite
excessivement brutale des soldats et le sort terrible de ses coreligionnaires,
annonça à son compagnon qu’il allait retourner au village pour aider, comme
il pourrait, à soulager les souffrances des habitants de Tákur. Comprenant
que la situation était désespérée, ‘abdu’l-vahháb Big tenta de l’arrêter, mais
devant l’entêtement de muh∂ammad-Taqí Khán, il décida de l’accompagner,
suivi de son serviteur. Comme ils descendaient de la colline, on leur tira
dessus. ils tombèrent tous les deux pendant que le serviteur, plongeant dans
la rivière, fut emporté par le courant.

dans le salon de sa maison de haïfa, au cours d’une soirée d’août 1919,

‘abdu’l-Bahá parla de muh∂ammad-Taqí Khán de Tákur, de ses grandes
qualités et de sa bravoure. il rappela que muh∂ammad-Taqí Khán avait été
élevé dans le luxe et que sa mère, âgée de quatre-vingts ans, était la
constance incarnée. après la mort de son ls il ne lui restait qu’une maison en
ruine qui avait été pillée. Toute la nuit qui suivit elle loua dieu et le remercia,
disant : « mon seigneur ! je n’avais qu’un ls et je l’ai offert en ton chemin.
loué sois-tu ! »

un mois plus tard, continua ‘abdu’l-Bahá, un certain h∆ájí h∆asan-i-Kujúrí
vint chez la mère de muh∂ammad-Taqí Khán. étant très honnête, il voulait
lui rembourser une dette qu’il devait à son ls martyr. Pourtant, bien qu’elle
fut dans le besoin, la vieille dame refusa malgré l’insistance de h∆ájí h∆asan.
elle lui dit : « la femme de mon ls et ses enfants sont à Téhéran. donne-leur
l’argent. »

mírzá abú-∏álib Khán avait arrêté une vingtaine de personnalités bábíes,
parmi lesquelles le vieux mullá ‘abdu’l-fat∂t∂áh∂, mullá ‘alí Bábáy-i-Buzurg
(l’ancien), mullá ‘abdu’l-Bábáy-i-Kúchik (le Jeune) et un certain nombre de
femmes qui furent tous emmenés à Téhéran. les hommes furent jetés dans le
síyáh-Chál où les trois mentionnés ci-dessus, et trois autres dont
muh∂ammad-Taqí Big, moururent en présence de Bahá’u’lláh qui ferma lui-
même les yeux de mullá ‘alí Bábáy-i-Buzurg. ‘abdu’l-Bahá raconte que
lorsque mírzá abú-∏álib Khán ordonna de cou-

dans la Gloire du Père

áqá Muh∂ammad-h∆asan, le demi-frère aîné de bahá’u’lláh

per la barbe de mullá ‘abdu’l-fat∂t∂áh∂, le soldat coupa aussi brutalement un
peu de son menton. Plus mort que vif, ce vieux bábí expira en arrivant au
síyáh-Chál. le cruel et présomptueux mírzá abú-∏álib Khán obligea son
propre beau-frère, áqá muh∂ammad-h∆asan qui était chargé de gérer la
propriété familiale, à quitter Tákur.

Ce dernier laissa son ls, mírzá Ghulám-’alí, en charge des affaires et partit
pour Téhéran.

reçu par nás∂iri’d-dín sháh, mírzá abú-∏álib Khán se vanta de ses actions
mais le chah, se tournant vers h∆asan-’alí Khán, lui demanda en turc ce qui
s’était vraiment passé. le chef qadjar, très franchement, dit au chah qu’il
n’avait vu aucun signe de rébellion à Tákur et que l’envoi des soldats là-bas
avait eu pour résultat la mort d’un certain nombre d’innocents, le ravage
d’une grande partie de la région

les marTyrs BáBís de 1852 113

ainsi que le pillage et la destruction de la maison de mírzá Buzurg. on
raconte que nás∂iri’d-dín sháh se sentit honteux et confus. mírzá áqá Khán
réprimanda son neveu, mais le jeune ambitieux reçut quand même un grade
dans l’armée et un régiment à commander.

le destin de ceux qui se rendirent coupables d’exactions à Tákur est inscrit
dans l’histoire : dans le mois qui suivit, mírzá abú-∏álib Khán, la tête sur les
genoux de son beau-frère áqá muh∂ammad-h∆asan, rempli d’étonnement
devant la gentillesse et la compassion dont faisait preuve envers lui le mari
de sa sœur qu’il avait offen-sé et traité avec mépris, mourut du choléra.
mírzá Khalíl-i-yálrúdí, qui avait commis des atrocités au cours de la même
année, tomba d’un pont qu’il traversait à cheval et mourut de ses blessures.
∏ahmásb-qulí Khán-i-Kujúrí, lui aussi coupables d’atrocités, fut mis en
pièces par son entourage. nabí, qui se vantait d’avoir tué muh∂ammad-Taqí
Khán d’un coup de fusil, tomba de cheval et mourut lors du retour de
l’armée de Tákur.

histoire d’un jeune Shírází

le cœur débordant d’amour pour Bahá’u’lláh, un jeune homme de Chiraz
s’est immolé ; voici son histoire glorieuse, qui remonte aux premiers mois de
la nouvelle révélation, telle qu’elle fut contée par Bahá’u’lláh, puis par
‘abdu’l-Bahá et écrite par nabíl.

lorsque mullá ‘alíy-i-Bast∂ámí, lettre-du-vivant que le Báb envoya en irak,
se mit en route, il n’était encore qu’à une courte distance de Chiraz quand il
fut rejoint par un jeune homme qui dit se nommer ‘abdu’l-vahháb. son but
était très simple : il voulait suivre mullá ‘alí partout où irait celui-ci. il avait
aussi une étrange histoire à conter. laissons parler nabíl-i-a’z∂am :
« Je vous supplie, dit-il en pleurant à mullá ‘alí, de me permettre de vous
accompagner dans votre voyage. mon cœur est oppressé par la perplexité ; je
vous prie de guider mes pas dans la voie de la vérité. la nuit dernière, dans
mon rêve, j’ai entendu le crieur annoncer, sur la place du marché à Chiraz,
l’apparition de l’imám ‘alí, le Commandeur des croyants. il appelait la foule
en ces termes : « levez-vous et cherchez-le. regardez, il retire hors du brasier
ardent les chartes de liberté et les distribue au peuple. hâtez-vous de le
rejoindre, car quiconque les reçoit de ses mains sera exempt des souffrances
du châtiment, et quiconque omet de les obtenir de lui sera privé des
bénédictions du paradis. » dès que j’entendis la voix du crieur, je me levai et
abandon-nai mon échoppe, je courus à travers la rue du marché de vakíl en
direction de l’endroit où mes yeux vous contemplèrent debout en train de
distribuer ces mêmes chartes au peuple. à tous ceux qui s’approchaient pour
les recevoir de vos mains, vous leur mur-muriez à l’oreille quelques paroles,
ce qui les faisait aussitôt s’enfuir consternés et s’exclamer : « malheur à moi,
car je suis privé des bénédictions de ‘alí et de ses parents !

ah ! misérable que je suis d’être compté parmi les réprouvés et les déchus ! »
Je sortis de mon rêve et, plongé dans un océan de pensées, regagnai mon
échoppe. soudain, je vous vis passer en compagnie d’un homme qui portait
un turban et qui conversait avec vous. Je sautai de mon siège et, mû par une
force que je ne pouvais dominer, courus pour vous rattraper. à mon grand
étonnement, je vous trouvai à l’endroit même que

dans la Gloire du Père

j’avais vu dans mon rêve, en train de réciter des traditions et des versets. me
tenant à l’écart, à quelque distance de là, je continuai à vous observer, tout
en restant inaperçu de vous et de votre ami. J’entendis l’homme à qui vous
vous adressiez protester avec véhémence : « il m’est plus aisé d’être dévoré
par les flammes de l’enfer que de reconnaître la vérité de vos paroles, dont
les montagnes ne peuvent supporter le poids ! » a ce rejet dédaigneux, vous
répondîtes par ces paroles : « même si l’univers entier rejetait sa vérité, cela
ne pourrait jamais ternir la pureté immaculée de sa robe de grandeur. »
Puis, le laissant là, vous vous dirigeâtes vers la porte de Kázirán. Je
continuai à vous suivre jusqu’au moment où je parvins ici. »

mullá ‘alí essaya d’apaiser le cœur troublé du nouveau venu et de le
persuader de retourner à son échoppe pour y reprendre son travail quotidien.
« votre association avec moi, t-il, m’attirerait des ennuis. retournez à Chiraz
et soyez en paix car vous êtes parmi le peuple des sauvés. il est bien loin de
la justice de dieu de refuser à un si ardent et si dévoué chercheur, la coupe de
sa grâce, ou de priver une âme si assoiffée de l’océan de sa révélation. » les
paroles de mullá ‘alí n’eurent aucun effet. Plus il insistait pour qu’abdu’l-
vahháb retournât chez lui, plus celui-ci se lamentait et pleurait. mullá ‘alí se
sentit nalement obligé d’accéder à son désir, se résignant à la volonté divine.

h∆ájí ‘abdu’l-majíd, le père de ‘abdu’l-vahháb, racontait souvent, les larmes
aux yeux, ce qui suit : « Comme je regrette profondément l’acte que j’ai
commis ! Priez dieu qu’il m’accorde la rémission de mon péché. J’étais
parmi les favoris à la cour des ls du farmán-farmá*, le gouverneur de la
province de fárs. ma position était telle que nul n’osait s’opposer à moi ni
me nuire. Personne ne mettait en doute mon autorité et ne se hasardait à
entraver ma liberté. dès que j’appris que mon ls ‘abdu’l-vahháb avait
abandonné son échoppe et quitté la ville, je partis en hâte vers la porte de
Kázirán a n de le rejoindre. armé d’un gourdin avec lequel j’avais l’intention
de le frapper, je me renseignai sur la route qu’il avait prise.

on me dit qu’un homme portant un turban venait de traverser la rue et que
mon ls le suivait. ils semblaient s’être mis d’accord pour quitter ensemble la
ville. Ces dires attisèrent ma colère et mon indignation. Comment pouvais-je
tolérer, me disais-je, moi qui occupe déjà une position si privilégiée à la cour
des ls du farmán-farmá, une conduite si indécente de la part de mon ls ? rien,
à part le plus sévère des châtiments, croyais-je, ne pourrait effacer l’effet de
sa conduite scandaleuse.

Je poursuivis ma recherche jusqu’au moment où je les atteignis. Pris d’une
fureur sauvage, j’infligeai à mullá ‘alí des maux indescriptibles ! aux coups
qui le frappaient lourdement, il répondit, avec une extraordinaire sérénité,
par ces paroles : « retenez
*Très probablement, h∆usayn-’alí mírzá, fils de fath∂-’alí sháh. le
gouverneur suivant de fars, pour un court temps, fut firaydún mírzá, frère de
muh∂ammad-sháh.

hisToire d’un Jeune shírází

votre main, ô ‘abdu’l-majíd car l’œil de dieu vous observe. Je le prends à
témoin que je ne suis nullement responsable de la conduite de votre ls. les
tortures que vous me faites endurer m’importent peu, car je m’attends aux
pires afflictions sur le sentier que j’ai choisi de suivre. vos injures,
comparées à ce qui m’est destiné dans l’avenir, ne sont que gouttes
comparées à l’océan. en vérité, je vous le dis : vous me survivrez et vous
reconnaîtrez mon innocence. Grands seront alors vos remords, et profond
votre chagrin. » dédaignant ses remarques et négligeant son appel, je
continuai à le frapper jusqu’à épuisement complet. silencieux et héroïque il
endura, de mes mains, ce châtiment hautement immérité. à la n, j’ordonnai à
mon ls de me suivre et laissai mullá ‘alí à lui-même.

sur notre chemin de retour à Chiraz, mon ls me raconta le rêve qu’il avait eu.
un sentiment de profond regret s’empara peu à peu de moi. l’innocence de
mullá ‘alí était justi ée à mes yeux, et le souvenir de ma cruauté envers lui
continua pendant longtemps à oppresser mon âme. l’amertume persista dans
mon cœur jusqu’au jour où je me sentis contraint à transférer ma résidence
de Chiraz à Bagdad. »1

nous rencontrerons ce jeune homme fou de dieu une nouvelle fois à
Káz∂imayn*, ville sainte proche de Bagdad où il avait ouvert une boutique.
nous sommes en 1851 et Bahá’u’lláh est temporairement en irak où il est
venu sur les conseils de mírzá Taqí Khán, l’amír Kabír.

Bahá’u’lláh visita souvent Káz∂imayn et ses deux mausolées sacrés.

inévitablement, ce jeune shírází devait le rencontrer et, l’ayant rencontré,
allait lui devenir attaché avec ferveur. il ne se sentait en paix qu’en présence
de Bahá’u’lláh qui n’était alors connu que sous le nom de Jináb-i-Bahá par
les bábís et de mírzá h∆usayn-’alíy-i-núrí par le reste du monde. mírzá
‘abdu’l-vahháb souhaitait par-dessus tout retourner en Perse avec
Bahá’u’lláh. mais Bahá’u’lláh tenta de le convaincre de rester là, avec son
père, et lui donna une somme d’argent pour qu’il puisse agrandir et
développer son commerce.

où peut aller l’amant sinon au pays de son aimée ? et quel chercheur
trouverait le repos loin du désir de son cœur ? Pour l’amant sincère, la
réunion est la vie, la séparation la mort. impatient, son cœur n’a point de
paix. il sacri erait une myriade de vies pour se précipiter vers la demeure de
son aimée.2

* on dit aussi que c’est à Kerbéla que ce jeune homme avait son échoppe et
que c’est là qu’il rencontra Bahá’u’lláh.

dans la Gloire du Père

voilà ce qu’écrira la très sublime Plume quelques années plus tard à Bagdad.

‘abdu’l-vahháb ne put s’empêcher de suivre Bahá’u’lláh jusqu’à Téhéran. il
atteignit la capitale au moment de l’attentat raté contre le chah ; la ville était
en pleine ébullition. lorsque ‘abdu’l-Bahá relatera dans une épître l’histoire
glorieuse de ce jeune homme, il parlera des fonctionnaires recherchant
partout les bábís pendant que ‘abdu’l-vahháb, sur la place du marché, louait
sans peur son seigneur. il fut pris et jeté dans le síyáh-Chál. et là, mírzá
‘abdu’l-vahháb-i-shírází trouva en n le repos, cette paix du cœur et de
l’esprit après laquelle tout son être aspirait. il se trouvait, en permanence, en
présence de son seigneur : il était enchaîné à Bahá’u’lláh.

un jour, Bahá’u’lláh dit à nabíl :

une nuit, nous fûmes réveillé avant le lever du jour par mírzá ‘abdu’l-
vahháb-i-shírází, qui était attaché aux mêmes chaînes que nous. il avait
quitté Kázimayn et nous avait suivi jusqu’à Téhéran, où il fut arrêté et jeté
en prison. il nous demanda si nous étions éveillé et se mit à nous raconter
son rêve. « J’ai, cette nuit, plané dans un espace d’une beauté et d’une
immensité infinies. Je semblais être soulevé sur des ailes qui me
transportaient où je voulais aller. un sentiment de joie extatique m’avait
envahi l’âme.

Je volais au milieu de cette immensité, à une vitesse et avec une facilité que
je ne puis décrire. » « aujourd’hui, répondîmes-nous, ce sera ton tour de te
sacrifier à cette cause.

Puisses-tu demeurer jusqu’au bout ferme et inébranlable ! Tu te trouveras
alors planant dans ce même espace illimité dont tu as rêvé, traversant avec la
même facilité et à la même vitesse le royaume de l’immortelle souveraineté
et regardant avec le même ravissement l’horizon infini.

« Ce matin-là vit le geôlier entrer de nouveau dans notre cellule et prononcer
le nom de ‘abdu’l-vahháb. se débarrassant de ses chaînes, celui-ci se leva
d’un bond, étreignit chacun de ses compagnons de prison et, nous prenant
dans ses bras, nous pressa avec affection contre son cœur. à ce moment, nous
nous aperçûmes qu’il ne portait pas de chaussures. nous lui donnâmes les
nôtres, lui dîmes une dernière parole d’encouragement et de réconfort, et
l’envoyâmes vers le lieu de son martyre. Plus tard, son bourreau vint vers
nous et loua, en un langage chaleureux, l’esprit dont ce jeune homme avait
fait preuve. Combien nous rendîmes grâce à dieu pour ce témoignage que le
bourreau lui-même avait donné ! » 3

‘abdu’l-vahhád embrassa les genoux de Bahá’u’lláh puis, chantant et
dansant,

hisToire d’un Jeune shírází

il se jeta dans les bras de la mort. les pires cruautés, les tortures indicibles
qu’à l’heure de la mort un ennemi avide de carnage infligea à ce glorieux
jeune homme de Chiraz n’affaiblirent pas son endurance car ses yeux étaient
rivés sur

« l’horizon in ni », son cœur pur débordait d’amour et de joie.

ainsi mourut ‘abdu’l-vahháb, simple jeune homme de Chiraz.
les années passent. soixante ans après le martyre de ‘abdu’l-vahháb, ‘abdu’l-
Bahá, le Centre de l’alliance, est aux états-unis, voyageant des rivages de
l’atlantique à ceux du Paci que. un jour il conte l’histoire du jeune homme de
Chiraz à un groupe de bahá’ís américains. lua Getsinger, que le Gardien de
la foi bahá’íe honorera du titre de « mère enseignante de l’occident », est
parmi ceux qui ont le privilège d’entendre ‘abdu’l-Bahá dire cette
émouvante histoire. en arrivant à l’instant crucial où ‘abdu’l-vahháb quitte
Bahá’u’lláh pour aller vers son martyre… mais laissons Juliette Thompson
terminer l’histoire :

soudain ‘abdu’l-Bahá changea complètement d’aspect. Comme si l’esprit du
martyr était entré en lui… la tête droite et frémissante, ses doigts claquant
dans l’air, tapant du pied en mesure sur le porche au point où nous avions du
mal à supporter les vibra-tions qu’il engendrait (une sorte de puissance
électrique irradiait de lui), il chanta le chant du martyr, un chant extatique et
tragique au-delà de tout ce que j’ai jamais entendu. voilà ce qu’était la Cause
alors ! voilà ce que c’était que vivre près de lui ! un autre royaume s’ouvrit à
moi, le royaume de la divine tragédie.

« ainsi, termina ‘abdu’l-Bahá, chantant et dansant il alla vers sa mort et une
centaine de bourreaux lui tombèrent dessus ! Plus tard ses vieux parents
vinrent auprès de Bahá’u’lláh, louant dieu que leur ls ait donné sa vie dans la
voie de dieu ! »

il retomba sur son siège. des larmes coulaient de mes yeux rendant toutes
choses floues. quand je pus voir clair de nouveau je découvris sur son visage
un air encore plus étrange. sans aucun doute ses yeux étaient xés sur le
monde invisible. ils étincelaient comme des joyaux, brillants de tant de joie
que sa vision était presque réelle pour nous.

un sourire exalté courait sur ses lèvres. d’une voix basse, comme en écho, il
murmura le chant du martyr. Puis il s’exclama : « voyez l’effet que la mort
d’un martyr a sur le monde : il a transformé ma condition ! » il y eut un
moment de silence, puis il dit :

« Juliette, à quoi penses-tu si profondément ? » « Je pensais à votre
expression quand vous disiez que votre condition était transformée. Je
pensais que j’avais vu un éclair de

dans la Gloire du Père

la joie de dieu qui baigne ceux qui meurent avec joie pour l’humanité. » 4

h∆ájí ‘abdu’l-majíd, le père de ‘abdu’l-vahháb, qui infligea une si terrible
punition à mullá ‘alíy-i-Bast∂ámí, et sa femme prirent sans hésiter le même
chemin que leur glorieux ls dès qu’ils posèrent les yeux sur Bahá’u’lláh.

libération et exil

la mère de nás∂iri’d-dín sháh exigeait bruyamment la mort de Bahá’u’lláh et
h∆ájibu’d-dawlih l’aurait sans aucun doute exécuté s’il avait trouvé un
moyen de le faire. mais chaque fois que ‘abbás, le jeune page qui avait été au
service de h∆ájí sulaymán Khán le martyr, était amené au síyáh Chál pour
qu’il identi e Bahá’u’lláh, il af rmait fermement qu’il ne l’avait jamais vu en
compagnie des bábís dans la maison de son maître. Pendant ce temps, les
frères et les sœurs de Bahá’u’lláh faisaient tous leurs efforts pour qu’il soit
libéré, mais nás∂iri’d-dín sháh restait inflexible. il avait décidé que
Bahá’u’lláh resterait en prison à vie.

mírzá áqá Khán-i-núrí, le s∆adr-i-a’z∂am qui avait remplacé mírzá Taqí
Khán devait beaucoup à Bahá’u’lláh. il était tombé en disgrâce alors que
h∆ájí mírzá áqásí était premier ministre ; il avait été bastonné et condamné à
payer une amende dont Bahá’u’lláh paya une bonne part. Plus tard, pendant
son exil à Káshán, il se trouva encore dans une situation nancière dif cile ;
Bahá’u’lláh vint de nouveau à sa rescousse et, par l’intermédiaire de mírzá
shafí’, le s∆áh∂ib-díván, lui obtint une pension annuelle de mille neuf cents
túmáns. Plus tard encore, Bahá’u’lláh aida son ls Káz∂im Khán et sa femme
à rejoindre leur père à Káshán.

et maintenant, en 1852, les membres de la famille de Bahá’u’lláh envoyaient
des cadeaux de valeur et même une forte somme d’argent à mírzá áqá Khán.

encouragé par mírzá majíd-i-áhí, secrétaire à la légation russe qui, comme
nous l’avons déjà vu, était marié à la sœur de Bahá’u’lláh, le prince
dolgorouki, l’ambassadeur russe, pressa aussi le gouvernement de prendre
une décision rapide et de libérer Bahá’u’lláh. Par ailleurs, ses ennemis
faisaient tout leur possible pour obtenir sa mise à mort, notamment ceux qui
cherchaient la protection de la mère vengeresse du chah. le projet de le faire
identi er par le page de h∆ájí sulaymán Khán ayant échoué, on tenta
d’empoisonner Bahá’u’lláh. on introduisit une sub-stance délétère dans la
nourriture qui lui était livrée, mais l’effet en était si fort que Bahá’u’lláh
cessa immédiatement de consommer de cette nourriture-là.

mullá shaykh-’alíy-i-Turshízí, surnommé ‘az∂ím, languissait aussi dans le

dans la Gloire du Père

Mírzá Majíd-i-áhí, secrétaire à la légation russe et

beau-frère de bahá’u’lláh

síyáh Chál. le prince dolgorouki avait demandé avec insistance la possibilité
pour son représentant, accompagné de h∆ajíbu’d-dawlih et d’un représentant
du s∆adr-i-a’z∂am, de visiter le síyáh Chál et d’y interroger mullá
shaykh-’alí.
‘az∂ím disculpa complètement Bahá’u’lláh en af rmant qu’il n’avait jamais
été impliqué dans un complot contre le chah ; il prit sur lui toute la
responsabilité de la tentative d’assassinat du chah. Bahá’u’lláh a loué le
courage et la véracité de mullá shaykh-’alí de Turshíz, disant qu’il était
vraiment ‘az∂ím : grand.

Cependant, mírzá h∆usayn-i-mutavallí, qui recherchait les faveurs royales,
tenta d’incriminer Bahá’u’lláh ; ressentant le cynisme d’un tel comportement
h∆ájibu’d-dawlih gifla mírzá h∆usayn. Cet homme instable, depuis sa
défection à shaykh T∆abarsí où il avait osé cracher au visage de quddús,
avait trahi avec constance la foi qu’il avait un jour épousée si
chaleureusement ; étant alors pré-

liBéraTion eT exil 123

cepteur de ‘abbás mírzá, le demi-frère malchanceux de nás∂iri’d-dín sháh, il
était un des principaux suspects et, pour prouver son innocence, il coupa
l’oreille de mullá shaykh ‘alí d’un coup de canif. Pourtant cet acte détestable
ne le sauva pas de la torture. il fut brûlé aux fers rouges et ses hurlements
s’entendirent dans toute la prison.

mullá shaykh-’alí avait clairement admis son rôle crucial dans la tentative
d’assassinat du chah et pourtant mírzá abu’l-qásim, l’imám-Jum’ih de
Téhéran refusait qu’il soit exécuté. le rapace h∆ájibu’d-dawlih réussit à le
tromper et, sous de faux prétextes, il réussit à faire signer le verdict à
l’imám-Jum’ih. mullá shaykh-’alí fut immédiatement mis à mort, un acte
infâme qui irrita grandement l’imám-Jum’ih.

‘az∂ím fut le dernier martyr de l’holocauste de l’été 1852.

finalement nás∂iri’d-dín sháh accepta de relâcher Bahá’u’lláh mais le
condamna à l’exil. enchaîné, Bahá’u’lláh avait souffert le martyre pendant
quatre mois. mírzá áqá Khán envoya un homme de con ance nommé h∆ájí
‘alí pour le sortir du síyáh Chál. il fut profondément choqué en découvrant
les terribles conditions de vie dans cette basse-fosse et l’état de faiblesse de
Bahá’u’lláh et lui af rma qu’ils ne savaient pas dans quelles terribles
circonstances ce dernier avait vécu pendant tous ces mois.
h∆ájí ‘alí proposa son propre manteau à Bahá’u’lláh qui le refusa préférant
apparaître devant mírzá áqá Khán et les autres membres du gouvernement
dans les haillons qu’il portait.

le Gardien, shoghi effendi, écrit :

à peine se fut-il présenté devant eux que le grand vizir s’adressa à lui en ces
termes :

« si vous aviez suivi mon conseil et si vous vous étiez séparé de la foi du
siyyid-i-Báb, vous n’auriez jamais enduré les peines et les vexations qui
vous ont accablé. » « si vous aviez suivi mes conseils vous-même, riposta
Bahá’u’lláh, les affaires du gouvernement n’auraient pas atteint un état aussi
critique. » mírzá áqá Khán se remémora alors la conversation qu’il avait eue
avec lui au moment du martyre du Báb, où il avait été averti que « la flamme
qui avait été allumée flamberait plus ardemment que jamais. » « que me
conseillez-vous de faire maintenant ? » demanda-t-il à Bahá’u’lláh. la
réponse vint, ins-tantanée : « ordonnez aux gouverneurs du royaume de
cesser de verser le sang des innocents, de piller leurs biens, de déshonorer
leurs femmes et de malmener leurs enfants. »

le jour même, le grand vizir suivit le conseil ainsi donné ; mais quel qu’en
fut le résultat, le déroulement des événements ultérieurs prouva amplement
qu’il fut momentané et négligeable.1

dans la Gloire du Père

on donna un mois à Bahá’u’lláh pour quitter le pays. à sa sortie du síyáh
Chál, il était trop faible pour commencer un long voyage. il n’avait plus de
maison, sa demeure ayant été pillée et saccagée ; ses deux femmes et ses
enfants avaient trouvé un refuge temporaire dans un obscur quartier de la
capitale. il partit vivre chez son frère, mírzá rid∂á-qulí dont l’épouse,
myriam, sœur de la deuxième femme de Bahá’u’lláh, qui lui était très
dévouée, avait fait les arrangements nécessaires pour qu’il puisse se reposer
et récupérer des forces.

le Gardien de la foi écrit :
Ce départ forcé et précipité de Bahá’u’lláh hors de sa terre natale, en
compagnie de quelques-uns de ses parents, rappelle par certains aspects la
fuite hâtive de la sainte-famille en égypte, la soudaine émigration de
muh∂ammad, de la mecque à médine, peu après son accession à son of ce
prophétique, l’exode de moïse, de son frère et de ses partisans hors de leur
pays natal, pour répondre à l’ordre divin ; il rappelle surtout l’exil d’abraham
de la ville d’our, en Chaldée, vers la terre promise, exil qui, par la multitude
d’avantages qu’il apporta à tant de peuples, de religions et de nations divers,
offre la ressemblance historique la plus proche quant aux bénédictions
incalculables destinées à descendre, à notre époque et dans les âges futurs,
sur toute la race humaine, ceci en raison directe de l’exil souffert par celui
dont la cause est la fleur et le fruit de toutes les révélations antérieures.2

le 12 janvier 1853, Bahá’u’lláh et sa famille quittèrent Téhéran,
accompagnés de deux de ses frères (mírzá músá qui sera connu plus tard
sous le nom de áqáy-i-Kalím et mírzá muh∂ammad-qulí), d’un représentant
du gouvernement impérial de Perse et d’un of ciel de la légation russe. le
dernier ls de Bahá’u’lláh, mírzá mihdí, la Plus-Pure-Branche, étant trop
jeune fut laissé chez des parents et plusieurs années se passèrent avant qu’il
puisse rejoindre ses parents. le gouvernement russe avait proposé à
Bahá’u’lláh de se réfugier sur ses territoires mais il préféra aller en irak. on
lui avait laissé trop peu de temps pour se préparer, d’autant qu’il avait dû
d’abord se reposer avant de partir, au cœur de l’hiver, pour un voyage à
travers les cols élevés des hautes montagnes de l’iran occidental. ni lui, ni sa
famille, ni ses frères, personne n’avait pu se procurer l’équipement
nécessaire pour se protéger contre le froid intense de cette altitude.

on trouve sous la plume du Gardien :
liBéraTion eT exil 125

Mírzá rid∂á-Qulí, demi-frère de bahá’u’lláh et mari de Maryam

dans la Gloire du Père

dans une prière qu’il révéla à cette époque, Bahá’u’lláh, s’étendant
longuement sur les épreuves et les malheurs qu’il avait endurés dans le
siyáh-Chàl, rend compte ainsi des infortunes subies au cours de ce « terrible
voyage » : mon dieu, mon maître, mon désir !... Tu as créé cet atome de
poussiére par la maîtrise achevée de ton pouvoir, et tu l’as nourri de tes
mains que nul ne peut enchaîner… Tu l’as destiné à des épreuves et à des
tribulations qu’aucune langue ne peut décrire, et dont aucune de tes tablettes
ne peut rendre compte avec exactitude. la gorge que tu avais accoutumée au
contact de la soie, tu l’as en n de compte enserrée de lourdes chaînes, et le
corps que tu avais enveloppé de brocart et de velours, tu l’as soumis, à la n, à
l’opprobre d’un cachot. Ton décret m’a entravé de liens innombrables, jetant
autour de mon cou des chaînes que nul ne peut briser. des années ont passé
pendant lesquelles les afflictions, telles des ondées de miséricorde, se sont
déversées sur moi… que de nuits pendant lesquelles le poids des chaînes et
des fers ne me permirent aucun repos, et que de jours où la paix et la
tranquillité me furent refusées, en raison des afflictions que me causaient les
mains et les paroles des hommes ! le pain et l’eau que, dans ta tout
englobante miséricorde, tu as accordés aux bêtes des champs, furent tous
deux refusés pendant quelque temps à ce serviteur, et ce que les hommes se
refusaient à infliger à ceux qui se sont séparés de ta cause, ils permirent
qu’on me l’infligeât à moi, jusqu’à ce qu’en dé nitive ton décret soit
irrévocablement xé, et que ton ordre parvienne à ce serviteur de quitter la
Perse, accompagné d’hommes faibles et d’enfants en bas âge, à l’époque où
le froid est si intense qu’on ne peut même pas parler, et que neige et glace
sont en telle abondance qu’il est impossible d’avancer.3

Bahá’u’lláh approchant de la frontière, une époque se terminait. le peuple de
Perse était-il conscient de la perte qu’il subissait ? ignorant, bigot, aveuglé
par les préjugés, dirigé par des hommes égoïstes, trompé par des mensonges,
il ne pouvait ni voir ni savoir. ainsi le quitta le rédempteur du monde. Celui
qui avait été aimé et respecté par les riches et les pauvres, les grands et les
humbles, les princes et les paysans, était maintenant abandonné par ceux à
qui il avait toujours offert bonté, amour, justice et charité. la Perse perdit la
présence de Bahá’u’lláh, certes, mais son esprit pouvait-il être absent, de là
ou de n’importe où ailleurs ?

en dépit des dif cultés de ce long voyage, Bahá’u’lláh reçut, tout au long du
chemin, de nombreuses marques de considération. il interdit d’imposer aux
paysans des taxes pour payer sa nourriture et il refusa les présents offerts par
les hobe-reaux et les propriétaires des villages qu’il traversait. il t un arrêt de
quelques

liBéraTion eT exil 127

jours à Kirmánsháh où un certain nombre de bábís résidents purent le
rencontrer, notamment mírzá ‘abdu’lláh, marchand de chaussures originaire
de qazvín et áqá Ghulám-h∆usayn, un marchand de shúshtar. nabíl dira qu’il
avait, plus tard, rencontré ce dernier resté toujours très dèle à Bahá’u’lláh.
aussi, des pèlerins en route vers les villes saintes d’irak, réunis à
Kirmánsháh, aidèrent à faciliter et à accélérer le départ des exilés.

à Karand, centre des ‘alíyu’lláhís*, le gouverneur hayát-qulí Khán, lui-même
membre de cette communauté, accueillit Bahá’u’lláh avec une grande
révérence.

« Celui-ci reçut en retour, écrit le Gardien, tant de bonté de la part de
Bahá’u’lláh que tous les habitants du village furent touchés et continuèrent,
longtemps après à offrir l’hospitalité à ses disciples allant à Bagdad, si bien
qu’ils passèrent pour être bábís. »4

en arrivant à la frontière, Bahá’u’lláh demanda à mírzá músá de partir en
avant jusqu’à Khániqayn. il y loua un verger embaumé de fleurs car le
printemps et naw-rúz approchaient. les ruisseaux étaient gorgés d’eau, les
oiseaux chantaient. d’un côté il y avait une orangeraie et une palmeraie de
l’autre. C’est là que Bahá’u’lláh s’arrêta pour se reposer. il af rma à son
entourage que tout ce que ses ennemis avaient fait n’avait servi à rien.

* Ceux qui divinisent l'imám 'alí. ils sont connus pour leur tolérance, leur
esprit de charité et leur compassion.

bagdad, la première année

Bahá’u’lláh arriva à Bagdad le 8 avril 1853*. son voyage avait duré trois
mois, au cœur de l’hiver, à travers les hauteurs neigeuses et austères du
plateau iranien occidental. après les épreuves endurées dans la basse-fosse
de Téhéran, un voyage de cette longueur, à travers un tel pays et dans de
telles conditions clima-tiques, aurait brisé l’endurance de n’importe qui,
alors que ce calvaire l’avait, lui, rendu fort et déterminé.

après quelques jours à Bagdad, Bahá’u’lláh rejoignit le village de
Káz∂imayn, distant de cinq kilomètres, où l’on trouve les mausolées du
septième et du neuvième imáms. mírzá ibráhim Khán de Tabríz, consul
général de Perse de 1848 à sa mort en décembre 1858, vint lui présenter ses
respects et suggéra qu’à cause du fanatisme de la population et des pèlerins,
il serait préférable que Bahá’u’lláh retournât à Bagdad pour s’installer dans
un des anciens quartiers proche de Káz∂imayn. Bahá’u’lláh accepta et l’on
chercha une maison appropriée. un mois plus tard lui et sa famille revinrent à
Bagdad et s’installèrent dans la maison louée à h∆ájí ‘alí madad.

Bagdad, ville de province de l’empire ottoman, comptait alors 60 000
habitants.

Peu de témoignages subsistaient de sa célèbre histoire depuis qu’elle avait
été construite, entre 762 et 766 de l’ère chrétienne, par le calife abbáside al-
mans∂úr qui en avait fait la capitale d’un empire allant de l’égypte aux
confins de la Chine.

il avait appelé sa ville madínatu’s-salám, la ville de la paix. ses successeurs
au califat l’avaient agrandie et embellie. au dixième siècle, elle faisait
environ huit kilomètres et demi de longueur et sept kilomètres et demi de
largeur, comptait les plus beaux palais, les mosquées les plus grandioses et
les bazars les plus vastes de l’époque. sa population est alors estimée à un
million et demi d’habitants. C’est aussi le début de son déclin jusqu’à ce que
les mongols la ravagent par deux fois, en 1258 et 1401, mettant ainsi un
terme à son ancienne gloire. en 1534, le sultan ottoman, soliman le
magnifique conquis Bagdad qui fut tour à tour sous la coupe

* 28 Jamádíyu’th Thání, 1269 de l’hégire

dans la Gloire du Père

Une vue de bagdad et du fleuve, le tigre
des ottomans et des safavides jusqu’en 1638, date à partir de laquelle elle
conserva son rôle de centre provincial ottoman jusqu’à la Première Guerre
mondiale.

lorsque Bahá’u’lláh s’installa à Bagdad où il demeurera dix ans, les derniers
membres inconsolables et désorientés de la communauté décimée du Báb,
apprirent à se tourner vers lui pour des conseils, des directives et pour se
protéger car mírzá yah∂yá, connu comme le « successeur » du Báb, était
invisible. ayant réussi, comme nous l’avons vu, à s’échapper de Tákur en
compagnie de son oncle mírzá zaynu’l-’ábidín, il vivait alors sous le nom de
h∆ájí ‘alíy-i-lás furúsh dans la rue de Bagdad où se regroupent les
marchands de charbon de bois (dhughál-furúshán). Bahá’u’lláh désirait qu’il
retourne en Perse pour y servir la religion du Báb, ainsi que le montrent
clairement ses mots :

environ deux mois après notre arrivée en irak suite à l’ordre de sa majesté le
chah de Perse - que dieu l’assiste -, mírzá yah∂yá nous rejoignit. nous lui
dîmes :

« Conformément à l’ordre royal, nous avons été envoyé en ce lieu. mais il
est souhaitable que tu demeures en Perse. nous enverrons notre frère, mírzá
músá, dans une autre région. vos noms ne sont pas mentionnés dans le décret
royal, vous pouvez donc vous lever et servir. » Par la suite, cet opprimé
quitta Bagdad et se retira du monde pendant deux ans. à notre retour, nous
constatâmes que mírzá yah∂yá n’était pas parti et diffé-rait son départ. Cet
opprimé en fut grandement attristé.1

l’un des premiers à comprendre que Bahá’u’lláh était le conseiller, le guide,
le

BaGdad, la Première année 131

mentor dont la communauté du Báb avait désespérément besoin fut h∆ájí
háshim-i-

‘at∂t∂ár, un riche marchand persan qui vivait dans le nouveau Bagdad. ayant
atteint sa présence il lui devint tout dévoué et nit par lui jurer délité. nous le
rencontrerons un peu plus loin dans ces pages. áqá muh∂ammad-h∆asan,
marchand d’ispahan , siyyid muh∂ammad-ridá et siyyid muh∂ammad Taqí,
deux fils de siyyid-i-Buká’, h∆ájí ‘abdu’l-majíd-i-shírází, père du glorieux
martyr mírzá

‘abdu’l-vahháb et son frère mírzá h∆asan appelé ‘Gul-i-Guláb (rose rouge,
littéra-lement : « la fleur de l’eau de rose »), tous étant des Persans qui
vivaient à Káz∂imayn, se rallièrent autour de Bahá’u’lláh. les rejoignirent
aussi les bábís arabes de Bagdad et notamment shaykh sultán et áqá
muh∂ammad-mus∂tafá. un autre vétéran de la religion du Báb qui devait
bientôt lui aussi comprendre que les espoirs des bábís devaient se recentrer
sur la personne de Bahá’u’lláh fut h∆ájí siyyid Javád-i-Karbilá’í.

shaykh-‘alí mírzá de Chiraz, un notable apparenté à l’imám-jum’ih* de cette
ville, ainsi que siyyid ‘abdu’r-rah∂ím d’ispahan (honoré plus tard du titre de
ismu’lláhi’r-rah∂ím : le nom de dieu le miséricordieux) et mírzá
muh∂ammad ‘alí le médecin de zanján qui allait connaître la mort du martyr,
étaient parmi les bábís les plus notables vivant en Perse qui, dès cette
époque, furent convaincus que leur seul recours, la seule ancre qui pourrait
stabiliser et maîtriser le vaisseau de leur foi agité par la tempête, était
Bahá’u’lláh.

Pourtant les vents de la dissension soufflaient déjà et les divisions
apparaissaient. alors qu’il était enchaîné dans le síyáh-Chál de Téhéran et
que mírzá yah∂yá cherchait constamment à se préserver, Bahá’u’lláh avait
fait le vœu de tout faire pour régénérer la communauté écrasée du Báb. et
maintenant, dans l’obscurité qu’il avait choisie, mírzá yah∂yá s’opposait en
secret à Bahá’u’lláh avec l’aide de siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání qui s’était
installé à Kerbéla.

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

« il n’est pas surprenant que soient sortis de la plume de Bahá’u’lláh - qui ne
pouvait déjà divulguer le secret qui s’agitait dans son cœur - ces
avertissements, ces

* deux imám-jum’ihs de shíráz, shaykh abú-Turáb et son fils h∆ájí shaykh
yah∂yá qui vécut jusqu’à plus de quatre-vingt dix ans, firent toujours tous
leurs efforts, depuis le temps du Báb, pour apporter aide et protection aux
disciples de la religion bábí-bahá’íe. ils réussirent au-delà de tous les espoirs.

dans la Gloire du Père

conseils et cette assurance, en un moment où les ombres commençaient à
s’épaissir autour de lui : les jours d’épreuve sont maintenant venus. des
océans de dissensions et de tribulations sont en train de se soulever, et dans
tous les coins et recoins, on élève les bannières du doute pour attiser le mal
et pour conduire les hommes à la perdition… ne laissez pas la voix de
quelques soldats du reniement jeter le doute en vous, et ne vous permettez
pas de négliger Celui qui est la vérité, d’autant plus que dans toutes les
révélations, de semblables contestations ont eu lieu. dieu établira sa foi en
dépit de tout et manifestera sa lumière, quoique les provocateurs de sédition
la détestent… veillez chaque jour pour la cause de dieu. Tous les êtres sont
prisonniers de son étreinte, et il n’est aucun lieu où quiconque puisse
s’enfuir. ne pensez pas que la cause de dieu puisse être prise à la légère,
permettant à quiconque de satisfaire ses caprices. à l’heure actuelle, un
certain nombre de gens de divers milieux ont émis cette prétention. le temps
approche où chacun d’eux aura péri et sera perdu, que dis-je, sera réduit à
néant, devenant une chose oubliée comme la poussière même. » 2

Pourtant, Bahá’u’lláh gratifia une personne d’un aperçu de ce « secret qui
s’agitait dans son cœur » C’était un jeune bábí de Káshán nommé mírzá áqá
Ján. il avait eu un rêve dans lequel apparaissait le Báb, puis il tomba sur des
écrits de Bahá’u’lláh. apprenant que celui-ci était à Bagdad, il partit pour
l’irak et rencontra Bahá’u’lláh à Kerbéla. quelle que soit la gravité des actes
qu’il perpétrera, -

puisqu’il finit par choisir de briser l’alliance de Bahá’u’lláh et de se perdre
dans le désert - il reste qu’il fut le premier à reconnaître en Bahá’u’lláh le
Promis du bayán, le Promis de tous les âges. Plus tard, Bahá’u’lláh
l’honorera du titre de Khádimu’lláh : serviteur de dieu.

le Gardien écrit :
Ce même mírzá áqá Ján, racontant ses expériences á nabíl, lors de cette
première et inoubliable nuit passée á Kerbéla, en présence de son Bien-aimé
récemment découvert - alors qu’il était l’hôte de háji mírzá hasan-i-hakim-
Báshí -, a fait la déclaration suivante : « Comme c’était l’été, Bahá’u’lláh
avait l’habitude de passer ses soirées et de dormir sur le toit de la maison
(áqá mírzá muh∂ammad-‘alí et moi nous arrosions le toit, le balayions et
étendions les tapis jusqu’à ce qu’il vienne, nous parle, dîne et se retire pour
se reposer). Cette nuit-là, lorsqu’il fut endormi, je m’étendis à quelques pas
de lui, selon ses directives, pour prendre un bref repos. J’étais á peine levé,
et… commençais à faire mes prières sur un coin du toit touchant un mur,
quand j’aperçus sa per-

BaGdad, la Première année 133

sonne bénie qui se levait et venait vers moi. quand il fut proche, il me dit : «
Toi aussi, tu es réveillé. » il se mit alors à psalmodier tout en allant et venant.
Comment pourrai-je jamais décrire cette voix, ainsi que la modulation des
versets ? Comment décrire sa démarche tandis qu’à grands pas, il se
déplaçait devant moi ? il me semblait qu’à chacun de ses pas et à chacune de
ses paroles, des milliers d’océans de lumière surgissaient en face de moi, des
milliers de mondes, d’une incomparable splendeur, se dévoilaient à mes
yeux, et des milliers de soleils dardaient leurs rayons sur moi. sous la clarté
de la lune qui l’inondait, il continua ainsi à marcher et à chanter. Chaque fois
qu’il s’approchait de moi, il s’arrêtait, et d’un ton si admirable que nul
langage ne le peut décrire, il disait : « écoute-moi, mon fils. Par dieu, le
véritable ! Cette cause sera certainement rendue manifeste. ne tiens aucun
compte des vains propos du peuple du bayán qui cor-rompt le sens de
chaque parole. » il continua ainsi de marcher et de psalmodier, et de
s’adresser à moi jusqu’à l’apparition des premières lueurs de l’aube. Puis, je
rapportai sa literie dans sa chambre, et lui ayant préparé son thé, je fus
renvoyé de sa présence. » 3

nabíl écrit que mírzá áqá Ján lui rapporta plus tard que Bahá’u’lláh lui avait
dit :

« si tu me rencontres au marché ne montre pas que tu me connais, sauf si je
t’appelle. » le même jour, en sortant du bazar je rencontrais sa Personne
bénie. il m’appela à voix haute et je courus vers lui. sur la place du marché il
me parla pendant plus d’une heure. Puis il partit pour najaf. il me conseilla :
« reste à Kerbéla. en revenant

[de najaf], si je passe par ici, tu m’accompagneras jusqu’à Bagdad ; et si j’y
vais en passant par h∆illih, je t’enverrai chercher. » Je restais à Kerbéla
pendant trois mois. Je ramassais des fagots que je vendais aux gardiens des
bains publics. un jour, shaykh abú-Turáb-i-ishtahárdí me dit, « si je pouvais
obtenir une copie du bayán persan, je pourrais t’en lire un passage » Je
répondis « on peut le trouver. » « où ? » demanda shaykh abú-Turáb. Je
répliquais qu’à Káz∂imayn, h∆ájí ‘abdu’l-majíd-i-shírází en avait une copie
et je partis immédiatement pour cette ville afin de l’obtenir. en approchant de
Bagdad je rencontrais abu’l-qásim-i-Káshání et lui demandais où se trouvait
h∆ájí

‘abdu’l-majíd. il crut d’abord que je voulais rencontrer azal mais lorsqu’il
comprit que mon cœur était captivé par quelqu’un d’autre, il m’en demanda
la raison et lorsque je lui parlais de l’allure et des paroles de la Beauté abhá,
il me tendit une épître lumineuse qui avait été révélée pour moi et dans
laquelle le peuple de Bahá et les qualités de la Beauté abhá étaient
mentionnés. lorsque la nouvelle de mon arrivée fut apprise à sa Personne
bénie, il me fit appeler et me dit qu’il avait eu l’intention de m’envoyer

dans la Gloire du Père

Mírzá áqá Ján de káshán, khádimu’lláh

chercher. » 4

C’est ainsi que mírzá áqá Ján commença ses quarante années de service com
-

me assistant, secrétaire et compagnon de Bahá’u’lláh.

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

la confiance inspirée à mírzá áqá Ján par ce contact soudain et inattendu avec
l’esprit et le génie directeur d’une révélation naissante remua profondément
son âme, cette âme déjà embrasée par l’amour brûlant né en lui quand il
constata l’ascendant déjà pris par son maître, découvert depuis peu, sur ses
condisciples, en irak et en Perse. l’intense adoration qui imprégnait tout son
être, et qui ne pouvait être réfrénée ni dissimulée, fut immédiatement perçue
par mírzá yah∂yá et par son complice siyyid muh∂ammad.5

BaGdad, la Première année 135

C’est à cette époque qu’arriva à Bagdad h∆ájí mírzá Kamálu’d-dín-i-naráqí,
petit-fils de h∆ájí mullá ah∂mad-i-naráqí, théologien célèbre, et lui-même
homme de savoir. Par l’intermédiaire d’áqáy-i-Kalím il demanda à mírzá
yah∂yá d’écrire pour lui un commentaire sur le verset coranique : « Toutes
les nourritures furent permises aux enfants d’israël ». découvrant que les
bábís de naráq avaient découvert sa cachette, mírzá yah∂yá fut saisi de
frayeur. néanmoins, il rédigea un commentaire médiocre, insulte à l’intellect
d’un homme comme h∆ájí mírzá Kamálu’d-dín qui découvrit ainsi
l’incompétence de mírzá yah∂yá. il se tourna alors vers Bahá’u’láh pour être
guidé et éclairé, et c’est en réponse à sa requête que Bahá’u’lláh révéla le
texte qui a pour titre tablette de kullu’t-∏a’ám (toutes nourritures), dans
laquelle, comme l’écrit le Gardien :

israël et ses enfants furent identifiés respectivement au Báb et à ses
disciples.en raison des allusions qu’elle contenait, de la beauté du style et de
la puissance du raisonnement, celle-ci enchanta tellement l’âme de son
bénéficiaire que, si Bahá’u’lláh ne l’avait retenu, il aurait proclamé sur-le-
champ sa découverte du secret caché de dieu, en la personne de celui qui
avait révélé cette tablette.6

la Tablette de kullu’t-∏a’ám devint si célèbre que le cœur jaloux de mírzá
yah∂yá qui ne pouvait accepter sa propre incapacité, brûla de plus belle.
siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání, l’antéchrist de la révélation bahá’íe,
poussait toujours mírzá yah∂yá à s’opposer à Bahá’u’lláh pour le diminuer.
non seulement les bábís qui commençaient à relever la tête, mais des amis de
tous les cercles de la société venaient rencontrer Bahá’u’lláh. le vali de
Bagdad avait constaté que cet exilé, était d’une autre trempe que les
nombreux princes et principicules persans bannis vers l’irák ou qui s’y
étaient enfuis. Bahá’u’lláh avait une bonne renommée. C’est lui qui avait
souffert des mois d’incarcération inhumaine dans la basse-fosse de Téhéran
pendant que mírzá yah∂yá se condamnait, par sa propre couardise, à se sentir
toujours en danger, à toujours fuir et, n’osant pas utiliser son nom, à
poursuivre une existence obscure dans un quartier misérable de Bagdad.

mírzá zaynu’l-’ábidín, l’oncle avec lequel mírzá yah∂yá avait fuit de Tákur,
était alors l’invité de Bahá’u’lláh qui venait de le nommer ah∂mad ; les bábís
l’ap-

* bábá = père.

dans la Gloire du Père

pelaient Jináb-i-Bábá*.

mírzá áqá Ján conta la suite de la révélation de la Tablette de kullu’t-t∆a’ám
à nabíl qui l’écrivit : « Jináb-i-Bábá s’approcha et me dit qu’il [Bahá’u’lláh]
était allé à Káz∂imayn. sans réfléchir je m’y précipitai et, ne sachant où aller,
je me tins à un carrefour. Je vis alors un siyyid venir vers moi. il me
demanda : « es-tu le jeune Káshání ? » Puis il ajouta : « viens. il
[Bahá’u’lláh] a demandé après toi. »

J’appris plus tard que ce siyyid était siyyid muh∂ammad-Taqí, fils de siyyid-
i-Buká’qui vivait à Káz∂imayn. Ce jour-là, alors que j’entrais en la sainte
présence, il parlait à áqá muh∂ammad-h∆asan, le marchand d’ispahan : «
avant ton arrivée, h∂ájí mírzá Kamálu’d-dín-i-naráqí était là. il avait posé
une question concernant le verset kullu’t-t∆a’ám à cet endroit-là [voulant
dire azal], mais n’ayant rien compris à sa réponse, il me demanda la même
chose. J’écrivis pour lui une réponse que je lui ai lue mais sans la lui donner.
Je veux te la lire à toi maintenant. » il commença à psalmodier en lisant.
Comment pourrais-je décrire l’effet produit sur quelqu’un qui entend chaque
mot prononcé par cette voix sacrée ? entre-temps il lut quelques versets du
même ton qu’il avait usé cette première nuit à Kerbéla, sur le toit de la
dáru’sh-shafá [la maison des traitements]. à la fin il demanda : « qu’en dis-tu
? » Je répondis : « s’il y avait une justice, tous les érudits [oulémas]

devraient s’incliner » sa personne bénie répondit : « Comme tu dis : s’il y
avait une justice. » 7

à plusieurs reprises cet oncle de Bahá’u’lláh, Jináb-i-Bábá*, jura que s’il
n’avait pas rencontré son neveu, il aurait complètement perdu la foi.

mírzá áqá Ján raconta aussi à nabíl qu’un jour, à Káz∂imayn, dans la maison
de h∆ájí ‘abdu’l-majíd-i-shírází, alors qu’il était en compagnie de áqá
muh∂ammad-h∆asan-i-is∂fahání en présence de Bahá’u’lláh, ce dernier
demanda à son hôte s’il aimerait entendre la langue badí (unique) qui, dit-il,
est le langage utilisé par les habitants de l’un des mondes de dieu. il
commença alors à psalmodier dans cette langue. mírzá áqá Ján raconte
qu’entendre cette langue produisait un effet merveilleux et il se souvenait
qu’un jour Bahá’u’lláh dit à h∆ájí ‘abdu’l-majíd : « h∆ájí, tu as entendu la
langue badí et tu as témoigné de la suprématie de dieu sur ses mondes. sois
reconnaissant pour cette grâce et apprécie sa valeur. »

mírzá yah∂yá n’a jamais levé un doigt pour protéger la religion dont il était
le chef,

BaGdad, la Première année 137

au moins nominal. incité et encouragé par siyyid muh∂ammad et quelques
autres de même nature, il entreprit secrètement de discréditer Bahá’u’lláh. il
fit circuler de folles rumeurs, accusant Bahá’u’lláh d’actions, d’opinions et
d’intentions tout à fait erronées. Ces allusions et sous-entendus finirent par
être dangereuses pour l’intégrité de la religion du Báb, la menaçant de
controverses amères et même de divisions fatales et finalement Bahá’u’lláh
décida de quitter Bagdad et la société des hommes connus de lui et qui le
connaissaient. Toutes les manifestations de dieu ont connu, au cours de leur
vie, cette période de retraite. moïse partit dans le désert du sinaï, Bouddha
rechercha les terres solitaires de l’inde. le Christ marcha dans le désert de
Judée et muh∂ammad foula les collines parcheminées de l’arabie.

mírzá áqá Ján lui-même a rendu ce témoignage :

« la Beauté bénie manifestait une telle tristesse que les membres de mon
corps en tremblaient. » il raconta encore, comme le rapporte nabíl dans son
récit, que peu avant le départ de Bahá’u’lláh, il avait eu une fois l’occasion
de le voir sortir brusquement de chez lui, entre l’aube et le lever du soleil,
son bonnet de nuit encore sur la tête, et montrant de tels signes d’inquiétude
qu’il lui fut impossible de regarder son visage, et tout en marchant, il
observait avec colère : « Ces créatures sont les mêmes qui, pendant trois
mille ans, ont adoré les idoles et se sont prosternées devant le veau d’or.
aujourd’hui encore, elles ne sont pas capables de faire mieux. quel rapport
peut-il y avoir entre ce peuple et Celui qui est l’apparition de la gloire ?
quels liens peuvent les rattacher à Celui qui est la personnifica-tion suprême
de tout ce qui est digne d’amour ? » « Je restai debout », a raconté mírzá áqá
Ján, « cloué au sol, sans vie, desséché comme un arbre mort, prêt à
succomber sous le choc de la puissance accablante de ses paroles. finalement
il dit : « ordonne-leur de réciter :

« qui, hormis dieu, dissipe les difficultés ? dis : loué soit dieu ! lui seul est
dieu ! Tous sont ses serviteurs et tous sont soumis à ses commandements ! »
dis-leur de répéter cela cinq cents fois, que dis-je, mille fois, le jour et la
nuit, qu’ils soient éveillés ou qu’ils dor-ment, afin que, si possible, le visage
de gloire puisse se révéler à eux, et que des torrents de lumière descendent
en eux. » lui-même, j’en fus informé par la suite, récita ce même verset, le
visage empreint de la plus grande tristesse… à plusieurs reprises, au cours de
ces journées, on l’entendit faire cette remarque : « nous sommes resté un
certain temps avec ce peuple, et nous n’avons pas réussi à discerner la
moindre réaction de sa part. » il fit souvent allusion à sa disparition de notre
milieu, mais aucun de nous n’en comprit le sens. »8

Sulaymáníyyih

un matin, la maisonnée s’éveilla. Bahá’u’lláh était parti. nul ne savait où le
chercher. nous étions le 10 avril 1854.

C’est vers sulaymáníyyih, au cœur des hautes terres de l’irak kurde que
Bahá’u’lláh rechercha la solitude. huit ans plus tard il décrivit cet épisode
dans le livre de la certitude (Kitáb-i-íqán), révélé pour h∆ájí mírzá siyyid
muh∂ammad, un oncle maternel du Báb :

espérons que le peuple du Bayán fera preuve d’intelligence et s’envolera
pour résider dans l’atmosphère de l’esprit, qu’il saura distinguer la vérité de
l’erreur, et démas-quer les imposteurs. en ces jours le vent de jalousie et
d’envie est en train de souffler, et je jure, par l’éducateur de tout ce qui
existe, que depuis le commencement du monde qui n’a jamais commencé,
jusqu’à nos jours, il n’y a jamais eu jalousie pareille à celle qu’on voit en ce
moment. des hommes qui n’ont jamais respiré le parfum de la justice ont
brandi contre nous le drapeau de la révolte ; de tous côtés les épées sont
tirées, les flèches sont lancées. Je ne me suis jamais mis en avant ni au-
dessus de qui que ce soit, je me suis au contraire toujours considéré comme
le compagnon et le très humble et fidèle ami de chacun. avec un pauvre j’ai
toujours été comme un pauvre, avec les savants et les nobles je me suis
toujours tenu sur la réserve. et malgré tout, je jure par dieu qui est un, que
tout ce que j’ai eu à subir des ennemis et des docteurs n’est rien à côté de ce
que j’ai eu à supporter de la part de ceux qui se disent mes amis : si je le
racontais, pas un de ceux qui ont l’esprit équitable ne pourrait le supporter !

et c’est parce que je savais ce qui allait se passer qu’en arrivant ici il y a
quelques années, je résolus de me confiner dans la solitude ; je demeurai
ainsi deux ans tout seul, dans les déserts abandonnés. les larmes d’anxiété
coulaient de mes yeux, et dans mon cœur saignant s’agitait l’océan d’une
douleur mortelle : combien de nuits ai-je passées à jeun, et combien de
journées sans repos ! malgré toutes ces calamités et ces afflictions
continuelles, je jure par celui qui tient mon âme entre ses mains que je n’ai
jamais été plus heureux. J’ai connu le vrai bonheur et la joie parfaite, car je
n’avais pas le spectacle des joies et des malheurs, de la santé et des maladies
de chacun. réfugié en moi-même, oublieux du monde et de tout ce qu’il
contient, je ne savais pas que les mailles

dans la Gloire du Père

de la destinée divine sont plus serrées que ne le pensent les mortels, et que
les flèches de la prédestination ne peuvent être évitées. l’homme ne peut
s’affranchir de la volonté de dieu, et il n’a que la ressource de se soumettre.
en ce temps, je t’assure que je n’avais nul désir de revenir, et que je ne
songeais pas à terminer mes pérégrinations ; je ne désirais qu’une seule
chose, ne pas être l’objet des discussions des croyants, la cause de la révolte
des disciples et la raison des souffrances ou des tristesses de qui que ce fût.
C’était là mon unique pensée, malgré tout ce qu’on avait pu dire ou croire.
mais de la source mystique me vint l’ordre de revenir, et, soumis, je revins
ici.1

Pour seul compagnon, Bahá’u’lláh avait choisi áqá abdu’l-qásim-i-
hamadání. nous verrons que c’est à cause d’un incident qui provoqua la mort
de áqá abdu’l-qásim dans l’ouest de la Perse, que la famille de Bahá’u’lláh
apprit où le rechercher. à sulaymáníyyih, Bahá’u’lláh avait complètement
dissimulé son identité. vêtu d’un costume de derviche, il avait pris le nom de
darvísh muh∂ammad-i-írání et vivait une existence d’ermite dans les grottes
au-dessus de la ville (le kashkúl qu’il utilisa pendant cette période est
aujourd’hui préservé dans le bâtiment des archives bahá’íes internationales
sur le mont Carmel). des années plus tard, Bahá’u’lláh décrivit sa situation :
« nous cherchâmes refuge au sommet d’une montagne isolée, à quelques
trois jours de la plus proche habitation.

manquants de tous les conforts de la vie, nous restâmes complètement isolé
de nos compagnons. »2

de temps à autre Bahá’u’lláh avait besoin de quitter les grottes et descendait
à sulaymáníyyih. áqá abu’l-qásim lui rendait aussi visite et lui portait des
provisions. un jour, áqá abu’l-qásim dut quitter Bahá’u’lláh pour retourner
en Perse afin d’y trouver de l’argent et certaines marchandises. au retour, à la
frontière, il tomba dans un traquenard monté soit par des voleurs soit par des
douaniers, et fut mortellement blessé. il fut découvert presque mort et tout ce
qu’il put dire, c’est qu’il s’appelait abu’l-qásím, qu’il était de hamadán et
que tout ce qu’il transportait en argent et en marchandises appartenait à
darvísh muh∂ammad-i-írání qui vivait dans les hautes terres de l’irak kurde.

dans une épître à maryam, la femme de son frère h∆ájí mírzá rid∂á-qulí,
Bahá’u’lláh écrivit, peu après son retour de sulaymáníyyih :

les maux dont j’ai souffert [...] ont effacé de la tablette de la création les torts
endu-

sulaymáníyyih 141

rés par mon premier nom (le Báb). « [...] après des afflictions sans nombre,
nous attei-gnîmes l’irak, sur l’ordre du tyran de la Perse, et là, après les
entraves de nos ennemis, nous fûmes affligé par la traîtrise de nos amis. dieu
sait ce qui m’est arrivé par la suite ! [...]J’errais dans le désert de la
résignation [...] me déplaçant dans de telles conditions que, pendant mon
exil, tous les yeux pleurèrent sur mon sort et que toutes les créatures
versèrent des larmes de sang à cause de ma douleur. les oiseaux du ciel
étaient mes compagnons et les bêtes des champs mes amies. 3

aujourd’hui, sulaymáníyyih est une petite ville très plaisante située à 320
kilomètres de Bagdad, construite au milieu de trois collines et entourée
d’arbres et de verdure. il devait en être autrement au temps de Bahá’u’lláh.
le Commandant James f. Jones de la marine nationale indienne qui
accompagna sir henry rawlinson lors une visite au Kurdistan en 1844, décrit
la sumaymáníyyih qu’il découvrit :

sulaymáníyyih, capitale des Pachalic, est un ensemble de petites maisons en
ruines qui ont une apparence plus misérable que le plus misérable des
hameaux d’angleterre.

Cet état n’est pas dû à la seule pauvreté des Kurdes mais aux habitudes
nomades de ses occupants qui, au printemps, en été et en automne,
abandonnent la ville et se répandent dans la campagne… après sa deuxième
fondation par ibrahim Pacha [soixante-deux ans avant], elle s’améliora peu à
peu et, au temps de rich, s’enorgueillissait d’avoir un millier de maisons. Je
crois qu’aujourd’hui on ne peut y compter que la moitié de ce nombre de
maisons habitables et l’on considère qu’elle est insalubre, mal située en
comparaison des terres plus salubres et moins confinée de la plaine voisine.
Construite au pied d’une chaîne de montagnes basses et dénudées, qui
s’élève juste derrière, elle est soit complètement coupée des brises
rafraîchissantes qui balaient la plaine, soit brûlée par des vents chauds qui
soufflent avec régularité de l’est et du nord-est au-dessus des crêtes
surchauffées pendant les mois d’été.4

Beaucoup de ces habitants importants gardent précieusement la mémoire du
séjour de Bahá’u’lláh parmi leurs ancêtres. Bien que très impressionnés, les
gens commencèrent par le prendre pour ce qu’il disait être, un derviche
voyageur venant de Perse, jusqu’à ce qu’un fragment de son écriture tombe
entre les mains d’un disciple de shaykh ismá’íl, un murshid soufi de la
région. Cet homme la montra à son maître qui la trouva extraordinaire. et
quelques-uns de ses disciples se dépêchèrent

dans la Gloire du Père

de trouver Bahá’u’lláh et ils apprirent beaucoup en sa présence. un jour, ils
lui demandèrent de leur expliquer quelques-unes des subtilités de al-
Futúh∂át al-Makkíyyah, œuvre du grand mystique andalou shaykh
muh∂yí’d-dín ibnu’l-

’arabí. Bahá’u’lláh répondit qu’il ne l’avait pas lu et n’en connaissait pas la
teneur mais qu’il satisferait leur souhait. ainsi, chaque jour, on en lisait une
page en sa présence puis il exposait les vues du célèbre mystique en les
expliquant. ils lui demandèrent ensuite de composer une ode dans le style de
tá’íyyih, œuvre d’un autre mystique célèbre, l’égyptien ibnu’l-fárid∂. il
accéda aussi à cette demande. il en résultat un poème d’une éloquence
extrême qui acquit une grande renommée, le Qas∂ídiy-i-izz-i-Varqá’íyyih. il
comprenait à l’origine 2000 couplets mais Bahá’u’lláh en choisit 127 qu’il
fit recopier pour les garder. Jusque-là, personne n’avait osé composer une
ode dans le style même d’ibnu’l-fárid∂.
ainsi la célébrité de darvïsh muh∂ammad-i-írání commença à se répandre au-
delà des limites de la petite ville kurde.

quand Bahá’u’lláh descendait en ville, soit pour utiliser les bains publics,
soit pour faire quelques achats, il restait au takyih, le séminaire théologique
de mawláná Khálid. la mosquée originelle dont mawláná Khálid était le
gardien a, depuis, été détruite mais elle fut reconstruite aux mêmes
dimensions. aux temps du séjour de Bahá’u’lláh, mawláná Khálid était un
vieil homme très révéré par les Kurdes. il demanda à darvísh muh∂ammad
de calligraphier un document qui per-pétuerait le gardiennat de cette
institution dans sa famille. Ce document, avec d’autres écrits de la plume de
Bahá’u’lláh, est toujours conservé par des familles de sulaymáníyyih qui
refusent de s’en séparer à quelque prix que ce soit. il y a trente ans, le
possesseur de ces reliques de grande valeur affirma que même si on lui en
offrait un million de dinars [plus d’un million d’euros], il refuserait de
vendre ce document inestimable car il était certain qu’alors toutes les
bénédictions divines dont bénéficiait sa famille disparaîtraient. les Kurdes
ont une grande déférence pour Káká ah∂mad, un saint des temps passés,
mais tous s’accordent pour affirmer qu’íshán*, le nom donné par vénération
à darvísh muhyammad-i-írání, lui est supérieur. même la montagne où
Bahá’u’lláh habitait, sar-Galú, est considérée comme un lieu sacré†

* íshán veut dire « ils » et Bahá’u’lláh était ainsi appelé avant même son
départ pour sulaymáníyyih.

† l’auteur remercie m. mas’ud Berdjis pour les détails récents sur
sulaymáníyyih et ses habitants.
sulaymáníyyih 143

takyih de Mawláná khálid où bahá’u’lláh séjournait à Sulaymáníyyih
Pendant ces années où Bahá’u’lláh était absent de Bagdad, la fortune des
bábís avait touché le fond. mírzá yah∂yá, incompétent, terrifié, impuissant,
ne pouvait et ne voulait rien faire pour enrayer la chute, le désastre imminent
d’une désintégration totale et irréparable. Trouvant la vie en Perse
impossible, à cause de la tyrannie ambiante et du venin distillé dans la
société par des religieux égoïstes, mais aussi à cause de l’anarchie qui
affligeait la communauté bábíe pourtant très réduite, des âmes sincères et
dévouées décidèrent d’aller, à grands efforts, jusqu’à Bagdad pour y
découvrir que mírzá yah∂yá, le chef désigné par le Báb, était introuvable. il
avait même interdit de prononcer le nom de la rue dans laquelle il vivait. un
bábí des plus éminents, mullá zaynu’l-‘ábidín de najaf-ábád aux environs
d’ispahan (honoré par la sublime Plume du titre de Jináb-i-zaynu’l-
muqarrabín, il était destiné à briller avec éclat dans la constellation des
apôtres de Bahá’u’lláh) fit le voyage à Bagdad pour échapper à l’hostilité
croissante des gens et chercher réconfort auprès de mírzá yah∂yá. incapable
de le rencontrer il refit le voyage dans l’autre sens, désespéré. mais en
arrivant à la frontière, entendant parler de nouveaux assauts fanatiques, il
reprit la route vers Bagdad malgré sa fatigue. il en fut récompensé puisque
peu après son retour, Bahá’u’lláh revint de sulaymáníyyih et mullá zaynu’l-
muqarrabín trouva tout ce que son âme désirait.

dans la Gloire du Père
Sar-galú, où sont situées les grottes où bahá’u’lláh vécut.

le Gardien de la foi bahá’íe a décrit cette période et les actes honteux
perpétrés par mírzá yah∂yá et ses acolytes :

Tandis que les fondements de la grandeur future de Bahá’u’lláh étaient jetés
dans une terre étrangère, au sein d’un peuple étranger, la situation de la
communauté bábíe ne faisait qu’empirer rapidement. [...] mírzá yah∂yá,
enfermé chez lui la plupart du temps, dirigeait secrètement, et par
correspondance avec ceux des bábís qui avaient sa confiance absolue, une
campagne destinée à discréditer entièrement Bahá’u’lláh. dans sa crainte de
quelque adversaire éventuel, il avait envoyé mírzá muhammad-i-
mazandéraní, l’un de ses partisans, en azerbaïdjan, dans le but exprès
d’assassiner dayyán, le « dépositaire de la science de dieu » qu’il
surnommait « Père des iniquités » et flétrissait du nom de tághút [idole], et
que le Báb avait célébré comme la « troisième lettre croyant en Celui que
dieu rendra manifeste ». dans sa folie, il avait en outre incité mírzá áqá Ján à
se rendre à núr, puis à attendre un moment favorable pour attenter avec
succès à la vie du souverain. [...] il ordonna même, nouvel exemple de
l’énormité de ses crimes, que mírzá ‘alí-akbar, cousin du Báb et fervent
admirateur de dayyán, soit mis à mort secrètement, ordre qui fut exécuté
dans toute son horreur.

quant à siyyid muh∂ammad à qui son maître mírzá yah∂yá avait désormais
donné carte blanche, il s’était entouré - comme l’affirme catégoriquement
nabíl qui, à ce moment,

sulaymáníyyih 145

était aussi à Kerbéla - d’une bande de malfaiteurs auxquels il permettait,
qu’il encou-rageait même, à se saisir, la nuit venue, des turbans que portaient
les riches pèlerins rassemblés à Kerbéla, à dérober leurs chaussures, à
dépouiller le sanctuaire de l’imam husayn des sièges et des chandeliers, et à
s’emparer des gobelets des fontaines publiques. 5

si les bábís voulaient échapper à l’extinction totale, ils avaient un besoin
désespéré d’un guide qui ne pouvait être le tremblant et inefficace mírzá
yah∂yá. Comme le dit ‘abdu’l-Bahá, vingt-cinq hommes avaient prétendu au
rang du promis du Bayán. Certains étaient rusés et fourbes, d’autres n’étaient
que des âmes simples et égarées et d’autres encore voyaient qu’ils
dépassaient en stature mírzá yah∂yá.

si certains furent irrémédiablement perdus, d’autres vinrent faire pénitence à
la porte de Bahá’u’lláh.

lorsqu’on apprit à Bagdad la mort d’áqá abu’l-qásim-i-hamadání qui avait
disparu en même temps que Bahá’u’lláh, on comprit que darvísh
muh∂ammad-i-írání qui vivait dans les montagnes au nord du Kurdistan et
dont la célébrité était arrivée jusqu’à Bagdad, ne pouvait être que
Bahá’u’lláh. à la demande de la Plus-Grande-Branche qui n’avait que douze
ans, et d’áqáy-i-Kalím le frère fidèle de Bahá’u’lláh, shaykh sulπán (le beau-
père d’áqáy-i-Kalím) et un bábí arabe qui s’était converti grâce à ∏áhirih,
quittèrent Bagdad pour sulaymáníyyih accompagnés de Javád al-ha∆ππáb
(le bûcheron), lui aussi d’origine arabe, pour trouver Bahá’u’lláh et le
supplier de revenir. mírzá yah∂yá, se trouvant dans une situation désespérée,
rejeté et abandonné par les quelques fidèles restants de la religion du Báb
comme mírzá asadu’lláh-i-dayyán et h∆ájí mírzá músáy-i-qumi, lui écrivit
aussi pour le supplier de revenir.

Bahá’u’lláh dit à shaykh sulπán : « si je ne m’étais pas rendu compte du fait
que la cause bénie du premier Point était à la veille de disparaître
complètement, et que tout le sang sacré répandu sur le chemin de dieu serait
ainsi versé en vain, je n’aurais nullement consenti à retourner parmi le
peuple du Bayán, et je l’aurais abandonné au culte des idoles que son
imagination avait créées ».6

en approchant de Bagdad, sur les rives du fleuve des tribulations*, il dit à
shaykh sulπán que les quelques jours à venir étaient pour lui les derniers
jours de

* C’est ainsi que Bahá’u’lláh parlait de la ville des ‘abbásides et de son
fleuve, le Tigre.

dans la Gloire du Père
paix et de tranquillité sur cette terre. des jours que je ne connaîtrai plus
jamais, 6

dit-il.

ils arrivèrent à Bagdad le 19 mars 1856 *. deux années lunaires s’étaient
écoulées depuis le départ de Bahá’u’lláh qui a décrit la situation qu’il
retrouva : « nous n’avons trouvé qu’une poignée d’âmes, faibles et
déprimées, et même complètement perdues et mortes. la cause de dieu
n’était plus sur aucune lèvre, et nul cœur n’était réceptif à son message. »7

* 12 rajab 1272 de l’hégire. shaykh sulπán a écrit un livre décrivant sa quête,
son voyage et son retour en compagnie de Bahá’u’lláh.

bagdad - amis et ennemis

de retour à Bagdad, Bahá’u’lláh trouva les bábís avilis et démoralisés. Cette
situation eut sur lui un effet que le Gardien de la foi bahá’íe décrit ainsi : « la
tristesse qui l’accabla à son arrivée fut telle, qu’il refusa pendant quelque
temps de quitter sa maison, sauf pour ses visites à Káz∂imayn et, de temps à
autre, pour rencontrer quelques-uns de ses amis qui résidaient dans cette
même ville et à Bagdad. » 1

les mots de Bahá’u’lláh qu’on peut lire dans le kitáb-i-Íqán sont un
témoignage suffisant sur les conditions de la communauté bábíe à cette
époque et sur l’esprit dans lequel il entreprit de revivifier la cause du Báb :
ma plume est impuissante à dire ce que je vis alors ; et voici maintenant plus
de deux ans que mes ennemis emploient tous leurs efforts à essayer de me
faire périr, ainsi que chacun le sait, sans qu’aucun ami ne se soit levé pour
m’aider ou seulement me montrer de la sympathie ! au contraire, comme la
pluie du ciel, les déceptions causées par les paroles et les actions de tous
tombent sur moi les unes après les autres. avec la plus entière soumission,
j’ai placé ma vie dans ma main, afin que, par la miséricorde divine, cette
lettre manifeste et révélée soit sacrifiée dans le chemin du Premier Point et
du verbe sublime ! si tel n’était pas mon vœu, par celui qui manifeste
l’esprit, je ne resterais pas une seconde de plus dans cette ville ! et le
témoignage divin me suffit. il n’y a pas de pouvoir ou de puissance qui
n’émane de dieu ; nous venons de lui et nous retournons à lui !2

Peu après le retour de Bahá’u’lláh de sulaymáníyyih, il se passa un
événement qui lui causa une grande douleur. nous avons déjà vu que dans
son livre Mustayqiz∂, mírzá yah∂yá injurie ouvertement mírzá asadu’lláh-i-
dayyán qui avait prétendu être le Promis et, profitant de l’absence de
Bahá’u’lláh il avait envoyé mírzá muh∂ammad-i-mazandéraní en
azerbaïdjan dans le but d’assassiner ce croyant distingué. or il advint que
dayyán avait, au même moment, quitté l’azerbaïdjan pour

dans la Gloire du Père

Bagdad et mírzá muh∂ammad ne put le trouver. Bahá’u’lláh revenait alors de
sulaymáníyyih et dayyán, atteignant sa présence, renonça à toutes ses
prétentions.

mais mírzá yah∂yá ne changeait pas ses plans facilement ; un jour mírzá
muh∂ammad réussit à convaincre dayyán de l’accompagner de Káz∂imayn à
Bagdad et, en route, l’assassina.

Peu à peu Bahá’u’lláh commença à reconstruire la communauté bábíe, lui
redonnant sa dignité, restaurant son intégrité et son prestige jusqu’à ce
qu’ayant sorti les quelques bábís qui restaient encore des profondeurs de
l’ignominie dans lesquelles ils avaient sombré pendant son absence dans les
montagnes du Kurdistan, ils relèvent la tête et cessent d’être en butte à toutes
sortes de brimades.

un jour, l’un des serviteurs de ‘alí-sháh, le z∆illu’s-sult∂án (voir addenda v)
insulta un bábí qui entrait dans la résidence de ce prince en exil. Bahá’u’lláh
envoya un message à z∆illu’s-sult∂án lui demandant d’ordonner à ses
hommes de tenir leur langue. le prince obéit. Bientôt ses fils shujá’u’d-
dawlih et sayfu’d-dawlih devinrent des habitués du bírúní de la maison de
Bahá’u’lláh. zaynu’l-

’ábidín Khán, le fakhru’d-dawlih, un noble iranien, disait souvent : « Je ne
peux l’expliquer, je ne sais pas pourquoi, mais chaque fois que je me sens
triste et déprimé il me suffit d’aller chez Bahá’u’lláh pour me sentir
réconforté ».

Parmi les notables de la ville, quiconque rencontrait Bahá’u’lláh se sentait
attiré par lui et lui devenait dévoué : shaykh ‘abdu’l-qádir, probablement al-
Gílání, un ouléma célèbre pour sa calligraphie et qui mourut en 1897,
‘abdu’s-salám effendi, mentionné par Bahá’u’lláh dans le kitáb-i-badí, ibn-
álúsí et siyyid dawúdí, étaient tous des érudits ; ‘abdu’lláh Páshá de
sulaymáníyyih et son vizir mah∂múd áqá, et mullá ‘alí-mardán (le contrôleur
des douanes), des fonctionnaires, lui étaient également dévoués.*

les gens dévoués à Bahá’u’lláh venaient de toutes les classes de la société, et
ils étaient si nombreux qu’on aurait fait taire quiconque aurait osé prononcer
un mot désagréable envers lui.

* abdu’s-salám effendi, probablement shaykh ‘abdu’s-salám ash-shawwáf,
naquit en 1819 et fut l’élève de shaykh mah∂múd al-álúsí avant de devenir
l’un des professeurs du collège de théologie al-qádiríya. il mourut en 1900.

ibn-álúsí, est l’un des cinq fils du célèbre shaykh mah∂múd al-álúsí qui
mourut en 1854. il n’est pas clair de quel fils il s’agit ici, mais probablement
de l’un des trois aînés : ‘abdu’lláh, Bahá’ud-dín, ‘abdu’l-Baqí, ou siyyid
na’mán, Khayru’d-dín.

siyyid dawúdí est probablement siyyid dawúdí an-naqshbandí al-Khálídí, un
des oulémas et un shaykh de la branche Khálidíya de la confrérie soufie
naqshbandí. il mourut en 1882.

‘abdu’lláh Páshá était de la famille Bábán, les pachas héréditaires de
sulaymáníyyih.

BaGdad - amis eT ennemis 149

áqá muh∂ammad, Kurde de Perse, était venu à Bagdad pour y ouvrir une
boutique de kebabs. il n’aimait pas les bábís. sous son influence, les gens du
bazar, particulièrement les Persans, devinrent assez audacieux pour vouloir
les maltraiter.
un jour, un confiseur nommé h∆asan insulta à haute voix quelques-uns des
compagnons de Bahá’u’lláh qui passaient par là. l’un des bábís du groupe
revint sur ses pas et frappa violemment h∆asan. le lendemain, áqá
muh∂ammad interpella ce bábí :

« Plutôt que de punir toi-même h∆asan tu aurais dû venir me voir pour te
plaindre, puisque je suis le chef de ce bazar. » sachant très bien que c’était
áqá muh∂ammad lui-même qui était à l’origine de ces problèmes, le bábí le
lui dit en face et le battit aussi. fou de rage, le Kurde sauta sur l’estrade de sa
boutique et hurla que les méchants bábís étaient devenus tellement agressifs
qu’ils avaient osé le battre. il menaça : « Je vais aller demander justice à leur
chef. et s’il refuse de m’écouter, je sais ce qu’il me faudra faire. Je prendrai
les choses en main moi-même. » le jour suivant, alors que Bahá’u’lláh se
rendait au café, áqá muh∂ammad l’arrêta et se plaignit amèrement des
actions du jeune bábí. Bahá’u’lláh lui promit qu’il appellerait tous les
témoins de l’incident pour les interroger. quiconque aurait mal agi serait
puni. áqá muh∂ammad retourna dans sa boutique, très surpris que
Bahá’u’lláh lui ait dit que le coupable serait puni, plutôt que de porter le cas
devant le consul. à cette époque-là, le consul persan était mírzá ibráhím qui
était parti à Kerbéla. lorsque áqá muh∂ammad courut au consulat pour se
plaindre, le vice-consul envoya un de ses agents à la maison de Bahá’u’lláh
pour savoir ce qui s’était passé. on lui répondit clairement que si les
commerçants du bazar ne cessaient pas de lancer des insultes, ils recevraient
ce qu’ils méritaient. sans rien dire, et sans parler à Bahá’u’lláh, l’agent
reparti et le vice-consul fit en sorte que cessa cette histoire. il fit venir áqá
muh∂ammad et h∆asan, les réprimanda et les emprisonna. quelques jours
plus tard, les familles des deux hommes vinrent pleurer auprès de
Bahá’u’lláh car elles n’avaient personne pour s’occuper d’elles.

Bahá’u’lláh envoya une note au vice-consul qui les libéra. à son retour à
Bagdad, le consul apprit ce qui s’était passé durant son absence. apprenant la
conduite insultante des commerçants, il se mit en colère et ordonna de
remettre en prison les fauteurs de désordre. une inondation avait coupé le
pont et ils furent poussés dans un quffih (bateau couvert) pour être conduits
jusqu’au consulat où mírzá ibráhím Khán les rudoya et les emprisonna. après
quelques jours, leurs familles vinrent de

dans la Gloire du Père

nouveau demander à Bahá’u’lláh d’intervenir et, sur sa demande, les deux
furent admonestés puis relâchés.

C’est alors que les quelque 2000 Kurdes d’iran qui vivaient à Bagdad, se
sentant blessés qu’un de leurs chefs ait subi deux fois punition et détention,
décidèrent d’exterminer les bábís qui n’étaient à Bagdad, d’après áqá rid∂á,
qu’une quarantaine, Persans et arabes mélangés. Ces derniers s’assemblèrent
autour de la maison* de Bahá’u’lláh pour la protéger. lorsque Bahá’u’lláh,
comme il en avait l’habitude, sortit peu avant le coucher du soleil pour se
rendre au café, on lui parla de l’intention des Kurdes ; mais il fit comme
d’habitude et alla d’abord au café de s∆álih∂, situé du côté est du pont, puis
au café de ‘abdu’lláh situé de l’autre côté du pont et qui était fréquenté par
des Kurdes et des Persans. il était accompagné de mírzá Javád-i-Khurásání
avec qui il parlait pendant que quelques bábís marchaient derrière eux. il dit
à mírzá Javád : « on m’a menacé de mort, mais je ne crains rien, je suis prêt.
voici ma tête ». il parlait avec tant de véhémence et d’autorité que tous ceux
qui l’entendirent restèrent muets de stupeur. il entra ensuite dans le café où il
resta jusqu’à trois heures après le coucher du soleil ; après quoi il rentra chez
lui et nul n’osa l’approcher. après cet épisode, áqá rid∂á affirme qu’il n’y eut
plus de désordre ni d’attitude insultante sur la place du marché et que tout fut
calme.

Ce fut ensuite un officier supérieur, ‘umar Páshá, qui fut nommé gouverneur
de Bagdad (voir addenda v). orgueilleux, d’une volonté de fer, il gouverna
d’une main de fer. C’est lui qui, indifférent aux protestations et aux
supplications du représentant iranien, contraignit des hordes de Persans
résidant à Kerbéla à venir jusqu’à Bagdad et à revêtir l’uniforme de l’armée
ottomane. Beaucoup de ces infortunés durent payer leur liberté d’une grosse
somme d’argent.

C’est pendant le gouvernorat de ‘umar Páshá qu’un membre de la famille de
siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání, nommé mírzá rid∂á, et mírzá ‘alíy-i-nayrízí
conspirèrent dans le but de nuire à Bahá’u’lláh. sans en référer à ce dernier,
un ou plusieurs bábís les attaquèrent dans le bazar et mírzá rid∂á mourut sur
le coup alors que mírzá alí, gravement blessé, parvint à se réfugier dans le
Seraye, le palais du gouverneur. en découvrant son état, ‘umar Páshá
demanda, furieux, qui était responsable de cette attaque. apprenant que
l’auteur de cet assaut sauvage était l’un des membres de la suite de
Bahá’u’lláh, il ordonna fougueusement de traîner des

* il s’agit de la maison de sulaymán-i-Ghannám, dans le quartier Karkh de
Bagdad situé près de la rive occidentale du Tigre.

BaGdad - amis eT ennemis 151

carte de bagdad dessinée en 1853-54 par le cdt James F. Jones et par M. W.

collingwood de la marine indienne. bahá’u’lláh résidait dans le quartier de
karkh, à gauche du fleuve sur la carte. (tirée de thomas, memoirs by Cdt
James felix Jones, i.n. )

dans la Gloire du Père
canons jusqu’à la résidence de Bahá’u’lláh, mais on lui expliqua que c’était
impossible. il ordonna alors qu’on lui amène Bahá’u’lláh en personne. siyyid
dáwúdí qui était présent, intervint : « votre honneur, vous devez savoir qu’il
ne ne peut être question d’ordonner à l’un de ses serviteurs de se présenter,
encore moins de lui commander de venir ici en personne ! » en entendant ces
mots exprimés sans ambages comme un fait évident par un membre éminent
de la hiérarchie sunnnite, ‘umar Páshá se tut puis envoya mírzá ‘alí à la
maison de Bahá’u’lláh pour lui demander justice.

Comme nous l’avons signalé, Bahá’u’lláh n’avait que quelques douzaines de
bábís avec lui mais son autorité spirituelle et son influence étaient si vastes
que tous ceux qui se sentaient blessés ou opprimés se pressaient à sa porte,
demandant son aide et son intercession. áqá rid∂á parle d’un certain yúsuf
Khán qui, Bahá’u’lláh ayant réparé une injustice dont il était victime,
proclamait haut et fort qu’il était bábí depuis 1250… dix ans avant la
déclaration du Báb !

mullá muh∂ammad-i-zarandí, plus tard nommé nabíl-i-a’z∂am, qui allait
devenir le grand chroniqueur et historien de la religion bábíe-bahá’íe, et qui
avait avancé quelques prétentions à être celui qu’on attendait, arriva à
Bagdad alors que Bahá’u’lláh était encore à sulaymáníyyih. il reconnaît lui-
même qu’il croyait encore que mírzá yah∂yá était un homme d’importance
et il chercha à le rencontrer.

mírzá músá, áqáy-i-Kalím, que nabíl rencontra sur le pont, l’emmena chez
lui (la maison de ‘alí madad) pour y rencontrer la Plus-Grande-Branche qui
n’avait alors que dix ans. mírzá músá lui apprit que mírzá yah∂yá ne
rencontrait personne, ce qui fut confirmé par un message de yah∂yá à nabíl
lui demandant de quitter Bagdad et de se réfugier à Kerbéla où séjournait
siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání.

à Kerbéla, nabíl, observant le comportement désordonné de siyyid
muh∂ammad et ses plaisanteries enfantines, décida de les mettre par écrit. il
était malheureux. il avait osé prétendre être le chef car il n’avait pas trouvé
en mírzá yah∂yá le « berger » d’un troupeau abattu et estropié. il est très
émouvant lorsqu’il décrit son odyssée spirituelle : comment Bahá’u’lláh
revint de sulaymáníyyih, comment il parvint en sa présence, comment il
trouva en lui tout ce qu’il désirait, comment il fit pénitence à sa porte,
comment en voyant áqá muh∂ammad-i-ibráhím-i-amír-i-nayrízí (voir
addenda v) balayer la rue, il lui prit le balai des

BaGdad - amis eT ennemis 153

mains pour faire de même tel un humble pénitent, comment il pratiqua
cérémo-nieusement des ablutions dans le Tigre qui symbolisèrent sa pureté
retrouvée, comment il se débarrassa des vêtements d’un aspirant à la
prêtrise. après cette renaissance nabíl composa un poème limpide que
Bahá’u’lláh accepta avec grâce et amour en assurant nabíl que ce poème
mettait le sceau final à un passé complètement racheté. mullá muh∂ammad-i-
zarandí était enfin en paix avec lui-même et avec le monde. en apprenant que
mullá muh∂ammad qu’il honorerait un jour du titre de nabíl-i-a’z∂am avait
balayé la rue devant sa porte, Bahá’u’lláh reprocha gentiment à son serviteur
de l’avoir laissé faire et ajouta : « Ce geste me rend honteux ». et lorsqu’on
répéta ce mot à nabíl il se souvint des vers célèbres du poète sa’dí qui
méditait sur un verset du Coran3 :

vois la générosité et la bonté du seigneur :

au serviteur le péché, à lui la honte.

áqá muh∂ammad-Karím, un des premiers croyants de Chiraz qui avait été en
la présence du Báb et connaissait ses pouvoirs était une autre de ces âmes
égarées qui avait échoué en irak. nabíl le trouva et le conduisit en présence
de Bahá’u’lláh. il reçut lui aussi ce après quoi tout son être languissait : la
certitude que la Cause de dieu n’était pas perdue mais placée dans des mains
sûres.

h∆ájí muh∂ammad-Taqí de nayríz qui avait été héroïque sous la bannière de
l’incomparable érudit vahíd et qui avait énormément souffert, était lui aussi
parmi les premiers croyants venus en irak chercher réconfort et asile ; il
trouva les deux en la présence de Bahá’u’lláh. l’histoire de h∆ájí
muh∂ammad-Taqí que Bahá’u’lláh honora plus tard du nom de ayyúb (Job)
est à la fois émouvante et inspirante. il survécut à l’holocauste de nayríz pour
tomber dans les griffes de zayn’ul-’ábidín Khán, le sadique et cupide
gouverneur de cette ville qui s’était copieusement acca-paré les propriétés du
riche h∆ájí. Chaque jour, en présence du gouverneur qui se moquait de lui, il
était plongé dans un bassin d’eau glacée, frappé sur la tête chaque fois qu’il
refaisait surface, puis retiré de l’eau il était fouetté jusqu’au sang pendant
que le gouverneur riait d’un plaisir évident. en réponse aux moqueries de
zaynu’l-’ábidín Khán, h∆ájí muh∂ammad-Taqí louait dieu de lui permettre
de souffrir en son sentier. enfin le gouverneur, fatigué de ses plaisirs
sataniques, décida

dans la Gloire du Père

de se débarrasser du h∆ájí. mais ses hommes craignaient dieu plus que lui,
ils laissèrent h∆ájí muh∂ammad-Taqí s’évader en lui disant de partir le plus
vite et le plus loin possible afin que leur maître ne découvre pas qu’il était
encore en vie.

h∆ájí muh∂ammad-Taqí fut abandonné, couvert de blessures, dans le désert.
avec cette patience superbe qui allait lui gagner le titre de ayyúb de la part de
la Plume sublime, il réussit à atteindre un village voisin dont le chef était de
ses amis. Cet homme excellent abrita le h∆ájí pendant un mois, le cachant de
tous et le soignant.

mais h∆ájí muh∂ammad-Taqí savait qu’il devait rapidement mettre de la
distance entre lui et la ville de nayríz. dès qu’il put marcher il quitta le brave
chef du village et rejoignit une caravane qui se dirigeait vers les cités saintes
d’irak.

Beaucoup de pèlerins suivaient à pied cette caravane et h∆ájí muh∂ammad-
Taqí décida de les accompagner malgré la faiblesse occasionnée par ses
récentes épreuves. mais d’une tente émergea un homme à l’évidence bien
équipé pour ce long voyage qui, après avoir bien regardé h∆ájí muh∂ammad-
Taqí le pria d’être son hôte jusqu’à Kerbéla. « Cette nuit, dans un rêve, le
prince des martyrs lui-même m’ordonna de t’inviter » lui dit-il. et c’est de
cette manière miraculeuse que h∆ájí muh∂ammad-Taqí atteint la présence de
Bahá’u’lláh qui révélera pour lui la lawh∂-

i-ayyúb ( Épître à Job) qui immortalisera son nom.
une autre personne qui avait prétendu à l’autorité spirituelle et qui se
présenta en pénitent à la porte de Bahá’u’lláh fut h∆ájí mírzá músá de qom.
il était aussi un des premiers croyants et s’était détourné de mírzá yah∂yá qui
l’avait profondément déçu. Constatant qu’il était lui-même plus compétent et
plus accompli, plus courageux et plus indépendant que mírzá yah∂yá, et
voyant, désespéré, le triste sort de la communauté du Báb qui avait eu une si
bonne renommée, il tenta d’assumer l’autorité du groupe mais, en
découvrant la réputation de Bahá’u’lláh, il fut très vite conscient de sa
grossière erreur, vint en hâte à Bagdad où il posa le front sur le porche du
vrai sauveur. il était si pur et si dépourvu d’égoïsme que Bahá’u’lláh
remarqua que si le h∆ájí avait insisté dans sa prétention « nous l’aurions tous
accepté ». en signe de pénitence, h∆ájí mírzá músá décida de jeûner jusqu’à
la mort mais Bahá’u’lláh l’en empêcha. h∆ájí mírzá músá resta à Bagdad où
il mourut trois jours après le départ de Bahá’u’lláh pour istanbul.

le dernier prétendant, mais pas le moindre, dont nous aimerions parler est
h∆ájí mullá háshim qui avait été un religieux chiite à l’autorité considérable.
lui aussi,

BaGdad - amis eT ennemis 155

ayant réalisé dans quelle erreur il s’était fourvoyé, se tourna vers Bahá’u’lláh
pour être pardonné et réhabilité et en fut grandement récompensé.

nous ayant conté dans sa chronique passionnante l’histoire de ces disciples
dévoués et de ces amis fidèles, nabíl-i-a’z∂am nous apprend qu’ayant
séjourné trois mois à Bagdad il fut envoyé par Bahá’u’lláh enseigner la foi à
qazvín. nabíl écrit : « ‘áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír me rattrapa en
sortant des portes de Bagdad et voulut me donner, de la part de la Perfection
bénie, l’argent équivalent aux dépenses de mon voyage afin que je loue une
monture et rejoigne une caravane. Je dis à amír que la première fois que
j’atteignis la sainte présence, il m’avait gracieusement accordé des moyens
de vivre suffisants pour que je ne connaisse plus le manque. et je demandais
à amír de le supplier au seuil de sa bonté de garder en sécurité ce qu’il
m’avait donné par-dessus tout… pourtant, à l’insistance d’amír, je pris une
partie de l’argent qu’il avait apporté et lui dit adieu. à chaque instant une
nouvelle porte s’ouvrait devant moi. on aurait dit que j’avais des ailes pour
m’envoler au ciel du Bien-aimé. Je ne ressentais pas le besoin d’avoir un
compagnon de route et les bandits de grand chemin ne m’effrayaient pas. »
C’est ainsi qu’il décrit avec précision l’état d’ivresse extatique dans lequel il
voyagea jusqu’à qazvín, au-delà des hauts sommets et des plaines de l’iran
occidental. il se reposait, dit-il, durant le jour et commençait à marcher deux
heures après le coucher du soleil. à Kirmansháh il rencontra mïrzá
‘abdu’lláh-i-Ghawghá qui avait aussi, semblait-il, avancé quelque prétention
car, indique nabíl, darvish s∆idq-’alí (voir adddenda v) était près de lui et le
servait. mais siyyid mihdíy-i-dahíjí affirme dans son ouvrage risálih que
mírzá ‘abdu’llláh-i-Ghawghá n’a jamais lancé une telle prétention.

nabíl revint à Bagdad où Bahá’u’lláh lui demanda d’examiner un manuscrit
du qayyúmu’l-asmá’, copié par áqá siyyid ismá’íl, afin de s’assurer qu’il n’y
avait pas de fautes. siyyid ismá’íl était venu d’iran plein d’espoir et avait
atteint la présence de Bahá’u’lláh. il trouva tout ce qu’il espérait, tout ce
qu’il désirait. C’était un noble, un érudit et un maître calligraphe. on le
connaît aussi sous le nom de dhabíh∂, à ne pas confondre avec h∆ájí
muh∂ammad-ismá’íl-i-dhabíh∂-i-Káshání, le frère de h∆ájí mírzá Jání. nabíl
dit que cela leur prit dix-huit jours. leur tâche terminée, nabíl demanda à
siyyid ismá’íl de lui parler de son expérience. il savait que le siyyid sortait
chaque nuit vers minuit et, avec son turban, balayait la rue

dans la Gloire du Père

devant la maison de Bahá’u’lláh, rassemblait la poussière dans son ‘abá et
allait les jeter dans le Tigre. il disait que cette poussière avait été sanctifiée
par les pas de Bahá’u’lláh et que rien d’impur ne devait y toucher. à la
demande de nabíl, siyyid ismá’íl répondit avec précision et abondance,
tandis que ses yeux s’emplissaient de larmes : « Je ne peux décrire ce que
j’ai vu. Je lui avais demandé de me nourrir spirituellement, il m’avait
répondu que cela m’avait été accordé ; ensuite, portes après portes se sont
ouvertes à mon cœur et mon âme a découvert des pensées qui ne sont pas de
ce monde. une nuit, depuis son bírúní, sa personne bénie demanda une
chandelle pour lire un papier et moi, comme d’habitude éperdu
d'émerveillement devant la chance que j’avais, je pensais soudain : « est-ce
possible que ce visage dont la vue était l’espoir des messagers de dieu puisse
se dévoiler dans un temple humain ? » et cette pensée n’avait pas plutôt
traversé mon esprit que sa voix bénie m’appelait : « áqá siyyid ismá’íl,
regarde ! » et lorsque je contemplais sa face bénie, je vis ce que nul mot ne
peut décrire. Je ne peux dire qu’une chose : c’était comme si des centaines
de milliers d’océans, vastes et baignés de soleil, s’agitaient sur cette face
bénie. Je ne sais pas ce qui se passa ensuite. Ce que je peux te dire c’est : «
ne demande jamais cela, sois content de ce qui t’est donné, répète toujours, «
ô dieu, fais que tout finisse bien pour nous ! » et prie pour que tout finisse
bien pour moi. »

l’incident dont siyyid ismá’íl avait parlé à nabíl s’était passé de la manière
suivante. un jour que Bahá’u’lláh était l’hôte de áqá muh∂ammad-ridáy-i-
aríd∂, on avait disposé devant lui des plats de fruits et de douceurs. siyyid
ismá’íl était présent et lorsque Bahá’u’lláh lui donna quelques confiseries il
exprima son désir de recevoir aussi de la nourriture spirituelle, à quoi
Bahá’u’lláh répondit : « on te l’a déjà donné. »

siyyid ismá’íl fut enflammé d’amour pour Bahá’u’lláh comme en témoignent
les poèmes imprégnés d’amour fou qu’il écrivit 4 :

entendez-moi

Je redis, et le disant je brûle :

« a-t-on jamais vu fleurs foisonner dans le feu ? »

Je l’affirme, et le disant je brûle.

déchire les voiles

apporte les moyens

BaGdad - amis eT ennemis 157

exhale le souffle de l’amour,

Je l’affirme, et le disant je brûle.

Contemple le jardin du seigneur,
le pays divin

Tout en lui atteint au néant.

Je l’affirme, et le disant je brûle.

il suffit, ainsi meurent mes paroles :

« il a enflammé mon âme

Je répandrai ma vie en son sentier. »

Je l’affirme, et le disant je brûle.

C’est à la suite de cet incident que l’on vit siyyid ismá’íl balayer le porche
de la maison de Bahá’u’lláh avant le lever du soleil. un jour, tôt le matin, on
le vit quitter Bagdad et se diriger vers Káz∂imayn. arrivé là, il s’assit et, se
tournant en direction de la maison de Bahá’u’lláh et des mausolées du
septième et du neuvième imáms, il se coupa la gorge et mourut. C’est par cet
acte qu’il devint connu sous le nom de dhabíh∂ : sacrifice. et la plume de
Bahá’u’lláh le glorifia en l’appelant « le bien-aimé et la fierté des martyrs ».

les gardes des portes de la ville qui l’avaient vu partir, surpris de le voir
disparaître si vite firent des recherches et le trouvèrent mort, un rasoir à la
main. ils en informèrent le consul persan et portèrent le corps jusqu’au
Seraye d’où il fut porté jusqu’à Káz∂imayn et enterré dans le Tall-i-ah∂mar
(le mont rouge).*

enfin, il y avait h∆ájí h∆asan-i-Turk. il s’était trouvé en présence de
Bahá’u’lláh d’abord à Káz∂imayn puis, plusieurs fois à Bagdad. alors une
vie nouvelle s’était manifestée en lui. Bien que sans instruction, il
commença à composer un commentaire sur le texte du Báb, le qayyúmu’l-
asmá. mais la plupart du temps, il ne disait pas un mot. lorsqu’en présence
de Bahá’u’lláh quelqu’un fit une remarque sur ce silence, ce dernier dit que
le moment viendrait bientôt où ce serait au h∆ájí de parler. un jour, équipé
d’un poignard, h∆ájí h∆asan vint en présence de Bahá’u’lláh et

* le sacrifice de siyyid ismá’íl eut lieu pendant le terme de dabíru’l-mulk
comme consul de Perse qui dura un an à partir du 8
juin 1859. il avait succédé à mírzá ibráhím Khán qui mourut le 28 décembre
1858 (dates tirées des archives du consulat britannique, fo 195 577 et 624).
les deux hommes avaient des sentiments amicaux envers Bahá’u’lláh et ses
compagnons.

dans la Gloire du Père

lui demanda la permission de se tenir sur le pont et de proclamer à tous la
cause de dieu. fermement, mais gentiment, Bahá’u’lláh lui répondit : « h∆ájí,
range ton poignard. on doit offrir la cause de dieu par amitié et avec amour
aux âmes qui sont prêtes à la recevoir. elle n’a pas besoin de dagues ou
d’épées. »

bagdad - les dernières années

la conduite d’un jeune étudiant en théologie, converti à la religion du Báb,
provoqua une nouvelle crise dans les affaires de la communauté bábíe.

mullá Báqir était ls de l’imám-Jum’ih de qumshíh dans les environs
d’ispahan. son père l’envoya à najaf y étudier la théologie. C’est là, au cœur
du monde chiite, qu’il devint pleinement conscient de l’avènement du Báb et
qu’il rencontra l’illustre nabíl-i-akbar, mullá muh∂ammad (ou áqá
muh∂ammad) de qá’ín. Ce nabíl avait été l’un des étudiants les plus
remarquables et les plus érudits du célèbre shaykh murtid∂áy-i-ansárí, le
plus grand mujtahid chiite de son époque (voir addenda v), et il en avait reçu
un certi cat d’ijtihád. ses discussions avec áqá muh∂ammad-i-qá’ín
conduisirent mullá Báqir à épouser avec zèle la religion du Báb. il atteint
plus tard la présence de Bahá’u’lláh à Bagdad et fut con r-mé dans sa foi. ses
déboires vinrent de sa fréquentation d’un jeune shaykhí, un disciple de h∆ájí
muh∂ammad-Karím Khán-i-Kirmání, qui était implacablement opposé à la
religion du Báb et qui ne cessait d’insulter le Báb et les bábís quand mullá
Báqir pouvait l’entendre. Ce dernier tenta de persuader le jeune shaykhí
d’abandonner cette détestable habitude mais en vain et le shaykhí continuait
à être grossier, excessif, agressif. Jusqu’au jour où mullá Báqir ne put plus
supporter ce langage ordurier. il t part à ses coreligionnaires de son désir de
plus en plus grand d’in iger quelque blessure à son tourmenteur. ils
essayèrent sans succès de le retenir.

un jour de marché, mullá Báqir attaqua le jeune shaykhí avec un cimeterre.
on s’interposa, on arrêta mullá Báqir et on l’emmena chez le consul persan
qui lui conseilla de quitter Bagdad. Cette nuit-là, il prit la route de la Perse.
mais la malchance le poursuivait. à hamadán il rencontra de nouveau le
même jeune homme têtu et grossier, qui avait récupéré de ses blessures et
qui s’empressa de le dénoncer au gouverneur. mullá Báqir fut arrêté et
fouillé. on trouva sur lui une épître de Bahá’u’lláh qui le réprimandait pour
son impulsivité.

le gouverneur d’hamadán décida que mullá Báqir, ayant désobéi à son
maître,

dans la Gloire du Père

méritait d’être emprisonné. on le jeta en prison et lorsqu’il nit par en sortir, il
reprit la route vers Bagdad. mais Bahá’u’lláh ne l’accueillit pas de la même
manière que précédemment. son attaque du jeune shaykhí avait eu des
répercussions pré-judiciables à la communauté bábíe, et notamment
l’arrestation d’áqá ‘abdu’r-rasúl et de son frère. Bahá’u’lláh demanda à la
majorité des bábís de quitter Bagdad.

Puis, en juillet 1860, mírzá Buzurg Khán-i-qazvíní, le nouveau consul
persan, entra en scène. C’était un homme important, ancien consul
d’erzeroum. avant son arrivée des bruits avaient couru affirmant qu’il venait
ici pour mettre un terme, une bonne fois pour toutes, aux désordres
provoqués par les bábís. Pour montrer à quel point il était éminent et
distingué, mírzá Buzurg Khán se pavanait à cheval et faisait le paon en
public, suivit par un grand nombre de brigands qu’il avait amenés avec lui.

mírzá Buzurg Khán joignit ses forces à celles de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn-i-

∏ihrání, shaykhu’l-’iráqayn (voir addenda v), un ennemi implacable de
Bahá’u’lláh, qui était déjà en irak depuis deux ans. il avait été chargé par
nás∂iri’d-dín de superviser la restauration plus que nécessaire des Tombeaux
sacrés.

le nouveau consul persan t transmettre aux autorités ottomanes un curieux
message informant qu’il avait l’intention d’arrêter un certain nombre de
gredins qui s’étaient enfuis d’iran. mus∂t∂afá núrí Páshá, le vali (voir
addenda v) qui était arrivé en mars 1860, quelques mois avant le consul, était
un homme juste et il avait entendu ‘abdu’lláh Páshá de sulaymáníyyih parler
très favorablement de Bahá’u’lláh. il connaissait très bien la vraie mission de
mírzá Buzurg Khán mais prétendit l’ignorer et dit au consul de procéder à
ses arrestations. Ce dernier répondit que pour y arriver il aurait besoin de
l’aide du gouvernement. le vali exprima sa surprise de voir le consul persan
demander tant de renforts pour arrêter quelques hommes. mírzá Buzurg
Khán fut alors obligé de dévoiler l’identité des Persans qu’il voulait arrêter.
mus∂t∂afá núrí Páshá fut encore plus surpris d’entendre parler en termes si
vulgaires de personnes que tous à Bagdad, grands et petits, tenaient en haute
estime. il refusa donc toute participation à l’infâme projet de mírzá Buzurg
Khán qui répliqua maladroitement : « mais ce sont des ennemis de notre
religion et de la vôtre ! » à quoi le vali répondit sèchement « alors nous ne
suivons pas la même religion. »

BaGdad - les dernières années 161

nabíl écrit que Bahá’u’lláh envoyait régulièrement áqáy-i-Kalím rendre
visite à mírzá Buzurg Khán. un jour ce consul méprisable af rma avec
hauteur à mírzá áqáy-i-Kalím qu’il pourrait faire ce qu’il voudrait de
Bahá’u’lláh. áqáy-i-Kalím lui répondit : « Pourquoi croyez-vous que je
vienne de temps en temps vous rendre visite ? Pour vous demander un poste
? un emploi ? une subvention ? Je ne viens que pour vous montrer nos
intentions amicales. Par dieu ! si ses faveurs envers vous cessaient, ces
mêmes hommes qui vous entourent vous détruiraient sans aucun doute ! »
áqáy-i-Kalím poursuivit en détaillant toutes les intrigues et les mauvais
coups du consul avec une telle précision que ce dernier ne put que répondre :
« Ce qui est fait est fait. qu’il [Bahá’u’lláh] continue à me considérer avec
faveur dans le futur et je serai à son service. » malheureusement, comme
l’indique nabíl, mírzá Buzurg Khán était incorrigible et il ne cessa jamais de
conspirer avec shaykh ‘abdu’l-h∆usayn.
dans ses machinations le consul alla jusqu’à offrir une forte récompense à un
brigand nommé rid∂á Turk a n qu’il trouve Bahá’u’lláh et le tue. Cette brute
sans peur et prête à tout pour de l’argent raconta plus tard qu’il avait attendu
une occasion pour accomplir le vœu du consul. un jour, sachant que
Bahá’u’lláh allait aux bains, il profita de l’absence de son serviteur, áqá
muh∂ammad-ibráhím-i-amír, parti faire quelque emplette, pour s’introduire
dans les bains. mais, comme il le confessa lui-même, lorsqu’il se trouva en
présence de Bahá’u’lláh, il fut frappé de stupeur et de remords à tel point
qu’il tourna les talons et s’enfuit.

alors mírzá Buzurg Khán commença une campagne dans le but d’éloigner
Bahá’u’lláh de Bagdad. le sagace h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-
dawlih, ambassadeur de Perse à istanbul, écrivit à mírzá sa'dí Khán, ministre
des affaires étrangères de Téhéran (voir addenda v pour les deux hommes)
que l’ardeur du consul dans cette entreprise n’était pas due à son zèle au
service de son pays mais avait d’autres motivations. il voulait épouser la lle
de h∆ájí mírzá hádíy-i-Javáhirí pour son argent et pensait que Bahá’u’lláh
lui barrait la route. mírzá sa’íd Khán répondit qu’il était au courant de ce fait
mais que néanmoins il importait que Bahá’u’lláh soit éloigné des frontières
de la Perse.

quant à shaykh ‘abdu’l-h∆usayn, c’est un mélange de pur fanatisme et
d’ambition innée pour toujours plus de célébrité et de réputation qui l’incita
à fomenter tout ce qu’il put contre Bahá’u’lláh. des dizaines d’années plus
tard, fád∂il-i-

dans la Gloire du Père

∏ihrání, petit- ls de cet ennemi invétéré de Bahá’u’lláh, embrassa
ardemment la cause que, dans son égarement, son grand-père avait tellement
haïe. il devint célèbre comme enseignant et propagateur de la cause de
Bahá’u’lláh.

avant sa nomination comme gouverneur de l’irak, le válí de Bagdad,
mus∂t∂afá núrí Páshá avait été très proche du sultan ‘abdu’l-majíd. il avait
pu ainsi s’arranger pour faire renvoyer de son poste à la cour du sultan un
certain rid∂á Páshá qui, plus tard, retrouva faveurs et nouveau poste. une fois
bien réinstallé, rid∂á Páshá commença à comploter pour se venger. il t
envoyer à Bagdad un conseiller militaire nommé ah∂mad TowfíqPáshá avec
instruction d’accumuler des charges contre mus∂t∂afá núrí Páshá pour
obtenir sa destitution. on lui promit en récompense de devenir gouverneur à
son tour. ainsi motivé, ah∂mad Páshá gagna peu à peu la con ance de
quelques notables de Bagdad qui, connaissant son étroite amitié avec rid∂á
Páshá et la grande in uence de ce dernier parmi les proches du sultan

‘abdu’l-majíd, se prêtèrent à son dessein. on prépara secrètement une liste
d’accusations de concussion et de corruption qui fut signée par quelques-uns
des notables et envoyée à istanbul. dès réception du document, rid∂á Páshá
envoya un télégramme à Bagdad, annonçant la destitution de mus∂t∂afá núrí
Páshá et sa mise aux arrêts dans sa résidence en attendant qu’il soit
interrogé.

ah∂mad Páshá le militaire fut nommé gouverneur en mars 1861 (il fut con
rmé un peu plus tard) et plaça des sentinelles autour de la résidence du
pauvre mus∂t∂afá núrí Páshá, empêchant toute relation avec l’extérieur.
‘abdu’lláh Páshá de sulaymáníyyih, ami personnel du vali déchu, fut lui-
même empêché de le rencontrer. se sentant aussi en danger et menacé, il ne
sut vers qui se tourner sinon vers Bahá’u’lláh qui le reçut gracieusement et
gentiment, lui conseillant de ne pas se désoler : « va dire au vali de placer sa
con ance en dieu et de répéter chaque jour, dix-neuf fois ces deux versets : «
à qui met sa con ance en dieu, dieu suf t » et

« qui craint dieu, dieu le soulage ». ‘abdu’lláh Páshá dit que nul ne pouvait
visiter le vali mais Bahá’u’lláh lui conseilla de faire directement appel à
ah∂mad Páshá : « quand il te verra faire appel à lui comme il convient, il
t’accordera la permission de voir ton ami. » ‘abdu’lláh Páshá suivit ce
conseil. ah∂mad Páshá, très impressionné par sa délité, lui permit de visiter
le vali déchu autant qu’il voudrait. ainsi ‘abdu’lláh Páshá put rendre visite à
mus∂t∂afá núrí Páshá et lui transmettre le message de Bahá’u’lláh. Très peu
de jours après, le 14 août 1861, arri-

BaGdad - les dernières années 163
va la nouvelle de la mort du sultan ‘abdu’l-majíd et l’accession au trône du
sultan

‘abdu’l-’azíz qui fut suivie par la deuxième expulsion de la cour de rid∂á
Páshá et la réception d’un télégramme réinstallant mus∂t∂afá núrí Páshá.
C’était maintenant au tour de ah∂mad Páshá de demander de l’aide en
rappelant à ‘abdu’lláh Páshá qu’il avait accepté sa requête et qu’à son tour il
devait intervenir pour le protéger de la colère du vali. le Pacha de
sulaymáníyyih accepta volontiers d’organiser avec le vali une rencontre qui
permit la réconciliation des deux hommes. Peu après, le beau-frère du vali
arriva d’istanbul avec les pleins pouvoirs pour enquêter. la complète
innocence de mus∂t∂afá núrí Páshá fut prouvée à l’étonnement de tous et il
revint à ‘abdu’lláh Páshá de leur apprendre à qui le gouverneur devait être
reconnaissant pour sa délivrance.

mus∂t∂afá núrí Páshá qui avait été sauvé de la disgrâce par Bahá’u’lláh lui
resta dévoué jusqu’à la n de sa vie, bien qu’à Bagdad il n’ait pu le
rencontrer. lorsque Bahá’u’lláh arriva à Constantinople en 1863, mus∂t∂afá
núrí Páshá y était aussi.

oubliant toute retenue il vint présenter ses respects à Bahá’u’lláh qui envoya
la Plus-Grande-Branche et áqáy-i-Kalím rencontrer le pacha. mus∂t∂afá núrí
Páshá vint lui-même plusieurs fois et le désir de son cœur fut exaucé.

quant à ‘abdu’lláh Páshá de sulaymáníyyih, qui avait toujours été un ami
dèle de Bahá’u’lláh, il fut con rmé dans sa foi en lisant les sept vallées. il
reçut le gouvernorat de ván, qu’il accepta à contre-cœur puisque cela signi
ait être séparé de Bahá’u’lláh. Plus tard il tenta sans succès de le rejoindre à
andrinople.

en 1304 de l’hégire (1886-7) il vint à Beyrouth pour se soigner et trépassa
dans cette ville.

deux riches Persans distingués, résidant à Bagdad, furent si attirés par
Bahá’u’lláh que non seulement ils épousèrent la cause du Báb mais que dans
leurs testaments ils demandèrent à Bahá’u’lláh de régler leur héritage. l’un
était h∆ájí mírzá hádíy-i-Javáhirí et l’autre h∆ájí háshim-i-’at∂t∂ár. le ls de
h∆ájí mírzá hádí, mírzá músá faisait depuis des années le désespoir de son
père qui avait des raisons de craindre pour son avenir. C’est la
transformation de mírzá músá à travers son attachement à Bahá’u’lláh qui
poussa le père à suivre le chemin du ls et à rédiger son testament comme il le
t. nabíl dit qu’en apprenant ce que rent ces deux Persans connus, shaykh
‘abdu’l-h∆usayn et mírzá Buzurg Khán devinrent si furieux qu’ils
recommencèrent à comploter contre Bahá’u’lláh mais, comme déjà

dans la Gloire du Père

noté, le mushíru’d-dawlih était assez intelligent pour deviner les motivations
du consul.

h∆ájí háshim-i-’at∂t∂ár décida d’organiser une fête en honneur de
Bahá’u’lláh.

nabíl rapporte qu’elle était si splendide que les Bagdadis af rmaient n’en
avoir jamais vu de pareille, ce qui fut mentionné devant nás∂iri’d-dín sháh et
le sultan de Turquie. le jour de la fête, h∆ájí háshim lui-même, en dépit de
son âge avancé, resta continuellement debout à servir. lorsque tout fut ni, très
honoré d’avoir été en présence de Bahá’u’lláh, il eut le sentiment de n’avoir
plus de raison de vivre et, peu après, mourut. en dépit des clauses de son
testament, ses gendres qui s’étaient alliés avec des gredins commencèrent à
piller son héritage. quelques hommes intègres de Bagdad vinrent demander à
Bahá’u’lláh d’intervenir puisque tout le monde connaissait les termes du
testament de h∆ájí háshim. mais Bahá’u’lláh répondit : « Ce qui nous
appartenait était la personne bénie du hájí qui a maintenant quitté ce monde.
quant à sa fortune, que ceux qui entassent les richesses de ce monde s’en
occupent. » mais lorsque ces mêmes gendres commencèrent à voler la veuve
et les enfants mineurs du h∆ájí, Bahá’u’lláh intervint, t appeler quelques-uns
de ceux qui agissaient si injustement et leur conseilla de changer leurs
manières de faire. ils se soumirent à son autorité. la part des jeunes fut
séparée du reste et donnée à leur mère, ensuite Bahá’u’lláh nomma une
personne de con ance pour prendre soin de leur héritage et le faire fructi er
pour eux.
de même, dans le cas de l’héritage de h∆ájí mírzá hádíy-i-Javáhirí,
Bahá’u’lláh t le nécessaire pour que personne ne soit traité avec injustice. il
demanda à la Plus-Grande-Branche et à áqáy-i-Kalím de s’en occuper. nabíl
indique que le dixième* de ce que h∆ájí mírzá hádí avait laissé se montait à
30 000 túmáns, une somme importante à cette époque, et que Bahá’u’lláh
avait annoncé son intention en ces termes : « Je donnerai ces 30 000 túmáns
à mírzá músá, le ls de h∆ájí mírzá hádí, a n qu’il reste en paix avec ses sœurs
».

nabíl insiste sur le fait que ces preuves accumulées de l’autorité de
Bahá’u’lláh étaient exaspérantes pour shaykh ‘abdu’l-h∆usayn qui, bien que
mujtahid, investi d’honneurs et de pouvoirs spéciaux par nás∂iri’d-dín sháh,
n’avait pas la moitié de cette autorité. il préférait fanfaronner : « J’ai fait un
rêve, disait-il, dans lequel je me tenais debout, sous un dôme, en compagnie
du chah. au-dessus de sa tête se

* le dixième (ushr) était la part traditionnellement donnée à l’exécuteur d’un
testament.

BaGdad - les dernières années 165

balançait une feuille sur laquelle étaient écrit en lettres latines quelques
versets du coran. il semblait que ce fut l’œuvre des bábís. le chah, voyant
cette feuille, me con rmait que les bábís étaient bien les auteurs de cet
outrage, mais, m’af rmait-t-il, attends un peu. Bientôt je détruirai ce peuple
avec l’épée que je porte. » un autre jour, le shaykh relata un autre de ces
rêves inventés : « Je rêvais que j’étais à cheval, avec plusieurs autres
personnes, en route pour Téhéran. un des bábís de Bagdad me rattrapa près
de Khániqayn. il portait une bouteille pleine de sang dont il m’aspergea. Ce
qui veut dire, interprétait-il, que mes efforts pour détruire ces gens recevront
l’approbation royale, je serai appelé à Téhéran, mais les bábís m’as-
sassineront. Ce meurtre rendra furieux le gouvernement et le peuple persan
qui s’uniront alors pour les éliminer complètement. »

un proche de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn fréquentait la demeure de Bahá’u’lláh
dans le vain espoir d’y découvrir le secret de l’élixir tant recherché par les
alchi-mistes. il rapporta ces rêves à Bahá’u’lláh qui, en souriant, répliqua
que le premier rêve du shaykh indiquait que la source de la révélation du
Báb était la même que celle du coran, mais renouvelée. quant au second
rêve, shaykh ‘abdu’l-h∆usayn pouvait être rassuré car aucun bábís ne
l’assassinerait et il ne serait jamais rappelé pour recevoir plus d’honneurs.
l’homme répéta au shaykh ce qu’il avait entendu, lui conseilla d’abandonner
ces extravagances, de rechercher plutôt à rencontrer Bahá’u’lláh pour juger
par lui-même de la réalité des pouvoirs, de la beauté des paroles et de
l’élégance du maintien du chef de la communauté bábíe. shaykh

‘abdu’l-h∆usayn sembla avoir aimé la suggestion et Bahá’u’lláh accepta de
le recevoir. mais au dernier moment, le shaykh ne vint pas et continua ses
intrigues.

mírzá Buzurg Khán était désappointé par le manque de succès de ses efforts
pour obtenir la coopération du vali contre les bábís et il entreprit de chercher
des fêlures dans l’armure d’intégrité qui entourait Bahá’u’lláh a n de pouvoir
le blesser sérieusement. n’en trouvant pas, sa déception fut grande.
Conscients de la haine et de l’hostilité du consul persan les amis de
Bahá’u’lláh le suppliaient de faire le nécessaire pour sa protection et sa
réponse à leurs suppliques était toujours la même : il plaçait sa con ance en
dieu et « dieu est le meilleur des protecteurs ».

mullá ‘alí-mardán, de Karkúk, lui proposa de s’installer dans une des
confortables maisons qu’il possédait dans cette ville, dans l’espoir que
l’éloignement, même temporaire, protégerait Bahá’u’lláh du venin du consul
et de ses acolytes.

dans la Gloire du Père

l’échec de la tentative d’assassinat de Bahá’u’lláh par le brutal rid∂á Turk
avait sans doute grandement irrité le consul. áqá rid∂á écrit que les bábís
devinrent peu à peu conscients des desseins malveillants de mírzá Buzurg
Khán et de son alliance avec shaykh ‘abdu’l-h∆usayn ; quelques-uns
gardaient discrètement un œil vigilant sur la maison de Bahá’u’lláh.

des années plus tard, en août 1919, ‘abdu’l-Bahá parlait des événements du
passé aux bahá’ís réunis dans son salon de haïfa. un soir il parla des
machinations de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn et de mírzá Buzurg Khán et le
docteur lut∂fu’lláh h∆akím prit des notes. sans être du mot à mot, ses notes
re ètent assez précisément les souvenirs du maître. voici le sens général de
l’histoire contée par ‘abdu’l-Bahá*:

lorsque les mujtahids et nás∂iri’d-dín sháh envoyèrent shaykh ‘abdu’l-
h∆usayn en irak, et qu’il commença à comploter contre la Perfection bénie
(Bahá’u’lláh), les mujtahids se réunirent à Káz∂imayn pour se préparer à
lancer une guerre sainte. ils demandèrent l’aide du vali qui répliqua qu’il ne
pouvait intervenir. ils envoyèrent alors des lettres à Bagdad et un grand
nombre de Persans et d’arabes chiites se réunirent. la tension montait à
Bagdad. ils allèrent même chercher shaykh murtid∂á à Kerbéla en lui af
rmant que la religion était menacée. sur le chemin de Bagdad, shaykh
murtid∂á eut un accident ; il se tint alors coi et demanda à ce qu’on le laisse
tranquille. n’ayant pas étudié le cas personnellement, il refusa d’intervenir.
Par l’intermédiaire de zaynu’l-

’ábidín Khán le fakhru’d-dawlih, le shaykh envoya ce message à la
Perfection bénie :

« Je ne savais pas. si j’avais su je n’y serais pas allé. maintenant je prierai
pour vous. »

Ceux qui étaient réunis à Káz∂imayn se préparèrent à partir deux jours plus
tard pour nous attaquer. nous n’étions alors que quarante-six en tout et notre
homme le plus fort était áqá asadu’lláh-i-Káshí (Káshání) dont le sabre,
même lorsqu’il le portait par-dessus son shál (tissu utilisé comme une large
ceinture) pendillait jusqu’au sol. il y avait aussi un certain siyyid h∆asan de
Chiraz. Ce n’était pas un croyant, mais un très brave homme. un matin que
la Perfection bénie était déjà levée et occupée, cet áqá siyyid h∆asan vint
frapper à notre porte. notre servante noire ouvrit, áqá siyyid h∆asan entra et,
très agité, demanda : « où est l’áqá (Bahá’u’lláh) ? Je lui dis : « il est allé au
euve ». « que dis-tu ? » répondit-il. Je lui offris un peu de thé en disant : « il
va revenir. » il répliqua : « áqá ! le monde est à l’envers !... il est devenu
dangereux… saviez-vous que la nuit dernière s’est tenu un conseil en
présence de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn

* ce qui suit n’est pas une traduction exacte mais un rendu dèle.
BaGdad - les dernières années 167

et du consul ? ils se sont aussi mis d’accord avec le vali. Pourquoi la Beauté
bénie a-telle été jusqu’au euve ? ils ont décidé de lancer leur attaque demain.
» à ce moment la Beauté bénie entra. áqá siyyid h∆asan voulut lui exprimer
son anxiété, mais la Beauté bénie dit « Parlons d’autre chose. » Plus tard,
áqá siyyid h∆asan voulut encore se soulager de ce poids, mais la Beauté
bénie lui assura : « Ceci n’a aucune importance ».

alors áqá siyyid h∆asan resta pour déjeuner puis reparti chez lui.

dans l’après-midi, la Perfection bénie sortit. les amis l’entourèrent. Parmi
eux étaient deux hypocrites : h∆ájí ‘abdu’l-h∆amíd et áqá muh∂ammad-
Javád-i-is∂fahání. la Perfection bénie marchait de long en large. il se tourna
soudain vers les amis, disant :

« vous avez entendu la nouvelle ? les mujtahids et le consul ont réuni dix ou
vingt mille hommes pour lancer contre nous un jihád. » Puis, s’adressant aux
deux hypocrites : « allez leur dire que par dieu, le seigneur de tous,
j’enverrai deux hommes pour les repousser jusqu’à Káz∂imayn. s’ils sont
capables d’accepter un dé , qu’ils viennent. » les deux hypocrites
s’empressèrent d’aller répéter ce qu’ils avaient entendu et, devinez quoi : ils
se dispersèrent !

áqá rid∂á écrit que durant tout ce temps Bahá’u’lláh ne cessa pas ses visites
quotidiennes dans les cafés. il y allait seul à l’exception de ses deux
serviteurs, áqá najaf-’alí et áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír-i-nayrízí et
même, d’après áqá rid∂á, il partait parfois sans leur demander de
l’accompagner. il ne montrait ni peur ni anxiété. à l’opposé, mírzá yah∂yá se
déguisait et ne montrait jamais son visage. il était parfois h∆ájí ‘alíy-i-lás-
furúsh (le marchand de soie), parfois un marchand de chaussures et de
pantou es à Bas∂rah, toujours craintif, toujours effrayé.

Puis mullá h∂asan-i-amú vint rendre visite à Bahá'u'lláh. écoutons ‘abdu’l-
Bahá nous conter son histoire :

à Bagdad, il arriva souvent que, dans la réunion bénie, des oulémas de
l’islam, des juifs et des chrétiens, se trouvaient assemblés avec des savants
européens. Chacun posait une question ; et quoique ces hommes eussent
chacun une culture différente, ils recevaient des réponses convaincantes et
suffisantes, et ils s’en retiraient satisfaits.

C’est au point que les oulémas persans qui étaient à Kerbéla et à najaf
choisirent un savant qu’ils chargèrent d’une mission auprès de lui : il
s’appelait mulla h∆asan-i-amú.

il vint en la présence sacrée, et posa, de la part des oulémas, un certain
nombre de questions auxquelles Bahá’u’lláh répondit. Puis h∆asan-i-amú dit
: « les oulémas reconnais-

dans la Gloire du Père

sent sans hésitation et confessent la science et l’excellence de votre personne
; et il est certain pour tous qu’elle n’a pas d’égale ni de semblable dans
toutes les sciences. et il est aussi reconnu que vous n’avez jamais étudié ni
travaillé ces sciences. mais les oulémas disent qu’ils ne se contentent pas de
cela, et qu’ils ne confessent ni ne reconnaissent la vérité de votre mission,
d’après votre savoir et votre excellence. aussi nous vous demandons de faire
apparaître un miracle, pour contenter et tranquilliser nos cœurs. »

Bahá’u’lláh répondit : « Bien que vous n’en ayez nullement le droit (car
c’est à dieu qu’il appartient de mettre la créature à l’épreuve, et non à celle-
ci d’éprouver dieu), malgré cela, cette demande est agréée et approuvée.
mais la cause de dieu n’est pas un théâtre, où l’on représente à chaque heure
un spectacle, et où chaque jour on demande quelque chose. autrement elle
deviendrait un jeu d’enfants. les oulémas doivent donc s’assembler et, d’un
commun accord, choisir un miracle, puis écrire qu’après l’apparition de ce
miracle ils n’auront plus de doutes sur moi, et que tous reconnaîtront et
confesseront la vérité de cette cause. qu’ils cachettent cette feuille de papier
et me l’apportent ; que ceci soit leur critérium. si le miracle apparaît, il ne
restera pour vous aucun doute, sinon, nous serons convaincu d’imposture. »
le savant personnage se leva et dit :
« il n’y a plus rien à dire. » il baisa le genou de Bahá’u’lláh, bien qu’il ne fût
pas un croyant, et s’en alla. il réunit les oulémas et leur transmit le message
sacré. Ceux-ci se concertèrent, puis dirent : « Cet homme est un enchanteur,
peut-être va-t-il accomplir quelque enchantement, et alors nous n’aurons
plus rien à dire. » et ils n’osèrent pas pousser plus loin.

quant à h∆asan-i-amú, il parla de cette aventure dans la plupart des réunions
; il quitta Kerbéla pour Kirmanshah et Téhéran, et raconta les détails partout,
parlant de la crainte des oulémas et de leur retraite. ainsi tous ses
adversaires, en orient, reconnaissaient la grandeur, la noblesse, la science,
l’excellence de la Beauté bénie et, bien qu’ils fussent ses ennemis, ils
parlaient toujours de lui comme du « célèbre Bahá’u’lláh ».1

mullá h∂asan se sentit si honteux qu’il ne put se présenter de nouveau devant
Bahá’u’lláh. Par l’intermédiaire de zaynu’l-’ábidín Khán le fakhru’d-dawlih,
il lui envoya un message : « J’ai honte de la conduite de mes collègues. »

Parmi ce groupe de mujtahids, les dépassant largement par la piété et la
connaissance, le plus grand de tous était shaykh murtid∂áy-i-ans∂árí.
incomparable et sans égal en son temps, il refusa catégoriquement de donner
son appui à ceux qui s’opposaient à Bahá’u’lláh. Chaque fois qu’on lui
demandait ce qu’il fallait

BaGdad - les dernières années 169

penser de Bahá’u’lláh et des bábís, il répondait : « faites votre recherche
vous-mêmes. »

Tout à fait à l’opposé, on trouvait le vicieux shaykh ‘abdu’l-h∆usayn-i-
T∆ihrání.

