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Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Universal House of Justice, Le siecle de lumiere, bahai-library.com.
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LE SIECLE DE LUMIERE
CENTRE MONDIAL BAHÁ’Í
2001
AVANT - PROPOS
La fin du vingtième siècle offre aux bahá’ís une perspective unique. Au cours des cent dernières
années, notre monde a subi des changements beaucoup plus profonds que ceux de n’importe quelle
période précédente de l’histoire, des changements qui sont, pour la plupart, peu compris par la
génération présente. Ces mêmes cent dernières années ont vu la cause bahá’íe sortir de l’obscurité,
démontrant ainsi à une échelle mondiale le pouvoir unificateur conféré par son origine divine. La
convergence de ces deux développements historiques apparut de plus en plus clairement à mesure que
le siècle se rapprochait de son terme.
Le siècle de lumière, préparé sous notre direction, réexamine ces deux processus et la relation qui
existe entre eux, dans le contexte des enseignements bahá’ís. Nous le recommandons à l’étude
studieuse des amis, certains que les perspectives qu’il ouvre s’avéreront enrichissantes spirituellement
et apporteront une aide concrète pour partager avec d’autres les défis apportés par la révélation de
Bahá’u’lláh.
LA MAISON UNIVERSELLE DE JUSTICE
Naw-Ruz, 158 E.B.
Le siècle de lumière
LE VINGTIÈME SIÈCLE, le plus turbulent dans l’histoire de l’humanité, est arrivé à son terme. La
plupart des peuples du monde sont épouvantés par le chaos moral et social qui l’a marqué de plus en
plus profondément, et désirent ardemment laisser derrière eux le souvenir des souffrances que ces
décennies ont apportées. En dépit de la fragilité apparente des fondements de la confiance dans le futur
et de l’immensité des dangers qui se profilent à l’horizon, l’humanité s’acharne à croire qu’il sera
possible, par quelque concours de circonstances fortuit, d’infléchir les conditions de la vie humaine
selon les désirs dominants des hommes.
À la lumière des enseignements de Bahá’u’lláh, ces espoirs sont non seulement illusoires, mais de plus
ils ne tiennent aucun compte de la nature et de la signification du tournant décisif pris par notre monde
au cours de ces cent années cruciales. L’humanité ne sera pas prête à répondre aux défis qui
l’attendent avant de comprendre les implications des évènements de cette période. Le poids de la
contribution que nous, bahá’ís, pouvons apporter à ce processus exige que nous-mêmes saisissions la
signification de la transformation historique élaborée par le vingtième siècle. La lumière émise par le
Soleil levant de la révélation de Bahá’u’lláh et l’influence qu’elle exerce sur les affaires humaines
nous permettent d’accéder à cette compréhension. C’est de cette possibilité que parlent les pages qui
suivent.
Chapitre I
COMMENÇONS PAR RECONNAÎTRE l’ampleur de la dégradation que l’espèce humaine s’est ellemême infligée au cours de la période de l’histoire que nous examinons. Le nombre de vies perdues est,
à lui seul, incalculable. La désagrégation des institutions fondamentales de l’ordre social, la violation -
en fait, l’abandon - des normes de la décence, la trahison de la vie de l’esprit par la soumission à des
idéologies aussi sordides que vides, l’invention et le déploiement de monstrueuses armes de
destruction massive, la faillite de nations entières et la réduction de multitudes d’êtres humains à une
pauvreté sans espoir, la destruction insouciante de l’environnement de la planète sont seulement les
éléments les plus évidents d’un catalogue d’horreurs inconnues même aux âges les plus noirs du passé.
Le simple fait de les mentionner rappelle les avertissements divins exprimés dans les mots de
Bahá’u’lláh, il y a un siècle : « Ô insouciants, les merveilles de ma miséricorde enveloppent toutes
choses créées, tant visibles qu’invisibles, les révélations de ma grâce et de ma munificence pénètrent
chaque atome de l’univers, et cependant, douloureuse est la verge avec laquelle je châtie les méchants
et terrible la véhémence de mon courroux contre eux. » (1) Shoghi Effendi, Avènement de la justice divine,
Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1973, p.96 .
De peur qu’un observateur de la Cause ne soit tenté de prendre de tels avertissements pour de simples
métaphores, Shoghi Effendi, dépeignant certains des évènements historiques, écrivit en 1941 :
Une tempête balaie en ce moment la face de la terre, elle est sans précédent dans sa violence,
imprévisible dans sa trajectoire, catastrophique dans ses effets immédiats, d’une gloire inconcevable
dans ses conséquences ultimes. Sa force impérieuse gagne inexorablement en étendue et en vitesse. Sa

force purificatrice passe presque inaperçue, mais s’accroît de jour en jour. L’humanité, sous les griffes
de ce pouvoir dévastateur, est frappée par les preuves de son implacable colère. Elle ne peut ni
percevoir son origine, ni sonder sa signification, ni discerner ses conséquences. Désorientée,
agonisante et désarmée, elle regarde cet immense et puissant souffle divin qui envahit les régions de la
terre les plus lointaines et les plus saines, qui ébranle ses fondations, dérègle son équilibre, brise ses
nations, désorganise les foyers de ses peuples, dévaste ses villes, exile ses rois, détruit ses remparts,
déracine ses institutions, affaiblit sa lumière et déchire le cœur de ses habitants. (2) Shoghi Effendi, Voici
le Jour promis, Paris, Comité national bahá’í de publication, 1960, p. 1
*
En ce qui concerne la richesse et l’influence, le « monde » de 1900 se réduisait à l’Europe et,
accessoirement, aux États-Unis. L’impérialisme occidental continuait à exercer sur les populations des
autres pays de la planète ce qu’il estimait être sa « mission de civilisation ». Selon un historien, la
première décennie du siècle apparaît essentiellement comme une continuation du « long dix-neuvième
siècle », (3) Eric Hobsbawn, Age of Extremes : The short Twentieth Century, 1914-1991 (London : Abacus, 1995), p. 584.
une ère dont l’arrogance sans borne est bien illustrée par la célébration en 1897 du jubilé de diamant
de la reine Victoria : un défilé avait paradé pendant des heures à travers les rues de Londres, avec une
pompe et un étalage impérial du pouvoir militaire qui dépassaient de loin tout ce qu’avaient osé les
civilisations passées.
En ce début de siècle, peu de gens, quelle qu’ait été leur sensibilité sociale ou morale, se rendaient
compte des catastrophes qui les attendaient, et bien peu, s’il en fut, - auraient pu percevoir leur
ampleur. Les chefs militaires de la plupart des pays européens s’attendaient à ce qu’une guerre éclate,
mais ils regardaient cette perspective avec sérénité, convaincus qu’elle serait courte et qu’ils la
gagneraient.
Des hommes d’états, des industriels, des savants, des média et des personnalités influentes aussi
étonnantes que le tsar de Russie apportaient leur soutien au mouvement de paix international, dans une
mesure qui tient presque du miracle. L’accroissement immodéré de l’armement était certes de mauvais
augure, mais le réseau laborieusement tissé des alliances, qui souvent empiétaient les unes sur les
autres, pouvait donner l’assurance qu’un conflit général serait évité et que les litiges régionaux
seraient réglés comme ils l’avaient généralement été au cours du siècle précédent. Cette illusion était
renforcée par l’image que donnaient les Têtes couronnées d’Europe. La plupart d’entre elles
appartenaient à une seule famille élargie, et plusieurs exerçaient un égal pouvoir de décision. Elles
s’adressaient familièrement l’une à l’autre par leurs surnoms, entretenaient une correspondance intime,
épousaient les sœurs et les filles les uns des autres, et chaque année, elles passaient ensemble de
longues périodes de vacances dans leurs châteaux, leurs pavillons de chasse ou sur leurs yachts . Dans
les sociétés occidentales, on s’occupait même de la douloureuse disparité dans la distribution des
richesses, de manière énergique sinon systématique : une législation avait été élaborée pour empêcher
les pires exactions collectives organisées au cours des décennies précédentes et pour répondre aux
besoins essentiels des populations urbaines croissantes.
La grande majorité de la famille humaine vivait en dehors du monde occidental, elle ne retirait que peu
de bienfaits et ne partageait guère l’optimisme de sa fratrie européenne et américaine. En dépit de son
ancienne civilisation et de son sentiment d’être « l’Empire du milieu », la Chine était devenue
l’infortunée victime du pillage effectué par les nations occidentales et par son voisin japonais en pleine
modernisation. En Inde où l’économie et la vie politique étaient tombées totalement sous la
domination du Pouvoir impérial, au point de faire disparaître les intrigues habituelles pour obtenir des
privilèges, les multitudes échappaient à certains des pires abus infligés aux autres pays, mais elles
regardaient, impuissantes, s’épuiser les ressources dont elles avaient désespérément besoin. Dans la
souffrance du Mexique se profilait déjà trop clairement l’agonie future de l’Amérique latine. Il avait
subi l’annexion par son voisin du nord de vastes territoires et ses ressources naturelles avaient attiré
l’attention avide d’entreprises étrangères. En Russie, l’Occident regardait comme un fait
particulièrement embarrassant - à cause de la proximité de capitales européennes aussi brillantes que
Berlin et Vienne - l’oppression médiévale sous laquelle une centaine de millions de serfs soi-disant
libérés menaient une vie de misère sombre et désespérée. Le plus tragique de tout était la condition des
habitants du continent africain, divisés et montés les uns contre les autres par la création de frontières
artificielles, résultat de cyniques marchandages entre les Pouvoirs européens. On estime que, pendant
la première décennie du vingtième siècle, plus d’un million de personnes périrent au Congo, affamées,

battues, tuées au travail pour le profit de leurs maîtres lointains, un aperçu du destin qui allait engloutir
bien plus d’une centaine de millions de leurs compagnons humains, à travers l’Europe et l’Asie, avant
que le siècle ne touche à sa fin. (4) Léopold II, roi des Belges, administra la colonie à titre personnel pendant trois
décades (1877-1908). Les exactions commises sous sa mauvaise administration soulevèrent des protestations internationales.
En 1908, il fut contraint de confier l’administration du territoire au gouvernement belge.
Ces masses humaines, dépouillées et dédaignées - mais représentant la majeure partie des habitants de
la terre - n’étaient pas considérées comme des protagonistes, mais comme de simples éléments du
processus civilisateur tant vanté de ce nouveau siècle. En dépit des avantages conférés à une minorité
d’entre eux, les peuples colonisés existaient surtout pour qu’on puisse les modeler - les utiliser, les
discipliner, les exploiter, les christianiser, les civiliser, les mobiliser - selon ce que dictaient les plans
versatiles des Puissances occidentales. Ces plans éclairés ou égoïstes, appliqués de manière brutale ou
douce dans le but de convertir ou d’exploiter, étaient élaborés par des forces matérialistes qui
déterminaient à la fois leurs moyens et la plupart de leurs objectifs. Des convictions religieuses et
politiques de styles différents dissimulaient pratiquement tout de ces objectifs et de ces moyens au
public occidental. Celui-ci pouvait ainsi retirer une satisfaction d’ordre moral des bienfaits que sa
nation était supposée octroyer aux moins méritants, pendant qu’il jouissait lui-même des fruits
matériels de cette générosité.
Signaler les défaillances d’une grande civilisation ne veut pas dire nier ses réalisations. Alors que
commençait le vingtième siècle, les peuples d’Occident pouvaient s’enorgueillir à juste titre des
progrès technologiques, scientifiques et philosophiques engendrés par leurs sociétés. Des dizaines
d’années d’expérimentation avaient placé entre leurs mains des moyens matériels que le reste de
l’humanité était loin de pouvoir évaluer. De nombreuses industries avaient vu le jour à travers
l’Europe et l’Amérique, consacrées à la métallurgie, à la fabrication de produits chimiques de toutes
sortes, au textile, à la construction et à la production d’instruments qui facilitaient la vie sous tous ses
aspects. Une succession sans fin de découvertes, d’inventions et d’améliorations avait permis
d’accéder à une puissance d’une ampleur inimaginable, en particulier grâce à l’utilisation de
combustibles bon marché et de l’électricité, avec, hélas, des conséquences écologiques également
inimaginables à l’époque. « L’ère du chemin de fer » était bien avancée et les bateaux à vapeur
sillonnaient les voies maritimes. Grâce à la multiplication des communications télégraphiques et
téléphoniques, la société occidentale voyait le moment où elle serait libérée des limites imposées à
l’humanité depuis l’aube de l’histoire par les distances géographiques.
Des changements au plus profond de la pensée scientifique eurent des implications encore plus
considérables. Le dix-neuvième siècle en était resté à la vision newtonienne du monde envisagé
comme un vaste système mécanique, mais à la fin du siècle des percées intellectuelles étaient venues
défier cette théorie. De nouvelles idées émergeaient qui devaient conduire à la formulation de la
mécanique quantique ; et avant peu, l’effet révolutionnaire de la théorie de la relativité allait remettre
en question les croyances sur le monde phénoménal que le bon sens avait acceptées pendant des
siècles. Ces avancées furent favorisées - et leur influence considérablement amplifiée - par une activité
scientifique qui n’était plus le fait de penseurs isolés, mais résultait maintenant d’une démarche
méthodique entreprise par une influente communauté scientifique qui bénéficiait d’installations
universitaires, de laboratoires et de congrès où échanger ses découvertes au stade expérimental.
La force des sociétés en Occident ne résidait pas seulement dans le progrès scientifique et technique.
Alors que débutait le vingtième siècle, la civilisation occidentale récoltait les fruits d’une culture
philosophique qui devait rapidement libérer les énergies de ses populations et dont l’influence allait
bientôt provoquer un impact révolutionnaire dans le monde entier. Cette philosophie nourrissait le
système de gouvernement constitutionnel, elle prônait l’autorité de la loi, le respect des droits de tous
les membres de la société, et offrait à tous ceux qu’elle touchait la vision d’une ère imminente de
justice sociale. Les revendications de liberté et d’égalité qui gonflaient alors la rhétorique patriotique
en Occident étaient loin de nos conditions actuelles, mais les occidentaux pouvaient à juste titre se
féliciter des progrès réalisés dans ce sens au dix-neuvième siècle.
D’un point de vue spirituel, la période était en proie à une dualité étrange et paradoxale. Presque tout
l’horizon intellectuel était obscurci par des nuages de superstition nés de l’imitation aveugle des temps
anciens. Cela allait, pour la plupart des peuples, d’une profonde ignorance du potentiel humain et de
l’univers physique à un attachement naïf à des doctrines religieuses qui ne s’appuyaient que peu ou
pas sur l’expérience. Dans les classes instruites des pays occidentaux, là où les vents du changement

avaient dissipé les brumes, le fléau d’une laïcité agressive avait trop souvent remplacé les principes
religieux reçus en héritage ; elle mettait en doute et la nature spirituelle de l’humanité, et l’autorité des
valeurs morales elles-mêmes. Partout, la laïcisation des classes supérieures de la société semblait aller
de pair avec un obscurantisme religieux largement répandu parmi la population. Dans tous les pays et
au niveau le plus profond, parce que l’influence de la religion s’enfonce au cœur de la psyché et
revendique pour elle une forme unique d’autorité, les préjugés religieux avaient entretenu, de
génération en génération, les feux latents d’une forte animosité qui allait alimenter les horreurs des
décennies à venir. (5) (Les processus qui provoquèrent ces changements, sont décrits avec quelque détail par A.N.
Wilson § Cie, God’s Funeral, (Londres : John Murray, 1999). En 1892, un livre publié par Winwood Reade sous le titre The
Martyrdom of Man (Londres : Pemberton Publishing, 1968), qui devint une sorte de « Bible » séculière dans les premières
décades du vingtième siècle, émit l’opinion que « les hommes parviendraient finalement à maîtriser la nature. Ils
deviendraient les architectes et les façonneurs de mondes. L’homme atteindrait alors la perfection. Il serait le créateur et celui
que le vulgaire adorerait comme dieu. » Cité par Anne Glyne-Jones, Holding up a Mirror ; how Civilations décline
( Londres : Century, 1996) pp. 371-372)
Chapitre II
C’EST AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE, dans ce paysage de confiance trompeuse et de
profond désespoir, de progrès scientifique et de ténèbres spirituelles, qu’apparaît le personnage
rayonnant de ‘Abdu’l-Bahá. Il aborda ce moment essentiel de l’histoire de l’humanité après une
errance de cinquante années faites d’exil, d’emprisonnement et de privation, dont pas un mois ne
recela la moindre trace de tranquillité ou de facilité. Il arriva, résolu à proclamer aux esprits ouverts
comme aux insouciants, l’établissement sur la terre du règne de la paix universelle et de la justice dont
la promesse avait soutenu l’espoir des hommes à travers les siècles. Il déclara que ce règne serait
fondé au cours de ce « siècle de lumière » sur l’union des peuples du monde :
En ce jour... les moyens de communication se sont multipliés et les cinq continents de la terre se sont
pratiquement fondus en un seul... De la même manière, les membres de la famille humaine deviennent
chaque jour plus interdépendants, qu’ils soient issus du peuple ou dirigeants, habitants des villes ou
des villages.... En conséquence, l’unité de l’humanité peut être réalisée en ce jour. En vérité ceci n’est
rien d’autre qu’une des merveilles de cet âge prodigieux, de ce siècle glorieux. (6) Sélections des écrits de
‘Abdu’l-Bahá, (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1983), p. 31, section 15.
Pendant les longues années d’emprisonnement et de bannissement qui suivirent le refus de Bahá’u’lláh
de servir le programme politique des autorités ottomanes, ‘Abdu’l-Bahá se vit confier la direction des
affaires de la Foi ainsi que la responsabilité de représenter son père. Les échanges avec les autorités
locales et provinciales, qui recherchaient ses conseils à propos de problèmes auxquels elles étaient
confrontées, constituaient un aspect important de son travail.
Des besoins semblables se présentèrent dans le pays natal du Maître (6bis) Titre donné à ‘Abdu’l-Bahá par
Bahá’u’lláh. Dès 1875, obéissant aux instructions de Bahá’u’lláh, ‘Abdu’l-Bahá adressa aux dirigeants
et au peuple de Perse un traité intitulé Le secret de la civilisation divine où il exposait les principes
spirituels qui modèleraient leur société à l’âge de la maturité de l’humanité. Les premières lignes
enjoignaient au peuple iranien de réfléchir sur la leçon enseignée par l’histoire quant à la clé du
progrès social :
Considérez attentivement : tous ces phénomènes si variés, ces concepts, ce savoir, ces procédés
techniques et systèmes philosophiques, ces sciences, arts, industries et inventions, tous sont des
émanations de l’esprit humain. Tout peuple qui s’est aventuré plus avant dans cette mer sans rivage a
surpassé les autres. Le bonheur et l’orgueil d’une nation résident dans son aptitude à briller tel le soleil
dans le ciel du savoir. « Ceux qui possèdent le savoir et ceux qui ne l’ont pas seront-ils traités de
même ? » (6ter) Coran 39 :9 Ceux qui savent et les ignorants sont-ils égaux ?. » (7) ‘Abdu’l-Bahá, Le secret de la
civilisation divine (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1973), page 18.
Le secret de la civilisation divine préfigurait les conseils qui jailliraient sous la plume de ‘Abdu’l-Bahá
au cours des décennies à venir. Après le vide terrible laissé par l’ascension de Bahá’u’lláh, le Maître
ranima et encouragea les croyants persans en les inondant d’un flot d’épîtres. Elles leur fournissaient,
non seulement la nourriture spirituelle dont ils avaient besoin, mais aussi les directives pour se frayer
une voie à travers le tumulte qui ébranlait l’ordre des choses dans leur pays. Ces messages atteignaient
même les plus petits villages, ils répondaient aux requêtes et aux questions des innombrables croyants,
ils guidaient, encourageaient et redonnaient confiance. Par exemple, dans une missive adressée aux
croyants du village de Kishih, le Maître mentionne le nom de presque cent soixante d’entre eux. Il dit

