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French — La Condition Humaine- âme, raison, conscience.txt
Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Pierre Daoust, La Condition Humaine: âme, raison, conscience, bahai-library.com.
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La condition humaine 1

La
Condition humaine
Âme – raison - conscience

Pierre Daoust
2 Âme, raison, conscience
La condition humaine 3

La
Condition humaine

Âme-raison-conscience

Pierre Daoust - 2023
4 Âme, raison, conscience
La condition humaine 5

Introduction

S'il y a bien une question que l'on se pose depuis le début des temps,
c'est celle de la place de l'être humain dans l'univers. Et tous les
courants de pensée s'accordent au moins sur un point : c'est qu'il s'agit là
d'un mystère. Pourquoi cette créature manifestement différente des
autres mammifères, qui semble posséder des facultés étranges qui
l'amènent à penser et à construire des civilisations ?
Il a bien fallu donner un nom à ces caractéristiques et essayer de les
comprendre, dans la mesure de nos capacités. Âme, raison, conscience,
sont les mots derrière lesquels se cache notre ignorance. J'ai donc
essayé, à travers ce court article, de rassembler les connaissances que
nous offrent les textes bahá’ís. Un choix a dû être fait car ces textes sont
très nombreux et finiraient par noyer le lecteur.
Le but aussi, au-delà des définitions, est de comprendre la condition
et la destinée de l'être humain, de situer la marge de manœuvre de son
libre arbitre et d'offrir un contre-poids aux théories matérialistes qui
veulent mettre de côté ce qui est pourtant une évidence, à savoir que la
science ne peut pas tout expliquer et qu'il faut accepter que certaines
choses nous transcendent.
J'ai volontairement choisi de ne pas entrer dans le détail des
recherches effectuées en neurosciences, non seulement parce que cela
est très complexe, mais également parce que ces recherches n'ont pas
encore produit de résultats avérés. Preuve peut-être que c'est un leurre
de vouloir trouver dans le monde physique ce qui est du domaine du
spirituel.
Il nous faut en fin de compte accepter que nous ne sommes encore
qu'au tout début d'une vision plus large de l'être humain et de sa
participation à un inconscient collectif qui est lui-même le signe de la
présence divine. Puisqu'il y a créature, il y a Créateur.
6 Âme, raison, conscience
La condition humaine 7

SW : Selection of the Writings of ‘Abdu’l-Bahá
SAQ : Some answered questions (‘Abdu’l-Bahá)
GL : Gleanings of the Writings of Bahá’u’lláh
DP : ‘Abdu’l-Bahá, Divine Philosophy

Je propose dans ce court article de réfléchir à la condition humaine et
aux concepts d'âme, de raison et de conscience, ainsi qu'à la noblesse et
à la dignité de l'existence humaine.

Le thème de l'existence d'une créature pensante dans un univers dont
nous ne connaissons que des bribes, a passionné de tout temps les
philosophes, biologistes, astrophysiciens, religieux, psychologues, et,
avouons-le, chacun d'entre nous s'est déjà posé la question de l'existence
même. Si les sciences décrivent de mieux en mieux les processus
physico-chimiques qui expliquent comment le monde accessible à nos
sens s'est développé, ce n'est pas leur vocation de formuler des
hypothèses sur la cause d'une création et encore moins sur sa finalité.
Pour cela, il faudra plutôt se tourner vers la philosophie et la religion,
bien que l'on se rende vite compte que nous ne comprenons pas encore
ce qui caractérise l'être humain : j'entends par là ce que l'on appelle
l'esprit humain.

Un détour par un ensemble de définitions est inévitable et indispensable
pour garder une certaine cohérence dans le propos. Nous verrons dans la
suite si elles concordent avec les Écrits bahá’ís et si ces derniers nous
permettent de les préciser davantage. Voici les principales, qu'il faudra
conserver à l'esprit pendant notre analyse :

La raison (mind en anglais et ‘aql en arabe) est généralement
considérée comme une faculté propre de l'esprit humain dont la mise en
œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d'erreur et d'atteindre
ses objectifs. Elle repose sur la capacité qu'aurait l'être humain de faire
des choix en se basant sur son intelligence, ses perceptions et sa
mémoire tout en faisant abstraction de ses préjugés, ses émotions ou ses
pulsions.
8 Âme, raison, conscience

L’âme (du latin anima) est en philosophie à la fois le principe vital et
spirituel, immanent ou transcendant, qui animerait le corps d'un être
vivant (humain, animal ou même végétal).
Nous verrons plus bas et plus en détail comment elle est définie dans les
textes bahá’ís.

L'esprit humain : “L'esprit humain, qui distingue l'humain de
l'animal, est l'âme rationnelle et ces deux termes - esprit humain et âme
rationnelle - désignent une seule et même chose. Cette âme rationnelle
englobe toutes choses et aussi loin que le permet la capacité humaine,
découvre leurs réalités et devient conscient des propriétés, effets,
caractéristiques et conditions des choses terrestres.”1 Autrement dit,
l'esprit humain est une âme douée de raison.

L'intelligence est l'ensemble des processus retrouvés dans des systèmes,
plus ou moins complexes, vivants ou non, qui permettent de
comprendre, d'apprendre ou de s'adapter à des situations nouvelles.
“Quant à l'intellect, c'est le pouvoir de l'esprit humain. L'esprit est
comme la lampe, et l'intellect comme la lumière qui en est diffusée.”2
L'intelligence peut être également perçue comme la capacité à traiter
l'information pour atteindre des objectifs.

L'essence : Ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, ce qui constitue
la nature d’une chose. L'essence de l'être humain réside en la pensée.

Mais avant de chercher à comprendre en quoi l'âme, la raison et la
conscience nous caractérisent, et quelles en sont les différentes facettes,
lisons ce que nous dit Bahá’u’lláh : “L'être humain est le Talisman
suprême. Cependant, le manque d'une éducation adéquate l'a privé de
ce qu'il possède intrinsèquement.” Et plus loin : “Considérez l'humain
comme une mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur.
L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à
l'humanité d'en profiter.”3
1 SAQ 55
2 Ibid.
3 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
La condition humaine 9

Ailleurs encore : “Les Prophètes et les Élus ont tous reçu pour mission
du Seul Vrai Dieu...de nourrir les arbres de l'existence humaine avec les
eaux vives de la droiture et de l'entendement, afin que puisse apparaître
d'eux ce que Dieu a déposé au sein de leur moi le plus profond.”4
“...toutes choses, en leur réalité la plus profonde, témoignent de la
révélation des noms et attributs de Dieu en elles-mêmes.”5

Que possède donc l'être humain au plus profond de lui-même,
intrinsèquement ? Ce qui sous-entend qu'il possède certains dons
particuliers dès la conception, qui apparaissent progressivement, se
développent tout au long de la vie, et cela essentiellement par le biais de
l'éducation.

De mon point de vue, la première et plus importante faculté de l'être
humain est de pouvoir articuler des sons, ce qui au travers de son
évolution, lui a permit de les associer pour nommer des objets puis des
pensées, et ainsi créer des mots. Comme écrit dans le Coran : “Le Dieu
de miséricorde a enseigné le Coran, a créé l'être humain et lui a appris
le langage articulé (‘allamahu ’ l-bayán).”6. Il est en effet essentiel de
mettre un mot sur les choses pour pouvoir en discuter. Grâce à ces mots
et leur agencement en phrases, les êtres humains ont pu faire une des
choses les plus importantes au monde : communiquer. Communiquer
des informations, faire du commerce, partager des pensées de plus en
plus élaborées et plus encore des sensations ou des sentiments, ce qui a
également mené à créer d'autres types de langages comme la musique
ou les mathématiques, qui eux ont déjà un caractère universel.

La grande énigme par contre est de savoir comment nommer des objets
concrets a pu entraîner une transposition dans l'abstrait, dans la pensée.
Le fait est que, après avoir donné un nom aux choses, on leur a attribué
des caractéristiques et des propriétés, transposées ensuite dans l'abstrait
pour exprimer des concepts relevant plus des sensations et des
sentiments. Par exemple, neige égal froid, égal froideur... d'une parole,
4 Kitáb-i-Aqdas, Question § réponse 106.
5 GL, XC
6 Coran 55:1-3
10 Âme, raison, conscience

d'un tempérament ou d'une personne. Les gestes, le regard, les sons,
sont autant d'autres moyens de communication qui passent par les
premières caractéristiques, - communes d'ailleurs avec les animaux
évolués -, que décrit ‘Abdu’l-Bahá : “Il y a cinq pouvoirs matériels
apparents en l'être humain qui sont des pouvoirs de perception -c'est-à-
dire cinq pouvoirs par lesquels l'être humain perçoit des éléments
matériels (physiques). Ce sont la vue, qui perçoit des formes visibles ;
l'ouïe, qui perçoit des sons audibles ; l'odorat, qui perçoit des odeurs ;
le goût, qui perçoit des choses comestibles ; et le toucher, qui est réparti
sur tout le corps et qui perçoit les réalités palpables. Ces cinq pouvoirs
perçoivent les objets concrets.”7

Jusque là rien de particulier. Physiquement, nous sommes des animaux.
Les neurosciences ont parfaitement analysé les voies nerveuses qui
relient nos capteurs comme les cellules rétiniennes, les papilles
gustatives, les corpuscules tactiles, etc, à des zones cérébrales bien
répertoriées, en particulier grâce à l'imagerie médicale. Nous savons
également que toute sensation dépassant un certain seuil induit ce que
nous appelons la douleur. Mais comment en arriver à concevoir ce qu'est
un souffle de vie, un acte de grâce ou un flot de miséricorde ? Comment
en est arrivé l'être humain à nommer des choses qui n'existent pas dans
le monde tangible et perceptible: pardon, adoration, religion,... ? Il faut
donc admettre que l'être humain possède des pouvoirs qui ne relèvent
pas du concret et qui sont invisibles, sortant de fait hors du cadre de
l'étude scientifique.

Essayons dès lors de pousser un peu plus loin : “L'être humain de même
a un certain nombre de pouvoirs spirituels : le pouvoir de l'imagina-
tion, qui forme une image mentale des choses ; la pensée, qui réfléchit
à la réalité des choses ; la compréhension, qui comprend ces réalités ;
et la mémoire, qui retient tout ce que l'homme a imaginé, pensé et com-
pris. L'intermédiaire entre ces cinq pouvoirs intérieurs et les cinq pou-
voirs apparents est une faculté commune, un sens qui sert de médiateur
entre eux, et qui transmet aux pouvoirs intérieurs ce que les pouvoirs
apparents ont perçu. On l'appelle faculté commune car elle est partagée

7 SAQ, chap. 56.
La condition humaine 11

entre les pouvoirs apparents et intérieurs. Par exemple, la vue, qui est
l'un des pouvoirs apparents, voit et perçoit cette fleur, et transmet cette
perception au pouvoir intérieur de la faculté commune ; celle-ci la
transmet au pouvoir de l'imagination, qui, à son tour, conçoit et forme
cette image, et la transmet au pouvoir de la pensée ; celle-ci y réfléchit
et, ayant appréhendé sa réalité, la transfert au pouvoir de compréhen-
sion ; celle-ci, une fois qu'elle a compris, délivre l'image de l'objet
concret à la mémoire, qui la garde en dépôt.”8

Il est indéniable que pour nous - créatures dont la composition physique
est destinée à participer au cycle minéral, végétal et animal - les choses
ont une réalité. Nous voyons, sentons, goûtons, palpons et entendons.
Même si, sur le plan sensoriel, les animaux sont plus forts que nous.
Leur vision, leur audition, leur odorat s'inscrivent dans des spectres plus
large que les nôtres, sachant que cela s'exprime en longueurs d'ondes et
fréquences. Notre raison nous dit cependant qu'il y a une autre sorte de
réalité, que nous ressentons sans pouvoir la comprendre, et qui est le
résultat de ce pouvoir d'abstraction que nous possédons, ou imaginons
détenir.
Ailleurs, ‘Abdu’l-Bahá mentionne également d'autres pouvoirs :

– “Le pouvoir spirituel associé au monde de la nature est le
pouvoir d'investigation et c'est par ce biais qu'il découvre la
réalité et les propriétés des choses.”9

– “L'être humain met en lumière les événements passé que la
mémoire a oubliés et anticipe par son pouvoir de déduction les
événements futurs qui sont encore inconnus.”10

– les pouvoirs d'intuition et de conceptualisation : “La
connaissance est de deux types : la connaissance existentielle et
la connaissance formelle, c'est-à-dire la connaissance intuitive
et la connaissance conceptuelle.”