Comme l’écrit le Gardien de la foi bahá’íe :

frustré dans ses tentatives répétées pour accomplir ses desseins malveillants,
shaykh ‘abdu’l-husayn dirigea alors ses efforts dans une nouvelle direction.
il promit à son complice de l’élever au rang de ministre de la couronne, s’il
réussissait à persuader le gouvernement de rappeler Bahá’u’lláh à Téhéran
pour le remettre en prison. il envoya d’assez longs rapports, presque chaque
jour, à l’entourage immédiat du chah. il brossait des tableaux extravagants de
l’ascendant dont jouissait Bahá’u’lláh, en alléguant qu’il avait acquis
l’obéissance des tribus nomades d’irak. il prétendait qu’il était à même de
rassembler en un jour au moins cent mille hommes prêts à prendre les armes
à son commandement. il l’accusait de projeter, de concert avec différents
chefs persans, un soulèvement contre le souverain.2

shaykh ‘abdu’l-h∆usayn avait réuni, comme le raconte ‘abdu’l-Bahá, un
groupe de têtes enturbannées qui voulaient lancer une guerre sainte et
attaquer les bábís.

mais comme le commente le Gardien :

Pourtant, à leur grand étonnement et à leur déception, ils s’aperçurent que,
lorsqu’il connut leurs desseins, le chef des mujtahids, le fameux shaykh
murtadáy-i-ansárí, homme connu pour sa tolérance, sa sagesse, sa justice
rigoureuse, sa piété et la noblesse de son caractère, se refusait à prononcer la
sentence requise contre les bábís. C’est lui que Bahá’u’lláh célébra plus tard
dans la lawh-i-sultán, le classant parmi « Ces docteurs qui ont effectivement
bu à la coupe du renoncement » et qui, « jamais, ne s’opposèrent à lui »,
celui auquel ‘abdu’l-Bahá fait allusion comme à « l’érudit, l’illustre docteur,
le noble et réputé savant, le sceau des chercheurs de vérité ». alléguant qu’il
ne connaissait pas suffisamment les croyances de cette communauté, et
déclarant qu’il n’avait constaté de la part de ses membres aucun acte
contraire à l’esprit du coran, il quitta brusquement la réunion sans prêter
attention aux protestations de ses collègues et retourna à najaf, après avoir
envoyé un messager à Bahá’u’lláh pour lui exprimer ses regrets de ce qui
s’était produit, ainsi que ses vœux sincères pour sa protection.2

dans la Gloire du Père

Shaykh Murtid∂áy-i-ansárí, le principal mujtahid du monde chiite jusqu’à sa
mort en 1864

BaGdad - les dernières années 171

il semble que shaykh murtid∂á ait été si dégoûté par les propositions de
shaykh

‘abdu’l-h∆usayn et de ses complices qu’il eut envie d’exprimer ses regrets et
ses prières pour que Bahá’u’lláh soit délivré de la méchanceté et du venin de
ces hommes. les messagers qui portèrent ses messages sont, comme déjà
indiqué, zaynu’l-’ábidín Khán le fakhru’d-dawlih et mírzá h∆asan-i-Gul-i-
Guláb.

deux ans plus tard, alors que Bahá’u’lláh s’apprêtait à quitter Bagdad, le
membre d’un groupe du même genre d’enturbannés vint à lui pour lui dire :
« nous ne savons toujours pas quoi faire ou quoi dire à votre propos. » et
relatant l’effron-terie de cet homme à nabíl, Bahá’u’lláh dit : « nous lui
répondîmes : pendant des années shaykh murtid∂á répondait, quand on lui
posait des questions sur nous,

« c’est une question de recherche et non d’imitation*. Cherchez et trouvez
par vous-mêmes. » vous n’avez pas suivi son avis et maintenant que nous
sommes sur le point de partir, vous venez vers nous avec vos questions. vous
vous demandez quoi faire ! eh bien, allez lire vos commentaires ! » et
Bahá’u’lláh ajoutait pour nabíl :

« nous n’avions jamais parlé ainsi à personne, mais cet homme était si
évidemment fourbe. »

Pendant tout son exil à Bagdad, Bahá’u’lláh était prêt à rencontrer les chefs
religieux, ainsi qu’il en a témoigné :

nous sommes restés douze ans à Bagdad. malgré notre désir de voir réunie
une grande assemblée de religieux et d’hommes justes, a n que la vérité soit
séparée de l’erreur, aucune action ne fut entreprise… nous voulions
rencontrer les religieux de Perse. mais sitôt qu’ils entendirent parler de ce
projet ils s’enfuirent en disant « c’est un vrai sor-cier ! » C’est ce que dirent
dans le passé leurs semblables. Ces religieux n’étaient pas d’accord avec ce
qu’ils avaient dit et pourtant ils répètent en ce jour ce qui avait été dit avant
eux ; et ils ne comprennent pas. Par ma vie ! aux yeux du seigneur ils sont
moins que de la cendre3

l’attitude louable de shaykh murtid∂áy-i-ans∂árí consterna et découragea
quelque peu le groupe de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn. d’autant plus qu’ils
échouèrent à répondre aux efforts de mullá h∆assan-i-’amú, démontrant ainsi
la futilité de leurs accusations. mais la méchanceté rôdait toujours et les
scélérats n’arrêtaient pas. Pourtant Bahá’u’lláh continuait à vivre comme
d’habitude, sans se préoccuper
* l’imitation d’un mujtahid quali é est un des points cardinaux de la doctrine
chiite.

dans la Gloire du Père

des périls qui le menaçaient. souvent, la nuit, il sortait seul pour se promener
sur les rives du Tigre ou pour aller dans un de ces cafés qu’il fréquenta
pendant tout son séjour à Bagdad. Parfois, dit nabíl, personne à l’exception
de la Plus-Grande-Branche et de áqáy-i-Kalím, ne savait où il était allé. il
allait, sans crainte, sans inquiétude, dans des lieux où ses ennemis
n’attendaient que l’occasion de lui faire du mal. il leur faisait face partout,
parlait et même plaisantait avec eux, leur faisant savoir clairement qu’il
connaissait leurs intentions. alors que Bahá’u’lláh restait ferme, serein, con
ant, mírzá yah∂yá était à Bas∂rah, déguisé, vendant des pantou es et des
chaussures. rid∂á Turk, cet homme qui, dans les bains publics, avait voulu
assassiner Bahá’u’lláh mais s’était enfui en tremblant, raconta quelques
années plus tard qu’un jour, il se tenait en position, pistolet en main, dans un
endroit favorable, lorsque Bahá’u’lláh apparut accompagné d’áqáy-i-Kalím.
il admet lui-même qu’il se sentit si bouleversé en apercevant Bahá’u’lláh
qu’il en fut paralysé et laissa tomber son pistolet. en arrivant à sa hauteur
Bahá’u’lláh dit à áqáy-i-Kalím : « ramasse et rends-lui son pistolet puis
montre-lui le chemin de sa maison, il semble s’être perdu ! ».

nabíl dit que nuit après nuit les compagnons étaient en alerte, patrouillant
autour de la maison de Bahá’u’lláh, pour parer à toute attaque. un certain
siyyid h∆usayn-i-rawd∂ih-Khán - un conteur des souffrances de la famille du
Prophète -

était venu de Téhéran en pèlerinage en irak et était très dévoué à
Bahá’u’lláh. il vint un soir en cachette et dévoila que les ennemis avaient
incité une centaine de Kurdes à se déguiser en pleureurs de funérailles pour
ensuite attaquer la maison.

les bábís arabes, en entendant parler de ce complot se réunirent en force,
prêts à se défendre. mais Bahá’u’lláh leur assura que tout cela était inutile.
lorsque la nuit vint, environ quatre heures après le coucher du soleil, les
pleureurs apparurent dans la rue en se battant la poitrine, et Bahá'u'lláh
demanda à ses serviteurs d’ouvrir la porte et de les laisser entrer. « Ce sont
nos invités », dit-il, et il leur t servir des sorbets à l’eau de rose et du thé. ils
arrivèrent en ennemis et repartirent en amis, admettant volontiers qu’ils
étaient animés de mauvaises intentions mais que la majesté et la bonté de
Bahá’u’lláh avaient transformé leur cœur. ils repartirent en criant « que dieu
punisse vos ennemis ! »

nabíl écrit que même mírzá h∆usayn-i-mutavallí de qom avait écrit à
Bahá’u’lláh pour le supplier de ne pas quitter sa demeure pour un temps. en

BaGdad - les dernières années 173

réponse, Bahá’u’lláh révéla pour lui une épître qui commence par deux vers
d’une ode de h∆á z∂ :

Toutes les perruches de l’inde deviendront fauvettes au chant de miel à cause
de ce pain de sucre perse envoyé au Bengale.*

dans cette épître Bahá’u’lláh déclare sans peur qu’il n’hésitera jamais, ne se
soumettra jamais aux menaces, ne sera jamais effrayé par l’agitation du
monde.

« nous brûlons comme un cierge… nous avons consumé tous les voiles. nous
avons allumé le feu de l’amour… nous ne nous enfuirons pas. nous
n’essayerons pas de repousser l’étranger. nous prions pour que les calamités
arrivent…

qu’importe à une âme céleste que la forme physique soit détruite ? Ce corps
est pour elle une prison… Jusqu’à l’instant où c’est écrit, personne n’a de
pouvoir sur nous et, lorsque viendra cet instant, tout notre être ne sera que
désir de lui… » nabíl parle de la stupéfaction des mujtahids de Kerbéla et de
najaf en lisant cette épître.

Parlant à nabíl de ces jours, áqáy-i-Kalím se rappelait qu’il était alors certain
qu’ils seraient tous immédiatement arrêtés, menottés et remis aux autorités
persanes car il connaissait bien les motivations de la populace de Bagdad et
de leurs notables. mais il n’avait pas envie d’en parler à Bahá’u’lláh pour ne
pas lui causer de peine. il rapporte qu’« une nuit, le sommeil avait quitté mes
yeux. Je faisais les cent pas dans la cour, me demandant ce qui allait advenir
de nos femmes et de nos enfants une fois que nous serions arrêtés. Puis
j’entendis un bruit et, allant à la porte, on me dit qu’un certain nombre de
personnes avaient été choisies pour monter la garde et patrouiller dans la
rue… en entendant cela, je compris que tout irait bien… et j’allais me
coucher. »

Puis Bahá’u’lláh décida que les compagnons devaient demander la
nationalité turque a n de recevoir la protection des autorités ottomanes.
námiq Páshá, le gouverneur de Bagdad, fut ravi d’entendre cela. nabíl
raconte que áqá muh∂ammad-rid∂áy-i-Kurd qui s’y connaissait en droit,
amena chaque jour, deux par deux, des compagnons à la maison du
gouverneur et obtint pour eux des passeports turcs.

nabíl lui-même, en compagnie de áqá muh∂ammad-ismá’íl-i-Káshání en t
partie.

* on a longtemps cru que cette épître connue sous le titre de shikkar-shikan-
shavand était adressée à mírzá sa’íd Khán, le ministre des affaires étrangères
de nás∂iri’d-dín sháh. mais nabíl af rme clairement que c’est l’inconstant
mutavallí de qom qui eut l’honneur de la recevoir..

dans la Gloire du Père

Ces visites durèrent près de trois semaines jusqu’à ce que tous les Persans
soient naturalisés. en apprenant que les compagnons avaient obtenu la
nationalité ottomane, shaykh ‘abdu’l-h∆usayn et mírzá Buzurg Khán furent
consternés.

nabíl écrit qu’en ce temps-là Bahá’u’lláh se rendait souvent à mazra’iy-i-
vashshásh, une ferme des environs de Bagdad. Presque tous les soirs, alors
qu’il revenait dans le soleil couchant, nabíl l’attendait près de la porte de sa
demeure. il arrivait, dit nabíl, que Bahá’u’lláh se rende dans la maison de
nabúkí, située dans la même rue que la sienne mais de l’autre côté.
Beaucoup de compagnons, dont nabíl, habitaient dans cette maison. áqá
muh∂ammad-zamán, un marchand de Chiraz, et ustád ‘alí-akbar-i-najjár (le
charpentier) y vivaient aussi. shát∂ir-i-rid∂á (voir addenda v) et son frère
avaient une maison dans la même rue et y avaient installé un moulin et une
boulangerie. Bahá’u’lláh en était propriétaire et elle fournissait à tous les
compagnons, gratuitement, le pain dont ils avaient besoin. à quatre-vingt-dix
ans, le père des deux boulangers, áqá muh∂ammad-s∆ádiq était venu à
Bagdad depuis ardakán, près de yazd. il racontait beaucoup d’histoires sur la
conduite des religieux, comment il s’était converti à la religion du Báb, ce
qui d’après nabíl provoquait des sourires chez Bahá’u’lláh. le vieil homme
en était heureux et, levant les mains en signe de reconnaissance pour avoir
eu le privilège d’avoir fait sourire Bahá’u’lláh, il citait le Prophète : «
quiconque fait rire un croyant c’est comme s’il m’avait fait rire et quiconque
m’a rendu heureux, dieu sera satisfait de lui. »

nabíl rapporte encore que l’un des religieux persans, bien nourri, corpulent,
vint en jour en la présence de Bahá’u’lláh en précisant que son titre était «
Khátamu’l-mujtahidín » c’est-à-dire, le sceau des mujtahids. et Bahá’u’lláh
répliqua :

« inshá’alláh ! » (que dieu le veuille).

Ce sceau-des-mujtahidín était drôle et amusait beaucoup Bahá’u’lláh en lui
racontant des histoires. Bahá’u’lláh lui prodiguait beaucoup de gentillesse.
en fait, chacun : compagnon, visiteur, voisin ou passant, recevait une large
part de sa générosité. nabíl nous dit que tous les habitants du quartier où
vivait Bahá’u’lláh recevaient des cadeaux de lui, et notamment les pauvres,
les handicapés et les orphelins. et lorsqu’il se rendait quelque part, s’il
rencontrait quelqu’un dans le besoin, il était très généreux. une vieille
femme de quatre-vingts ans vivait dans une ruine.

Chaque jour, à l’heure où Bahá’u’lláh se rendait au café près du pont, elle
l’atten-

BaGdad - les dernières années 175

dait au bord de la route. Bahá’u’lláh s’arrêtait, s’enquérait de sa santé et lui
donnait quelques pièces. elle embrassait ses mains et parfois voulait
embrasser son visage, mais comme elle était très petite, elle ne pouvait
l’atteindre et il se penchait vers elle. il disait : « elle sait que je l’aime bien et
c’est pourquoi elle m’aime en retour. » lorsqu’il quitta Bagdad il t en sorte
qu’elle reçoive un peu d’argent chaque jour jusqu’à la n de sa vie. quand il
visitait régulièrement un café, commente nabíl, le lieu devenait tellement
fréquenté par les notables de la ville que le propriétaire prospérait. un de ces
cafés appartenait à siyyid h∆abíb, un homme imposant à la barbe blanche,
président de son quartier. Chaque jour Bahá’u’lláh l’envoyait chercher pour
lui offrir du thé. Pour siyyid h∆abíb, chaque jour passé sans rencontrer
Bahá’u’lláh était un jour perdu et il se sentait frustré. après le départ de
Bahá’u’lláh de Bagdad on ne le vit plus jamais dans son café et il cessa de
boire du thé. h∆amd, un autre propriétaire de café t de même et abandonna
sa profession.

fin 1861 mírzá malkam Khán, qui deviendra prince et aura pour titre
náz∂imu’d-dawlih, se réfugia à Bagdad. à Téhéran, ses activités et
notamment la fondation d’une loge maçonnique appelée farámúsh-Khánih
(la maison de l’oubli), avait grandement énervé nás∂iri’d-dín qui avait
ordonné son exil. Pourtant mírzá Buzurg Khán t savoir que ses supérieurs lui
avaient ordonné d’arrêter malkam Khán et de le renvoyer en Perse. inquiet
ce dernier vint vers Bahá’u’lláh qui, d’après nabíl, jugea plus prudent de le
loger ailleurs. il fut envoyé au Seraye et remis aux soins du vali qui
s’arrangea pour l’envoyer à istanbul.

mírzá muh∂ammad-h∂usayn-i-Kirmání, appelé aussi mírzá muh∂ít∂
rechercha aussi l’aide de Bahá’u’lláh à la même époque. il s’était battu pour
devenir le chef du mouvement shaykhí après le décès de siyyid Káz∂im.
C’est lui qui avait été bouleversé lorsque le Báb l’avait dé é en lui déclarant
sa mission à l’ombre de la Ka’bah à la mecque. C’est pour répondre à ses
questions que le Báb avait révélé le s∆ah∂í y-i-Baynu’l-haramayn. malgré
cela, mírzá muh∂ít∂ s’était détourné du Báb et avait vécu ensuite à Kerbéla
jusqu’à ce que, plus de vingt ans après, il chercha à organiser une rencontre
secrète avec Bahá’u’lláh.

nabíl écrit :

vers la fin de ses jours, alors qu’il résidait en irak, il exprima, par
l’intermédiaire

dans la Gloire du Père

d’un des princes persans demeurant à Bagdad, le désir de rencontrer
Bahá’u’lláh, fei-gnant de se soumettre à lui. il demanda que cette entrevue
projetée fût considérée comme strictement confidentielle. « dites-lui,
répondit Bahá’u’lláh, que pendant les jours de ma retraite dans les
montagnes de sulaymáníyyih, j’ai énoncé, dans une ode de ma composition,
les conditions essentielles requises de chaque voyageur qui parcourt le
sentier de la recherche en quête de la vérité. Partagez avec lui ce verset de
mon ode qui dit : « si ton but est de chérir ta vie, ne t’approche pas de notre
cour, mais si le désir de ton cœur est de te sacrifier, viens et laisse autrui
venir avec toi. Car tel est le chemin de la foi si, dans ton cœur, tu cherches la
réunion avec Bahá ; si tu refuses de parcourir ce sentier, pourquoi nous
tourmenter ? va-t-en ! » s’il le veut, il se hâtera de venir à moi ouvertement
et sans réserve ; sinon, je refuse de le voir. » la réponse sans équivoque de
Bahá’u’lláh déconcerta mírzá muhít. incapable de s’opposer aux directives,
et ne voulant pas s’y conformer, il partit pour sa résidence à Kerbéla, le jour
même où il reçut ce message. dès son arrivée, il tomba malade et mourut
trois jours plus tard.4

en n, mírzá Buzurg Khán fut rappelé en Perse sans avoir pu atteindre son
but, mais il y continua sa vendetta contre Bahá’u’lláh. le gouverneur d’irak
changea aussi et en 1862 mus∂t∂afá núrí Páshá fut remplacé par námiq
Páshá (voir addenda v) qui, ayant déjà gouverné l’irak, était comme son
prédécesseur, un homme juste et désintéressé.

le Gardien de la foi bahá’íe décrit les dernières années à Bagdad : rejetant les
règles de prudence et de modération et oubliant leur fierté devant le prestige
grandissant de Bahá’u’lláh, des Persans de haut rang, qui vivaient en exil,
s’as-seyaient à ses pieds et, selon leurs capacités respectives, se pénétraient
de son esprit et de sa sagesse. quelques-uns des plus ambitieux d’entre eux
comme ‘abbás mírzá, un fils du chah muh∂ammad, le vazír-nizám* et mírzá
malkam Khán ainsi que certains fonctionnaires des gouvernements étrangers
essayèrent, dans l’étroitesse de leurs vues, d’obtenir son appui et son aide
pour servir les projets qu’ils caressaient, projets qu’il condamna sans hésiter
et avec sévérité. le colonel sir arnold Burrows Kemball, alors représentant du
gouvernement britannique et consul général à Baghdád, ne fut pas, lui non
plus, insensible à la position qu’occupait maintenant Bahá’u’lláh. entrant en
correspondance amicale avec lui, il lui offrit, ainsi que l’atteste Bahá’u’lláh
en personne,

* il s’agit de mírzá fad∂lu’lláh-i-núrí, frère aîné de mírzá áqá Khán-i-núrí, le
premier ministre. lorsque ce dernier perdit le pouvoir en 1858, le premier
perdit aussi son poste. C’est alors qu’il vint à Bagdad et y rencontra
Bahá’u’lláh. il mourut à Téhéran en 1279 a.h. (1862-3).

BaGdad - les dernières années 177

le couvert de la citoyenneté britannique, lui rendit personnellement visite, et
prit sur lui de transmettre à la reine victoria tout message qu’il souhaiterait
lui faire parvenir. il se déclara même prêt à faire le nécessaire pour transférer
sa résidence aux indes ou en tout autre lieu qui lui serait agréable.
Bahá’u’lláh déclina cette proposition, préférant élire domicile sur le territoire
du sultan de Turquie. et finalement, pendant la dernière année de son séjour à
Bagdad, le pacha námiq, alors gouverneur, impressionné par les nombreuses
marques d’estime et de vénération dont il était l’objet, lui rendit visite afin de
rendre un hommage personnel à celui qui avait déjà remporté une victoire
aussi évidente sur les cœurs et les âmes de ceux qui l’avaient rencontré. le
respect que le gouverneur portait à celui qu’il considérait comme une des
lumières de cet âge était si profond, qu’il attendit trois mois, au cours
desquels il reçut cinq ordres réitérés du pacha ‘ali, avant de se résoudre à
informer Bahá’u’lláh que le désir du gouvernement turc était de le voir partir
pour la capitale. un jour que Bahá’u’lláh avait envoyé

‘abdu’l-Bahá et áqáy-i-Kalím en visite chez ce gouverneur, celui-ci les reçut
avec une telle recherche et tant de cérémonie, que le gouverneur adjoint
déclara que jamais encore, à sa connaissance, aucun gouverneur de la ville
n’avait reçu une notabilité de façon si chaleureuse et si courtoise. à la vérité,
le sultán ‘abdu’l-majíd avait été si frappé par les rapports favorables de la
part des différents gouverneurs de Bagdad à son sujet (c’est là le témoignage
personnel que le délégué du gouverneur donna à Bahá’u’lláh) qu’en
conséquence, il refusa de donner suite aux requêtes du gouvernement persan,
soit de le livrer à leur représentant, soit d’ordonner son expulsion du
territoire turc.
en aucune des circonstances passées depuis la naissance de la foi, pas même
durant les jours où le Báb fut salué à ispahan, à Tabriz et à Chihríq par les
ovations de la foule enthousiasmée, l’un quelconque de ses promoteurs
n’avait atteint une telle pré-éminence dans l’esprit du public, ou exercé une
influence d’une telle portée et d’une telle puissance sur un cercle
d’admirateurs aussi différents.5

le gouvernement de nás∂iri’d-dín sháh commença à demander avec
insistance que Bahá’u’lláh soit éloigné de la proximité de ses frontières.
mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih, ambassadeur du chah à istanbul,
de concert avec d’autres ambassadeurs dont celui de la france, remuait ciel et
terre pour obtenir le bannissement de Bahá’u’lláh. le grand vizir de Turquie,
‘alí Páshá, et fu’ád Páshá, ministre des affaires étrangères (voir addenda v
pour les deux hommes), qui gouvernaient ensemble l’empire ottoman et qui
étaient connus pour le radicalisme de

dans la Gloire du Père

leurs tendances réformatrices, nirent par céder aux pressions de plus en plus
insistantes de mushíru’d-dawlih et demandèrent à námiq Páshá d’inviter
Bahá’u’lláh à se rendre à istanbul.

námiq Páshá, au courant de toutes les intrigues, complots, machinations,
cabales, mensonges, motivés par les peurs et le fanatisme, ne savait pas de
quelle manière transmettre cette invitation à Bahá’u’lláh. le Gardien, shoghi
effendi, écrit :

le respect que le gouverneur portait à celui qu’il considérait comme une des
lumières de cet âge était si profond, qu’il attendit trois mois, au cours
desquels il reçut cinq ordres réitérés du pacha ‘alí, avant de se résoudre à
informer Bahá’u’lláh que le désir du gouvernement turc était de le voir partir
pour la capitale.6

Bahá’u’lláh célébra la fête de naw-rúz (1863) à mazra’iy-i-vashshásh. Ce fut
une occasion heureuse jusqu’à ce que de sa plume, la Plume la plus sublime,
s’écoule la tablette du Saint nautonier « dont les sombres prédictions, écrit
shoghi effendi, soulevèrent parmi les compagnons de profondes
appréhensions ». le cinquième jour après naw-rúz Bahá’u’lláh reçut un
message du vali, écrit avec une grande courtoisie, lui demandant de venir au
Seraye. Bahá’u’lláh répondit qu’il n’avait jamais mis le pied en cet endroit
mais, si le vali le désirait, ils pourraient se rencontrer à la mosquée qui fait
face au palais du gouverneur. námiq Páshá accepta. s’ouvrirent alors, comme
l’écrit áqá rid∂á, les portes de la calomnie, des rumeurs fausses ou vraies, et
des accusations. quelques ennemis af rmaient que Bahá’u’lláh ne tiendrait
pas parole et qu’il ne viendrait pas à la mosquée. d’autres prédisaient que les
bábís seraient réunis, arrêtés et remis aux autorités persanes de l’autre côté
de la frontière. d’autres préféraient penser qu’ils seraient tous noyés dans le
Tigre.

un jour, en n d’après-midi comme prévu, Bahá’u’lláh sortit de sa demeure
accompagné de áqá muh∂ammad-rid∂a, un jeune Kurde parlant couramment
le turc, et se rendit à la mosquée rendre visite au vali. il interdit à tout autre
de l’accompagner. la nouvelle fut portée à námiq Páshá qui en fut ravi ; mais
au dernier moment il changea d’avis et envoya son représentant, porteur de
la communication qu’il avait reçu d’istanbul.

BaGdad - les dernières années 179

Ce n’était pas un ordre mais une invitation de venir à la capitale qui fut
présentée à Bahá’u’lláh, et il l’accepta dans l’esprit et de la manière dont elle
avait été offerte.

en rentrant chez lui, il t savoir qu’il partirait seul. non seulement sa famille,
mais tous les bábís de Bagdad furent perturbés en entendant ses intentions.
mais les autorités exprimèrent l’espoir que les membres de sa famille, ses
frères et un certain nombre de compagnons pourraient l’accompagner.

Tout se passa exactement à l’inverse de ce que les adversaires avaient
espéré.

la révérence que les autorités montraient envers Bahá’u’lláh était
exemplaire. la somme d’argent qu’on lui offrit pour les dépenses de son
voyage, il l’offrit le jour même aux pauvres. lorsque, sur l’ordre de
Bahá'u'lláh, la Plus-Grande-Branche et áqáy-i-Kalím visitèrent le Seraye
pour rencontrer námiq Páshá, on leur offrit une réception royale. ainsi que
l’écrivit alors la Plus-Grande-Branche :

« l’intervention de dieu fut telle que la joie [des adversaires] fut changée en
tristesse et en chagrin, à tel point que le consul général de Perse à Bagdad
regretta amèrement les plans et complots élaborés par les conspirateurs.
námiq Páshá lui-même, le jour où il lui [Bahá’u’lláh] rendit visite, remarqua
: « avant, ils voulaient que vous partiez. maintenant, ils insistent encore plus
pour que vous restiez. » 7 ils conspirent et dieu conspire, mais dieu est le
meilleur des conspirateurs.

áqá rid∂á écrit que la première nuit, après la rencontre entre Bahá’u’lláh et le
vice-gouverneur, et son retour de la mosquée, alors que la nouvelle du
voyage à istanbul se répandait, les bábís de Bagdad étaient écrasés de
douleur et la pensée de leur séparation prochaine de Bahá’u’lláh les
empêchait de dormir. Beaucoup décidèrent de mourir plutôt que de souffrir
les affres de la séparation.

Graduellement, par des conseils et une attention pleine de tendresse,
Bahá’u’lláh calma leurs craintes, paci a la peine de leur cœur blessé et les
emplit de force pour faire face au futur inconnu avec espoir et détermination.
Pendant les semaines qui précédèrent le temps du départ, Bahá’u’lláh assista
à des réunions organisées dans les demeures de ses compagnons au cours
desquelles il leur parla avec amour, compassion et autorité. et áqá rid∂á
raconte que non seulement les bábís étaient tristes, anxieux, abattus, mais
toute la population de Bagdad ressentait les douleurs de la séparation.

en n vint le moment des préparatifs. ustád Báqir et ustád ah∂mad, deux
frères

dans la Gloire du Père

charpentiers de Káshán, se mirent à construire des kajávih (palanquins) ;
deux autres frères de Káshán, ustád Báqir et muh∂ammad-ismá’íl, tailleurs
de profession, cousirent des vêtements adaptés au voyage.
nabíl-i-a’z∂am fournit dans sa chronique une liste de vingt hommes, autres
que des membres de sa famille et ses frères, que Bahá’u’lláh choisit pour
partir avec lui : ustád Báqir et ustád muh∂ammad-isma’il-i-Khayyát de
Kháshán, tailleurs.

ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání, garçon de bain et barbier.

mírzá áqá ján, le serviteur personnel et secrétaire particulier de Bahá’u’lláh,
à qui fut donné plus tard le titre de Khádimu’lláh : serviteur de dieu.

áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír-i-nayzirí.

áqá rid∂áy-i-qannád-i-shírází, le con seur.

mírzá mah∂múd-i-Káshání.

darvísh s∆idq-’alíy-i-qazvíní.

áqá najaf-’alíy-i-zanjání.

áqá muh∂ammad-Báqir, qahvih-chíy-i-mah∂allátí, le cafetier de mah∂allát.

áqá muh∂ammad-s∆ádiq-i-is∂fahání.

áqá muh∂ammad-’alí, Jilawdár-i-yazdí, le cavalier de yazd, connu aussi
comme s∆abbágh-i-yazdí, le teinturier de yazd.

áqá muh∂ammad-’alíy-i-is∂fahání.

áqá mírzá Ja’far-i-yazdí.

áqá siyyid h∆usayn-i-Káshání.

Khayyát∂-i-Káshání, tailleur de Kashán.

áqá muh∂ammad-Báqir-i-Káshání.

áqá muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ír-i-Káshání.

h∆ájí ibráhím-i-Káshání.
mírzá áqá, munír-i-Káshání, nommé ismu’lláhu’l-muníb, le nom de dieu, le
mécène.

nabíl ne met pas leurs noms dans sa liste, mais les personnes suivantes voya-
gèrent avec Bahá’u’lláh, le second de la liste ayant probablement rejoint la
caravane lors de la deuxième étape du voyage :

áqá ‘abdu’l-Ghaffár-i-isfahání.

áqá h∆usayn-i-áshchí.

áqá muh∂ammad-h∆asan.

BaGdad - les dernières années 181

deux autres personnes, pourtant connues pour leur inconstance, furent
incluses pour diverses raisons dans l’entourage de Bahá’u’lláh : siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání et hájí mírzá ah∂mad-i-Káshání. Ce dernier, non
seulement n’avait pas une foi très solide, mais il était de caractère brutal et
emporté. un jour dans le bazar de Bagdad où il tenait boutique, il avait
insulté une dame d’importance qui lui avait parlé avec hauteur. nabíl-i-azam
indique que cette dame était un membre de la famille royale, la mère de
‘aynu’l-mulk (plus tard appelé i’tid∂ádi’d-dawlih*). à la suite de cet
incident, h∆ájí mírzá ah∂mad fut arrêté par mírzá Buzurg Khán, l’envoyé
perse, mais sauvé par une intervention de Bahá’u’lláh.

nabíl af rme que cet incident conduisit à la destitution de mírzá Buzurg Khán
car la lettre de plainte qu’il écrivit à ses supérieurs à Téhéran montrait
clairement son incapacité et il fut rappelé. Bahá’u’lláh décida alors
d’emmener h∆ájí mírzá ah∂mad avec lui à istanbul pour éviter qu’une telle
chose se reproduise pendant son absence. mais ce commerçant káshání
n’était pas de la même trempe que son illustre frère martyr, h∂ájí mírzá Jání
ou qu’un autre de ses frères dont nous parlerons plus loin : h∆ájí
muh∂ammad-isma’íl-i-dhabíh. Bien que plus tard, à andrinople, il soit
honoré d’une épître de Bahá’u’lláh : l’épître à ah∂mad en persan ( lawh∂-i-
ah∂mad-i-fársí), texte puissant et d’une haute éloquence, il persista dans sa
rudesse, prit parti pour mírzá yah∂yá et nit par retourner à Bagdad où il
connut une mort violente.
quant à siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání, ses activités stupides à Kerbéla, qui
avaient porté tort à la réputation de la religion du Báb, rendaient nécessaire
qu’il fut surveillé bien que Bahá’u’lláh ait d’abord eu l’intention de le laisser
à Bagdad.

selon áqá rid∂á, il en appela à ‘abdu’l-Bahá pour avoir l’autorisation de
rejoindre la caravane. il fut donc inclus dans la suite de Bahá’u’lláh et, dans
le futur, deviendra célèbre en tant qu’antéchrist de la révélation bahá’íe.
mírzá yah∂yá l’avait nommé, ainsi que mullá muh∂ammad-Ja’far-i-naráqí,
un homme de même acabit,

« témoins du Bayán » ; et pourtant ils se considéraient comme supérieur à ce
dernier en talents, en connaissances et en intelligence. nabíl-i-a‘zam qui les
connaissait bien raconte qu’ils s’attendaient à devenir les « rois du Bayán »
et qu’ils fan-tasmaient en se partageant à l’avance les demeures seigneuriales
de la noblesse de

* C’était shír Khán, ls de sulaymán Khán-i-qájár (un oncle maternel de
nas∂iri’d-dín sháh) et troisième mari de ‘izzatu’d-dawlih, la sœur du chah.
shír Khán devint le ílkhání des qájár, responsable des cuisines royales.

dans la Gloire du Père

Téhéran. mullá muh∂ammad-Ja’far allait parfois jusqu’à pointer un doigt
vers lui lorsqu’il parlait de « Celui que dieu rendra manifeste ».

en cette période de crise, alors que Bahá’u’lláh préparait, calme et con ant,
son départ pour un long voyage vers istanbul, mírzá yah∂yá, terrorisé, avait
quitté Bagdad sans informer ses « témoins » de sa cachette (d’après siyyid
mihdíy-i-dahijí). lorsque mullá muh∂ammad-Ja’far arriva de Perse il dut
chercher dans tout l’irak pour trouver mírzá yah∂yá.

le Gardien, shoghi effendi, écrit :

sept années de consolidation patiente, ininterrompue et remarquablement
couronnées de succès, tiraient maintenant à leur fin. une communauté sans
pasteur, soumise, au-dedans comme au-dehors, à une tension énorme et
prolongée, et menacée d’anéantissement, avait été ressuscitée et élevée à une
hauteur sans précédent au cours de ses vingt ans d’histoire. ses fondations
étant renforcées, son esprit ennobli, ses points de vue transformés, sa
direction sauvegardée, ses principes fondamentaux restaurés, son prestige
rehaussé, ses ennemis déconcertés, la main du destin se préparait peu à peu à
la lancer dans une nouvelle phase de sa carrière mouvementée, phase dans
laquelle bonheur et malheur tout ensemble allaient lui faire traverser un
stade de plus dans son évolution. le libérateur, le seul espoir et, en fait, le
chef reconnu de cette communauté, qui en avait constamment imposé aux
auteurs de tant de complots destinés à l’assassiner, qui avait rejeté avec
dédain tous les timides conseils lui enjoignant de fuir loin de la scène du
danger, qui avait fermement repoussé les offres généreuses et répétées de la
part d’amis et de disciples désireux d’assurer sa sécurité personnelle, qui
avait remporté une victoire aussi incontestable sur ses adversaires, ledit
libérateur était poussé en cette heure propice, de par l’irrésistible processus
de développement de sa mission, à transférer sa résidence dans un centre
infiniment plus important, dans la capitale de l’empire ottoman, siège du
califat, centre administratif de l’islám sunnite, et lieu de séjour du plus
puissant monarque du monde islamique.8

traces de la plume très exaltée

PendanT son séjour à Bagdad, Bahá’u’lláh révéla trois de ses écrits parmi les
plus connus : les paroles cachées (vers 1858), les sept vallées et le kitáb-i-
Íqán ou le livre de la certitude (vers 1852). les quatre vallées fut aussi révélé
pendant cette période.

se promenant sur les rives du Tigre, Bahá’u’lláh réfléchissait à la proximité
de dieu (« nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire »*) et
l’éloignement de l’homme ; l’abondance de la grâce et de l’amour de dieu, et
le refus obstiné et pervers de l’homme de boire à cette fontaine éternelle. les
paroles cachées (kalimát-i-Maknúnih) - connu aussi sous le titre de Sah∂í y-
i-Fát∂imíyyih : le livre de Fát∂imih - est le produit de ses méditations. il
propose en une prose claire et cap-tivante, en persan et en arabe, ces vérités
inchangeables et éternelles qu’on trouve au cœur de toutes les religions
révélées. sa vaste portée, l’exquise tendresse de ses métaphores et de ses
descriptions, la majesté, une majesté écrasante, de sa conception, élèvent
l’âme et ouvrent devant les yeux de l’esprit des panoramas sans n sur
l’amour et la miséricorde de dieu, de sa justice et de sa puissance - une
puissance universelle. les paroles cachées montrent dans leur clarté
cristalline la structure même de la foi et de la religion :

Proféré par la langue de pouvoir et de puissance voici ce qui fut révélé du
royaume de gloire aux Prophètes d’autrefois. nous en avons extrait la
quintessence, la revêtant de brièveté en signe de grâce envers les justes, afin
qu’ils demeurent fidèles à l’alliance de dieu, se montrent dignes de sa
confiance durant leur vie et acquièrent le joyau de la vertu divine au
royaume de l’esprit.

ô fils de l’homme ! voilé en mon être immémorial et dans l’antique éternité
de mon essence, je connaissais mon amour pour toi, aussi t’ai-je créé. J’ai
gravé en toi mon image et je t’ai révélé ma beauté.

* coran : 50, 15

dans la Gloire du Père

ô fils de l’homme ! si tu m’aimes renonce à toi-même ; et si tu cherches mon
bon plaisir, ne pense pas au tien. ainsi tu mourras en moi et je vivrai en toi,
éternellement.

ô fils de l’existence ! des mains du pouvoir, je t’ai formé et des doigts de
puissance, je t’ai créé ; en toi j’ai placé l’essence de ma lumière. sache t’en
satisfaire et ne cherche rien d’autre car mon œuvre est parfaite et mon
commandement impératif. ne le mets ni en question ni en doute.

ô fils de l’homme ! Tu es mon bien et mon bien ne périt pas. Pourquoi
crains-tu de mourir ? Tu es ma lumière et ma lumière ne s’éteint jamais.
Pourquoi crains-tu de t’éteindre ? Tu es ma gloire et ma gloire ne ternit pas.
Tu es mon vêtement et mon vêtement jamais ne s’use. reste donc ferme en
ton amour pour moi afin de me trouver au royaume de gloire.
ô fils de l’esprit ! noble, je t’ai créé, pourquoi t’abaisses-tu ? élève-toi vers ce
pourquoi tu fus créé.

ô compagnon de mon trône ! n’écoute pas le mal et ne vois pas le mal, ne
t’abaisse pas et ne laisse échapper ni soupir ni larmes. ne dis pas de mal afin
de ne pas en entendre dire de toi, ne grossis pas les fautes des autres pour
que les tiennes ne paraissent pas graves, et ne souhaite l’humiliation de
personne afin que la tienne ne soit pas apparente. l’esprit sans tache, le cœur
immaculé, les pensées pures et l’âme sanctifiée, vis les jours de ta vie plus
courts qu’un moment fugitif. alors, libre et heureux, tu abandonneras cette
forme mortelle pour te retirer dans le paradis mystique et demeurer à jamais
au royaume éternel.

ô fils de la justice ! où peut aller l’amant sinon au pays de son aimée ? et
quel chercheur trouverait le repos loin du désir de son cœur ? Pour l’amant
sincère, la réunion est la vie, la séparation est la mort. impatient, son cœur
n’a point de paix. il sacrifierait une myriade de vies pour se précipiter vers la
demeure de son aimée.

ô enfants de désir ! ôtez le vêtement de fatuité et dépouillez-vous de l’habit
d’orgueil.

ô frères ! soyez indulgents les uns pour les autres et ne vous attachez pas aux
choses d’ici-bas. ne soyez pas fiers dans la gloire ni honteux dans
l’infortune. Par

TraCes de la Plume Très exalTée 185

calligraphie de Mishkín-Qalam. c’est la dernière phrase des Paroles cachées
en arabe. on y voit trois styles d’écriture : en haut, le nasta‘líq , au milieu, le
shikastih et en bas, en naskh , la signature du calligraphe : « le serviteur à
la porte de bahá, Mishkín-Qalam, 99 (1299 de l’hégire - 1881-2) ma beauté
! J’ai créé toutes choses de la poussière et je les renverrai à la poussière.

ô enfants de poussière ! dites aux riches les soupirs nocturnes des pauvres,
de peur que l’insouciance ne les conduise sur le chemin de la destruction et
ne les prive de l’arbre de richesse. la générosité et la munificence sont parmi
mes attributs. heureux celui qui se pare de mes vertus.

ô tyrans de la terre ! Cessez toute oppression car je me suis promis de ne
pardonner aucune injustice. Ceci est mon pacte ; je l’ai consigné
irrévocablement dans la tablette préservée et scellée de mon sceau.1

Telle est la portée des conseils qu’on trouve dans les paroles cachées.

les sept vallées fut composé en réponse à des questions de shaykh muh∂yi’d-
dín, le cadi de Khániqayn*. C’est un bijou de prose mystique, d’une beauté,
d’une simplicité et d’une profondeur incomparables. dans ce petit ouvrage
Bahá’u’lláh décrit les étapes qu’un chercheur doit traverser au cours de sa
quête spirituelle. la n de toute recherche est la connaissance de dieu et cette
connaissance ne peut

* un village d’irak proche de la frontière iranienne.

dans la Gloire du Père

s’acquérir que par la connaissance de sa manifestation. Ces sept vallées, ou
étapes, sont la vallée de la recherche, de l’amour, de la connaissance, de
l’unité, du contentement, de l’émerveillement ; de la vraie pauvreté et de
l’anéantissement absolu.

la vallée de la recherche

la première vallée est celle de la recherche dans laquelle la monture se
nomme patience. sans patience, le voyageur n’arrive nulle part et n’atteint
aucun but. (...) lutterait-il cent mille ans sans parvenir à contempler la beauté
de l’ami qu’il ne devrait pas vaciller (...) au cours de ce voyage, le chercheur
parvient au point d’où il voit toutes les choses créées à la recherche affolée
de l’ami…

la vallée de l’amour

(...) sans la souffrance, coursier de cette vallée, le voyage n’aurait pas de fin.
(...) à chaque instant, il offre cent fois sa vie dans le sentier de Celui qu’il
aime, et à chaque pas il jette mille fois sa tête aux pieds de l’aimé. (...)
l’amour ne veut pas de l’existence et ne tient pas à la vie : dans la mort il
voit la vie et cherche la gloire dans la honte…

la vallée de la connaissance

en cette vallée, le voyageur perspicace ne voit dans l’œuvre de dieu, le
véritable, ni contradiction ni incohérence (...) dans l’ignorance il perçoit
maint savoir caché, et dans la connaissance, cent mille sagesses. (...)

la vallée de l’unité

Parvenu au terme de la vallée de la connaissance, dernier état de limitation,
le voyageur entre dans la vallée de l’unité, boit à la coupe de l’absolu et
contemple les manifestations de l’unicité. (...) il entend par l’ouïe de dieu et
voit par son œil les mystères de la création divine (...) il considère toute
chose de l’œil de l’unité. il voit les rayons de splendeur du soleil divin
briller, du levant de l’essence, sur tout ce qui existe, et les lumières de l’unité
se refléter dans toute la création.

la vallée du contentement

là, il ressent le contentement divin soufflant des hauteurs de l’esprit. il brûle
les voiles du besoin et, de son œil intérieur et extérieur, il perçoit dans le
visible et l’invisible de toutes choses le jour où « dieu pourvoira chacun
avec largesse ». du chagrin, il passe à la béatitude, de l’angoisse à la joie. sa
peine, son affliction, cèdent au délice et au ravissement. (...)

TraCes de la Plume Très exalTée 187

la vallée de l’émerveillement
d’abord il voit que la richesse est la pauvreté même et l’essence de la liberté
lui semble pure impuissance. là, il est frappé de mutisme devant la beauté du
Très-Glorieux ; ici, sa propre vie lui pèse. (...) le voyageur s’y trouve en
pleine confusion. à chaque instant, il découvre un monde merveilleux, une
nouvelle création, et d’étonnement en étonnement, il s’affole de terreur
devant les œuvres du seigneur de l’unité.

la vallée de la vraie pauvreté et de l’anéantissement absolu (...) où l’on
meurt à soi-même pour vivre en dieu, où l’on appauvrit son moi pour
s’enrichir du désiré. (...) et lorsque tu auras atteint cette très haute condition
et ce monde immense, tu contempleras l’aimé et tu en oublieras tout le reste.
(...) dans cette cité, les voiles de lumière eux-mêmes sont déchirés et
anéantis. (...) ni la parole, ni l’argument, mais l’extase seule peut faire
comprendre ce sujet. (...) Ces voyages n’ont pas de fin visible dans le monde
du temps mais le voyageur détaché - s’il reçoit la confirmation invisible et
l’aide du Gardien de la Cause - peut parcourir les sept étapes en sept pas,
plutôt en sept souffles, voire en un seul si tel est le désir et la volonté de
dieu.2

les quatre vallées, autre diamant de prose mystique fut aussi révélé à
Bagdad.

sous la forme d’une lettre adressée à shaykh ‘abdu’r-rah∂mán-i-Karkútí, un
érudit aux idées larges, son texte est beaucoup plus court mais partage les
mêmes qualités que les sept vallées.

le kitáb-i-Íqán ou le livre de la certitude, fut écrit en réponse à des questions
présentées par h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad, un des oncles maternels du
Báb, surnommé Khál-i-akbar (l’oncle aîné). avec son frère, h∆ájí mírzá
h∆asan-’alí, surnommé Khál-i-as∂ghar (l’oncle cadet) il visita les mausolées
sacrés d’irak en 1862.

Pendant les six années courtes et mouvementées que dura la mission de leur
neveu, ils restèrent fermes dans leur soutien et le défendirent, mais aucun
d’eux ne lui avait fait serment d’allégeance. Bahá’u’lláh lui-même relate
dans une épître que h∆ájí siyyid Javád-i-Karbilá’í lui parlant de la présence
de ces deux oncles du Báb en irak, il lui demanda s’ils avaient parlé de la
cause du Báb. devant sa réponse négative Bahá’u’lláh dit dans cette épître
qu’il ne souhaitait pas que des parents si proches du Point premier soient
privés de la grâce conférée par la religion de leur

dans la Gloire du Père

illustre neveu ; il demanda à h∆ájí siyyid Javád de lui faire rencontrer l’un
des deux.

alors qu’il était à Chiraz, h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad avait été
encouragé par un de ses parents, áqá mírzá áqá, núri’d-dín, de partir en irak,
of ciellement pour un pèlerinage aux lieux saints chiites, mais en réalité pour
y rencontrer Bahá’u’lláh. (Jeune homme, áqá mírzá áqá avait été converti à
la religion bábíe par sa tante, Khadíjih Bigum, la femme du Báb). aussi,
lorsqu’il vit que c’était h∆ájí siyyid Javád-i-Kárbilá’í, qu’il connaissait bien,
qui lui apportait l’invitation de Bahá’u’lláh, h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad
accepta avec plaisir. dans la même épître, Bahá’u’lláh mentionne que
lorsqu’il demanda à h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad ce qui le bloquait dans
son progrès, celui-ci répliqua que quelques questions le préoccupaient
profondément. Bahá’u’lláh lui conseilla d’écrire ces questions a n qu’on
puisse y répondre. récemment, parmi les documents laissés par h∆ájí mírzá
siyyid muh∂ammad, on a retrouvé les questions présentées à Bahá’u’lláh.
écrites de sa main, on peut lire que ces questions concernent surtout l’attente
chiite de l’avènement du qá’im de la famille de muh∂ammad.

les questions de h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad peuvent se classer en quatre
groupes :

1. le jour de la résurrection. la résurrection sera-t-elle corporelle ? le monde
déborde d’injustice, comment les bons seront-ils récompensés et les
méchants punis ?

2. le douxième imam est né à une certaine époque et vit toujours. de
nombreuses traditions l’attestent. Comment peut-on l’expliquer ?

3. l’interprétation des écrits saints. Cette cause semble ne pas se conformer
aux croyances acceptées depuis des années. on ne peut ignorer le sens littéral
des écritures sacrées. Comment peut-on l’expliquer ?
4. suivant les traditions venues des imams, certains événements doivent
arriver à l’avènement du qá’im. Certains sont mentionnés précisèment.
aucun n’est arrivé. Comment l’expliquer ?

voilà le sens général des questions présentées à Bahá’u’lláh par l’oncle du
Báb.

en réponse à ces questions Bahá’u’lláh révéla le kitáb-i-Íqán en quarante-
huit heures. le manuscrit original, écrit de la main de ‘abdu’l-Bahá avec des
ajouts dans les marges de Bahá’u’lláh lui-même est maintenant préservé
dans les archives bahá’íes internationales sur le mont Carmel.

TraCes de la Plume Très exalTée 189

fát∂imih Khánum afnán, arrière-petite- lle de h∆ájí mírzá siyyid
muh∂ammad avait hérité de ce manuscrit et l’offrit au Gardien de la foi
bahá’íe. une copie probablement transcrite pour h∆ájí mírzá h∆asan-‘alí le
jeune oncle du Báb (qui, bien qu’il n’ait pas accompagné son frère en
présence de Bahá’u’lláh, ne tarda pas à lui déclarer son allégeance), est daté
d’un an après sa révélation. il est aujourd’hui en possession d’un des arrière-
arrière-petit-fils de h∆ájí mírzá h∆asan-‘alí. l’auteur est lui-même en
possession d’une belle copie de la main de áqá mírzá áqáy-i-rikáb-sáz, le
premier martyre de Chiraz et porte la date de 1871 (voir le frontispice).

le livre de la certitude est sans doute le premier des écrits de Bahá’u’lláh à
avoir été imprimé. une superbe copie, lithographiée sans doute à Bombay et
non datée, était en circulation au début des années quatre-vingt du dix-
neuvième siècle.

dans ce livre, décrit par le Gardien de la foi bahá’íe comme « Prééminent
parmi les écrits de l’auteur de la révélation bahá’íe », Bahá’u’lláh présente
une explication logique, claire et irréfutable, du symbolisme des écritures du
passé et de leurs passages énigmatiques, démontre la réalité de la révélation
progressive et apporte des preuves pour soutenir la mission divine du Báb.
shoghi effendi ajoute : de tous les livres révélés par l’auteur de la révélation
bahá’íe ce livre seul, en abat-tant les barrières séculaires qui avaient séparé
d’une manière si radicale les grandes religions du monde, a posé
d’inattaquables et vastes fondements pour une réconciliation complète et
permanente de leurs fidèles.3.

on ne peut présenter en une simple citation une image adéquate du vaste
champ couvert par ce livre important. en parlant des pouvoirs et des signes
de dieu manifestés dans la création tout entière, Bahá’u’lláh écrit :

Tout ce qui est dans les cieux et sur terre n’est donc qu’une manifestation
des attributs et des noms de dieu, si bien que dans chaque atome sont enfouis
les signes du soleil de réalité.

sans la puissance de cette manifestation rien n’existerait. Combien de soleils
de savoir sont cachés dans le moindre atome ! Combien de mers de sagesse
sont contenues dans une goutte d’eau ! que dire alors de l’homme qui a reçu
de tels dons et qui est mis au premier rang des êtres existants ? Toutes les
qualifications et les noms que l’homme attribue à dieu se retrouvent
potentiellement en lui d’une façon plus parfaite que chez

dans la Gloire du Père

n’importe quel autre être vivant, et en fait, tous ces noms ne qualifient que
lui-même.

C’est ce que signifient ces paroles : « l’homme est mon mystère et je suis
son mystère »

(...)

l’homme, qui est la plus digne et la plus parfaite des créatures, est plus
capable que n’importe quel autre être de représenter et de réunir les qualités
divines. Ceux d’entre les hommes qui sont les plus parfaits, les meilleurs,
sont les manifestations du soleil de vérité et l’on peut dire que les autres
n’existent que par leur vouloir, n’agissent que par leur bonté (...)

Ces tabernacles de sainteté, ces miroirs qui réfléchissent une lumière
glorieuse et éternelle, ne sont que les expressions de celui qui est l’invisible
des invisibles, avec tous ses noms et attributs : savoir, pouvoir, souveraineté,
grandeur, miséricorde, sagesse, gloire, bonté et générosité.4

les manifestations de dieu, fondateurs des religions du monde, apportent la
volonté de dieu et son dessein pour l’humanité. ils sont le logos - le verbe de
dieu.

en eux rien ne peut se voir que la réalité et la lumière de dieu.

Comme les portes sont fermées par lesquelles cette identité réelle serait
accessible aux hommes, par la miséricorde infinie de celui dont « la
miséricorde englobe tous les êtres »

et dont « la merci dépasse toutes choses », les joyaux brillants du monde de
l’esprit sont apparus sur cette terre dans le corps noble de l’homme et se sont
manifestés à lui, afin qu’il puisse à son tour faire connaître au monde les
mystères de cette identité éternelle et de cette impérissable essence. Ces
saints miroirs, lieux d’apparition de l’ancienne gloire, sont tous, et chacun,
les interprètes sur terre de celui qui est l’astre central de l’univers, son
essence et son but ultime. leur savoir est son savoir, leur pouvoir son
pouvoir, leur puissance sa puissance, leur beauté sa beauté, leur révélation
un signe de sa gloire immortelle ; ils sont les trésors de la connaissance et les
dépositaires de la sagesse suprême, l’apparition de la bonté infinie, et les
aurores du soleil éternel. 5

Ce n’est qu’un des grands thèmes que dévoile le livre de certitude.

Parfois, pendant son séjour à Bagdad, Bahá’u’lláh demandait à mírzá áqá
Ján de laisser les eaux du Tigre emporter au loin les traces de sa plume. dans
une tablette révélée bien plus tard à acre, Bahá’u’lláh en parle. nabíl se
souvient que certains de ces écrits furent sauvés grâce aux supplications de
mírzá áqá Ján et ils furent insérés dans la tablette de munáját-i-h∆úríyyih
(Prière à la houri).

la marche du roi de gloire
le soleil se couchait le 22 avril 1863 (le trente-deuxième jour après naw-rúz),
lorsque Bahá’u’lláh quitta pour la dernière fois la maison qui avait été sa
demeure dans la ville des abassides et se dirigea vers la rive du Tigre où un
quf h attendait pour lui faire traverser le euve jusqu’au jardin de najíb Páshá
connu sous le nom de najíbíyyih. la voie vers le euve était pleine de monde.
hommes et femmes, enfants et vieillards, de toutes origines sociales s’étaient
réunis pour le voir partir et se lamentaient de son départ.

Tout en se dirigeant vers le euve, Bahá’u’lláh donnait généreusement des
aumônes aux pauvres, et aux démunis, et consolait, réconfortait ces gens qui
n’allaient jamais plus le revoir. mais ils étaient si conscients, si malheureux
de la perte qu’ils allaient subir que les mots ne pouvaient les consoler. et
n’oublions pas que la grande majorité de ces gens n’avaient aucun lien avec
la religion du Báb. ibn-álúsí, un dirigeant religieux de la communauté
sunnite pleurait à chaudes larmes en maudissant nás∂iri’d-dín sháh qui était
tenu pour responsable de l’exil de Bahá’u’lláh loin de Bagdad. « Cet homme
n’est pas nás∂iri’d-dín : celui qui aide la religion, mais mukhdhili’d-dín :
celui qui humilie la religion ». si l’on pense que cette réaction est celle d’un
notable qui n’avait pas de liens avec la religion du Báb, on peut imaginer les
sentiments de ceux des bábís qui étaient forcés de rester à Bagdad. áqá rid∂á
écrit qu’ils étaient si inconsolables que ceux qui devaient accompagner
Bahá’u’lláh partageaient leur chagrin. « dieu seul sait, dit-il, comment ceux
qui restaient purent supporter ces jours-là. »

le printemps eurissait et le jardin de najíb Páshá, qui allait être connu par les
bahá’ís comme le jardin de rid∂ván (paradis) était empourpré des
nombreuses nuances des roses éclatantes qui s’épanouissaient abondamment
ce jour-là. Ceux qui ont écrit à propos de ce 22 avril dans le jardin de
rid∂ván s’étendent particulièrement sur la beauté des roses, sur la profusion
et les bénédictions de la nature. un tel jour, où la nature était si exubérante et
le cœur des hommes si lourd de chagrin,

dans la Gloire du Père

n’était-il pas le jour approprié où proclamer la bonne nouvelle du printemps
divin ?
la plume de Bahá’u’lláh écrit à propos de ce jour :

voici venu le printemps divin, ô Plume sublime, car la fête du miséricordieux
approche à grands pas. lève-toi donc pour magnifier le nom de dieu devant la
création tout entière, et célébrer sa louange de telle sorte que toutes choses
créées en soient régé-nérées et rénovées. Parle, et ne prends aucun repos. le
soleil de l'allégresse brille à l'horizon de notre nom, le Bienheureux, car le
nom de ton seigneur, Créateur des cieux, orne le royaume du nom de dieu.
lève-toi face aux nations de la terre, arme-toi du pouvoir de ce plus grand
nom, et ne traîne pas.

Pourquoi t'arrêtes-tu, ô Plume, et cesses-tu de courir sur ma tablette ? l'éclat
du visage divin t'aurait-il déconcertée, les vains discours des incroyants
t'auraient-ils à ce point remplie de tristesse que tes mouvements en sont
paralysés ? que rien ne t'empêche d'exalter la grandeur de ce Jour où le doigt
de majesté et de pouvoir rompt le sceau du vin de réunion et appelle tous les
habitants des cieux et de la terre. Tarderas-tu encore, alors que souffle déjà
sur toi la brise qui annonce le jour de dieu, ou bien seras-tu de ceux qu'un
voile sépare de lui ?

ô seigneur de tous les noms et Créateur des cieux, jamais aucun voile ne m'a
empêchée de reconnaître la gloire de ton Jour qui est le phare du monde
entier, et qui, devant tous ses habitants, témoigne de l'ancien des jours.

mon silence a pour cause les voiles qui te cachent aux yeux de tes créatures,
et la raison de mon mutisme est dans les obstacles qui privent ton peuple de
reconnaître ta vérité. Tu sais ce qui est en moi, mais j'ignore ce qui est en toi.
Tu es l'omniscient, l'informé. Par ton nom qui surpasse tous les noms ! si ton
ordre impérieux et irrésistible devait jamais m'atteindre, il me donnerait le
pouvoir de revivifier toutes les âmes par ta parole sublime que prononce la
langue de puissance en ton royaume de gloire, comme je l'ai entendue. il me
permettrait d'annoncer la révélation de ton resplendissant visage qui a
manifesté en ton nom, le Perspicace, le Protecteur souverain, l'absolu, tout ce
qui était caché aux yeux des hommes.

ô plume, peux-tu trouver autre que moi en ce jour ? qu'est-il advenu de la
création et de ses manifestations ? et les noms et leur royaume, que sont-ils
devenus ? où sont passées toutes les choses créées, tant visibles qu'invisibles
? et qu'en est-il des secrets cachés et des révélations de l'univers ? vois, la
création tout entière s'est éteinte ! il ne reste que mon visage, l'éternel, le
resplendissant, le Très-Glorieux.

voici le jour où seules se voient les splendeurs de la lumière qui rayonne de
la face de ton seigneur, le Clément, le Généreux. en vérité, sur notre ordre
irrésistible et sou-

la marChe du roi de Gloire 193

verain, toutes les âmes ont expiré. Puis, nous avons appelé à l'être une
création nouvelle en signe de notre grâce envers les hommes. Je suis en
vérité le Très-Généreux, l'ancien des jours.

voici le jour où le monde invisible s'écrie : « ô Terre, grande est ta
bénédiction car tu es devenue le marchepied de ton dieu, et tu as été choisie
pour être le siège de son trône puissant », et le royaume de gloire s'exclame :
« que ma vie te soit offerte en sacrifice, car le Bien-aimé du Très-
miséricordieux a établi sur toi sa souveraineté par le pouvoir de son nom
promis à toutes choses, passées et futures. » voici le jour où mon vêtement
répand sur toute la création son parfum qui imprègne toute chose embaumée.

voici le jour où les torrents de la vie éternelle jaillissent de la volonté du
Très-miséricordieux. de tout votre cœur et de toute votre âme, hâtez-vous d'y
boire à satiété, ô assemblée des royaumes célestes !

dis : il est la manifestation de l'inconnaissable, l'invisible des invisibles,
puissiez-vous le comprendre. il est celui qui découvre à vos yeux le précieux
Joyau caché, si vous êtes de ceux qui cherchent. il est le Bien-aimé de toutes
choses passées et futures.

que votre amour et votre espoir soient placés en lui !

ô Plume, ta supplique monte jusqu'à nous et nous excusons ton silence.
qu'est-ce qui a pu te troubler à ce point ?

ô Bien-aimé de tous les mondes, l'ivresse de ta présence s'est emparée de
moi.
lève-toi et proclame devant toute la création que le Très-miséricordieux a
dirigé ses pas vers le ridván et qu'il y est entré. Puis, guide le peuple jusqu'au
jardin de délices dont dieu a fait le trône de son paradis. nous t'avons élue
pour être notre très puissante trompette dont la sonnerie doit annoncer la
résurrection de toute l'humanité.

dis : voici le paradis dont les frondaisons portent ce témoignage, inscrit par
le vin de la Parole : « Celui qui était caché aux yeux des hommes est révélé
et il est investi du pouvoir et de la souveraineté ! » voici le paradis dont le
bruissement des feuilles proclame : « ô vous, habitants du ciel et de la terre,
vient d'apparaître ce qui n'était jamais apparu. Celui qui, de toute éternité,
avait caché sa face à la vue de la création est maintenant venu ! » de la brise
qui souffle dans ses branches, s'élève le cri : « le souverain seigneur de
toutes choses est aujourd'hui manifeste. le royaume est à dieu », et de ses
ruisseaux sourd le murmure : « Celui que personne n'a contemplé, dont nul
n'a encore pénétré le secret, soulève le voile de gloire, découvre le visage de
beauté, et tous les yeux sont réjouis. »

des plus hauts séjours de ce paradis, les vierges célestes s'écrient : «
réjouissez-vous, habitants des royaumes d'en-haut, car au cœur même des
cieux, la voix de l'ancien des jours lance le plus grand appel au nom du Très-
Glorieux. la main de la

dans la Gloire du Père

munificence passe à la ronde les coupes de vie éternelle. approchez-vous et
buvez à satiété. savourez ce breuvage vivifiant, ô vous qui incarnez l'attente
ardente, ô vous qui personnifiez le désir passionné ! »

voici le jour où le révélateur des noms de dieu sort du tabernacle de gloire et
proclame pour tous ceux qui sont au ciel et sur terre : « ecartez les coupes du
paradis avec les eaux vivifiantes qu'elles contiennent, car voici que le peuple
de Bahá entre dans la demeure bénie de la Présence divine et boit le vin de la
réunion au calice de la beauté de son seigneur, l'omnipossédant, le Très-haut
».
ô Plume, oublie le monde de la création et tourne-toi vers la face de ton
seigneur, le seigneur de tous les noms. Puis, pare le monde des faveurs de
ton seigneur, le roi des jours qui ne finissent point. Car nous respirons le
parfum du jour où le désir de toutes les nations répand sur les royaumes de
l'invisible et du visible la lumière resplen-dissante de ses noms les plus
excellents et les enveloppe de l'éclat des flambeaux de ses faveurs les plus
précieuses, faveurs que seul peut compter l'omnipotent Protecteur de toute la
création.

ne vois les créatures de dieu que par l'œil de la bonté et de la miséricorde,
car notre tendre sollicitude pénètre toutes choses créées, et notre grâce
embrasse et la terre et les cieux. voici le jour où les vrais serviteurs de dieu
partagent les eaux vivifiantes de la réunion, le jour où ceux qui sont proches
de lui peuvent se désaltérer au fleuve tranquille de l'immortalité, où ceux qui
croient en son unité boivent le vin de sa présence par la simple
reconnaissance de celui qui est la fin suprême de tout ; en lui la langue de
majesté et de gloire lance cet appel : « le royaume est mien. et moi, de mon
propre droit, je suis son souverain. »

Par la voix de celui qui est l'unique Bien-aimé, attire le cœur des hommes.
dis : c'est la voix de dieu, si vous pouviez l'entendre. C'est l'aurore de la
révélation de dieu, si seulement vous le saviez. C'est l'aube de la cause de
dieu, si seulement vous la recon-naissiez. C'est la source des
commandements de dieu, si seulement vous en jugiez avec équité. C'est le
secret manifeste et caché, puissiez-vous le saisir. ô peuples du monde, rejetez
en mon nom, qui surpasse tous les autres noms, tout ce que vous possédez et
plongez-vous dans cet océan qui recèle dans ses profondeurs les perles de la
sagesse et de la parole et qui s'enfle en mon nom, le Très-miséricordieux.
ainsi vous instruit celui qui détient le livre mère.

le Bien-aimé est venu, il tient dans la main droite le vin cacheté de son nom.

heureux l'homme qui se tourne vers lui, qui boit à satiété et s'écrie : « loué
sois-tu, ô révélateur des signes de dieu ! » Par la vertu du Tout-Puissant !
toute chose cachée est révélée par le pouvoir de la vérité. Toutes les faveurs
de dieu sont dispensées en signe

la marChe du roi de Gloire 195
de sa miséricorde, et toutes les eaux de vie éternelle sont offertes aux
hommes. la main du Bien-aimé fait passer chaque coupe à la ronde, l'une
après l'autre. approche-toi, ne t'attarde pas, ne fût-ce qu'un instant.

Bénis ceux qui s'élèvent sur les ailes de l'abnégation et atteignent cet état
qui, sur l'ordre de dieu, couvre de son ombre la création tout entière. Bénis
ceux que les vaines imaginations des savants et toutes les armées de la terre
ne peuvent détourner de sa cause ! qui parmi vous, ô peuple, renoncera au
monde pour se rapprocher du seigneur de tous les noms ? s'en trouvera-t-il
un qui, armé du pouvoir de mon nom qui surpasse toutes choses créées,
rejettera les biens de ce monde et s'attachera de toutes ses forces à ce que lui
a prescrit d'observer dieu qui connaît toutes choses, tant visibles qu'invisibles
? sa générosité est dispensée à chacun, sa promesse est accomplie et sa
preuve resplendit à l'horizon de la miséricorde. Grande sera la récompense
de celui qui croit et qui s'exclame : « loué sois-tu, ô Bien-aimé de tous les
mondes ! magnifié soit ton nom, ô toi, désir de tout cœur éclairé ! »

ô peuple de Bahá, réjouis-toi d'une joie sans pareille en évoquant ce Jour de
suprême félicité où s'exprima la langue de l'ancien des jours car il a quitté sa
demeure pour se rendre au lieu d'où il répandit sur la création tout entière les
splendeurs de son nom, le Très-miséricordieux. dieu est notre témoin. si
nous révélions les secrets de ce jour, tous les habitants du ciel et de la terre
s'évanouiraient et mourraient à l'exception de ceux que préserverait dieu, le
Tout-Puissant, l'omniscient, le Très-sage.

l'effet enivrant des paroles de dieu sur le révélateur de ses preuves
indubitables est tel que sa plume ne peut se mouvoir plus longtemps. et de
conclure sa tablette par ces paroles : « il n'est de dieu que moi, le sublime, le
Tout-Puissant, l'excellent, l'omniscient ! »

alors qu’écrivains et chroniqueurs ont longuement témoigné de la foule des
gens qui se pressaient, de leurs expressions de tristesse, de l’excellence du
travail des jardiniers, on ne sait rien de la manière dont Bahá’u’lláh t cette
déclaration si longtemps attendue. Comme l’écrit le Gardien de la foi bahá’íe
: sur les circonstances exactes qui entourèrent cette déclaration historique,
nous ne sommes malheureusement que trés peu renseignés. les paroles que
Bahá’u’lláh prononça effectivement à cette occasion, la façon dont il
présenta sa déclaration, la réaction qu’elle produisit, le choc qu’en reçut
mírzá yah∂yá, l’identité de ceux qui eurent le pri-vilége d’entendre
Bahá’u’lláh, tout cela reste enveloppé dans une obscurité que les historiens
futurs auront du mal à percer. la description fragmentaire laissée à la
postérité

dans la Gloire du Père

par son chroniqueur nabíl représente l’un des rares récits authentiques que
nous possédions sur les journées mémorables qu’il passa dans ce jardin. «
Chaque jour, raconte nabíl, avant l’aube, les jardiniers cueillaient les roses
qui bordaient les quatre avenues du jardin et les empilaient par terre, au
milieu de sa tente bénie. le tas était si élevé que, lorsque ses compagnons se
réunissaient pour boire leur thé du matin en sa présence, ils ne pouvaient se
voir au-dessus. de ses propres mains, Bahá’u’lláh confiait toutes ces roses à
ceux qu’il renvoyait de sa présence chaque matin, avec mission de les
remettre de sa part à ses amis arabes et persans de la ville. » « une nuit,
continue nabíl, la neu-viéme nuit de la lune ascendante, je montais la garde
avec d’autres, près de sa tente bénie. Comme minuit approchait, je le vis
sortir de sa tente, passer près de quelques-uns de ses compagnons endormis,
et commencer à faire les cent pas dans les allées bordées de fleurs du jardin,
sous le clair de lune. de tous côtés, le chant des rossignols était si fort que,
seuls, ceux qui étaient proches de lui pouvaient entendre distinctement sa
voix.

il continua de marcher jusqu’à ce que, s’arrêtant au milieu de l’une des
avenues, il observe : « voyez ces rossignols. leur amour pour ces roses est si
fort que, veillant du crépuscule jusqu’à l’aube, ils gazouillent leurs mélodies
et, dans une passion brûlante, communient avec l’objet de leur adoration.
Comment ceux qui se prétendent embrasés d’amour pour la beauté du Bien-
aimé - celle de la rose même - peuvent-ils se résoudre à dormir ? » Pendant
trois nuits consécutives je veillais, effectuant des rondes autour de sa tente
bénie. Chaque fois que je passais près du lit sur lequel il était étendu, je le
trouvais éveillé, et chaque jour, du matin au soir, je le voyais sans cesse
occupé à converser avec le flot de visiteurs qui ne cessaient d’arriver de
Bagdad. Pas une seule fois je ne pus découvrir, dans les paroles qu’il
prononçait, le moindre indice de dissimulation. » 2
áqá rid∂á décrit aussi le ot constant des gens qui venaient chaque jour de
Bagdad rendre visite à Bahá’u’lláh et qui ne supportaient pas d’être séparés
de lui.

il explique que la nourriture venait de la maison de Bahá’u’lláh à Bagdad, où
sa famille résidait encore, ainsi que de la maison de mírzá músáy-i-Javáhirí.

námiq Páshá lui-même vint et proposa de fournir à Bahá’u’lláh tout le
nécessaire pour le voyage tout en demandant d’être pardonné. Bahá’u’lláh
lui assura qu’ils avaient tout le nécessaire et, comme námiq Páshá insistait
qu’on lui laisse rendre quelque service, Bahá’u’lláh répondit : « sois
prévenant avec mes amis et traite-les avec bonté. » le vali promit. il écrivit
aussi une lettre pour tous les of -

ciels se trouvant sur la route d’istanbul, leur demandant de fournir tout le
nécessaire aux voyageurs, et con a ce document à l’of cier chargé de les
accompagner.

la marChe du roi de Gloire 197

mais áqá rid∂á indique que tout au long de la route, Bahá’u’lláh refusa
d’accepter de telles exactions ; ils achetèrent, en les payant toujours, leurs
provisions. námiq Páshá avait encore une autre demande à faire. il avait un
superbe cheval qu’il voulait envoyer à Constantinople et demanda la
permission de le con er aux hommes de Bahá’u’lláh, ce qui fut accepté. áqá
h∆usayn-i-áshchí raconte que ce cheval, qui devait être rendu au ls de námiq
Páshá, fut donc con é à siyyid h∆usayn-i-Káshí (Káshání) avec sans doute la
recommandation de bien le traiter. siyyid h∆usayn était un homme simple,
plaisant et blagueur. il cherchait toujours à faire ou à dire quelque chose qui
puisse amuser Bahá’u’lláh et le faire sourire. áshchí raconte qu’il avait
l’habitude de danser et de faire des cabrioles devant le cheval de
Bahá’u’lláh, un étalon rouan de belle race appelé sa’údí. un jour, au cours du
voyage, il vint à la tente de Bahá’u’lláh pour se plaindre que la Plus-Grande-
Branche donnait assez de foin et d’orge à tous les animaux sauf à son cheval,
mais voyant ‘abdu’l-Bahá entrer dans la tente il prit ses jambes à son cou et
s’enfuit au désert. siyyid h∆usayn, d’après áshchí, resta avec Bahá’u’lláh
jusqu’au départ pour andrinople (édirne). alors Bahá’u’lláh lui demanda de
retourner chez lui en compagnie d’autres personnes qui les avaient rejoints
en route. désirant toujours amuser Bahá’u’lláh, il demanda aux bahá’ís qui
restaient de ne pas oublier, chaque fois que son nom serait mentionné, de
rappeler quelques-unes de ses pitreries a n de faire sourire Bahá’u’lláh.

le neuvième jour la famille de Bahá’u’lláh le rejoignit dans le jardin de
najíbíyyih et le douzième jour fut choisi pour le départ. voilà pourquoi la fête
de rid∂ván dure douze jours. le dernier jour les gens ne cessaient de se
presser dans le jardin pour faire leurs adieux. en n les mules furent chargées,
les palanquins furent harnachés sur leurs dos, les femmes et les enfants
prirent place dans les palanquins et, vers le coucher du soleil, l’étalon rouan
fut présenté à Bahá’u’lláh pour qu’il le monte. Toutes les narrations qui nous
sont parvenues parlent d’un cri de détresse insupportable montant de la foule
éplorée, voyant Bahá’u’lláh à cheval prêt à partir. le cri « alláh’u’akbar -
dieu est le plus grand » résonnait régulièrement. on se jetait sous les sabots
de son cheval et, comme l’exprime áqá rid∂á,

« c’était comme un cheval céleste avançant sur les corps sancti és de cœurs
purs. »

Ce jour-là ils découvrirent à quel point Bahá’u’lláh était bon cavalier. durant

dans la Gloire du Père

toutes les années passées à Bagdad, alors que les chevaux n’avaient jamais
manqué, áqá rid∂á raconte que Bahá’u’lláh avait toujours choisi de monter
un âne. un autre symbole de l’autorité divine qu’il déployait maintenant fut
le nouveau couvre-chef qu’il porta le premier jour de rid∂ván, lorsque
quittant pour la dernière fois sa demeure il s’installa dans le jardin de
najíbíyyih avant son départ pour la capitale de l’empire turc. on vit alors
qu’il portait un táj nement brodé. un certain nombre de ces toques de feutre,
rouge, verte, jaune et blanche, toutes magni -

quement brodées avec soin et talent, sont conservées.

le soleil allait se coucher lorsqu’ils atteignirent firayját, à cinq kilomètres de
là, sur la rive du Tigre. la caravane s’arrêta pendant sept jours dans ce jardin
verdoyant entourant un très grand manoir. Bahá’u’lláh y séjourna pendant
qu’à Bagdad son frère, mírzá músá, s’occupait à régler leurs dernières
affaires et à empaqueter et charger leurs affaires. à firayját, on t courir les
chevaux pour les tester et Bahá’u’lláh prouva de nouveau qu’il était un
excellent cavalier. il avait deux autres chevaux en plus de son étalon sa’údí,
un nommé farangí et l’autre sa’íd. les jeunes ls de Bahá’u’lláh pouvaient
occasionnellement monter deux ânes. à firayját les gens continuaient à
arriver de Bagdad. ils ne pouvaient supporter d’être séparés de la présence
de Bahá’u’lláh.

en route, Bahá’u’lláh prenait place dans le palanquin et montait son cheval à
l’approche d’un village ou d’une petite ville pour rencontrer les notables et
les of -

ciels qui, immanquablement, venaient à sa rencontre l’accueillir. un homme
appelé h∆ájí mah∂múd marchait devant en tenant les rênes de la mule qui
portait son palanquin pendant que mírzá áqá Ján, mírzá áqáy-i-munir
surnommé ismu’lláhu’l-muníb, et áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír-i-nayrízí
marchaient de chaque côté.

‘abdu’l-Bahá nous a donné un récit délicieux et vivant de l’esprit de ce
voyage dans ses souvenirs de mírzá áqáy-i-munír (Jináb-i-munír ; voir
addenda v) : au temps où Bahá’u’lláh et sa suite quittaient Bagdad en grande
pompe, Jináb-i-munir accompagnait le groupe à pied. en Perse, le jeune
homme était connu pour son goût pour une vie agréable et facile, son amour
du plaisir et aussi pour sa nature tendre et délicate ; il était habitué à faire ce
qu’il voulait. on peut deviner ce qu’une personne comme lui avait à
supporter, allant à pied de Bagdad à Constantinople. Ce fut pourtant avec
plaisir qu’il mesura chaque kilomètre du désert, passant ses jours et ses nuits
en
la marChe du roi de Gloire 199

dessin d’un palanquin ( kajávih ou howdah ) psalmodiant des prières et en
communiant avec dieu.

C’était un compagnon très proche pendant ce voyage. Certaines nuits, nous
marchions chacun d’un côté du palanquin de Bahá’u’lláh, et la joie que nous
ressentions est indescriptible. Parfois il chantait des poèmes, dont certaines
odes de h∆á z∂ comme celle qui commence ainsi : « Viens, éparpillons ces
roses, répandons ce vin », ou cette autre :

« Pour notre roi bien que nous ployions le genou,

nous sommes rois de l’étoile du matin.

nous n’avons pas de couleurs changeantes -

lions rouges et dragons noirs, c’est nous ! » 3

le septième jour, la caravane prit en n sa route en direction de
Constantinople.

en longeant le Tigre ils arrivèrent à Judaydah en n d’après-midi. il n’y avait
pas de jardin et l’on dressa les tentes pour une halte de trois jours.

à Judaydah, shát∂ir-rid∂á rejoignit la caravane amenant avec lui áqá
muh∂ammad-h∆asan, jeune garçon dont le père áqá ‘abdu’r-rasúl-i-qumí
était alors prisonnier à Téhéran et devait mourir en martyre à Bagdad. Cet
áqá muh∂ammad-h∆asan grandit dans la famille de Bahá’u’lláh et le servit
dèlement.

Plus tard il fut chargé de s’occuper de la maison des pèlerins à acre. l’auteur
se souvient clairement de áqá muh∂ammad-h∆asan, alors très âgé, dans
l’acre des

dans la Gloire du Père
années vingt du vingtième siècle. devenu incapable de servir à la maison des
pèlerins, il s’installa dans la maison de Bahá’u’lláh à acre, Bayt-i-’abbúd, et
en prit soin. le vieil homme possédait un véritable trésor, de nombreux
spécimens de l’écriture de Bahá’u’lláh qu’il gardait dans une malle et qu’il
montrait avec grand plaisir aux visiteurs. h∆ájí muh∂ammad-Taqí, le
náyibu’l-iyálih, rejoignit aussi Judaydah depuis Bagdad. mais lorsque la
caravane leva le camp pour reprendre son voyage, Bahá’u’lláh lui ordonna,
ainsi qu’à shát∂ir-rid∂á, shaykh s∆ádiq-i-yazdí et ustád ‘abdu’l-Karím de
retourner à Bagdad. shaykh s∆ádiq était un vieil homme très dévoué à
Bahá’u’lláh. il souffrait tant de sa séparation d’avec lui qu’il ne put trouver
de repos et, peu de temps après, il partit solitaire, vers istanbul.

mais ne nit jamais le voyage et mourut en chemin à ma’dan-i-nuqrih. (voir
page 214)

áqá rid∂á qui, avec l’aide de mírzá mah∂múd-i-Káshání (voir addenda v)
était responsable de la cuisine, de la préparation et de la distribution des
repas, a donné une liste longue et intéressante des autres tâches et de leurs
responsables : áqá muh∂ammad-Báqir-i-mah∂allátí achetait le café et
préparait les narguilehs ; deux frères, ustád Báqir et ustád muh∂ammad-
ismá’íl, natifs de Káshán, s’occupaient du thé et du samovar. áqá
muh∂ammad-ibráhím-i-amír et áqá najaf-’alí plan-taient les tentes et étaient
chargés de la sécurité du camp. mírzá áqá Ján et áqáy-i-munír servaient
Bahá’u’lláh. darvísh s∆idq-’alí, siyyid h∆usayn-i-Káshání et h∆ájí ibráhím
s’occupaient des chevaux. áqá muh∂ammad-’alíy-i-Jilawdár (voir addenda
v) étaient chargés de trouver du foin et de l’orge pour les animaux. áqá
muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ir et mírzá Ja’far achetaient ce dont on avait
besoin en cours de route. ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání (voir addenda
v), en plus de pratiquer son art, veillait aux biens et aux tentes pendant le
voyage. áqá ‘abdu’l-Ghaffár (áqá ‘abdu’lláh ; voir addenda v) qui parlait
bien le turc se rendait utile en parlant avec les gens de la caravane. les deux
garçons, áqá muh∂ammad-h∆asan et áqá h∆usayn (connu plus tard sous le
nom de áshchí) servaient les dames.

d’après áqá rid∂á les autres membres de la suite de Bahá’u’lláh étaient áqá
muh∂ammad-’alíy-i-is∂fahání, áqá muh∂ammad-s∂ádiq, siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání et h∆ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání.
les services rendus par áqá rid∂á lui-même et par mírzá mah∂múd-i-Káshání
furent décrits par ‘abdu’l-Bahá à son secrétaire :

la marChe du roi de Gloire 201

... [ils] ne s’arrêtaient jamais. dès notre arrivée, ils commençaient
immédiatement à préparer le repas pour un groupe d’environ soixante-dix
personnes, et ce, après avoir travaillé dur toute la journée ou toute la nuit à
guider les chevaux qui portaient le palanquin de la Perfection bénie. quand le
repas était cuit, tous ceux qui s’étaient endormis s’éveillaient, mangeaient et
s’endormaient de nouveau. les deux hommes lavaient alors les plats et les
empaquetaient. ils étaient alors si fatigués qu’ils auraient pu dormir sur du
rocher nu.

il leur arrivait, pendant le voyage, alors qu’ils étaient épuisés, de dormir en
marchant. régulièrement j’en voyais un se mettre soudain à sauter par-ci,
par-là. on s’aper-cevait alors qu’il s’était endormi et rêvait qu’il avait atteint
un large ruisseau, d’où le saut !

en un mot, de Bagdad à sámsún, ils servirent avec une rare délité. aucun être
humain n’aurait pu supporter avec le sourire ce lourd travail. mais parce
qu’ils étaient en ammés (par l’esprit de dieu) ils rendirent tous ces services
avec une grande joie. Je me souviens, lorsque tôt le matin nous allions partir
pour un autre caravansérail, nous trouvions ces deux hommes profondément
endormis. il fallait les secouer fort pour qu’ils s’éveillent avec dif culté. mais
en marchant ils chantaient des prières et des invocations. 4

‘abdu’l-Bahá, dans ce même récit, explique brièvement mais explicitement
la nature du voyage qui les attendait. « souvent, de jour comme de nuit, nous
couvrions une distance de quarante ou cinquante kilomètres. dès notre
arrivée au caravansérail, complètement épuisé, tout le monde se couchait et
s’endormait. exténué, personne n’aurait pu bouger davantage. » quant à lui,
il n’avait souvent aucun repos, ou si peu, car il avait la tâche de s’occuper de
la nourriture et des nécessités quotidiennes de tout le groupe, y compris les
animaux.4

de Judaydah, la caravane se dirigea vers dilí-’abbás, situé dans une plaine
verdoyante au bord du euve. les tentes furent à nouveau dressées. mais à
cause de la chaleur du jour, on avait l’habitude de voyager de nuit et, minuit
sonnant, la caravane reprit sa route pour arriver le lendemain à qarih-Tapih ;
l’étape suivante serait s∆aláh∂íyyih, une petite ville proche d’une montagne,
située sur un af uent de la rivière diyáláh, où résidait un qá’im-maqám. le
qá’im-maqám et les notables de l’endroit vinrent au-devant de la caravane
pour saluer les voyageurs et présenter

dans la Gloire du Père

la marche du roi de gloire. le voyage de bahá’u’lláh depuis bagdad jusqu’à
istanbul.

la marChe du roi de Gloire 203

leurs respects. mais leur accueil dépassa les limites des obligations sociales
et ils organisèrent une vraie fête en l’honneur de leurs invités. après un arrêt
de deux nuits au cours desquelles les autorités organisèrent des tours de
garde contre l’incursion de brigands éventuels, la caravane repartit la
troisième nuit, malgré une obscurité dense et des vents souf ant en tempête.
áqá rid∂á eut, cette nuit-là, une expérience terri ante. Tout en marchant il
s’endormait par intermittence ; remarquant que áqá muh∂ammad-ibráhím-i-
amír s’était accroupi un moment pour réparer le palanquin transportant
Bahá’u’lláh, il t de même et s’endormit immédiatement.

il dormit cinq heures d’af lée et à son réveil, aucune caravane en vue ! dans
la nuit impénétrable son absence n’avait pas été remarquée. C’est le bruit fait
par quelques hommes chevauchant des ânes qui l’avait éveillé et pensant que
c’était sa caravane, il partit dans leur direction. mais ils étaient trop rapides.
effrayé, craintif, il continua à avancer et remarqua soudain le re et d’un feu
dans le lointain.

áqá rid∂á se dit que ce devait être le brasero d’áqá muh∂ammad-Báqír. il
avait raison. C’était l’aube, l’heure de la prière du matin. le palanquin de
Bahá’u’lláh était arrêté. en rejoignant la caravane, áqá rid∂á rencontra
d’abord mírzá músá, áqáy-i-Kalím, qui lui apprit qu’on venait juste de
remarquer son absence et qu’on était prêt à envoyer des hommes à sa
recherche.

áqá h∆usayn-i-áshchí rapporte de nombreux incidents semblables et ce
devait être très courant qu’un voyageur s’égare au cœur de la nuit.

Ce matin-là la caravane arriva à dúst-Khurmátú (sur les cartes : Tuz-
Khurmátú) et installa le campement dans un taillis. la nuit suivante les
emmena jusqu’à la colline de Táwuq où coulait une petite rivière. ils
passèrent ensuite à Karkúk où ils restèrent deux jours dans un verger en
dehors de la ville. ils étaient arrivés dans le pays des Kurdes où vivait un
chef derviche qui avait environ 50 000 disciples éparpillés dans toute la
mésopotamie. Comme d’habitude, les of ciels vinrent au-devant des visiteurs
leur rendre hommage. Puis un homme apparemment exalté s’avança en
hurlant. l’entourage de Bahá’u’lláh voulut l’arrêter mais celui-ci, qui avait
vécu deux ans parmi ces gens, leur demanda de le laisser tranquille. Karkúk
était la plus grande ville du bas-Kurdistan, située sur la rivière Khazá-chai
traver-sée ici par un très haut pont. l’eau était froide, le courant rapide, mais
un homme, voulant montrer ses capacités, sauta du haut du pont dans la
rivière. Cet exploit plut beaucoup à Bahá’u’lláh et lorsque le plongeur lui fut
amené, il lui donna une

dans la Gloire du Père

somme d’argent. quelques grands personnages, en route vers mosul pour
affaires, rent une courte apparition voulant rendre visite à Bahá’u’lláh, ce qui
perturba grandement siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání et quelques autres qui
en restèrent perplexes.

la route continuait vers irbíl (arbíl) ville historique près de laquelle alexandre
livra aux Perses une grande bataille en octobre 331 avant J.-C. située sur la
frontière entre les mondes arabes et kurdes elle n’était plus que ruines
comparée à sa grandeur d’antan. la plaine dans laquelle elle est construite
s’ouvre à l’ouest sur la vallée du grand záb, un af uent du Tigre et, au sud,
sur la vallée du petit záb.

surmontée d’un château construit au sommet d’une colline, c’était la ville-
marché des Kurdes de cette région et le siège d’un qá’im-maqám.

la caravane arriva le jour de al-’íd al-ad∂h∂á, l’une des deux grandes fêtes
musulmanes qui célèbre le sacri ce d’abraham et au cours de laquelle les
dèles envahissent la mecque pour accomplir les rites du pèlerinage. les
notables de la ville vinrent accueillir Bahá’u’lláh en lui offrant de la viande
d’animaux sacri és. leur attachement à Bahá’u’lláh était évident et
attendrissant.

laissant irbíl la caravane arriva aux rives du grand záb. Cette puissante
rivière sur les rives de laquelle de grandes batailles furent livrées* fut
franchie par bateau.

deux mules furent emportées et personne ne put les sauver. le début de la
nuit se passa dans un campement sur la rive qu’ils avaient atteint et à minuit,
alors qu’ils étaient prêts à repartir, un grand vent commença de souf er. après
une courte halte dans un village nommé Barat∂allih, peuplé de chrétiens, ils
atteignirent mosul une heure ou deux après le lever du soleil.
un camp fut monté sur la rive est du Tigre où est situé nabíyu’lláh-yúnis qui
tire son nom de la tombe du prophète Jonas que chrétiens et musulmans
croient être enterré là. la plus grande partie de l’ancienne ninive s’étend sur
la rive est mais mosul est bâtie sur la rive ouest, à l’emplacement d’un
ancien faubourg. Bien qu’en grande partie ruinée, mosul est encore une belle
ville, située sur les pentes du Jabal-Jubilah, ses maisons formant un
amphithéâtre de dix kilomètres de circon-férence.

mírzá yah∂yá, déguisé, était déjà arrivé à mosul en compagnie d’un arabe
nommé z∆áhir. áqá rid∂á remarque que son attitude l’avait déjà diminué aux
yeux

* C’est là que se décida le sort de ommeyades, en janvier 750 de notre ère.

la marChe du roi de Gloire 205

de son compagnon, qui était soi-disant son serviteur et, lorsqu’on le
rencontrait, il se plaignait de la conduite qu’avait z∆áhir envers lui : « il est
toujours couché et bien qu’il sache combien je déteste l’odeur du tabac, il
bourre sa pipe constamment et laisse des spirales de fumée se répandre. »
áqá rid∂á relate que mírzá yah∂yá avouait : « Je n’ai pas quitté Bagdad avec
vous car j’avais peur qu’on vous livre aux autorités persanes ; je me suis
donc déguisé pour échapper à cette éventuali-té. » Bahá’u’lláh avait
pourtant, d’après áqá rid∂á, invité mírzá yah∂yá en ces termes : « si tu veux
venir aussi j’en informerai námiq Páshá, mais viens à découvert ! » et mírzá
yah∂yá avait refusé l’invitation. arrivé à mosul, assez loin de la frontière
persane, mírzá yah∂yá eut enfin le courage de se montrer, tout en gardant son
déguisement. en dehors de mírzá áqá Ján et de siyyid muh∂ammad-i-
is∂fahání qui le connaissaient, les autres ne savaient pas qui il était. Certains
le prenaient pour un juif qui avait rejoint la caravane pour voyager en
sécurité et ils le traitaient amicalement. il lui arrivait, raconte áqá rid∂á,
d’entrer dans la tente commune à tous les hommes mais sans révéler son
identité.

dans une épître adressée aux bahá’ís de Chiraz, ‘abdu’l-Bahá leur donne un
rapport détaillé de la vie de mírzá yah∂yá, de ses craintes de poltron, de son
incompétence, de sa faiblesse devant sa femme, de son évitement constant
des dangers réels ou imaginaires, de son échec à proclamer la cause du Báb.
il écrit : en atteignant mosul, un camp fut établi sur la rive du Tigre où les
notables de la ville af uaient par groupes pour venir en la sainte présence [de
Bahá’u’lláh]. vers minuit, z∆áhir, l’arabe dont j’ai déjà parlé, vint annoncer
que son honneur [mírzá yah∂yá] attendait dans une auberge en dehors de la
ville et souhaitait rencontrer quelqu’un. mon oncle mírzá músá partit tout de
suite pour le rencontrer. mírzá yah∂yá demanda des nouvelles de sa famille
et on lui répondit qu’ils étaient là, qu’ils avaient leur propre tente et qu’il
pouvait aller leur rendre visite. il répondit qu’il pensait que ce n’était pas
envisageable mais qu’il accompagnerait la caravane dans laquelle sa famille
voyagerait. C’est ainsi qu’il continua vers diyábakr, la tête couronnée d’une
corde noire, un bol à aumônes à la main, ne parlant qu’avec les arabes et les
Turcs de la caravane. à diyábakr, il t savoir qu’il rendrait visite de nuit à sa
famille et qu’au matin il rejoindrait le gros de la caravane. Ce qu’il fit.
Puisque h∆ájí siyyid muh∂ammad le connaissait, il prétendit être un
derviche persan, une de ses connaissances qui venait lui rendre visite. quant
aux autres amis qui ne l’avaient jamais vu, ils ne le reconnurent

dans la Gloire du Père

pas.5

‘abdu’l-Bahá raconte ensuite comment mírzá yah∂yá se lança dans une
dispute avec siyyid muh∂ammad, l’homme qui dans les années à venir allait
devenir son principal soutien et son mauvais génie, puis alla s’en plaindre
auprès de Bahá’u’lláh. après avoir entendu aussi les explications de siyyid
muh∂ammad, Bahá’u’lláh lui reprocha d’avoir causé une polémique.

la caravane s’arrêta pendant trois jours à mosul où Bahá’u’lláh et sa suite
visitèrent les bains publics. au coucher du soleil le troisième jour on leva le
camp et l’on partit vers zákhú à trois étapes de là. la dernière étape traversait
une région hostile où vivaient des Kurdes yazídí. la caravane s’arrêta au pied
d’une montagne. les Kurdes leur refusèrent des sentinelles, ne voulurent pas
leur vendre de la nourriture, les insultèrent et leur lancèrent des pierres. C’est
donc les membres de la caravane qui montèrent la garde ; un groupe chantait
: « à qui est le royaume ? » et un autre groupe répondait : « à dieu, le Tout-
Puissant, l’omnipotent ». à l’aube, la caravane fatiguée par l’expérience de la
nuit, reprit lentement son chemin. la route passait maintenant dans une
région montagneuse, aux passes et dé lés étroits, ombragée par des arbres au
feuillage épais. áqá rid∂á relate que les progrès étaient forcément lents
puisque la manœuvre pour faire passer les palanquins était difficile. en
approchant de zákhú, le qá’im-maqám de l’endroit envoya un grand nombre
d’hommes pour aider à la progression du voyage et notamment pour les
palanquins. Chaque palanquin était placé en position puis engagé par quatre
hommes. C’est ainsi qu’ils allèrent et, en approchant de zákhú, ils trouvèrent
le qá’im-maqám en personne, entouré des notables de la ville les attendant
au bord du chemin pour les saluer et rendre hommage à Bahá’u’lláh. ils
accueillirent les voyageurs avec chaleur et joie et déjà une fête était prête
que Bahá’u’lláh accepta avec grâce. le mufti insista particulièrement pour
dire à quel point ils en étaient honorés. Bahá’u’lláh dit au qá’im-maqám : «
Chaque fois que sur notre chemin on voulait nous traiter en invités et nous
offrir une fête, nous avons refusé ; l’arche de noé ne s’est posée que sur le
mont ararat. » áqá rid∂á remarque que zákhú n’était pas très loin du mont
ararat. la caravane traversa la rivière et áqá rid∂á se souvient de ses eaux
froides. les tentes furent plantées à l’opposé de la ville. áqá rid∂á se souvient
que le mufti disait que si Bahá’u’lláh pouvait rester quelques jours dans leur
ville, tous ses habitants lui seraient très dévoués. mais le jour passa vite et, à

la marChe du roi de Gloire 207

Vue de Mosul, depuis la rive opposée du tigre

(d’apès geary, Through asiatic Turkey )
la nuit tombée, la caravane reprit sa route vers Jazírih. le qá’im-maqám leur
avait envoyé divers cadeaux, notamment de la neige, et il avait puni les
Kurdes rebelles de la nuit précédente. la rivière de zákhú se jetait dans une
autre rivière qui barrait leur route et le qá’im-maqám leur offrit de nouveau
une escorte pour les aider à traverser tout en protégeant les palanquins.

le jour suivant on atteignit Jazírih. la caravane campa au pied d’un vieux
château au bord d’une rivière. quelques siècles avant, au temps de la
dynastie kurde des ayyoubides fondée par le célèbre s∆aláhi∂’d-dín
(saladin), Jazírih était une ville prospère qui avait depuis perdu son
importance. au quatorzième siècle une grande communauté juive vivait ici
et, au début du dix-neuvième siècle c’était devenu le refuge des yazídís
jusqu’à ce qu’une attaque turque les passe presque tous au l de l’épée.
depuis, la population était principalement kurde.

au coucher du soleil la caravane reprit sa route vers nis∂íbín qui eut aussi son
importance dans l’histoire : résidence de Tigranes d’arménie, le protecteur
romain contre les Parthes, sa population compta plusieurs milliers
d’habitants ; mais, ayant connu de mauvais jours, elle était devenue le siège
d’un simple mudír. ici les tentes furent plantées en un endroit délicieux près
du torrentueux Jakhjakh qui se jette en

dans la Gloire du Père

rapides dans la rivière Khabur.

de nis∂íbín la caravane se dirigea vers márdín à quelques étapes de là. l’une
de ces étapes, un lieu appelé h∆asan-ághá, était située sur une plaine aride,
sans verdure ni pâturage et uthmán, le muletier, se plaignait du manque de
nourriture pour les bêtes. Cette nuit-là, comme le raconte áqá rid∂á,
Bahá’u’lláh sortit de sa tente pour s’enquérir du bien-être des membres de sa
suite.

‘abdu’l-Bahá se souvenait de ces jours :

en ce temps-là, une famine faisait rage le long de notre route. lorsque nous
arrivions à une étape, mírzá Jaf’ar et moi nous allions à cheval de village en
village, d’une tente arabe à une tente kurde pour essayer d’obtenir de la
nourriture, du foin, de l’orge, etc. pour les hommes et les animaux. souvent
nous ne revenions pas avant minuit.

un jour nous rencontrâmes un Turc qui fauchait. voyant une grande meule de
foin nous pensâmes être au bout de nos peines. Je demandai poliment au
Turc : « nous sommes vos invités et l’une des règles de la religion est
d’honorer les nouveaux arrivants. on dit que vous êtes un peuple généreux,
charitable, et que chaque fois que vous recevez un invité vous cuisinez pour
lui un mouton entier. maintenant, nous avons besoin de ceci et de cela et
nous sommes prêts à les acheter à votre prix. est-ce assez raisonnable ? »

il ré échit un moment et dit : « ouvre ton sac ! »

mírzá Jaf’ar l’ouvrit et le Turc lui donna quelques poignées de foin.

amusé, je lui dis : « mais mon ami, que pouvons-nous faire avec ce foin ?
nous avons trente-six animaux et il nous faut nourrir chacun d’eux ! »

en bref, nous rencontrâmes partout de grandes dif cultés jusqu’à notre
arrivée à Khárpút. nos animaux étaient devenus maigres et marchaient avec
dif culté, mais nous ne pouvions trouver ni foin ni orge pour eux. 6

après h∆asan-ághá la caravane s’arrêta dans un village blotti au pied du mont
márdín, massif de calcaire surmonté d’une forteresse imprenable. C’est là
que pendant la nuit deux mules, appartenant à un arabe de la caravane, furent
volées. le propriétaire était désespéré. Bahá’u’lláh demanda à l’of cier qui
accompagnait la caravane de tenter de retrouver les animaux. malgré l’aide
d’autres personnes, la recherche fut sans succès. au moment du départ le
pauvre arabe vint en larmes supplier Bahá’u’lláh. « vous partez, gémissait-il,
et je ne retrouverai jamais mes

la marChe du roi de Gloire 209

bêtes. » Bahá’u’lláh t immédiatement annuler le départ. « nous irons à
firdaws, dit-il, et nous y resterons jusqu’à ce que cet homme ait retrouvé ses
mules. » áqá rid∂á explique que firdaws (Paradis) était un beau manoir bâti
au sommet de la montagne, entouré d’un verger, près de la ville de márdín
qui est situé à une altitude de 1200 mètres. et firdaws était vraiment un
endroit splendide, avec ses nombreux ruisseaux. les palanquins y furent
conduits et la tête de la caravane qui était déjà partie t demi-tour. le
gouverneur de márdín, entouré d’officiels et de notables s’empressa de venir
accueillir Bahá’u’lláh pendant que des hommes étaient chargés de ranger et
de nettoyer la maison, de remettre en état les ruisseaux et les irrigateurs. Puis
les notables de la ville commencèrent à arriver aux portes de firdaws, en un
flot continu, pour présenter leurs hommages. Près de la moitié de la
population était chrétienne : des arméniens, des chaldéens, des jacobites et
des syriens qui avaient fui vers les montagnes devant les attaques des
musulmans et des chrétiens orthodoxes.

le gouverneur menaçant d’emprisonnement le chef du village où les mules
avaient été volées, celui-ci proposa une somme d’argent en compensation.
mais Bahá’u’lláh rétorqua que l’arabe avait le droit de récupérer ses bêtes. le
deuxième jour le chef du village proposa une note garantie par de hauts
fonctionnaires de l’état qui offrait de payer une somme de 60 livres, la valeur
de deux mules, avant un mois. Bahá’u’lláh refusa aussi cette offre. le chef du
village comprit alors qu’il était inutile d’insister, envoya chercher les mules
et les rendit à leur malheureux propriétaire. les gens étaient grandement
surpris car ce n’était jamais arrivé avant.

aucun objet volé n’avait jamais été rendu, aucun propriétaire volé n’avait
jamais récupéré son bien. áqá h∆usayn-i-áshchí raconte dans ses mémoires,
quelque quarante ans plus tard, que divers officiels vinrent expliquer à
Bahá’u’lláh le rôle qu’ils avaient joué dans la restitution des mules et
reçurent une récompense appropriée.

le gouverneur reçut un splendide châle en cachemire, le mufti une copie
enlumi-née du coran et le chef des cavaliers un fourreau d’épée orné de
pierres.

le troisième jour, le but de la halte à firdaws étant atteint, Bahá’u’lláh
ordonna le départ. on assista alors à un autre événement d’une rare
splendeur. le chemin passait par la rue principale de la ville de márdín. au
rythme des tambours, la cavalerie gouvernementale, drapeaux au vent,
précédait la caravane qui était escor-tée par le mutas∂arríf, d’autres officiels
et des notables. Toute la population était là,

dans la Gloire du Père

une foule venue acclamer le passage de la caravane. depuis le sommet de la
montagne la descente fut lente. Puis Bahá’u’lláh dit au revoir à l’escorte et
lui dit de retourner en ville ; la caravane, elle, continua son chemin à travers
un paysage de taillis et de prairies luxuriantes. à la tombée du jour on
s’arrêta dans un lieu verdoyant au bord d’un torrent. on planta les tentes pour
la nuit. en trois jours et deux étapes on atteignit une autre ville historique,
diyárbakr, au cœur du Kurdistan.

diyárbakr, à l’extrême nord de la mésopotamie, est bâtie sur le site de
l’ancienne ámid, au croisement stratégique de deux routes importantes entre
les bassins du Tigre et de l’euphrate, au point de rencontre des territoires
ethniques des Turcs, des arméniens, des Kurdes et des arabes. à six cents
mètres d’altitude, elle domine une immense plaine très fertile, grenier à blé
historique du moyen orient. malgré un climat tempéré, l’atmosphère de la
ville, construite en murs de basalte noir, était malsaine et humide, et ses rues
étroites et boueuses suffisent peut-être à expliquer la réception désagréable
qu’elle accorda aux voyageurs.

quoi qu’il en soit, le vali de diyárbakr, h∆ájí Kíyámilí Páshá, à la différence
de ses collègues fonctionnaires, et sans qu’on en sache la raison, n’était pas
du tout amical. il refusa d’aider la caravane à trouver un endroit adéquat
pour camper. le fonctionnaire chargé d’accompagner la caravane était arrivé
en ville bien avant pour trouver un tel endroit. mais lorsque la caravane
arriva devant les portes de la ville, elle dut attendre un long moment avant
qu’il revienne. on l’avait fait attendre deux heures pour lui dire que la
caravane devait aller à ‘alí-Párib, au sud de diyárbakr. or ils s’étaient arrêtés
du mauvais côté et il fallut, avec difficulté, faire demi-tour et contourner la
ville pour arriver à ‘alí-Párib, un grand verger entourant un beau manoir.
mais l’entrée leur fut refusée au prétexte que les odeurs de cuisine
dérangeraient les vers à soie qu’on y élevait. inutile de discuter ; inutile de
retourner voir le vali récalcitrant, et Bahá’u’lláh dit à sa suite de monter les
tentes à l’extérieur du verger. Ces manœuvres avaient pris toute la journée et
ce n’est qu’au coucher du soleil que la caravane put enfin se reposer.
Ce vali si discourtois reçut peu après sa récompense. on manquait de pain à
diyárbakr et les prix montèrent exagérément. se posant des questions les
gens conclurent, à tort ou à raison, que le vali lui-même était responsable de
leurs malheurs. ils se révoltèrent et lui infligèrent une telle humiliation que le
gouvernement

* dans un télégramme du 1er juillet 1863, m. i.G. Taylor, consul britannique
à diyárbakr, envoya un rapport à l’ambassadeur britannique à Constantinople
:

la marChe du roi de Gloire 211

n’eut d’autre choix que de le limoger.*

la caravane resta trois jours en dehors de diyárbakr. maintenant qu’ils étaient
bien loin de la frontière avec l’iran, mírzá yah∂yá se fit reconnaître par tous.
selon áqá rid∂á il commença même à participer à la vie de la caravane, allant
en ville avec des compagnons pour faire des emplettes. si l’on se souvient
que quelques hommes, tels qu’un derviche et un Kurde nommé shaykh
mah∂múd par exemple, bien que sans lien avec la communauté bábíe
voyageaient avec la caravane parce

« Je suis au regret de ne pouvoir faire qu’un rapport négatif sur les
conditions de ce Pashlik pendant les six derniers mois. le désordre règne
partout… et le gouvernement semble avoir perdu tout pouvoir et toute
influence sur la population de la ville et des environs… »

moins de deux mois avant, le 11 mai 1863, m. Taylor avait signalé l’état
chaotique de la situation en ces termes :
« l’administration et la justice reflètent la confusion et la tyrannie qui règnent
ici. les plaintes, certaines justifiées, d’autres inventées, sont soit étouffées
soit réglées par intimidations secrètes ou par des parjures sans vergogne » le
même télégramme indiquait qu’une vingtaine de meurtres avaient été
accomplis dans la province.

« les meurtriers n’ont jamais été inquiétés dans l’indifférence générale… »
(fo 195 752) quant aux émeutes suite à la famine, il en parle dans son
télégraphe du 1er juillet :

« à diarbekr (sic) l’incompétence et la corruption du gouvernement des dix-
huit derniers mois eurent pour conséquence de terribles émeutes causées
apparemment par le prix élevé du grain - je dis apparemment car, comparé
avec l’état des réserves et les conditions de la récolte, le prix n’explique pas
vraiment ces démonstrations inconvenantes dont les vraies causes sont
ailleurs. voyant cela, le Pacha a emprisonné plusieurs hommes d’influence,
appartenant au parti qui, semble-t-il, lui est opposé, alors qu’il n’avait eu
aucun scrupule à leur emprunter plusieurs fois de grosses sommes d’argent.

Márdín (d’après geary, Through asiatic Turquey )

dans la Gloire du Père

que c’était plus sûr et pour profiter de l’hospitalité qu’elle recevait
habituellement, on comprend que l’arrivée dans la caravane de mírzá yah∂yá
à mosul n’ait éveillé aucun intérêt. Certains, comme indiqué précédemment,
le prenaient pour un juif qui bénéficiait de quelques protections.

en partant de diyárbakr la caravane se dirigea vers ma’dan-i-mis (mine de
cuivre). à la fin du premier jour elle s’arrêta au pied d’une montagne. on
devinait une ville et un château au sommet mais le chemin pour y accéder
n’était pas facile et personne ne s’y engagea. C’est à cette halte que, au
coucher du soleil, nabíl-i-a’z∂am, áqá h∆usayn-i-naráqí et une autre
personne rejoignirent la caravane.

à ma’dan-i-mis on trouva un prisonnier persan qui réussit à s’approcher du
palanquin de Bahá’u’lláh et le supplia d’intercéder pour lui. Bahá’u’lláh
promit qu’arrivé à istanbul il contacterait le représentant persan mírzá
h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih, ce qu’il fit en arrivant dans la capitale
ottomane. il envoya un mot au mushíru’d-dawlih, lui demandant de faire
libérer le pauvre homme, ce qui fut fait.

d’après les dépêches du consul britannique de diyárbakr au ministre
britannique en istanbul, il semble que le qá’im-maqám de ma’dan-i-mis avait
l’habitude d’emprisonner les gens à la légère. ainsi, peu avant le passage de
Bahá’u’lláh, un chrétien ionien protégé britannique avait été victime d’une
foule menée par les

« l’état des finances de la province est de même défavorable. les taxes sur le
sel et le tabac, si on les compare avec ce qu’on en attendait, furent de graves
échecs. et au vu de l’état actuel du pays on ne peut s’attendre à aucune
amélioration ; » (fo 195 752)

il indiqua l’origine des émeutes dans son rapport semi-annuel sur le
commerce, daté lui aussi du 1er juillet 1863, d’où sont tirés les extraits
suivants :

« Tout en étant dans la moyenne, les récoltes sont pauvres en comparaison
des trois dernières années à cause d’un hiver froid et d’un printemps tardif.
Ce qui angoisse les plus pauvres. il n’y a ni pénurie ni risque de disette au vu
des réserves de blé des années passées disponibles. mais ces réserves sont
aux mains de capitalistes qui, considérant la pauvre moisson, ont tendance à
acheter et à entreposer tout le grain disponible. le pays se trouve ainsi à leur
merci et ils l’ont déjà démontré en fermant de temps en temps leurs entrepôts
suivant leurs propres intérêts.

Cette combinaison : ravages occasionnés par les sauterelles (exagérées par
des gens malhonnêtes qui espèrent obtenir ainsi du gouvernement un
meilleur pourcentage sur un grain meilleur marché que l’an dernier) et
exportations massives de grains vers Kharput, ont provoqué une forte
élévation des prix. le blé qui cotait en décembre à quatre-vingt dix piastres le
kilo est maintenant à cent cinquante piastres… de graves émeutes,
auxquelles ne participaient pourtant que des femmes, en découlèrent : les
magasins furent forcés, les marchandises furent pillées et des gens connus
pour spéculer sur les blé, le Pasha et d’autres fonctionnaires du
gouvernement furent insultés.

Pour calmer les émeutières auxquelles on ne pouvait opposer la force
physique, son excellence interdit l’exportation du grain et imposa une marge.
Ces mesures ont temporairement fait baisser les prix - toujours trop élevés -

la marChe du roi de Gloire 213

hommes du qá’im-maqám qui l’avait expulsé de chez lui et pillé sa
propriété. il fallut presqu’un an au consul britannique pour donner une issu à
cette affaire. la population était ici moitié musulmane moitié chrétienne,
mais le pouvoir était aux mains des musulmans qui, d’après le consul, «
dominaient les chrétiens avec inso-lence et les tenaient à leur merci ».
C’était en faisant appel à son sentiment religieux qu’on avait lancé la
population contre ce chrétien. (fo 195 752) C’est à ma’dan-i-mis qu’un
accident faillit avoir des conséquences dramatiques.

áqá rid∂á raconte en détail comment la vie de Bahá’u’lláh fut mise en danger
et comment cette catastrophe fut évitée. dans une passe de montagne, sur un
chemin étroit, h∆ájí mah∂múd relâcha un peu les rênes de la mule qui portait
le palanquin de Bahá’u’lláh. l’animal trébucha, perdit son équilibre et
commença lentement à glisser vers le précipice. Tout s’était passé très vite et
on ne pouvait que regarder sans rien faire ce qui allait inévitablement arriver.
l’animal continuait à glisser vers l’abîme. soudain, comme par miracle, la
mule retrouva son équilibre et lentement s’arrêta de glisser. le péril semblait
inévitable, écrit áqá rid∂á, et seul un témoin oculaire peut comprendre le côté
miraculeux du rétablissement de la mule. en réalisant que la Perfection bénie
était saine et sauve, les larmes de joie coulaient des yeux des témoins.

on fêta l’évènement en ouvrant une bonbonne d’eau de rose qui embauma
toute la plaine alentour. vers le coucher du soleil la caravane approcha d’une
autre passe de montagne plantée de nombreux peupliers et dans laquelle
courait un petit ruisseau dont l’eau, d’après áqá rid∂á, était délicieuse. on s’y
arrêta pour la nuit bien qu’il n’y eut aucune habitation en vue. le jour suivant
on arriva dans un village chrétien. les tentes furent montées à l’ombre de
nombreux arbres.
le jour suivant on atteignit la ville fortifiée de Khárpút qui domine une plaine
couverte de cultures et de vergers. selon áqá rid∂á, elle s’appelait alors
ma’múrati’l-azízah, la cité glorieuse. à cinq kilomètres de la ville, les
représentants officiels et les notables attendaient leur arrivée afin de saluer
les voyageurs et de leur souhaiter la bienvenue. Plus tard, les tentes étant
montées, c’est le vali lui-et je crains qu’aucune réduction importante ne
prenne place aussi longtemps que ces mesures seront appliquées. »

en recevant le télégramme du consul britannique du 11 mai 1863, sir henry
Bulwer, ambassadeur britannique à istanbul, le fit traduire et le transmit à la
Porte avec une note recommandant qu’on punisse sévèrement, pour
l’exemple, les meurtriers et que le vali soit remplacé. en décembre 1863
h∆ájí Kiyámilí Páshá fut renvoyé et son successeur arriva en janvier 1864.
(fo 195 752 et 799)

dans la Gloire du Père

même qui vint, accompagné de nombreux notables, présenter ses respects à
Bahá’u’lláh et, de retour en ville, il envoya des présents : un mouton, de la
viande, du riz, de la graisse pour la cuisine, des cerises et d’autres
nourritures. ‘abdu’l-Bahá raconte cet événement heureux et les jours qui
suivirent à son secrétaire : à Khárpút le Gouverneur général en fonction vint
nous saluer, amenant avec lui dix voitures chargées de riz, dix sacs d’avoine,
dix moutons, plusieurs paniers de riz, plusieurs sacs de sucre et des livres de
beurre, etc. C’est le Gouverneur général, ‘izzat Páshá qui offrait ces cadeaux
à la Perfection bénie.

après les expériences que nous venions de vivre et sachant la difficulté qu’il
y avait à obtenir quelque chose des fermiers, je compris en voyant ces
présents qu’ils étaient un don de dieu et ils furent acceptés avec joie.

áqá h∆usayn áshchí était alors aide-cuisinier. il travaillait jour et nuit et
n’avait plus le temps de dormir.

nous restâmes à Khárpút une semaine, pour bien nous reposer. Je n’ai fait
que dormir pendant deux jours et deux nuits.
le Gouverneur général, ‘izzat Páshá, rendit visite à la Perfection bénie.
C’était un brave homme qui fit preuve de beaucoup d’amour et d’un grand
esprit de service.7

un des jeunes fils de Bahá’u’lláh, mírzá muh∂ammad-’alí, Ghusn-i-akbar (la
Grande-Branche), tomba malade et la caravane attendit qu’il récupère.
Pendant ce temps, Bahá’u’lláh et quelques membres de sa suite se rendirent
aux bains publiques. la ville historique de Khárpút, qui possède un château-
fort, est au sommet d’une montagne. quelques-uns, dont mírzá Ja’far, y
grimpèrent pour découvrir la vieille ville qui, dirent-ils, n’était pas
intéressante.

quelques jours plus tard, la caravane alla jusqu’à ma’dan-i-nuqrih (mine
d’argent). ici mourut shaykh s∆ádiq-i-yazdí, celui qui, deux mois après avoir
été renvoyé à Bagdad, n’avait pas supporté sa séparation d’avec Bahá’u’lláh
et s’était lancé à pied dans un voyage vers istanbul. ils avaient atteint le
cours supérieur de l’euphrate qu’ils traversèrent pour installer les tentes sur
l’autre rive.

Certains membres de sa suite s’étaient jetés sur des arbres fruitiers, des
mûriers, nombreux dans cette région, et en engloutissaient voracement les
fruits, ce qui provoqua la colère de Bahá’u’lláh. il en parla sèchement à son
frère mírzá muh∂ammad-qulí avant de se retirer dans sa tente. en fin d’après-
midi, alors qu’il

la marChe du roi de Gloire 215
amásíyá (d’après reclus, The universal Geography ) devait sortir de sa tente,
tous les membres de la troupe, y compris mírzá yah∂yá, l’attendaient à
l’extérieur et, lorsque Bahá'u'lláh apparut, ils baissèrent tous la tête.

Bahá’u’lláh sourit et dit : « aujourd’hui, la colère divine a failli vous saisir,
comme vous l’avez vu. » dans le silence total qui suivit, il s’assit et leur fit
servir du thé.

sívás, la grande ville suivante, est à quatre étapes de ma’dan-i-nuqrih. áqá
rid∂á note que sur ces hauts plateaux d’anatolie, il faisait froid. mais à toutes
ces étapes les notables étaient toujours là pour accueillir les voyageurs. une
de ces étapes s’appellait dilík-Tásh. à la suivante, au bord d’une rivière,
Bahá’u’lláh subit une saignée. áqá rid∂á note que son sang fut jeté dans la
rivière.

on arriva enfin à sívás, située à 1200 mètres d’altitude, sur les rives de la
rivière Kizil-irmak. on campa au nord de cette ville importante et prospère
située à la jonction des routes de caravanes entre la mer noire, l’euphrate et
la méditerranée.

Pourtant, comme le remarque áqá rid∂á, on n’y trouvait aucun verger, les
fruits de ses arbres étaient chétifs et les légumes venaient de Túqát. au
coucher du soleil, le vali, suivi de quelques notables et d’officiels, vint
présenter ses respects. à sívás, Bahá’u’lláh se rendit aux bains publics.

Puis la caravane se dirigea en trois étapes vers Túqát dans un climat, note
áqá rid∂á, qui devint très froid. à l’une de ces étapes, ils découvrirent que
toutes les

dans la Gloire du Père

maisons étaient souterraines. les habitants leur expliquèrent que pendant
l’hiver ils étaient obligés de vivre sous terre. à une autre étape ils plantèrent
leurs tentes près d’un grand verger. mírzá yah∂yá aidait aussi à monter une
tente, tenant une corde à la main et, le remarquant, nabíl-i-a’z∂am composa
un poème pour décrire ce qu’il faisait.
à Túqát, ville bénie par une abondance de pommes et de poires au goût
excellent, ils campèrent sur la rive de la rivière yeshil irmaK (ou iris) qui
coule en direction de amásíyá.

Túqát était une ville importante sur la route entre la mésopotamie supérieure
et istanbul, mais en dépit de carrières de pierre et de marbre dans les collines
avoisi-nantes et d’une fonderie de cuivre active qui exportait jusqu’en Perse,
en Turkestan et en égypte, la plupart des habitations étaient des masures
construites en pisé. en revanche, avec leurs jardins fertiles, les faubourgs
s’étendaient très loin dans les vallées entre les collines.

en arrivant à amásíyá la caravane s’arrêta deux jours en dehors de la ville
appelée « l’oxford d’anatolie » à cause de ces dix-huit collèges théologiques
et de leurs 2000 étudiants. dans ce bastion de l’orthodoxie musulmane, les
Grecs et les arméniens formaient pourtant un quart de la population. la ville
s’étendait dans une étroite vallée de l’iris, dominée par des monts élevés à
l’ouest et ouverte sur des pentes plus modestes à l’est où de la vigne poussait
sur des terrasses parsemées de maisons. strabon est né ici et la citadelle qu’il
décrit existe toujours sur une hauteur de l’ouest. C’était une ville attirante,
avec de belles mosquées, des fontaines, de vieilles maisons et une propreté
relative. Comme d’habitude, le gouverneur et les officiels vinrent présenter
leurs respects. Bahá’u’lláh visita les bains publics et les voyageurs
trouvèrent de grandes quantités de fruits à acheter. mais leurs ressources en
argent étant épuisées, mírzá rid∂á nous dit que certains durent vendre leurs
chevaux ; áqá muh∂ammad-’alíy-i-yazdí obtint un bon prix du sien.

d’amásíyá on rejoignit iláhíyyih, petite ville agréable, siège d’un qá’im-
maqám qui vint, en compagnie des officiels, bien au-devant des voyageurs
pour les saluer. mais découvrant que les tentes étaient arrivées avant les
hommes, ils montèrent les tentes eux-mêmes puis vinrent présenter leurs
respects à Bahá’u’lláh. áqá rid∂á se souvient que la pluie tomba pendant
cette halte et qu’ils y passèrent d’excellents moments car ses habitants
étaient la gentillesse personnifiée.

la marChe du roi de Gloire 217

enfin la caravane s’élança pour la dernière étape de son long voyage par terre
et se dirigea vers sámsún, sur le littoral de la mer noire. la route passait à
travers des montagnes couvertes d’épaisses forêts. une mule qui transportait
des malles se perdit dans ces forêts et ‘abdu’l-Bahá, accompagné de áqá
muh∂ammad ‘alíy-i-Jilawdár et d’un troisième compagnon, partit à sa
recherche, la découvrit, et rejoignit la caravane le lendemain dans les
faubourgs du port de la mer noire. Cette nuit-là la caravane fit une halte dans
une grande auberge. il ne restait plus qu’une étape avant sámsún et,
finalement, ils arrivèrent en vue de la mer8. mírzá áqá Ján supplia
Bahá’u’lláh de révéler une tablette pour marquer cette occasion.

mírzá áqá Ján apporta du matériel pour écrire et la main de Bahá’u’lláh
commença à se mouvoir sur le papier pendant que, toujours assis dans son
palanquin, il disait à voix haute ce qui coulait de sa plume créative. C’est
ainsi que furent révélés les émouvants versets de la Súriy-i-hawdaj ( Sourate
du palanquin) alors qu’on s’approchait de la mer noire qui était en vue.
C’était la fin d’un voyage qui avait duré cent dix jours à travers les régions
nord de l’irak et le pays des Kurdes, puis à travers les hauts plateaux, les
montagnes et les vallées d’anatolie. quand Bahá’u’lláh quitta sa maison de
Bagdad pour la dernière fois, inaugurant le premier jour de la plus grande
des fêtes, le rid∂ván, c’est la Súriy-i-S∆abr (patience) qui s’était écoulé de la
plume suprême comme le faisait maintenant la Súriy-i-hawdaj, le dernier
jour d’un voyage fatiguant mais triomphant qui avait duré quatre mois moins
dix jours ; áqá rid∂á a copié le texte de la Súriy-i-hawdaj en entier dans son
journal et décrit avec émotion la puissance et la majesté de cet événement
merveilleux.

C’était la digne fin d’un exode dont les instigateurs comptaient qu’il soit
humiliant mais qui se transforma en une marche royale.

le voyage par terre terminé, restait un court voyage par mer à accomplir.

Bahá’u’lláh et sa suite restèrent à sámsún pendant une semaine, attendant
l’arrivée d’un vapeur ottoman. un inspecteur des routes était arrivé
d’istanbul au même moment. Captivé par le charme et la bienveillance de
Bahá’u’lláh il tint à lui présenter diverses recettes de plats turcs et lui prêta
des chevaux pour lui permettre de découvrir des bâtiments dont il supervisait
la construction. enfin le vapeur ottoman arriva. les malles, les biens et les
chevaux chargés sur le vapeur, on les conduisit à bord en deux bateaux ;
dans l’un se trouvaient Bahá’u’lláh et sa famille, le reste

dans la Gloire du Père

du groupe suivant dans l’autre. au coucher du soleil on leva l’ancre et, le jour
suivant vers midi on était au large de sinope. après quelques heures on
continua vers anyábulí qu’on atteignit le jour suivant. le troisième jour,
dimanche 16 août 1863

(1 rabi’u’l-avval 1280 de l’hégire), le vapeur jeta l’ancre devant istanbul.
ainsi se termina ce remarquable voyage du roi de gloire, allant d’une ville à
la gloire plusieurs fois séculaire : la ville des abbássides à une ville tout aussi
célèbre : la ville de Constantin le Grand.

dans la ville de constantin

lorsque le vapeur jeta l’ancre, le fonctionnaire qui accompagnait les
voyageurs descendit à terre pour découvrir quels arrangements avaient été
prévus pour les accueillir. on l’informa que la maison de shamsí Big leur
avait été attribuée comme résidence et que shamsí Big devait les accueillir
en personne. des voitures étaient prêtes pour les y conduire. Cette maison
proche de la mosquée de Khirqiy-i-sharíf*, bien qu’ayant deux étages,
n’était pas assez grande et il fut vite clair qu’une résidence plus spacieuse
devait être acquise. ils y restèrent pourtant un mois, entassés, pendant que
shamsí Big s’acquittait de son rôle d’hôte avec dili-gence et de son mieux. il
avait engagé deux cuisiniers et, comme l’indique áqá rid∂á, les voyageurs
aidaient aussi à la préparation des repas.

le lendemain de l’arrivée de Bahá’u’lláh à Constantinople, un représentant
de l’ambassadeur de Perse, h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih
vint présenter ses respects et ses compliments, faisant dire qu’étant donné les
circonstances il ne pouvait venir en personne et devait renoncer au plaisir
d’une visite. Ce jour-là, vers midi, Bahá’u’lláh se rendit à la mosquée. il en
prendra l’habitude, comme il l’avait fait à Bagdad. finalement, les seuls
endroits à istanbul dans lesquels il alla furent les bains publics et les
mosquées. nombreux furent ceux qui vinrent lui rendre visite pour lui
présenter leur respect, mais il ne se rendit nulle part à l’exception de la
maison de son frère. des visiteurs hauts placés lui apprirent que l’usage
voulait qu’une personne importante, de passage dans la capitale, rendît visite

* « la mosquée du manteau exalté », ainsi appelée parce que le manteau de
muh∂ammad est censé y être conservé. une des traditions de l’islám rapporte
qu’en entendant un poème de Kab ibn zuhayr, le prophète muh∂ammad lui
donna son manteau (burda). Ce manteau fut acheté au ls du poète par le
calife mu’áwíyah et t partie plus tard du trésor des califes abbássides. il
aurait été brûlé lors du sac de Bagdad par húlágú Khán mais on af rme qu’il
fut sauvé puis transporté en égypte où il fut utilisé pour étayer les prétentions
du faux califat abbásside sous le règne des mamelucks. lorsque selim ier
conquit l’égypte en 1517 il transporta ce manteau à istanbul où il est
toujours, dans cette mosquée. ainsi, ce burda, ou Khirqiy-i-sharíf devint le
symbole de l’autorité du calife.

dans la Gloire du Père

istanbul, l’ancienne constantinople, au dix-neuvième siècle (d’après pardoe,
Beauties of the Bosphorus )

trois jours après son arrivée au ministre des affaires étrangères puis, par son
intermédiaire, au grand vizir, lequel lui permettrait d’être reçu par le sultan.
on lui recommanda de faire de même. il répondit qu’il n’avait aucun dessein
à poursuivre, aucune faveur à solliciter, qu’il était à istanbul à l’invitation du
gouvernement ottoman et qu’en conséquence, c’était à eux de venir à lui
s’ils avaient quelque chose à lui dire.

áqá rid∂á raconte un rêve qu’il eut au cours de ces premiers jours à istanbul.

dans ce rêve, Bahá’u’lláh avait écrit un livre que quelqu’un tenait sur une
place publique. il y avait aussi un moulin que des gens voulaient mettre en
route, mais il ne tournait que par saccades, marche, arrêt, marche, arrêt, etc.
quelqu’un parla du rêve d’áqá rid∂á à Bahá’u’lláh et le soir même, alors
qu’áqá rid∂á se trouvait en sa présence au moment où il se préparait à partir
à la mosquée, Bahá’u’lláh lui dit en souriant qu’il devait faire en sorte que le
moulin tourne. áqá rid∂á se rappelle que pendant longtemps, jusqu’à
andrinople, de temps à autre Bahá’u’lláh se tournait vers lui en disant « le
moulin n’a pas encore démarré. »

Parmi les visiteurs réguliers, on remarquait h∆ájí mírzá s∆afá (voir addenda
v), un homme qui prétendait être murshid chez certains sou s, un con dent de
l’am-

dans la ville de ConsTanTin 221

bassadeur de Perse h∆ájí mírzá h∆usayn Khán. il ne savait jamais quoi
répondre à Bahá’u’lláh qui lui parlait avec tant d’autorité qu’un jour sa voix
résonna jusqu’au rez-de-chaussée. nous retrouverons régulièrement cet
homme qui n’était pas toujours sincère ni honnête.

on a vu que la maison de shamsí Big n’était pas adaptée ni assez grande pour
tant de gens. shamsí Big s’acquittait de sa tâche d’hôte of ciel avec sérieux et
courtoisie. mais il était nécessaire de trouver une plus grande résidence et, au
bout d’un mois, on s’installa dans la maison de vísí Páshá, proche de la
mosquée du sultan muh∂ammad-i-fátih∂, le conquérant de Constantinople.
C’était une noble résidence ayant un bírúní (partie ouverte sur le monde
extérieur, c’est-à-dire, réservé aux hommes), et un andarúní (partie intérieure
réservée aux dames). les deux bâtiments à trois étages disposaient des
aménagements nécessaires. on y trouvait aussi un bain turc et le bírúní avait
un grand jardin. des citernes recueillaient l’eau de pluie.
en dehors des mosquées et des bains publics, le seul endroit que Bahá’u’lláh
visita de temps en temps était la maison de mírzá músá, áqáy-i-Kalím. il y
rencontrait divers personnages of ciels porteurs de messages du
gouvernement. áqá

‘abdu’l-Ghaffár qui connaissait bien le turc lui servait d’interprète.

un jour que mírzá músá s’approchait du bazar Big-Úghlí un photographe lui
proposa de le prendre en photo gratuitement et de lui en présenter plusieurs
copies.

nabíl qui relate l’histoire, écrit que mírzá músá accepta la proposition du
photographe : « il voulait gagner un peu d’argent en nous photographiant.
C’est un moyen de gagner sa vie. nous n’allions pas l’en priver. » et nabíl
ajoute qu’ils furent tous photographiés. (voir p. 222)

vint le jour où shamsí Big apporta la nouvelle de la possibilité d’un transfert
vers andrinople. il était clair que c’était un banissement, ordonné par le
sultan

‘abdu’l-’azíz et ses ministres en chef*, sur l’insistance de mushíru’d-dawlih.

Courroucé, Bahá’u’lláh refusa d’obéir. il n’avait rien fait pour mériter un tel
traitement. depuis son arrivée à istanbul il était resté à distance des diverses
factions de la capitale. Plusieurs dignitaires d’istanbul lui avaient rendu
visite et aucun d’eux n’avait entendu de sa bouche un mot de plainte ou de
dénonciation.

au dix-neuvième siècle, une cour orientale bruissait d’une foule d’intrigants
et

* ‘alí Páshá, le grand vizir et fu’ad Páshá, ministre des affaires étrangères.

dans la Gloire du Père

photo prise à istanbul. assis, de gauche à droite : h∆ájí ah∂mád-i-káshání,
Mírzá Músá aqáy-i-kalím, Siyyid Muh∂ammad-i-is∂fahání. debout, de
gauche à droite : áqá Muh∂ammad-i-is∂fahání,

nabíl-i-a’z∂am

dans la ville de ConsTanTin 223

de mécontents qui cherchaient à régler leurs comptes. à Bagdad, Bahá’u’lláh
avait été contacté par un certain nombre de ces personnes qui espéraient
gagner l’amitié et le soutien des bábís de Perse. il refusa d’en rencontrer
certains et ceux qui eurent l’honneur d’être admis en sa présence ne reçurent
ni encouragements ni promesses de soutien. dans la capitale ottomane
Bahá’u’lláh se tint à la même règle, refusant d’endosser ou d’encourager
leurs infâmes desseins. Comme celle de Jésus mille huit cents ans plus tôt, sa
Cause n’ avait rien à voir avec la trahison et la sédition.

h∆ájí mírzá s∆afá était de ceux qui avaient conspiré pour que les bábís soient
éloignés de la capitale et envoyés dans un coin obscur du continent européen
et il avait maintenant l’audace de se présenter devant Bahá’u’lláh qui,
comme l’atteste áqá rid∂á, lui parla d’un ton sévère et réprobateur : « si peu
que nous soyons, nous ne céderons pas, même si chacun de nous subit le
martyre. » h∆ájí mírzá s∆afá répondit hypocritement : « mais il est
impossible de s’opposer à un gouvernement. »

áqá rid∂á nous donne la réponse de Bahá’u’lláh : « Tu voudrais m’effrayer
en me parlant du pouvoir du gouvernement ? lorsque je me retrouve assailli
par toutes les épées du monde, aussi seul et débordé que je puisse être, je me
vois assis sur le trône du pouvoir et de l’autorité. C’est le sort constant des
manifestations de dieu de ne rencontrer qu’injustice et oppression ; mais
aucune répression ne les a jamais empêchées de délivrer ce que dieu leur a
con é ni n’a pu contrecarrer leur dessein. » Puis il mentionna ce croyant de la
maison de Pharaon dont l’histoire est rela-tée dans le coran, et de sa querelle
avec le monarque égyptien, et suggéra à h∆ájí mírzá s∆afá de conseiller à
l’ambassadeur persan de relire ce texte. áqá rid∂á écrit que h∆ájí mírzá
s∆afá, abasourdi, demanda la permission de partir. Bahá’u’lláh se tourna
ensuite vers ses disciples : « qu’auriez-vous dit ? voulez-vous que je cause
votre mort ? désirez-vous boire à la coupe du martyre ? on ne peut trouver
meilleur moment pour offrir nos vies dans le chemin de notre seigneur. notre
innocence est claire et manifeste et ils ne pourraient que reconnaître leur
injustice. » des paroles similaires sont rapportées par áqá rid∂á qui ajoute : «
à ce moment-là nous étions tous, vraiment, prêts à atteindre ce rang élevé
avec joie, délité, unité et détachement ; dieu m’est témoin que nous
attendions le martyre avec ravisse-ment. »

Puis mírzá yah∂yá, toujours aussi poltron, commença à hésiter et à montrer,
avec d’autres de son acabit, des signes d’inquiétude et de perplexité. il fut
désigné

dans la Gloire du Père
comme porte-parole pour aller demander à Bahá’u’lláh d’accepter le
bannissement : « nous avons des femmes et des enfants avec nous qui
périront aussi. »

Bahá’u’lláh les rassura : « offrir tout ce qu’on a dans le chemin de dieu est
un des actes les plus méritoires. » quant aux femmes et aux enfants, dit-il, ils
pouvaient être envoyés aux résidences des ambassadeurs étrangers qui
prendraient soin d’eux. áqá rid∂á cite ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání qui
af rmait avoir vu mírzá yah∂yá, siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání et hájí mírzá
ah∂mad-i-Káshání comploter ensemble pour trouver un moyen de sauver
leurs vies. et Bahá’u’lláh, dis-cernant parmi les bábís la possibilité d’une
scission qui aurait été dommageable à la cause de dieu, accepta avec
réticence de quitter istanbul. mais il t remarquer qu’une opportunité en or
avait été manquée qui aurait fait resplendir la gloire de la Cause. « ils nous
ont invités à venir, aurait-il dit, et bien que totalement innocents ils décident
de nous châtier. si nous avions résisté, aussi peu que nous soyons, et que
nous soyons tombés en martyrs au centre même du monde, l’effet de ce sacri
ce aurait été ressenti dans tous les mondes de dieu. il se peut même que rien
ne nous serait arrivé. »

C’est la lâcheté de mírzá yah∂yá qui craignait toujours le danger, passant ses
jours incognito, ne risquant jamais rien, qui arrêta la main de Bahá’u’lláh.

il ne faut pas s’imaginer que Bahá’u’lláh se soit maintenant décidé de
s’isoler complètement du monde. au contraire, les gens allaient et venaient
en flots aussi constants que d’habitude. des notables locaux, des ministres
(dont certains d’une manière anonyme, d’après áqá rid∂á) rendaient toujours
visite à Bahá’u’lláh.

shujá’u’d-dawlih* était un de ces fréquents visiteurs. même h∆ájí mírzá
s∆afá continuait à venir. Bahá’u’lláh les recevait avec calme et détachement,
refusant de s’incliner, refusant de supplier. áqá rid∂á suggère que mírzá
yah∂yá et ses associés espéraient que Bahá’u’lláh supplierait pour obtenir
des faveurs, se mettrait à genoux devant ses oppresseurs. mais il écrit que
des années plus tard les gens mêmes qui étaient responsables du
bannissement de Bahá’u’lláh reconnaissaient que devant son attitude
indépendante, son rejet complet de l’hypocrisie et son refus de se mettre à
genoux pour pro ter de passe-droits ils avaient été impressionnés par sa erté.
Plus tard, à Téhéran, mushíru’d-dawlih dira que l’attitude et la

* le prince shujá’u’d-dawlih était un des ls de ‘alí-sháh, le z∆illu’s-s∆ultán et
un petit- ls de fath-’alí sháh. son père se rebella contre le chah muh∂ammad
(qui était son neveu) mais sa prise du pouvoir fut de courte durée.

dans la ville de ConsTanTin 225

h∆ájí Mírzá S∆afá

conduite de Bahá’u’lláh augmenta le prestige de ses compatriotes et sauva
leur réputation à une époque où les princes et les principicules qadjars
quémandaient bruyamment à la sublime Porte argent et pensions. il af rmera
que les autorités du gouvernement ottoman comprirent que la Perse avait des
hommes qui ne s’avi-lissaient pas.