de l’ère qui commençait : « Voici le siècle de lumière », expliquant qu’il fallait comprendre cette
image comme l’acceptation du principe d’unité avec ses implications :
Mon propos est que les bien-aimés du Seigneur doivent considérer tout malveillant comme
bienveillant… En d’autres mots, ils doivent fréquenter un ennemi comme s’il était un ami, et traiter un
oppresseur comme s’il était un compagnon amical. Ils ne devraient pas s’attarder sur les fautes et les
manquements de leurs ennemis ni prêter attention à leur inimitié, leur injustice ou leur tyrannie. (8)
Makátíb-i-’Abdu’l-Bahá (Tablettes de ‘Abdu’l-Bahá), vol. 4, (Téhéran, Iran National Publishing Trust, 1965), pp.132-134,
traduction provisoire.
Ce petit groupe de croyants persécutés vivaient dans un coin reculé d’un pays où l’on ne ressentait
pratiquement pas les effets de ce qui se passait ailleurs sur le plan social et intellectuel. Aussi est-il
tout à fait extraordinaire de voir comment, par cette missive, ‘Abdu’l-Bahá les appela à élever leur
regard au-dessus des préoccupations locales et à considérer les implications de l’unité à l’échelle
mondiale :
Ils devraient plutôt regarder tout homme à la lumière de l’appel de la Beauté bénie : toute l’espèce
humaine est au service du Seigneur de puissance et de gloire car il a placé la création tout entière sous
la coupe de sa parole miséricordieuse et nous a enjoint de faire preuve, à l’égard de tous et sans
discrimination, d’amour et d’affection, de sagesse et de compassion, de fidélité et d’unité. (9) ibid.
Cet appel du Maître ne concerne pas seulement un nouveau degré de compréhension, mais implique la
nécessité de l’engagement et de l’action. Dans ce langage pressant et assuré, on peut sentir le pouvoir
qui conduisit les croyants persans à de grandes réalisations, au cours des décennies qui suivirent, à la
fois dans la promotion de la Cause à travers le monde et dans l’acquisition d’aptitudes participant au
progrès de la civilisation :
Ô vous les bien-aimés du Seigneur ! Dans la plus grande joie et le plus grand bonheur, servez le
monde humain, aimez l’espèce humaine. Détournez votre regard des restrictions et libérez-vous des
contraintes car … s’en libérer attire les grâces et les bénédictions divines.
Ne vous relâchez pas un seul instant ; ne vous accordez pas une minute de répit, pas un moment de
repos. Surgissez, telles les lames d’une mer puissante, et rugissez, tel le Léviathan de l’océan
d’éternité.
Tant qu’il y aura une trace de vie dans vos veines, vous devez donc vous efforcer de travailler, de
chercher à poser des fondations que le passage des ans et des siècles ne peut miner, et de construire un
édifice que le cours des époques et des âges ne peut détruire, un édifice qui résistera à l’épreuve du
temps afin d’établir et d’assurer la souveraineté des cœurs et des âmes dans les deux mondes. (10) ibid.
Dans le futur, bénéficiant d’un libre accès à la documentation originale, des sociologues étudieront
minutieusement la transformation réalisée par le Maître en ces premières années, dans un contexte
bien plus libre et plus universel qu’il pourrait l’être aujourd’hui. Bien qu’exilé au loin et harcelé sans
cesse par la multitude d’ennemis qui l’entouraient, ‘Abdu’l-Bahá fut capable, jour après jour, mois
après mois, non seulement de stimuler l’expansion de la communauté bahá’íe persane, mais aussi de
donner forme à sa conscience et à sa vie collective. Le résultat en fut l’émergence, évidemment
localisée, d’une culture différente de tout ce que l’humanité avait jamais connu. Notre siècle, avec
toutes ses crises et ses prétentions grandiloquentes à créer un ordre nouveau, n’a pas d’exemple
comparable à cet usage systématique des compétences d’une seule intelligence pour construire une
communauté indépendante et accomplie, considérant le monde lui-même comme son ultime sphère de
travail.
Une vie nouvelle s’ouvrit pour la communauté bahá’íe de Perse, malgré les atrocités intermittentes
qu’elle subissait de la part du clergé musulman et de ses partisans, les différents monarques Qájár
étant trop indolents pour lui accorder leur protection.
Le nombre des croyants se multiplia dans toutes les régions du pays, des personnes de niveau social
élevé adhérèrent, y compris plusieurs membres influents du clergé. Et des institutions administratives
embryonnaires émergèrent sous la forme de corps consultatifs rudimentaires. L’importance de ce
dernier point, à lui seul, est inexprimable. Une communauté représentant tout un éventail de la société
avait rompu avec le passé, elle assumait seule la décision de ses affaires collectives par un procédé de
consultation, dans un pays habitué à un système patriarcal séculaire qui concentrait tout le pouvoir de
décision entre les mains d’un monarque absolu ou de mujtáhids chiites.
Dans la société et la culture développées par le Maître, des énergies spirituelles s’exprimaient dans les
sujets concrets traités au quotidien. L’importance qu’il donnait à l’éducation dans ses enseignements

généra dans la capitale et en province l’élan nécessaire à la création d’écoles bahá’íes, dont l’école
Tarbíyat pour filles (11) Cette école fut fermée en 1934, par ordre de Reza Shah, parce qu’elle observait les jours saints
comme congés religieux. Il s’en suivit la fermeture de toutes les écoles bahá’íes d’Iran. qui acquit un renom national.
Des cliniques et autres installations médicales suivirent avec l’aide de bahá’ís américains et européens.
Dès 1925, des communautés dans un certain nombre de villes instaurèrent des classes d’espéranto, se
rendant compte que dans les enseignements bahá’ís, une certaine forme de langage international
auxiliaire devait être adoptée. Un réseau de messagerie, traversant tout le pays, fournit à la
communauté bahá’íe en lutte pour son existence un service postal rudimentaire qui faisait
manifestement défaut au reste du pays. Les changements en cours affectaient les actes les plus
ordinaires de la vie quotidienne. Par exemple, les bahá’ís persans obéissant aux lois du Kitáb-i-Aqdas
abandonnèrent l’usage des bains publics crasseux, propices à la prolifération d’infections et de
maladies, et commencèrent à se doucher avec de l’eau claire. Tous ces progrès, sociaux,
organisationnels ou pratiques devaient leur force motrice à la transformation morale qui se produisait
chez les croyants, une transformation qui mettait régulièrement les bahá’ís au premier rang pour
l’attribution de postes de confiance, même aux yeux de ceux qui étaient hostiles à la Foi. Que des
changements d’une telle portée puissent séparer si rapidement une portion de la population persane de
la vaste majorité hostile qui l’entourait, cela démontre de manière évidente les pouvoirs libérés par
l’alliance de Bahá’u’lláh avec ses disciples, et par la direction assumée par ‘Abdu’l-Bahá selon les
pouvoirs dont cette alliance l’avait seul investi.
Pendant toutes ces années, la vie politique de la Perse connut un tumulte pratiquement incessant. En
1906, Muz∂affari’d-Dín Sháh, successeur immédiat de Nás∂iri’d-Dín Sháh, fut contraint d’approuver
une constitution. Son successeur, Muh∂ammad-’Alí Sháh, eut l’imprudence de dissoudre les deux
premiers Parlements - en attaquant au canon dans un cas le bâtiment où l’Assemblée était en session.
Le mouvement dit « constitutionnel » qui le renversa et qui obligea Ah∂mad Sháh, le dernier des rois
Qájár, à convoquer un troisième Parlement, fut lui-même déchiré par des factions rivales et manipulé
sans vergogne par le clergé chiite. Les efforts des bahá’ís pour jouer un rôle constructif dans ce
processus de modernisation furent déjoués à maintes reprises par des factions tantôt royalistes, tantôt
populaires qui, guidées toutes deux par le préjugé religieux dominant, ne voyaient dans la
communauté bahá’íe qu’un bouc émissaire commode.
Là encore, seule une époque plus mûre politiquement que la nôtre serait capable d’apprécier l’attitude
du Maître qui, montrant l’exemple à suivre lors des futurs défis que la communauté bahá’íe
rencontrera inévitablement, incita la communauté opprimée à faire tout ce qui était possible pour
encourager une réforme politique, et à prendre ses distances lorsque ces efforts étaient cyniquement
repoussés.
Pour ‘Abdu’l-Bahá, ses écrits n’étaient pas le seul moyen d’exercer une influence sur une
communauté bahá’íe qui se développait rapidement dans le berceau de la Foi. Les croyants persans,
contrairement aux Occidentaux, ne se distinguaient pas des populations du Proche-Orient par leurs
habits ou leur aspect, de sorte que les voyageurs venant du berceau de la Foi ne soulevaient pas la
suspicion des autorités ottomanes. En conséquence, un flot régulier de pèlerins persans fournit à
‘Abdu’l-Bahá un autre moyen puissant pour inspirer les amis, guider leurs activités et les amener à une
compréhension encore plus profonde du dessein de Bahá’u’lláh. Certaines des personnalités les plus
importantes de l’histoire bahá’íe de la Perse figuraient parmi les voyageurs qui se rendirent à Acre et
retournèrent chez eux prêts à donner leur vie si nécessaire pour la réalisation de la vision du Maître.
L’inoubliable Varqá et son fils Rúh∂u’lláh furent au nombre de ces privilégiés, ainsi que H∆ájí Mírzá
H∆aydar ‘Alí, Mirzá Abul’l Fad∂l, Mírzá Muh∂ammad-Taqí Afnán et quatre Mains de la cause éminentes,
Ibn-i-Abhar, H∆ájí Mullá Ali Akbar, Adíbu’l-Ulamá et Ibn-i-As∂daq. L’esprit qui soutient aujourd’hui
les pionniers persans dans le monde entier et qui anime si bien l’organisation de la vie de la
communauté bahá’íe remonte à ces jours héroïques, transmis directement de génération en génération.
Rétrospectivement, il est évident que le double phénomène d’expansion et de consolidation que nous
connaissons aujourd’hui trouve son origine dans ces années merveilleuses.
Inspirés par les paroles du Maître et les récits rapportés de Terre sainte, les croyants persans se
levèrent pour entreprendre des voyages d’enseignement en Extrême-Orient. Pendant les dernières
années du ministère de Bahá’u’lláh, des communautés s’étaient établies en Inde et en Birmanie, et la
Foi portée jusqu’en Chine ; ce travail s’en trouva renforcé. Dans la province russe du Turkestan, une
vigoureuse communauté bahá’íe s’était également développée. Là, fut édifiée la première Maison

d’adoration du monde, (12) The Bahá’í World, vol. XIV (Haïfa, Bahá’í World Centre, 1975) pp.479-481, pour
l’histoire. ce projet, inspiré par le Maître et guidé par ses conseils dès sa conception, témoigne des
nouveaux pouvoirs libérés dans la Cause.
Une gamme étendue d’activités s’étirait maintenant de la Méditerranée à la mer de Chine, menée par
un noyau sûr et toujours plus important de croyants. Ces activités servirent de support à ‘Abdu’l-Bahá
pour réaliser les opérations prometteuses qui avaient déjà été amorcées à l’Ouest au début du siècle.
Ce support se caractérisait surtout par le fait qu’il englobait l’immense diversité des origines
ethniques, religieuses et nationales de l’Orient. Devant les audiences occidentales, ‘Abdu’l-Bahá y
puisa à maintes reprises les exemples qu’il utilisait lors de ses déclarations pour illustrer les forces
d’intégration libérées par l’avènement de Bahá’u’lláh.
La plus grande victoire de ces premières années fut pour le Maître la construction au prix d’immenses
efforts d’un mausolée pour le Báb, à l’endroit même désigné par Bahá’u’lláh sur le Mont Carmel. Les
restes du Báb avaient été transportés en Terre sainte en dépit d’énormes risques et difficultés. Shoghi
Effendi a expliqué que si par le passé, le sang des martyrs avait été la semence de la foi individuelle, il
constituait, en ce jour, la semence des institutions administratives de la Cause.(13) (Shoghi Effendi,
L’Ordre mondial de Bahá’u’lláh (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1993), page 46.) Une telle conception donne
une signification particulière à la façon dont le centre administratif de l’ordre mondial de Bahá’u’lláh
allait prendre forme à l’ombre du tombeau du Prophète-martyr de la foi. Shoghi Effendi place la
réalisation du Maître dans une perspective historique mondiale :
Car, tout comme dans le monde de l’esprit, la réalité du Báb a été saluée par l’Auteur de la révélation
bahá’íe comme « le Point autour duquel gravitent les réalités des prophètes et des messagers », de
même, dans ce monde visible, ces restes sacrés constituent le cœur de ce qui peut être considéré
comme neuf cercles concentriques. (note 14 voir plus bas) Shoghi Effendi établit ainsi un parallèle
entre les deux mondes, tout en y mettant davantage l’accent sur la position centrale que le Fondateur
de notre foi accorde à celui « de qui Dieu a fait procéder la connaissance de tout ce qui fut et qui
sera », « le Point premier qui a généré toutes choses créées. »15 ibid., p.95
(14) Le cercle extérieur de ce vaste système, contrepartie visible de la position centrale conférée au Héraut de notre foi, n’est
autre que la planète entière. Au cœur de cette planète se trouve « la Terre la plus sainte », que ‘Abdu’l-Bahá a nommée « nid
des prophètes » et que l’on doit considérer comme le centre du monde et la Qiblih des nations. À l’intérieur de cette Terre la
plus sainte, se dresse la montagne de Dieu d’une sainteté immémoriale, le vignoble du Seigneur, le refuge d’Elie dont le Báb
lui-même symbolise le retour. Au cœur de cette montagne sainte s’étendent les vastes propriétés à jamais dédiées au saint
sépulcre du Báb dont elles constituent l’enceinte sacrée. Au centre de ces propriétés, considérées comme biens internationaux
de la Foi, se situe la Cour la plus sainte, un espace comprenant jardins et terrasses qui embellissent les lieux sacrés et leur
donnent un charme particulier. Enchâssé dans cet environnement plaisant et verdoyant, se dresse dans toute sa beauté délicate
le mausolée du Báb, l’enveloppe destinée à conserver et orner la structure originelle construite par ‘Abdu’l-Bahá pour servir
de tombeau au Héraut-martyr de notre foi. Dans cet écrin est sertie cette Perle de grand prix, le Saint des saints, ces pièces qui
furent construites par ‘Abdu’l-Bahá pour servir de tombeau. Au cœur de ce Saint des saints, se trouve le tabernacle, le caveau
dans lequel repose le cercueil le plus saint. Ce caveau abrite le sarcophage d’albâtre dans lequel les restes sacrés du Báb, ce
joyau inestimable, ont été déposés. Shoghi Effendi, Citadel of Faith (Wilmette, Bahá’í Publishing Trust, 1995), pp 95-96.
Shoghi Effendi exprime d’une manière émouvante ce que signifiait pour ‘Abdu’l-Bahá lui-même cette
mission qu’il avait accomplie à un si grand prix :
Lorsque tout fut fini et que la dépouille terrestre du Prophète-martyr de Chiraz fut enfin déposée en
sécurité au cœur de la sainte montagne de Dieu, pour son éternel repos, ‘Abdu’l-Bahá, qui avait enlevé
son turban, retira ses chaussures et, rejetant son manteau, s’inclina bien bas sur le sarcophage encore
ouvert. Sa chevelure argentée ondoyant autour de sa tête, le visage transfiguré et lumineux, il appuya
son front sur le bord du cercueil de bois et, sanglotant avec force, il versa tant de larmes que tous ceux
qui étaient présents pleurèrent avec lui. Cette nuit-là, il ne put dormir, tant l’émotion le terrassait.(16)
Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1976), p. 266.
En 1908, la révolution dite « des jeunes-turcs » avait libéré la plupart des prisonniers politiques de
l’empire ottoman, ainsi que ‘Abdu’l-Bahá. Brusquement, étaient levés les interdits qui l’avaient tenu
confiné dans la ville prison d’Acre et ses alentours immédiats. Le Maître se trouva alors en mesure
d’entreprendre une œuvre que Shoghi Effendi devait décrire plus tard comme l’un des trois
accomplissements majeurs de son ministère : la proclamation publique de la cause de Dieu dans les
métropoles du monde occidental.
*
Les récits des voyages historiques du Maître ont quelquefois tendance à négliger l’importance de la
première année passée en Égypte, à cause du caractère spectaculaire des événements qui se

produisirent en Amérique du nord et en Europe. ‘Abdu’l-Bahá arriva en Égypte en septembre 1910
avec l’intention de rejoindre directement l’Europe, mais une maladie le contraignit à résider à Ramleh,
un faubourg d’Alexandrie, jusqu’en août de l’année suivante. En fait, ces mois se révélèrent d’une
grande richesse et leur effet sur la destinée de la Cause allait être ressenti pendant de longues années,
tout particulièrement sur le continent africain. Sans doute, la voie avait-elle été préparée, dans une
certaine mesure, par la vive admiration de Shaykh Muh∂ammad ‘Abduh pour le Maître qu’il avait
rencontré à plusieurs reprises à Beyrouth. Il devint par la suite mufti d’Égypte et une des principales
personnalités de l’université Al-Azhar.
C’est à l’occasion de ce séjour en Égypte qu’eut lieu la première proclamation publique du message de
la Foi, et cela mérite une attention particulière. L’atmosphère plutôt cosmopolite et libérale qui régnait
à l’époque au Caire et à Alexandrie permit des discussions franches et approfondies entre le Maître et
des figures importantes du monde intellectuel de l’islam sunnite. Parmi ses interlocuteurs, il y avait
des membres du clergé, des parlementaires, des administrateurs et des aristocrates. En outre, des
rédacteurs et des journalistes de périodiques influents en langue arabe qui puisaient jusque-là leur
information sur la Cause dans des rapports tendancieux émanant de Perse et de Constantinople,
avaient maintenant la possibilité de connaître les faits par eux-mêmes. Des publications qui avaient été
ouvertement hostiles changèrent de ton. Les éditeurs d’un de ces journaux commencèrent un article
sur l’arrivée du Maître en faisant référence à « Son Eminence Mirzá ‘Abbás Effendi, docte dirigeant
des bahá´ís d’Acre et autorité suprême pour les bahá’ís du monde entier » et en appréciant à sa juste
valeur sa visite à Alexandrie.(17) (H. M. Balyuzi, ‘Abdu’l-Bahá : The Center of the Covenant of Bahá’u’lláh, 2nd ed.
(Oxford : George Ronald, 1992), p. 95-96. Dans cet article et dans d’autres, un hommage particulier était
rendu à la fois à ‘Abdu’l-Bahá pour sa profonde connaissance de l’islam et aux principes d’unité et de
tolérance religieuse qui reposent au cœur de ses enseignements.
L’interlude égyptien s’avéra être une grande bénédiction en dépit de la mauvaise santé du Maître qui
en était la cause. Des diplomates et des hauts fonctionnaires occidentaux furent les observateurs
directs du succès extraordinaire des échanges entre ‘Abdu’l-Bahá et les notables, dans une région du
Proche-Orient à laquelle on portait un vif intérêt dans les cercles européens. En conséquence, quand le
Maître embarqua pour Marseille le 11 août 1911, sa renommée l’avait précédé.
Chapitre III
UNE LETTRE ARDRESSÉE par ‘Abdu’l-Bahá à un croyant américain en 1905 contient une
déclaration aussi claire que touchante. ‘Abdu’l-Bahá y fait référence à sa situation après l’ascension de
Bahá’u’lláh, il parle d’une lettre qu’il avait reçue d’Amérique à « un moment où déferlait un océan
d’épreuves et de tribulations... »
Tel était notre état, lorsque nous parvint une lettre des amis américains. Ils s’étaient engagés –
écrivaient-ils – à s’accorder en toutes choses et… à consentir des sacrifices dans le chemin de l’amour
de Dieu pour atteindre ainsi la vie éternelle. Au moment précis où il lut cette lettre et le nom des
signataires, ‘Abdu’l-Bahá éprouva une joie si intense qu’aucune plume ne saurait la décrire…( 18)
Sélections des écrits de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit, p. 240, section 200.
Il est vital que les bahá’ís d’aujourd’hui comprennent les circonstances dans lesquelles la Cause s’est
étendue à l’Ouest, et ceci pour de nombreuses raisons. Cela nous permet de nous détacher d’une
culture de communication banale et importune, devenue si courante dans la société d’aujourd’hui
qu’elle passe presque inaperçue. Cela attire notre attention sur la finesse avec laquelle le Maître choisit
de présenter à ses auditoires occidentaux les concepts révélés par Bahá’u’lláh concernant la nature et
la société humaines, concepts révolutionnaires dans leurs implications et débordant le champ
d’expérience de ses auditeurs. Cela explique la délicatesse avec laquelle il utilisait des métaphores ou
se basait sur des exemples historiques, son approche souvent indirecte, l’intimité qu’il savait créer à
volonté et la patience apparemment infinie avec laquelle il répondait aux questions dont beaucoup se
fondaient sur une vision de la réalité dépassée depuis longtemps.
L’examen impartial du contexte historique dans lequel le Maître prenait la parole en Occident permet
aussi à notre génération d’apprécier la grandeur spirituelle de ceux qui répondirent à son appel. Ces
âmes entendirent ses appels en dépit et non à cause du monde dans lequel elles vivaient, un monde
libéral en avance sur le plan économique, un monde que certainement elles chérissaient et appréciaient
et où elles n’avaient d’autre choix que de continuer à vivre au quotidien. Leur réponse provenait d’un
niveau profond de la conscience, là où naissait, quelquefois bien faiblement, le besoin désespéré de
l’humanité pour un éveil spirituel. Pour rester fermes dans leur engagement, elles durent résister non

seulement aux pressions familiales et sociales, mais aussi à la rationalisation facile d’une conception
du monde dans laquelle elles avaient été élevées et à laquelle tout, autour d’elles, les exposait avec
insistance. Les fondations de la plupart des communautés bahá’íes d’aujourd’hui, en Occident comme
dans beaucoup d’autres pays, furent édifiées sur le sacrifice de ces croyants de la première heure. Leur
fermeté avait un goût d’héroïsme aussi émouvant à sa manière que celui de leurs coreligionnaires
persans, affrontant dans le même temps persécution et mort pour la Foi qu’ils avaient embrassée.
Au premier plan des occidentaux qui répondirent à l’appel du Maître, se trouvaient les petits groupes
de croyants intrépides salués par Shoghi Effendi du nom de « pèlerins ivres de Dieu ». Ils eurent le
privilège de rendre visite à ‘Abdu’l-Bahá dans la ville prison d’Acre, de constater par eux-mêmes 99le
rayonnement de sa personne et d’entendre de ses propres lèvres des mots qui avaient le pouvoir de
transformer la vie de l’homme. May Maxwell exprima ainsi l’effet produit sur ces croyants :
« De cette première rencontre... je ne me remémore ni joie ni peine, ni rien que je puisse exprimer. J’ai
été transportée brusquement à une trop grande hauteur ; mon âme est entrée en contact avec l’Esprit
divin et cette force si pure, si sainte, si puissante, m’a terrassée... »(19) Shoghi Effendi, Dieu passe près de
nous, op. cit., p.246.
Shoghi Effendi explique que leur retour chez eux fut « le signal d’un déferlement d’activités
systématiques et soutenues qui... étendirent leurs ramifications sur l’Europe occidentale, les États et
les provinces du continent nord américain.... ».(20) ibid p.247. Le Maître adressa un flot de lettres à des
destinataires de chaque côté de l’Atlantique. Par ces messages qui ouvraient leur pensée aux concepts,
aux principes et aux idéaux de la nouvelle révélation de Dieu, il nourrit leurs efforts ainsi que ceux des
autres croyants et amena à la Cause un nombre croissant de nouveaux adeptes. On perçoit le pouvoir
de cette force créatrice dans les mots qu’utilise le premier croyant américain, Thornton Chase, pour
décrire ce qu’il voyait :
« Ses propres écrits (ceux du Maître), se déployant telles de blanches colombes depuis le Centre de sa
présence jusqu’aux confins de la terre, sont si nombreux - des centaines se déversaient journellement –
qu’un temps de réflexion n’avait pu leur être accordé ou que la démarche mentale de l’érudit n’avait
pu leur être appliquée. Ces écrits jaillissaient tels les flots d’une source bouillonnante... » (21) The
Bahá’í Century 1844-1944, compilé par l’Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís des États-Unis et du Canada
(Wilmette : Bahá’í Publishing Committee, 1944), pp. 140-141.
Ces réflexions éclairent davantage encore la détermination avec laquelle le Maître se leva pour
entreprendre une aventure si ambitieuse qu’elle effraya bon nombre de ceux qui se trouvaient dans son
entourage immédiat. Sans se soucier de l’inquiétude causée par son âge avancé, sa mauvaise santé et
ses problèmes physiques après99 des dizaines d’années d’emprisonnement, il entreprit une série de
voyages qui allaient durer près de trois ans et le conduire finalement jusqu’à la côte pacifique du
continent nord américain. En ce début de siècle, les contraintes et les risques des voyages
internationaux n’étaient que des obstacles mineurs à la réalisation des objectifs qu’il s’était fixés.
Selon Shoghi Effendi :
Celui qui, selon ses propres termes, était un jeune homme à son entrée en prison et un vieillard
lorsqu’il en sortit, qui, de sa vie, n’avait jamais affronté un auditoire public, qui n’avait pas été à
l’école, n’avait jamais fréquenté les milieux occidentaux et n’était pas familiarisé avec leurs coutumes
et leurs langages, celui-là s’était levé, non seulement pour proclamer du haut des chaires et des
tribunes, dans quelques-unes des principales capitales d’Europe et dans les grandes villes de
l’Amérique du nord, les vérités particulières contenues dans la religion de son père, mais aussi pour
démontrer l’origine divine des prophètes venus avant lui et pour dévoiler la nature du lien qui les
rattachait à cette religion. (22) Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., p. 270.
Pour le premier acte de cette tragédie, on n’aurait pu rêver de scène plus brillante que Londres,
capitale de l’empire le plus vaste et le plus cosmopolite que le monde ait jamais connu. Pour ces petits
groupes de croyants qui avaient pris toutes leurs dispositions et attendaient avec impatience de voir
son visage, le voyage fut un triomphe dépassant de loin leurs espoirs les plus fous. Notables, savants,
écrivains, éditeurs, industriels, chefs de mouvements réformistes, membres de l’aristocratie
britannique et membres influents du clergé de différentes confessions, tous le recherchèrent
ardemment, ils l’invitèrent à leurs tribunes, dans leurs classes et leurs maisons, à parler en chaire, et
montrèrent qu’ils appréciaient les idées qu’il exposait. Le dimanche 10 septembre 1911, le Maître
parla pour la première fois en public du haut de la chaire du Temple de la Cité. Ses mots évoquèrent
pour ses auditeurs la vision d’une ère nouvelle dans l’évolution de la civilisation :