8 Ibid.
9 Ibid. Chap. 58
10 Forel
12 Âme, raison, conscience

 “La connaissance existentielle ou intuitive est chez l'être
humain comme la connaissance et la perception de son
moi.”11
 la conceptualisation et l'observation, “c'est-à-dire que l'objet
est conçu soit via la faculté rationnelle soit par l'observation
qui produit une forme dans le miroir du cœur.”12

– “La méditation est la clé qui ouvre la porte des mystères. Dans
cet état, l'être humain se détache de lui-même et de tout objet
extérieur. Cette faculté de méditation libère l'être humain de sa
nature animale, discerne la réalité des choses et le met en
contact avec Dieu... Il est un fait axiomatique que lorsque vous
méditez, vous parlez avec votre propre esprit. Dans cet état,
vous posez certaines questions à votre esprit et votre esprit
répond : la lumière apparaît et la réalité est révélée.”13 “...l'être
humain se déconnecte de tout objet extérieur ; dans ce mode
subjectif, il est immergé dans l'océan de la vie spirituelle et peut
découvrir le secret des choses en elles-mêmes.”14

– et lorsque la méditation est dirigée vers l'Essence divine, elle
devient contemplation : “il y a un signe (de Dieu) dans chaque
phénomène : le signe de l'intellect est la contemplation, et le
signe de la contemplation est le silence...”15

Ce silence est quelque chose de fondamental. Chaque silence est un
message qui ne connaît pas la déformation des mots que chacun
comprend à sa façon. Il est le rapprochement des âmes et non des corps.
C'est une communication qui n'a besoin d'aucun intermédiaire physique,
tel que les vibrations du son. (Je parle bien de la communication entre
êtres humains, et non de l'absence totale de stimuli sonores qui serait
invivable et insupportable). Cette totale indépendance par rapport à des
messages audibles est en soi la preuve qu'il y a un monde différent,
11 SAQ 40
12 Ibid.
13 Paris Talks, pp. 174–76
14 Ibid.
15 Ibid.
La condition humaine 13

transcendant. Il se passe aussi de champs magnétiques car il est audible
à de grandes distances. Oui, paradoxalement, nous percevons le silence.
Il recèle probablement le mystère de la réunion des âmes dans l'autre
monde. Ce type de silence est plein de bruits. N'entendez-vous pas la
souffrance silencieuse de cette personne, cet amour qui peut franchir
l'espace, cette désapprobation muette ? Il peut aussi contenir toute la
ponctuation dont l'écrit a besoin... Dieu écoute, comprend votre silence
et y répond à sa façon, tout aussi silencieuse. C'est également un
langage universel qui peut même devenir une vertu quand il se fait
bienveillant ou compatissant.
Par contre, il semblerait qu'il ne puisse y avoir de silence intérieur. Il est
impossible de ne pas penser, et cela même pendant le sommeil.
“Combien souvent il arrive que dans le monde du rêve l'esprit résolve
un problème qu'il ne pouvait résoudre dans l'état d'éveil.”16

L'autre mystère est cette faculté commune dont parle ‘Abdu’l-Bahá, car
apparemment aucun ouvrage, médical, psychologique ou philosophique
n'en parle. Cette faculté fonctionnerait d'ailleurs dans les deux sens : du
concret analysé par nos organes sensoriels à la conception abstraite, et
d'une conjonction d'idées vers leur réalisation matérielle (objet, livre,
musique, peinture, programme informatique, etc). Un viaduc à double
sens : objet – pensée, pensée-objet.

Quoi qu'il en soit, les neurosciences ne nous apprennent rien de précis
car il n'existe pas d'appareil permettant de mesurer l'imagination ou la
compréhension ou la réflexion. On peut les décrire scientifiquement
mais pas les mesurer. On peut simplement voir que des zones cérébrales
sont plus actives, de même d'ailleurs que l'on peut voir des changements
de rythme cardiaque ou de pression artérielle. La psychologie a essayé
de mesurer des aptitudes, mais n'ayant pas de critère objectif de
référence, cette démarche repose sur des données statistiques ou
probabilistes qui ne sont pas per se un outil fiable. Il en est ainsi du
quotient intellectuel qui mesure un soi-disant degré d'intelligence, alors
que l'intelligence n'a pas encore de définition définitive. D'autres, par
exemple, cherchent un gène de l'intelligence comme si notre ADN

16 SAQ chap. 61
14 Âme, raison, conscience

pouvait fabriquer de la pensée ou de la conscience. Comment mesurer
ce dont on ne connaît rien ? Recherches vaines et inutiles. “Où donc
peut-on trouver en l'être humain cet intellect qui réside en lui et dont
l'existence est au-delà de tout doute ? Si vous examiniez le corps
humain avec l’œil, l'oreille ou les autres sens, vous échoueriez à le
découvrir, même s'il existe de toute évidence. Dès lors, l'intellect n'a pas
de place, bien qu'il soit connecté au cerveau...De même, l'amour n'a
pas d'endroit, bien qu'il soit connecté au coeur.”17

Cette incapacité d'élucider les mécanismes physiologiques qui lient nos
sens physiques à nos facultés de représentation mentale n'est-elle pas la
preuve qu'il existe une autre réalité que celle que nous essayons
d'analyser, et qui donc appartiendrait à un autre mode de
fonctionnement ? “Cette confession d'impuissance qu'une mûre
contemplation doit finalement faire naître en tout esprit est en soi
l'acmé de la compréhension et marque la culmination du
développement humain.”18

Pour ma part, je pense que les pouvoirs non sensoriels décrits ci-dessus
sont les outils nous permettant de forger l'âme. “Concernant les
facultés mentales, elles sont en vérité les propriétés inhérentes de l'âme,
tout comme le rayonnement de la lumière est la propriété essentielle du
soleil,” dit ‘Abdu’l-Bahá qui, par ailleurs, la qualifie d' “agent
unificateur.”19

Cette dernière peut être considérée comme l'ensemble des qualités et des
défauts, des actes et des pensées qui font notre identité propre ou mieux
notre individualité. Notre personnalité et notre caractère sont ce que
nous en projetons, ou voulons bien projeter, vers l'extérieur. “La
personnalité est obtenue par l'effort conscient de l'être humain via la
formation et l'éducation.”20

“Lorsque les infinies splendeurs de Dieu se révèlent dans l'individualité
17 SAQ chap. 69
18 GL, LXXXIII
19 Lettre au Prof. Forel
20 DP, 131
La condition humaine 15

de l'être humain, les attributs divins qui étaient invisibles dans le reste
de la création deviennent manifestes en sa personne et un être humain
devient le révélateur de la connaissance, c'est-à-dire que la
connaissance divine lui est révélée ; un autre est l'orient du pouvoir ;
un troisième est digne de confiance ; un autre est fidèle et un autre
charitable. Tous ces attributs sont les caractéristiques de l'individualité
non modifiable et sont d'origine divine.”21

‘Abdu’l-Bahá distingue deux sortes de personnalités, celle donnée par
Dieu et celle qui est acquise durant notre vie. “L'individualité de chaque
chose créée est basée sur la sagesse divine, et dans la création de Dieu
il n'y a pas de défaut. Cependant, le personnalité n'a aucun élément de
permanence. C'est une qualité de l'être humain qui est légèrement
modifiable et peut être tournée dans une direction ou l'autre. Car s'il
acquiert des vertus louables, celles-ci renforcent l'individualité de la
personne et fait apparaître ses forces cachées ; mais si cet être acquiert
des défauts, la beauté et la simplicité de l'individualité seront perdues
en lui et ses qualités d'origine divine seront étouffées par l'atmosphère
fétide du moi.”22

Quant au caractère d'une personne, il résume la manière dont cette
personne réagit habituellement dans une situation donnée.

La notion d'esprit humain est donc à comprendre dans deux sens. Un
premier sens générique qui est l'aboutissement du cycle évolutif passé
de l'esprit minéral au végétal, puis animal et humain, ce dernier repré-
sentant la perfection dans la création. Et un sens individuel, propre à
chaque être humain, qui est son âme douée du pouvoir de raisonnement.
L'esprit humain étant une seule et même entité, il est donc clair que
l'âme et la raison sont indissociables et que l'une ne peut avoir d'exis-
tence sans l'autre.

D'une part : “Il y a cependant une faculté en l'être humain qui dévoile à
sa vision les secrets de l'existence. Elle lui donne un pouvoir par lequel

21 Ibid.
22 Ibid.
16 Âme, raison, conscience

il peut investiguer la réalité de chaque objet. Elle conduit sans cesse
l'humain vers le rang de la divine sublimité et le libère de toutes les
entraves du moi, le faisant s'élever vers le ciel pur de la sainteté. C'est
le pouvoir de la raison car l'âme n'est pas capable par elle-même de
déployer les mystères phénoménaux.”23

“L'esprit est le pouvoir de la vie, la raison est le pouvoir qui comprend
la réalité des choses et l'âme est un intermédiaire entre le Concours
suprême et le concours inférieur.”24 “Réfléchis à la faculté de raisonner
dont Dieu a doté l'essence de l'être humain. Examine ton propre moi, et
regarde comment ton mouvement et ton immobilité, ta volonté et ton
objectif, ta vue et ton ouïe, ton odorat et ton pouvoir d'expression, et
toute autre chose qui est liée aux sens physiques, ou les transcende,
regarde comment tout cela procède et doit son existence à cette même
faculté.”25

D'autre part : “En ce qui concerne les facultés mentales, elles sont en
vérité des propriétés inhérentes de l'âme, de même que le rayonnement
de la lumière est la propriété essentielle du soleil....Considère comment
l'intellect humain se développe, s'affaiblit et peut parfois être réduit à
néant, tandis que l'âme ne change pas. Pour que la raison se manifeste,
le corps humain doit être complet et un esprit sain ne peut exister que
dans un corps sain, tandis que l'âme ne dépend pas du corps. C'est par
le pouvoir de l'âme que la raison comprend, imagine et exerce son
influence, alors que l'âme est un pouvoir qui est libre. La raison
comprend l'abstrait à l'aide du concret mais l'âme a des manifestations
en propre qui sont sans limites. La raison est restreinte, l'âme est sans
limites.”

“Par le pouvoir de l'âme rationnelle (l'esprit humain), l'être humain
découvre la réalité des choses, comprend leurs propriétés et pénètre les
mystères de l'existence. Toutes les sciences, toutes les branches d'étude,
les arts, les inventions, les institutions, les entreprises et les
23 DP, 120
24 Bahá’í Scriptures, p. 464
25 GL, LXXXIII
La condition humaine 17

découvertes ont résulté de la compréhension de l'âme rationnelle. Tout
cela était d'abord un secret impénétrable, des mystères cachés et des
réalités inconnues, et l'âme rationnelle les a graduellement découvert et
les a amenés du monde invisible au royaume du visible.”26

Mais avant de détailler plus avant les concepts d'âme, de raison et de
conscience, voyons ce que nous possédons intrinsèquement, quelles
capacités cela nous confère et quelle en est la finalité.

“L'être humain est le Talisman suprême.
Cependant, le manque d'une éducation adéquate
l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement.”

Étant dotés de la faculté de parler et d'une âme rationnelle, nous
sommes donc capables de penser, d'accéder à la connaissance, de
partager ces pensées et connaissances, d'analyser le monde qui nous
entoure et, grâce à un autre pouvoir appelé conscience que nous
étudierons plus loin, de connaître notre propre moi. Cette connaissance
est essentielle car elle détermine le sens que nous donnons à notre
propre vie et à l'usage que nous faisons de notre libre-arbitre.