C’est à cette époque que mourut, à dix-huit mois, sádhijíyyih, lle de
Bahá’u’lláh. elle fut enterrée dans un terrain près de la Porte d’édirne à
istanbul.

d’autres bábís arrivaient maintenant à Constantinople, notamment darvísh
muh∂ammad que siyyid ismá’íl-i-zavári’í avait converti à la foi. mais leur
arrivée était contraire aux vœux de Bahá’u’lláh qui ne voulait pas que le
nombre de bábís augmente à istanbul. áqá h∆usayn-i-qas∂s∂áb (le boucher)
était un de ces nouveaux arrivés qui un jour, en compagnie de darvísh
muh∂ammad rencontra Bahá’u’lláh alors qu’il se rendait à une mosquée. il
les reçut mais avec tristesse. dans les années à venir, ces deux hommes
auront le plaisir de revoir Bahá’u’lláh en Terre sainte.

quand tout fut prêt pour le départ vers andrinople, Bahá’u’lláh renvoya un
certain nombre de ses disciples, notamment mírzá áqáy-i-muníb (qui avait
marché à

dans la Gloire du Père

côté de son palanquin depuis Bagdad), nabíl-i-a’z∂am, áqá ‘abdu’r-rah∂ím-i-
misgar (le dinandier), siyyid h∆usayn-i-Káshí (qui s’occupait des chevaux
pendant le voyage depuis Bagdad), Khayyát-Báshí et h∆ájí Báqir-i-Káshání
(makhmal-Báf, le veloutier, un de ceux qui étaient arrivés à istanbul plus
tard). on leur paya les dépenses du voyage. áqá muh∂ammad-’alíy-i-Jilawdár
aurait dû rester à istanbul mais, nalement, il rejoignit les autres plus tard à
andrinople. Tous partirent, chacun selon ses directives, à l’exception de
Khayyát-Báshí qui, désobéissant, voyagea seul vers andrinople où il arriva
un ou deux jours après les autres.

C’était au cœur de l’hiver qui peut être très rigoureux dans cette partie
orientale de l’europe. malgré les voitures, les chariots, les chars à bœufs pour
leurs affaires, et les animaux de bât fournis, le voyage, qui dura douze jours,
fut rude et ils arrivèrent très affaiblis. la neige tombait lors de leur départ
d’istanbul et ils n’étaient pas vêtus pour supporter un froid glacial. en se
souvenant de leurs souffrances, Bahá’u’lláh déclara : « nos ennemis et, au-
delà d’eux, tous les gens de bien, pleurèrent en voyant notre sort… nous
fûmes expulsés dans un état d’humiliation incomparable. » 1

mírzá mus∂πafáy-i-naráqí arriva à l’instant du départ de la voiture de
Bahá’u’lláh. ayant été averti de l’imminence de son départ, il avait laissé sa
famille sur un quai du port et s’était précipité vers sa résidence, mais il ne
put le voir que pendant quelques brefs instants. sachant mírzá yah∂yá dans
les parages mírzá mus∂πafá chercha ensuite à le voir mais siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání et h∂ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání le cachèrent
derrière eux dans la voiture. on se demande quel danger pouvait courir mírzá
yah∂yá à parler avec mírzá mus∂t∂afáy-i-naráqí, mais le couard yah∂yá
cherchait toujours à se cacher. C’est áqá-i-Kalím qui, étant l’arrière-garde
comme d’habitude et s’occupant de toutes les nécessités du voyage,
rencontra mírzá mus∂t∂afá, un homme brave et héroïque qui acceptera le
martyre à Tabríz.

après trois heures de route, à la n de l’après-midi du premier jour, les
voyageurs arrivèrent à Kúchik-Chakmachih. ‘alí Big, un yúz-Báshí (of cier
commandant une centaine d’hommes), qui les accompagnait, trouva un
logement pour Bahá’u’lláh. le lendemain, ils partirent à l’aube et arrivèrent
vers midi à Búyúk-Chakmachih où ils trouvèrent à se loger dans la maison
d’un chrétien. mais áqá rid∂á note que certains d’entre eux durent aller se
loger ailleurs avec tout

dans la ville de ConsTanTin 227

le pont de búyúk-chakmachih que bahá’u’lláh

et ses compagnons traversèrent

dans la Gloire du Père

le matériel de cuisine. à minuit, sous une pluie battante et dans un froid
intense, ils partirent vers salvarí et atteignirent Birkás le lendemain. la
dernière étape avant andrinople fut Bábá-iskí. à part le froid extrême, áqá
rid∂á ne nota rien de particulier pendant ce voyage mais il indique que tous
les propriétaires des maisons où ils séjournèrent furent largement rémunérés,
à leur entière satisfaction.
C’est le samedi 12 décembre 1863 (1 rajab 1280 de l’hégire) qu’ils
arrivèrent à andrinople, une ville que Bahá’u’lláh caractérisa par ces mots : «
un lieu où nul n’entre à l’exception de ceux qui se sont rebellés contre
l’autorité du souverain. »2

maintenant, Bahá’u’lláh était pratiquement prisonnier du gouvernement
ottoman.

Pendant son séjour de quatre mois dans la ville de Constantin le Grand,
Bahá’u’lláh révéla, en plus de Subh∂ánika-Yá-hú, une épître adressée au
sultan : lawh∂-i-’abdu’l-azíz-Va-Vukalá. elle fut révélée le jour même où le
beau-frère du grand vizir vint informer Bahá’u’lláh de la décision prise à son
encontre. refusant de rencontrer l’envoyé, il délégua ‘abdu’l-Bahá et áqá-i-
Kalím pour le recevoir et promis de répondre sous trois jours. le matin
suivant l’épître fut portée par shamsí Big, directement à ‘alí Páshá, avec un
message de son auteur indiquant que « ceci vient de dieu ». le Gardien de la
foi bahá’íe décrit avec éloquence cet événement ainsi que le contenu de
l’épître :

« J’ignore ce que contenait cette lettre, raconta plus tard shamsí Big à aqày-i-
Kalím, mais à peine le grand vizir en eut-il pris connaissance qu’il devint
pâle comme un mort et remarqua : « C’est comme si le roi des rois donnait
ses ordres à son vassal le plus humble et lui dictait sa conduite. » il était dans
un tel état de malaise que je sortis à recu-lons. » on rapporte que,
commentant l’effet produit par cette tablette, Bahá’u’lláh déclara : « quelles
que soient les mesures prises contre nous par les ministres du sultan
lorsqu’ils eurent pris connaissance de son contenu, elles ne peuvent être
considérées comme injustifiables. mais les actes qu’ils ont commis avant de
l’examiner ne peuvent trouver de justification. »

d’après nabíl, cette tablette était d’une longueur considérable. elle débutait
par des paroles adressées au souverain lui-même, elle censurait sévèrement
ses ministres et mettait en évidence leur défaut de maturité et leur
incompétence. elle contenait des passages adressés aux ministres eux-
mêmes, dans lesquels ceux-ci étaient nettement défiés et sévèrement
exhortés à ne point tirer vanité de leurs possessions de ce monde, ni à
rechercher étourdiment des richesses dont le temps les dépouillerait
inexorablement.3
dans la ville de ConsTanTin 229

‘alí páshá, le grand vizir du sultan ‘abdu’l-‘azíz, à

qui fut adressée la súriy-i-ra’ís

nous n’avons plus, hélas, le texte de cette épître, mais son contenu peut être
infé-ré de la lecture de ces paragraphes destinés au sultan ‘abdu’l-’azíz,
extraits d’une épître que Bahá’u’lláh révéla à andrinople, à une date plus
tardive, et destinée à l’ensemble des rois, la Súriy-i-Mulúk :

écoute, ô roi, le discours de celui qui ne dit que la vérité, qui ne te demande
pas en récompense les choses que dieu t’a accordée et qui jamais ne s’écarte
du droit chemin.

C’est lui qui t’appelle à dieu, ton seigneur, qui te montre le droit chemin
conduisant au vrai bonheur, afin que tu puisses être de ceux qui sont bien.

Garde-toi, ô roi, de t’entourer de ministres qui suivent leurs inclinations
corrompues, négligent ce qui leur est confié et manifestement trahissent leur
mission. sois bienveillant envers les autres comme dieu l’est envers toi, et ne
laisse pas les intérêts de ton peuple à la merci de tels ministres. ne
méconnais pas la crainte de dieu, et sois de ceux qui agissent avec droiture.
entoure-toi de ministres qui exhalent le parfum de la foi et de la justice,
sollicite leur avis, gardes-en ce qui t’en semblera le meilleur, et sois de ceux

dans la Gloire du Père

qui agissent avec générosité.

Tiens pour certain que quiconque ne croit pas en dieu n’est ni digne de
confiance ni véridique. Telle est, en effet, la vérité, l’indubitable vérité. Celui
qui trahit dieu trahit aussi son roi. rien ne peut le détourner du mal, rien ne
peut l’empêcher de trahir son voisin, rien ne peut l’amener à agir avec
droiture.

Prends soin de ne pas remettre aux mains d’autrui les rênes des affaires de
ton état, n’accorde pas ta confiance à des ministres qui ne la méritent point,
ne sois pas de ceux qui vivent dans l’insouciance. (…) assure-toi de ne pas
laisser le loup devenir le berger du troupeau de dieu, et ne laisse pas à la
merci des méchants le sort de ceux qu’il aime.

(…) Celui qui se donne entièrement à dieu, dieu, assurément, sera avec lui ;
et celui qui a mis son entière confiance en dieu, dieu le préservera, en vérité,
de tout mal, et le protégera contre les complots des méchants.

si tu prêtes l’oreille à mes discours et suis mes conseils, dieu t’élèvera à une
position si éminente que les desseins d’aucun homme sur toute la terre ne
pourront t’atteindre ni te nuire. (…) saisis-toi des rênes du gouvernement de
ton peuple et tiens-les fermement examine personnellement tout ce qui s’y
rapporte. que rien ne t’échappe, car c’est là qu’est pour toi le plus grand
bien.

rends grâce à dieu de t’avoir choisi entre tous comme chef suprême de ceux
qui professent ta foi. (…) la meilleure louange que tu puisses lui adresser est
d’aimer ceux qu’il aime, de sauvegarder les intérêts de ses serviteurs, de les
protéger contre les traîtres et de faire en sorte qu’ils ne soient plus opprimés.
(…) si, par toi, les rivières de la justice venaient à répandre leurs eaux sur tes
sujets, dieu assurément t’assisterait des armées de l’invisible et du visible, et
te fortifierait dans tes affaires. (…) ne te repose pas sur tes trésors. Place
toute ta confiance dans la grâce de dieu, ton seigneur. Compte sur lui en tout
ce que tu fais, et sois de ceux qui se soumettent à sa volonté. (…)
ne franchis jamais les bornes de la modération et traite équitablement ceux
qui te servent. donne-leur selon leurs besoins, mais pas dans une mesure qui
leur permettrait d’entasser pour eux-mêmes des trésors, de parer leur
personne, d’embellir leur foyer, d’acquérir ce qui ne leur serait d’aucun
profit et les ferait compter au nombre des extravagants. exerce envers eux
une indéfectible justice, de sorte que nul d’entre eux ne soit dans le besoin ni
ne regorge de richesses. Ce n’est là que justice manifeste.

ne permets pas que l’abject domine ceux qui sont nobles et dignes
d’honneur, et ne souffre point que le juste soit à la merci du vil et du
méprisable, car c’est ce que nous avons constaté lors de notre arrivée dans la
cité (istanbul), et nous en témoignons. Parmi ses habitants, nous en avons vu
qui possédaient d’immenses fortunes et vivaient dans une

dans la ville de ConsTanTin 231
Sultan ‘abdu’l-‘azíz (archives bettmann)

dans la Gloire du Père

richesse excessive, alors que d’autres vivaient dans la misère et une pauvreté
abjecte.

Cela ne saurait convenir à ta souveraineté ni être digne de ton rang.

(…) veille à ne pas favoriser tes ministres aux dépens de tes sujets. Crains
les soupirs du pauvre et du juste qui, à chaque aurore, se lamentent sur leur
triste sort, et sois pour eux un souverain bienveillant. ils sont, en vérité, tes
trésors sur la terre. il t’appartient donc de mettre tes trésors à l’abri des
assauts de ceux qui voudraient te les dérober.

(…)

Comme si tu te tenais debout en la présence divine, garde sous les yeux
l’image de l’infaillible Balance de dieu. Chaque jour, chaque instant de ta
vie, pèse tes actions sur cette balance. fais ton examen de conscience chaque
jour avant d’y être convié au jour du jugement, jour où personne n’aura la
force de se tenir debout par crainte de dieu, jour où le cœur des négligents se
mettra à trembler.

il incombe à tout roi d’être aussi bienveillant que le soleil qui assure la
croissance de tous les êtres et donne à chacun son dû, et dont les bienfaits ne
proviennent pas de lui-même, mais de la volonté du Tout-Puissant, de
l’omnipotent. un roi doit être aussi généreux, aussi libéral dans sa grâce que
les nuages dont les ondées bienfaisantes arrosent tous les pays, sur l’ordre de
celui qui est l’ordonnateur suprême, l’omniscient.

Prends soin de ne pas t’en remettre entièrement à d’autres pour les affaires
d’état.

nul mieux que toi-même ne pourrait remplir tes fonctions. ainsi avec clarté,
nous te donnons nos sages avis, nous t’envoyons ce qui te permettra de
passer de la main gauche de l’oppression à la main droite de la justice et de
t’approcher du resplendissant océan des faveurs de dieu. Telle est la voie que
suivirent, avant toi, les rois qui gouvernèrent avec équité, sans jamais
s’écarter d’une rigoureuse justice.

Tu es l’ombre de dieu sur la terre. efforce-toi donc d’agir de la manière qui
convient à un rang aussi éminent et aussi majestueux. Tu ne saurais, sans
déroger à un honneur aussi grand et inestimable, t’abstenir de suivre les
enseignements qui, par nous, te sont envoyés du ciel. retourne donc à dieu,
attache-toi fermement à lui, purifie ton cœur du monde et de ses vanités, et
ne souffre pas qu’un amour étranger y entre pour s’y établir. Jusqu’à ce que
tu en aies effacé toute trace d’amour profane, l’éclat de la lumière divine n’y
pourra briller, car dieu n’a donné à chacun qu’un seul cœur. Tel est, en
vérité, le décret divin enregistré dans son livre antique. et puisque le cœur
humain, tel que dieu l’a fait, est un et indivisible, il t’incombe de veiller à ce
que les affections du tien ne soient pas divisées non plus. (…) dieu m’en est
témoin : Je n’ai, en te révélant ces paroles, d’autre objet que de te détacher
des choses éphémères de la terre, et de t’aider à entrer dans le royaume de la
gloire éternelle, afin qu’avec la permission de dieu, tu l’habites et y règnes.

(…)

dans la ville de ConsTanTin 233

que ton oreille, ô roi, soit attentive aux paroles que nous t’adressons.
Contrains l’oppresseur à renoncer à sa tyrannie, et isole les artisans
d’iniquité de ceux qui professent ta foi. Par la justice de dieu ! les
tribulations que nous endurons sont telles que l’angoisse étreint la plume qui
voudrait les relater. en supporter le récit dépasserait d’ailleurs les forces de
tout croyant en l’unité de dieu et de tout défenseur de celle-ci. si grandes
sont nos souffrances que même nos ennemis en ont pleuré ainsi que tout être
doué de discernement. (…)

T’ai-je jamais désobéi, ô roi ? ai-je jamais transgressé une de tes lois ? un
des ministres qui t’ont représenté en irak peut-il établir contre moi la preuve
du moindre manquement à ma loyauté envers toi ? non, par celui qui est le
seigneur de tous les mondes !
Pas un moment nous ne nous sommes rebellé contre toi ni contre aucun de
tes ministres.

et jamais, à dieu ne plaise, nous ne le ferons à l’avenir, dussions-nous être
soumis à des épreuves plus cruelles que celles qu’on nous a infligées dans le
passé.

Jour et nuit, soir et matin, nous avons prié dieu pour toi, le suppliant de te
rendre obéissant à sa loi, et de te garder des assauts des méchants. agis selon
ton bon plaisir, et traite-nous comme il convient à ton état et comme il sied à
ta souveraineté. en tout ce que tu désires ou désireras accomplir, n’oublie
jamais la loi de dieu. dis : louange à dieu, le seigneur de tous les mondes !4

‘abdu’l-’azíz ne répondit pas aux appels répétés de Bahá’u’lláh et attira sur
lui ruines et destructions.

h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih, l’ambassadeur persan qui,
pendant sept ans avait centralisé l’opposition à Bahá’u’lláh dans la capitale
de l’empire ottoman, reçut de lui, avant son départ de Constantinople, cet
avertissement prophétique étonnant :

quel profit avez-vous retiré, toi et tes pareils, en mettant à mort, pendant des
années, tant d’opprimés, et en leur infligeant tant de tourments, alors qu’ils
devenaient cent fois plus nombreux et que vous étiez en pleine confusion, ne
sachant plus comment libérer vos esprits de cette pensée obsédante… sa
cause transcende tous les plans que vous combinez, quels qu’ils soient. sache
bien ceci : si tous les gouvernements de la terre s’unissaient et prenaient ma
vie ainsi que celle de tous ceux qui portent ce nom, ce feu divin ne serait
jamais éteint.5

et plus tard, d’andrinople, il lui adressa un autre reproche dans la Súriy-i-
Mulúk

dans la Gloire du Père

(l’ Épître aux rois) :
ô ministre du chah en la cité, imagines-tu que je tienne en ma main le sort
définitif de la cause de dieu ? Crois-tu que son cours puisse être détourné par
mon emprisonnement, par la honte qui m’a été infligée ou même par ma
mort et mon annihilation ?

misérable est ce qui naît dans ton cœur ! Tu es, en vérité, de ceux qui suivent
les vaines imaginations de leur cœur. il n’est d’autre dieu que lui. il a le
pouvoir d’exalter son témoignage, de réaliser la moindre de ses volontés, de
manifester sa Cause et d’élever celle-ci à une position si éminente que ni tes
actions ni les actions de ceux qui se sont détournés de lui ne pourront la
toucher ou lui nuire.

Crois-tu pouvoir faire échec à sa volonté, l’empêcher d’exécuter son
jugement ou d’exercer sa souveraineté ? Prétends-tu que quelque chose dans
le ciel ou sur la terre puisse résister à sa foi ? Par celui qui est la vérité
éternelle ! rien dans toute la création ne peut contrecarrer son dessein.
renonce donc à ce qui n’est chez toi que pure suffisance, car jamais l’orgueil
n’a pu tenir lieu de vérité. sois de ceux qui se repentent sincèrement et
retournent à dieu, le dieu qui t’a créé, qui t’a nourri et a fait de toi un
ministre parmi ceux qui professent ta foi.6

mais heureusement pour mushíru’d-dawlih, son histoire ne se termine pas
ici.

dans la lawh∂-i-ibn-i-dhi’b ( Épître au ls du loup) que Bahá’u’lláh révéla à la
n de sa vie, le seigneur qui toujours pardonne dit ceci de lui : feu son
excellence mírzá husayn Khán, mushíru’d-dawlih – que dieu lui pardonne –
a connu cet opprimé. il a sans aucun doute fourni aux autorités un rapport
circons-tancié sur l’arrivée de cet opprimé à la sublime Porte, ainsi que sur
ses paroles et ses actes. le jour de notre arrivée, le représentant du
gouvernement chargé de recevoir les visiteurs officiels nous accueillit et
nous escorta vers le lieu désigné. en vérité, le gouvernement fit preuve de la
courtoisie et de la considération les plus grandes à l’égard de ces opprimés.
le lendemain, le Prince shujá’u’d-dawlih, accompagné de mírzá safá, tous
deux représentant feu l’ambassadeur mushíru’d-dawlih, le ministre accrédité
à la cour impériale, vinrent nous rendre visite. il en fut de même pour
plusieurs ministres du gouvernement impérial, dont feu Kamál Páshá.
entièrement confiant en dieu et sans jamais exprimer le moindre besoin ni la
moindre difficulté, cet opprimé

* mullá Káz∂im-i-samandar, de qazvín, nommé par le Gardien de la foi
bahá’íe comme l’un des dix-neuf apôtres de Bahá’u’lláh, mentionne dans
son histoire que ce proche parent de h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le
mushíru’d-dawlih, s’appelait mírzá muh∂ammad-’alí connu sous le nom de
Kad-Khudá (chef). voir pages 467-472 pour plus d’informations sur
mushíru’d-dawlih.

dans la ville de ConsTanTin 235

h∆ájí Mírzá h∆usayn khán-i-Qazvíní, Mushíru’d-dawlih, puis Sipahsálár-i-
a’z∂am, ministre persan à istanbul puis,

plus tard, grand vizir de nási∂ri’d-dín Sháh

séjourna pendant quatre mois dans cette cité. Tous ont pu voir clairement ses
actes ; nul ne saurait les nier, sauf ceux qui le haïssent et ne disent pas la
vérité. Celui qui a reconnu dieu ne reconnaît nul autre que lui. nous
n’aimons pas faire mention de ces choses.

Chaque fois que de hauts dignitaires persans arrivaient dans cette cité, ils
frappaient à toutes les portes et se donnaient le plus grand mal pour solliciter
des allocations et des dons. si cet opprimé n’a rien fait pour contribuer à la
gloire de la Perse, au moins n’a-t-il rien fait pour la déshonorer. feue son
excellence – que dieu exalte sa condition –

n’a nullement agi par amitié pour cet opprimé, mais plutôt par sagacité et
désir secret de servir son gouvernement. J’atteste que la malhonnêteté, qu’il
méprisait souveraine-ment, ne joua aucun rôle dans ses activités, tellement il
était fidèle à son gouvernement.

C’est pourtant lui qui fut responsable de la réclusion de ces opprimés dans la
Plus Grande Prison. Toutefois, il mérite nos éloges car il fit preuve de fidélité
dans l’accomplissement de sa tâche. Cet opprimé s’est efforcé de servir et de
promouvoir en tous temps les intérêts du gouvernement et du peuple, et non
d’exalter sa propre condition.7

dans la Gloire du Père

et dans une épître adressée à un certain mihdí, Bahá’u’lláh mentionne que
par la suite, h∆ájí mírzá h∆usayn Khán ne t ni ne dit rien qui eut pu causer
de la tristesse ; il dit même des paroles admirables. et parce qu’il avait des
liens étroits avec un croyant, on ne devait rien dire de désagréable à son sujet
ce lien pouvant faire en sorte que le passé soit pardonné.* ainsi parle le
seigneur qui toujours pardonne.

le Gardien de la foi bahá’íe a décrit les quatre mois de séjour de Bahá’u’lláh
à Constantinople comme étant « l’ouverture de l’un des épisodes les plus
dramatiques du ministère de Bahá’u’lláh. » sa signi cation, dans le cours de
son ministère qui dura de près quarante ans est résumée d’une manière
excellente par shoghi effendi qu’il est bon de citer à ce point critique de
notre histoire : on peut dire qu’avec l’arrivée de Bahá’u’lláh à
Constantinople, capitale de l’empire ottoman et siège du califat (saluée par
les musulmans comme « le dôme de l’islám », mais dénoncée par
Bahá’u’lláh comme le lieu où était établi le « trône de la tyrannie »), le
chapitre le plus sinistre et le plus désastreux, mais aussi le plus glorieux de
l’histoire du premier siècle bahá’í, venait de s’ouvrir. une période pendant
laquelle des privations inouïes et des épreuves sans précédent furent mêlées
aux plus nobles triomphes spirituels débutait maintenant. le soleil du
ministère de Bahá’u’lláh était sur le point d’atteindre son zénith. les années
les plus importantes de l’âge héroïque de sa dispensation approchaient. le
processus catastrophique, annoncé déjà depuis l’année soixante par son
précurseur dans le qayyimu’l-asmá’, commençait à entrer en action.

il y avait exactement deux décennies que la révélation Bábi avait vu le jour à
Chiraz, dans la Perse la plus arriérée. en dépit de la cruelle captivité à
laquelle avait été soumis son auteur, il avait réussi à proclamer ses
stupéfiantes revendications devant une assemblée distinguée, à Tabriz,
capitale de l’azerbaïdjan. dans le hameau de Badasht, la dispensation
annoncée par sa foi avait été mise au jour avec intrépidité par les champions
de sa cause. dans le désespoir et l’agonie du siyáh-Chál, à Téhéran, neuf ans
plus tard, cette révélation avait été rapidement et mystérieusement amenée à
fructifier tout à coup. le processus d’une désagrégation rapide de la
prospérité de cette foi, qui s’était dessiné petit à petit et accéléré d’une
manière alarman-te pendant les années de retraite de Bahá’u’lláh dans le
Kurdistan, avait été arrêté et inversé de façon magistrale, après son retour de
sulaymáníyyih. les fondations éthiques, morales et doctrinales d’une
communauté naissante avaient été fermement établies par la suite, au cours
de son séjour à Bagdad. et finalement, dans le jardin du

dans la ville de ConsTanTin 237

ridván, à la veille de son exil à Constantinople, le délai de dix années,
prescrit par une Providence impénétrable, avait pris fin avec la déclaration de
sa mission et l’émergence évidente de ce qui devait devenir le noyau d’une
fraternité pour toute la terre. Ce qui restait maintenant à accomplir, c’était à
proclamer, dans la ville d’andrinople, cette même mission, devant les chefs
ecclésiastiques et séculiers du monde, puis ensuite à développer davantage,
au cours des décades suivantes, dans la prison fortifiée d’acre, les principes
et préceptes constituant les bases de cette foi, à formuler les lois et
ordonnances en vue d’assurer son intégrité, à établir, aussitôt après
l’ascension de Bahá’u’lláh, l’alliance destinée à préserver son unité et à
perpétuer son influence. [...]

on peut dire que la phase initiale de cette proclamation a commencé à
Constan ti -
nople, avec la communication (dont nous ne possédons malheureusement
pas le texte) que Bahá’u’lláh adressa au sultan ‘abdu’l-azíz en personne, le
soi-disant vicaire du Prophète de l’islám, monarque absolu d’un puissant
empire. Ce personnage, aussi puissant que majestueux, fut le premier des
souverains du monde à recevoir les divines injonctions, et le premier, en
orient, à soutenir le choc de la justice distributive de dieu. Cette
communication fut envoyée à l’occasion de l’édit infâme promulgué par le
sultan, moins de quatre mois après l’arrivée des exilés dans sa capitale, [...]

édit prouvant une coalition de fait des gouvernements impériaux de Turquie
et de Perse contre un adversaire commun, et qui entraîna, à la fin, des
conséquences si tragiques pour le sultanat, le califat et la dynastie qadjare
[...]

ainsi se termine la scène d’ouverture de l’un des épisodes les plus
dramatiques du ministère de Bahá’u’lláh. le rideau se lève maintenant sur la
période reconnue comme la plus troublée et la plus critique du premier siècle
bahá’í, période qui était destinée à précéder la phase la plus glorieuse de ce
ministère, celle où il proclama son message au monde et à ses dirigeants.8

andrinople, la prison lointaine

Ô ah∂mad, n’oublie pas mes bienfaits

en mon absence. Souviens-toi de mes jours

durant tes jours, de ma détresse

et de mon bannissement en cette prison lointaine.

bahá’u’lláh

dans l’ Épître à ah∂mad, révélée pour un natif de yazd, Bahá’u’lláh parle
d’andrinople en l’appelant « la lointaine prison ».1

Cette ville historique, située dans un coin écarté de l’europe sera le lieu le
plus éloigné de son pays natal que connaîtra Bahá’u’lláh. Ce sera aussi la
première fois dans l’histoire connue des religions qu’une manifestation de
dieu séjournera sur le continent européen.

andrinople, appelée aujourd’hui édirne, est située dans un méandre de la
rivière Tunja (Tunca) juste avant qu’elle se jette dans la maritsa. sa position
stratégique sur la route entre l’asie mineure et les Balkans en avait fait une
ville importante dans l’antiquité. la ville thrace fut prise par les macédoniens
qui l’appelè-rent orestias. reconstruite par l’empereur hadrien au deuxième
siècle de notre ère elle en reçut son nouveau nom : hadrianopolis ou
andrinople. son histoire fut turbulente et elle connut de nombreuses batailles
entre les Byzantins et les autres nations jusqu’à sa conquête par les Turcs
ottomans en 1362. de 1413 à 1458

andrinople fut la capitale d’un empire ottoman en expansion rapide et,
istanbul étant devenue la capitale, elle continua d’être un important centre
administratif et commercial, visité par les sultans et les princes. au cours des
dix-huitième et dix-neuvième siècles, une série d’événements comme
l’incendie de 1745, le tremblement de terre de 1751, l’occupation par les
russes de 1828-1829 et plusieurs muti-neries provoquèrent son déclin. lors
du séjour de Bahá’u’lláh, andrinople, capitale d’une importante province de
l’empire turc, comptait 100 000 habitants.

au premier abord, áqá rid∂á trouva andrinople agréable mais le climat très

dans la Gloire du Père

froid. il remarque que pour des gens habitués, comme eux, au climat chaud
de l’irak, le climat froid de roumélie est éprouvant, surtout qu’en cette
première année où l’hiver fut exceptionnellement sévère, ils manquaient de
vêtements appropriés.

à leur arrivée, les voyageurs s’entassèrent dans un caravansérail appelé
Kháni-‘arab au confort réduit. Bahá’u’lláh y resta trois nuits. Puis on trouva,
pour lui et sa famille, une maison dans le quartier murádíyyih, bâti autour de
la mosquée murádíyyih élevée par le sultan murád ii, au nord-est de la ville.
áshchí se souvient qu’elle était en hauteur avec une belle vue sur tout
andrinople. les autres restèrent à l’auberge où leurs repas étaient servis, en
provenance de la maison de Bahá’u’lláh. áshchí raconte, lui aussi, la sévérité
de cet hiver-là. il avait vu sur la route entre Constantinople et andrinople
plusieurs personnes mortes de froid. le bruit courait à andrinople qu’on
n’avait pas vu un hiver aussi froid depuis quarante ans et il y eut des chutes
de neige même au cœur du printemps. les bains publics fermèrent pendant
plusieurs jours et les sources se tarirent, bloquées par une épaisseur de glace
telle que les gens durent allumer de grands feux au-dessus d’elles et l’on
attendit longtemps avant que l’eau recommence à couler. même dans la
chambre de Bahá’u’lláh, en dépit du réchaud, une carafe d’eau gela dans la
nuit.

on ne peut pas douter des souffrances de Bahá’u’lláh et de ses gens qui
manquaient de tout.

après un bref séjour dans la résidence du quartier murádíyyih qui était trop
petite, on trouva pour Bahá’u’lláh une autre maison plus spacieuse dans le
même quartier, proche de la Takyih des mawlavís*. Ceux qui étaient restés
dans le caravansérail s’installèrent dans la première résidence libérée par
Bahá’u’lláh. Jouxtant la seconde résidence, une troisième maison fut louée
pour áqáy-i-Kalím, mírzá yah∂yá et leurs familles. áqá rid∂á remarque que
toutes ces maisons étaient vieilles, ouvertes à tout vent et mal construites. se
protéger du froid fut un problème permanent.

áqá rid∂á conte l’histoire de ‘alí Big, l’of cier qui avait accompagné
Bahá’u’lláh et sa suite depuis Constantinople. lorsqu’il vint pour prendre
congé, il supplia Bahá’u’lláh de l’aider à avoir une promotion. il était yúz-
Báshí depuis trop

* lieu de réunion des membres d’un ordre de mystiques, qui a son origine
chez le grand poète sou Jaláli’d-dín-i-rúmí. il est adjacent à la mosquée
murádíyyih.
andrinoPle, la Prison loinTaine 241

Une vue d’andrinople

(dans the radio Times hulton Picture library )

longtemps et n’était plus tout jeune. son plus grand désir était d’obtenir le
grade de Big-Báshí et d’être nommé à andrinople. Bahá’u’lláh lui assura que
tout irait bien pour lui et, effectivement, peu de temps après il revint à
andrinople avec le grade de Big-Báshí. il vint exprimer sa gratitude à
Bahá’u’lláh et il racontait à qui voulait l’entendre que c’était grâce à
Bahá’u’lláh qu’il avait obtenu cette remarquable promotion. Pourtant, après
un certain temps, il eut envie de monter en grade de nouveau. il vint une fois
de plus demander à Bahá’u’lláh d’assouvir son désir de promotion et il fut
assuré qu’il obtiendrait le grade supérieur. et un jour, il apparut porteur du
grade de mír-áláy. il n’arrivait pas à croire qu’il avait eu cette chance
d’atteindre un rang militaire si élevé et ne cessait d’af rmer haut et clair qu’il
devait tout à Bahá’u’lláh et il fréquentait les disciples chaque fois qu’il le
pouvait.

mais puisqu’il était arrivé si haut en venant de si bas, serait-il déraisonnable
de vouloir atteindre le rang de pacha ? « Combien d’années veux-tu vivre
encore ? »

lui demanda Bahá’u’lláh et, peu de temps après mourut mír-áláy ‘alí Big.

Pendant ce premier hiver à andrinople, la vie fut vraiment dif cile. on
ressentit très vite les effets des dif cultés nancières. áqá h∆usayn travaillait
alors dans les cuisines, d’où son nom de áshchí : « faiseur de bouillon »,
autrement dit, cuisinier. il se souvient que certains jours on n’avait pour le
déjeuner que du pain et du fromage. il réussissait pourtant à faire des
économies qui lui permettaient de

dans la Gloire du Père

préparer, de temps en temps, une fête pour Bahá’u’lláh ; il put aussi acheter
deux vaches et une chèvre pour fournir la maisonnée en lait et yaourts.

mírzá áqá se souvient que c’est dans cette maison du quartier murádíyyih
que fut révélé le mystère de « l’année 80 » (1280 de l’hégire). de plus en
plus de tablettes sortaient maintenant de la plume créatrice de Bahá’u’lláh.
des textes comme lawh∂-i-Sayyáh∂ et lawh∂-i-nuqπih annonçaient
ouvertement avec ardeur, puissance et autorité, sa révélation. et les bábís,
partout, à l’exception de quelques dissidents, se ralliaient à sa cause et se
soumettaient à ce décret divin. mírzá yah∂yá, bien que soumis en apparence
s’était entouré d’égoïstes comme siyyid muh∂ammad-i-is∂fhání et hájí mírzá
ah∂mad-i-Káshání et ensemble ils élaboraient des plans de subversion et
d’opposition. la lecture qui va suivre de ces basses intrigues est plutôt
pénible.

mais parlons d’abord de la joie, du bonheur de ces loyaux compagnons de
Bahá’u’lláh décrits par áqá rid∂á et áshchí. qu’importait que l’hiver soit très
dur, que les circonstances soient dif ciles, qu’ils soient mal habillés et mal
logés, qu’un futur incertain paraisse sombre et tragique ! ils avaient atteint le
désir de leur cœur. ils vivaient près de leur seigneur et le servaient avec une
complète dévotion.

Jour et nuit ils entendaient, tombant de ses lèvres, des versets majestueux,
autoritaires, compatissants, qui annonçaient le matin du Jour des jours et ils
baignaient continûment dans les rayons vivi ant de ce soleil. áqá rid∂á relate
que Bahá’u’lláh leur rendait souvent visite dans la première maison du
quartier murádíyyih et dans la maison d’áqá-i-Kalím, son frère, située juste à
côté de la sienne, où les quelques disciples qui étaient à andrinople se
réunissaient.
un jour, au coucher du soleil, alors que Bahá’u’lláh était dehors, il se tourna
vers ses compagnons et dit en montrant un arbre : « un oiseau perché sur
cette branche a chanté ces mots à trois reprises « muh∂ammad vint et avec
lui la calamité ». áqá remarque que certains pensèrent qu’il faisait référence
à mullá muh∂ammad-i-zarandí, nabíl-i-a’z∂am, car on murmurait qu’il était
retourné à Constantinople. d’autres comprirent autre chose, mais bientôt il
fut clair qu’il faisait référence à hájí siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání,
l’antéchrist de la révélation bahá’íe.

Bahá’u’lláh resta environ dix mois dans cette seconde maison du quartier

andrinoPle, la Prison loinTaine 243

murádíyyih, d’après áqá rid∂á, mais le confort insuf sant et sa situation qui
en rendait l’accès dif cile rent qu’il désira obtenir une autre résidence, plus
confortable et plus facile d’accès. un jour Bahá’u’lláh dit à mírzá mah∂múd-
i-Káshání :

« Tu es grand et donc plus proche de dieu. Prie pour qu’il nous donne une
meilleure maison. » quelques jours plus tard on trouva une maison au cœur
de la ville, au nord de la mosquée de sult∂án salím et toute proche d’elle.
Cette mosquée, la gloire d’andrinople, fut bâtie au seizième siècle par
l’architecte sinán et son dôme principal est plus grand de trois mètres que
celui de sainte-sophie à istanbul. quant à la maison, c’était un vaste manoir
appelé la maison d’amru’lláh ce qui veut dire

« la cause de dieu »*. Bahá’u’lláh vint la voir en personne et la trouva
appropriée.

mírzá yah∂yá était lui aussi présent. Bahá’u’lláh remarqua : « dieu a répondu
aux prières d’áqá mírzá mah∂múd. il pria pour que dieu nous donne une
maison et la réponse à sa prière est cette maison. » son andarúní (partie
intérieure) de trois étages comportait trente chambres. Bahá’u’lláh et sa
famille occupèrent l’étage supérieur, mírzá muh∂ammad-qulí et sa famille se
logèrent au deuxième et quelques serviteurs s’installèrent au rez-de-
chaussée. Cette grande maison avait son propre bain turc, l’eau courante
dans la cuisine et une réserve d’eau. áqá rid∂á écrit : « Cette maison était
parfaite ». le bírúní (partie externe) avait quatre ou cinq belles pièces à
l’étage supérieur, destinées aux réceptions, ainsi que les installa-tions
nécessaires pour préparer et pour servir des rafraîchissements. les restes des
compagnons occupèrent le deuxième étage du bírúní. on trouva deux autres
maisons dans le même quartier, l’une pour áqáy-i-Kalím et sa famille et
l’autre pour mírzá yah∂yá et les siens. les repas étaient préparés dans la
maison d’amr’u’lláh et distribués dans les trois maisons.

Bahá’u’lláh avaient signalé à ses compagnons qu’il était temps pour eux de
trouver un travail. áqá rid∂á rapporte que son seul désir était de servir
Bahá’u’lláh en personne et il pensait que chercher un travail allait à
l’encontre de ce désir. mais il se trouva que non. un jour, alors qu’ils étaient
tous en sa présence, Bahá’u’lláh leur dit : « nous vous ordonnons de trouver
un travail a n de vous occuper utile-ment, d’éviter l’ennui, de gagner de
l’argent et de nous inviter à festoyer. »

ils se réunissaient la nuit dans la maison d’amru’lláh et, pendant le jour,
certains vaquaient à leurs commerces et d’autres servaient la maisonnée. áqá

* shoghi effendi traduit ce titre : maison du commandement de dieu

dans la Gloire du Père

muh∂ammad-Báqir-i-qahvih-chí et ustád muh∂ammad-‘alíy-i-salmání
préparaient le thé, le café et les rafraîchissements, et les servaient. áqá
h∆usayn-i-áshchí, maintenant adulte, occupait la cuisine et préparait les
repas. áqá muh∂ammad-h∆asan, un tout jeune homme, servait dans
l’andarúní. áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír (nayrízí) et áqá najaf-qulí
étaient chargés d’acheter au bazar les provisions et les autres nécessités.
mírzá áqá Ján était le secrétaire personnel de Bahá’u’lláh. h∆ájí siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání et h∆ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání n’avaient pas de
rôle particulier dans la maison, n’avaient aucune profession et ne tenaient
pas de boutique. áqá muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ir (voir addenda v) tissait
la soie. áqá rid∂á lui-même tenait avec mírzá mah∂múd-i-Káshání une
boutique de con series. áqá muh∂ammad-‘alí et áqá ‘abdu’l-Ghaffár
devinrent marchands de tabac.
áqá muh∂ammad-ismá‘íl et Khayyát-Báshí étaient tailleurs. mírzá Ja‘far et
áqá muh∂ammad-s∆ádiq (voir addenda v) ouvrirent aussi des boutiques.

d’après áqá rid∂á, c’est dans la maison d’amru’lláh que naquit, dans la nuit
du 12 rabí‘u’l-avval 1281 de l’hégire (15 août 1864), mírzá d∆íyá’u’lláh, ls
de Bahá’u’lláh. « nous étions très heureux, tous ensemble dans cette maison
et personne ne pensait à en partir. » Cet état de choses dura un an.

C’est au cours de la deuxième année dans cette maison que siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání et h∆ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání commencèrent à
montrer ouvertement leur vraie nature, composée de traîtrise et
d’insubordination. on se rappelle que Bahá’u’lláh avait emmené h∆ájí mírzá
ah∂mad avec lui en quittant Bagdad pour l’empêcher d’irriter le consul
général persan qui l’avait fait alors emprisonner parce qu’il ne savait pas se
taire quand il le fallait. l’épître à ah∂mad en persan, qui résonne de puissance
et d’autorité, est adressée à ce h∆ájí mírzá ah∂mad : Ton œil est un dépôt qui
m’appartient ; ne souffre pas que la poussière des vains désirs en ternisse
l’éclat. Ton oreille est un signe de ma bonté ; ne permets pas que le tumulte
des impulsions inconvenantes l’empêche d’entendre ma parole qui pénètre
toute la création. Ton cœur est mon trésor, ne laisse pas la main traîtresse de
l’ego dérober les perles que j’y ai amassées. Ta main est le symbole de ma
tendre bonté, ne l’empêche pas de tenir fermement mes tablettes saintes et
cachées… sans que tu m’en aies prié, j’ai répandu sur toi ma grâce. sans que
tu n’aies rien demandé, j’ai réalisé ton désir. encore que tu en fusses indigne,
j’ai choisi à ton intention mes bienfaits les plus précieux et mes faveurs les
plus nombreuses… ô mes serviteurs, soyez aussi résignés

andrinoPle, la Prison loinTaine 245

et soumis que la terre, afin que du sol de votre être fleurissent les jacinthes
multicolores, saintes et parfumées de ma connaissance. Comme le feu, jetez
des flammes, pour que s’y consument les voiles de l’insouciance et que les
cœurs glacés et obstinés s’embrasent sous l’action des énergies vivifiantes de
l’amour de dieu. soyez légers et libres comme la brise afin d’obtenir l’accès
de ma cour et de mon inviolable sanctuaire.2

Pendant ce temps, écrit áqá rid∂á, les compagnons se réunissaient chaque
nuit dans la grande pièce de la partie externe de la maison d’amru’lláh pour
lire des prières du Báb car mírzá yah∂yá commençait à montrer des signes
de défection, mais rien n’était encore évident. de temps en temps il se
concertait en secret avec siyyid muh∂ammad concernant leurs plans. Pendant
un certain temps les choses en restèrent là jusqu’à ce que soudain s’ouvrit,
large et infranchissable, l’abîme causé par la rébellion ouverte de mírzá
yah∂yá et par le gigantesque bouleversement qui en résulta.

le Gardien de la foi bahá’íe décrit ainsi la rébellion contre Bahá’u’lláh de
son demi-frère, son origine, sa nature et la menace qu’elle représenta pour
cette toute jeune religion :

une foi datant de vingt ans venait tout juste de se remettre des coups
successifs qu’elle avait reçus, lorsqu’une crise d’importance primordiale
l’atteignit et la secoua jusqu’en ses racines. ni le martyre tragique du Báb, ni
l’attentat odieux contre la vie du souverain, avec ses suites sanglantes, ni le
bannissement humiliant de Bahá’u’lláh loin de sa terre natale, ni même sa
retraite de deux ans au Kurdistan, si désastreux que fussent ces événements
par leurs conséquences, ne peuvent être comparés en gravité avec la
première grande convulsion interne qui saisit une communauté récemment
relevée, et menaça de creuser une brèche irréparable dans les rangs de ses
membres. (...) la conduite monstrueuse de mírzá yah∂yá, l’un des demi-
frères de Bahá’u’lláh, successeur nominal du Báb et chef reconnu de la
communauté bábí, amena, par la suite, une période d’adversités qui laissa
son empreinte sur le destin de la foi pour un demi-siècle au moins.

Cette crise, au cours de laquelle fut déchiré en deux « le voile le plus cruel »,
et pendant laquelle s’effectua irrévocablement « la plus grande séparation »,
Bahá’u’lláh la désigna lui-même sous le nom d’ayyám-i-shidád (jours de
tension). elle apporta une immense satisfaction aux ennemis extérieurs de la
foi, civils et ecclésiastiques ; elle les enhardit, faisant leur jeu et soulevant
leurs railleries ostensibles. elle jeta le trouble et la confusion parmi les amis
et les défenseurs de Bahá’u’lláh, et elle porta un grave pré-

dans la Gloire du Père
judice au prestige de la foi, vis-à-vis de ses admirateurs d’occident*. ourdie
dès le début du séjour de Bahá’u’lláh à Bagdad, momentanément stoppée par
les forces créatrices qui, sous son autorité non encore déclarée, animèrent
une communauté désinté-grée, cette crise éclata finalement, dans toute sa
violence, au cours des années qui précédèrent immédiatement la
proclamation de son message. elle causa un chagrin inexprimable à
Bahá’u’lláh, le vieillissant de façon visible, et elle lui infligea, par ses
répercussions, le coup le plus rude qu’il eut jamais à subir pendant toute sa
vie. elle fut for-gée de toutes pièces par les intrigues tortueuses et les
machinations incessantes de ce même diabolique siyyid muh∂ammad, ce vil
insinuateur qui, sans tenir compte du conseil de Bahá’u’lláh, avait insisté
pour l’accompagner à Constantinople et à andrinople et qui, maintenant,
avec une vigilance sans relâche, redoublait d’efforts pour mener cette crise à
son terme.

depuis le retour de Bahá’u’lláh de sulaymáníyyih, mírzá yah∂yá s’était
déterminé, tantôt à une réclusion sans gloire, dans sa propre demeure, tantôt
à une retraite, quand un danger menaçait, vers des lieux sûrs tels que hillih et
Basra. dans cette dernière ville il s’était réfugié, déguisé en juif de Bagdad
pour devenir marchand de chaussures. sa terreur était si grande qu’il passe
pour avoir dit un jour : « quiconque prétendra m’avoir vu ou avoir entendu
ma voix, je le déclarerai infidèle. » ayant appris le départ imminent de
Bahá’u’lláh pour Constantinople, il se cacha d’abord dans le jardin de
huvaydar, non loin de Bagdad, où il réfléchit à l’opportunité de fuir en
abyssinie, aux indes ou en quelque autre pays. refusant de se conformer au
conseil de Bahá’u’lláh, de s’acheminer vers la Perse et d’y répandre les
écrits du Báb, il envoya un certain háji muhammad Kázim, qui lui
ressemblait, à la résidence gouvernementale, pour demander un passeport au
nom de mírzá ‘alíy-i-Kirmánsháhi, et il quitta Bagdad en y abandonnant ces
écrits. il se rendit alors à mosul sous un déguisement, accompagné d’un
arabe bábí nommé záhir, rejoignant là les exilés qui s’étaient mis en route
pour Constantinople.

Témoin constant de l’attachement de plus en plus profond des exilés pour
Bahá’u’lláh et de leur stupéfiante vénération à son égard, s’apercevant
parfaitement, au cours du voyage vers Constantinople, et plus tard, ses
relations avec les notables et les gouverneurs d’andrinople, du degré de
popularité que son frère avait acquis à Bagdad, irrité devant les preuves
multiples de courage, de dignité et d’indépendance que ce frère avait
montrées dans ses rapports avec les autorités de la capitale, exaspéré par les
nombreuses tablettes que l’auteur d’une dispensation récemment affermie
n’avait cessé de révéler, - volontiers dupe des perspectives alléchantes d’une
autorité sans conteste que

* Tels que h.l.m. nicolas et e.G. Brown

andrinoPle, la Prison loinTaine 247

lui offrait siyyid muh∂ammad, l’antéchrist de la révélation bahá’íe - de
même que le chah muh∂ammad avait été induit en erreur par l’antéchrist de
la révélation bábíe, hàji mírzá áqási -, refusant d’écouter les observations des
membres éminents de la communauté qui lui écrivaient et lui conseillaient
d’user de sagesse et de retenue, oublieux de la bonté et des conseils de
Bahá’u’lláh qui, de treize ans son aîné, avait veillé sur sa prime jeunesse et
sur sa maturité, enhardi par l’attitude de ce frère qui, l’œil aveugle au péché,
avait, tant de fois, passé l’éponge sur bon nombre de ses crimes et de ses
folies, cet archibriseur de l’alliance du Báb, aiguillonné par sa jalousie
grandissante, et poussé par son amour passionné du pouvoir, fut amené à
commettre des actes tels qu’ils ne pouvaient plus être cachés ni tolérés. [...]

des projets désespérés pour empoisonner Bahá’u’lláh et ses compagnons,
afin de restaurer sa propre autorité disparue, commencèrent à se dessiner
dans son esprit, une année environ après leur arrivée à andrinople. sachant
que son demi-frère, áqáy-i-Kalím, possédait des connaissances médicales, il
chercha, sous divers prétextes, à obtenir des renseignements concernant les
effets de certains poisons et de certaines herbes.

Puis, contrairement à ses habitudes, il commença à inviter Bahá’u’lláh chez
lui et un jour, ayant enduit sa tasse à thé d’un produit qu’il avait composé, il
réussit à l’empoisonner suffisamment pour le rendre sérieusement malade
pendant au moins un mois, lui occasionnant de violentes douleurs ainsi
qu’une forte fièvre, maladie dont Bahá’u’lláh conserva un tremblement des
mains jusqu’à la fin de sa vie*. son état était si grave qu’un docteur étranger,
nommé shíshmán, fut appelé pour le soigner. le docteur fut si atterré par son
teint livide qu’il estima son cas sans espoir, et après être tombé à ses pieds,
se retira sans lui avoir prescrit de remède. quelques jours plus tard, il tomba
malade et mourut. avant sa mort, Bahá’u’lláh avait donné à entendre que le
docteur shishmán avait sacrifié sa vie pour lui. à mírzá áqá Ján, que
Bahá’u’lláh avait envoyé pour le voir, ce docteur déclara que dieu avait
exaucé ses prières et qu’après sa mort, un certain dr. Chúpán, auquel il savait
pouvoir se fier, devrait être appelé à sa place chaque fois que cela serait
nécessaire.

dans une autre circonstance, et d’après le témoignage d’une de ses femmes
qui l’avait momentanément quitté et qui avait révélé les détails de l’acte
mentionné ci-dessus, ce même mírzá yah∂yá avait empoisonné le puits qui
fournissait de l’eau à la famille et aux compagnons de Bahá’u’lláh, à la suite
de quoi les exilés présentèrent d’étranges symptômes de maladie.†3

* on peut voir aux archives internationales de la foi bahá’íe, sur le mont
Carmel, un mouchoir taché de sang avec lequel Bahá’u’lláh s’essuya la
bouche pendant la nuit où, suite à l’empoisonnement, il tomba malade.

† áqá rid∂á indique que le docteur shíshmán était un chrétien. Cette femme
de mírzá yah∂yá, qui révéla l’empoisonnement du puits, était selon áqá rid∂á
une femme de Tafrish, Badrí-Ján, sœur de mírzá nas∂r’ulláh et de mírzá
rid∂á-qulí.

dans la Gloire du Père

Bahá’u’lláh avait fait de son mieux pour protéger son frère des conséquences
de ses « crimes » et de ses « aberrations » ; mais sa bonté et sa générosité
n’avaient trouvé en échange que venin et haine. le temps, qui éprouve sans
se tromper ce qui est bien et ce qui est mal, nit par montrer la vraie nature de
mírzá yah∂yá, la vacui-té de ses prétentions et l’inanité de son but. ayant
échoué dans sa lâche tentative d’empoisonnement, mírzá yah∂yá se retourna
contre Bahá’u’lláh pour l’accuser. il af rma que c’était son frère qui avait
empoisonné la nourriture et en avait consommé ensuite par inadvertance.
aujourd’hui, plus d’un siècle s’est écoulé, nous pouvons plaindre le
malfaiteur et la perspective nous permet de voir sa petitesse et son insigni
ance comparées à l’écrasante majesté de Bahá’u’lláh. on peut même sourire
devant les accusations et les calomnies de mírzá yah∂yá, mais à l’époque ces
actes ignominieux ne faisaient qu’augmenter la dureté de la vie de
Bahá’u’lláh.

en relatant les circonstances de la longue maladie de Bahá’u’lláh, áqá rid∂á
dit que les compagnons furent privés de sa présence pendant plusieurs
semaines. ils étaient très malheureux mais n’avaient pas l’audace de
demander la permission de lui rendre visite. et puis un soir, pendant sa
convalescence, alors que la plupart d’entre eux, y compris ‘abdu’l-Bahá et
son demi-frère mírzá muh∂ammad-‘alí, avaient été invités à dîner chez áqáy-
i-Kalím et que seuls áqá rid∂á restait là avec deux autres pour transporter du
bois pour le chauffage, Bahá’u’lláh leur dit de venir et de s’asseoir. il leur
parla et leur dit à quel point il se sentait faible. Plus tard, dès qu’il fut
capable de marcher sans aide, il vint rendre visite aux compagnons. non loin
du quartier murádíyyih se trouvait un terrain planté d’arbres. mírzá
muh∂ammad-‘alí le loua et mírzá mah∂múd-i-Káshání y planta des fleurs. en
n d’après-midi Bahá’u’lláh se retirait dans ce lieu ombragé et les
compagnons, après leur journée de travail, savaient où le trouver. un jour
Bahá’u’lláh demanda des nouvelles de Khayyát-Báshí qui avait été malade.
quand áqá rid∂á lui répondit qu’il n’avait aucune nouvelle, Bahá’u’lláh lui
répliqua qu’il aurait dû rendre visite à Khayyát-Báshí avant de venir au
jardin. « Je vous dis cela a n que vous appre-niez à prendre soin les uns des
autres en tous temps et que vous vous préoccupiez les uns des autres » leur
dit-il. Comme la maison de áqáy-i-Kalím était proche de ce jardin, il arrivait
que Bahá’u’lláh rendît visite à son frère avant de rentrer chez lui.

áqá rid∂á relate les circonstances d’un incident embarrassant pour mírzá
yah∂yá

andrinoPle, la Prison loinTaine 249

qui s’est passé dans la maison de áqáy-i-Kalím. shaykh salmán, le célèbre
messager qui arrivait de Perse porteur de lettres et de demandes et en
repartait avec des épîtres et des lettres, avait demandé à mírzá yah∂yá de lui
expliquer le sens de ces deux vers bien connus de sa‘dí :

l’ami est plus proche de moi que moi-même.

mais le plus surprenant est mon éloignement de lui.
la réponse de mírzá yah∂yá était absurde. même siyyid muh∂ammad-i-
is∂fahání et h∆ájí ah∂mad-i-Káshání qui deviendraient ses lieutenants le jour
où il se rebelle-rait contre son frère, se joignirent aux autres pour lui montrer
son erreur et con rmer que sa‘di exprimait poétiquement le sens de ce verset
du coran : « nous sommes plus proche de lui que sa veine jugulaire » (50
:15). son ignorance étant évidente, mírzá yah∂yá tenta de noyer le poisson.
on se rappellera qu’en route vers istanbul siyyid muh∂ammad s’était
tellement moqué de mírzá yah∂ya au cours d’une dispute que ce dernier s’en
était plaint à Bahá’u’lláh. áqá rid∂á ajoute que siyyid muh∂ammad ne cessait
pas de rire et de se moquer de mírzá yah∂yá. Puis, un jour, siyyid
muh∂ammad af rma qu’il avait été insulté et partit loger au mawlaví-Khánih.
áqáy-i-Kalím alla le chercher, l’emmena chez lui, le conseilla et le raisonna
mais cet homme avait une propension à la méchanceté et, la même chose se
reproduisant, il repartit vivre au mawlaví-Khánih.

áqá rid∂á témoigne que mírzá yah∂yá ressentait de la haine pour Bahá’u’lláh
depuis longtemps et qu’il projetait de le tuer. une de ses tentatives est contée
par ustád muh∂ammad-‘alíy-i-salmání, le barbier, dans son autobiographie :
un jour, alors que m’occupant des bains j’attendais la Perfection bénie, azal
entra, se lava et commença à s’appliquer du henné. Je m’assis près de lui
pour l’aider et il commença à me parler. il mentionna un ancien gouverneur
de nayríz qui avait tué des croyants et était un ennemi irréductible de la
Cause. Puis il loua le courage et la bravoure et dit que certains étaient
courageux de nature et que cela se voyait dans leur conduite le moment
venu. Puis il revint à nayríz et rappela qu’à un moment ne restait des enfants
des croyants qu’un seul garçon de dix ou onze ans. un jour que le
gouverneur était aux bains, ce garçon entra et, au moment où le gouverneur
sortait de l’eau il le poi-

dans la Gloire du Père

Ustád Muh∂ammad-‘alíy-i-Salmání

gnarda, lui ouvrant grand le ventre. le gouverneur hurla, ses serviteurs se
précipitèrent, virent le garçon tenant un couteau et l’attaquèrent. Puis ils
voulurent s’occuper de leur maître mais le garçon, bien que blessé, se releva
et le poignarda de nouveau. azal reprit ensuite ses louanges sur la bravoure et
comme il est merveilleux d’être courageux. il continua en disant : « vois ce
qu’ils font à la Cause. Tout le monde se lève contre moi, même mon frère !
et moi, malheureux que je suis, je ne connais aucun réconfort. » à sa manière
de parler on comprenait qu’il impliquait qu’on lui faisait du tort à lui, le
successeur du Báb et que son frère était son agresseur et un usurpateur (que
dieu me garde !). Puis il revint sur la bravoure et sur la Cause qui en avait
bien besoin. en fait, en me racontant l’histoire du gouverneur de nayríz, en
louant la bravoure et en m’en-courageant, il cherchait seulement à me
pousser à tuer Bahá’u’lláh.

en comprenant cela, je fus si troublé que je ne me suis jamais senti aussi
bouleversé de toute ma vie. J’avais l’impression que le bâtiment s’effondrait
autour de moi. sans rien dire, mais très perturbé, j’allais m’asseoir dans
l’antichambre. Je me dis que j’allais retourner dans le bain et lui couper la
tête, quelles qu’en soient les conséquences.
Puis que je me dis que l’assassiner n’était pas une mince action et que je
risquais d’of-fenser Bahá’u’lláh. supposons que je le tue, me disais-je et
qu’en présence de la Perfection bénie elle me demande pourquoi je l’ai tué,
que pourrais-je répondre ? Cette

andrinoPle, la Prison loinTaine 251

pensée m’empêcha de mettre mon idée à exécution. Je retournais dans les
bains et dit à azal de « foutre le camp » [en persan gum Shaw est une
expression très insultante].

azal se mit à gémir et à trembler et me demanda de verser de l’eau sur sa tête
pour rincer le henné, ce que je s. il nit de se laver, sortit des bains dans un
état d’agitation avancé et je ne l’ai jamais revu.

J’étais dans un tel état que rien ne pouvait me calmer. Ce jour-là, la
Perfection bénie ne vint pas aux bains mais mírzá músá y vint et je lui dit
que l’effrayante suggestion d’azal m’avait mis en colère. mírzá músá me
répondit : ça fait des années qu’il y pense. n’y fait pas attention. il pense à ça
depuis toujours ! ». Comme personne d’autre ne venait aux bains, je les
fermais et allait voir le maître [‘abdu’l-Bahá, la Plus-Grande-Branche.] pour
lui raconter ce que mírzá yah∂yá m’avait dit, comme cela m’avait rendu
furieux et que j’avais eu envie de le tuer mais que je ne l’avais pas fait. le
maître remarqua que c’était quelque chose que les gens ne réalisaient pas,
mais qu’il ne fallait pas en parler et le garder secret. J’allais ensuite voir
mírzá áqá Ján, lui t un rapport complet de l’incident en lui demandant de le
rapporter à Bahá’u’lláh. mírzá áqá Ján revint me dire : « Bahá’u’lláh
demande de dire à ustád muh∂ammad-‘alí de ne mentionner cela à personne.
»

Ce soir-là je réunis tous les écrits d’azal et j’allais dans le salon de la maison
de Bahá’u’lláh pour les brûler dans le brasero. avant cela, je les montrais à
sept ou huit des croyants présents en con rmant : « Ce sont les écrits d’azal.
» ils protestèrent en me demandant pourquoi je faisais cela. Je répondis que
jusqu’à aujourd’hui j’estimais hautement azal mais que maintenant il ne
valait même pas un chien.
d’après áqá rid∂á, la tentative de mírzá yah∂ya pour soudoyer le barbier
était, une entreprise de longue haleine ; il lui fallut au moins trois mois avant
de trouver le courage de parler ouvertement à ustád muh∂ammad-‘alí.
Comme on l’a vu, le barbier ressentit une telle rage qu’il faillit se
débarrasser de mírzá yah∂yá sur place.

en parlant de cet événement, le Gardien de la foi bahá’íe écrit : Bien que, par
la suite, Bahá’u’lláh lui eût ordonné de ne raconter cet incident à personne,
le barbier fut incapable de se retenir et il trahit le secret, plongeant, de ce
fait, la communauté dans une grande consternation. « quand le secret qu’il
(mírzá yah∂yá), gardait en son cœur fut révélé par dieu, affirme lui-même
Bahá’u’lláh, il désavoua pareille intention et l’imputa à ce même serviteur »
[ustàd muhammad-’ali].4

Ce même ustád muh∂ammad-‘alí rapporte aussi que mírzá yah∂yá, toujours

dans la Gloire du Père

redoutant d’être reconnu, dit à shamsí Big, qui les avait of ciellement reçus à
istanbul, qu’il était un serviteur de Bahá’u’lláh. et toujours dans le but de
cacher son identité, il se réfugiait souvent dans la partie réservée aux
serviteurs alors qu’il avait une maison à lui.

les actions de mírzá yah∂yá dans sa vaine tentative de « ranimer son rôle
moribond de chef » provoquèrent des événements de grande importance qui
sont décrits par shoghi effendi, alors qu’il continue sa description de ce qu’il
nomme « la première convulsion interne d’importance » :

le moment était maintenant arrivé pour celui qui avait si récemment, à la fois
par ses paroles et dans de nombreuses tablettes, révélé la signification des
revendications qu’il avait avancées, de faire connaître officiellement le
caractère de sa mission à celui qui était le remplaçant nominal du Báb. mírzá
áqá Ján fut donc chargé de porter à mírzá yah∂yá la Súriy-i-amr,
nouvellement révélée, qui confirmait nettement ces revendications, de lui lire
tout haut son contenu, et de lui demander une réponse décisive et sans
équivoque. mírzá yah∂yá demanda une journée de réflexion pour pouvoir
méditer sa réponse, requête qui lui fut accordée. mais la seule réponse,
toutefois, qui devait venir, fut une contre-déclaration, spécifiant l’heure et la
minute où il était devenu le bénéficiaire d’une révélation indépendante,
révélation qui exigeait la soumission sans réserve à sa personne, de la part
des peuples de la terre, à l’est comme à l’ouest.

une assertion aussi présomptueuse, faite par un adversaire aussi perfide à
l’envoyé de l’auteur d’une révélation si importante, donna le signal de la
rupture ouverte et définitive entre Bahá’u’lláh et mírzá yahya, rupture qui
marque l’une des dates les plus sombres de l’histoire bahá’íe. dans l’espoir
d’apaiser la féroce animosité qui dévorait ses ennemis, et d’assurer à chacun
des exilés la liberté absolue de choisir entre lui et eux, Bahá’u’lláh se retira
avec sa famille dans la demeure de ridà Big (shavvàl 22, 1282 a.h.)*, louée à
sa demande, et il refusa pendant deux mois de fréquenter les amis comme les
étrangers, y compris ses propres compagnons. il chargea áqáy-i-Kalím de
partager tous les meubles, literie, vêtements et ustensiles qu’on trouverait
chez lui, et d’en envoyer la moitié dans la maison de mírzá yah∂yá, de lui
remettre certaines reliques qu’il convoitait depuis longtemps, comme par
exemple les sceaux, les bagues et les manuscrits du Báb, et de veiller à ce
qu’il reçoive sa part entière de la pension fixée par le gouvernement pour la
subsistance des exilés et de leurs familles. en outre, il fit donner des ordres
par áqáy-i-Kalím pour que, chaque jour, pendant plusieurs heures, mírzá

* le 10 mars 1866. Cette maison était dans un autre quartier de la ville

andrinoPle, la Prison loinTaine 253

yah∂yá soit aidé à faire ses achats par l’un quelconque des compagnons,
qu’il pourrait choisir lui-même, et afin qu’il soit sûr que tout envoi à son
nom, provenant de Perse, lui serait dorénavant remis en main propre.5

áqá rid∂á parle de la profonde détresse, causée par la réclusion de
Bahá’u’lláh, que ressentirent les compagnons. h∆ájí mírzá ah∂mad-i-
Káshání, bien qu’associé avec mírzá yah∂yá, ne resta pas à andrinople mais
demanda un passeport et partit.

il arriva jusqu’à Bagdad où il fut assassiné par un arabe soi-disant bahá’í.
lorsque la nouvelle de l’assassinat crapuleux de h∆ájí mírzá ah∂mad arriva à
andrinople, Bahá’u’lláh en fut affligé. áqá muh∂ammad-s∆ádiq et mírzá
Ja‘far préférèrent quitter andrinople eux aussi. mírzá muh∂ammad-qulí, un
autre demi-frère de Bahá’u’lláh et mírzá áqá Ján, son serviteur personnel et
secrétaire vinrent le rejoindre dans la maison de rid∂á Big où áqá h∂usayn
vint faire la cuisine pour la maisonnée. le reste des compagnons, malheureux
et le cœur brisé, n’eut plus accès à la maison de rid∂á Big sauf un jour, peu
après le déménagement de la maison d’amru’lláh. Ce jour-là, en début
d’après-midi, ils furent appelés en présence de Bahá’u’lláh. en leur servant
du thé il leur dit : « Cette interdiction a une limite.

Tournez-vous vers dieu. votre conduite doit être telle que vous soyiez
toujours meilleurs que les autres. que rien ne vous empêche de vous tourner
vers dieu.

Placez votre con ance en lui. vénérez-le. soyez patient et indulgent. ne vous
dis-putez avec personne. » áqá rid∂á, en se souvenant des conseils de
Bahá’u’lláh, dit que ses paroles étaient si puissantes qu’ils les ressentaient
jusque dans la moelle de leurs os et que des larmes jaillissaient de leurs
yeux. Bahá’u’lláh leur demanda ensuite de partir et ordonna à darvísh
s∆idq-‘alí de visiter tous les jours la maison de mírzá yah∂yá et de faire les
achats nécessaires pour lui et sa famille. darvísh s∆idq-‘alí haïssait cette
mission mais il obéit à Bahá’u’lláh jusqu’au jour où mírzá yah∂yá
déménagea dans le quartier murádiyyih et lui dit qu’il n’avait plus besoin de
ses services.

lorsque Bahá’u’lláh décréta que mírzá yah∂yá et sa famille devaient recevoir
une large part de l’allocation que le gouvernement ottoman donnait aux
exilés, chaque compagnon reçut aussi sa part de l’argent ainsi que des
ustensiles utilisés, qu’ils soient en cuivre ou en d’autres matières.

áqá rid∂á rapporte qu’ils étaient tous étonnés de l’intensité et de la férocité
des

dans la Gloire du Père
sentiments négatifs af chés par mírzá yah∂yá et son entourage. un de ceux
qui furent attirés par mírzá yah∂yá, un certain h∆ájí ibráhím-i-Káshí, avait
été traité avec une grande gentillesse, on lui avait donné des lettres pour la
Perse, on lui avait dit ce qu’il devait dire partout où il irait. mais lorsqu’il
découvrit la mesquinerie de leurs arguments, il se repentit et rejoignit les
compagnons. il aurait avoué : « J’ai cru d’abord que leur but était
d’appliquer des réformes et de chercher la réconciliation. mais, après
réflexion, j’ai compris qu’ils n’avaient que haine et calomnie à répandre. »
áqá rid∂á rapporte qu’avec quelques autres il put lire quelques-unes des
lettres données à hájí ibráhím et qu’ils furent abasourdis de découvrir la
quantité de mensonges qu’elles contenaient.

ayant échoué dans leur tentative de séduction de h∆ájí ibráhím-i-Káshí,
mírzá yah∂yá et ses infâmes complices accomplirent un acte tout aussi
honteux. une des femmes de mírzá yah∂yá, la mère de son ls mírzá
ah∂mad*, fut envoyée chez le gouverneur, gémissant et se lamentant, disant
aux autorités qu’ils avaient faim, n’ayant rien à manger parce que
Bahá’u’lláh gardait tout l’argent pour lui. or, nous dit áqá rid∂á, c’était à
l’époque où deux mille túmáns, reçus récemment de qazvín, avaient été
donnés à mírzá yah∂yá. et il répète qu’il n’y eut jamais un jour où l’on
négligea les besoins de mírzá yah∂yá et de ceux qui le suivaient. même
lorsque siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání partit loger au mawlaví-Khánih, il
continua à recevoir thé, sucre et autres nécessités. à cet endroit de son
journal áqá rid∂á, après avoir relaté les actes odieux de mírzá yah∂yá et de
son lieutenant, écrit une prière qu’il a composée :

« o dieu, Tu sais que je ne mentionne ces événements que dans un but,
établir la vérité et expliquer la situation. Je mentionne ce qui s’est passé et
dont j’ai été témoin a n que cela soit clair et évident pour tous. Je n’ai jamais
ressenti de haine pour personne. J’ai con ance en ta grâce et en ta générosité
qui me préserveront de l’erreur, qui nous aideront à ne pas dévier du chemin
de la justice, de l’équité,

*des dizaines d’années plus tard mírzá ah∂mad se tourna vers ‘abdu’l-Bahá,
repentant et ayant besoin de soins.

l’auteur se souvient de lui, dans les années vingt du vingtième siècle, âgé et
menant une vie tranquille dans la maison des pèlerins sur le mont Carmel. un
jour qu’un groupe d’étudiants de l’université américaine de Beyrouth, venus
à haïfa, séjournaient aussi dans la maison des pèlerins (l’auteur en faisait
partie), le Gardien de la foi bahá’íe leur demanda de ne pas heurter les
sentiments de ce vieil homme silencieux en parlant, en sa présence, des
aberrations et des mauvaises actions de son père.

andrinoPle, la Prison loinTaine 255

de la délité et de la loyauté, a n que je ne dise que la vérité. Tu con rmes tout
le monde. Tu es l’omniscient, le Tout-Puissant. »

Puis áqá rid∂á raconte une histoire encore plus bizarre. on demanda aux
partisans de mírzá yah∂yá, alors qu’ils étaient en irak, pourquoi il avait
envoyé sa femme mendier au palais du gouverneur, alors qu’ils savaient très
bien qu’ils n’avaient besoin de rien. ils répondirent que c’était une idée de
siyyid muh∂ammad et que mírzá yah∂yá n’en avait rien su. l’explication
était pire que l’action elle-même !

en ces jours tumultueux Khurshíd Páshá (voir addenda v) venait d’être
nommé gouverneur d’andrinople et selon les archives du consul britannique
(fo 195 794) il avait pris sa charge en mars 1866. son représentant,‘azíz
Páshá rendit visite à Bahá’u’lláh en faisant preuve d’une humilité et d’une
révérence remarquables. il se sentait particulièrement attiré par ‘abdu’l-Bahá
et buvait avec enthousiasme à la fontaine du savoir de Ghus∂n-i-a’z∂am (la
Plus-Grande-Branche) qui n’était encore qu’un jeune homme d’une
vingtaine d’années. Beaucoup plus tard, Bahá’u’lláh étant alors exilé à acre,
‘azíz Páshá devint le vali de Beyrouth. il vint deux fois à acre pour présenter
ses respects à Bahá’u’lláh et pour renouveler son amitié avec le ls aîné de
Bahá’u’lláh qu’il admirait grandement.

avec obséquiosité mírzá yah∂yá écrivit à Khurshíd Páshá ainsi qu’à ‘azíz
Páshá qui montra sa lettre, débordante de flatterie excessive, à Ghus∂n-i-
a’z∂am. áqá rid∂á rapporte que lorsque Bahá’u’lláh apprit la démarche de
mírzá yah∂yá, il sut que le temps de sa réclusion était terminée ; « le temps
prévu » était terminé. il dit :

« nous nous sommes retirés a n de permettre au feu de l’hostilité de
s’éteindre et d’éviter que de tels actes honteux soient perpétrés, mais ce
qu’ils accomplirent est pires qu’avant. »

vint le printemps. « nous avions loué une maison dans un autre quartier, écrit
áqá rid∂á, et nous vivions là tous ensemble, priant ensemble jour et nuit.
nous lisions les écrits sacrés et implorions dieu de faire cesser la nuit de la
séparation, que l’aurore de la proximité se lève et que s’ouvre en n la porte
vers sa présence.

et quand nos prières furent exaucées et que les portes de la bénédiction
s’ouvrirent toutes grandes, nous louâmes une autre maison près de celle de
rid∂á Big et nous nous installâmes tous là. Cette maison avait un puits avec
de l’eau potable et la cour était vaste et pleine de parterres de fleurs. Chacun
à son tour, chaque jour, res-

dans la Gloire du Père

tait à la maison pour faire tout le travail nécessaire : tirer de l’eau, balayer,
cuisiner, préparer le thé, s’occuper des fleurs comme si tous les autres étaient
ses invités et qu’il était leur hôte. le dîner terminé, il lavait les plats et les
couverts et les passait à celui qui, le jour suivant, jouerait le rôle de l’hôte à
son tour. les Branches

[les ls de Bahá’u’lláh] venaient tous les jours et parfois aussi la Beauté
bénie.

C’était une bonne maison agréable à vivre. »

des visiteurs, comme áqá ‘alí-akbar-i-Khurásání et shaykh salmán le
messager, commençaient à arriver à andrinople pour rencontrer Bahá’u’lláh.
ils étaient très heureux de séjourner dans la maison décrite par áqá rid∂á.
quelques épîtres furent révélées dans cette maison et les versets s’écoulaient
des lèvres de Bahá’u’lláh assis au milieu de ses compagnons. il dit un jour,
áqá rid∂á se souvient… « quel lieu agréable et quelle belle province.
Pourtant je ne souhaite pas rester ici. Tout changera avant longtemps. » áqá
rid∂á dit qu’à partir de ce jour-là Bahá’u’lláh parla fréquemment du
changement qui arrivait, même si on ne le voyait pas venir. áqáy-i-Kalím
avait lui aussi prit une maison dans ce quartier.
la maison de rid∂á Big avait un bírúní et un andarúní, le second étant plus
petit que le premier. le bírúní avait une grande cour ornée d’une variété
d’arbres, de buissons et de fleurs où Bahá’u’lláh venait quelquefois, plutôt
en n d’après-midi, et il y faisait les cent pas en parlant aux compagnons. áqá
rid∂á se souvient d’un de ces jours en particulier où Bahá’u’lláh parlait de
ceux qui s’étaient opposés à la cause de dieu, avaient tenté de lui porter tort,
et avaient persécuté les croyants ; il les nommait l’un après l’autre en
indiquant comment ils avaient été humiliés.

avant peu, dit-il (et áqá rid∂á écrivit ses paroles) : « vous verrez les tyrans,
les ennemis et les opposants de la cause de dieu disparaître et triompher le
verbe de dieu. » il ajouta : « il doit être clair à tous que nous n’avons accepté
les calamités et ne devînmes captif que pour glori er la cause de dieu et pour
témoigner de la vérité de son verbe. » Pendant ces jours à andrinople la
révélation des épîtres et des versets était abondante et proli que. áqá rid∂á
nous dit que leur abondance était telle que les aghs∂án, les ls de Bahá’u’lláh,
et mírzá áqá Ján, son serviteur et secrétaire, passaient de longues heures, jour
et nuit, à les copier et les transcrire.

Bahá’u’lláh vivait toujours dans la maison de rid∂á Big et venait, de temps à
autre, passer une heure ou deux dans le verger ou dans le pré proches du
quartier murádíyyih. Puis la maison d’amr’ulláh, qui avait été louée par ‘azíz
Páshá, fut
andrinoPle, la Prison loinTaine 257

‘abdu’l-bahá à andrinople

dans la Gloire du Père

libérée de nouveau et Bahá’u’lláh retourna s’y installer. au même moment
les compagnons déménagèrent dans une maison proche, qui était occupée
auparavant par mírzá yah∂yá et sa famille. áqáy-i-Kalím déménagea à la
même époque.

Parmi les nouveaux arrivants on note h∆ájí-‘alí-‘askar-i-Tabrízí et les frères
h∆ájí Ja‘far et h∆ájí Taqí (voir addenda v) qui logèrent dans une auberge ;
siyyid ashraf de zanján qui sera martyrisé plus tard (voir p. 494) accompagné
de sa sœur ; h∆ájí mírzá h∆aydar-‘alí suivi de h∆ájí mírzá h∆usayn-i-shírází,
qui bientôt seront arrêtés en égypte et bannis au soudan, vinrent aussi à
andrinople où ils séjournèrent dans la maison occupée par les compagnons.
mírzá rid∂á-qulí et mírzá nas∂ru’lláh, deux frères de Tafrish, dont la sœur,
Badri-ján, mariée à mírzá yah∂yá en était séparée 6, arrivèrent de Téhéran
vers la même époque et louèrent une maison. dans la maison d’amr’ulláh,
redevenue la résidence de Bahá’u’lláh, et dans celle des compagnons, des
réunions se tenaient au cours desquelles ce dernier intervenait. ainsi les
compagnons, plus qu’honorés, avaient le privilège d’assister au processus de
révélation et à la manière dont les versets divins s’écoulaient de ses lèvres.
C’est dans la maison d’amru’lláh que la réponse à ‘alí-muh∂ammad-i-sarráj,
le tanneur, un partisan de mírzá yah∂yá fut révélée ; elle avait la taille d’un
livre.

shaykh salmán le messager, ustád ‘abdu’l-Karím, áqá ‘alí-akbar, áqá
muh∂ammad-h∆asan et sa sœur durent repartir en irak. ils étaient tristes,
arrachés à la présence de leur Bien-aimé, mais ils obéirent. áqá rid∂á note
que le jour de leur départ fut un jour unique, car une fois qu’ils furent partis,
Bahá’u’lláh le reçut dans l’ andarúní dont on venait d’allumer la lampe, et
lui demanda s’il avait écrit quelque chose à quelqu’un. Puis il dit : « écris
ceci maintenant », et d’une voix formidablement puissante et autoritaire, il
continua « écris ceci : Par la vérité de dieu, de l’horizon de mon visage un
soleil s’est levé sur lequel la Plume suprême de dieu a inscrit : « en ce jour la
souveraineté est à dieu, le Tout-Puissant, l’universel, le très-exalté, le Très-
Glorieux. » Comme une épée plongée dans le dos de satan, lui et ses armées
sont mis en déroute. ils s’enfuient jusque dans les profondeurs de l’enfer.
ainsi vient le commandement de dieu. » la Plus-Grande-Branche,

‘abdu’l-Bahá, qui était présent fit observer que ce verset devait être écrit
immédiatement. on amena plume et papier et l’admonition fut écrite ; elle
servira d’introduction à une épître adressée à siyyid ‘alíy-i-‘arab qui vivait à
Tabriz.

andrinoPle, la Prison loinTaine 259

les azalís, partisans de mírzá yah∂yá, affirment que cet homme fut assassiné
par shaykh ah∂mad-i-Khurásání. l’agent consulaire britannique de Tabríz le
confirme dans un rapport et, l’histoire inédite de la foi bahá’íe dans la
province d’azerbaïdjan écrite par mírzá h∆aydar-‘alí uskú’í et continuée par
áqá muh∂ammad-h∆usayn-i-mílání, le corrobore. ils affirment qu’au temps
où Bahá’u’lláh était encore à andrinople, shaykh ah∂mad-i-Khurásání, mírzá
mus∂t∂afáy-i-naráqí et un derviche du nom de ‘alí naqí arrivèrent à Tabríz,
en route vers la Turquie ottomane pour y retrouver Bahá’u’lláh. un soir, ils
rencontrèrent siyyid ‘alíy-i-‘arab qui, au cours de la conversation commença
à parler de Bahá’u’lláh en termes insultants. Piqués au vif, leur patience à
bout, ils se précipitèrent sur lui, arrachèrent le châle qu’il portait autour de la
taille et l’étranglèrent avec. le lendemain on trouva le corps de siyyid ‘alíy-
i-‘arab, les trois hommes furent arrêtés et, plus tard, décapités en public.*
selon le rapport du consul britannique, shaykh ah∂mad-i-Khurásání avoua
facilement qu’il avait tué siyyid ‘alí de ses propres mains. h∆ájí mu‘ínu’s-
salt∂anih de Tabriz, auteur d’une chronique détaillée sur l’histoire de la
religion bábíe, assista personnellement à l’exécution des trois bahá’ís. il faut
remarquer qu’ils ne furent pas décapités à cause du meurtre de siyyid ‘alíy-
i-‘arab, qui avait peu d’importance aux yeux des autorités, mais parce qu’ils
étaient bahá’ís.

Cet épisode déplorable et tragique connut une suite encore plus tragique.
dans la poche de l’un des martyrs de Tabriz on trouva une pétition adressée à
Bahá’u’lláh, écrite par mírzá muh∂ammad-‘alí, un médecin très connu de
zanján.

les autorités de Tabriz envoyèrent cette lettre à Téhéran. lorsque nás∂iri’d-
dín l’apprit il écrivit au gouverneur de zanján en lui ordonnant de mettre à
mort mírzá muh∂ammad-‘alí. une nuit, le médecin fut appelé au palais du
gouverneur pour voir un malade. à son arrivée, le bourreau l’attendait. on
apporta un baquet et l’innocent médecin fut décapité sans pitié. Cela dit,
c’est en assistant à l’exécution des trois martyrs de Tabríz qui ne montrèrent
aucune peur et moururent joyeusement, que shírzád Khán-i-sartíp un grand
personnage, se convertit. étranges sont les décrets de la Providence !

áqá rid∂á rapporte qu’une autre nuit, vers cette époque-là, tous les visiteurs
et

* le rapport du consul russe de Tabríz indique qu’ils furent arrêtés en
décembre 1866 et exécutés le janvier suivant.

dans la Gloire du Père

Maison de rid∂á big à andrinople (photo de ted cardell)

la plupart des compagnons étaient réunis en présence de Bahá’u’lláh dans l’
andarúní. il leur parla de ce qui se passait en irak où s’activaient les
partisans de mírzá yah∂yá, du comportement de mullá muh∂ammad-Ja‘far-i-
naráqí, de miracles et de choses surnaturelles. il ne faut pas prendre l’ordre
naturel des choses à la légère, dit-il, mais si un groupe de gens fait d’un
événement particulier la pierre de touche de sa conviction, et fait la
promesse de se soumettre s’il arrive, dans sa bonté dieu fera en sorte que cet
événement se passe pour eux. Par exemple, continua Bahá’u’lláh, mullá
muh∂ammad-Ja‘far est infirme et boiteux. qu’il fasse de sa guérison
l’épreuve de sa foi. à lui de décider : qu’il se tourne vers mírzá yah∂yá
d’abord, puis, s’il n’obtient pas satisfaction, qu’il se tourne vers le seuil
exalté.

le défi de Bahá’u’lláh fut transmis à mullá muh∂ammad-Ja‘far mais il ne
voulait pas changer. quelques années avant, les religieux chiites d’irak
s’étaient, eux aussi, dérobés, n’osant accepter un tel défi.

Bahá’u’lláh résidait toujours dans la maison d’amru’lláh lorsque mírzá áqá
Ján et áqá ‘abdu’l-Ghaffár furent envoyés à istanbul pour s’opposer aux
manœuvres de siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání. mais son second séjour dans
cette habitation serait de courte durée car, six mois plus tard le propriétaire la
vendit et
andrinoPle, la Prison loinTaine 261

Bahá’u’lláh dut louer la maison de ‘izzat áqá, dans un autre quartier de la
ville. Ce serait sa dernière résidence à andrinople. C’est alors qu’advint un
événement déci-sif que conte le Gardien :

C’est dans cette maison, au mois de jamàdiyu’l-avval 1284 a.h. (septembre
1867), qu’un événement de la plus haute importance se produisit, qui
entraîna la déconfiture complète de mírzá yah∂yá et de ses partisans, et
rendit évident le triomphe de Bahá’u’lláh sur eux, tant aux yeux de ses amis
que de ses ennemis. un certain mir muh∂ammad*, bábí de Chiraz, fort irrité
tant par les prétentions de mírzá yah∂yá que par sa réclusion poltronne,
réussit à obliger siyyid muh∂ammad d’engager celui-ci à rencontrer
Bahá’u’lláh face à face, de sorte qu’on puisse discerner au grand jour la
vérité de l’erreur. Présumant de façon stupide que son illustre frère
n’accepterait jamais une telle proposition, mírzá yah∂yá désigna la mosquée
de sultán salim comme lieu de rencontre.

aussitôt informé de cet arrangement, Bahá’u’lláh se mit en route, à pied,
dans la chaleur de midi, accompagné par ce même mir muh∂ammad†, pour
ladite mosquée, située dans une partie éloignée de la ville. Tout en marchant
à travers les rues et les marchés, Bahá’u’lláh récitait des versets, avec une
voix et d’une manière qui étonnèrent grandement ceux qui le virent et qui
l’entendirent.

ainsi qu’il le mentionne dans une tablette, voici quelques-unes des paroles
qu’il prononça à cette occasion mémorable : « ô muh∂ammad, celui qui est
l’esprit est vraiment sorti de sa demeure, et avec lui sont sorties les âmes des
élus de dieu ainsi que la réalité de ses messagers. voyez donc les habitants
des royaumes célestes, au-dessus de ma tête, et dans ma main, tous les
témoignages des prophètes. dis : si tous les prêtres, tous les sages, tous les
rois et gouvernants de la terre se rassemblaient, en vérité je les affron-terais
et je proclamerais les versets de dieu, le souverain, le Tout-Puissant,
l’infiniment-sage. Je suis celui qui ne craint personne, quand bien même tous
ceux qui existent sur terre et dans le ciel se lèveraient contre moi… C’est ma
main que dieu a rendue blanche pour que tous les mondes la voient. voici
mon bâton‡ ; si nous le jetions à terre, en vérité, il avalerait toutes les choses
créées. » mir muÌammad, qui avait été envoyé en avant pour annoncer
l’arrivée de Bahá’u’lláh, revint bientôt et l’informa que celui qui avait mis
son autorité au défi souhaitait, en raison de circonstances imprévues, retarder
l’entrevue d’un jour ou deux.

de retour chez lui, Bahá’u’lláh révéla une tablette dans laquelle il racontait
ce qui

* Cet homme, accompagné de ses animaux de bât faisait partie de la
caravane des exilés de Bagdad à samsún.

† mírzá áqá Ján et áqá muh∂ammad-ibráhím-i-amír l’accompagnaient aussi.

‡ allusion à moïse

dans la Gloire du Père

s’était passé et fixait la date de l’entrevue manquée ; il apposa son sceau sur
la tablette et la confia à nabíl†, lui disant de la remettre à l’un des nouveaux
croyants, mullà muh∂ammad-i-Tabrízí ; ce dernier devait la transmettre à
siyyid muh∂ammad qui venait souvent à la boutique de ce croyant. il fut
convenu de demander à siyyid muh∂ammad, avant de lui remettre cette
tablette, une note cachetée, promettant que mírzá yah∂yá, au cas où il ne
viendrait pas au lieu du rendez-vous, affirmerait, par écrit, la fausseté de ses
revendications. siyyid muh∂ammad promit d’apporter, le jour suivant, le
document en question, mais bien que nabíl, pendant trois jours consécutifs,
attendît la réponse dans cette boutique, le siyyid n’apparut pas et n’envoya
aucune note. vingt-trois ans plus tard, nabíl, racontant cet épisode historique
dans ses chroniques, affirma que cette tablette jamais remise se trouvait
encore en sa possession, « en aussi bon état que le jour où la Plus-Grande-
Branche l’avait écrite et où le cachet de l’ancienne Beauté l’avait scellée et
ornée », témoignage tangible et irréfutable de la suprématie de Bahá’u’lláh,
établie sur un adversaire vaincu.

Comme déjà observé, cet épisode, le plus désolant de son ministère, fit naître
en Bahá’u’lláh une angoisse aiguë. celui que, pendant des mois et des
années, se lamenta-t-il, j’ai élevé avec les mains de la tendre bonté, s’est
levé pour prendre ma vie. les cruautés infligées par mes oppresseurs, écrit-il,
faisant allusion à ces perfides ennemis, m’ont courbé et ont fait blanchir mes
cheveux. Si tu te présentais devant mon trône tu ne pourrais reconnaître
l’ancienne beauté, car la fraîcheur de son visage s’est altérée et son éclat
s’est terni à cause de l’oppression des infidèles. par dieu ! s’écrie-t-il, il
n’existe aucun point de mon corps qui n’ait été touché par les lances de tes
machinations. et encore : tu as commis contre ton frère ce qu’aucun homme
n’a commis contre un autre homme. ce qui est sorti de ta plume, affirme-t-il
de plus, amena les visages de gloire à se prosterner dans la poussière ; le
voile de grandeur, dans le paradis sublime, fut, de ce fait, déchiré en deux, et
les cœurs des élus installés sur les sièges les plus élevés en furent brisés. et
pourtant, dans le Kitáb-i-aqdas, un seigneur clément assure à ce même frère,
cette source de perversion, dont l’âme même a donné naissance aux vents de
la passion qui ont soufflé sur lui, de n’avoir aucune crainte à cause de tes
actes ; il lui ordonne de retourner à dieu, humble, soumis et effacé, et affirme
qu’ il te remettra tes péchés, et que ton Seigneur est le clément, le puissant,
le très-Miséricordieux. (...)

une brèche temporaire, il fallait l’avouer, avait été faite dans les rangs de ses
partisans. sa gloire avait été éclipsée et ses annales entachées d’opprobre
pour toujours. son

† nabíl, muh∂ammad-Javád-i-qazvíní et mishkín-qalam le célèbre
calligraphe étaient arrivés à andrinople peu de temps avant et logeaient avec
les compagnons. áqá muh∂amad-javád-i-qazvíní avait été arrêté à Tabríz en
même temps que les trois martyrs mais avait été libéré.

andrinoPle, la Prison loinTaine 263

nom, cependant, ne pouvait être effacé, son esprit était loin d’être abattu, et
ce prétendu schisme ne pouvait en scinder l’édifice en deux. l’alliance du
Báb auquel il a déjà été fait allusion, avec ses vérités immuables, ses
prophéties incontestables et ses avertissements répétés, montait la garde
auprès de cette foi, assurant son intégrité, démontrant son incorruptibilité et
perpétuant son influence.7

en parlant de cet épisode, áqá rid∂á mentionne un marchand de tabac persan,
h∆asan áqáy-i-salmásí. Bien que n’étant pas un des croyants, il était au
courant des événements et était présent lorsque Bahá’u’lláh passa devant sa
boutique. Ce qui n’empêcha pas plus tard mírzá yah∂yá d’écrire à ses
partisans pour leur affirmer que c’était Bahá’u’lláh qui n’était pas venu le
rencontrer et que lui avait été fidèle au rendez-vous. et pour faire bonne
mesure, il ajouta un autre mensonge, à savoir que personne ne l’avait vu
pendant le voyage de Bagdad à andrinople, alors que depuis mosul il avait
voyagé dans la suite de Bahá’u’lláh.

la maison de ‘izzat áqá était neuve et avait une belle vue sur la rivière et les
vergers du sud de la ville. ses pièces étaient spacieuses et, même si le bírúní
était plus petit que l’ andarúní, ils étaient tous les deux assez grands et
comptaient de grandes cours plantées d’arbres variés. mírzá mah∂múd-i-
Káshání s’occupait des jardins et des parterres de fleurs. les compagnons
déménagèrent dans une maison dans le même quartier qui était assez grande
pour eux et était équipée d’un bain turc. les visiteurs aussi y logeaient,
notamment mírzá Báqir-i-shírází (voir addenda v) dont la sœur était mariée à
mírzá yah∂yá. il arriva avec áqá ‘abdu’lláh-i-

‘arab. mírzá Báqir déplorait l’insubordination et la défection de mírzá
yah∂yá et avait écrit un traité réfutant ses prétentions. C’était aussi un
excellent calligraphe et, pendant son séjour à andrinople, il copia et
transcrivit de nombreuses épîtres.

nous avons déjà indiqué en quelle haute estime Khurshíd Páshá, le vali
d’andrinople, tenait Bahá’u’lláh. áqá h∆usayn-i-áshchí raconte qu’il avait
très envie d’accueillir au palais du gouverneur Bahá’u’lláh, mais ce dernier
ne voulut pas accepter l’invitation de Khurshíd Páshá immédiatement.
Pourtant un soir du mois de ramad∂án, alors que le gouverneur avait invité
les religieux et les notables de la ville à venir briser le jeûne chez lui, il
chargea ‘abdu’l-Bahá de supplier Bahá’u’lláh de lui faire l’honneur
d’assister à cette grande fête parmi cette brillante assemblée. Bahá’u’lláh
accepta cette invitation. áshchí raconte comment les

dans la Gloire du Père

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andrinoPle, la Prison loinTaine 265

invités, gens riches et savants, étaient fascinés, captivés et transportés par les
paroles de Bahá’u’lláh. avec humilité et courtoisie ils lui posaient des
questions dont les réponses, énoncées d’une voix puissante et autoritaire, les
émerveillaient et les satisfaisaient. áshchí remarque que lorsque le sultan
décréta l’exil de Bahá’u’lláh ces hommes, affligés, ressentirent cruellement
cette perte. ayant été ainsi particulièrement honoré par Bahá’u’lláh,
Khurshíd Páshá demanda à ‘abdu’l-Bahá de passer autant de soirées que
possible au palais du gouverneur pendant le mois du ramad∂án, ce que la
Plus-Grande-Branche accepta volontiers.

de plus en plus de visiteurs arrivaient maintenant à andrinople. les deux
frères áqá muh∂ammad-ismá‘íl et áqá nas∂ru’lláh restèrent quelque temps.
ils furent suivis par siyyid mihdíy-i-dahijí, áqá Jamshíd-i-Gurjí (voir
addenda v), mírzá

‘alíy-i-sayyád-i-marághi’í et h∆usayn-i-Baghdádí. ils furent logés dans le
biruní de la maison de ‘izzat áqá. nous avons déjà signalé l’arrivée de nabíl-
i-a’z∂am, muh∂ammad-Javád-i-qazvíní et le célèbre calligraphe mishkín-
qalam. h∆ájí abu’l-qásim-i-shírází arriva d’égypte ; sa fortune fit qu’il fut
bientôt mêlé aux intrigues de h∆ájí mírzá h∂asan Khán, le consul persan du
Caire. on continua à tenir régulièrement des réunions, où étaient lus épîtres
et versets, dans la maison des compagnons et Bahá’u’lláh y assistait souvent.
Puis on loua une maison pour mishkín-qalam afin qu’il puisse pratiquer son
art tranquillement. nabíl et áqá Jamshíd l’y rejoignirent plus tard.
Bahá’u’lláh honora plusieurs fois cette maison de sa présence.

enfin áqáy-i-Kalím aussi emménagea dans une maison proche de celle de
‘izzat áqá.

les quelques mois de résidence dans la maison de ‘izzat áqá constituent la
période la plus féconde de tout le ministère de Bahá’u’lláh : épîtres et versets
coulaient sans discontinuer de sa plume et de ses lèvres. un jour, relate áqá
rid∂á, Bahá’u’lláh dit à ses compagnons et ses visiteurs, tandis qu’il faisait
les cent pas dans la cour du bírúní : « aujourd’hui, alors que nous étions aux
bains, nous avons écrit quelque chose pour nás∂iri’d-dín sháh ; ce n’est pas
encore transcrit, mais qui acceptera de la lui porter ? » nombreux étaient
ceux qui désiraient cette distinction mais cette grande mission qui exigerait
héroïsme et sacrifice était destinée, comme nous le verrons, à un jeune
homme insensible, pour l’instant, à l’influence de Bahá’u’lláh.

C’est pendant les éprouvantes années passées à andrinople que Bahá’u’lláh

dans la Gloire du Père

proclama la révélation dont dieu l’avait investi. où trouver une meilleure
description de cette période fructueuse que sous la plume du Gardien de la
foi bahá’íe, dans son ouvrage dieu passe près de nous :

Bien que fléchissant sous le poids du chagrin, et souffrant toujours des
conséquences de l’attentat à sa vie, et quoiqu’il sût parfaitement qu’un
nouveau bannissement était probablement imminent, imperturbable devant le
coup que sa cause avait reçu ainsi que devant les dangers dont elle était
entourée, Bahá’u’lláh se dressa malgré tout avec une puissance sans égale,
avant même la fin de cette épreuve, pour annoncer la mission dont il était
chargé à ceux qui, en orient et en occident, détenaient entre leurs mains les
rênes du pouvoir temporel suprême. l’étoile du matin de sa révélation était
destinée, grâce à cette proclamation même, à étinceler au faîte de sa gloire,
et sa foi à manifester, dans sa plénitude, son divin pouvoir.

une période d’activité prodigieuse s’ensuivit qui, par ses répercussions,
l’emporta sur les années de printemps du ministère de Bahá’u’lláh. Jour et
nuit, écrit un témoin oculaire, les versets divins pleuvaient en quantité telle
qu’il fut impossible de les consigner tous. mírzá áqá Ján les écrivait au fur et
à mesure de leur dictée, tandis que la Plus-Grande-Branche était
continuellement occupée à les transcrire. il n’y avait pas un moment à
perdre. (...) Bahá’u’lláh, faisant lui-même allusion aux versets qu’il révéla,
écrit : Tels sont les torrents… provenant des nuées de la bonté divine qu’en
l’espace d’une heure, l’équivalent d’un millier de versets ont été révélés. la
grâce octroyée en ce jour est telle, qu’en un jour et une nuit seulement, si
l’on trouvait un secrétaire capable de l’écrire, la valeur d’un Bayán persan
serait déversée du ciel de la sainteté divine. J’en jure par dieu, affirme-t-il
d’autre part, en ces jours, ce qui a été révélé correspond à tout ce qui fut
envoyé jadis aux Prophètes. Ce qui a déjà été révélé sur cette terre
(andrinople), déclare-t-il en outre, parlant de l’abondance de ses écrits, les
secrétaires ne sont pas capables de le transcrire. aussi, la plus grande partie
n’a-t-elle pas été transcrite.

déjà, au plus fort de cette grave crise, et même avant qu’elle n’atteignît son
maximum, des tablettes innombrables coulèrent de la plume de Bahá’u’lláh,
dans lesquelles il exposait complètement la portée des revendications qu’il
venait de soutenir. la Súriy-i-amr [ commandement], la lawh-i-nuqtih [
tablette du point], la lawh-i-ah∂mad

[ Épître à ah∂mad], la Súriy-i-asháb [ Épître aux compagnons], la lawh-i-
Sayyáh, la Súriy-i-damm [ tablette du sang], la lawhu’r-rúh [ tablette de
l’esprit], la lawhu’rrid∂ván [ tablette de rid∂ván], la lawhu’t-tuqá [ tablette
de la piété ou de la crainte de dieu] sont au nombre des tablettes qu’il avait
déjà écrites lorsqu’il transféra son domi-

andrinoPle, la Prison loinTaine 267

cile dans la maison d’izzat áqá. Presque aussitôt que fut opérée la « plus
grande séparation », Bahá’u’lláh révéla les tablettes les plus puissantes
écrites pendant son séjour à andrinople : la Súriy-i-Mulúk [ Épître aux rois],
l’épître la plus importante, dans laquelle, pour la première fois, il s’adresse à
l’ensemble des monarques d’orient et d’occident et envoie des messages
particuliers au sultan de Turquie et à ses ministres, aux rois de la chrétienté,
aux ambassadeurs français et persan accrédités près la sublime Porte, aux
chefs ecclésiastiques musulmans à Constantinople, aux sages et aux
habitants de cette ville, au peuple de Perse et aux philosophes du monde ; le
kitáb-i-badí‘, son apologie, écrite pour réfuter les accusations lancées contre
lui par mírzá mihdiy-i-rashti* - œuvre correspondant au kitáb-i-iqán qui fut
révélé pour défendre la révélation bábíe ; les Munájátháy-i-Síyám ( prières
du jeûne) écrites en anticipation de son livre de lois ; la première Épître à
napoléon iii dans laquelle il s’adresse à l’empereur des français et met à
l’épreuve la sincérité de ses déclarations ; la lawh-i-Sultán, son épître
détaillée au chah nàsiri’d-dín, dans laquelle sont exposés les buts, les
objectifs et les principes de sa foi, et démontrée la validité de sa mission ; la
Súriy-i-ra’ís, commencée dans le village de Káshánih, pendant son voyage à
Gallipoli, et terminée peu après à Gyáwur-Kyuy, tous ces textes peuvent être
considérées non seulement comme les plus remarquables des innombrables
épîtres qu’il révéla à andrinople, mais comme occupant une position capitale
parmi tous les écrits de l’auteur de la révélation bahá’íe.8

* Cet homme était juge à istanbul. le Kitáb-i-Badí‘ est écrit comme si áqá
muh∂ammad-‘alí Tambákú-furúsh-i-is∂fahání répond à mírzá mihdíy-i-
rashtí. Badí‘ signifie : unique.

andrinople. les dernières années

áqá rid∂á nous apprend qu’à l’époque où mírzá yah∂yá ne tint pas sa
promesse et ne vint pas rencontrer Bahá’u’lláh dans la mosquée, le frère
fidèle de Bahá’u’lláh, áqáy-i-Kalím, était en anatolie. en passant par
salonique il était arrivé à smyrne où le rejoindrait plus tard mír muh∂ammad
qui lui rapportera toute l’histoire de la couardise de mírzá yah∂yá et de son
rendez-vous manqué. Peu après Bahá’u’lláh chargea nabíl-i-a’z∂am d’aller
demander à áqáy-i-Kalím de revenir à andrinople et ce dernier obéit
immédiatement.
aux environs de l’année 1867 une puissante épître, qui mentionnait une
vision, fut révélée pour siyyid h∆usayn-’alí, un bábí qui résidait alors à
Bagdad. la nuit même, le siyyid se sépara complètement des partisans de
mírzá yah∂yá. lorsque l’épître atteignit Bagdad et que les circonstances de sa
révélation en furent connues, un certain nombre de bábís firent de même.
Cette épître n’est pas la lawh∂-i-ru’yá ( Épître de la vision) qui sera révélée
plus tard en Terre sainte.

les azalís qui étaient à Bagdad désiraient maintenant se confronter avec les
bahá’ís au cours d’un débat en présence de religieux juifs, chrétiens et
musulmans qui devaient agir comme arbitres. les bahá’ís considérèrent
d’abord ce projet comme absurde mais finirent par accepter que quelques-
uns de chaque bord rencontrent deux hommes : h∆ájí muh∂ammad-h∆usayn-
h∆akím-i-qazvíní (médecin de qazvín, voir addenda v) et áqá mírzá ah∂mad-
i-hindí (l’indien) qui n’avaient accepté ni la revendication de Bahá’u’lláh ni
la position de mírzá yah∂yá. lawh∂-i-Qamís∂ (la Tablette de la jupe ou du
vêtement) venait d’arriver d’andrinople et mírzá mihdíy-i-Káshání en lut
quelques extraits lors de cette réunion. l’ignorant complètement, les
partisans de mírzá yah∂yá proposèrent de lire le dalá’il-i-Sab’ih ( les sept
preuves) du Báb, qu’ils interprétèrent d’une manière erronée et la réunion se
termina sans conclure. mais les deux arbitres, le médecin de qazvín et le bábí
indien qui, jusque-là s’étaient tenus à l’écart, furent convaincus de la vérité
de la revendication de Bahá’u’lláh et lui donnèrent leur allégeance sans
réserve. Plus tard, alors que des troubles s’élevaient à Bagdad, h∆ájí
muh∂ammad-h∆usayn se leva

dans la Gloire du Père

pour défendre les bahá’ís. « Pour qui te prends-tu ? » lui lança avec
arrogance le consul persan auquel il renvoya la question : « Pour qui te
prends-tu, toi ? ». le consul répondit « Je suis le drogman du gouvernement
». avec audace le médecin répliqua : « Je suis le drogman de la nation ».

C’est aussi en 1867 que naquit mírzá Badí’u’lláh, le plus jeune fils de
Bahá’u’lláh.
mírzá ‘alíy-i-sayyáh (mullá ádí Guzal) avait été le messager du Báb et,
pendant un temps, son serviteur personnel. en compagnie de mishkín-qalam
et áqá Jamshíd-i-Gurjí (ou Bukhárá’í) il quitta andrinople pour istanbul, sans
qu’on sache exactement pourquoi. ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání
suggère que mishkín-qalam voulait gagner de l’argent grâce à sa superbe
calligraphie pratiquement sans égal à l’époque ; et Bahá’u’lláh était
mécontent de cette décision. quoi qu’il en soit, ce voyage eut pour les trois
hommes des conséquences incalculables.

C’est alors que h∆ájí ‘alí-’askar (voir addenda v) qui avait rencontré le Báb à
Tabríz, s’installa avec sa famille dans la résidence que mishkín-qalam et ses
deux compagnons avaient libérée. d’autres arrivèrent aussi, notamment áqá
mírzá zaynu’l-’ábidín, mírzá ‘alí-akbar-i-Bujnurdí et abu’l-qásim Khán
accompagné d’une dame que áqá rid∂á appelle la princesse. il semble qu’ils
arrivaient du pèlerinage de la mecque. Puis l’arrivée de la veuve de mírzá
mus∂t∂afáy-i-naráqí récemment tué à Tabriz et de son fils mus∂t∂afá, d’áqá
lut∂fu’lláh et de son jeune fils, augmentèrent encore le nombre des bahá’ís
d’andrinople. siyyid mihdíy-i-dahijí, honoré par Bahá’u’lláh du titre de
‘ismu’lláhu’l-mihdí* mais qui, plusieurs années plus tard brisera l’alliance
de Bahá’u’lláh, partit pour Bagdad et, en route, rencontra les bahá’ís qui
avaient été arrêtés à Bagdad et étaient exilés à mosul.

Bahá’u’lláh parle de cette arrestation abusive de ses disciples dans son épître
à nás∂iri’d-dín sháh. l’arrestation et le transport de ces bahá’ís furent
précédés à Bagdad du meurtre brutal de áqá ‘abdu’r-rasúl-i-qumí dont la
tâche consistait à transporter de l’eau dans des outres en peau de chèvres
depuis le fleuve jusqu’à la maison de Bahá’u’lláh. un matin, ses ennemis
l’attendaient sur la rive du fleuve.

ils lui sautèrent dessus et lui ouvrirent le ventre à coups de poignards.
Chancelant, portant d’une main sa charge d’eau et de l’autre retenant ses
entrailles, il put atteindre la maison où il s’effondra et mourut. áqá h∆usayn-
i-áshchí raconte d’une

* le « nom de dieu qui guide droit »
andrinoPle. les dernières années 271

áqá h∆usayn-i-is∂fahání, Mishkín-Qalam

dans la Gloire du Père

manière vivante et émouvante le jour où Bahá’u’lláh reçut la lettre
annonçant le martyre de áqá ‘abdu’r-rasúl. en entendant Bahá’u’lláh lire les
circonstances de cet événement, ceux qui étaient présents pleuraient à
chaudes larmes. Bahá’u’lláh les assura que s’ils pleuraient la mort cruelle de
áqá ‘abdu’r-rasúl, lui, avait obtenu ce qu’il avait toujours désiré : le rang de
martyr.

les autorités ottomanes s’inquiétaient de l’augmentation du nombre des
bahá’ís à andrinople, surtout depuis que siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání qui
était parti à istanbul avec áqá Ján Big-i-Kaj-Kuláh, un autre partisan de
mírzá yah∂yá et un ancien officier de l’artillerie ottomane, ne cessait de
fournir de fausses informations aux autorités. mishkín-qalam, comme il
fallait s’y attendre, avait acquis une grande réputation en tant que calligraphe
et il était très proche de h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, l’ambassadeur persan.
mírzá ‘alíy-i-sayyáh∂ avait, lui aussi, gagné l’estime de l’ambasadeur, mais,
comme le dit áqá rid∂á (et ustád muh∂ammad-’alí) aucun des deux n’était
assez circonspect, parlant sans précaution dans les cercles où ils avaient
accès et notamment en présence de l’ambassadeur. le Gardien de la foi
bahá’íe parle ainsi de leur manque de sagesse : « les indiscrétions commises
par quelques-uns de ses [la religion de Bahá’u’lláh] partisans trop zélés, qui
étaient arrivés à Constantinople, aggravèrent sans aucun doute une situation
déjà tendue1. »

Puis arriva la nouvelle que h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí, que Bahá’u’lláh avait
envoyé en égypte, avait été arrêté et banni au soudan. les informations
arrivant à andrinople n’étaient pas très claires et Bahá’u’lláh envoya nabíl
enquêter en égypte. nabíl composa un poème en style mathnaví adressé à
ismá’íl Páshá, le khédive d’égypte et en envoya une copie à andrinople. mais
il fut lui aussi arrêté et emprisonné à alexandrie. nous reviendrons dans le
chapitre suivant sur l’histoire de son emprisonnement.

les événements de Bagdad, les martyres d’iran, les extorsions du consul
général de Perse au Caire qui conduisirent à l’arrestation, au traitement
barbare et au bannissement de h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí et de ses
compagnons à Khartoum, la détention inattendue de nabíl-i-a’z∂am à
alexandrie, les arrestations et les emprisonnements dans la capitale de
l’empire ottoman moribond auxquels nous allons bientôt assister, tout cela
ne fut que le prélude d’un dénouement bien plus important qui sera la fin de
l’épisode d’andrinople. Bahá’u’lláh faisait de plus en plus référence à cet
événement qui se rapprochait.
andrinoPle. les dernières années 273

les premières lignes des Paroles cachées.

À l’avant-dernière ligne

commence la première parole : « Ô fils de l’esprit… »

calligraphiées par Mishkín-Qalam.

dans la Gloire du Père

les dernières années à andrinople virent aussi se développer d’importants
changements internes. les appellations « bábís » et « le peuple du Bayán »
furent remplacées par « bahá’í » et « le peuple de Bahá » ; la salutation
alláh’u’akbar (dieu est le plus grand) fut remplacée par allah’u’abhá (dieu
est le plus glorieux), bien qu’il faille noter que les deux expressions, ainsi
qu’une troisième : allah’u’ajmal (dieu est le plus beau) aient été acceptées
par le Báb. la Súriy-i-ghusn (épître concernant la Branche), révélée pour
mírzá ‘alí-rid∂á, un bahá’í éminent du Khorassan, envisageait le rang de
Ghus∂nu’lláhu’l-a’z∂am (la Plus-Grande, ou la Puissante-Branche), le fils
aîné de Bahá’u’lláh qui, connu plus tard sous le nom de ‘abdu’l-Bahá, allait
devenir le centre de l’alliance incomparable de Bahá’u’lláh. il faut noter
aussi l’importance du voyage de nabíl-i-a’z∂am à Chiraz puis à Bagdad
(avant sa mission en égypte), pendant lequel il portait les deux Tablettes du
pèlerinage ( Súriy-i-h∆ajj i et ii) récemment révélées qu’il récita pendant
qu’il visitait ces deux villes. nabíl avait aussi des cadeaux pour la femme du
Báb. mullá Báqir-i-Tabrízí, une des lettres-du-vivant du Báb, toujours vivant
en ces années soixante-dix du dix-neuvième siècle et mullá s∆adiq-i-
muqaddas-i-Khurásání, à qui Bahá’u’lláh attribua plus tard le titre
honorifique d’ismulláhu’l-as∂daq (le nom de dieu le plus fidèle), qui était un
des rares héros survivant de shaykh T∆abarsí, firent joyeusement acte
d’allégeance à Bahá’u’lláh. un martyr de la même période, áqá najaf-’alí, lui
aussi survivant d’un massacre du passé, l’épisode de zanján, donna au
moment de mourir son or au bourreau et s’éteignit avec sur les lèvres le nom
de Bahá’u’lláh.

mírzá músáy-i-Javáhirí avait envoyé de Bagdad trois chevaux en cadeau
pour Bahá’u’lláh qui, pensant que les frais d’une étable seraient excessifs,
ordonna qu’on aille les vendre à istanbul. darvísh s∆idq-’alí, áqá
muh∂ammad-Báqir-i-qahvih-chí et ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání
partirent pour la capitale avec les chevaux. áqá ‘abdu’l-Ghaffár était parti à
istanbul aussi, pour vendre quelques marchandises, d’après áqá rid∂á. ils
n’eurent pas plus tôt posé le pied dans la capitale qu’ils furent arrêtés.
mishkín-qalam et ses compagnons avaient été arrêtés peu avant, à cause de
leur franc-parler et des intrigues de leurs ennemis. mais les félons avaient été
pris dans la nasse eux aussi. siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání et áqá Big-i-
Kaj-Kuláh furent tous les deux arrêtés et ce dernier fut destitué de son rang
et de ses décorations ottomanes. áqá rid∂á raconte que des lettres anonymes,
soi-disant
andrinoPle. les dernières années 275

photo prise, probablement vers la fin de l’exil de bahá’u’lláh à andrinople,
de sa famille et de ses compagnons. assis, de g. à d. : Sans doute
d∆iyá’u’lláh (demi-frère de ‘abdu’l-bahá), Mírzá Muh∂ammad-Qulí (demi-
frère de bahá’u’lláh), Mírzá Muh∂ammad-‘alí (demi-frère de ‘abdu’l-bahá),
Mírzá Músá áqáy-i-kalím. debout : Mírzá áqá Ján khádimu’lláh derrière
Mírzá Muh∂ammad-‘alí.

écrites par les bahá’ís et se glorifiant de leur nombre et de leur
détermination, avaient été jetées dans les maisons des notables d’istanboul.
Cette manœuvre, dont les auteurs furent aussi les victimes, sera plus ou
moins exactement reprise quelques décennies plus tard à Téhéran avec le
même résultat. ustád muh∂ammad-

’alí détaille les interrogatoires auquels ils furent soumis. les fonctionnaires
voulaient savoir si Bahá’u’lláh prétendait être le mahdí. les bahá’ís
répondirent par la négative, ce qui était la vérité puisque ce titre appartient
au Báb, mais il semble que cette réponse ne plut pas aux enquêteurs. áqá
rid∂á et ustád muh∂ammad-’alí parlent tous les deux des fonctionnaires
confisquant tous les livres et documents en possession des prisonniers sans
pouvoir y trouver rien de séditieux. et le chef de la police fut si impressionné
par les prières récitées par áqá muh∂ammad-Báqir qu’il lui demanda de les
répéter.

au début, mishkín-qalam et ses compagnons étaient séparés du groupe

dans la Gloire du Père

d’ustád-muh∂ammad-’alí, les uns ignorant l’arrestation des autres. mais ils
furent très vite réunis. ustád-muh∂ammad-’alí raconte que mishkín-qalam
était particulièrement affecté de n’avoir ni papier ni plume pour pratiquer
son art. finalement les autorités cédèrent à ses bruyantes récriminations et,
pour avoir la paix, lui donnèrent tout le matériel dont il avait besoin ce qui le
calma. aujourd’hui, ces superbes exemples de calligraphie sortis de sa plume
pourraient atteindre des centaines ou même des milliers d’euros dans une
salle des ventes.

Pendant ce temps, la situation devenait critique à andrinople. les bahá’ís
furent convoqués plusieurs fois dans les quartiers administratifs du
gouvernement où, à leur grande surprise, on les compta un par un en
enregistrant leurs noms. áqá rid∂á rapporte que chaque fois qu’on les
convoquait ils craignaient de ne pas revenir chez eux. on ignorait ce qui se
passait ou ce qui allait advenir. mais Bahá’u’lláh le savait. il demanda à
certains de ses compagnons de quitter andrinople. « Pourquoi tous devraient
être emprisonnés ? dit-il. il n’y aurait plus personne pour enseigner la cause
de dieu ! » h∆ájí muh∂ammad-ismáíl-i-dhabíh∂, frère de h∆ájí mírzá
ah∂mad-i-Káshání, mírzá ‘alí-akbar-i-naráqí et un autre siyyid arrivèrent à
andrinople au moment où la tempête allait se déchaîner et Bahá’u’lláh,
refusant qu’ils restent, les pria de repartir pour Gallipoli immédiatement.

lorsque les ministres du sultan ‘abdu’l-’azíz décidèrent de bannir
Bahá’u’lláh vers acre et mírzá yah∂yá à Chypre, Kurshíd Páshá, le vali
d’andrinople qui était très dévoué à Bahá’u’lláh, refusa de s’associer de près
ou de loin à l’application de l’édit royal. il en informa Bahá’u’lláh en
exprimant regret et dégoût, fit ses bagages et, ostensiblement parti loin pour
quelque affaire urgente ; en fait, il déménagea discrètement dans une localité
proche afin de suivre le cours des événements. Ce fut son représentant qui,
sans état d’âme, assuma cette tâche odieuse avec une grande rudesse. il faut
noter que les prédécesseurs de Khurshíd Páshá, muh∂ammad Pásháy-i-
qibrisí (le Chypriote) qui avait été grand vizir de l’empire ottoman et
sulaymán Páshá (un soufi de la confrérie qádiríyyih) avaient tous les deux
exprimé leur admiration et leur estime pour Bahá’u’lláh*.

áshchí soutient que ‘izzat áqá, le pacha, propriétaire de la maison où résidait
* suivant les archives du consulat britannique (fo 195 794), muh∂ammad
Pásháy-i-qibrisi était gouverneur d’andrinople jusqu’en avril 1864 ;
sulaymán Páshá lui succéda et mourut en décembre 1864 ; ‘áríf Páshá lui
succéda et mourut en décembre 1865.

andrinoPle. les dernières années 277

Bahá’u’lláh, était devenu un espion du gouvernement, entrant à n’importe
quelle heure pour vérifier qui était là, qui était en visite et qui résidait dans la
maison. on a vu que l’arrivée de quelques bahá’ís, dont le nombre avait été
grandement exagéré par les fauteurs de troubles, avait inquiété les autorités.
Ces fauteurs de troubles avaient planté les graines du doute dans l’esprit
hébété des ministres du sultan. fu’ád Páshá, ministre des affaires étrangères
était particulièrement inquiet à l’idée que Bahá’u’lláh puisse être en contact
avec les révolutionnaires bulgares.

Ce qui est risible aujourd’hui, le temps ayant passé, était pris très au sérieux
par un ministre craintif.

Puis la tempête éclata.

Fu’ád páshá (dans Farley, Turkey )

le bannissement à acre

un matin très tôt, les soldats encerclèrent la maison de Bahá’u’lláh, ne
laissant personne entrer ni sortir. les bahá’ís qui avaient des boutiques furent
tous arrêtés et dirigés vers le Seraye.

áqá rid∂á écrit qu’avant la nuit ils furent tous appelés, un par un, en présence
des of ciels ottomans et interrogés pour qu’ils admettent être bahá’ís. on leur
dit que leurs possessions seraient vendues ou mises aux enchères, ce qui fut
fait le jour suivant. les habitants en furent bouleversés, abasourdis, sidérés. «
que s’estil passé, demandaient-ils, pour que ces gens soient traités ainsi ?
nous n’avons jamais trouvé en eux qu’honnêteté, loyauté et piété… Pourquoi
les soumettre à tant d’injustice et d’atrocité ? ». Certains tentaient de
consoler les bahá’ís en exprimant leur sympathie et quelques-uns
sanglotaient.

Puis, continue áqá rid∂á, un « certain nombre de consuls de pays étrangers
demandèrent à rencontrer Bahá’u’lláh et exprimèrent le désir de lui rendre
service.

« nous pouvons informer nos gouvernements et faire cesser cette action ».
mais Bahá’u’lláh répliqua : « Pour ce genre d’événement, nous n’avons
jamais demander l’aide de quelqu’un et nous ne le ferons jamais. » il fut très
aimable avec eux, puis ils partirent. »

en se rappelant, beaucoup d’années plus tard, ces événements, áqá h∆usayn-
i-áshchí dit la même chose, à savoir que Bahá’u’lláh n’avait pas accepté
l’offre d’aide et d’intervention des puissances étrangères. son récit est plus
précis puisqu’étant cuisinier, il était libre d’aller et venir dans la maison
comme il voulait et pouvait assister de près à tout ce qui se passait autour de
Bahá’u’lláh. il relate les circonstances du siège de la maison de Bahá’u’lláh
par les troupes ; l’insistance des représentants de Kurshíd Páshá pour qu’il
quitte andrinople dès que possible ; et son refus d’embarquer pour un autre
exil, car son serviteur devait une grosse somme d’argent dans le bazar et
qu’il ne pouvait pas payer cette dette avant que ses hommes à istanbul soient
libérés pour qu’ils vendent leurs chevaux.

áshchí continue son récit : «… soudain conscients de que qui se passait, les

dans la Gloire du Père
consuls des puissances étrangères vinrent rencontrer Bahá’u’lláh. Bien
qu’interdisant le passage à tous, les soldats entourant la maison ne purent
empêcher les consuls d’entrer. ayant présenté leurs hommages, ils dirent
qu’ils étaient venus d’un commun accord, et que celui que Bahá’u’lláh
désignerait irait contacter les autorités turques et détournerait ce mauvais
coup. mais Bahá’u’lláh déclina catégoriquement leur offre plusieurs fois
répétée d’aide et d’intervention, disant :

« vous voulez que je vous donne mon accord pour que vous puissiez me
secourir, mais mon secours est entre les mains de dieu, dieu est mon centre
et c’est vers lui seul que je me tourne. » áshchí rapporte que les consuls
continuèrent à venir régulièrement sans que jamais ils en fussent empêchés.
il les conduisait lui-même en présence de la Plus-Grande-Branche. il ajoute
que quelques hauts fonctionnaires turcs étaient furieux et scandalisés du
traitement préférentiel dont béné ciaient ces représentants étrangers.
l’aisance avec laquelle ils pouvaient rencontrer le ls aîné de Bahá’u’lláh les
énervait d’autant plus que les fonctionnaires ottomans étaient habituellement
repoussés sous un prétexte ou un autre. áqá h∆usayn écrit que lorsqu’il
entendit le Big-Báshí menacer de punir ses troupes dès le lendemain si elles
n’empêchaient pas les consuls d’entrer dans la maison, il le rapporta à
Bahá’u’lláh qui sourit et, se tournant vers son ls aîné, lui demanda : « Tu as
entendu ce que h∆usayn a dit ? » les choses n’en restèrent pas là. áshchí
raconte que le jour suivant les consuls vinrent comme d’habitude et que les
gardes ne purent les arrêter. la Plus-Grande-Branche leur répéta la menace de
l’of cier ottoman ce qui les amusa beaucoup et, en plaisantant, quelqu’un
suggéra que la prochaine fois ils demanderaient au consul britannique de
passer le premier et de recevoir les coups du Big-Báshí. quant à cet of cier,
áqá h∆usayn raconte que ses supérieurs étaient mécontents en entendant
parler de ses menaces impulsives et le réprimandèrent. ils avaient compris
leur impuissance à empêcher les visites des représentants étrangers qui
continuèrent à aller et venir selon leur souhait.

shoghi effendi parle ainsi des derniers jours de Bahá’u’lláh à andrinople :
Brusquement, un matin, la maison de Bahá’u’lláh fut entourée de soldats et
des sentinelles furent postées aux portes ; ses disciples furent convoqués une
fois de plus par les autorités, interrogés, et ils reçurent l’ordre de se préparer
à partir. les bien-aimés de dieu et sa famille, déclare Bahá’u’lláh dans la
Súriy-i-ra’is, ne reçurent aucune nour-
le BannissemenT à aCre 281

riture la première nuit… le peuple entoura la maison, et musulmans et
chrétiens pleurèrent sur nous… nous nous aperçûmes que les pleurs du
peuple du Fils (les chrétiens) étaient plus forts que les pleurs des autres, un
signe pour celui qui réfléchit. « une grande agitation saisit le peuple, » écrit
áqá ridá, l’un des plus vaillants défenseurs de Bahá’u’lláh, exilé tout au long
avec lui depuis Baghdád jusqu’à ‘akká. « Tous étaient perplexes et pleins de
regret… les uns exprimaient leur sympathie, d’autres nous consolaient et
pleuraient sur nous… la plupart de nos biens furent vendus aux enchères, à
la moitié de leur valeur. » Plusieurs consuls des puissances étrangères
rendirent visite à Bahá’u’lláh, et se déclarèrent prêts à intervenir en sa faveur
auprès de leurs gouvernements respectifs, propositions qu’il déclara
apprécier mais qu’il déclina fermement.

les consuls de cette ville (andrinople) se sont rassemblés en présence de cet
homme dans la fleur de l’âge, au moment de son départ, écrit-il lui-même, et
ont exprimé leur désir de l’aider. Vraiment, ils nous ont témoigné de
l’affection.

l’ambassadeur de Perse informa promptement les consuls persans en ‘iráq et
en egypte que le gouvernement turc avait retiré sa protection aux bábis, et
qu’ils étaient libres de les traiter comme bon leur semblait.1

il est vrai qu’il existe, dans des archives gouvernementales, certains
documents qui suggèrent que c’est Bahá’u’lláh qui demanda l’aide et la
protection des consuls étrangers (voir addenda ii). il nous est impossible,
aujourd’hui de résoudre ce problème d’une manière satisfaisante, mais nous
pouvons indiquer un certain nombre de faits intéressants. Comme nous
l’avons vu plus haut, Bahá’u’lláh lui-même et les personnes présentes : áqá
rid∂á et áqá h∆usayn-i-áshchí, en se souvenant des dizaines d’années plus
tard des événements d’andrinople, déclarent clairement que ce sont les
consuls qui vinrent proposer aide et protection qui furent courtoisement
refusées. dans les archives ottomanes on trouve une lettre qui aurait été
écrite par Bahá’u’lláh en persan alors que le même document dans les
archives française est écrit dans un mauvais turc. on peut se demander
pourquoi Bahá’u’lláh écrirait aux Turcs en persan et aux français dans une
langue qui lui est étrangère. les opinions des experts concernant les
documents en turc af rment qu’ils sont « écrits par un non-Turc et
contiennent de nombreuses erreurs de grammaire et d’orthographe.

quelques mots mal écrits, des mots arabes, suggèrent que les écrivants
n’étaient pas musulmans ; des arméniens peut-être. » de telles erreurs
pourraient-elles sortir de la même plume d’où sont sortis le kitáb-i-Íqán, les
paroles cachées, les sept vallées, le kitáb-i-badí et d’innombrables épîtres en
arabe ? C’est impossible.

dans la Gloire du Père

de plus, l’écriture des documents turcs n’est pas celle de Bahá’u’lláh ni
d’aucun de ses secrétaires dont d’innombrables spécimens d’écriture
existent.

áqá rid∂á écrit : « Bref, le choc fut terrible. la plupart de nos biens furent
vendus à moitié prix. la réserve de tabac appartenant à h∆ájí ‘alí-’askar fut
achetée à un très bas prix. on rédigea un billet à ordre promettant de tout
régler quelques mois après mais nalement il ne fut jamais honoré. áqá
muh∂ammad-’alíy-i-Jilawdár et áqá muh∂ammad-’alíy-i-is∂fahání (voir
adddenda v), qui étaient mariés furent obligés de divorcer de leurs épouses
parce que la famille de celles-ci ne voulaient pas les laisser accompagner
leurs maris… et la rumeur courait que ceux dont le nom se trouvait dans un
certain registre auraient la permission de partir tandis que ceux qui n’y
étaient pas inscrits resteraient là.

les deux frères h∆ájí Jafar et h∆ájí Taqí résidaient à l’auberge. ils ne furent ni
molestés ni emprisonnés. on pensait donc qu’ils resteraient là. mais ils
venaient tout le temps dans le bírúní dont ils pouvaient entrer et sortir sans
encombre. un soir, après le coucher du soleil, nous étions tous réunis dans le
birúní ainsi que h∆ájí Ja’far et son frère. h∆ájí Ja’far se leva et se dirigea
vers la fenêtre donnant sur la rue.

nous entendîmes alors comme un sifflement et, allant voir, nous découvrîmes
le h∂ájí la gorge tranchée et le sang jaillissant. nous étions bouleversés. s’il
mourait, comment pourrions-nous prouver qu’il s’est suicidé ? nous allâmes
vite en informer la Plus-Grande-Branche qui vint immédiatement dans le
bírúní. la maison du qádí étant proche il le t chercher ainsi qu’un médecin
voisin, muh∂ammad effendi. le médecin referma la gorge coupée du h∆ájí ce
qui eut pour effet de le faire revenir à lui. le qádí lui demanda : « avez-vous
fait cela vous-même ? »

- oui, lui fut-il répondu.

- Pourquoi ?

- Parce que comprenant que j’allais être privé de la compagnie de mon
seigneur et de la grâce de sa présence, je n’avais plus le goût de vivre.

- avec quoi vous êtes-vous tranché la gorge ? demanda ensuite le qádí.

- un rasoir de barbier acheté au bazar, répondit le h∆ájí.

on trouva le rasoir qui était tombé dans la rue. on reposa plusieurs fois les
questions au h∆ájí qui répéta qu’il avait trouvé l’idée de la séparation
insupportable et avait voulu mourir. on mit toutes ces questions et leurs
réponses par écrit. »

le chirurgien expérimenté traita si bien la blessure que s’était infligée hájí

le BannissemenT à aCre 283

Vue de gallipoli où bahá’u’lláh, sa famille et ses compagnons passèrent
quelques jours en août 1868, avant leur départ poour acre Ja’far qu’il le
guérit. áqá rid∂á note l’étonnement des spectateurs qui disaient :
« Ces gens savent que l’exil implique l’emprisonnement et une vie très dure
et pourtant ils préfèrent partir que rester et choisissent la mort plutôt que la
séparation ; d’où vient cette attirance évidente qui les saisit ? » Certains
éclatèrent en sanglots devant le sort de hájí Ja’far et d’autres tentèrent de le
réconforter. en parlant de cette tentative de suicide de h∆ájí Ja’far-i-Tabrízí,
le Gardien de la foi bahá’íe écrit que c’est « un acte quali é par Bahá’u’lláh
dans la súriy-i-ra’ís d’« inouï dans les siècles passés que dieu a mis en
exergue dans cette révélation, preuve du pouvoir de sa puissance. » 2 la
Súriy-i-ra’ís fut révélée à Káshánih, en route vers Gallipoli.

h∆ájí Ja’far fut installé dans un lit, dans le bírúní de la maison de
Bahá’u’lláh qui lui rendit visite, resta à son côté, le consola et lui conseilla :
« révère dieu et sois content de sa volonté. »

áqá rid∂á écrit : « on t ensuite les préparations pour émigrer. Premièrement,
on apporta plusieurs charrettes pour le transport des bagages, qui furent
accompagnées par quelques compagnons. le même jour, mírzá yah∂yá et sa
famille partirent, accompagnés de siyyid muh∂ammad. une semaine plus
tard tout fut prêt pour le voyage de la Perfection bénie.

au matin arrivèrent des chariots où l’on mit le reste des bagages et, lorsque
tout

dans la Gloire du Père

fut chargé et que les membres de la famille furent installés, il était presque
midi. la Perfection bénie sortit alors, couvrit de gentillesses le h∆ájí et son
frère et les recommanda aux bons soins du propriétaire et de muh∂ammad
effendi, le chirurgien. Puis, il se tourna vers les voisins et les habitants du
quartier qui s’étaient réunis pour lui dire adieu. ils approchèrent avec
tristesse, un par un, pour baiser sa main et la frange de son vêtement,
exprimant leur douleur de le voir partir et d’être privés de sa présence. Ce
jour-là fut étrange. on aurait dit que la ville entière, ses remparts et ses portes
se lamentaient de cette séparation. à midi nous partîmes. la nuit approchant,
les tentes furent dressées à moins de trois heures d’andrinople. la distance
entre andrinople et Gallipoli fut couverte en cinq étapes. le deuxième arrêt
fut Úzún-Kúprí et l’arrêt suivant fut Káshánih. »

C’est le 12 août 1868 (22 rabí’u’th-Thání, 1285 de l’hégire) que Bahá’u’lláh
et ses compagnons quittèrent la ville qu’il avait quali ée de « Prison lointaine
» et de

« Pays du mystère ». un capitaine turc nommé h∆asan effendi et quelques
soldats les accompagnaient. le cinquième jour on arriva à Gallipoli. une
maison avait été désignée pour les recevoir. Bahá’u’lláh, sa famille et les
femmes s’installèrent à l’étage supérieur. quelques compagnons
s’installèrent à l’étage en-dessous et d’autres furent logés dans un khán.
mírzá ‘alíy-i-sayyáh, mishkín-qalam et d’autres bahá’ís amenés d’istanbul,
étaient arrivés la veille et installés dans ce même caravansérail. mírzá
yah∂yá et sa famille, ainsi que siyyid muh∂ammad et áqá Ján-i-Kaj-Kuláh
furent placés dans un autre. les autorités avaient décidé que ustád
muh∂ammad-’alíy-i-salmání et áqá Jamshíd-i-Gurjí seraient expulsés vers
l’iran. arrivés à la frontière, ils furent remis aux Kurdes qui s’empressèrent
de les libérer. Chacun par un chemin différent, ils nirent par arriver à acre.

ustád muh∂ammad-’alí a raconté leur histoire dans sa courte autobiographie.
en iran, il rencontra h∆ájí muh∂ammad-ismá’íl-i-dhabíh dont Bahá’u’lláh
parle en l’appelant anís dans la Súriy-i-ra’ís et qui l’avait rencontré à
Gallipoli. mírzá ‘alí-akbar-i-naráqí et son ami, un siyyid de shíráz, avaient
eu, eux aussi, la chance de rencontrer Bahá’u’lláh dans les bains publics.
ustád muh∂ammad-’alí a écrit à quel point h∆ájí muh∂ammad-ismá’íl fut
bouleversé et mécontent en apprenant la défection de son frère, l’inconstant
h∆ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání dont ils ignoraient l’assassinat à Bagdad.
mírzá fath∂-’alí d’ardistán (voir addenda v), honoré par Bahá’u’lláh du titre
de fath∂-i-a’z∂am (la plus grande victoire) fut l’un de ces émi-
le BannissemenT à aCre 285

le sultan ‘abdu’l-‘azíz

nents bahá’ís qu’ustád muh∂ammad-’alí rencontra au cours de ses
pérégrinations en iran avant d’arriver en Terre sainte. fath∂-i-a’z∂am reçut
ustád muh∂ammad-’alí avec une grande bonté et l’accueillit chez lui.
Bahá’u’lláh dit que fath∂-i-a’z∂am, bien qu’absent, était avec lui en esprit
tout le long de la route de Bagdad à Constantinople.