Ceci est un nouveau cycle du pouvoir humain. Tous les horizons du monde sont lumineux et en vérité
le monde deviendra pareil à un jardin et à un paradis... Vous êtes délivrés des anciennes superstitions
qui ont maintenu les hommes dans l’ignorance, détruisant les fondations de la véritable humanité.
Le don de Dieu en cet âge illuminé est la connaissance de l’unicité de l’humanité et de l’unicité
fondamentale de la religion. La guerre cessera entre les nations, et par la volonté de Dieu, la plus
grande paix viendra ; le monde sera perçu comme un nouveau monde et tous les hommes vivront
comme des frères.(23) ‘Abdu’l-Bahá à Londres, (Bruxelles : Maison d’éditions bahá’íes, 1998), p. 7.
Après un séjour supplémentaire de deux mois à Paris et un hiver à Alexandrie pour retrouver ses
forces, ‘Abdu’l-Bahá reprit la mer le 25 mars 1912 à destination de la ville de New York où il arriva le
11 avril de la même année.
Ne serait-ce que sur un simple plan physique, ce programme composé de centaines de conférences
publiques, discours et causeries privées dans plus de quarante villes d’Amérique du nord et dix-neuf
autres en Europe - dont certaines visitées plusieurs fois - constitue une prouesse probablement sans
équivalent dans l’histoire moderne. Sur les deux continents, et particulièrement en Amérique du nord,
‘Abdu’l-Bahá reçut un accueil très favorable de la part d’auditoires brillants, passionnés par des sujets
comme la paix, les droits des femmes, l’égalité raciale, la réforme sociale et le développement de la
moralité. Presque quotidiennement, ses causeries et ses interviews furent largement couvertes par des
journaux à grande diffusion. Lui-même écrivit plus tard qu’il avait ... « vu toutes les portes s’ouvrir ...
et le merveilleux pouvoir du Royaume de Dieu éliminer tout obstacle et entrave ».(24)’Abdu’l-Bahá,
Tablettes du Plan divin, (Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís du Canada, 1981), p. 92.
La sincérité avec laquelle il fut reçu autorisa ‘Abdu’l-Bahá à proclamer sans ambiguïté les principes
sociaux de la nouvelle révélation. Shoghi Effendi résume ainsi les vérités exposées :
Voici les éléments essentiels du système divin qu’il fit connaître aux grands penseurs ainsi qu’au
public en général, au cours de ces missions : la recherche indépendante de la vérité, délivrée des
entraves de la superstition ou de la tradition, l’unité du genre humain, principe crucial et doctrine
fondamentale de la foi, l’unité qui existe à la base de toutes les religions, la condamnation de toutes les
formes de préjugés, qu’ils soient religieux, raciaux, sociaux ou nationaux, l’harmonie qui doit régner
entre la religion et la science, l’égalité entre l’homme et la femme qui sont les deux ailes permettant à
l’humanité de prendre son essor, l’instauration de l’éducation obligatoire, l’adoption d’une langue
auxiliaire universelle, l’abolition de l’extrême richesse et de l’extrême pauvreté, la création d’un
tribunal mondial chargé de régler les différends entre les nations, l’élévation du travail au rang
d’adoration lorsqu’il est exécuté dans un esprit de service, celle de la justice en principe souverain
dans la société humaine, et celle de la religion comme rempart protecteur pour tous les peuples, enfin
l’établissement d’une paix permanente et universelle, but suprême de l’humanité (25) Shoghi Effendi,
Dieu passe près de nous, op. cit., p.271.
Au cœur de son message, le Maître annonçait qu’était arrivé le jour promis depuis longtemps, le jour
de l’unification de l’humanité et de l’établissement du royaume de Dieu sur la terre.
Ce royaume que dévoile ‘Abdu’l-Bahá dans ses lettres et causeries ne doit absolument rien aux
conceptions du monde de l’au-delà courantes dans les enseignements de la religion traditionnelle. En
fait, le Maître proclamait que l’humanité atteindrait bientôt sa maturité et il affirmait l’émergence
d’une civilisation mondiale. Dans cette civilisation,1010 le développement de la gamme complète des
potentialités humaines serait le fruit de l’interaction entre les valeurs spirituelles universelles et des
progrès matériels dont on n’avait même pas encore osé rêver.
Il disait que les moyens permettant d’accomplir ce dessein existaient déjà. Ce qu’il fallait c’était la
volonté pour agir et la foi pour persévérer :
Nous savons tous que la paix internationale est bonne, qu’elle est source de vie, mais que la volonté et
l’action sont nécessaires. Ce siècle étant le siècle de lumière, il garantit l’aptitude à réaliser la paix. Il
est certain que ces idées se répandront largement parmi les hommes et seront traduites en actes (26)
‘Abdul’-Bahá, Promulgation of Universal Peace, (Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1993), p. 121.
Les principes de la nouvelle révélation furent exposés sans concession dans les rencontres tant privées
que publiques tout en étant expliqués avec une courtoisie et une signification sans faille. Les actions
du Maître étaient toujours aussi éloquentes que ses paroles. Aux États-Unis par exemple, rien n’aurait
pu communiquer plus clairement la croyance des bahá’ís dans l’unicité de la religion que la facilité
avec laquelle ‘Abdu’l-Bahá incluait des références au prophète Muh∂ammad dans ses discours à des
audiences chrétiennes, et l’énergie qu’il dépensait à défendre l’origine divine du christianisme et de

l’islam face à la congrégation du Temple Emanu-El à San Francisco. Sa capacité à faire naître chez
des femmes de tous âges l’assurance qu’elles possédaient des aptitudes spirituelles et intellectuelles
absolument égales à celles des hommes, sa démonstration sans provocation du sens des paroles de
Bahá’u’lláh sur l’unité du genre humain lorsqu’il accueillait à sa propre table et à celle de ses illustres
hôtesses des invités noirs et des invités blancs, et l’accent qu’il mettait sur l’importance primordiale de
l’unité dans les actions des bahá’ís, tous ces témoignages sur l’interaction des aspects spirituels et
pratiques de la vie ouvrirent aux croyants les fenêtres de tout un nouveau monde de perspectives. Ces
défis étaient énoncés avec un grand esprit d’amour inconditionnel qui parvint à vaincre les peurs et les
incertitudes de ceux à qui le Maître s’adressait.
Le temps et l’énergie que consacrait le Maître à approfondir chez les croyants leur compréhension des
vérités spirituelles de la révélation de Bahá’u’lláh étaient plus importants que l’effort déployé pour
proclamer la Cause, ville après ville, du point du jour jusque tard dans la soirée ; les heures qui
n’étaient pas consacrées à l’aspect public de sa mission étaient utilisées pour répondre aux questions
des amis, aller à la rencontre de leurs besoins et leur insuffler un esprit de confiance dans leur
contribution individuelle à la promotion de la cause qu’ils avaient embrassée. Lors de sa visite à
Chicago, ‘Abdu’l-Bahá posa de ses propres mains la pierre angulaire de la première Maison
d’adoration occidentale. Ce projet s’inspirait de celui déjà lancé à ‘Ishqábád et que ‘Abdu’l-Bahá
encourageait également depuis le moment de sa conception.
L e Mashriqu’l-Adhkár est une institution des plus vitale dans le monde qui possède de nombreuses
branches annexes. Tout en étant une Maison d’adoration, il est également associé à un hôpital, un
dispensaire, un relais accueillant les voyageurs, une école pour orphelins et un centre universitaire de
perfectionnement... Je souhaite que ce Mashriqu’l-Adhkár soit établi en Amérique et que soient mis en
place progressivement l’hôpital, l’école, l’université, le dispensaire et le relais, et qu’ils fonctionnent
avec méthode et efficacité.(27) Sélections des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p. 99, Section 64.
Seuls les historiens du futur pourront juger adéquatement de la puissance créatrice de ces voyages en
Occident, de la même manière qu’ils jugeront le processus qui se déroulait simultanément en Perse.
Ainsi qu’en témoignent lettres et mémoires, les rencontres, même brèves, avec le Maître allaient
soutenir d’innombrables bahá’ís occidentaux, tout au long des années d’effort et de sacrifice qui
suivirent, alors qu’ils luttaient pour développer et consolider la Foi. Sans cette intervention du Centre
de l’alliance lui-même, il est difficile d’imaginer que ces petits groupes de croyants aient pu saisir si
rapidement ce que la Cause attendait d’eux et entreprendre les tâches écrasantes alors en jeu. Ils
manquaient en effet cruellement de cet héritage spirituel que leurs coreligionnaires persans tiraient de
la longue implication de leurs parents et grands-parents dans les événements héroïques des bábis et
dans l’histoire bahá’íe des premiers temps.
‘Abdu’l-Bahá demandait à ses auditeurs de devenir les agents aimants et confiants d’un important
processus civilisateur dont le pivot était la reconnaissance de l’unité du genre humain. Il garantit qu’en
entamant leur mission ils trouveraient, libérées à la fois en eux-mêmes et dans les autres, les capacités
tout à fait nouvelles dont Dieu a doté les hommes en ce jour.
Soyez l’âme même du monde, l’esprit de vie dans le corps des enfants des hommes. En cet âge
merveilleux, en ce temps où l’ancienne Beauté, le plus grand Nom porteur d’innombrables
bénédictions, s’est élevé au-dessus de l’horizon terrestre, la parole de Dieu a infusé dans l’essence
même de l’humanité un pouvoir si impressionnant qu’il a par sa puissance triomphante, rassemblé les
peuples au sein d’un vaste océan d’unité, neutralisant les effets des caractéristiques naturelles des
hommes. (28) Sélections des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., Section 7, p.20.
Plus que tout autre chose, l’unité qu’ils établirent entre eux témoigne remarquablement de la réponse
des croyants à cet appel, une unité qui n’empêchait nullement des méthodes individuelles originales
pour exprimer les vérités de la Foi. La relation entre l’individu et la communauté a toujours été une
des plus grandes gageures de l’évolution de la société. La lecture, même superficielle, des récits de la
vie des premiers bahá’ís occidentaux suffit pour se rendre compte de la forte individualité qui
caractérisait beaucoup d’entre eux, surtout les plus actifs et les plus créatifs. C’était souvent après une
étude approfondie de divers mouvements spirituels et sociaux de l’époque qu’ils trouvaient la Foi, et
cette grande compréhension des soucis et des intérêts de leurs contemporains a certainement contribué
à faire d’eux des enseignants de la Foi aussi efficaces. Il est clair cependant que leur grande variété
d’expressions et de compréhensions ne les a pas empêché, ni eux ni leurs coreligionnaires, de
participer à l’édification d’une unité collective qui était le principal attrait de la Cause. Comme le

disent clairement les mémoires et les récits historiques de la période, le secret de cet équilibre entre
l’individu et la communauté était le lien spirituel reliant tous les croyants aux paroles et à l’exemple
du Maître. Dans le sens fort du terme ‘Abdul’l-Bahá était, pour eux tous, la cause bahá’íe.
Seul un petit nombre de ceux qui avaient accepté la Foi - et un nombre infiniment plus petit encore
dans les auditoires qui affluaient pour écouter ses paroles– a retiré de ces occasions inestimables,
d’avantage qu’une faible compréhension des implications du message de ‘Abdul’l-Bahá. C’est un fait
que toute étude objective de sa mission en Occident doit prendre en compte. Mesurant ces limites chez
ses auditeurs, ‘Abdul’l-Bahá n’hésita pas, dans ses relations avec les croyants occidentaux, à engager
des actions qui les appelaient à un niveau de conscience bien au-delà du simple libéralisme social ou
de la tolérance. Par exemple, il encouragea, de manière spectaculaire et néanmoins modérée, le
mariage de Louis Gregory et de Louise Mathew - l’un noir, l’autre blanche. Cette initiative servit de
modèle à la communauté bahá’íe américaine et lui donna le sens véritable de l’intégration raciale,
même si ses membres se sont montrés timides et lents à répondre aux implications essentielles de ce
défi.
Sans avoir une compréhension profonde des objectifs du Maître, ceux qui avaient accepté son message
mirent en pratique les principes qu’il avait enseignés, quoi qu’il leur en coûtât. Les principes
concernant le progrès de la civilisation avaient fait une très forte impression, en particulier
l’engagement à la cause de la paix mondiale, l’abolition des extrêmes de richesse et de pauvreté qui
sapaient l’unité de la société, la victoire sur les préjugés de nationalité, de race, etc, le soutien d’une
éducation égale pour les garçons et les filles, et la nécessité de secouer les chaînes des dogmes anciens
qui interdisaient la recherche de la vérité. Combien d’auditeurs du Maître, s’il en fut, ont saisi -
auraient peut-être pu saisir - que seul un changement révolutionnaire dans la structure même de la
société et la soumission délibérée de la nature humaine à la loi divine peuvent, en dernière analyse,
produire les changements de comportement nécessaires.
*
Peu après son arrivée en Amérique du nord, ‘Abdul’l-Bahá donna la clé de cette vision de la
transformation future de la vie individuelle et sociale de l’humanité lorsqu’il proclama l’alliance de
Bahá’u’lláh et le rôle primordial que lui-même avait été appelé à y jouer. Selon les propres mots du
Maître :
L’ordonnance et la nomination du Centre de l’alliance sont la principale caractéristique de la
révélation de Bahá’u’lláh, une spécificité qui n’existe chez aucun des prophètes du passé. Par cette
nomination et cette disposition, il a protégé la religion de Dieu des divisions et des schismes, rendant
impossible pour quiconque de créer une nouvelle secte ou une nouvelle école de croyance. (29)’Abdul’-
Bahá,, Promulgation of Universal Peace, op. cit., pp. 455-456.
‘Abdu’l-Bahá choisit la ville de New York et la désigna comme « la ville de l’Alliance », pour y
dévoiler aux croyants occidentaux le nom de celui à qui le Fondateur de leur foi avait transmis
l’autorité pour l’interprétation définitive de sa révélation. En vue de cette annonce historique, le Maître
demanda à une croyante éminente, Lua Getsinger, de préparer le groupe de bahá’ís qui s’étaient
rassemblés dans la maison où il résidait temporairement. Il vint au-devant d’eux et parla en termes
généraux de quelques-unes des implications de l’Alliance. Juliet Thompson, qui s’était trouvée avec
un des interprètes persans dans la chambre du haut au moment où cette tâche avait été confiée à son
amie, a laissé un récit de ces évènements. Elle cite ‘Abdu’l-Bahá :
… Je suis l’Alliance, nommé par Bahá’u’lláh. Et personne ne peut récuser sa parole. C’est le testament
de Bahá’u’lláh. Vous le trouverez dans le Livre saint, l’Aqdas. Allez proclamer : « l’alliance de Dieu
est parmi vous ».(30) Juliet Thompson, The diary of Juliet Thompson (Los Angeles : Kalimat press, 1983), p.313.
L’alliance conçue par Bahá’u’lláh pour être l’instrument qui devait, selon les mots de Shoghi
Effendi, « perpétuer l’influence de la Foi, assurer son intégrité, la préserver des schismes et stimuler
son ex-pansion mondial,( 31)Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., p. 234. cette alliance avait été
violée par des membres de la propre famille de Bahá’u’lláh, presque immédiatement après son
ascension. Lorsque ces individus entreprirent une campagne obstinée pour1212 saper sa position,
d’abord en Terre sainte puis en Iran où le gros de la communauté bahá’íe était concentré, ils
constatèrent que l’autorité dont était investi le Maître dans le Kitáb-i-’Ahd, dans la Tablette de la
Branche et divers documents connexes, frustrait leurs espoirs secrets de tourner la Cause à leur
avantage.

Quand ces manigances échouèrent, ils tâchèrent alors d’utiliser les craintes du gouvernement ottoman
et l’avarice de ses représentants en Palestine. Cet espoir s’effondra également quand « la révolution
des jeunes-turcs » renversa le régime de Constantinople. Quelque trente et un de ses notables furent
pendus dont certains étaient impliqués dans les plans des briseurs d’alliance.
En Occident, pendant les premières années du ministère du Maître, des représentants qu’il avait
envoyés avaient déjà contrecarré avec succès les machinations d’Ibrahim Khayru’lláh, qui, ironie du
sort, avait amené nombre de croyants américains à la Cause. Il avait voulu s’assurer une position de
pouvoir en s’associant à des briseurs d’alliance de la sainte famille. Tout cela avaient sans aucun doute
préparé les croyants à la proclamation solennelle faite par le Maître de son rang et à la fermeté avec
laquelle il leur enjoignit d’éviter tout contact avec de tels agents de division : « Certaines âmes
faibles, capricieuses, méchantes et ignorantes… se sont efforcées de détruire l’Alliance et le
Testament divins, de troubler l’eau claire afin de pouvoir y pécher ». (31bis) (Bahá’í World Faith
(Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1976), p. 429. Alors que les nouvelles communautés luttaient pour vaincre
les différences d’opinions et résister à l’éternelle tentation humaine de l’esprit de discorde, ce n’est
que progressivement que les implications de cette grande loi d’organisation de la nouvelle
« dispensation » allaient émerger.
Dans ses discours publics et ses discussions privées, le Maître déployait la vision d’un monde d’unité
et de paix que la révélation de Dieu pour aujourd’hui ferait naître, et mettait aussi vigoureusement en
garde contre des dangers qui se profilaient déjà à l’horizon, pour la Foi et pour le monde. Selon les
termes de Shoghi Effendi, ‘Abdu’l-Bahá prévoyait pour tous deux un « hiver d’une sévérité sans
précédent ».
En ce qui concerne la cause de Dieu, cet hiver-là devait entraîner de déchira1313ntes trahisons de
l’Alliance. En Amérique du nord, l’inconstance d’un petit nombre d’individus, frustrés dans leur
aspiration au pouvoir, restait une source constante de difficulté pour la communauté, sapant la foi de
certains et causant pour d’autres l’abandon de toute participation. En Perse également, la foi des amis
était mise à l’épreuve de façon répétée par les intrigues d’individus ambitieux qui tout à coup
pensaient voir des possibilités de se mettre en avant dans les succès des réalisations du Maître en
Occident.
Dans les deux cas, les conséquences de ces défections furent finalement d’affermir la dévotion des
croyants fidèles.
C’est en termes inquiétants que ‘Abdu’l-Bahá annonçait la catastrophe qu’il voyait approcher pour
l’humanité en général. Il ne laissa1313 aucun doute à ses auditeurs quant à l’importance du danger, et
mit l’accent sur l’urgence des efforts de réconciliation qui pourraient alléger dans une certaine mesure
la souffrance des peuples du monde. Dans l’un des plus importants journaux de Montréal, qui couvrait
en détail le voyage, on pouvait lire :
Toute l’Europe est un camp armé. Ces préparations belliqueuses aboutiront nécessairement à une
grande guerre. Les armements eux-mêmes sont source de guerre. Ce grand arsenal doit exploser. Il n’y
a rien de prophétique en cela, dit ‘Abdu’l-Bahá, c’est basé sur la simple observation.(33) ‘Abdu’l-Bahá in
Canada (Forest : National Spiritual Assembly of Canada, 1962), p.51.
Le 5 décembre 1912, celui qui avait été acclamé dans toute l’Amérique du nord comme « l’apôtre de
la Paix » prit la mer à New-York pour Liverpool. Après des séjours relativement brefs à Londres et
dans d’autres villes britanniques, il se rendit dans différentes cités sur le continent, consacrant de
nouveau plusieurs semaines à Paris. Là, le Maître pouvait disposer des services d’Hippolyte Dreyfus
dont la connaissance de l’arabe et du persan écrits répondait à ses besoins. Paris, capitale culturelle
reconnue de l’Europe continentale, était le lieu de convergence pour les visiteurs en provenance de
plusieurs parties du monde, y compris de l’Orient. Pendant ses deux longues visites dans la capitale,
les causeries qu’il anima faisaient souvent référence aux grands sujets sociaux discutés ailleurs, et il
semble qu’elles se distinguaient surtout par une spiritualité intime qui a dû toucher profondément le
cœur de ceux qui eurent le privilège de le rencontrer :
Portez vos regards au-delà de l’époque actuelle et regardez l’avenir avec les yeux de la foi.
Aujourd’hui la semence est en terre, le grain tombe sur le sol ; et voyez, le jour viendra où il donnera
un arbre resplendissant aux branches chargées de fruits. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, car
ce jour se lève, tachez d’en apprécier la puissance car, véritablement, c’est un jour merveilleux.(34)
Causeries de ‘Abdu’l-Bahá à Paris (Bruxelles : Maison d’éditions bahá’íes, 1987), p.59)