Ce qui nous intéresse c'est d'abord de connaître ce que l'être humain
possède intrinsèquement qui le distingue des animaux. Qu'a-t-il de
spécifique ? Nous avons déjà vu qu'il possède cinq sens physiques et
cinq sens non physiques. A travers les Écrits de Bahá’u’lláh, on peut
découvrir toute une panoplie de capacités potentielles que nous
détenons grâce à nos sens et à notre raison :

– “la capacité de connaître et de vénérer (louer - adorer) Dieu”27,
raison même de notre existence en tant que création de Dieu :
“Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour Te
connaître et T'adorer.”28 Cette capacité “doit être perçue comme
étant l'impulsion génératrice et l'objectif premier de la création

26 SAQ, chap. 58
27 GL, XXVII
28 Courte prière obligatoire.
18 Âme, raison, conscience

tout entière.”29 Elle est si fondamentale que Bahá’u’lláh
précise : “Nous avons décrété, ô peuple, que le but ultime et le
plus élevé de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est
l'objet de tout savoir.”30

– “la capacité de prêter attention au Verbe de Dieu”31, le Verbe
(ou Parole divine) dont doit dépendre le rassemblement et la
résurrection spirituelle de tous les êtres humains.

– “la capacité de refléter la grandeur de Sa gloire”32, car nous
possédons en nous-mêmes, à un certain degré, les attributs
divins. “Sache que chaque chose créée est un signe de la
Révélation de Dieu.”33. “...toutes choses créées, dans leur plus
intime réalité, témoignent de la révélation des noms et attributs
de Dieu en elles-mêmes. Chacune, selon sa capacité, indique, et
est l'expression, de la connaissance de Dieu.”34

– “la capacité d'apprécier la beauté de Dieu”35

– “la capacité de percevoir ce qui nettoiera et purifiera les
peuples du monde des conflits et dissensions.”36

– “la capacité d'exercer une influence particulière et d'être
dépositaire d'une vertu distincte.”37

– “le don de la compréhension”38 “Ce don donne à l'être humain
le pouvoir de discerner la vérité en toutes choses, le conduit à

29 GL, XXVII
30 Kitáb-i-Aqdas par. 102
31 Lawḥ-i-Dunyá
32 GL, XXXIV
33 Ibid. XCIII
34 Ibid.XC
35 Ibid., LXV
36 Kalimát-i-Firdawsíyyih, 11ème feuille
37 GL, XCIII
38 Ibid., XCV
La condition humaine 19

ce qui est juste, et l'aide à découvrir les secrets de la création.
Ensuite vient en rang le pouvoir de vision, le principal
instrument par lequel sa compréhension peut fonctionner. Les
sens de l'ouïe, du cœur et de choses semblables, doivent de
même être comptés parmi les dons que possède le corps
humain.”39

– “la capacité de refléter la gloire des noms et attributs de Dieu 40

– “la capacité de reconnaître les signes de Dieu”41

Et particulièrement important : “Chaque chose créée sera rendue
capable (si grand est son pouvoir de réflexion) de révéler les
potentialités de son rang prédestiné, et reconnaîtra ses capacités et
limitations.”42

De cette liste partielle, nous pouvons en déduire que les caractéristiques
et facultés dont nous sommes dotés intrinsèquement nous permettent, ou
devraient nous permettre, de développer nos potentialités les plus
importantes que sont la faculté de comprendre le monde qui nous
entoure, comprendre notre propre place dans cet environnement,
comprendre notre propre moi, comprendre les réalités spirituelles,
d'élargir notre vision et connaissance, - tout cela dans le but de
connaître et adorer Dieu. Le facteur essentiel requis pour développer ces
potentialités est l'éducation spirituelle, autrement dit la connaissance de
la Révélation divine et de la Manifestation de Dieu, qui équivaut à la
connaissance de Dieu.

“Lui qui est à tout jamais caché aux yeux de l'être humain ne
peut jamais être connu si ce n'est à travers Ses Manifestations, et
Sa Manifestation ne peut produire de plus grande preuve de la
vérité de Sa mission que la preuve de Sa propre Personne.”43 “La
39 Ibid. XCV
40 Ibid. , CXXIV
41 Ibid., LII
42 Ibid. CXXIV
43 GL, chap. XX
20 Âme, raison, conscience

porte de la connaissance de l'Être Ancien a toujours été fermée à
la face de l'être humain, et continuera toujours à l'être. ... Il a
manifesté aux humains les Soleils de Sa guidance divine, les
Symboles de Son unité divine, et a ordonné que la connaissance
de ces Êtres sanctifiés soit identique à la connaissance de Son
propre Soi.”44

C'est là que prend tout son sens la contemplation : “Il contemplera les
signes évidents de l'univers et pénétrera les mystères cachés de l'âme.
Regardant avec l’œil de Dieu, il percevra en chaque atome une porte
qui conduit aux rangs de la certitude absolue.”45

Parlant de capacités, ‘Abdu’l-Bahá précise : “La capacité est de deux
sortes : innée et acquise. La capacité innée, qui est la création de Dieu,
est intégralement et complètement bonne - dans la nature innée il n'y a
pas de mal. Cependant, la capacité acquise peut devenir la source de
mal.... Il s'ensuit dès lors que dans l'existence et dans la création il n'y a
pas de mal du tout, mais que lorsque les qualités humaines innées sont
utilisées d'une façon illicite, elles deviennent blâmables. ... Considérez
que la pire de toutes les qualités et le plus odieux de tous les attributs,
la fondation même de tout mal, est le mensonge, et que dans toute
l'existence, l'on ne peut imaginer de qualité plus malfaisante ou
répréhensible. Il réduit à néant toutes les perfections humaines et donne
naissance à d'innombrables vices. Il n'y a pas de pire attribut et il est la
fondation de toute la perversité.”46

‘Abdu’l-Bahá précise également que tout le monde n'a pas le même
degré de capacités : “Chaque être humain possède capacité et
intelligence, mais l'intelligence, la capacité et l'aptitude diffèrent d'une
personne à l'autre. Cela est évident... Il est donc clair que dans la
nature innée des êtres humains il y a une différence de degré, d'aptitude
et de capacité mais cela n'est pas une question de bien ou de mal – c'est
simplement une différence de degré.”47
44 GL, chap. XXI
45 GL, chap. CXXV
46 SAQ, 57
47 Ibid.
La condition humaine 21

L'objectif d'une vie est dès lors l'acquisition par notre âme des qualités
spirituelles, chacun selon ses propres capacités. Et malheureusement,
ces capacités, facultés, pouvoirs sont limités, si bien que la connaissance
de l'essence et de la réalité divine nous est impossible. ‘Abdu’l-Bahá
l'exprime en termes de degrés, non plus d'une personne comparée à une
autre, mais du rang et de la place de l'être humain dans la création :
“Les différences de degré dans le monde de la création sont une
barrière à la connaissance... Comment alors une réalité qui a été créée
peut-elle comprendre cette Réalité qui a existé de toute éternité ?... Dès
lors, comprendre Dieu signifie la compréhension et la connaissance de
Ses attributs et non de Sa Réalité. Et même la connaissance de Ses
attributs ne s'étend pas plus loin que ne le permettent les pouvoirs et
capacités humaines, et reste tout à fait inadéquate.”48

Puisque la finalité de notre vie terrestre est de développer et faire
progresser l'âme, il serait bon d'en cerner les caractéristiques, même si
Bahá’u’lláh confirme que l'âme, dans son intime réalité et dans son
essence, nous est inconnaissable et représente un mystère qui sera
dévoilé dans l'autre monde. Nous disposons pourtant de toute une série
d'éléments qui nous en donnent un aperçu. En voici les plus explicites :

D'abord, l'âme porte également d'autres noms : c'est aussi le moi (ego en
latin ; nafs en arabe ; Ψυχή / psyché en grec ; anima en latin), notion
développée dans la religion, la philosophie et la psychologie avec
chaque fois un angle d'étude différent. Le mot ego cependant est
généralement utilisé pour désigner le côté obscur et négatif du moi.

“Dans les Écrits bahá’ís, le moi a deux significations ou est
utilisé dans deux sens : l'un est le moi, l'identité de l'individu créé
par Dieu. C'est le moi mentionné dans des passages tels que 'il a
connu Dieu celui qui s'est connu lui-même', etc. L'autre moi est
l'ego, l'héritage sombre, animal, que possède chacun, la nature
inférieure qui peut se développer en un monstre d'égoïsme, de
brutalité, de luxure, etc. C'est contre ce moi-là , ou ce côté de

48 Ibid. 59
22 Âme, raison, conscience

notre nature, que nous devons lutter afin de renforcer et libérer
l'esprit qui est en nous et l'aider à atteindre la perfection.”49

“Sa Cause [de Dieu] ne vient ni pour les luttes ni pour les guerres... Sa
seule armée est l'amour de Dieu... sa seule bataille la démonstration de
la Vérité, sa seule croisade est contre le moi insistant...”50 “Ne suivez
pas les incitations du moi, car il en appelle avec insistance à la vilenie
et à la luxure.”51

Sans entrer dans trop de détails, les mises en garde contre cette
tendance égoïste abondent dans les Écrits et toute notre vie est une
longue lutte contre cet ennemi qui est en nous. C'est d'ailleurs le sens
symbolique de la jihad (guerre sainte) :
“Prenez garde à vous-mêmes, car le Malin est à l'affût, prêt à vous
piéger. Protégez-vous de ses procédés malfaisants, et, conduits par la
lumière du nom du Dieu qui voit tout, échappez à l'obscurité qui vous
entoure. Que votre vision englobe le monde, plutôt que d'être confinée à
votre propre moi. Le Malin est celui qui entrave l'élévation, et qui
freine le progrès spirituel des enfants des humains”52

“Ô étranger, ami ! La chandelle de ton cœur est allumée par la main de
Mon pouvoir, ne l'éteins pas aux vents contraires du moi et de la pas-
sion...”53 “Ton cœur est Mon trésor, ne permets pas à la main perfide
du moi de te dépouiller des perles que J'y ai précieusement gardées.”54

Notre destinée est donc de chercher à vaincre ce moi insistant et égoïste,
seule possibilité de croître spirituellement et d'acquérir progressivement
les vertus et qualités morales, les seules richesses que nous emporterons
à l'heure du décès et qui nous permettrons d'approcher le Soi divin :
“Dis : le premier et plus fondamental témoignage établissant Sa vérité

49 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer,
December 10, 1947.
50 ‘Abdu’l-Bahá, SW, chap. 206
51 Kitáb-i-Aqdas, par. 64
52 Lawh-i-Dunya
53 Parole cachée persan 32
54 GL, chap. CLII
La condition humaine 23

est Son propre Soi.”55 “Par les Enseignements de l'Étoile de Vérité,
chaque être humain avancera et se développera jusqu'à ce qu'il at-
teigne le rang où il peut manifester les forces potentielles dont son vé-
ritable et plus intime moi a été doté.”56

La connaissance de la réalité de l'âme est malheureusement impossible :
“La nature de l'âme après la mort ne peut jamais être décrite et il n'est
ni approprié ni acceptable de dévoiler l'intégralité de son caractère
aux yeux des êtres humains.”57 Concentrons-nous dès lors sur les bribes
d'explications que l'on peut trouver dans les enseignements bahá’ís. Des
textes à notre disposition nous pouvons déduire les éléments suivants :

– l'âme est fondamentalement notre individualité, notre identité.
De même qu'il existe une empreinte digitale, on pourrait dire que
l'âme est notre empreinte spirituelle, unique et indélébile.
“L'âme rationnelle est dès le début dotée d'une individualité ;
elle ne l'acquiert pas par l'intermédiaire du corps. Tout au plus,
ce que l'on peut dire c'est que l'individualité et l'identité de l'âme
rationnelle peuvent être renforcées en ce monde, et que l'âme
peut soit progresser et atteindre les degrés de perfection, soit
rester dans les abysses les plus profonds de l'ignorance et être
privée par un voile de la contemplation des signes de Dieu.”58

– l'âme est étroitement associée à la raison. “Les facultés telles
que l'intellect, la raison, la compréhension et l'imagination sont
des propriétés intrinsèques de l'âme, tout comme le
rayonnement lumineux est la propriété du soleil. Le corps de
l'homme est comme un miroir, son âme comme le soleil et ses
facultés mentales comme les rayons qui émanent de cette source
de lumière.”