áqá rid∂á écrit sur leur séjour à Gallipoli : « nous y sommes restés quelques
jours. dieu seul sait comment nous avons résisté à ce moment-là. à un
moment, la rumeur courut que la Perfection bénie et ses frères seraient
envoyés en un endroit et que les autres, éparpillés, seraient bannis dans
différentes localités. Peu après, on disait que tous les compagnons seraient
envoyés en iran. on parla aussi d’extermination. mais c’était l’idée de la
séparation et de la dispersion qui nous causait le plus d’anxiété. un soir, le
capitaine qui nous avait accompagné depuis andrinople vint prendre congé.
il se tenait avec humilité, exprimant ses regrets à la Perfection bénie qui lui
dit : « dites au roi qu’il perdra ce territoire et que ses affaires connaîtront la
confusion totale. et ce n’est pas moi, mais dieu qui parle

dans la Gloire du Père
par ma bouche. » il prononça alors des versets que nous pouvions entendre
depuis le rez-de-chaussée. il s’exprimait avec tant de véhémence et de
puissance qu’on avait l’impression que les fondations mêmes de la maison
tremblaient.3 l’homme gardait une attitude soumise et silencieuse. alors la
Perfection bénie lui dit : « il eut été convenable pour sa majesté le sultan de
réunir une assemblée et de nous demander d’être présent, a n qu’il puisse
découvrir la réalité et, s’il avait trouvé le moindre signe de sédition, de
quelque chose de contraire à la volonté divine, il aurait pu appliquer le
traitement qu’il nous inflige maintenant. il aurait dû nous demander de lui
présenter des preuves de ce que nous af rmons et, s’il nous avait pris en
défaut, il aurait pu nous soumettre alors à ce qu’il lui aurait plu. il n’aurait
jamais dû permettre de tels méfaits, une telle inimitié, de telles dégâts sans
raison, simplement pour suivre les ordres des auteurs de malfaisance. » le
capitaine écouta avec une grande attention et promit de rapporter ce qu’il
avait entendu. »

Comme le remarque áqá rid∂á, tout ce que Bahá’u’lláh avait prédit dans la
Súriy-i-ra’ís se passa exactement comme il l’avait dit : « Proche est le jour
où le Pays du mystère et ses environs, transformés, échapperont aux mains
du roi et seront ébranlés ; des lamentations s’élèveront, les preuves des
méfaits seront visibles de toutes parts, la confusion sera partout en raison de
ce qui est advenu à ces prisonniers aux mains des armées de l’oppression. le
cours des choses sera changé, les conditions deviendront si dramatiques que
le sable même des collines désolées gémira, les arbres sur les montagnes
sangloteront et le sang jaillira de toutes choses. Tu verras alors le peuple
dans une profonde détresse. » 4

il fallut attendre dix ans, mais c’est ce qu’il advint. ‘alí Páshá, à qui la Súriy-
i-ra’ís était adressée, sombra dans l’oubli au cours de cette décennie.
‘abdu’l-

’azíz, renversé en 1876, perdit son trône et sa vie. en 1877-78, la guerre
désastreuse contre la russie vit les russes et leurs alliées bulgares aux portes
de la ville de Constantin le Grand. andrinople fut occupée par un ennemi
acharné et grandes furent les souffrances de la population. áqá rid∂á, qui
écrit des années après, cite un capitaine turc, présent dans les territoires où
les batailles faisaient rage, qui décrit très clairement l’ampleur de la
catastrophe que subit le pouvoir ottoman.
« Plaise à dieu que plus jamais un peuple puisse vivre à de telles époques et
de tels jours, disait le capitaine turc. le sang coulait sous les arbres et sous les

le BannissemenT à aCre 287

pierres. la plaine tout entière était noyée dans le sang et la consternation était
telle qu’on en n’avait jamais connue de telle. »*

Très loin de là, en iran, vivait un homme qui luttait pour atteindre à la
certitude et qui attendait, attendait avec angoisse de voir si la vision du futur
de Bahá’u’lláh se con rmerait. et lorsque cela se confirma et que l’ennemi
fondit sur ‘abdu’l-

’azíz et son royaume délabré, il véri a deux fois que le rapport sur la chute
du sultan était vrai. il consacra alors sa vie, sa plume puissante et son
érudition immense et inégalée à servir Bahá’u’lláh. Cet homme s’appelait
mírzá abu’l-fad∂l de Gulpáygán.

le siège de Plevna et la résistance héroïque du commandant turc osman
(‘uthmán) Páshá malgré des conditions terribles, puis la chute de cette
forteresse qui ouvrit les portes de l’enfer, enflamma le zèle et la sympathie
d’un étudiant anglais, ls d’un riche propriétaire de chantier naval de
newcastke-on-Tyne au point qu’il se tourna vers l’orient et devint un jour
l’un des plus éminents orientaliste de son siècle. Cet étudiant de l’école
d’eton était edward Granville Browne dont l’intérêt pour l’orient lui permit
d’entrer en relation étroite avec la religion de Bahá’u’lláh.

après trois jours déchirants à Gallipoli, où tout était incertain, ‘umar effendi,
le Big-Báshí qui avait été envoyé depuis Constantinople pour accompagner
les exilés leur annonça qu’ils resteraient ensemble, ne seraient pas dispersés
et qu’ils seraient tous envoyés vers la même destination. il indiqua pourtant
que seuls ceux dont le nom gurait sur le registre auraient leur voyage payé
par le gouvernement.

les autres seraient des exilés volontaires et devraient payer leur voyage. à
l’étonnement de ‘umar efffendi et d’autres fonctionnaires, h∆ájí ‘alí-askar,
un vétéran du temps du Báb et quelques autres qui n’étaient pas inclus sur la
liste achetèrent avec joie leur billet pour embarquer sur le navire, un
paquebot autrichien. quelle sorte de gens achèteraient leur propre billet pour
être emmenés vers une prison inconnue dans un pays inconnu, se
demandaient les fonctionnaires.

en n le vapeur arriva et jeta l’ancre. áqá rid∂á écrit : « dans la soirée nos
bagages furent embarqués et le lendemain matin des barques nous portèrent
à bord.

la mer était forte. J’avais, avec un autre compagnon, la chance d’être dans la

* voir l’addenda iii concernant la terrible retraite des troupes turques après le
siège de Plevna.

dans la Gloire du Père

barque où allait s’asseoir la Perfection bénie. Jináb-i-anís et ses amis étaient
sur le quai. des larmes de profonde détresse coulaient de leurs yeux. la
Perfection bénie leur dit adieu avec une grande gentillesse, s’installa à sa
place et nous demanda de nous asseoir. des versets s’écoulaient de ses lèvres,
… et il dit en plaisantant : « Ce serait drôle que la barque coule ! » mais très
vite il ajouta avec force et autorité,

« mais elle ne coulera pas, même battue par tous les vents ! » il continua à
nous parler jusqu’à l’arrivée au vapeur qui était bondé. Parmi les passagers
on trouvait le nouveau consul de Perse pour izmír (smyrne) et sa suite. la
Perfection bénie ne parla à personne. il monta sur le pont supérieur qui était
très vaste et protégé. nous étions le deuxième jour de Jamádíyu’l-avval 1285
de l’hégire (21 août 1868).

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

les dangers et les épreuves encourus par Bahá’u’lláh, au moment de son
départ de Gallipoli, étaient si grands qu’il avertit ses compagnons que « ce
voyage serait différent de tous les précédents », et que celui qui ne se sentait
pas « assez fort pour affronter l’avenir » ferait mieux « d’aller où il lui
convenait et de se mettre à l’abri des épreuves car, par la suite, il ne lui serait
plus possible de s’en aller », avertissement que ses compagnons, à
l’unanimité, décidèrent de ne pas prendre en considération.5

au coucher du soleil de ce premier jour du voyage, le navire t escale devant
madellí d’où, après quelques heures, il repartit dans la nuit vers smyrne qu’il
atteignit avant le lever du soleil. il resta à l’ancre pendant deux jours. des
habitants persans montèrent à bord pour saluer leur consul ; ils semblent
avoir ignoré la présence des exilés. C’est au cours de cette escale que mírzá
áqáy-i-Káshání (Jináb-i-munír) que Bahá’u’lláh avait honoré du titre de
ismu’lláhu’l-muníb (le nom de dieu, le suzerain), tomba gravement malade
et dut être hospitalisé, à sa grande détresse et à celle de tous. la Plus-Grande-
Branche l’accompagna à terre et resta avec lui jusqu’au bout. il mourut
rapidement et fut enterré à smyrne. C’est Jináb-i-munír qui, portant une
lanterne, marchait devant le cheval de Bahá’u’lláh ou devant son palanquin,
tout au long de la route de Bagdad à la mer noire. C’était un jeune homme
avenant, très beau, possédant une voix douce et charmante. et il chantait et
psalmodiait tout en marchant. lorsqu’il devint bábí, son fanatique de père
l’entraîna dans un champ, le jeta à terre, s’assit sur sa poitrine et était prêt à
lui trancher la gorge. mais sa vie fut sauvée pour qu’il arrive en présence de

le BannissemenT à aCre 289

Bahá’u’lláh et qu’il le serve avec la plus grande dévotion. áqá rid∂á écrit : «
en fait, à l’instant même où il se jeta aux pieds de la Perfection bénie,
sanglotant à l’idée de la séparation, il avait déjà renoncé à la vie et regardait
vers l’horizon de la séparation. »

au cours de la deuxième nuit, le paquebot leva l’ancre et continua le voyage
vers alexandrie où il arriva le matin du deuxième jour. les exilés changèrent
alors de navire. Celui-ci, en route vers haïfa, était aussi de la compagnie
austria-lloyd.

un certain nombre de Persans montèrent à bord à alexandrie pour présenter
leurs respects à Bahá’u’lláh, dont h∆ájí muh∂ammad-’alí Pírzádih (connu
comme h∆ájí Pírzádih) un célèbre sage sou . les exilés l’ignoraient, mais au
même moment nabíl-i-a’z∂am était emprisonné à alexandrie. il avait été
envoyé en égypte par Bahá’u’lláh pour faire appel au Khédive au sujet de la
situation de mírzá haydar-
’alí et de six autres croyants. on savait qu’il était emprisonné en égypte sans
savoir où. Plusieurs exilés descendirent à terre à alexandrie pour faire
quelques achats. l’un d’eux, áqá muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ir (le serveur),
passa devant la prison et nabíl-i-a’z∂am, regardant par la fenêtre, le reconnut
et, surpris, l’appela.

mais laissons nabíl lui-même, cet excellent narrateur, détailler les
circonstances de son arrrestation, de son emprisonnement et de sa rencontre
inattendue à alexandrie avec Bahá’u’lláh et son entourage :

J’allais à mans∂úríyyah par le chemin de fer [après son arrivée
d’andrinople], à la recherche d’áqá siyyid h∆usayn [de Káshán] ; je le
trouvai et lui expliquai pourquoi j’étais là. il me dit que mírzá h∆asan Khán,
le consul persan craignait pour sa vie depuis qu’il avait envoyé les sept au
soudan et il avait mis des espions partout qui devaient l’informer de tout
étranger arrivant en égypte. « il est préférable que tu me laisses ton
mathnaví, a n de n’avoir aucun écrit sacré sur toi en allant au Caire. Prend
une chambre au Takyíy-i-mawlaví chez shaykh ibráhím-i-hamadání qui
reçoit des subsides d’ismá’íl Páshá, et restes-y jusqu’au retour du Khédive.
nous trouverons alors un moyen de lui faire parvenir ton mathnaví. J’allais
donc au Caire et je logeais chez shaykh ibráhím sans savoir que c’était aussi
un espion. un matin, aux premières heures du jour, je vis dans un rêve la
Perfection bénie. il me dit : « des gens sont venus me demander la
permission de faire du mal à mírzá h∆asan Khán. qu’en dis-tu ? » en
m’éveillant, je sus que quelque chose allait se passer ce jour-là. J’allais
marcher pendant une heure ou deux dans le parc sayyid-ná h∆usayn.
soudain, je fus entouré de gens

dans la Gloire du Père

qui me dirent : « on te demande au Seraye. » mais ils me conduisirent chez
mírzá h∆asan Khán et je compris alors qu’ils avaient parlé du Seraye a n que
je les suive sans résistance et que je ne dise pas que je n’étais pas un sujet
persan. après de longues conversations avec le consul, on chargea un of cier
de m’enchaîner. on me t venir plusieurs fois. une fois, quelques marchands
persans tels que mírzá siyyid Javád-i-shírází qui, bien que sujet britannique,
présidait la communauté persane, h∆ájí muh∂ammad-Taqíy-i-namází et
h∆ájí muh∂ammad-h∆asan-i-Kázirúní étaient tous assis sur des sièges et ils
me demandèrent de m’asseoir avec eux. J’étais affaibli et évreux. ils me
montrèrent une photographie de la Plus-Grande-Branche et me demandèrent
si je savais qui c’était. Je dis : « oui, c’est le ls aîné de Bahá’u’lláh, connu
sous le nom de

‘abbás effendí. Je l’ai plusieurs fois rencontré dans le salon de réception de
Khurshíd Páshá, le vali d’andrinople. » ils sortirent alors une copie du kitáb-
i-Íqán et me demandèrent de le lire. Je répondis : « J’ai la èvre et ne peux
lire. » le consul répondit : « il craint qu’on se moque de lui s’il se met à le
lire. » Je répliquais : « qu’un autre lise et je me joindrai aux moqueurs. » on
donna le livre à h∆ájí muh∂ammad-Taqíy-i-namází.

il lut le passage sur le détachement et le sacri ce des disciples du Point-du-
Bayán [le Báb] ; « s’ils avaient tort, me demanda-t-il, par quelle preuve
pourrait-on démontrer la justesse de la cause des gens de Kerbéla ? » il
continua à lire et tous constinuèrent à rire.

Puis mírzá Javád me demanda : « Pourquoi es-tu devenu bábí ? si la cause
du Báb était vraie, ne serais-je pas devenu bábí moi qui suis à la fois siyyid
et shírází ? » Je répondis : « mais il n’est pas prouvé que je sois un bábí ni
que toi tu n’en sois pas un. Comme dit le poète h∆á z∂ :

de Bas∂rah vient h∆asan, de habash vient Bilál

de shám vient s∆uhayb ; mais du sol de la mecque

est sorti abú-Jahl ; Comme c’est étrange !*

Tous les gens présents éclatèrent de rire et mírzá Javád fut décon t. alors le
consul rappela à l’assistance qu’il n’y avait pas de quoi rire et me renvoya en
prison ; je priais dieu de ne jamais le revoir. le jour même une affaire
l’appela à alexandrie. Puis je s un autre rêve dans lequel la Perfection bénie
me disait : « avant quatre-vingt-un jours, tu auras quelques raisons de te
réjouir. » arrivant de la mecque, mírzá s∆afá apprit que mírzá h∆asan Khán
avait jeté un voyageur dans une prison sombre et pitoyable. on lui
* les références dans ce tercet sont les suivantes : h∂san al-Bas∂ri était un
maître spirituel piétiste du début de l’islám ; h∆abash, c’est l’éthiopie ; Bilál
ibn ribáh∂, un des premiers musulmans et le premier muezzin de l’islám,
désigné par le Prophète ; shám, c’est damas ; s∆uhayb, compagnon de
muh∂ammad est célèbre pour sa sobriété et abú-Jahl est le pire ennemi du
Prophète.

le BannissemenT à aCre 291

demanda : « Pour l’amour de dieu, dites-lui de libérer cet innocent. » mírzá
s∆afá lui t des remontrances et télégraphia a n que je sois remis aux autorités
égyptiennes et envoyé à alexandrie. une fois là-bas, le défunt siyyid h∆usayn
expliqua, dans une pétition à sharíf Páshá, que ce voyageur était un sujet
ottoman arrêté et torturé illégalement par le consul de perse. Je passais alors
du niveau inférieur au niveau supérieur de la prison. on t en sorte que le
consul persan soit blâmé. dans cette prison, un médecin essaya de me
convertir à la foi protestante. nous eûmes de longues conversations et il
devint bahá’í.

le quatre-ving-unième jour après mon rêve je vis, depuis le toit de la prison,
áqá muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ír passant dans la rue. Je l’appelai, il
s’approcha ; je lui demandai ce qu’il faisait là et il m’apprit que la Perfection
bénie et les compagnons étaient emmenés à acre… il était descendu à terre
accompagné d’un policier a n de faire quelques achats. il ajouta : « le
policier ne me laissera pas m’arrêter plus longtemps. Je vais signaler ta
présence à áqá (la Plus-Grande-Branche). si le navire reste au port plus
longtemps, j’essaierai de revenir te voir. » il m’avait complètement
enflammé et maintenant s’en allait ! le médecin était alors absent et lorsqu’il
revint, il me trouva en larmes, récitant ces vers : « le Bien-aimé est à mes
côtés mais je suis loin de lui ; je suis sur le rivage de la mer de proximité et
pourtant, j’en suis privé ! o ami, embarque-moi, embarque-moi dans un siège
sur le vaisseau de proximité ; je suis impuissant, je suis vaincu, un pauvre
prisonnier. » fáris, le médecin, rentra dans la soirée et vit ma détresse. il
s’exclama : « Tu m’avais dit que le quatre-vingt-unième jour après ton rêve
tu aurais des raisons de te réjouir et nous y sommes. or je te trouve au
contraire complètement perturbé. Je répondis : « les raisons de me réjouir
sont vraiment là, mais, hélas, « la datte est sur le palmier, mais notre main ne
peut l’atteindre. »
il me dit : « dis-moi ce qui est arrivé, je pourrai peut-être faire quelque
chose. » Je lui dis que la Perfection bénie était sur ce navire, ce qui le
perturba grandement lui aussi.

Puis il dit : « si demain n’avait pas été un vendredi, jour où le Seraye ferme,
nous aurions pu, tous les deux, obtenir la permission de monter à bord pour
le rencontrer.

mais peut-être peut-on faire encore quelque chose. écris ce que tu veux.
J’écrirai aussi.

demain, l’une de mes connaisances vient ici. nous lui demanderons de porter
ces lettres sur le paquebot. » Je racontai mon histoire par écrit et j’y joignis
tous les poèmes que j’avais composés en prison. fáris le médecin écrivit lui
aussi une lettre très touchante exprimant sa tristesse. il mit l’ensemble dans
une enveloppe qu’il donna à un jeune horloger nommé Constantin, à charge
pour lui de la porter tôt le matin. Je lui donnais le nom de Khádim (mírzá
áqá Ján) et de quelques autres des compagnons, lui expliquai comment les
reconnaître et insistai pour qu’il ne donne l’enveloppe à personne avant de

dans la Gloire du Père

les avoir trouvés. il partit au matin. nous étions en observation sur le toit en
terrasse.

nous entendîmes d’abord le signal puis le bruit du navire en mouvement et,
perplexes, nous nous demandions que penser. Puis le navire s’arrêta et
repartit un quart d’heure après. nous étions sur les nerfs quand soudain
Constantin revint. il me remit une enveloppe et un paquet enveloppé dans un
foulard et s’exclama : « Par dieu ! C’est le Père du Christ en personne que
j’ai rencontré ! » fáris lui embrassa les yeux et dit : « notre lot était le feu de
la séparation, le tien était la faveur de contempler le Bien-aimé du monde. »
en réponse à nos courriers nous trouvâmes une épître écrite dans l’écriture de
révélation*, une lettre de la Plus-Grande-Branche et un sachet empli
d’amandes nuql, une friandise envoyée par la Plus-Pure-Branche. fáris était
particulièrement honoré dans l’épître de Bahá’u’lláh. un des témoins de la
scène a écrit : « J’ai vu plusieurs preuves de puissance que je n’oublierai
jamais. Comme ce fut le cas aujourd’hui. le navire avançait déjà lorsqu’on
vit au loin une embarcation. le capitaine t arrêter le navire et ce jeune
horloger put nous rejoindre et appeler mon nom. Je descendis et il put me
donner votre enveloppe. Tous les yeux étaient rivés sur nous qui n’étions que
des exilés, et pourtant, personne ne posa de questions sur l’action du
capitaine. » 6

l’escale suivante, Port-saïd, fut atteinte le matin suivant. le paquebot y resta
à l’ancre toute la journée et ne repartit qu’à la nuit tombée. le jour suivant au
coucher du soleil il arriva devant Jaffa et, à minuit, partit pour sa destination
: haïfa.

* l’écriture rapide par laquelle mírzá áqá Ján écrivait les versets au fur et à
mesure que Bahá’u’lláh les révélait.

l’arrivée à acre

lorsque le paquebot de la compagnie austria-lloyd arriva en vue de haïfa, les
autorités préparèrent le voyage de mírzá yah∂yá et de ses proches vers
Chypre.

il fallut donc séparer les quatre bahá’ís qui avaient été condamnés à
accompagner mírzá yah∂yá en exil du groupe très soudé des compagnons de
Bahá’u’lláh. Ces quatre personnes, qui avaient été arrêtées à Constantinople
étaient, comme nous l’avons vu : mishkín-qalam le célèbre calligraphe,
mírzá ‘alíy-i-sayyáh (de marághih en azerbaïdjan), áqá muh∂ammad-Báqir-i-
qahvih-chí et áqá ‘abdu’l-Ghaffár. Tout le monde ressentait naturellement
une grande détresse lorsque vint l’heure de la séparation. le Gardien de la foi
bahá’íe écrit : C’est au moment où Bahá’u’lláh avait pris place dans le
bateau qui devait le conduire au débarcadère de haïfa que ‘abdu’l-Ghaffár,
l’un des quatre compagnons condamnés à partager l’exil de mírzá yah∂yá et
que Bahá’u’lláh avait hautement loué pour son détachement, son amour et sa
confiance en dieu, se jeta, de désespoir, dans la mer en criant : « yá Bahá’u’l-
abhá ! » sauvé ensuite, il ne fut ramené à grand-peine à la vie que pour être
forcé par des fonctionnaires inflexibles à continuer son voyage avec la bande
de mírzá yah∂yá, vers la destination qui lui avait été assignée à l’origine.1

áqá ‘abdu’l-Ghaffár fut sauvé, comme l’avait été h∆ájí Ja‘far-i-Tabrízí à
andrinople et, plus tard, ils exauceront leur désir : vivre près de Bahá’u’lláh.
h∆ájí Ja‘far, ayant récupéré des blessures qu’il s’était lui-même infligées, fut
emmené à acre en compagnie de son frère. áqá ‘abdu’l-Ghaffár put s’évader
de Chypre et atteindre la syrie. il changea de nom et vécu en sécurité sous le
nom de áqá

‘abdu’lláh.

un voilier emporta les exilés depuis haïfa jusqu’à acre de l’autre côté de la
baie. les rumeurs les plus folles les avaient précédés et les habitants de la
ville étaient perplexes, curieux, certainement pleins de préjugés, hostiles et
méprisants.

dans la Gloire du Père

l’arrivée à aCre 295

Certains étaient venus sur le quai pour découvrir le « dieu des Persans » et le
huer.

C’est dans l’après-midi du 31 août 1868 correspondant au douzième jour de
Jamádíyu’l-avval 1285 de l’hégire, que Bahá’u’lláh, sa famille et ses
compagnons entrèrent dans la Plus-Grande-Prison et furent incarcérés dans
la citadelle fortifiée.

acre est une des plus anciennes villes continûment habitées du monde. C’est
aussi une des villes pour lesquelles on s’est le plus battu, ce qui n’a rien de
surprenant si l’on considère qu’elle offre le meilleur port naturel de toute la
côte orientale de la méditerranée, sur la route entre l’égypte et la
mésopotamie, deux berceaux de civilisation. elle est mentionnée pour la
première fois en égypte, il y a presque 4000 ans. C’est alors une cité
cananéenne et phénicienne sous contrôle égyptien. elle reste épisodiquement
sous ce contrôle avant d’être conquise par les assyriens, puis les Perses, les
Grecs, les romains, les arabes et les croisés. au trei-zième siècle, saint-Jean-
d’acre est la capitale du royaume croisé et la dernière position importante
entre les mains des croisés jusqu’en 1291 quand l’armée mameluke la prit et
la rasa.

elle devint pendant un certain temps un village insignifiant de l’empire turc.
au seizième siècle des marchands français redécouvrent ses avantages
naturels puis le chef druze fakh∂ru’d-dín rebâtit quelques-unes des ruines
croisées à la fin du seizième siècle. la résurrection d’acre est dûe à
z∆áhiru’l-‘umar, un notable de Tibérias qui se découpa une principauté
personnelle dans l’empire turc déclinant et fit d’acre sa capitale en 1749. le
gouvernement ottoman reconnut de facto l’autorité de z∆áhiru’l-‘umar en le
nommant gouverneur de la province d’acre mais, lorsqu’il aida le rebelle ‘alí
Bey d’égypte, une armée turque vint assiéger acre en 1775. la ville fut prise
par traîtrise et z∆áhiru’l-‘umar fut tué. l’un des commandants de l’armée de
siège, ah∂mad Páshá al-Jazzár (le Boucher), un aventurier albanais, fut
nommé gouverneur en 1776.

les travaux de reconstruction et de fortification commencés par
z∆áhiru’l-‘umar furent poursuivis avec énergie par ah∂mad Páshá. al-Jazzár
était un dirigeant sévère et son influence se faisait sentir dans toute la syrie et
la Palestine. acre prospéra.

en 1799, la ville repoussa l’armée de napoléon Bonaparte ce qui mit fin à
l’aventure orientale de ce dernier.

al-Jazzár mourut en 1803 et son fils adoptif, sulaymán Páshá, un mameluck,
construisit lui aussi d’importants bâtiments à acre. à sa mort en 1818, son
succes-

dans la Gloire du Père
la baie de haïfa au début du dix-neuvième siècle. le village de haïfa est au
premier plan. on devine acre dans le lointain (d’après Wilson, Picturesque
Palestine ) haïfa au dix-neuvième siècle, avec le mont carmel en arrière-
plan. (d’après Wilson, Picturesque Palestine )

l’arrivée à aCre 297

seur fut ‘abdu’lláh Páshá, fils de ‘alí Páshá lui aussi mameluk et fils adoptif
d’al-Jazzár.* ‘abdu’lláh Páshá était le quatrième gouverneur de suite à être
un grand bâtisseur tant en ville qu’à l’extérieur. mais des événements
égyptiens devaient avoir bientôt des répercussions pour acre.
muh∂ammad-‘alí Páshá, un aventurier albanais, avait conquis l’égypte et
s’était révolté contre les ottomans. ‘abdu’lláh Páshá prit parti pour le sultan
et en 1831 une armée égyptienne conduite par le fils de muh∂ammad-‘alí,
ibráhím Páshá, assiégea acre. le bombardement fut terrible et, aucune aide
n’arrivant d’istanbul, ‘abdu’lláh Páshá n’eut d’autre recours que de se
rendre. il fut traité avec générosité et envoyé en égypte où il fut reçu avec les
honneurs. il partit plus tard pour istanbul puis, après quelque temps, il
voyagea jusqu’à médine où il passa le reste de ses jours et fut enterré.
ibráhím Páshá prévoyant que la présence égyptienne en syrie serait
contestée, reconstruisit beaucoup des bâtiments que son bombardement avait
détruits et renforça les défenses d’acre qui devint pour la syrie le rempart
face à l’égypte.

à la suite du succès spectaculaire d’ibráhím Páshá de la syrie et jusqu’en
anatolie, les puissances européennes craignant la désintégration de l’empire
turc décidèrent d’intervenir. en 1840, une flotte à prédominance britannique
commandée par l’amiral sir robert stopford apparut devant acre et commença
de bombarder la ville. après quatre heures et demi de bombardement, il y eut
une soudaine et très forte explosion et un épais nuage de fumée s’éleva de la
ville. la réserve principale de poudre avait été touchée, et l’explosion avait
tué deux compagnies des meilleurs soldats d’ibráhím Páshá. on peut encore
aujourd’hui voir les effets de cette explosion en remarquant que le mur
intérieur vers la terre (le mur de z∆áhiru’l-

‘umar manque sur la partie orientale du site où l’explosion le détruisit). le
lendemain, la flotte alliée découvrit qu’ibráhím Páshá avait abandonné la
ville et faisait retraite vers l’égypte.
le départ des égyptiens marque un tournant dans l’existence d’acre. de
capitale d’une importante province, elle fut réduite au rang de centre
administratif d’une sous-province subordonnée à damas et à Beyrouth.
z∆áhiru’l-‘umar qui était à l’origine du renouveau de la prospérité d’acre
avait aussi lancé le processus qui

* un mameluk était un esclave qui avait été acheté jeune et entraîné comme
soldat. à la fin de son entraînement, il obtenait habituellement sa liberté et
devenait un fils adoptif de son maître. Ces gens accédaient souvent à de
hauts postes et l’égypte fut gouvernée pendant des siècles par une série de
sultans mamelucks.

dans la Gloire du Père

conduirait à son déclin. il avait repris et fortifié la petite ville de haïfa, de
l’autre côté de la baie d’acre. Plus on avançait dans le dix-neuvième siècle et
plus il apparaissait que le port d’acre qui s’ensablait ne pourrait plus
accueillir les vapeurs au fort tirant d’eau. le commerce et la prospérité d’acre
déclinèrent d’autant plus que ses activités commerciales étaient transferrées
vers haïfa.*

lorsque Bahá’u’lláh y arrive, acre, ville prison pour les criminels et les
prisonniers politiques de l’empire turc, était surnommée la « Bastille du
Proche-orient ».

la citadelle dans laquelle Bahá’u’lláh est emprisonné est l’un des bâtiments
les plus intéressants d’acre. elle est construite sur le site du Grand maneir
(citadelle) des Chevaliers de saint-Jean-de-l’hospital. leur réfectoire, la «
crypte de st-Jean », a été dégagé des gravats qui l’avaient comblé et il est
presque intact sous le bâtiment d’aujourd’hui dans les assises basses duquel
la maçonnerie croisée est évidente. lorsqu’au seizième siècle le chef druze
fakhru’d-dín commença à construire sur les ruines croisées, il utilisa les
ruines du bâtiment des hospitaliers comme base de son palais et de sa
citadelle. z∆áhiru’l-‘umar et ah∂mad al-Jazzár firent de même, mais les
bâtiments actuels datent du successeur d’al-Jazzár, sulayman Páshá,
complétés en 1819 par ‘abdu’lláh Páshá. ils furent utilisés comme caserne et
comme prison par les Turcs et continuèrent comme prison sous le mandat
britannique. dans leurs murs sont encore incrustés des boulets de canon
datant du bombardement de la flotte alliée de l’amiral sir robert stopford en
1840.

áqá rid∂á décrit acre comme « une petite ville aux rues étroites et sordides,
sales et sombres, tristes et tortueuses, sans une seule maison digne d’être
remarquée. » il décrit aussi la citadelle :

Bâtie pour des soldats au temps de Jazzár Páshá, elle est très haute et
spacieuse, avec un bassin au milieu, des palmiers et des figuiers. au nord-
ouest, l’étage supérieur bien bâti compte quatre ou cinq pièces avec un
ayván et un bírúní, une grande pièce avec véranda et quelques autres pièces.
la Perfection bénie et sa famille occupaient cette partie. áqá mírzá
muh∂ammad-qulí et sa famille occupait l’étage inférieur. au

*au contraire du déclin d’acre, les progrès de haïfa furent ininterrompus. les
« Templiers allemands » qui y arrivèrent peu après Bahá’u’lláh,
augmentèrent la prospérité de la ville par leurs connaissances techniques et
indus-trielles. à la fin du dix-neuvième siècle, haïfa était un grand port
comptant une importante colonie de marchands.

il était en rapport avec damas par chemin de fer et la plupart des importantes
Puissances étrangères y avaient établi des représentations consulaires.

l’arrivée à aCre 299

Vue sud d’acre

nord, on trouvait des pièces sur trois étages. h∆ájí ‘alí-‘askar, amír et áqá
muh∂ammad-Javád occupaient ces pièces. dans le coin nord-ouest il y avait
des pièces que nous occupions… et à l’ouest il y avait un très bon bain. au
sud et à l’est on trouvait aussi des pièces spacieuses et l’une d’elles était
occupée par Jináb-i-Kalím ; quelques compagnons en occupaient d’autres,
mais la plupart étaient vides. siyyid muh∂ammad et Kaj-Kuláh (áqá-Ján Big)
résidèrent là quelques jours puis demandèrent au gouvernement de les
déménager ailleurs. on leur donna une pièce au-dessus de la deuxième porte
de la ville.

la nuit de notre arrivée nous souffrîmes du manque d’eau. dans le bassin
l’eau était croupie. nous voulûmes sortir pour chercher de l’eau fraîche mais
on nous l’interdit.

on nous donna du riz venant de la maison de ‘abdu’l-hádí Páshá, le
gouverneur d’acre, mais il n’y en avait pas assez pour tous. le lendemain, les
autorités vinrent voir comment cela se passait. elles entrèrent en présence de
la Perfection bénie qui leur parla avec une telle sagesse et une telle
connaissance qu’au cours de cette première réunion elles comprirent que ces
gens étaient érudits, sages et dotés d’une rare compréhension. l’un des
membres du groupe remarqua, à haute voix, que jamais auparavant des âmes
aussi pures et sanctifiées n’avaient posé le pied à acre. quelques jours plus
tard ils amenèrent h∆ájí Jafar et son frère, h∆ájí Taqí.

la ration pour chaque personne, selon áqá rid∂á et áqá h∆usayn-i-áshchí,
était de trois pains noirs, salés, immangeables. révolté, áqá h∆usayn, jeune et
entêté, lança de rudes et insultantes remarques en turc adressées au
mutas∂arrif, ce qui lui valut une claque de la part de la Plus-Grande-
Branche. mais áqá h∆usayn remarque que cela permit aussi au gouverneur
de comprendre la situation. les

dans la Gloire du Père

la porte de la mer par laquelle bahá’u’lláh entra dans acre rations furent
bientôt officiellement interrompues et on les remplaça par une somme
quotidienne à partager parmi les compagnons.

Bientôt vint l’automne avec son cortège d’indispositions et de maladies dues
aux conditions insalubres d’acre. à l’intérieur des murs de la prison les exilés
souffrirent grandement.

on trouvera ci-dessous la liste des exilés qui entrèrent dans la Plus-Grande-
Prison dans l’après-midi du 31 août 1868. Cette liste fut d’abord rédigée
avec l’ai-de de mírzá ‘abdu’r-ra’úf, fils de mírzá muh∂ammad-qulí le frère
de Bahá’u’lláh.

mais l’auteur, y trouvant des erreurs, l’a quelque peu corrigée. Par exemple,
mírzá

‘abdu’r-ra’úf avait inscrit plusieurs personnes qui arrivèrent à acre plus tard.

1. Bahá’u’lláh

2. Buyúk Khánum (ásíyih Khánum), la mère de la Plus-Grande-Branche 3.
‘abdu’l-Bahá (la Plus-Grande-Branche)

4. Bahá’íyyih Khánum (la Très-sainte-feuille)

5. mírzá mihdí (la Plus-Pure-Branche)

6. mahd-i-‘ulyá, mère de mírzá muh∂ammad-‘alí

7. mírzá muh∂ammad-‘alí

8. mírzá Badí‘u’lláh, fils de mahd-i-‘ulyá

9. mírzá d∆íyá’u’lláh, fils de mahd-i-‘ulyá
l’arrivée à aCre 301

10. s∆amadíyyih Khánum, sœur de mírzá muh∂ammad-‘alí et femme de
mírzá majdi’d-dín

11. mírzá músá, Jináb-i-Kalím, frère de Bahá’u’lláh

12. fát∂imih-sult∂án Khánum, fille de shaykh sult∂án-i-‘arab et femme de
mírzá músá

13. h∆avvá Khánum, deuxième femme de mírzá músá

14. mírzá majdi’d-dín, fils de mírzá músá et de fát∂imih-sult∂án Khánum 15.
liqá Khánum, femme de mírzá muh∂ammad-‘alí

16. mírzá ‘alí-rid∂á, fils de mírzá músá

17. mírzá muh∂ammad-qulí, frère de Bahá’u’lláh

18. Khánum Ján, femme de mírzá muh∂ammad-qulí

19. nash’ih Khánum, seconde femme de mírzá muh∂ammad-qulí

20. mírzá ‘abdu’r-ra’úf, fils de mírzá muh∂ammad-qulí

21. mírzá dhikru’lláh, fils de mírzá muh∂ammad-qulí

22. mírzá vah∂íd, fils de mírzá muh∂ammad-qulí

23. qudsíyyih Khánum, fille de mírzá muh∂ammad-qulí et de nash’ih
Khánum

24. ábájí qazvíní, servante

25. Badrí-Ján, femme de mírzá yah∂yá s∆ubh∂-i-azal

26. mírzá rid∂á-qulíy-i-Tafrishí, frère de Badrí-Ján

27. mírzá fad∂lu’lláh, neveu de mírzá rid∂á-qulí , fils de mírzá nas∂ru’lláh
(mort à andrinople)
28. áqá ‘az∂ím-i-Tafrishí, serviteur de mírzá nas∂ru’lláh et de mírzá rid∂á-
qulí 29. áqá rid∂áy-i-Tabrízí, qannád

30. Gawhar Khánum, femme d’áqá rid∂á, mère de ‘aynu’l-mulk

31. mírzá mah∂múd-i-Káshání,

32. salt∂anat Khánum, femme de mírzá mah∂múd-i-Káshání, sœur de
Gawhar Khánum

33. h∆ájí áqáy-i-Tabrízí, frère de Gawhar Khánum et de salt∂anat Khánum
34. zahra Khánum, mère de h∆ájí áqáy-i-Tabrízí

35. áqá rid∂á, frère de h∆ájí áqá

36. h∆ájí ‘alí-‘askar-i-Tabrízí

37. h∆usayn-áqá qahvih-chí, fils de h∆ájí ‘alí-‘askar

dans la Gloire du Père

38. Khánum dján, femme de h∆ájí ‘alí-‘askar

39. ma‘s∂úmih, fille de h∆ájí ‘alí-‘askar

40. fáπ∂imih, fille de h∆ájí ‘alí-‘askar

41. h∆usníyyih, fille de h∆ájí ‘alí-‘askar et femme d’áqá muh∂ammad-
Javád-i-qazvíní

42. áqá muh∂ammad-Javád-i-qazvíní

43. mashhadí fat∂t∂áh∂, frère de h∆ájí ‘alí-‘askar-i-Tabrízí

44. áqá muh∂ammad-‘alíy-i-yazdí

45. áqá abu’l-qásím-i-sult∂ánábádí (mort dans la citadelle)
46. áqá faraj, cousin de áqá abu’l-qásim

47. áqá muh∂ammad-ismá‘íl (mort dans la citadelle)

48. áqá muh∂ammad-Báqir, son frère (mort dans la citadelle)

49. mírzá Ja‘far-i-yazdí

50. za‘farán Khánum, femme de mírzá Ja‘far

51. áqá muh∂ammad-ibráhím-i-nayrízí, appelé amír. il faisait partie des bábís
qui étaient avec vah∂íd à nayríz

52. h∆abíbih Khánum, femme d’amír et servante de la maison de
Bahá’u’lláh 53. Badí‘ih Khánum, fille d’amír et de h∆abíbih, mariée à
h∆usayn-áqá qahvih-chí

54. s∆áh∂ib-Ján Khánum, servante

55. mírzá mus∂tafá, fils de s∆áh∂ib-Ján, appelé abú-hurayrih

56. darvísh s∆idq-‘alí

57. mírzá áqá Ján, secrétaire et serviteur de Bahá’u’lláh

58. h∆ájí faraju’lláh-i-Tafrishí

59. áqá h∆usayn-i-áshchí

60. áqá muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání

61. ustád ah∂mad-i-najjár

62. áqá mírzá h∆usayn-i-najjár

63. áqá muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ir

64. Khayyát-Báshí

65. mírzá asadu’lláh
66. siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání (azalí)

67. áqá Ján Big, appelé Kaj-Kuláh (azalí)

l’arrivée à aCre 303

Vue aérienne de la citadelle d’acre. en bas à gauche se voit la contrescarpe
d’où les pèlerins, interdits d’entrée dans la ville, pouvaient apercevoir
bahá’u’lláh.

au premier plan, la maison de ‘abdu’lláh páshá. derrière la citadelle on
découvre le dôme de la mosquée d’al-Jazzár. entre la mosquée et la citadelle
est situé le seraye , siège du gouverneur et, à sa gauche, près de la citadelle,

on voit le petit dôme des bains publics

le Seigneur des armées

Portes, élevez vos frontons,

élevez-vous, portes éternelles,

qu’il entre le roi de Gloire !

qui est ce roi de gloire ?

l’éternel des armées, voilà le roi de gloire. 1
le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

l’arrivée de Bahá’u’lláh à acre marque le début de la dernière phase de ses
quarante années de ministère, la phase finale et, à vrai dire, le summum de
l’exil dans lequel s’est déroulé tout ce ministère. Ce bannissement, qui
l’avait d’abord amené au voisinage immédiat des citadelles de l’orthodoxie
chiite… et qui, plus tard, l’avait transporté dans la capitale de l’empire
ottoman, l’amenant à adresser ses déclarations historiques au sultan, à ses
ministres et aux chefs religieux de l’islam sunnite, ce bannissement le
conduisait maintenant à débarquer sur les rivages de la Terre sainte, la terre
promise par dieu à abraham, consacrée par la révélation de moïse, honorée
par la vie et les œuvres des patriarches hébreux, des juges, des rois et des
prophètes, vénérée comme le berceau du christianisme et le lieu où, selon le
témoignage de ‘abdu’l-Bahá, zoroastre se serait entretenu avec quelques-uns
des prophètes d’israël, la terre liée enfin, pour l’islám, au voyage nocturne de
l’apôtre à travers les sept cieux, jusqu’au trône du Tout-Puissant. dans cette
sainte et attirante contrée, le nid de tous les prophètes de dieu, le vallon de
l’inscrutable décret de dieu, le site à la blancheur de neige, la terre à la
splendeur impérissable, l’exilé de Bagdad, d’istanbul et d’andrinople était
condamné à passer au minimum un tiers de la vie qui lui était accordée, et
plus de la moitié du temps imparti à sa mission.2

acre, la Ptolémaïs du monde antique, le st-Jean-d’acre des croisés et leur
dernier bastion, acre qui refusa de s’incliner devant la puissance de
Bonaparte, acre

dans la Gloire du Père

qui avait acquis une renommée à travers les siècles, acre était tombée bien
bas en cette période de son histoire mouvementée. son air et son eau étaient
infects, pestilentiels. un proverbe disait qu’un oiseau volant au-dessus d’acre
tomberait raide mort. dans ses menaçantes casernes étaient enfermés pour y
périr les rebelles, les hors-la-loi, les criminels les plus endurcis de l’empire
ottoman.
acre est aussi la ville que david appelle la puissante cité, qu’osée loue
comme étant une porte d’espoir, dont ézéchiel disait : ensuite il me conduisit
vers la porte, vers la porte orientale ; et voici, la gloire du dieu d’israël
s’avançait de l’orient ; sa voix était semblable au bruit des grandes eaux, et
la terre resplendissait de sa gloire. (...) la gloire de l’éternel entra dans la
maison par le chemin de la porte orientale3 dont parle en ces mots le
fondateur de l’islam : Béni l’homme qui a visité acre, béni celui qui a rendu
visite au visiteur d’acre ! (...) et pour celui qui, à acre, dit : « Glorifié soit
dieu, louange à dieu, il n’est d’autre dieu que lui, dieu est le plus Grand, et il
n’est de pouvoir et de force qu’en dieu, le suprême, le Puissant », dieu
consignera mille bonnes actions et en effacera mille mauvaises ; il l’élèvera
de mille degrés au paradis et lui pardonnera ses péchés.4

la ville qui ouvrait ses portes pour recevoir comme un prisonnier le
rédempteur du monde était une ville ayant atteint le fond de la misère. l’exil
de Bahá’u’lláh en Terre sainte, son incarcération dans la sinistre citadelle
d’acre avait pour but, dans l’idée de ses adversaires, de lui infliger le coup
fatal qui, dans leurs calculs, briserait sa foi et sa vie. nous comprendrons
l’importance et la portée de cet exil en nous rappelant certaines prophéties
du passé. ‘abdu’l-Bahá, le centre de l’alliance de Bahá’u’lláh et interprète de
son message, parle ainsi de cet événement stupéfiant :

lorsque Bahá’u’lláh arriva dans cette prison, en Terre sainte, les gens
instruits comprirent que la bonne nouvelle que dieu, par la bouche des
prophètes, avait donnée deux ou trois mille ans auparavant, était réalisée,
que dieu était fidèle à la promesse. Car à plusieurs des prophètes il avait
révélé et donné la bonne nouvelle qui a trait à la Terre sainte : le seigneur des
armées doit se manifester chez toi. Toutes ces promesses étaient accomplies
! et s’il n’y avait pas eu ces persécutions, ces exils et ces bannissements, de
la part des ennemis, on ne pourrait comprendre pourquoi Bahá’u’lláh aurait
dû s’enfuir de Perse, et planter sa tente en Terre sainte.5

le seiGneur des armées 307

ainsi l’annonce david avec majesté, « qu’il entre le roi de Gloire ! qui est ce
roi de gloire ? l’éternel des armées, voilà le roi de gloire. » : le désert et le
pays aride se réjouiront ; la solitude s’égaiera, et fleurira comme un narcisse.
elle se couvrira de fleurs, et tressaillira de joie, avec chants d’allégresse et
cris de triomphe.

la gloire du liban lui sera donnée, la magnificence du Carmel et de saron.

ils verront la gloire de l’éternel, la magnificence de notre dieu.6

amos en témoigne :

de sion l’éternel rugit,

de Jérusalem il fait entendre sa voix.

les pâturages des bergers sont dans le deuil,

et le sommet du Carmel est desséché.7

et michée l’a prévu :

... de l’assyrie et des villes fortifiées, de la forteresse jusqu’au fleuve, d’une
mer à l’autre, et d’une montagne à l’autre, il viendra.8

la vie dans la caserne

la vie était dif cile et pesante dans la caserne d’acre, surtout lorsque les
exilés tombaient victimes de la malaria ou de la dysenterie apportées par
l’automne. áqá rid∂á dit qu’ils n’avaient jamais connu de telles èvres avant
et il indique que la Plus-Grande-Branche, qui faisait très attention à ce qu’il
mangeait et buvait, ne fut pas frappé comme les autres et put continuer à
aller et venir, s’occupant des malades et prenant soin d’eux. áqáy-i-Kalím et
áqá rid∂á aussi purent le seconder auprès des malades. malheureusement,
trois des exilés moururent. áqá abu’l-qásim-i-sult∂ánábádí fut le premier,
bientôt suivi par ustád Báqir et son frère ustád ismá‘íl-i-Khayyát qui
moururent la même nuit et, selon les mots de Bahá’u’lláh, « dans les bras
l’un de l’autre ». les gardes refusèrent de laisser les exilés assister aux
funérailles et Bahá’u’lláh dut donner un tapis sur lequel il dormait a n que sa
vente paie les dépenses exigées par les gardes, lesquels empochèrent l’argent
et rent enterrer les corps dans leurs habits, sans être lavés, sans linceul et
sans cercueil. Bahá’u’lláh con rme que l’argent donné aux gardes était le
double de la somme nécessaire à un enterrement décent. se rappelant les
souffrances de cette période, il écrit en parlant de lui : « Pendant la plus
grande partie de sa vie, il a été durement éprouvé entre les griffes de ses
ennemis. ses souffrances ont à présent atteint leur point cul-minant dans
cette déprimante prison où ses oppresseurs l’ont jeté si injustement. » 1

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

le sultan et ses ministres avaient donné des ordres explicites pour que les
exilés, accusés de s’être gravement trompés et d’avoir égaré les autres,
soient soumis à la plus stricte des réclusions. on espérait avec confiance que
leur condamnation à la prison à vie les conduirait finalement à la mort. le
farmán du sultan ‘abdu’l-‘azíz, daté du cinq rabi’u’th-tháni 1285 de l’hégire
(26 juillet 1868), non seulement les condamnait à un bannissement définitif,
mais encore stipulait une incarcération

dans la Gloire du Père

cre

ahá’u’lláh à a

zíz bannissant b

bddu’l-‘a

lancé par le sultan ‘a

án

texte du farm

la vie dans la Caserne 311

rigoureuse, et leur interdisait toute association entre eux ou avec les
habitants de la localité. le texte du farmán lui-même fut lu publiquement
dans la principale mosquée de la ville, peu après l’arrivée des exilés, pour en
avertir la population.2

les archives of cielles ottomanes révèlent que cette sentence fut
recommandée par les fonctionnaires chargés d’interroger les bahá’ís et les
deux azalís arrêtés à istanbul. Ces documents montrent aussi que Khurshíd
Páshá, le vali d’andrinople, avait défendu les bahá’ís et récusé les
accusations lancées contre eux.

dans une épître adressée à áqá mírzá áqáy-i-afnán, núri’d-dín, sous la
signature de Khádim (mírzá áqá Ján, le secrétaire), Bahá’u’lláh raconte que
la surveillance exercée par les autorités était telle que lorsqu’ils avaient
besoin d’un barbier ou d’un garçon de bain, ces derniers venaient
accompagnés par un policier qui restait présent tout le temps. C’est pourquoi
Bahá’u’lláh n’utilisa pas le bain pendant un certain temps. on se souvient
qu’ustád muh∂ammad-‘alíy-i-salmání, qui avait servi de garçon de bain à
Bahá’u’lláh et qui le servirait encore par la suite, était alors en Perse, expulsé
par les autorités ottomanes. Cette épître, révélée vingt ans plus tard, insiste
surtout sur les changements arrivés au cours des années. au début de leur
emprisonnement, les règles étaient strictement appliquées, alors que lorsque
l’épître fut révélée, tout le monde pouvait entrer et sortir d’acre sans
empêchement.

le Gardien écrit ensuite :

l’ambassadeur persan, accrédité près la sublime Porte, avait ainsi rassuré son
gouvernement, dans une lettre écrite un peu plus d’un an après leur
bannissement à acre :

« J’ai donné, par télégramme, des instructions écrites, pour lui (Bahá’u’lláh)
interdire tout rapport avec qui que ce soit, à l’exception de ses femmes et de
ses enfants, et lui défendre de quitter, en aucune circonstance, la maison dans
laquelle il est emprisonné…

il y a trois jours, j’ai envoyé ‘abbás-qulí Khán, consul général à damas, avec
l’ordre de se rendre directement à acre… pour conférer avec le gouverneur
au sujet de toutes les mesures nécessaires visant au maintien sévère de leur
emprisonnement et pour nommer sur place, avant son retour à damas, un
représentant chargé de s’assurer que les ordres venant de la sublime Porte ne
seront transgressés d’aucune manière. Je lui ai également donné pour
instructions de se rendre à acre une fois tous les trois mois, de les surveiller
lui-même et de soumettre son rapport à la légation. » l’isolement des exilés

dans la Gloire du Père

la citadelle d’acre. bahá’u’lláh fut enfermé dans une pièce dont on peut voir
la fenêtre à l’étage supérieur,
à droite du bâtiment.

était si absolu que les bahá’ís de Perse, troublés par les rumeurs répandues
par les azalís d’ispahan, selon lesquelles Bahá’u’lláh aurait été noyé,
persuadèrent le service du télégraphe britannique de Julfá de s’informer pour
eux à ce sujet.3

Pourtant, malgré cette action abusive, grossière ingérence dans
l’administration interne de l’empire turc de l’ambassadeur persan plus d’un
an après l’arrivée des exilés à acre et en dépit du fait que pas un iota n’ait
changé dans l’édit original du sultan ‘abdu’l-‘azíz, les fonctionnaires
ottomans sur place se sentaient de moins en moins motivés, voire incapables,
d’appliquer des mesures drastiques dans le traitement des prisonniers, et les
habitants, plus qu’hostiles au début, avaient peu à peu ressenti du respect et
de la révérence pour les prisonniers de la citadelle.

l’origine de cette étonnante transformation était l’allure et le comportement
du ls aîné de Bahá’u’lláh.

áqá ridá et áqá h∂usayn ont tous deux recopié une courte prière, révélée par
Bahá’u’lláh à la suite du décès des trois compagnons, que les exilés
répétaient pour leur protection. en voici le texte :

au nom du dieu qui pardonne ! Bien que le triste état dans lequel je suis, ô
mon dieu, me fasse mériter ta colère et ta punition, ton bon plaisir et ta
générosité demandent à ta clémence d’embrasser tes serviteurs et à tes
généreuses faveurs de les rencontrer. Je te demande par ton nom, que tu as
fait le roi de tous les noms, de me protéger
la vie dans la Caserne 313

la cellule de bahá’u’lláh dans la citadelle

par ton pouvoir et ton omnipotence de toute calamité, de tout ce qui te
répugne et de tout ce qui est contraire à ta volonté. Tu as la suprématie sur
toutes choses.4

les maladies étaient toujours présentes, mais il n’y eut plus de décès. áqá
rid∂á se rappelle que pendant quatre mois, un énorme chaudron de bouillon
fut préparé pour les malades et le soir, ‘abdu’l-Bahá, la Plus-Grande-
Branche, distribuait à chacun, selon ses besoins, du riz nature. Puis il tomba
malade lui aussi, si gravement que les compagnons s’inquiétèrent beaucoup
pour lui. mais tout se passa bien et la santé revint pour tous.

áqá h∆usayn-i-áshchí donne plus de détails sur la manière dont la Plus-
Grande-Branche s’occupait du bien-être et de la santé des compagnons et
supervisait tout.

Chaque jour il se tenait à la porte de la citadelle, attendant le retour de ceux
qui étaient allés en ville faire les achats nécessaires sous la surveillance des
gardes. il inspectait tout ce qu’ils avaient acheté, fouillant même dans leurs
poches pour s’assurer que rien de dangereux pour la santé des prisonniers
n’entrait dans la prison.

il jetait tout ce qu’il pensait être impropre à leur consommation.

il y eut un autre cas de maladie grave suivie d’une guérison miraculeuse.
mírzá Ja‘far-i-yazdí était considéré comme perdu. on appela un médecin
chrétien

dans la Gloire du Père

nommé Butrus (Peter). il ausculta le pouls du patient puis se redressa
furieux, protestant qu’il avait été appelé au chevet d’un mort. « Je ne suis pas
le Christ ! » s’exclama-t-il en partant. áqáy-i-Kalím alla voir Bahá’u’lláh et
lui parla de l’état de mírzá Ja‘far-i-yazdí. Bahá’u’lláh révéla une prière et dit
à áqáy-i-Kalím de ne pas désespérer et de continuer à le soigner. Comme le
dit áqá rid∂á, une vie nouvelle anima mírzá Ja‘far qui recouvra la santé.
Bahá’u’lláh l’appela par la suite Badí‘u’l-h∂ayát (vie merveilleuse).

la nouvelle de l’incarcération de Bahá’u’lláh dans la citadelle d’acre était en
n connue des bahá’ís de Perse. un certain nombre d’entre eux t le voyage
dans l’espoir d’arriver en présence de leur seigneur. mais les deux azalís qui
logeaient au-dessus de la porte d’entrée de la ville, surveillaient les entrées et
faisaient leur rapport aux autorités chaque fois qu’ils reconnaissaient un
bahá’í.

immédiatement les fonctionnaires prenaient les mesures nécessaires à
l’expulsion du bahá’í qui avait réussi à pénétrer dans l’enceinte de la ville.
Pour arriver à acre, certains d’entre eux avaient marché tout le long du
chemin, à travers les cols des montagnes de l’ouest de l’iran et les déserts
d’irak et de syrie. au dernier moment, privés de leur but par les machinations
des ennemis, leur seule consolation était de se tenir au-delà du deuxième
fossé, face à la citadelle, pour entrevoir rapidement la silhouette de leur
seigneur, se tenant derrière les barreaux. et la récompense de leurs mois de
voyage ardu était, vue de loin, sa main bénie qui s’agitait. Puis la plupart
d’entre eux retournaient chez eux, reconnaissants du bienfait qui leur avait
été accordé. Cela suf sait pour allumer dans leur cœur une flamme
vigoureuse, pour intensi er leur dévouement. d’autres suivirent et
emportèrent le souvenir de cette silhouette apparaissant derrière les barreaux
d’une fenêtre, souvenir qu’ils chériront par dessus tout. Pourtant certains,
comme Badí‘ dont le prochain chapitre relate l’histoire, et nabíl-i-a’z∂am à
la deuxième tentative, eurent le suprême privilège de se trouver en présence
de Bahá’u’lláh.

shoghi effendi écrit :

Ceux, très rares, qui réussirent à pénétrer dans la ville furent obligés, à leur
grande désolation, de revenir sur leurs pas sans même avoir vu son visage. le
premier d’entre eux à parvenir en sa présence fut háji abu’l-hasan-i-ardikáni,
« celui qui renonçait à lui-même », surnommé amin-i-lláhi (homme de
confiance de dieu), qui ne put le rencon-
la vie dans la Caserne 315

hammám al-páshá, les bains publics où bahá’u’lláh rencontra h∆ájí abu’l-
h∆asan-i-ardikání, le premier pélerin à pouvoir pénétrer dans acre. le
bâtiment est aujourd’hui le musée municipal

dans la Gloire du Père

trer qu’au bain public ; il avait été convenu qu’il verrait Bahá’u’lláh sans
l’approcher ni lui faire le moindre signe de reconnaissance. un autre pèlerin,
ustád ismá’íl-i-Káshí, venant de mosul, se posta sur le côté opposé du fossé
et, contemplant pendant des heures, dans une adoration extasiée, la fenêtre
de son Bien-aimé, ne réussit pas, en définitive, à cause de la faiblesse de sa
vue, à distinguer son visage. il dut retourner, sans l’avoir vu, à la grotte qui
lui tenait lieu d’habitation sur le mont Carmel ; cette scène émut jusqu’aux
larmes la sainte famille qui assistait de loin, avec anxiété, à l’anéantissement
de son espoir.5

ustád ismá’íl était l’oncle maternel d’áqá h∆usayn-i-áshchí. C’était un
entrepreneur en bâtiment qui avait servi farrukh Khán-i-Ghaffárí, l’amínu’d-
dawlih* de Káshán, l’un des premiers ambassadeurs jamais appointés par le
gouvernement persan auprès d’une cour européenne, qui avait négocié et
signé avec la Grande-Bretagne le traité de Paris en 1856.

áqá h∆usayn se souvient de l’arrivée de son oncle et des mois qui suivirent :

« arrivant de mosul et ne pouvant arriver (en présence de Bahá’u’lláh) il alla
s’installer chez Khalíl mans∂úr, le dinandier de Káshán (voir addenda v) qui
était le premier [bahá’í] à s’être établi à haïfa. là, il s’occupa des pèlerins qui
arrivaient de toutes les directions. suivant les instructions qu’il recevait
d’acre et grâce à des intermédiaires secrets, il faisait un rapport sur la
situation de chaque pèlerin. ensuite, ils suivaient les instructions reçues.
Khalíl mans∂úr venait parfois à acre pour vendre de la dinanderie, disait
comment se portaient les pèlerins et prenait des lettres qu’il postait depuis
haïfa.

áqá h∆usayn était avec Bahá’u’lláh lorsque son oncle vint se placer au point
d’où l’on voyait la fenêtre de la prison, sans pouvoir reconnaître son
seigneur. il se souvenait à quel point lui-même sanglotait et comme
Bahá’u’lláh était gentil et bienveillant pendant qu’il parlait du
désappointement de l’entrepreneur de Káshán. à cette occasion Bahá’u’lláh
dit que bientôt, inch alláh, les portes s’ouvriraient devant les pèlerins qui
pourraient parvenir en sa présence en toute sécurité. d’après áqá h∆usayn, en
dehors de son oncle et de áqa muh∂ammad-ibráhím-i-Khalíl-i-mans∂úr,

* sous le ministère de ‘abdu’l-Bahá, un ls d’amínu’d-dawlih, mihdí Khán-i-
Ghaffárí, le vazír humáyún et qá’im-maqám, avaient servi sous nás∂iri’d-dín
sháh et avaient occupé des postes ministériels dans les premiers jours de la
constitution. à la consternation de sa famille il devint bahá’í et rendit visite à
‘abdu’l-Bahá à ramlih, alexandrie en égypte.

la vie dans la Caserne 317
deux autres personnes vivaient aussi à haïfa : áqá ‘abdu’lláh, frère de Khalíl
et Pidar-Ján-i-qazvíní.

Peu après le départ du navire transportant Bahá’u’lláh, d’alexandrie pour
haïfa, nabíl-i-a’z∂am que nous avons quitté dans une prison égyptienne, fut
libéré et banni en anatolie. de là il partit pour Chypre, donna des nouvelles
aux bahá’ís locaux et continua son chemin jusqu’à acre ; mais les
machinations des azalís l’empêchèrent de rencontrer Bahá’u’lláh. áqá
h∆usayn raconte que la première fois que nabíl arriva à acre, il fut repéré,
intercepté et traîné devant les autorités qui lui demandèrent ce qu’il faisait là.
il dit qu’il devait acheter des provisions. on ne le laissa faire aucun achat et il
fut expulsé de la ville. mais à l’extérieur de la citadelle, vers le district de
‘izzi’d-dín au nord d’acre, alors qu’il contemplait la forteresse, Bahá’u’lláh
apparut derrière les barreaux de la fenêtre et lui t signe de la main qu’il
l’avait reconnu. le même jour une prière fut révélée en son honneur par la
Plume suprême. nabíl passa ensuite son temps à parcourir le mont Carmel et
la Galilée, résidant alternativement à haïfa et à nazareth. le Gardien de la foi
bahá’íe mentionne qu’il vécut aussi quelque temps à hébron. Puis il fut
appelé à acre et resta quatre-vingt-un jours dans la citadelle.

áqá muh∂ammad-i-‘alíy-i-qá’iní établit aussi sa résidence à nazareth. à une
époque, il avait été le con dent de l’émir de qá’inát dans la province du
Khorasan et il allait souvent à Téhéran. il y rencontra Bahá’u’lláh et ils se
lièrent d’amitié.

dès qu’il apprit la revendication de Bahá’u’lláh, sans hésitation il lui jura
délité et il attira beaucoup de gens importants à cette foi qu’il avait
embrassée avec tant d’ardeur et de zèle. étant devenu très connu comme bábí
il dut quitter son pays natal et se dirigea vers la ville prison. il put s’y trouver
en présence de Bahá’u’lláh et, par la suite, il s’installa à nazareth où il guida
dans sa recherche un jeune chrétien nommé ‘abdu’lláh effendi maríní qui
devint bahá’í. Cet ‘abdu’lláh effendi, selon áqá h∆usayn, accéda à des postes
gouvernementaux importants. il compila un livre de références tirées des
écritures juives et chrétiennes sur l’avènement de Bahá’u’lláh. mais pendant
le ministère de ‘abdu’l-Bahá (la Plus-Grande-Branche), il céda à une
malversation, très courante hélas parmi les fonctionnaires, qui t beaucoup de
peine à ‘abdu’l-Bahá. s’en rendant compte, ‘abdu’lláh effendi ne put
supporter sa disgrâce et se suicida.

dans la Gloire du Père

áshchí raconte aussi qu’un jour áqá muh∂ammad-‘alíy-i-qá’iní dit à la Plus-
Grande-Branche qu’il voulait devenir son partenaire en affaires et qu’il avait
besoin qu’on lui prête sept petites piastres. avec ce capital il acheta quelques
bobines de coton et des paquets d’aiguilles et se t colporteur dans nazareth et
les environs. il avait été un homme important, qui avait connu le grand luxe
au service de l’émir de qá’inát, mais il était maintenant heureux d’être un
pauvre colporteur parce qu’il vivait près de son seigneur et qu’il pratiquait
un commerce.

il en était de même avec l’oncle d’áqá h∆usayn áshchí, l’entrepreneur, qui
avait connu la prospérité comme employé d’amínu’d-dawlih. lui aussi était
devenu colporteur, allant ici et là avec un plateau de petits objets et habitant
dans une grotte sur le mont Carmel.

33.

l’histoire de badí‘

C’esT depuis la Plus Grande Prison d’andrinople et, plus tard, depuis acre,
que, dans une série d’épîtres, Bahá’u’lláh interpelle les dirigeants du monde.
il leur annonce sa mission et les appelle à servir la cause de la paix, de la
justice et de la droiture. le ton majestueux de ses conseils et de ses
admonitions révélés dans ces épîtres ne peut que retenir l’attention de tout
étudiant de la religion bahá’íe.

voilà un prisonnier, jugé et condamné à tort par une conspiration de tyrans,
qui se dresse face à une assemblée de souverains, face à l’ensemble de
l’humanité. il examine les valeurs de la société humaine, les juge et, avec
assurance, lance un défi audacieux, non seulement à ses oppresseurs, non
seulement aux ombres éphémères d’un pouvoir terrestre, mais plus
particulièrement à ces obscures passions, ces sombres motivations et ces
ténébreuses imaginations qui osent se placer entre l’homme et le but que lui
a destiné son Créateur. on découvre ici que cet exilé, rejeté, trahi, incarcéré
et réprouvé est le vrai et seul juge : le roi de Gloire.
Jamais, depuis le commencement du monde, affirme Bahá’u’lláh, le message
n’a été proclamé aussi ouvertement. Chacune d’entre elles, écrit-il, faisant
spécialement allusion aux tablettes qu’il adressa aux souverains de la terre -
tablettes que ‘abdu’l-Bahá célébra comme un « miracle », est désignée par
un nom particulier. la première fut appelée le Grondement, la seconde le
souffle, la troisième l’inévitable, la quatrième la Plaine, la cinquième la
Catastrophe, et les autres, le son assourdissant de la Trompette, l’evénement
proche, la grande Terreur, la Trompette, le Clairon et ainsi de suite, de sorte
que tous les peuples de la terre peuvent savoir avec certitude, et être témoins,
avec leurs yeux de chair et ceux de l‘âme que celui qui est le seigneur des
noms a dominé et continuera à dominer, en toutes circonstances, sur tous les
humains.1

l’une des premières de ces importantes épîtres est adressée à nás∂iri’d-dín
sháh.

elle fut révélée à andrinople mais il fallut attendre plusieurs années avant
qu’elle soit délivrée à son destinataire. l’histoire du porteur de cette épître,
comment il l’amena à Téhéran et ce qui lui advint après qu’il eut délivré sa
missive est poi-

dans la Gloire du Père

gnante, émouvante et épouvantable en même temps. la voici, accompagnée
d’extraits de cette épître traduits de la version anglaise écrite par shoghi
effendi.

mullá muh∂ammad-i-zarandí, nabíl-i-a’z∂am, passa au cours de ses voyages
(avant l’épisode égyptien, son emprisonnement à alexandrie et son séjour en
Terre sainte) par níshábúr (ou níshápúr) dans la province du Khorassan.
C’est là qu’il rencontra h∆ájí ‘abdu’l-majíd-i-shálfurúsh (le marchand de
châles), commerçant de renom, survivant de shaykh ∏abarsí et, comme le
dit nabíl, « une vieille connaissance ». h∆ájí ‘abdu’l-majíd l’accueillit chez
lui où nabíl rencontra shaykh muh∂ammad-i-ma’múrí, l’oncle du martyr
shaykh ah∂mad-i-Khurásání, occupé à recopier des tablettes de Bahá’u’lláh.
à sa grande surprise, nabíl vit que h∆ájí
‘abdu’l-majíd s’occupait personnellement de tout. il lui demanda s’il n’avait
pas un fils assez grand pour l’aider. h∆ájí ‘abdu’l-majíd répondit qu’il en
avait un mais qui refusait de lui obéir. Ce fils, áqá Buzurg était un adolescent
indocile qui menait une vie excentrique et ne s’intéressait pas du tout aux
préoccupations de son père.

en un mot, il faisait le désespoir de sa famille. laissons nabíl nous conter la
suite de l’histoire :

Je dis : « envoyez-le chercher, je désire le voir. » il vint. Je découvris un
grand jeune homme tout dégingandé qui, plutôt que des perfections
physiques, possédait un cœur simple ; je dis à son père d’en faire mon hôte
et de confier son sort à dieu… Puis je mentionnais des choses très
émouvantes qui auraient fait fondre un cœur de pierre » ici, nabíl cite
quelques vers tirés d’un long poème de Bahá’u’lláh, Qas∂ídiy-i-’izz-i-
Varqá’íyyih qu’il composa à sulaymáníyyih et dans lesquels il parle de ses
souffrances et de ses mésaventures.

en entendant ces sujets divins, le visage du jeune homme rougit, ses yeux
s’emplirent de larmes et il commença à se lamenter bruyamment. Je calmais
son agitation, mais pendant toute la nuit, son enthousiasme et son ardeur
nous gardèrent éveillés shaykh muh∂ammad et moi. nous lûmes et récitâmes
des versets des écrits saints jusqu’au lever du jour. au matin, alors qu’il
préparait le samovar pour le thé et qu’il sortait chercher du lait, son père dit :
« Je n’avais jamais entendu mon fils sangloter. Je croyais que rien ne pouvait
l’émouvoir. quel sort lui a-t-on jeté pour que ses larmes coulent, qu’il
gémisse et qu’il soit enflammé par l’amour de dieu ? » Je répondis : « il ne
se contrôle plus ; laissez-le. » son père répondit : « Cette manière de
s’oublier soi-même, c’est exactement ce que je désirais. s’il reste ferme dans
la cause de dieu je me ferai son serviteur. »
l’hisToire de Badí‘ 321

áqá buzurg-i-níshápúrí, badí‘

dans la Gloire du Père

áqá Buzurg insistait pour m’accompagner à mashhad mais son père dit : «
J’ai fait venir shaykh muh∂ammad exprès pour qu’il soit son tuteur, afin
qu’il apprenne rapidement à lire et à écrire, qu’il étudie le kitáb-i-Íqán et en
fasse une copie. qu’il réalise cela et alors je lui fournirai un cheval et les frais
du voyage. »

à la suite de mon départ du Khorassan et de mon arrivée à Téhéran, shaykh
fání*
arriva à níshábúr où il fit savoir qu’il était en route pour Bandar-abbás, puis
pour Bagdad et enfin pour le Pays du mystère (andrinople). on l’avait
autorisé à se faire accompagner d’une personne. Jináb-i-abá-Badí‘ (le Père
de Badí‘) donna à son cher fils cheval et argent afin qu’il me rattrappe à
Bagdad et que nous puissions voyager ensemble vers la demeure du Bien-
aimé.

Badí‘ accompagna le shaykh jusqu’à yazd où ils se séparèrent. lui ayant
donné tout ce qu’il possédait, seul et à pied, Badí‘ marcha jusqu’à dáru’s-
salám (la demeure de la paix), Bagdad.

après l’arrivée de Badí‘ à Bagdad, áqá ‘abdu’r-rasúl fut martyrisé et Badí‘ le
remplaça servant à boire aux compagnons en portant sur ses épaules l’outre
d’eau d’áqá

‘abdu’r-rasúl. quand les compagnons furent arrêtés et envoyés à mosul, ce
jeune homme enflammé, bien que souffrant de plusieurs blessures infligées
par des voyous, prit la route de mosul, atteignit cette ville avant les captifs et
il continua à leur porter de l’eau. Plus tard, il partit vers la Terre sainte et
atteignit la présence de la Beauté abhá.2

le jour vint dans la vie de ce jeune homme de dix-sept ans où il sentit le
besoin de se tourner vers Bahá’u’lláh. il marcha, marcha depuis mosul
jusqu’à la méditerranée, jusqu’au pied de la citadelle d’acre où il savait que
son seigneur était incarcéré.

il arriva à acre au début de 1869 et, portant toujours la défroque d’un porteur
d’eau, il n’eut aucun mal à tromper la vigilance des gardes aux portes de la
ville.

mais une fois à l’intérieur, il se sentit perdu car, s’il n’avait aucune idée de la
manière dont il pourrait contacter ses coreligionnaires, il ne pouvait pas non
plus demander son chemin au risque de se trahir. ne sachant que faire il se
dirigea vers une mosquée afin d’y prier. dans la soirée, un groupe de Persans
entra dans la mosquée et, ravi, Badí‘ reconnut ‘abdu’l-Bahá parmi eux. il
écrivit quelques mots sur un bout de papier qu’il put donner subrepticement
à ‘abdu’l-Bahá. dans la nuit ; on s’arrangea pour le faire entrer dans la
citadelle et rencontrer Bahá’u’lláh.
* une source l’identifie comme shaykh ah∂mad-i-Khurásání qui fut martyrisé
à Tabríz.

l’hisToire de Badí‘ 323

Badí‘ eut l’honneur de deux entrevues avec Bahá’u’lláh. à chaque fois
Bahá’u’lláh fit des allusions à l’épître qu’il avait déjà révélée, adressée à
nás∂iri’d-dín sháh, épître qui commence ainsi :

ô roi terrestre ! entends l’appel de ce vassal : en vérité, je suis un serviteur
qui croit en dieu et en ses signes et je me suis sacrifié en son chemin. les
malheurs qui m’affligent, qu’aucun homme n’a jamais supportés, en portent
témoignage. mon seigneur l’omniscient témoigne de la vérité de mes
paroles. Je n’ai fait qu’appeler les hommes à dieu, ton seigneur et le seigneur
des mondes, et par amour de lui j’ai enduré des afflictions que la création
n’avait jamais vues. 3

nombreux avaient été les hommes, des vétérans, qui avaient souhaité avoir
l’honneur de se voir confier cette épître, mais Bahá’u’lláh n’avait pris
aucune décision et attendait. il attendit longtemps, jusqu’à ce que ce jeune
homme triste, fatigué, qui venait recevoir le don d’une seconde naissance
atteigne les portes d’acre et entre dans la citadelle. au cours de ces deux
entrevues áqá Buzurg du Khorassan rencontra son seigneur face à face et
devint Badí‘, le merveilleux.

Bahá’u’lláh écrivit qu’en lui avait été insufflé l’esprit de puissance et de
force. 4

nous savons que c’est à lui que fut donné la mission que d’autres, plus vieux,
plus chevronnés, plus expérimentés que lui avaient espéré accomplir ; nous
savons que Badí‘ demanda d’avoir l’honneur de porter l’épître au chah et
que cela lui fut accordé. sortir d’acre en portant cette épître aurait pu être
dangereux et Badí‘ reçut pour instruction d’aller attendre à haïfa, puis, au
cours de son voyage vers la Perse de rester seul et de ne contacter aucun
croyant.

h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí a écrit dans son ouvrage Bihjatu’s-s∆udúr ce qu’il
avait entendu de la bouche de h∆ájí sháh-muh∂ammad-i-amín :
on me donna une boîte longue d’un empan et demi et l’on me dit de la lui
[Badí‘]

donner à haïfa, accompagnée de quelque argent. Je ne savais pas ce qui était
dans la boîte. en le retrouvant à haïfa je lui fis part de la bonne nouvelle
qu’une faveur lui avait été accordée que j’avais été chargé de lui remettre.
nous nous rencontrâmes à l’extérieur de la ville, sur le mont Carmel, et je lui
remis la boîte. il la prit à deux mains, l’embrassa puis se prosterna. Je lui
remis aussi une enveloppe scellée à son nom. il s’éloigna de vingt ou trente
pas et, se tournant vers la prison de Bahá’u’lláh,

dans la Gloire du Père

s’assit et la lut. il se prosterna de nouveau, le visage joyeux, radieux,
extatique. Je lui demandai si je pouvais avoir l’honneur de lire, moi aussi,
l’épître qu’il venait de recevoir mais il répliqua : « il n’est plus temps. » Je
compris que c’était un sujet dont on ne pouvait parler. qu’était-ce ? Je
n’avais aucune idée de ce qui se passait ni de l’importance de la tâche qui lui
avait été confiée.

Je lui dis : « viens à haïfa, je dois te remettre une somme d’argent. » il
répliqua :

« Je ne viens pas en ville avec toi. va chercher l’argent et reviens. » Ce que
je fis, mais à mon retour je ne pus le trouver nulle part ; il était déjà parti.
J’écrivis à Beyrouth pour qu’on lui donne l’argent là-bas, mais personne ne
le vit. ensuite, je n’eus plus de nouvelles jusqu’à ce que j’entende parler de
son martyre à Téhéran. Je compris alors que cette boîte contenait la lawh∂-i-
Sulπán et que dans l’enveloppe se trouvait une épître prédisant le martyre de
cette essence de fermeté et de constance.5

dans l’un des suppléments à a traveller’s narrative ( récit d’un voyageur),
edward Granville Browne a traduit les mots adressés au porteur (Badí‘) de
l’épître à nás∂iri’d-dín sháh. Ce texte, ainsi que le texte de l’épître ont été
obtenus par les membres du consulat de russie en Perse et envoyés à saint-
Pétersbourg où ils furent déposés dans la collection de l’institut des langues
orientales par le directeur, Gamazov. le baron rosen avait envoyé à Browne
une copie du catalogue de cette collection dans lequel cette épître est bien
décrite. voici les paroles que Bahá’u’lláh adressa à Badí‘ :

il est dieu, le Suprême.

nous demandons à dieu d’envoyer un de ses serviteurs, de le détacher de
toute contingence et d’orner son cœur de force et de calme afin qu’il aide son
seigneur parmi les créatures. et, lorsqu’il aura pris conscience de ce qui fut
révélé pour sa majesté le roi, qu’il se lève et prenne cette épître avec la
permission de son seigneur, le Puissant, le Généreux, puis qu’il aille
rapidement jusqu’à la demeure du roi. lorsqu’il sera arrivé près du palais,
qu’il s’installe dans une auberge et qu’il ne parle à personne jusqu’au jour où
il se tiendra sur le passage [du roi]. lorsque paraîtront les messagers royaux,
qu’il offre l’épître avec la plus grande humilité et la plus sincère courtoisie,
disant :

« elle est envoyée de la part du Prisonnier » il doit être alors dans un tel état
que si le roi décrétait sa mise à mort, il n’en serait pas troublé en lui-même et
qu’il se précipite-rait vers le lieu du sacrifice en criant : « ô seigneur, loué
sois-tu car tu m’as permis d’aider ta religion et tu as ordonné pour moi le
martyre en ton sentier ! Par ta gloire, je

l’hisToire de Badí‘ 325

n’échangerais pas cette coupe contre toutes les coupes du monde, car tu n’as
rien ordonné d’équivalent à cela, et Kawthar et salsabíl* ne peuvent rivaliser
avec ! » mais s’il [le roi] le laisse aller et n’intervient pas contre lui, qu’il
dise : « loué sois-tu ô seigneur des mondes ! Ton bon plaisir et ce que tu
m’as destiné en ton sentier me comblent, bien que j’ai désiré que la terre soit
teinte de mon sang par amour pour toi. mais ton désir est ce qui est bien pour
moi car tu sais ce qui est en mon âme alors que j’ignore ce qui est dans la
tienne. Tu es l’omniscient, l’informé. » 6

h∆ájí sháh-muh∂ammad-i-amín continuait ainsi : « le défunt h∆ájí ‘alí, frère
de h∆ájí ah∂mad de Port-saïd avait l’habitude de raconter : « entre
Trébizonde et Tabriz je voyageais en compagnie de Bádí' pendant quelques
étapes. il était joyeux, rieur, plein de gratitude et d'endurance. Tout ce que je
savais c’est qu’il avait rencontré Bahá’u’lláh et qu’il retournait chez lui au
Khorassan. Je remarquais que, régulièrement, environ tous les cent pas, il
quittait la route et, se tournant vers acre, il se prosternait et l’on pouvait
l’entendre dire : « ô dieu, ce que tu m’as accor-

* le nom de deux rivières du paradis.

Muh∂ammad-Válí khán-i-tunukábuní, nas∂ru’s-Salπanih

Sipahdár-i-a’z∂am, puis Sipahsálár-i-a’z∂am

dans la Gloire du Père

le récit du martyre de badí‘, par Muh∂ammad-Valí khán, Sipahdár-i-a’z∂am.
on voit le début de ce récit écrit dans la marge de l’édition persane de les
leçons de saint-Jean-d’acre.

l’hisToire de Badí‘ 327

dé par ta générosité, ne le reprends pas par ta justice… accorde-moi plutôt la
force de le protéger. »

solitaire, Badí‘ avançait laborieusement à travers les déserts et les montagnes
et pendant quatre mois il ne chercha jamais à avoir de compagnon et ne
choisit personne avec qui partager amicalement son secret. son père ignorait
son retour. à Téhéran, comme Bahá’u’lláh le lui avait demandé, Badí‘ ne
rechercha pas ses amis bahá’ís mais passa trois jours à jeûner pendant qu’il
s’assurait de l’emplacement du campement d’été du chah. Puis il s’y dirigea
et, assis au sommet d’un rocher il y resta tout le jour afin d’être remarqué et
amené auprès du chah. le moment vint où le chah partit pour une chasse.
Badí‘ s’approcha calmement et s’adressa au monarque avec respect : « ô roi,
je viens vers toi depuis saba, porteur d’un puissant message ! » 4 nás∂iri’d-
dín sháh fut peut-être interloqué, mais le ton assuré du jeune homme lui avait
sans doute fait comprendre que ce message venait de Bahá’u’lláh. selon
shoghi effendi : « le souverain ordonna alors de lui prendre la tablette et de
la remettre aux mujtahids de Téhéran, en leur commandant de répondre à
cette épître, ordre qu’ils négligèrent d’exécuter, conseillant de mettre plutôt
le messager à mort. Plus tard, le chah envoya cette tablette à l’ambassadeur
de Perse à Constantinople, espérant que sa lecture aviverait davantage
encore l’animosité des ministres du sultan. » 4

nous savons que Badí‘ fut torturé et qu’il resta, jusqu’à la fin, calme et
inébranlable. nous savons que pendant les trois années qui suivirent, la
plume de Bahá’u’lláh loua sa valeur et sa constance. nous savons aussi qu’il
reçut le titre de fakhru’sh-shuhadá’, l’orgueil des martyrs et que Bahá’u’lláh
faisait référence à son « sacrifice sublime » en l’appelant « le sel de mes
Tablettes ». mais ce sont les voies de la providence qui, étrangement,
mettront en lumière toute l’histoire des derniers jours de Badí‘, de son
supplice et de son immolation. C’est une histoire horrible, mais très
émouvante, une histoire dont chaque bahá’í peut être fier.

l’abominable cruauté qu’on y découvre, nous rend malade, mais l’intégrité
inflexible, la foi indomptable et le courage invincible de ce merveilleux
jeune homme anoblissent l’âme du lecteur.

Pour comprendre comment tout arriva, comment la providence intervint, il
nous faut avancer rapidement le long des années, plus de quarante ans en
avant, pour arriver en 1913.

dans la Gloire du Père
au début de 1913, muh∂ammad-valí Khán-i-Tunukábuní, nas∂ru’s-salt∂anih
et aussi sipahdár-i-a’z∂am (plus tard sipahsálár-i-a’z∂am) était à Paris.
Tunukábun, la ville natale de ce grand seigneur persan, dont il fut
gouverneur pendant longtemps, est dans la province du mazandéran. núr,
Kujúr et Tákur où vivaient les ancêtres de Bahá’u’lláh, appartiennent aussi à
cette luxuriante province caspienne.

sipahdár-i-a’z∂am était un des deux leaders nationalistes qui, en 1909,
marchèrent sur Téhéran à la tête de leurs hommes, afin de restaurer la
Constitution que muh∂ammad-’alí sháh avait supprimée sur un coup de tête.
il arriva sur la capitale par le nord, pendant que l’autre leader, le chef
bakhtíyárí h∆ájí ‘alí-qulí Khán, le sardár-i-as’ad arrivait par le sud.

lorsque muh∂ammad-’alí sháh fit son coup d’état en juin 1908, soutenu par
les russes et qu’il envoya sa brigade cosaque dirigée par le colonel liakhoff
pour dévaster le Baháristán (le Parlement) et arrêter les députés qui avaient
encouru sa colère, non seulement sipahdár-i-a’z∂am ne lança pas de défi à
l’autocratie du chah, mais il le soutint activement et commanda les forces
royales qui investirent la ville de Tabriz qui s’était révoltée. mais il perdit
très vite ses illusions et peu à peu se trouva dans les rangs de l’opposition à
muh∂ammad-’alí sháh. à rasht, il devint membre du Conseil révolutionnaire
et c’est de là qu’il organisa sa marche vers Téhéran.

Pendant ce temps, la puissante tribu bakhtíyárí et quelques autres dissidents
se déclarèrent partisans de la Constitution et h∆ájí ‘alí-qulí Khán le sardár-i-
as’ad, dont le père était mort dans les geôles du tristement célèbre z∆illu’s-
sulπán*, revint rapidement d’europe afin de seconder son frère aîné,
s∆amsámu’s-salπanih, qui venait de prendre possession d’ispahan.

les représentants officiels russes, en accord avec leurs collègues
britanniques, tentèrent de dissuader sipahdár-i-a’z∂am et sardár-i-as’ad de
continuer leurs plans.

ils échouèrent et les forces nationalistes occupèrent Téhéran à la mi-juillet,
muh∂ammad-’alí sháh se réfugia dans la légation russe et fut déposé. son fils
aîné, sult∂án-ah∂mad mírzá, 12 ans, fut placé sur le trône, secondé d’un
régent : le vénérable ‘ad∂udu’l-mulk, chef des notables qájár. sipahdár-i-
a’z∂am devint le premier
* mas’úd mírzá, le z∆illu’s-sulπán, était l’aîné des fils survivants de
nás∂iri’d-dín sháh, qui ne pouvait prétendre au trône parce que sa mère
n’était pas de famille royale. il en devint acariâtre et manigançait
constamment pour obtenir ce trône qu’il considérait comme sien.

l’hisToire de Badí‘ 329

badí‘, pendant qu’on le torture

Premier ministre d’un régime constitutionnel restauré. mais en dépit du
service évident qu’il avait rendu à la cause constitutionnelle, il fut toujours
suspecté d’être au fond un réactionnaire, avec des sympathies pour l’ex-chah
et les manigances russes. en réalité, il était au-dessus de cela, autoritaire,
grand seigneur, sans une once de démagogie. en été 1911, alors que
sipahdár-i-a’z∂am était de nouveau Premier ministre, muh∂ammad-’alí sháh
tenta en vain de regagner son trône et son ministre fut contraint de
démissionner. on pensait qu’il n’agirait pas assez vite ni avec suffisamment
d’énergie pour contrarier les projets de l’ex-chah. il affirma être venu en
france pour des raisons médicales, en 1913. quoi qu’il en soit, il était à Paris
en mars, alors que ‘abdu’l-Bahá visitait la capitale française. à ce moment-là,
ou peut-être avant, mme laura dreyfus-Barney lui avait présenté un
exemplaire de l’édition persane du livre de ‘abdu’l-Bahá, les leçons de St-
Jean-d’acre. un jour, alors que sipahdár-i-a’z∂am y lisait l’histoire de Badí‘,
il se sou-

dans la Gloire du Père

vint d’un incident de sa jeunesse et l’écrivit dans la marge. et voici ce qu’il
écrivit* :

le 6 rabí’u’l-avval 1331

26 février 1913 ad

Paris, hôtel d’albe, avenue des Champs élysées

Cette année-là, lorsque cette lettre (l’épître de Bahá’u’lláh) fut envoyée, le
messager arriva auprès du chah qui était dans sa résidence d’été de lár, et
voici le récit complet de ce qu’il advint.

le défunt chah nás∂iri’d-dín aimait beaucoup les résidences d’été de lár, núr
et Kujúr. il ordonna à mon père sá’idu’d-dawlih, le sardár et moi-même
(j’étais alors un jeune homme avec le rang de sarhang : colonel) de partir
pour Kujúr et d’y trouver des provisions et des victuailles pour le camp
royal. « J’arriverai à la résidence de lár puis de là j’irai à Baladih de núr puis
à Kujúr », dit-il. Ces résidences sont voisines et contiguës. mon père et moi
étions dans les environs de manjíl-Kujúr lorsque nous apprîmes que le chah
était arrivé à lár et que là, il avait fait mettre quelqu’un à mort par strangu-
lation. Puis la rumeur dit que cet homme [qui avait été mis à mort] était un
messager des bábís. à cette époque-là nul n’avait entendu le mot « bahá’í ».
Tout le monde se réjouit d’apprendre la mort du messager. Puis le chah vint
à Baladih de núr. mon père et moi nous y rendîmes pour le saluer. Près du
village de Baladih où coule une grande rivière, on avait élevé la tente du
chah mais il n’était pas encore arrivé. Káz∂im Khán-i-Turk, le farrásh-Báshí
du chah, avait apporté les premiers bagages. nous voulions passer par là et
mon père, qui avait le rang de mír-Panj [général] et n’avait pas encore reçu
le titre de sá’idu’d-dawlih, connaissait ce farrásh-Báshí. « allons lui rendre
visite » me dit-il. nous poussâmes nos montures jusqu’à sa tente puis mîmes
pied à terre. Káz∂im Khán, en grande pompe, était assis dans la tente où
nous entrâmes. il reçut mon père avec respect et fit preuve de grande
gentillesse envers moi. nous nous assîmes et on servit le thé. on parla du
voyage. Puis mon père demanda : « votre honneur le farrásh-Báshí, qui était
ce bábí et comment fut-il mis à mort ? » il répondit : « ô mír-Panj !

laissez-moi vous conter cette histoire. Cet homme était vraiment étrange. à
safíd-áb-i-lár, le chah prit sa monture pour aller chasser et il se trouve que je
ne l’avais pas suivi.

soudain je vis deux cavaliers galoper vers moi. le chah me demandait.
Bondissant sur mon cheval je vins vers le chah qui me dit qu’un bábí avait
apporté une lettre. « J’ai ordonné son arrestation, dit le chah, et il est
maintenant entre les mains du Kishikchí-

*traduction anglaise du persan par l’auteur.

l’hisToire de Badí‘ 331

Báshí [le chef des sentinelles]. allez le chercher et amenez-le au farrásh-
Khánih.

Commencez doucement mais, sans résultats, utilisez tous les moyens pour le
forcer à avouer et à dire qui sont ses amis et où nous pouvons les trouver -
jusqu’à ce que je revienne de la chasse ». J’allais le chercher chez le
Kishikchí-Báshí et l’emmenais bras liés. mais apprenez ceci de la sagacité et
de la vivacité d’esprit du chah. Cet homme était à pied dans la plaine et dès
qu’il leva son papier en disant qu’il avait une lettre à remettre, le chah
compris qu’il devait être un bábí et ordonna qu’on l’arrête et qu’on trouve
toute lettre qu’il pourrait porter. il fut donc arrêté et on trouva dans sa poche
la lettre qu’il n’avait encore donnée à personne. Je fis venir ce messager et
lui parlais calmement et gentiment : « raconte-moi tout. qui t’a donné cette
lettre ? d’où l’amènes-tu ? depuis combien de temps l’as-tu sur toi ? qui sont
tes compagnons ? » il répondit :

« Cette lettre me fut remise à acre par h∆adrat-i-Bahá’u’lláh*. il me dit : «
Tu iras en Perse, seul, et d’une manière ou d’une autre tu remettras cette
lettre au chah. mais tu risques de mettre ta vie en danger. si tu l’acceptes,
pars. sinon, j’enverrai un autre messager. » J’ai accepté la mission. Je suis
parti depuis trois mois. J’ai cherché l’occasion de remettre cette lettre en
main propre au chah et de la porter à son attention. et grâce à dieu,
aujourd’hui j’ai réussi ma mission. si tu veux trouver des bahá’ís, il y en a
beaucoup en Perse mais si tu veux mes compagnons, je suis venu seul. »
J’insistais pour qu’il me donne le nom de ses compagnons, et le nom des
bahá’ís de Perse et surtout de Téhéran mais il persista dans son refus : « Je
n’ai pas de compagnons et je ne connais aucun bahá’í en Perse. » Je lui fis
une promesse : « si tu me donnes ces noms, j’obtiendrai du chah ta libération
et t’éviterai la mort. » il répondit : « Être mis à mort est mon plus cher désir.
Crois-tu me faire peur ? » J’ordonnais alors la bastonnade et les farráshes
commencèrent à le bastonner, six à la fois. aussi fort qu’on puisse le battre, il
ne cria jamais ni n’implora. voyant cela, j’ordonnais qu’on le délivrât et le fit
asseoir près de moi, lui disant de nouveau : « donne-moi le nom de tes
compagnons. » il ne répondis pas et éclata de rire. apparemment la
bastonnade ne l’avait pas blessé du tout.

Cela me mit en colère. J’ordonnai qu’on apporte des fers à marquer et un
brasero allumé. Pendant qu’on préparait le brasero, je lui dis : « allez, dis la
vérité, sinon je te fais marquer au fer rouge. » et je remarquais que son rire
ne faisait qu’augmenter. Je le fis bastonner une seconde fois au point que les
farráshes étaient fatigués. J’étais fatigué aussi. alors je le fis détacher et
emmener dans une autre tente, puis je dis aux farráshes qu’ils fassent le
nécessaire avec les fers rouges pour obtenir sa confession. ils appliquè-rent
plusieurs fois des fers rouges sur son dos et sa poitrine. J’entendais le
sifflement de la chair brûlée et je pouvais aussi la sentir. mais nous ne pûmes
rien en tirer. au cou-

* sa sainteté Bahá’u’lláh.

dans la Gloire du Père

Fin du récit du martyre de badí‘ par Sipahdár-i-a’z∂am, commen-çant à la
phrase « Madame dreyfus m’a envoyé ce livre… »

l’hisToire de Badí‘ 333

cher du soleil, le chah revint de la chasse et me fit appeler. Je lui fis un
rapport sur tout ce qui s’était passé. le chah insista pour que je le fasse parler
avant de le tuer. Je repartis et lui fis appliquer de nouveau les fers au feu.
sous le choc du métal rougi, il écla-tait de rire. J’allais jusqu’à consentir à ce
qu’il dise qu’il avait apporté une supplique et de ne pas parler de lettre, mais
il refusa aussi cela. alors, perdant mon sang-froid, j’ordonnai d’apporter une
planche. un farrásh qui maniait une masse utilisée pour chasser les chevilles
métalliques, plaça la tête de cet homme sur la planche et se tint au-dessus, la
masse levée. Je lui dis : « si tu donnes le nom de tes compagnons, tu seras
libéré, sinon, je vais donner l’ordre qu’on abatte cette masse sur ta tête. » il
recommença à rire et à remercier le ciel pour avoir atteint son but. Je
proposais de ne parler que de supplique et non de lettre, mais il refusa
encore. et tous ces fers rouges qui avaient brûlé sa chair ne lui avaient causé
nulle souffrance. alors, finalement, je fis signe au farrásh qui abattit sa masse
sur la tête de l’homme. son crâne éclata et son cerveau jaillit par ses narines.
Puis j’allais faire mon rapport au chah. »

« Kázim Khán-i-farrash-Báshí était déconcerté par l’attitude et l’endurance
de cet homme, surpris que ni la bastonnade ni les fers rouges n’aient eu
d’effet sur lui et ne lui aient causé aucune souffrance. il continua : « a la
suite de mon rapport le chah me récompensa d’un sardárí [un vêtement de
dessus] qui lui appartenait. le corps fut enterré sur place, à safíd-áb et nul ne
sait où il est. » mais les bahá’ís ont depuis découvert l’endroit et c’est pour
eux un lieu de pèlerinage.

J’ai entendu ces paroles de Kázim Khán-i-farrash-Báshí de mes propres
oreilles. il nous raconta tout. J’étais très jeune et je fus très surpris. le chah fit
envoyer la lettre à Téhéran pour que h∆ájí mullá ‘alíy-i-Kaní et d’autres
mullás la lisent et y répondent.

mais ils dirent qu’il n’y avait rien à répondre et h∆ájí mullá ‘alí écrivit à
mustawfíyu’l-mamálik, qui était alors premier ministre, de dire au chah que :
si, à dieu ne plaise, vous deviez avoir des doutes concernant l’islam et votre
foi, je prendrais les actions nécessaires pour dissiper vos doutes. sinon, de
telles lettres ne méritent pas de réponse.

la vraie réponse fut ce que vous fîtes à son porteur. il vous faut maintenant
écrire au sultan ottoman pour qu’il soit très strict avec lui et empêche toute
communication. »

C’était pendant le règne du sultan ‘abdu’l-’azíz.

le 27 rabí’u’l-avval 1331, 2 mars 1913

écrit à l’hôtel d’albe à Paris.
« Ce soir je ne peux pas dormir. mme dreyfus m’a envoyé ce livre et je ne
l’avais pas encore lu. au petit matin je l’ai ouvert et j’ai lu jusqu’au passage
concernant les épîtres aux rois et à nás∂iri’d-dín sháh. Parce que j’étais
présent au cours de ce voyage

dans la Gloire du Père

et que j’ai entendu le témoignage personnel de Kázim Khán-i-farrásh-Báshí,
je l’ai mis par écrit.

« un an et demi après, en voyage vers Kerbéla, ce Kázim Khán devint fou. le
chah le fit enchaîner et il mourut misérablement. l’année où je devins
gouverneur général d’azerbaïdjan, je rencontrais à Tabriz un de ses petit-fils
qui mendiait. « soyez attentifs, ô gens perspicaces et clairvoyants. »

muh∂ammad-valí, sipahdár-i-a’z∂am »

l’appel de Bahá’u’lláh dans l’épître au monarque qadjar résonne au-delà des
années :

ô roi ! Je n’étais qu’un homme comme un autre, endormi sur ma couche,
lorsque soudain les brises du Très-Glorieux passèrent sur moi et
m’enseignèrent la science de tout ce qui fut. Ceci ne vient pas de moi mais
de celui qui est le Tout-Puissant, l’omniscient. il m’ordonna d’élever la voix
entre la terre et le ciel et, pour cela, il m’advint ce qui fait couler les larmes
de tout homme de discernement. des sciences répandues parmi les hommes,
je ne sais rien ; leurs écoles, je ne les ai jamais fréquentées.

renseigne-toi dans la ville où j’habitais pour t’assurer que je ne mens pas.
simple feuille qu’agitent les vents de la volonté de ton seigneur, le Tout-
Puissant, le loué, puis-je rester immobile alors que soufflent les vents de la
tempête ? Par le seigneur de tous les noms et attributs, ils la déplacent
comme ils veulent. l’évanescence est inexistante face à l’éternel. son ordre
irrésistible me parvint et me fit célébrer sa louange parmi les peuples. en
vérité, quand cet ordre me parvint j’étais comme mort ; la main de la volonté
de ton seigneur, le Compatissant, le miséricordieux, me transforma. Par celui
qui révéla les mystères éternels à la Plume, qui pourrait de lui-même clamer
ce que tous les hommes, grands et petits, contesteront, sinon celui qui est
fortifié par la grâce du Tout-Puissant, du fort ?...

ô chah ! J’ai subi dans le sentier de dieu ce qu’aucun œil n’a vu et aucune
oreille entendu… nombreuses les épreuves qui ont plu et pleuvront bientôt
sur moi ! Je m’avance, le visage tourné vers le Tout-Puissant, le Très
Généreux, tandis que derrière moi rampe le serpent. mes yeux ont tant pleuré
que ma couche est trempée… mais ce n’est pas sur moi que je m’attriste. Par
dieu ! ma tête désire ardemment la lance pour l’amour de son dieu. Je ne suis
jamais passé près d’un arbre sans que mon cœur lui dise : « ô ! puisses-tu
être abattu en mon nom pour que mon corps soit sacrifié sur toi, dans le
chemin de son seigneur !…Par dieu ! la fatigue m’abat, la faim m’épuise, la
roche nue me sert de lit et les bêtes sauvages sont mes compagnons, mais je
ne me

l’hisToire de Badí‘ 335

plaindrai pas, je le supporterai patiemment comme d’autres, par le pouvoir
de dieu, l’éternel souverain, le Créateur des nations, l’ont supporté
patiemment, avec constance et fermeté. et en toutes circonstances je rendrai
grâce à dieu. nous prions pour que dans sa bonté dieu, loué soit-il, délivre, à
travers cet emprisonnement, les hommes des chaînes et des fers et leur
permette de se tourner, avec sincérité, vers la face de celui qui est le Tout-
Puissant, le Généreux. il est prêt à répondre à quiconque l’invoque et il est
proche de celui qui communie avec lui. » 8

Cette épître, vibrante de pouvoir et d’autorité, que l’indomptable Badí‘
délivra et qu’il refusa obstinément d’appeler une simple supplique était
certainement per-turbante pour ce tyran capricieux qui avait banni
Bahá’u’lláh de sa terre natale et avait envisagé son exil dans la lointaine
roumélie. il s’empressa de détruire le courageux messager. il est vrai qu’il
eut le désir de répondre à Bahá’u’lláh, mais les maîtres spirituels de
nási∂ri’d-dín sháh, h∆ájí mullá ‘alíy-i-Kaní et ses acolytes n’eurent pas
l’élégance d’accepter le défi. ils manquaient des qualités de cœur et d’esprit
qui les auraient rendus capables d’y répondre. au final, leur échec est
immense et leur infamie éternelle, alors que le souvenir de l’héroïsme de ce
jeune homme de dix-sept ans et de son sacrifice brillera d’une splendeur
inaltérable à travers les siècles.

le grand sacrifice

C’esT alors qu’arriva cette grande tragédie de la mort de la Plus-Pure-
Branche, mírzá mihdí, le plus jeune fils de Bahá’u’lláh. nommé
Ghus∂nu’lláhu’l-at∂har (la Plus-Pure-Branche) par son père, mírzá mihdí
était son second fils survivant. il avait la même mère, navvábih Khánum, que
‘abdu’l-Bahá (Ghus∂nu’lláhu’l-a’z∂am : la Plus-Grande-Branche). en 1870,
il avait vingt-deux ans. il aimait, le soir, monter sur le toit de la citadelle
pour y prier et méditer. de là on découvrait une vue superbe sur le bleu
profond de la méditerranée, avec en fond la silhouette du mont Carmel et, de
l’autre côté, la plaine d’acre qui s’étend majestueusement jusqu’au mont
hébron. un soir qu’il faisait les cent pas sur ce toit, plongé dans ses pensées,
mírzá mihdí ne remarqua pas une ouverture par laquelle il tomba à l’étage en
dessous, sur une caisse qui lui perça la poitrine. la blessure était mortelle.

áqá h∆usayn-i-áshchí se souvenait que le bruit de la chute et le bruit que
firent les compagnons en se précipitant firent sortir Bahá’u’lláh de sa
chambre. il s’inquiéta de ce qui était arrivé. la Plus-Pure-Branche expliqua
qu’il pensait toujours à compter ses pas en allant vers cette ouverture, mais
que ce soir-là il avait oublié.

on appela un médecin italien mais ses soins furent inutiles. Bien que
souffrant beaucoup, la Plus-Pure-Branche restait attentif aux visiteurs, aux
compagnons qui venaient s’asseoir près de lui, ou qui s’occupaient de ses
besoins. áqá h∆usayn se souvenait qu’il exprimait sa gêne à être obligé de
rester allongé en leur présence.

vingt-deux heures après sa chute, il expira. áqá h∆usayn entendait encore
Bahá’u’lláh se lamentant : « ô mihdí ! ô mihdí ! » il revoyait Bahá’u’lláh
demander à son fils peu avant qu’il meure : « áqá, que désires-tu, dis-le moi.
» et mírzá mihdí de répondre : « Je désire que le peuple de Bahá puisse te
rencontrer » « il en sera ainsi, lui répondit Bahá’u’lláh. dieu t’accordera ce
vœu. » il mourut le 23 juin 1870 (23 rabí‘u’l-avval 1287 de l’hégire).

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

dans la Gloire du Père

la dernière supplication qu’il adressa à un père désolé fut que sa vie puisse
être acceptée en rançon pour ceux qui n’avaient pas pu atteindre la présence
de leur Bien-aimé.

dans une prière d’une signification profonde, que Bahá’u’lláh révéla en
mémoire de son fils - prière qui élève sa mort au rang de ces grands actes de
rachat correspondant au sacrifice qu’abraham se disposait à faire de son fils,
à la crucifixion de Jésus-Christ et au martyre de l’imam h∆usayn, on lit ce
qui suit : Ô mon dieu, j’ai sacrifié ce que tu m’as donné, afin que tes
serviteurs puissent être ranimés et que tout ce qui demeure sur la terre soit
uni, et encore ces paroles prophétiques, adressées à son fils martyr : tu es le
dépôt de dieu et son trésor en ce pays. bientôt, dieu révélera, par toi, ce qu’il
a désiré. 1

áqá h∂usayn raconte encore que shaykh mah∂múd, dont nous dirons bientôt
la merveilleuse histoire, demanda à la Plus-Grande-Branche l’honneur de
laver et de couvrir de son linceul le corps de la Plus-Pure-Branche afin que
les gardes ne posent pas leurs mains sur ce qui est sacré. on dressa une tente
dans la cour, sous laquelle on coucha le corps de mírzá mihdí et, avec l’aide
de quelques compagnons (dont áshchí lui-même) qui portèrent de l’eau et
d’autres accessoires, shaykh mah∂múd prépara le corps du fils martyr de
Bahá’u’lláh pour son enterrement. la Plus-Grande-Branche, affligé par le
décès de son frère bien-aimé, le visage marqué de douleur, faisait les cent
pas à l’extérieur de la tente en surveillant.

áqá rid∂á indique que les notables d’acre se joignirent au cortège funèbre. le
Gardien de la foi bahá’íe écrit encore :

lorsque, en présence de Bahá’u’lláh, fut terminée la toilette de celui qui avait
été créé de la lumière de bahá, dont la douceur fut attestée par la plume
suprême de Bahá’u’lláh, et dont les mystères de l’ascension furent
mentionnés par cette même plume, celui-là fut transporté, sous l’escorte des
gardes de la forteresse, et enterré au-delà des murs de la cité, en un lieu
contigu au tombeau de nabí sálih. soixante-dix ans plus tard, ses restes
devaient être transférés, en même temps que ceux de son illustre mère, sur
les pentes du mont Carmel, à proximité de la tombe de sa sœur, et sous
l’ombre du saint sépulcre du Báb.7

Pendant les quelques années de sa vie d’adulte, mírzá mihdí avait servi à son
père de secrétaire et l’on possède des épîtres de Bahá’u’lláh écrites de sa
belle écriture. selon le témoignage d’áqá rid∂á qui l’avait vu grandir de la
jeunesse à l’âge

le Grand saCrifiCe 339

Mírzá Mihdí, ghus∂nu’lláhu’l-aπhar, la plus-pure-branche

dans la Gloire du Père
adulte, il était une force parmi les compagnons et, depuis le jour où ils
quittèrent Bagdad jusqu’à la fin tragique de sa courte vie pure et sans tache,
il participait à leurs réunions, leur lisait ce qui avait coulé de la Plume
suprême, leur enseignait des leçons de courtoisie et de patience, de dignité et
de soumission radieuse à la volonté divine.

les portes s’ouvrent

quaTre mois après le décès de la Plus-Pure-Branche, le jour arriva enfin où
un mouvement de troupes dans l’empire ottoman obligea les autorités à
utiliser les casernes d’acre. les portes furent alors grandes ouvertes pour les
exilés qui partirent vers d’autres logements à l’intérieur des murs de la ville.

Bahá’u’lláh et sa famille furent installés dans la maison de malik, dans le
quartier fákhúrah, à l’ouest de la ville-prison. la majorité des compagnons
furent logés dans un caravansérail appelé Khán-i-‘avámíd près du bord de
mer et les autres trouvèrent des maisons séparées. áqáy-i-Kalím et sa famille
s’intallèrent dans une maison située dans l’enceinte du caravansérail. le
Khán-i-‘avamíd, ou Khán al-

‘umdán, avait été construit par ah∂mad al-Jazzár en utilisant des piliers
apportés de Césarée ; sa tour d’horloge est une structure plus moderne
construite en commémoration du jubilé du sultan ‘abdu’l-h∆amíd. il servira
de première maison des pèlerins en Terre sainte et beaucoup de bahá’ís
éminents dont mishkín-qalam, zaynu’l-muqarrabín et h∆ájí mírzá
h∆aydar-‘alí y résidèrent. ‘abdu’l-Bahá y accueillit de nombreux pèlerins et
il est probable que Bahá’u’lláh aussi le visita.

le séjour de Bahá’u’lláh dans la maison de malik dura trois mois. il s’installa
ensuite dans la maison de mansúr Khavvám, située à l’opposé de la maison
précédente. il y resta peu de temps avant de s’installer dans la maison de
rábi’ih qu’il quitta encore quatre mois plus tard quand il lui fallut s’installer
dans la maison de

‘udí Khammár où, dans les mots du Gardien, « la place était tellement
insuffisante qu’au moins treize personnes des deux sexes durent loger dans
la même pièce.1 »

‘udí Khammár, un notable d’acre, était un chrétien de confession catholique
romaine maronite. il travaillait avec son neveu, ilyás ‘abbúd, de même
confession, son voisin. ‘udí Khammár était connu pour son sens de
l’économie Pourtant, à l’époque où les exilés avaient été condamnés au
bannissement et à l’incarcération à acre, les gens furent surpris de voir qu’il
avait l’intention de bâtir un petit palais pour lui-même non loin de Bahjí, qui
était le palais de

dans la Gloire du Père

‘abdu’lláh Páshá*. Bahjí est à une demi-heure de la ville. C’est une riche
demeure bien équipée, entourée d’un délicieux verger de citronniers et
d’orangers, avec un grand bassin très engageant. le temps passant, le palais
de ‘abdu’lláh Páshá devint la propriété des Bayd∂úns, une importante
famille musulmane d’acre qui sera toujours hostile à la religion de
Bahá’u’lláh. lorsqu’au début du vingtième siècle une commission d’enquête
fut envoyée par les autorités d’istanbul dans le seul but de condamner
‘abdu’l-Bahá, ses membres furent accueillis dans la demeure de

‘abdu’l-Ghaní Bayd∂ún.
‘udí Khammár se lança dans la construction de son petit palais. ilyás ‘abbúd
ne voulut pas suivre un projet qu’il jugeait insensé, mais d’autres membres
de la famille pensaient différemment et se firent construire un certain
nombre de maisons autour de la demeure de ‘udí Khammár. lorsque
Khammár déménagea dans son nouveau palais, il loua sa maison dans la
ville d’acre à Bahá’u’lláh. ilyás ‘abbúd

* C’est aujourd’hui un centre gouvernemental pour handicapés

khán-i-‘avámíd ou khán al-‘Umdán où résidèrent

de nombreux compagnons de bahá’u’lláh

les PorTes s’ouvrenT 343

n’apprécia pas la transaction et tenta de l’empêcher. il échoua mais il fit le
nécessaire pour éviter tout contact avec les exilés qu’il considéra comme des
voisins tout à fait indésirables. l’événement qui suivit peu après, honteux,
épouvantable, mais sans doute inévitable, sembla justifier les pires craintes
d’ilyás ‘abbúd. Ce fut le meurtre de trois azalís par sept bahá’ís, événement
révoltant qui augmenta considérablement la rigueur et la dureté de la vie de
Bahá’u’lláh et qui arracha de son cœur ce cri :

ma captivité ne peut me faire de mal. Ce qui peut me faire du mal, c’est la
conduite de ceux qui m’aiment, qui se réclament de moi et qui, pourtant,
commettent ce qui fait gémir mon cœur et ma plume. (...) ma détention ne
peut m’apporter aucune honte.

et même, par ma vie, elle me confère de la gloire. Ce qui peut me faire
honte, c’est la conduite de ceux de mes disciples qui font profession de
m’aimer et qui, en fait, suivent pourtant le malin.2

on se rappellera que deux azalís, partisans de mírzá yah∂yá, avaient été
envoyés à acre par les autorités pour y être enfermés avec les bahá’ís.
C’étaient siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání (l’antéchrist de la révélation
bahá’íe) et áqá Ján-i-Kaj-Kuláh, de salmás en azerbaïdjan. en arrivant à acre
ils avaient demandé à être logés ailleurs. on trouva une chambre à leur
convenance, située au-dessus des portes de la ville et de la prison appelée
límán, dans laquelle on jetait les hors-la-loi. de là, ils pouvaient espionner et
surveiller étroitement tous ceux qui entraient dans acre. ils pourraient ainsi
dénoncer immédiatement aux autorités l’arrivée d’un disciple de Bahá’u’lláh
qu’ils auraient reconnu. C’est grâce à leurs machinations que nabíl-i-a’z∂am
et áqá muh∂ammad-‘alíy-i-qá’iní furent expulsés d’acre dès qu’ils passèrent
les portes. ils firent mieux, ils leurrèrent un habitant qui représentait le
consulat iranien en lui promettant de grandes récompenses et des décorations
s’il se joignait à eux pour contrecarrer les projets bahá’ís. Cet homme fut
directement responsable de l’expulsion immédiate d’áqá ‘abdu’r-rasúl-i-
zanjání et ceux qui l’accompagnaient. un jour, na’ím effendi arriva de
Chypre. C’est mishkín-qalam, le célèbre calligraphe qui avait été exilé dans
cette île qui lui avait fait connaître la religion bahá’íe. na’ím effendi
embrassa cette religion avec zèle et rencontra Bahá’u’lláh. la Plus-Grande-
Branche lui confia des lettres à emporter.

dans la Gloire du Père

Vue aérienne d’acre

voir ci-contre pour les légendes

les PorTes s’ouvrenT 345

lieux d’acre en rapport avec bahá’u’lláh

1. Porte de la mer par laquelle Bahá’u’lláh entra à

pendant trois jours après le meurtre des azalís.

acre le 31 août 1868.

Bahá’u’lláh fut placé dans une des pièces à l’étage

2. Trajet le long duquel, selon une tradition orale,

après la nuit passée au Khán-i-shávirdí. les sept

Bahá’u’lláh fut emmené jusqu’à l’entrée orientale

bahá’ís coupables du meurtre y passèrent plusieurs

de la Citadelle le 31 août 1868.

années.

3. la citadelle et les casernes où Bahá’u’lláh et ses

13. mosquée d’al-Jazzár, où fut lu en public, et

compagnons furent enfermés pendant deux ans,

peu après son arrivée, le décret du sultan exilant

deux mois et cinq jours.
Bahá’u’lláh et incitant la population à craindre et à

3a. Cellule de Bahá’u’lláh dans la Citadelle.

haïr les exilés. on donna plus tard à ‘abdu’l-Bahá

4. Bains publics. Bahá’u’lláh s’y rendait toutes les

une pièce dans le séminaire situé dans la cour de la

semaines, seule possibilité de sortie de la Citadelle.

mosquée, en signe du respect dans lequel on le

C’est là que h∆ájí amín pu entrer en présence de

tenait.

Bahá’u’lláh, premier pèlerin à le faire.

14. as-súq al-abyad∂ (le bazar blanc) ; toute proche

5. l’église st-andré près de laquelle sont situées

était la maison de mírzá músá, áqáy-i-Kalím, que

les maisons de malik et de Khavvám, que

Bahá’u’lláh visita souvent.

Bahá’u’lláh occupa pendant quelques mois chacu-

15. mausolée de nabí-s∆álih∂, entouré d’un cimetiè-

ne, après sa libération de la Citadelle.

re qui fut le premier lieu de repos du corps de la

6. mausolée de shaykh Ghánim, près duquel se
Plus-Pure-Branche avant sa translation à haïfa.

trouve la maison de rábi’ih, habitée par

d’autres compagnons de Bahá’u’lláh y sont enter-

Bahá’u’lláh pendant quatre mois, après celle de

rés.

Khavvám.

16. la Porte de la Terre par laquelle Bahá’u’lláh

7. maison de ‘Údí Khammár où Bahá’u’lláh vécut

quitta acre en juin 1877. C’était la seule porte

pendant deux ans et révéla le Kitáb-i-aqdas.

d’entrée de la ville avant le mandat britannique.

8. maison de ‘abbúd, mitoyenne de celle de ‘Údí

Bahá’u’lláh, ‘abdu’l-Bahá et les compagnons

Khammár dont purent disposer Bahá’u’lláh et sa

l’utilisèrent souvent.

famille en 1873. Bahá’u’lláh y vécut pendant

17. l’aqueduc réparé par ah∂mad Big Tawfíq, sur la

quatre ans, dans une pièce dominant la mer.

suggestion de Bahá’u’lláh. la portion de l’aqueduc

9. Khán-i-'avámíd (Khán al-'umdán ou Khán-i-
montrée sur la carte ne se voit plus aujourd’hui,

Jurayní). de nombreux compagnons de

mais on peut en voir d’autres parties sur la route

Bahá’u’lláh y vécurent dans les ailes nord et est.

vers Bahjí et mazra’íh.

les pèlerins y résidaient aussi.

18. l’église st-George dont ‘Údí Khammár et sa

10. le palais du gouverneur où Bahá’u’lláh fut

famille étaient de généreux donateurs. le terrain

interrogé après le meurtre des trois azalís le 22 jan-

autour de l’église et s’étendant jusqu’à l’église st-

vier 1872. C’est aujourd’hui une école.

andré forme le quartier chrétien de la ville.

11. Khán-i-shávirdí dans lequel Bahá’u’lláh fut

19. Khán-i-afranj où résidèrent quelques croyants

emprisonné pendant une nuit, et plusieurs de ses

comme áqá ‘abdu’l-Ghaffár-i-is∂fahání et mírzá

compagnons pendant plus longtemps, après le

rid∂áy-i-qannad.

meurtre des trois azalís du 22 janvier 1872. C’est
20. Brèches ouvertes dans les remparts pendant le

aujourd’hui une école.

mandat britannique. les lignes en pointillé mon-

12. la límán où ‘abdu’l-Bahá fut emprisonné

tent les principales routes actuelles.

dans la Gloire du Père

les azalís et l’agent du consulat iranien découvrirent ce qui se passait et firent
arrêter na’ím effendi alors qu’il partait pour haïfa. les lettres qu’il portait
furent confisquées et lui-même fut emmené à Beyrouth et jeté en prison où il
languit pendant six mois. la Plus-Grande-Branche fit tous ses efforts pour
convaincre l’agent persan de cesser ses abominables desseins, mais il était
profondément influencé par les azalís. d’après nabíl-i-a’z∂am, même César
Catafago qui était devenu un disciple de Bahá’u’lláh et dont le père, Khájih
louis, agent consulaire français à acre*, avait envoyé l’épître adressée à
napoléon iii, fut, pendant un certain temps complètement retourné par siyyid
muh∂ammad-i-is∂fahání ; mais après un certain temps il comprit son erreur
et retourna à son ancienne allégeance. na’ím effendi fut libéré, retourna à
Chypre où il prospéra et, selon áqá rid∂á, il accéda à une haute position après
l’annexion de l’île par les Britanniques. áqá rid∂á relate aussi que na’ím
effendi revint une seconde fois à acre, avec ses deux fils qu’il amenait à
istanbul pour y suivre des études supérieures. quand on lui demanda s’il
savait ce qui était advenu à celui qui lui avait causé tant de souffrances, il
répondit qu’il n’avait aucune rancune envers lui. en fait, le méchant se fait
mal lui-même, dit-il, et dieu agit avec justice. l’agent consulaire persan
connaissait réellement de mauvais jours, ayant perdu sa famille, son
commerce, sa propriété et presque sa raison.

repentant, il venait parfois voir les bahá’ís pour exprimer ses remords et ses
regrets pour les souffrances qu’il avait causées alors qu’il était au sommet du
pouvoir.
au moment où les portes de la prison s’ouvrirent pour les exilés, siyyid
muh∂ammad et Kaj-Kuláh avaient été rejoints par le beau-frère de mírzá
yah∂yá, mírzá rid∂á-qulí, que Bahá’u’lláh avait expulsé de la compagnie de
ses disciples à la suite de ses nombreux méfaits. il avait à de nombreuses
reprises brisé ses promesses solennelles et ses actions ne pouvaient plus être
tolérées. avec ce renfort les azalís intensifièrent leurs néfastes activités. Plus
ils faisaient preuve d’audace, plus Bahá’u’lláh conseillait aux compagnons
patience et indulgence. Par ailleurs,

* louis Catafago était l’agent consulaire français pour acre et pour haïfa
pendant un certain nombre d’années.

mary rogers, dans son ouvrage domestic life in palestine le décrit comme il
paraissait en 1858 : « l’un de nos voisins, le signor louis Catafago, veuf, était
le plus riche et le plus influent des chrétiens arabes de haïfa et plus versé en
littérature arabe que n’importe qui en Pashalíc. il parlait bien l’italien et le
français et vivait dans un style à moitié européen. ses fils, au collège, étaient
vêtus à l’européenne, alors que ses filles, plus jeunes, étaient très orientales.
» (p. 384-385)

les PorTes s’ouvrenT 347

la maison de ‘abbúd. la maison de ‘Údí khammár est à l’arrière du
bâtiment. bahá’u’ll1ah vécut dans les deux maisons.

il occupa finalement la pièce avec balcon
avec cette liberté nouvelle dont tous bénéficiaient maintenant, les azalís
passaient leur temps à trouver de nouveaux alliés pour faire du mal aux
bahá’ís.

Puis Bahá’u’lláh révéla la tablette connue sous le nom de tablette du feu,
d’après son premier verset : « en vérité, le cœur des fidèles se consume dans
le feu de la séparation. »

unique parmi les écrits de l’auteur de la religion bahá’íe, ce texte fait
immédiatement penser à cette intense communion mystique que le Christ
expérimenta pendant la dernière nuit de sa vie dans le jardin de Gethsémani,
ainsi que le cri qu’il lancera le jour suivant sur la croix : « mon dieu, mon
dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » en lisant la tablette du feu, on est ému
jusqu’au plus profond de soi par l’agonie de la manifestation suprême de
dieu :

dans la Gloire du Père

Bahá se noie dans un océan de tribulations : où est l’arche de ton salut, ô
sauveur des mondes ?… les branches de l’arbre divin gisent brisées par les
vents impétueux du destin : où sont les bannières de ton secours, ô défenseur
des mondes ?…les vents empoisonnés de la sédition jaunissent les feuilles :
où sont les ondées des nuages de ta générosité, ô donateur des mondes ?…

vient alors la réponse :

ô Plume suprême, nous avons entendu ton plus mélodieux appel dans le
royaume éternel : Prête l’oreille à ce que dit la langue de grandeur, ô victime
des mondes ! sans le froid, comment pourrait prévaloir la chaleur de tes
paroles, ô interprète des mondes ?

sans les calamités, comment pourrait briller le soleil de ta patience, ô lumière
des mondes ? ne te lamente pas à cause des méchants. Tu fus créé pour subir
et endurer, ô Patience des mondes !… Tu as planté la bannière de
l’indépendance sur les plus hauts sommets, et fait surgir l’océan de
générosité, ô extase des mondes ! Ta solitude fait resplendir le soleil de
l’unicité et ton bannissement embellit la terre d’unité. sois patient, ô toi,
exilé des mondes !

nous avons fait de l’humiliation le vêtement de ta gloire, de l’affliction
l’ornement de ton temple, ô orgueil des mondes ! Tu vois les cœurs remplis
de haine, alors montre-toi indulgent, ô toi qui caches les pêchés des mondes
!…

Puis, de nouveau, la manifestation suprême du dieu Tout-puissant parle : oui,
j’entends ton appel, ô Très-Glorieux Bien-aimé ! maintenant la chaleur des
tribulations et le feu de ta parole étincelante enflamment le visage de Bahá. il
se présente, fidèle, au lieu du sacrifice, aspirant à ton bon plaisir, ô
ordonnateur des mondes !3

qu’on n’aille pas sous-estimer les risques, les dangers et la gravité extrême
de la situation provoquée par les activités des azalís et leurs associés pour les
bahá’ís enfermés dans acre. le harcèlement était épuisant, ininterrompu et en
augmentation constante. la vie même de Bahá’u’lláh était mise en danger par
le venin de leur hostilité.

d’après áqá rid∂á, le fait que l’opinion et l’attitude des notables et des
fonctionnaires, à l’esprit empoisonné par les azalís, soient régulièrement
transformées après chaque rencontre avec la Plus-Grande-Branche,
augmentait chez ces malfaiteurs

les PorTes s’ouvrenT 349

leur fureur et leur audace. Poussés par une haine et une jalousie sans borne,
ils faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour blesser Bahá’u’lláh et pour
jeter le discrédit sur lui, sur sa cause et sur ses disciples. de plus, depuis la
rupture de mírzá yah∂yá, qu’ils avaient suivi, áqá rid∂á nous apprend que
mírzá rid∂á-qulí et sa sœur Badrí-Ján n’en faisaient qu’à leur tête et
voulaient pour eux ce qu’il y avait de mieux. mírzá fad∂lu’lláh, fils de mírzá
nas∂r’ulláh qui était mort à andrinople, et áqá ‘az∂ím-i-Tafrishí, qui étaient
venus de Téhéran comme serviteurs des deux frères nas∂ru’lláh et rid∂á-qulí,
se séparèrent de mírzá rid∂á-qulí et Badrí-Ján et cessèrent de les voir. Cette
séparation enragea mírzá rid∂á-qulí à un point tel qu’il alla jusqu’à réunir
quelques écrits de Bahá’u’lláh, en corrompit le texte par des altérations et
des interprétations dans le but de leur donner un sens hérétique, anti-social et
provoquant qu’il répandit largement dans le public pour l’inciter à la
violence.

C’est alors que certains disciples de Bahá’u’lláh commencèrent à penser aux
moyens de faire cesser ces activités. en dehors d’áqá h∂usayn et d’áqá rid∂á,
dont nous avons utilisé les récits, nos sources pour ce terrible épisode
comportent deux textes historiques, l’un de mírzá áqá Ján, le secrétaire de
Bahá’u’lláh, et l’autre de áqá muh∂ammad-Javád-i-qazvíní. Ces deux
hommes furent des témoins oculaires et tous les deux brisèrent l’alliance de
Bahá’u’lláh après son ascension.

un arabe bahá’í nommé nás∂ir, connu aussi sous le nom de h∂ájí ‘abbás, vint
de Beyrouth à acre, déterminé à faire taire les semeurs de troubles. Très
probablement, il s’agit du même nás∂ir qui était impliqué dans le meurtre de
h∆ájí mírzá ah∂mad-i-Káshání à Bagdad*. dès son arrivée à acre, son but
devint clair et, non seulement Bahá’u’lláh ne le soutint pas mais il lui
ordonna rapidement de retourner à Beyrouth, ce qu’il fit. muh∂ammad-Javád
cite une épître adressée à nás∂ir qui le poussa à repartir. Ci-dessous, voici la
traduction de ce texte, d’après le professeur Browne :

il est le soutien.

Je témoigne que tu as aidé ton seigneur et que tu es l’un de ses soutiens.
Toutes

* d’après la chronique de nabíl, on trouve dans les compagnons de ∏áhirih
qui l’accompagnent dans son voyage de Bagdad vers la Perse, un certain
‘ábid et son fils nás∂ir qui devint connu plus tard sous le nom de h∆ájí

‘abbás. si ce nás∂ir est le même homme, et tout le fait penser, on peut dire
alors que ses actions subséquentes reflètent un peu la ferveur et l’impétuosité
qu’on pouvait trouver dans l’entourage de la célèbre héroïne bábíe.

dans la Gloire du Père

ärcher

dolf k

cre prise en 1914 par a

Vue aérienne d’a

les PorTes s’ouvrenT 351

choses témoignent de [la vérité] de mon témoignage : voilà le fond de la
question, si tu es de ceux qui savent. aux yeux de ton seigneur, l’omniscient,
qui comprend tout, le devoir d’aide c’est de faire ce qu’il te demande et
approuve. va et ne fais pas ce d’où sortiraient des troubles ! mets ta
confiance en dieu. Certes, il prendra qui il voudra, car il a le pouvoir sur
toute chose. nous avons accepté tes intentions dans le chemin de dieu.
retourne à ta place et commémore ton seigneur, le Puissant, le loué. » 4

après le départ de nás∂ir, quelques compagnons qui trouvaient cette situation
tendue intolérable supplièrent Bahá’u’lláh de leur donner la permission
d’agir avec les fauteurs de troubles selon leurs méthodes pour mettre fin à
leurs activités sataniques. mais Bahá’u’lláh, loin de leur accorder la
permission qu’ils désiraient, leur conseilla avec force d’éviter toute violence
et toute vengeance. apparemment, muh∂ammad-ibráhím-i-Káshání lui-même
rejoignit ces hommes mais s’en retira à la suite de l’injonction de
Bahá’u’lláh. muh∂ammad-Javád rapporte qu’il était présent lorsqu’áqá
muh∂ammad-ibráhím-i-Káshání suppliait Bahá’u’lláh de leur donner la
permission d’éliminer siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání et ses associés.

Bahá’u’lláh ordonna à muh∂ammad-Javád de rentrer chez lui et d’y rester ; il
ordonna aussi à son frère, mírzá muh∂ammad-qulí, de faire sortir áqá
muh∂ammad-ibráhím, ce qu’il fit.

sept compagnons choisirent d’ignorer la forte injonction de Bahá’u’lláh : áqá
muh∂ammad-i-ibráhím-i-náz∂ír, mírzá h∆usayn-i-najjár (originaire aussi de
Káshán), áqá h∆usayn-i-áshchí (aussi de Káshán), mírzá Ja’far de yazd,
ustád ah∂mad-i-najjár, áqá muh∂ammad-‘alíy-i-salmání et ustád ‘abdu’l-
Karím-i-Kharrát, tous les deux d’ispahan. ils complotèrent pour débarrasser
acre et les exilés du cauchemar causé par ces hommes mauvais. l’agitation
était si grande dans toute la communauté que Bahá’u’lláh préféra s’isoler de
tous. il fit ce qu’il avait déjà fait à andrinople au moment où la rébellion de
mírzá yah∂yá allait bientôt éclater au grand jour : ne recevant personne, ne
rencontrant personne.

les sept hommes persistèrent malgré tout dans leurs plans et commirent ces
meurtres répugnants. ainsi moururent siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání,
l’antéchrist de la révélation bahá’íe, l’incorrigible áqá Ján-i-Kaj-Kuláh, bras
droit de siyyid muh∂ammad depuis andrinople et le capricieux mírzá rid∂á-
qulíy-i-Tafrishí.
disons clairement que rien ne justifie le meurtre. mais on peut deviner la
pres-

dans la Gloire du Père

sion supportée par les bahá’ís par le fait que l’un des sept assassins était áqá
h∆usayn-i-áshchí dont nous citons souvent des extraits de ses mémoires. il
est vrai qu’áqá h∆usayn était têtu et obstiné. il avait déjà tenu tête aux plus
hautes autorités. mais il avait grandi dans la maison de Bahá’u’lláh depuis le
début du séjour à Bagdad et son dévouement était total et sans équivalent.
Pourtant, il succomba aux pressions exercées sur les bahá’ís par leurs
adversaires.

il se trouve que les trois azalís logeaient dans une maison en face du Seraye.
le bruit des coups de feu, les cris et les hurlements firent sortir de chez lui
s∆álih∂ Páshá, le mutas∂arrif. alors le vacarme éclata, écrit áqá rid∂á : «
Tous, jeunes et vieux, notables et petites gens, le gouverneur et le chef de la
police, et l’armée, se levèrent comme un seul homme, armés de fusils et
d’épées, ils se dirigèrent vers les maisons de Bahá’u’lláh et des compagnons,
arrêtant tous ceux qu’ils rencontraient.

le mutas∂arrif, sa suite et l’armée entourèrent la maison de la Perfection
bénie.

C’était en fin d’après-midi… »

C’était le moment de la journée où Bahá’u’lláh avait l’habitude de révéler
des versets : « en vérité, la mer de calamité s’enfle et les rafales couchent
l’arche de dieu, l’universel, l’absolu. ô nautonier, ne crains pas les
bourrasques car Celui qui fait se lever l’aurore est avec toi dans cette
obscurité qui enveloppe les mondes. » 5

une heure après le coucher du soleil un officier, un fonctionnaire que
muh∂ammad-Javád appelle sa’íd Big, et ilyás ‘abbúd pénétrèrent dans le
birúní. la Plus-Grande-Branche, áqá muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání,
h∆usayn-áqáy-i-Tabrízí et muh∂ammad-Javád-i-qazvíní étaient présents. les
fonctionnaires leur demandèrent de les suivre jusqu’au Seraye. Puis ils
demandèrent que Bahá’u’lláh vienne aussi. la Plus-Grande-Branche alla
dans les quartiers privés et présenta leur requête à Bahá’u’lláh qui sortit de la
maison. Comme il faisait très noir, un homme éclaira le chemin avec une
lanterne.