Le matin du 13 juin 1913, ‘Abdu’l-Bahá embarquait à Marseille sur le S.S. Himalaya qui devait
arriver à Port Saïd, en Égypte, quatre jours plus tard. « Ses voyages historiques », comme les appela
Shoghi Effendi, s’achevèrent avec son retour à Haïfa le 5 décembre 1913.
*
Deux ans, presque jour pour jour, après la déclaration de ‘Abdu’l-Bahá à l’éditeur du Montreal Daily
Star, ce monde qui avait joui d’un sentiment d’assurance si enivrant et dont les fondations avaient paru
inébranlables s’effondra brusquement. Selon l’opinion populaire, la catastrophe est associée au
meurtre, à Sarajevo, de l’héritier du trône de l’empire austro-hongrois. Il est certain que le cortège de
bévues, de menaces imprudentes et d’appels irresponsables à « l’honneur » qui menèrent directement à
la première guerre mondiale fut déclenché par cet événement relativement mineur. En réalité, comme
le Maître l’avait fait remarquer, certains signes avant-coureurs de cette toute première décennie du
siècle aurait dû alerter les dirigeants européens de la fragilité de l’ordre existant.
Dans les années 1904-1905, les empires japonais et russe étaient entrés en guerre avec une violence
telle qu’elle mena à la destruction de la presque totalité des forces navales de ce dernier et à la
reddition de territoires vitaux pour se1414s intérêts, une humiliation qui devait avoir des répercussions
internes et internationales de longue durée. À deux reprises, au cours de ces premières années du
siècle, une guerre entre la France et l’Allemagne, à cause de projets impérialistes en Afrique du nord,
fut évitée de justesse grâce à l’intervention intéressée d’autres Puissances. En 1911, les ambitions
italiennes provoquèrent également une menace dangereuse pour la paix mondiale, avec l’annexion de
la Libye actuelle qui dépendait alors de l’empire ottoman. L’engagement de l’Allemagne dans un
programme intensif de constructions navales destiné à éliminer la suprématie britannique acceptée
jusque-là, accentua l’instabilité du monde, ce que le Maître avait également signalé.
Les peuples soumis par les Romanov, les Habsbourg et l’Empire ottoman créaient des tensions qui
exacerbaient ces conflits. Les peuples baltes, polonais, tchèques, serbes, grecs, albanais, bulgares,
roumains, kurdes, arabes, arméniens, et beaucoup d’autres attendaient avec impatience le jour de leur
libération, en espérant le tournant des événements qui briserait l’étreinte des systèmes vétustes qui les
étouffaient. Toutes sortes de conspirations, de groupes de résistance et d’organisations séparatistes
exploitaient inlassablement ce réseau de fissures dans l’ordre existant. Inspirées par des idéologies
allant de l’anarchie presque incohérente d’un côté au racisme exacerbé et aux obsessions nationalistes
de l’autre, ces forces clandestines partageaient une conviction naïve : si on pouvait abattre, d’une
façon ou d’une autre, cette partie spécifique de l’ordre dominant qui était devenue leur cible, alors, la
noblesse inhérente à l’autre partie de l’humanité qui encourageait leurs buts, ou la noblesse présumée
de l’humanité en général, assurerait d’elle-même une nouvelle ère de liberté et de justice.
Seul, parmi ces prétendus agents de changements radicaux, un mouvement aux fondations solides
avançait, méthodiquement et avec des desseins clairs et impitoyables, vers son objectif de révolution
mondiale. Puisant dans les écrits de Karl Marx, idéologue du XIXe siècle, son élan intellectuel et sa
confiance inébranlable en une victoire finale, le parti communiste avait réussi à établir des groupes de
partisans dévoués dans toute l’Europe et divers autres pays. Le mouvement communiste soutenait que
le génie de son maître avait incontestablement démontré la nature avant tout matérielle des forces qui
avaient éveillé la conscience humaine et permit l’organisation sociale. Aussi rejeta-t-il la validité de la
religion et des règles de la morale bourgeoise. À ses yeux, croire en Dieu était une faiblesse névrotique
des hommes, une faiblesse qui avait simplement permis aux classes dirigeantes successives de faire de
la superstition un instrument pour asservir les masses.
Pour les dirigeants du monde, qui marchaient aveuglément vers la conflagration universelle que
l’orgueil et la folie avaient amorcée, les grands progrès accomplis par la science et la technologie
représentaient surtout un moyen d’obtenir un avantage militaire sur leurs rivaux. Les adversaires
européens de ces nations n’étaient pas néanmoins les populations coloniales misérables et en grande
partie illettrées qu’ils avaient pu soumettre. La fausse confiance que les armes inspiraient menait
inexorablement à une course pour équiper les armées de terre et de mer avec les armements les plus
modernes, sur la plus grande échelle possible.
Des mitraillettes, canons longue portée, cuirassés lourds, sous-marins, mines terrestres, gaz toxiques et
la possibilité d’équiper des avions pour lancer des bombes devinrent les éléments de ce qu’un
journaliste a nommé la « technologie de la mort ». (35)Eric Hobsbaum, Age of Extremes, The Short twentieth
Century, 1914-1991, op. cit., p.23. ‘Abdul’Bahá avait averti que tous ces instruments de destruction seraient
déployés et perfectionnés au cours du conflit à venir.

La science et la technologie exerçaient aussi d’autres pressions plus subtiles sur l’ordre établi. Une
production industrielle à grande échelle, alimentée par la course aux armements, avait accéléré le
mouvement des populations vers les centres urbains. À la fin du siècle précédent, ce phénomène avait
déjà commencé à saper le fondement des règles et des modèles hérités. Il exposait un nombre croissant
de personnes à de nouvelles idées de changement social et il excitait l’appétit des masses pour des
bienfaits matériels qui n’étaient autrefois accessibles qu’à l’élite de la société. Même sous des
systèmes de gouvernements relativement arbitraires, la population commençait à percevoir combien
l’efficacité de l’autorité civile dépendait de son habilité à gagner un large soutien populaire. Cette
évolution sociale allait avoir des conséquences imprévues et d’une grande portée. Alors que la guerre
allait s’éterniser et que la croyance irréfléchie dans sa candeur était mise en doute, des millions
d’hommes, appelés sous les drapeaux des deux côtés, allaient commencer à s’apercevoir que leurs
souffrances n’avaient en elles-mêmes aucun sens et ne généraient aucun bien-être, ni pour eux-mêmes,
ni pour leurs familles.
Au-delà de la portée de ces changements technologiques et économiques, le progrès scientifique
semblait encourager des affirmations simplistes à propos de la nature humaine dont le sens était à
peine perçu et que Bahá’u’lláh appela « la noire poussière de la science acquise » (36) Extraits des Écrits
de Bahá’u’lláh (Bruxelles : Maison d’éditions bahá’íes, 1990), p. 174. Ces opinions superficielles circulaient parmi
un public chaque jour plus nombreux. L’autorité des doctrines religieuses reconnues ainsi que celle
des règles morales les plus répandues était minée par une presse populaire à sensation, par des débats
enflammés entre scientifiques et érudits d’une part, théologiens et membres influents du clergé d’autre
part, et dans un même temps, par le développement rapide de l’éducation des masses.
La combinaison des forces sismiques de ce nouveau siècle rendit extrêmement instable la situation
qu’affrontait le monde occidental en 1914. Aussi, lorsqu’éclata la grande conflagration, le cauchemar
dépassa de loin les pires craintes des esprits réfléchis.
Il ne servirait à rien de réexaminer ici le cataclysme de la première guerre mondiale, déjà longuement
analysé. Les statistiques dépassent l’entendement de l’esprit humain. On estime à environ soixante
millions le nombre d’hommes jetés dans l’enfer le plus horrible que l’histoire ait jamais connu, huit
millions d’entre eux ayant péri au cours de la guerre et 10 millions, ou plus encore, handicapés à vie
par des mutilations, des poumons gazés, ou encore effroyablement défigurés. (37) Edward R. Kantowicz,
The Rage of Nations (Cambridge : William B. Eerdmans Publishing Company, 1999), p. 138.) Kantowicz ajoute que la perte
totale de la population en Europe est de 48 millions, dont 15 millions de disparus à cause de leur santé précaire qui les avait
rendus vulnérables aux épidémies de grippe de l’après-guerre et à cause de la chute brutale du taux des naissances,
conséquence de ces désastres. Hobsbaun estime que la France a perdu presque vingt pour cent de ses hommes en âge de
servir, que la Grande-Bretagne a perdu un quart des diplômés d’Oxford et de Cambridge qui avaient servi dans l’armée
pendant la guerre, tandis que les pertes en Allemagne atteignaient 1,8 million soit treize pour cent de la population en âge de
servir. (voir Eric Hobsbaum, Age of Extremes, The Short twentieth Century, 1914-1991, 1914-1991, op. cit., p 26.
Des historiens ont avancé que la dépense totale peut avoir atteint trente milliards de dollars, et qu’une
partie substantielle de la richesse totale de l’Europe a été balayée. Même des pertes aussi massives ne
suffisent pas à donner la plus petite idée de l’étendue du désastre.
Entre autres considérations, la conscience qu’il avait des dommages moraux à venir empêcha
longtemps le président Woodrow Wilson de proposer au Congrès des États-Unis un débat sur la
déclaration de guerre, pratiquement inévitable à ce moment-là. La particularité, et non la moindre, de
cet homme d’état extraordinaire, dont ‘Abdul’Bahá et Shoghi Effendi ont tous deux loué la
perspicacité, était d’avoir compris que la sauvagerie humaine serait le pire héritage de la tragédie qui
engloutissait alors l’Europe, un héritage irréversible. (38) Le président Wilson a fait l’objet de nombreuses
biographies au cours des années qui ont suivi sa mort. Trois biographies assez récentes sont celles de Louis Auchincloss,
Woodrow Wilson (New York : Viking Penguin, 2000) ; A. Clements Kendrick, Woodrow Wilson : World Statesman
(Lawrence University Press of Kansas, 1987) : Thomas J. Knock, To End All Wars : Woodrow Wilson and the Quest for a
New World Order (Oxford : Oxford University Press, 1992).
Une réflexion sur l’ampleur des souffrances subies par l’humanité durant les quatre années de guerre -
et le recul qui en résulta dans le long et pénible processus de l’évolution de la nature humaine - donne
une force tragique aux paroles que le Maître avait adressées, deux ou trois années auparavant, à des
auditeurs de villes européennes telles que Londres, Paris, Vienne, Budapest et Stuttgart, ainsi qu’en
Amérique du nord. Voici ce qu’il dit un soir, au domicile de M. et Mme Maxwell Sutherland à
Montréal :
« Aujourd’hui, le monde des hommes marche dans les ténèbres parce qu’il n’est plus en contact avec
le monde de Dieu. C’est la raison pour laquelle on ne peut voir les signes de Dieu dans le cœur

humain. Le pouvoir de l’Esprit Saint n’a aucune influence. Quand dans le monde de l’humanité se
manifeste une lumière divine et spirituelle, quand apparaissent des directives et des enseignements
divins, suit alors l’illumination, se réalise un esprit nouveau, descend une puissance nouvelle, et une
nouvelle vie est donnée. On peut comparer cela au passage du règne animal au règne humain… Je vais
prier, et vous devez prier aussi pour que ces bienfaits célestes se réalisent, pour que la rivalité et la
haine soient bannies, que la guerre et les effusions de sang disparaissent, que les cœurs communient
pleinement et que tous les peuples boivent à la même fontaine. » (39)’Abdul’Bahá, The Promulgation of
Universal Peace, op. cit., p. 305.
Comme l’ont fait remarquer ‘Abdul’Bahá et Shoghi Effendi, le traité de paix vindicatif imposé par les
Puissances alliées à leurs ennemis vaincus, réussit seulement à semer les graines d’un autre conflit
plus terrible encore. Les réparations ruineuses exigées des vaincus et l’injustice commise en leur
imposant de reconnaître leur culpabilité dans une guerre dont toutes les parties étaient responsables, à
un degré ou un autre, figuraient parmi les facteurs qui allaient préparer certains peuples démoralisés
d’Europe à accepter d’un régime totalitaire des promesses d’assistance, ce qu’ils n’auraient peut-être
pas envisagé autrement.
En dépit de la sévérité des réparations demandées aux vaincus, les supposés vainqueurs prirent
conscience, avec consternation et par une ironie du sort, du fait que leur triomphe et la demande de
reddition sans condition qui l’avait amené, étaient d’un prix écrasant. Des dettes de guerre stupéfiantes
mirent fin pour toujours à la domination économique que les nations européennes avaient acquise en
trois siècles d’exploitation impérialiste du reste de la planète. On peut considérer comme une perte
irremplaçable la mort de millions de jeunes hommes dont on aurait eu tellement besoin pour relever
les défis des prochaines décennies. Et l’Europe elle-même - qui, seulement quatre petites années
auparavant, représentait visiblement le sommet de la civilisation et de l’influence dans le monde -
perdit d’un coup cette prééminence ; pendant les décades qui suivirent, elle commença l’inexorable
descente vers le statut d’auxiliaire du nouveau centre de pouvoir qui naissait en Amérique du nord.
Il sembla d’abord que la vision du futur qu’avait eue Woodrow Wilson allait se réaliser. Cela fut le cas
en partie, lorsque les peuples européens assujettis devinrent maîtres de leurs propres destinées et
qu’une série de nouveaux États-nations émergèrent, sortis des ruines des empires qui les avaient
précédés. De plus, les « quatorze points » du président dotèrent pour un temps très court ses
déclarations publiques d’une grande autorité morale dans l’esprit de millions d’européens, si bien que
même ses pairs les plus récalcitrants parmi les chefs d’état alliés, ne purent complètement ignorer ses
désirs. En dépit de mois de querelles à propos de colonies, de frontières et de clauses dans le texte de
l’accord de paix, le traité de Versailles n’était en fin de compte qu’une forme édulcorée du projet de la
Société des nations. On espérait que cette institution pourrait régler les différends à venir entre les
nations et harmoniser les affaires internationales.
Le commentaire de Shoghi Effendi sur la signification de cette initiative historique nécessite la
réflexion de tout bahá’í qui cherche à comprendre les évènements de ce siècle tumultueux. Il expose
deux faits étroitement reliés entre eux, qui sont associés aux prémices de la paix mondiale, en mettant
l’accent sur le fait qu’ils sont « destinés à culminer, quand les temps seront révolus, en un seul
glorieux couronnement final ». (40) Shoghi Effendi, Citadel of Faith, op. cit., p. 32. Le premier est décrit par
le Gardien comme étant associé à la mission de la communauté bahá’íe sur le continent nordaméricain ; le second, au destin des États-Unis en tant que nation. Parlant de ce dernier phénomène
qui date de la déclaration de la première guerre mondiale, Shoghi Effendi écrit :
« Il reçut son élan initial de la formulation des quatorze points du président Wilson, associant pour la
première fois la république au sort du vieux continent. Il essuya son premier échec lorsque cette
république se retira de la toute nouvelle Société des nations que le président s’était évertué à créer… ,
Quelque long et tortueux que soit le chemin, il doit toutefois conduire, par une série de victoires et de
défaites, à l’unification politique de l’Orient et de l’Occident, à l’émergence d’un gouvernement
mondial et à l’établissement de la moindre paix, annoncée par Bahá’u’lláh et prophétisée par Isaïe. Il
doit finalement culminer dans le déploiement de la bannière de la plus grande paix, au cours de l’âge
d’or de la révélation de Bahá’u’lláh. » (41) Shoghi Effendi, Citadel of Faith, op. cit., p. 32-33.
Le sort de cette réalisation qui avait requis tous les efforts du président américain fut véritablement
tragique. Il devint bientôt évident que la Société des nations était mort-née. Elle se composait bien de
corps législatif, judiciaire et exécutif, soutenus par une bureaucratie, mais on l’avait privée de
l’autorité vitale pour le travail qu’ostensiblement on attendait d’elle. Elle était prisonnière de l’idée

d’une souveraineté nationale sans contrainte, héritée du dix-neuvième siècle, et ne pouvait prendre de
décision qu’avec le consentement unanime des États membres.
Cette clause écartait tout action efficace. (42) L’article X de la Charte de la Société des nations, tel qu’il fut
finalement adopté, ne requérait pas une intervention militaire collective en cas d’agression, mais se bornait à déclarer « … Le
Conseil avisera quant aux moyens de remplir cette obligation ». En outre, le vide du système fut mis en évidence
par le fait que certains des États les plus puissants du monde n’y étaient pas inclus. L’Allemagne avait
été rejetée en tant que nation défaite tenue pour responsable de la guerre, on avait initialement refusé
l’entrée à la Russie à cause de son régime bolchevique, et les États-Unis eux-mêmes renoncèrent à
faire partie de la Société des nations et à ratifier le traité - résultat du sectarisme politique étroit du
Congrès. Par une ironie du sort, même les efforts peu enthousiastes pour protéger les minorités
ethniques dans les nouveaux États-nations s’avérèrent n’être, en fin de compte, guère plus que des
armes utilisées dans les continuels combats fratricides de l’Europe.
En somme, au moment précis de l’histoire de l’humanité où une explosion d’une violence sans
précédent ébranlait les remparts du comportement civilisé reçu en héritage, les dirigeants 1717 du
monde occidental émasculaient l’unique système alternatif de l’ordre mondial, système né de
l’expérience de cette catastrophe et qui, seul, pouvait apaiser la souffrance beaucoup plus grande qui
allait venir. Selon les paroles prophétiques de ‘Abdul’Bahá : « Paix, Paix... proclament sans cesse les
lèvres des potentats et des peuples alors que le feu de haine inassouvie couve encore dans leurs cœurs. »
Il ajouta en 1920 : « Les maux dont souffre maintenant le monde se multiplieront ; les ténèbres qui
l’enveloppent s’épaissiront... Les Puissances vaincues continueront à entretenir l’agitation. Elles
auront recours à toutes les mesures qui pourraient ranimer la flamme de la guerre. » (43) Shoghi
Effendi, L’Ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., pp. 24-25.
*
Alors que l’enfer de la guerre engloutissait la planète, ‘Abdul’Bahá se consacra à la seule grande tâche
qui lui restait à accomplir dans son ministère. Il s’agissait d’assurer jusqu’aux confins du monde, la
proclamation du message qui avait été négligé, voir même combattu, tant dans la société islamique que
dans la société occidentale. Le Plan divin est l’instrument qu’il conçut à cette fin et qu’il exposa en
quatorze tablettes importantes, quatre d’entre elles adressées aux communautés bahá’íes d’Amérique
du nord, les dix autres en annexe, adressées à cinq groupes particuliers de cette communauté.
Avec la Tablette à Carmel de Bahá’u’lláh et le Testament du Maître, les Tablettes du Plan divin
constituent selon Shoghi Effendi les trois « chartes » de la Cause. Révélé durant les jours les plus noirs
de la guerre, en 1916 et 1917, le Plan divin appelait le petit corps de croyants américains et canadiens
d’assumer un rôle directeur dans l’instauration de la cause de Dieu sur toute la planète. La mission qui
leur était confiée inspirait une crainte mêlée de respect. Selon les paroles du Maître :
Voici l’espoir que ‘Abdul’Bahá chérit pour vous : que le même succès qui a marqué vos efforts en
Amérique couronne vos entreprises dans les autres parties du monde ; que vous répandiez la
renommée de la cause de Dieu à travers l’Orient et l’Occident ; que la venue du Royaume du Seigneur
des armées soit proclamée sur les cinq continents de la terre. Dès que les croyants américains auront
propagé ce message depuis les rives de l’Amérique à travers les continents d’Europe, d’Asie,
d’Afrique, d’Australie et jusque dans les îles du Pacifique, cette communauté sera fermement établie
sur le trône d’un empire éternel. Alors, tous les peuples du monde reconnaîtront que cette communauté
est guidée par Dieu et qu’elle rayonne de spiritualité. Alors, la terre tout entière résonnera des
louanges de sa majesté et de sa grandeur... (44) Shoghi Effendi, Citadelle of Faith, op. cit., p. 28-29.
Shoghi Effendi nous rappelle que cette mission historique, qu’il explique comme étant « le droit
d’aînesse de la communauté bahá’íe nord-américaine »,(45) ibid., p.7. a ses racines dans les paroles des
Manifestations jumelles de Dieu pour cet âge de maturité de l’humanité. Elle apparut d’abord dans les
paroles du Báb qui appela les « peuples d’Occident » à « sortir de vos cités » pour « aider Dieu avant
le jour où le Seigneur de miséricorde descendra vers vous à l’ombre des nuages », et pour devenir
« comme de véritables frères dans la religion de Dieu, une et indivisible, exempte de toute
distinction... de façon à vous trouver reflétés en eux et eux en vous ». (46) Sélections des écrits du Báb,
(Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes,1984), p. 50-51.
Dans ses appels aux « dirigeants d’Amérique et aux présidents de ses républiques », Bahá’u’lláh luimême les investit d’un mandat sans équivalent dans les autres discours aux dirigeants du monde :
« Des mains de la justice pansez les opprimés et de la verge des commandements de votre Seigneur,
l’Ordonnateur, le Très-Sage écrasez l’oppresseur qui prospère » .(47) Bahá’u’lláh, Kitáb-i-Aqdas, le Très-