– sans la raison, l'âme serait amputée : “Il y a une faculté en l'être

55 Ibid. LII
56 Ibid. XXVII
57 Ibid. LXXXI
58 SAQ 66
24 Âme, raison, conscience

humain qui dévoile à sa vision les secrets de l'existence. Elle lui
donne un pouvoir par lequel il peut investiguer la réalité de
chaque objet. Elle conduit l'être humain encore et encore vers le
rang lumineux de la sublimité divine et le libère de toutes les
entraves du moi, car l'âme n'est pas capable d'elle-même de
dévoiler les mystères des phénomènes ; mais la raison peut
l'accomplir et en ce sens elle est un pouvoir supérieur à
l'âme.”59

– l'âme apparaît au moment de la conception60 et poursuit ensuite
une évolution permanente et infinie. “Sache en vérité que l'âme,
après sa séparation du corps, continuera à progresser jusqu'à
ce qu'elle atteigne la présence de Dieu, dans un état et une
condition que ni la révolution des âges et des siècles, ni les
changements et les hasards de ce monde ne pourront altérer.”61

– l'âme est indépendante du corps qui ne lui sert que de véhicule
pendant cette vie terrestre. “L'âme, tout comme l'intellect, est
une abstraction. L'intelligence n'épouse aucune des propriétés
de l'espace, bien qu'elle soit connexe au cerveau humain.
L'intellect y réside mais pas matériellement. Si vous cherchez
dans le cerveau, nous ne trouverez pas l'intellect. De la même
façon, bien que l'âme réside dans le corps, elle n'y sera pas
trouvée.”62 “L'âme rationnelle ne descend pas dans le corps,
c'est-à-dire n'y entre pas, car la descente et l'entrée sont
caractéristiques des corps et l'âme rationnelle en est affranchie.
L'esprit n'est jamais entré dans ce corps, et donc lorsqu'il le
quittera, il n'aura aucun besoin d'une demeure : non, l'esprit est
connecté avec le corps, comme cette lumière l'est avec ce
miroir. ”63

– à la naissance, l'âme est pure : “Sache que chaque âme est
59 DP 12
60 Shoghi Effendi, Lights of Guidance, p. 504
61 GL, chap. LXXXI
62 DP 127
63 Ibid.
La condition humaine 25

façonnée selon la nature créée par Dieu, chacune étant pure et
sainte à sa naissance. Ensuite, cependant, les individus varient
selon les vertus ou les vices qu'ils acquièrent en ce monde. Bien
que tous les êtres existants soient, selon leur nature, créés selon
des degrés ou des rangs - car les capacités sont diverses -,
chaque individu est néanmoins venu au monde pur et saint, et
c'est seulement après qu'il devient souillé.” “Il est évident que
chaque être humain est pur à l'origine car des qualités
divinement créées sont déposées en lui. Si l'être humain étend et
développe son individualité en acquérant des sciences, il
deviendra une personne sage ; s'il s'engage dans des actes
louables et s'efforce d'acquérir la connaissance réelle, il
deviendra quasi divin.”64

– alors que l'on pourrait logiquement penser que l'âme est le fruit
de nos sens physiques et facultés mentales, il faut se rendre à
l'évidence que c'est tout à fait l'opposé. “Considère la faculté de
raisonner dont Dieu a doté l'essence humaine. Examine ton
propre moi et vois comment ton mouvement et ton calme, ta
volonté et ton but, ta vue et ton ouïe, ton sens de l'odorat et ton
pouvoir de discourir, et tout ce qui est lié à tes sens physiques ou
à tes perceptions spirituelles, ou qui les transcende, proviennent
tous, et doivent leur existence à cette même faculté.”

– son état ou réalité nous est inconnaissable pendant notre vie
terrestre. “Sache qu'en vérité l'âme est un signe de Dieu, un
joyau céleste dont la réalité a échappé aux plus érudits des êtres
humains et dont le mystère ne peut être élucidé par aucun esprit,
aussi perspicace soit-il.” “La nature de l'âme après la mort ne
peut jamais être décrite et il n'est ni convenable ni permis d'en
révéler le caractère entier aux yeux des êtres humains.” 65

– il peut exister une connexion entre les différentes âmes, mais de
nature inconnue. “Sache que les âmes du peuple de Bahá ...

64 ‘Abdu’l-Bahá, Divine Philosophy
65 GL, chap. LXXXI
26 Âme, raison, conscience

s'associeront et communieront intimement l'une avec l'autre et
seront si étroitement liées dans leurs vies, leurs aspirations,
leurs buts et leurs efforts qu'elles seront tout comme une seule
âme...” “Le peuple de Bahá, qui sont les habitants de l'Arche de
Dieu, sont tout un chacun bien conscients de l'état et de la
condition l'un de l'autre, et sont unis par des liens d'intimité et
de camaraderie. Un tel état cependant dépend de leur foi et de
leur conduite.”66

– L'âme n'est pas un élément composé et est donc immortelle :
“L'âme n'est pas une combinaison d'éléments, elle n'est pas
composée de plusieurs atomes, elle est une substance indivisible
et donc éternelle Elle est totalement en dehors de l'ordre de la
création physique ; elle est immortelle !” “L'âme n'étant pas
composée d'éléments, est, par nature, comme un élément simple
et donc ne peut cesser d'exister. L'âme étant de cette substance
indivisible, ne peut subir ni désintégration ni destruction et n'a
donc aucune raison d'atteindre sa fin.”67

– il n'y a pas identité entre l'âme et les facultés mentales : “Ces
facultés ne sont que les propriétés de l'âme, tels que le pouvoir
de l'imagination, de la pensée, de la compréhension ; pouvoirs
qui sont les requis essentiels de la réalité humaine, de même que
les rayons solaires sont la propriété inhérente du soleil.”68

– L'âme n'a aucune des caractéristiques d'une entité matérielle :
“L'âme humaine est exaltée au-delà de toute émersion et
régression. Elle est immobile et pourtant vole ; elle se meut et
pourtant est immobile. Elle est, en elle-même, un témoignage
qui atteste l'existence d'un monde qui est contingent aussi bien
que de la réalité d'un monde qui n'a ni commencement ni fin.”69

66 Ibid., chap. LXXXVI
67 ‘Abdu’l-Bahá, Paris Talks, p. 90
68 Forel
69 GL, chap. LXXXII
La condition humaine 27

– L'âme n'est réellement libre qu'après la mort : “Sache que l'âme
humaine est exaltée au-delà de toute infirmité du corps et de la
raison et en est indépendante... Chaque maladie affligeant le
corps humain est un obstacle qui empêche l'âme de manifester
son pouvoir et sa puissance intrinsèques. Lorsqu'elle quitte le
corps elle manifestera un tel ascendant et révélera une telle
influence qu'aucune force sur terre ne peut les égaler.”

– L'âme est immuable et ne dépend pas du corps : “Considère
comment l'intellect se développe et s'affaiblit et peut parfois
n'aboutir à rien, tandis que l'âme ne change pas. Pour que la
raison puisse se manifester, il faut que le corps existe dans sa
globalité ; et une raison saine ne peut exister que dans un corps
sain, tandis que l'âme ne dépend pas du corps. C'est par le
pouvoir de l'âme que la raison comprend, imagine et exerce son
influence, tandis que l'âme est un pouvoir qui est libre.” “L'âme
imprègne le corps tout entier et ses ordres sont effectifs dans
toutes les parties et membres de l'être humain. Malgré sa
sanctification extrême (ou abstraction), l'âme est évidente et
manifeste dans tous ses degrés dans cette forme matérielle.”
“..si l'on cherchait dans tout le corps humain, il ne serait pas
possible de trouver un endroit ou une localisation spécifique de
l'esprit. L'esprit est absolument sans lieu et immatériel, mais il a
une connexion avec le corps...”70

– dans le monde spirituel l'âme progresse en fonction des qualités
et vertus acquises pendant sa vie terrestre, ou plus exactement
des efforts accomplis pour obtenir ces qualités et vertus. “La
perfection divine est infinie et dès lors le progrès de l'âme est
aussi infini. Dès la naissance d'un être humain, l'âme progresse,
l'intellect croît et la connaissance augmente. Lorsque le corps
meurt, l'âme continue à vivre. Tous les différents degrés des
êtres physiques créés sont limités mais l'âme est sans limites !”

– L'âme est le principe animateur de la vie : “ ...les divers organes
70 LSA 67
28 Âme, raison, conscience

et membres, les parties et les éléments qui constituent le corps
humain, bien que différents, sont pourtant tous connectés l'un
avec l'autre par cet agent unificateur connu comme l'âme
humaine, qui les fait fonctionner en parfaite harmonie et
absolue régularité, rendant ainsi possible la poursuite de la vie.
Le corps humain cependant est totalement inconscient de cet
agent unificateur, fonctionne pourtant avec régularité et
accomplit ses fonctions selon sa volonté.”71

– l'âme en tant que force unificatrice : “En élargissant la vision et
en observant minutieusement la question, il devient certain que
chaque réalité n'est qu'un requis essentiel des autres réalités.
Dès lors, pour connecter et harmoniser ces réalités diverses et
infinies, un pouvoir unifiant le tout est nécessaire afin que
chaque élément des êtres existants puisse exécuter sa propre
fonction avec un ordre parfait.”72

– L'évolution de l'âme après la mort peut être favorisée par les
prières (intercession) et les bonnes actions faites au nom de la
personne décédée : : “En cette plus grande Dispensation Tu
acceptes l'intercession des enfants pour leurs parents. Ceci est
l'une des effusions spéciales et infinies de cette Dispensation.”73
“Ô divine providence ! Immerge le père et la mère de ce
serviteur de Ton seuil dans l'océan de Ton pardon, purifie et
sanctifie-les de tout péché et transgression.”74

D'un côté donc le corps est le véhicule de l'âme pendant cette vie
terrestre, et après la mort l'âme devient le véhicule de notre moi
spirituel.

De tout ceci, et maintenant que nous avons une idée plus claire des
potentialités de l'âme, il ressort qu'au-delà des découvertes scientifiques
dans tous les domaines, et en particulier des avancées dans l'étude des
71 Ibid.
72 Forel
73 Abdu’l-Baha, Baha’i Prayers
74 Bahá’u’lláh, Baha’i Prayers
La condition humaine 29

fonctions mentales de l'être humain, tous les pouvoirs et capacités dont
nous sommes dotés ont pour but principal la connaissance de Dieu et de
notre existence spirituelle. Pourtant, et c'est une des beautés des
enseignements bahá’ís, cette connaissance rationnelle est complétée par
un autre type de connaissance qui est celle du cœur.