áqá ridá nous dit que tous ceux qui rencontrèrent Bahá’u’lláh sur la route
conduisant à la maison du gouverneur s’étonnèrent de la puissance émanant
de sa personne. l’un des habitants d’acre, en le voyant ce jour-là, crut
immédiatement en lui et rejoignit les rangs des compagnons. le Gardien écrit
:

les PorTes s’ouvrenT 353

la consternation qui s’empara d’une communauté déjà accablée fut
indescriptible.

l’indignation de Bahá’u’lláh ne connut plus de bornes. dans une tablette
révélée peu de temps après cet acte, Bahá’u’lláh exprime ainsi son émotion :
S’il nous fallait raconter tout ce qui nous est arrivé, les cieux se fendraient
et les montagnes s’écrouleraient. 6

lorsque Bahá’u’lláh entra dans le Seraye, écrit muh∂ammad-Javád-i-qazvíní,
s∆álih∂ Páshá le mutas∂arrif, salím mulkí le secrétaire général et d’autres
fonctionnaires présents se levèrent. en entrant, Bahá’u’lláh prit un siège de
l’autre côté de la pièce. le silence complet fut rompu par le commandant de
la garnison : « est-il convenable que vos hommes accomplissent un acte
aussi odieux ? » à quoi Bahá’u’lláh répondit : « si un soldat sous vos ordres
brise une règle, serez-vous tenu pour responsable et puni ? » le silence
retomba puis, d’après áqá rid∂á, Bahá’u’lláh se leva et passa dans une autre
pièce.

les fonctionnaires partirent alors à la recherche d’autres compagnons. mírzá
muh∂ammad-qulí, mírzá muh∂ammad-‘alí le deuxième fils vivant de
Bahá’u’lláh et mírzá áqá Ján furent emmenés mais áqáy-i-Kalím étant
malade, ils le laissèrent tranquille. muh∂ammad-Javád-i-qazvíní écrit que
pendant toute la nuit la ville tout entière fut très agitée. Cette nuit-là, un
vapeur russe jeta l’ancre devant acre et les fonctionnaires interdirent
immédiatement tout entrée et toute sortie venant du navire.
quatre heures après le coucher du soleil, on fit sortir Bahá’u’lláh du bureau
du gouverneur et on le plaça avec son fils mírzá muh∂ammad-'alí dans une
pièce du Khán-i-shávirdí*, la Plus-Grande-Branche était enfermé dans la
prison límán et áqá mírzá muh∂ammad-qulí était placé encore ailleurs. on
permit à mírzá áqá Ján d’aller à la maison chercher ce dont Bahá’u’lláh avait
besoin pour la nuit puis il fut placé avec un certain nombre d’autres
compagnons dans la prison du Seraye. en parlant de ces événements, le
Gardien de la foi bahá’íe écrit : Bahá’u’lláh fut (...) détenu la première nuit,
avec l’un de ses fils, dans une chambre du Khán-i-shávirdi ; transféré pour
les deux nuits suivantes dans un logement plus convenable, au voisinage, il
ne fut autorisé à regagner son domicile que soixante-dix

* Khán-i-shávirdí est l’un des caravansérails d’acre, construit probablement
par al-Jazzár ou par sulaymán Páshá.

dans son coin sud-ouest on trouve le Burju’s-sulπán la seule encore debout
des nombreuses tours des croisés qui entourèrent acre. l’aile est de ce khán
est adjacente à la límán et servait d’extension à la prison, c’est donc
probablement là que Bahá’u’lláh et son fils furent emprisonnés.

dans la Gloire du Père

khán-i-Shávirdí : à droite le burju’s-Sulπán et, derrière l’endroit où il est
probable que les compagnons furent enfermés.
heures plus tard. ‘abdu’l-Bahá fut jeté en prison et enchaîné la première nuit,
après quoi il fut autorisé à rejoindre son père. vingt-cinq de leurs
compagnons furent enfermés dans une autre prison et mis aux fers… 7

áqá rid∂á parle de h∂ájí ‘alí-'askar, cette âme dévouée qui, à andrinople, avait
accepté volontiers le bannissement vers acre et l’emprisonnement. Ce
croyant de la première heure avait rencontré le Báb des dizaines d’années
avant et avait immédiatement embrassé sa cause. Comme il avait été absent
de chez lui toute la journée, il n’avait pas été arrêté, mais ayant appris
l’incarcération de ses coreligionnaires, il ne put dormir de la nuit et, dès
l’aube, il se précipita vers le Seraye et frappa à la porte.

on lui dit de partir et de cesser de faire du bruit, mais il continua à frapper en
disant qu’il devait partager leur sort. Pour le calmer il fallut le jeter en prison
avec le reste des compagnons et il se retrouva dans la même pièce que
Bahá’u’lláh.

finalement, le gouverneur télégraphia tout ce qui s’était passé à s∆ubh∂í
Páshá, le vali de syrie qui n’apprécia pas la manière dont Bahá’u’lláh avait
été traité et réprimanda le mutas∂arrif. le jour suivant Bahá’u’lláh était placé
dans une pièce au-dessus de la límán.

les PorTes s’ouvrenT 355

khán-i-Shávirdí

l’après-midi du troisième jour, muh∂ammad-Javád écrit que Bahá’u’lláh, la
Plus-Grande-Branche, mírzá muh∂ammad-'alí et mírzá muh∂ammad-qulí
furent de nouveau conduits dans le bureau du mutas∂arrif. Bahá’u’lláh
souffrait ce jour-là d’une légère fièvre et lorsqu’il dit au gouverneur et au
mufti qu’ils n’avaient pas agi selon les décrets de dieu, le gouverneur
l’informa qu’il était libre de retourner chez lui. lorsqu’il se leva ils se
levèrent tous et, avec humilité s’excusèrent pour leur attitude tyrannique.
alors, suivi de ses trois fils et de mírzá áqá Ján, il retourna à sa demeure.

le Gardien décrit ainsi l’événement :

lors de son interrogatoire, on lui demanda de décliner son nom et celui du
pays d’où il venait. Ceci est plus évident que le soleil, répondit-il. on lui
posa de nouveau la même question à laquelle il donna cette réponse : Je ne
juge pas à propos d’en parler.

reportez-vous au farmán du gouvernement qui se trouve entre vos mains.
une fois de plus, avec une déférence marquée, ils réitérèrent leur demande,
sur quoi Bahá’u’lláh prononça, avec puissance et majesté, ces paroles : mon
nom est Bahá’u’lláh (lumière de dieu), et mon pays est núr (lumière). soyez-
en informés. se tournant alors vers le mufti, il lui adressa des reproches
voilés, puis il parla à toute l’assemblée dans un lan-

dans la Gloire du Père

gage si véhément et si élevé que nul n’osa lui répondre. après avoir cité des
versets de la Súriy-i-Mulúk, il se leva et quitta l’assemblée. aussitôt après, le
gouverneur lui fit savoir qu’il était libre de retourner chez lui, en exprimant
ses regrets pour ce qui s’était passé.8

les sept meurtriers furent enfermés à la límán où ils restèrent sept ans. seize
autres compagnons furent placés dans la même pièce du caravansérail où
Bahá’u’lláh avait été détenu. ils y restèrent enfermés six mois.

dans son ouvrage, muh∂ammad-Javád-i-qazvíní parle ensuite du meurtre,
antérieur à celui-ci, de deux autres personnes qu’il nomme h∆usayn-'alí de
Káshán, connu sous le nom de Khayyáπ-Bashí, et h∆ájí ibráhím, lui aussi de
Káshán. mais il ne donne pas le nom des assassins. Ces deux hommes, qui
avaient toujours été inconstants, avaient gardé des liens avec les azalís tout
en vivant avec les compagnons dans le Khán al-'umdán. d’après
muh∂ammad-Javád, un jour, dans le bazar, h∆ájí ibráhím dénonça, en
présence de l’intéressé, áqáy-i-Kalím au mufti. Cette action répréhensible
souleva la colère des compagnons et quelques-uns d’entre eux (leurs noms
ne sont pas donnés) les auraient assassinés avant de les enterrer dans une
pièce de l’auberge. Cela se passait à un moment où, à cause de l’animosité
montante des azalís, Bahá’u’lláh avait cessé de recevoir quiconque. mais
siyyid-muh∂ammad avait remarqué leur disparition qu’il rapporta aux
autorités. il n’y avait alors aucune raison de soupçonner un crime. mais après
l’assassinat des trois azalís, le meurtre des deux káshánís refit surface.
muh∂ammad-Javád ne mentionne toujours pas de noms mais indique qu’on
apprit aux autorités que les deux hommes étaient morts du choléra et pour
éviter qu’ils soient tous mis en quarantaine, on les avait immédiatement et
discrètement enterrés dans une pièce du caravansérail. les autorités
exhumèrent les corps et les enterrèrent près de ceux des azalís.

un autre point intéressant dans le texte de muh∂ammad-Javád-i-qazvíní est
qu’il appelle Badr-i-Ján la femme de mírzá yah∂yá, sœur de mírzá rid∂á-
qulíy-i-Tafrishí, qu’on appelle ailleurs Badrí-Ján. quant aux seize hommes
emprisonnés dans le Khán-i-shávirdí, voici leurs noms : h∆ájí ‘alí-'askar-i-
Tabrízí, son fils h∆usayn-áqá, et son frère mashhadí faππáh∂ ; hájí Ja’far et
son frère hájí Taqí ; muh∂ammad-Javád-i-qazvíní lui-même ; áqá faraj-i-
sult∂ánábádí ; áqá rid∂áy-i-shírází ; mírzá mah∂múd-i-Káshání ; hájí
faraju’lláh-i-Tafrishí ; áqá ‘az∂ím-i-Tafríshí ; áqá

les PorTes s’ouvrenT 357

muh∂ammad-'alíy-i-is∂fahání ; áqá muh∂ammad-i-'alíy-i-yazdí ; darvísh
s∆idq-

'alíy-i-qazvíní ; áqá muh∂ammad-ibráhím-nayrízí connu sous le nom d’amír-
i-nayzírí et h∆ájí áqáy-i-Tabrízí.

nabíl-i-a’z∂am et áqá muh∂ammad-h∆asan, le fils de ustád Báqir-i-Káshání,
furent aussi détenus pendant quelques jours, mais parce qu’ils ne faisaient
pas partie du groupe des exilés, ils furent envoyés à Tripoli près de
Beyrouth.
la situation dans laquelle Bahá’u’lláh et ses compagnons se trouvaient est
décrite par le Gardien :

une population déjà mal intentionnée envers les exilés fut, après un pareil
incident, enflammée d’une animosité effrénée contre tous ceux qui portaient
le nom de la foi pro-fessée par ces exilés. les accusations d’impiété,
d’athéisme, de terrorisme et d’hérésie leur furent, ouvertement et sans
retenue, jetées à la figure. (…) même les enfants des exilés retenus en prison,
quand ils s’aventuraient à se montrer dans les rues pendant cette période,
furent poursuivis, dénigrés et bombardés de pierres.

la coupe des tribulations de Bahá’u’lláh était maintenant prête à déborder…

même ilyás ‘abbúd fut si inquiet et même terrifié qu’il entreprit de barricader
sa maison pour en empêcher tout accès depuis la maison de ‘Údí Khammár,
dans laquelle vivait Bahá’u’lláh.

áqá rid∂á nous a laissé une image très forte des jours de leur détention dans
le Khán-i-shárvirdí. les artilleurs chargés de les surveiller s’inquiétaient du
moindre de leurs mouvements et les traitaient avec une grande rudesse. les
exilés étaient constamment insultés. Pourtant, peu à peu, leur attitude et leur
gentillesse brisèrent toutes les barrières au point que leurs geôliers leur
avouèrent qu’on les avait montés contre eux. le jour vint enfin où, bien avant
leur libération, les exilés furent autorisés à visiter d’autres maisons ainsi que
la maison de Bahá’u’lláh. dans l’après-midi ils invitaient les artilleurs et les
policiers à boire du thé. ils plantèrent des fleurs dans la cour et s’occupèrent
de la propreté de l’auberge. les geôliers finirent par leur avouer leur dégoût
de l’attitude des gens haut placés qui restaient inébranlables, refusant de
libérer définitivement les exilés. mais la libération était proche. le
gouverneur fut révoqué et ah∂mad Big Tawfíq, un homme juste, le remplaça.

36.

la roue tourne

enfin, nous dit áqá rid∂á, les artilleurs se révoltèrent contre les
tergiversations des autorités. ils prirent quelques exilés avec eux et, allant au
Seraye, dirent carrément : « nous sommes des soldats, pas des geôliers. si ces
hommes sont des criminels, jetez-les en prison. sinon, laissez-les rentrer
chez eux en paix. nous refu-sons de continuer à les garder. » les autorités
cédèrent et finalement le nouveau gouverneur obtint les papiers nécessaires
et relâcha les compagnons qui avaient été enfermés sans raison dans le
Khán-i-shávirdí.

le Gardien de la foi bahá’íe écrit :

la reconnaissance graduelle de la totale innocence de Bahá’u’lláh par toutes
les couches de la population, la lente pénétration du véritable esprit de ses
enseignements dans la solide croûte de leur indifférence et de leur bigoterie,
le remplacement du gouverneur - dont l’esprit avait été irrémédiablement
faussé au sujet de la foi et des croyants

- par ahmad Big Tawfiq, un homme perspicace et humain, les travaux
ininterrompus de

‘abdu’l-Bahá, alors en pleine maturité et qui, par ses contacts avec la masse
de la population, prouvait de plus en plus ses capacités d’agir en tant que
bouclier de son père, le renvoi providentiel des fonctionnaires qui avaient
fait prolonger la réclusion des compagnons innocents de Bahá’u’lláh, tout
cela préparait la voie à la réaction qui se dessi-nait maintenant… 1

ah∂mad Big Towfíq fut si ébloui et captivé par la majesté du port, le charme
des manières, la dignité de l’attitude et la grande connaissance de la Plus-
Grande-Branche qu’afin de lui montrer sa révérence, il ôtait ses chaussures
en sa présence.

les écrits de Bahá’u’lláh que les opposants avaient collectés pour monter les
autorités contre la foi firent aussi une profonde impression sur cet homme
juste, désireux d’apprendre. le Gardien écrit encore :

le bruit courut qu’il choisissait ses conseillers favoris parmi ces mêmes
exilés qui étaient les disciples du prisonnier commis à sa garde. il avait
coutume

dans la Gloire du Père

acre vue du nord-est, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. À
droite, la mosquée al-Jazzár. au premier plan, l’acqueduc.

À gauche au fond, le mont carmel et haïfa.

(d’après Wilson, Picturesque Palestine )

d’envoyer son propre fils auprès de ‘abdu’l-Bahá pour qu’il l’éclaire et l’ins-
truise. C’est à l’occasion d’une audience longtemps désirée avec Bahá’u’lláh
que celui-ci, répondant au désir du gouverneur de lui rendre quelque service,
lui suggéra de réparer l’aqueduc*, abandonné et hors d’usage depuis trente
ans, suggestion qu’il s’empressa de suivre. 2

áqá rid∂á écrit que la première fois qu’ah∂mad Big Towfíq rencontra la Plus-
Grande-Branche, c’était sur la plage où ‘abdu’l-Bahá était venu nager. le
gouverneur vint aussi et s’assit pour l’écouter. il avait lu les écrits, remis au
gouvernement pour compromettre la foi, ce qui avait eu l’effet inverse et lui
avait donné envie de rencontrer ‘abdu’l-Bahá. il était très impressionné et
perplexe. ainsi, voyant que

‘abdu’l-Bahá était au bord de la mer, il y vint et tous ses doutes s’envolèrent.
Par la suite il fit retranscrire pour lui tous les écrits de Bahá’u’lláh qu’il avait
en sa possession dans le meilleur style calligraphique.

même ilyás ‘abbúd, qui avait été horrifié de se découvrir voisin de
Bahá’u’lláh, s’était calmé, et, conquis, il devint si dévoué à Bahá’u’lláh et à
son fils aîné qu’il fit d’abord démolir les obstacles qu’il avait érigés entre les
deux mai-

* Cet aqueduc allait de la source de Kabrí à la maison de ‘abdu’lláh Páshá à
mazra’ih, puis de là jusqu’à Bahjí pour arriver à acre en entrant près du Burj
al-Kummandar. le premier qui construisit un aqueduc de Kabrí jusqu’à acre
fut al-Jazzár, mais il était construit à l’est de celui-ci qui fut édifié par
sulaymán Páshá en 1814. il fut amélioré par ‘abdu’lláh Páshá qui s’en servait
pour alimenter ses propriétés de mazra’ih et de Bahjí. mais au moment de
l’arrivée de Bahá’u’lláh à acre, il était en ruine .

la roue Tourne 361

sons pour enfin offrir sa propre maison à Bahá’u’lláh. on se rappelle que
lorsque

‘Údí Khammár avait déménagé dans sa nouvelle demeure hors d’acre, sa
maison avait été mise à la disposition de Bahá’u’lláh et de sa famille. il
s’agissait de la maison en arrière de celle de ‘abbúd, éloignée du front de
mer, dans laquelle Bahá’u’lláh occupait une pièce dominant une cour
intérieure (le sah∂atu’l-‘abbúd).

lorsqu’après quelques années ilyás ‘abbúd lui offrit sa maison, Bahá’u’lláh
déménagea dans une pièce qui regardait la mer et les conditions d’exiguïté
que connaissait la famille s’améliorèrent. aujourd’hui, l’ensemble des
maisons dans lesquelles Bahá’u’lláh et sa famille vécurent pendant six ans
s’appelle : Bayt ‘abbúd. C’est sur l’insistance de cet homme que Bahá’u’lláh
accepta finalement de recevoir le mutas∂arrif. un jour, en fin d’après-midi, il
entra en présence de Bahá’u’lláh « humblement et en silence » comme l’écrit
áqá rid∂á. ilyás ‘abbúd faisait signe à ceux qui étaient présents d’apporter un
qalyán (houka ou narguilé) pour le gouverneur, mais ah∂mad Big leur fit
signe de n’en rien faire, car il ne se le permettrait pas en présence de son
prisonnier. Bahá’u’lláh lui demanda de revoir toutes les situations de ceux
qui avaient été emprisonnés ce que le gouverneur fit immédiatement. il reprit
chaque cas avec soin et équité, y compris le cas de ces sept emprisonnés
dans la pièce, occupée par bahá’u’lláh dans la maison de ‘abbúd, qui fait
face à la mer (photo : gunther Spank)

dans la Gloire du Père

la terrible límán. Ceux qui savaient que dans le passé les autorités
demandaient 300 livres sterling avant de laisser quiconque quitter le Khán-i-
shárvidí, furent étonnés de le voir permettre aux compagnons qui avaient été
retenus pendant plusieurs mois de retourner chez eux dans l’autre
caravansérail. et nous savons déjà que les sept meurtriers ne furent pas
relâchés.

mais Badrí-Ján continuait à faire des histoires, se plaignant que sa vie était
en danger, que les compagnons la tueraient comme ils avaient tué son frère
mírzá rid∂á-qulí. alors ah∂mad Big Towfíq décida qu’elle devrait rejoindre
son mari, mírzá yah∂yá, ce qu’elle refusa, et il fallut que la police l’emmène
de force. une fois à Chypre, elle montra son aversion pour mírzá yah∂yá en
évitant famagouste et en allant vivre dans une autre ville, probablement
nicosie. de Chypre, elle partit un ou deux ans plus tard, à smyrne puis à
istanbul où elle habita chez un marchand de tabac persan. nous savons que
ses filles furent mariées à shaykh ah∂mad-i-rúh∂í et mírzá áqá Khán-i-
Kirmání.3 six années plus tard, apprenant que la femme de mírzá yah∂yá, la
mère de mírzá ah∂mad, était morte, elle retourna à Chypre rejoindre son
mari.

ainsi se passèrent les deux années du gouvernorat d’ah∂mad Big Towfíq
avant Vue prise de la pièce de bahá’u’lláh dans la maison de ‘abbúd, 1922

la roue Tourne 363

qu’il soit appelé à un autre poste. Pendant ces années, ni Bahá’u’lláh ni son
fils aîné ne lui avaient fait preuve de faveurs particulières. mais sitôt qu’on
apprit qu’il allait partir, il reçut une telle hospitalité qu’elle en étonna la
populace. mais on comprit que lorsqu’il tenait les rênes du pouvoir à acre,
cette hospitalité aurait pu être mal interprétée. sur la tour près du bord de
mer, tout près de Bayt ‘abbúd, ‘abdu’l-Bahá fit dresser une tente où le
gouverneur put recevoir ses invités et tous ceux qui venaient lui dire adieu.
Pendant tout le temps qu’il resta là préparant son départ, déjeuners et dîners
lui furent offerts. il demanda une copie du Plus-Grand-nom que mírzá
muh∂ammad-‘alí, le fils de Bahá’u’lláh, qui était un vrai maître calligraphe,
dessina pour lui. et jusqu’au dernier jour ah∂mad Big Towfíq exprima sa
tristesse à devoir bientôt quitter Bahá’u’lláh et son fils aîné.

ainsi la roue tourna jusqu’à ce que shaykh mah∂múd en personne, le muftí
d’acre, donne son allégeance au Prisonnier qui, suivant l’ordonnance du
sultan, calife de la maison ottomane, devait être gardé en étroite réclusion.
mais personne ne pouvait penser aujourd’hui à appliquer ce décret.

Passons maintenant à l’histoire de shaykh mah∂múd. C’était un homme
connu à acre, très fanatique et, au début, très hostile aux exilés. des années
plus tard, après avoir offert son allégeance à Bahá’u’lláh, il raconta son
odyssée spirituelle.

il se souvenait être devenu fou de rage en entendant le farmán* du sultan
‘abdu’l-
‘azíz lu dans la mosquée et, ne pouvant se contenir, il s’était rendu aux
portes de la citadelle et avait demandé à y entrer. Comme c’était un citoyen
important d’acre, les gardes n’osèrent pas ignorer sa demande et le laissèrent
pénétrer tout en l’informant qu’il ne pourrait pas voir Bahá’u’lláh sans
permission. il demanda cette permission et la réponse de Bahá’u’lláh fut
qu’il devait d’abord changer son état d’esprit (grossier et insultant) avant de
chercher une rencontre. Cette réponse le secoua considérablement mais ne
diminua pas son hostilité et sa colère. Peu après, il refit une demande de
rencontrer Bahá’u’lláh. Cette fois, il avait caché une arme sur lui avec
l’intention de s’en servir. et la réponse vint : qu’il se débarrasse d’abord de
ce qu’il porte. shaykh mah∂múd fut vraiment surpris. il se demandait, qui
était cet homme qui connaît le secret des cœurs ? à sa troisième tentative, il

* Ce farmán avait été perdu, pensait-on, dans l'incendie du Seraye, mais il
avait survécu au désastre et, de nombreuses années plus tard, il arriva
comme par miracle entre les mains de 'abdu'l-Bahá.

dans la Gloire du Père

avait changé et fut introduit dans la pièce où était Bahá’u’lláh. il se jeta à ses
pieds en déclarant sa foi en lui, quel qu'il soit !

ainsi devint bahá'í, shaykh mah∂múd, toujours prêt à servir son seigneur,
jadis un féroce ennemi.

mírzá núri'd-dín-i-zayn raconte, dans ses mémoires, que shaykh mah∂múd
avait l'habitude de sortir dans la campagne environnante, la nuit, portant une
lanterne. Chaque fois qu'il rencontrait un bahá'í venu de loin et incapable
d'entrer dans la ville, il lui donnait la lanterne et, le pèlerin portant la
lanterne comme un serviteur devant son maître, ils entraient dans la ville
puis dans la citadelle. ils ressor-taient de la même manière. après l'ascension
de Bahá'u'lláh, en attendant qu'on renforce le mur extérieur de la pièce qui
sert de tombeau, shaykh mah∂múd monta la garde sous une tente près du
mur. le travail dura environ une semaine.

le mariage de la plus-grande-branche

deux frères originaires d’ispahan, mírzá muh∂ammad-‘alíy-i-nahrí et mírzá
hádíy-i-nahrí furent guidés par le Bábu’l-Báb vers la religion nouvelle qui
s’était levée à Chiraz. un troisième frère, mírzá ibráhím, dont le nom est
immortalisé non pas par ses propres réalisations mais par celles de ses deux
fils* qui atteignirent au sacrifice suprême, ne les suivit pas dans cette voie. il
resta non seulement distant mais il aida à priver ses frères d’une bonne part
de leur patrimoine à cause de leur reconnaissance du qá’im de la famille de
muh∂ammad lorsqu’il éclaira le monde.

mírzá muh∂ammad-‘alí et mírzá hádí étaient les fils de mírzá siyyid mihdíy-
i-nahrí, un homme très fortuné dont le père, siyyid muh∂ammad-i-hindí
(l’indien), natif de zavárih (petit village proche d’ispahan), avait acquis de
grandes richesses en inde en épousant une fille de la maison royale indienne.
Pendant son séjour en inde, un voyant avait promis à siyyid muh∂ammad
que ses descendants seraient, avant longtemps, témoins de la venue du
qá’im. C’est pourquoi, il avait spécifié dans son testament que le gros de sa
fortune devait être placé aux pieds de ce

« seigneur de l’Âge ».

après la mort de siyyid muh∂ammad-i-hindí, son fils, h∆ájí siyyid mihdí
émigra en irak et séjourna à najaf. il y possédait, ainsi qu’à Kerbéla, des
magasins et des caravansérails construits pour le confort du public. il
possédait aussi une sorte de petit ruisseau, comme un canal, dont les gens
bénéficiaient grandement. voilà pourquoi on le connaissait sous le nom de
nahrí : de la rivière.

à Kerbéla, du vivant de siyyid Káz∂im-i-rashtí, mírzá muh∂ammad-‘alí et
mírzá hádí avaient été très attirés par le maintien, la dévotion et la courtoisie
d’un jeune siyyid de Chiraz. aussi, lorsqu’ils entendirent parler de l’aube qui
se levait à Chiraz, il se souvinrent de leur rencontre avec le jeune siyyid
shírází et ils ne se trompaient pas car il s’agissait bien de siyyid ‘alí-
muh∂ammad, le Báb.

* Ces fils étaient mírzá h∆asan et mírzá h∆usayn qui gagnèrent la couronne
du martyre et à qui la Plume très exaltée conferra les titre de sulπánu’s-
shuhadá (le roi des martyrs) et mah∂búbu’s-shuhadá (le bien-aimé des
martyrs).

dans la Gloire du Père

on rapporte que la femme de h∆ájí siyyid mihdí était connue pour sa piété et
sa stricte observance des dévotions de sa religion. avant la naissance de ses
deux fils, elle avait rêvé une nuit que deux splendides pleines lunes, sortant
du puits situé dans la cour de leur maison allaient se poser sur l’étagère où
elle plaçait ses vêtements.

Ce rêve l’avait tellement enchantée que le lendemain à l’aube elle se
précipitait vers la maison d’un célèbre mujtahid, h∆ájí siyyid muh∂ammad-
Báqir-i-shaftí, pour lui demander de l’interpréter. il la rassura, disant que son
rêve indiquait que deux de ses enfants deviendraient des lumières
étincelantes dont l’éclat illuminerait les annales de leur famille. Peu après
naissait mírzá muh∂ammad-‘alí et, quinze mois plus tard, mírzá hádí. en
grandissant, l’aîné montrait du talent et du goût pour les études théologiques
tandis que le plus jeune évitait le marché où son père faisait du commerce
pour se consacrer à une vie de prière et de méditation. le mujtahid dont il est
question plus haut fut si impressioné par le maintien et l’attitude de mírzá
hádí qu’il lui donna sa nièce en mariage. Cette dame qui allait devenir la
belle-mère du roi des martyrs reçu de la Plume sublime [Bahá’u’lláh] le titre
de shamsu’d-d∆uh∂á (lumineuse orbe).

d’autres fils de mírzá siyyid mihdíy-i-nahrí s’opposèrent aux deux frères qui
avaient épousé la cause du Báb et les privèrent de leur part d’héritage. eux
offrirent à T∆ahirih, pendant son séjour à Kerbéla, une boîte de bijoux qui
avait appartenu à leur père. C’est en les vendant que T∆ahirih put couvrir ses
dépenses. mírzá muh∂ammad-‘alí était à ispahan et vivait dans un collège
théologique, la madrisih-i-Kásihgarán, pendant que sa femme, n’ayant pas
d’enfants, vécut et mourut à Kerbéla. alors un autre bábí d’ispahan, h∆ájí
áqá muh∂ammad-i-nafaqih-furúsh, suggéra à mírzá muh∂ammad-‘alí de
quitter le collège pour venir s’installer dans sa maison et y épouser sa sœur,
ce qu’il accepta. mais ce mariage aussi resta sans enfant jusqu’à l’arrivée du
Báb à ispahan.
le gouverneur d’ispahan, manúchihr Khán, le mu‘tamidu’d-dawlih, avait
demandé à mír siyyid muh∂ammad, l’imám-Jum‘ih de cette ville, de
recevoir et de loger le Báb. et l’imám-Jum‘ih avait chargé mírzá ibráhím,
frère de mírzá muh∂ammad-‘alíy-i-nahrí, qui gérait ses propriétés, d’être
l’hôte du Báb. une nuit, plusieurs personnes furent invitées pour dîner avec
le Báb et mírzá muh∂ammad-

‘alíy-i-nahrí fut l’un d’eux. le Báb lui demanda s’il avait des enfants et en
apprenant que, malgré deux mariages, il n’en avait toujours pas, le Báb offrit
une cuille-

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe 367

rée de son dessert à mírzá muh∂ammad-‘alí qui en mangea un peu et garda le
reste pour sa femme. Peu de temps après, elle fut enceinte. mais de
nombreux événements s’étaient passés depuis le séjour du Báb à ispahan et il
était maintenant prisonnier de la forteresse de máh-Kú en azerbaïdjan
pendant que ses disciples rencontraient opposition et persécution. en réponse
à l’appel du Báb, mírzá muh∂ammad-‘alíy-i-nahrí et vingt-cinq bábís
d’ispahan et de ses environs, partirent vers le Khorassan et, avec beaucoup
d’autres disciples du Báb, se réunirent dans le hameau de Badasht pour
délibérer. avant de partir il informa sa femme, qui attendait leur enfant, que
si c'était une fille elle devrait s’appeler fáπimih. et c’est cette enfant,
première-née du mariage de mírzá muh∂ammad-‘alíy-i-nahrí et de la sœur
d’áqá muh∂ammad-i-nafaqih-furúsh qui deviendra la femme de la Plus-
Grande-Branche, le fils aîné de Bahá’u’lláh.

mírzá muh∂ammad-‘alí a raconté que lorsque la conférence de Badasht fut
terminée et que ses participants furent attaqués par les habitants de níyálá,
lui et son frère mírzá hádí, ainsi que d’autres bábís, empruntèrent une route
pour échapper à leurs persécuteurs. Très fatigué mírzá hádí s’évanouit ; ils se
réfugièrent dans un caravansérail en ruine, mais au cours de la nuit, mírzá
hádí mourut. au matin, mírzá muh∂ammad-‘alí s’aperçut que ses
compagnons étaient déjà partis. son sort semblait désespéré, car où trouver
de l’aide pour enterrer son cher frère ? alors qu'il se tenait devant les portes
du caravansérail, les yeux dans le vague, regardant sans les voir les ruines
qui l’entouraient, apparut une femme qui s’arrêta et lui demanda qui il était
et ce qu’il faisait. mírzá muh∂ammad-‘alí répondit que le corps de son frère
mort gisait à l’intérieur et qu’il avait besoin d’aide pour l’enterrer. étonné et
soulagé il entendit la femme lui répondre : « ne vous faites pas de souci.
Cette nuit j’ai rêvé de dame fát∂imih qui m’a dit : « un de mes descendants
vient de mourir dans ce caravansérail, vas-y pour aider à son enterrement »
et voilà pourquoi je suis là. » alors la femme partit chercher quelques
hommes dans son village tout proche.

ils lavèrent et enroulèrent le corps dans un linceul puis le mirent en terre au
bord de la route. épuisé, ayant vu son frère mourir et n’ayant aucune
nouvelle de sa sœur depuis Badasht, mírzá muh∂ammad-‘alí retourna à
ispahan.

les années passèrent. les rangs bábís avaient été décimés. le Báb avait subi le
martyre. Puis vint l’attentat contre le chah nás∂iri’d-dín et beaucoup des
coreligionnaires de mírzá muh∂ammad-‘alí connurent aussi le martyre.
Jináb-i-Bahá

dans la Gloire du Père

[Bahá’u’lláh], qu’il avait connu à Badasht, fut banni en irak et, entre-temps,
ses neveux mírzá h∆asan et mírzá h∆usayn avaient embrassé la nouvelle
religion.

la célébrité de Jináb-i-Bahá se répandait au loin. l’oncle et les neveux
décidèrent de partir en irak pour le rencontrer. en chemin, les neveux
suppliaient souvent leur oncle de se faire leur porte-parole quand ils
atteindraient l’irak, et mírzá muh∂ammad-‘alí les rassurait : « ne soyez pas
inquiets. Jináb-i-Bahá et moi sommes devenus de grands amis à Badasht. Je
le connais très bien. »

mais dès qu’ils se trouvèrent en présence de Bahá’u’lláh, mírzá
muh∂ammad-

‘alíy-i-nahrí devint muet et sa déférence ne connut plus de limites. en
sortant, les neveux insistèrent pour savoir ce qui était arrivé à leur oncle, lui
qui se réclamait d’une grande amitié avec Bahá’u’lláh ; il ne put que leur
répondre : « mais ce n’est plus le Jináb-i-Bahá que j’ai connu à Badasht. Je
jure par le dieu Tout-Puissant ! il est bien le Promis du Bayán, « Celui que
dieu manifestera ».

Pour sa part, Bahá’u’lláh offrit d’abondance son amour divin à ces croyants
humbles et dévoués d’ispahan. il rappellera à mírzá muh∂ammad-‘alíy-i-
nahrí :

« vous n’avez pas oublié que nous étions proches et de grands amis à
Badasht. »

Sháh-Sulπán khánum (khánum buzurg), demi-sœur de bahá’u’lláh

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe 369

Bahá’u’lláh avait l’intention de donner sa nièce, shahr-Bánú Khánum, la fille
de mírzá muh∂ammad-h∆asan, en mariage à son fils aîné. C’était aussi le
grand espoir du père qui accourut à Bagdad et supplia Bahá’u’lláh de créer
cette union.

mais il mourut avant que la Plus-Grande-Branche atteigne l’âge nécessaire.
et lorsque Bahá’u’lláh envoya áqá muh∂ammad-Javád-i-Káshání (le père
d’áqá h∆usayn-i-áshchí) à Téhéran, porteur d’une bague et d’un châle de
cachemire, suivant la coutume du temps, pour demander la main de shahr-
Bánú Khánum pour

‘abbás, la Plus-Grande-Branche, ce fut un échec. sháh-sult∂án Khánum
(connue sous le nom de Khánum Buzurg : la grande dame), demi-sœur de
Bahá’u’lláh qui prendra un jour le parti de mírzá yah∂yá, et son demi-frère
h∆ájí mírzá rid∂á-qulí, qui remplaçait le père décédé de la jeune fille,
refusèrent de la laisser partir en irak pour épouser la Plus-Grande-Branche.
elle sera mariée à mírzá ‘alí Khán, fils du grand vizir mírzá áqá Khán. le
frère de shahr-Bánú Khánum, mírzá fad∂lu’lláh, le niz∂ámu’l-mamálik, un
disciple dévoué de Bahá’u’lláh, écrivit que sa sœur ne s’habitua jamais à ce
mariage forcé arrangé par son oncle et sa tante, et se laissa dépérir jusqu’à ce
que, jeune encore, la tuberculose l’emportât. on a dit que h∆ájí mírzá rid∂á-
qulí avait refusé le mariage avec la Plus-Grande-Branche parce qu’il
craignait que cela déplaise à nás∂iri’d-dín sháh qui l’aurait alors réprimandé.

naturellement, les conjectures allaient bon train pour deviner qui la Plus-
Grande-Branche allait épouser. on raconte qu’un jour Bahá’u’lláh décrivit à
siyyid mihdíy-i-dahijí un rêve qu’il avait eu : « nous rêvâmes que le visage
de la charmante fille de notre frère mírzá h∆asan, dont nous avions demandé
la main pour la Plus-Grande-Branche, devenait de plus en plus sombre
jusqu’à ce qu’il disparaisse et soit remplacé par une autre fille au visage et au
cœur lumineux, et nous la choi-sîmes comme femme pour la Plus-Grande-
Branche. »

Pendant ce temps à ispahan, fáπimih Khánum, la fille de mírzá
muh∂ammad-

‘alíy-i-nahrí, fut mariée à son cousin, un jeune frère du roi des martyrs et du
bien-aimé des martyrs. fáπimih Khánum avait consenti à ce mariage bien
qu’elle ne l’ait pas désiré, mais, étrangement, à la grande surprise de ses
parents, pendant leur nuit de noce le jeune époux n’approcha pas son épouse.
quelque temps plus tard, le jeune homme mourut brusquement. Peu après
une épître adressée au roi des martyrs arriva à ispahan, dans laquelle
Bahá’u’lláh écrivait : « nous considérons que nous sommes associés. » il en
fut surpris et se demanda si l’un des membres de sa

dans la Gloire du Père

famille avait envoyé une supplique à Bahá’u’lláh. mais, après enquête, on
l’assura que non. il conseilla à tous de n’en souffler mot à personne et
d’attendre la suite. quelques mois plus tard shaykh salmán le coursier, arriva
à ispahan. il dit au roi des martyrs : « Je vous apporte la nouvelle d'une
merveilleuse générosité.

Je suis chargé d'emmener votre cousine, la fille de feu mírzá
muh∂ammad-‘alí, en Terre sainte, en passant par la mecque, comme des
pèlerins en h∂ajj. vous devez faire en sorte que nous soyons prêts à quitter
ispahan à temps pour le pèlerinage, en passant par Chiraz et Bouchir. Tout
cela doit être fait dans la discrétion et personne ne doit entendre parler de
notre voyage avant notre départ. » le temps venu, fáπimih Khánum et son
frère siyyid yah∂yá, accompagnés par shaykh salmán et un serviteur
partirent pour Chiraz. en y arrivant, ils s’installèrent dans un caravansérail
mais, très vite, les afnán vinrent les conduire à la maison de h∆ájí mírzá
siyyid muh∂ammad, l’oncle maternel du Báb. nous étions en 1872.

le lendemain, Khadíjih-Bigum, la femme du Báb, rendit visite à fáπimih
Khánum et la conduisit à la maison de h∆ájí mírzá siyyid ‘alí, l’oncle martyr
du Báb, où elle-même vivait. Ces deux maisons étaient proches l’une de
l’autre.

dans sa courte autobiographie, fáπimih Khánum écrit :

d’une grande probité, la femme de l’oncle [du Báb] était très pieuse mais elle
n’était pas confirmée dans cette merveilleuse cause. [C’était une demi-sœur
de la femme du Báb]. elle disait toujours : « quel tumulte notre mírzá ‘alí-
muh∂ammad a causé dans le monde ! Tant d’âmes précieuses qui périrent !
Tant de sang répandu ! » je lui répondais poliment : « Chère madame, notre
mírzá ‘alí-muh∂ammad était le qá’im de la famille de muh∂ammad, le
Promis de toutes les écritures. Chaque fois qu’au cours des âges l’appel de
dieu a résonné, le tumulte causé dans le monde fut le même et des rivières de
sang coulèrent. C’est toujours pareil. vous qui lisez le coran jour et nuit,
vous connaissez ces versets : «…et chaque fois qu’un messager vient vers
vous avec ce que votre âme ne veut pas, vous devenez arrogants, et
quelques-uns mentent, et quelques-uns sont tués. » ou encore : « ah !
malheur à ces serviteurs ! Chaque fois qu’un messager vient vers eux, ils se
moquent de lui. » Je lus encore quelques versets tirés du coran. elle répondit
: « nul ne sait le sens réel de ce qui est dans le coran, excepté dieu et les
érudits. » Je répondis ;
« Très bien, je n’insiste pas, gardez votre opinion et vos préférences. mais
laissons le coran et lisons ces vers du Mathnaví [la grande œuvre poétique
de Jaláli’d-dín-i-rúmí].

qu’inflige Pharaon à moïse, au messager de dieu ?… nous avons passé
beaucoup de temps à lire le Mathnaví… après notre départ de Chiraz, elle
accepta la foi.1

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe 371

Fáπimih, Munírih khánum, épouse de ‘abdu’l-bahá

dans la Gloire du Père
fáπimih Khánum, qui prendra bientôt le nom que lui donnera Bahá’u’lláh :
munírih Khánum, rapporte dans son autobiographie ce que la femme du Báb
lui dit d’elle-même :

une nuit je rêvai que fáπimih [la fille du Prophète] était venue chez nous
pour demander ma main. mes sœurs et moi allâmes à sa rencontre heureuses
et impatientes.

elle se leva, m’embrassa sur le front. dans mon rêve, je sentis qu’elle
m’approuvait. au matin, je ressentais encore beaucoup de joie, mais la
modestie m’empêcha de parler de mon rêve à quiconque. le jour même dans
l’après-midi, la mère de cet être béni [le Báb]

vint nous rendre visite. ma sœur et moi allâmes à sa rencontre et, exactement
comme dans mon rêve, elle se leva et m’embrassa sur le front. une fois
partie, ma sœur aînée me dit qu’elle était venue pour demander ma main. Je
dis : « quelle chance j’ai ! » et je racontai mon rêve de la nuit précédente… »

fáπimih Khánum apprécia beaucoup son séjour à Chiraz et particulièrement
ses rencontres avec la femme du Báb. mais, trop tôt pour elle, vint le
moment où shaykh salmán accéléra le départ pour l’étape suivante du
voyage. il dit à fáπimih Khánum et siyyid yah∂yá que Bahá’u’lláh tenait
beaucoup à ce qu’ils voyagent avec la caravane de pèlerins allant à la
mecque. en février 1873, après dix-huit jours de mer, ils arrivèrent à Jiddah
d’où ils continuèrent sur la mecque pour accomplir les rites du pèlerinage. ils
y rencontrèrent siyyid ‘alí-akbar-i-dahijí (neveu de siyyid mihdí) et sa
femme qui arrivaient de Terre sainte pour accomplir le h∂ajj et c’est d’eux
qu’ils apprirent, consternés, qu’à cause du meurtre des azalís, les
compagnons avaient de nouveau été jetés en prison et que nul n’avait le droit
d’entrer à acre. mais shaykh salmán restait persuadé que, puisque c’était le
vœu de Bahá’u’lláh, ils trouveraient un moyen d’entrer dans la ville. à leur
retour à Jiddah, les attendait une lettre de mírzá áqá Ján qui leur demandait
de rester là jusqu’au départ des pèlerins, puis de continuer jusqu’à alexandrie
et d’y attendre un télégramme de Terre sainte. fáπimih Khánum indique
qu’ils étaient dix-sept bahá’ís réunis à alexandrie. enfin, un câble de
Bahá’u’lláh arriva, leur enjoignant de se disperser à l’exception de leur
groupe : fáπimih Khánum, siyyid yah∂yá, shaykh salmán et leur serviteur,
qui devaient prendre le vapeur autrichien en route pour acre où ils devaient
rencontrer ‘abdu’l-ah∂ad. Ce dernier, originaire de Chiraz, n’avait pas été
banni à acre et, sur la demande de Bahá’u’lláh, s’y était ins-

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe 373

bahá’íyyih khánum, la plus-Sainte-Feuille, sœur de ‘abdu’l-bahá

dans la Gloire du Père

tallé de lui-même. étant tout à fait libre, il put rendre de nombreux services
aux compagnons, qui obéissaient aux injonctions de Bahá’u’lláh. mais
lorsque le vapeur jeta l’ancre devant acre, on ne voyait ‘abdu’l-ah∂ad nulle
part. Tous les passagers débarquèrent, et la nuit tombant sur le navire vide,
on remonta la passerelle. Pendant ce temps, shaykh salmán ne cessait
d’appeler d’une voix forte et c’est à la dernière minute que ‘abdu’l-ah∂ad
arriva dans une barque. la passerelle fut abaissée de nouveau et ils quittèrent
le navire. la nuit était très noire et fáπimih Khánum ne vit personne sur le
quai à l’exception de’áqáy-i-Kalím et ilyás

‘abbúd. Plus tard, la Plus-sainte-feuille, sœur de ‘abdu’l-Bahá, lui affirma
que ce dernier était présent sur le quai à la demande de Bahá’u’lláh, mais
elle ne le vit pas.

áqáy-i-Kalím les conduisit au Khán-i-Jurayní (appelé aussi Khán al-‘umdán)
où il logeait avec sa famille. le lendemain, des membres de la famille de
Bahá’u’lláh vinrent conduire les nouveaux arrivants en sa présence. fáπimih
Khánum écrit :

« ses premiers mots furent : « nous vous avons fait entrer dans la ville-prison
alors que les portes en sont fermées à la face de tous, afin que le pouvoir de
dieu soit clair et évident pour tous. » fáπimih Khánum vécut cinq mois dans
la maison d’áqáy-i-Kalím. elle rencontra régulièrement Bahá’u’lláh et,
chaque fois qu’áqáy-i-Kalím venait en présence de Bahá’u’lláh, il recevait
un petit cadeau pour elle.

fáπimih Khánum écrit :

un jour áqáy-i-Kalím me dit : « Je t'apporte un merveilleux cadeau de la
Perfection bénie. il t'a donné un nouveau nom : munírih (lumineuse). » en
entendant cela, je me souvins immédiatement du rêve dont la Perfection
bénie avait parlé à áqá siyyid mihdi qui nous l’avait répété. « dans le monde
des rêves, je vis la fille de mon frère, mírzá h∆asan, tomber malade, la
couleur de son visage changer et peu à peu elle devint de plus en plus maigre
et faible, jusqu’à ce qu’elle quitte ce monde. à sa place se tenait une fille au
visage et au cœur lumineux et nous l’avons choisi pour la Plus-Grande-
Branche. » n’ayant pas de maison, je vivais dans la maison d’áqá-i-Kalím et,
chaque fois que le propriétaire, Khájih ‘abbúd, en demandait la raison,
personne ne lui répondait jusqu’à ce qu’il comprenne par lui-même que
c’était par manque de place.

immédiatement il agrandit la partie où logeaient les membres de la sainte
famille en ouvrant une pièce de sa propre maison qu’il fit magnifiquement
décorer.

Khájih‘abbúd présenta la pièce à Bahá'u'lláh en disant : « J’ai fait préparer
cette

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe 375

pièce pour le maître. » Bahá’u’lláh l’accepta et plus rien n’empêchait
dorénavant le mariage de la Plus-Grande-Branche. Bahá’iyyih Khánum, la
Plus-sainte-feuille, offrit à munírih Khánum une robe blanche et, trois heures
après le coucher du soleil, elle fut conduite en présence de Bahá’u’lláh qui,
comme l’écrit munírih Khánum, reposait alors sous une moustiquaire. la
langue de grandeur s’adressa alors à elle :

ô ma feuille et ma servante, par ma grâce inégalée par tous les trésors de la
terre et des cieux je t’ai choisie et acceptée pour servir ma Plus-Grande-
Branche. Beaucoup de jeunes filles, à Bagdad, andrinople et dans la grande
prison, espéraient ce don, mais il leur fut refusé. remercie dieu pour cette
grande générosité, ce grand cadeau qui t’est offert. que dieu soit avec toi.

dans la Gloire du Père

pièce dans laquelle le kitáb-i-aqdas fut révélé, située à l’arrière de la maison
de ‘abbúd (maison de ‘Údí khammár). Quand bahá’u’lláh déménagea,

‘abdu’l-bahá vint l’occuper.

les meubles datent de cette époque.

dernières années derrière les murs

C’esT dans la maison de ‘abbúd en 1873, durant le gouvernorat d’ah∂mad
Big Tawfíq, que Bahá’u’lláh compléta la révélation du kitáb-i-aqdas, le
Très-saint livre, contenant les lois et les prescriptions de sa révélation et
beaucoup d’autres textes. il venait de s’installer dans cette maison
appartenant à ‘Údí Khammár et les troubles suscités par ses ennemis et ses
propres compagnons continuaient à monter autour de lui. le kitáb-i-aqdas
supplante le kitáb-i-bayán révélé par le Báb et sa promulgation, comme
l’écrit le Gardien, « peut être considérée comme l’acte le plus important de
sa révélation… »

en exposant ci-dessous la portée et la signification de ce livre unique le
Gardien, dévoile une vision qui exprime le caractère central et majestueux
que le kitáb-i-aqdas est destiné à prendre dans le déploiement d’une société
mondiale : dépositaire principal de cette loi prévue par le prophète esaïe, et
que l’auteur de l’apocalypse a décrite comme le nouveau ciel et la nouvelle
terre, comme le tabernacle de dieu, la cité sainte, l’ épousée, la nouvelle
Jérusalem venue du ciel, ce très saint livre, auquel le Kitáb-i-iqán fait
allusion, dont les clauses doivent rester inviolées pendant au moins un
millénaire, et dont le plan directeur englobera la planète entière, peut être
considéré comme la plus brillante conception sortie de l’esprit de
Bahá’u’lláh, comme le livre mère de sa dispensation, la charte du nouvel
ordre mondial.

[...] ce livre, ce trésor contenant les gemmes inestimables de sa révélation se
détache, en vertu des principes qu’il inculque, des institutions
administratives qu’il prescrit, et de la fonction dont il investit le successeur
désigné de son auteur, comme une œuvre unique et incomparable entre
toutes les écritures sacrées du monde. [...] le Kitáb-i-aqdas, révélé, du
commencement à la fin, par l’auteur de la dispensation lui-même, non
seulement préserve pour la postérité les lois et ordonnances fondamentales
sur lesquelles doit reposer la structure de son futur ordre mondial, mais en
plus du rôle d’interprète donné à son successeur, prescrit les institutions
nécessaires qui, seules, peuvent garantir l’intégrité et l’unité de sa foi.

dans cette charte de la future civilisation mondiale, l’auteur - à la fois juge,
législa-

dans la Gloire du Père
teur, unificateur et rédempteur de l’humanité - annonce aux rois de la terre la
promulgation de la plus grande loi ; il déclare que ces rois sont ses vassaux,
se proclame lui-même roi des rois, dénie toute intention de porter la main sur
leurs royaumes, et se réserve le droit de saisir et de posséder le cœur des
hommes ; il recommande aux chefs ecclésiastiques du monde de ne pas peser
le livre de dieu selon les normes admises chez eux, et affirme que le livre lui-
même est la balance juste assignée aux hommes. dans ce livre, il ordonne
formellement de fonder la Maison de Justice, définit ses fonctions, fixe ses
revenus et désigne ses membres comme les hommes de justice, les
représentants de dieu, les administrateurs du très-Miséricordieux ; il fait
allusion au futur Centre de son alliance et lui décerne le droit d’interpréter
ses écrits sacrés, et il anticipe d’une manière implicite l’institution du
Gardiennat ; il se porte garant de l’effet révolutionnaire de son ordre
mondial, formule la doctrine de l’infaillibilité absolue de la manifestation de
dieu, affirme que cette infaillibilité est le droit inhérent et exclusif du
prophète, et écarte la possibilité de la venue d’une autre manifestation avant
un délai d’au moins un millénaire.

[...] les appels significatifs, adressés aux présidents des républiques du
continent américain, d’avoir à saisir leur chance, au jour de dieu, et de
soutenir la cause de la justice, l’injonction faite aux membres des parlements
à travers le monde, les pressant d’adopter un langage et une écriture uniques
pour tous, ses avertissements à Guillaume ier, le vainqueur de napoléon iii,
les reproches qu’il adressa à françois-Joseph, l’empereur d’autriche, son
allusion aux lamentations de berlin, quand il interpelle les rives du rhin, sa
condamnation du trône de la tyrannie établi à Constantinople, l’annonce
qu’il fit de la fin de sa splendeur visible et des adversités qui allaient
s’abattre sur ses habitants, les paroles d’encouragement et de réconfort qu’il
adressa à sa ville natale, lui affirmant que dieu l’a choisie pour être la source
de joie de toute l’humanité, sa prophétie selon laquelle la voix des héros du
khorassan s’élèvera pour glorifier leur seigneur, son affirmation que des
hommes doués d’une grande vaillance seront suscités dans Kirmàn et
parleront de lui, et enfin son assurance magnanime donnée à un frère perfide,
qui lui avait apporté tant de tourments, qu’un dieu très généreux et toujours
clément lui pardonnerait ses iniquités si seulement il se repentait, tout ceci
contribue à enrichir encore le contenu d’un livre que son auteur désigna
comme la source de la vraie félicité, la balance juste, la voie droite et
l’animateur de l’humanité.1
sa portée est si vaste, affirme Bahá’u’lláh, qu’il englobe tous les hommes
même avant qu’ils le reconnaissent. avant peu son pouvoir souverain, son
influence pénétrante et la grandeur de sa puissance seront manifestes sur
terre.2

dernières années derrière les murs 379

au bienveillant gouverneur ah∂mad Big Towfíq succéda l’hypocrite ‘abdu’r-
rah∂mán Páshá qui, dès son arrivée, commença à jouer un jeu plein de
duplicité.

Gentil en apparence, il montra en plusieurs occasions lors de ses rencontres
avec la Plus-Grande-Branche, amitié et respect. mais par ailleurs,
discrètement, il restait en contact étroit avec les adversaires de la foi parmi
les habitants d’acre. et c’est ensemble qu’ils préparèrent une campagne de
dénigrement des bahá’ís. ils envoyèrent rapport après rapport aux autorités
supérieures disant que ces exilés, qui avaient été envoyés à acre pour être
isolés afin d’éviter qu’ils en contaminent d’autres, avaient obtenu un trop
grand degré de liberté, pouvaient rencontrer qui ils voulaient, allaient
librement où ils voulaient, tenaient des boutiques prospères, et conduisaient
des affaires florissantes. un jour, un ordre arriva, rappelant que les bahá’ís
étaient des prisonniers qui n’avaient pas le droit de tenir des boutiques ni de
faire des affaires. ‘abdu’r-rah∂mán Páshá, ravi de ces nouvelles instructions
venues de ses supérieurs, décida de les appliquer d’une manière
spectaculaire.

Comme c’était le mois de ramadan, période de jeûne musulman, il prévit de
faire une descente dans le bazar avec ses hommes et d’ordonner aux bahá’ís
de fermer leurs boutiques et de les abandonner. un acte pareil, accompli
publiquement par le gouverneur de la ville lui-même, ne pourrait qu’avoir un
effet désastreux sur la réputation des bahá’ís.

la Plus-Grande-Branche avait deviné les tromperies du gouverneur et
Bahá’u’lláh ordonna aux compagnons de ne pas ouvrir leurs boutiques. le
jour venu, ‘abdu’r-rah∂mán Páshá entra dans le bazar, hautain et pompeux,
entouré d’une cour de fonctionnaires serviles et de quelques adversaires de
la foi. il trouva une première boutique fermée, puis une autre, une troisième
et une quatrième.
« nous sommes en ramad∂án, dit-il, ils n’ont pas ouvert leurs boutiques très
tôt.

mais sans doute vont-ils venir avant peu. » il attendit donc dans la maison
des gardes pendant une heure ou deux. Toujours aucun signe de bahá’í
venant ouvrir sa boutique. soudain, au milieu de la foule apparut le mufti.
l’inquiétude se lisait sur son visage et il tenait une feuille de papier qu’il
donna au gouverneur. C’était un cablogramme de raf’at Big qui, de damas,
annonçait le renvoi de ‘abdu’r-rah∂mán Páshá et la nomination provisoire
d’as’ad effendi pour le remplacer. il ajoutait qu’il envoyait ses salutations à
‘abbás effendi (‘abdu’l-Bahá). ‘abdu’r-rah∂mán Páshá était catastrophé et les
adversaires de la foi, abasourdis. Pendant ce

dans la Gloire du Père

temps, le chef du bureau du télégraphe se précipitait chez ‘abdu’l-Bahá pour
lui montrer le cablogramme. un fonctionnaire demanda si ‘abbás effendi
avait été en contact avec les autorités supérieures. Pas du tout, répondit
‘abdu’l-Bahá. il ne s’était plaint à personne. il n’avait fait que prier
l’assemblée céleste. et áqá rid∂á nous dit que les fonctionnaires affirmaient
que cet événement était un vrai miracle.

as’ad effendi avait été chargé de mener une enquête à acre concernant les
bahá’ís, avant la nomination d’un nouveau gouverneur. les amis de la foi
l’avaient encouragé à ne pas se hâter ni à faire preuve d’excès de pouvoir. on
lui avait dit que ces exilés méritaient toute sa considération. il avait bien
compris la situation et, en arrivant à acre, il dit simplement que ses
supérieurs l’avaient chargé de faire une enquête. C’est pourquoi il souhaitait
se trouver en présence de Bahá’u’lláh.

Bien que sachant que celui-ci ne recevait personne, il renouvela sa requête
car les adversaires de la foi avaient affirmé que si l’on ne pouvait pas voir
Bahá’u’lláh c’est qu’il n’était pas là, ayant réussi à s’évader. ilyás ‘abbúd
intercéda de nouveau et Bahá’u’lláh accepta. as’ad effendi entra en présence
de Bahá’u’lláh avec humilité et révérence, s’agenouilla et baisa le pan de son
vêtement et demanda à être béni et confirmé.
as’ad effendi demeura gouverneur jusqu’à la venue de fayd∂í Páshá qui,
pendant son bref gouvernorat, améliora grandement le système d’éducation
d’acre et pourvut la ville d’une bonne alimentation en eau douce. il se
comportait amicalement avec les exilés. Puis, tout le monde à acre assista à
un nouveau miracle : les puits qui, jusque-là, n’avaient que de l’eau
saumâtre, débordèrent soudain d’eau douce et potable. en décrivant cette
période, le Gardien de la foi bahá’íe écrit : Bien que Bahá’u’lláh n’accordât
pratiquement jamais d’entrevues personnelles comme il en avait l’habitude à
Bagdad, son influence était pourtant telle à présent, que les habitants
attribuaient carrément l’amélioration sensible du climat et de l’eau de leur
ville à sa présence permanente au milieu d’eux. les titres tels que chef
auguste et Son altesse, qu’ils lui donnaient lorsqu’ils parlaient de lui,
indiquent bien la vénération qu’il leur inspirait. 3

après environ deux mois, fayd∂í Páshá fut rappelé à istanbul et remplacé par
ibráhím Páshá h∆aqqí qui agit également avec rectitude et gentillesse.
mus∂πafá d∆íyá

dernières années derrière les murs 381

Páshá qui lui succéda et fut le gouverneur d’acre pendant quelques années
montra encore plus de bonne volonté que ses prédécesseurs et alla jusqu’à
dire à Bahá’u’lláh qu’il pouvait quitter les limites des murs de la ville et
s’installer dans la campagne. mais Bahá’u’lláh n’accepta pas cette
proposition. Comme le rappelle le Gardien, « Pendant presque dix ans
[Bahá’u’lláh] n’était pas sorti des murs de la ville. son seul exercice avait
consisté à marcher d’une manière monotone autour de sa chambre. » 4
voyons maintenant comment ‘abdu’l-Bahá décrit la manière dont son père
quitta pour toujours les limites des murs de la ville.

Bahá’u’lláh aimait la beauté et la verdure des campagnes. un jour, il fit cette
remarque : « Je n’ai vu aucune verdure depuis neuf ans. la campagne est le
monde de l’âme, la ville est le monde des corps. » quand ce propos me fut
rapporté, je compris à quel point il avait la nostalgie de la nature et je fus
convaincu de réussir par mes efforts à satisfaire son désir. il y avait alors à
acre un homme appelé muh∂ammad Páshá safwat qui nous était
extrêmement hostile. il possédait un palais appelé « mazra’ih », situé à acre
au dix-neuvième siècle. la porte de la terre par où bahá’u’lláh quitta la
ville-prison (d’après Wilson, Picturesque Palestine )

dans la Gloire du Père
détail de la porte de la terre d’acre,

photo prise récemment par hooper dunbar

dernières années derrière les murs 383

environ sept kilomètres au nord de la ville, dans un site ravissant tout
entouré de jardins où coulait un ruisseau. J’allai trouver le propriétaire chez
lui. Je lui dis : « Páshá, votre palais est vide et vous vivez à acre. » il
répondit : « Je suis infirme et ne puis quitter la ville. si je vais là-bas, en ce
lieu solitaire, je me sens loin de mes amis. » Je dis :

« Puisque vous ne vivez pas là-bas et que la maison est vide, laissez-nous y
aller. » il fut surpris de la proposition mais ne tarda pas à l’accepter. J’eus la
maison pour un loyer très minime, environ cinq livres par an ; je lui payai
cinq années et établis un bail.

J’envoyai des ouvriers réparer la maison, mettre le jardin en état et j’y fis
installer des bains. Je fis aussi préparer une voiture pour la Beauté bénie. un
jour, je résolus d’aller visiter l’endroit moi-même.

en dépit des firmans répétés nous interdisant de passer la limite des murs de
la ville, je sortis de la cité. des gendarmes veillaient, mais ils n’élevèrent
aucune objection et je me dirigeai directement vers le palais. le jour suivant,
je m’y rendis de nouveau, accompagné de quelques amis et personnalités de
la ville et je ne fus ni arrêté ni molesté, bien que des gardes et des sentinelles
veillassent de chaque côté des portes. une autre fois, je préparai un banquet,
fis mettre la table sous les pins de Bahjí et je réunis les notables et les
fonctionnaires de la ville. le soir, nous retournâmes tous ensemble à acre.

le manoir de Mazra‘ih où bahá’u’lláh résida

après avoir quitté la ville-prison d’acre

dans la Gloire du Père

le manoir de Mazra‘ih tel qu’on peut le voir aujourd’hui

un jour, je me rendis en la sainte présence de la Beauté bénie et je lui dis : «
la villa de mazra’ih est prête pour vous recevoir et une voiture attend pour
vous y conduire. »

(en ce temps-là, il n’y avait de voiture ni à acre ni à haïfa.) il refusa, disant :
« Je suis prisonnier. » quelque temps après, je renouvelai ma requête, mais
sans plus de succès.

Je m’enhardis jusqu’à en parler une troisième fois, mais la réponse fut
encore « non »

et je n’osai pas insister davantage. Cependant, il y avait à acre un certain
shaykh musulman, homme bien connu et très influent qui vénérait
Bahá’u’lláh et avait su gagner sa confiance. J’appelai ce shaykh et lui
expliquai la situation. Je lui dis : « vous êtes hardi ; allez ce soir en la sainte
présence, mettez-vous à genoux devant elle, prenez-lui les mains et
n’abandonnez pas avant d’avoir obtenu sa promesse de quitter la ville. » il
était arabe* !... il se rendit à l’instant auprès de Bahá’u’lláh, s’assit tout près
de lui, s’empara des mains de la Beauté bénie, les baisa et demanda : «
Pourquoi ne quittez-vous pas la ville ? » Bahá’u’lláh dit : « Je suis
prisonnier. » le shaykh répliqua :

« dieu vous en garde ! qui a le pouvoir de faire de vous un prisonnier ? vous
vous emprisonnez vous-même. C’est par votre volonté seule que vous avez
été emprisonné et maintenant je vous supplie de partir d’ici pour vous rendre
à ce manoir. il est agréable et entouré de verdure. les arbres y sont splendides
et les oranges y ressemblent à des

* C’est-à-dire persévérant, tenace, courageux.

dernières années derrière les murs 385

le jardin de rid∂ván près d’acre où bahá’u’lláh se reposa sous ces mûriers.

on peut voir un de ses sièges, à droite

boules de feu. » aussi longtemps que la Beauté bénie répéta : « Je suis un
prisonnier, cela est impossible », le shaykh prit ses mains et les embrassa. il
plaida une heure durant. à la fin, Bahá’u’lláh dit : « Khaylí Khub ! » [très
bien] et la patience et la persévérance du shaykh se trouvèrent récompensées.
[…] en dépit du sévère firman de
‘abdu’l-’azíz qui m’interdisait toute rencontre et communication avec la
Perfection bénie, je pris la voiture le lendemain et conduisis Bahá’u’lláh au
manoir. Personne n’y fit objection. Je l’y laissai et revins à la ville. 5

mazra’ih était un lieu très agréable, loin de l’agitation d’acre. C’était une
ancienne propriété de ‘abdu’lláh Páshá, une villa d’été qu’il avait construit
sur les terres de son père. C’est aussi dans un ensemble de maisons d’acre lui
appartenant que, plus tard, ‘abdu’l-Bahá résida pendant plusieurs années et
que shoghi effendi, le Gardien de la foi bahá’íe, naquit. aujourd’hui, en
dehors de son palais de Bahjí (qui a considérablement changé en caractère et
a perdu son ancien nom) toutes les autres résidences de ‘abdu’lláh Páshá, à
acre et en dehors de la ville, sont la propriété du centre mondial de la foi
bahá’íe.

finalement, Bahá’u’lláh fut libéré de l’atmosphère oppressante d’acre et de
ses

dans la Gloire du Père

le jardin de rid∂ván et la petite maison où séjourna bahá’u’lláh Vue du
jardin de rid∂ván

dernières années derrière les murs 387

opposants. mazra’ih, situé dans un environnement si agréable, avec sa vue à
l’est vers la vallée et les collines, et à l’ouest vers la mer proche, lui offrait le
premier répit depuis de nombreuses années, après l’agression constante pour
la vue et l’ouïe qu’offre un enfermement dans une ville fortifiée et
surpeuplée. Comme le dit shoghi effendi, cette résidence et le « jardin de
na’mayn, petite île située au milieu d’une rivière à l’est de la ville, honoré du
nom de rid∂ván et que Bahá’u’lláh surnomma la nouvelle Jérusalem et notre
île verdoyante, » devinrent ses « lieux de retraite favoris ».6

au temps de son incarcération la plus sévère, Bahá’u’lláh avait écrit : ne
crai-gnez point. ces portes s’ouvriront. Ma tente sera plantée un jour sur le
mont carmel et nous connaîtrons la plus grande joie.7

Compte tenu des circonstances de l’exil et de l’emprisonnement de
Bahá’u’lláh : les très durs et très stricts décrets du sultan de Turquie, reconnu
comme le caliphe, le souverain pontife de l’islam ; le caractère retors et
capricieux du despotisme ottoman et de son administration ; les persécutions
incessantes organisées par les autorités persanes qui conduisirent les exilés
jusque dans la ville prison et sa sinistre citadelle ; sans oublier les ennuis
supplémentaires causés par l’horrible meurtre des azalís, qui aurait pu penser
que, moins de neuf ans après l’arrivée des exilés à acre, un personnage aussi
important que shaykh ‘alíy-i-mírí, le mufti de la ville, se jetterait aux pieds
de Bahá’u’lláh le suppliant de quitter les murs de la ville pour aller
s’installer à la campagne ?

néanmoins, tout ce que Bahá’u’lláh avait prédit aux jours les plus noirs se
réa-lisait. les portes s’ouvrirent, il sortit d’acre librement et sa tente serait
bientôt dressée sur le mont Carmel.

les années à bahjí

Bahá’u’lláh résidait depuis deux ans à mazra‘ih, lorsque le manoir connu
aujourd’hui sous le nom de Bahjí (délices) et que ‘Údí Khammár avait bâti
pour lui et sa famille à proximité du vieux palais de ‘abdu’lláh Páshá, fut
libéré. une épidémie ravageait la campagne et les gens s’enfuyaient. en 1879
‘Údí Khammár mourut et fut enterré près du mur de sa maison. alors la Plus-
Grande-Branche fit les démarches pour obtenir la maison de ‘Údí Khammár
pour son père. elle fut d’abord louée puis achetée. Bahá’u’lláh s’y installa en
septembre 1879 et ce majestueux manoir de Bahjí sera sa demeure pour le
restant de ses jours ; c’est là qu’au-ra lieu son ascension en1892. Proche du
bord de mer, Bahjí était assez éloigné de l’environnement désolé et terne
d’acre pour avoir une sorte de beauté rurale, une atmosphère de campagne.
les pins tout proches qu’on peut voir encore aujourd’hui ajoutent à son
charme. des fenêtres de sa chambre, Bahá’u’lláh pouvait voir les eaux bleues
de la méditerranée, les hauts minarets d’acre et, de l’autre côté de la baie, la
douce silhouette du mont Carmel. le manoir, superbe et splendide, garde
aujourd’hui le tombeau adjacent qui, pour les bahá’ís est le lieu le plus sacré
du monde car il contient les restes mortels de Bahá’u’lláh. là, on peut faire
l’expérience de cette paix de l’âme à laquelle tout le monde aspire.*

dans bahá’u’lláh et l’ère nouvelle, le docteur J.e. esslemont décrit la vie à
Bahjí :

* Bahjí est le nom d’un merveilleux jardin planté par sulaymán Páshá pour
sa fille, fáπimih. ‘abdu’lláh Páshá, dont le père, ‘alí Páshá, possédait ce
terrain, l’embellit encore et bâtit un manoir sur le site pour son harem.

lorsqu’ibráhím Páshá assiégea acre en 1831, il y installa son quartier général.
la propriété, devenue célèbre pour ses merveilleux jardins et ses bassins
rafraîchissants alimentés par l’eau de l’aqueduc, devint au temps de
Bahá’u’lláh la propriété des al-Jamáls, une famille chrétienne qui deviendra
plus tard ennemie de ‘abdu’l-Bahá.

Plus tard encore, il passa entre les mains de la famille Baydún qui sera aussi
ennemi de la foi. aujourd’hui, ses murs abritent une institution
gouvernementale pour handicapés.
le manoir de Bahá’u’lláh à Bahjí fut construit par ‘Údí Khammár, à côté du
manoir de ‘abd’u’lláh Páshá, sur un terrain acheté aux Jamáls. d’après de
vieilles cartes un bâtiment existait sur ce site, dont les fondations servirent à
‘Údí Khammár. d’après l’inscription qu’on peut lire sur le manoir, il fut
terminé en 1870. C’est probablement le fils de ‘Údí Khammár, andrávis
Khammár qui le louera à ‘abdu’l-Bahá comme résidence de Bahá’u’lláh.

dans la Gloire du Père

ayant, dans ses précédentes années de malheur, montré comment on peut
glorifier dieu dans la pauvreté et l’ignominie, Bahá’u’lláh, dans ses dernières
années à Bahjí, montra comment on peut glorifier dieu au sein des honneurs
et de l’abondance. les offrandes de centaines de milliers de disciples dévoués
mirent à sa disposition des sommes importantes qu’il fut appelé à
administrer. Bien que sa vie à Bahjí ait été décrite comme vraiment royale,
au sens le plus élevé du terme, toutefois il ne faut pas s’imaginer qu’elle
l’était par la splendeur matérielle et l’extravagance. la Perfection bénie et sa
famille vivaient d’une façon très simple, très modeste, et toutes les dépenses
destinées à satisfaire un luxe égoïste étaient exclues de la maison. Près de
son habitation, les croyants aménagèrent un très beau jardin, appelé ridván
(paradis), dans lequel il passait souvent plusieurs journées consécutives et
même des semaines, dor-mant la nuit dans un modeste pavillon construit
dans le jardin. quelquefois, il s’aven-turait dans la campagne. il visita
plusieurs fois acre et haïfa et, à plusieurs reprises, sa tente fut plantée sur le
mont Carmel, comme il l’avait prédit pendant son emprisonnement à acre1

régulièrement Bahá’u’lláh visitait les demeures de ses compagnons vivant à
acre et, fréquemment, il rendait visite, de jour comme de nuit, à la demeure
de ses deux frères : mírzá muh∂ammad-qulí dont les appartements
surplombaient le Khán-i-shárvirdí, et áqáy-i-Kalím qui logea d’abord dans le
Khán al-‘umdán puis s’installa dans des locaux au-dessus de Khán-i-
Pahlaván, à droite de l’entrée du Súq al-abyad∂ (le marché oriental). il y
avait plusieurs jardins autour de mazra‘ih et du manoir de Bahjí, comme le
jardin de rid∂ván, le jardin de firdaws, les jardins de Junaynih et de Bustán-i-
Kabír à mazra‘ih. il visitait aussi des villages voisins, comme yirkih et abú-
sinán. il avait fait dresser sa tente au sommet d’une colline près d’yirkih,
passant la journée sous la tente et la nuit dans le village. il y avait aussi des
collines plus proches d’acre comme Tall-i-fakhkhár, appelée aussi la colline
de napoléon, près du jardin de rid∂ván. des fouilles archéologiques ont
montré que c’est le site de l’ancienne cité phénicienne/cananéenne d’acre. et
la colline appelée samaríyyih qui donne sur Bahjí et où des fleurs rouges
poussaient en abondance, était appelée Buq‘atu’l-h∆amrá (le lieu vermeil).
C’est l’armée qui l’occupe aujourd’hui. au printemps, quand la colline ver-
doyait et se couvrait de fleurs rouges, coquelicots et anémones par exemple,
Bahá’u’lláh y faisait planter sa tente. et des années plus tard, quand ‘abdu’l-
Bahá

les années à BahJí 391

le manoir de bahá’u’lláh à bahjí. ancienne vue du sud, avant que soient
plantés les jardins actuels

sera de nouveau incarcéré à acre, il demandera mélancoliquement à ceux qui
revenaient du mausolée de son père : « les fleurs sont-elles bien rouges sur
Buq‘atu’l-h∆amrá ? »

régulièrement, gouverneurs et fonctionnaires de divers rangs venaient à acre
et dans ses environs, qui étaient quelquefois malveillants, cupides ou très
fanatiques et donc, inamicaux envers la religion de Bahá’u’lláh, mais les
jours où toute la bureaucratie dénigrait la foi et s’y opposait, avaient disparus
pour de bon. après les tempêtes et les tensions des premières années, les
années à Bahjí seront calmes et paisibles.

on a déjà parlé de mus∂t∂afá d∆íyá Páshá, le gouverneur d’acre qui fit savoir
à Bahá’u’lláh que s’il désirait quitter acre, il ne s’y opposerait pas. áqá rid∂á
indique que ce gouverneur juste et bienveillant fit preuve de sa bonne
volonté pendant tout son séjour à acre et, lorsqu’il devint gouverneur de
Tripoli, il continua à écrire pour exprimer ses sentiments chaleureux. il
traitait tous les bahá’ís qu’il rencontrait avec beaucoup de considération.
lorsque ‘abdu’l-Bahá visita Beyrouth, mus∂t∂afá d∆íyá Páshá y était aussi et
se mit à son service.

après lui zívar Páshá vint gouverner acre pendant un an. natif d’istanbul, il
était très fier et ne fréquentait personne. aucun notable n’osait l’aborder sans
sa permission préalable. Pourtant, après sa première rencontre avec la Plus-
Grande-Branche il lui devint si dévoué qu’il ne fréquentait plus que lui.
C’est pendant son gouvernorat que la famille Khavvám dans son entier
décida de s’opposer à la foi et aux bahá’ís. mans∂úr, le chef de cette famille,
membre très influent du conseil municipal, qui n’avait reçu que gentillesse
de la part de la Plus-Grande-Branche.

dans la Gloire du Père

mais il devint orgueilleux et vain. un jour, lui et ses amis visitèrent Bahjí et y
furent très bien accueillis. Puis ils se retirèrent sous les pins pour continuer à
se dis-traire. là, ils s’amusèrent à battre un arabe qui s’était approché d’eux
alors qu’il transportait de l’eau pour le manoir. un bahá’í se précipita pour
sortir le pauvre porteur d’eau de leurs griffes. ils le battirent aussi sans pitié.
Puis, réalisant l’énormité de leurs actes, ils vinrent au manoir s’excuser. une
fois de retour à acre, ils changèrent d’attitude et clamèrent partout qu’ils
avaient été attaqués à Bahjí par des hommes armés de dagues et d’épées.
Tout cela leur retomba dessus car mans∂úr perdit sa position officielle et, en
dépit de tous ses efforts, ne retrouva jamais ni la position ni le respect dont il
bénéficiait avant. il fut obligé d’aller au marché travailler comme changeur.

C’est pendant le gouvernorat de zívar Páshá, en 1885, que furúghíyyih, une
des filles de Bahá’u’lláh, fut donnée en mariage à siyyid ‘alí afnán. áqá rid∂á
rapporte que le mutas∂arrif, tous les dignitaires et les notables d’acre
assistèrent au mariage. et lorsque zívar Páshá partit à grand regret, ses lettres
continuèrent régulièrement à indiquer la mesure de sa dévotion.

le général Gordon, qui s’était rendu célèbre à Khartoum, séjourna en Terre
sainte pendant l’année 1883 (voir addenda iv). le connaissant sans doute, il
rendit visite à laurence oliphant, personnage célèbre en son temps, qui vivait
sur le mont Carmel où sa première femme était enterrée. Gordon connaissait
aussi sans doute la religion bahá’íe. C’est lui qui, en 1877, avait libéré h∆ájí
mírzá h∆aydar-

‘alí et ses compagnons alors détenus à Khartoum et c’est pour lui que h∆ájí
mírzá h∆aydar-‘alí avait fait quelques gravures sur verre. on sait qu’un
général européen a rendu visite à Bahá’u’lláh, mais son nom n’est pas
connu. le Gardien écrit : « un jour, un général européen à qui une visite avait
été accordée en compagnie du gouverneur, fut si impressionné qu’il « resta à
genoux sur le sol près de la porte » 2

Gordon aurait-il pu être ce général ? Ce n’est qu’une hypothèse, mais elle est
plau-sible. laurence oliphant comme sir valentine Chirol, ont écrit à propos
de la visite de Gordon à haïfa et à acre (voir addenda iv). en 1885, Chirol
écrivain et célèbre correspondant de the times de londres, était en Terre
sainte. il faisait référence dans les affaires du Proche-orient et de l’asie
centrale, écrivait abondamment sur le sujet et était un proche de lord Cirzon.
dans un chapitre intitulé « la renaissance du babisme » de son livre the
Middle eastern Question and Some political
les années à BahJí 393

le balcon extérieur jouxtant la pièce où vivait bahá’u’lláh, à bahjí. on peut
voir quelques-unes des peintures qui ornent les murs

dans la Gloire du Père

problems of indian defence, il écrivait : « C’est en tant qu’invité d’oliphant
que je bénéficiais en 1885 de l’hospitalité de Bahá’u lláh… »

il arriva qu’après le départ de zívar Páshá, le nouveau gouverneur envoyé à
acre y était déjà venu. il était à la fois cupide et fanatique. C’était un Kurde
nommé muh∂ammad-yúsuf, un pacha de damas qui avait déjà eu l’occasion
de découvrir l’immense connaissance et l’érudition de la Plus-Grande-
Branche, et qui l’admirait. un soir, à l’époque de sa première fonction, un
certain nombre de chrétiens et de musulmans, tous érudits, s’étaient réunis
en sa présence pour débattre. les chrétiens commençaient à prendre
l’avantage et le gouverneur kurde n’aimait pas voir ses coreligionnaires
musulmans perdre du terrain. Connaissant le génie intellectuel du fils aîné de
Bahá’u’lláh, il lui fit discrètement savoir qu’il l’attendait chez lui.

la Plus-Grande-Branche était alors dans la citadelle. il arriva chez le
gouverneur et ce dernier l’accueillit chaleureusement, comme s’il ne
s’attendait pas à le voir.

une fois le café servit, on exposa l’objet du débat que ‘abdu’l-Bahá résolut
avec efficacité de façon convaincante. les chrétiens hésitèrent ensuite à
répondre à une question qu’il leur posa et sur laquelle ils ne voulaient pas
s’engager. Puis l’un d’entre eux, l’intelligent as‘ad sayqal dit : « vous savez
à quoi ressemble notre ville, et vous savez à quoi ressemble damas. et
pourtant, nous préférons vivre ici. »

il voulait dire que leur religion chrétienne était comme leur ville natale,
quelle que soit la splendeur de l’islam qu’il comparait à damas. la Plus-
Grande-Branche répondit : « après cette déclaration, je n’ai plus rien à dire.
» le mutas∂arrrif et ses amis furent très impressionnés.

à son retour à acre, le pacha kurde ne trouva pas de résidence disponible. le
gouvernement avait vendu la spacieuse résidence du gouveneur à la
confrérie soufie shádhilí qui voulait construire à la place un takyih. zívar
Páshá parti, les shádhilís commencèrent les travaux et le nouveau
gouverneur dut louer une maison près de Bayt‘abbúd.

Bahá’u’lláh résidait alors à Bahjí mais la Plus-Grande-Branche et sa famille
résidaient à acre. C’est alors que le vali* arriva en visite de damas et
séjourna chez le mutas∂arrif. le mufti de nazareth, très estimé pour sa
situation et ses mérites personnels, était arrivé à acre peu avant le
gouverneur kurde. la Plus-Grande-

*C’était probablement nashíd Páshá qui, selon les archives britanniques,
était gouverneur-général de damas d’octobre 1885 à 1888. (fo 195 1510 et
1613).
les années à BahJí 395

Branche l’avait accueillit chez lui dans Bayt‘abbúd. Tout autour, d’autres
belles maisons étaient aussi habitées par des bahá’ís. l’hospitalité que
recevait shaykh yúsuf était particulièrement vexante pour les adversaires de
la foi. ils se disaient que dans le futur, quels que soient leurs efforts, ils
n’auraient aucun éclat comparé à la manière dont les bahá’ís traitaient le
mufti de nazareth. dévorés de jalousie, ils commencèrent à influencer l’esprit
changeant du nouveau mutas∂arrif. Pourquoi, lui demandaient-ils, ces gens
auraient-ils le droit d’habiter quelques-unes des plus belles maisons de la
ville alors que lui devait se contenter de louer une maison insi-gnifiante ?

le mufti de nazareth était déjà venu à acre et était alors tombé sous le charme
du caractère, de la connaissance, de l’éloquence et du maintien majestueux
du fils aîné de Bahá’u’lláh. ils avaient une correspondance régulière ; il lui
avait envoyé en cadeau un noble cheval et l’avait invité à nazareth. à propos
de cette visite et de la visite suivante de shaykh yúsuf, le Gardien, shoghi
effendi, écrit : l’accueil magnifique qu’il reçut auprés du shaykh yúsuf, le
savant et trés estimé mufti de nazareth, qui agissait en qualité d’hôte de la
part des valis de Beyrouth et qui avait envoyé tous les notables de la
communauté à sa rencontre, sur la route, à plusieurs milles de la ville dont il
approchait, accompagné par son frère et par le mufti d’acre, ainsi que la
brillante réception que fit ‘abdu’l-Bahá à ce même shaykh yúsuf quand il
vint le visiter à acre, étaient de nature à exciter l’envie de ceux qui,
seulement quelques années plus tôt, l’avaient traité, ainsi que ses
compagnons d’exil, avec des sentiments de condescendance et de mépris.3

muh∂ammad-yúsuf Páshá, sous l’influence maléfique des hommes hostiles à
Bahá’u’lláh et à ses disciples, commença à faire d’incessantes demandes. il
voulait prendre possession de la maison où vivaient la Plus-Grande-Branche
et sa famille.

il prétendit que le vali l’avait exigé, mais lorsque ce dernier l’apprit, il nia
fortement avoir un rapport quelconque avec cette demande, affirmant qu’il
n’avait pas besoin d’une autre maison. mais cela ne découragea pas le cupide
gouverneur qui continua à exiger la maison alors que la mère de ‘abdu’l-
Bahá, qui vivait alors à acre, était gravement malade.
néanmoins, la Plus-Grande-Branche affirma que dès qu’il aurait trouvé une
autre maison, il laisserait le gouverneur disposer de la grande maison qu’il
récla-

dans la Gloire du Père

mait. et pendant tout le temps où ‘abdu’l-Bahá était inquiet et occupé par la
santé déclinante de sa mère, muh∂ammad-yúsuf Páshá continuait à exiger la
disposition de Bayt‘abbúd. Puis, en 1886, ásíyyíh Khánum décéda. Tous les
notables d’acre et les ecclésiastiques musulmans et chrétiens suivirent le
cortège funèbre qui était précédé de muezzins et de récitants du coran. les
enfants d’âge scolaire suivirent le cortège en chantant des poèmes exprimant
leur chagrin. ‘abdu’l-Bahá était écrasé par l’affliction et pourtant, le
gouverneur continua d’insister. aussitôt qu’il put, la Plus-Grande-Branche
quitta la maison et la lui transmit. Puis, l’année suivante, la communauté
bahá’íe subit une grande perte dans le décès de mírzá músá, áqáy-i-Kalím
qui avait été un pilier de la foi et était toujours prêt à servir son frère de
toutes les manières possibles.

mais la cupidité de muh∂ammad-yúsuf Páshá n’était pas facilement
rassasiée.

devant ses exigences et son attitude agressive, ‘abdu’l-Bahá resta calme et
posé, n’exprima aucune plainte et s’isola des gens. Pendant ce temps le
mutas∂arrif, aidé de quelques complices aussi corrompus que lui, détournait
des fonds. un certain as‘ad effendi, le qá’im-maqám de nazareth, surveillait
activement tout ce qui se passait à acre et envoyait ses rapports aux autorités
supérieures. un marchand d’acre qui présidait la Chambre de commerce,
prétendait hypocritement être un ami des exilés. il assura la Plus-Grande-
Branche qu’il savait comment agir avec le mutas∂arrif. Prétendant
sympathiser, parlant avec mépris de l’absence de loyauté et de la cupidité de
gens comme le mutas∂arrif, il affirma enfin qu’avec une certaine somme
d’argent muh∂ammad-yúsuf Páshá deviendrait plus amical dans le futur.

áqá rid∂á écrit que la Plus-Grande-Branche répondit simplement que s’il ne
s’agissait que d’une question de cadeau, cela pourrait s’arranger, puis il
quitta l’hypocrite et se retira pour prier. le marchand restait là, assis à
attendre que d’une minute à l’autre des sacs emplis de pièces lui soient
apportés. ‘abdu’l-Bahá revint lui dire que tout ce qui était nécessaire avait
été envoyé ; le marchand devait aller voir par lui-même. au Seraye il trouva
une atmosphère morose et apprit à sa grande surprise qu’un cablogramme
était arrivé annonçant la révocation du pacha kurde et de ses complices pour
prévarication. une commission d’enquête était déjà en route. alors le
marchand comprit ce que ‘abdu’l-Bahá avait voulu dire, et un profond
étonnement se lut sur son visage.

déconfit, muh∂ammad-yúsuf Páshá ressentit des remords en apprenant ce qui

les années à BahJí 397

s’était passé et il assura le marchand que les exilés n’avaient rien à voir avec
les actions de ses supérieurs. C’était leurs prières qui avaient amené sa chute.
Puis il écrivit une lettre et partit pour le jardin de rid∂ván en espérant
pouvoir présenter ses excuses à ‘abdu’l-Bahá. Celui-ci « était absent et le
gouverneur déchu demanda à áqá rid∂á de transmettre à la Plus-Grande-
Branche l’expression de ses regrets et de ses remords.

quelques jours plus tard les fonctionnaires chargés d’enquêter sur les
malversations de muh∂ammad-yúsuf Páshá arrivèrent de Beyrouth. l’un
d’entre eux, ah∂mad fá’iq effendi était, ainsi que son frère, bahá’í. Ceux qui
étaient au courant furent surpris de voir un bahá’í chargé d’enquêter sur les
méfaits de personnes inamicales envers les exilés. d’autant que le secrétaire
en chef du Seraye d’acre avait fait preuve envers eux d’une extrême
malveillance. Pourtant, lui comme d’autres, se tournèrent vers Bahá’u’lláh et
vers son fils aîné pour demander aide et pardon. et tout le temps qu’ah∂mad
fá’iq effendi fut occupé à enquêter sur les irrégularités de l’administration
des fonds gouvernementaux, ni Bahá’u’lláh ni la Plus-Grande-Branche
n’acceptèrent de le rencontrer.

au grand étonnement des habitants d’acre, les malfaiteurs qui, par leurs
propres actions connaissaient de mauvais jours, bénéficiaient de la part de
Bahá’u’lláh et de son fils d’une grande générosité. le secrétaire en chef
s’était enfui vers damas en laissant sa famille derrière lui. ‘abdu’l-Bahá
répondit à tous leurs besoins et les fit partir accompagnés par deux bahá’ís.
dans une épître adressée à h∆ájí mírzá Buzurg-i-afnán, un cousin du Báb qui
vivait et commerçait à hongkong, Bahá’u’lláh mentionne ce pacha kurde,
son hostilité et sa chute. dans la même épître il demande à l’afnán de lui
envoyer quelques paires de bonnes lunettes cerclées d’or ou d’argent qu’il
désire offrir en cadeau aux valis de Beyrouth et de damas.

ah∂mad Páshá fut le nouveau gouverneur d’acre. il avait reçu des
instructions pour être particulièrement respectueux envers Bahá’u’lláh. il
gouverna acre pendant près de deux ans, passant beaucoup de temps en
compagnie de ‘abdu’l-bahá. C’est pendant son gouvernorat que le vali de
Beyrouth vint à acre en bateau et que tous les grands dignitaires, et ‘abdu’l-
Bahá, vinrent l’accueillir. le vali insista auprès de ce dernier pour qu’il
présente à Bahá’u’lláh ses respects et le prie de lui accorder une estime
généreuse et des bénédictions. et il chargea un fonctionnaire, nus∂úhí Big,

dans la Gloire du Père

la pièce où vivait bahá’u’lláh à bahjí. c’est là qu’il reçut e.g. brown. Son
ascension y eut lieu en 1892

d’offrir à Bahá’u’lláh un melon, fruit qui en ce temps-là était rare dans ces
régions.

le gouverneur d’acre suivant fut ‘arif effendi. son père avait connu la Plus-
Grande-Branche à andrinople et le tenait en haute estime. Pendant le
gouvernorat de ‘arif effendi, Bahá’u’lláh visita haïfa et y resta pendant près
de trois mois.

au printemps 1890, edward Granville Browne, membre du pembroke college
à Cambridge, et futur éminent orientaliste, arriva à acre. il y venait pour
rencontrer Bahá’u’lláh… notre histoire serait incomplète sans l’inclusion de
l’unique et incomparable portrait de Bahá’u’lláh qu’edward Browne a légué
à la postérité.

C’est en fait le seul de ce genre qui existe. aujourd’hui, le visiteur qui arrive
à Bahjí peut lire ce document fixé sur le mur avant de pénétrer dans la
chambre de Bahá’u’lláh ; il peut ainsi essayer de recréer en imagination
l’entrevue accordée à l’orientaliste anglais :

… mon guide s’arrêta un instant pour que j’ôte mes chaussures. Puis, alors
que j’en-

* le vilayet de Beyrouth fut séparée du vilayet de damas en mars 1888,
principalement grâce aux efforts du grand vizir Kíyámil Páshá qui avait été
gouverneur de Beyrouth selon les archives du consulat britannique (fo 195
1613)

les années à BahJí 399

le táj de bahá’u’lláh, placé dans le coin du divan

où il aimait s’asseoir
trais, il se recula et d’un geste rapide de la main replaça le rideau. Je me
trouvais dans une grande pièce occupée à une extrémité par un divan bas ; en
face de la porte se trouvaient deux ou trois chaises. Je me doutais vaguement
où j’allais et qui j’allais rencontrer (bien qu’aucune indication précise ne
m’ait été donnée), mais il se passa une ou deux secondes avant que je réalise,
avec un sursaut d’étonnement respectueux, que la pièce n’était pas vide.
dans le coin où le divan rencontrait le mur, un vénérable et merveilleux
personnage était assis. il portait un couvre-chef en feutre comme ceux que
les derviches appellent táj, mais d’une hauteur et d’une façon inhabituelles,
autour duquel s’enroulait un petit turban blanc. le visage que je contemplais
était inoubliable bien qu’indescriptible. les yeux perçants semblaient lire
jusqu’au fond de l’âme, le pouvoir et l’autorité siégeaient sur l’ample front,
les rides profondes du front et du visage impliquaient un âge que les
cheveux, noirs de jais, comme la barbe luxuriante descendant jusqu’à la
taille, semblaient contredire. inutile de demander en présence de qui je me
tenais, et je m’inclinais devant celui qui est l’objet d’une dévotion et d’un
amour que les rois peuvent envier et après lesquels les empereurs peuvent
soupirer en vain.

une voix douce et digne me pria de m’asseoir et dit : « loué soit dieu, tu es
arrivé !… Tu es venu voir un prisonnier, un exilé… nous ne désirons que le
bien du monde et le bonheur des nations et pourtant, on nous considère
comme un fauteur de troubles,

dans la Gloire du Père

la colonie des « templiers » allemands en 1877, au pied du mont carmel.
bahá’u’lláh y séjourna pendant deux de ses séjours à haïfa (dessin de Jokob
Schumacher, chef de la colonie et vice-consul américain jusqu’à sa mort en
1891).

une cause de conflits, digne de la prison et de l’exil… que toutes les nations
soient unies dans la foi et que tous les hommes soient frères ; que les liens de
l’affection et de l’unité entre les fils des hommes soient renforcés ; que la
diversité des religions cesse et les différences de races s’effacent, quel mal y
a-t-il à cela ?… malgré tout, cela viendra. Ces luttes stériles, ces guerres
ruineuses passeront et la « Plus-Grande-Paix » viendra… n’avez-vous pas
besoin de cela aussi en europe ? n’est-ce pas ce que le Christ a promis ?
Pourtant nous voyons vos rois et vos dirigeants dépenser plus généreusement
leurs trésors dans des moyens de destruction de la race humaine que dans ce
qui pourrait conduire au bonheur de l’humanité… Ces guerres, ces
discordes, ces massacres doivent cesser et les hommes doivent être comme
une famille, tous apparentés… qu’un homme ne se glorifie pas d’aimer son
pays, mais plutôt en ceci, qu’il aime ses semblables… »

autant que je m’en souvienne, tels furent les mots que, parmi d’autres,
j’entendis de la bouche de Bahá. que ceux qui les lisent se demandent si de
telles doctrines méritent la mort et l’emprisonnement et si le monde aurait à
gagner ou à perdre à leur diffusion. 4

le Gardien de la foi bahá’íe indique que Bahá’u’lláh visita quatre fois haïfa.
la première visite, de courte durée, lors de son transfert du vapeur de la
lloyd-Triestino, en 1868. la deuxième ne dura que quelques jours ; il
séjourna dans Bayt-i-fanduq, une maison de la colonie allemande qui
subsiste encore en partie. une
les années à BahJí 401

plan de haïfa vers 1880

épître datée, écrite par mírzá áqá Ján, indique que Bahá’u’lláh était à haïfa
en août 1883, probablement la date de sa deuxième visite. il y revint pour la
troisième fois en 1890, alors que edward Granville Browne arrivait à acre.
Pendant ce séjour, il resta d’abord aux abords de la ville, près de Bayt-i-
zahlán puis alla s’installer dans une maison de la colonie allemande connue
sous le nom de la maison oliphant. sa tente fut plantée sur un terrain juste en
face. sa quatrième et dernière visite eut lieu en 1891. Ce fut la plus longue et
c’est ici que les membres de la famille afnán le rencontreront en juillet,
comme nous le décrirons plus loin. Bahá’u’lláh resta à haïfa pendant trois
mois, séjournant dans la maison d’ilyás abyad, près de la colonie allemande,
et sa tente était dressée à proximité.

un jour, alors qu’il se tenait près d’un cyprès solitaire à mi-hauteur du mont
Carmel, Bahá’u’lláh indiqua une surface rocheuse juste en dessous et dit à
son fils aîné que c’est là que devrait être bâti le mausolée qui recueillerait les
restes du prophète-martyr, son glorieux hérault dont le corps était caché et
changeait de lieu régulièrement depuis la deuxième nuit qui suivit le 9 juillet
1850, jour qui vit le Báb fusillé sur la place publique de Tabriz. il faudra plus
de dix ans à ‘abdu’l-Bahá

dans la Gloire du Père

le mausolée du báb construit par ‘abdu’l-bahá. la superstructure actuelle fut
rajoutée par Shoghi effendi

pour accomplir la tâche que lui avait confié son père. aujourd’hui, à l’endroit
exact indiqué par Bahá’u’lláh, se dresse un mausolée d’une grande beauté,
surmonté d’un dôme doré qui reflète toutes les nuances du ciel et de la mer
et entouré de jardins d’une splendeur inexprimable qui ravissent les yeux et
l’âme. C’est dans ce mausolée élevé avec soin par ‘abdu’l-Bahá et son petit-
fils shoghi effendi que les restes mélangés du Báb et de son disciple mírzá
muh∂ammad-‘alíy-i-zunúzí sont couchés, inséparables dans la mort. Ce
mausolée, la « reine du Carmel » donne à toute l’humanité ce message que le
mal ne triomphe finalement jamais.

C’est aussi au cours de ce séjour de trois mois que Bahá’u’lláh visita la
grotte d’élie au-dessus de laquelle est construit un monastère chrétien. et
c’est sur un pro-montoire tout proche, où dans les années à venir sera
construite une majestueuse maison d’adoration (mashriqu’l-adhkár), qu’il
révéla l’importante Épître à carmel, lawh∂-i-karmil, dont voici le texte :
Toute gloire soit à ce jour, jour où les fragrances de la miséricorde ont été
répandues sur toutes choses créées, jour tant béni et sans rival dans les âges
et les siècles passés, jour où la face de l'ancien des jours s'est tournée vers
son siège sacré. alors, on enten-
les années à BahJí 403

Midh∂at páshá

dit les voix de toutes choses créées et, au-delà, celles de l'assemblée céleste
proclamer :

« hâte-toi, ô Carmel, car voici que s'est levée sur toi la lumière de la face de
dieu, le souverain du royaume des noms et le façonneur des cieux. »

sur quoi, transporté de joie et élevant la voix, il s'écrie : « que ma vie te soit
offerte en sacrifice car tu as fixé ton regard sur moi, tu m'as accordé tes
bienfaits et dirigé tes pas vers moi. Je me consumais d'être séparé de toi, ô
source de vie éternelle, et mon éloignement de ta présence avait réduit mon
âme en cendres. loué es-tu pour m'avoir permis d'entendre ton appel, pour
m'avoir honoré de tes pas et pour avoir ranimé mon âme par le parfum
vivifiant de ton jour et le son vibrant de ta Plume, son qui est par ta volonté
l'appel de la trompette parmi ton peuple. et lorsque fut venue l'heure où
devait être manifestée ta foi irrésistible, tu insufflas à ta Plume un souffle de
ton esprit et voici la création tout entière ébranlée jusqu'en ses fondements,
dévoilant à l'humanité des mystères recelés dans les trésors de celui qui
possède toutes choses créées.

dès que sa voix eut atteint ce lieu très exalté, nous répondîmes : « rends
grâce à ton seigneur, ô Carmel. le feu de la séparation te consumait
rapidement lorsque l'océan de ma présence s'enflant devant toi, est venu
réjouir tes yeux et ceux de toute la création, et remplir d'allégresse toutes
choses visibles et invisibles. sois comblé de joie, car en ce jour dieu a établi
son trône sur toi, a fait de toi l'orient de ses signes et l'aurore des preuves de
sa révélation. heureux celui qui gravite autour de toi, proclame la révélation
de ta gloire et relate ce que la bonté du seigneur ton dieu a fait pleuvoir sur
toi. saisis le

dans la Gloire du Père

le hall central du manoir de bahjí

calice d'immortalité au nom de ton seigneur, le Très-Glorieux, et rends-lui
grâce d'avoir, en gage de sa miséricorde, changé ta peine en allégresse, ton
chagrin en joie sereine. en vérité, il chérit ce lieu qui est devenu le siège de
son trône, que ses pas ont marqué, qu'il a honoré de sa présence, d'où il a
lancé son appel et sur lequel il a versé ses larmes.

« appelle sion, ô Carmel, et annonce la joyeuse nouvelle : celui qui était
caché aux yeux des mortels est venu ; sa souveraineté conquérante est
manifeste ; son universelle splendeur est révélée. Prends garde d'hésiter ou
de t'arrêter. hâte-toi de faire le tour de la cité de dieu descendue du ciel, la
céleste Kaaba, autour de laquelle gravitent les élus de dieu, les cœurs purs et
l'assemblée des anges les plus exaltés. oh, combien j'ai hâte d'annoncer en
chaque lieu de la terre et d'apporter à chacune de ses cités la bonne nouvelle
de cette révélation qui attire le cœur du sinaï et au nom de laquelle le
Buisson ardent proclame : « C'est à dieu, le seigneur des seigneurs,
qu'appartiennent les royaumes du ciel et de la terre ». en vérité, voici le jour
où la terre et la mer se réjouissent de cette annonce, le jour pour lequel ont
été accumulées ces choses que dieu a décidé de révéler dans sa bonté
inconcevable au cœur et à l'esprit humain. avant peu, dieu fera voguer son
arche sur toi et rendra manifeste le peuple de Bahá mentionné dans le livre
des noms. »

sanctifié est le seigneur de toute l'humanité. la mention de son nom fait
vibrer tous les atomes de la terre et incite la langue de grandeur à dévoiler ce
qui est enfoui dans son

les années à BahJí 405

Vue aérienne de bahjí avec les bâtiments d’origine

savoir et dissimulé dans le trésor de sa puissance. Par la force de son nom, le
Tout-Puissant, le Très-haut, il est, en vérité, le souverain de tout ce qui est
dans les cieux et sur la terre. 5

C’est aussi pendant les dernières années à Bahjí que l’étendue des pouvoirs
et des capacités de ‘abdu’l-Bahá – la Plus-Grande-Branche – devint évidente
pour tous, amis ou ennemis. il servait de bouclier à son père contre les
pressions du monde extérieur, ce dont Bahá’u’lláh lui-même témoigna. C’est
pour cette raison que ‘abdu’l-Bahá vivait à acre.

en 1879 ‘abdu’l-Bahá se rendit à Beyrouth à l’invitation de midh∂at Páshá,
le vali de la province de syrie que le peuple de Turquie révère sous le titre de
« Père de la Constitution ».* Ce voyage historique, sans parallèle dans les
annales religieuses de l’humanité, fut ainsi immortalisé par la Plume sublime
: louange à lui qui a honoré la terre de Bá par la présence de celui autour de
qui tous les noms gravitent. Tous les atomes de la terre ont annoncé à toutes
choses créées que, de derrière la porte de la ville-prison est apparu l’orbe de
la beauté de la puissante, de

* selon les archives consulaires britanniques, midh∂at Páshá était gouverneur
général à damas de novembre 1878

à août 1880. il visita haïfa et acre en mai 1880 (fo 195 12 1 et 1306) (voir p.
498).

dans la Gloire du Père

la Plus-Grande-Branche de dieu - son mystère antique et immuable -, qu’au-
dessus de son horizon il a brillé, alors qu’il cheminait vers un autre pays.

l’affliction, ainsi, a enveloppé cette ville-prison tandis qu’une autre terre se
réjouis-sait. exalté, incommensurablement exalté est notre seigneur, le
façonneur des cieux et le Créateur de toutes choses, lui dont la souveraineté
a fait s’ouvrir les portes de la prison, amenant ainsi à la réalité ce qui fut
jadis promis dans les tablettes. il a, en vérité, le pouvoir sur tout ce qu’il
veut, et son emprise domine la création tout entière. il est le Tout-Puissant,
l’omniscient, le Très-sage.

Béni, doublement béni est le sol que ses pas ont foulé, l’œil que la beauté de
son visage a réjoui, l’oreille qui a eu l’honneur d’entendre son appel, le cœur
qui a goûté à la douceur de son amour, la poitrine qui s’est dilatée à son
souvenir, la plume qui a célébré sa louange, le parchemin qui a porté le
témoignage de ses écrits.

nous implorons dieu - qu’il soit béni et exalté - qu’il nous fasse l’honneur
d’une rencontre prochaine. il est en vérité Celui qui entend tout, le Tout-
Puissant, Celui qui est prêt à répondre.6

Ce voyage de ‘abdu’l-Bahá à Beyrouth a une importance particulière car il
fut entrepris sur invitation du vali de la province de syrie à quelqu’un qui
était toujours prisonnier de l’empire ottoman. l’édit du sultan ‘abdu’l-‘azíz,
détrôné quelque trois ans avant, n’a jamais été révoqué.

à Beyrouth, après avoir rencontré le célèbre vali qui avait été pour beaucoup
dans le renversement du sultan ‘abdu’l-azíz, la Plus-Grande-Branche
rencontra un certain nombre d’hommes éminents de tous milieux, dont
shaykh muh∂ammad-

‘abduh, futur grand mufti d’égypte. Cet homme droit et bon fut si
complètement captivé par la profondeur des connaissances, le charme,
l’allure et les manières de

‘abdu’l-Bahá qu’il décida de le suivre jusqu’à acre, mais la Plus-Grande-
Branche le dissuada de prendre cette décision irrévocable. les lettres qu’il
envoya à

‘abdu’l-Bahá, ainsi que celles d’autres personnages importants de syrie,
témoignent de l’influence et de l’estime que mentionne edward Granville
Browne, lorsqu’il décrit sa rencontre avec la Plus-Grande-Branche en avril
1890 : rarement ai-je rencontré quelqu’un dont l’apparence m’impressionna
autant. Grand, bien bâti, droit comme une flèche, tout de blanc vêtu, turban
blanc, longues boucles noires tombant presqu’aux épaules, front large et
puissant indiquant un intellect fort combiné à une volonté inflexible, yeux
d’aigle, traits marqués mais plaisants, - telle fut
les années à BahJí 407

Shaykh Muh∂ammad-taqí, le « Fils du loup », à qui bahá’u’lláh adressa son
dernier ouvrage

ma première impression de ‘abbás effendi, (áqá) le « maître » par excellence
comme l’appellent les bábís. nos conversations ne firent qu’augmenter le
respect que son apparence m’avait, dès l’abord, inspiré. Je crois qu’on aurait
du mal à trouver, même parmi les gens diserts, vifs et subtils de son peuple,
quelqu’un de plus éloquent, de plus magistral dans ses arguments, de plus
pertinent dans ses exemples, de plus intimement au fait des livres sacrés
juifs, chrétiens et musulmans. face à ces qualités, combinées à son port
majestueux et cordial à la fois, je ne m’étonnais plus de l’influence et de
l’estime dont il bénéficie même au-delà du cercle des disciples de son père.
Parmi ceux qui l’ont rencontré, personne ne doute de la grandeur et du
pouvoir de cet homme.7

‘abdu’l-Bahá était alors en pleine maturité. après l’ascension de son père,

dans la Gloire du Père

lorsque le manteau de l’autorité reposa sur ses épaules, la trahison de son
demi-frère le vieillit prématurément.

Bahá’u’lláh consacra les dernières années de sa vie à écrire et à révéler
d’innombrables tablettes, épîtres et traités sur des sujets spirituels et
éducatifs de toutes sortes. ‘abdu’l-Bahá le protégeait avec une grande
compétence des interférences du monde extérieur ; il rencontrait les
fonctionnaires du gouvernement, les chercheurs, les érudits, n’admettant en
présence de Bahá’u’lláh que ceux qui avaient de vrais problèmes à résoudre.

Concernant la constante révélation issue de la sublime Plume, le Gardien
écrit : effectivement, par leur portée et par leur volume, ses écrits, parus au
cours de ses années de réclusion dans la plus grande prison, dépassèrent, tant
à andrinople qu’à Bagdad, les torrents déversés par sa plume. Plus
remarquable que le changement radical des conditions de sa vie même à
acre, d’une portée supérieure, par ses conséquences spirituelles, à la
campagne de répression poursuivie sans répit par les ennemis de sa foi dans
son pays natal, cette extension sans précédent dans la variété de ses œuvres
doit placer cette période de relégation dans cette prison parmi l’une des plus
vivifiantes et des plus fructueuses pour le développement de sa foi.

les vents d’orage qui soufflèrent sur la foi au début du ministère de
Bahá’u’lláh, le froid d’hiver et la désolation qui accueillirent le
commencement de sa carrière prophétique peu après son bannissement de
Téhéran furent suivis, pendant la seconde partie de son séjour à Bagdad, par
ce qu’on peut considérer comme les années printanières de sa mission,
années qui virent s’épanouir en une activité manifeste les forces inhérentes à
cette graine divine, forces restées en sommeil depuis la fin tragique de son
précurseur.

avec son arrivée à andrinople, et à la suite de la proclamation de sa mission,
le soleil de sa révélation s’était pour ainsi dire élevé jusqu’à son zénith et,
comme en témoignent le style et le ton de ses écrits, il resplendissait dans la
plénitude de sa gloire estivale.

C’est pendant la période d’incarcération de Bahá’u’lláh à acre qu’un lent
processus de développement fut mené à son terme, et que les fruits de choix
de cette mission furent finalement récoltés.

si l’on examine attentivement l’immense domaine qu’embrassent les œuvres
de Bahá’u’lláh au cours de cette période, on s’aperçoit que ces œuvres
appartiennent à trois catégories différentes. la première comprend les écrits
qui font suite à la proclamation de sa mission à andrinople. la seconde
contient les lois et les ordonnances de sa révé-

les années à BahJí 409

lation qui, pour la plus grande part, sont consignées dans le kitáb-i-aqdas,
son très-Saint livre. dans la troisième catégorie doivent se ranger les tablettes
qui, d’une part, formulent et de l’autre réaffirment les principes essentiels et
les préceptes fondamentaux de cette révélation.8

dans cette troisième vaste catégorie mentionnée par le Gardien, on trouve
des textes comme lawh∂-i-aqdas ( la très-sainte tablette) adressée plus
particulièrement aux chrétiens ; bishárát ( les bonnes nouvelles) ; ∏arázát (
les ornements), tajallíyát ( les effulgences), ishráqát ( les splendeurs),
lawh∂-i-burhán ( l’épître de la preuve) adressée à shaykh muh∂ammad-
Báqir d’ispahan, un des religieux responsables du martyre de sulπánu’sh-
shuhadá’(le roi-des-martyrs) et de mah∂bubu’sh-shuhadá’(bien-aimé-des-
martyrs), lawh∂-i-dunyá ( l’épître au monde) révélée en l’honneur d’áqá
mírzá áqá afnán à la suite de la mort des sept martyrs de yazd qui furent tués
sur ordre de sulπán-husayn mírzá, Jalálu’d-dawlih, fils de sulπán-mas‘úd
mírzá, z∆illu’s-sulπán ; lawh∂-i-hikmat ( l’épître de la Sagesse), révélée en
honneur d’áqá muh∂ammad, connu sous les titres de nabíl-i-akbar ou nabíl-i-
qá’íní, un élève du célèbre shaykh murtid∂áy-i-ans∂árí ; enfin kalimát-i-
Firdawsíyyih ( les paroles du paradis).

le dernier ouvrage qui coula de la plume créative de Bahá’u’lláh fut l’épître
au fils du loup. il fut révélé en 1891 et adressé à shaykh muh∂ammad-Taqí,
plus connu sous les noms de shaykh najafí ou áqá najafí, fils de shaykh
muh∂ammad-Báqir, religieux d’ispahan stigmatisé par Bahá’u’lláh qui
l’appela dhi’b (le loup).

ensemble, mír muh∂ammad-h∂usayn, l’imám-Jum‘ih de cette ville, shaykh
muh∂ammad-Báqir et sulπán-mas‘úd mírzá, le z∆illu’s-sulπán avaient
conspiré et poussé au martyre des deux frères mírzá h∆asan, sulπánu’sh-
shuhadá’et de mírzá h∆usayn, mah∂bubu’sh-shuhadá’. mír muh∂ammad-
h∂usayn, l’imám-Jum‘ih, condamné par Bahá’u’lláh sous le titre de raqshá
(la vipère) mourut horriblement en 1881. la maladie qui l’emporta fit que son
corps devint si répugnant que personne n’osa s’en approcher. quelques
porteurs l’enterrèrent rapidement dans une fosse inconnue. son complice, «
le loup » mourut en irak quelque trois ans plus tard, abandonné de tous. dans
l’épître adressée au fils de cet homme, lui aussi un ennemi invétéré et notoire
de la foi dont la cupidité et les machinations furent à l’origine de meurtres et
de persécutions, Bahá’u’lláh réitéra le défi lancé à ses

dans la Gloire du Père

détracteurs. son appel vient de dieu, sa confiance est en dieu et aucun
pouvoir terrestre ne peut le détourner de son but. dans ce livre, sa « dernière
remarquable tablette » 9 on trouve aussi une sélection représentative puisée
dans tous ses écrits et présentée par lui-même. un aspect important de
l’épître est la version personnelle de Bahá’u’lláh qui narre les terribles
évènements provoqués par les adeptes de mírzá yah∂yá, qui se passèrent à
Constantinople et dont l’issue fut tragique.

notre prochain chapitre est consacré à l’exposé qu’en fait Bahá’u’lláh dans
l’Épître au Fils du loup et aux détails de ces événements qui jetèrent une
ombre sur les dernières années de sa vie.

Par leur portée, leur étendue et leur profondeur, les écrits de Bahá’u’lláh sont
inégalés parmi les écritures saintes du passé. mírzá abu’l-fad∂l Gulpáygání,
l’érudit et enseignant bahá’í, les classait en quatre catégories : lois et
ordonnances ; méditations et prières ; interprétations des écritures du passé ;
discours et exhorta-tions. il écrit à propos de la première catégorie : «
Certains contiennent des lois ou des règles par lesquelles les droits et les
intérêts des nations peuvent être garantis car ces lois sont promulguées afin
de répondre aux nécessités de chaque pays et sont acceptables à l’esprit de
tout homme intelligent. Par leur universalité, elles ressemblent aux lois de la
nature qui protègent le progrès et le développement des peuples ; elles
apporteront l’union et l’harmonie universelle. » 10

Bahá’u’lláh affirme que le volume de ses paroles révélées est égal à
l’ensemble des écrits des manifestations de dieu qui l’ont précédé. il ne faut
pas oublier l’avantage inégalable qu’ont ses écrits sur les livres saints
d’antan : le texte original existe, bien protégé. les générations futures
n'auront pas l'écrasante responsabilité de décider de l'authenticité des œuvres
attribuées au prophète. la tradition orale n'a pas de place dans les écritures de
la religion bahá'íe.

activités des azalís à istanbul

dans les années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix du dix-
neuvième siècle, istanbul était devenu un centre d’activité pour les partisans
de mírzá yah∂yá. ils faisaient tout leur possible pour nuire aux bahá’ís.
shaykh ah∂mad-i-rúh∂í et ‘abdu’l-h∆usayn Khán-i-Bardsírí plus connu sous
le nom de mírzá áqá Khán-i-Kirmání, tous deux mariés à des filles de mírzá
yah∂yá s∆ubh∂-i-azal, vivaient à istanbul. C’étaient des hommes de talents
dans beaucoup de domaines et ils possédaient des plumes faciles. et tous
deux étaient des ennemis invétérés de Bahá’u’lláh. une autre personne
hostile à la religion proclamée par Bahá’u’lláh et vivant aussi à istanbul était
siyyid Jamálu’d-dín-i-asadábádí*, connu sous le nom d’afghani, cet oiseau
des tempêtes de la politique orientale, avocat du panislamisme. shaykh
ah∂mad et mírzá áqá Khán s’attachèrent à afghani, en dépit du fait que ce
subtil semeur de troubles s’opposait aussi à la religion du Báb. lorsque mírzá
áqá Khán visita acre, en apparence pour rechercher la vérité, Bahá’u’lláh fit
la remarque que son but était seulement de créer confusion et méfaits. et
comme prévu, en quittant acre, mírzá áqá Khán répéta qu’il n’avait trouvé là
que mensonge et duplicité.

áqá muh∂ammad-∏áhir de Tabriz avait créé à istanbul, dès 1875, un journal
intitulé akhtar (l’étoile) qui fut publié pendant vingt ans et qui déplaisait
beaucoup à nás∂iri’d-dín sháh. il tomba sous l’influence de mírzá áqá Khán
qui y contribua régulièrement. dans l’ Épître au Fils du loup, Bahá’u’lláh
fait référence aux activités des azalís :

[...] dans la grande cité [istanbul], ils ont incité un très grand nombre de
personnes à s’opposer à cet opprimé. les choses en sont arrivées à un point
tel que les autorités de cette ville ont agi en faisant honte au gouvernement et
à la population. un éminent siyyid, considéré par tous comme un marchand
très honoré dont l’intégrité notoire, le

* asadábád est dans les environs de hamadán, à l’ouest de l’iran.

dans la Gloire du Père

Mírzá áqá khán-i-kirmání (gauche) et Shaykh ah∂mad-i-rúh∂í (browne, The
Persian revolution of 1905-1909 )

comportement irréprochable et la réputation en matière commerciale étaient
reconnus par la majorité des personnes impartiales, visita un jour Beyrouth*.
en raison de son amitié pour cet opprimé, les dites autorités informèrent par
télégraphe le drogman persan que ce siyyid, accompagné de son serviteur,
avait notamment volé une somme d’argent avant de se rendre à acre. leur
dessein, dans cette affaire, était de déshonorer cet opprimé. [...]
[...] en résumé, ils excitèrent un grand nombre de personnes, comme akhtar
[le journal] et les autres ; ils s’emploient toujours à propager des calomnies.
il est clair qu’on assaille avec l’épée de la haine et les flèches de l’inimitié
celui qu’on sait pros-crit parmi les hommes, banni d’un pays à l’autre. Ce
n’est ni la première fois qu’une telle iniquité est perpétrée, ni la première
coupe jetée à terre, ni le premier voile coupé en deux sur le chemin de dieu,
le seigneur des mondes. Cependant, cet opprimé demeurait calme et
silencieux dans la Plus-Grande-Prison, occupé par ses propres

* h∂ájí mírzá siyyid h∂asan, afnán-i-Kabír (le grand afnán), frère de la
femme du Báb.

aCTiviTés des azalís à isTanBul 413

affaires, entièrement détaché de tout ce qui n’est pas dieu. l’iniquité
s’intensifia si cruellement que les plumes du monde sont impuissantes à la
décrire. à ce sujet, il convient de mentionner un événement afin que les
hommes s’accrochent fermement à la corde de la justice et de la loyauté :
hájí shaykh muh∂ammad ‘alí - que la gloire de dieu, l’éternel, soit sur lui -
était un marchand d’excellente renommée, bien connu de la plupart des
habitants de la grande Cité. on observa, il n’y a guère, la profonde détresse
de cette âme pieuse et sincère alors que l’ambassade de Perse à istanbul
s’évertuait en secret à répandre des calomnies. si bien qu’une nuit, il se jeta
dans la mer, mais fut sauvé par des passants qui heureusement arrivaient à
cet instant. on commenta longuement son acte qu’on interpréta de diverses
manières. une nuit, il se rendit à une mosquée. selon le gardien, il veilla
jusqu’au matin, offrant prières et supplications, plein d’ardeur et les yeux
baignés de larmes. Comme le gardien l’entendit interrompre subi-tement ses
dévotions, il alla vers lui et constata qu’il avait rendu l’âme. l’on trouva
auprès de lui un flacon vide : il s’était empoisonné. stupéfait, le gardien
transmit en quelques mots la nouvelle à la population. l’on découvrit alors
que le défunt avait laissé deux testaments. dans le premier, il reconnaissait et
confessait l’unicité de dieu, déclarait que son Être exalté n’a ni pair ni égal et
que son essence est glorifiée au-dessus de toutes louange et description. il
témoignait également de la révélation des prophètes et des saints, et
reconnaissait ce qui est mentionné dans les livres de dieu, le seigneur de tous
les hommes. sur une autre page, il avait rédigé une prière qu’il concluait par
ces mots : « Ce serviteur et les bien-aimés de dieu sont perplexes. d’une part,
la Plume du Très-haut a interdit à tous les hommes la sédition, la
contestation ou les conflits, d’autre part, la même Plume a révélé ces
sublimes paroles : Si quelqu’un, en présence de la Manifestation, découvrait
une intention maligne chez quiconque, il ne devrait pas s’opposer à lui, mais
le laisser entre les mains de dieu .» Comme ce commandement est clair et
fermement établi, que par ailleurs, des calomnies humaine-ment
insupportables ont été proférées, ce serviteur a choisi de commettre ce très
grave péché. Je tourne mes supplications vers l’océan de la générosité de
dieu et vers le paradis de la miséricorde divine, et j’espère qu’il absoudra,
par la plume de sa grâce et de sa munificence, les méfaits de ce serviteur.
Bien que mes péchés soient multiples, mes méfaits innombrables, je
m’accroche avec ténacité à la corde de sa bonté et au pan de sa générosité.
dieu m’en est témoin, ceux qui sont proches de son seuil le savent, ce
serviteur ne pouvait supporter d’entendre les mensonges proférés par les
âmes perfides.

aussi ai-je commis cet acte. si dieu me châtie, qu’il soit loué pour ce qu’il
fait, et s’il me pardonne, que son commandement soit obéi ».

dans la Gloire du Père

[...] nous supplions dieu - béni et glorifié soit-il - de pardonner à celui que
j’ai mentionné plus haut (h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí) et de changer ses
méfaits en bonnes actions. en vérité, il est le Tout-Puissant, le Très-
Généreux.1

h∂ájí shaykh muh∂ammad-‘alí, appelé nabíl ibn nabíl, était un frère de
shaykh Káz∂im de qazvín, surnommé par Bahá’u’lláh samandar
(salamandre). les deux frères étaient des commerçants très réputés. leur père,
shaykh muh∂ammad, surnommé nabíl, épousa la religion du Báb dès les
premiers temps et mourut à Bagdad un an avant la déclaration de
Bahá’u’lláh. Ce sont les intrigues des disciples de mírzá yah∂yá à istanbul
qui poussèrent nabíl ibn nabíl à se suicider et voici l’histoire de leurs
scandaleuses actions, dans la mesure où l’auteur fut capable de les
reconstituer avec les documents disponibles.
les afnán, la famille du Báb, avaient de vastes intérêts commerciaux. h∆ájí
mírzá muh∂ammad-‘alí, un fils de h∆ájí mírzá siyyid muh∂ammad, un oncle
maternel du Báb, résidait à hong-Kong. son frère, h∆ájí mírzá muh∂ammad-
Taqí, le vakílu’d-dawlih, résidait à yazd (puis plus tard à ‘ishqábád). à
Bombay, il y avait toujours un ou deux afnán qui géraient une maison
d’édition et une imprimerie prospères, d’où sortiront les premiers livres
bahá’ís imprimés : le kitáb-i-iqtidárát et le kitáb-i-Mubín*. áqá mírzá áqá,
núri’d-dín, faisait à Port-saïd du commerce sous le nom de núri’d-dín
h∆asan. h∆ájí mírzá siyyid h∆asan, afnán-i-Kabír (le grand afnán), frère de
la femme du Báb, résidait à Beyrouth avec son fils h∆ájí siyyid ‘alí, marié à
furúghíyyih Khánum.

de plus, les afnán avaient des partenaires ou des agents dans un certain
nombre d’autres centres commerciaux. áqá ‘alí-haydar-i-shirvání était leur
partenaire dans le Caucase avant qu’il parte pour Téhéran. h∆ájí shaykh
muh∂ammad-‘alí était leur partenaire à istanbul. un troisième partenaire dans
la capitale ottomane était áqá muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání qui tomba
progressivement sous l’influence des partisans de mírzá yah∂yá dont shaykh
ah∂mad-i-rúh∂í et mírzá áqá Khán-i-Kirmání étaient les plus importants.
mais il y en avait d’autres, aussi actifs et aussi malfaisants, comme shaykh
muh∂ammad-i-yazdí, áqá muh∂ammad-‘alíy-i-Tabrízí (que Bahá’u’lláh avait
expulsé à cause de ses méfaits répétés) et najaf-‘alí Khán qui avait des liens
avec l’ambassade persane. servant la cause de siyyid Jamálu’d-

* Ce sont des tablettes de Bahá’u’lláh, calligraphiées par mishkín-qalam.

aCTiviTés des azalís à isTanBul 415
dín-i-asadábádí (afghání) on rencontrait shaykh ah∂mad-i-rúhí, mírzá áqá
Khán-i-Kirmání et h∆ájí mírzá h∆asan Khán, le Khabíru’l-mulk (ancien
consul général de Perse à istanbul), mais il n’est pas certain que ce dernier
ait été un azalí.

ils finiront tous les trois ensemble et de la même façon : décapités à Tabriz
en 1896

sur l’ordre et en présence de muh∂ammad-‘alí mírzá (plus tard sháh), le
prince héritier de Perse.

avant peu mírzá áqá Khán et áqá muh∂ammad-∏áhir, le fondateur et
propriétaire du journal akhtar se disputeront, mais au pire de la crise
résultant des activités des azalís, ce journal était complètement dominé par
mírzá áqá Khán et ses acolytes. Curieusement il semble que la rupture fut
causée par le mariage d’une fille d’áqá muh∂ammad-∏áhir avec mírzá
h∆usayn-i-sharíf-i-Káshání, fils de mullá muh∂ammad-Ja‘far-i-naráqí,
anciennement l’un des plus ardents partisans de mírzá yah∂yá. Ce mullá
muh∂ammad-Ja‘far était l’auteur d’un ouvrage réfutant les preuves de
Bahá’u’lláh, intitulé tadhkíratu’l-gháfilín ( rappel aux étourdis). après avoir
parcouru en tous sens l’irak à la recherche de mírzá yah∂yá qui avait omis
d’infor-h∆ájí Mírzá h∆asan khán, le khabíru’l-Mulk

(browne, The Persian revolution of 1905-1909 )

dans la Gloire du Père

mer son champion zélé de son départ, il s’était réfugié à Káz∂imayn. mais
cette ville est très proche de Bagdad et regorge de pèlerins. mullá
muh∂ammad-Ja‘far étant connu pour être bábí, le consul général de Perse,
mírzá Buzurg Khán estima que l’endroit n’était pas sûr pour lui. aussi,
décida-t-il de l’emmener avec lui lorsqu’il repartit pour l’iran en 1869. deux
enfants, mírzá h∂usayn, fils de mullá muh∂ammad-Ja‘far et mírzá núru’lláh*
un des fils de mírzá yah∂yá qui était alors bloqué en irak, furent aussi du
voyage. en arrivant à Kirmánsháh, mullá muh∂ammad-Ja‘far tomba malade
et dut arrêter le voyage. mírzá Buzurg Khán l’abandonna avec les deux
enfants aux bons soins du prince imám-qulí mírzá, l’imádu’d-dawlih,
gouverneur de la ville. lorsque mullá muh∂ammad-Ja‘far fut guéri, imádu’d-
dawlih les envoya tous les trois sous escorte à Téhéran où on les jeta dans le
siyáh-Chál. mullá muh∂ammad-Ja‘far sera empoisonné en prison et les
enfants furent libérés. nous reprendrons plus tard l’histoire de h∆ájí mírzá
h∆usayn-i-sharíf-i-Káshání, fils de mullá muh∂ammad-Ja‘far.

dans le numéro trente-six du journal akhtar daté du 12 août 1886, fut publiée
une lettre signée par áqá muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání accusant afnán-i-
Kabír et ses fils de fourberie, de complot pour frauduleusement le priver de
ses richesses, et même de vol. sa déclaration péremptoire accusait de
tricherie, de trahison, de mauvaise foi et de duplicité tous les
coreligionnaires de afnán-i-Kabír. il écrivait vouloir exposer leurs
mensonges à ses compatriotes pour les prévenir et il déclarait comme nul et
non avenu quelque document qui, d’après lui, lui avait été sou-tiré par h∆ájí
mírzá siyyid h∆asan. il affirmait que tous liens avec afnán-i-Kabír et ses fils
étaient rompus, que leur partenariat était terminé et qu’ils lui devaient une
énorme somme d’argent. il ajoutait qu’il présenterait plus tard son cas, avec
toutes les preuves nécessaires, au consul général de Perse de Constantinople.
il ajoutait que, parmi ces preuves, il avait des écrits du guide spirituel de
h∆ájí mírzá siyyid h∆asan.

dans l’ Épître au Fils du loup Bahá’u’lláh affirme catégoriquement que :
aucun incident fâcheux ne s’est produit en Perse depuis bien longtemps. le
pouvoir a tenu fermement en ses mains les rênes des agitateurs au sein des
diverses sectes.

Personne n’a transgressé ses limites. Par dieu ! Cette communauté n’est pas,
et n’a

* mírzá núru’lláh devint médecin et s’installa à rasht dans la province
caspienne de Gilán.

aCTiviTés des azalís à isTanBul 417

jamais été, encline à commettre des méfaits. son cœur est illuminé de la
lumière de la crainte de dieu et paré de l’ornement de son amour. sa
préoccupation est, aujourd’hui comme hier, le mieux-être du monde. [...]
de même, les officiels de l’ambassade de Perse dans la grande Cité cherchent
avec détermination et constance à exterminer ces opprimés. ils désirent une
chose et dieu en désire une autre. Considère maintenant ce qui advient en
chaque pays aux fidèles de dieu : tantôt ils sont accusés de vol et de larcin,
tantôt ils sont calomniés d’une manière sans équivalent dans le monde.
réponds honnêtement : quelles pouvaient être les conséquences à l’étranger,
de l’accusation de vol portée par l’ambassade de Perse contre ses propres
sujets ? Cet opprimé en ressentit de la honte, non pas en raison de
l’humiliation subie, mais plutôt à cause de la perception par des
ambassadeurs étrangers de l’incompétence et de l’incompréhension de
personnalités éminentes de l’ambassade de Perse. [...] Bref, au lieu de
chercher, comme ils auraient dû le faire, à parvenir aux rangs les plus élevés
grâce à celui qui occupe cette condition sublime et à requérir son avis, ils
s’efforcent toujours d’éteindre sa lumière. Toutefois, comme rapporté, son
excellence l’ambassadeur mu‘ínu’l-mulk, mírzá muh∂sin Khán - que dieu
l’assiste -

était absent de istanbul à ce moment. Cela s’est produit parce que l’on
croyait sa majesté le chah de Perse - que le Très-miséricordieux l’assiste -
courroucée contre ceux qui ont atteint et côtoient le sanctuaire de la sagesse.
dieu est témoin et sait que cet opprimé s’est toujours attaché à tout ce qui
contribuait à la gloire du gouvernement et de la nation. en vérité, dieu est un
témoin suffisant.

décrivant le peuple de Bahá, la Plume suprême a révélé ces paroles : en
vérité, ce sont des hommes qui ne s’attardent point lorsqu’ils passent dans
des cités d’or pur et se détournent lorsqu’ils rencontrent les femmes les plus
belles et les plus gracieuses. »

voilà ce qu’a révélé la Plume suprême pour le peuple de Bahá, de la part du
Conseiller, de l’omniscient. dans les derniers passages de l’épître à sa
majesté l’empereur de Paris [napoléon iii] ont été révélées ces paroles
exaltées : te réjouis-tu des trésors que tu possèdes, sachant qu’ils périraient
? te réjouis-tu de gouverner un empan de terre quand, pour le peuple de
bahá, le monde entier ne vaut pas plus que la pupille de l’œil d’une fourmi
morte ? abandonne-les à ceux qui s’y attachent et tourne-toi vers le désir du
monde.
seul dieu - exaltée soit sa gloire - connaît ce qui advint à cet opprimé.
Chaque jour apporte à l’ambassade d’istanbul un nouveau récit d’incidents
dirigés contre nous. dieu de miséricorde ! l’unique objet de leurs
machinations est d’éliminer ce serviteur. ils oublient, toutefois, que
l’humiliation dans le chemin de dieu est ma gloire véritable.

dans les journaux, on pouvait lire notamment : À propos des agissements
frauduleux de

dans la Gloire du Père

certains exilés d’acre et de leurs exactions contre plusieurs personnes, etc...
Pour les partisans de la justice et les aurores d’équité, l’intention de l’auteur
était évidente et explicite son objectif. en résumé, celui-ci m’infligea toutes
sortes de cruautés, d’injustices et de tourments. Par dieu ! Cet opprimé
n’échangerait point ce lieu d’exil pour la demeure la plus sublime. aux yeux
de toute personne perspicace, ce qui advient dans le sentier de dieu est gloire
manifeste et rang suprême. [...] cet opprimé ne se départit pas de la patience
qui s’imposait. si seulement sa majesté le chah demandait un rapport sur ce
qui nous advint à istanbul afin d’être pleinement informé des faits réels ! [...]

Trouvera-t-on un juste qui, en ce jour, jugera selon ce que dieu a envoyé
dans son livre ? où est la personne impartiale qui examinera équitablement
ce qui fut perpétré contre nous sans preuve ni témoignage irréfutable ? 2

dans d’autres épîtres telles que celles adressées à áqá mírzá áqá, núri’d-dín et
à Karbilá’í h∆ájí-Bábá, un bahá’í de zarqán (près de Chiraz, dans la province
de fars), Bahá’u’lláh parle en particulier des accusations lancées contre
afnán-i-Kabír. malheureusement, l’auteur n’a pu trouver nulle part une
collection complète du journal akhtar et dans les numéros qui appartenaient
à edward Granville Browne et qui sont déposés à la bibliothèque de
l’université de Cambridge, on ne trouve aucune référence aux intrigues des
azalís à istanbul. Peut-être qu’il n’existe nulle part une collection complète
de akhtar. alors qu’il était sous l’influence marquée de mírzá áqá Khán-i-
Kirmání, nás∂iri’d-dín sháh en avait interdit la circulation en Perse. mais un
jour mírzá áqá Khán se fâcha avec áqá muh∂ammad-∏áhir et ce dernier eut
de plus en plus de difficultés financières à produire son journal.

alors intervint ‘alá’u’l-mulk, l’ambassadeur de Perse à istanbul, qui demanda
à son gouvernement de subventionner le journal afin que áqá muh∂ammad-
∏áhir puisse continuer à le publier comme contrepoids au journal qánún,
publié à londres par mírzá malkam Khán le náz∂imu’d-dawlih, qui était très
critique envers le gouvernement de Perse et qui lançait de vicieuses
campagnes notamment contre mírzá ‘alí-asghar Khán l’amínu’s-sult∂án*, le
s∆adr-i-a’z∂am du chah, un

*lors de l’assassinat de nás∂iri’d-dín sháh en 1896, amínu’s-sult∂án était le
s∆adr-i-a’z∂am ou grand vizir. C’est grâce à son stratagème que les désordes
purent être évités ce jour-là. Certains écrivains modernes ont suggéré que
amínu’s-sult∂án lui-même était impliqué dans le meurtre de nás∂iri’d-dín
sháh ; c’est ridicule. en 1898, sulaymán Khán, connu comme Jamál effendi,
vint d’acre avec notamment comme mission de rencontrer amínu’s-sult∂án à
qom, ville dans laquelle il s’était retiré après sa destitution par le chah
muz∂affari’d-dín. il était arrivé au ministre déchu de parler en faveur des
bahá’ís opprimés. mais, revenu aux affaires, il oublia vite ses promesses.

aCTiviTés des azalís à isTanBul 419

homme compétent et astucieux quoique peu scrupuleux. il existe un
document écrit de la main du chah qui approuve les subventions pour áqá
muh∂ammad-∏áhir et son journal. mais l’éclat des jours passés ne revint
jamais et akhtar disparut.

les intrigues d’istanbul sont assez compliquées à raconter, comme toutes les
intrigues. mais on peut les diviser en plusieurs épisodes. Tout ce qui
concerne nabíl ibn nabíl est décrit en détail dans une brochure écrite par son
neveu, mírzá

‘abdu’l-h∆usayn, fils de shaykh Káz∂im-i-samandar. mais il n’existe pas de
récit continu des événements concernant les afnán. les manques dans le récit
doivent être complétés.

Comme indiqué ci-dessus, les afnán avaient une chaîne d’intérêts
commerciaux qui allait de hong-Kong à istanbul. vers 1882, hájí shaykh
muh∂ammad-‘alí de qazvín qui faisait du commerce chez lui depuis des
années, s’installa à istanbul à la demande de Bahá’u’lláh. Pendant sept ans, il
y géra un commerce. on ne sait pas s’il fut tout de suite un partenaire des
afnán ou s’il le devint plus tard. on ignore aussi lequel des fils de h∆ájí mírzá
siyyid h∆asan, l’afnán-i-Kabír, resta assez longtemps à istanbul à cette
époque. mais on est certain que hájí shaykh muh∂ammad-‘alí y dirigeait et
gérait personnellement une entreprise pendant toutes ces années. il devint
ainsi connu dans la capitale ottomane, traitant également avec les gens de
toutes croyances : juifs, chrétiens et musulmans. de même, les pèlerins Mírzá
‘alí-asghar khán, l’amínu’s-Sulπán

(browne, The Persian revolution of 1905-1909 )

dans la Gloire du Père

de toutes les religions, en route pour la mecque, Jérusalem ou acre recevaient
de lui conseils, aide et directives. Cette célébrité justifiée donna aux disciples
de mírzá yah∂yá, des hommes comme shaykh muh∂ammad-i-yazdí, shaykh
ah∂mad-rúh∂í, mírzá áqá Khán-i-Kirmání, l’idée de le surveiller de près. Par
ailleurs, par l’intermédiaire de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí, la Plus-
Grande-Branche était en communication régulière avec des fonctionnaires
ottomans comme núrí Big, et il est probable que les azalís étaient au courant
du fait.

mírzá áqá Khán commença à fréquenter la boutique de hájí shaykh
muh∂ammad-‘alí, venant chaque jour poser de nouvelles questions,
exprimant enfin son désir d’embrasser la foi bahá’íe. mais il désirait d’abord
visiter acre et être témoin de la vérité de ce qu’on lui avait dit. il demanda à
hájí shaykh muh∂ammad-‘alí d’obtenir la permission de Bahá’u’lláh pour
qu’il puisse aller à acre. déjà, deux ans avant, mírzá yah∂yá de qazvín, dont
le père était un partisan de mírzá yah∂yá s∆ubh∂-i-azal, avait fini par voir
son erreur et était devenu un croyant confirmé dans la religion de
Bahá’u’lláh. hájí shaykh muh∂ammad-‘alí espérait donc que mírzá áqá Khán
suivrait le même chemin. mais cela ne se ferait pas, car on allait vite
s’apercevoir que c’était un dissimulateur.

áqá muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání était, lui aussi, à istanbul depuis quelques
années. on ne sait rien de ses antécédents. il commerçait sur une petite
échelle et prenait des commissions sur des affaires qu’il négociait. n’ayant
jamais reçu que des marques d’amitié de la part de hájí shaykh
muh∂ammad-‘alí, il n’en était pas moins jaloux de la grande réussite du
marchand de qazvín et il envoyait des rapports négatifs à certains de ses
clients et répandait des fausses rumeurs sur son compte. hájí shaykh
muh∂ammad-‘alí eut alors une idée pour contrecarrer la malveillance de áqá
muh∂ammad-‘alí et proposa un accord commercial entre les afnán, lui-même
et cet is∂fahání. les afnán acceptèrent. Ce partenariat dura plusieurs années,
prospéra et l’is∂fahání en tira de grands profits. mais, peu à peu, il tomba
sous la coupe d’áqá muh∂ammad-‘alíy-i-Tabrízí (expulsé par Bahá’u’lláh) et
les adeptes de s∆ubh∂-i-azal. C’est à la même époque que mírzá áqá Khán
avait pris de l’ascendant sur áqá muh∂ammad-Táhir le fondateur et rédacteur
de akhtar.

les rumeurs malveillantes répandues par les deux muh∂ammad-‘alí, l’un de
Tabriz et l’autre d’ispahan , devinrent si persistantes que Bahá’u’lláh envoya
h∂ájí siyyid Javád-i-yazdí pour enquêter et trouver la vérité. Ce vénérable
siyyid resta

aCTiviTés des azalís à isTanBul 421

quelque temps à istanbul et comprit très vite que les adversaires de la
religion n’élaboraient que des mensonges. mais un jour vint où hájí shaykh
muh∂ammad-

‘alí ne put plus supporter le poids des fausses rumeurs, des diffamations et
des insinuations. il n’avait que son neveu mírzá ‘abdu’l-h∆usayn avec lui, et
se sentait très seul. une nuit, il se jeta dans la mer mais fut secouru par des
bateleurs.

les douaniers et les badauds qui le connaissaient bien furent très surpris. hájí
shaykh muh∂ammad-‘alí vécut pour voir un autre jour, mais la pensée qu’il
avait tenté de se suicider et le fait de lire dans les journaux, et
particulièrement akhtar, des articles rapportant le fait, l’écrasaient.