Saint Livre (Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles, 1996), § 88, pp. 53-54. C’est également Bahá’u’lláh qui énonça
une des plus profondes vérités sur le processus d’évolution de la civilisation : « À l’Est la lumière de
sa révélation a point ; à l’Ouest les signes de son autorité suprême sont apparus. Méditez cela en vos
cœurs, ô peuples… » (48) Bahá’u’lláh, Tablettes révélées après le Kitáb-i-Aqdas (Bruxelles, Maison d’éditions
bahá’íes, 1994), page 13.
Ainsi que le Gardien devait le dire plus tard, le Plan divin serait « ajourné » jusqu’à ce que le système
nécessaire à son exécution ait été créé. Et pourtant ‘Abdul’Bahá avait sélectionné, et mandaté un
groupe de croyants pour lancer ce projet, et lui avait donné tout pouvoir. La fin de sa vie approchait
rapidement, mais il semble rétrospectivement que ces trois années qui lui restaient après la fin de la
guerre mondiale avaient un avant-goût des victoires que la Cause connaîtrait au cours du siècle. La
conjoncture avait changé en Terre sainte et le Maître était libre de poursuivre son travail sans entrave,
cette nouvelle situation permettait à son intelligence et à son esprit brillants d’exercer leur influence
sur des autorités gouvernementales, sur toutes sortes de dignitaires de passage et sur les différentes
communautés qui constituaient la population en Terre sainte. En le nommant chevalier, l’autorité
mandataire elle-même voulut exprimer son appréciation de l’effet unificateur de son exemple et du
travail philanthropique qu’il avait accompli. (49) Cette citation fait référence à la valeur des conseils du Maître
aux autorités britanniques qui s’efforçaient de restaurer la vie civile à la suite de l’éviction du régime turc dans la région, elle
ajoute qu’il a œuvré pour le bien… Voir Moojan Momen, ed., The Bábí and Bahá’í Religions, 1844-1944 ; Some
contemporary Western Accounts (Oxford : George Ronald, 1981), p. 344. Plus important encore : un flot continu de
pèlerins et de lettres adressées aux communautés bahá’íes orientales et occidentales stimula le
développement du travail d’enseignement et l’approfondissement de la compréhension des amis quant
aux implications du message de la Foi.
Les événements qui se produisirent à Haïfa immédiatement après son ascension, aux premières heures
du 28 novembre 1921, illustrent de façon spectaculaire et mieux qu’aucun autre, le triomphe spirituel
du Maître au Centre mondial de la Foi. Le lendemain, un vaste rassemblement de milliers de
personnes, représentant les peuples et les sectes composites de la région, suivit le cortège funéraire en
remontant les pentes du Mont Carmel dans un état de sincère désolation, tel que la ville n’en avait
jamais vu de pareil auparavant. Il était conduit par des représentants du gouvernement britannique, des
membres du corps diplomatique et les chefs de toutes les confessions de la région, dont un grand
nombre prit part à la cérémonie dans le mausolée du Báb. Une telle explosion de chagrin, sans retenue
et unanime, traduisait le sentiment soudain d’avoir perdu la figure exemplaire qui était le symbole de
l’unité dans un pays révolté et divisé. À tous ceux qui pouvaient voir avec leurs yeux, elle se présentait
comme l’apologie irrésistible de la véracité de l’unité de l’humanité que le Maître avait inlassablement
proclamée
Chapitre I V
AVEC LE DÉCES de ‘Abdul’Bahá, l’âge apostolique de la Cause toucha à sa fin. L’intervention
divine avait terminé son travail, débuté soixante dix-sept ans plus tôt, la nuit où le Báb déclarait sa
mission à Mullá H∆usayn – celle-là même où ‘Abdul’Bahá naissait. Selon les paroles de Shoghi
Effendi, cela avait été « une période dont les splendeurs éclipsent toute victoire présente ou future, si
brillante soit-elle… » (50) The Bahá’í World- vol. X V (Haïfa : Bahá’í World Center 1976), p. 132. Suivront des
milliers et des milliers d’années au cours desquelles se développeront progressivement les potentialités
que cette force créatrice a implantées dans la conscience humaine.
L’examen de cette conjoncture majeure de l’histoire de la civilisation met la lumière sur cette
personne dont la nature et le rôle n’ont pas d’équivalent en six mille ans. Bahá’u’lláh appelle
‘Abdul’Bahá « le Mystère de Dieu ». Pour Shoghi Effendi, il est « le Centre et le Pivot » de l’alliance
de Bahá’u’lláh, « l’Exemple parfait » des enseignements de la révélation de Dieu pour l’âge de la
maturité de l’humanité et « le principal Artisan de l’unité de l’humanité ». Aucune des révélations
divines qui ont donné naissance aux autres grands systèmes religieux enregistrés dans l’histoire ne
s’est accompagnée d’un phénomène comparable à sa venue. Elles n’ont toutes été que des étapes
préparant l’humanité à sa maturité. ‘Abdul’Bahá fut la création suprême de Bahá’u’lláh, celle qui
rendit possible tout le reste.
Sa manière de comprendre cette vérité incita un bahá’í américain perspicace à écrire :
« Arrivait le moment où un message de Dieu devait être dispensé et aucun être humain n’était là pour
l’entendre. Aussi Dieu donna-t-il ‘Abdul’Bahá au monde. Et c’est au nom de l’humanité que
‘Abdul’Bahá reçut le message de Bahá’u’lláh. Il entendit la voix de Dieu ; il fut inspiré par l’esprit ; il

arriva à une connaissance parfaite de la signification du message et il engagea les hommes à répondre
à la voix de Dieu... Pour moi, c’est cela l’Alliance : le fait qu’il y ait sur cette terre quelqu’un qui soit
le modèle d’une race humaine non encore créée. Il n’y avait que des tribus, des familles, des
croyances, des classes, etc., mais pas un seul homme sauf ‘Abdul’Bahá, et en tant qu’homme,
‘Abdul’Bahá prit le message de Bahá’u’lláh pour lui seul et promit à Dieu qu’il amènerait tous les
hommes à l’unité et ferait naître une humanité qui pourrait véhiculer les lois de Dieu. » (51) Horace
Holley, Religion for mankind (London : George Ronald, 1956), p.243-244.
Lorsqu’il commença sa mission, le Maître était prisonnier d’un régime brutal et inculte. Assailli sans
répit par des frères sans foi qui en fin de compte ne cherchaient que sa mort, c’est tout seul qu’il fit,
par la transformation de la communauté bahá’íe persane, la brillante démonstration du développement
social que la Cause pouvait produire. Il inspira l’expansion de la Foi en Orient, fit naître des
communautés de croyants dévoués en Occident, élabora un plan pour l’épanouissement de la Cause
dans le monde entier. Il gagna le respect et l’admiration des grands penseurs partout où son influence
se faisait sentir. Et, aux disciples de Bahá’u’lláh à travers le monde, il fournit un ensemble d’écrits
faisant autorité pour les guider et pour les éclairer sur les lois et enseignements de la Foi. Sur les
pentes du Mont Carmel, il érigea avec énormément de peine et de difficulté le mausolée abritant les
restes du Báb martyrisé, d’où émanent les processus qui détermineront progressivement la vie de notre
planète. À travers tout cela, à chaque instant de sa vie remplie de soucis et d’exigences de toutes sortes
- une vie sans cesse exposée aux regards de l’ennemi et de l’ami - il s’assura que la postérité
posséderait le trésor dont les poètes, les philosophes et les mystiques ont rêvé tout au long des âges,
manifestant ainsi une perfection humaine éclatante.
Enfin, ‘Abdul’Bahá s’assura que l’Ordre divin - conçu par Bahá’u’lláh pour l’unification de
l’humanité et l’instauration de la justice dans la vie collective de l’humanité - disposerait des moyens
nécessaires au dessein de son Fondateur. Deux conditions fondamentales sont indispensables pour que
l’unité existe entre les êtres humains, même au niveau le plus élémentaire. Ceux qui sont concernés
doivent en premier lieu s’accorder sur la nature de la réalité, car elle affecte les relations qu’ils ont
entre eux et avec le monde phénoménal. En second lieu, ils doivent s’accorder sur des moyens notoires
et faisant autorité qui permettront de prendre les décisions affectant leurs rapports réciproques et
définissant leur objectif commun.
L’unité ne peut se résumer à un état résultant d’un sentiment de bonne volonté mutuelle et de partage
d’un objectif commun, aussi profond et sincère qu’il soit, pas plus qu’un organisme n’est une
association fortuite et amorphe d’éléments variés. L’unité est un phénomène au pouvoir créatif dont
l’existence devient apparente grâce aux effets que produit une action collective et dont l’absence est
révélée par l’impuissance de tels efforts. Souvent handicapée par l’ignorance et la perversité, cette
force a constitué l’influence première sur le chemin du progrès de la civilisation, générant des lois, des
institutions sociales et politiques, des œuvres d’art, des réalisations technologiques infinies, des
acquisitions morales, une prospérité matérielle, et de longues périodes de paix civile dont les dernières
lueurs vécurent dans les mémoires des générations suivantes, tels des rêves d’« âges d’or ».
La totalité des potentialités de cette force créative a enfin été libérée et les moyens nécessaires à la
réalisation du dessein divin ont été créés grâce à cette révélation de Dieu pour l’âge de maturité de
l’humanité. Dans son Testament, « charte » de l’Ordre administratif selon Shoghi Effendi,
‘Abdul’Bahá expose dans le détail la nature et le rôle des institutions jumelles que sont le Gardiennat
et la Maison universelle de justice, ses successeurs désignés dont les fonctions complémentaires
garantissent l’unité de la cause bahá’íe et son couronnement pour la durée de la « dispensation ». Il
met tout particulièrement l’accent sur l’autorité ainsi transmise :
« Tout ce qu’ils décident vient de Dieu. Quiconque n’obéit pas au Gardien ou à la Maison universelle
de justice, n’obéit pas à Dieu ; quiconque se révolte contre lui ou contre elle, se révolte contre Dieu :
quiconque s’oppose à lui, s’oppose à Dieu ; quiconque les conteste, conteste Dieu… » (52) Testament
de ‘Abdu’l-Bahá (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1970), p.24.
Shoghi Effendi explique ainsi ce texte extraordinaire :
« Notons que l’Ordre administratif établi d’après ce document historique est, en vertu de son origine et
de son caractère, unique dans les annales des différentes confessions du monde. On peut affirmer avec
sûreté qu’aucun prophète avant Bahá’u’lláh… n’a établi, avec autorité et par écrit, quoi que ce soit de
comparable à l’Ordre administratif que l’interprète autorisé des enseignements de Bahá’u’lláh a

institué, ordre qui … d’une manière qui n’a pas d’équivalent dans les religions du passé, doit protéger
et protégera du schisme la foi qu’il a engendrée. » (53) Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., p.316.
Avant la lecture et la diffusion de ce Testament, la grande majorité des membres de la Foi supposait
que le prochain stade de l’évolution de la Cause serait l’élection de la Maison universelle de justice,
institution fondée par Bahá’u’lláh lui-même dans le Kitáb-i-Aqdas pour être l’organe directeur du
monde bahá’í. Il est important pour les bahá’ís d’aujourd’hui de comprendre que le concept de
gardiennat était inconnu de la communauté bahá’íe avant ce moment-là. Le monde se réjouit à la
nouvelle de la distinction unique que le Maître avait conférée à Shoghi Effendi, et de ce lien
ininterrompu avec les Fondateurs de la foi que sa fonction lui conférait. Jusque-là, on n’avait rien
perçu de l’intention de Bahá’u’lláh quant à la mise en place d’une telle institution, ni de sa fonction
interprétative - une fonction dont l’importance vitale est devenue évidente depuis et dont, avec le
recul, il devient clair qu’elle était implicite dans certains de ses écrits.
Dans la vie de la Cause, le Testament du Maître avait engagé une transformation qui dépassait de loin
l’imagination de tous ceux qui vivaient alors, qu’ils soient fidèles ou malintentionnés. « Si vous saviez
ce qu’il adviendra après moi, vous prieriez certainement pour que ma fin soit avancée » avait déclaré
‘Abdu’l-Bahá. (54) Shoghi Effendi, Bahá’í Administration (Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1998) p.15.
Chapitre V
LA PLACE DU GARDIENNAT dans l’histoire bahá’íe ne sera appréciée à sa juste valeur qu’après un
examen objectif des circonstances dans lesquelles la mission de Shoghi Effendi dût s’accomplir. Le
fait que la première moitié de son ministère se soit déroulée au milieu des guerres est d’une
importance capitale, une période marquée par l’accroissement de l’incertitude et de l’anxiété quant aux
affaires humaines sous tous leurs aspects. D’une part des progrès significatifs avaient été accomplis,
qui triomphaient des barrières entre les nations et les classes ; mais d’autre part, l’impuissance
politique et la paralysie économique qui en découlait, freinaient grandement les efforts visant à
bénéficier de ces ouvertures. On ressentait partout le besoin urgent d’une redéfinition fondamentale de
la nature de la société et du rôle que ses institutions devraient jouer, en fait une redéfinition du sens
même de la vie.
À la fin de la première guerre mondiale, l’humanité se trouvait à maints égards capable d’explorer des
horizons inconnus jusque-là. À travers l’Europe et le Proche-Orient, les systèmes absolutistes qui
avaient constitué de puissantes barrières contre l’unité se trouvaient balayés. Et dans une large mesure,
les dogmes religieux fossilisés qui avaient soutenu moralement les forces de conflit et d’aliénation
étaient remis en question. Des peuples autrefois assujettis se retrouvaient libres de bâtir des plans pour
leur futur collectif et d’assumer la responsabilité de leurs relations les uns avec les autres grâce à leur
instauration par le traité de Versailles en États-nations. Cette même ingéniosité qui avait présidé à la
production d’armes de destruction était maintenant détournée vers les tâches exigeantes mais
gratifiantes de l’expansion économique. Les jours les plus noirs de la guerre avaient fait naître des
récits poignants, tel l’élan qui avait brièvement poussé les soldats britanniques et allemands à quitter
l’abattoir des tranchées pour commémorer ensemble la naissance du Christ, donnant un faible aperçu
de l’unité de l’humanité infatigablement proclamée par le Maître au cours de ses voyages sur ce même
continent (54bis) Bien que la « trêve de Noël » concernait surtout les soldats britanniques et allemands, des troupes
françaises et belges y ont également participé. BBC News, Online Network Summary of Brown, Malcoln and Shirley Seaton,
« Christian Truce ». Et par-dessus tout, un extraordinaire effort d’imagination avait permis à l’unification
de l’humanité de faire un immense bond en avant. Les gouvernants du monde avaient créé – à leur
corps défendant - un système consultatif mondial qui, bien qu’estropié par les intérêts privés, avait
donné ses premiers contours à cet idéal d’un ordre international.
Le réveil d’après-guerre s’exprima dans le monde entier. Sous le commandement de Sun Yat-Sen, le
peuple chinois s’était déjà libéré du régime impérial décadent qui avait compromis le bien-être du
pays, et cherchait à faire renaître la grandeur de son pays. Dans toute l’Amérique latine, en dépit
d’échecs terribles et répétés, des mouvements populaires se battaient eux aussi pour retrouver le
contrôle du destin de leur pays et de l’utilisation des immenses ressources naturelles de leur continent.
En Inde, Mohandas Gandhi, l’une des personnalités marquantes de ce siècle, se lança dans une
entreprise qui allait non seulement révolutionner l’avenir de son pays, mais aussi prouver au monde le
pouvoir de la force spirituelle. L’Afrique attendait encore le moment de sa destinée, de même que les
habitants d’autres contrées colonisées, mais pour quiconque avait des yeux pour voir, un processus de

changement était lancé, qui ne serait pas étouffé parce qu’il représentait les aspirations universelles de
l’humanité.
Ces progrès, bien qu’encourageants, ne pouvaient cacher la tragédie historique qui s’était produite.
Pendant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, la proclamation du Jour de Dieu adressée par
Bahá’u’lláh aux dirigeants de son époque - qui tenaient en leurs mains la destinée de l’humanité - avait
été rejetée ou ignorée par ses destinataires en Orient comme en Occident. Réfléchir à une telle absence
de foi permet d’envisager sobrement l’accueil que reçut ensuite la mission de ‘Abdu’l-Bahá en
Occident. Aussi réjouissantes que puissent être les louanges partout déversées sur le Maître, les
résultats immédiats de ses efforts n’en représentaient pas moins un nouvel et immense échec moral
pour une portion considérable de l’humanité et de ses gouvernants. Le message qui avait été étouffé en
Orient, était avant tout ignoré par le monde occidental. Celui-ci s’enfonçait dans la voie du naufrage
auquel son autosatisfaction démesurée l’avait préparé de longue date, ce qui l’amena finalement à
trahir l’idéal représenté par la Société des nations.
Shoghi Effendi avait à peine endossé la responsabilité de la défense de la cause de Dieu qu’une
période de plus en plus sombre s’installa dans le monde occidental pour deux décennies ; elle reflétait,
semble-t-il, un recul massif dans le processus d’intégration et d’éveil proclamé avec tant de confiance
par le Maître. C’était comme si la vie politique, sociale et économique était tombée dans une sorte
d’oubli. Des doutes importants naissaient à propos des aptitudes de la tradition libérale démocrate à
faire face aux problèmes de l’époque ; en fait, dans un certain nombre de pays européens, des
gouvernements inspirés par de tels principes furent remplacés par des régimes totalitaires. Bientôt, le
crash économique de 1929 réduisit le bien-être matériel dans le monde entier, entraînant toutes les
insécurités morales et psychologiques qui en résultaient.
Une étude de ces circonstances permet de comprendre l’ampleur du défi auquel Shoghi Effendi dut
faire face au commencement de son ministère. Objectivement, rien dans la condition de l’humanité
telle qu’elle était n’aurait pu laisser espérer que la vision d’un nouveau monde que lui avaient léguée
les Fondateurs de la cause bahá’íe aurait des chances de progresser de façon significative pendant les
années qui lui seraient allouées.
Les moyens à sa disposition ne semblaient posséder ni la puissance, ni la souplesse, ni la
sophistication nécessaires à sa tâche. En 1923, quand Shoghi Effendi fut enfin en mesure d’assumer la
pleine direction de la Cause, le noyau des disciples de Bahá’u’lláh était composé de l’ensemble des
croyants en Iran, dont le nombre n’avait pas encore pu être déterminé avec certitude. Très limitée
matériellement, la communauté iranienne était privée de la plupart des moyens nécessaires à la
promotion de la
Cause et était harcelée sans répit. En Amérique du nord, de petites communautés de croyants étaient
chargées de l’imposante responsabilité du Plan divin, et alors que la crise économique s’aggravait de
jour en jour, ils se trouvèrent aux prises avec le simple problème de gagner leur vie et de subvenir aux
besoins de leur famille. En Europe, en Australasie et en Extrême-Orient, la flamme de la Foi était
entretenue par des groupes de bahá’ís encore moins importants, des groupes isolés, des familles et des
individus éparpillés à travers le reste du monde. La littérature, y compris en anglais, n’était pas
appropriée ; la traduction des Écrits dans d’autres langues importantes et le financement nécessaire à
leur publication représentaient des charges presque impossibles à assumer.
La vision communiquée par le Maître était toujours aussi flamboyante, et cependant, compte tenu des
conditions qui prévalaient partout, les moyens dont disposaient les bahá’ís ont dû leur apparaître
misérablement inadéquats. Les fondations du futur temple-mère de l’Occident qui s’élevaient, noires
et massives, sur les rives du lac au nord de Chicago semblaient défier les concepts éclatants qui
avaient ébloui le monde de l’architecture peu d’années auparavant. À Bagdad, les opposants à la Foi
s’étaient emparés de « la Maison la plus sacrée » que Bahá’u’lláh avait désignée comme le cœur du
pèlerinage bahá’í. En Terre sainte même, la maison de Bahá’u’lláh tombait en ruine, résultat de la
négligence des briseurs d’alliance qui l’occupaient, et le mausolée contenant les précieux restes du
Báb et de ‘Abdu’l-Bahá en était toujours à la simple structure de pierre élevée par le Maître.
Après une série de consultations préliminaires avec des bahá’ís notoires, le Gardien vit clairement que
même une discussion officielle avec des croyants qualifiés à propos de la création d’un secrétariat
international serait inutile et irait très probablement à l’encontre du but recherché. C’est donc seul que
Shoghi Effendi se mit à l’œuvre pour faire avancer la vaste entreprise qui lui était confiée. Pour les