Dans de nombreux textes, on peut lire : “Réfléchissez en votre cœur...”,
“ceux qui ont un cœur qui comprend..”., ou encore “inclinez vos cœurs,
ô peuple de Dieu, vers les conseils de votre véritable, incomparable
ami. La parole de Dieu peut être comparée à un arbrisseau qui a été
planté dans le cœur des êtres humains...”75

On oppose souvent l’intelligence du cœur à l’intelligence de l’esprit,
l’esprit ayant ici le sens d’intellect. L’intelligence du cœur se fonde sur
une sorte d’élan vital, positif et inclusif ; elle est plus large et moins mé-
canique que l’intelligence de l’esprit. L’intelligence du cœur n’a pas de
rapport direct avec les facultés intellectuelles de l’individu : c’est la rai-
son pour laquelle on la situe symboliquement au niveau du cœur, organe
de la vie, du lien et de l’amour, alors que l’intellect est associé au cer-
veau, ce que confirme ‘Abdu’l-Bahá : “La raison n'a pas d'endroit bien
qu'elle soit connectée au cerveau... De même, l'amour n'a pas d'endroit
mais il est connecté avec le cœur.”76

Loin d'être anodine, cette intelligence du cœur, destinée à la connais-
sance des réalités spirituelles, est un des moyens les plus importants d'y
accéder : “La compréhension de Ses mots et la compréhension des pa-
roles des Oiseaux du ciel ne dépendent en aucune façon de l'apprentis-
sage humain. Elles dépendent seulement de la pureté du cœur, de la
chasteté de l'âme et de la liberté d'esprit.”77 “Le cœur doit donc néces-
sairement être nettoyé des dires inconsistants des êtres humains, et être
sanctifié de tout attachement terrestre, afin de pouvoir découvrir le sens
caché de l'inspiration divine et devenir le trésor des mystères de la
connaissance divine.”78
75 GL, chap. XLI
76 SAQ 67
77 Kitáb-i-Íqán
78 Ibid.
30 Âme, raison, conscience

Ces deux formes d’intelligence s’appliquent en réalité à des domaines
différents :
•la première touche à la spiritualité, à la manière d’être au monde
et au “moi”,
•la seconde touche à la matière ; elle est de nature plutôt
scientifique.
Ces deux formes d’intelligence ne sont pas incompatibles. La lucidité
du coeur n’est pas contraire à la raison, elle peut se nourrir de l’intellect
et de la logique. De même, l’intelligence de l’esprit n’est pas fermée à
l’intuition ni aux émotions, elle n’est pas dénuée de vie.
Contrairement à l’intellect, l’intelligence du coeur ne place pas le
raisonnement au centre mais analyse plutôt le ressenti ou l'intuition, qui
peuvent très bien être validés par la raison.

L’intelligence du coeur décrit un certain état de conscience qui se
caractérise par la compassion, l’amour et le sentiment que tout est lié,
autrement dit le sentiment d'unité. Ici, l’ego s’efface pour accueillir la
réalité dans sa globalité et notre champ de connaissance s'accroît.
L’intelligence du coeur consiste non pas à accumuler une somme de
savoirs et de méthodes, mais au contraire à vider l'esprit de sa “science”,
afin de laisser une plus grande place à l'intuition. C’est ainsi que les
postulats et les présupposés s’effacent au profit d’un esprit ouvert, libre
de toute influence ou déterminisme. La perception du monde et du moi
est filtrée par les sentiments qui viennent compléter la connaissance
rationnelle, pragmatique, des choses. Il en résulte que l'intuition, la
compassion, l'attraction vers les vertus que nous développons dans notre
cœur accroissent également notre vision du monde et de notre propre
moi.

“En ce jour, tout ce qui sert à réduire l'aveuglement et à accroître la
vision est digne de considération. La vision agit comme agent et guide
pour la vraie compréhension. En vérité, selon les personnes dotées de
sagesse, la finesse de la compréhension est due à l'acuité de vision.”79

79 Bahá’u’lláh, Ṭarázát, 1ère
La condition humaine 31

L’intelligence du coeur amène à développer un regard large, non
restreint à sa propre individualité.
Cette connaissance-là n’a rien de scientifique. Elle n’est pas non plus
une omniscience, qui est un attribut réservé à Dieu. Elle est au contraire
l’aveu que nous ne savons rien, ce qui nous amène à relativiser le regard
que nous portons sur les autres et sur le monde.
L'ensemble formé par la raison et l'intelligence du coeur nous permet
dès lors, à condition que les deux soient utilisées, à voir les choses
avec plus de justice : “Ô fils de l'Esprit ! La plus précieuse de toutes
choses à Mes yeux est la Justice ; ne t'en détourne pas si tu Me désires,
et ne la néglige pas pour que Je puisse avoir confiance en toi. Par son
aide, tu verras par tes propres yeux et non par les yeux des autres, et
sauras par ta propre connaissance, et pas par la connaissance de ton
prochain. Réfléchis en ton cœur à comment il t'incombe d'être. En
vérité, la justice est Mon don pour toi, et le signe de Ma tendre bonté.
Place-la alors devant tes yeux.” 80
“Si tu prêtais attention à ces mots, si tu réfléchissais dans ton cœur à
leur sens apparent et à leur sens profond, tu saisirais la signification de
tous les problèmes abstrus qui, en ce jour, sont devenus
d'insurmontables barrières entre les êtres humains...”81

Sans entrer dans de savantes considérations neurophysiologiques
concernant l'effet des émotions - positives ou négatives -, sur le fonc-
tionnement du cœur et sa relation avec le cerveau, il est maintenant avé-
ré qu'il existe un lien entre ce que nous ressentons et nos pensées. Il a
été constaté que l’individu a la capacité de percevoir plus justement le
monde autour de lui. Sa créativité est accrue ainsi que sa capacité à
communiquer avec autrui. C'est pourquoi il est si important d'enseigner
les arts aux enfants car cela permet de développer l'imagination, la créa-
tivité et l'expression extérieure des sentiments. “Il est naturel pour le
cœur et l'esprit de prendre plaisir et se réjouir de toutes choses qui dé-
montrent symétrie, harmonie et perfection.... en fait, toutes choses qui
ont en elles-mêmes grâce ou beauté sont plaisantes pour le cœur et l'es-
prit...”82
80 Parole cachée arabe n° 2
81 Kitáb-i-Íqán
82 ‘Abdu’l-Bahá, quoted in “A Brief Account of My Visit to Acca”
32 Âme, raison, conscience

Plus on étendra les diverses facultés de l'être humain et plus il compren-
dra l'intime réalité des choses et des événements qui l'entourent : “Les
faveurs accordées à l'humanité [par Dieu] ont toujours été illimitées
dans leur étendue, et le resteront toujours. La première et principale fa-
veur conférée à l'être humain par le Tout-Puissant est le don de la com-
préhension. Son dessein en octroyant un tel don n'est rien d'autre que
de rendre Ses créatures capables de connaître et reconnaître le seul vrai
Dieu...Ce don donne à l'être humain le pouvoir de discerner la vérité
en toutes choses, le conduit à ce qui est juste et l'aide à découvrir les
secrets de la création. En deuxième rang vient le pouvoir de la vision,
l'instrument principal par lequel la compréhension peut fonctionner.
Les sens de l'ouïe, du cœur, et autres semblables, sont de même comptés
au nombre des bienfaits dont le corps humain est pourvu.”83

Le cœur étant le siège présumé des sentiments, l'amour y tient la place
la plus importante et toute une série de vertus en sont les signes: gen-
tillesse, altruisme, empathie, charité, honnêteté, loyauté, piété, véracité,
etc. Et en réunissant la raison et cette faculté d'aimer, l'être humain a dès
lors les capacités pour lesquelles il a été créé : connaître et aimer Dieu.
“Dès lors, ô frère, avec l'huile de la sagesse, enflamme la lampe de l'es-
prit dans l'endroit le plus intime de ton cœur et protège-la sous le globe
de la compréhension.”84 “Par un acte de la Volonté divine, chaque
chose créée est devenue un signe de Sa gloire... le fait que le cœur soit
le trône où la Révélation de Dieu le Très-Compatissant est centrée est
attesté par les saintes paroles que Nous avons précédemment
révélées.”85 “L'esprit humain est un pouvoir qui englobe toutes choses
créées, qui comprend leur réalité, dévoile leurs mystères cachés et les
soumet à son contrôle. Il comprend même des choses qui n'ont pas
d'existence apparente, c'est-à-dire des réalités invisibles, imperceptibles
et compréhensibles telles que la raison, l'esprit, les attributs et qualités
humains, l'amour et la tristesse – tout cela constituant des réalités intel-
ligibles.”86
83 GL, chap. XCIV
84 Kitáb-i-Íqán
85 GL, chap. XCIII
86 SAQ, 48
La condition humaine 33

“Ô ami, le cœur est la demeure de mystères éternels...
Dans chaque cité, il contemplera un monde, dans chaque vallée il
atteindra une fontaine, dans chaque clairière il entendra un
chant. Mais le faucon du ciel mystique a beaucoup de merveilleux
cantiques de l'esprit en sa poitrine, et l'oiseau persan garde en
son âme beaucoup de douces mélodies arabes ; pourtant, celles-ci
sont dissimulées, et dissimulées resteront.”87

Comme nous l'avons vu plus haut, chaque être humain possède les capa-
cités nécessaires pour accéder à la connaissance mais à des degrés di-
vers. “La connaissance est une lumière que Dieu dépose dans le cœur
de celui qu'Il veut. C'est ce genre de connaissance qui est et a toujours
été louable, et non la connaissance limitée qui a germé dans des esprits
voilés et obscurcis.”88 “Transgresser les limites de son rang et de sa po-
sition n'est en aucune façon permis. L'intégrité de chaque rang et posi-
tion doit nécessairement être préservée. Cela veut dire que chaque
chose créée devrait être examinée à la lumière du rang qui lui a été or-
donné.”89 “De la source exaltée... [Dieu] a investi chaque chose créée
d'un signe de Sa connaissance, de sorte qu'aucune de Ses créatures ne
peut être privée de sa part, en exprimant cette connaissance, chacune
selon sa capacité et son rang....Chaque chose créée sera rendue ca-
pable de révéler les potentialités de son rang pré-ordonné, et reconnaî-
tra ses capacités et ses limitations...”90

Par ailleurs, ce que l'humain peut connaître de façon générale a des
limites : “Ce qui peut être conçu par l'être humain est une réalité qui
est limitée et n'est pas illimitée ; elle est circonscrite, et n'englobe pas
tout. Cela peut être compris par l'humain, et c'est contrôlé par lui. De
même, il est certain que toutes les conceptions humaines sont
contingentes, non absolues ; qu'elles on une existence mentale, et non
matérielle. De plus, la différenciation des stades dans le monde
contingent est un obstacle à la compréhension. Comment le monde
87 The Call of the Divine Beloved, The Seven Valleys, #73,59
88 Ibid.
89 GL, chap. XCIII
90 Ibid., chap.CXXIV
34 Âme, raison, conscience

contingent peut-il alors concevoir la Réalité de l'Absolu ?”91 “Quelle
que soit la hauteur jusqu'à laquelle l'esprit des êtres les plus exaltés
puisse voler, aussi grandes que soient les profondeurs que les cœurs
détachés et perspicaces puissent atteindre, de tels esprits et cœurs ne
peuvent jamais transcender ce qui est la création de leurs propres
conceptions et le produit de leurs propres pensées.”92 “L'essence intime
de l'être humain est inconnue et insondable, mais elle est connue et
caractérisée par ses attributs.... Bien que l'esprit humain englobe toutes
choses, et que toutes choses extérieures sont à leur tour englobées par
lui, ce dernier est inconnu au regard de son essence et ne peut être
connu que par ses attributs.”93

Doit-on considérer que chaque être humain a une différente sensibilité
au spirituel et par exemple une différence de réceptivité à la prière ?
N'est-ce pas là également un pouvoir latent qui peut être développé ?

“Le noyau de la foi religieuse est ce sentiment mystique qui unit
l'être humain à Dieu. Cet état de communion spirituelle peut être
provoqué et maintenu grâce à la méditation et à la prière.” 94

C'est dès lors par une éducation spirituelle dès le plus jeune âge que
cette connexion intime avec le spirituel pourra être développée : “l'école
des enfants doit être un lieu d'ordre et de discipline extrêmes,
l'instruction doit y être complète, et l'on doit s'assurer d'y corriger et d'y
affiner le caractère de l'enfant, de façon à ce que, dès sa naissance, la
fondation divine soit posée au plus profond de son être et que la
structure de sainteté y soit érigée.”95 “Dans les écoles, l'instruction doit
débuter avec l'étude de la religion. Après la formation religieuse et
après avoir attaché le coeur de l'enfant à l'amour de Dieu, poursuivez
son éducation par l'étude des autres branches du savoir.”