C’est alors qu’arriva de Terre sainte, en route pour ‘ishqábád, hájí mírzá
abu’l-qásim-i-náz∂ir, né à ispahan. áqá muh∂amad-‘alí n’avait pas encore
dévoi-lé sa vraie nature. en prévision de ses plans abominables, il réussit,
étant aussi d’ispahan, à convaincre náz∂ír de rester à istanbul. mais il
comprit bientôt que náz∂ir ne deviendrait jamais un jouet entre ses mains et
ne l’aiderait pas. Puis il entendit dire que quelques-uns des afnán visiteraient
bientôt istanbul et qu’ils pourraient effectuer quelques changements dans le
magasin qu’ils possédaient tous en commun. un jour, il fit savoir que 400
livres avaient été volées dans les coffres de leur magasin ; il joua si bien
l’accusateur que tout le monde le crut. il devait 60 livres de salaires non
payés à un pauvre siyyid, lui aussi is∂fahání, qui travaillait pour lui. il laissa
les soupçons se tourner vers ce dernier. sous les pressions du consul général
persan manipulé par les azalís, ce siyyid muh∂ammad, un honnête
musulman, fut arrêté par la police et resta prisonnier pendant deux mois.

il finit par pouvoir se disculper et affirma haut et fort que áqá muh∂amad-‘alí
était un menteur et un tricheur qui lui devait 60 livres et qui, ayant entendu
parler de l’arrivée des siyyids shírází (les afnán), avait décidé d’utiliser cette
ruse pour leur voler 400 livres.

Pendant ce temps, la nouvelle de la tentative de suicide de hájí shaykh
muh∂ammad-‘alí était arrivée en Terre sainte et Bahá’u’lláh lui enjoignit de
quitter istanbul, après ce séjour de sept ans, et de venir à acre. mírzá
muh∂sin, un jeune fils de afnán-i-Kabír fut choisi pour le remplacer dans ses
lourdes tâches.

son neveu, mírzá ‘abdu’l-h∆usayn, qui connaissait bien tous les détails des
métiers du commerce, devait rester là-bas pour aider le jeune homme. h∆ájí
shaykh muh∂ammad-‘alí quitta la capitale ottomane en mars 1889, notant
dans son jour-

dans la Gloire du Père

nal sa joie d’être libéré de tous les soucis et les anxiétés que les ennemis
avaient fait peser sur lui dans cette ville.

la veille du départ de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí, náz∂ir avait trouvé,
cachée dans les toilettes publiques de qárshí, une somme de 125 livres et, il
en avait parlé à áqá muh∂ammad-‘alí, au grand regret de hájí shaykh. Tous
les partisans de mírzá yah∂yá présents à istanbul encouragèrent áqá
muh∂ammad-‘alí de porter plainte contre náz∂ir. Pourtant, c’était lui qui
avait supplié náz∂ir de rester à istanbul et cela faisait deux mois déjà que
náz∂ir avait trouvé l’argent sans avoir cherché à cacher sa découverte.
néanmoins áqá muh∂ammad-‘alí l’accusa sans vergogne d’avoir volé les 400
livres dans le coffre du magasin et alla jusqu’à se plaindre par écrit à
Bahá’u’lláh. il reçut de Terre sainte une réponse, signée par Khádimu’lláh,
lui disant que s’il était capable de prouver son accusation contre náz∂ir, il
recevrait d’áqá mírzá muh∂sin-i-afnán la somme qu’il prétendait avoir été
volée, plus les intérêts.

en plus de muh∂ammad-‘alíy-i-Tabrízí et des principaux azalís d’istanbul, un
fils de mírzá yah∂yá était aussi dans la capitale ottomane. Tous ces gens,
soutenus par akhtar qui était alors manipulé par mírzá áqá Khán, lançaient
en chœur des accusations. lorsqu’il était parti pour son voyage jusqu’à
‘ishqábád, náz∂ir avait laissé sa famille en Terre sainte ; son séjour à istanbul
s’étant prolongé et ayant la permission de Bahá’u’lláh de revenir voir sa
famille, il décida, devant les terribles accusations de áqá muh∂ammad-‘alí,
de partir immédiatement. mais il fut arrêté, l’ambassadeur de Perse,
mu‘ínu’l-mulk, qui le connaissait personnellement, dirigea le procès dans
l’ambassade, conclut en sa faveur et le blanchit complètement.

en dépit de ce verdict clair, áqá muh∂ammad-‘alí, poussé par son homonyme
de Tabriz et par shaykh muh∂ammad-i-yazdí, traîna náz∂ir devant les
tribunaux ottomans qui, cette fois, établirent son innocence de manière
irrévocable.
áqá muh∂ammad-‘alí, piqué au vif par la défaite qu’il venait de subir en
présence de shaykh muh∂sin Khán, le mu‘ínu’l-mulk et devant les tribunaux
ottomans, cessa tout faux-semblant et, se montrant sous son vrai jour, écrivit
cette fameuse lettre au journal akhtar dont nous avons déjà parlée et dans
laquelle il accusait méchamment h∆ájí mírzá siyyid h∆asan, l’afnán-i-Kabír,
ses fils et, par des sous-entendus, tous ses coreligionnaires, de fourberie et de
pratiques douteuses. il osa même mentionner Bahá’u’lláh. Pendant ce temps,
mírzá muh∂sin-i-

aCTiviTés des azalís à isTanBul 423

afnán et mírzá ‘abdu’l-h∆usayn avaient terminé les affaires du magasin
d’istanbul, vendu les meubles des bureaux et étaient partis en Terre sainte.

l’auteur possède une lettre de áqá mírzá muh∂sín qui indique que
Bahá’u’lláh avait demandé à un autre fils d’afnán-i-Kabír, áqá siyyid
ah∂mad d’aller à istanbul réfuter les graves et impudentes accusations d’áqá
muh∂ammad-‘alí d’ispahan .

on demanda aussi à h∆ájí mírzá abu’l-qásim-i-názir et à h∆ájí abu’l-h∆asan-
i-amín d’aller à istanbul, le premier pour y faire ses propres affaires et le
second pour aider áqá siyyid muh∂ammad. mírzá ‘abdu’l-h∆usayn affirme
qu’en réalité áqá muh∂ammad-‘alí devait aux afnán et à h∆ájí amín une
somme considérable d’argent. en dépit de son attitude, áqá siyyid ah∂mad et
h∆ájí amín tentèrent de régler les choses à l’amiable, sans succès. la
présence à istanbul de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí devenait de nouveau
nécessaire. en septembre 1889, accompagné de son neveu et d’áqá
muh∂ammad leur serviteur, il embarqua pour istanbul, le cœur lourd.
Bahá’u’lláh lui avait dit de ne pas y rester trop longtemps et de continuer
jusqu’en Perse. les choses allaient se passer différemment.

selon mírzá ‘abdu’l-h∂usayn et fád∂il-i-mazandéraní qui l’ont écrit tous les
deux, h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí put prouver devant le tribunal ottoman
et devant l’ambassadeur de Perse, avec l’aide de preuves tirées des registres
et des livres de comptes, l’imposture de muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání.
d’importants marchands d’istanbul, persans ou non, signèrent volontiers un
document affirmant leur conviction que l’is∂fahání qui avait calomnié ses
anciens partenaires, avait menti, avait trompé les gens et, de fait, devait aux
bahá’ís une somme d’argent considérable.

en dépit du succès de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí et de la déroute du
renégat d’ispahan , les adversaires de la foi bahá’íe devinrent encore plus
hardis, fabriquant de nouvelles calomnies et les répandant abondamment. ils
répandirent la fausse nouvelle que les autorités ottomanes avaient décidé de
mettre le feu au manoir de Bahjí pour détruire le centre et la source même de
la nouvelle religion. h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí, tout en faisant son
devoir loyalement et fidèlement, était constamment soumis à l’effet usant de
ces calomnies et aux moqueries des ignorants ; il finit par ne plus le
supporter et se suicida. áqá siyyid ah∂mad organisa une réunion
commémorative à laquelle assista mu‘ínu’l-mulk, l’ambassadeur persan qui
était si ému par la mort tragique de h∆ájí shaykh qu’il en pleura. on raconte

dans la Gloire du Père

qu’il dit : « nous avions un marchand sage, sagace et intègre ; et maintenant
nous l’avons perdu. »

h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí était parti loin des conspirateurs et des
malveillants, mais l’histoire des intrigues contre les bahá’ís à istanbul ne
s’arrête pas avec son décès. áqá siyyid ah∂mad-i-afnán était toujours là, dont
la vue était insupportable aux deux muh∂ammad-‘alí, l’is∂fahání et le
Tabrízí. mais on avait aussi besoin de lui ailleurs et Bahá’u’lláh ordonna à
áqá ‘azízu’lláh-i-Jadhdháb, bahá’í d’origine juive de mashhad, d’aller à
istanbul accélérer le départ de áqá siyyid ah∂mad. il devait aussi s’occuper
des intérêts commerciaux des afnán. h∆ájí siyyid mírzá, un frère de siyyid
ah∂mad qui résidait à yazd, devait 12 000 tomans à áqá ‘alí-haydar-i-
shírvání un marchand de grande réputation qui s’occupait de transférer le
h∆uqúqu’lláh* de chez h∆ájí abu’l-h∆asan-i-amín vers la Terre sainte.

áqá ‘alí-haydar avait été agent des afnán dans le Caucase mais il résidait
depuis quelques années à Téhéran où edward Granville Browne le rencontra
en 1888. en ces années-là, certaines personnes qui avaient échoué
commercialement faisaient le siège de quelques-uns des afnán. il semble que
h∆ájí siyyid mírzá ait eu tendance à temporiser dans le paiement de ses
dettes et dans une épître, Bahá’u’lláh lui enjoint sévèrement de payer ses
dettes sans tarder.

Bahá’u’lláh désirait que áqá siyyid ah∂mad visite d’abord la Terre sainte
avant de repartir pour ‘ishqábád pour y vendre des terrains que les afnán
avaient achetés quelques années avant, afin de régler leurs comptes avec áqá
‘alí-haydar. à ce moment-là, h∆ájí abu’l-h∆asan-i-amín languissait en prison
à qazvín en compagnie de h∆ájí mullá ‘alí-akbar-i-shahmírzádí (une main de
la cause de dieu connu sous le nom de h∂ájí ákhund)†. Bahá’u’lláh demanda
à Jadhdháb de transmettre ce message à áqá siyyid ah∂mad : nous
t’ordonnons de ne pas rester à istanbul un moment de plus et de partir
immédiatement. Jadhdháb qui faisait du commerce depuis un certain temps
en Transcaucasie et possédait un passeport de l’émir de Bukhárá (ce qui
équivalait à avoir un passeport russe) voyagea sur un vapeur égyptien et
retourna à istanbul le plus vite possible. il arriva dans la capitale ottomane
dans les premiers jours d’août 1891, en plein mois sacré de muh∂arram ; áqá
siyyid

* « le droit de dieu » un paiement que doivent acquitter les croyants, institué
dans le kitáb-i-aqdas.

† Bahá’u’lláh fait référence à cette situation dans la Tablette au monde,
lawh-i-dunyá, révélée en honneur de áqá mírzá áqá, núri’d-dín.

aCTiviTés des azalís à isTanBul 425

ah∂mad avait donc retardé son départ. mais Jadhdháb, obéissant à l’ordre de
Bahá’u’lláh, insistait auprès de áqá siyyid ah∂mad pour qu’il parte le plus tôt
possible. finalement, tout fut prêt pour qu’il parte dans l’après-midi de
‘áshúrá, le dix de muh∂arram, le jour du martyre de l’imam h∆usayn. il y
avait alors à istanbul un marchand d’ispahan appelé áqá h∆usayn-‘alí qui
fréquentait aussi bien les musulmans que les azalís et les bahá’ís. le soir de
‘áshúrá, il invita áqá siyyid ah∂mad, Jadhdháb et d’autres à une
commémoration du martyre du troisième imam qui se tiendrait dans
l’auberge du Khán-i-válidih et après laquelle, selon la coutume, se tiendrait
un grand repas. Khán-i-válidih était le lieu de prédilection des Persans et
beaucoup d’entre eux y tenaient un bureau ou même y habitaient. au début
du dîner, on s’aperçut que shaykh ah∂mad-i-rúh∂í, muh∂ammad-‘alíy-i-
Tabrízí et muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání étaient aussi présents. ils ne
cessaient de jeter des regards furtifs vers áqá siyyid ah∂mad et Jadhdháb qui,
plus tard, accompagnés de mírzá ismá’íl Khán le fonctionnaire chargé des
passeports à l’ambassade de Perse (originaire de rasht) et un courtier nommé
h∆ájí muh∂ammad-Javád-i-is∂fahání, tous les deux bahá’ís, se retirèrent
dans la demeure et le bureau de l’afnán situés tous deux dans l’auberge
d’áyinih-lí. en passant dans le vestibule qui conduit à l’auberge ils
rencontrèrent áqá nas∂ru’lláh-i-ardakání, le serviteur de áqá siyyid ah∂mad
qui était assis avec les régisseurs de l’auberge et un certain nombre de débar-
deurs. l’afnán demanda à son serviteur : « Pourquoi n’es-tu pas venu au
Khán-i-válidih comme je te l’avais demandé ? » et nas∂ru’lláh répondit que
la police l’en avait empêché. le lendemain matin, Jadhdháb, guidé par
nas∂ru’lláh, visita la tombe de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí que
Bahá’u’lláh lui avait demandé de réparer et de couvrir d’une dalle de
marbre. nas∂ru’lláh lui ayant indiqué la tombe le quitta pour vaquer à ses
affaires et retourna rapidement en ville. ayant terminé sa mission vers midi,
jour de ‘áshúrá, Jadhdháb retourna en ville pour y découvrir siyyid ah∂mad,
mírzá ismá’íl Khán et h∆ájí muh∂ammad-Javád plongés dans la
consternation. après son départ ce matin, la police était venue les informer
que l’ambassade de Perse avait reçu une plainte venant des deux
muh∂ammad-‘alí – le Tabrízí et l’is∂fahání. ils accusaient áqá nas∂ru’lláh-i-
ardakání, le serviteur de áqá siyyid ah∂mad de s’être introduit la veille dans
leurs bureaux pendant qu’ils étaient invités à l’auberge de Khán-i-válidih,
d’avoir brisé la serrure de leur coffre et d’avoir volé plusieurs milliers de
livres ainsi que tous les documents pouvant prou-

dans la Gloire du Père

ver que les bahá’ís leur devaient de l’argent. ils ajoutaient que ce voleur,
suivant son maître, était sur le point de s’échapper en route vers acre et qu’il
devait être arrêté immédiatement. Jadhdháb rappela à áqá siyyid ah∂mad
qu’on l’avait prévenu de quitter la capitale ottomane immédiatement et sans
délai. quelques heures plus tard, lui et son serviteur étaient à bord d’un
vapeur autrichien.
Jadhdháb vérifia qu’ils étaient bien partis et, de retour en ville, dut faire face
à une citation à comparaître venant de l’ambassade persane. Ces jours-là, ni
mu‘ínu’l-mulk l’ambassadeur, ni h∆ájí mírzá najaf-‘alí Khán son
représentant, qui avaient tous deux des relations amicales avec Jadhdháb,
n’étaient à istanbul. le consul était un arménien, uvánis Khán, qui
deviendrait plus tard amabssadeur de Perse à Tokyo, et qui ne connaissait
pas tout ce qui s’était passé. la disparition d’áqá siyyid ah∂mad et de son
serviteur l’avait rendu furieux. mais Jadhdháb sut lui résister, réussit à le
convaincre que c’était par méchanceté que les plaignants avaient agi et qu’il
n’y avait pas de problème de vol.

nous avons déjà parlé dans ce chapitre de la relation tendue existant entre
mírzá áqá Khán et áqá muh∂ammad-Táhir à cause du mariage de la fille de
ce dernier avec mírzá h∆usayn-i-sharíf-i-Káshání. dans les archives de mírzá
malkam Khán offertes à la Bibliothèque nationale de Paris par sa veuve, on
trouve de nombreuses lettres écrites à malkam par mírzá áqá Khán. et ces
lettres sont vraiment surprenantes. en plus de vilipender mírzá h∆usayn-i-
sharíf et de dénigrer áqá muh∂ammad-Táhir, l’auteur y affirme des choses
invraisemblables comme, par exemple, que les bábís d’istanbul croient que
malkam est le Christ descendu du ciel, dont le retour doit suivre le retour du
mahdí qui est le qá’im de la famille de muh∂ammad. mírzá áqá Khán
dépasse les limites de la crédibilité en affirmant aussi que c’était le chef de
ces bábís (il devait penser aux azalís) qui avait dû leur donner des
indications dans ce sens et, dans une autre lettre, il affirme que cette
déclaration extraordinaire a été faite par le chef des bábís. qui pourrait être
ce chef, sinon mírzá yah∂yá s∆ubh∂-i-azal ? mais est-il pensable que mírzá
yah∂yá, aussi stupide soit-il, puisse avoir fait une déclaration aussi ridicule ?
mírzá áqá Khán, tout astucieux qu’il fut, ne connaissait-il pas mieux mírzá
malkam Khán pour lui écrire des bêtises pareilles dans le but de se faire bien
voir ? Pour salir le nom de mírzá h∂usayn-i-sharíf, il alla jusqu’à dire à
malkam que ce « rustre » gendre de áqá muh∂ammad-Táhir lui avait
demandé, contre une forte rémunération, de composer

aCTiviTés des azalís à isTanBul 427

un livre sur le Báb et les bábís dont il avait une grande connaissance. il avait
beaucoup travaillé pour écrire ce livre*, disait-il, mais non seulement mírzá
h∆usayn ne l’avait pas payé mais il le montrait à tout istanbul comme preuve
que mírzá áqá Khán était un bábí ! (Tout le monde savait, naturellement, que
mírzá áqá Khán et shaykh ah∂mad-i-rúh∂í avaient épousé des filles de mírzá
yah∂yá). Ces lettres de mírzá áqá Khán à mírzá malkam Khán prouvent
abondamment sa nature intri-gante.

mírzá h∆usayn-i-sharíf entra au service du gouvernement indien, prit sa
retraite devenu riche et fut fait chevalier. sir mírzá h∆usayn finit ses jours au
Caire où il vivait dans une abondance remarquable. il mourut sans
descendance et lorsque son frère, shaykh mihdíy-i-sharíf-i-Káshání qui était
maître d’école à Téhéran, se précipita au Caire, il eut la douleur de constater
que le consul général de Perse en égypte s’était emparé de toute la fortune de
sir mírzá h∆usayn-i-sharíf.

on connaît le destin de mírzá áqá Khán-i-Kirmání et shaykh ah∂mad-i-rúhí :
ils furent emprisonnés et exécutés en 1896†. mais on ignore le destin des
deux muh∂ammad-‘alí, le Tabrízí et l’is∂fahání. les intrigues et les
malversations des partisans de mírzá yah∂yá à istanbul causèrent beaucoup
de chagrin à Bahá’u’lláh jusqu’à la fin de sa vie, provoquant la perte d’une
vie précieuse, ridiculisant et méprisant, pendant un certain temps, des
hommes de grande intégrité dont la probité et la crédibilité étaient largement
reconnues par tous. mais ils ne laissèrent pas de marques indélébiles dans les
annales de la religion de Bahá’u’lláh. l’arche du salut résista à toutes les
tempêtes et à toutes les pressions de l’époque.

* il doit s’agir du tome intitulé khulás∂atu’l-bayán : sommaire du Bayán.

† voir page 414-415

extraits d’une autobiographie

voiCi quelques pages de l’autobiographie de h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh afnán,
fils de áqá mírzá áqá que Bahá’u’lláh nomma núri’d-dín, lumière de la foi. le
père de áqá mírzá áqá était h∆ájí mírzá zaynu’l-’ábidín, qui était le cousin de
siyyid muh∂ammad-rid∂á, le père du Báb. un autre cousin du père du Báb,
mírzá mah∂múd-i-Khushnivís (le calligraphe) eut un fils nommé h∆ájí mírzá
muh∂ammad-h∆asan (1815-95) qui, sous le nom de mírzáy-i-shírazí devint
le plus éminent mujtahid chiite de son temps. h∆ájí siyyid Javád, l’imám-
Jumih de Kirmán, lui aussi un grand personnage de son temps, était un autre
cousin du père du Báb. Comme mírzáy-i-shírází, il croyait secrètement en
son glorieux cousin, convaincu qu’il était le qá’im de la famille de
muh∂ammad. nul n’entendit jamais tomber de leurs lèvres une condamnation
de la religion du Báb et, chaque fois que ce fut possible, ils en protégèrent
les disciples. un des exemples les plus éclatants est le respect et la
considération dont fit preuve l’imám-Jum’ih de Kírmán envers quddús.

la mère de áqá mírzá áqá, zahrá Bigum, était la sœur de Khadíjih Bigum la
femme du Báb, toutes deux étant les filles de mírzá ‘alí, un marchand de
Chiraz.

et la mère de h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh (voir addenda v) était maryam-sulπán
Bigum, une fille de h∆ájí mírzá abu’l-qásim, l’un des frères de la femme du
Báb.

l’autre frère était h∆ájí mírzá siyyid h∆asan, appelé afnán-i-Kabír, le grand
afnán.

le premier membre de la famille à embrasser avec zèle la cause de leur
parent fut sa femme, suivie par h∆ájí mírzá siyyid ‘alí, un oncle maternel
appelé Khál-i-a’z∂am : le Très-Grand-oncle, qui était devenu son tuteur
lorsque le Báb devint orphelin et qui fit partie des sept martyrs de Téhéran.

áqá mírzá áqá, núri’d-dín, fut le troisième à le faire. C’est sa tante
maternelle, la femme du Báb, qui le guida vers la religion bábíe et l’aida à la
comprendre et à l’accepter. à son tour, áqá mírzá áqá convainquit h∆ájí
mírzá siyyid muh∂amad, appelé Khál-i-akbar, un autre oncle maternel du
Báb, qui voyagea jusqu’en irak, sous couvert d’un pèlerinage aux villes
saintes, afin de rencontrer Bahá’u’lláh.

Très vite, dans tout Chiraz et au-delà, áqá mírzá áqá, núri’d-dín, devint si
connu

dans la Gloire du Père

áb

la généalogie paternelle du b
exTraiTs d’une auToBioGraPhie 431

áqá Mírzá áqá afnán, núri’d-dín

comme disciple fervent et dévoué de Bahá’u’lláh que sa vie fut en danger,
surtout à la suite du martyre, à ispahan, du roi des martyrs et du Bien-aimé
des martyrs.

les membres plus âgés de la famille, présidés par h∆ájí mírzá abu’l-qásim, le
beau-père de áqá mírzá áqá, núri’d-dín, jugèrent préférable qu’il quitte la
ville immédiatement. Comme le rapporte son fils h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh,
en vingt-quatre heures il quittait Chiraz en route pour Bombay où il s’installa
pendant un certain temps avant d’aller installer à Port-saïd un commerce
appelé núrid-dín h∆asan.

zahrá Bigum, la mère de áqá mírzá áqá, mourut en octobre 1889 et, quelques
mois plus tard, Bahá’u’lláh demanda à toute la famille de venir en Terre
sainte.

mírzá Jalál, le fils aîné, resta à Chiraz comme gardien de la maison du Báb.
h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh avait alors quatorze ans. lui, sa mère maryam-
sulπán Bigum, sa sœur Túbá Khánum, ses frères mírzá Buzurg et mírzá
d∆íyá’u’lláh, un serviteur bahá’í de Káshán, et zívar-sulπán Khánum dont le
fils, áqá mírzá hádí sera le père de shoghi effendi, le futur Gardien de la foi
bahá’íe, quittèrent Chiraz pour la Terre sainte. leur voyage vers Bouchir à
travers les passes montagneuses, la même route que le Báb avait parcourue
quatre fois, fut très pénible et à l’arrivée, la chaleur

dans la Gloire du Père

excessive les rendit tous malades. h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh écrit : à Bouchir,
nous restâmes dans la maison de h∆ájí mírzá ‘abdu’lláh Khán, oncle de
muvaqqari’d-dawlih, qui était de nos parents. lorsque muh∂ammad Khán-i-
Balúch fut emprisonné à Chiraz, il s’arrangea pour le libérer… Plus tard, à
acre, au temps de la Perfection bénie, je rencontrerai ce muh∂ammad Khán
qui était devenu berger ».

après plus d’un mois à Bouchir, le groupe continua par la mer, traversant le
golf Persique et la mer rouge, ce qui n’était pas sans danger. Près de la ville
de lingih, proche d’aden, le navire fut frappé par une terrible tempête, un
trou apparu dans la coque et, plus loin, sur la mer rouge, le moteur prit feu.
après ces frayeurs, ils arrivèrent à Port-saïd où ils furent accueillis par leur
père, áqá siyyid áqá et un frère aîné. « nous restâmes sept mois à Port-saïd,
écrit h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh, puis mon père supplia la Perfection bénie de
nous permettre d’atteindre sa présence, ce qui fut accordé. »

Par bateau, ils arrivèrent, fin juillet 1891, à haïfa où Bahá’u’lláh résidait
alors.

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh écrit : « feu Jináb-i-manshádí nous accueillit à bord
suivant les ordres de la Perfection bénie, arrangea notre débarquement, nous
fit passer la douane et nous conduisit jusqu’à la tente de Bahá’u’lláh qui était
dressée au pied du mont Carmel. Je n’ai pas oublié ce jour. C’était tôt le
matin, le soleil n’était pas encore très haut au-dessus du mont, l’air était très
frais et vivifiant. dans la tente, Jináb-i-manshádí nous parlait, demandant des
nouvelles des bahá’ís de Chiraz, lorsque soudain, mírzá mus∂πafá (appelé
abú-hurayrih, d’après le nom d’un disciple inconstant de muh∂ammad), un
serviteur de Bahá’u’lláh qui plus tard brisera l’alliance, entra pour nous
conduire dans la maison en présence de la Perfection bénie*. il repoussa le
rideau. Tous nos espoirs et nos vœux les plus chers étaient accomplis. la
beauté abhá se tenait au milieu de la pièce. nous fûmes bouleversés d’être en
sa présence et de voir son lumineux visage… nos pleurs coulaient sans
retenue pendant que nous tournions autour de sa Personne bénie. il s’assit
sur le divan et nous invita à nous asseoir aussi. nous nous assîmes, tous les
quatre frères, par terre. sur notre droite, mírzá áqá Ján était assis avec le
samovar et le

*Bahá’u’lláh fit planter sa tente sur les pentes du mont Carmel. on en connait
la position exacte qui est, depuis des années, la possession du centre mondial
bahá’í. Pendant ces séjours à haïfa il loua aussi des maisons dans le
voisinage de la colonie allemande. quant à mírzá mustafá, dont le père
mourut en martyr (voir dans l’index à l’entrée : mírzá mus∂tafá-i-naráqí) il
suivit muh∂ammad-‘alí et finit ses jours près de Tibérias dans une propriété
appartenant à mírzá majdi’d-dín.

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 433

lieux saints bahá’ís à acre et à haïfa

dans la Gloire du Père

Spécimen de « l’écriture de révélation » écrite par Mírzá áqá ján.

c’est le troisième Tajallí de la tablette de Tajallíyát. (lire p. 440)

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 435

service à thé devant lui. la Perfection bénie lui dit : « sers du thé aux jeunes
afnán qui viennent juste d’arriver » Puis, se tournant vers nous : « o fleurs de
la roseraie de l’honoré afnán ! vous êtes bienvenus, vous êtes les bienvenus !
votre départ de Chiraz fut très difficile et pénible. la volonté de dieu et la
détermination de Jináb-i-afnán vous a menés jusqu’au seuil sacré. entourés
de danger pendant votre voyage en mer, dieu vous protégea. voyez :
aujourd’hui même des milliers de gens marchent entre s∆afá et marwih [sur
un pied]*. le Bien-aimé du monde de l’existence réside en ce pays, mais tous
sont négligents, insouciants, inconscients, ignorants. vous êtes les vrais
h∂ájís (pèlerins) » il répéta trois fois : « vous êtes les vrais pèlerins ». alors
que j’écoutais, émerveillé, les paroles du Bien-aimé des mondes, des vers de
mawlavís† me vinrent à l’esprit :1

o h∂ájís ! vous qui avez accompli le h∂ájj, où êtes-vous, où êtes-vous ?

le Bien-aimé est ici, venez, venez.

le Bien-aimé est votre voisin, de l’autre côté du mur ;

Pourquoi vous perdre dans le désert sauvage ?

à l’instant même, la Perfection bénie se tourna vers moi et dit : « les
mystiques ont des choses à dire sur ce sujet. » Puis il demanda à mírzá áqá
Ján de nous reverser du thé. nous quittâmes ensuite sa présence.

on avait loué pour nous la maison proche de la sienne. nous habitions à
proximité de la demeure de la Beauté abhá. d’avoir atteint son seuil béni, de
rencontrer des vétérans de la foi et des résidents de Terre sainte, avait tout
effacé de notre esprit. la douceur de la vie et les extases spirituelles que nous
connûmes pendant ces journées dépassent la description… il faisait alors très
chaud à haïfa en cette période et, n’y étant pas habitués, nous tombions
souvent malades. mais les générosités de notre seigneur bien-aimé étaient
illimitées. les flots de l’océan de sa générosité et de sa bonté se répandaient
constamment. Je me souviens d’un jour où nous avions été appelés en sa
présence à trois heures de l’après-midi. mírzá h∆abíbu’lláh avait alors une
forte fièvre et son frère aîné tenta de le dissuader de nous

* le dixième jour de dhu’l-h∆ijjih-‘íd al-ad∂h∂á ou ‘íd-i-qurbán (la fête du
sacrifice) : le jour du pèlerinage à la mecque. un des rites du pèlerinage
consiste à traverser sept fois la distance entre ces deux monts où, d’après la
tradition, hagar courut sept fois à la recherche d’une source pour étancher la
soif de son fils.

† Jaláli’d-dín-i-rúmí, le plus grand poète mystique de Perse.

dans la Gloire du Père

Site du jardin de Junaynih au nord d’acre

accompagner, mais en vain. il écrit : « se tournant vers moi la Perfection
bénie dit :

« Tu es fiévreux ». J’inclinais la tête pour acquiescer. il ajouta : « la fièvre
fait partie de ce pays. quiconque y vient doit l’attraper. » Puis il commanda
du thé pour nous. Je commençais à transpirer au point que mes vêtements en
furent trempés.

alors la Perfection bénie dit : « va te changer. la fièvre ne t’embêtera plus. »

Pendant les neuf mois que nous restâmes en Terre sainte, je n’eus plus
jamais de fièvre. »

après quinze jours, l’aîné des quatre frères retourna à Port-saïd et leur père
put venir en Terre sainte. la nouvelle de la mort des sept martyrs de yazd
attrista profondément Bahá’u’lláh. mírzá h∆abíbu’lláh indique que pendant
neuf jours toute révélation cessa et que personne ne fut admis en sa présence.
Puis, le neuvième jour, tout le monde fut convoqué. la tristesse profonde qui
l’enveloppait était indescriptible. « il parla longuement des qadjar et de leurs
œuvres. Puis il cita les évènements de yazd et, avec sévérité, la langue de
grandeur parla ainsi de Jalálu’d-dawlih et de z∆illu’s-sulπán : « z∆illu’s-
sulπán m’a écrit, de sa main, une lettre et me la fit porter par h∆ájí sayyáh
[hájí muh∂ammad-’alíy-i-sayyáh]. il me demandait de l’aider avec les bábís
à supprimer son Sháh-bábá [son père, le chah].

« si vous m’aidez, m’écrivit-il, je vous donnerai la liberté, une
reconnaissance officielle, et je vous aiderai et vous soutiendrai, je ferai
amende honorable pour le

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 437

passé. quoi qu’ait fait Sháh-bábá, je ferai l’exact contraire. » la lettre était
pleine de ce genre d’affirmations. voici quelle fut notre réponse : « il est
obligatoire pour nous deux, toi comme moi, de prier pour le chah. ne m’écris
plus jamais ce genre de lettre. ne fais plus jamais ce genre de demande à cet
opprimé. nous nous sommes levé pour améliorer les mœurs d’un certain
nombre de gens à qui le monde a fait du tort. si nous recherchions le pouvoir,
quel poste serait mieux que celui d’un vizir en Perse ? » Cette réponse reçue,
il perdit tout espoir de nous manipuler et agit maintenant de cette manière. si
nous envoyions sa lettre à nás∂riri’d-dín sháh, il serait écorché vif. mais dieu
est celui qui cache, il cache les actes de ses serviteurs. » Puis il ajouta : « ne
soyez ni tristes ni découragés. que votre cœur cesse de pleurer. l’arbre sacré
de la cause de dieu est fertilisé par le sang des martyrs. un arbre qui n’est pas
arrosé ne croît pas et ne donne pas de fruits. avant longtemps, le nom des
qadjar sera oublié et le pays de Perse en sera purifié. » quant à Jalálu’d-
dawlih, la Perfection bénie dit : « les actes de cet ingrat ont fait couler des
larmes de sang aux habitants du paradis » Trente-deux ans plus tard, le règne
des qadjar prit fin et ils furent renversés. » la première tablette révélée après
les neuf jours fut lawh-i-dunyá ( Épître au monde) dont fut honoré áqá mírzá
áqá.

la référence à Jalálu’d-dawlih se trouve dans cette épître : « le tyran du pays
de yá (yazd) a commis ce qui fit pleurer des larmes de sang à l’assemblée
céleste » 2

une copie de l’ Épître au monde, calligraphiée par zaynu’l-muqarrabín, fut
offerte par Bahá’u’lláh lui-même à h∆ájí mírzá Buzurg, un frère aîné de
h∆ájí mírzá habíbu’lláh.
l’auteur continue : « quinze jours après l’arrivée de mon père, alors que notre
temps de séjour tirait à sa fin, une épidémie de choléra éclata en syrie et au
liban.

le gouvernement décréta la mise en quarantaine des frontières. mon père
demanda la permission de partir, elle lui fut refusée ; pas tant que l’épidémie
ferait rage.

Ce fut pour nous une félicité suprême. l’automne arriva et l’air d’acre et de
haïfa s’améliora. la Perfection bénie quitta haïfa pour s’installer à Bahjí. on
nous proposa une petite maison proche du manoir… elle était située en sorte
que nous voyions la pièce bénie où il résidait. en nous levant à l’aube pour
prier, nous pouvions voir cette pièce déjà éclairée où des épîtres étaient
révélées. la Perfection bénie faisait des va-et-vient dans cette pièce et le
secrétaire écrivait. dans mon souvenir, c’était toujours mírzá áqá Ján qui
écrivait le verbe révélé. en ce temps-là,

dans la Gloire du Père

le jardin de rid∂ván

feu mírzá yúsuf Khán-i-vujdání et feu áqá siyyid asadu’lláh-i-qumí
donnaient, dans le manoir, des cours particuliers aux Branches. la Perfection
bénie avait enjoint à mes frères et à moi de suivre ces leçons. Tous les jours
nous allions, au rez-de-chaussée du manoir, dans une pièce utilisée comme
salle de classe, afin d’y suivre les cours. C’est feu mishkín-qalam qui nous
enseignait la calligraphie…

« le premier jour de muh∂arram 1309 (7 août 1891), la Perfection bénie célé-
brait l’anniversaire de la naissance du Báb*. mon père était corpulent et,
souffrant de rhumatismes, il ne pouvait s’asseoir sur le sol. la Perfection
bénie dit :

« apportez une chaise pour l’afnán » puis, « apportez des chaises pour ses
fils aussi » et ainsi nous nous assîmes sur des chaises… la Perfection bénie
distribua elle-même des baklavas aux personnes présentes. Puis elle dit : «
nous sommes le jour où h∆ad∂rat-i-mubashshir [le héraut] est arrivé dans ce
monde en l’illuminant de sa lumière. nous avons toutes les raisons de nous
réjouir… » le lendemain, deuxième jour de muh∂arram, était l’anniversaire
du maître des jours et du monde de l’existence [Bahá’u’lláh]. au matin, tous
les pèlerins et les résidents furent

* à cause du calendrier lunaire utilisé ici, la date du calendrier chrétien varie.

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 439

convoqués en sa sainte présence. il parla de la sublimité de sa venue, du
pouvoir de la Plume suprême, des circonstances de son exil et de son arrivée
dans la Plus Grande Prison. Puis il parla longuement des agressions et de
transgressions des tyrans et des ecclésiastiques. il dit : « nás∂iri’d-dín sháh et
‘abdu’l-‘azíz ont péché contre nous et ont endommagé le corps de la cause
de dieu. la tyrannie de

‘abdu’l-‘azíz était de loin la pire car il a banni, sans raison aucune, celui que
les mondes ont maltraité dans la plus grande prison. alors que nás∂iri’d-dín
sháh se mettait en colère chaque fois qu’en touchant ses membres il sentait
les plombs sous sa peau, à la suite des actes inconsidérés des croyants des
premiers jours. et cela lui faisait commettre des actes cruels et adopter des
mesures tyranniques contre les croyants, répandant le sang d’innocents. en
dépit des actes du chah et du gouvernement, les amis ne cessent de
démontrer ouvertement leur foi et ne prennent aucune précaution. Comment
les en blâmer ? Ces deux grandes fêtes ont été unies en une seule, augurant
d’un futur éclatant. » Puis la Perfection bénie récita ces deux vers de h∆áfiz∂
:

Ces jours plus amers que le venin passeront

et les jours doux comme le miel reviendront.3

elle nous redonna des douceurs et nous quittâmes sa présence.

J’ai déjà indiqué que notre maison était adjacente au manoir. nous avions
l’habitude de nous lever à l’aube pour prier. un matin, avant le lever du
soleil, un serviteur vint annoncer que la Perfection bénie venait chez nous. il
plaça cette couronne d’honneur éternel sur la tête de ces serviteurs. Cette
nouvelle nous fit pleurer de joie et nous sortîmes en hâte. nous vîmes sa
personne bénie venir vers notre maison dans toute sa gloire et sa puissance.
nous nous prosternâmes en lui baisant les pieds. la terre foulée par ses pieds
bénis, nous en fîmes le khôl de nos yeux…

il entra dans notre maison, nous offrant cet honneur éternel. Je lui offris une
tasse de thé qu’il but à moitié avant de me la rendre. il m’offrit un chapelet
noir, en bois d’olivier, qu’il portait. Ce chapelet, qui m’est aussi précieux
que la vie, est maintenant dans les archives de la maison [du Báb] à Chiraz.

J’ai aussi indiqué que la pièce bénie où il vivait était visible de notre maison.

nous l’aperçûmes plusieurs fois, à l’aube et au petit matin, exprimer le verbe
révé-

dans la Gloire du Père

Une vue du manoir de bahjí

avant que les jardins actuels soient dessinés

lé et mírzá áqá Ján l’écrire à mesure. mírzá áqá Ján avait plusieurs calames,
bien coupés et bien épointés, de l’encre et du papier tout prêts. le flot des
versets tombant du ciel de la révélation était rapide, comme la houle d’un
océan impétueux.

mírzá áqá Ján écrivait aussi vite qu’il pouvait, si vite que parfois le calame
lui sau-tait des doigts. il en prenait alors immédiatement un autre, mais il
arrivait qu’il ne puisse tenir le rythme. il disait : « Je suis incapable d’écrire
» et la Perfection bénie répétait ce qu’elle venait de dire.

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh raconte que Bahá’u’lláh avait demandé à h∆ájí
mírzá Buzurg d’écrire une copie de Qas∂ídiy-i-’izz-i-Varqá’íyyih, le poème
qu’il avait composé à sulaymáníyyih. le travail finit, Bahá’u’lláh lui donna
un plumier fait à ispahan qui comportait une écritoire en argent. il fait
aujourd’hui partie des archives de la maison du Báb. une autre fois,
Bahá’u’lláh appela h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh et lui dit qu’il avait demandé à
mírzá yúsuf Khán et à áqá siyyid asadu’lláh de faire très attention à son
instruction, puis il lui donna une bouteille d’eau de rose en disant : « Cette
eau de rose vient de qams∂ar de Káshán. elle a mis quarante jours pour
arriver ici. dieu a créé cette eau de rose pour des jours comme celui-ci qui est
le seigneur des jours. » h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh dit regretter n’avoir

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 441

pas gardé un peu de cette eau de rose qu’il distribua au cours des années à
tous les amis.

ensuite, h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh raconte d’une manière détaillée, une
journée en présence de Bahá’u’lláh au jardin de Junaynih. abú-hurayrih vint
un soir annoncer que le lendemain Bahá’u’lláh voulait visiter Junaynih et
qu’il avait invité tout le monde, pèlerins et résidents, à se joindre à lui. Cette
nuit-là, la joie ressentie à l’idée de passer toute une journée en présence de la
Perfection bénie les tint tous éveillés. le soleil n’était pas levé qu’ils étaient
tous réunis devant les portes du manoir. une heure plus tard, Bahá’u’lláh
sortit et enfourcha un âne blanc qui lui avait été offert par áqá Ghulám-’alí et
áqá muh∂ammad-háshim, tous deux de Káshán. C’était une magnifique
matinée. en chemin vers le jardin de Junaynih où tout avait été préparé pour
l’arrivée de Bahá’u’lláh, l’air était frais et revigorant.

h∆ájí Khávar, qui résidait depuis des années en Terre sainte et qui était plutôt
grand, tenait une ombrelle au-dessus de la tête de Bahá’u’lláh pour le
protéger du soleil.

et c’est ainsi qu’ils arrivèrent au jardin. après le déjeuner, ‘abdu’l-Bahá
devait arriver d’acre et Bahá’u’lláh leur dit : « áqá arrive, allez vite à sa
rencontre. » h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh écrit qu’il arriva plusieurs fois, alors
que ‘abdu’l-Bahá approchait du lieu où les gens étaient réunis en présence de
Bahá’u’lláh, que celui-ci leur dise : « áqá arrive, allez vite à sa rencontre. »
‘abdu’l-Bahá approcha alors, entouré de tous, et vint très humblement en
présence de la Perfection bénie qui dit : « le jardin n’était pas assez agréable
ce matin, mais maintenant, avec l’arrivée d’áqá, il est devenu très plaisant. »
Puis, se tournant vers ‘abdu’l-Bahá : « dommage que tu n’aies pas pu venir
ce matin. » ‘abdu’l-Bahá répondit : « le gouverneur et d’autres avaient
prévenu qu’ils passeraient ce matin. il a fallu que je les reçoive et leur offre
l’hospitalité. » la Perfection bénie sourit et dit : « áqá est notre bouclier et le
bouclier de tous. Tous ici vivent à l’aise, dans le confort et le calme.

fréquenter ces gens-là est très difficile et c’est áqá qui s’occupe de tout et
fournit les moyens pour le bien-être et la paix de tous. que dieu le préserve
du mal de tous les envieux et des méchants. » Bahá’u’lláh continua : « un
jour à Bagdad, un mendiant demandait l’aumône. Je lui donnais un majídí et
il me dit : « va en paix, jeune homme, que h∂adrat-i-‘abbás* t’aide. » il pria
pour nous et ce fut une bonne

* ‘abbás, frère de l’imam h∆usayn, le troisième imam, souffrit le martyre
avec lui à Kerbéla ; il est très révéré et loué par les chiites. ‘abdu’l-Bahá a
pour nom ‘abbás.

dans la Gloire du Père
prière. » C’est une heure avant le coucher du soleil que Bahá’u’lláh rentra
sur son âne et, comme dans la matinée, tous l’accompagnèrent jusqu’aux
portes du manoir où ils le quittèrent.

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh conte un autre incident : « le jardin de Jamál était
l’un des jardins éloignés d’acre mais proches du manoir de Bahjí. en passant
dans ce jardin, on avait une belle vue sur le manoir. la porte de la pièce de
séjour de la Perfection bénie donnait dans cette direction et, chaque fois que
‘abdu’l-Bahá approchait par cette route, dès que le manoir était en vue, il
descendait de cheval et faisait le reste du chemin à pied dans une attitude
d’humilité et de profond respect.

Je me souviens très bien du jour où nous étions tous en présence de la
Perfection bénie avec les aghsán et d’autres, dont nabíl-i-a’z∂am, afnán-i-
Kabír, áqá rid∂áy-i-shírází, ustád muh∂ammad-’alíy-i-salmání, mishkín-
qalam, mon père et áqá muh∂ammad-h∆asan dans la maison des pèlerins.
soudain, la Perfection bénie, se retournant pour regarder la plaine, vit
‘abdu’l-Bahá approchant du manoir. il dit :

« áqá arrive, allez l’accueillir. » nous nous précipitâmes et, entourant « celui
autour de qui tournent tous les noms » [‘abdu’l-Bahá] nous revînmes jusqu’à
la présence de la Perfection bénie. » h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh cite encore un
certain nombre de gens qui étaient présents, qui assistèrent à tout cela et qui
pourtant, des années plus tard, allaient briser l’alliance. il faut savoir que ces
années-là, Bahá’u’lláh avertissait souvent les croyants de la nécessité de
rester ferme et loyal à l’alliance. un jour, il montra du doigt mírzá
muh∂ammad-’alí, mírzá d∆íyá’u’lláh et mírzá Badí’u’lláh et leur dit : « si
l’un de nos aghsán quittait, fut-ce pour un moment, l’ombre de la Cause, il
cesserait d’avoir une quelconque importance. »

une autre fois, ils étaient en présence de Bahá’u’lláh et mírzá d∆íyá’u’lláh
entra en disant : « áqá demande la permission d’aller avec tous les amis au
jardin de Junaynih. » « qui demande cela ? » demanda Bahá’u’lláh. mírzá
d∆íyá’u’lláh répondit : « áqáy-i-Ghus∂n-i-akbar » [la Grande-Branche]. avec
colère, Bahá’u’lláh répliqua : « il n’y a qu’un seul áqá [ Maître, sans autre
précision ], tous les autres ont un nom. Cet áqá est « Celui autour de qui
tournent tous les noms. », Ghus∂n-i-a’z∂am (la Plus-Grande-Branche). »
h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh se souvient d’une soirée dans le jardin de rid∂ván,
alors qu’ils étaient en présence de Bahá’u’lláh. l’air était frais, pur et
parfumé ; il tombait une pluie légère. Bahá’u’lláh leur parla des jours de
Bagdad, de mírzá

exTraiTs d’une auToBioGraPhie 443

le manoir de bahjí

yah∂yá et de ses partisans. il leur rappela que mírzá yah∂yá avait épousé la
sœur de mullá rajab-’alí, la seconde femme du Báb puis l’avait donnée à
siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání, malgré l’injonction du Báb. Cet acte
honteux avait empêché la mère du Báb de donner son allégeance à la foi,
disait Bahá’u’lláh, et l’on voyait sur son visage la tristesse que lui causait le
souvenir de ces jours à Bagdad.

áqá mírzá áqá, le père de h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh, était aussi très affecté,
mais Bahá’u’lláh lui dit : « ne pleure pas. loué soit dieu, la mère de cet être
saint a cru, à la fin de sa vie. » Ce même après-midi, dans le jardin de
rid∂ván, Bahá’u’lláh parla de certains religieux chiites, de nás∂iri’d-dín sháh
et du sultan ‘abdu’l-’azíz, de leur échec total, malgré leurs grands efforts,
dans leur tentative d’éteindre la lumière de la religion de dieu. il dit : « avant
longtemps, vous verrez des gens de toutes les nations se réunir à l’ombre de
la tente de la Cause de dieu. »

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh se souvient qu’un autre jour, Bahá’u’lláh parla du
martyr mullá ‘alíy-i-sabzivárí. C’est lui qui, alors qu’on le conduisait à
l’échafaud, demanda au bourreau de lui ouvrir une veine et, lorsqu’une
partie de sa gorge fut coupée, il emplit sa main de son sang et en teinta sa
barbe blanche. Puis, se tournant vers la foule, il lança : « écoutez-moi ! le
jour de son martyre, h∆usayn ibn

‘alí [ le troisième imam, martyrisé à Kerbéla] dit : « y at-t-il quelqu’un
vraiment capable d’obtenir la victoire, qui puisse venir à mon aide ? » et moi
je dis, à vous

dans la Gloire du Père

tous, y a-t-il quelqu’un vraiment capable de voir, qui puisse me contempler ?
» et Bahá’u’lláh, après avoir raconté l’histoire, répéta plusieurs fois « quelles
paroles lourdes de sens exprima cet homme et voyez comme il témoigna
avec son précieux sang, de la vérité de sa foi ! les gens le virent mais n’en
furent pas émus et, sans pitié, ils mirent à mort cette âme innocente. Tous ces
événements étonnants augmentent la grandeur de cette Cause bénie. ils
seront tous inscrits dans les pages de l’histoire et les générations futures en
seront fières. »

une des personnes présentes ce jour-là était h∆ájí abu’l-h∆asan de Chiraz, le
père de mírzá muh∂ammad-Báqir Khán dihqán (écrit couramment dehkan).
il avait voyagé sur le même bateau que le Báb, tous les deux pèlerins vers la
mecque, et ce jour-là il demanda à Bahá’u’lláh : « Comment se fait-il que
tant d’années après le martyre du Premier Point, nás∂iri’d-dín sháh soit
toujours au pouvoir, infligeant tant de blessures à la foi et aux croyants, et
que dieu l’épargne, alors qu’après le martyre de l’imam h∆usayn, yazíd
n’avait plus que trois ans à vivre ? » Bahá’u’lláh répondit : « dieu lui a
accordé sa grâce à cause des actes erronées de certains croyants des premiers
jours, et de leur tentative de l’assassiner. mais son temps est compté aussi,
vous verrez. »

neuf mois étaient passés depuis l’arrivée d’égypte du groupe, l’épidémie de
choléra avait cessé et l’heure du départ avait sonné. l’autobiographie de
h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh décrit de manière poignante la dernière fois qu’ils
furent en présence de Bahá’u’lláh. à la suite de cette rencontre, sur
l’instruction de Bahá’u’lláh, sa mère reçut des mains de Bahá’íyyih
Khánum, la Plus-Grande-feuille, une bague qui avait été portée par
Bahá’u’lláh. aujourd’hui, cette bague est dans les archives de la maison du
Báb.

l’ascension de bahá’u’lláh

dans les premières heures du 29 mai 1892, quelques semaines seulement
après le départ des afnán, Bahá’u’lláh quitta son temple humain. un
télégramme rédigé par ‘abdu’l-Bahá porta la nouvelle au sultan ‘abdu’l-
h∆amíd, le despote de Turquie : « le soleil de Bahá s’est couché. »

‘abdu’l-h∆amíd de Turquie et nás∂iri’d-dín sháh de Perse se réjouirent,
inconscients du fait que le soleil de Bahá continuerait de briller dans tout
l’éclat du plein midi. ses rayons continueraient de transmettre énergie et vie
aux cœurs et à l’esprit des hommes en les revivifiant et en leur permettant de
percer les sombres et denses nuages de la superstition, de la bigoterie et des
préjugés, de dissiper les brumes épaisses et oppressantes du désespoir et de
la désillusion et de jeter une lumière révélatrice sur les problèmes déroutants
qui déconcertent une humanité rétive, épuisée et ballottée par les tempêtes.
l’homme, l’homme ingrat, essaya d’atténuer sa brillance, de nier sa
puissance, de rejeter ses dons, de mépriser ses prétentions… futiles et vaines
tentatives car la preuve véritable du soleil reste le soleil.

à peine plus d’un siècle nous sépare de ces jours où Bahá’u’lláh vivait parmi
les hommes. la religion qu’il a proclamée s’est répandue dans le monde, va
de triomphes en triomphes et le resplendissant édifice qu’il a bâti est là,
offrant certitude et paix à un monde en déséquilibre.

dans son testament, Bahá’u’lláh désigna son fils aîné, celui que nous
connais-sons sous le nom de ‘abdu’l-Bahá (serviteur de la Gloire), comme le
centre de son alliance avec tous les hommes, le seul interprète autorisé de
son verbe révélé. son nom était ‘abbás. son père l’appelait Ghus∂nu’lláhu’l-
a’z∂am : la Plus-Grande-Branche, et sirru’lláh : le mystère-de-dieu.
Bahá’u’lláh en parlait aussi en l’appelant, comme les bahá’ís, « áqá », le
maître. C’est lui, le mystère de dieu, qui choisit pour lui-même après
l’ascension de son père, de s’appeler ‘abdu’l-Bahá.
le testament de Bahá’u’lláh est un document vraiment unique. Jamais
auparavant une manifestation de dieu n’avait, d’une façon si explicite, établi
une

dans la Gloire du Père

alliance destinée à protéger et à renforcer sa religion, ni désigné d’une
manière aussi indubitable celui qui serait son successeur avec le pouvoir
d’écarter les machinations des égoïstes, de garder pur et sans tache son
verbe, de préserver et de garder l’unité de ses disciples, d’interdire tout
sectarisme et de bannir toute corruption. l’alliance de bahá’u’lláh est,
d’après ‘abdu’l-Bahá lui-même , la « solide poignée » mentionnée, depuis la
fondation du monde, dans les livres, les tablettes et les Écritures du passé,
[...] le pivot de l’unité de l’humanité n’est rien d’autre que le pouvoir de
l’alliance. de plus, ‘abdu’l-Bahá l’affirme, la lampe de l’alliance est la
lumière du monde, et les caractères tracés par la plume du très-haut sont un
océan sans limite.[...] la puissance de l’alliance est semblable à la chaleur
du soleil qui vivifie et favorise le développement de toutes les choses créées
sur la terre. de la même façon, la lumière de l’alliance est l’éducatrice des
consciences, des esprits, des cœurs et des âmes des hommes. 1

le Gardien, shoghi effendi, écrit aussi :

Célébré par l’auteur de l’apocalypse comme l’ arche de son testament (celui
de dieu), en rapport avec le rassemblement sous l’arbre d’anisá (arbre de
vie) dont parle Bahá’u’lláh dans les paroles cachées, glorifié par lui dans
d’autres passages de ses écrits comme l’ arche de salut et la corde tendue
entre la terre et le royaume abhá, cette alliance a été léguée à la postérité
sous forme d’un testament qui, avec le kitáb-i-aqdas et plusieurs tablettes -
dans lesquels le rang et la condition spirituelle d’abdu’l-Bahá sont révélés
sans équivoque -, constituent les principaux supports que le seigneur de
l’alliance a conçus pour protéger et soutenir, après son ascension, le Centre
désigné de sa foi, l’artisan de ses institutions futures.2

C’est sur ce roc, le roc de l’alliance, que l’édifice de l’ordre mondial est
construit. C’est cette arche, l’arche de l’alliance, qui a porté la Cause de
Bahá’u’lláh en sécurité à travers des tempêtes et des ouragans à l’intensité
indépassable. les nombreux Judas qui tentèrent de percer le bouclier de
l’alliance ne connurent que déconfiture.

dans son testament, le kitáb-i-‘ahd ( livre de l’alliance), Bahá’u’lláh écrit :
Bien qu’il n’existe aucune des vanités du monde dans le royaume de gloire,
nous

l’asCension de Bahá’u’lláh 447

’abdu’l-bahá, le centre de l’alliance de bahá’u’lláh

dans la Gloire du Père
avons cependant légué à nos héritiers, parmi les trésors de la confiance et de
la résignation, un héritage parfait et inestimable. nous n’avons pas transmis
de trésors terrestres ni ajouté les soins qu’ils entraînent. [...] le dessein de cet
opprimé en supportant les malheurs et les tribulations, en révélant les versets
sacrés et en fournissant des preuves, n’a été que d’éteindre la flamme de la
haine et de l’inimitié afin que l’horizon du cœur des hommes soit illuminé
par la lumière de la concorde et atteigne une paix et une quiétude réelles. [...]
en vérité je le dis, la langue est faite pour mentionner ce qui est bien, ne la
salissez pas de paroles inconvenantes. [...] sublime est le rang de l’homme !
[...]

Grand et béni est ce jour - jour où tout ce qui est latent chez l’homme a été et
sera rendu manifeste. sublime est le rang de l’homme s’il s’accroche
solidement à l’honnêteté et à la vérité et s’il reste ferme et stable dans la
cause. [...]

ô vous qui vivez sur terre ! la religion de dieu fut conçue pour l’amour et
l’unité ; n’en faites pas une raison d’inimitié et de dissensions. aux yeux des
hommes perspicaces et des témoins de la vision très sublime, tout ce qui
représente un moyen efficace pour sauvegarder et promouvoir le bonheur et
le bien-être des enfants des hommes a déjà été révélé par la Plume de gloire.
[...]

ne laissez pas les voies de la justice être cause de confusion, ni l’instrument
de l’union être une occasion de discorde. nous serions trop heureux d’espérer
que le peuple de Bahá soit guidé par les paroles bénies : dis : Toutes choses
sont de dieu.

Cette parole exaltée est comme l’eau capable d’éteindre le feu de la haine et
de l’inimitié qui couve dans le cœur et la poitrine des hommes. Par cette
simple parole, les peuples et les tribus en lutte parviendront à la lumière de
la vraie unité. en vérité, il dit la vérité et montre la voie. il est le Tout-
Puissant, le suprême, le miséricordieux.3

le Gardien écrit :

dans ce document incomparable et de haute importance, l’auteur montre le
caractère de cet excellent, cet inestimable héritage qu’il lègue à ses héritiers,
indique de nouveau le but fondamental de sa révélation, enjoint les peuples
du monde à s’accrocher fermement à ce qui élèvera leur condition, leur
annonce que dieu a pardonné ce qui est passé, souligne le caractère sublime
de la condition humaine et révèle le but primordial de la foi de dieu ; il invite
les croyants à prier pour le bien-être des rois de la terre qui sont les
manifestations du pouvoir et les aurores de la puissance et des richesses de
dieu, et il confie à ceux-ci le gouvernement du monde, choisit le cœur des
hommes pour domaine propre, interdit catégoriquement la lutte et la
discorde, commande à ses fidèles d’aider ceux des souverains qui sont parés
des ornements de l’équité et de la jus-

l’asCension de Bahá’u’lláh 449

tice, et recommande en particulier aux aghsán [ses fils] de réfléchir à la force
extraordinaire et au pouvoir consommé qui se trouvent dissimulés dans le
monde de l’existence. il leur ordonne de plus, ainsi qu’aux afnán [parents du
Báb] et à ses propres parents, de se tourner tous sans exception vers la plus-
grande-branche [‘abdu’l-Bahá] ; il l’identifie avec « celui que dieu avait en
vue », « ce1ui qui est issu de cette racine préexistante » dont il est parlé dans
le Kitáb-i-aqdas. il décide que le rang de la « Grande-Branche » (mírzá
muh∂ammad’ali) vient après celui de la « Plus-Grande-Branche » (‘abdu’l-
Bahá). il exhorte les croyants à traiter les aghsán avec considération et
affection, leur conseille de respecter sa famille et ses parents ainsi que ceux
du Báb, refuse à ses fils tout droit à la propriété des autres et leur enjoint,
ainsi qu’à ses parents et à ceux du Báb, de craindre dieu, de faire ce qui est
convenable et bienséant et de se conformer à ce qui élévera leur état. il
invite tous les hommes à ne pas permettre que les mesures assurant l’ordre
dégénèrent en cause de confusion ni que l’instrument de l’union devienne
une occasion de discorde, et il conclut par une exhortation invitant les fidèles
à servir toutes les nations et à lutter pour l’ amélioration du monde. 4

Bahá’u’lláh avait quitté ce monde et beaucoup vinrent assister à ses
obsèques. ils ne lui avaient pas juré fidélité, ils n’avaient pas reconnu en lui
le rédempteur de l’humanité, mais ils connaissaient la stature de l’être qui
venait de les quitter. ils venaient de tous les milieux, de toutes les sectes, de
toutes religions, de toutes les nations ; il y avait des fonctionnaires, des
notables, des prêtres, des érudits, des poètes, des hommes de lettres, des
riches et des pauvres. on remarquait des druzes, des musulmans sunnites et
chiites, des chrétiens de diverses églises et des juifs.

depuis des villes connues dans l’histoire du monde, comme damas et alep ou
le Caire, ils envoyaient des éloges, des poèmes, des panégyriques et des
hommages.

Pourtant, au moment de son ascension, Bahá’u’lláh était toujours prisonnier
du gouvernement turc. aucun édit impérial venant du sultan ne l’avait libéré.

quelle différence entre le jour de son ascension, alors que la plaine entre acre
et le manoir de Bahjí regorgeait d’une foule venue lui rendre hommage et se
lamenter sur sa perte, et ce jour lointain, près de vingt-quatre étés avant, où
une horde de gens ignorants s’étaient réunis sur le front de mer d’acre,
attendant son arrivée pour l’insulter et se moquer de lui. son destin alors
semblait être une défaite complète, permanente et absolue et maintenant, son
triomphe était total.

dans la Gloire du Père

ai 1979

ahjí. Vue prise en m

anoir de b

le m
l’asCension de Bahá’u’lláh 451

étranges, en vérité, et impressionnants, furent les contrastes de son séjour
parmi les hommes, et particulièrement en Terre sainte.

insulté dans sa province natale, dépouillé de toutes les possessions qu’il avait
en abondance, deux fois emprisonné dans de répugnantes prisons pour
voleurs et hors-la-loi, quatre fois exilé, lâchement trahi par un frère qu’il
protégeait, forcé de rechercher la solitude dans des montagnes désolées,
attaqué férocement par les puissants et les misérables, il tint bon avec une
assurance et une constance qu’aucune adversité ne put ébranler, qu’aucun
cataclysme ne put contrarier. et à un nombre croissant de fidèles, il conféra le
don suprême dont Jésus parla à nicodème lorsque ce noble juif le rencontra
au cœur de la nuit : le don d’une seconde naissance. il toucha le cœur de
nombreux hommes et, par son pouvoir divin, gagna leur fidélité. ses
disciples n’étaient pas les seuls à ressentir son envergure et son charisme.
Beaucoup de ceux qui avaient commencé par le renier, le vilipender et
s’opposer à lui, furent finalement conquis par son charme, sa majesté, sa
gentillesse et la radiance de son être.

nombreux furent ses adversaires qui, sans aller jusqu’à s’enrôler dans les
rangs de ses fidèles, témoignèrent de sa suprématie et s’en firent les
défenseurs.

le mausolée de bahá'u'lláh est au centre de cette vue prise vers 1919. le
manoir et les autres bâtiments existants alors

se voient derrière et de chaque côté.

dans la Gloire du Père

en ce jour d’été, où était le fier ‘abdu’l-‘azíz, le sultan turc qui avait décrété
son exil et son incarcération ? où était le hautain napoléon iii, empereur des
français, qui avait dédaigné ses injonctions ? Battus, oubliés. et nási∂ri’d-
dín, le « tyran de Perse », qui l’avait expulsé de son pays natal et l’avait
forcé deux fois à prendre la route de l’exil ? Cinq ans après l'ascension de
Bahá'u'lláh, il tombera sous les balles d'un assaillant, la veille même de son
jubilé. l’histoire montre que terrible fut la chute de tous ceux qui, puissants
ou misérables, osèrent défier Bahá’u’lláh et réfuter sa souveraineté. mírzá
yah∂yá, le frère qui avait refusé son autorité et comploté sa mort, mourut
obscurément à Chypre, plus de trente ans après avoir, en 1878, obtenu sa
liberté. or, pendant toutes ces mornes années, bien que libre d’agir et de
bouger, il resta un homme incapable d’user de sa liberté. à la fin, en 1912, il
était si abandonné de tous que, d’après le témoignage écrit de son fils, il n’y
eut personne du « peuple du Bayán » pour le porter en terre suivant les
prescriptions de la religion bábíe.

aucun de ceux qui s’opposèrent à Bahá’u’lláh, tentèrent de détruire sa cause
ou ses disciples, n’échappa à la honte, aux catastrophes et à l’humiliation.

le même télégramme qui donnait la nouvelle de l’ascension de Bahá’u’lláh,
informa aussi le sultan que son temple terrestre serait déposé dans une
maison proche du manoir de Bahjí, ce que ‘abdu’l-h∆amíd accepta.

le Gardien écrit :

Bahá’u’lláh fut donc emmené pour son dernier repos dans la pièce la plus
septentrio-nale de la demeure de son gendre* qui, des trois maisons
contiguës au manoir, à l’ouest, occupait la position nord. il fut inhumé peu
après le coucher du soleil, le jour même de son ascension.

l’inconsolable nabíl, qui avait eu le privilège d’une audience privée avec
Bahá’u’lláh pendant sa maladie, et que ‘abdu’l-Bahá avait chargé de choisir
les extraits constituant la prière de souvenance qu’on récite maintenant dans
le très saint tombeau, nabíl qui, dans sa douleur intolérable, se jeta dans la
mer peu après la disparition de son Bien-aimé, décrit ainsi l’agonie de ces
journées : « il me semble que la commotion spirituelle qui s’est emparée du
monde de poussière a fait trembler tous les mondes de dieu… Je suis
incapable de dépeindre, ni mentalement ni de vive voix, les conditions

* h∆ájí siyyid ‘alí afnán, fils de h∆ájí mírzá siyyid h∆assan - afnán-i-Kabír

l’asCension de Bahá’u’lláh 453

entrée du mausolée de bahá’u’lláh

dans la Gloire du Père
dans lesquelles nous nous trouvions… au milieu de la confusion qui régnait,
on pouvait voir une multitude de gens, habitant acre et les villages voisins,
se presser dans les champs entourant le manoir, et qui pleuraient, se frappant
la tête et exhalant leur chagrin à grands cris. »

Pendant toute une semaine, un grand nombre de pleureurs, riches ou
pauvres, restèrent avec la famille endeuillée, prenant part à sa désolation,
partageant jour et nuit la nourriture distribuée avec largesse par ses
membres. des notables, parmi lesquels on comptait des chiites, des sunnites,
des chrétiens, des juifs et des druzes ainsi que des poètes, des oulémas et des
fonctionnaires du gouvernement s’unirent pour déplorer la perte et pour
exalter les vertus et la grandeur de Bahá’u’lláh, beaucoup d’entre eux lui
rendant un témoignage écrit, en vers et en prose, soit en arabe, soit en turc.
de tels hommages furent reçus, en provenance de villes lointaines telles que
damas, alep, Beyrouth et le Caire. Ces témoignages éclatants furent, sans
exception, remis à ‘abdu’l-Bahá qui représentait maintenant la cause du chef
défunt et à qui, dans ces apologies, les louanges étaient souvent mêlées à
l’hommage qu’on rendait à son père.

et pourtant, ces manifestations exubérantes de chagrin et ces marques de
louange et d’admiration, que l’ascension de Bahá’u’lláh avait fait surgir
spontanément chez les incroyants de Terre sainte et des pays environnants,
ne furent qu’une goutte, comparées à l'océan de douleur et aux innombrables
preuves de dévotion sans borne qui, à l'heure où le soleil de vérité se coucha,
s'échappèrent du cœur des myriades de croyants qui avaient embrassé sa
cause et qui étaient décidés à porter bien haut son étendard, en Perse, en
russie, en irak, en Turquie, en Palestine, en égypte et en syrie.

avec l'ascension de Bahá'u'lláh se termine une période qui, sous bien des
rapports, reste sans parallèle dans l'histoire religieuse du monde. le premier
siècle de l’ère bahá’íe avait atteint maintenant le milieu de son cours. une
époque que nulle période des dispensations antérieures ne surpassa pour sa
sublimité, sa fécondité et sa durée, caractérisée, sauf pour un court intervalle
de trois ans, par un demi-siècle de révélation continue et progressive, était
révolue. le message proclamé par le Báb avait produit son fruit d’or.5

Ce livre n’est qu’une futile tentative d’attraper un océan avec une tasse ou
d’observer le soleil à travers un verre blanc ! loin, très loin des efforts de
l’homme est la possibilité de faire le portrait d’une manifestation des
qualités et des attributs du dieu Tout-Puissant. et particulièrement quand il
s’agit de la vie de celui dont la venue implique « la maturité de toute la race
humaine » et sous la direction de qui la terre deviendra une seule patrie.

addenda i

le règne désastreux de nás∂iri'd-dín Sháh

les qadjar furent les ommeyades de la Perse. C'étaient des usurpateurs ;
traîtres, ils ne savaient pas et ne voulaient pas tenir un serment.

en 1795, l’ardeur révolutionnaire de la france s’était calmée, robespierre, ses
œuvres et les vestiges de la Convention étaient choses du passé ; la grande
Catherine, la tsarine de russie, n’avait plus qu’un an à vivre ; le fondateur de
la dynastie qadjar, le méprisable agha muh∂ammad Khán devint le monarque
incontesté de la Perse. ainsi commença pour la Perse un long cauchemar, une
période absolument désastreuse. les qadjar furent, tout à tour, cruels,
luxurieux, faibles, obscurantistes et tyranniques. sous leur joug, la Perse
tomba d’une infamie dans une autre.

la Perse a un passé brillant dont elle peut être fière. elle eut de grands rois,
des ministres et des administrateurs remarquables, de grands religieux et de
grands mystiques, de grands poètes et hommes de lettre, des hommes de l’art
et des bâtisseurs éminents. mais, sous les qadjar, elle connut les abîmes de
l’humiliation, surtout au cours du désastreux règne de nás∂iri’d-dín sháh
(1848-1896) qui fit connaître à la Perse souffrances après souffrances, déclin
après décadence. la corruption devint généralisée. intellectuellement
affamée, spirituellement moribonde, moralement décrépite, elle cessa de
compter dans le chœur des nations. la chute rapide d’une nation qui est
montée à de telles hauteurs de réussite est toujours pitoyable, étonnante et
tragique.

’abbás mírzá, le mulk-árá, demi-frère de nás∂iri’d-dín sháh, qui souffrit toute
sa vie par la faute de ce monarque cupide et vindicatif, écrit, dans son
autobiographie, cette épitaphe pour lui-même :
il vaut mieux, pour un homme, laisser derrière lui un bon souvenir : (le
joyeux nom de núshíraván* est : vivre, associé à justice, mais, depuis
longtemps, il n’y a pas de núshíraván dans le monde)

*Chosroes i, le monarque sassanide. Ces vers sont de sa’dí.

dans la Gloire du Père

à la différence de nás∂iri’d-dín sháh qui, après quarante-neuf années
[lunaires] de règne, n’a laissé derrière lui qu’ignorance, aliénation, ruine du
pays, absence d’éducation pour les fonctionnaires comme pour les sujets du
roi, qui a ruiné et pillé la Perse au-delà des possibilités de réforme et de
rédemption, qui fit preuve de folie à un point tel que ni les lèvres ni la plume
ne peuvent adéquatement en témoigner.1

le Gardien parle ainsi de ce dirigeant qui ruina la Perse :

násiri’d-dín sháh, flétri par Bahá’u’lláh comme le Prince des oppresseurs,
comme celui qui avait commis ce qui a provoqué les lamentations des
habitants des cités de justice et d’équité, était, à l’époque considérée, en
pleine maturité, et avait atteint au sommet du pouvoir despotique. seul
arbitre des destinées d’une nation solidement ancrée dans les traditions
immémoriales de l’orient, (…) chef d’une administration dans laquelle
chaque agent était, selon le cas, tour à tour le suborneur ou le suborné, allié,
dans son antagonisme contre la foi, à un ordre sacerdotal qui constituait une
véritable église d’état, (…), ce capricieux monarque, ne pouvant plus se
saisir de la personne de Bahá’u’lláh, dut se contenter d’essayer d’écraser, sur
ses propres états, les restes d’une communauté hautement redoutée qui
venait de ressusciter. après le chah, rang et pouvoir revenaient à ses trois fils
aînés auxquels, en vue de l’administration intérieure du pays, il avait
pratiquement délégué son autorité et qu’il avait placés à la tête de toutes les
provinces de son royaume. il avait confié la province de l’azerbaïdjan au
faible et timide muzaffari’d-dín mírzá, héritier du trône, qui était tombé sous
l’influence de la secte shaykhi et manifestait un respect marqué aux mullás.
sous l’autorité sévère et brutale du rusé mas’úd mírzá, couramment appelé
zillu’s-sultán, son fils aîné survivant, dont la mère était d’origine plébéienne,
le chah avait placé plus des deux cinquièmes de son royaume, y compris les
provinces de yazd et d’ispahan, tandis que, à la tête des provinces de Gilán et
du mazandéran, il avait placé Kámrán mírzá, son fils préféré, généralement
appelé par son titre de náyibu’s-saltanih*, et l’avait nommé gouverneur de
Téhéran, ministre de la guerre et commandant en chef de son armée. Telle
était la rivalité entre ces deux derniers princes qui se disputaient les faveurs
de leur père, que chacun d’eux, aidé des chefs mujtahids relevant de sa
juridiction, tâchait d’éclipser l’autre par des efforts bien intentionnés pour
chasser, piller et exterminer les membres d’une

*le jour où nasi∂ri’d-dín sháh fut assassiné, zillu’s-sulπán était à ispahan ; il
offrit immédiatement sa soumission et sa loyauté au frère qu’il méprisait tant
et qu’il avait dans le passé tenté de supplanter, car il savait qu’il n’avait
aucune chance d’accéder au trône.

Kámrán mírzá, le náyibu’s-salπanih, était à Téhéran. mais lui, qui était
ministre de la guerre et gouverneur de la capital était un tel couard qu’il se
cacha et que rien ne put le convaincre de revenir s’occuper de ses charges. il
fut même absent à la cérémonie de préparation avant enterrement du corps
de son père.

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 457

communauté sans défense, laquelle, sur l’ordre de Bahá’u’lláh, avait cessé
d’offrir une résistance armée, même en cas de légitime défense, et appliquait
son mot d’ordre qu’il vaut mieux être tué que de tuer.

dans le clergé, les provocateurs de discorde, háji mullá‘alíy-i-Kaní et siyyid
sádiq-i-Tabátabá’i, les deux principaux mujtahids de Téhéran, ainsi que leur
collègue d’ispahan, shaykh muhammad-Báqir et mir muhammad husayn,
l’imám-jum’ih de cette ville, n’étaient pas non plus disposés à laisser passer
la moindre occasion de frapper, avec toute la force et l’autorité dont ils
disposaient, un adversaire dont ils avaient encore plus de raisons que le
souverain lui-même de craindre les influences libérales.2

le même’abbás mírzá, le mulk-árá, se souvient de son horreur devant ce qu’il
découvrit lorsqu’il fut envoyé, contre son gré, pour gouverner la ville de
zanján et ses environs. Trente ans après l’holocauste dont furent victimes le
brave h∆ujjat et ses compagnons, de grandes parties de la ville étaient encore
en ruines. la ville grouillait de plaignants qui possédaient des décisions de
justice contradictoires prises par différents fonctionnaires ou plusieurs
ecclésiastiques. les finances gouvernementales étaient dans un désordre
complet. les chefs de tribus faisaient chacun leur propre loi. le peuple n’avait
personne vers qui se tourner pour obtenir réparation après les nombreuses
extorsions dont il avait été victime. mulk-árá avait été exilé en irak pendant
vingt-sept ans et, parce qu’il avait beaucoup souffert lui-même aux mains de
nási∂ri’d-dín sháh, on ne pouvait pas attendre de lui des critiques objectives.
mais tout impitoyables que soient ses sentiments concernant le chah et le
gouvernement délabré de la Perse, ses observations sont largement
confirmées par d’autres sources. muh∂ammad-h∆asan Khán, fils de h∆ájí’alí
Khán, le h∆ájibu’d-dawlih (qui avait d’abord eu le titre de s∆aní’u’d-dawlih,
puis celui de i’timádu’-

salπanih, qui servit fidèlement à la cour de nási∂ri’d-dín pendant de longues
années afin de finir comme ministre des Publications) laissa un volumineux
journal intime.

un coup d’œil rapide dans ce journal, qui couvre une vingtaine d’années,
suffit pour découvrir la corruption fondamentale du chah et de ceux qui
l’entouraient et qu’il aimait, l’instabilité qui imprégnait la vie quotidienne,
les pratiques haïssables et même parfois horribles qui se répandirent pendant
ce règne. muh∂ammad-h∆asan Khán, qui parlait français, était bien au
courant des coutumes européennes et on lui doit un certain nombre de
traductions et d’écrits originaux. il mourut peu avant son maître, et nous
reviendrons plus tard à son journal, remarquable par sa franchise.

dans la Gloire du Père

mais voyons d’abord les preuves que nous apporte valentine Chirol, un
célèbre journaliste britannique, qui sera plus tard anobli, et qui visita la
Perse. en 1884, il représentait les intérêts commerciaux de nordenfelt, un
suédois résidant en angleterre, qui commercialisait un nouveau modèle de
mitrailleuse et désirait faire des affaires avec le gouvernement persan.
nordenfelt avait d’abord contacté mírzá malkam Khán, le náz∂imu’d-dawlih,
ambassadeur de Perse à londres, qui « l’encouragea grandement » et lui
conseilla de préparer la voie en présentant un exemplaire de son arme au
chah en personne, « afin de s’assurer de l’intérêt personnel de sa majesté en
cette affaire.

valentine Chirol écrit :

nordenfelt, connaissant mon goût des voyages et faisant confiance à
l’expérience que j’avais acquise dans les us et coutumes de l’orient, me
demanda d’entreprendre cette mission. la Perse était encore pour moi un
nom que j’évoquais avec respect et j’acceptais son offre. le premier
problème à résoudre fut le transport de la mitrailleuse jusqu’à Téhéran. la
route la plus courte et la plus pratique, à cette époque-là, passait par la
russie, traversait la Caspienne jusqu’au port d’enzeli et de là, par la route, si
on pouvait appeler cela une route, arrivait à la capitale persane. mais le
gouvernement russe n’avait pas l’intention d’encourager l’introduction
d’armes de guerre modernes en Perse et la seule route possible passait par le
golf Persique jusqu’à Bouchir, où je devais prendre les choses en main et
m’assurer que tout arrive en sécurité à Téhéran, en passant par Chiraz et
ispahan.

Chirol décrit précisément l’ascension du plateau iranien, à travers les très
difficiles passes entre Bouchir et Chiraz, ce qui aujourd’hui se fait par des
tunnels qui sont des merveilles de réalisation technique. à ispahan, z∆illu’s-
sulπán insista pour voir la mitrailleuse et voulut la voir fonctionner ce qui
décontenança Chirol. mais il n’y avait pas moyen de l’éviter et il fallut
s’exécuter. z∆illu’s-sulπán fut très satisfait. Chirol continue :

au cours d’un trajet dans un paysage particulièrement désolé, chauffé à blanc
par un soleil brûlant dans un ciel sans nuages, je tombai sur une scène qui
illustre bien les méthodes primitives utilisées dans les pays vraiment
orientaux pour faire régner la loi et l’ordre. devant nous, sur la large piste
usée par d’innombrables caravanes, sur laquelle on ne trouve aucun
indicateur, aucune borne, j’aperçus au loin un poteau de la hau-

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 459
teur d’un homme. en nous en approchant, je vis ce qui avait dû être un
visage humain et des épaules. le pauvre homme qui avait peut-être été,
comme on me l’apprit plus tard, un célèbre brigand, avait été enfoncé de
force dans un pilier creux formé de pierres soigneusement empilées, puis on
avait versé du ciment jusqu’à la hauteur des épaules.

on l’avait laissé là quelques heures à vivre jusqu’à ce que les myriades de
mouches encombrant son visage, ou plus rapidement, la pitié des oiseaux de
proie, mettent un terme à sa torture…

en attendant, j’avais beaucoup de temps pour découvrir les beautés
d’ispahan, bien que de la splendide ville qui excitait l’émerveillement et
l’admiration des voyageurs européens du temps où elisabeth régnait en
angleterre et akbar à delhi, ne survécûs-sent que les traces suffisantes pour
montrer le contraste entre le seizième et le dix-neuvième siècle. des quartiers
entiers étaient détruits et déserts. les bazars qui furent les meilleurs et les
plus actifs centres commerciaux de l’asie occidentale, étaient pour certains
complètement abandonnés et pour d’autres seulement partiellement actifs. le
Chehar Bagh [Chihár Bágh] existait toujours, mais les platanes géants
plantés le long de ses avenues étaient très clairsemés. l’eau ne coulait plus
sur ses bords dans des canaux de marbre et des bassins ornés. en dépit de la
négligence avec laquelle la dynastie qadjar semble délibérément traiter les
traces de la grandeur de ses prédécesseurs safavides, la superbe mosquée
érigée par Chah abbás sur le meidan, est toujours unique, malgré quelques
blessures, dans toute la gloire de ses tuiles bleu-vert. quant à l’ancien palais
des princes safavides où zill-es-sultan réside en tant que prince-gouverneur,
les quelques tentatives maladroites pour le restaurer ont plus endommagé la
beauté artistique du bâtiment que les ravages d’un vandalisme délibéré. la
population de toute la ville, en y ajoutant les villages des plaines
environnantes, atteint les 250 000

habitants, alors que deux siècles et demi auparavant, la population de la ville
seule oscillait entre 600 000 et 1 100 0000 habitants et que Chardin avait
compté 1500 villages dans un rayon de dix lieues. envolés sont les jours où
le fier peuple d’ispahan se vantait d’être la moitié du monde…

Puis je me dirigeais vers sultanabad, le centre de l’industrie des tapis, où
j’eus une amusante illustration de cet énorme imposteur qui se prenait pour
un gouvernement. sur les portes du principal atelier dans lequel les meilleurs
artisans, payés une misère, tissaient des tapis pour le chah lui-même, on
pouvait lire, sur un panneau cloué très ostensiblement, qu’il était interdit
sous la menace des plus sévères punitions, d’utiliser des teintures d’aniline «
que les méchants essaient d’importer du pays des infidèles ». mais à
l’intérieur, on eut du mal à me montrer un seul tapis destiné aux palais
royaux pour lequel on n’avait pas utilisé d’aniline. ainsi, pendant le reste de
mon pénible et lent

dans la Gloire du Père

voyage jusqu’à Téhéran, je rencontrai toujours le même contraste dans les
méthodes négligées du gouvernement, entre ce qu’on disait et ce qu’on
faisait, entre l’abjecte misère d’un grand nombre et le luxe malsain de
quelques-uns, entre quelques petites oasis fertiles et de grands espaces
stériles de déserts vides.

l’été battait son plein lorsque j’arrivai à Téhéran et j’acceptai avec joie
l’hospitalité de l’ambassadeur français, m. de Ballois, dans sa résidence
d’été de Tejrish… la légation russe était toute proche et la légation
britannique pas beaucoup plus loin dans une autre direction vers Gulaheh.
l’allemagne n’avait même pas de représentant* car Bismark ne désirait pas
se lancer dans une politique mondiale. l’angleterre et la russie étaient les
seules puissances importantes et l’influence britannique sur Téhéran n’était,
pour l’instant, pas remise en question. Pendant vingt-cinq ans la Grande-
Bretagne avait été représentée par trois ambassadeurs† succcessifs dont
l’expérience diplomatique était principalement limitée à la Perse, pour qui
Téhéran était le centre de l’univers et le chah le seul potentat d’importance
dans leur petit monde… Je n’ai jamais vu autant de jalousies mesquines et
de tempêtes dans un verre d’eau que celles qui faisaient rage entre les
différentes légations européennes et, parfois, à l’intérieur de chaque
légation… en Perse même, la lutte anglo-russe était pour l’instant au point
mort. C’était l’année où les troupes russes avaient occupé merv, et la russie
consolidait la nouvelle position acquise sur la route de herat, repoussant
encore sa frontière vers les frontières afghanes.
nas∂irid-dín shah avait visité deux fois l’europe et avait accueilli quelques
européens qui devaient s’occcuper à réformer l’administration. Parmi eux,
seul, le général autrichien schindler accomplit un travail de fond, notamment
dans le domaine des sciences et de l’histoire naturelle, qui étaient pourtant
en dehors de ses fonctions officielles.

les autres provoquaient l’hilarité générale par la splendeur de leurs
uniformes et leur habileté à jouer des faiblesses de leurs employés persans.
l’un d’eux qui mettait en place un service postal international avait coutume,
quand le vin l’échauffait, de parler du roi des rois familièrement en
l’appelant ma vache à lait, et, pour augmenter son salaire officiel, on lui
attribuait l’invention d’une pratique, largement adoptée plus tard dans les
républiques d’amérique centrale, qui consistait à publier des timbres postaux
qu’il retirait tout de suite après de la circulation, pour ensuite les vendre avec
de grands bénéfices aux philatélistes européens. les scandales de la cour du
chah et ses immenses anderouns (l’équivalent persans du harem) étaient
aussi honteux que ceux de ses fils et

* en 1878, au cours de son second voyage en europe, nás∂iri’d-dín sháh
avait eu des entrevues avec le Kaiser Guillaume 1er et Bismark. en 1883, il
contacta Bismark pour qu’ils échangent des représentants. en 1885, mírzá
rid∂á Khán Giránmáyih, le mu’ayyídu’s-salπánih, était nommé envoyé
persan à Berlin et Bismark envoyait Graf von Braunschweig à Téhéran.
(umB).

† Charles alison (mort à Téhéran), w. Taylor Thomson, sir ronald Thomson.
4hmB)

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 461

des autres membres de sa famille qui occupaient les plus hauts postes de
l’état. le plus tristement célèbre était naib-es-sultaneh, ministre de la guerre
qu’on disait manger

« une centaine de rations », c’est-à-dire l’équivalent en argent, pour chaque
ration que mangeait la populace déguenillée qui composait l’armée persane.
la corruption était endémique, comme je le découvris rapidement à mes
dépends.

Car, bien que ma mitrailleuse nordenfelt soit arrivée à temps et que j’eus
reçu quelques aimables messages du chah me promettant de fixer un jour
pour sa présentation, je n’eus jamais l’occasion de la déballer et, finalement,
je la renvoyai en angleterre via Bouchir.

en effet, j’avais compris que la route jusqu’au palais royal devrait être pavée
de tomans d’or pour arriver à satisfaire la cupidité de la longue chaîne de
fonctionnaires, grands et petits, sans aucun espoir, au final, de faire des
affaires sérieuses. le ministre britannique était trop olympien pour s’occuper
de mes petites affaires et le ministre français ne pouvait évidemment me
donner aucune aide officielle.

la france ayant peu d’intérêts politiques en Perse, m. de Ballois était devenu
un observateur détaché et quelque peu cynique des us et coutumes persanes
et, dès mon arrivée, il me prévint que dans ce pays-ci il n’y avait rien à faire
pour les honnêtes gens.

nordenfelt, qui avait un grand sens de l’humour, était plus amusé que
dégoûté et m’envoya volontiers un télégramme me demandant de rentrer et
d’envoyer le chah à Jéricho.

sur le retour, le zill aurait aimé garder la mitrailleuse à isfahan, mais il eut
peur d’of-fenser son père qui, je l’appris plus tard, piqua une grosse colère
lorsqu’il apprit que j’étais reparti, mais il était trop tard.

Chirol retourna en angleterre par la russie. il espérait découvrir, comme tout
journaliste, une partie de la voie ferrée transcaspienne que les russes
commençaient à construire en asie centrale. la légation l’avait aidé en lui
donnant des lettres de recommandation du ministre russe des affaires
étrangères. mais lorsqu’il arriva à Khrasnovodsk sur les rives orientales de la
Caspienne, un jeune aide de camp vint à bord du navire et le conduisit à la
résidence du gouverneur où il fut retenu, virtuellement prisonnier, pendant
trente-six heures avant d’être reconduit sur le même bateau qui repartait de
l’autre côté de la Caspienne. le gouverneur lui expliqua clairement qu’il ne
pouvait s’approcher de la voie ferrée et qu’il serait son hôte jusqu’au départ
du navire. Chirol écrit :

mon hôte, qui était bien sûr général, m’expliqua, au cours d’une soirée où
l’abondante consommation de vodka avait délié sa langue, que seule la
conscience de son

dans la Gloire du Père

énorme responsabilité en tant que Gouverneur des marches de l’asie Centrale
pour son auguste maître, le tsar, lui permettait de supporter un endroit aussi
morne, après avoir connu, pendant de nombreuses années, les plaisirs de la
vie de cour à la capitale. il est vrai que j’appris de la bouche du capitaine du
vapeur que les bénéfices retirés de ce poste était proportionnels à ses
responsabilités. mais j’en avais vu assez pour me convaincre que c’était cette
politique d’expansion à long terme en asie centrale qui, tôt ou tard, se
transformerait en suprématie russe à Téhéran, qui expliquait le secret que la
russie imposait, dans cette région désolée, sur la construction d’une grande
voie ferrée longeant la frontière russo-persane à l’est de la Caspienne.3

les forces russes prirent Khrasnovdosk en 1869 et, peu après attaquèrent
Chíkíshlíyár à l’embouchure de la rivière atrak. la Perse protesta, sans
résultat.

les Turkmènes prédateurs était une épine dans le pied de la Perse comme de
la russie. ils pénétraient régulièrement très profondément dans le territoire
perse, ou russe, et emportaient hommes, femmes et enfants pour les vendre
sur leurs marchés aux esclaves. les efforts russes pour soumettre les
Turkmènes réussirent là où les perses avaient échoué.

à la suite des malheureux accords signés dans la partie orientale du territoire
qu’il gouvernait, sulπán-murád mírzá, le h∆isámu’s-salπanih, le gouverneur
général du Khorassan, qui avait capturé hirát, se tourna vers le nord. en
1875, il invita huit notables Turkmènes à mashhad où, fidèle à lui-même, ce
fourbe, cet oncle de nási∂ri’d-dín sháh les arrêta et les jeta en prison. ayant
momentanément triomphé des Turkmènes de cette infâme manière,
h∆isámu’s-salπanih conduisit son armée à la conquête de marv qu’il occupa
facilement. marv, comme hirát, avait toujours fait partie du Khorassan. hélas,
trois ans plus tard, le gouverneur-général suivant, h∆amzih mírzá, le
h∆ishmatu’d-dawlih (un autre oncle du chah), tout en ayant repris h∆irát, fut
ignominieusement battu par les Turkmènes et marv, perdue, retomba dans
les griffes russes. Pauvre h∆amzih mírzá, il n’avait pas de chance : battu
d’abord par sálár puis par les Turkmènes. il faut porter à son crédit que
lorsqu’il était gouverneur général d’azerbaïdjan, il refusa bravement d’obéir
aux ordres de Téhéran lui enjoignant d’exécuter le Báb et mírzá Taqí Khán
dut charger son propre frère, vazír-niz∂ám, des arrangements et de la
supervision de cette injuste mission.

la déroute de h∆amzih mírzá eut lieu au cours de la bataille de marv contre
les

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 463
nas∂iri’d-dín Sháh, à paris en 1889

dans la Gloire du Père

Turkmènes Takkih qui lui prirent même ses canons. il perdit aussi,
évidemment, son gouvernorat. nás∂iri’d-dín était si dégoûté par l’échec de
son oncle (qui était largement dû à l’incompétence du vizir du Khorassan),
qu’il écrivit sur une photo de ce pauvre oncle le mot najis - l’ignoble
h∆ishmatu’d-dawlih. quelques-uns des canons perdus aux Turkmènes furent
repris par une expédition lancée contre eux depuis sarakhs qui devint un
poste frontière. incidemment, les Turkmènes savaient pris tant de prisonniers
qu’il en résultat une sérieuse chute des cours sur leurs marchés aux esclaves
!

Puis la russie commença son avance en Transoxiane. le Khánate de Khívih
sur lequel la Perse avait un droit mais n’était pas capable d’exercer son
autorité, fut aisément renversé et les Turkmènes yamút soumis. mais la
manœuvre du général lomakin contre les Turkmènes Takkih devait échouer,
par manque de préparation.

Bien que les Turkmènes aient été sauvagement décimés par l’artillerie à
Gi’uk Tappih (la Colline bleue), c’est l’échec des russes à les déloger et à les
mettre à genoux qui fut remarqué dans la campagne du général lomakin. Ce
fut un coup terrible pour le prestige russe. le général skobelev remplaça
bientôt le général lomakin, et dès janvier 1881, en dépit de leur résistance
désespérée, les Turkmènes perdirent leur position de la Colline bleue et la
ville histoirque de marv, partie indiscutable du Khorassan, devint possession
russe. il est vrai que la victoire russe soulagea la Perse des déprédations
turkmènes, mais la perte de la ville de marv fut ressentie avec tristesse
comme une perte humiliante.

la Perse subit, dans le Baloutchistan, une autre perte pendant le règne de
nás∂iri’d-dín sháh. Cette province avait longtemps connu des troubles. sir
frederic Golgsmid, le premier directeur des télégraphes de Perse, y rencontra
des obstacles insurmontables en 1864 parce qu’il n’y avait personne, à
l’ouest de Gúwádur, petit port du golf d’oman, avec qui il pouvait traiter
avec confiance. le Khán de Kalát n’y exerçait qu’une autorité fantoche.

Ces derniers temps la Perse pratique une politique audacieuse à makran et
dans le Baloutchistan, qui commença probablement dès 1856, quand fut
signé le traité avec muscat qui comporte un article demandant au sultan
d’aider le passage des troupes perses vers l’est en direction de Bandar’abbás
et sa région. depuis la rivière sudaij jusqu’à Chahbar vers l’est, on compte
environ 150 miles qui sont au pouvoir d’un puissant chef de tribu Baloutche,
mir’abdu’llah ibn murad muhammad. il avait reconnu, douze

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 465

ans auparavant, la suzeraineté perse mais, selon certains chefs baloutches,
(…) il attendait une occasion de rejeter cette allégeance. le dilemme (…)
consistait à décider si mir’abdu’llah était capable d’agir de sa propre
autorité, malgré ses obligations envers la Perse, ou s’il serait injuste pour lui
et les autres chefs baloutches dans la même situation, de demander
directement à la Perse la permission de construire le télégraphe à travers le
territoire qu’ils considéraient comme le leur, bien que son contrôle leur en
eut été retiré temporairement par la Perse. Parce que si la souveraineté de la
Perse était reconnue de tous, les chefs locaux pouvaient se venger en
empêchant la construction du télégraphe.

Chahbar était une petite ville de la côte, soumise à muscat dont la juridiction
s’étendait le long de la côte jusqu’à Gwatar vers l’est. les villes de Gwaatar
et Jiwani, sur l’autre rive de la baie de Gwatar, étaient dirigées par de petits
chefs baloutches indépendants. après Jiwani, on trouvait Gwadur qui (…)
avait été donnée à perpétuité à saiyid sultan ibn ahmad de muscat par un
ancien Khan de Kalat. (…) le Khan de Kalat contrôlait la côte sur quatre-
vingt miles, à l’est de Gwadur, et de là jusqu’à la frontière du sind le pays
était sous l’autorité du Jam de las Bailah qui était de la famille du Khan et
son sujet. aucun des deux (…) n’avait d’objection à la construction du
télégraphe à travers leur territoire et tous les deux étaient capables de le
protéger.4

la côte de makrán, déserte, désolée et inhospitalière, où les armées
d’alexandre de macédoine avaient incroyablement souffert lors de leur retour
de l’inde, n’avait aucun intérêt à part leur position stratégique et le fait que
leur sort était lié à celui du Baloutchistan et du sístán. sous le règne de
muh∂ammad sháh la juridiction persane s’était largement étendue sur la côte
de makrán, mais lorsque vint le temps de construire la ligne télégraphique,
disputes et troubles éclatèrent jusqu’à ce qu’on nomme une commission qui
devait dessiner la frontière. Cette commission connut beaucoup de
difficultés. alors Goldsmid alla à Gwadur et le major lovett qui, selon sir
Percy sykes, « avait fait une enquête sur la frontière proposée et pouvait
compléter les informations déjà réunies » l’y rencontra ; le commissaire
britannique décida de tracer la frontière à l’est de Gwatar ce qui fut
finalement accepté par nási∂ri’d-dín sháh. T. sykes remarque que bien que le
monarque qadjar n’en voulait pas au début, la décision fut favorable à la
Perse.

il y eut ensuite le délicat problème de sístán à régler entre la Perse et
l’afghanistan. Ce dernier pays était dans un état de désordre chronique,
alimenté en partie par la peur de la Grande-Bretagne. C’était avant l’époque


dans la Gloire du Père

amír’abdu’r-rah∂mán Khán y ferait régner l’ordre. en tout cas, les autorités
persanes pensaient, non sans raison, que la Grande-Bretagne pouvait, si elle
le déci-dait, faire cesser les incursions afghanes dans les régions qui
dépendaient sans aucun doute de la Perse. sir frederic Goldsmid, secondé par
le général Pollock délégué par le vice-roi lord mayo, et le docteur Bellew, un
orientaliste de renom, établirent un accord entre la Perse et l’afghanistan.
mir’alam Khán, l’émír de qá’inát refusa de collaborer parce que son
domaine était contigu à sístán. mais nás∂iri’d-dín sháh accepta l’accord
proposé par Goldsmid.

la frontière entre la Perse et la Turquie sera un sujet de contestation et de
conflit jusqu’à la veille de l’entrée de la Turquie dans la première Guerre
mondiale. mais en 1851, lord Palmerson avait pourtant tenté de régler la
question.
en 1870, nás∂iri’d-dín sháh décida de visiter les villes saintes d’irak. on
rappela d’istanbul h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih qui
devait s’occuper des formalités nécessaires au voyage. C’était la première
fois qu’un monarque se rendait à Kerbéla, à nadjaf et dans les autres
mausolées d’irak en tant que pèlerin. ses prédécesseurs avaient fait le
voyage, mais comme guerriers et conquérants ; nás∂iri’d-dín sháh, lui,
rédigea un journal de pèlerinage qui fut publié de son vivant.

Pendant le pèlerinage du chah, le vali de Bagdad était midh∂at Páshá, le
célèbre réformateur et constitutionaliste turc. il s’avança jusqu’à Khániqayn
pour accueillir le chah et lui souhaiter la bienvenue. dix ans plus tard,
devenu vali de Beyrouth, il invita la Plus-Grande-Branche,’abdu’l-Bahá, à
visiter cette ville.

h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí, cet enseignant expérimenté, qui vers la fin de sa
vie était connu des pèlerins bahá’ís sous le nom d’ange du Carmel, écrit dans
sa biographie inédite de mírzá abu’l-fad∂l de Gulpáygán, à propos de
mushíru’d-dawlih et des événements de ce temps-là :

lorsque (…) nás∂iri’d-dín sháh quitta Téhéran pour son pèlerinage aux
mausolées sacrées, mushíru’d-dawlih bannit les bahá’ís à mosul.
l’ambassadeur avait quitté istanbul, en passant par alep, pour être à Bagdad à
l’arrivée du chah. à alep, il fit arrêter shaykh salmán, qui était bien connu et
qui avait sur lui deux ou trois cents pétitions destinées à Bahá’u’lláh. il
confiscqua aussi tous les objets et les cadeaux que shaykh salmán portait
avec lui et l’enferma dans une pièce mal entretenue de la maison où

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 467

mushíru’d-dawlih résidait. shaykh salmán m’a raconté : « dans la soirée,
[mushíru’d-dawlih], les consuls et leurs courtisans se promenaient dans la
cour. Je le vis et l’entendis dire : « nous étions certains que la cause de
Bahá’u’lláh était une affaire politique et qu’il ne cherchait qu’à obtenir
pouvoir, souveraineté et richesses afin d’être célèbre.

C’est pourquoi nous avons fait tous nos efforts pour le détruire. mais quelles
que soient les blessures infligées, le nombre de bannissements, et tout ce que
nous avons pu lui faire subir en plus, son pouvoir, son autorité et sa célébrité,
sa grandeur, son éminence ne faisaient que s’accroître. Très étonnés, nous
cherchions à en trouver la raison. et maintenant, je découvre que ce salmán a
sur lui environ trois cents pétitions et qu’aucune d’elles ne parle de politique,
de gouvernement, d’état, de nation. Toutes les blessures, les
emprisonnements, les bannissements, les exécutions et les pillages que
subissent les bahá’ís depuis toujours, on ne les mentionne jamais et on ne
trouve aucune plainte dans ces pétitions. elles ne contiennent que des
supplications et ne parlent que de sujets spirituels. Par exemple : « o dieu !
protège-moi des maux de l’égoïsme et des désirs charnels, rends-moi
constant et fidèle à ta Cause, libère-moi de tout sauf de toi, et fortifie-nous
afin que nous puisssions servir tous les peuples du monde, que nous
puissions embrasser la main du bourreau et, dansant et claquant des mains,
que nous nous précipitions vers l’échafaud. » ensuite, il demanda qu’on lui
apporte deux ou trois de ces pétitions et les fit lire à haute voix. Tous
admirèrent l’éloquence et l’excellence du style et de la composition. Puis
mushíru’d-dawlih dit : « Pourquoi opprimer de tels gens, qui aiment dieu,
qui recherchent dieu et qui lui parlent ? dans son livre, le coran, dieu relate
l’histoire du croyant qui vivait dans le palais de Pharaon, afin de nous
rappeler que s’il y a tromperie, le faussaire ne durera pas longtemps, mais si
celui contre lequel nous luttons détient la vérité, cela nous retombera dessus
et il en sera fini de nous ; nous serons les perdants et paierons le prix fort. Je
n’ai rien découvert dans leurs actes ni dans leurs paroles qui puisse être
dangereux pour l’état. Tout ce que nous avons entendu venait de leurs
ennemis, de ceux qui les réfutent ou d’ignorants. de plus, vous avez tous vu,
comme je l’ai moi-même expérimenté, que plus nous les insultons, plus nous
les dénigrons, plus nous les tuons, et plus leur nombre augmente, plus ils
deviennent forts, puissants et célèbres. ils vivent aujourd’hui dans l’aisance,
en pleine santé et pleine gloire. » mushíru’d-dawlih parlait ainsi et les autres
étaient d’accord, donnant des exemples. le lendemain matin, il me fit
chercher, s’excusa et me dit : « J’ai été induit en erreur et je te remercie, car
grâce à toi j’ai compris la vérité. un gouvernement ne doit pas interférer avec
les affaires spirituelles et toutes les questions en rapport avec la croyance et
la conscience. » il me rendit toutes les pétitions et ordonna à ses hommes de
me redonner toutes les marchandises et les autres objets qu’on m’avait
confisqués, ce

dans la Gloire du Père

qu’ils firent sous ses yeux. il écrivit ensuite une lettre de recommandation
pour le vice-consul de Beyrouth, qui disait : « accordez au shaykh la plus
grande considération et votre protection. veillez à ce qu’il atteigne acre avec
tout ce qu’il transporte et qu’il arrive en présence de h∆adrat-i-’abbás effendi
» il ajouta pour moi : « embrasse-lui les mains de ma part, présente-lui mes
excuses et demande-lui son pardon. supplie-le de me confirmer dans mon
désir de corriger les erreurs passées.

et h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí continue :

ainsi, lorsque mushíru’d-dawlih arriva à Téhéran et que des ministres, de
grands personnages et des notables vinrent lui rendre visite, il y avait parmi
eux le défunt h∆ájí mírzá rid∂á-qulí […] le demi-frère de la Perfection bénie.
quelqu’un le présenta comme étant le frère de Bahá’u’lláh, ce qui l’effraya et
il protesta en disant : « mon père était très connu, pourquoi ne pas me
présenter comme son fils ? » Cette remarque mit mushíru’d-dawlih en colère
et il réprimanda h∆ájí mírzá rid∂á-qulí : « vous devriez être fier d’être le
frère de Bahá’u’lláh et vous en glorifier. qu’il soit persan est une cause de
fierté et d’honneur pour la Perse et son peuple. les princes, les vizirs ou les
émirs qui venaient à istanbul étaient souvent la cause de la honte et du
dénigrement du peuple et du gouvernement persans. Jour après jour, abjects,
flagorneurs, ils allaient, pleurni-chant, d’un vizir chez un pacha, se plaignant
et insultant le chah et les notables de Perse, demandant rentes et pensions.
représentant le caractère du peuple de ce pays, ils ne montraient
qu’incongruité, bestialité, vénalité et dégradation. au contraire, Bahá’u’lláh,
bien qu’exilé par le gouvernement, se comporta avec fermeté, calme,
assurance et dignité, noblesse et détachement, au point de ranimer la Perse et
les Persans et de réjouir leurs yeux. il ne fréquenta personne. il ne chercha à
rencontrer personne. Tous ceux qui lui rendirent visite furent reçus avec
gentillesse. il leur parla de l’ancienne civilisation persane, des bonnes
manières et de l’humanité de ce peuple. il agit de telle sorte qui tous
témoignèrent de sa grandeur et de sa noblesse. ils comprirent que la Perse
compte des hommes cultivés, civilisés et humains. »

h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, avait quitté définitivement istanbul et il
accompagna nás∂iri’d-dín sháh jusqu’à Téhéran, où ils arrivèrent dans les
premiers jours de février 1871. en novembre de la même année, il fut élevé à
la position de s∆adr-i-a’z∂am (grand vizir), position restée vacante après la
chute et le renvoi de mírzá áqá Khán, fin août 1858. (incidemment, la chute
de mírzá áqá Khán provoqua la disgrâce de ses parents de Chiraz qui étaient
responsables des atrocités de nayríz : ses cousins, mírzá naím et mikr-’alí
Khán, shujá’u’l-mulk, ainsi qu’un fonctionnaire, jusque là bien réputé

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 469

comme chef du ministère de la Justice, hájí háshím Khán.)

h∆ájí mírzá h∆aydar-’alí continue, à propos de mushíru’d-dawlih :
régulièrement, dans de nombreuses réunions où notables et grands
personnages étaient présents, il disait : « J’ai essayé de lutter contre
Bahá’u’lláh et de lui résister avec l’aide de la puissance de deux états, et
l’organisation politique de deux gouvernements.

mais plus j’essayais, plus son pouvoir et son autorité croissaient. » et il
racontait l’histoire de la détention de shaykh salmán, de son examen des
pétitions que le shaykh portait, grâce à quoi « je compris que les puissances
de ce monde sont incapables de résister à cette Cause ». il fit aussi
comprendre au chah que s’opposer à ces gens était nui-sible pour l’état. à
plusieurs reprises, lorsque dans diverses villes et villages de Perse, à
l’instigation de gens malveillants, ou à cause de la cupidité des autorités, les
amis étaient arrêtés, cet homme remarquable, juste, sage et bon, les fit
libérer. au Conseil d’état, il déclara que le gouvernement avait fait une
grosse erreur en bannissant et en expul-sant Bahá’u’lláh, car sa cause,
victorieuse, se répandrait dans le monde entier. il aurait été un prisonnier en
Perse, dans le futur les gens seraient venus en pèlerinage à son tombeau de
partout, et cela aurait augmenté la richesse de la nation. Tout comme
maintenant les Persans dépensent leur argent en pèlerinage à la mecque et à
médine, et aux mausolées sacrés en dehors de la Perse, dans le futur, les gens
dépenseraient leur argent pour visiter la tombe de Bahá’u’lláh et celles de
ses compagnons bannis de ce pays.

Cet homme [mushíru’d-dawlih] servait le peuple et le gouvernement de
Perse avec une véracité et une perspicacité totales. après avoir fait tout le
mal possible et opprimer au maximum cette Cause, il finit par juger la
question avec équité et justice, et rendit autant de services qu’il le put.

Très vite mushíru’d-dawlih réussit à persuader nás∂iri’dín sháh de visiter
l’europe. il voulait que son souverain voie de ses propres yeux les progrès
faits par l’europe et les européens. Cette visite eut lieu au printemps 1873. à
windsor, la reine victoria décora le chah de l’ordre de la Jarretière, signe
évident de relations amicales.

le 25 juillet de l’année précédente, le chah avait accordé au baron Julius de
reuter, le fondateur de l’agence d’information mondialement célèbre, une
concession aux nombreuses ramifications. Cette décision avait été préparée
et dirigée par le nouveau grand vizir. la concession reuter comprenait des
projets comme la construction d’une voie de chemin de fer depuis la mer
Caspienne jusqu’au golf

dans la Gloire du Père

Persique, d’une ligne de tramway à Téhéran, et l’exploitation de toutes les
ressources minières du pays. reuter venait alors de choisir la nationalité
britannique et la russie voyait cela avec quelque appréhension. néanmoins,
malgré ces peurs et ces suspicions, le tsar alexandre ii (1855-1881) reçut très
chaleureusement le chah à st-Pétersbourg.

en l’absence du chah, le régent était un de ses oncles, h∆ájí farhád mírzá. le
mu’tamidu’d-dawlih et des courtisans menés par le ministre des affaires
étrangères, mírzá sa’id Khán, le mu’taminu’l-mulk, avaient formé un parti
s’opposant au s∆adr-i-a’z∂am. Cette opposition devint si forte que lorsque le
chah retrouva la terre persane au port d’anzalí, il fut contraint de reprendre le
poste de grand vizir à mushíru’d-dawlih. on a raconté que les russes s’étaient
mis de mèche avec mírzá sa’íd Khán pour provoquer la chute de mushíru’d-
dawlih qui avait entre-temps reçu le titre supplémentaire de sipahsálár-i-
a’z∂am. vrai ou faux, le chah était maintenant très en colère et dès son retour
dans la capitale, il entra en action, brisa le parti des courtisans et dispersa
tous ceux qui avaient participé au complot. mírzá sa’íd Khán perdit son
portefeuille de ministre des affaires étrangères qui fut donné à mushíru’d-
dawlih, et il fut exilé à mashhad comme gardien du mausolée de l’imám
rid∂á. et la charge de s∆adr-i-a’z∂am resta, une fois de plus vacante,
jusqu’en 1884, lorsqu’elle fut imposée à mírzá yúsuf, le mustawfíyu’l-
mamálik. la concession reuter mourut de sa belle mort. h∆ájí mullá’alíy-i-
Kaní et siyyid s∆álih∂-

i-’arab, deux des plus importants religieux de la capitale, étaient aussi
impliqués dans le complot contre mushíru’d-dawlih qu’ils avaient dénoncé,
dans leur obscurantisme, comme un rénégat et un impie. et certains écrivains
alléguèrent que le principal comploteur était mu’tamidu’d-dawlih, l’oncle du
chah.

mírzá sa’íd Khán était un habitué du ministère des affaires étrangères, ayant
occupé ce poste après la mort de son précédent occupant, mírzá
muh∂ammad-’alí Khán-i-shírází, en février 1852, d’abord comme secrétaire
d’état puis comme ministre. en compagnie de mírzá Káz∂im Khán, le
niz∂ámu’l-mulk, fils aîné du núrí s∆adr-i-a’z∂am, il avait pris part à la tuerie
des bábís de 1852. ils avaient tiré les premiers sur mullá h∆usayn-i-
Khurásání. il était aussi largement responsable du bannissement de
Bahá’u’lláh de l’irak vers la Turquie, ayant conseillé à mushíru’d-dawlih,
alors à istanbul, de persuader les autorités ottomanes de la nécessité
d’éloigner Bahá’u’lláh de la proximité des territoires persans. mais,
épisodique-

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 471
ment, mírzá sa’íd Khán eut quelques gestes amicaux envers les bahá’ís ce
qui fit croire à ces derniers que l’épître connue sous le titre de Shikkar-
Shikan Shavand lui était adressée*. en mai 1880 mírzá sa’íd Khán fut
rappelé de mashhad et reprit son poste aux affaires étrangères. il mourut au
printemps 1884.

mírzá yúsuf, le mustawfíyu’l-mamálik, dont le vizirat ne dura que très peu
de temps (il mourut moins de deux ans après sa nomination), était l’un des
hommes les plus remarquables de son temps. Profondément droit,
incorruptible et sans peur, il était appelé généralement « áqá » ou « Jináb-i-
áqá », même par nás∂iri’d-dín sháh. on l’avait accusé d’avoir participé à
l’exécution des bábís de 1852 (il aurait été le premier à tirer sur mullá
zaynu’l-’ábidín-i-yazdí), mais il l’avait toujours nié fermement, avait écrit à
ce sujet à Bahá’u’lláh et en avait reçu une réponse aimable. (voir addenda v)

mushíru’d-dawlih, bien que n’étant plus le s∆adr-i-a’z∂am, réussit à
convaincre le chah de visiter une nouvelle fois l’europe. Cette deuxième
visite eut lieu en 1878, l’année du Congrès de Berlin, alors que l’europe était
dans une situation

* voir p. 173

Mírzá Yúsuf-i-ashtíyání, le Mustawfíyu’l-Mamálik

dans la Gloire du Père

instable. la russie, bien que directement impliquée dans le conflit, accueillit
chaleureusement nási∂ri’d-dín sháh. on organisa en son honneur une
manœuvre militaire de grande envergure et il tomba tellement amoureux de
l’uniforme, des armes et de l’allure des cosaques russes, qu’il demanda au
Tsar alexandre de mettre à sa disposition quelques officiers russes et
quelques instructeurs afin qu’ils organisent pour lui une force similaire. Ce
fut le début de la brigade cosaque persane, qui devint plus tard une division,
une unité militaire qui allait jouer un rôle important dans le destin de la Perse
et qui resterait sous commandement russe jusqu’en automne 1920. le colonel
de mantovitch (le premier commandant et organisateur de cette unité) et son
équipe, arrivèrent à Téhéran en janvier 1879. à vienne, le chah engagea aussi
des officiers autrichiens qui arrivèrent dans la capitale persane un mois avant
les russes, commandés eux aussi par un colonel nommé schynovsky. mais
leur mission s’avéra impossible, contrecarrée par la rivalité russe. on prétend
que mírzá sa’íd Khán retrouva son ancien poste sur l’insistance de la russie
qui regardait avec méfiance la politique de mushíru’d-dawlih. en décembre
1881, mírzá sa’íd Khán signa, avec l’envoyé russe, le traité d’ákhál, par
lequel la Perse renonçait à toutes ses prétentions frontalières sur la
Transoxanie.

mushíru’d-dawlih reçut d’abord le poste de gouverneur de sa ville, qazvín
puis, à la suite de l’assasssinat du tsar alexandre ii, il fut nommé à la tête de
la mission envoyée à st-Petersbourg porter les condoléances de nás∂iri’d-dín
sháh à alexandre iii. à son retour, il fut envoyé à mashhad comme gardien du
mausolée de l’imam rid∂á et gouverneur du Khorassan. C’est là qu’il mourut
en novembre 1881, et tout le monde s’accorde pour dire qu’il fut
probablement empoisonné sur l’ordre de nás∂iri’d-dín sháh.

i’timádu’s-salπanih écrit dans son journal que ni le chah ni ses oncles
(mu’tamidu’d-dawlih et h∆isámu’s-salπanih) ne cachèrent leur joie en
apprenant le décès de mushíru’d-dawlih. nás∂iri’d-dín sháh avait pris
l’habitude de se servir libéralement des richesses de n’importe quel notable,
ou personne connue de son royaume qui mourait riche. il fit de même avec
mushíru’d-dawlih le sipahsálár-i-a’z∂am, bien que sa veuve soit une fille de
fath-’alí sháh. on peut lire dans le journal d’i’timádu’s-salπanih : « durant
ces deux derniers jours, tous les ministres ont été très occupés, dans le
Conseil, à préparer la liste des manuscrits et des bijoux du défunt mushíru’d-
dawlih. son testament et ses comptes bancaires ne sont pas
le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 473

encore connus. » et plus loin : « h∆akímu’l-mulk [mírzá’alí-naqí] a été
chargé de négocier avec qamaru’s-salπanih, la veuve du sipahsálár, en vue
d’en obtenir de l’argent en espèces pour le chah… »*6

le titre de mushíru’d-dawlih fut donné alors à yah∂yá Khán, le mu’tamidu’l-
mulk, frère de mírzá h∆usayn Khán, connu aussi sous le titre de sipahsálár.
C’est le nom donné à la magnifique mosquée et au séminaire qu’il a
construit à Téhéran et richement doté. les deux bâtiments qui possèdent l’une
des meilleures bibliothèques de Perse, jouèrent un grand rôle dans la suite de
l’histoire de la nation. le Baháristán, le siège de la chambre basse du
Parlement, contigu à la mosquée, fut reconstruit après le bombardement qui
le ruina au cours du coup d’état de muh∂ammad-’alí sháh en 1908, mais on
devine encore sa splendeur originale. le

* un cas semblable fut celui de ’imádu’d-dawlih, un prince qadjar,
gouverneur de Kirmánsháh. quand il mourut, d’aucuns ont suggéré
qu’i’timádu’s-salπanih aurait dû se précipiter pour collecter des bijoux et
d’autres richesses, pour le bénéfice du chah. mais il refusa cet honneur.

Siyyid Jamálu’d-dín-i-asadábádí, plus

connu sous le nom de al-afghání (browne,

The Persian revolution of 1905-1909 )

dans la Gloire du Père

Baháristán était aussi une création du sipahsálár-i-a’z∂am que nás∂iri’d-dín
sháh avait récupérée. C’est son fils, muz∂affarí’d-dín sháh qui en fit don à la
nation pour qu’il devienne le siège du parlement lorque la constitution fut
promulguée.

le nouveau mushíru’d-dawlih fut aussi ministre des affaires étrangères
pendant quelque temps, et ce fut pendant son ministère qu’en hiver 1882-
1883, s.G.
Benjamin fut nommé par le président arthur pour représenter les états-unis à
Téhéran : ce fut le premier représentant américain en Perse. en janvier 1885,
nás∂iri’d-dín sháh fit l’achat d’un vaisseau allemand de 600 tonneaux,
baptisé persépolis, qui servit dans le golf Persique et d’un vaisseau plus
petit, le Shúsh.

leurs équipages étaient allemands. le premier ministre allemand, Graf von
Braunschweig, ouvrit une école allemande à Téhéran et ses étudiants allaient
en allemagne suivre leurs études supérieures. le bruit courait que les
allemands avaient obtenu une concession pour la construction d’une voie
ferrée. des allemands naviguant dans le golf Persique, le fait déplaisait aux
anglais ; la construction d’une voie ferrée au nord inquiétait les russes. en
1887, le chah fut forcé de promettre à la russie qu’il n’accorderait jamais, en
aucune circonstance, une concession pour la construction d’une voie ferrée à
aucun étranger sans le consentement du gouvernement du tsar. un an plus
tard, sur l’insistance des Britanniques, le libre passage de tous les
commerçants étrangers le long de la rivière Kárún, dans la province du
Khúzistán fut officiellement notifié à toutes les représentations
diplomatiques de Téhéran. à la suite de cette annonce, une firme britannique,
lynch Brothers, commença à commercer dans le Kárún. il fallut donner à la
russie une compensation pour ce qu’elle considérait comme une victoire
anglaise et elle reçut le droit d’utiliser le port d’anzalí sur la mer Caspienne.

la même année 1888, nás∂iri’d-dín sháh, qui avait laissé vacant le poste de
s∆adr-i-a’z∂am après la mort de mustawfiyu’l-mamálik, éleva à ce poste
important mírzá’alí-as∂ghar, l’aminu’s-sulπán. Comme son adversaire mírzá
malkam Khán le náz∂imu’d-dawlih, qui était alors envoyé persan à la cour
d’angleterre, c’est un personnage controversé de l’histoire de Perse. il a ses
admirateurs et ses détracteurs. C’était, sans nul doute, un homme astucieux
et capable ainsi que le prouve-ra son action rapide au moment de l’assassinat
de nás∂iri’d-dín sháh. mais il était très différent d’hommes comme sipahsálár
et mustawfíyu’l-mamálik. C’est lui qui persuada cette fois-là le chah
d’entreprendre un troisième voyage en europe. le
le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 475

chah et son entourage élargi, qui comprenait à la fois s∆adr-i-a’z∂am et notre
chroniqueur, i’timádu’s-salπanih (très critique et opposé à l’aminu’s-sulπán),
quitta Téhéran en avril 1889 et, par le Caucase, arriva à st-Petersbourg où le
tsar alexandre iii, comme son prédécesseur, fit à nás∂iri’d-dín sháh un
accueil impressionnant. la Grande-Bretagne avait aussi envoyé une
invitation au chah. la reine victoria, le prince de Galles (plus tard édouard
vii) et lord salisbury, le Premier ministre, offrirent au chah une réception
remarquablement amicale. il resta en Grande-Bretagne pendant un mois,
mais ce long séjour qui pouvait sembler une réussite éminente ne donna que
des fruits amers comme nous allons le voir. un autre résultat de ce troisième
voyage en europe fut sa rencontre à munich avec siyyid Jamálu’d-dín-i-
asadábádí, plus connu sous le nom d’afghání, qui fut invité à visiter une
seconde fois le pays de ses ancêtres. sa visite précédente, en 1886, s’était
terminée d’une manière catastrophique ; cette fois, le désastre serait total.

le sultan’abdu’l-h∆amíd ii

dans la Gloire du Père

afghání était un provocateur dans le monde politique oriental, et le principal
avocat du panislamisme. disons clairement qu’il n’avait aucune sympathie
pour la religion de Bahá’u’lláh. C’était sans aucun doute un homme
remarquable, plein de talents, éloquant, érudit, passionné en parole et par
écrit. il pouvait être tour à tour doux* et inébranlable. le professeur elie
Kedourie, de l’école des sciences éco-nomiques et politiques de londres, le
décrit ainsi : « on peut voir que la carrière réelle du sage de l’orient ne
ressemble pas à sa légende. Ce que sa carrière laissait présager : l’activisme
politique et la transformation de la religion en idéologie politique, est
maintenant arrivé et les conséquences en sont visibles autour de nous. il faut
aussi noter que cet homme et ses partisans qui, de n’importe quel point de
vue, doivent être considérés comme des corrupteurs de l’islam tel que les
orthodoxes l’envisagent et le pratiquent, n’ont jamais vu leur doctrine
critiquée et encore moins réfutée, par les représentants de l’orthodoxie.9 »
Perspicace et bien informé, un biographe persan de siyyid Jamálu’d-dín écrit
: « il y a un point à noter, dans cette préface, qui aidera à comprendre siyyid
Jamálu’d-dín et sa pensée : quel que soit le personnage il croyait
profondément en ce qu’il savait et ce qu’il faisait ; c’était avant tout un
homme d’action. Plus que tout, il détestait les tyrans. une de ses brillantes
pensées était celle-ci : « Je suis opposé à la fois au tyran et à la victime du
tyran. Pour moi, le tyran est un ennemi parce qu’il tyrannise ; et je n’aime
pas la victime parce qu’elle lui permet de la tyranniser, rendant le tyran
encore pire.10 » m. halabí fait aussi un parallèle intéressant entre midh∂at
Páshá et siyyid Jamálu’d-dín. Tous les deux souffrirent beaucoup aux mains
de deux tyrans implacables. le sultan’abdu’l-h∆amíd maltraita le premier et
le chah nás∂iri’d-dín, le second. lorsque midh∂at Páshá fut relâché et
rejoignit l’europe, il ne se lança pas dans une longue diatribe contre le sultan
; alors que dès qu’il quitta le sol persan, siyyid Jamálu’d-dín se lança dans
une campagne vitupérante contre le chah qui culmina dans son assassinat. le
siyyid était en pleine activité lorsqu’edward Browne le rencontra à londres.
Browne écrit : «…je le rencontrai alors que j’étais

* dans le journal personnel du père de l’auteur, on peut lire à la date du 3
octobre 1886 : « rendu visite ce matin à sittid Jamálu’d-dín. il est logé près
de chez moi. C’est un homme très doux et bon, vêtu à l’arabe, la tête
couronné d’un petit turban noir. il est corpulent et a le teint olivâtre. il a
probalement plus de cinquante ans et porte une barbe courte et noire. il me
dit que bien qu’il signe « afghání », il est originaire d’hamadán. dans sa
jeunesse, il était allé dans les villes saintes d’irak pour poursuivre ses études.
C’est de là qu’il était parti, il y a plus de trente ans, pour l’afghanistan.
depuis, il a voyagé ici et là, résidant quelque temps en égypte. C’est un
homme de talent, très érudit. J’ai aimé converser avec lui. »

le rèGne de nas∂iri’d-dín sháh 477

invité par le défunt prince malkom Khán à holland Park qui, jusqu’à la
querelle que cet éminent diplomate eut avec le chah en 1889, était la légation
persane…

pendant son séjour à londres, il parla dans différents meetings et écrivit
divers articles sur« le règne de la terreur en Perse », attaquant la personne du
chah et mettant même en question son état mental, avec une grande violence.
» 11

l’éloignement de mírzá (ou prince) malkam Khán fut un autre résultat de la
troisième visite du chah en europe. un accord douteux, où chacun arracha
des concessions à l’autre, à propos d’une loterie d’état, fit que malkam (qui,
comme siyyid Jamálu’d-dín, avait une bonne plume), déçu, eut le sentiment
d’avoir été humilié par nás∂iri’d-dín sháh et son s∆adr-i-a’z∂am, pendant
que le cupide monarque eut le sentiment d’avoir été floué. leur relation s’en
ressentit, devint tendue puis, finalement, se brisa. malkam avait été un
protégé de mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih qui l’avait sauvé du
désert politique dans lequel il était tombé lors d’une première disgrâce. on se
rappellera aussi qu’à Bagdad, Bahá’u’lláh l’avait sorti des griffes de mírzá
Buzurg Khán.

malkam se lança alors dans la publication d’un journal, intitulé Qánún (la
loi).

en tout, quarante-et-un numéros seront imprimés à londres. il faut y ajouter
les pamphlets politiques et sociaux qui sortaient constament de la plume de
malkam.

amínu’s-sulπán était la cible favorite de la critique féroce de malkam. Qánún
était interdit en Perse par édit royal mais beaucoup de personnes influentes le
recevaient malgré tout. et, conseillé par amínu’s-sulπán, le chah continuait à
donner des concessions qui eurent des répercussions considérables. en
décembre 1889, reuter obtint une concession pour créer une banque et des
billets de banque, et l’on vit naître la Banque impériale de Perse. en janvier
1890, le gouvernement russe reçut une concession pour construire des routes
et des voies ferrées dans le nord. en mars de la même année, le major Gerald
f. Talbot gagna une concession pour instituer un monopole sur le commerce
du tabac en Perse. Cette concession qu’on appela la régie des tabacs,
scandalisa les propriétaires de champs de tabac et un grand nombre de
marchands qui achetaient et vendaient le tabac, à tel point qu’une rebellion
fut lancée par mírzáy-i-shírází l’ecclésiastique le plus influent de l’époque. il
interdit totalement l’usage du tabac et nás∂iri’d-dín fut surpris de découvrir
que dans son propre harem, les narguilés ou qalyán étaient abandonnés. un
seul religieux important de Téhéran, siyyid ‘abdu’lláh-i-Bihbahání (qui
jouera plus tard

dans la Gloire du Père

un grand rôle dans le mouvement constitutionnel) osa défier l’interdiction et
apporta son qalyán jusqu’à la chaire de la mosquée. en avril 1892, à
l’encontre de toutes les coutumes, le chah dut emprunter 500 000 livres
sterlings à la nouvelle Banque impériale, les donna en compensation à la
compagnie anglaise et annula la concession de la régie.

nás∂iri’d-dín sháh commença à faire arrêter les partisans de siyyid Jamálu’d-
dín et de mírzá malkam Khán. l’homme qui allait le tuer un jour se retrouva
en prison, avec beaucoup d’autres, à cette occasion. deux importants bahá’ís,
h∆ájí abu’l-h∆asasn-i-ardakání, connu sous le nom de h∂ájí amín, et h∆ájí
mullá’alí-akbar-i-shahmírzádí, appelé h∆ájí ákhund, y étaient aussi
emprisonnés. à cette occasion Bahá’u’lláh révéla la lawh∂-i-dunyá ( tablette
au monde).

après l’annulation de la régie, nás∂iri’d-dín sháh n’avait plus que quatre ans
à vivre. la veille de son jubilé, le 19 avril 1896, au cœur du mausolée de
h∂ad∂rat-i-

’abdu’l-’az∂ím, un fervent partisan de siyyid Jamálu’d-dín appelé mírzá
rid∂áy-i-Kirmání, fit feu sur lui. la balle lui ouvrit le cœur et il mourut sur le
coup. seules la sagacité et l’action rapide d’amínu’s-sulπán, qui réussit à
cacher l’assassinat, empêcha la capitale de plonger dans le chaos.

lorsqu’on demanda à l’assassin pourquoi il avait abattu le monarque plutôt
que n’importe lequel des hommes haut placés qui l’entouraient, et
notamment Kámrán mírzá, le náyibu’s-salπanih, un fils du chah qui l’avait
personnellement fait souffrir, ce disciple de siyyid Jamálu’d-dín répondit par
un vers du Mathnaví, l’œuvre immortelle de mawláná Jaláli’d-dín-i-rúmí : «
un poisson pourrit par la tête, pas par la queue ».

addenda ii

démarches effectuées

auprès des consuls lors

du bannissement de bahá’u’lláh à acre

Ci-dessous le lecteur trouvera un bref résumé des faits en relation avec
certains documents des archives gouvernementales (voir page 281).

le 6 août 1868, m. John e. Blunt, consul britannique à andrinople, envoya le
message suivant à m. elliot, le ministre britannique à istanbul : J’ai l’honneur
de transmettre ci-joint à votre excellence, une copie de la lettre que le
révérend rosenberg, missionnaire protestant en ce lieu, m’a adressée à
propos d’un certain shek [shaykh] mirza hussein alí effendi [Bahá’u’lláh],
chef d’une secte persane appelée « babie » qui est en exil à andrinople avec
une quarantaine de ses adhérents depuis plus de six ans et qui est sur le point
d’être déporté à Gallipoli et de là, vers l’intérieur de l’afrique, me semble-t-
il.

hier, avant que cette lettre me soit adressée, le révérend rosenberg et Boghos
agha, le chef de la communauté protestante locale, m’ont rendu visite et me
demandèrent de tenter de persuader les autorités ottomanes locales de ne pas
déporter ce shek et ses adhérents. mais comme ils me dirent aussi que la
mesure dont se plaint le shek ne vient pas de ces autorités mais que c’est un
ordre impératif qui vient de la sublime Porte, j’ai respectueusement refusé
leur requête.
m. rosenberg me dit alors qu’il m’adresserait la lettre ci-jointe et exprima
l’espoir que je ferai un rapport sur le sujet à votre excellence. Je ne connais
pas les croyances de cette secte « babie ». le révérend rosenberg et Boghos
agha pensent qu’ils les tirent des saintes écritures, ce qui explique leur
sympathie et leur zèle pour le shek. Tout ce que je peux dire c’est que le
shek en question a mené une vie tout à fait exemplaire dans cette ville. il est
considéré avec une sympathie mêlée de respect et d’estime, par les
musulmans locaux, et qu’il fut bien traité par les autorités ottomanes.
l’impression générale ici est que la persécution dont il fait maintenant l’objet
vient du gouvernement persan et de sa légation à istanbul. » (fo 195 901)

dans la Gloire du Père

le révérend rosenberg cité dans cette dépêche était un missionnaire de la
société Britannique pour la Propagation de l’évangile parmi les Juifs. C’est
lui qui avait attiré l’attention de Blunt sur la situation qui menaçait
Bahá’u’lláh. quelques jours plus tard, le 10 août 1868, Blunt envoya une
autre dépêche concernant un appel que, disait-il, Bahá’u’lláh lui avait
adressé :

en référence à ma dépêche n° 54 du 6 courant relative au cas de shek hussein
alí effendi chef de la secte persane appelée « babie », j’ai l’honneur de
rapporter à votre excellence que ce matin, j’ai reçu du shek en question, le
papier ci-joint qui, écrit en turc, demande la protection de ce consulat. le
même appel a été envoyé par le shek à mes collègues de la ville.

Peu après que le dit appel m’ait été remis, mon collègue autrichien vint me
voir et me demanda ce que je proposais de faire. Je répondis qu’à mon
humble avis je ne pouvais pas agir dans ce cas officiellement sans
instructions de l’ambassade, et que j’avais déjà informé votre excellence de
la question. monsieur de Camerloher semble être du même avis et m’a dit
qu’il avait aussi informé le baron Prokesh.

mais, considérant, avec monsieur de Camerloher, que nous avons de bonnes
raisons de penser que le shek et son groupe vont probablement être remis par
le gouvernement ottoman aux mains des autorités persanes et que le
gouvernement ottoman se rendra ainsi coupable d’un abus de confiance
envers ces pauvres gens qui mettra leur vie en péril, et qui en conséquence
ternira sa réputation, nous avons décidé d’envoyer à nos ambassades
respectives le télégramme que nous avons expédié ce matin et dont voici la
copie :

« hussein alí effendi et soixante-dix personnes vont être envoyés aujourd’hui
à Gallipoli pour y être remis entre les mains d’un agent du chah. il a adressé
un appel écrit demandant la protection du corps consulaire étranger. les
soussignés ont décidé de solliciter des instructions de leurs ambassades
respectives avant toute action. mon collègue demande que ce télégramme
soit communiqué au baron Prokesh. »

Je prends la liberté d’ajouter que mon collègue autrichien m’a dit que le
baron Prokesh connaît personnellement le shek et qu’il l’a fortement
recommandé au consulat autrichien.

Je regrette que le départ rapide du courrier aujourd’hui m’empêche de
préparer une traduction du papier que je joins. » (fo 195 901)

malheureusement, la pièce jointe au télégramme de Blunt est absente des

démarChes auPrès des Consuls 481

fichiers du british public record office. mais Blunt ayant signalé qu’un appel
similaire avait été adressé aux autres consuls d’andrinople, des recherches
furent faites dans les archives des affaires étrangères françaises. on découvrit
que le consul français de l’époque, ferdinand ronzevalle, avait bien envoyé
le 14 août 1868, cet appel au ministre français, nicolas Bourée. le texte de
cet appel consiste en huit lignes écrites en turc, signées, avec un sceau sur
lequel on peut lire

« h∆usayn ‘alí ».

ainsi, au moins trois ministres de puissances étrangères représentées à
istanbul, faisaient des enquêtes sur Bahá’u’lláh. ils reçurent tous la même
réponse de la part de ‘alí-Páshá comme de fu’ád Páshá : les disciples de
Bahá’u’lláh provoquaient des discordes entre musulmans en essayant de les
convertir à une nouvelle religion, et la légation persane n’était absolument
pas impliquée.

le 13 août 1868, Blunt fit un rapport :

Je prends la liberté de rapporter que j’ai agi dans cette affaire en conformité
avec les ordres de votre excellence.

avant de recevoir ces ordres, mirza hussein alí (…) me demanda, par
l’intermédiaire du révérend rosenberg, de venir le voir, mais je déclinai
respectueusement l’invitation car il était aux arrêts dans sa maison et sous la
surveillance de la police (…) le mirza et ses adhérents ont été envoyés à
Gallipoli dans la soirée de lundi dernier (…) » (fo 195 901)

mais le révérend rosenberg continua ses efforts pour aider Bahá’u’lláh. le 15

août 1868, il envoya à Blunt une copie de ce qui serait une lettre de
Bahá'u'lláh à l’alliance évangélique de londres, leur demandant d’intervenir
auprès des autorités ottomanes afin que la tolérance religieuse soit appliquée
aussi aux bahá'ís.

l'alliance évangélique se consacrait à obtenir la tolérance religieuse pour les
chrétiens dans le monde.

addenda iii

conséquences du siège de plevna

les extraits qui suivent sont extraits du balkan Volunteers1. Ce livre consacré
aux docteurs et à l’aide humanitaire envoyés d’angleterre pendant la guerre
de 1877-1878, confirme largement l’histoire du capitaine turc qui parlait du
« sang qui coulait sous les arbres et sous les pierres ». (voir p. 286)

la situation des blessés dans les hôpitaux de Plevna était pire que tout ce
qu’ils [les médecins anglais] avaient vu jusque-là. ryan, le seul docteur
présent dans la forteresse assiégée, les conduisit à travers des pièces pleines
de blessés pour lesquels il n’avait rien d’autre que du chloroforme, pas de
pansements stériles, pas de provisions, pas de soupe. on avait fait des
bandages avec les tissus bariolés trouvés au bazar, et les teintures s’étaient
révélées empoisonnées. les blessures avaient été bouchées avec du coton
hydrophile. on trouvait des cas de variole, de gangrène, de typhoïde et tous
avaient des poux. d’après le correspondant de the times, l’état des hôpitaux «
rendait ridicule la description par defoe de la léproserie de la Peste »…

après la chute de Plevna, la grande retraite commença : les troupes turques se
retiraient à travers la boue, la neige et la glace [...] jusqu’à Philippopolis [...]
puis varna [...]

depuis la frontière serbe jusqu’à Gallipoli puis salonique. avec elles, se
traînant le long des mêmes sentiers à bestiaux, rampant au flanc des mêmes
collines, venaient les réfugiés : le filet d’eau d’il y a six mois était devenu un
torrent, toute la population musulmane de Bulgarie et de roumélie s’enfuyant
devant la vengeance des moscovites… la retraite devint une déroute […].