croyants actuels, il est presque impossible de comprendre à quel point il était seul, et dans la mesure
où quelqu’un s’en rend compte, cette prise de conscience est très douloureuse.
Les membres de la famille élargie du Maître étaient partout très respectés par les bahá’ís pour leur
lignage distingué ; le Gardien pensa donc initialement qu’ils se réjouiraient de pouvoir l’aider à
réaliser le dessein exposé dans un langage si impérieux et si émouvant par le Testament du Maître.
En conséquence, il invita ses frères, ses cousins et une de ses sœurs à lui apporter l’aide administrative
que son travail de Gardien exigeait car leur éducation les qualifiait pour cela. Tragiquement, à mesure
que le temps passait, ces personnes s’avérèrent l’une après l’autre insatisfaites du rôle d’assistants qui
leur avait été confié et négligèrent l’exécution de leur fonction. Et, chose bien plus grave, Shoghi
Effendi dut faire face à une situation où l’autorité qui lui était conférée, bien qu’exprimée en termes
sans équivoque dans le Testament, était considérée par ceux qui lui étaient apparentés comme étant
d’un caractère purement nominal. Ces individus avaient choisi de voir dans la conduite de la Foi une
affaire essentiellement familiale dans laquelle un grand poids devait être accordé aux idées des plus
âgés qui étaient supposés avoir la compétence de cette prérogative. Au début, la situation fut marquée
par des manifestations de mécontentement, puis elle se dégrada régulièrement jusqu’au point où les
enfants et les petits-enfants de ‘Abdul’Bahá crurent pouvoir marquer leur désaccord avec son
successeur désigné et désobéir à ses instructions.
Rúh∂íyyih Khánum vécut les dernières étapes de ce phénomène de détérioration, elle fut témoin de ses
effets sur le travail de la Cause autant que sur la personne du Gardien et en souffrit beaucoup. Elle a
écrit :
...il s’agit de comprendre la vieille histoire d’Abel et de Caïn, le récit des jalousies familiales qui, tel
un fil sombre dans le tissu de l’histoire, se reproduit d’âge en âge et se retrouve dans tous ses
épisodes… La faiblesse du cœur humain qui s’attache souvent à un objet sans valeur, la faiblesse de
la raison encline à la vanité et sûre de ses propres opinions, conduit l’homme à un chaos d’émotions
qui aveugle son jugement et l’égare… Même si la violation de l’Alliance semble constituer un
phénomène inhérent à la religion, cela ne signifie pas qu’elle ne nuit pas à la Cause… Et cela ne
signifie surtout pas qu’elle n’a aucune répercussion dévastatrice sur le Centre de l’alliance lui-même.
Toute la vie de Shoghi Effendi fut assombrie par les attaques personnelles hargneuses dont il fut
l’objet. (55) Ruh∂iyyih Rabbání, La Perle inestimable (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes 1976), pp.150-151.
Ce sombre décor met en lumière de façon encore plus brillante les réalisations de « la plus sainte
Feuille », sœur de ‘Abdul’Bahá et dernière survivante de l’âge héroïque de la Foi. Bahíyyih Khánum
joua un rôle vital en protégeant les intérêts de la Cause après la mort du Maître et elle devint le seul
véritable soutien de Shoghi Effendi. Sa fidélité suscita de la plume de celui-ci les passages les plus
profondément émouvants qu’il ait peut-être jamais écrits. L’éloge qu’il lui adressa, après son décès en
1932, parut dans une lettre aux bahá’ís de tout l’Occident. En voici un extrait :
Seules des générations et des plumes futures, plus qualifiées que je ne le suis, seront capables de lui
rendre un hommage digne de l’extrême noblesse de sa vie spirituelle, du rôle unique qu’elle joua tout
au long des étapes tumultueuses de l’histoire bahá’íe, rôle dont il ne reste aucune trace et ignoré de la
grande majorité de ses admirateurs ardents en Orient et en Occident, un hommage digne des
expressions de louanges dithyrambiques qui ont coulé des plumes de Bahá’u’lláh et de ‘Abdu’l-Bahá,
le Centre de l’alliance, un hommage digne du rôle qu’elle a eu sur le cours de certains des événements
majeurs notés dans les annales de la Foi, digne encore des souffrances qu’elle a endurées, des
sacrifices qu’elle a consentis, des précieux gestes de compassion inépuisable qu’elle dispensait de
manière remarquable. Ces faits et beaucoup d’autres encore sont si inextricablement imbriqués dans la
trame de la Cause qu’aucun futur historien de la foi de Bahá’u’lláh ne peut les ignorer ni les
minimiser… Lesquels de ses bienfaits vais-je rapporter parmi ceux qu’elle déversait sur moi dans sa
sollicitude sans faille aux heures les plus critiques et les plus troublées de ma vie ? Pour moi qui avait
un besoin insatiable de la grâce vivifiante de Dieu, elle était le symbole vivant de bien des attributs
que j’avais appris à admirer chez ‘Abdu’l-Bahá. (56) Shoghi Effendi, Bahá’í Administration, op. cit., pp.187-
188,194.
Durant de longues années, le Gardien sentit que pour la protection de la Cause, il devait garder le
silence à propos de la détérioration de la situation dans la sainte famille. Finalement, l’opposition
explosa en actes de défi manifestes, impliquant la famille dans une collaboration honteuse et jusque
dans des mariages avec des membres du clan des briseurs d’alliance - dont la traîtrise avait fait l’objet
d’une mise en garde véhémente dans le Testament du Maître - ainsi qu’avec une autre famille du

voisinage qui était profondément hostile à la Cause. Et c’est seulement alors que le Gardien se sentit
obligé d’expliquer au monde bahá’í la nature des forfaits et la situation qu’il devait affronter. (57) De
forfait en forfait, la mauvaise conduite avérée des frères, sœurs et cousins de Shoghi Effendi ne lui avait finalement pas laissé
d’alternative que d’informer le monde bahá’í qu’ils avaient brisé l’Alliance.
Cette triste histoire est importante pour comprendre la Cause au vingtième siècle, non seulement en
raison des « ravages » - comme le dit le Gardien - qu’elle causa au sein de la sainte famille, mais en
raison de l’éclairage apporté aux défis que la communauté bahá’íe devra affronter de plus en plus
souvent dans les années suivantes, défis prédits en langage explicite à la fois par le Maître et par le
Gardien. En dehors du manque de sincérité qui marquait beaucoup trop d’entre eux, les membres de la
famille de Shoghi Effendi n’avaient pas conscience, ou seulement très peu, de la nature spirituelle du
rôle qui lui était confié dans le Testament. Que la révélation de Dieu pour cette époque de la maturité
de l’humanité apporte avec elle une autorité nécessaire pour la restructuration de l’ordre social - et
c’était là une caractéristique essentielle de sa mission - représentait un défi spirituel qu’ils semblaient
incapables de comprendre, ou peut-être ne le cherchèrent-ils jamais. Le fait qu’ils aient abandonné le
Gardien est une leçon qui restera pour la postérité, tout au long des siècles de la « dispensation »
bahá’íe. Pour tous ceux qui lurent leur histoire, le destin de ce groupe d’individus, privilégiés mais
indignes, souligne l’importance de l’alliance de Bahá’u’lláh dans l’unification de l’humanité et les
exigences sans compromis qu’elle réclame de ceux qui recherchent sa protection.
*
Lorsqu’ils considèrent les événements du ministère de Shoghi Effendi, les bahá’ís doivent faire un
effort d’imagination pour porter le même regard que lui sur la nature de la mission qui lui a été
confiée. L’ensemble des écrits qu’il a laissés nous sert de guide. Dans un très grand nombre de textes
et de causeries, ‘Abdul’Bahá proclame le principe essentiel du message de Bahá’u’lláh : « Dans cette
prodigieuse révélation, ce siècle glorieux, la conscience de l’unité de l’humanité est la base de la foi de
Dieu et le trait caractéristique de sa loi. » (58) Shoghi Effendi, L’ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 31.
‘Abdul’Bahá avait montré autant d’emphase en affirmant, comme cela a déjà été noté, que
l’unification de l’humanité était maintenant devenu un objectif réaliste grâce aux changements
révolutionnaires intervenus dans tous les domaines humains. C’est cette vision qui fournit au travail de
Shoghi Effendi sa puissance organisatrice pendant les trente-six années de son Gardiennat. Ses
implications furent le thème de certains des plus importants messages qu’il écrivit.
S’adressant en 1931 aux amis occidentaux, il ouvrit pour eux une perspective lumineuse :
Le principe de l’unité de l’humanité, pivot autour duquel évoluent tous les enseignements de
Bahá’u’lláh, ne représente ni un simple débordement d’émotivité ignorante ni une expression d’espoir
vague et pieux. Son appel ne peut être simplement qualifié de réveil de l’esprit de fraternité ou de
bonne volonté entre les hommes, pas plus qu’il ne vise uniquement à promouvoir une coopération
harmonieuse entre les différents peuples et nations. Ses implications sont plus profondes, ses
prétentions sont plus grandes que celles avancées par les prophètes du passé. Son message ne s’adresse
pas seulement à l’individu, mais s’intéresse d’abord à la nature des relations essentielles qui doivent
relier tous les États et nations comme les membres d’une seule famille… Ce qui implique une
transformation structurelle fondamentale de la société d’aujourd’hui, telle que le monde n’en a jamais
connue… Ce qui ne nécessite rien de moins qu’une reconstruction et une démilitarisation de tout le
monde civilisé - un monde unifié méthodiquement dans tous les aspects fondamentaux de sa vie, de
son appareil politique, de ses aspirations spirituelles, de son commerce et de sa finance, de son écriture
et de sa parole, et conservant cependant une infinie diversité dans les caractéristiques de ses éléments
fédérés. (59) ibid., p.38.
La métaphore fondamentale par laquelle Bahá’u’lláh, et après lui ‘Abdu’l-Bahá, avait saisi le
processus millénaire qui amena l’humanité à ce point culminant de son histoire collective est un
concept très fort dans les écrits du Gardien. Cette image montre l’analogie possible entre les étapes par
lesquelles la société humaine s’est graduellement organisée et unifiée, et le processus par lequel
chaque être humain développe lentement les facultés de sa maturité à partir des limitations de son
enfance. De nombreux écrits de Shoghi Effendi sur la transformation qui a lieu à notre époque mettent
cela clairement en évidence :
L’humanité a laissé loin derrière elle les longues périodes de la petite enfance et de l’enfance qu’elle
avait dû traverser. Elle aborde maintenant l’adolescence, cette époque la plus turbulente de son
évolution, et connaît les secousses qui lui sont invariablement associées alors que l’impétuosité et la

véhémence de la jeunesse atteignent leur paroxysme avant d’être progressivement remplacées par le
calme, la sagesse et la maturité qui caractérisent l’âge adulte. (60) ibid. p.196.
Réfléchissant sur cette vaste conception Shoghi Effendi fut amené à proposer au monde bahá’í une
description cohérente du futur. Depuis, celle-ci a permis à trois générations de croyants d’exposer
clairement partout dans le monde, aux gouvernements, aux médias et au grand public, les perspectives
dans lesquelles la foi bahá’íe poursuit son travail :
L’unité de l’humanité telle qu’elle est envisagée par Bahá’u’lláh implique l’établissement d’une
fédération mondiale où toutes les nations et les races, les croyances et les classes sont profondément et
définitivement unies, où l’autonomie de ses États membres, la liberté individuelle, l’initiative des
personnes sont totalement garanties pour toujours. Dans la mesure où on peut se le représenter, cette
fédération devra comporter un corps législatif mondial dont les membres, en tant que mandataires de
toute l’humanité, contrôleront finalement la totalité des ressources de toutes les nations participantes,
ils édicteront les lois nécessaires pour réglementer la vie, satisfaire les besoins et accorder les relations
de toutes les races et de tous les peuples. Un pouvoir exécutif mondial, soutenu par une armée
internationale, fera appliquer les décisions prises et les lois décrétées par le corps législatif et garantira
l’unité organique de toute la fédération. Un tribunal mondial arbitrera et rendra un verdict exécutoire
et sans appel pour tous les conflits qui pourront surgir entre les divers éléments constituant ce système
universel… Les ressources économiques du monde seront gérées méthodiquement, ses matières
premières seront extraites et utilisées de manière mesurée, ses marchés seront harmonisés et
développés, et ses produits seront équitablement distribués. (61) ibid. pp. 197-198.
Dans l’interprétation définitive de l’Ordre administratif que donne son ouvrage, La dispensation de
Bahá’u’lláh, Shoghi Effendi fit notamment référence au rôle que l’institution qu’il représentait
jouerait en permettant à la Cause « d’avoir un dessein large et continu couvrant les générations à
venir.... »
Ce talent unique s’exprima avec une clarté toute particulière pour décrire la nature duelle du processus
historique qu’il voyait se dérouler durant le vingtième siècle. Il dit que le paysage économique
international sera progressivement refaçonné par les forces jumelles d’ « intégration » et de
« désintégration », échappant en fin de compte au contrôle humain. À la lumière de ce que nous avons
aujourd’hui sous les yeux, sa vision du fonctionnement de ce double processus est à couper le souffle :
la création d’un « mécanisme d’intercommunication mondiale... fonctionnant avec une merveilleuse
rapidité et une parfaite régularité », (62) ibid. p. 203. l’ébranlement de l’État-nation comme arbitre
suprême de la destinée humaine, les effets dévastateurs sur la cohésion sociale de l’écroulement moral
croissant, dans le monde, la désillusion générale du public face à la corruption politique ; et -
inimaginable à son époque - l’émergence d’institutions internationales dédiées à la promotion du bien-
être, harmonisant l’activité économique, définissant les normes internationales et encourageant un sens
de solidarité parmi les différents peuples et cultures. Le Gardien expliqua que ces progrès, ainsi que
d’autres, changeraient fondamentalement les conditions dans lesquelles la cause bahá’íe poursuivrait
sa mission au cours des décennies à venir.
Ainsi que Shoghi Effendi le releva dans les Écrits qu’il fut appelé à interpréter, un de ces progrès
frappants concernait le futur rôle des États-Unis en tant que nation, et, dans une moindre mesure, celui
de ses nations sœurs en Occident. Sa clairvoyance est d’autant plus remarquable si l’on se souvient
qu’il écrivait à un moment de l’histoire où les États-Unis étaient résolument isolationnistes, leur
politique étrangère s’accordant parfaitement avec les convictions de la majorité des citoyens. Shoghi
Effendi eut cependant la vision d’un pays assumant un « rôle actif et décisif... dans l’organisation et
l’instauration d’un équilibre pacifique des affaires de l’humanité ». Il rappela aux bahá’ís la prédiction
de ‘Abdul’Bahá selon laquelle les États-Unis avaient développé des aptitudes qui leur permettraient
d’être « la première nation à construire les fondations d’un accord international », à cause de la nature
unique de leur composition sociale et de leur politique – et non par quelque « excellence intrinsèque
ou mérite particulier de leur peuple ». En effet, il augurait que les gouvernements et les peuples de tout
l’Occident s’orienteraient de plus en plus dans cette direction. (63) Shoghi Effendi, L’avènement de la justice
divine, op. cit., pp. 118-112-29.
Dès la naissance de la Cause, dans les appels adressés à ses disciples, le Báb annonçait déjà le rôle que
la communauté bahá’íe serait appelée à jouer pour faire aboutir ce processus historique :
Ô mes amis bien-aimés ! Vous êtes en ce jour les porteurs du nom de Dieu... Vous êtes les humbles
dont Dieu, dans son livre, a parlé en ces termes : « Et nous désirons accorder nos faveurs aux humbles

de la terre, en faire des guides spirituels parmi les hommes, et en faire nos héritiers. » Vous avez été
appelés à ce rang ; vous n’y parviendrez qu’en foulant aux pieds chaque désir terrestre et en vous
efforçant de devenir ces « dignes serviteurs de Dieu qui se taisent tant qu’il n’a point parlé et qui
exécutent ses commandements »… Ne considérez pas votre faiblesse ni votre fragilité ! Fixez votre
regard sur le pouvoir invincible du Seigneur, votre Dieu, le Tout-Puissant… Levez-vous en son nom,
mettez toute votre confiance en lui et soyez assurés de l’ultime victoire. (64) Nabil-i-A’z∂am, La chronique
de Nabil (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1986), pp. 81, 82, 83.
Déjà en 1923, Shoghi Effendi ressentit le besoin d’ouvrir son cœur aux amis d’Amérique du nord sur
ce sujet :
Prions Dieu ! En ces jours où les ténèbres envahissent le monde, où les forces obscures de la nature, de
la haine, de la révolte, de l’anarchie et de l’opposition menacent la stabilité même de la société, où les
fruits les plus précieux de la civilisation sont soumis à des épreuves sévères et sans précédent,
puissions-nous tous comprendre encore plus profondément qu’en ce jour nous sommes les instruments
choisis de la grâce de Dieu bien qu’une poignée seulement parmi les masses agitées du monde, que
notre mission est des plus urgentes et des plus vitales pour le destin de l’humanité, et puissions-nous
nous lever, forts de ces convictions, pour accomplir le dessein sacré de Dieu pour l’humanité. (65)
Shoghi Effendi, Bahá’í Administration, op. cit., p. 52.
*
Shoghi Effendi était pleinement conscient de l’état de décadence de la société, des conséquences de la
trahison des membres de sa famille dont il avait pu espérer quelque assistance, et de la faiblesse
relative des ressources dont il disposait dans la communauté bahá’íe elle-même. Il entreprit de forger
les instruments nécessaires à la mission dont il avait hérité.
La plupart des bahá’ís concevaient plus ou moins que les assemblées qu’on leur avait demandé de
former avaient une signification dépassant de loin la simple direction des affaires ordinaires dont elles
étaient chargées. ‘Abdul’Bahá avait encouragé leur établissement et les qualifiait ainsi :
… des lampes étincelantes et des jardins célestes d’où sont diffusés en toutes régions les parfums de
sainteté, et d’où les lumières de la connaissance sont répandues sur toutes choses créées. De ces
assemblées, l’esprit de vie rayonne dans toutes les directions. Ce sont, en vérité, les sources puissantes
du progrès humain, à tout instant et en toutes circonstances... (66) Sélections des écrits de ‘Abdu’l-Bahá,op.
cit., p.79-80, section 3.
C’est à Shoghi Effendi qu’il revint, en fait, d’aider la communauté à comprendre la place et le rôle de
ces corps consultatifs nationaux et locaux dans la structure de l’Ordre administratif créé par
Bahá’u’lláh et élaboré selon les dispositions du Testament du Maître. Un nombre significatif de
croyants se heurtèrent à l’obstacle que constituait l’hypothèse non vérifiée, mais admise par beaucoup,
selon laquelle la Cause était essentiellement une association « spirituelle » dont l’organisation ne
constituait pas un trait inhérent au dessein divin - cela n’étant d’ailleurs pas nécessairement
antithétique. Soulignant que le Kitáb-i-Aqdas e t l e Testament « ne sont pas seulement
complémentaires, mais... se valident l’un l’autre, et sont parties inséparables d’une unité », (67) Shoghi
Effendi, L’ordre mondial de Bahá’u’lláh, op.cit., p. 2. le Gardien invita les croyants à méditer sur une vérité
essentielle de la Cause qu’ils avaient embrassée :
Nombreux sont ceux qui admettront que l’esprit insufflé par Bahá’u’lláh dans le monde, qui se
manifeste plus ou moins intensément grâce aux efforts conscients de ses disciples avérés et
indirectement grâce à certaines organisations humanitaires, ne pourra jamais ni pénétrer ni influencer
l’humanité tant qu’il ne se sera pas incarné en un ordre visible qui portera son nom, s’identifiera à ses
principes et fonctionnera selon ses lois. (68) ibid. p. 15.
Il pressa les disciples de la Foi de comprendre la différence essentielle entre la révélation de
Bahá’u’lláh, dont les textes révélés contiennent des dispositions détaillées concernant l’autorité de cet
Ordre, et ces révélations annonciatrices qui, dans leurs Écritures, n’ont rien dit sur la gestion des
affaires et rien expliqué des desseins de leur Fondateur. Selon les paroles de Bahá’u’lláh : « En vérité,
le cycle prophétique est clos. La Vérité éternelle est maintenant venue. Il lève bien haut l’étendard du
pouvoir... » (69) Extraits des écrits de Bahá’u’lláh, op. cit., extrait 25 p. 41. Selon Shoghi Effendi, contrairement
aux « dispensations » du passé, la révélation de Dieu pour notre temps a donné naissance à « un
organisme vivant » dont les lois et les institutions constituent « les fondements d’une économie
divine », « un modèle pour la société future », « le seul organe pour l’unification du monde et la
proclamation du règne de la droiture et de la justice sur terre ». (70) Shoghi Effendi, L’ordre mondial de
Bahá’u’lláh, op. cit., p. 16.