91 Forel
92 GL, chap.. 148
93 SAQ 59
94 Shoghi Effendi, 8 December 1935 to an individual believer, published in “Bahá’í
News” 102
95 Sélections des écrits de 'Abdu'l-Baha, n° 111
La condition humaine 35

Il faut nous arrêter un instant sur une importante nuance : il ne faut pas
confondre connaissance et compréhension. Il est tout à fait inutile
d'accumuler des connaissances si on n'en comprend ni l'utilité ni les
enseignements qu'elles nous prodiguent sur la vie, l'organisation de la
société, la destinée humaine et l'essence de l'être humain. Chaque
événement, chaque mot, ont une signification intérieure, profonde, que
seules peuvent faire apparaître la réflexion et la méditation.

Soyons clair, nous parlons ici de la connaissance et de la
compréhension des Écrits bahá’ís, de leurs implications et applications.
Avec tout en haut de l'échelle, la connaissance de Dieu qui passe par la
reconnaissance de Sa Manifestation. “Nous avons décrété, ô peuple,
que le but ultime et le plus élevé de toute étude soit la reconnaissance
de Celui qui est l'objet de tout savoir.”96 Ceci ne veut pas dire que toute
autre connaissance soit inutile, mais elles ne concernent que notre vie
terrestre et non la vie spirituelle. Les acquis de l'esprit humain sont les
seules choses que nous emporterons dans nos bagages vers l'au-delà. Et
ces acquis sont ceux qui restent dans la mémoire, en particulier les
sensations et sentiments qui auront jalonné notre vie spirituelle. Il y
aurait beaucoup à dire sur la connaissance mais ce n'est pas l'objet de cet
essai.

Et donc, arrivés à ce stade, connaissant maintenant les facultés et
capacités que l'être humain possède intrinsèquement, et constatant que
l'être humain est encore loin de la maturité spirituelle que permettraient
d'atteindre l'âme, la raison et l'intelligence du cœur, il nous faut
mentionner un autre pouvoir tout aussi important que la raison et qui lui
est corrélé, celui de la conscience.

La conscience est un des dons de l'esprit humain, et chacun en est
pourvu, tout comme les facultés d'imagination, de réflexion, de
compréhension, l'intelligence, etc. Toutes ces facultés ou dons sont
inhérents à l'être humain, acquis dès la conception et c'est grâce à eux
que nous forgeons notre caractère, notre compréhension des mondes

96 Kitáb-i-Aqdas par. 102
36 Âme, raison, conscience

matériels et spirituels, notre individualité et personnalité. Le tout est
d'en faire bon usage, et c'est là qu'apparaissent les notions de bien et de
mal. Or, sans point de repère, il nous serait impossible de discerner le
bien du mal, la raison nous permettant de distinguer le vrai du faux.
C'est là qu'interviennent les Éducateurs spirituels, car de lui-même l'être
humain est incapable de faire la distinction. Nous en parlerons plus loin.

Un animal n'est ni bon ni mauvais. Il obéit à des instincts auxquels il ne
peut échapper. Par contre l'être humain, par ses différents pouvoirs
immatériels peut déroger aux lois de la nature et peut contrôler ce qui
lui reste d'instinct animal. J'interprète l'histoire d'Adam et Eve comme le
symbole du moment où l'être humain prend conscience de lui-même.
Ayant acquis la connaissance du bien et du mal en désobéissant à l'ordre
divin, ils prennent conscience que cette désobéissance était mal, et en
ressentent de la honte, symbolisé par leur prise de conscience de leur
nudité. C'est à ce moment qu'ils découvrent leur moi, et leur bonheur
naïf et inconscient et leur liberté -symbolisés par un jardin paradisiaque
- ne seront plus jamais les mêmes.

Et effectivement l'éducation joue un rôle primordial : “L'éducation ne
peut modifier l'essence intime d'un être humain, mais elle exerce une
influence énorme et avec ce pouvoir elle peut faire émerger chez un
individu n'importe quelles perfections et capacités qui sont déposées en
lui...il est donc clairement démontré que par leur nature essentielle, les
esprits varient quant à leurs capacités, tandis que l'éducation joue
aussi un grand rôle et exerce un puissant effet sur leur
développement.”97

“Le Grand Être dit : Considérez l'être humain comme une mine riche en
pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation seule peut en
révéler les trésors et permettre à l'humanité d'en profiter.”98

Notre conscience serait le principal outil de cette éducation puisqu'elle
nous connecte au monde physique à partir duquel nous créons notre

97 SW, 104
98 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
La condition humaine 37

propre vision et compréhension, via une transposition dans le domaine
de l'abstrait grâce aux différents pouvoirs immatériels que nous
possédons. Nous avons conscience que les choses matérielles ont une
réalité - forme, couleur, consistance, odeur, goût - et par l'imagination,
la compréhension, et la pensée, nous créons dans notre esprit d'autres
choses qui n'ont pas d'existence concrète et sont du domaine de la
parabole et de la métaphore.

Mais par dessus tout, nous sommes conscients que notre conscience
existe. A cet instant précis, vous êtes conscient que vous êtes en train de
lire et que vous réfléchissez à ce qui est écrit en vous forgeant des
images mentales. Nous sommes conscients que nous sommes en train de
réfléchir et de créer des pensées. Le sommeil ou un coma sont les deux
situations où notre conscience n'est pas utilisée, ce qui ne veut pas dire
qu'elle a cessé d'exister. Au réveil, si la mémoire a engrangé des
données - souvent incompréhensibles - nous en prendrons connaissance
consciemment. Ceci montre que la conscience est tout à fait
indépendante des sens. Tout cela est ce qu'on appelle la conscience de
soi, définie comme étant la faculté de l'humain de penser ce qu'il vit et
dès lors de se penser lui-même. Ayant ainsi conscience qu'il possède une
individualité, l'être humain, par l'éducation, doit apprendre à discerner
ce qui, dans son comportement et caractère, est digne de louange ou pas.
Et c'est là qu'interviennent les Manifestations divines et leurs
enseignements, car ce sont elles qui fixent les repères et déterminent les
normes à respecter. Nous y reviendrons plus loin, mais prenons déjà la
mesure d'un avertissement donné par Bahá’u’lláh : “Ô Mon serviteur !
Libère-toi des entraves de ce monde, et affranchis ton âme de la prison
du moi. Saisis ta chance car elle ne te reviendra plus.”99

Sous un certain angle, la conscience ne serait-elle pas cette faculté
commune dont parle ‘Abdu’l-Bahá ? C'est bien par la mise en contact
avec son environnement que le bébé prend conscience de lui-même,
grâce à ses facultés d'analyse et de réflexion qu'il possède déjà
potentiellement au sein de la matrice. Cette conscience de soi ne peut se
développer sans la raison ; quant à la raison, elle n'aurait aucune utilité

99 Parole cachée persan 40
38 Âme, raison, conscience

si elle ne servait pas à alimenter la réflexion sur nous-même et sur notre
évolution spirituelle. Raison et conscience sont donc étroitement liées.

La conscience de soi est l'instrument qui nous permet de connaître notre
âme, pour peu que nous ayons des moments d'introspection et de
réflexion sur notre évolution spirituelle. Tout comme l'âme, elle ne
disparaît pas avec la mort physique, et au contraire est encore plus
développée car débarrassée du voile de nos attachements terrestres. Une
série d'Écrits confirment cette idée : Il est clair et évident qu'après leur
mort physique, tous les êtres humains estimeront la valeur de leurs
actes et réaliseront ce que leurs mains ont forgé.100

“La prise de conscience de soi chez l'être humain est un processus
graduel qui ne commence pas à un point défini. Elle grandit en lui
en ce monde et continue à le faire dans le futur monde spirituel.
L'être humain peut certainement se remémorer ses expériences
lors de son évolution et même lorsque son âme quitte ce monde
elle se souviendra de son passé.”101

“L'être humain devrait connaître son propre moi et reconnaître ce qui
conduit à l'élévation ou à l'abaissement, à la gloire ou à l'humiliation, à
la richesse ou à la pauvreté.”102

“La vraie perte est pour celui dont les jours ont été dépensés dans
l'ignorance absolue de son moi.”103

“À l'origine, Dieu a doté l'humain d'une individualité qui jouissait de ce
qui est bénéfique... mais l'humain, par mauvaise habitude, change cette
création et transforme l'illumination divine en obscurité satanique.
Aussi longtemps que l'humain sera captif d'habitudes, poursuivant les
dictats du moi et du désir, il sera vaincu et anéanti. Cet ego personnel
passionné prend les rênes en ses mains, amasse les qualités de l'ego

100 GL, LXXXVI
101 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer,
November 20, 1937
102 Bahá’u’lláh, The first Ṭaráz
103 Bahá’u’lláh, Aṣl-i-Kullu’l-Khayr
La condition humaine 39

divin et se change en animal, une créature incapable de discerner le
bien du mal ou de distinguer la lumière de l'obscurité. Il devient
aveugle aux attributs divins car cette individualité acquise, résultat
d'une routine maléfique, devient la note dominante de sa vie.”

Il est dès lors fondamental que chaque être humain fasse sa propre
recherche de la réalité afin de se définir au sein de la multitude
d'opinions et de faire coïncider sa vie avec les enseignements divins :
“Évoluer de cette conscience inférieure vers une conscience supérieure
– vers la réalité de la vie, au-delà du requis des mondanités
quotidiennes – implique faire des efforts à la recherche de signification.
L'intention de Dieu n'est pas que l'être humain imite ses pères et
ancêtres. Il l'a doté de la raison par l'exercice de laquelle il recherche
et découvre la vérité, et il doit accepter ce qu'il trouve réel et vrai. Il ne
doit pas être un imitateur ou un disciple aveugle d'une âme quelconque.
Il ne doit pas s'appuyer implicitement sur l'opinion d'un autre sans
investigation ; non, chaque âme doit chercher intelligemment et
indépendamment, et arriver à une conclusion réelle et s'en tenir à cette
seule réalité.”104

Le français n'a malheureusement que le mot 'conscience', là où les an-
glophones font une distinction entre les termes conscience, conscious-
ness, awareness et wakefulness. Parmi toutes les définitions de la
conscience, - biologique, philosophique, psychologique, neurologique -,
celle qui nous intéresse dans cet essai a trait d'une part à la conscience
de soi (self-awareness) et au libre-arbitre.
Au sens moral, elle désigne la “capacité mentale à porter des jugements
de valeur moraux sur des actes accomplis par soi ou par autrui”. Au
sens psychologique, elle se définit comme la “relation intériorisée
immédiate ou médiate qu'un être est capable d’établir avec le monde où
il vit et avec lui-même”. En ce sens, elle est fréquemment reliée, entre
autres, aux notions de connaissance, d'émotion, d'existence, d'intuition,
de pensée, de psychisme, de phénomène, de subjectivité, de sensation,
et de réflexivité.