[...] lorsque l’ordre d’évacuer l’hôpital d’andrinople fut donné, la populace
turque et le personnel turc s’enfuirent ; les docteurs de stafford house
[britanniques] « se répandirent dans les camps, rattrapèrent les bœufs, les
attelèrent et les firent transporter les blessés pour quitter l’hôpital. » à
Philippolis, huit cent cinquante blessés furent placés dans des hangars vides,
le long de la gare, en attente de trains qui ne vinrent jamais.

la ville était en proie à la panique, les bâtiments en feu [...] deux jours plus
tard, les russes entrèrent dans la ville. à ce moment-là, les blessés encore
vivants n’étaient plus que cent vingt [...]

[...] a rustchuk, la fin fut encore plus dramatique. un obus russe tomba sur
l’hôpi-

dans la Gloire du Père

tal le 29 décembre 1877. les deux docteurs, stiven et Beresford, sortirent
précipitamment en agitant vigoureusement le drapeau du Croissant rouge,
mais encore plus d’obus éclatèrent. les docteurs passèrent la nuit à
déménager leurs patients, depuis les salles détruites dans les autres. le
lendemain, le bombardement recommença. Terrifiés, tous les patients qui
pouvaient marcher, et tous les membres locaux du personnel se précipitèrent
dehors, dans la neige. Comme l’écrit stiven : « le docteur Beresford et moi
étions seuls avec environ quatre-vingt patients, et nous faisions de notre
mieux pour assurer leur sécurité. » à la tombée de la nuit, entre trente et
quarante obus étaient tombés sur l’hôpital. Puis le tir cessa et les deux
docteurs transportèrent leurs patients depuis les bâtiments en ruines,
jusqu’en ville. le lendemain, ils les mirent sur un train qui les conduisit à
l’hôpital de varna. [...]

young sandwich… et hume, deux vétérans de la campagne de serbie,
rejoignirent la division Baker Pasha dans sa retraite de Tatar Bazardijk vers
Philippopolis puis au-delà des montagnes de rhodope. le télégraphe et le
train ne fonctionnaient plus et sandwich se retrouva sur des routes escarpées
couvertes de glace. hume arriva à Philippopolis plus rapidement mais non
sans danger, ayant fait le voyage le long de la voie ferrée, d’abord dans une
machine qu’il avait réquésitionnée, puis sur un chariot actionné à la main. la
retraite vers le sud à travers les montagnes fut un terrible voyage.

« de chaque côté, sur la glace, dans la neige, des chevaux trébuchant et
tombant, des soldats et des blessés mélangés en effroyable confusion avec
des femmes et des enfants qui fuyaient leurs maisons brûlées, tous peinant
laborieusement vers les sommets. dans la plaine en dessous on pouvait voir
les Cosaques arrivant au pied des collines et, de là, tirant sur la masse des
fuyards. » [...]

à la gare de Tatar Bazardijk, des milliers de gens s’entassaient tous les jours
dans des wagons ouverts, « blancs, bleus et noirs, gelés » et Bartlett fit ce
qu’il pouvait pour leur apporter de la nourriture et de la chaleur, mais il n’y
avait aucune organisation possible. Puis on apprit que la voie ferrée avait été
coupée un peu plus loin ; l’attente avait été vaine. ils furent tous forcés de
faire retraite au-delà des montagnes rhodope, jusqu’à la mer.

robert e. master qui travaillait pour la fondation Turque de Compassion,
avait eu plus de chance. il était resté à sofia pendant un mois avant la prise
de la ville par les russes. il avait réussi à faire fonctionner une soupe
populaire où, pour un penny par jour et par personne, il nourrissait vingt-
cinq mille réfugiés ; « chacun recevait trois quarts de litre d’une bonne soupe
bien épaisse et assez de bois de chauffage pour leur tenir chaud. » il partit
par le train avant que les russes arrivent, pour un voyage où l’horreur ne fit
qu’augmenter. il fallut trois jours au train pour aller d’andrinople à

ConséquenCes du sièGe de Plevna 485

Constantinople, ses wagons ouverts remplis à craquer de femmes, d’enfants
et de soldats, entassés sans abri, ni chauffage, ni nourriture. Beaucoup
moururent, quelques-uns naquirent, d’autres désespéraient de l’avenir tous
ou presque, fous de douleur, d’horreur et de faim, jetant leurs enfants dans le
vide quand le train passait sur un pont… » au cours de l’arrêt dans une gare
entre andrinople et Constantinople, Blunt travailla sans cesse pour leur
apporter du pain et des vêtements ; mais ils étaient trop nombreux et tout ce
qu’il faisait lui semblait inutile. master, envoyé de Constantinople avec un
wagon de nourriture, trouva Blunt épuisé et malade. il prit les choses en
main. « Je réussis à nourrir les gens, mais je ne pouvais pas empêcher le
froid. Cadavres après cadavres tombaient des wagons, étaient transportés
plus loin et enterrés… C’était affreux à voir et pourtant les réfugiés restaient
calmes. Je n’entendais aucun murmure, sauf de la part des Circassiens qui
menaçaient de brûler la gare si le chef de gare ne faisait pas partir le train
immédiatement. Ces gentlemen attaquèrent même mon fourgon de pain,
mais j’arrivai à le refermer à temps. »

à Constantinople on attendait les soldats, les blessés, les réfugiés, l’armée
russe ou l’angleterre qui viendrait aider la Turquie. »

addenda iV

le général gordon à haïfa et acre

laurenCe oliphant écrit, sous le titre de la dernière visite du général gordon à
haïfa :

Je l’ai rencontré pour la première fois, il y a vingt-neuf ans, dans les
tranchées devant sébastopol. C’était alors un jeune officier inconnu, et
j’aurais oublié ces circonstances si nous ne nous étions retrouvés trois ans
plus tard en Chine… Je quittais la Chine avant qu’il n’entre au service
chinois… mais j’en avais assez vu pour surveiller sa carrière avec un grand
intérêt ; pourtant nos chemins ne se recroisèrent pas jusqu’à ce qu’un jour, il
y a deux ans environ [écrit le 10 mai 1885], je reçoive une lettre venant de
Jaffa et signée C.G. Gordon qui me demandait des informations sur les
conditions de résidence à haïfa et exprimait son intention de me rendre
visite. Comme j’avais plusieurs amis de ce nom-là, je fus déconcerté sur le
moment… C’est par hasard que l’après-midi de ce jour, le vice-consul me
demanda si je connaissais un certain général Gordon, car il avait reçu
quelques lettres à ce nom. Je compris immédiatement qui était mon
correspondant et lui envoyai une cordiale invitation à laquelle il répondit
rapidement, et nous passâmes ensemble quelques jours très agréables…

après quelques jours à haïfa, le général Gordon retourna à Jérusalem en me
promettant de revenir deux mois plus tard planter sa tente près de la mienne
à esfia, au sommet du Carmel. J’étais impatient de retrouver sa compagnie
pour partager l’agréable étendue sauvage de cette montagne et, dans ma tête,
j’avais déjà repéré un endroit à cinquante mètres de ma tente pour qu’il y
plante la sienne lorsqu’à mon grand désappointement, je reçus une lettre de
lui me disant qu’il était si intéressé par ses études bibliques dans la ville
sainte, qu’il pensait être de son devoir de changer ses plans, car il n’aurait
peut-être jamais plus la possibilité de vérifier l’exactitude des vues qu’il
avait concernant l’aspect typique de la configuration de cette ville…

vers la fin de l’année il écrivit, disant qu’il avait été nommé au Congo et me
disait adieu. Curieusement, dans ma réponse je lui disais seulement au revoir
car j’étais certain que je le reverrai avant qu’il quitte le pays. quelques jours
après il arrivait à haïfa.

il avait embarqué à Jaffa, en route vers Port-saïd dans un voilier local et le
mauvais temps l’avait poussé si loin de sa route d’origine que son équipage
était venu ici se repo-

dans la Gloire du Père

ser… il y resta une semaine… un jour, je le vis écrire une note sur une
feuille de papier.
il me demanda le prénom des deux amis chez qui nous étions. Je les lui
donnai et, pensant sans doute que ma curiosité méritait d’être assouvie, il dit
: « Je les ajoute sur ma liste de prières. » un autre jour, après avoir émis des
avis très négatifs sur un très haut personnage que je ne nommerai pas, il
ajouta : « Je prie pour lui régulièrement. » Tout cela sans une once de
prétention. il détestait par-dessus tout l’hypocrisie… il était très drôle et un
compagnon très agréable pour ceux qui le connaissaient intimement. il ne
lançait jamais la conversation sur la question religieuse… il partit de haïfa le
18 ou 19

décembre 1883, à pied, jusqu’à acre où il trouva le vapeur qui devait
l’emporter directement jusqu’à marseille. ses bagages le suivirent dans une
carriole.

ses derniers mots furent pour dire qu’il était certain cette fois que nous ne
nous reverrions jamais. Je répondis qu’il s’était déjà trompé et que j’espérais
qu’il se trom-pait encore. il me dit non, qu’il avait l’impression d’avoir
encore beaucoup de choses à faire pour dieu sur cette terre et qu’il ne
repartirait jamais du Congo. un mois plus tard, il était en haute-égypte.

à haïfa, pratiquement personne ne le connaissait, et c’était caractéristique de
sa personnalité. apercevant un beau jardin qui appartenait à un riche syrien,
près d’acre, il entra s’y promener, fut abordé par le propriétaire qui lui
demanda qui il était. il répondit « Gordon Páshá ». mon ami syrien, qui me
raconta l’histoire, rit d’un air incrédule et lui montra poliment la sortie.
Gordon partit sans insister sur son identité. le propriétaire me dit qu’il était
certain qu’on se moquait de lui parce que Gordon, lorsqu’on lui parlait en
anglais répondait en mauvais arabe et, lorsqu’on lui demanda son nom, il
avait à moitié sorti son portefeuille, comme s’il allait donner sa carte, puis
après réflexion l’avait laissé dans sa poche et avait répondu verbalement.
ainsi, mon ami perdit sa chance de pouvoir recevoir au dépourvu un ange, ce
qu’il ne cessa jamais de regretter, d’autant plus que ses amis prenaient plaisir
à le taquiner là-dessus.

la dernière lettre que je reçus de Gordon est datée de Khartoum, le 6 mars. »

sir valentine Chirol écrit dans Fifty Years in a changing World ( cinquante
ans dans un monde qui change) :
«… je me souviens de ma rencontre avec Gordon, quelques mois avant son
fol espoir au soudan, chez laurence oliphant sur le mont Carmel. Gordon
vivait alors à Jérusalem, entièrement absorbé par l’étude de la topographie
biblique. les français, toujours plus jaloux et suspicieux de toutes les
activités britanniques dans cette région depuis notre occupation de l’égypte,
ne pouvaient pas croire, même un instant, que pour

le Général Gordon à haïfa 489

un anglais, et un général de la réputation mondiale de Gordon, la
topographie biblique n’était pas une couverture pour cacher de sinistres
activités politiques. le consulat français de Jérusalem surveillait tous ses
mouvements. il nous raconta qu’il était parti la veille pour son habituelle
longue promenade dans la campagne et il remarqua rapidement qu’il était,
comme d’habitude, suivi par un syrien qui devait être employé par les
français pour le surveiller. aussi, au lieu de revenir après quelques
kilomètres, il décida de continuer pour voir si l’homme se fatiguerait. il lui
fallut marcher longtemps pour cela et alors, il était trop tard pour rentrer à
Jérusalem avant la nuit. il décida donc de continuer jusqu’à naplous, à 35 ou
40 miles et, ayant dormi là, il eut l’idée de continuer le jour suivant jusqu’à
haïfa ; voilà pourquoi il était là, et il se demandait si oliphant pouvait le loger
pour la nuit ? » (p. 60)

note

Charles George Gordon (1833-1885) était un anglais qui servit dans le corps
des ingénieurs royaux pendant le siège de sébastopol et la capture de Pékin.
Plus tard (1863-1864) il écrasa, à la tête d’une force chinoise, une
formidable révolte et fut reconnu comme l’un des meilleurs soldats de son
temps. après six ans en angleterre, pendant lesquels il passa son temps libre à
soulager les pauvres, à nourrir et à habiller les orphelins sans logis et à
visiter les malades, il accepta l’offre du khédive d’égypte et put ouvrir
d’autres territoires dans les régions du nil équato-rial. en 1877, il devint
gouverneur du soudan, explora un vaste territoire et acquit une réputation
mondiale pour ses réussites dans le gouvernement et l’industrie. il
démissionna en 1880 pour raison de santé et passa presqu’un an en Palestine.
Puis, à la demande du gouvernement britannique, il partit relever les
garnisons dans les territoires rebelles d’égypte. il atteignit Khartoum mais,
un mois plus tard, le mahdi commença un siège qui devait durer cinq mois.
une force de délivrance arriva d’angleterre en janvier 1885, découvrit que
Khartoum avait été capturée et Gordon assassiné sur les marches du palais.

addenda V

notes bliographiques

les brèves notes qui suivent concernent quelques-unes des personnes
mentionnées dans ce livre, qu’elles soient ou non disciples de Bahá’u’lláh.
Certains personnages importants ne sont pas inclus parce que l’information
les concernant est disponible dans des ouvrages de référence faciles à
trouver.

Ces notes furent écrites par le dr moojan momen et celles qui traitent de
bahá’ís sont en partie basées sur l’ouvrage de ‘abdu’l-Bahá Memorials of the
Faithful ( Mémorial des dèles). l’auteur remercie m. sami doktoroglu pour
les informations fournies pour quelques pachas turcs.

‘abdu’l-ghaffár-i-is∂fahání, áqá

áqá ‘abdu’l-Ghaffár-i-is∂fahání était un commerçant d’ispahan qui devint
bábí au cours d’un voyage à Bagdad. il fut l’un des compagnons de
Bahá’u’lláh dans son exil à andrinople. Bahá’u’lláh l’envoya à istanbul où il
fut arrêté et envoyé en exil à Chypre. lorsque le navire qui transportait
Bahá’u’lláh et ses compagnons d’exil, arriva à haïfa, il se jeta dans la mer,
incapable de supporter sa séparation avec Bahá’u’lláh, mais il faut sauvé et
envoyé à Chypre. il réussit à s’en échapper le 29

septembre 1870 et rejoignit Bahá’u’lláh à acre. il s’installa dans le Khán-i-
afranj.

Pour se cacher des autorités, il changea de nom et se t appeler áqá
‘abdu’lláh.

après l’ascension de Bahá’u’lláh, il alla vivre à damas où il mourut. (cf.
Mémorial des dèles)

‘abdu’l-h∆usayn-i-∏ihrání, Shaykh
shaykh ‘abdu’l-h∆usayn-i-∏ihrání, connu sous le nom de
shaykhu’l-‘iráqayn, était ls de ‘alíy-i-∏ihrání. il eut une éducation religieuse
classique et fut l’élève de h∆ájí siyyid shafíy-i-Burújirdí. il vivait à Téhéran,
était un proche associé de mírzá Taqí Khán, l’amír Kabír, et en fut
l’exécuteur testamentaire. avec l’argent de l’héritage, il construisit à Téhéran
une mosquée et une madrisih dont il fut directeur.

en 1858, nás∂iri’d-dín sháh le chargea de la mission de redorer le dôme du
tom-

dans la Gloire du Père

beau de h∆usayn à Kerbéla, en irak. Cette mission réussie, il fut chargé de
dorer le dôme du mausolée askaríyayn à sámarrá. il tomba malade à
Káz∂imayn, mourut le 16 décembre 1869 et est enterré à Kerbéla.

ádí guzal, Mullá (‘alíy-i-Sayyáh∂, Mírzá)

mullá ádí Guzal de marághih, mieux connu sous le nom de mírzá ‘alíy-i-
sayyáh∂, devint bábí dans les débuts de la religion. homme de con ance du
Báb il était aussi son messager pendant les jours où ce dernier était
emprisonné à máh-Kú et à Chihríq. le Báb lui con a plusieurs missions ; il
fut le premier à visiter le site du combat de shaykh ∏abarsí pour y réciter
des prières de souvenance pour les martyrs. Pendant les persécutions bábíes
les plus sévères, mírzá ‘alí s’enfuit en irak et vécut à Kerbéla. Pendant le
séjour de Bahá’u’lláh à andrinople, mírzá ‘alí vint dans cette ville mais fut
envoyé par Bahá’u’lláh à istanbul. il y fut arrêté et interrogé et, lors de l’exil
de Bahá’u’lláh d’andrinople à acre, il fut l’un de ses disciples à être envoyé à
Chypre avec mírzá yah∂yá. il mourut à famagouste le 4 août 1871.

‘alí khán, h∆ájí, h∆ájibu’d-dawlih

h∆ájí ‘alí Khán est né à marághih. il entra au service de muh∂ammad sháh,
qui n’était encore que gouverneur de cette ville, alors que son père était
gouverneur d’azerbaïdjan. lorsque muh∂ammad sháh monta sur le trône,
h∆ájí ‘alí Khán devint intendant du palais. il tomba en disgrâce et fut exilé
en irak à la suite de rumeurs concernant des affaires louches entre lui et
mahd-‘ulyá, la femme du chah. mais c’est grâce à l’influence de cette
dernière qu’il retrouva sa position et, à la mort du chah, il eut de nouveau le
poste d’intendant du palais. au début de 1849, mírzá Taqí Khán le nomma
farrásh-Báshí et il le récompensa de cette faveur en l’assassinant en 1852. en
récompense, il fut nommé h∆ájibu’d-dawlih. il continua une carrière en
dents de scie, en disgrâce de nouveau lors de la chute de mírzá áqá Khán, il
retrouva son poste, toujours grâce à mahd-‘ulyá. il mourut en 1876.

son ls était muh∂ammad-h∆asan Khán, i‘timádu’s-salt∂anih. le Gardien de la
foi bahá’íe a écrit :

le hájibu’d-dawlih, ce monstre altéré de sang, qui avait pourchassé avec
acharne-

noTes BioGraPhiques 493

ment un si grand nombre de bábís innocents et sans défense, tomba victime,
à son tour, de la furie des terribles lurs qui, après l’avoir dépouillé de ses
biens, lui coupèrent la barbe et le forcèrent à la manger, puis l’ayant sellé et
bridé, montèrent sur son dos et le promenèrent devant la population. en n, on
se livra à des atrocités honteuses sur les femmes et les enfants appartenant à
sa famille.1

‘alí páshá, Muh∂ammad amín

muh∂ammad amín ‘alí Páshá, ls d’un boutiquier, est né à istanbul en février
1815. ayant appris le français, il put obtenir un poste dans le bureau des
traductions du gouvernement ottoman en 1833. il participa à plusieurs
missions à l’étranger et fut ambassadeur de Turquie à londres en 1838-1839.
en 1840 il devint ministre des affaires étrangères pendant une courte période
et retrouva cette position en 1846 sous rashíd Páshá. en 1852, il devint grand
vizir pendant quelques mois puis, en 1854, fut nommé de nouveau ministre
des affaires étrangères ; en 1855 il redevint grand vizir jusqu’à l’année
suivante. il continua dans ces hautes positions pendant presque tout le reste
de sa vie. il fut ministre des affaires étrangères en 1857-1858, en juillet 1861
et novembre 1861 à 1867, grand vizir en 1858-1859, en 1861 et en 1867-
1871. après le décès de fu’ád Páshá en 1869, il combina le poste de grand
vizir avec les affaires étrangères. C’était un bon diplomate et il faisait partie
du petit groupe d’hommes d’état turcs qui voulaient faire entrer la Turquie
dans le dix-neuvième siècle ; mais il était autoritaire et hautain dans ses
manières. il mourut après trois mois de maladie le 7 septembre 1871.

‘alí-‘askar-i-tabrízí, h∆ájí

h∆ájí ‘alí-‘askar-i-Tabrízí, était un marchand connu de Tabríz et un bábí du
temps du Báb. Persécuté, il nit par quitter sa maison et émigra avec son frère
et sa famille jusqu’à andrinople où il s’installa et gagna sa vie comme
colporteur. il fut arrêté et suivit Bahá'u'lláh à acre où il mourut en 1874. (cf
Mémorial des dèles)

‘alí-Sháh, Z∆illu’s-Sulπán

‘alí-sháh est le dixième ls de fath∂-‘alí sháh, frère consanguin de ‘abbás
mírzá, le frère de muh∂ammad sháh. il fut gouverneur de Téhéran et, à la
mort de fath∂-

‘alí sháh en 1834, tenta de prendre le trône sous le nom de ‘ádil sháh. après
un

dans la Gloire du Père

court règne de quarante jours, qui lui t presque vider, à la recherche de
soutiens, le magot amassé par la cupidité de son père, il fut renversé par
muh∂ammad sháh quand ce dernier arriva à Téhéran. emprisonné, il réussit à
s’évader vers la russie.

il s’installa nalement à Bagdad où il vivait encore lorsque Bahá’u’lláh y
arriva.

il mourut en 1854.

ashraf, áqá Siyyid

le père d’áqá siyyid ashraf, mír Jalíl, était un des compagnons de h∆ujjat. il
se maria dans les premiers jours du soulèvement de zanján et áqá siyyid
ashraf naquit durant cette période. mír Jalíl fut emprisonné à Téhéran et
exécuté, laissant sa femme, umm-i-ashraf (le mère d’ashraf) élever seule ses
enfants. Âgé d’un peu plus de vingt ans, áqá siyyid ashraf vint deux fois à
andrinople et rencontra Bahá’u’lláh. Peu après son retour du deuxième
voyage, il fut arrêté et condamné à mort comme bábí. la manière dont il
refusa fermement de renier sa foi et dont sa mère, qu’on avait amenée pour
qu’elle l’encourage à abjurer, l’encouragea à rester ferme, fut louée à
plusieurs reprises par Bahá’u’lláh. le martyre d’áqá siyyid ashraf eut lieu en
1870.

báqir-i-Shírází, Mírzá

mírzá Báqir séjourna quelque temps à andrinople avant de retourner à
Chiraz. il commença à y enseigner la foi et, pour cela, voyagea de ville en
village. il vécut quelque temps en hindíyán puis revint à Chiraz. en 1288 de
l’hégire (1871-1872) il fut emprisonné pendant quatre mois avec d’autres
bábís avant d’être expulsé de la ville. il partit à Kirmán, y enseigna la foi et
fut aussi expulsé de cette ville-là. il vécut alors à sírján mais fut arrêté une
nouvelle fois par le gouverneur de Kírmán et passa quatre mois en prison
avant d’être étranglé. son corps fut jeté au-delà des remparts de la ville.

Fath∂-‘alí, Mírzá, Fath∂-i-a’z∂am

mírzá fath∂-‘alí, nommé fath∂-i-a’z∂am par Bahá’u’lláh, était un des
principaux bahá’ís d’ardistán près d’ispahan. ils avaient été quelques-uns à
accepter le Báb dans cette ville lorsque mullá ‘alí-akbar-i-ardistání et mullá
s∆ádiq-i-muqaddas y passèrent, à la suite de la persécution qu’ils avaient
subie, avec quddús, en 1845 à

noTes BioGraPhiques 495

Chiraz. il fut plus tard l’un des premiers bábís à reconnaître le rang de
Bahá’u’lláh.

sans pouvoir l’accompagner, il offrit à Bahá’u’lláh le cheval qu’il montait
lorsqu’il partit pour istanbul (cf page 197). il retourna à ardistán et y servit
Bahá’u’lláh comme point de contact pour distribuer les épîtres aux croyants
de Perse. il devait parfois user de son jugement pour deviner à qui certaines
étaient adressées car le nom du destinataire n’était pas indiqué. son ls épousa
la lle de mullá ‘alí-akbar. il mourut peu avant l’ascension de Bahá’u’lláh qui
révéla une prière de souvenance en son honneur.

Fu’ád páshá (keçeci-Zádih Muh∂ammad)

fu’ád Páshá naquit à istanbul en 1815, ls du célèbre poète et érudit, ‘izzat
mullá.

au cours de ses études médicales, il apprit le français. il passa trois ans
comme médecin militaire puis se t engager en 1837 par le Bureau des
traductions. il fut chargé de plusieurs importantes missions diplomatiques
jusqu’en 1852 où il fut nommé ministre des affaires étrangères sous ‘alí
Páshá. il fut aussi ministre des affaires étrangères en 1855-1856, 1858-1860,
1861 et 1867 et servit comme grand vizir en 1861-1863 et 1863-1866 en
alternance avec ‘alí Páshá. fu’ád encouragea la modernisation de l’état
ottoman et participa grandement au développement de la langue turque. il
mourut le 12 février 1869 à nice, d’une maladie cardiaque.

h∆abíbu’lláh afnán, h∆ájí Mírzá

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh naquit à Chiraz le 7 février 1875. il fut prénommé
muh∂ammad-‘alí mais plus tard son père changea de nom pour h∆abíbu’lláh
par respect pour le fait qu’un des enfants de Bahá’u’lláh s’appelait
muh∂ammad-‘alí.

h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh grandit à Chiraz, en contact régulier avec la femme
du Báb qui était sa tante. en septembre 1890 il partit, en compagnie de sa
mère, ses frères et sa sœur, rejoindre leur père en égypte. de là, il partirent
pour haïfa où ils restèrent pendant neuf mois en présence de Bahá’u’lláh. la
famille retourna ensuite à Port-saïd où ils avaient établi un commerce. après
l’ascension de Bahá’u’lláh, h∆ájí mírzá h∆abíbu’lláh resta en égypte tandis
que son père partait pour la Perse. il était souvent en compagnie de mírzá
abu’l-fad∂l qui résidait aussi en égypte. il rendit plusieurs fois visite à
‘abdu’l-Bahá en Terre sainte. en 1900,

‘abdu’l-Bahá lui demanda de retourner à Chiraz pour superviser les travaux
de

dans la Gloire du Père

restauration de la maison du Báb et le nomma gardien de cette maison. il
mourut en 1951.

h∆amzih Mírzá, h∆ishmatu’d-dawlih

h∆amzih mírzá était le vingt-et-unième fils de ‘abbás mírzá, un oncle de
nási∂ri’d-dín sháh. en 1847 il fut nommé gouverneur du Khorassan mais la
révolte du sálár l’empêcha d’y exercer son autorité et, lorsqu’à la mort de
muh∂ammad sháh cette rébellion s’intensifia, il fut forcé de s’enfuir en
afghanistan. Gouverneur d’azerbaïdjan dès 1849, il refusa en 1850 de mettre
en œuvre l’ordre d’exécution du Báb. nommé de nouveau gouverneur du
Khorassan il fut battu par les Turkmènes en 1860-61. Gouverneur de
diverses provinces, il mourut en 1880, au cours d’une campagne militaire
contre le rebelle shaykh ‘ubaydu’lláh.

h∆usayn khán, h∆ájí Mírzá, Mushíru’d-dawlih.

h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, le mushíru’d-dawlih et sipahsálár-i-a’z∂am, ls
aîné de mírzá nabí Khán-i-qazvíní naquit en 1243 de l’hégire (1827-1828). il
t son éducation en europe mais n’y resta pas longtemps. en 1849, il fut
nommé consul persan à Bombay par mírzá Taqí Khán et, en 1854, devint
consul général à Tiflis. il fut promu ministre à istanbul en 1858, reçut le titre
de mushíru’d-dawlih en 1865

et devint ambassadeur en juin 1869. en novembre et décembre 1870,
nás∂iri’d-dín sháh t un pèlerinage à Kerbéla et najaf. en tant qu’ambassadeur
de Perse en Turquie, mírzá h∆usayn Khán s’occupa de toutes les
préparations du voyage et vint d’istanbul à la rencontre du chah.
favorablement impressionné par son ambassadeur, le chah lui demanda de
l’accompagner jusqu’à Téhéran où, en septembre 1871, il fut fait ministre de
la Guerre avec le titre de sipahsálár-i-a’z∂am. en novembre 1871 il fut of
ciellement nommé premier ministre. son ministère fut marqué par un certain
nombre de réformes mais on s’en souviendra à cause de la concession reuter
de juillet 1872. en 1873, il prépara le premier voyage européen du chah et
l’accompagna. Pendant leur absence, l’opposition à mírzá h∆usayn Khán se
renforça et à son retour en Perse, à anzalí, le chah reçut une avalanche de
suppliques pour qu’il renvoie mírzá h∆usayn Khán. le chah eut d’abord
envie de résister mais céda bientôt aux pressions et renvoya mírzá h∆usayn
Khán en décembre 1873. il fut nommé ministre des affaires étrangères et,
l’année suivante, ministre

noTes BioGraPhiques 497

de la Guerre également. il accompagna le chah pendant son deuxième
voyage en europe en 1878. en 1880 il devint gouverneur de qazvín et,
l’année suivante, fut le représentant personnel du chah au couronnement du
tsar alexandre iii. devenu gouverneur du Khorassan, il mourut moins de deux
mois plus tard, le 14 novembre 1881, probablement empoisonné.

h∆usayn-i-áshchí, áqá

áqá h∆usayn naquit à Káshán. son père, áqá muh∂ammad-Javád avait
rencontré le Báb, pendant le séjour de ce dernier dans cette ville, dans la
maison de son oncle h∆ájí mírzá Jání, et était devenu bábí. Bahá’u’lláh était
à Bagdad lorsqu’áqá muh∂ammad-Javád y arriva et s’installa avec son ls.
Bahá’u’lláh lui con a la mission d’aller à Téhéran demander à son frère,
mírzá muh∂ammad-h∆asan, la main de sa lle pour ‘abdu’l-Bahá. au retour de
cette mission, il tomba malade à Kirmánsháh et mourut en arrivant à
Bagdad. áqá h∆usayn fut élevé pendant quelque temps par son oncle, ustád
ismá‘íl mais, au moment de quitter Bagdad, Bahá’u’lláh lui t l’honneur de
l’accueillir dans sa maisonnée, d’abord pour servir les femmes, puis comme
cuisinier. áshchí veut dire cuisinier, ou faiseur de bouillon. il accompagna
Bahá’u’lláh dans tous ses exils, jusqu’à acre. impliqué dans le meurtre des
azalís, il t un an de prison. il ouvrit ensuite une petite boutique à acre et
vécut, pendant le ministère de ‘abdu’l-Bahá jusqu’au gardiennat de la foi et
mourut en 1346 de l’hégire (1927-1928).

Ja‘far-i-tabrízí, h∆ájí et taqí-i-tabrízí, h∆ájí

ils étaient trois frères de Tabriz, colporteurs de métier, qui étaient devenus
bábís du temps du Báb. le plus âgé, h∆ájí h∆asan, rencontra Bahá’u’lláh à
Bagdad. il devint si connu comme bábí et enseigna d’une manière si ouverte,
que les ennemis de la foi l’attirèrent dans un jardin et le tuèrent. h∆ájí Ja‘far
et son frère h∆ájí Taqí allèrent s’installer à andrinople. incapable de
supporter la séparation au moment où Bahá’u’lláh quittait andrinople, h∆ájí
Ja‘far se coupa la gorge et lui et son frère attendirent que la blessure
cicatrise. alors, sur l’ordre de Bahá’u’lláh, ils vinrent deux mois plus tard à
acre. une nuit, h∆ájí Ja‘far tomba du toit du caravansérail et mourut. de
même, h∆ájí Taqí mourut d’une chute du toit sur lequel il récitait des prières.
h∆ájí Taqí est appelé par certaines sources Karbilá’í Taqí et mashhadí Taqí.
(cf Mémorial des dèles)

dans la Gloire du Père

Jamshíd-i-gurjí, áqá

áqá Jamshíd-i-Gurjí était, comme son nom l’implique, de Géorgie, mais il
grandit à Káshán où il devint bábí. il alla jusqu’à andrinople pour y
rencontrer Bahá’u’lláh qui, après quelque temps, lui enjoignit de rejoindre
istanbul. C’est là que les efforts de l’ambassade persane réussirent à le faire
arrêter et envoyer, avec ustád muh∂ammad-‘alíy-i-salmání jusqu’en Perse
dans des conditions très dures. à la frontière, ils furent remis aux mains de
chefs de tribus kurdes qui les libérèrent. ils purent rejoindre ainsi
Bahá’u’lláh à acre. áqá Jamshíd resta à acre jusqu’à sa mort.

khalíl Mans∂úr et ‘abdu’lláh, áqá

áqá muh∂ammad-ibráhím, Khalíl mans∂úr, de Káshán était encore jeune
lorsqu’il entendit parler du Báb et crut en lui. il réussit à convaincre aussi sa
mère et ses frères. il voyagea jusqu’à Bagdad où il rencontra Bahá’u’lláh.
Peu après, il retourna à Káshán et conduisit sa famille à Bagdad où ils
s’installèrent. après le départ de Bahá’u’lláh, il fut, avec sa famille, parmi
ceux qu’on exila à mosul. mais, pendant la deuxième année de
l’emprisonnement de Bahá’u’lláh dans la citadelle d’acre, lui et son frère áqá
‘abdu’lláh vinrent jusqu’à haïfa où ils s’installèrent comme chaudronniers.
ils purent ainsi rendre de nombreux services aux pèlerins qui arrivaient ainsi
que répondre aux besoins de la sainte famille. (cf Mémorial des dèles)
khurshíd páshá, voir Muh∂ammad khurshíd páshá

Mah∂múd-i-káshání, Mírzá

mírzá mah∂múd-i-Káshání était jeune lorsqu’il devint bábí à Káshán et
émigra à Bagdad. il fut partenaire de áqá muh∂ammad-rid∂á dans sa
boutique de con seur, et ils devinrent comme deux frères, partageant tout.
lorsque Bahá’u’lláh quitta Bagdad, ils l’accompagnèrent constamment
jusqu’à acre. après le décès de Bahá’u’lláh, ils continuèrent à servir ‘abdu’l-
Bahá jusqu’à ce qu’ils meurent, l’un après l’autre, vers 1920. (cf Mémorial
des dèles)

Midh∂at páshá

midh∂at Páshá naquit à istanbul en octobre 1822. fils d’un juge turc, il tint
plusieurs

noTes BioGraPhiques 499

postes gouvernementaux avant de devenir gouverneur des districts
danubiens.

lorsqu’en 1864, fut publié le décret réorganisant les vilayats, il eut la tâche
de le mettre en application dans cette région. il réussit très bien cette
mission, augmenta la prospérité de la province, administra strictement la
justice entre ses habitants tant chrétiens que musulmans. en 1869, il fut
envoyé à Bagdad où il continua d’appliquer sa politique de réforme et de
modernisation. nás∂iri’d-dín sháh fut très impressionné en visitant cette
province. en 1872, il fut fait grand vizir, mais fut bientôt renvoyé. il utilisa sa
retraite forcée pour établir les plans d’une constitution turque et, lors de
l’accession du sultan ‘abdu’l-h∆amíd en 1876, il réussit à faire proclamer
cette constitution. il devint lui-même grand vizir. mais l’arrogant et
réactionnaire ‘abdu’l-h∆amíd ne supportait aucune limite à ses pouvoirs et,
dès 1877, midh∂at fut renvoyé et exilé. sous la pression britannique, il fut
nommé gouverneur de syrie en 1878 puis transferé à smyrne en 1880. mais
‘abdu’l-h∆amíd ne pouvait pas lui pardonner. en 1881 il fut arrêté et accusé
du meurtre du sultan
‘abdu’l-‘azíz et, bien que l’accusation fût évidemment fausse, il fut déclaré
coupable et condamné à mort. la sentence fut muée en exil à ∏á’if en arabie,
à la suite de fortes pressions des Puissances européennes. mais ‘abdu’l-
h∆amíd n’aimait pas être contrecarré dans ses projets et s’arrangea pour que
son ennemi soit mis à mort secrètement à Tá’íf en avril 1883. il fut peut-être
l’administrateur le plus capable de la Turquie du dix-neuvième siècle.

Muh∂ammad khurshíd páshá (Mehmed hourshid pas∂a)

muh∂ammad Khurshíd Páshá fut ministre et gouverneur provincial pendant
le règne du sultan ‘abdu’l-‘azíz et les premiers jours du règne de ‘abdu’l-
h∆amíd. esclave de yah∂yá Páshá il avait été instruit pour être secrétaire au
ministère des affaires étrangères. il servit en syrie sous fu‘ád Páshá, et devint
gouverneur de sidon, puis d’erzeroum. en 1863, il devint ministre des
finances. Pendant qu’il était gouverneur d’andrinople il fut aussi ministre des
fondations religieuses. Plus tard, il fut parfois gouverneur de
ma‘múratu’l-‘azíz, de sivas et ministre des finances. il mourut en 1878 à
ankara alors qu’il était gouverneur de cette ville.

Muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání, áqá

áqá muh∂ammad-‘alí était un proche parent de l’imám-Jum‘ih d’ispahan et
devint

dans la Gloire du Père

bábí lorsque le Báb passa dans cette ville. il partit plus tard à Bagdad et fut
un compagnon de Bahá’u’lláh jusqu’à sa mort à acre en 1305 de l’hégire
(1887-1888). (cf Mémorial des dèles)

Muh∂ammad-‘alíy-i-Jilawdár-i-Yazdí, áqá

Connu aussi sous le nom de s∆abbágh-i-yazdí, devint bábí à Bagdad et
acompagna Bahá’u’lláh jusqu’à istanbul. lorsque Bahá’u’lláh fut exilé à
andrinople, il resta à istanbul a n d’y aider les pèlerins de passage. Plus tard,
il rejoignit Bahá’u’lláh et fut exilé avec lui à acre. Plus tard, il monta un
commerce à sidon. après l’ascension de Bahá’u’lláh, il revint à acre où il
vécut jusqu’à sa mort. (cf Mémorial des dèles)

Muh∂ammad-h∆usayn, h∆ájí, h∆akím-i-Qazvíní

h∆ájí muh∂ammad-h∆usayn, médecin de qazvín, résidait à Bagdad. il faisait
partie des bábís et rencontra fréquemment Bahá’u’lláh jusqu’au départ de ce
dernier. en 1868, avec d’autres bahá’ís, il fut exilé à mosul. il rejoignit acre
un peu plus tard avant de retourner en Perse y enseigner la Cause. arrêté à
Téhéran, il passa quelque temps en prison. libéré, il partit pour Bagdad où il
fut de nouveau arrêté et condamné à l’exil à mosul. mais mírzá músá
Javáhirí intercéda en sa faveur et il fut autorisé à vivre le reste de ses jours à
Bagdad.

Muh∂ammad-ibráhím-i-amír-i-nayrízí, áqá

áqá muh∂ammad-ibráhím, né à nayríz accepta la religion du Báb dans sa
jeunesse.

avec ses deux frères il participa aux deux soulèvements de nayríz mais ils
purent échapper au massacre général qui suivit le second. Bien qu’arrêté par
plusieurs soldats, áqá muh∂ammad-ibráhím réussit à détacher ses liens et à
libérer ses frères. il partit ensuite s’installer à Bagdad. il accompagna
Bahá’u’lláh dans ses exils, de Bagdad jusqu’à acre où il s’installa. il épousa
h∆abíbih qui était une servante de la maisonnée de Bahá’u’lláh. après
l’ascension de celui-ci, il fut un temps enseignant des enfants bahá’ís mais,
sa santé déclinant, il mourut et est enterré à acre. (cf Mémorial des dèles)

noTes BioGraPhiques 501

Muh∂ammad-ibráhím-i-náz∂ir-i-káshání, áqá

áqá muh∂ammad-ibráhím, émigra de Káshán à Bagdad, puis il accompagna
Bahá’u’lláh dans chaque étape de son exil, jusqu’à acre. il gagnait sa vie
comme tisserand et charpentier. Plus tard, pendant la période d’acre, il fut
gardien de la maison de Bahá’u’lláh et lui servait aussi de garçon de bain. il
mourut vers 1920

et est enterré à acre.
Muh∂ammad-rid∂áy-i-Qannád-i-Shírází, áqá

áqá muh∂ammad-rid∂á, né à Chiraz, vivait à Bagdad quand il entendit parler
de la foi et crut. il possédait une petite boutique de pâtisserie et mírzá
mah∂múd-i-Káshání devint son partenaire. ‘abdu’l-Bahá dit qu’ils étaient
devenus comme deux frères. il accompagna Bahá’u’lláh dans tous ses exils
et servit Bahá’u’lláh puis ‘abdu’l-Bahá comme intendant jusqu’à sa mort en
1912. il est enterré à acre.

(cf Mémorial des dèles)

Muh∂ammad-S∆ádiq-i-is∂fahání, áqá

áqá muh∂ammad-s∆ádiq avait trois frères et tous les quatre, avec leur oncle,
vivaient près de la maison de Bahá’u’lláh à Bagdad. C’est ainsi qu’ils
connurent la foi et devinrent des croyants. lorsque Bahá’u’lláh quitta
Bagdad, áqá muh∂ammad-s∆ádiq l’accompagna jusqu’à andrinople où il
reçut la permission de retrouver sa famille à Bagdad. il fut parmi les bahá’ís
exilés à mosul où il mourut.

Muh∂ammad-taqí, Shaykh, ‘allámiy-i-núrí

shaykh muh∂ammad-Taqí, connu sous le nom de ‘allámiy-i-núrí, naquit à
núr en 1787, ls de mírzá ‘alí-muh∂ammad-i-mustawfí. ayant terminé ses
études religieuses à najaf et Kerbéla, il revint à núr où il devint l’un des
principaux mujtahid s de son époque et la principale autorité religieuse du
mazandéran. il donnait des cours à yálrúd et à sa‘ádat-ábád où, plus tard,
unre mosquée reçut son nom.

mírzá Buzurg, le père de Bahá’u’lláh, en t son exécuteur testamentaire.
shaykh muh∂ammad-Taqí mourut en 1259 de l’hégire (1843-1844).

Munír, Mírzá áqáy-i-, Jináb-i-Muníb

mírzá áqáy-i- munír était de Káshán. son père, un marchand, était un ennemi
actif

dans la Gloire du Père

de la religion du Báb. mírzá áqá rencontra des bábís peu après le martyre du
Báb et devint un des croyants. il cacha d’abord sa nouvelle croyance à son
père, mais peu à peu, le fait qu’il soit bábí fut connu de tous. l’ouléma de
Káshán déclara qu’il était un incroyant et réclama son sang. son père,
craignant pour sa propre sécurité décida de se débarrasser de ce ls
encombrant et, avec l’aide de quelques complices, le captura, le ligota et
l’emporta hors de la ville avec l’intention de le tuer. mais mírzá áqá réussit à
s’évader et s’enfuit à Bagdad où il s’installa et s’occupa à recopier les textes
saints bábís. il revint en Perse, à pied et visita Téhéran, qazvín, nayríz et
d’autres lieux où il distribuait ces textes aux croyants. au cours du voyage
entre Bagdad et istanbul, il marcha devant le palanquin de Bahá’u’lláh en
portant une lanterne. à istanbul, Bahá’u’lláh lui demanda de retourner en irak
et en Perse pour y enseigner la Cause et con rmer les croyants. C’est pendant
qu’il était en Perse qu’il reçut, d’andrinople, une épître de Bahá’u’lláh lui
enjoignant d’informer les bábís d’iran qu’il avait déclaré être « Celui que
dieu manifestera », le Promis du Báb. il fut ainsi le premier à l’annoncer aux
bábís de Téhéran et d’ailleurs. il revint à andrinople peu avant le départ de
Bahá’u’lláh pour son dernier exil à acre. il insista pour accompagner les
exilés malgré la maladie qui le frappait déjà. à bord du bateau il devint de
plus en plus malade jusqu’à ce que le capitaine insiste pour le débarquer à
smyrne. ‘abdu’l-Bahá le conduisit à l’hôpital de cette ville où il mourut peu
après. Bahá’u’lláh l’a honoré du titre de ismu’lláhu’l-muníb : le nom de
dieu, le suzerain. (cf Mémorial des dèles) Murtid∂áy-i-ans∂árí, Shaykh

shaykh murtid∂áy-i-ans∂árí est né à dizfúl, dans le sud-ouest de la Perse vers
1799.

il étudia en irak, avec les plus grands mujtahids du monde chiite puis
voyagea dans toute la Perse avant de s’installer à najaf en 1833. vers 1850,
après le décès d’autres mujtahids importants, il fut reconnu, tant en irak
qu’en Perse et en inde, comme le premier des mujtahids du monde chiite. il
était célèbre pour sa mémoire, sa rapidité à résoudre des problèmes dif ciles,
et son détachement. on dit qu’à sa mort il ne possédait que sept túmáns qui
étaient la somme de ses dettes, au contraire d’autres mujtahids comme
shaykh muh∂ammad-Báqir, dit « le loup » et h∆ájí mullá ‘alíy-i-Kaní qui
s’enrichirent énormément. il mourut à najaf le 18
novembre 1864.

noTes BioGraPhiques 503

Mus∂t∂afá núrí páshá

mus∂t∂afá núrí Páshá était le ls de h∆asan ághá, un résident de qandílí. Très
tôt orphelin de père, il fut élevé par Ja‘far ághá, le mari de sa grand-mère. en
1813, il était employé à la cour royale puis passa au Trésor. il devint Kátib-i-
sirr, secrétaire particulier du sultan. il fut plusieurs fois gouverneur,
notamment à Bagdad de 1860 à 1861. lorsqu’il mourut en 1879, il était l’un
des pachas les plus vieux.

námiq páshá (Mehmad namik pas∂a)

námiq Páshá est né en 1804 à Konya. il entra dans l’armée récemment
transformée par le sultan ottoman mah∂múd ii et fut envoyé à Paris pour y
être entraîné.

lorsqu’il revint, il fut rapidement promu au rang de général et fut plus tard
envoyé comme ambassadeur à londres (1834). Promu au rang de Mushír
(maréchal) il créa, avec ahmed fevzi Páshá, la première académie militaire
de l’empire ottoman.

il occupa ensuite des postes importants, notamment comme gouverneur de
Bagdad (1851-1852), Mushír du Túpkhánih (1852), gouverneur de Bas∂rah
(1854-1857), gouverneur d’arabie (1857-1858), puis de nouveau gouverneur
de Bagdad (1861-1868). il revint quelque temps à Paris avant d’arriver au
plus haut grade de l’armée : Saraskar. il occupa aussi plusieurs postes
ministériels ; notamment ministre sans portefeuille dans le gouvernement de
muh∂ammad rushdí, en 1876. il parlait le français, l’anglais et l’arabe et,
bien que connu comme un libéral dans sa jeunesse, avec les années, il devint
de plus en plus conservateur. il était l’un des plus vieux pachas lorsqu’il
mourut en 1892.

naz∂ar-‘alí, Mírzá, h∆akím-báshí

mírzá naz∂ar-‘alí, né à qazvín, pratiquait la médecine à hamadán à l’époque
où muh∂ammad mírzá (qui deviendrait muh∂ammad sháh) en devint
gouverneur. il fut remarqué par muh∂ammad mírzá lorsqu’il réussit à le
soigner d’une attaque de goutte là où d’autres médecins avaient échoué.
Connaissant l’inclination du prince pour le sou sme, mírzá naz∂ar-‘alí se
dota des signes extérieurs d’un sou a n d’augmenter son influence sur le
prince héritier. lorsque le prince devint chah, mírzá naz∂ar-‘alí fut nommé
h∆akim-Báshí et conserva son influence, allant jusqu’à contester l’autorité
du premier ministre h∆ájí mírzá áqásí. l’hostilité entre eux prit de grandes
proportions et nalement, après la découverte d’un complot contre

dans la Gloire du Père

le Premier ministre, mírzá naz∂ar-‘alí fut exilé. il se réfugia à qom et y resta
jusqu’à la mort de muh∂ammad sháh. il t alors un dernier effort pour devenir
Premier ministre, mais il fut renvoyé à qom où il mourut.

rid∂á, áqá, voir Muh∂ammad-rid∂áy-i-Qannád-i-Shírází, áqá rid∂á, Shátir-
shátir-rid∂á, d’ardikán devint un croyant dans les premiers jours de la
religion bábíe, et fut vite connu comme tel. il rencontra une opposition
croissante dans sa ville natale et fut souvent arrêté. Puis il dut quitter
ardikán et vécut pendant quelque temps dans le désert jusqu’à ce qu’il
arrive à Bagdad. il ouvrit une boulangerie à côté de la maison de
Bahá’u’lláh et devint le fournisseur de la sainte famille et des croyants.
après le départ de Bahá’u’lláh, il retourna en ardikán où il continua à vivre
de son pain. il fut de nouveau forcé de partir et s’installa quelque temps à
yazd. il mourut à ardikán à un âge avancé.

S∆afá, h∆ájí Mírzá

rid∂á-qulí, appelé aussi qanbar-‘alí et mieux connu sous le nom de h∆ájí
mírzá s∆afá, naquit dans une famille de savád-Kúh, dans le mazandéran. né
en 1212 de l’hégire (1797-1798), il étudia auprès des grands mujtahids
d’irak avant de revêtir le costume d’un derviche de l’ordre ni‘matu’lláhí,
voyagea dans le proche-orient et l’afrique du nord et accomplit le
pèlerinage à la mecque au cours de ses errances. ses voyages l’amenèrent à
istanbul où il devint le murshid (guide spirituel) de mírzá h∆usayn Khán,
l’ambassadeur de Perse. lorsque mírzá h∆usayn Khán devint Premier
ministre, h∆ájí mírzá s∆afá vint à Téhéran et résida dans sa demeure. il
continua à exercer une grande influence sur le Premier ministre jusqu’à sa
mort en 1874. mírzá h∆usayn Khán t construire un mausolée entouré de
jardins sur sa tombe.

Sa‘íd khán-i-ans∂árí, Mírzá, Mu’taminu’l-Mulk

mírzá sa‘íd Khán-i-ans∂árí est né en 1231 de l’hégire (1815-1816), ls du
shaykhu’l-islám de Garmrúd. il reçut l’éducation d’un mollah et le serait
probablement resté sans sa rencontre avec mírzá Taqí Khán, l’amír-niz∂ám
qui l’employa

noTes BioGraPhiques 505

comme son secrétaire privé. il devint ministre des affaires étrangères en
1852. il resta à ce poste jusqu’en 1873, où il fut remplacé par mírzá h∆usayn
Khán, et devint mutavallí-Báshí du mausolée de l’imám rid∂á à mashhad. il
redevint ministre des affaires étrangères en 1880 et resta à ce poste jusqu’à
sa mort le 5 mars 1884. Trois ans après sa mort, son ls apporta à la Cour un
millier de lettres envoyées à son père au cours des années par les diplomates
persans à l’étranger et par les diplomates européens à Téhéran ; aucune
n’avait été ouverte. C’est ainsi que le ministère des affaires étrangères de
Perse avait été géré pendant un quart de siècle.

S∆idq-‘alíy-i-Qazvíní, darvísh

darvísh s∆idq-‘alí résidait à qazvín lorsqu’il entendit parler de la foi et il
quitta la Perse pour Bagdad. il devint l’un des compagnons de Bahá’u’lláh
et le suivit dans tous ses exils. Bahá’u’lláh lui t l’honneur de choisir un jour
particulier, chaque année, qui lui est consacré et au cours duquel tous les
derviches devraient se réunir.

il mourut en 1299 de l’hégire (1880-1881) et sa tombe est à acre. (voir
Mémorial des dèles).

‘Umar lüπfí páshá

michel lattas (plus tard, ‘umar lüπfí Páshá) Croate autrichien, est né à
Plaski en 1806. à la suite de bouleversements politiques en hongrie, il se
réfugia en Turquie en 1828, se convertit à l’islam et changea de nom. il
devint l’un des principaux dignitaires de l’empire ottoman. il devint sardár
akram, commandant en chef des armées turques en 1855 et gouverneur
général d’irak en 1858-1859. Comme gouverneur de Bagddad il fut
remarqué pour son traitement sévère de tribus dissidentes. il mourut à
istanbul en 1871.

Ustád Muh∂ammad-‘alíy-i-Salmání

ustád muh∂ammad-‘alí devint croyant au temps du Báb et perdit une oreille
dans la persécution de 1852. il vint ensuite à Bagdad et accompagna
Bahá’u’lláh jusqu’à andrinople. dans ce livre, on parle des événements qu’il
connut à andrinople, de son arrestation et de sa déportation en Perse, de sa
libération par les Kurdes et de son arrivée à acre. Parce que l’eau de la ville
n’était pas potable, il décida de transporter de l’eau, dans des peaux de
chèvres, sur une longue distance, a n que la

dans la Gloire du Père

sainte famille et les compagnons puissent boire de l’eau claire. il fut
impliqué dans le meurtre des azalís et, après sa libération de prison,
s’installa dans une petite boutique du bazar où il pratiquait des opérations
chirurgicales mineures. après l’ascension de Bahá’u’lláh il s’installa à
‘ishqábád jusqu’à sa mort.

Yúsuf-i-ashtíyání, Mírzá, Mustawfíyu’l-Mamálik

mírzá yúsuf-i-ashtíyání, est né en 1812. son père, le mustawfíyu’l-mamálik,
était chargé des finances et, à la mort de son père en 1845, il hérita du titre
et de la position. Très opposé à mírzá áqá Khán-i-núrí, il vécut retiré à
ashtíyán pendant tout le temps où ce dernier fut Premier ministre. après la
chute de mírzá áqá Khán-i-núrí, il occupa plusieurs positions
gouvernementales importantes, sans jamais lâcher le poste prestigieux et
très lucratif de ministre des finances. de 1867 à 1871, il fut le principal
ministre du chah. mais lorsque mírzá h∆usayn Khán vint au pouvoir en
1871, mírzá yúsuf se retira de nouveau jusqu’à la chute de mírzá h∆usayn
Khán en 1873. il retrouva alors son ancien poste. il reçut en 1877 le titre de
vazír-i-a’z∂am et agit comme Premier ministre sans avoir vraiment le titre
de s∆adr-i-a’z∂am avant 1881. il mourut en 1886.

Yúsuf kamál páshá

yúsuf Kamál Páshá est né en 1808. orphelin dès son plus jeune âge, il fut
élevé par son oncle ‘uthmán Páshá, un des plus célèbres ministres de son
époque. yúsuf Kamál entra au service de l’état comme secrétaire en 1829. il
grimpa progressivement les échelons et arriva à des postes importants,
ayant plusieurs fois des responsabilités ministérielles et devenant membre du
Conseil d’état. en 1861, il fut nommé adjoint de fu‘ád Páshá, le grand vizir,
et le remplaça lorsque celui-ci démissionna. yúsuf Kamál Páshá mourut à
istanbul en 1876.

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glossaire

' abá. Cape ou houppelande.

aghs∂án. Branches ; ce sont les fils et les descendants mâles de Bahá'u'lláh.
ájùdán-báshi. adjudant chef.

amír-i-dívan. Chef de la cour.

andarúni. Partie intérieure d'une maison, réservée aux dames.

ayván, ivan. véranda, portique.

azalí. Partisan de mírzá yah∂yá, s∆ubh∂-i-azal.

bábá. Père.

bast. sanctuaire. un bastí s'y est réfugié.

big-báshí. major dans l'armée turque.

birùni. Partie extérieure d'une maison, réservée aux hommes.

cadi. Juge.

chiites. disciples du premier lmám, 'alí, cousin et gendre de muh∂ammad,
l'un de ses successeurs héréditaires ; les sunnites, plus nombreux, s'en
tiennent à la suite des califes élus qui commence avec abù-Bakr.

derviche. un soufi ayant fait le vœu de pauvreté.

Farmán. ordre or décret.

Farmán-Farmá. Commandant.

Farrásh. valet de pied, garde

Farrásh-báshí. Chef des gardes ou chambellan.

Farrásh-khánih. institution du farrásh-Báshí.

ghus∂nu'lláhu'l-a’z∂am (ghus∂n-i-a’z∂am). la Plus-Grande-Branche.

h∆ájí. musulman qui a fait le pèlerinage à la mecque, ou h∆ájj.
h∆uqúqu'lláh. droit de dieu : paiement par les croyants institué dans le
kitáb-i-aqdas.

ijtihád. droit des religieux chiites à publier ex cathedra des décrets et des
jugements.

dans la Gloire du Père

ilkhání. Chef de clan.

imam. Pour les chiites, concerne en particulier l'un des douze successeurs
apostoliques de muh∂ammad. un imam est aussi celui qui conduit la prière
d'une assemblée.

lmám-Jum'ih. membre des oulémas qui dirige la grande prière du vendredi.

Jihád. Guerre sainte.

kad-khudá. Chef d'un village ou du quartier d'une ville.

kalántar. maire.

kashkúl. Bol utilisé par les derviches pour mendier.

khán. Prince ou chef. un khán est aussi une auberge.

límán. Prison.

Madris∂ih. école ou collège religieux.

Mahdi. la manifestation attendue par les musulmans à la fin des temps.

Mír-áláy. Colonel dans l'armée turque.

Mírzá. Prince lorsque placé après le nom, simplement « monsieur » placé
avant.

Mudír. Gouverneur local, sous l'autorité du qá'im-maqám.
Mujtahid. docteur de la loi.

Mullá. quelqu'un qui a reçu une éducation théologique.

Murshid. Guide spirituel soufi.

Mutas∂arrif. Gouverneur, sous l'autorité du váli.

Mutavallí. Gardien d'une fondation religieuse.

pacha. Titre honorifique donné en Turquie aux gouverneurs de province, aux
ministres, aux officiers supérieurs.

Qá'im. « Celui qui se lèvera », le Promis de l'islam chiite.

Qá'im-Maqám. Gouverneur local, sous l'autorité du mutas∂arrif.

Qalyán. narguilé.

Quffih. Bateau rond, couvert.

S∆adr-i-a’z∂am. grand vizir, Premier ministre.

Sardár. sirdar, chef militaire.

Seraye. siège du gouvernement, centre administratif du gouvernement.

Sháπir-báshí. messsager en chef.

Glossaire

Shaykh. ancien, enseignant, maître derviche, etc.

Shaykhí. membre de l'école fondée par shaykh ah∂mad-i-ah∂sá'i.

Siyyid. descendant de muh∂ammad ; a le droit de porter un turban vert.

Soufi. mystique musulman.
Súrih. sourate, chapitre du coran.

táj. « couronne », couvre-chef en feutre.

takyih. séminaire soufi.

túmán. unité de monnaie persane.

ouléma. « Ceux qui savent », théologiens.

Vali, Gouverneur-général d'une province turque.

Vizir, ministre d'état.

Vazír-niz∂ám. ministre des armée.

Viláyat. Province turque.

Yùz-báshi. Centurion, chef d'un groupe de cent hommes.

références

PréfaCe à la version française

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 101.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p 89.

3 Bahá’u’lláh, Florilège, n° 19.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 109.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 95.

6 shoghi effendi, l’ordre mondial de bahá’u’lláh, p. 178.
inTroduCTion
1 Byron, the road to oxiana, p. 243-4 (traduction française P. spierckel).

2 Traduction d’après h. m. Balyuzi.

3 Traduction d’après h. m. Balyuzi.

4 Tiré d’une compilation publiée il y a quelques années par l’assemblée
spirituelle nationale des Bahá’ís d’iran.

la famille de Bahá’u’lláh

1 ferrier, caravan Journeys, p. 503-5.

2 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 196.

l’auBe

1 Traduction d’après h. m. Balyuzi.

2 Traduction d’après h. m. Balyuzi.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 3-7.

4 ibid. p. 7.

5 ross (ed.), a persian anthology, p. 72 traduction e. G. Browne. (traduction
française P. spierckel).

6 nabíl, la chronique de nabíl, p. 81.

dans la Gloire du Père

en rouTe vers la CaPiTale
1 nabíl, la chronique de nabíl, p. 77.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 85.

3 nabíl, la chronique de nabíl, p. 99-102.

Premier emPrisonnemenT

1 voir Balyuzi, the báb, p. 166-7.

la ConférenCe de BadashT

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 30.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 277.

3 nabíl, la chronique de nabíl, p. 279.

4 nabíl, la chronique de nabíl, p. 279.

5 nabíl, la chronique de nabíl, p. 280.

6 coran, sourate 56, traduction de Kasimirski.

7 nabíl, la chronique de nabíl, p. 282.

de BadashT à shayKh ∏aBarsí

1 nabíl, la chronique de nabíl, p. 282.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 330.

deuxième emPrisonmenT

1 notes prises par le dr lutfu’lláh hakim d’une causerie de ‘abdu’l-Bahá’s à
des pèlerins, en août 1919.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 345.

3 nabíl, la chronique de nabíl, p. 548.
4 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 88.

une année imPorTanTe

1 nabíl, la chronique de nabíl, p. 432-433.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p .406-407.

3 nabíl, la chronique de nabíl, p. 407.

4 Blomfield, the chosen highway, p. 22 (traduction française P. spierckel).

référenCes 517

5 nabíl, la chronique de nabíl, p. 472-473.

un an à KerBéla

1 d’après l’histoire inédite de nabíl.

2 Paraphrase de nabíl, la chronique de nabíl, p. 30.

la ChuTe de l’amír KaBír

sykes, history of persia, vol. 11, P. 346 (3rd edn).

la folle TenTaTive d’assassiner nás∆iri’d-dín sháh

Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 23.

naissanCe de la révélaTion Bahá’íe

1 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 89.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 582-584.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 96-97, notes. Ce sont les
paroles de Bahá’u’lláh qui sont citées ici.

les marTyrs BáBís de 1852
1 Browne, materials for the study of the Bábí religion, p. 268-71.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 574.

3 Browne, The Traveller’s narrative, vol. 11, p. 334.

4 nabíl, la chronique de nabíl, p. 574.

l’hisToire d’un Jeune shírází

1 nabíl, la chronique de nabíl, p. 77-80.

2 Bahá’u’lláh, les paroles cachées révélées en persan n° 4, p. 32-33.

3 nabíl, la chronique de nabíl, p. 584.

4 Thompson, ‘abdul baha’s First days in america, p. 34.

liBéraTion eT exils

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 100.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 102.

dans la Gloire du Père

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 103.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 103

BaGdad, la Première année

1 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 189.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 109.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 109-110. la phrase entre
crochets est une addition de l’auteur tirée de l’histoire inédite de nabíl.
4 histoire inédite de nabíl.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 110.

6 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 110-111.

7 histoire inédite de nabíl.

8 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 112-113.

sulaymániyyih

1 Bahá’u’lláh, le livre de la certitude, p. 119-120.

2 nabíl, la chronique de nabíl, p. 548-549.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 113, avec des extraits
supplémentaires traduits par l’auteur.

4 Thomas (ed.), Memoirs by commander James Felix Jones, p. 207-8
(traduction française P. spierckel).

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 118.

6 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 119.

7 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 119.

BaGdad – amis eT ennemis

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 119.

2 Bahá’u’lláh, le livre de la certitude, p. 120-121.

3 récit tiré de l’histoire inédite de nabíl.

4 récit tiré du journal inédit de áqá rid∂á.

BaGdad, les dernières années
1 ‘abdu’l-Bahá, les leçons de Saint-Jean d’acre, chap. 9.

référenCes 519

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 136.

3 shoghi effendi, the promised day is come, p. 88.

4 nabíl, la chronique de nabíl, p. 132.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 125-126.

6 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 125.

7 ibid. p. 142. la phrase suivante est tirée du coran, 8:30.

8 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 137-138.

TraCes de la Plume Très exalTée

1 Bahá’u’lláh, les paroles cachées en arabe 0, 3, 7, 12, 14, 22, en persan 44,
4, 47, 48, 49, 64.

2 extraits de Bahá’u’lláh, les sept vallées, les quatre vallées, édition meb
2004.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 132-133.

4 Bahá’u’lláh, le livre de la certitude, p. 49-50.

5 Bahá’u’lláh, le livre de la certitude, p. 48-49.

la marChe du roi de Gloire

1 Bahá’u’lláh, extraits des Écrits de bahá’u’lláh, sect xiv…

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 145.

3 ‘abdu’l-Bahà, Memorials of the Faithful, p. 145-6.
4 « star of the west », vol. xii (1922-3), p. 277-8.

5 extrait d’un tablette inédite, traduite d’après le texte de h. m. Balyuzi.

6 « star of the west », idem, p. 278.

7 ibid.

8 la plupart des informations géographique et historiques non-bahá’íes sont
tirées de reclus, la géographie universelle.

dans la ville de ConsTanTin

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 152.

2 ibid.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 151.

4 Bahá’u’lláh, la proclamation de bahá’u’lláh, p. 47-54.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 152.

dans la Gloire du Père

6 Bahá’u’lláh, Florilège, n° 113.

7 Bahá’u’lláh, Épitre au Fils du loup, p. 77-78.

8 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 149-150, 153.

andrinoPle, la loinTaine Prison

la citation en tête du chapitre est tirée de l’ Épître à ah∂mad qu’on trouve
dans la plupart des livres de prières bahá’ís.

2 Bahá’u’lláh, Florilège, n° 152.
3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 155-158.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 158.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 158-159.

6 voir Balyuzi, granville browne and the bahá ‘í Faith, p. 83-4.

7 ibid. p. 36.

8 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 162-163.

9 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 162-16.

andrinoPle, les dernières années

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 170.

2 Balyuzi, ‘abdul-bahá, p. 22-23.

3 Balyuzi, the báb, p. 51-52.

4 ibid. p. 185-8.

le BannissemenT à aCre

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 170-71.

2 ibid. p. 171.

3 Cité aussi ibid. p. 171.

4 shoghi effendi, Voici le jour promis, chapitre 23.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 172.

6 Tiré de l’histoire inédite de nabíl.

l’arrivée à aCre
1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 172-173.

référenCes 521

le seiGneur des armées

1 la bible, Psaumes 24 : 9-10.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 175.

3 la bible, ezéchiel, 43 : 1-2, 4.

4 Cité dans Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 179.

5 ‘abdu’l-Bahá, les leçons St-Jean-d’acre, chap 9.

6 la bible, esaïe 35 : 1-2.

7 la bible, amos 1:2.

8 la bible, michée 7:12.

la vie dans la Caserne

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 179.

2 ibid 178.

3 ibid 178.

4 Traduit d’après h. m. Balyuzi.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 179.

l’hisToire de Badí‘

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 203.

2 d’après l’histoire non publiée de nabíl.
3 Traduction d’après celle de h. m. Balyuzi.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.191.

5 Traduction d’après celle de h. m. Balyuzi.

6 Cité dans Browne, a traveller’s narrative, vol. 11, p. 391-2.

7 from haydar-alí, bihjatu’s-S∂udúr, traduit par h. m. Balyuzi.

8 Bahá’u’lláh, la proclamation de bahá’u’lláh, p. 57-60.

le Grand saCrifiCe

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 180.

2 ibid, 180.

les PorTes s’ouvrenT

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 181.

dans la Gloire du Père

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 181.

3 prières bahá’íes, 2002. p. 209-214.

4 Browne, Materials for the Study of the bàbi religion, p. 53-4.

5 lshráq-Khávarí, rahíq-i-Makhtúm, vol. 11, p. 147, traduit par h. m.
Balyuzi.

6 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.181.

7 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.182.

8 ibid, 182.
9 ibid, 182.

la roue Tourne

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.183.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.183.

3 Balyuzi, granville browne and the bahà’í Faith, p. 21-3.

le mariaGe de la Plus-Grande-BranChe

1 Ce chapitre est, en grande partie, inspiré par cette autobiographie.

2 coran 2:81 et 36:2.

dernières années derrière les murs

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 204. 250-206.

2 shoghi effendi, Synopsis & codification du kitáb-i-aqdas, p. 3.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.184.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.193.

5 esslemont, bahá’u’lláh et l’ère nouvelle, chapitre 3.

6 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.193.

7 esslemont, bahá’u’lláh et l’ère nouvelle, chapitre 3.

les années à BahJí

1 esslemont, bahá’u’lláh et l’ère nouvelle chapitre 3, § 12.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 184.

3 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 185.
4 Browne, a traveller’s narrative, vol. ii, xxxix-xl.

5 Bahá’u’lláh, Florilège, n° 11.

référenCes 523

6 Bahá’u’lláh, tablettes de bahá’u’lláh révélées après le kitáb-i-aqdas, p.
237.

7 Browne, idem, xxxvi.

8 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.196-197.

9 ibid. p 197.

10 mirzà abu’l-fadl. the bahà’i proofs, p. 70-72.

aCTiviTés des azalis à ConsTanTinoPle

1 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, p. 161, 163,165.

2 Bahá’u’lláh, Épître au Fils du loup, §179-180-181.

exTraiTs d’une auToBioGraPhie

Tous les extraits de cette autobiographie furent traduits par h. m. Balyuzi.

1 Traduit par h. m. Balyuzi.

2 Bahá’u’lláh, tablettes de bahá’u’lláh révélées après le kitáb-i-aqdas, p.
89.

3 Traduit par h. m. Balyuzi.

l’asCension de Bahá’u’lláh

1 Paroles de ‘abdu’l-Bahà citées dans shoghi effendi, dieu passe près de
nous, p. 228.

2 ibid. p. 239.
3 Bahá’u’lláh, tablettes de bahá’u’lláh révélées après le kitáb-i-aqdas, p.
229.

4 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 229.

5 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 212-213.

le rèGne désasTreux de nás∆iri’d-din sháh

1 mulk-árá, Sharh∂-h∆al-i-‘abbás Mírzá, Mulk-árá, p. 62-5.

2 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p.189-190.

3 Chirol, Fifty Years in a changing World, p. 144-58, pour les extraits qui
suivent.

4 Kelly, britain and the persian gulf, p. 557-8.

dans la Gloire du Père

5 Traduction de h. m. Balyuzi.

6 i‘timádu’s-salπanih, rúznámiy-i-kháπirat, p. 129, 136, 143, 145.

7 voir Balyuzi, edward granville browne and the bahá’í Faith, p. 89, 93-4.

8 voir ibid., dans l’index pour Jamálu’d-dín al-afghání, siyyid.

9 Kedourie, afghani and ‘abduh, p. 63.

10 h∆alabí, Zindigí va S∆afarháy-i-Siyyid Jamálu’d-dín-i-asadábádí, p. 8 de
la préface.

11 Browne, the persian revolution, p. 11.

ConséquenCes du sièGe de Plevna

1 anderson, the balkan Volunteers, p. 148-52, 181-2.
le Général Gordon à haïfa eT aCre

1 oliphant, haïfa or life in Modern palestine, p. 274-80.

noTes BioGraPhiques

1 shoghi effendi, dieu passe près de nous, p. 79.

indeX

la première partie de l’index indique les ouvrages de bahá’u’lláh décrits,
cités ou mentionnés. les titres sont en italiques. les notes sont indiquées par
l’abréviation « n » après le numéro de la page.

i. TaBleTTes, éPÎTres eT éCriTs de Bahá’u’lláh

Bishárát (Bonnes nouvelles), 409

lawh-i-Karmil (épître à Carmel), 402, 402-405

law-i-Kulu’π-∏a‘ám (Tablette de Toute nourriture),

épître au fils du loup (lawh∂-i-ibn-i-dhi’b), 233,

409, 411, 416, 33, 99, 101, 410

lawh-i-maryam (Tablette à maryam), 140-141

épîtres à napoléon iii (lawh∂-i-nápulyún) i, 267 ; ii,

lawh-i-nuqπih (Tablette du Point), 242, 266

346, 417

lawh-i-qamís∂ (Tablette de l’habit), 269

lawh-i-ru’yá (Tablette de la vision), 269
ishráqát (splendeurs), 409

lawh-i-sayyáh, 242, 266

lawh-i-sultán (Tablette à nás∂iri’d-dín sháh), 36,

Kalimát-i-firdawsíyyih (Paroles du paradis), 409

169, 267, 270, 324, 334-335

Kalimát-i-maknúnih, voir les paroles cachées

lawh-i-rid∂ván (Tablette de rid∂ván), 266, 192-195

Kitáb-i-‘ahd (livre de l’alliance, Testament de

lawhu’r-rúh∂ (Tablette de l’esprit), 266

Bahá’u’lláh), 445, 446-448, 449

lawhu’t- Tuqá (Tablette de la Piété ou de la Crainte

Kitáb-i-aqdas (le Très-saint livre), 345, 377-378,

de dieu), 266

409, 424n, 446 ; vue de la pièce dans laquelle il

fut révélé, 376

munáját-i-h∆úríyyih (Prière à la houri), 190

Kitáb-i-Badí’, 148, 267, 281

Kitáb-i-íqán (le livre de la certitude), 139-140, 147,

paroles cachées (les) (Kalimát-i-maknúnih, ou s∆ahí-

183, 187-188, 189, 267, 281, 290, 377 ; illustra-
fiy-i-fátimíyyh), 183-184-185, 446 ; illustra-

tion, frontispice

tions, en calligraphie de mishkín-qalam, 161,

lawh-i- abdu’l-‘azíz-va-vukalá (Tablette au sultan

Prières pour le jeûne, 267

‘abdu’l-’azíz), 227, 236

Prières révélées à acre, 314, 317 ; en mémoire de

lawh-i-ahmad (Tablette à ahmad, en arabe), 239

mírzá mihdí, 338

lawh-i-ahmad-i-fársí (Tablette à ahmad, en per-

san), 181, 244-245, 266

qas∂ídiy-i-‘izz-i-varqá’íyyih, une ode, 142, 320, 440

lawh-i-aqdas (la Très-sainte-épître), 409

quatre vallées (les) (Chihár-vádí), 183

lawh-i-ard-i-Bá (Tablette de la terre de Bá), 405-406

lawh-i-ayyúb (Tablette d’ayyùb), 154 ; autre titre :

sept vallées (les) (haft-vádí), 163, 183, 185-187,

surih-i-sabr (Patience), 217

lawh-i-i-Burhán (Tablette de la preuve), 409

shikkar-shikan-shavand, 173n, 471

lawh-i-dunyá (Tablette du monde), 409, 424n, 437,

shír-mard (l’homme-lion) voir lawh∂-i-haft-Pursish

subh∂ánika-yá-hú, 227

lawh-i-haft-Pusish, voir shír-mard

s∆ah∂ífiy-i-fátmíyyih, voir les paroles cachées

lawh-i-hikmat (Tablette de la sagesse), 409

súriy-i-amr (Commandement), 252, 266

lawh-i-ibn-i-dhi’b, voir épître au fils du loup

súriy-i-damm, 266

dans la Gloire du Père

súriy-i-as∂h∂áb (épître aux compagnons), 267

súriy-i-Ghus∂n (épître à la Branche), 274

súriy-i-h∆ajj i et ii (tablettes de pèlerinage) 267, 274

súriy-i-howdaj (Tablette du palanquin), 217

súriy-i-mulúk (tablettes aux rois) 228-232, 233, 267

súriy-i-ra’ís (Chef), 28, 267, 281, 283, 284, 286
Tablette (épître) à ah∂mad, voir lawh∂-i-ah∂mad

Tablette du feu (ih∂tiráq), 321- 2

Tablette du saint-nautonier (lawh∂-i-malláhu’l-quds)

Tablette de souvenance, (zíyárat-námih), 452

tablettes de souvenance pour :

fath∂-‘alí, mírzá, fath∂-i-a’z∂ám, 495

masíh∂, mírzá, 67

Tajallíyát (effulgences) 409 ; illustration en « écriture

de la révélation », 440

∏arázát (ornements), 409

Tablettes variées à :

afnán, h∆ájí siyyid mírzá, 424

‘alíy-i-‘arab, siyyid, 258

‘alí-muh∂ammad-i-sarráj, 258

áqá Ján, mírzá, 133

áqá mírzá áqá, núri’d-dín, 311, 418

Badí‘, 324-325

Bahá’í de Chiraz, 37

Báqir, mullá, 160
Buzurg-i-afnán, h∆ájí mírzá, 397

h∆usayn-‘alí, siyyid, 269

Javádi-Karbilá’í, h∆ájí siyyid, 188

Karbilá’í h∆ájí-Bábá, 418

mihdí, 234

muh∂ammad-i-is∂fahání, siyyid, 262

munír, mírzá áqáy-i-, 502

nabíl-i-a’z∂am, 282

nás∂ír, 349, 351

sulπánu’sh-shuhadá (roi des martyrs), 370

inconnu, 261, 352, 353, 387, 401

il. index Général

A

228-9, 236 ; interpellé dans súriy-i-mulúk, 228-

ábájí qazvíní, une servante exilée à acre, 301

234, 267 ; ses ministres décident de bannir

‘abbás, frère de l’imam h∆usayn, 37, 441n

Bahá’u’lláh à acre, 276-7 ; son décret banissant

‘abbás le Grand, 18, 19

Bahá’u’lláh à acre : 236, 309-12, 363, 385, 406,
‘abbás mírzá frère de muh∂ammad sháh, 476-478

431 ; aucune raison pour ce bannissement, 429 ;

‘abbás mírzá (mulk-árá), illustration (possible), fils

avertissement de Bahá’u’lláh depuis Gallipoli,

de muh∂ammad sháh et demi-frère de násiri’d-dín

285-6 ; perd son trône et meurt, 286 ; mentionné,

sháh, 72, 91, 112 ; banni en irak, 109 ; cherche

163, 333, 378, 387

l’aide de Bahá’u’lláh, 176 ; autobiographie cri-

‘abdu’l-Bahá (abbás effendi) : illustrations, 257, 264,

tique de násiri’d-dín sháh, 436-7 ; décrit zanján’

447 ; noms et titres, 405, 441n ; naissance, 33 ; se

souvient de ∏áhirih et de vahid, 83-84 ; décrit le

‘abbás, mullá 57

premier emprisonnement de Bahá’u’lláh, 59, son

‘abbás, sháh, 459

séjour á Bandar-Jaz, 67, son emprisonnement en

‘abbás-i-núri, mírzá voir Buzurg-i-vazír, mírzá

ámul, 76-78 ; conte les morts de 1852 de
‘abbás-qulí Khán, Gouverneur d’ámul, 75, 77-78

muh∂ammad-Taqí Khán, 111, et de mullá ‘abdu’l-

passim

faππáh∂, 111 ; exalte le martyre de ‘abdu’l-vahháb,

‘abbás-qulí Khán, consul-général persan á damas,

118, et chante le chant des martyrs, 119 ; á

Bagdad : recherche Bahá’u’lláh á sulaymáníyyih,

‘abbás-i-Tihráni, shaykh, martyre de 1852, 109

145 ; décrit le complot de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn

‘abbásábád, 72

and mírzá Buzurg Khán, 166-167, mission de

‘abbásides, 129, 145n, 191, 218, 219n,

mullá h∆asan-i-’amú, 167-168, changement d’atti-

‘abbúd, house of (Bayt-i-’abbúd), acre, illustra-

tude des adversaires á Bagdad, 179 ; recopie le

tions : extérieur, 347, pièces de Bahá’u’lláh, 361,

manuscript original de Kitáb-i-iqán, 188 ; décrit

vue sur la mer, 363, pièce où fut révélé le Kitáb-i-

shaykh murtid∂áy-i-ansári. 169 ; accueilli par
aqdas, 376 ; rendue disponible pour Bahá’u’lláh,

námiq Páshá 177, 179 ; émigre á istanbul, 180 ;

361 ; pièce disponible pour le mariage de ‘abdu’l-

décrit son voyage vers istanbul, 198-199, 201,

Bahá 375 ; Kitáb-i-aqdas révélé dans, 377 ; rési-

205-206 (mírzá yah∂yá), 208 ; à andrinople :

dence de ‘abdu’l-Bahá et de sa famille, et leur

conseille le silence concernant les complots de

déménagement, 394-6 ; mentionnée, 200, 357,

mírzá yah∂yá, 251 ; a l’amitié du vice-gouverneur,

363 ; voir aussi la maison de’Údí Khammár,

255 ; écrit des épîtres non transmises á mírzá

‘abbúd, ilyás, changements d’attitude envers

yah∂yá 262 ; accepte l’invitation du gouverneur,

Bahá’u’lláh, 360-1 ; intercède auprès du gouver-

265 ; transcrit les Tablettes proclamant la nouvelle

neur, 361, barricade sa maison, 357 ; offre la pièce

révélation, 266 ; ce qui arrive quand Bahá’u’lláh

pour le mariage de ‘abdu’l-Bahá 374 ; mention-

est banni vers acre, 280, 282 ; amène áqáy-i-
née, 341, 342, 343, 352, 357, 374 ; voir

munir à terre à smyrne, 288 ; envoie des lettres à

aussi’abbúd, maison de

nabíl à alexandrie, 292 ; à acre : entre dans la

‘abdu’l-ah∂ad, de Chiraz, 372-374

citadelle, 300 ; développe l’importance de l’arri-

‘abdu’l-’az∂ím, sháh (hadrat-i-), mausolée de,73, 96,

vée de Bahá’u’lláh en Terre sainte, 306 ; prend

soin des exilés dans la citadelle, 309, 312 ; aide

‘abdu’l-‘azíz, sulπán (règne : 1861 -76), illustrations,

Badí’à entrer dans la citadelle, 322 ; son chagrin à

231, 285, 310 (son décret banissant Bahá’u’lláh) ;

la mort de la Plus-Pure-Branche, 338 ; accueille

bannit Bahá’u’lláh á andrinople, 221 ; épître á,

des pèlerins, 341 ; emprisonné lors du meurtre des

trois azalís, 353-6 ; son mariage, 369-370, 374-

Baháu’lláh, le roi de Gloire

375 ; son maintien et son comportement transfor-
‘abdu’l-hádí Páshá gouverneur d’acre, 299

me l’attitude des habitants d’acre, 312, 348, 359 ;

‘abdu’l-h∆amíd, áqá, martyre de 1852, 108

relations avec ah∂mad Big Tawfiq, 359, 363 ; inci-

‘abdu’l-h∆amíd, hájí, bábí déloyal, 167-168

dent lors du renvoi de ‘abdu’r-rahmán Páshá

‘abdu’l-h∆amíd ii, sulπan (règne 1876-1909), illustra-

379 ; loue et prépare le manoir de mazra’ih, 381-

tion, 457 ; 341, 445, 475, 499

383 ; achète le manoir de Bahjí, 389 ; relations

‘abdu’l-h∆usayn Khán-i-Bardsírí, voir áqá Khán-i-

avec les autres gouverneurs, 391, 394, 396, 397 ;

Kirmání, mírzá

discussion avec des chrétiens, 394 ; échange

‘abdu’l-h∆usayn, mírzá décrit les intrigues des azalís à

d’hospitalité avec le mufti de nazareth, 395 ; géné-

istanbul, 419, 423 ; aide mírzá muhsin, 322-423 ;

rosité envers les malfaiteurs, 397 ; résidence et

mentionné, 421

déménagement de Bayt-i-abbúd, 394-396 ; visite
‘abdu’l-h∆usayn-i-∏ihrání, shaykh

(shaykhu’l-

Beyrout (1879), 405, 406 ; Tablette de Bahá’u’lláh

‘iráqayn), complote contre Bahá’u’lláh à Bagdad,

concernant ses visites et le louant, 405-406 ; admi-

160, 168 ; ses rêves, 164-165 ; ses complots, avec

ré par shaykh muh∂ammad-‘abduh, 406 ; capacités

le consul persan, et ses actions décrites, 166-172

et pouvoirs évidents, 405-408 ; résidence dans la

passim ; note biographique, 491-492 ; mentionné,

maison de ‘abdu’lláh Páshá, 385 ; décrit par e. G.

162, 173

Browne, 406 ; mission donnée par Bahá’u’lláh

‘abdu’l-Karím, ustád, 200, 258

pour construire le mausolée pour le Báb, 401 ; pro-

‘abdu’l-Karím-i-Kharrát, d’ispahan, participe au

tège Bahá’u’lláh, 405, 408 ; arrivée au jardin de

meutre des trois azalís, 351, 356

Junaynih, 441 ; Bahá’u’lláh envoie des bahá’is

‘abdu’l-Karím-i-qazvíní, mullá (ah∂mad-i-Kátib,
pour l’accueillir et loue son travail, 4441,442 ; son

mírzá), transmet des épîtres et les objets person-

profond respect en approchant de Bahá’u’lláh et en

nels du Báb á Bahá’u’lláh, 82 ; cache la dépouille

sa présence, 423, 424 ; informe le sultan de l’as-

du Báb, 87 ; rencontre Bahá’u’lláh á Kirmánsháh,

cension de Bahá’u’lláh, 445 ; contenu du testa-

87 ; martyre, 108

ment de Bahá’u’lláh le concernant, 445-446, 449 ;

‘abdu’l-Kháliq-i-is∂fahání, se coupe la gorge á

successeur de Bahá’u’lláh, 345, 449 ; son rang

Badasht, 62

comme centre de l’alliance, 274, 445, 446, comme

‘abdu’l-majíd, sultan (meurt en 1861), 161, 162, 177

commentateur du verbe révélé, 441,445 ; décrit

‘abdu’l-majíd-i-shálfurúsh, h∆ájí, père de Badí’et sur-

l’alliance de Bahá’u’lláh, 448 ; choisit nabíl pour

vivant de ∏abarsí, 320 ; nabíl reste avec, 320, 322

compiler la prière de souvenance, 452 ; vieillit par

‘abdu’l-majíd-i-shírází, h∆ájí, père de ‘abdu’l-
la trahison de ses demi-frères, 408 ; arrivée de la

vahháb, le persécute ainsi que mulla ‘alíy-i-

commission d’enquête, 342 ; visite Paris, 329 ;

Bastámí, 116 ; accepte Bahá’u’lláh, 119 ; soutien

reçoit l’original du décret de ‘abdu’l-‘azíz, 363n ;

Bahá’u’lláh en irak, 131 ; entend la langue badí’,

prévoit un brillant futur pour la Perse, 19 ; men-

136 ; mentionné, 133

tionne le voyage de zoroastre en Terre sainte, 305 ;

‘abdu’l-qádir, shaykh (al-Gilání), notable de Bagdad,

voir aussi 27, 34, 37, 50, 101n, 115, 152, 163, 164, 148

172, 181, 197, 217, 227, 248, 254n, 258, 318,

‘abdu’l-vahháb Big, Bábi tué á Tákur, 111

316n, 317, 337, 345, 346, 390

‘abdu’l-vahháb-i-shírází, mírzá son histoire et son

‘abdu’l-faππáh∂, mullá martyre de 1852, 110, 111

martyre, 118 ; mentionné, 117, 131

‘abdu’l-Ghaffár-i-is∂fahání, áqá, illustration, 264 ;

‘abdu’lláh, áqá, fils d’áqá muh∂ammad Ja’far, 109

émigre à istanbul, 180 ; interprète turc, 200, 221 ;
‘abdu’lláh, áqá, of Káshán, fils de Khalil mansúr,

à andrinople, 244 ; envoyé à istanbul pour s’oppo-

317 ; note biographique, 498

ser aux machinations, 261 ; emprisonné à istanbul,

‘abdu’lláh effendi, de nazareth, 317

274 ; tente de se suicider mais est envoyé à

‘abdulláh ibn murad muh∂ammad, mir, 464

Chypre, puis s’évade, 293 ; note biographique,

‘abdu’lláh Khán, h∆ájí mírzá á Búshihr, 432

491 ; mentionné, 345

‘abdu’lláh, mírzá de qazvin, rencontre Bahá’u’lláh á

index

Kirmánsháh, 127

acre, 314 ; envoyé à istanbul, 423 ; emprisonné,

‘abdu’lláh, mírzá de Chiraz, protège ∏áhirih, 65

424, 478

‘abdu’lláh, mullá, de Chiraz, assassine l’oncle de

abu’l-qásim, h∆ájí mírzá frère de la femme du Báb,

∏áhirih, 59-60
429, 431

‘abdu’lláh Páshá gouverneur de la province d’acre

abu’l-qásim Khán, arrive á andrinople, 270

(1818-31), palais et jardins de Bahjí. 342, 360n;

abu’l-qásim, mírzá imám-Jum’ih de Téhéran, 123

manoir de mazra’ih, 360n, 385 ; ses résidences

abu’l-qásim, mírzá. de faráhán, qá’im maqám, illus-

sont la propriété du centre mondial bahá’í, 385 ;

trations, 51 ; voir 31, 91

mentionné, 297, 298

abu’l-qásim, mullá, accepte Bahá’u’lláh à núr, 58

‘abdu’lláh Páshá de sulaymáníyyih, 148, 160, 162-

abu’l-qásim-i-hamadání, áqá, compagnon de

163 passim

Bahá’u’lláh á sulaymáníyyih, 140, 145

‘abdu’lláh-i-’arab, áqá, 263

abu’l-qásim-i-Káshání, rencontre mírzá áqá Ján près

‘abdu’lláh-i-Bihbahání, siyyid, important religieux de

de Bagdad, 133

Téhéran, 478
abu’l-qásim-i-názir, h∆ájí mírzá d’ispahan, activités à

‘abdu’lláh-i-Ghawghá, prétend à un rang spirituel,

istanbul, 421-423 passim

abu’l-qásim-i-shírází, h∆ájí, bábí d’égypte, 265

‘abdu’r-rahím-i-is∂fahání (ismu’lláhi’r-rahím), 50n,

abu’l-qásim-i-sulπánábádí, áqá, meurt dans la cita-

delle, 302, 309

‘abdu’r-rahím-i-misgar, áqá, 226

achéménide, dynastie, 19

‘abdu’r-rahmán Khán, amír, d’afghanistan, 465

acre, illustrations : vue sud d’acre, 299, la Porte de la

‘abdu’r-rahmán Páshá gouverneur d’acre, 379

mer, 300, vue aérienne, 303, 344, 350, hammam

‘abdu’r-rasúl-i-mansúr-i-Kásháni, 13

al-Páshá (bain public), 315, Citadelle et caserne,

‘abdu’r-rasúl-i-qumí, áqá, martyrisé á Bagdad, 270,

312, 313, Khán-i-’avámid, 342, carte des lieux

322 ; mentionné, 160, 199
d’acre associés à Bahá’u’lláh. 3344-345, maison

‘abdu’r-rasúl-i-zanjání, 343

de’abbúd et ‘Údí Khammár, 347, pièce de

‘abdu’r-ra’úf, mírzá fils de mírzá muh∂ammad-qulí,

Bahá’u’lláh dans la maison de ‘abbúd, 347, Khán-

exilé á acre, compile une liste des exilés, 300, 301

i-shávirdi and Burju’s-sulπán, 354, Khán-i-

‘abdu’s-salám effendi, notable de Bagdad, 148n

shávirdi, 355, vue de la mosquée d’al-Jazzár et de

abhá, royaume, 446

l’ancien aqueduc, 360, chambre de Bahá’u’lláh

abraham, prophète, 47, 124, 204, 305, 338

dans la maison de ’Údí Khammár, 376. Porte de la

abú-hurayrih (mírzá mustafa), 302, 432, 441

terre, 381, 382, carte des lieux saints bahá’ís à

abú-Jahl, ennemi du Prophète muh∂ammad, 290n

haïfa et acre, 433. Premiers noms, 305 ; histoire et

abú-sinán, village, 390

description d’acre, 295, 305, 390 ; prophéties

abú-Tálib Khán, mírzá charger de faire régner l’ordre
bibliques et musulmanes à propos de, 306 ;

á Tákur, et décès, 111-112

Bahá’u’lláh entre dans la citadelle avec sa famille

abú-Turáb, shaykh, imám-Jum’ih de Chiraz, 62, 131n

et ses compagnons, 293, 449, signification de l’ar-

abú-Turáb-i-ishtahárdí, shaykh, 67, 69, 75, 133,

rivée de Bahá’u’lláh, 306 ; attitudes et rapports des

abu’l-fadl-i-Gulpáygání, mírzá élabore une généalo-

habitants avec les exilés, 293, 311, 312, 357, 359,

gie de Bahá’u’lláh, 27 ; relate une anecdote

379-381 passim, 392, 395, emprisonnement allégé,

concernant Bahá’u’lláh, 38 ; classe les écrits de

311 ; arrivée de Badí’, 322 ; notables présents aux

Bahá’u’lláh, 410 ; biographie de, 466 ; réside en

funérailles de la Plus-Pure-Branche, 328 ; rési-

égypte, 495

dences de Bahá’u’lláh, 341, 343 ; hostilités et

abu’l-h∆asan, h∆ájí, de Chiraz, 444

assassinat de trois azalís, 346, 351, 387, interroga-

abu’l-hasan Khán-i-ilchí, illustration, 51
tion et détention de Bahá’u’lláh, 352, 374 ;

abu’l-hasan-i-ardikání, h∆ájí (amín-i-lláhi), illustra-

meurtre de deux Káshánis, 356, libération des

tion, 315, premier pèlerin á voir Bahá’u’lláh à

bahá’is innocents, 359 ; arrivée et mariage de

dans la Gloire du Père

munírih Khánum, 374, ordre aux exilés de fermer

437 ; Bahá’u’lláh leur rend visite, 439 ; départ,

leurs boutiques, 379 ; amélioration du climat et de

444 ; note biographique, 495

l’eau, 380 ; attitude des fonctionnaires les der-

afnán. h∆ájí siyyid mírzá. fils de afnán-i-Kabír, 424

nières années, 391 ; Bahá’u’lláh quitte la ville pri-

afnán-i-Kabir, h∆ájí mírzá siyyid h∆asan), frère de la son, 385 ; ‘abdu’l-
Bahá et sa famille restent à

femme du Báb, 414 ; Bahá’u’lláh écrit à propos

acre, 394, 405 ; visite de mid∂hat Páshá, 405n ; au

des accusations contre, 418 ; intérêts commerciaux

moment de l’ascension de Baha’u’lláh, 449, 454 ;

à Beyrouth, 414 ; accusations publiées à istanbul,
le Gardien détaille les principaux événements du

422, 423 ; son fils à istanbul, 419, 421, 423 ; men-

ministère de Bahá’u’lláh à acre, 236-237, men-

tionné, 412, 416, 442

tionné, 389n. 408, 487

afrá, mazandéran, village, 69

ádí Guzal, mull1á (mírzá‘alíy-i-sayyáh), de

afshárides rois, 108

marághih, illustration, 264 ; arrive à andrinople,

Âge héroïque (ère bahá’íe), 43, 236

265, part pour istanbul, 270, 272 : arrive à

aghsán (Branches), fils et descendants masculins de

Gallipoli, 284, est envoyé à Chypre, 293, note

Bahá’u’lláh, 256, 438, 442, 448, 449

bibliographique, 492

ah∂mad Big Tawfiq, gouverneur d’acre, relâche les

adirnih (Porte), istanbul, 225

bahá’ís innocents après le meurtre des azalís, 359;

andrinople (adirnih, edirne), illustrations : vue de la

admiration pour ‘abdu’l-Bahá, 359-360 ; restaure
ville, 241, maison de rid∂á Big, 260, ‘abdu’l-Bahá

l’aqueduc, 345, 360 ; reçut par Bahá’u’lláh, 363 ;

et ses compagnons, 275, famille et compagnons de

envoie Badri-Ján à Chypre, 362 ; quitte acre, 363 ;

Bahá’u’lláh, 275 ; voyage de Bahá’u’lláh vers,

mentionné, 357, 363

225 ; arrivée de Bahá’u’lláh, 227 ; description de,

ah∂mad fa’iq effendi, enquête sur l’administration fis-

239-240 ; résidences de Bahá’u’lláh et de ses com-

cale d’acre, 397

pagnons, 240-244 passim, 252, 255, 256, 261,

ah∂mad, mírzá fils de mírzá yah∂yá 254, 362

265 ; proclamation de Bahá’u’lláh. 236, 265, 266,

ah∂mad Páshá (al-Jazzár), Gouverneur de la province

408 ; augmentation du nombre des bahá’ís cause

d’acre, 295, passim, 360n

d’inquiétude, 270, 278 ; développements des der-

ah∂mad Páshá, gouverneur d’acre, 397

nières années, 274 ; circonstances du bannissement

ah∂mad TowfíqPáshá, gouverneur de Bagdad, 162
de Bahá’u’lláh et de ses compagnons vers acre,

ah∂mad-i-afnán, áqá siyyid, envoyé à istanbul par

276 ; prophétie de Bahá’u’lláh concernant

Bahá’u’lláh, 423-426 passim

andrinople, 286 ; évacuation de la population

ah∂mad-i-ah∂sá’í, shaykh, 52, 59

après la chute de Plevna, 483-484

ah∂mad-i-hindí, áqá mírzá, bábi qui devient bahá’i à

‘ad∂udu’l-mulk, régent, 329

Bagdad, 269

afghanistan, 465, 466, 476n, 496

ah∂mad-i-Káshání, h∆ájí mírzá, illustration, 222 ; immi-

afjih (afchih), résidence d’été, 97

grant à istanbul, 180 ; reçoit la Tablette à ah∂mad

afnán, famille, généalogie paternelle du Báb, 430 ;

en persan, suit mírzá yah∂yá, 180, 226 ; Tablette

intérêts commerciaux, 414, 419, 424 ; partenaires

citée, 244 ; ses intrigues à andrinople, 244 ; quitte

et agents, 414, 419. 424 ; activités des azalís à

andrinople, 251 ; assassiné à Bagdad, 181, 349 ;
istanbul, chap. 40 ; quelques membres, 429-431 ;

mentionné, i79, 244, 249, 276

description de leur pèlerinage en Terre sainte, chap

ah∂mad-i-Kátib, mírzá voir ‘abdu’l-Karím-i-qazvíní, 41 ; recommandations
de Bahá’u’lláh, 449

mullá

afnán, h∆ájí mírzá habíbu’lláh, autobiographie, 14,

ah∂mad-i-Khurásání, shaykh, accusé de meurtre et exé-

chap. 41 ; invitation de Bahá’u’lláh et voyage vers

cuté, 259, un des trois martyrs de Tabriz, 259 ; son

la Terre sainte, avec sa famille, 431 ; rencontre

oncle instruit Badí’320 ; a peut-être emmené

avec Bahá’u’lláh à haïfa, 432-435 ; rencontres

Badí’à yazd, 322n

avec Bahá’u’lláh à et près de Bahjí, 435-441 ;

ah∂mad-i-najjár-i-Káshání, ustád, migrant à istanbul,

fièvre à haïfa, 436 ; ils s’installent près du manoir,

170 : exilé à acre, 302 ; participe au meurtre de

index

trois azalís, 351
‘alí, mírzá, père de la femme du Báb, 429

ah∂mad-i-naráqí, h∆ájí mullá, religieux célèbre, 135

‘alí naqí, un des martyrs de Tabriz, 259

ah∂mad-i-rúh∂i, shaykh, illustration, 412 ; épouse la

‘alí Páshá, père de ‘abdu’lláh Páshá 297, 389n

fille de mírzá yah∂yá, 411, 427, ennemi de

‘alí Páshá muh∂ammad amín, grand vizir ottoman,

Bahá’u’lláh, 414, 415 : exécuté à Tabriz, 415, 427

illustration, 229 ; accepte le départ de Bahá’u’lláh

ahmed fevzi Páshá 503

de Bagdad, 177-178 ; ordonne le bannissement de

akbar, Jaláli’d-dín (1556-1605), 459

Bahá’u’lláh à andrinople, 221 ; explique son exil

ákhál, traité de, 472

à acre, 481 ; reçoit l’épître au sultan, 227 ; súriy

akhtar (étoile), journal d’istanbul, 411, 412, 415-422

(lawh)-i-ra’ís addressée, et son destin, 29, 286 ;

ákhund, h∆ájí, main de la cause de dieu, 424,478

alterne dans les hauts postes avec fu’ád Páshá

al-Jazzár, voir ah∂mad Páshá
495 ; note biographique, 493

‘alam Khán mir, émir de qá’inat, 317, 466

‘alí-akbar, h∆ájí mírzá (qavámu’l-mulk), 71

‘alá’u’l-mulk, ambassadeur persan à istanbul, 418

‘alí-akbar, mírzá, cousin du Báb, 144

alep, arrestation et libération de shaykh salmán, 466 ;

‘alí-akbar-i-ardistání, mullá, un des premiers bábís,

mentionné, 449, 454

alexandre le grand, 19, 204, 465

‘alí-akbar-i-Bujnurdí, mírzá arrive à andrinople, 270

alexandre ii, Tsar (1855-1881) 470-472

‘alí-akbar-i-dahijí, siyyid, 372

alexandre iii, Tsar (1881-94).472, 475, 497

‘alí-akbar-i-Khurásání, áqá, 256,

alexandrie, les exilés à acre y changent de bateau pour

‘alí-akbar-i-najjár, ustád, partage une maison avec

haïfa, 289 ; détention de nabíl, 272, 289, 292 ;

nabíl, 174

contact de nabíl avec Bahá’u’lláh, 317 ; arrivée de
‘alí-akbar-i-naráqí, mírzá envoyé à Gallipoli, 276,

la future femme de ‘abdu’l-Bahá et de ses compa-

gnons, 372

‘alí akbar-i-shahmírzádí, hájí mullá (h∂ájí ákhund),

‘alí, imam, cousin du prophète muh∂ammad, 33, 37,

424, 478

115, 127n

‘alíy-i-’arab, siyyid. reçoit des épîtres de

‘alí afnán, h∆ájí siyyid, épouse la fille de Bahá’u’lláh,

Bahá’u’lláh, 258 ; assassiné, 259

392 ; vit à Beyrouth. 414 ; Bahá’u’lláh est enterré

‘alí asghar Khán, mírzá (aminu’s-sultán), illustra-

dans son logis, 452n

tion, 393 ; quelques détails de sa vie, 393 ; devient

‘alí Bábáy-i-Buzurg, mullá de Tákur, martyre de

grand vizir et persuade le chah de visiter l’europe,

1852, 111

474 ; s’oppose à mírzá malkam Khán, 477 ; cache

‘alí Bábáy-i-Kúchik, meurt dans le siyáh-Chál. 111
l’assassinat du chah, 478

‘alí Big (yúz-Báshí), 226, 240

‘alí-‘askar-i-Tabrízí, h∆ájí, a rencontré le Báb, 270,

‘alí, h∆ájí, sort Bahá’u’lláh du siyáh-Chál, 123

arrive à andrinople, 282 ; s’exile volontairement à

‘alí, h∆ájí mírzá siyyid (Khál-i-a’z∂am), tuteur du Báb,

acre 288 ; entre et vit dans la citadelle, 302, 299 ;

il l’accepte, 429, martyr, 92, 429 : la veuve du Báb

prisonnier volontaire lors du meurtre des azalís,

vit dans sa maison, 370 ; attitude de sa femme

354, 356 ; note biographique, 493

envers le Báb et son acceptation, 372

‘alíy-i-Bastámí, mullá (lettre-du-vivant), 48 ; ren-

‘alí ibn músá, ar-rid∂á, imam (imam rid∂á), mausolée

contre avec ‘abdu’l vahháb et son père, 115-117,

de, 17

‘alí Khán, h∆ájí (h∆ájibu’d-dawlih), chargé d’exécuter

‘alí haydar-i-shirvání, áqá partenaire des afnán dans

amir Kabir, 89, 93 ; actions après l’attentat contre
le Caucase, 414 ; s’occupe des transferts du

le chah, 97 ; voulait exécuter Bahá’u’lláh, 121 ;

huqúqu’lláh, 424 ;

voit Bahá’u’lláh dans le siyáh-Chál, 122 ;

‘alí Ján, mullá à ámul, 77

tue‘az∂ím, 123 ; note biographique, 492

‘alíy-i-Kaní, h∆ájí mullá maître spirituel de násiri’d

‘alí Khán, mírzá, 369

dín sháh, 333, 335, 470,

‘alí madad, h∆ájí, 129

‘alíy-i-Kirmánsháhí, mírzá (mírzá yah∂yá), 246

dans la Gloire du Père

‘alíy-i-lás-furúsh (mírzá yah∂yá), 130, 167

256, 258, 260

‘alí mardán, mullá. notable de Bagdad, 148,165

ámul, illustration de la mosquée de, 76 ; Bahá’u’lláh

‘alíy-i-mírí, shaykh, mufti d’acre 387,

et ses compagnons emprisonnés, 75 ; Bahá’u’lláh

‘alí-muh∂ammad, siyyid, voir Báb, le
reçoit la bastonnade, 78

‘alí-muh∂ammad-i-mustawfi, mírzá, 501

anatolie, 216-217 passim, 297, 317

‘alí-muh∂ammad-i-núrí, mírzá, martyr de 1852, 109

« ancien des Jours », 192-195 passim, 402

‘alí-muh∂ammad-i-sarráj, reçoit une réponse de

andrávís Khammár, fils de ’Údí Khammár, 389n

Bahá’u’lláh, 258

anís, Jináb-i-, voir muh∂ammad ismá’íl i-dhabíh, h∆ájí

‘alí-naqí, mírzá (hakimu’l mulk), 472

ankara, Turquie, 499

‘alíy-i-nayrizí, mírzá, attaqué à Bagdad, 151

anyábulí (inebolu) Turquie, 218

‘alí-qulí Khán, h∆ájí (sardár-i-as‘ad), chef bakhtiyári,

anzalí, Perse, 110, 470, 474, 496

apocalypse (de saint Jean), 377, 446

‘alí-rid∂á, mírzá, fils de mírzá músá, exilé à acre, 301

« apôtres de Bahá’u’lláh », 27, 143, 234n

‘alí-rid∂á mírzá, súriy-i-Ghusn révélé pour, 274
apôtres, du Christ, 48

‘alí sháh (‘ádil sháh, z∆illu’s-sulπán), à la mort de áqá Ján Big-i-Kaj Kuláh,
partisan de mírzá yah∂yá

muh∂ammad sháh, 73, 224n ; incident à Bagdad,

272 ; dégradé, 274, à Gallipoli, 284 ; exilé à acre

148 ; ses fils fréquentent la maison de Bahá’u’lláh.

302 ; vit au-dessus de la Porte d’entrée d’acre,

148 ; note biographique, 493-494, cité, 19, 458,

299, 343, 352 ; actions hostiles à acre 314, 343,

346-349 ; assassiné, 351

‘alíy-i-sabzivárí, mullá, Bahá’u’lláh décrit son marty-

áqá Ján, mírzá, of Káshán, secrétaire de Bahá’u’lláh,

re, 443

illustrations, 134, 264 ; rencontre Bahá’u’lláh à

‘alíy-i-sayyáh, mírzá voir ádi Guzal, mullá

Kerbéla, premier à reconnaître son rang, 132-136 ;

‘alíy-i-Tihrání, père de shaykh ‘abdu’l h∆usayn-i-

les services qu’il rend à Bahá’u’lláh, 133, 257,

Tihrání, 491

266, 311, 401, 422, 437 ; description de « l’écritu-
alison, Charles, ministre britannique à Téhéran, 460n

re de révélation », 440, illustration 434 ; se sou-

‘alíyu’lláhís, 127

vient des premiers incidents à Bagdad, 136-137 ;

alláh-u-ahhá, 274

émigre à istanbul, 180 ; pendant le voyage vers

alláh-u-akbar, 197, 274

istanbul, 200, 205, 217 ; envoyé à istanbul pour

alláhyár Khán (asafu’d dawlih), 73

empêcher les problèmes, 260 ; accompagne

allemagne, visite de nás∂iri’d-dín shah (1878), 460n ;

Bahá’u’lláh à la mosquée pour rencontrer mírzá

échange d’envoyés avec la Perse, 460n : entre-

yah∂yá, 261n ; exilé à acre, 302 ; emprisonné à la

prises en Perse, 474

suite du meurtre des azalís 353, 355 ; décrit les cir-

alliance, du Báb, 263 ; de Bahá’u’lláh, 236, 349, 442,

constances du meurtre dans un document histo-

rique, 349 ; brisera l’alliance de Bahá’u’lláh, 132,
alliance évangélique de londres, 481

349 ; mentionné, 144, 190, 244, 251, 253, 372, 435

alvand, mont, 19

áqáy-i-Kalím, voir músá, mírzá

amásiyá (amasya), Turquie, illustration, 215, étape du

áqá Khán-i-Kirmání, mírzá, illustration, 412 ; épouse

voyage depuis Bagdad, 216-217

une fille de mírzá yah∂yá, 362, 411, 427 ; ennemi

ámid, ancienne ville, 210

de Bahá’u’lláh, 411, 415 ; visite acre, 411, 420 ;

amín-i-iláhí, voir abu’l-h∆asan-i-ardikáni, h∆ájí

écrit dans akhtar, 411 ; rompt avec áqá

aminu’s-sulπán, voir ‘alí asghar Khán, mírzá

muh∂ammad Táhir, 411, 418, 426 ; ses lettres à

amír Kabír, voir Taqi Khán-i-faráháni, mírzá

mírzá malkam Khán, 426-427 ; exécuté à Tabriz

amír nizám, voir Taqi Khán-i-faráháni, mírzá

(1896), 414, 427 ; mentionné, 420, 422

amír-niz∂ám, de Kirmánsháh, 39

áqá Khán-i-núrí, mírzá (i’timádu’d-dawlih), illustra-
amos, le prophète, 307

tion, 98 ; premier ministre, 29, 93 ; avertit

amru’lláh, maison de, andrinople, 243, 244, 245, 253,

Bahá’u’lláh d’un danger, 97 ; ordonne des actions

index

disciplinaires à Tákur, 110 ; conseil de Bahá’u’lláh

asadu’lláh, h∆ájí siyyid, d’ispahan, fils d’un mujtahid

à sa sortie du siyáh-Chál, 123-124 ; démis de son

célèbre, 50

poste de premier ministre et ses parents sont dis-

asadu’lláh Khán, tue des martyrs de 1852, 108

grâciés, 469 ; mentionné, 108n, 93, 177n, 369

asadu’lláh, mírzá (dayyán), de Khuy, condamné à

áqá mírzá áqá, núri’d-dín, illustration, 431 ; parent

mort par mírzá yah∂yá, 144, 148 ; rejette mírzá

des oncles du Báb, converti par la femme du Báb,

yabyá, 145

188, 429 ; ses parents, femme et fils, 430 ;

asad’u’lláh. mírzá, exilé à acre, 305
quelques détails de sa vie, 429, 431-432 ; à Port-

asad’u’lláh-i-Káshí- (Kásháni), áqá, 166

saïd, 414 ; Bahá’u’lláh décrit les conditions à acre

asadu’lláh-i-qumí, áqá siyyid, précepteur des fils de

dans une épître à, 311 ; épître concernant afnán-i-

Bahá’u’lláh, 438, 441

Kabir, 418 ; visite en Terre sainte, 436, 438-439,

ásafu’d-dawlih, se rebelle au Khorassan, 91

442, 4443 ; lawh-i-dunyá (épître au monde) révé-

ashchí, voir h∆usayn-i-ashchí, áqá

lée pour, 409, 424, 437 ; mentionné, 434, 445

ashraf, village, 67

áqá mírzá áqáy-i-rikáb sáz, premier martyr de

ashraf, áqá siyyid, de zanján, 258 ; note biogra-

Chiraz, auteur de la copie du Kitáb-i-iqán du fron-

phique, 494

tispice), 189

‘áshúrá, mois de muharram, 425

áqáy-i-munír, voir munír, mírzá áqáy-i

asíyih Khánum (Buyúk or navvábih Khánum), pre-
áqáy-i-Tabrízí, h∆ájí, exilé à acre, 301 ; emprisonné à

mière femme de Bahá’u’lláh et mère de ‘abdu’l-

la suite du meurtre des azalís, 356

Bahá, 33, 39 ; exilée à acre, 300 ; maladie et décès

áqásí, h∆ájí mírzá, antéchrist de la révélation bábíe, (1886), 395-396 ; ses
restes enterrés sur le mont

illustrations, 51, 53, grand vizir, 28 ; antagonisme

Carmel, 338 ; mentionnée, 84, 337

envers mírzá Buzurg, 31-32, 41 ; son estime pour

askáríyayn, mausolée, samarra, 492

Bahá’u’lláh, 41 ; conseil du Báb, 45 ; ordonne l’ar-

assemblée céleste, 403

restation de Bahá’u’lláh, 67 ; reçoit une épître du

assemblée suprême, 437

Báb, 71-72 ; son attitude après la mort de

assyrie, assyriens, 295, 308

muh∂ammad sháh, chap. 10 ; exile et décès. 73 ;

atrak, rivière, 462

mentionné, 59, 119, 246

autrichiens, 105-107, 460, 472, 480, 480

aqueduc d’acre, illustration, 360 ; mentionné, 345,
‘aynu’l-mulk (i’tidádi’d-dawlih), voir shir Khán

ayyúb (Job), voir muh∂ammad-Taqí, h∆ájí, de nayriz

arabes, prise d’acre par les, 295

azalís, partisans de mírzá yah∂yá, à Bagdad, 269-270 ;

ararat, mont, 207

à acre, 311, 314, 317, 346-347, 356 : meurtre à

aras (araxes), rivière, 19

acre, 343, 345, 351-352, d’ispahan, 312 ; activités

arbre de vie (anísá’), 55, 446

à istanbul, chap. 40 ; mentionnés, 259, 426

arche de l’alliance, 446

azerbaïdjan, 88, 107 236 259 293 334 343 367 462 -

arche de dieu, 403

histoire locale de la foi, inédite, 259

arche de noé, 206

‘az∂ím (mulla shaykh-‘alí), de Turshíz, rôle crucial

archives internationales bahá’íes, 34, 140, 189, 247n

dans l’attentat contre le chah 95, 122 ; mort dans le

ardikán, 504
siyáh-Chál, 123 ; mentionné, 84, 110

ardistán, 494

‘az∂ím-i-Tafrishí, áqá, exilé à acre, 301 ; emprisonné

‘árif effendi, gouverneur d’acre, 397

après le meurtre des azalís, 356, mentionné, 349

‘árif Páshá, Gouverneur d’andrinople, 277n

‘azíz Páshá, vice-gouverneur d’andrinople. 255 ;

arméniens, 216

visite Bahá’u’lláh et ‘abdu’l-Bahá quand il est

arthur, Président (usa), 474

vali de Beyrout, 255 ; met en œuvre le bannisse-

as súq al abyao (the white Bazar), 345, 390

ment de Bahá’u’lláh à acre, 277 ; mentionné, 258

as’ad effendi, remplaçant du gouverneur d’acre, 380

‘azízu’lláh, mírzá (shaykh), oncle of Bahá’u’lláh, 57,

as’ad effendi, qá’im maqám de nazareth, 396

dans la Gloire du Père

‘azízu’lláh-i-Jadhdháb, áqá, envoyé à istanbul par
Bahá’u’lláh défend la, 267 ; mentionné, 44, 123,

Bahá’u’lláh, 424-425, 426

191, 452

Bábís, illustrations, 222, 264 ; mullá h∆usayn attire les

B

premiers croyants, 50, 51, 54 ; à la conférence de

Báb, le (siyyid ‘alí-muh∂ammad), généalogie paternel-

Badasht, 61-65 passim, attaqués à niyálá, 65 ;

le, 430 ; naissance et lignée, 19, 438, anniversaire

rejoignent mullá h∆usayn dans la marche avec le

de naissance, 438 ; pèlerinage aux villes saintes

drapeau noir, 68, recherchent la sécurité dans

d’irak, 88 ; déclaration, circonstances et significa-

shaykh ∏abarsí, 68 ; groupe arrêté avec

tion, chap. 4 ; lettres-du-vivant, 47 ; donne sa

Bahá’u’lláh à ámul, 75, 78-79 ; début des persécu-

mission à mullá h∆usayn, 48, 69, pèlerinage à

tions, 81, 92, héros intoxiqués de dieu, 44 ; inter-

la mecque, 48, 443 ; emprisonment, 19 ; relation

prètent mal le message du Báb concernant mírzá
avec la conférence de Badasht, 61 ; ordonne à

yah∂yá, 83, conseils de Bahá’u’lláh aux, 95, tenta-

mullá h∆usayn d’aider quddús, 68 ; épître à h∆ájí

tive contre la vie du chah, et suites, 95-97, 101,

mírzá aqási, 71-72 : envoie ses Tablettes et ses

103 ; comportement dans le siyáh-Chál, 102-103 ;

effets personnels à Bahá’u’lláh, 84-85 ; descrip-

martyrs de 1852, chap. 17 ; attaque des bábís de

tion de son parchemin en forme de pentacle. 84-85,

Tákur, 110 -111 ; bábís de Kirmánsháh rencon-

ses paroles et ses instructions à shaykh hasan-i-

trent Bahá’u’lláh, 127 ; conditions de vie, à

zunúzi, 88 ; son martyre, 19, 81, 85, 87, 91, 92,

Bagdad, 129, 130, 133, 135, 137, 139, 143-146

462 ; son corps récupéré et caché, 85, 87-88, 107 ;

passim, 147, 148, 155 ; ressuscités par

désir de Bahá’u’lláh de se sacrifier pour lui, 147,

Bahá’u’lláh, 182 ; nombre à Bagdad, 126, 152 ;

importants événements de son ministère, 81 ; son

attaquent les opposants, 150, Bahá’u’lláh conseille
alliance, 263 ; salutations approuvées par lui,

à quelques-uns de quitter Bagdad, 160 ; efforts

274 ; dalá’il-i-sab’ih (les sept preuves), 269 ;

pour protéger Bahá’u’lláh à Bagdad, 166, 167-168,

Kitáb-i-Bayán (persan), 377, voir Bayán ; écrits

172-173, 173 ; Persans obtiennent la nationalité

abandonnés par mírzá yah∂yá, 246 ; processus

ottomane, 173, désespérés en apprenant le départ

catastrophiques prévus 236, son sépulcre (mauso-

de Bahá’u’lláh de Bagdad, 179 ; tristes à cause du

lée), 338, 401, voir mausolée du Báb, rêve de sa

départ de Bahá’u’lláh, 191 ; dans le jardin de

femme avant son mariage, 372, quelques membres

rid∂ván (Bagdad), 196 ; noms de ceux qui partirent

de sa famille qui acceptèrent sa foi, 429-431, voir

pour istanbul, 180 : pressés de donner leur vie à

afnán, d’autres qui acceptèrent la foi, 443 ; sa

istanbul, 223 ; plus de bábís arrivent à istanbul et

seconde femme, 443 ; gardien de sa maison, 432 ;

quelques-uns s’en vont, 225, 256 passim, 263,
archives de sa maison, 440, 444, épisode de la

265 ; souffrances physiques en allant à andrinople

naissance de la femme de ‘abdu’l-Bahá, 367 ;

et sur place, 226, 240 ; la vie à andrinople, 242,

mentionné, 59, 67, 71, 77, 84n, 88, 92, 102, 103,

244, 256, 258 ; résultats de la trahison de mírzá

105, 107, 123, 135, 159, 175, 176, 187, 252, 269,

yah∂yá, 245, 252-253 ; réunions avec Bahá’u’lláh à

338, 370-374 passim, 432

andrinople, 242-243, 244, 248, 253, 256, 258,

Bábá-iskí, Turquie, 36

260, 265 ; à Bagdad quelques-uns cessent toute

Bábá Khán, bábí de Tákur, 111

relation avec les azalís, 269 ; on les appelle

Bábíe, religion et révélation, shoghi effendi résume les

bahá’ís, 274 ; mentionnés, 121, 127, 179. 223, 290

principaux événements, 236 ; premier choniqueur,

Bábul (Bárfurúsh), 46, 68

107, chronique-histoire de, 259 ; opposition de

Bábu’l-Báb, voir h∆usayn-i-Bushrú’í, mullá
amír Kabír, 91, 92 ; menacée à Bagdad, 137 ;

Bábulsar (mashhad sar), 110

crise de la défection de mírzá yah∂yá 246, rupture

Badasht, conférence de, chap. 8, 236, 367, mentionnée,

temporaire mais protégée par l’alliance du Báb,

67, 68

263 ; Bahá’u’lláh prêt à se sacrifier pour, 147 ;

Badí‘ (áqá Buzurg), illustrations, 321, 329 ; chap. 33

Badí‘, langue, 136

index

Badí’ih Khánum, exilée à acre, 302

Bahá’u’lláh, 454 ; voir « peuple de Bahá »

Badí’u’lláh, mírzá. fils de Bahá’u’lláh, 270, exilé à

Bahá’íyyih Khánum, la Plus-sainte-feuille, illustra-

acre, 300 ; avertissements de Bahá’u’lláh, 442

tion, 373 ; naissance, 33 ; exilée à acre, 300 ; au

Badrí-Ján (Badr-i-Jahán), femme de mírzá yah∂yá,

temps du mariage de ‘abdu’l Bahá, 375 ; son

révèle la tentative d’empoisonnement de
cadeau pour le départ des afnán, 444 ; sa tombe

Bahá’u’lláh, 247 ; exilée à acre, 301 ; envoyée à

sur le mt Carmel, 338

Chypre, 362, mariages de ses filles, 362 ; mention-

Baháristán, bâtiment du parlement iranien, 328, 473

née, , 258 , 349, 356

Bahá’u’lláh (mírzá h∆usayn ‘alíy-i-núri) : titres,

Bagdad, illustration, 130, plan de la ville, 151 ; des-Jináb-i-Bahá, 61, Gloire
de dieu, 22 ; famille,

cription de, 129, visite de Bahá’u’lláh en 1851, 88,

enfance et jeunesse (1817-1844) : ascendance,

arrivée de mírzá yah∂yá et de son oncle, 110, début

chap. 1 ; naissance, 22, 35 ; père, 27, 29, 33 ; sou-

de l’exil de Bahá’u’lláh, 129 ; son retour de

tien de son père, 32, 33, 41 ; mère, 29 ; famille,

sulaymáníyyih, 147, 237 ; sa maison dans le quar-

chap. 2 ; voir index pour les noms des parents ; tier Karkh, 150n ; il attire
nobles et notables, 148,

enfance et jeunesse, chap. 3 ; son propre rêve, 35 ;

149, 176, 380 ; il visite les cafés, 172 ; peuple de,

à propos de, 233, apparence dans son enfance, 36 ;
au moment de son départ, 191, 196, 197 ; quelques

qualités personnelles, 37 ; éducation, 36, 57, 334 ;

bábís cessent toute relation avec les azalís, 269 ;

visite yálrúd, 37, 38 ; réponds aux questions, 38 ;

bahá’is envoyés à mosul, 270, voir mosul ; arrivée

premier marriage, 39 ; illustration du certificat de

de Badí’, 322 ; premières années de la mission de

mariage, 40 ; a l’estime du premier ministre, 39,

Bahá’u’lláh, 408 ; mentionnée 141, 217, 219n,

41, Téhéran, núr, et Kerbéla (1844-53) : personna-

223, 237

lité et activités, 52-53, 57 ; résidences, à Téhéran.

Bahá’is, illustration, 275 ( voir aussi bábís) ; attitude 33, 81- 82, à Tákur, 35
; reçoit un manuscrit du

envers l’iran, 19 ; à Bagdad, 269 ; leur arrivée à

Báb, 53-55 ; Propage la religion bábíe dans le

andrinople inquiète, 272, 277 ; bahá’ís de Bagdad

mazandéran, 57-58 ; premier emprisonment, chap.

envoyés à mosul, 270, voir mosul ; les bábis

7 ; à la conférence de Badasht, chap. 8, 367 ; atta-

deviennent bahá’ís, 274 ; les fonctionnaires
qué à niyálá, 64-65 ; voyage à núr, 67,

d’andrinople inscrivent les noms, 276 ; circons-

muh∂ammad sháh ordonne son arrestation et sa

tances du bannissement à acre, 279-284 ; adden-

mort, mais meurt, 67, 68 ; à Bandar Jaz, 67, 68 ;

da ii ; à Gallipoli, 284 ; voyage vers acre, 287-

visite shaykh ∏abarsí, 69 ; à l’intention d’y reve-

288, 292 ; contact avec nabíl à alexandrie, 289,

nir, 69, 75 ; emprisonné et bastonné à ámul, chap.