Le Gardien exhortait les amis à comprendre que les assemblées spirituelles qu’ils établissaient
laborieusement à travers le monde préfiguraient les « maisons de justice » locales et nationales
imaginées par Bahá’u’lláh. Elles étaient donc parties intégrantes de l’Ordre administratif qui, en temps
utile « s’imposerait et se ferait reconnaître comme le noyau et le modèle exact du nouvel ordre
mondial destiné à embrasser, le moment venu, la totalité de l’humanité ».(71) ibid. p. 133.
Pour quelques membres des jeunes communautés de l’Ouest, un tel éloignement des conceptions
traditionnelles de la nature et du rôle de la religion s’avéra être une épreuve trop difficile, et ces
communautés bahá’íes eurent la douleur de voir s’éloigner de vaillants compagnons vers une
recherche spirituelle plus conforme à leurs tendances naturelles. Cependant, pour la vaste majorité des
croyants, d’importants messages de la plume du Gardien tels que Le but d’un nouvel ordre mondial et
La dispensation de Bahá’u’lláh firent toute la lumière sur la question qui justement les intéressait le
plus, la relation entre la vérité spirituelle et le développement social, faisant naître en eux la
détermination de participer à l’édification du futur de l’humanité.
Le Gardien apporta également la vision qui allait structurer ce travail considérable. Il déclara que
« l’âge héroïque » de la dispensation de Bahá’u’lláh s’était terminé avec le décès de ‘Abdul’Bahá. La
communauté bahá’íe s’engageait maintenant dans l’« âge de fer », « l’âge formatif », durant lequel
l’Ordre administratif serait édifié sur toute la planète, ses institutions établies, et les pouvoirs de
« construction de la société » qui lui sont inhérents seraient complètement révélés. Loin au-delà se
trouve ce que Shoghi Effendi appelle l’« âge d’or » de la « dispensation », menant finalement à
l’émergence d’une fédération mondiale bahá’íe qui concourra à l’établissement sur terre du royaume
de Dieu et à la création d’une civilisation mondiale. (72) Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit. p. 25.
L’élan initial communiqué à la conscience humaine par la révélation du Verbe créateur lui-même et
les implications sociales à caractère révolutionnaire que le Maître en a donné, étaient maintenant
transposés par leur interprète désigné dans le vocabulaire d’une évolution politique et économique
utilisé dans le discours public de l’époque. L’alliance que Bahá’u’lláh établit avec ceux qui se tournent
vers lui confère une force irrésistible à ce processus, met en lumière les dimensions toujours nouvelles
que prend l’expérience bahá’íe et sert de moteur à l’unification de l’humanité qu’il proclame. Bien que
n’ayant pas au début le nom d’assemblées spirituelles, les conseils créés en Perse à l’instigation de
‘Abdul’Bahá par les communautés locales bahá’íes assumaient la responsabilité de la gestion de leurs
affaires. À la lumière de ce qui allait suivre, quiconque possédant un certain sens de l’histoire sera
frappé du fait que la première assemblée spirituelle, celle de Téhéran, fut fondée en 1897, année même
de la naissance de Shoghi Effendi. Sous la direction du Maître, des réunions ponctuelles animées par
les quatre Mains de la cause en Perse avaient graduellement évolué vers cette institution qui servait
simultanément d’assemblée spirituelle centrale pour la Perse et d’organe directeur pour la
communauté locale de la capitale. Au moment du décès de ‘Abdul’Bahá, on comptait en Perse plus de
trente assemblées spirituelles locales. Dès 1922, Shoghi Effendi appela à l’établissement officiel de
l’Assemblée spirituelle nationale de Perse, mais cet objectif fut retardé jusqu’en 1934 à cause des
difficultés d’un recensement fiable de la communauté, base de l’élection des délégués.
Hors de Perse, dans le Turkestan russe, les croyants de `Ishqábád élirent leur première assemblée
spirituelle locale. Celle-ci joua un rôle important dans le projet du premier Mashriqu’l-Adhkár bahá’í,
à `Ishqábád. En Amérique du nord toutes sortes de groupements consultatifs - appelés à l’époque
« Boards of Council », « Council Boards », « Boards of Consultation » et « Working Committees »
Note de traduction: ces termes n’ont pas été traduits parce qu’ils n’ont jamais existé dans la terminologie francophone. -
exécutèrent des fonctions analogues et évoluèrent progressivement en corps élus, précurseurs des
assemblées spirituelles. Au moment du décès du Maître, environ une quarantaine de ces comités
fonctionnaient en Amérique du nord. Ces réalisations préparèrent la voie à l’émergence prochaine de
la première Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís des États-Unis et Canada qui se développa à
partir du « Temple Unity Board » ibid, un corps créé en 1909 pour coordonner la construction de la
future maison d’adoration. L’Assemblée spirituelle nationale fut formée en 1923, bien que les
exigences administratives du Gardien pour cette étape n’aient été satisfaites qu’en 1925. Avant 1925,
des assemblées nationales avaient été établies dans les Iles britanniques, en Allemagne et Autriche, en
Inde et Birmanie, également en Égypte et Soudan. (73) The Bahá’í World, vol.X (Wilmette : Bahá’í Publishing
Committee, 1949), pp. 142-149, donne un aperçu détaillé de l’expansion de la Cause jusqu’à la fin du plan de sept ans.
Alors que des assemblées spirituelles nationales et locales se formaient, le Gardien souligna le fait
qu’elles devraient obtenir une reconnaissance légale en tant que personnes morales. Le réaliser de

manière appropriée permettrait aux institutions administratives bahá’íes de posséder des propriétés, de
signer des contrats et d’obtenir graduellement toute une gamme de droits essentiels aux intérêts de la
Cause. L’importance que Shoghi Effendi attachait à ce nouveau stade de l’évolution de
l’administration devient évidente à travers les photocopies de ces actes civils qui prenaient une place
de plus en plus importante dans différents volumes du « Bahá’í World », retraçant en photographies
l’expansion de la Foi. Et, une fois le Manoir de Bahjí reconquis, totalement restauré tel qu’à l’origine
et meublé comme il convient, Shoghi Effendi rassembla un grand nombre de ces documents de grande
valeur qu’il y exposa afin d’encourager et d’éduquer le flot toujours croissant des pèlerins au Centre
mondial.
Le processus d’enregistrement légal commença en 1927 avec l’adoption des statuts de l’Assemblée
spirituelle nationale des bahá’ís des États-Unis et Canada, qui obtint deux ans plus tard sa
reconnaissance légale en tant qu’association. Le 17 février 1932, l’Assemblée de Chicago, première
assemblée locale bahá’íe, établit les documents qui avec ceux de l’Assemblée de New York, datés du
31 mars de cette année-là, devaient devenir un modèle dans le monde entier. En 1949, l’Assemblée
spirituelle nationale des bahá’ís du Canada- formée après la scission l’année précédente de
l’assemblée de l’Amérique du nord - put officialiser la reconnaissance légale de ses statuts par un
décret, une victoire que Shoghi Effendi salua comme « un acte sans précédent dans les annales de la
Foi dans tous les pays, en Orient comme en Occident ». (74) Shoghi Effendi, Messages to Canada, 2nd ed.
(Thornhill : Bahá’í Canada Publications, 1999), p.114.
Ces nécessités administratives urgentes ne détournèrent pas Shoghi Effendi d’autres tâches qui étaient
essentielles à la formation de la vie spirituelle d’une 27communauté mondiale. La plus importante fut
le travail difficile qu’il était seul à pouvoir exécuter, celui de fournir au corps grandissant des croyants
qui n’étaient pas d’origine persane un accès sûr et direct aux Écrits des Fondateurs de la Foi. Les
Paroles cachées, le Kitáb-i-Iqán, les trésors sans prix rassemblés avec tant d’amour et d’acuité sous
les titres de Extraits des Écrits de Bahá’u’lláh, Prières et Méditations , Épître au Fils du loup» ainsi
que sa traduction et sa publication de la Chronique de Nabil fournirent la nourriture spirituelle dont le
travail de la Cause avait un besoin pressant.
Les pèlerins bahá’ís trouvèrent un enrichissement spirituel d’une qualité bien différente dans les lieux
sacrés et les sites historiques que le Gardien avait acquis - souvent au prix de longues et douloureuses
négociations - et qu’il restaura avec amour. Shoghi Effendi sut également profiter des occasions qui se
présentaient lorsqu’elles étaient en accord avec sa vision de l’histoire. En Égypte en 1925, un tribunal
religieux musulman sunnite refusa de reconnaître les mariages contractés entre des musulmanes et des
bahá’ís, insistant sur le fait que « la foi bahá’íe est une nouvelle religion, entièrement indépendante »
et que « aucun bahá’í ne peut donc être considéré comme musulman » et n’est pas, de ce fait, qualifié
pour épouser une musulmane. (75) Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., p. 354.
Utilisant les implications les plus larges de cette défaite apparente, le Gardien fit amplement usage du
jugement définitif du tribunal pour renforcer dans les cercles internationaux la nature indépendante,
distincte de ses racines islamiques, que revendiquait la Cause.
*
Alors que la communauté bahá’íe construisait les bases administratives qui lui permettraient de jouer
un rôle efficace dans les affaires de ce monde, le processus de désintégration en marche qu’avait perçu
Shoghi Effendi sapait le tissu de l’ordre social. Ses origines, bien que résolument ignorées par nombre
de théoriciens sociaux et politiques, commencent seulement après plusieurs décennies à être reconnues
lors de conférences internationales consacrées à la paix et au développement. À notre époque, il n’est
plus inhabituel de rencontrer dans de tels cercles des références naïves au rôle essentiel que les forces
« spirituelles » et « morales » doivent jouer dans la résolution des problèmes urgents. Pour un lecteur
bahá’í, une reconnaissance aussi tardive fait écho à un avertissement adressé plus d’un siècle
auparavant par Bahá’u’lláh aux dirigeants du monde : « La vitalité de la foi des hommes en Dieu se
meurt dans tous les pays... La corrosion de l’impiété dévore les organes vitaux de la société
humaine... » (76) Extraits des Ecrits de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 131, section XCIX.
Le Gardien soulignait que la responsabilité de la pire des tragédies repose principalement sur les
épaules des dirigeants religieux du monde. La condamnation la plus sévère de Bahá’u’lláh est réservée
à ceux qui, prétendant parler au nom de Dieu, ont imposé aux masses crédules, un fatras de dogmes et
de préjugés qui ont constitué le pire obstacle au progrès de la civilisation. Tout en reconnaissant les
actes charitables d’un nombre incalculable de religieux, il souligne les conséquences, tout au long de

l’histoire, de l’interposition des élites religieuses autoproclamées entre l’humanité et toutes les voix du
progrès qui se sont élevées, même celles des messagers de Dieu. Il demande : « Existe-t-il oppression
plus cruelle que celle de l’âme qui, recherchant la vérité et souhaitant atteindre à la connaissance de
Dieu, ne sait pas où aller pour cela… » (77) Bahá’u’lláh, Le livre de la certitude, Paris, Presses universitaires de
France 1987, p. 16. Selon la traduction de H. Dreyfus : Quelles « afflictions » plus grandes que celles-ci ? Un homme qui
veut connaître la vérité et atteindre à la connaissance de Dieu ne sait où aller ni qui interroger, tant les idées et les voies sont
nombreuses et contradictoires . À une époque avancée du progrès scientifique et de l’éducation généralisée,
à cause des effets cumulés de la désillusion qui en résultait, la foi religieuse paraissait inadaptée.
Incapables de gérer eux-mêmes la crise spirituelle, la plupart de ces religieux d’obédience diverses qui
prirent connaissance du message de Bahá’u’lláh ignorèrent l’influence morale évidente qu’il portait,
ou bien s’y opposèrent activement. (78) « En Europe au début du vingtième siècle, la moralité faisait autorité pour la
plupart …. Aussi les Européens réfléchis pouvaient-ils également croire au progrès moral et au recul des vices et de la
barbarie. À la fin du siècle, il est plus difficile de faire confiances aux lois ou au progrès de la morale. » Jonathan Glover,
Humanity : A Moral History of the Twentieth Century (London : Jonathan Cape, 1999), p.1. L’étude de Glover porte en
particulier sur la montée et l’influence des idéologies du vingtième siècle.
Reconnaître ce trait de l’histoire ne diminue pas le mal fait par ceux qui ont cherché à profiter du vide
spirituel ainsi laissé. Le désir ardent d’avoir une croyance est impossible à éteindre, il fait partie de ce
qui est immanent à l’être humain. Quand ce désir est bloqué ou trahi, l’âme rationnelle cherche dans
une autre direction, aussi inadéquate ou indigne soit-elle, où cette âme peut expérimenter et oser de
nouveau assumer les risques inévitables de la vie. C’est en ce sens que Shoghi Effendi avertit les
disciples de la Foi, dans un langage particulièrement fort, de la nécessité de comprendre la calamité
spirituelle qui submergea une grande partie de l’humanité entre les deux guerres mondiales :
En vérité, Dieu lui-même a été détrôné du cœur des hommes, et un monde idolâtre salue et adore avec
clameur et passion les faux dieux créés aveuglément par ses propres chimères, et exaltés avec impiété
par ses mains égarées ... Leurs grands prêtres sont les politiciens et les mondains habiles, les
philosophes matérialistes de cette époque ; leur sacrifice est la chair et le sang des multitudes égorgées
; leurs incantations, les doctrines désuètes et les formules insidieuses et irrévérencieuses ; leur encens,
la fumée de l’angoisse qui monte du cœur déchiré des affligés, des mutilés et des sans-abri. (79 ) Shoghi
Effendi, Voici le jour promis, op. cit., p. 105.
Telles des affections opportunistes, les idéologies agressives profitèrent de la situation créée par le
déclin de la vitalité religieuse. Bien que dans la corruption de la foi leur responsabilité respective ne
soit pas discernable, les trois systèmes de croyance qui ont joué un rôle dominant dans les affaires
humaines au cours du vingtième siècle différaient nettement dans leurs évidentes caractéristiques
secondaires sur lesquelles le Gardien attira l’attention. En dénonçant « les doctrines sombres, fausses
et perverses » qui apporteraient la dévastation sur « tout homme ou peuple qui croirait en elles »,
Shoghi Effendi mit particulièrement en garde contre les divinités du nationalisme, du racisme et du
communisme. (80) ibid.
Il n’y a pas grand-chose à dire du régime fasciste créé en 1922 par la « marche sur Rome ».
Longtemps avant que le régime et son dirigeant aient été balayés dans l’oubli durant les derniers mois
de la seconde guerre mondiale, le fascisme était devenu un objet de ridicule pour la majorité de ceux
qui l’avaient soutenu à l’origine. Son importance réside plutôt dans la foule d’imitateurs qu’il
engendra et qui devaient proliférer depuis lors dans le monde entier, telle une série de mutations
pernicieuses.
Alimentée par un nationalisme fou, cette aberration de l’esprit humain déifiait l’État, découvrait
partout des menaces imaginaires contre la survie nationale des peuples malheureux qu’elle avait
subjugués et prêchait à qui voulait l’entendre la notion de guerre « ennoblissant » l’âme humaine. La
parade, style opéra comique, des uniformes, des bottes de cavaliers, des bannières et des trompettes
qui lui étaient généralement associés, ne devrait pas cacher à un observateur contemporain l’héritage
virulent que le fascisme a laissé à notre temps, enchâssant dans le vocabulaire politique des termes
aussi angoissants que « desaparecidos » (les disparus).
Partageant l’idolâtrie du fascisme pour l’État, le nazisme, son frère en idéologie, se fit la voix d’une
perversion beaucoup plus ancienne et insidieuse. En son cœur noir gisait une obsession relative à ce
que ses défenseurs appelaient « la pureté de la race ». La détermination obstinée avec laquelle le
nazisme poursuivait ses buts meurtriers n’était en aucune façon affaiblie par les postulats, à l’évidence
faux, sur lesquels il se basait. Le système nazi était unique de par la pure bestialité de l’acte le plus
communément associé à son nom, à savoir le programme de génocide systématiquement appliqué aux

populations considérées comme sans valeur ou encore nuisibles pour le futur de l’humanité,
programme comportant une tentative délibérée d’extermination de la totalité du peuple juif.
Finalement, c’est la détermination du nazisme de voir une « race maîtresse » de sa propre conception
régner sur la planète tout entière qui donna raison à ‘Abdul’Bahá dans sa mise en garde prophétique,
vingt ans auparavant, contre une autre guerre bien plus terrible que la première, qui ravagerait le
monde. Comme le fascisme, le nazisme a laissé des débris perdurant jusqu’à notre époque. Dans son
cas, ceci prend la forme d’un langage et de symboles à travers lesquels une frange de la société
d’aujourd’hui, démoralisée par la décadence économique et sociale environnante et désespérée par
l’absence de solution, laisse éclater sa rage impuissante sur des minorités jugées responsables de ses
déceptions.
Le faux dieu identifié de façon explicite par le Maître et nommément dénoncé par Shoghi Effendi,
avait démontré son caractère dès le début en détruisant brutalement, durant la dernière partie de la
première guerre mondiale, le premier gouvernement démocratique jamais établi en Russie. Pendant de
longues années, le système soviétique créé par Vladimir Lénine réussit à donner à beaucoup l’image
d’un bienfaiteur de l’humanité et du champion de la justice sociale. À la lumière des événements
historiques, de telles prétentions étaient grotesques. Les documents disponibles actuellement
fournissent la preuve irréfutable de crimes si énormes et de folies si abyssales qu’ils n’ont aucun
équivalent dans les six mille ans d’histoire. À un degré que jamais on n’a imaginé auparavant, ni
même seulement tenté d’imaginer, la conspiration léniniste contre la nature humaine chercha aussi
systématiquement à éteindre la foi en Dieu. Quelle que soit l’opinion que peuvent avoir actuellement
des théoriciens politiques sur la situation, personne ne peut être surpris qu’une telle violence délibérée
contre les racines de la motivation humaine mena inexorablement à la ruine économique et politique
de ces sociétés assez infortunées pour être tombées sous la domination soviétique. Malheureusement
son effet spirituel à long terme fut de détourner au profit de son programme amoral le grand désir
légitime de liberté et de justice des peuples soumis à travers le monde entier.
D’un point de vue bahá’í, l’adoration de l’humanité pour des idoles de sa propre invention a son
importance, non à cause des événements historiques associés à ces forces, aussi abominables soientils, mais en raison de la leçon qu’on en retire. Portant un regard en arrière sur le monde crépusculaire
dans lequel ces forces diaboliques ont menacé le futur de l’humanité, on doit se demander quelle
faiblesse de la nature humaine la rendait vulnérable à de telles influences. Voir en quelqu’un comme
Benito Mussolini l’image d’un « envoyé du destin », se sentir obligé d’intégrer les théories raciales
d’Adolf Hitler comme n’importe quoi excepté des produits d’un esprit à l’évidence malade, accueillir
sérieusement la ré-interprétation de l’expérience humaine à travers des dogmes ayant donné naissance
à l’Union soviétique de Joseph Staline, cela constitue un rejet délibéré de la raison pour une partie
considérable de l’élite intellectuelle de la société et exige de rendre des comptes à la postérité.
Entrepris sans passion, un tel bilan doit, tôt ou tard, concentrer l’attention sur une vérité qui parcourt
comme un fil les Écrits de toutes les religions de l’humanité. Bahá’u’lláh l’exprime par ces mots :
Sur l’essentielle réalité de chaque chose créée, il a répandu la lumière d’un de ses noms, et de chacune
d’elles il a fait le siège d’un de ses attributs. Mais sur la réalité de l’homme, il a concentré l’éclat de
tous ses noms et attributs et il en a fait le miroir de sa propre Personne. Seul entre toutes choses créées,
l’homme a été choisi comme objet d’une si grande faveur... Mais ces énergies dont l’Étoile du matin
de la bonté divine et la Source de la direction divine ont doté l’essentielle réalité de l’homme ne sont
en lui que latentes, comme est latente la flamme dans la bougie et comme les rayons de la lumière sont
en puissance dans la lampe… Ni la lampe, ni la bougie ne peuvent s’allumer d’elles-mêmes et le
miroir ne saurait davantage, par ses propres moyens, se débarrasser de ses souillures. (81) Extraits des
écrits de Bahá’u’lláh, op. cit., p.45 (section XXVII).
La conséquence de l’engouement de l’humanité pour les idéologies conçues par son propre esprit fut
l’accélération terrifiante du processus de désintégration qui dissolvait le tissu de la vie sociale et
cultivait les impulsions les plus viles de la nature humaine. La sauvagerie engendrée par la première
guerre mondiale était maintenant omniprésente dans la vie sociale de la majeure partie de la planète.
« Ainsi avons-nous rassemblé les artisans d’iniquité ! », avait averti Bahá’u’lláh plus d’un siècle
auparavant. « Nous les voyons se précipiter vers leur idole... Ils se hâtent vers le feu de l’enfer, et le
prennent pour la lumière. » (82) Extraits des écrits de Bahá’u’lláh, op. cit., p.29, (section XVII).
Chapitre VI