104 ‘Abdu’l-Bahá, Promulgation of Universal peace, p. 291
40 Âme, raison, conscience

La Maison Universelle de Justice la définit ainsi :

“Un bahá’í reconnaît que l'un des aspects de sa croissance spi-
rituelle et intellectuelle est de favoriser le développement de sa
conscience à la lumière de la Révélation divine – une Révéla-
tion qui, en plus de fournir une richesse de principes spirituels
et éthiques, exhorte l'être humain à “se libérer des futiles fan-
taisies et des imitations, à discerner Son œuvre glorieuse avec
l 'œil de l'unité et à examiner toutes choses avec un œil scruta-
teur.” Dès lors, ce processus de développement implique un
examen lucide de la situation du monde avec à la fois la raison
et le cœur. Un bahá’í comprendra qu'une vie intègre est basée
sur l'observance de certains principes qui dérivent de la Révéla-
tion divine et qu'il reconnaît comme essentiels pour le bien-être
à la fois de l'individu et de la société. Pour préserver de tels
principes, il sait que dans certains cas la soumission volontaire
aux incitations de sa propre conscience personnelle à la déci-
sion de la majorité est une exigence consciente, tout comme en
acceptant de tout cœur la décision majoritaire d'une assemblée
à l'aboutissement de la consultation. La conscience, cependant,
n'est pas un absolu immuable. Une définition du dictionnaire,
bien qu'elle ne couvre pas tous les usages courants du terme,
présente la compréhension commune du mot conscience
comme “le sens du bien et du mal en ce qui concerne des
choses dont on est responsable ; la faculté ou le principe qui
s'articule autour de la qualité morale des actes ou des motiva-
tions d'un individu, approuvant le bien et condamnant le
mal.”105

On peut voir via de nombreux extraits d'Écrits qu'une distinction est
faite entre la raison et la conscience, et qu'il s'agit de deux entités
distinctes même si, en fin de compte, elles sont inter-dépendantes et
qu'elles utilisent les mêmes instruments que sont la réflexion, la
compréhension, la méditation, etc. Très schématiquement, nous dirons

105 The Universal House of Justice, 1998 Feb 08, Materialistic Elements in Academic
Scholarship, p. 3
La condition humaine 41

que la raison permet de distinguer le vrai du faux et que la conscience
fera la part entre le bien et le mal. La conscience est-elle comme la
raison un fruit de l'âme ? Peut-on dire que l'esprit humain est une âme
dotée de raison et de conscience ?

Ce qui semble certain c'est que la conscience a pour intérêt qu'elle
entraîne la connaissance de notre moi et permet grâce à la raison de
faire les ajustements nécessaires de nos pensées, de notre
compréhension du but de la vie terrestre et des actions à entreprendre
pour réaliser notre destinée personnelle. Et en définitive, chaque être
humain est responsable devant Dieu de l'usage qu'il fait des capacités
qu'il possède ; la conscience ne doit jamais être le fruit d'une contrainte,
soit par d'autres individus, soit par des institutions.

“La conscience d'une personne peut se former par une re-
cherche désintéressée de la vérité et de la justice, tandis que
celle d'une autre personne peut dépendre d'une prédisposition
irréfléchie à agir en accord avec ces modèles de normes, prin-
cipes et interdictions qui sont le produit de son environnement
social. Dès lors, la conscience peut servir de rempart à un ca-
ractère intègre ou bien peut représenter une accumulation de
préjugés appris de ses ancêtres ou imprégnés d'un code social
limitatif.”106

Ceci montre que, tout comme pour la raison, il y a des limites à ce que
nous pouvons connaître et comprendre : “Il y a beaucoup de mondes de
lumière. Car de même que la plante imagine que la vie s'arrête avec
elle-même et n'a aucune connaissance de notre existence, l'être humain
ayant un esprit matériel n'a aucune connaissance d'autres mondes de
conscience.”107

[Quant à la question que l'on peut légitimement se poser, ‘Abdu’l-Bahá
répond : La vertu distinctive ou plus de l'animal est son sens des
perceptions : il voit, entend, sent, goûte et ressent, mais en retour il est
106 The Universal House of Justice, 1992 Dec 10, Issues Related to Study
Compilation
107 DP, p. 123.
42 Âme, raison, conscience

incapable de conceptualisation ou de réflexions conscientes qui
caractérisent et différencient le royaume humain.]

Il nous reste maintenant à mentionner et prendre en considération le
dernier élément essentiel, sans lequel tous ces pouvoirs, facultés et
capacités, aussi loin que puisse être poussée l'éducation, ne serviraient à
rien : l'esprit de foi.

“Mais l'esprit humain, tant qu'il n'est pas assisté par l'esprit de foi, ne
peut prendre connaissance des mystères divins et des réalités célestes.
C'est comme un miroir qui, bien qu'il soit clair, brillant et poli, a quand
même besoin de lumière. Ce n'est que lorsque un rayon de soleil tombe
sur lui qu'il peut découvrir les mystères divins.”108

“Le progrès spirituel se fait via les souffles du Saint-Esprit et consiste
en l'éveil de l'âme consciente de l'être humain à la perception de la
réalité de la divinité. Le progrès matériel assure le bonheur dans le
monde matériel. Le progrès spirituel assure le bonheur et l'évolution
éternelle de l'âme.”

“En ce qui concerne la capacité de comprendre, la grâce de l'Esprit
saint est le véritable critère au sujet duquel il n'y a aucun doute ou
incertitude. Cette grâce réside dans les confirmations de l'Esprit-saint
qui sont accordées à l'être humain et par lesquelles la certitude est
atteinte.”109

“L'autre sorte de connaissance, qui est une connaissance intuitive ou
existentielle, est comme la connaissance et la perception de son propre
moi. Par exemple, la raison et l'esprit de l'être humain perçoivent tous
les états et conditions de toutes les parties et tous les membres du corps,
et de toutes les sensations physiques aussi bien que des pouvoirs
spirituels, des perceptions et des conditions. Ceci est une connaissance
existentielle par laquelle l'humain prend conscience de sa propre
condition. Il ressent et comprend tout à la fois car l'esprit englobe le

108 SAQ 55
109 Ibid. 83
La condition humaine 43

corps et est conscient de ses sensations et pouvoirs. Cette connaissance
n'est pas le résultat d'un effort et d'une acquisition.”110

Une exploration croissante de la relation existant entre la “conscience”
et le cerveau indique que la source du “moi” est métaphysique et non
biologique, même si il communique en va et vient par l'intermédiaire du
cerveau aussi longtemps que dure cette relation. Mais sans cet esprit de
foi, si l'on s'en tient à une approche purement raisonnée, sans vision d'un
monde transcendant, notre compréhension de l'existence humaine reste
très limitée : “Il y a beaucoup de mondes de lumière. Car de même que
la plante imagine que la vie s'arrête avec elle-même et n'a aucune
connaissance de notre existence, l'être humain ayant un esprit matériel
n'a aucune connaissance d'autres mondes de conscience.”111

Nous voici maintenant en possession de tous les éléments nécessaires
pour nous faire une image de la condition humaine. Elle repose sur trois
aspects de l'être humain. Sa nature animale, humaine, et spirituelle, qui
impliquent chacune à la fois notre grandeur et notre faiblesse.

La nature animale de l'humain est soumise à toutes les lois de la nature –
naissance, faim, soif, maladie, souffrance, instincts, procréation, mort.

La nature humaine qui se caractérise par des facultés mentales permet-
tant d'étudier ces lois naturelles, de les comprendre, de les reproduire et
de s'en affranchir jusqu'à un certain point. L'étendue de ces facultés ce-
pendant reste soumise aux lois qui régissent les circuits neuronaux, ren-
dant ainsi parcellaire notre connaissance et compréhension des phéno-
mènes physiques.

La nature spirituelle est celle d'un esprit amené à évoluer vers l'Absolu à
travers une infinité de mondes spirituels qui échappent à notre compré-
hension. Cette évolution est elle-même soumise à des lois que nous ré-
vèlent les grands Éducateurs spirituels de l'humanité.

110 Ibid. 40
111 DP, p. 123.
44 Âme, raison, conscience

Quelque soit le plan sur lequel nous nous plaçons, la condition humaine
est donc celle de la soumission - à la nature, à la pensée et à l'ego. La
grandeur de l'être humain réside dans le fait qu'il peut en partie contrôler
les lois naturelles (sauf la naissance et la mort), qu'il peut développer
ses facultés mentales et qu'il peut progresser spirituellement grâce à la
conscience de soi en se détachant du moi. L'ensemble des lois agissant
pour constituer un être dit humain peut être résumé en une seule : la Loi
de Dieu, cette Loi universelle qu régit tous les événements et le fonc-
tionnement de l'univers et de tout ce qui est créé.

“Tous les êtres, universels ou particuliers, ont été créés parfaits et
complets dès le commencement. Tout ce que l'on peut dire est que leur
perfection n'est devenue apparente que graduellement. La loi de Dieu
est une ; l'évolution de l'existence est une ; l'ordre divin est un. Tous
les êtres, petits ou grands,sont sujets à une seule loi et un seul ordre.”112

L'élément le plus important au sein de cette Loi est la force d'attraction.
Cette force qui attire les particules élémentaires entre elles, formant des
atomes qui se lient pour former des molécules, constituant des éléments
de plus en plus complexes jusqu'à l'être humain ; la même force qui
régit les relations entre étoiles, planètes et galaxies ; et cette force qui lie
les êtres humains et nous attire vers Dieu, n'est autre que ce que l'on
appelle l'amour. Sans cette force, tout ce qui existe se désagrégerait et ne
serait plus que néant.
Bien que disposant d'un libre arbitre qui permet à l'être humain
d'accepter ou pas, se soumettre à la Volonté divine est donc en soi un
acte d'amour.et la condition humaine est de nous développer
spirituellement car l'acquisition des vertus et qualités divines
déterminera notre évolution dans l'autre monde, tandis que pendant cette
vie terrestre nous atteindront le rang le plus élevé, celui de la noblesse.

“La condition humaine est celle d'une profonde impuissance et d'une
absolue pauvreté. Toute la puissance et tout le pouvoir appartient à
Dieu seul, et l'exaltation ou l'abaissement de l'être humain dépendent de

112 SAQ 51:4
La condition humaine 45

la volonté et du dessein du Suprême. ... De plus, l'immobilité de
l'humain ou son mouvement même sont conditionnés par l'aide de Dieu.
Si cette assistance échouait à l'atteindre, il ne peut faire ni bien ni mal.
Mais lorsque l'assistance du Très-Généreux confère l'existence à l'être
humain, il est capable de faire les deux. Et si cette assistance était
supprimée, il deviendrait absolument démuni... tous les actes des êtres
humains sont soutenus par l'assistance divine, mais le choix du bien
ou du mal n'appartient qu'à lui seul.”113

La condition humaine repose donc sur la vision que nous avons de la
finalité de la création et de l'être humain en particulier. Bien que ce
dernier dispose d'un libre-arbitre, il est tributaire à la fois des lois de la
nature et de sa réalité spirituelle, qu'il le veuille ou non, et en ce sens il
est déterminé. L'être humain ne peut se soustraire ni à l'une ni à l'autre.
Sur le plan physique, il ne peut échapper à la maladie, à la souffrance ou
au vieillissement, et sur le plan spirituel il dépend de la volonté divine
qui prescrit les règles. Il est tout à fait illusoire d'essayer de contourner
la réalité physique, tandis que notre destin spirituel repose sur
l'acceptation consciente et la soumission librement consentie à notre
réalité d'êtres créés. Dieu a voulu pour nous un rang particulier dans
l'univers et les efforts faits pour atteindre ce rang nous approcheront de
ce que nous appelons la noblesse.