291-292 ; emprisonnés dans la citadelle d’acre,

11 ; étend son hospitalité aux bábís de Téhéran,

295. 299-300 ; noms de ceux qui entrent dans la

chap. 12 ; envoie un message au Báb et reçoit la

citadelle, 300-302 ; conditions d’emprisonment,

réponse, 83 ; reçoit les Tablettes et les effets per-

309, 311-313 ; bahá’is persans cherchent des infor-

sonnels du Báb, 84-85 ; parchemin du Báb avec les

mations sur Bahá’u’lláh, 312, 314 ; pèlerins à acre

variations du mot « Bahá », 85 ; indique les diffé-

314, 316-318, 364, 372 ; meurtre des azalís à acre
rentes caches pour les restes du Báb, 87-95 ; ren-

et emprisonnement des bahá’is, 351, 349-357 ; les

contre amir Kabir, 87, 117 ; année passée à

innocents du meurtre relâchés, 359 ; activités hos-

Kerbéla et dans les villes saintes, chap. 13, 117 ;

tiles des azalís à istanbul, chap. 40 ; Bahá’u’lláh

son rang est reconnu par shaykh h∆asan-i-zunúzí,

célèbre les bahá’ís de Perse, 416-417 ; Bahá’u’lláh

88 ; conseille ‘abdu’l-vahháb, 117 ; actions et

parle aux pèlerins et aux résidents de Bahjí, 439,

arrestation après la tentative d’assassinat du chah,

au jardin de Junaynih, 441-442 ; son exhortation,

97-98 ; innocenter de cette action 95, 98, 109,

449 ; tentatives pour exterminer les bahá’ís de

122 ; emprisonné pendant quatre mois dans le

Perse, 456 ; cesser toute résistance armée, 457 ;

siyáh-Chál, 98, chap. 16, 109, 111, 118, 121-123,

nature spirituelle des pétitions présentées à

131, 236 ; encourage ‘abdu’l-vahháb avant son

Bahá’u’lláh, 467 ; au temps de l’ascension de
martyre, 118 ; importants visiteurs dans sa prison,

dans la Gloire du Père

101 ; naissance de sa révélation, 103, 104, 334 ;

comme femme pour ‘abdu’l Bahá, 369 ; demande

condamné à la prison à vie, 109, 121 ; tentative de

à son frère pour cette union, 369 ; mariage empê-

l’assassiner, 121 ; libéré du siyáh-Chál, 121-123 ;

ché, 369 ; arrivée des oncles du Báb, 432 ; écrits

aides et conseils mírzá áqá Khán-i-núri, 121,

de Bagdad : chap. 24 ; voir index, Part 1, pour les

123 ; banni de Perse. 123, 124, 126 ; Bagdad

écrits décrits ; enseignements concernant : le rang

(1853-63) : voyage jusqu’à Bagdad et son sens,

de l’homme, 183-185,190 ; étapes dans sa

124, 126-127, 129 ; résidence, 129, 191 ; relations

recherche spirituelle, 186 ; signes de dieu dans la

avec les bábís d’irak : son intention de régénérer la

création, 189 ; nature des manifestations de dieu,

communauté, 131, 148 ; sa réussite. 182 ; se tour-
189 ; campagne pour l’éloigner de Bagdad, 169 ;

ner vers lui pour être guidé, 130-131, 133-134,

le sultan refuse de l’expulser des territoires turcs,

135, 145 ; les avertit et les encourage, 132 ; décrit

177 ; demande aux compagnons d’obtenir la natio-

leur condition et leur conduite, 139, 146, 147 ; les

nalité ottomane, 173 ; on lui propose la protection

individus qu’il a sauvé, 153-158 ; demande à la

de la citoyenneté britannique, 177 ; célèbre naw-

plupart de quitter Bagdad, 160 ; leurs efforts pour

rúz et révèle la Tablette du saint-nautonnier,

le protéger, 165, 166, 172 : il leur rend visite, 174,

178 ; invité à istanbul par le Gouvernement otto-

179 ; il établit les fondations de la communauté,

man, 178-179 ; préparation du voyage, 179 ; noms

236 ; les réconforte en partant pour istanbul, 179 ;

de ceux qui choissisent d’émigrer, 180 ; poussé par

ses relations avec mírzá yah∂yá et ceux qui le sui-

sa mission, 182 ; quitte Bagdad et s’arrête au jar-

vent : s’occupe de mírzá yabyá dans sa jeunesse,
din de rid∂ván, 191 ; sens révélé dans la Tablette de

83, 247 ; lui conseille de retourner en Perse, 130,

rid∂ván (citée), 192-196 ; déclaration de sa mis-

246 ; est l’objet de la jalousie et de l’opposition,

sion, 236 ; circonstances obscures, 195 ; descrip-

131, 135, 137, 144 ; lui conseille de voyager

tion de la fête de ridván, 196-197 ; námiq Páshá

ouvertement jusqu’à istanbul, 205 ; opposition de

visite le jardin et écrit aux fonctionnaires, 196 ;

mírzá Buzurg Khán et de shaykh ‘abdu’l-

signes d’autorité divine, 198, istaanboul et

h∆usayn : 160-161, 163, 166, 169, 176 ; tentative

andrinople (1863-68) : départ avec son escorte

d’assassinat, 161, 172 ; tentative de lancer la guer-

manière de voyager, 198-199 ; illustration d’un

re sainte, 166, 169 ; les rêves du shaykh, 165 ;

palanquin, 199 ; description des étapes et des évé-

dévoile son rang : à mírzá áqá Ján, 132-134 ; à

nements du voyage, 198-218 ; carte, 202 ; tâches

h∆ájí mírzá Kamálu’d-dín, 135-136 ; mírzá
des compagnons et conditions physiques, 200-201,

muh∂ammad ‘alíy-i-nahri reconnaît son rang,

208, 214 ; accueil chaleureux et respect montré par

368 ; grands personnages attirés par lui : 135,

les autorités pendant le voyage, 203-207 passim, 148,162-164, 168, 175,
176-178, 477 ; influence et

209-210, 214-218 passim ; quelques actions de

célébrité : 149-150, 152, 161, 163, 164, 174, 177,

Bahá’u’lláh pendant le voyage, 204-216 passim ;

179, 191, 368 ; ses relations avec les chefs reli-

sa vie en danger, 213 ; révèle súriy-i-hawdaj,

gieux : 167-168, 171-172, 174 ; accepte de faire un

217 ; arrive à istanbul, 218-219 ; résidences, 219,

miracle, 167-168, 260 ; loue shaykh murtidáy-i-

221 ; relations avec les officiels et les notables,

ansári, 171 ; désire rencontrer les religieux, 172 ;

219, 220-221 ; 223, 224, 227. 232, 213-14, 466-

répond à mírzá muh∂iπ, 176 ; mírzá áqá Ján com-

468, 469 ; observations sur l’état de la ville, 230 ;

mence son travail de serviteur et secrétaire, 134 ;

banissement à andrinople, 221 ; réaction à l’exil,
conseille la pratique de la prière « qui, hormis

221, 223-224 ; mort du bébé fille, 225 ; renvoie

dieu… », 137, de deux versets, 162 ; décide de

quelques disciples, 225 ; Tablettes révélées à

s’isoler, 137, 139 ; son but, 140 ; résidence à

istanbul, 227, 237 ; conseille le sultan

sylaymáníyyih : 139-140, 236 ; compose une ode,

‘abdu’l‘azíz dans la súriy-i-mulúk (citée), 228-

142, 176, 320, 440 ; calligraphie, 142 ; célébrité,

232 ; mots pour et concernant h∆ájí mírzá h∆usayn

142, 145 ; retourne à Bagdad, 140, 143 ; raison de

Khán, 233-234 ; sens de son séjour à istanbul, 234-

son retour, 145 ; envisage la fille de son frère

237 ; le voyage vers andrinople, 226-227, 240 ;

index

décrit andrinople 227, 239 ; en europe, le plus

sainte, chap. 31 ; condamné au bannissement per-

loin de son pays natal, 239 ; résidences pour lui et

pétuel et à une stricte incarcération, 309-311 ; pré-
ses compagnons, 240, 243, 253, 255, 256, 258,

dit qu’il plantera sa tente sur le mt Carmel, 387,

261, 263 ; conditions de vie difficiles, 240-242 ;

390 ; transformation progressive de l’attitude des

incident de ‘alí Big, l’officier, 240 ; proclamation

officiels et des habitants, 311-312, 359-361, 363-

de sa mission et de sa révélation, 236, 242, 266-

364, 380, 387, 391, 397 ; prière révélée pour la

267, 319, 408 ; révélation prolifique de tablettes,

mort de trois compagnons, 312-313 ; pour la gué-

256, 265-267 ; opposition, subversion, et finale-

rison d’un autre, 314 ; pour nabíl, 317 ; bahá’ís de

ment rébellion de mírzá yah∂yá et de ses disciples,

Perse découvrent où il est et certains tentent de le

242, 244-248, 249-252, 254 ; référence à siyyid

voir, 314, 316-317 ; le premier qui réussit, 316 ;

muh∂ammad-i-is∂fahání, 242 ; malade suite à

prédit l’arrivée en sécurité des pèlerins, 316 ; pro-

empoisonnement, 247 ; ses compagnons : leur

clamation aux dirigeants du monde continue, 319-
bonheur, 242, 244, 256 ; son association avec, 242,

320, 378 ; reçoit Badí’, lui confie la mission de

248, 253, 256, 258, 260, 265, 272, 284 ; conseille

porter la lettre au chah, révèle une épître pour lui,

de faire du commerce, 243 ; nécessité de prendre

323, 324 ; références à Badí’ et titre conféré, 327 ;

soin les uns des autres, 248 ; conseillés de faire

extraits de l’épître au chah et sa réaction, 334-

confiance à dieu, 253 ; chagrinés de sa réclusion,

335 ; mort de mírzá mihdi, son dernier vœu, cha-

253 ; prière d’áqá rid∂á, 254-255 ; quelques-uns

grin de son père, prière à sa mémoire et louanges,

sont renvoyés, 276 ; anxieux lorsque Bahá’u’lláh

chap. 34 ; est sorti de la citadelle, 341 ; résidences

est banni, 282, 285 ; les prévient du futur, 316 ;

à l’intérieur des murs de la ville, 342, 343, 361 ;

quatre sont envoyés à Chypre, 293 ; les autres exi-

machinations de trois azalís, 343-349 : interdit la

lés à acre, 300-303 ; informe officiellement

vengeance et s’isole, 349, 351, 356 ; meurtre des
mírzá yah∂yá de sa mission, 252 ; rupture définiti-

azalís, 351 ; emmené au palais du gouverneur,

ve avec mírzá yah∂yá, 252, 262 ; sa réclusion et rai-

interrogé, retenu pendant trois jours, 352-355 ; ses

son pour, 252, 253, 255 ; attitude du gouverneur et

réponses pendant son interrogation, 355-356 ; ani-

de son adjoint, 233, 265, 276-277 ; accepte l’invi-

mosité de la population, 357 ; reçoit ah∂mad Big

tation du gouverneur, 265, 383 ; explique pourquoi

Tawfiq, suggère la restauration de l’aqueduc et de

il accepte les calamités et prévoit le triomphe de sa

reconsidérer la situation des prisonniers, 360, 361-

cause, 256 ; arrivée d’autres bahá’ís, 256, 258,

362 ; reçoit l’allégeance de shaykh mahmúd, 363-

262n, 263, 265, 270, 276 ; révèle un puissant aver-

364 ; mariage de ‘abdu’l-Bahá : rêve de sa future

tissement, 258 ; explique que les miracles sont des

femme, chap. 37 ; Kitáb-i-aqdas : le termine,

tests de foi, 260 ; établit son ascendance sur mírzá

377 ; sa portée et son sens, 377-379 ; contient les
yah∂yá, 261-262 ; promet à mírzá yah∂yá le pardon

lois fondamentales, 377 ; décrit les institutions de

de dieu, 263 ; révèle lawh-i-sult∂án pour nás∂iri’d

l’ordre mondial, 377-378 ; reçoit as’ad effendi,

dín shah, 265, 267, 319, 3334-335 ; fait allusion à

380 ; est autorisé à vivre en dehors de la ville, 381 ;

la fin de son séjour à andrinople, 272 ; bannit à

circonstances de son installation à mazra’ih, 383-

acre avec ses compagnons. 276-284, 479, 481 ;

387 ; jardin de rid∂ván (na’mayn) son lieu de

refuse les propositions des consuls étrangers, 279-

retraite préféré, 387 ; s’installe dans le manoir de

282 ; événements à Gallipoli, 284-287 ; avertisse-

Bahjí (1879), 389 : sa vie au manoir, 389-390 ;

ment au sultan et prophétie concernant

rend visite aux compagnons à acre, ainsi qu’aux

andrinople, 285, 378 ; voyage vers acre, 288-

jardins proches, aux villages et aux collines, 389-

293 ; contact avec nabíl à alexandrie, 291 ; acre

390 ; reçoit un général européen, 392 ; offre l’hos-
et Bahjí (1868- 92) : entre dans la Plus-Grande-

pitalité à sir valentine Chirol, 394 ; réplique à

Prison, 295 ; liste des exilés qui l’accompagnent,

mírzá yúsuf, mustawfiyu’l mamálik, 471 ; mort

300-303 ; leur installation, 299-300 ; première

et funérailles d’ásíyih Khánum, 395-396 ; généro-

réunion avec officiels, 299 ; sens de l’exil en Terre

sité envers ses opposants, 397 ; cadeaux aux valis,

dans la Gloire du Père

397 ; ordonne aux bahá’ís de cesser la résistance

sultan informé de l’ascension, 445 ; le « soleil de

armée, 457 ; visite haïfa, 398, 401, 432n ; deman-

Bahá » continue à briller et à revivifier les

de à ‘abdu’l-Bahá de construire le mausolée du

hommes, 445 ; sa religion triomphe, 445 ;

Báb, 401 ; révèle la lawh-i-Karmel, (citée) 402-

Testament nommant ‘abdu’l-Bahá comme Centre

405 ; condition future du mt Carmel, 404 ; est

de l’alliance et interprète du verbe, 445 : titres
impatient d’annoncer sa révélation à toutes les

donnés à ‘abdu’l-Bahá, 445 ; sens de l’alliance

villes, 404 ; reçoit e. G. Browne, qui le décrit et

léguée dans son testament et termes du testament,

cite ses paroles, 398-400 ; ‘abdu’l Bahá : protège

446-449 ; définit le rôle de sa famille, 449 ; per-

son père, 405, 407-408, 441 ; une épître révélée

sonnes présentes au temps de l’ascension, 449,

quand il visite Beyrout, 405-406 ; rang de ‘abdu’l-

454 ; contraste entre sa vie, sa mort, et celles de ses

Bahá expliqué, 377-378, 405-406, 442, 449 ;

adversaires, 452 ; enterrement, 452 ; Tablette de

écrits : y consacre ses dernières années, 407-409 ;

souvenance, 452 ; pièce du mausolée renforcé,

classés par le Gardien, 409, par mírzá abu’l fad∂l,

462 ; son ascension termine période sans égale

410 ; Tablettes énonçant les principes, 409 ; son

dans l’histoire religieuse, 454 ; sens de cet événe-

dernier livre, épître au fils du loup 409-410 ;

ment, 454 ; sa vie et ses actions, quelques aspects :
quantité et authenticité, 410 ; paroles sans égales,

parle de lui et de ses sentiments, 136, 137-141,

14 ; ennemis à istanbul : noms, 411 ; décrit les

147 ; ses souffrances, 79, 98-99, 101, 102, 104,

activités hostiles des azalís, 411-414, des officiels

123-124, 126, 129, 137, 139, 140, 141, 146, 147,

persans. 417-418 ; envoie h∆ájí shaykh

232, 246, 262, 266, 309, 334, 357, et son but en les

muh∂ammad ‘alí de qazvín à istanbul, 419 ; invité

supportant, 448 ; son courage, 97, 150, 166-168.

plus tard à acre, 421 ; commande à áqá mírzá

172, 173, 182, 261 ; son humour, 58, 174, 197,

muhsin-i-afnán de soulager, 421, mais le h∆ájí doit

220 ; sa colère, 37, 137, 214, 442 ; effets causés

revenir, 423, envoie d’autres s’opposer aux accusa-

par sa voix et sa personne, 58, 88, 133, 136, 156,

tions et régler les affaires, 423 ; demande à áqá

161, 172, 368, 399 ; attitude envers les messagers

siyyid ah∂mad-i-afnán de partir, 424 ; dernières

de dieu, 37, 38, 190, 378 ; mains de la Cause
années attristées par les intrigues, 427 ; famille de

nommées par, 34, 50, 424 ; noms donnés à

áqá mírzá áqá núri’d-dín : appelée en terre sain-

qurratu’l-‘ayn, 47, 62 ; bábís à Badasht, 62 ;

te, 432 ; à haïfa quand le groupe arrive (1891),

mírzá áqá Ján, 132 ; mullá muh∂ammad-i-zarandí,

432 ; les accueille, 432 ; voir habibu’lláh afnán,

153 ; áqá siyyid ismá’íl-i-zavári’í, 157 ; Badí’,

h∆ájí mírzá, pour des réunions de famille avec

327 ; fátimih Khánum, 372 ; shaykh Kázim de

Bahá’u’lláh ; attristé par la mort des sept martyrs

qazvín, 414 ; áqá mírzá áqá, 429, voir ismu’lláh

de yazd, 436 ; commente les actes de Jalálu’d

(le nom de dieu) ; futur de la Perse et de Téhéran,

dawlih, zillu’s sulπán, et des qadjar, 436-437 ;

19, 378.

explique le rôle des martyrs, 443-444 ; révèle

Bahjí, illustrations : le manoir et ses bâtiments

lawh-i-dunyá, 437 ; parle du Báb et de lui-même,

annexes, 391 ; balcon et peintures murales, 393 ;
438-439 ; compare les attitudes tyranniques du sul-

pièce de séjour de Bahá’u’lláh, 398 ; son divan et

tan ‘abdu’l‘azíz et du chah nás∂iri’d dín, 439 ;

son taj, 399 ; hall central du manoir, 404, vue

processus de la révélation expliqué et illustré, 440 ;

aérienne des bâtiments d’origine, 405 ; manoir

chevauche jusqu’au jardin de Junaynih, 441 ;

avant que les jardins actuels soient plantés, 440 ; le

envoie les bahá’ís accueillir ‘abdu’l-Bahá, 441,

manoir aujourd’hui, 443 ; vue aérienne en mai

442 ; conseille à ses fils d’être fermes, 442 ; parle

1979, 450 ; le mausolée de Bahá’u’lláh les pre-

de mírzá yah∂yá, de la mère du Báb, des religieux

mières années, 451 ; entrée du mausolée aujour-

chiites, et de mullá ‘alíy-i-sabzivári, 443 ; prévoit

d’hui, 453 ; palais de ‘abdu’lláh Páshá, 342, 385,

que toutes les nations entreront dans la cause, 443 ;

389 ; aqueduc, 360n ; manoir bâti par ‘udi

explique le long règne de násiri’d dín shah, 444 ;

Khammár, 389 ; manoir acheté pour Bahá’u’lláh,
mais le stigmatise, 456 ; ascension et testament :

389 ; sa vie à Bahjí, 390, 437-444 ; visite de e.G.

index

Browne, 398 ; Bahá’u’lláh revient d’un séjour à

Bouddha, 137

haïfa (1891), 437 ; ascension et enterrement de

Bourée, nicolas, ministre français à istanbul, 481

Bahá’u’lláh, 449, 452 ; voir mausolée de

Branche, la-Plus-Pure-, la, voir mihdí, mírzá

Bahá’u’lláh ; mentionné, 392, 394, 423

Braunschweig, Graf von, premier diplomate allemand

Bahman mírzá, Prince, 39

à Téhéran, 460n, 474

Bahrám mírzá, Prince (mu’izzu’d-dawlih), 72

Britannique, flotte devant acre (1840), 297 ; Traité de

Bakhtíyárí, territoire, 31 ; chef, 328

Paris (1856), 316 ; construit le système télégra-

Ballois, m. de, ministre français à Téhéran, 460, 461

phique en Perse (1864), 465 ; frontière persane
Balouchistan. 464

avec le Balúchistán, 465 ; bureau télégraphique à

Balyuzi, h.m., journal de son père, cité, 477n

Julfá, 311 ; visites de nás∂iri’d-dín sháh, 469

Bandar ‘abbás, 464

(1873), 475 (1889) ; docteurs pendant la guerre de

Bandar Jaz (Bandar Gaz), 67

1877-8, 483 ; influence à Téhéran (1884), 460 ;

Báqir, mullá, bábí qui soutient Bahá’u’lláh, 159-160

obtient le passage libre sur la rivière Karún, 474 ;

Báqir, ustád, voir muh∂ammad Báqir-i-Kásháni, áqá mandat pour la
Palestine, 298, 345 ; mentionné,

(ustád)

Báqir-i-Káshání, h∆ájí (makhmal Báf), 226

Britanniques, représentants diplomates, andrinople,

Báqir-i-Káshání, ustád, 180

280, addenda ii passim ; Bagdad, 176 ; diyárbakr,

Báqir-i-shírází, mírzá, écrit un traité réfutant les pré-

212n, 213 ; istanbul, 212-213n, 213 ; Tabriz, 259 ;

tentions de mírzá yah∂yá, 263 ; note biographique,
Téhéran, 72, 459, 461

Britannique, société pour la Propagation de l’évangi-

Báqir-i-Tabrízí, mullá, lettre-du-vivant, 75, 84, 274

le, 480

Baraπallih, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 204

Browne, edward Granville, siège de Plevna lui donne

Bárfurúsh, voir Bábul

envie de faire des études orientales, 287 ; traduc-

Bas∂rah, 167, 172, 246

tion de l’épître à Badí’, 324-325 ; effet de la défec-

Bayán, 50, 61, 133, 145, 266, 274, 377

tion de mírzá yah∂yá, 246 ; visite acre et décrit sa

Bayd∂ún, ‘abdu’l-Ghani, 342 ; famille, 389n

renconte avec Bahá’u’lláh, 398, 401 ; décrit sa ren-

Bayt-i-‘abbúd, voir maison de ‘abbúd

contre avec ‘abdu’l-Bahá, 406-407 ; décrit siyyid

Bayt-i-fanduq, haïfa, où Bahá’u’lláh séjourna, 400

Jamálu’d-dín à londres, 476 ; mentionné 418, 424

Bayt-i-zahlán, haïfa, Bahá’u’lláh séjourna à côté, 401
Bukhárá, 424

Bellew, dr, orientaliste, 466

Bulgarie, 483

« Bien-aimé des martyrs », voir h∆usayn, mírzá

Bulwer, sir henry, ambassadeur britannique à istanbul,

Benjamin, premier americain envoyé en Perse, 474

213n, 213

Berdjis, mas‘ud. 142n

Buq‘atu’l-h∆amrá’(le lieu vermeil), colline près de

Berlin, 378

Bahjí, 391

Beyrouth, visite de ‘abdu’l-Bahá, 405-406 ; vilayet de

Burj al-Kummandar, acre, 360n

Beyrouth, 398n ; afnán marié à une fille de

Burju’s-sulπán, tour des croisés à acre, 353n ; illustra-

Bahá’u’lláh à, 414 ; mentionné, 297

tion, 354

Bibliothèque nationale, Paris, 426

Buisson ardent, 404

Bihjatu’s-s∆udúr, cité, 323
Burújird, 31

Bilál ibn ribáh∂, premier muezzin de l’islam, 290n

Búshihr (Bouchir), 432, 460

Birkás, Turquie, 226

Bustán-i-Kabír, jardin à mazra’ih, 390

Bismarck, Prince, homme d’état allemand, 460

Buyúk Khánum, voir ásiyih Khánum

Blunt, John e., British consul à andrinople, addenda ii

Búyúk Chakmachih, Turquie, 226 ; illustration du

passim

pont, 227

Boghos agha, dirigeant protestant d’andrinople, 479

Buzurg, h∆ájí mírzá, frère de h∆ájí mírzá habibu’lláh

Bombay, 27, 189, 414, 431, 496

afnán, 431, 437, 438, 440

dans la Gloire du Père

Buzurg-i-vazír, mírzá (‘abbás-i-núrí mírzá), père de

Chevaliers de saint-Jean (hospitaliers), 298

Bahá’u’lláh, illustration, 26 ; origine du nom. 27-
Chihríq, où le Báb fut emprisonné, 61, 84, 88

28 ; ancêtres. 27n ; famille, 29-34 ; père de

Chiites, chiisme : zaydí, 25 ; en irak, 48, 261 ; clergé,

Bahá’u’lláh, 27, 35, 36 ; nommé vizir, 28, et sa

81, 260, 443, 502, 504 ; doctrine, 171n ; attente du

réussite, 32n ; amitié avec mírzá abu’l-qásim, 31,

qá’im, 188 ; mujtahids qui recommandent la mort

39 ; inimitié de h∆ájí mírzá áqásí, 28, 31-32 ; gou-

de Badí’, 327, et refusent de répondre à l’épître au

vernorat, 31 ; sa dernière femme divorce, 32, 34 ;

chah de Bahá’u’lláh, 327, 333, 335 ; « église-

difficultés financières et autres, 32-33 ; décès

état », 456 ; mentionné, 305, 449

(1839) et enterrement, 33 ; calligraphie : illustra-

Chíkíshlíyár, près de l’embouchure de la rivière atrak,

tion, 36, voir 28, 35, 41 ; maisons de, à Téhéran.

32, 33, 35, à Tákur, 32, 35 ; personnalité décrite,

Chine, 129, 486, 465

53 ; mentionné, 110
Chiraz, déclaration du Báb, 43-46 passim, 236 ; pre-Buzurg Khán-i-qazvíní,
mírzá, consul persan à

mier martyr bábí, 189 ; épître de ‘abdu’l-Bahá

Bagdad et sa campagne contre Bahá’u’lláh, 160,

concernant mírzá yah∂yá, 205 ; munírih Khánum

163, 165 ; ‘abdu’l-Bahá parle de ses complots,

s’y arrête en route vers acre, 370 ; mentionné, 18,

166-167, promesse de shaykh ‘abdu’l-h∆usayn,

19, 71, 115-118 passim, 131, 365, 431-432, 458, 169 ; rappelé en Perse il
continue sa vendetta,

495, 501

176 ; raison de sa révocation, 181 ; mentionné,

Chirol, sir valentine, conte sa visite en Perse (1884),

174, 176, 416, 477

458-462 ; en Terre sainte, il est reçu par

Buzurg-i-afnán, h∆ájí mírzá, cousin du Báb à hong-

Bahá’u’lláh, 394 ; cité à propos du général

Kong, 397

Gordon, 488

Byzantins, 239

Chosroes i, roi sassanide, 27, 455n
Chrétiens, Christianisme : croisés, 295, 298, 305 ; rois

C

de la chrétienté à qui s’adresse Bahá’u’lláh, 267 ;

Caire, le 265, 272, 449

au temps du bannissement de Bahá’u’lláh

Califat, 25, 235-236

d’andrinople, 281 ; épître adressée à, 409 ; au

Cambridge, Bibliothèque universitaire de, 418

temps de l’ascension de Bahá’u’lláh, 449 ; monas-

Camerloher, m. de, consul autrichien à andrinople,

tère sur le mt Carmel, 402 ; mentionnés, 204, 209,

212, 213, 226, 305, 314, 341, 347

Cananéenne, 295, 390

Christ, voir Jésus, le Christ

Carmel, mont, illustration, 296 ; prophéties bibliques

Citadelle, la (la Plus-grande-Prison), acre, illustra-

sur, 307 ; prédiction de Bahá’u’lláh concernant,

tions : extérieur, 312, pièce occupée par

387, 390 ; lawh-i-Karmil révélée, 402 ; Badí’
Bahá’u’lláh, 313 ; description de, 298, 306 ;

reçoit l’épître au sháh, 324 ; Bahá’u’lláh indique

Bahá’u’lláh et ses compagons emprisonnés, 295 ;

le site pour le mausolée du Báb, 401 ; sa tente au

liste des exilés à acre, 300-302 ; partie réservée à

pied du, 432, 432n ; les restes de la Branche-la-

Bahá’u’lláh et sa famille, 298 ; mort de trois exi-

Plus-Pure et de sa mère portés sur, 338 ; mention-

lés, 309, 312 ; sévérité de l’imprisonnement et son

né, 316, 317, 389, 392, 486

atténuation, 309, 311-313 ; arrivée des pèlerins,

Caspienne, mer, 25, 458, 461, 470, 474

314, 316-317 ; Bahá’u’lláh et les exilés sortent de,

Catafago, Kháji louis, agent consulaire français, acre,

341 ; mentionnée, 394

346 ; son fils César, 346

Chúpán, dr, 247

Catherine la Grande, Tsarine de russie, 455

Chypre, mírzá yah∂yá banni à, avec sa famille et quatre

Celui que dieu manifestera, 103-104, 368
bahá’ís. 276, 293 ; exil de áqá ‘abdu’l-Ghaffár,

Césarée, 341

293 ; exil de mullá adi Guzal, 293 ; nabíl visite,

Chahbar (Cháhbahár), 464

317 ; Badri Ján y est envoyée, 362 ; décès de

mírzá yah∂yá. 452 ; mentionné, 343, 346

index

Circassiens, 485

Caire, 265, 272, 289-290, 427 ; à damas, 311 ; en

Cité de dieu, 404

europe, 316 ; à istanbul, 413, 416, 417, 421, 426,

Colonie des « Templiers » allemands, haïfa, 401, illus-

480, voir ∆h∆usayn Khán, h∆ájí mírzá ; à izmir, 288 ; tration, 401

à londres, 477

Congo, 488

diyáláh, rivière, 201

Congrès de Berlin, 471

d∆iyárbakr (diyarbakir). Turquie, étape du voyage

Constantin le Grand, 219
depuis Bagdad, 205, 210-211

Constitution (Perse), 328, 473, 477

d∆iyá’u’lláh, mírzá, fils de Bahá’u’lláh, illustration,

Consuls des Puissances étrangères, à andrinople, 279-

264 ; naissance, 244 ; exilé à acre, 301 ; avertisse-

281, 479-480, d’irak et d’égypte, 281

ment de Bahá’u’lláh, 442

Cosaques, russes, 484 ; Brigade, iran, 328

dí∆yá’u’lláh, mírzá, frère de h∆ájí mullá h∆abibu’lláh

Croisés, acre leur capitale, 295 ; leurs constructions

afnán, 431, 438

dans la citadelle, 298 ; Burju’s-sulπán, tour à acre,

d∆íyá’u’s-saltánih (sháh Bigum), femme de mírzá

353n ; st-Jean- d’acre, 305

Buzurg, 30 ; divorce et règlement du mariage, 32-

Ctésiphon, 17

Curzon, lord. 394

dizfúl. Perse, 502

doktoroglu, sami, 48n, 491
D

dolgorouki, Prince, ministre russe en iran, son rôle

dabíru’l-mulk, consul persan à Bagdad, 157

dans la libération de Bahá’u’lláh in 1852, 121,

damas, 290n, 297, 311. 394, 449 ; vilayet de damas,

122 ; légation officielle qui accompagnes

398n

Bahá’u’lláh à Bagdad, 124

damávand, mt, 17

druzes, 295, 449

daniel, le Prophète, 19

dúst-‘alí Khán (mu‘ayyiru’l-mamálik), 101

danube, districts du, empire ottoman, 480

dúst-muh∂ammad Khán, 101n

darius, roi achéménide, 19

dúst-Khurmátú (Tuz Khurmátú), irak, étape du voya-

dárkalá, 57

ge depuis Bagdad, 203

dáru’l-funún, collège, instituté par amír Kabír, 93,

E

dasht-i-Kavír, 17

eau de rose, Bahá’u’lláh en parle, 440

dasht-i-lút, 17

ecbatane, 19

david, le Psalmiste, 306, 307

écritures, bahá’íes, catégories listées, 409, 410 ; éten-

dawúdí, siyyid, notable de Bagdad, 148, 152

due de 408, 410, 446

dayyán, voir asadu’lláh, mírzá, of Khuy

édirne, voir andrinople

déclaration de Bahá’u’lláh, 195-196, 236

edward vii, 475

dhabíh∂, voir ismá’íl-i-zavári’í, áqá sivyid

égypte, relation historique avec acre, 295, 297, déten-

dhabíh, voir muh∂ammad-ismá‘íl-i-dhabíh∂-i-Kásháni

tion de h∆ájí mírzá haydar ‘alí. 272, 289 ; empri-

dhikru’lláh, mírzá. fils de mírzá muh∂ammad-qulí,

sonment de nabíl, 289-292 ; mentionnée, 124,

exilé à acre, 301
129, 216, 219n, 258, 265, 488-489 passim, 476

dieu, pouvoirs et signes de, 190 ; face de, 402 ; trône

elbourz chaîne de l’, 17

établi sur mt Carmel, 404

élie, grotte d’, mt Carmel, 402

dili-‘abbás, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 201

elizabeth i, reine d’angleterre, 459

dilík-Tásh, Turquie, étape du voyage depuis Bagdad,

elliot, mr, ministre britannique à istanbul. 479

émir de qá’inát (mir’alam Khán), 318, 466

diplomates persans : à acre, 343, 346 ; à Bagdad, 129,

erzeroum (erzerum), Turquie, 160

149, 157, voir Buzurg Khán-i-qazviní, mírzá ; au

esfia (‘isfiya), village druze, mt Carmel. 487

dans la Gloire du Père

esslemont, dr J. f., 390

fáπimih, fille de muh∂ammad, 38, 183, 372

« étendard noir », 68
fáπimih, exilée à acre, 302

éthiopie, 290n

fáπimih Bigum, mère du Báb, accepte la foi, 443

euphrate, fleuve, 17, 210, 215

fáπimih Khánum, voir munírih Khánuni

europe : Puissances interviennent à acre (1840), 297 ;

fáπimih Khánum afnán, 189

trois visites de nás∂iri’d-dín shah, 469, 470, 471,

fáπimih sulπán Khánum, femme de mírzá músá, exilée

474, 475 ; légations à Téhéran (1884), 460 ; admi-

à acre, 301

nistateurs européens à Téhéran (1884), 460-461 ;

fáπimih sultán Khánum, fille de mírzá Buzurg, 30

besoin de paix, 400 ; mentionnée, 481

fayd∂í Páshá, gouverneur d’acre, 380

euxine (mer noire), 217

fín, près de Káshán, 93

firaydún mírzá (farmán-farmá), 32, 71, 116n

F

firayját, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 198
fád∂il-i-mazandéraní, 423

firdaws, 208

fád∂il-i-∏ihrání, célèbre enseignant bahá’í, 162

firdaws, jardin de, près d’acre, 390

fád∂lu’lláh, mírzá (niz∂ámu’l mamálik), 369

foi, miracles sont des tests pour la. 260

fad∂lu’lláh, mírzá, exilé à acre, 301

foi bahá’íe, berceau de la, 19 ; fruit révélations précé-

fad∂lu’lláh-i-núrí, mírzá (vazír-niz∂ám), 176

dentes, 124 ; heure de la manifestation, 376-404 ;

fakhru’d-dín, chef druse, 295, 298

indiscrétions des disciples à istanbul, 272 ; déjoue

famagouste, 82, 362, 492

les intrigues des azalís d’istanbul, 427 ; l’alliance

famille de Bahá’u’lláh (la sainte famille), voyage

la protège, 466 ; aucun lien avec la sédition, 223 ;

d’exil à Bagdad, 124, 126 ; entend parler de

rôle des martyrs, 437 ; les gouvernements ne peu-

Bahá’u’lláh à sulaymáníyyih, 140 ; part au jardin

vent la vaincre, 233 ; succès, 445 ; shoghi effendi
de rid∂ván (Bagdad), 197 ; accompagne

en cite les principaux événements, 236 ;

Bahá’u’lláh à istanbul, 179 ; à acre, 316, 374 ;

mushíru’d-dawlih change d’opinion sur, 467-468,

précepteurs des fils, 438 ; aghsán, 442, 448, 449 ;

469 ; au temps de l’ascension de Bahá’u’lláh, 454 ;

au temps de l’ascension de Bahá’u’lláh, 454

Bahá’u’lláh promet que le monde entier l’accep-

faraj-i-sulπánábádí, áqá, exilé à acre, 302 ; arrêté lors

tera, 443 ; archives internationales, 33, 140, 188,

du meurtre des azalís, 356

247n

faraju’lláh-i-Tafrishí, h∆ájí, exilé à acre, 302 ; arrêté france, 455, 481

lors du meurtre des azalís, 357

françois-Joseph, empereur, 378

farhád mírzá, h∆ájí (mu’tamidu’d-dawlih), 30n, 470,

fu’ád Páshá, Keçeci-zádih muh∂ammad, illustration,

277 ; ministre ottoman des affaires étrangères,

fáris, médecin à alexandrie, 291
177 ; ordonne le bannissement de Bahá’u’lláh à

farmán (édit) du sultan ‘abdu’l-‘azíz. illustration,

andrinople, 221, 277 ; note biographique, 495 ;

310 ; 236, 2309-311, 363, 385. 406, 449

mentionnée, 481,493

farmán-farmá, gouverneur de fars, 116

furúghíyyih Khánum, fille de Bahá’u’lláh, 392, 414

farrant, Colonel. chargé d’affaires britannique, 91

farrukh Khán-i-Ghaffári (aminu’d-dawlih). de

G

Káshán, envoyé persan en europe, 316 ; son fils

Gabriel, ange, 37

devient bahá’í, 316n ; mentionné, 318

Gallipoli, illustration, 283, Bahá’u’lláh et ses compa-

fárs, province de Perse, 32, 81

gnons s’y arrêtent en route vers acre, 284, 284-

fath∂-‘alí, mírzá (fath∂-i-a’z∂am), 285 ; note biogra-

285, 287 ; mentionné, 267, addenda ii passim ;

phique, 494

addenda iii, 483
fath∂-‘alí shah, 28, 30, 116n, 224n, 472, 493

Garmrúd, 504

fath∂u’lláh-i-qumí, mullá, martyr de 1852, 95-96, 109

Gawhar Khánum, exilée à acre, 301

index

Gawhar-shád, mosquée de, 17-18

sim

Getsinger, lua, célèbre enseignante bahá’íe, 119

h∆ájibu’d-dawlih, voir ‘alí Khán, h∆ájí

Ghulám-‘alí, áqá, of Káshán, 441

h∆akím, dr lutfu’lláh. 166

Ghulám-‘alí, mírzá. neveu de Bahá’u’lláh, 113

h∆akímu’l-mulk (mírzá ‘alí naqí), 472

Ghulám-h∆usayn, áqá, de shúshtar, rencontre

hamadán, 19, 140, 159, 476n, 503

Bahá’u’lláh à Kirmánsháh, 127

hamdamu’l-mulk (hamdamu’s-saltanih), fille d’amír

Gílán, province de Perse, 17, 110, 456

Kabír, 93
Gi’uk Tappih (Geok Teppe), 463-464

hammám al-Páshá, illustration, 315 ; mentionné. 316,

Ghánim, shaykh, mausolée de, 345

Goldsmid, sir frederic, 464-466

h∆amzih mírzá (h∆ishmatu’d-dawlih), gouverneur-

Gordon, Charles George, général, en Terre sainte, 392 ;

général du Khurásán, 68 ; refuse d’exécuter le

décrit par Chirol et oliphant, 487-489 ; note bio-

Báb, 462 ; reconquiert hirát, mais perd marv, 462 ;

graphique, 489

note biographique, 496

Goumoens, von, captaine, rapporte les martyrs des

h∆asan ághá, père de mustafá núri Páshá, 503

bábís, 105-106 ; mentionné, 107

h∆asan effendi, capitaine turc, 284

Gouvernorat (Palais du gouverneur, seraye), acre :

h∆asan, h∆ájí, de Tabriz, rencontre Bahá’u’lláh à

345, 352-354, 359, 363n

Bagdad, 497
Grecs, 295

h∆asan Khán (sálár), se rebelle au Khurásán, 91

Gardien de la foi bahá’íe, voir shoghi effendi

h∆asan Khán, h∆ájí mírzá (Khabíru’l-mulk), illustra-

Guerre mondiale, Première, 466

tion, 415 : peut-être azalí, décapité à Tabriz (1896),

Guillaume 1er, de Prussie et d’allemagne, 378, 460n

Gul-i-Guláb, voir h∆asan, mírzá

h∆asan Khán, h∆ájí mírzá. consul persan au Caire, 265,

Gwadur (Gúwádur), dans le golf d’oman, 464, 465

272, 289-291 passim

Gwatar (Gúwátar), ville et baie, 465

h∆asan Khán, mírzá (vazír-niz∂ám), frère de mírzá Taqí

Gyáwur Kyuy, village, Turquie, 267

Khán, 462

h∆asan, mírzá, frère de muh∂ammad Taqí Khán d’ámul,

H

h∆abíbih Khánum, exilée à acre, 302 ; mentionnée, 500
h∆asan, mírzá (Gul-i-Guláb), soutien Bahá’u’lláh, 131 ;

hádí, áqá mírzá, père de shoghi effendi, 432

messager de shaykh murtidá vers Bahá’u’lláh,

hádiy-i-Javáhirí, h∆ájí mírzá, Persan de Bagdad, 161,

163-164

h∆asan, mírzá (mustawfíyu’l-mamálik), 506

hádiy-i-nahrí, mírzá, récit de sa vie et de sa mort, 365-

h∆asan, mírzá (sulπánu’sh-shuhadá’), reçoit épîtres et

367 passim

instructions de Bahá’u’lláh, 370 ; mentionné,

hadrien, empereur romain, 239

365n, 368, 409

h∆áfiz∂, 18 ; cité, 19, 43, 49, 173, 199, 290, 439

h∆asan ághá, Turquie, étape du voyage depuis Bagdad,

hagar, 435n

haïfa. illustrations : Baie et ville avec mt Carmel, 296,

h∆asan-‘alí, h∆ájí mírzá (Khál-i-as∂ghar), oncle mater-

colonie « templière » allemande, 401, mausolée du
nel du Báb, 187, 189

Báb, 402, carte de haïfa en 1880, 401, carte des

h∆asan-‘alí Khán-i-qájár, commande l’attaque de

lieux saints bahá’ís, 433 ; développement de, 298 ;

Tákur, 110, 113

Bahá’u’lláh arrive, 293, 400 ; colons bahá’ís à,

h∆asan-‘alí mírzá (shujá’u’s-saltanih), 28

316 ; quatre visites de Bahá’u’lláh, 400-401, 432,

h∆asan-i-‘amú, mullá, envoyé par les oulémas voir

434n ; visite de midh∂at Páshá, 405n ; le groupe des

Bahá’u’lláh, 167-168, 172

afnán arrive (juillet 1891), 432 ; climat et maladie

h∆asan al-Basrí, voyant du début de l’islam, 290n

à, 435 ; visite du général Gordon, addenda iv pas-

h∆asan-i-hakím Báshrí, h∆ájí mírzá, hôte de

Bahá’u’lláh à Kerbéla, 132

dans la Gloire du Père

h∆asan-i-Khamsi’í, martyr de 1852, 109

l’exil de Bahá’u’lláh à acre, 234 ; informe les
h∆asan-i-Khu’í, 75

consuls persans d’irak et d’égypte que la protec-

h∆asan-i-Khurásání, siyyid (h∆asan-i-rad∂avi, h∆ájí

tion turque est retirée, 310 ; agit pour s’assurer de

mírzá), martyr de 1852, 109

la dureté de l’emprisonnement à acre, 312 ; chah

h∆asan-i-Kujúrí, h∆ájí, 111

lui envoie l’épître qu’il a reçue de Bahá’u’lláh,

h∆asan-i-Turk, h∆ájí, soutien Bahá’u’lláh à Bagdad, 157

326 ; commandé de se rendre à Bagdad pour y

h∆asan-i-zunúzí, shaykh, secrétaire du Báb, 67 ; recon-

recevoir le chah, 466 ; arrestation et libération de

naît Bahá’u’lláh à Kerbéla (oct. 1851), 88

shaykh salmán, et effet des pétitions bahá’íes sur

háshim, h∆ájí mullá, religieux chiite, 154

Bahá’u’lláh, 466-469 ; devient grand vizir, 468 ;

háshim Khán, h∆ájí. fonctionnaire de Chiraz, 468

organise la concession reuter, 469 ; révoqué

háshim-i-‘aππár, h∆ájí, marchand de Bagdad qui accep-

comme grand vizir, 470-471 ; devient ministre des
te Bahá’u’lláh, 131, 163

affaires étrangères, 470 ; postes suivants et décès,

h∆avvá Khánum, femme de mírzá músá, exilée à

472 ; chah obtient de l’argent pour sa propriété,

Bagdad, 301

472 ; son frère hérite de son titre, 473 ; Bahá’u’lláh

hayát-qulí Khán. gouverneur de Karand, 127

lui pardonne dans l’épître au fils du loup, 233-

h∆aydar-‘alí, h∆ájí mírzá, arrive à andrinople, 258 ;

234, et dans une autre épître, 234 ; note biogra-

banni au soudan, 271, 274 ; nabíl fait appel de sa

phique, 496 ; mentionné, 164, 219, 221, 223, 267,

détention, 289 ; libéré, 392 ; mémoire cité concer-

471, 477, 505, 506

nant Badí’, 324, et mushíru’d-dawlih, 466 ; men-

h∆usayn Khán (niz∂ámu’d-dawlih, s∆áh∂ib-ikhtíyár),

tionné, 341

gouverneur de fárs, 71

h∆aydar-‘alí uskú’í, mírzá. auteur d’une histoire de la

h∆usayn, mírzá (mah∂búbu’sh-shuhadá’), 365n, 368,
foi en azerbaïdjan, 259

370, 409,

herat (hirát), 460, 462

h∆usayn, le Promis, 88

hindíyán. 494

h∆usayn ‘alíy-i-isfahání, áqá, marchand à istanbul,

h∆isámu’s-saltanih, voir sulπán murád mírzá

h∆ishmatu’d-dawlih, voir hamzih mírzá

h∆usayn ‘alí, Khayyát-i-Káshání (Khayyát-Báshi),

hizárjaríb, district de Perse, 67

émigre à istanbul, 180 ; exilé à acre, 303 ; assassi-

hong-Kong, 397, 414

né à acre, 356, mentionné, 226, 244, 248

hongrie, 505

h∆usayn ‘alí, mírzá, voir Bahá’u’lláh

h∆ujjat (mullá muh∂ammad ‘alíy-i-zanjání), porte une

h∆usayn ‘alí mírzá (farmán farmá), 116n, 149

épître du Báb au premier ministre, 71 ; battu à

h∆usayn ‘alí, sivyid, bábí de Bagdad, 269
zanján, 81, 92, mentionné, 103, 494

h∆usayn aqáy-i-qahvih-chí, de Tabriz, exilé à acre

húlágú Khán, 219n

301 ; arrêté après le meurtre des azalís, 352, 357

h∆uqúqu’lláh, 424

h∆usayn-i-ashchí, áqá, illustrations, 12, 264 ; vie et

h∆urúf-i-h∆ayy, voir lettres-du-vivant

souvenirs, 13, 14 ; caractère et dévouement, 352 ;

h∆usayn, imam. 92, 154, 338, 425, 441n, 443, 444,

émigre à istanbul, 181 ; cuisinier de Bahá’u’lláh,

492 ; mausolée de, 88

242, 244, 270, 279 ; exilé à acre, 302 ; oncle d’un

h∆usayn Khán, h∆ájí mírzá (mushíru’d-dawlih), illus-

pélerin à acre, 316, 318, participe au meurtre de

tration, 235 ; ambassadeur persan à istanbul. 160 ;

trois azalís, 351, 356 ; note biographique, 497 ;

son rôle dans le départ de Bahá’u’lláh de Bagdad,

mentionné, 200, 214, 369

177, 470 ; Bahá’u’lláh intercède pour un persan à

h∆usayn-i-Bagdadí, visite andrinople, 265
ma’dan-i-mis, 212 ; insiste pour que Bahá’u’lláh

h∆usayn-i-Bushrú’í, mullá (Bábu’l-Báb), raconte la

soit banni à andrinople, 221 ; Bahá’u’lláh l’admo-

déclaration du Báb, 44-46 ; reçoit du Báb mission

neste, 233 ; loue Bahá’u’lláh et ses compagnons

d’aller à Téhéran, 48, 49-50, 69 ; son voyage, 49-

lorsqu’il est à istanbul, 224 ; son estime pour

51 ; arrive et accomplit sa mission, 51-54 ; le Báb

mishkín-qalam and sayyáh∂, 272 ; responsable de

lui demande d’aider quddús, 68 ; les bábís se joi-

index

gnent à lui sous l’étendard noir, 68 ; à shaykh

180, assassiné à acre, 356, mentionné 200, 254

∏abarsí et décès, 55, 69, 92 ; mentionné, 103, 365

‘id al-ad∂h∂á, al-, fête musulmane, 204, 435n

h∆usayn-i-is∂fahání, áqá (mírzá), voir mishkín-qalam iláhíyyih, Turquie,
étape du voyage depuis Bagdad,

h∆usayn Ján-i-milání, martyr de 1852, 108, 110

h∆usayn-i-Káshání (Káshi), áqá siyyid, émigre à
ilyás abyad, maison de, haïfa, où Bahá’u’lláh séjour-

istanbul, 180 ; renvoyé chez lui depuis

na, 401

andrinople, 197 ; mentionné, 200, 226

‘imádu’d-dawlih, voir imám qulí mírzá, prince

h∆usayn-i-Kátib, siyyid, de yazd, lettre-du-vivant et

imams, 25, 129, douzième, 188 ; voir ‘alí, h∆usayn, martyr de 1852, 76, 107

rid∂á (imams)

h∆usayn-i-Khurásání, mullá, martyr de 1852, 109, 470

imám-qulí mírzá, Prince (‘imádu’d-dawlih), gouver-

h∆usayn-i-mutavallíy-i-qumí, mírzá. déserte à ∏abarsi,

neur de Kirmánsháh, 416, 473n

122 ; attitude dans le síyáh-Chál et histoire,

imám-virdí mírzá, fils de fath∂-‘alí shah, 28

102,122 ; condamné à la prison à vie mais banni,

imám-zádih h∆asan, mausolée de, où fut caché le corps

109 ; inquiétude pour la sécurité de Bahá’u’lláh,

du Báb, 87

172 : tablette révélée pour, 173

lnde, 177, 365, 465, 502
h∆usayn-i-najjár, áqá mírzá, exilé à acre, 302 ; parti-

institut de langues orientales, st-Petersbourg, 324

cipe au meurtre des trois azalís, 351, 356

intiz∂ámu’s-salπanih, dévouée à ‘abdu’l¬Bahá, 34

h∆usayn-i-naráqí, áqá, rejoint le voyage partant de

irak, tombe de mírzá Buzurg, 33 ; fief des religieux

Bagdad, 212

chiites, 48 ; séjour de Bahá’u’lláh à Kerbéla et

h∆usayn-i-qas∂s∂ab, áqá, 225

dans les villes saintes, chap. 13 ; il choisit l’irak h∆usayn-i-rawdih-Khán,
siyyid, dévoile à Bahá’u’lláh

pour son exil, 124, son séjour en Kurdistan irakien,

les complots contre lui, 172

chap. 21 ; visites des villes saintes par nás∂iri’d-

h∆usayn-i-sharif-i-Káshání, mírzá, épouse la fille de

dín sháh, 466 ; mentionné 17, 73, 130, 187, 188,

áqá muh∂ammad Táhir, 415 ; accusations contre,

217, 232, 476n, 502, 503, 504

426 ; fait chevalier, 427

irbíl (arbil, erbil), irak, étape du voyage depuis

h∆usayn-i-shírází, h∆ájí mírzá, banni au soudan, 258
Bagdad, 204

h∆usayn-i-Turshízí, áqá siyyid, un des sept martyrs de

iris (yeshil irmak), rivière, 216

Téhéran, 75

isaïe (ésaïe), le prophète, 377

h∆usníyyih, exilé à acre, 302

íshán (« ils »), une désignation de Bahá’u’lláh, 142

h∆usníyyih Khánum, fille de mírzá Buzurg, 30

‘ishqábád, 414, 506

islam, 63, 394, 476

I

ismá’íl Khán, mírzá, employé bahá’í de l’ambassade

ibn-álúsí, érudit sunnite attiré par Bahá’u’lláh, 148,

de Perse, istanbul, 425

ismá’íl Páshá, khédive d’égypte, 272, 289

ibn-i-as∂daq, main de la cause de dieu, 34, 50

ismá’íl, sháh, foundateur de la dynastie safavide, 19,

ibnu’l fárid∂, mystique égyptien, 142

ibráhím Big-i-Khurásání, martyr de 1852, 109

ismá’íl, shaykh, murshid soufi à sulaymáníyyih, 141

ibráhím Khán, mírzá, consul persan à Bagdad, 129,

ismá’íl, siyyid, présent à qom lorsque arrivent les

149, 157n

effets personels du Báb, 85

ibráhím, mírzá, père du roi des martyrs et du bien-

ismá’íl-i-Káshi (Káshání), ustád, parmi les premiers

aimé des martyrs, 365, 366

pèlerins à acre, 316

ibráhím Páshá, conquiert acre mais est battu par la

ismá’íl-i-zavári’í, áqá siyyid (dhabih∂), son histoire,

flotte européenne, 297, 389n

son poème et son sacrifice, 155 ; mentionné, 225

ibráhím Páshá háqqí, gouverneur d’acre, 380

ismu’lláh (le nom de dieu), titre donné à plusieurs

ibráhím-i-Káshaní (Káshí) h∆ájí, émigre à istanbul,

personnes, 50n ; individus, 50, 288

ispahan, visite de mullá h∆usayn, 50 ; séjour du Báb,

dans la Gloire du Père

366 ; situation lors de la visite de Chirol, 459 ;

période la plus féconde du ministère de

mentionné, 18, 19, 328, 456 (province), 499

Bahá’u’lláh, 265-266 ; propriétaire espion du gou-

israël, 135

vernement, 277

istanbul : illustrations, vue du Bosphore, 220 ; mírzá

‘izzat mullá, père de fu’ád Páshá, 495

musá et d’autres bábis, 200 ; usage des noms par

‘izzat Páshá, gouverneur-général de Khárpút, 214

l’auteur, 14-15 ; mullá ‘alíy-i-Bastámí arrive,

‘izzatu’d-dawlih, femme d’amír Kabír, 93, 181n

48n ; ambassadeur persan, voir h∆usayn Khán, h∆ájí

mírzá ; Bahá’u’lláh invité à se rendre à istanbul,

J

178, 220 ; sa famille et ses compagnons l’accom-

Jabal-Jubilah, sur les côteaux de mosul, 204

pagnent (liste), 180 ; sens de ce déplacement, 182 ;

Jadhdháb, voir ‘azízu’lláh-i-Jadhdháb, áqá Ja‘far
détails du voyage, 191, 197-218, 261n, 285, 289 ;

aghá, élève mus∂tafá núri Páshá, 503

révélation de la súriy-i-hawdaj, 217 ; ministre bri-

Ja’far, mullá (Gandum-Pák-Kun), premier bábí

tannique, 210n, 212, 213n, 479 ; arrivée de

d’ispahan, 50

Bahá’u’lláh, 218-219, 234 ; description de la ville,

Ja’far-qulí Khán, hôte de Bahá’u’lláh en 1852, 97

180 ; mosquées, 219-221 passim, 225, 243 ; per-

Ja‘far-i-Tabrizí, h∆ájí, se coupe la gorge quand

sonnes haut placées rendent visite à Bahá’u’lláh,

Bahá’u’lláh est banni à acre, 282 ; emmené à

163, 219, 221, 224, 234 ; résidences de

acre, 293, 299 ; arrêté lors du meurtre des trois

Bahá’u’lláh et de ses compagnons, 219, 221 ; ses

azalís, 356 ; note biographique, 497 ; mentionné,

activités à, 219-220, 223, 224, 234 ; ses observa-

tions sur les habitants, 230, sur les dignitaires per-

Ja‘far-i-yazdí, áqá mírzá, émigre à istanbul, 180 ;
sans, 234 ; ambassadeur persan est le centre de

exilé à acre, 302 ; participe au meurtre des trois

l’opposition, 232 ; description tardive par l’ambas-

azalís, 351, 356 ; mentionné, 200, 208, 214, 314,

sadeur de l’attitude de Bahá’u’lláh et des digni-

taires, 468 : contacts de Bahá’u’lláh avec h∆ájí

Jaffa, 292, 487

mírzá safá, 220-221, 223 ; son bannissement à

Jahángír mírzá, son réçit de la chute de h∆ájí mírzá andrinople, 221, 224,
227, 236, 481 ; décès de sa

áqási, chap. 10

fille en bas âge, 225 ; plus de bábis arrivent, 225-

Jakhjakh, rivière, 207

226, certains sont envoyés au loin, 226 ; départ

Jalál, mírzá, gardien de la maison du Báb, 431

pour andrinople après un séjour de quatre mois,

Jaláli’d dín-i-rúmi, cité, 435, 478 ; mentionné, 240n,

226, 227 ; Tablettes révélées, 227-228, 233, 236 ;

434n

shoghi effendi évalue l’importance du séjour,
Jalálu’d-dawlih (sulπán-h∆usayn mírzá), 409, 436-437

235-236 ; bahá’ís partent d’andrinople pour

Jam de las Bailah, 465

contrer les malfaiteurs, 214 ; le Kitáb-i-Badí‘ réfu-

Jamál effendi (sulaymán Khán), 418n

te les accusations d’un juge d’istanbul , 267 ;

al-Jamál, famille, 389n

quelques bahá’ís et azalís quittent andrinople pour

Jamál, jardin de, 442

istanbul (leurs actions, leur arrestation, leur inter-

Jamál-i-Burújirdí, áqá (ismu’lláhu’l-Jamál), 51n

rogatoire, leur emprisonnement), 270, 272, 275,

Jamálu’d-dín-i-asadábádi, siyyid (afghání), illustra-

293, 311 ; activités des azalís à istanbul, chap. 40 ;

tion, 473 ; hostile à la religion du Báb et de

attente des réfugiés et de l’armée en retraite après

Bahá’u’lláh, 411 ; personnalité et activités, 476 ;

la chute de Plevna, 485 ; mentionné, 240, 243,

rencontre nás∂iri’d-dín sháh, 475 ; exécuté à

252, 287, 297, 305, 342, 378, 491, 493, 495, 496,
Tabriz, 414, 415 ; mentionné, 478

498, 500, 502, 504, 506

Jamshíd-i-Gurji (Bukhárá’i), áqá, note biographique,

i‘timádu’s-salπanih, voir muh∂ammad h∆asan Khán

498 ; mentionné, 265, 270, 284

izmír, voir smyrne

Ján, Khánum, femme de mírzá muh∂ammad-qulí, exi-

‘izzat áqá (Páshá), maison de, dernière résidence de

lée à acre, 301

Bahá’u’lláh à andrinople, 261 ; description, 263 ;

index

Ján, Khánum, femme de h∆ájí ‘alí askar-i-Tabrízí, exi-

Kamál Páshá, yúsuf, voir yusuf Kamál Páshá

lée à acre, 302

Kamálu’d-dín-i-naráqí, h∆ájí mírzá, 135

Jání, h∆ájí mírzá, arrêté à ámul, 75, 77 ; martyr de Kámrán mírzá
(náyibu’s-saltanih), 27, 456, 461, 478

1852, 108 ; mentionné, 50, 155, 181

Karand, village, 127

Javád, h∆ájí siyyid, lmám Jum’ih de Kirmán, 429
Kerbéla, mort de h∆ájí mírzá áqási, 74 ; séjour de

Javád, le h∆at∂t∂áb, 145

Bahá’u’lláh, chap. 13 ; mírzá áqá Ján rencontre

Javád-i-Karbilá’í, h∆ájí siyyid, rencontre Bahá’u’lláh à

Bahá’u’lláh, 132-133 ; nabíl à, 152 ; mentionné,

Kerbéla (1851), 88 ; reconnaît le rang de

46, 68, 117n, 131, 365, 466, 492, 501

Bahá’u’lláh à Bagdad, 131 ; parle à Bahá’u’lláh de

Karbilá’í, h∆ájí-Bábá, de zarqán, 418

sa visite aux oncles du Báb, 187

Karím Khán-i-zand, 18

Javád-i-Khurásání, mírzá, condamné en 1852, 132 ; à

Karkúk, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 202-

Bagdad, 150

203 ; mentionnée, 165

Javád-i-shirází, mírzá siyyid, marchand du Caire, 290

Kárún, rivière, 474

Javánmard, ustád, 25

Káshán, visite de mullá h∆usayn, 50 ; mort d’amir

Jaz (Gaz), village de Perse, 67
Kabir, 93 ; mentionnée, 121, 498 passim, 502

Jazírih, étape du voyage depuis Bagdad, 207

Káshánih, Turquie, où fut commencée la súriy-i-rais,

al-Jazzár, mosquée de, acre, illustration, 360 ; men-

267, 283

tionné, 345

Káz∂im Khán (niz∂ámu’l-mulk), 121, 470

Jazzár Páshá, voir ah∂mad Páshá

Káz∂im Khán-i-Turk (farrásh-Báshí), décrit les tortures

Jérusalem, 98, 281, 377

et la mort de Badí’, 330-333, 334

Jésus, le Christ, 20, 38, 47, 98, 137, 223, 338, 347, Káz∂im-i-rashtí, siyyid,
44n, 46, 50-52 passim, 59, 88, 400, 426, 451

175, 365

Jiddah (Jaddih), 372

Káz∂im-i-samandar, mullá (shaykh), de qazvin, 234n,

Jináb-i-manshádí (muh∂ammad-Taqi, siyyid), 432

414, 419

Jiwaní, 465

Káz∂imayn, souvent visité par Bahá’u’lláh, 117, 135,

Jonas, 204
147 ; mujtahids envisagent la guerre sainte, 166 ;

Jones, Commandant James f., 141

mentionné, 129, 131, 148, 157, 492

Jour de dieu, décrit par le Báb, 47-48 ; décrit par

Kemball, Colonel sir arnold Burrows, 176

Bahá’u’lláh, 192-195, 404, mentionné, 43, 45, 51,

Khabíru’l-mulk, voir h∆asan Khán, h∆ájí mírzá

Khabur, rivière, 207

Jour de la résurrection, 62, 63, 188

Khadíjih Bigum, femme du Báb, 188 ; rêve avant son

Judas, 446

mariage, 372 ; la première à accepter le Báb, 429 ;

Judaydah, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 199-

vit dans la maison de h∆ájí mírzá siyyid-‘alí, 370,

200, 201,202

372 ; sa rencontre avec munirih Khánum, 370,

Juifs, 207, 449 ; voir prophètes hébreux

372 ; mentionnée, 495

Junayníh, jardin de (mazra’ih), illustration du site, 436 ;
Khadijih Khánum, mère de Bahá’u’lláh, 29 ; enfance

visité par Bahá’u’lláh, 441 ; mentionné, 390, 442

de Bahá’u’lláh, 35, 36 ; mentionné2, 28

Khalil mansúr (muh∂ammad ibráhim, áqá, de Káshán),

premier bahá’í à s’installer à haïfa, 316 ; note bio-

K

graphique, 498

Kaaba, céleste (Cité de dieu), 404

Khalíl-i-yálrúdí, mírzá, 113

Ka’b ibn zuhayr, 219n

Khán-i-afranj, acre, 345, 491

Kabri, source près d’acre, 360n

Khán-i-‘arab, andrinople, 240

Káká ah∂mad, saint kurde, 142

Khán-i-‘avámid (Jurayni, al-‘umdán), acre, illustra-

Kalát, Khán de, 464, 465

tion, 3342 ; carte, 344 ; mentionné, 341, 345

Khán Bábá Khán-i-sardár, jardin de, 72

dans la Gloire du Père
Khán-i-Jurayní, 345, 374 ; voir Khán-i-‘avámid

voyage depuis Bagdad, 203, 204, 206, 208, 217 ;

Khán nanih, femme de mírzá Buzurg, 29

mentionné, 19, 141-142 passim, 284, 498, 505

Khán-i-Pahlaván, acre, 390

Kurdistan, 19, 58, 140, 141, 203, 210, 236

Khán-i-shávirdí, acre, illustrations, 354, 355 ; men-

tionné, 345, 353, 356, 359, 362, 390

L

Khán al-’umdán, 341, 345, 356, 374, 390 ; voir Khán-

lálihzár, jardin, 72, 73

i-‘avámíd

langue universelle, 378

Khán-i-válidih, istanbul, 425

leçons de saint-Jean-d’acre, les, illustrations, texte

Khániqayn, 127, 466

persan annoté par sipahdár-i-a’z∂am, 326, 332 ;

Khartoum, bannissement de h∆ájí mírzá h∆aydar-‘alí et

mentionné, 329

de ses compagnons, 272 ; général Gordon à, 488,
lettres-du-vivant (h∆urúf-i-hayy), reconnaissent le

489 ; mentionné, 392

Báb, 46 ; le Báb s‘adresse à elles, 47-48 ; sept

Khárpút (harput), Turquie, étape du voyage depuis

meurent à ∏abarsi, 92 ; quelques individus, voir

Bagdad, 208, 214

‘alíy-i-Bastámí, Báqir-i-Tabrízí, h∆usayn-i-

Khávar, h∆ájí, résident bahá’í en Terre sainte, 441

Bushrú’i, h∆usayn-i-Kátib, muh∂ammad ‘alíy-i-

Khavvám, mansúr, à acre, maison de, 341, 345 ;

qazviní, quddús, Táhirih ; mentionné, 75, 103,

famille, 391, 392

107, 115

Khayyát-Báshí, voir h∆usayn ‘alí, Khayyát-i-Káshání

liakhoff, Colonel, 328

Khazá-chai, rivière, 203

liban, 307

Khirqiy-i-sharíf, mosquée de, istanbul, 219

lieu vermeil (Buq’atu’l-h∆amrá’), colline près de

Khorassan, prophétie du « drapeau noir », 68 ; men-
Bahjí, 390

tionné, 91, 378, 462-464 passim, 496, 497

límán, prison à acre, 343, 345, 353, 355, 362

Khrasnovodsk, sur la mer caspienne, 462

liqá Khánum, femme de mírzá muh∂ammad-‘alí, exilé

Khulás∂atu’l Bayán, ouvrage de mírzá áqá Khán, 427n

à acre, 301

Khurshíd Páshá, voir muh∂ammad Khurshid Páshá

listes, des compagnons de Bahá’u’lláh ; des émigrants

Khusraw Bimán, áqá, 27

à istanbul, 180 ; des exilés envoyés à acre, 300-

Khusraw Khán, 59

Khúzistán, 19, 474

livre des noms, 404

Kirmán, 17, 378, 494

lomakin, Général, 464

Kirmánsháh, Bahá’u’lláh y passe un mois (1851), 88 ;

lovett, major, 465

y rencontre des bábís (1852), 127 ; mentionné, 19,
luristán, 19, 31

39, 73, 88, 155

lurs (tribu), lurí (membres de la tribu), 19, 31n, 493

Kitáb-i-iqtidárát, collection de Tablettes de

lutf-‘alí mírzá, de Chiraz, martyr de 1852, 108

Bahá’u’lláh, 414

lutfu’lláh, áqá, arrive andrinople, 270

Kitáb-i-mubín, collection de Tablettes de Bahá’u’lláh,

M

Kiyámil Páshá, grand vizir ottoman, 398n

Kiyámilí Páshá, h∆ájí, vali de d∆iyárbakr, 210, 211-213n

ma’dan-i-mis (maden), Turquie, étape du voyage

Kizil irmak, rivière, 215

depuis Bagdad, 212-213

Koetschet, dr Josef, 460

ma’dan-i-nuqrih, Turquie, étape du voyage depuis

Konya, 503

Bagdad, 215

Kúchik Khánum, mère de mírzá yah∂yá, 30
madelli, escale du voyage vers acre, 288

Kúchik Chakmachih, Turquie, 226

madrisiy-i-mírzá s∆álih, Téhéran, 33, 51, 52

Kulthúm Khánum-i-núrí, femme de mírzá Buzurg, 29,

madrisiy-i-Kásihgarán, ispahan, 366

máh-Kú (mákú), où le Báb fut emprisonné, 59, 83, 88,

Kurdes, viennent attaquer Bahá’u’lláh, 172 ; pendant le

index

mahd-i-‘ulyá, mère de mírzá muh∂ammad-‘alí, exilée

mamelouks, 295, 297

à acre, 300

ma‘múratu’l-‘azíz, 499

mahd-i-‘ulyá, mère de nás∂iri’d -dín shah, 72, 73, 97,

manifestations (Prophètes, messagers) de dieu, attitu-

121, 492

de bahá’íe envers, 37 ; annonce jour de dieu, 292

mahdí (mihdí), 68, 275, 426
passim ; caractère unique de la conférence de

mah∂múd áqá, notable de Bagdad, 148

Badasht, 61 ; décrites par Bahá’u’lláh, 190, 223 ;

mah∂múd, h∆ájí, guidait le palanquin de Bahá’u’lláh,

Bahá’u’lláh se décrit lui-même, 193-195, 223 ;

198, 213

Bahá’u’lláh fut la première à vivre sur le continent

mah∂múd, h∆ájí mírzá (nizámu’l-‘ulamá), tuteur du

européen, 239 ; proclamation de Bahá’u’lláh équi-

chah, 101

vaut en étendue à toutes les révélations passées,

mah∂múd Khán, Kalántar de Téhéran 68, 83

266 ; et la Terre sainte, 305 ; doctrine de l’infailli-

mah∂múd, mírzá, frère d’ásiyih Khánum, 39

bilité de, 378 ; mentionnées, 19, 22, 410, 446, 449

mah∂múd, mírzá, condamné à la prison à vie en 1852,

mans∂úr, al-, calífe abbáside, 129

mans∂úr Khavvám, maison de, acre, 341

mah∂múd Pásháy-i-mákú’í, 72
mantovitch, colonel de, 472

mah∂múd, shaykh, d’acre, prépare le corps de la Plus-

manúchihr Khán (mu’tamidu’d-dawlih), illustration,

Pure -Branche pour son enterrement, 338 ; accepte

51 ; mentionné, 50, 366

Bahá’u’lláh, 363 ; fait entrer les pèlerins dans

marághih, 492

acre, 364 ; surveille la tombe de Bahá’u’lláh, 364

márdín, Turquie, illustration, 211 ; étape de la marche

mah∂múd ii, sultan, 503

depuis Bagdad, 208-210

mah∂múd al-álúsí, shaykh, enseignant célèbre, 148n

marseille, 488

mah∂múd-i-Káshání, mírzá, émigre à istanbul, 180 ;

martyrs, leur sang fertilise la Cause de dieu, 437 ; fier-

pendant le voyage, 200, 201 ; à andrinople, 243,

té des futures générations, 444 ; noms des indivi-

244, 248, 263 ; exilé à acre, 301 ; emprisonné au

dus, 92, 106-109, 118, 123, 259, 272, 274, 409,

temps du meurtre des trois azalís, 356 ; note bio-

graphique, 498 ; mentionné, 501

marie, mère de Jésus, 38

mah∂múd-i-Khushnivís, cousin du père du Báb, 429

maryam, femme du demi-frère de Bahá’u’lláh, 30 ;

mah∂múd-i-qazvíní, mírzá, martyr de 1852, 109

soigne Bahá’u’lláh après sortie du siyáh -Chál,

mah∂múd-i-zarqání, mírzá, secrétaire de ‘abdu’l-Bahá,

124 ; épître à, 140-141

101n

maryam-sultán Bigum, fille du frère de la femme du

maison de Justice, 378

Báb, 429 ; voyage jusqu’en Terre sainte, 432 ;

majdi’d-dín, mírzá, fils de mírzá músá, illustration

reçoit des cadeaux de la Plus-sainte-feuille, 444

(enfant), 264 ; exilé à acre, 301 ; mentionné, 432n

marv (merv), 460, 462 passim

majíd Khán-i-áhí, mírzá, secrétaire de la légation

mashhad, 17, 91, 462, 470

russe, illustration, 121 ; marié à la sœur de
mashhadí faππáh∂, exilé à acre, 302 ; emprisonné lors

Bahá’u’lláh, 29, 97 ; demande au Prince

du meurtre des trois azalís, 356

dolgorouki d’aider Bahá’u’lláh, 121

mashriqu’l-adhkár (maison d’adoration), mt Carmel,

makrán, 464, 465

mal, 402

masíh∂, mírzá, prière de souvenance pour, 67

malik, maison de, acre, 341, 345

masjid-i-sháh, 33

malkam Khán, mírzá, plus tard, Prince (názimu’d-

mas’úd-i-Garmrúdí, ministre des affaires étrangères

dawlih), cherche l’aide de Bahá’u’lláh à Bagdad,

de Perse, 34

175, 176, 477 ; rédige et publie qánán, 418 ;

ma’s∂úmih, exilé à akká, 302

lettres de mírzá áqá Khán, 426 ; représentant per-

mathnaví, 289, 478

san à londres, 474, 476 ; s’oppose à nás∂iri’d-dín
mausolée du Báb, illustration, 402 (avant la superstruc-

shah, 477-478 ; mentionné, 458

ture) ; ordonné par Bahá’u’lláh et construit par

dans la Gloire du Père

‘abdul-Bahá, 401 ; mentionné, 338

mihdíy-i-Káshání, áqá, martyr de 1852, 109

mausolée de Bahá’u’lláh, illustrations, en 1919, 451,

mihdíy-i-Khu’í, mullá, 69

entrée aujourd’hui, 453 ; mentionné, 364, 389,

mihdíy-i-nahrí, mírzá (h∆ájí) siyyid, 365

390, 452, 469

mihdí-qulí mírzá, Prince, 75, 78

mawlaví-Khánih, andrinople, 249, 254

mihdíy-i-rashtí, mírzá, juge à istanbul, 267

mayo, lord, vice-roi de l’inde, 466

mír‘alam Khán, émír de qá’inát, 317, 466

mazandéran, province, carte, 56 ; Bahá’u’lláh propage

mír ‘alí Khán (shujá‘u’l-mulk), 469

la religion du Báb, chap. 6 ; conférence de
mír ‘imád, calligraphe, 28

Badasht, 61 ; notables rencontre Bahá’u’lláh, 61-

mír Jalíl, dans la révolte de zanján, 494

68 ; bábís à shaykh ∏abarsí, 69, 92 ; mentionné,

mír muh∂ammad, bábí de Chiraz, 261, 269

17, 27, 29, 79, 82, 110, 456, 501, 504

mír muh∂ammad-h∆usayn, imám-Jum’ih d’ispahan,

mazra’ih, manoir de, proche d’acre, illustrations, 383,

409, 457

384 ; loué pour Bahá’u’lláh, 383-387 ; mentionné,

mír siyyid muh∂ammad, imám-Jum’ih d’ispahan, 366

360n, 389, 390

miracles, Bahá’u’lláh en propose un aux oulémas, 167-

mazra‘iy-i-vashshásh, ferme près de Bagdad, 174,178

168 ; tests de foi, 260

mecque, la, pèlerinage du Báb, 48 ; pèlerinage de

mírzá áqá, fils de mírzá Buzurg, 29

munírih Khánum, 370, 372 ; mentionné, 124, 204,

mírzáy-i-shírází, religieux de Téhéran, 429, 477

434n, 504
mishkín-qalam (áqá h∆usayn-i-is∂faháni), illustrations,

médine, 48, 124, 297

de lui-même, 264, 271, de sa calligraphie, 185,

méditerranée, port d’acre, 295 ; mentionné, 389

273 ; arrive à andrinople, 262n, 265 ; va à

mémorial des fidèles, 50, 491

istanbul, 270, 272 ; arrêté, 274 ; amené à Gallipoli,

mer noire (euxine), 217, 218

284 ; envoyé à Chypre, 293 ; enseigne la calligra-

mésopotamie, 203, 210, 216, 295

phie à Bahjí, 438 ; valeur de sa calligraphie, 276 ;

michée, le prophète, 307

mentionné, 341, 343, 442

midh∂at Páshá, valí de syrie, illustration, 403 ; invite moïse, références de
Bahá’u’lláh à, 261 ; mentionné,

‘abdu’l-Bahá à visiter Beyrouth, 405, 406, 466 ;

20, 35n, 47, 124, 137, 305, 370

visite haïfa et acre, 405n ; valí de Bagdad pendant

mongols, 129

le pèlerinage de nás∂iri’d-dín sháh, 466 ; comparé

Plus-Grande-Branche, la, voir ‘abdu’l-Bahá
à siyyid Jamálu’d -dín, 476 ; note biographique,

Plus Grande Paix, 400

498-499

Plus Grande Prison, voir Citadelle

mihdí, voir mahdi

mosul, irak, illustration, 207 ; étape du voyage depuis

mihdí, áqá (maliku’t Tujjár), assassine h∆ájí mírzá

Bagdad, 204-206 ; bahá’ís de Bagdad envoyés à,

Jáni, 108

270, 322, 498, 500, 501 ; arrivée de Badí’, 322 ;

mihdí Khán-i-Ghaffári, 316n

mentionné, 48n, 212, 316

mihdí, mírzá (la Plus-Pure-Branche), illustrations,

mu‘awíyah, calife, 219n

264, 339 ; naissance (1848), 33 ; laissé à Téhéran

mu‘ayyiru’l-mamálik, voir dúst-‘alí Khán et dúst

parce qu’enfant, 124 ; personnalíté et rôle de secré-

muh∂ammad Khán

taire, 335-340 ; envoie un cadeau à nabíl à

muh∂ammad, le Prophète, 20, 37, 48, 68, 77, 124, 137,
alexandrie, 292 ; exilé à acre, 300 ; sa chute,

174, 219n, 290n, 305, 306, 370

décès et enterrement, 337, 338, 345 ; dernière

muh∂ammad, darvísh, bábí qui va à istanbul et acre,

volonté, 338 ; prière de Bahá’u’lláh pour, 338 ;

mentionné, 341

muh∂ammad, h∆ájí mírzá siyyid (Khál-i-akbar), oncle

mihdíy-i-dahijí, siyyid (ismu’lláhu’l-mihdí), illustra-

maternel du Báb, Kitáb-i-íqán révélé pour, 139,

tion, 264 ; titre, 51n ; arrive à andrinople, 265 ; va à

187-190 ; reçoit munírih Khánum, 370 ; mention-

Bagdad, 270 ; Bahá’u’lláh lui raconte un rêve, 369,

né, 414, 429

374 ; brise l’alliance, 51n ; mentionné, 155, 182

muh∂ammad Khán, ághá, fondateur de la dynastie qad-

index

jar, 19 ; son règne marque le début du déclin de la

sements de Bahá’u’lláh, 442 ; son rang, 449 ; men-
Perse, 455

tionné, 248, 432n, 495

muh∂ammad Khán-i-Balúch, va à acre, 432

muh∂ammad-‘alí, mírzá, demi-frère de Bahá’u’lláh, 29

muh∂ammad Khurshíd Páshá, vali d’andrinople, 255 ;

muh∂ammad-‘alí, mírzá, médecin bábí de zanján, ren-

Bahá’u’lláh accepte invitation, 265 ; refuse de par-

contre Bahá’u’lláh à Karbilá, 89 ; se rapproche de

ticiper au bannissement de Bahá’u’lláh à acre,

lui à Bagdad, 131 ; assassiné, 259

176 ; défend bahá’ís interrogés à istanbul, 311 ;

muh∂ammad-‘alí, mírzá (Kad-Khudá), bahá’í parent de

note biographique, 499 ; mentionné, 290

mushíru’d-dawlih, 234n

muh∂ammad, mullá, mari de ∏áhirih, 59

muh∂ammad-‘alí sháh, coup d’état raté 1908, 328,

muh∂ammad Pásháy-i-qibrisí, gouverneur d’andri-

329, 415

nople, 276

muh∂ammad-‘alí Tambákú, furúsh-i-is∂fahání, áqá,
muh∂ammad Páshá s∆afwat, propriétaire de mazra’ih,

267n

muh∂ammad-‘alíy-i-Bárfurúshí, h∆ájí mullá, voir

muh∂ammad rushdí, Premier ministre ottoman, 503

quddús

muh∂ammad shah (règne 1834-48), illustration, 66 ;

muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání, áqá, émigre à istanbul,

envoie vah∂íd vérifier les revendications du Báb,

180, 200 ; à andrinople, 244, 282 ; exilé à acre,

92 ; le Báb le prévient, 45 ; édit d’arrestation de

302 ; emprisonné lors du meurtre de trois azalís,

Bahá’u’lláh, 67 ; décès et enterrement, 68, 71-73

352, 357 ; note biographique, 499-500

passim ; mentionné, 28, 31, 39, 43, 59, 116n, 224n,

muh∂ammad-‘alíy-i-is∂fahání, áqá, partenaire des

247, 465, 492, 494, 496, 504

afnán à istanbul, 414, 420 ; publie des accusations

muh∂ammad, shaykh (mullá,) religieux de núr, 57, 58

contre afnán-i-Kabir et les bahá’ís, 416, 423 ;
muh∂ammad, shaykh (nabíl), bábí qui meurt à Bagdad,

jalousie et autres accusations, 421-422 passim ; 414

mentionné, 425, 427

muh∂ammad-‘abduh, shaykh, Grand mufti d’égypte,

muh∂ammad-‘alíy-i-Jilawdár-i-yazdí, áqá (s∆abbágh-i-

yazdí), émigre à istanbul, 180 ; pendant son voya-

muh∂ammad-‘alí, h∆ájí mírzá (afnán), résident à

ge, 200, 217 ; exilé à acre, 302 ; note biogra-

hong-Kong, 414

phique, 500 ; mentionné, 226, 282

muh∂ammad-‘alí, h∆ájí shaykh (nabíl ibn nabíl), de

muh∂ammad-‘alíy-i-nahrí, mírzá, père de munírih

qazvín, s’installe à istanbul, 419 ; partenaire des

Khánum, accepte le Báb, 365 ; détails biogra-

afnán (1882-9), 414, 420 ; maintient les contacts

phiques, 365-368 ; circonstances de la naissance

avec les officiels ottoman, 420 ; prend áqá

de sa fille, 366 ; rencontre Bahá’u’lláh à Badasht et

muh∂ammad-‘alíy-i-is∂faháni comme partenaire,
en irak, 368 ; mentionné, 369

420 ; son neveau décrit les intrigues contre, 419 ;

muh∂ammad-‘alíy-i-najafábádí, áqá, martyr de 1852,

tentative de suicide, 421 ; Bahá’u’lláh l’invite à

acre, 421 ; retourne à istanbul, 423 ; prouve que

muh∂ammad-‘alí Pirzádih (h∆ájí Pirzádih), voyant

les charges contre les afnán sont fausses, 423 ; se

soufi, 289

suicide, 423 ; Bahá’u’lláh décrit circonstances de

muh∂ammad-‘alíy-i-qá’iní, áqá, accepte le Báb et

son suicide, 413-414 ; l’ambassadeur persan assis-

Bahá’u’lláh, 317 ; s’installe à nazareth, 317-318 ;

te aux funérailles et fait l’éloge de, 424 ;

mentionné, 343

Bahá’u’lláh s’occupe de la tombe, 425

muh∂ammad-‘alíy-i-qazviní, mírzá, lettre-du-vivant,

muh∂ammad-‘alí Khán-i-shírází, mírzá, ministre

des affaires étrangères, 470
muh∂ammad-‘alíy-i-salmání, ustád, d’ispahan, illus-

muh∂ammad-‘alí, mírzá (Ghusn-i-akbar), illustra-

tration, 250 ; émigre à istanbul, 180, 200 ;

tions, 264, 275 ; fils de Bahá’u’lláh, 214 ; exilé à

explique le complot de mírzá yah∂yá pour tuer

acre, 300 ; emprisonné lors du meurtre de trois

Bahá‘u’lláh, 249-252 ; arrêté à istanbul, décrit les

azalís, 353, 355 ; maître calligraphe, 363 ; avertis-

interrogatoires, 274 ; expulsé vers la Perse mais

dans la Gloire du Père

libéré par les Kurdes, 284, 311 ; décrit les événe-

Káz∂imayn, 131, 136

ments en Perse, 284-285 ; participe au meurtre des

muh∂ammad-háshim, áqá, de Káshán, 441

trois azalís, 351, 356 ; note biographique, 505 ;

muh∂ammad-i-hindi, siyyid, de zavárih, arrière-grand-

mentionné, 224, 244, 270, 272, 442

père du roi et du Bien-aimé des martyrs, 365

muh∂ammad-‘alíy-i-sayyáh∂, h∆ájí, 436
muh∂ammad-h∆usayn, h∆ájí (h∆akím-i-qazvíní), devient

muh∂ammad-‘alíy-i-Tabrízí, áqá, un azalí, 414, 422,

bahá’í à Bagdad, 269-270 ; note biographique, 500

425, 427

muh∂ammad-h∆usayn-i-Kirmání (mírzá muh∂it), diri-

muh∂ammad-‘alíy-i-yazdí, áqá, exilé à acre, 302 ;

geant shaykhí, 175

emprisonné lors du meurtre des trois azalís, 357

muh∂ammad-h∆usayn-i-milání, áqá, 259

muh∂ammad-‘alíy-i-zanjání, mullá, voir h∆ujjat

muh∂ammad-ibráhím, áqá, de Káshán, voir Khalíl

muh∂ammad-‘alíy-i-zunúzí, disciple qui mourut avec

mansúr

le Báb, 402

muh∂ammad-ibráhím-i-amír-i-nayrízí, áqá, serviteur

muh∂ammad-Báqir, áqá, qahvih-chíy-i-mah∂allátí,

de Bahá’u’lláh, 167 ; émigre à istanbul, 180 ; pen-

émigre à istanbul, 180 ; pendant le voyage, 200,

dant le voyage, 198, 200, 203 ; accompagne

203 ; emprisonné à istanbul, 274 ; envoyé à
Bahá’u’lláh pour rencontrer mírzá yah∂yá, 261n ;

Chypre, 293 ; mentionné, 244

exilé à acre, 302 ; emprisonné lors du meurtre des

muh∂ammad-Báqir Khán dihqán (dehkan), mírzá 468

trois azalís, 357 ; note biographique, 500 ; men-

muh∂ammad-Báqir, shaykh, d’ispahan (le loup), 409,

tionné, 152,155,161,244

457, 502

muh∂ammad ibráhím-i-Kalbásí, h∆ájí, autorité religieu-

muh∂ammad-Báqir-i-Káshání, áqá, émigre à istanbul,

se, 50

muh∂ammad ibráhím-i-Káshání, áqá, 351

muh∂ammad-Báqir-i-Káshání, áqá (ustád), tailleur,

muh∂ammad ibráhím-i-náz∂ir-i-Káshání, áqá, émigre à

émigre à istanbul, 180, 200 ; exilé à acre, 302 ; sa

istanbul, 180, 200 ; contacte nabíl à alexandrie,

mort dans la citadelle, 309 ; son fils, 357 ; men-

291 ; exilé à acre, 302 ; participe au meurtre des

tionné, 244
trois azalís, 351, 356 ; note biographique, 405 ;

muh∂ammad-Báqir-i-najafábádí, áqá, martyr de 1852,

mentionné, 244

muh∂ammad-i-írání, darvish, nom pris par Bahá’u’lláh

muh∂ammad-Báqir-i-quhpáy’í, martyr de 1852, 109

à sulaymáníyyih, 140-144 passim

muh∂ammad-Báqir-i-shaftí, h∆ájí siyyid, célèbre mujta-

muh∂ammad-i-is∂fahání, siyyid, illustration, 222 ; anté-

hid, 50, 366

christ de la révélation bahá’íe, 181, 246 ; son atti-

muh∂ammad-h∆asan, áqá (mírzá), illustration, 112 ;

tude à Kerbéla, 131, 152, 181 ; incite mírzá yah∂yá,

frère de Bahá’u’lláh, 29 ; accepte le Báb, 57 ; inci-

135, 137 ; émigre à istanbul, 181 ; ambition et acti-

dent à Tákur (1852), 110, 113 ; sa fille devait

vités, 182 ; pendant son voyage vers istanbul, 200,

épouser ‘abdu’l-Bahá, 368-369, 369, 374

204-205 passim ; intrigues à andrinople, 242-246

muh∂ammad-h∆asan, áqá, émigre à istanbul, 180, 200 ;
passim, 255, 261 ; réunion ratée entre Bahá’u’lláh

à andrinople, 244 ; envoyé en irak, 258 ; gardien

et mírzá yah∂yá, 261-262 ; problèmes créés à

de la maison des pèlerins à acre et Bayt-i-abbúd,

istanbul, 272 ; arrêté à istanbul, 274, 311 ; exilé à

199-200 ; mentionné, 442

acre, 284, 302, 343 ; vit au-dessus de la porte de

muh∂ammad-h∆asan, áqá, fils de ustád Báqir-i-

la ville, 299, 343, 352 ; actions hostiles à acre,

Káshání, envoyé à Tripoli, 357

314, 343, 346-349 ; assassiné par des bahá’ís,

muh∂ammad-h∆asan, h∆ájí mírzá (mírzáy-i-shírází),

351 ; mentionné, 135, 150, 224, 244, 249, 254,

éminent mujtahid chiite, 429

356, 443

muh∂ammad-h∆asan Khán (i’timádu’s-salπanih), fils de

muh∂ammad-ismá‘íl, áqá, visite andrinople, 265

h∆ájibu’d-dawlih, 457 ; son journal, 457, 472 ;

muhámmad-ismá‘íl-i-dhábih∂-i-Káshání, h∆ájí (Jináb-i-

mentionné, 30n, 473n, 475, 492
ánís), ses frères, 155, 181 ; envoyé à Gállipoli,

muh∂ammad-h∆asan-i-is∂fahání, áqá, aide Bahá'u'lláh à

276, 284, 288 ; entend parler de la défection de son

index

frère, 284

muh∂ammad-qulíy-i-is∂fahání, áqá, illustration, 264

muh∂ammad-ismá‘íl-i-Khayvát, áqá (ustád), de

muh∂ammad-rid∂á, áqá, accompagne Báhá’u’lláh à

Káshán, émigre à istanbul, 180 ; exilé à acre, 302 ;

Bághdád, 178

meurt dans la citadelle, 309 ; mentionné, 173, 200,

muh∂ammad-rid∂á, siyyid, père du Báb, 429

muh∂ammad-rid∂á, siyyid, soutien Báhá’u’lláh à

muh∂ammad-Já‘fár-i-naraqí, mullá, nommé par mírzá

Bagdad, 131

yáh∂yá « Témoin du Bayán », 181 ; craint le défi de

muh∂ammad-rid∂áy-i-is∂fahání, h∆ájí, martyr de 1852,

Báhá’u’lláh, 259-261 ; détails de sa vie et de sa

mort, 415-416

muh∂ammad-rid∂áy-i-Kurd, guide les bábís pour obtenir

muh∂ammad-Javád-i-is∂faháni, áqá, bábí hypocrite de

la nationalité ottomane, 173

Bagdad, 167

muh∂ammad-rid∂áy-i-qannád-i-shírází, áqá, illustra-

muh∂ammad-Javád-i-is∂fáháni, h∆ájí, courtier bahá’í à

tion, 12 ; vie et récit, 14 ; émigre à istanbul, 180 ;

istanbul, 425

pendant le voyage, 200, 203 ; sa prière à

muh∂ammad-Javád-i-Kásháni, áqá, père de áshchí, 13,

andrinople, 254-255 ; écrit l’admonition puissan-

369, 497

te de Báhá’u’lláh, 258 ; exilé à acre, 301 ; arrêté

muh∂ammad-Jávád-i-qázvíní, áqá, illustration, 264 ;

au temps du meurtre des trois azalís, 357 ; décrit

titre d’ismu’lláhu’l-Jávád, 50n ; exilé à acre, 302 ;

par shoghi effendi, 281 ; note biographique, 501 ;

rapporte le meurtre des azalís, 349, 351 ; arrêté au
mentionné, 244, 309, 397, 442

temps du meurtre, 352, 357 ; plus tard brise

muh∂ammad-s∆ádiq, áqá, d’ardakán, bábí à Bagdad,

l’alliance, 349 ; mentionné, 262n, 265, 299

muh∂ammad-Karím, áqá, de Chiraz, vétéran bábí qui

muh∂ammad-s∆ádiq-i-is∂faháni, áqá, illustration, 222 ;

accepte Báhá’u’lláh, 153

émigre à istanbul, 180, 200 ; quitte andrinople au

muh∂ammad-Karím Khán-i-Kirmání, h∆ájí, dirigeant

moment de la rupture, 253, note biographique,

shaykhi, 159

501 ; mentionné, 244

muh∂ammad-i-Khurásání, h∆ájí mírzá, 51, 52

muh∂ammad-s∆álih∂, áqá, religieux de Kirmánsháh, 73

muh∂ammad-i-má‘múrí, shaykh, dans la maison de

muh∂ammad-i-Tábrízí, mullá, possède des tablettes

Badí‘, 320

jamais données à mírzá yah∂yá, 262

muh∂ammad-i-mázindáráni, mírzá, encouragé à assas-
muh∂ammad-Táhir, áqá, de Tábriz, fonde le journal

siner dayyán, 144, 147-148 ; mentionné, 88

akhtar, 411 ; se sépare de mírzá áqá Khán, 415,

muh∂ammad-i-mu‘allim, mullá, aide mullá h∆usayn,

418-426 ; akhtar est banni puis subventionné,

52-53

418-419

muh∂ammad-mus∂tafá, áqá, bábí arabe à Bagdad, 131

muh∂ammad-Taqí, áqá, de Chiraz, martyr de 1852, 108

muhámmád-i-nafaqih-furúsh, bábí d’ispahan, 366,

muh∂ammad-Táqí, áqá, de Tákur, martyr de 1852, 110

muh∂ammad-Táqí Big, meurt dans le siyáh-Chál, 111

muh∂ammad-i-nayrízí, mullá mírzá, martyr de 1852,

muh∂ammad-Táqí, h∆ádjí (ayyúb), de nayríz, son his-

toire, son épître, 153-154

muh∂ammad-i-qá’iní, mullá or áqá (nábíl-akbár),

muh∂ammad-Táqí, h∆ádjí (náyibu’l-iyálih), 200

159, 409
muh∂ammad-Táqí, h∆ájí mírzá (vakilu’d-dawlih), cou-

muh∂ammad-qulí, mírzá, illustrations, 31, 264, 277 ;

sin du Báb, 414

demi-frère fidèle de Bahá’u’lláh, 30 ; accompagne

muh∂ammad-Táqí Khán-i-núrí, parent de Bahá’u’lláh

Báhá’u’lláh à Bagdad, 143 ; assiste à la colère de

tué à Tákur (1852), 75, 110-113 passim

Bahá’u’lláh, 214 ; exilé à acre, 301 ; son logement

muh∂ammad-Táqí Khán-i-lárijání, vice-gouverneur

dans la citadelle, 298 ; arrêté au temps du meurtre

d’ámul, chap. 11

des trois azalís, 353-355 ; Báhá’u’lláh vient de

muh∂ammad-Táqí, mírzá, religieux de sári, 69

Bahjí lui rendre visite, 390 ; mentionné, 132, 243,

muh∂ammad-Táqí, shaykh (mullá, h∆ájí mírzá), célèbre

248, 253, 300

mujtahid, rêve de, et contacte Bahá’u’lláh, 37, 38 ;

dans la Gloire du Père

note biographique, 501 ; mentionné, 57
murádíyyih, quartier d’andrinople, 240-243 passim, muh∂ammad-Táqí,
shaykh (áqá or shaykh najafí),

248, 253, 256 ; mosquée, 240, 240n

illustration, 407 ; Épître au Fils du loup, adressé

murtid∂áy-i-ansári, shaykh, illustration, 170 ; principal

à, 409

mujtahid chiite, 159 ; refuse de soutenir la guerre

muh∂ammad-Táqí, siyyid, aide Bahá’u’lláh à Bagdad,

sainte, 166 ; refuse de persécuter Bahá’u’lláh, qui

le loue, 168, 171, 172 ; enseignant de nabíl-i-

muh∂ammad-Táqí, siyyid (Jináb-i-manshádí), 432

akbar, 409 ; note biographique, 502-503

muh∂ammad valí Khán-i-Tunukábuní (sipahdár-i-

músá, mírzá (áqáy-i-Kalím, Jináb-i-Kalím), illustra-

a’z∂am), illustrations, de lui-même, 325, de ces

tions, 30, 222, 275 ; jeune frère de Bahá’u’lláh,

notes concernant Badí’, 326, 332 ; ses titres, 328 ;

29 ; cache les restes du Báb, 87 ; accompagne

activités politiques en Perse, 328; va en france,

Bahá’u’lláh à Bagdad, 124, 127 ; commence à
329 ; relate les détails des tortures et de la mort de

chercher Bahá’u’lláh, 145 ; rend visite à mírzá

Badí’, 330-334

Buzurg Khán, 161 ; son anxiété à Bagdad, 173 ;

muh∂ammad-i-yazdí, shaykh, azalí d’istanbul , 414,

accueilli par námiq Páshá, 177, 179 ; pendant la

420, 422

marche depuis Bagdad, 203, 205 ; photographié à

muh∂ammad-yúsuf, deux fois mutas∂arrif d’acre, 394-

istanbul, 222 ; conseille ustád muh∂ammad-‘alíy-

i-salmání, 251 ; s’occupe des moyens de subsis-

muh∂ammad-zamán, áqá, de Chiraz, partage sa maison

tance de mírzá yah∂yá, 252 ; revient d’anatolie,

avec nabíl, 174

269 ; exilée à acre, 301 ; son logement dans la

muh∂ammad-i-zarandi, mullá, voir nabíl-i-a’z∂am

citadelle, 299 ; actions dans la citadelle, 309, 314 ;

muh∂sín Khán, mírzá (mu’ínu’l-mulk), ambassadeur

résidences à acre, 341, 345, 390 ; accueille la futu-
de Perse à istanbul, assiste réunion commémorati-

re femme de ‘abdu’l Bahá, 374 ; Bahá’u’lláh vient

ve de h∆ájí shaykh muh∂ammad-‘alí et le loue,

de Bahjí lui rendre visite, 390 ; mentionné, 53, 82,

423-424 ; mentionné, 416, 422, 426

130, 135, 163, 164, 172, 221, 226, 227, 242, 243,

muhs∂ín-i-afnán, áqá mírzá, fils d’afnán-i-Kabir,

248-249 passim, 258, 265, 353, 356

envoyé à istanbul pour remonter la maison com-

músáy-i-Javáhirí, mírzá, 196, 274

mercial, 421-422, 423

músáy-i-qumí, h∆ájí mírzá, rejette mírzá yah∂yá, 145 ;

muh∂yi’d-dín ibnu’l-‘arabí, mystique andalou, 142

accepte Bahá’u’lláh à Bagdad, 154

muh∂yi’d-dín, shaykh, cadi de Khániqayn, 185

muscat (masqat), 362

muníb, Jináb-i-, voir munír, mírzá áqáy-i-

mushíru’d-dawlih, voir h∆usayn Khán, h∆ájí mírzá ; mu’ínu’l-mulk, voir
muh∂sín Khán, mírzá

aussi yah∂yá Khán chefs musulmans et habitants à

m u’inu’s-saltanih, h∆ájí, de Tabriz, auteur d’une chro-
qui s’adresse Bahá’u’lláh, 267 ; à l’ascension de

nique de la religion bábíe, 259

Bahá’u’lláh, 449 ; note bibliographique, 496

munich, 475

mus∂tafá Big (majzúb), poète, 58

munír, mírzá áqáy-i- (Jináb-i-munír, ou muníb), de

mus∂tafá diyá Páshá, mutas∂arrif d’acre, permet à

Káshán, titre de ismu’lláhu’l-muníb, 50n ; émigre

Bahá’u’lláh de sortir des remparts d’acre, 381,

à istanbul, 180 ; pendant le voyage, 198-199, 200 ;

391 ; sa bonne volonté envers ‘abdu’l-Bahá et les

envoyé d’istanbul, 225 ; débarqué à izmir pour y

bahá’ís, 391

mourir, 288 ; note biographique, 501

mus∂tafá, mírzá, voir abú hurayrih

munírih Khánum (fátimih Khánum), femme de

mus∂tafá núri Páshá, vali d’irak, 160-163 passim ; ren-

‘abdu’l Bahá, illustration, 371 ; circonstances de

contre Bahá’u’lláh à istanbul, 163 ; note biogra-

sa naissance, 366-367 ; premier mariage blanc,
phique, 503

369 ; voyage à acre, 370-374 ; son séjour à

mus∂tafáy-i-naráqi, mírzá, circonstances de sa mort à

Chiraz, 370, 372 ; à acre, 374 ; Bahá’u’lláh lui

Tabriz, 226, 259 ; sa veuve et son enfant, 270 ; son

donne un nouveau nom et l’appelle, 374

fils, 432n

munshí’át-i-qá’im maqám, 30n

mustawfíyu’l-mamálik, voir

yúsuf-i-ashtiyání,

index

mírzá ; aussi h∆asan, mírzá

sadeur persan à istanbul, 414, 426

mustayqíz∂, livre de mírzá yah∂yá, 147

najaf ‘alíy-i-zanjání, áqá, serviteur de Bahá’u’lláh,

mu’tamidu’d-dawlih, voir farhád mírzá, h∆ájí

167 ; émigrant à istanbul, 180, 200 ; mort en mar-

muvaqqari’d-dawlih, 432

tyr, 274
muzaffari’d-dín mírzá (plus tard, chah), 93, 418n,

najaf-i-Khamsi’í, martyr de 1852, 109

456,

najaf qulí, áqá, 244

najíb Páshá, 191

N

najíbíyyih, jardin (jardin de ridván), Bagdad, 191,

nabát Khánum, concubine de mírzá Buzurg, 30

197, 198

nabí Khán-i-qazvíní, mírzá, père de mushíru’d-

na‘mayn, jardin de, voir jardin de rid∂ván, acre

dawlih, 496

námiq Páshá (mehmed namik Pasa), Gouverneur de

nabí, mírzá, de damávand, martyr de 1852, 108

Bagdad, 173, 176 ; rend visite à Bahá’u’lláh, 177 ;

nabí sálih, mausolée de, 338, 345

accueille ‘abdu’l-Bahá et mírzá músá, 177, 179 ;

nabíl ibn nabíl, voir muh∂ammad ‘alí, h∆ájí shaykh

informe Bahá’u’lláh de l’invitation à istanbul,

nabíl-i-akbar, voir muh∂ammad-i-qá’iní, mullá
178 ; visite le Jardin de ridván, 196-197 ; note

nabíl-i-a’z∂am (mulla muh∂ammad-i-zarandi), illustra-

biographique, 503 ; mentionné, 205

tions, 12, 222, 264 ; chronique, 14 ; fréquente

naplous (nablus), 489

Bahá’u’lláh à Téhéran, 82 ; à qom lorsqu’arrivent

napoléon Bonaparte, 295, 305

les effets personnels du Báb, 84 ; rencontre

napoléon iii, Tablettes à, première, 267 ; deuxième,

Bahá’u’lláh à Kirmánsháh, 88 ; arrive à Bagdad et

346, 417 ; mentionné, 378, 452

trouve Bahá’u’lláh, 152 ; envoyé à qazvin, 155 ; le

napoléon, colline de (Tall-i-fakhkhár), 390

récit de áqá siyyid ismá’íl-i-zavári’i, 156 ; prend

nashíd Páshá, gouverneur général de damas, 394n

la nationalité ottomane, 174 ; partage sa maison

nash’ih Khánum, femme de mírzá muh∂ammad qulí,

avec les bábís, 174 ; sa description authentique de

exilé à acre, 301

la déclaration de Bahá’u’lláh, 196 ; rejoint la
násir (h∆ájí’abbás), Tablette à, 349, 351

marche depuis Bagdad, 212 ; renvoyé d’istanbul ,

nás∂iri’d-dín sháh (règne 1848-96) illustrations, 51,

225 ; on lui confit une Tablette pour mírzá yah∂yá

96, 463 ; circonstances de son accession au trône,

qui n’est pas délivrée, 262 ; envoyé en anatolie,

72-73 passim ; renvoie amir Kabir et ordonne sa

269, 317 ; mission à Chiraz et à Bagdad, 274 ; mis-

mort, 89, 91, 92-94 passim ; attentats contre sa vie, sion en égypte et
emprisonné à alexandrie, 272,

chap. 15, 95, 122, 444 ; son attitude vis-à-vis de

274, 289 ; en anatolie et à Chypre où il est libéré,

Bahá’u’lláh et de son bannissement, 121, 123 ;

317 ; arrive à acre, 314 ; vit à haifa, hébron et

bannit malkam Khán, 175 ; pressions pour éloi-

nazareth, 317 ; son séjour dans la citadelle, 317 ;

gner Bahá’u’lláh de Bagdad, 177 ; épître de

son récit de sa rencontre avec Badí’ et son père,

Bahá’u’lláh à, et circonstances, 265, 267, 319,

320-322 ; arrêté et envoyé à Tripoli, 357 ; à Bahjí,

323-326, 331, 333, 335 ; épître citée, 323, 334-
442, 452 ; compile la prière de souvenance, 452 ;

335 ; résidences d’été qu’il visite, 330 ; demande

décrit les événements au moment de l’ascension de

de zillu’s sultán pour le détruire, 436-437 ; son

Bahá’u’lláh, 452, 454 ; son suicide, 452 ; mention-

règne conduit à la dégradation de la situation de

né, 95, 109, 115, 174, 190, 216, 242, 265, 343

son pays, 455-457 ; stigmatisé par Bahá’u’lláh,

nabíyu’lláh yúnís, 204

456 ; Bahá’u’lláh explique la longueur de son

na’ím effendi, de Chypre, 343, 346

règne, 443-444 ; délègue son autorité à ses trois

na’ím, mírzá, cousin de mírzá áqá Khán-i-núri, 469

fils, 456 ; la tentative d’assassinat le pousse à

najaf, tombe de mírzá Buzurg, 17 ; mentionné, 111,

prendre de dures mesures contre les bahá’ís, 439 ;

159, 167, 173, 466,

observations de Chirol, 458-462 ; visite les villes

najaf ‘alí Khán, h∆ájí mírzá, représentant de l’ambas-

saintes d’irak (1870), 466, 496 ; ses trois visites en
europe : première (1873), 469, 496, deuxième

dans la Gloire du Père

(1878), 460n, 471, 497, troisième (1889), 474,

Bagdad, 208

475, 477 ; renvoie mushíru’d-dawlih comme

níyálá, village, 64-65, 367

grand vizir et disperse le parti des courtissans,

níyávarán, villégiature, 95, 99

470 ; heureux d’apprendre le décès de mushíru’d-

niz∂ámu’d-dawlih, voir dúst ‘alí Khán

dawlih et négocie pour gagner de l’argent sur ses

niz∂ámu’l-mamálik, voir fadlu’lláh, mírzá

propriétés, 472-473 ; vole le Baháristán, 473 ;

niz∂ámu’l-mulk, fils de mírzá áqá Khán-i-núri, 93

perte de territoires, 462-466, 472 ; concessions

nizhád námih (le livre des ancêtres), 27

accordées puis annulées, 470, 478 ; relations avec

nordenfelt, homme d’affaire suédois, 458, 461

mírzá malkam Khán, 477 ; interdiction puis, plus
nouvelle Jérusalem, 377, 387

tard, subvention du journal akhár, 411, 418-419 ;

nuqtalu’l-Káf, 108n

achat de navires allemands, 474 ; relations avec

núr, district, 27, 29, 35, 52, 67, 69, 79, 110, 144, 501

siyyid Jamálu’d dín, 476-478 passim ; célébra-

núrí, de mazandéran,27

tions du jubilée, 478 ; assassinat, 418n, 452, 456n,

núrí Big, fonctionnaire ottoman à istanbul, 420

457, 474, 478 ; mentionné, 19, 27, 87, 101, 102,

núri’d-dín-i-zayn, mírzá (zeine), 364

108, 109, 113, 160, 164, 166, 173n, 181n, 191,

núru’lláh Khán-i-sháhsavan, 72

259, 316n, 328n, 417, 418, 462, 472, 491, 496,

núru’lláh, mírzá, fils de mírzá yah∂yá, 416

499, 506

nas∂ru’lláh, áqá, frère de áqá muh∂ammad-ismá’íl, 265

O

nas∂ru’lláh, mírzá (s∆adru’l-mamálik), 72, 73

oliphant, laurence, 392, 401, 487-488, 489
nas∂ru’lláh-i-ardakání, áqá, 425

oman (’ummán), Golf d’, 464

nas∂ru’lláh-i-núri, mírzá, voir áqá Khán-i-núri

omeyyades, 204n, 455

nas∂ru’lláh-i-Tafrishí, mírzá, illustration, 264 ; men-

ottomans, diplomates et gouverneurs : ambassadeur, à

tionné, 247n, 258, 349

londres, 493, 480 ; gouverneurs, à acre, 299, 352-

navires autrichiens, 287, 288, 293, 317, 372, 400

356, 357, 359-363 passim, 377, 380 passim, 391, navvábih Khánum, voir
asiyih Khánum

392, 394-397 passim ; valis : à andrinople, 255, naw-rúz, en 1852, 127 ; en
1863, 178 ; mentionné,

265, 276, 277, 311, 499 ; à acre, 295, 297-299

passim, 342, 353n, 360n, 387 ; à Bagdad, 73, 135,

náyibu’s-salπanih, voir Kámrán mírzá

150, 152, 159-163 passim, 176-179 passim, 196-nayriz, 81, 92, 95, 103, 109,
154, 250, 500

197, 466, 498-499, 503, 505 ; à Beyrouth, 255 ; à

nazar ‘alí Khán, 69

damas, 354-355, 395, 405n, 406
nazar ‘alí, mírzá, de qazvin (h∆akím-Báshi), célèbre

ottoman, empire : contrôle acre, 295, 297, 298 ; fonc-

murshid soufi, 38 ; note biographique, 503

tionnaires à andrinople, 272, 279, 280, 479, 480 ;

nazareth, 317, 394

à acre, 312 ; à Constantinople, 412, 419, 422,

názimu’d-dawlih, voir malkam Khán, mírzá

423 ; archives officielles, 281-282, 311 ; première

názir, voir abu’l qásim-i-názir, h∆ájí mírzá, d’ispahan académie militaire,
503 ; nationalité turque accor-nice, france, 495

dée aux bábís, 174 ; allocation mensuelle accordé

nicodème, 451

aux exilés bábís, 253 ; retraite après la chute de

nicolas, a. l. m., 246n

Plevna, addenda iii ; frontière avec la Perse, 465-

nicosie, Chypre, 362

466 ; voir aussi andrinople, acre, Bagdad,

nil, 489

istanbul, sublime Porte, sultans ‘abdu’- ‘azíz and

ni‘matu’lláhí, confrérie soufie, 504

‘abdu’l-hamid ii, ‘alí Páshá, fu’ád Páshá, diplo-
ninive, 204

mates et gouverneurs ottomans, 129, 327, 387

nisá’Khánum, sœur de Bahá’u’lláh, 29 ; mariée au

ordre mondial de Bahá’u’lláh, 377, 446

secrétaire de la légation russe, 29, 97

osée, le prophète, 307

níshápúr (níshábúr), 320

ouléma, de Kerbéla et de najaf, envoient un de leurs

nis∂íbín (nusaybin), Turquie, étape du voyage depuis

index

représentants voir Bahá’u’lláh, 167-168

ovanes (uvanís) Khán musá‘id, consul persan à

Porte de la terre, acre, illustrations, 381, 382 ; men-istanbul, 426

tionnée, 345, 383

Port-saïd, 292, 414, 432, 436, 495

P

Présidents des républiques d’amérique, 378

palanquin (howdah, kajávih), illustration, 199 ; men-
Printemps divin, 192

tionné, 198-199, 206, 212, 217

Proclamation, par Bahá’u’lláh, 236, 267

Pahlaván rid∂á, bábí de Káshán, 303n

Prokesh, Baron, ministre autrichien à istanbul, 480

Palestine, 295, 489

Terre promise, 124

Palmerston, lord, 466

Promis le, 132, 145, 368

Panislamisme, 476

Prophètes de dieu, voir manifestations de dieu

Paradis, 193

Prophètes hébreux, chap. 31

Paris, traité de (1856), 316

Ptolémaïs (acre), 305

Parlement, en Perse, 473

Pékin, 489

Q

Peuple de Bahá, décrit par Bahá’u’lláh, 417 ; mention-

qá’im, de la famille de muh∂ammad, 37, 45, 46, 51, 63,
né, 274, 404, 448

76, 92, 365, 370, 426, 429 ; questions le concer-

Persépolis, 19

nant, 188

Perse : carte du n. de la Perse, 56 ; description de, 17-

qá’im-maqám, voir abu’l-qásim, mírzá, de faráhán

20 ; son futur, 19, apparition du Báb, 43-44, réus-

qadjar, dynastie, princes et chefs, 18-20 passim, 112, sites d’amír Kábír, 94 ;
Bahá’u’lláh banni de, 123-236, 436 ; tribu, 28 ; Bahá'u'lláh prophétise la

124, 126, 306, Bahá’u’lláh s’adresse à ses peuples,

chute, 437 ; déclin de la Perse sous, 455-457 ;

267 ; martyre, 271-272, 436-437 ; Bahá’u’lláh pro-

mentionné, 91

phétise la chute des qadjar, 437 ; tentatives d’ex-

qamaru’s-salπanih, veuve de mushíru’d-dawlih, 473

terminer la communauté bahá’íe, 456-457 ; déclin

qandílí, ville, 503

and dégradation sous le régime des qadjar, 455-

qánún, journal publié par mírzá malkam Khán, 477

456, 459-461 passim ; description de la visite de qará Guhar, une lourde
chaîne, 101
Chirol (1884), 458-461 ; empiétement et pertes de

qarih-Tapih, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 203

territoires, 460-465, 472 ; concessions accordées

qashqá’í, tribu, 71

par nás∂iri’d-dín sháh, 470, 477 ; dotations à

« qui, hormis dieu », prière du Báb, 137

Téhéran, 473 ; Parlement, 473 ; entreprises alle-

qásim-i-nayrízí, h∆ájí, attaqua le chah, 95, 109

mandes en, 474 ; mentionné, 43, 140, 224, 387,

qayyúmu’l-asmá‘, révélé par le Báb, 45, 155, 235

503 ; voir persans

qazvín, 46, 59, 61, 84, 155, 472, 500, 505

Persans : princes, 135, 148, 149, 176 ; présentent leurs

qom, 18, 84, 95, 504

respects à Bahá’u’lláh à alexandrie, 289 ; à

quddús (muh∂ammad ‘alíy-i-Bárfurúshí, h∆ájí mullá),

istanbul, 468 ; mentionné, 295

reconnaît le Báb, 46 ; accompagne le Báb en pèle-

persique, Golf, 469, 474

rinage, 48 ; à la conférence de Badasht, 61-64 pas-
Pharaon, 223, 370, 467

sim ; Bahá’u’lláh donne nom, 62 ; emprisonné à

Phéniciens, 295, 390

sárí, 68 ; libéré va à shaykh ∏abarsí, 69 ; le désir

Philippopolis (Plovdiv), Bulgarie, 483, 484

du Báb de l’aider en personne, 88 ; martyre, 81 ;

Pidar Ján-i-qazvíní, bahá’í à haïfa, 317

mentionné, 92, 103, 429, 494

pèlerins, maison des, acre, 200, 341 ; mt Carmel, 254n

qudsíyyih Khánum, fille de mírzá muh∂ammad-qulí,

Plevna (Bulgarie), siège de, 287, addenda iii

exilé à acre, 301

Pollock, général, 466

coran, cité, 62, 63-64, 183, 249, 370 ; mentionné, 36, Porte de la mer, acre,
illustration, 299 ; mentionné,

153, 165, 223, 467

dans la Gloire du Père

qurratu’l-‘ayn, voir ∏áhirih

ridá Páshá, à la cour du sultan, 162

rid∂á sháπír-, 174, 200 ; note biographique, 504, tente
R

d’assassiner Bahá’u’lláh, 161, 166, 172

rabí‘ih, maison de, acre 341, 345

rid∂á-i-Kirmání, mírzá assassine nás∂iri’d-dín sháh,

raf‘at Big, à damas 379

rafí‘-i-núrí, mirza martyr de 1852, 109

rid∂á-qulí (qanbar-‘alí), voir s∆afá h∆ájí mírzá

rajab-‘alí, mullá, 443

rid∂á-qulí Big, grand-père de Bahá’u’lláh, 27, 29

ramad∂án mullá, s’enfuit de Tákur avec mírzá yah∂yá,

rid∂á-qulí, mírzá, illustrations. 30, 125 ; demi-frère de

Bahá’u’lláh, 27 ; épouse maryam mais garde ses

rang de l’homme, 190, 448

distances vis-à-vis de Bahá’u’lláh, 30, 468 ; après

rashid Páshá, grand vizir ottoman, 493

sa libération (1852) Bahá’u’lláh se repose chez lui,

rawlinson, sir henry, 31n, 141

124 ; empêche le mariage prévu de ‘abdu’l-Bahá,
rédempteur, du monde, 126

369-370 ; réprimandé par mushíru’d-dawlih,

régie des Tabacs, 477

468 ; mentionné, 140

reine du Carmel, 402

rid∂á-qulí Khán-i-hidáyat, 27

religion, rôle de la, 448

rid∂á-qulí mírzá (náyibu’l-íyálih), prince persan à

religieux, réunion avec Bahá’u’lláh à Bagdad, 167-

Bagdad, 149

168 ; désir de Bahá’u’lláh de rencontrer les théolo-

rid∂á-qulí-i-Tafrishí, mírzá, frère de Badrí-Ján, 247n ;

giens persans, 169-171

arrive à andrinople, 258 ; exilé à acre, 301 ;

représentants diplomatiques français, 177, 267, 346,

actions hostiles et assassinat à acre, 346-349, 351,

361, 480-481, 489

représentants officiels et diplomatiques russes, 29, 71,

rid∂ván : Jardin à Bagdad (jardin de najíbíyyih), 191,
72, 92, 97, 121, 122, 124, 259n

196, 198, 236 ; Tablette du, 192-195 ; fête de, 197,

reuter, Baron Julius de, la concession reuter, 469,

198, 217 ; jardin à acre (jardin de na’mayn), illus-

496, Banque impériale de Perse, 477

trations, 385, 386, 438, mentionné 387, 390, 391,

révélation, de Bahá’u’lláh, début de, 81 ; naissance

397, 442-443

dans le siyáh-Chál, 103, 236 ; proclamée

risálih, de siyyid mihdíy-i-dahijí, 155

à andrinople, 266-267, dans lawh∂-i-Karmil, 404 ;

robespierre, 455

« écriture de révélation », 439, illustration, 434 ;

« roi de Gloire », 305, 306

du Báb, défense de, par Bahá’u’lláh, 267

« roi des martyrs », voir h∆asan, mírzá

rhin, fleuve, 378

rois et dirigeants, le défi du Báb aux, 45 ; conseil de

rhodope mts., Bulgarie, 484

Bahá’u’lláh aux, 228-229 ; premiers à recevoir
rid∂á áqá, l’auteur, voir muh∂ammad-rid∂á-i-qannád-i-l’appel divin, 236 ;
súriy-i-mulúk, 267 ; leur rang,

shírází, áqá

rid∂á áqá, frère de h∆ájí aqáy-i-Tabrízí, exilé à acre,

roger, mary, 346n

romains, 295

rid∂á Big, maison à andrinople, illustration 260, décri-

ronzevalle, ferdinand, consul français en exercice à

te, 256, mentionnée, 252, 253, 258

andrinople, 481

rid∂á, imam (’ali ibn músá ar-rid∂á) mausolée de, 17,

rosen, Baron victor, 324

470, 472, 505

rosenberg, rev., missionaire protestant à andrinople.

rid∂á Khán, meurt à shaykh ∏abarsí, 60

addenda ii passim

rid∂á Khán Giránmáyih mírzá (mu‘ayyidu’s-salπanih),

roumélie, 240, 335, 483

460n
rúmí voir Jaláli’d-dín-i-rúmí

rid∂á mírzá, parent de siyyid muh∂ammad-i-is∂fahání,

russie : son gouvernement propose un refuge à

Bahá’u’lláh, 124 ; soumet les Turkomans, 462 ;

n’apprécie pas la concession reuter, 470 ; visite de

index

nas∂iri’d-dín sháh, 470, 475 ; guerre de 1877-78

Báb, 175

avec la Turquie, 286 ; siège de Plevna et poursuite

sa‘íd Khán-i-ansárí, mírzá (mu’taminu’l-mulk),

des troupes ottomanes après la chute, 287, adden-

ministre des affaires étrangères, 161 ; conduit

da iii ; Cosaques et brigade cosaque de Perse,

l’opposition contre mushíru’d-dawlih, 470 ; perd

472 ; avance en Transoxanie, 464 ; prise de marv,

son poste puis est rétabli, 470-471 ; signe le Traité

460, 462, 464 ; étend sa frontière avec

de ákhál, 472 ; l’épître shikkar-shikan-shavand
l’afghanistan, 460 ; construit la voie ferrée trans-

ne lui est pas destinée, 173n, 471 ; note biogra-

caspienne, 461 ; obtient le droit d’utiliser les eaux

phique, 504

côtières à anzalí, 474 ; concession pour construire

sa‘ídu’l-’ulamá, religieux de Bárfurúsh, 68

routes et voies ferrées en Perse, 477 ; mentionnée,

sakínih Khánum, demi-sœur de Bahá’u’lláh, 29

458, 470, 324, 460, 462

s∆aláh∂i’d-dín (saladin), 207

rustam-i-rúzafzún, áqá, 25

s∆aláh∂íyyih, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 202

rustchuk (ruse), Bulgarie, 483

sálár (h∆asan Khán), 91, 462, 496

rúznámiy-i-vaqáyi‘-i-ittifáqíyyih, gazette officielle de

salásil, une lourde chaîne, 101

Téhéran, rapporte les martyres de 1852, 106, 107,

s∆álih∂, mírzá, oncle de Táhirih, assassiné, chap. 7

s∆álih∂ Páshá, gouverneur d’acre, 352-356, 357
s∆álih∂-i-‘arab, siyyid, religieux de Téhéran, 470

S

salisbury, lord, premier ministre britannique, 475

st-andré, église de, acre, 345

salmán, shaykh, conduit munírih Khánum à acre,

st-George, église de, acre, 345

370-372 ; pétitions qu’il porte lorsqu’il est arrêté à

st-Petersbourg (léningrad), 470, 472, 475

à alep, 467-469 ; mentionné, 249, 256, 258

ste-sophie, istanbul, dôme de, 243

salmán-i-fársi, compagnon de muh∂ammad, 38

sa‘ádat ábád, village, 58, 501

sálmání, voir muh∂ammad-‘alíy-i-salmání, ustád

s∆abbágh-i-yazdí, voir muh∂ammad-‘alíy-i-Jilawdár-i-

salomon, 43

yazdí

salonique (Thessaloníki), 483

sádhijíyyih, fille de Bahá’u’lláh qui mourut enfant,

salt lake City, 83

salπanat Khánum, exilée à acre, 301

sa‘di, cité, 18, 43, 153, 249, 455

salvarí, Turquie, 226

s∆ádiq-i-muqaddas-i-Khurásání,

mullá,

titre

s∆amadíyyih Khánum, sœur de mírzá muh∂ammad-‘alí,

d’ismu’lláhu’l-as∂daq, 50n ; accepte Bahá’u’lláh à

exilé à acre, 301

andrinople, 274 ; mentionné, 494

samaríyyih, colline proche de Bahjí, 390

s∆ádiq-i-Tabáπabá’i, chef mujtahid de Téhéran, 457

sámarrá, 492

s∆ádiq-i-Tabrízí (zanjání), attente à la vie du chah, 84,

s∆ams∂ámu’s-s∆alπanih, 328

95, 96, 109

sámsún, Turquie, étape de la marche depuis Bagdad,

s∆ádiq-i-yazdí, shaykh, meurt en route vers istanbul,

201, 217

200, 214
san francisco, 83

s∆afá, h∆ájí mírzá (rid∂á-qulí, qanbar-‘alí), murshid de

sar-Galú, montagne, illustration, 144 ; mentionné, 142

h∆ájí mírzá h∆usayn Khán, ses entrevues avec

sarakhs, poste frontière de Perse, 464

Bahá’u’lláh, 220-221, 223, 224, 234 ; note biogra-

sardár-i-as‘ad, voir ‘alí-qulí Khán, h∆ájí

phique, 504 ; mentionné, 291

sárí, mazandéran, 68, 69

safavide, dynastie, 19, 129, 459

sárih Khánum (ukht), sœur aînée de Bahá’u’lláh, 29,

s∆áh∂ib díván, voir shafi‘ Khán, mírzá

s∆áh∂ib-Ján Khánum, une servante, exilé à acre, 302

saron, 307

s∆áh∂ibu’z-zamán, 46

sassanide, dynastie, 25, 27

s∆ah∂ífiy-i-Baynu’l haramayn, Tablette révélée par le

sayfu’d-dawlih, fils de ‘alí sháh, 148

sayfu’l-mulúk mírzá, fils de fath-‘alí sháh, 73

dans la Gloire du Père

sayyáh, voir ádí Guzal, mullá ; aussi muh∂ammad-

souffrit la bastonnade, 78 ; ses commentaires sur la

‘alíy-i-sayyáh, h∆ájí

Tablette du saint nautonier, 178 ; reçoit le manus-

schindler, général autrichien, 460

crit original du Kitáb-i-íqán, 189 ; décrit le Kitáb-

schynovsky, colonel, officier autrichien à Téhéran,

i-aqdas, 377-378 ; nomme les apôtres de

Bahá’u’lláh, 234n ; termine le mausolée du Báb,

sébastopol, 487, 489

401-402 ; mentionné, 11, 27, 254n, 497

seigneur des armées, 305, 306

shujá’u’d-dawlih, Prince, fils de ‘alí-sháh, 148, 224,

selim i, 219n

sept martyrs de Téhéran, 81, 92, 429 ; de yazd, 409,

shujá’u’l-mulk (mihr-‘alí Khán), 468

shukru’lláh-i-núri, áqá, accompagne Bahá’u’lláh à

shádhilí, confrérie, acre, 394

Kerbéla, 88

shafí‘ Khán, mírzá (s∆áh∂ib diván), 39, 59, 121

shúshtar, ville, 127

shariy-i-Burújirdí, h∆ájí siyyid, 491

sidon, 499, 500

sháh muh∂ammad-i-amín, h∆ájí, décrit comment Badí‘

s∆idq-‘alíy-i-qazvíní, darvísh, émigre à istanbul, 180,

reçoit l’ Épître au chah, 323

200 ; emprisonné à istanbul, 274 ; exilé à acre,

sháh-rúd, 67, 88

302 ; arrêté au temps des meurtres des trois azalís,

sháh-sulπán Khánum (‘izziyih Khánum, Khánum

357 ; note biographique, 505 ; mentionné, 155,

Buzurg), illustration, 368 ; demi-sœur de

Bahá’u’lláh, 29-30 ; empêche le mariage prévu de

sinaï, 404
‘abdu’l-Bahá, 369

sinán, architecte, 243

sháhansháh Bigum, fille de diyá’u’s-salπanih, 33 ; ses

sind, 465

filles, 34

sinope (sinop), Turquie, port, au cours de la marche

shahr-Bánú Khánum, devait épouser ‘abdu’l-Bahá,

depuis Bagdad, 218

sion, 307, 404

shahr-i-ray (anciennement Cháh ‘abdu’l-‘az∂ím), vil-

sipahdár-i-a’z∂am, voir muh∂ammad-valí Khán-i-

lage, 97n

Tunukábuní

shamsí Big, 219, 221, 227, 252

sipahsálár-i-a’z∂am, voir h∆usayn Khán, h∆ájí mírzá ; shamsu’d-duhá,
belle-mère du roi des martyrs, 366

aussi yah∂yá Khán

shátir-Báshí, dénonce son frère au cours du massacre

sírján, Perse, 494

de 1852, 108
sistán, 465

shaybak Khán (muh∂ammad Khán-i-shaybáni), 25

sívás, Turquie, étape du voyage depuis Bagdad, 215,

shaykh-‘alí mírzá, de Chiraz, rencontre Bahá’u’lláh à

Kerbéla, 88 ; mentionné, 131

síyáh-Chál, cul-de-fosse à Téhéran, bábís emprisonnés

shaykh-‘alí, mullá, voir ‘az∂ím

(1852), 97, 103, 111 ; Bahá’u’lláh décrit le cadre et

shaykh Ghánim, mausolée de, acre, 345

les conditions de son emprisonnement, 98-102,

shaykhis, 52, 159, 456

126 ; arrivée et mort de ‘abdu’l-vahháb, 118 ;

shimrán (shimirán), porte de, 33, 35, 96 ; district de,

mort de’az∂ím, 122 ; visiteurs et libération de

72, 95

Bahá’u’lláh, 121-124 ; mentionné, 131, 236, 316

shír Khán (‘aynu’l-mulk, i’tid∂ádi’d-dawlih), ilkhání

siyyid-i-Buká’, 131, 136

des qadjars, 181
skobelev, général russe, 464

shirzád Khán-i-sartíp, haut fonctionnaire qui devint

smyrne (izmír), 50n, 288, 362, 499, 502

bahá’í, 259

sofia, Bulgarie, 484

shishmán, docteur qui soigne Bahá’u’lláh, 247

stopford, admiral sir robert, 297, 298

shoghi effendi, Gardien de la foi bahá’íe, son lieu de

strabo, 216

naissance, 385 ; son père, 431 ; gardiennat prévu

s∆ubh∂-i-azal, voir yah∂yá, mírzá

par Bahá’u’lláh, 378 ; indique que Bahá'u'lláh

s∆ubh∂í Páshá, vali de syrie, 354

index

sublime Porte, 311, 479

T

soudan, 258, 272, 489

∏abarsí, shaykh, bábís s‘y réfugient, 68 ; visite de

soufis, confrérie qádiriyyih, 276 ; mentionné, 289
Bahá’u’lláh, 69 ; son intention de revenir, 69, 75 ;

s∆ughrá Khánum, demi-sœur de Bahá’u’lláh, 29

fin du soulèvement, 81 ; histoire de, 107-108 ;

s∆uhayb, compagnon de muh∂ammad, 290n

mentionné, 50, 56, 60, 77, 103, 109, 274, 320

sulaymán le magnifique, sultan ottoman, 129

Tabriz, martyre du Báb, 19, 81, 85, 92 ; meurtre de

sulaymán Khán, h∆ájí, récupère les restes du Báb et de

siyyid-‘alíy-i-arab, 259 ; exécution d’azalís

son compagnon, 85, 95 ; bábís arrêté dans sa mai-

(1896), 415 ; mentionné, 73, 95, 236, 497

son (1852), 97 ; martyre, 106-107, 109 ; mention-

∏áhirih (umm-salamih, qurratu’l-‘ayn), description,

né, 95, 121

46-47, 84, 107 ; accepte le Báb, 47 ; son sauveta-

sulaymán Khán (Jamál effendi), 418n

ge, 60 ; rencontre vah∂íd, 83-84 ; à la conférence de

sulaymán Khán-i-qájár, 181n

Badasht, chap. 8 passim, 107 ; Bahá’u’lláh la

sulaymán Páshá, gouverneur de andrinople, 276n
nomme, 62 ; protégée à niyálá, 65 ; arrêtée et

sulaymán Páshá, gouverneur de province d’acre, 295,

emprisonnée à Téhéran, 68, 83 ; martyre, 68, 107 ;

298, 353n, 360n, 389n

mentionnée, 59, 88, 145, 349n, 366

sulaymán-i-núri, mírzá, 61

∏ahmásb-qulí Khán-i-Kujúri, 113

sulaymán-qulí, mírzá (Khátibu’r rahmán), martyr de

∏á’if, arabie, 499

1852, 107, 108-109

Tá’íyyih, ode, 142

sulaymáníyyih, irak kurde, Bahá’u’lláh cherche à

Tajrísh, résidence d’été, 72, 460

s’isoler, 139-140 ; sa vie, 140-142, ville décrite,

Táju’l-mulúk (ummu’l-Khaqán), 93

141 ; attitude des habitants, 142 ; pachas hérédi-

Tákur, manoir de mírzá Buzurg, 32, 35, 37 ; attaqué,

taires, 148n ; odes révélées par Bahá’u’lláh, 142,

110-113 ; mentionné, 27, 28, 110

176 ; son retour à Bagdad, 145, 236 ; mentionné,
Takyih, séminaire théologique, de mawláná Khálid,

143, 147, 148, 152, 441

illustration, 143, mentionné, 142 ; des mawlavis,

sulπán, shaykh, bábí arabe, rencontre Bahá’u’lláh à

240, 289

Kerbéla, 88 ; le soutien à Bagdad, 131 ; le cherche

Talbot, major Gerald f., 477

et le trouve à sulaymáníyyih, 145 ; son livre écrit

Tall-i-fakhkhár (colline de napoléon), acre, 390

sur le voyage, 146n

Taqí Khán-i-faráhání, mírzá (amír Kabír), illustra-

sulπán-ah∂mad mírzá (plus tard, sháh), 328

tion, 90 ; titres, 73 ; devient grand vizir, 73 ; ordon-

sulπán-h∆usayn mírzá (Jalálu’d-dawlih), 409, 436-437

ne la mort du Báb, 87, 462 ; efforts pour supprimer

sulπán ibn ah∂mad, saiyid, de muscat, 465

la religion bábíe, 91, 92 ; rencontre Bahá’u’lláh et

sulπán-mas’úd mírzá (z∆illu’s-sulπán), 19, 93, 328,

conseille une absence temporaire, 88 ; renvoyé par

409, 436, 456, 458, 459
le chah qui ordonne sa mort, 89, 91, 93, 492 ;

sulπán muh∂ammad-i-fátih∂, mosquée d’istanbul, 221

caractère et accomplissements, 91, 93-94 ; femme

sulπán-murád mírzá (h∆isámu’s-salπanih), gouverneur-

and filles, 92, 93, 107 ; mentionné, 86n, 121, 492,

général du Khorassan, 32, 91, 462, 473

496, 504

sulπán salím, mosquée d’andrinople, 243, 261

Taqí, mírzá (Parishán), fils de mírzá Buzurg, 29

sulπánábád, 459

Taqíy-i-Baraghání, h∆ájí mullá (shahíd-i-Thálith), 59,

sunnites, 305, 449

súq al abyad∂, acre, 390

Taqíy-i-Tabrízí, h∆ájí (Karbilá’i Taqi, mashhadi Taqi),

sourate de Joseph, 45

note biographique, 497 (avec frère, Ja’far-i-

suse (shúsh), 19

Tabrizi, h∆ájí) ; mentionné, 258, 282-283, 293, 299,

sykes, sir Percy, son opinion d’amir Kabir, 93 ; men-

tionné, 465

Tatar-Bazardijk (Pazardzhik), Bulgarie, 484

syrie, 295, 297, 499

Táwuq, irak, étape du voyage depuis Bagdad, 203

dans la Gloire du Père

Taylor, 1. G., British consul à diyárbakr, 211-212n

famille de, 345 ; son manoir à Bahjí, 389 ; mort,

Télégraphe, construction du, en Perse, 465

389 ; voir ‘Údí Khammár, maison de ‘Údí

Templiers allemands, 298n, 400

Khammár, maison de, acre, illustration, pièce où

Terre sainte, chap. 31, 392, 451

le Kitáb-i-aqdas fut révélé, 376 ; mentionné, 341,

Thompson, Juliet, 119

342, 345, 357, 361

Thomson, sir ronald, ministre britannique à Téhéran,

‘uluvv, siyyid-i-, 88

460n
‘umar effendi, Big-Báshí, accompagne les exilés

Thomson, w. Taylor, ministre britannique à Téhéran,

bahá’ís au départ de Gallipoli, 287

460n

‘umar lüπfí Páshá, gouverneur de Bagdad, 150 ; note

Tiflis, 496

biographique, 505

Tigranes, en arménie, 207

umm-i-ashraf, mère d’áqá siyyid ashraf, le martyr,

Tigre, fleuve, cafés visités par Bahá’u’lláh, 172, 175 ;

le voyage depuis Bagdad, 191, 198, 199, 205, 210,

umm-salamih, voir ∏áhirih

mentionné, 17, 145, 150n, 153, 178, 183, 190

états-unis d’amérique, 474

Téhéran, ville natale de Bahá’u’lláh, 22 ; maison de

unité des peuples, 448

mírzá Buzurg, 32, 33 ; maison de Bahá’u’lláh, 33 ;

ustád muh∂ammad-‘alíy-i-salmání, voir muh∂ammad-

mission de mullá h∆usayn, 49 ; arrestation de ∏áhi-
‘alíy-i-salmání

rih, 68 ; invités de Bahá’u’lláh, chap. 12 passim ;

‘uthmán Páshá, ministre ottoman, 506

Bahá’u’lláh reçoit les affaires personnelles du Báb,

Úzún-Kúprí, Turquie, 284

84-85 ; restes du Báb cachés, 85 ; sept martyrs,

81, 92, 429 ; tentative d’assassinat du chah, chap.

V

15 passim, 118 ; martyrs de 1852, chap. 17 ;

vah∂íd (siyyid yah∂yáy-i-dárábí), le chah l’envoie véri-

Bahá’u’lláh par en exil, 124 ; Bahá’u’lláh s’adres-

fier les dires du Báb, 92 ; invité de Bahá’u’lláh,

se à, 378 ; visite de Chirol, 458-461 ; assassinat de

82 ; rencontres avec sayyáh∂ and ∏áhirih, 82-84 ;

násiri’d-dín sháh, 478 ( voir násiri’d-dín sháh) ;

reconnaît la position de Bahá’u’lláh, 82-84 ; mar-

mentionné, 19, 29, 101, 105, 118, 456 ; voir síyáh-

tyrisé à nayriz, 81, 92 ; mentionné, 103

Chál

vah∂íd, mírzá, fils de mírzá muh∂ammad-qulí, exilé à
Testament de Bahá’u’lláh (Kitáb-i-‘ahd), provisions

acre, 301

du, 445, 446, 449 ; cité, 446

vakílu’d-dawlih (muh∂ammad-Taqí, h∆ájí mírzá), 414

The Times, londres, 392, 483

varna, Bulgarie, 483, 484

Traditions islamiques, 188, 219n

verbe de dieu, 190

transcaspien, chemin de fer, 461

victoria, reine, 177, 469, 475

Transoxanie, 25, 464, 472

Túbá Khánum, sœur de h∆ájí mírzá habibu’lláh afnán,

W

Túpkhánih, 503

windsor, château de, 469

Túqát (Tokat), Turquie, étape du voyage depuis

Bagdad, 216

Turkamáníyyih, mère de muh∂ammad-qulí, 30

X
Turkestan, 216

xerxès, 19

Turkomans, 462-464

Y

U

yah∂yá, h∆ájí shaykh, imám-Jum‘ih de Chiraz, 131n

‘ubaydu’lláh, shaykh, 496

yah∂yá Khán (mushíru’d-daw1ih, mu‘tamídu’l-mulk),

‘Údí Khammár, détails biographiques, 341-342, 361 ;

473, 474

index

yah∂yá, mírzá (s∆ubh∂-i-azal), illustration, 31 ; demi-

illustration, 471 ; devient grand vizir, 470 ; person-

frère de Bahá’u’lláh, 30 ; successeur du Báb, 130,

nalité, 471 ; note biographique, 506 ; mentionné,

245 ; Báb le confie aux soins de Bahá’u’lláh, 83 ;

333, 474

arrêté à ámul, 75, 78-79 ; va à Tákur, puis s’enfuit

vers Bagdad, 110 ; Bahá’u’lláh désire qu’il retour-
Z

ne en Perse, 130, 246 ; comportement à Bagdad,

záb, grand et petit, rivières, 204

130, 131, 135, 136, 143-145, 167, 246, 443 ; son

za‘farán Khánum, exilée à acre, 302

livre mustayqiz∂, 147 ; incite au meurtre de

zagros mt., 17, 19

dayyán, 147 ; refuse de rencontrer nabíl, 152 ; à

z∆áhir, bábí arabe, 205, 246

Bas∂rah, 167, 172 ; nomme des « Témoins du

z∆áhiru’l-‘umar, gouverneur de la province d’acre,

Bayán », 181 ; s’enfuit de Bagdad, 182 ; abandon-

295, 297, 298

ne des écrits du Báb, 246 ; atteint mosul et des-

zahrá Bigum, sœur de la femme du Báb, 429, 431

cription de ‘abdu’l-Bahá, 205 ; rejoint la carava-

zahrá Khánum, exilée à acre, 301

ne, 205, 212 ; supplie Bahá’u’lláh d’accepter le

zákhú (zakho), irak, étape du voyage depuis Bagdad,

bannissement à andrinople, 224 ; ses intrigues à

andrinople, 242, 245 ; sa rébellion, 245-246 ; ses

zanján, soulèvement de, 81, 92, 103, 109, 274, 494 ;

tentatives pour empoisonner Bahá’u’lláh, 247-

meurtre de mírzá muh∂ammad-‘alí, médecin, 259 ;

248 ; son ignorance révélée, 249 ; ses complots

situation trois décennies après le soulèvement, 457

pour assassiner Bahá’u’lláh, 249-252 ; sa rupture

zarand, 84

d’avec Bahá’u’lláh 252-255 ; ses partisans en irak,

zargandih, 97

255, 259 ; ne vient pas au rendez-vous avec

zaynab (rustam-‘alí), soulèvement de zanján, 92

Bahá’u’lláh, 261-263, 269 ; sa description par

zaynu’l-‘ábidín, áqá mírzá, arrive à andrinople, 270

Bahá’u’lláh, 262-263 ; le briseur par excellence de

zaynu’l-‘ábidín, h∆ájí mírzá, père de áqá mírzá áqá,

l’alliance du Báb, 247 ; banni à Chypre, 276 ; quit-

núri’d-dín, 429

te andrinople, 284 ; ses femmes, 363, 443, voir
zaynu’l-‘ábidín Khán (fakhru’d-dawlih), noble de

Badrí-Ján ; ses enfants, 363, 411, 415, 427 ; assu-

Bagdad, 148, 166, 168, 171

rance de Bahá’u’lláh, 376 ; est libéré (1878), 452 ;

zaynu’l-‘ábidín Khán, gouverneur de nayriz, 153

activités de ses partisans à istanbul, chap. 40 ; sa

zaynu’l-‘ábidín, mírzá (mullá, Jináb-i-Bábá), oncle

mort à Chypre (l912), 452 ; mentionné, 133-135

de Bahá’u’lláh, s’enfuit de Tákur avec mírzá

passim, 145, 154, 195, 216, 226, 240, 243, 258, yah∂yá, 110 ; rencontre
Bahá’u’lláh, 135-136

259, 272, 349, 351, 369, 426-427

zaynu’l-‘ábidín, mullá, de najaf-ábád, apôtre de

yah∂yá, mírzá, de qazvín, 420

Bahá’u’lláh, nommé ismu’lláhu’l-zayn, 50n ;

yah∂yá Páshá, 499

désigné Jináb-i-zaynu’l-muqarrabín, 143 ; men-

yah∂yá, siyyid, frère de munírih Khánum, 370, 372

tionné, 27n, 341

yah∂yáy-i-dárábí, siyyid, voir vahíd

zaynu’l-‘ábidín-i-yazdí, mullá, martyr de 1852, 109,
yálrúd, 37

yazd, 17, 25, 81, 436, 456, 504

zaynu’l-muqarrabin, Jináb-i-, voir zaynu’l-‘ábidín, yazdigird iii, 25, 27

mullá, de najaf-ábád

yazíd i, calife ommeyade, 444

zillu’s-sulπán, voir ‘alí-sháh and sulπán-mas‘úd

yazídís (Kurdes), 206, 207

mírzá

yirkih, village, 390

zívar Páshá, gouverneur d’acre, 391, 392, 394

yúsuf Kamál Páshá, note biographique, 506 ; mention-

zívar-sulπán Khánum, grand-mère de shoghi effendi,

né, 234

yúsuf Khán-i-vujdání, mírzá, tuteur à Bahji, 438, 440

zoroastre, 17, 305

yúsuf, shaykh, mufti de nazareth, 394-395

yúsuf-i-ashtíyáni, mírzá (mustawfíyu’l-mamálik),

dans la Gloire du Père

table des matières

Chapitres

pag

es

Préface à la version française

Préface du traducteur

introduction
Prologue 2

1. ascendance de Bahá’u’lláh

2. la famille de Bahá’u’lláh

3. les premières années 3 5

4. l'aube

5. en route vers la capitale de la Perse 4

6. au pays de ses ancêtres

7. Premier emprisonnement

8. la conférence de Badasht

9. de Badasht à shaykh ∏abarsí

10. la chute de h∆ájí mírzá áqásí

11. deuxième emprisonnement

12. une année importante

13. un an à Kerbéla

14. la chute de l'amír Kabír

15. la folle tentative d'assassiner nás∂iri'd-dín sháh

16. naissance de la révélation bahá'íe

17. les martyres bábís de 1852

18. histoire d'un jeune shírází

19. libération et exil

20. Bagdad, la première année

21. sulaymáníyyih

22. Bagdad, amis et ennemis

23. Bagdad, les dernières années

24. Traces de la Plume très exaltée

25. la marche du roi de Gloire

26. dans la ville de Constantin

dans la Gloire du Père

27. andrinople, la prison lointaine

28. les dernières années à andrinople

29. Bannissement à acre

30. l’arrivée à acre

31. le seigneur des armées

32. la vie dans la caserne

33. l'histoire de Badí'

34. le grand sacrifice

35. les portes s'ouvrent

36. la roue tourne

37.le mariage de la Plus-Grande-Branche

38. dernières années derrières les murs

39. les années à Bahjí

40. activités des azalís à istanbul

41. extraits d'une autobiographie

42. l'ascension de Bahá'u'lláh

addenda

i. le règne désastreux de nás∂iri'd-dín sháh

ii. démarches effectuées auprès des consuls

lors du banisssement de Bahá'u'lláh à acre

iii. Conséquences du siège de Plevna

iv. le général Gordon à haïfa et acre

v. notes biographiques

Bibliographie

Glossaire

références

index
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