La véritable noblesse est d'accepter consciemment et volontairement la
volonté divine, en faisant abstraction des désirs du moi, en faisant
preuve d'humilité face au Créateur. Elle est la manifestation de la vraie
liberté et le signe de la vraie connaissance. Elle se traduit bien sûr dans
l'apparence, mais aussi dans le langage, les pensées et les actes. S'amé-
liorer spirituellement c'est “...atteindre le but ultime de l'existence qui
est le rang de la vraie compréhension et de la noblesse.”114 “Et pour ce
faire l'être humain devrait connaître son propre moi et reconnaître ce
qui conduit à l'élévation ou à la bassesse, à la gloire ou à l'humiliation,
à la richesse ou à la pauvreté.” “Dis : l'honnêteté, la vertu, la sagesse
et un caractère saint rejaillissent sur l'élévation de l'être humain, tandis

113 Ibid. 70
114 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
46 Âme, raison, conscience

que la malhonnêteté, l'imposture, l'ignorance et l'hypocrisie conduisent
à son abaissement. Par ma vie ! La distinction de l'être humain ne ré-
side pas dans les ornements ou la richesse mais plutôt en une conduite
vertueuse et une véritable compréhension.”115 “Selon l'estimation du
peuple de Bahá, la gloire de l'être humain réside en sa connaissance,
la droiture de sa conduite, son caractère louable, sa sagesse et non en
sa nationalité ou son rang.”116 “L'être humain acquière des vertus ; la
nature en est privée. L'être humain peut volontairement mettre fin aux
vices, la nature n'a aucun pouvoir de modifier l'influence de ses ins-
tincts. Globalement, l'être humain est plus noble et supérieur ; il y a en
lui un pouvoir idéal surpassant sa nature. Il possède une conscience, la
volonté, l'intelligence, les attributs divins et des vertus dont la nature
est complètement privée, dépourvue et réduite ; dès lors, l'être humain
est supérieur et plus noble en raison des forces idéales et célestes qui
sont latentes et manifestes en lui.”
‘Abdu’l-Bahá déclare également que “l'honneur suprême et le véritable
bonheur réside dans le respect de soi, de hautes résolutions et de nobles
desseins, dans l'intégrité, dans les qualités morales et la pureté de
l'esprit.”117

Le constat n'est malheureusement que trop évident : “Noble t'ai-Je créé,
pourtant tu t'es abaissé.”118 Et la question abrupte : “Je t'ai créé noble,
à cause de quoi t'abaisses-tu ?”, rappelant que l'attachement aux
choses matérielles et à notre moi est le principal obstacle à surmonter.

“Ô peuple du monde ! Ne suivez pas les incitations du moi, car il
appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure.”119 “Dis : délivrez vos
âmes, ô peuple, de l'asservissement au moi, et purifiez-les de tout
attachement à autre chose que Moi.”120 “Ton cœur est Mon trésor ; ne
permets pas à la main perfide du moi de te voler les perles que j'y ai

115 Bahá’u’lláh, Kalimát-i-Firdawsíyyih
116 Ibid. 7ème feuille
117 ‘Abdu’l-Bahá , Secret civilisation mondiale
118 Parole cachée arabe 22
119 Kitáb-i-Aqdas, par. 64
120 GL, CXXXVI
La condition humaine 47

précieusement placées.”121

La condition pour atteindre la noblesse est dès lors de s'élever “jusqu'à
ce pour quoi tu fus créé.” Et le chemin le plus souvent mis en évidence
est la souffrance : “C'est seulement par la souffrance que la noblesse du
caractère peut devenir manifeste.”122 La souffrance est incontournable si
l'on veut progresser spirituellement, mais une condition s'impose :
comprendre ce que cette souffrance veut nous apprendre.
“L'existence physique de l'être humain sur cette terre est une période
pendant laquelle l'exercice moral de son libre arbitre est mis à l'épreuve
et testé afin de préparer son âme pour les autres mondes de Dieu et
nous devons accueillir les afflictions et les tribulations comme des op-
portunités de perfectionnement de notre moi éternel.”123 La souffrance
nous aide entre autre à développer une des plus importantes qualités spi-
rituelles, la compassion, car sans avoir souffert, il serait impossible de
participer à la souffrance des autres. Elle permet également de dévelop-
per la force d'âme, la patience, le contentement et est paradoxalement
reliée au bonheur, toutes choses qui sont en dehors du cadre de cet essai.

“La raison et l'esprit de l'être humain avancent lorsqu'il est mis à
l'épreuve par la souffrance... la souffrance et les tribulations libèrent
l'être humain des affaires insignifiantes de cette vie terrestre jusqu'à ce
qu'il arrive à un état de complet détachement. Son attitude en ce monde
sera celle du bonheur divin. L'être humain, pour ainsi dire, est
immature ; la chaleur du feu de la souffrance le développera.”124

La vraie condition humaine étant donc essentiellement une relation de
soumission à la loi divine qui régit notre vie physique aussi bien que
spirituelle, il existe néanmoins une soumission qui n'est pas acceptable,
la soumission à notre ego, à nos désirs de pouvoir, de gloire et de
richesse, toutes choses qui nous séparent de Dieu. Sans entrer dans le
détail, nous comprenons ainsi l'importance de la notion de détachement.

121 Ibid. CLII
122 Shoghi Effendi, Lights of Guidance, p. 603
123 Lights of guidance 367
124 The Divine Art of Living
48 Âme, raison, conscience

“En référence à ce que signifie le fait qu'un individu devienne
entièrement oublieux de son moi : l'intention est qu'il devrait se lever et
se sacrifier, dans le bon sens du terme, c'est à dire qu'il devrait
masquer les injonctions de la condition humaine et se débarrasser lui-
même des caractéristiques telles que celles qui sont sujettes aux blâmes
et qui constituent la ténébreuse obscurité de la vie sur terre – non qu'il
doive laisser sa santé physique se détériorer et son corps devenir
infirme.”125

Un autre élément de la condition humaine est le fait que l'être humain
est fait pour travailler, à la fois pour vivre, faire vivre sa famille et servir
l'humanité, le service étant une des autres clés du progrès spirituel.
“Tous les êtres humains ont été créés pour faire progresser une
civilisation en constante évolution.”126 “Tout le travail et l'effort
déployés par l'humain du profond de son cœur est une adoration, si ils
sont motivés par les plus hautes intentions et la volonté de rendre
service à l'humanité.”127

La condition humaine apparaît donc comme suit : l'être humain est basi-
quement un animal mais doté intrinsèquement de facultés extraordi-
naires et de pouvoirs très puissants, désignés de façon globale comme
l'esprit humain, à savoir une âme qui a la particularité de pouvoir
connaître tout un univers dit spirituel, et dont la raison d'être est de dé-
velopper en lui-même tout ce qui le rapprochera du Souverain de cet
univers invisible et transcendant. Chaque être humain a une individuali-
té propre (son âme), dotée d'une capacité de compréhension, grâce au
pouvoir de réflexion du cerveau et du cœur (sa raison), et à la connais-
sance de son moi via sa conscience. La finalité de sa vie est de progres-
ser spirituellement dans sa connaissance de Dieu et dans l'amour qu'il a
pour Lui. Pour ce faire, chaque être humain a reçu une mesure pré-or-
donnée de capacités qu'il est libre de développer ou pas, sachant que sa
vie ici bas n'est qu'un tremplin pour une autre vie faite d'un voyage
continu et sans fin vers l'Absolu, dans lequel nous conservons la raison
125 The Universal House of Justice, 1998 Feb 08, Materialistic Elements in Academic
Scholarship, p. 3
126 GL, chap. CIX
127 ‘Abdu’l-Bahá, Causeries à Paris
La condition humaine 49

et la conscience. Toutes ces richesses, facultés, pouvoirs, capacités, sont
largement tributaires de l'éducation acquise dans des environnements fa-
miliaux et sociaux très variés mais où les qualités spirituelles enseignées
de tout temps par les Éducateurs divins sont le fil conducteur.

Nous pensons souvent, à tort, que nous sommes capables de vivre en
nous appuyant uniquement sur nos facultés mentales et qu'il n'est nul
besoin de faire intervenir un Dieu qui, pour certains, relève de la pure
imagination. C'est là commettre une grossière erreur car toute cette
humanité, cette vie humaine, dépendent complètement de la volonté
divine et tous les problèmes rencontrés proviennent de notre refus
d'admettre.que l'être humain, de lui-même, ne peut s'améliorer.

“Est-il dans le pouvoir humain d'effectuer une transformation si
complète des éléments constituant les minuscules particules
indivisibles de la matière qu'elles seraient transmuées en or pur ?
Aussi complexe et difficile que cela puisse paraître, la tâche encore plus
grande de convertir les forces sataniques en pouvoir céleste est l'une
de celles que Nous avons le pouvoir d'accomplir. La Force capable
d'une telle transformation transcende la puissance de l'Élixir lui-même.
Le Verbe de Dieu, seul, peut revendiquer la distinction d'être doté de la
capacité requise pour accomplir un changement si considérable et de
si grande ampleur.”128

En guise de résumé, la condition humaine apparaît sous ses multiples
aspects : celui d'un être de chair et d'os soumis aux lois de la nature, en
particulier la souffrance et la procréation ; celui d'un être social
travaillant et servant l'humanité ; celui d'un être en besoin d'éducation
pour développer les facultés intrinsèques qu'il possède de façon latente ;
et celui d'un être spirituel, doté d'une âme, abstraction utilisant la raison,
la conscience de soi et l'esprit de foi pour évoluer dans le sens spirituel
en préparation à une vie après la mort où il conservera son
individualité.

128 GL, chap. XCIX
50 Âme, raison, conscience

“Ces énergies dont l'Étoile de la bonté divine et la Source de guidance
céleste a doté la réalité de l'être humain se trouvent latentes en lui,tout
comme la flamme est cachée dans la bougie et les rayons de lumière
sont potentiellement présents dans la lampe. Le rayonnement de ces
énergies peut être obscurci par les désirs terrestres tout comme la lu-
mière du soleil peut être dissimulée sous la poussière et les impuretés
qui couvrent le miroir. Ni la bougie ni la lampe ne peuvent être allumées
par leurs propres efforts seuls, et il n'est jamais possible pour le miroir
de se libérer lui-même des impuretés. Il est clair et évident que tant
qu'un feu n'est pas allumé, la lampe ne sera jamais allumée, et à
moins que les souillures ne soit enlevées de la face du miroir, il ne peut
jamais représenter l'image du soleil ni réfléchir sa lumière et sa
gloire.”129

“Grâce aux Enseignements de cette Étoile de vérité, chaque être
humain avancera et se développera jusqu'à ce qu'il atteigne le rang où
il peut manifester les forces potentielles dont son véritable moi profond
a été doté. C'est pour ce dessein précis qu'en chaque âge et en chaque
Dispensation, les Prophètes de Dieu et leurs élus sont apparus au sein
des êtres humains et ont démontré un pouvoir né de Dieu et une telle
puissance que seul l'Éternel peut révéler.”

Reste donc à chaque être humain de choisir, en âme et conscience, s'il
veut progresser dans le sens des vertus et atteindre à la noblesse, ou s'il
veut obstinément rester attaché à son confort matériel, de façon égoïste
et perpétuer les côtés sombres de l'humanité. Le chemin du progrès
spirituel est certes long, tortueux et parsemé d'épreuves, mais vaincre la
bataille contre le moi est à la portée de tous, pour peu qu'existe la
volonté, consciente, assumée, de se soumettre à la grande Loi qui sous-
tend l'univers créé. Le voyage continuera ensuite dans d'autres mondes
que malheureusement nous ne pouvons imaginer mais dont de mot-clé
est félicité.

129 GL, chap. XXVII
La condition humaine 51

“L'être humain est un enfant de Dieu ; le plus noble, le
plus élevé et bien-aimé de Dieu son créateur. Dès lors, il
doit toujours s'efforcer que les bontés et vertus divines qui
lui ont été accordées prédominent et le contrôlent. Pour le
moment, le sol du cœur humain semble foncé comme la
terre mais au sein de la plus profonde substance de ce sol
foncé, il y a en latence des milliers de fleurs parfumées.
Nous devons nous efforcer de cultiver et éveiller ces
potentialités, découvrir le trésor secret dans cette mine et
ce réceptacle de Dieu et faire émerger ces resplendissants
pouvoirs longtemps cachés dans les cœurs humains. Alors
les gloires des deux mondes seront combinées et accrues et
la quintessence de l'existence humaine sera rendue
manifeste.”130

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130 Bahá’u’lláh, Tabernacle de l'unité divine
52 Âme, raison, conscience

Principales sources :

Bahá’u’lláh :
• Gleanings of the Writings of Bahá’u’lláh
• Tablets revealed after the Kitáb-i-Aqdas
• Tabernacle of unity
• Hidden Words
• Seven Valleys
• Kitáb-i-Aqdas
• Kitáb-i-Íqán

‘Abdu’l-Bahá
• Some Answered Questions
• Divine Philosopphy
• Secret of Divine Civilization
• Letter to Pr. Forel
• Foundations of World unity

Lights of Guidance

Letters from the Universal House of Justice
La condition humaine 53
54 Âme, raison, conscience
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