PARALLÈLEMENT À LA MISE EN PLACE de la structure administrative de la Cause, Shoghi
Effendi tournait son attention sur la tâche qu’il avait été obligé de retarder pendant si longtemps, la
mise en œuvre du Plan divin du Maître. En Perse, ce processus était déjà bien avancé. D’abord dirigé
par Bahá’u’lláh puis par ‘Abdu’l-Bahá, un corps d’enseignants, les muballighín, tout particulièrement
désignés à cette fin, stimulaient le travail au niveau local dans tout le pays, et l’existence d’une vie
communautaire intense contribua à l’intégration relativement rapide de nouveaux déclarés. Les fonds
du H∆uqúqu’lláh, complétés par la pratique de la délégation qui était une particularité déjà ancrée dans
la conscience des bahá’ís en Perse, fournirent un support matériel à ces activités d’enseignement.
En Occident, en réponse à l’appel du Maître, des personnages aussi exceptionnels que Lua Getsinger,
May Maxwell et Martha Root apportèrent le souffle nécessaire à l’avancement de la Foi. Le simple
fait de mentionner ces noms met en évidence une caractéristique du développement de la Cause en
Occident à laquelle le Maître portait une attention toute particulière :
En Amérique, les femmes ont surpassé les hommes et ont pris la tête dans ce domaine. Elles se
consacrent davantage à guider les peuples du monde, et leurs efforts sont plus grands. Elles sont
fortifiées par les grâces et les bénédictions divines. (83) La Femme ; extraits des écrits de Bahá’u’lláh, de
’Abdu’l-Bahá, de Shoghi Effendi et de la Maison universelle de justice, compilés par le Département de recherche de la
Maison universelle de justice (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1986), p. 54.
En Orient, les conditions sociales de l’époque ont pratiquement imposé que ce soit en majorité des
hommes qui entreprennent de faire avancer la Cause. De telles contraintes n’existaient presque plus en
Amérique du nord et en Europe où une pléiade de femmes inoubliables devinrent les principales
messagères des enseignements bahá’ís de part et d’autre de l’Atlantique. On pense à Sarah Farmer
dont l’école de Green Acre servit de plate-forme à la communauté bahá’íe naissante pour introduire la
Foi auprès de penseurs influents ; à Lady Sara Blomfield dont la position sociale apporta une force
plus grande encore à son ardeur à promouvoir les enseignements ; à Marion Jack, immortalisée par
Shoghi Effendi comme modèle pour les pionniers bahá’ís, à Laura Dreyfus-Barney qui légua à la Foi
le recueil inestimable des Causeries de ‘Abdu’l-Bahá à Paris, à Agnes Parson co-fondatrice avec
Louis Gregory des actions Race Amity (concorde entre les peuples) inspirées par ‘Abdu’l-Bahá ; à
Corinne True, Keith Ransom-Kehler, Helen Goodall, Juliet Thompson, Grace Ober, Ethel Rosenberg,
Clara Dunn, Alma Knobloch et tant d’autres dont la plupart explorèrent de nouveaux domaines de
services à rendre à la Foi.
Il convient d’ajouter à cette liste la reine Marie de Roumanie que l’histoire saluera comme la première
tête couronnée à avoir reconnu la révélation de Dieu en ce jour. Le courage dont cette femme solitaire
fit preuve en déclarant publiquement sa foi par le biais de lettres qu’elle adressa sans crainte aux
éditeurs de plusieurs journaux en Europe et en Amérique du nord, fit sans aucun doute connaître le
nom de la Cause auprès de plusieurs millions de lecteurs.
En dépit des réactions impressionnantes que ces premiers efforts suscitèrent, le manque de moyens
concertés pour tirer parti de ces résultats limita d’abord les bénéfices qu’auraient pu en retirer les
communautés bahá’íes des pays occidentaux. La mise en place de l’Ordre administratif modifia
brusquement cette situation. Tandis que de nouvelles assemblées spirituelles locales naissaient, des
objectifs furent fixés, des ressources furent mises à disposition de la communauté pour soutenir les
efforts individuels d’enseignement. Et ceux qui déclarèrent leur foi furent rapidement associés aux
nombreuses activités d’une vie communautaire bahá’íe captivante. Il fut dès lors possible de traduire
et de publier méthodiquement des ouvrages et de partager des nouvelles d’intérêt général, et les liens
qui reliaient les croyants avec le Centre mondial de la Foi se renforcèrent régulièrement.
Les deux principaux instruments utilisés par Shoghi Effendi pour nourrir un dévouement plus grand à
l’enseignement en Orient comme en Occident furent les mêmes que ceux sur qui le Maître s’était
appuyé. Un courant régulier de correspondance adressée à des communautés et à des individus, ouvrit
à leurs destinataires de nouvelles perspectives sur les croyances qu’ils avaient embrassées. Toutefois,
les communications adressées aux assemblées spirituelles locales et nationales devenaient maintenant
les plus importantes. Leur effet était renforcé par le flot de pèlerins qui partageaient à leur retour leurs
impressions après un contact direct avec le Centre de la cause. À travers ces relations, chaque croyant
était encouragé à se considérer comme un instrument de la puissance émanant de l’Alliance. La
compilation inestimable qui parut finalement sous le titre de Messages à l’Amérique 1932-1946 offre
une rétrospective des étapes qui permirent à Shoghi Effendi d’amener les croyants nord-américains à

une connaissance plus approfondie des implications du Plan divin du Maître en vue de « la conquête
spirituelle de la planète » :
Dans un monde pollué par ses corruptions incurables, paralysé par ses peurs lancinantes, déchiré par
ses haines dévastatrices, et périclitant sous le fardeau de son insoutenable misère, les croyants, grâce à
la sublimité et la sérénité de leur foi, grâce à la sûreté et à la clarté de leur vision, à l’incorruptibilité de
leur caractère, à la rigueur de leur discipline, à la pureté de leur morale et à l’exemple unique de leur
vie communautaire, peuvent et même doivent démontrer la validité de leur revendication à être
reconnus comme seuls dépositaires de cette faveur dont dépendent la délivrance totale, la
réorganisation fondamentale et la félicité suprême de l’humanité tout entière. (8 4 ) Shoghi Effendi,
Messages to America (Wilmette Bahá’í Publishing Committee, 1947), p. 28.
Le Gardien offrit à la communauté bahá’íe nord-américaine une vision de sa destinée spirituelle. Ses
membres étaient « les descendants spirituels des héros de la cause de Dieu », disait-il, et ses
institutions grandissantes étaient « les symboles visibles de son indubitable souveraineté (celle de la
Foi) » , les enseignants et les pionniers qu’elle envoyait étaient les « porte-flambeaux d’une
civilisation à venir », son défi collectif était d’assumer « une part prépondérante » dans l’établissement
des fondations de l’ordre mondial « que le Báb avait annoncé, que l’esprit de Bahá’u’lláh avait
pressenti et dont ‘Abdu’l-Bahá, son architecte, avait dessiné les contours. » (85) ibid., pp. 9, 10, 14, 22.
Le langage de ces messages est magnifique, envoûtant. Tout en constatant cette obscurité
qu’engendraient l’absence de Dieu, la violence et l’immoralité rampante, Shoghi Effendi décrivait le
rôle que les bahá’ís doivent jouer partout en tant qu’instruments de la puissance transformatrice de la
nouvelle révélation :
Il leur appartient de tenir bien haut et brillant le flambeau de la direction divine, tandis que les ombres
de la nuit recouvrent tout le genre humain. Il est dans leur fonction, au milieu de ces tumultes, périls et
agonies, de témoigner de la vision et de proclamer l’avènement de cette société recréée, ce royaume
promis par le Christ, cet ordre mondial dont l’élan générateur n’est autre que l’esprit de Bahá’u’lláh en
personne, dont le domaine est la planète entière, dont le mot d’ordre est l’unité, dont le pouvoir
animateur est la force de la justice, dont le but proclamé est le règne de la droiture et de la vérité, et
dont la gloire suprême est la félicité totale, sereine et durable pour tout le genre humain. (86) ibid, p.28.
En 1936 le Gardien estima que la structure administrative de la Cause était suffisamment étendue et
solide en Amérique du nord pour pouvoir entamer la première étape de la mise en œuvre du Plan divin
lui-même. Dans un monde qui glissait vers une nouvelle conflagration générale, où le champ d’action
possible des croyants persans se trouvait strictement limité, l’attention devait nécessairement se
concentrer sur l’expansion et la consolidation de la communauté bahá’íe occidentale afin de préparer
les actions à venir, plus importantes encore. Faisant appel aux « agents » désignés du plan, les croyants
d’Amérique du nord, le Gardien lança un plan de sept ans, allant de 1937 à 1944. Ses objectifs étaient
d’établir au minimum une assemblée spirituelle locale dans chaque État des États-Unis, dans chaque
province du Canada, et d’ouvrir à la Cause quatorze pays d’Amérique latine. À ces objectifs, fut
ajoutée la tâche particulièrement difficile pour une communauté encore très limitée en nombre et
disposant de ressources financières réduites, de terminer la décoration extérieure du « Temple-mère de
l’Occident ».
Rúh∂íyyih Khánum a souligné un parallèle frappant entre deux développements au cours de cette
période de l’histoire. D’un côté, des nations puissantes lançaient des armées conquérantes pour
s’emparer des ressources naturelles de leurs voisins, ou simplement pour satisfaire une soif de
conquête. De l’autre, Shoghi Effendi mobilisait la troupe de pionniers extrêmement petite dont il
disposait et la dirigeait sur les objectifs du plan qu’il avait conçu. En peu d’années, ces immenses
bataillons destructeurs allaient être définitivement écrasés, leurs noms et conquêtes rayés de l’histoire.
Et la petite troupe des croyants qui étaient partis, risquant leur vie pour remplir la mission que le
Gardien leur avait confiée, aura atteint, voire même dépassé, la totalité de ses buts, donnant bientôt
naissance à des communautés florissantes. (87) ( Rúh∂íyyih Rabbaní, La perle inestimable, op. cit., p. 448)
Pour évaluer cette entreprise, il est utile que les bahá’ís comprennent à la fois le rôle que joue cette
planification dans la vie de la Cause et la nature unique de cet outil dans son expression bahá’íe.
L’identification méthodique des objectifs à atteindre et les décisions quant à la manière de les atteindre
ne veulent pas dire que la communauté bahá’íe prend la responsabilité de « concevoir » son propre
futur, comme l’implique habituellement le concept de planification. Les institutions bahá’íes
s’efforcent plutôt de conformer le travail de la Cause au processus animé d’un souffle divin qu’ils

voient se mettre en œuvre dans le monde, un processus qui finira assurément par aboutir, quels que
soient les circonstances ou les événements de l’histoire. Le défi de l’Ordre administratif consiste à
s’assurer que, selon le vœu de la Providence, les efforts des bahá’ís sont en harmonie avec le plan
majeur de Dieu, car c’est en agissant ainsi que les potentialités implantées dans la Cause par
Bahá’u’lláh porteront leurs fruits. Que les dispositions prises dans le Kitáb-i-Aqdas et le Testament de
‘Abdu’l-Bahá assurent le succès des efforts des bahá’ís est démontré de façon saisissante dans la suite
ininterrompue de triomphes qu’ont remportés les plans mis en place par Shoghi Effendi.
Dès août 1944, Shoghi Effendi était en mesure de célébrer l’achèvement du premier plan de sept ans.
Le Gardien marqua l’événement par un présent aux bahá’ís du monde qui représente une des plus
grandes réalisations de sa vie. La publication, en 1944, de Dieu passe près de nous, son histoire
détaillée et réfléchie des cent premières années de la Cause, éclaira les croyants sur le processus
spirituel en cours qui réalisait le dessein de Bahá’u’lláh pour l’humanité.
L’histoire est un instrument puissant. Au mieux, elle donne une perspective du passé et éclaire le futur.
Elle peuple la conscience humaine de héros, de saints et de martyrs dont les exemples éveillent chez
tous ceux qu’elle touche des capacités dont ils ne s’imaginaient pas pourvus. Elle aide à donner un
sens au monde, et à l’expérience humaine. Elle inspire, console et guide. Elle enrichit la vie. Dans
l’ensemble de la littérature et des légendes qu’elle a laissé à l’humanité, on peut voir la main de
l’histoire à l’œuvre, donnant forme aux étapes de la civilisation : dans les légendes qui ont inspiré les
idéaux de tous les peuples depuis l’aube des temps, ainsi que dans les épopées du Ramayana, dans les
exploits célébrés dans l’Odyssée et l’Énéïde, dans les sagas nordiques, dans le Shahnameh , et à de
nombreux endroits dans la Bible et le Coran.
Dieu passe près de nous élève cet immense travail de l’esprit à un niveau ardemment recherché mais
jamais atteint par le passé. Ceux qui s’ouvrent à sa vision découvrent en cet ouvrage une multitude
d’approches menant à la compréhension du dessein de Dieu, convergeant avec les vastes horizons que
nous ouvrent les traductions hors pair des textes révélés, effectuées par le Gardien. Sa parution pour le
centenaire de la naissance de la Cause - juste au moment où le monde bahá’í célébrait le succès des
premiers efforts collectifs qu’elle ait jamais entrepris - proclama aux croyants de toute part la grandeur
et la signification d’une centaine d’années de sacrifices ininterrompus.
*
Quelque temps après le début de la seconde guerre mondiale, le Gardien montra ce conflit aux bahá’ís
sous un jour bien différent de celui qui prévalait à l’époque. La guerre devrait être envisagée, disait-il,
« comme une suite directe » de la conflagration qui éclata en 1914. Elle sera considérée comme « un
préalable essentiel à l’unification du monde ». L’entrée en guerre des États-Unis, dont le président,
faisant preuve d’initiative visionnaire, avait lancé le projet d’un système d’ordre international qu’il
avait rejeté par la suite, conduirait cette nation, prédit Shoghi Effendi, à « assumer dans l’adversité une
part prépondérante de responsabilité dans l’établissement définitif de vastes fondations internationales
et inattaquables de ce système discrédité et pourtant impérissable ». (88) Shoghi Effendi, Messages to
America, op. cit., p. 53.
Ces affirmations s’avérèrent prophétiques. Avec la fin des hostilités, il devint de plus en plus clair
qu’un glissement fondamental s’opérait dans les consciences à travers le monde et que les
présomptions du passé, les institutions et les priorités qui avaient été progressivement minées par des
forces à l’œuvre durant la première moitié du siècle s’effondraient maintenant. S’il n’était pas encore
possible de décrire ce changement comme une conviction naissante de l’unité de l’humanité, aucun
observateur objectif ne pouvait se tromper sur le fait que les barrières empêchant une telle réalisation
et ayant survécu aux assauts menés contre elles précédemment, étaient enfin en train de céder. Pensons
aux paroles prophétiques du Coran : « Tu verras les montagnes, que tu croyais immobiles, passer
comme des nuages »(88bis) Coran : 27: 88. Il s’agissait d’insuffler aux esprits progressistes ce sentiment
de confiance : il était possible de bâtir un nouveau type de société qui préserverait une paix à long
terme dans le monde, et enrichirait la vie de tous ses habitants.
Ce nouveau regain d’espoir résultait essentiellement, ainsi que l’avait prédit Shoghi Effendi, de cette
« terrible épreuve » qui avait enfin réussi à « implanter ce sens de la responsabilité » que les dirigeants
avaient cherché à éviter dans les premières décennies du siècle. (89) Shoghi Effendi, L’ordre mondial de
Bahá’u’lláh, op. cit., p. 41. À cette nouvelle conscience s’étaient ajoutés les effets de la peur induite par
l’invention et l’utilisation de l’arme atomique, une réaction qui rappelait aux bahá’ís les affirmations
prémonitoires du Maître en Amérique du nord, à savoir que la paix arriverait enfin parce que les

nations seraient forcées de l’accepter. Le quotidien Montreal DaiIy Star avait cité ses paroles : « Elle
(la paix) sera universelle au vingtième siècle. Toutes les nations y seront contraintes ». (90) (‘Abdu’l-
Bahá in Canada, op. cit., p.51) Les années qui suivirent 1945 furent témoins d’une progression dans la
mise en place d’un nouvel ordre social qui dépassait de loin les espoirs les plus optimistes des
décennies précédentes.
Mais le plus important était la volonté des gouvernements nationaux de créer un nouveau système
d’ordre international, et de lui conférer l’autorité de gardien de la paix dont la défunte Société des
nations avait été si tragiquement privée. Se rencontrant à San Francisco en avri1 1945, dans l’état où
‘Abdu’I-Bahá avait prophétiquement annoncé :
« Puisse le premier drapeau de la paix internationale être hissé dans cet Etat »(91) ‘Abdu’l-Bahá,
Promulgation of Universal Peace, op. cit., p. 377., les délégués de cinquante pays adoptèrent la charte de
l’Organisation des Nations unies, dont le nom même avait été proposé par le président Franklin D.
Roosevelt. La ratification par le quorum nécessaire d’États membres suivit en octobre, et la première
assemblée générale de la nouvelle organisation eut lieu le 10 Janvier 1946 à Londres. En Octobre
1949, la pierre angulaire du siège permanent des Nations unies fut posée en la ville de New-York que
‘Abdu’l-Bahá avait saluée trente-sept ans auparavant en tant que « ville de l’Alliance ». Durant sa
visite dans cette ville, il avait prédit : « Il ne fait pas de doute que... la bannière de la concorde
internationale sera déployée ici afin de s’étendre à toutes les nations du monde ». (92) ‘Abdu’l-Bahá, Les
bases de l’unité du monde (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1981), p.24.
Il est significatif que ce soit aussi sur l’initiative d’un dirigeant politique d’un pays occidental à qui
Bahá’u’lláh s’était adressé, que soient enfin suivis d’actions concrètes ses appels à une sécurité
collective, appels qui rejaillirent en premier lieu dans les sanctions nominatives votées par la Société
des nations contre l’agression fasciste en l’Éthiopie. En Novembre 1956, Lester Bowles Pearson, alors
Ministre des Affaires Étrangères puis Premier Ministre du Canada, obtint la création par les Nations
unies de la première unité armée pour la paix, ce qui lui valut par la suite le prix Nobel de la paix. (94)
Lester Bowles Pearson (1897-1972) reçut le prix Nobel de la paix en 1957 pour l’élaboration d’un système international dans
la période qui suivit la seconde guerre mondiale, en particulier pour son projet qui conduisit à la création de la première force
d’intervention d’urgence des Nations unies dans l’affaire du Canal de Suez en 1956, pour régler la crise que l’invasion de
l’Égypte par les forces militaires britanniques et françaises solidaires des forces israéliennes avait provoquée suite à la
fermeture du canal par l’Égypte. Le premier vote officiel de sanctions internationales contre l’agression, en 1936 par la
Société des nations, suite à l’invasion de l’Ethiopie par l’Italie fasciste fut salué par Shoghi Effendi comme : « un événement
sans pareil dans l’histoire de l’humanité ». (voir Shoghi Effendi, l’Ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 184. La pleine
nature de l’autorité contenue dans un tel mandat allait apparaître comme la principale caractéristique
des relations internationales pendant la deuxième moitié du siècle. D’abord destiné à réglementer les
accords contractés par les États hostiles, le principe de l’action collective dans la défense de la paix
prit peu à peu la forme d’interventions militaires telle que celle de la guerre du Golf, au cours de
laquelle la conformité avec les résolutions du Conseil de sécurité fut imposée par la force aux États et
factions hostiles.
En même temps que le nouveau système des Nations unies était mis en place et que les étapes pour
faire appliquer ses sanctions étaient franchies, une seconde percée remarquable se produisit. Avant
même la fin des hostilités, le public du monde entier fut stupéfait par les retransmissions filmées sur la
libération des camps de la mort nazis, lesquelles exposaient à la vue de tous les horribles conséquences
du racisme. Ce que l’on pourrait décrire comme un profond sentiment de honte devant la propension à
faire le mal dont l’humanité a montré qu’elle était capable, bouleversa la conscience de celle-ci.
Profitant de cette opportunité, un groupe de femmes et d’hommes dévoués et clairvoyants obtint, sous
la houlette éclairée de personnages tels que Eleanor Roosevelt, l’adoption par les Nations unies de la
Déclaration universelle des droits de l’homme. L’engagement moral que cela représentait fut ensuite
institutionnalisé par la mise en place de la Commission des droits de l’homme. La communauté
bahá’íe elle-même sera bien placée pour apprécier, en temps opportun, l’importance du système en
tant que bouclier protégeant les minorités des abus du passé.
La décision prise par les nations victorieuses lors des récents conflits de traduire en justice les
principaux instigateurs du régime nazi souligne l’importance de ces deux avancées. Pour la première
fois dans l’histoire, les dirigeants d’une nation souveraine - des hommes qui cherchaient à prouver la
légitimité des positions politiques qu’ils avaient occupées - furent traduits en justice, leurs crimes
impitoyablement examinés, documents à l’appui ; ils furent ensuite dûment condamnés et ceux qui
n’avaient pas fui en se suicidant furent soit pendus, soit condamnés à de lourdes peines de prison.

Aucune protestation sérieuse ne s’éleva contre cette procédure qui, en théorie, contrevenait
fondamentalement aux normes de la loi internationale en vigueur. Bien que l’intégrité des procédures
fût sérieusement troublée par la participation de juges nommés par une dictature soviétique dont les
propres crimes égalaient et même dépassaient ceux du régime des accusés, cet acte créa un précédent
historique. Il démontrait, pour la première fois, que le culte de la « souveraineté nationale » avait des
limites identifiables et contraignantes.
Commencée au cours de ces mêmes années, la réalisation d’un idéal longtemps différé s’accomplit
avec la dissolution des grands empires qui n’avaient pas seulement survécu à 1918, mais avaient
même réussi à étendre leurs territoires par l’acquisition de « mandats », de « protectorats » et de
colonies saisies aux Puissances défaites. Désormais, ces systèmes désuets d’oppression politique se
trouvaient submergés par une marée montante de mouvements de libération nationale dépassant
largement leurs capacités affaiblies à résister. Avec une rapidité surprenante, tous abandonnèrent de
plein gré leurs prérogatives, ou furent forcés par des rebellions coloniales de se plier au même destin
qu’avaient connu leurs prédécesseurs des empires ottoman et des Habsbourg au début du siècle.
Les peuples de la terre trouvèrent soudain un lieu où se tenir en toute dignité, un forum au sein duquel
il leur était possible d’exprimer les préoccupations qui les affectaient au plus profond d’eux-mêmes, et
découvrirent les prémices d’un rôle à jouer dans la décision de leur propre futur et de celui de
l’humanité en général. Un tournant avait été pris qui laissait derrière lui six millénaires ou plus
d’histoire. Par-delà les déséquilibres persistants en matière d’éducation, les inégalités économiques et
les entraves créées par des manœuvres politiques et diplomatiques - par-delà toutes ces limitations
réelles mais historiquement éphémères - une nouvelle autorité œuvrait dans les affaires humaines, à
laquelle tous pouvaient raisonnablement espérer faire appel d’une manière ou d’une autre. Des
représentants des peuples jusqu’alors assujettis, dont les guerriers vêtus de manière exotique fermaient
la marche de la procession du Jubilé d’or à Londres cinquante ans auparavant, devenaient maintenant
délégués du Conseil de sécurité et occupaient des postes importants aux Nations unies et dans diverses
organisations non gouvernementales. Le fait que l’actuel Secrétaire général des Nations unies soit
ghanéen, immédiatement après un Égyptien et un Péruvien, témoigne de l’amplitude de ce
changement. (94) Les trois secrétaires généraux des Nations unies mentionnés ici sont, dans l’ordre chronologique, Javier
Pérez de Cuellar (1982-1991), Pérou ; Boutros Boutros-Ghali (1992-1996), Égypte ; Khofi Anan (1997…), Ghana.
Ce changement n’était pas seulement d’ordre purement formel et administratif. Le temps passant, un
nombre croissant de personnalités exceptionnelles de tous horizons échappaient aux limites habituelles
de l’identité ethnique, religieuse ou culturelle. Sur chaque continent du globe, des noms tels que Anne
Franck, Martin Luther King Jr., Paolo Freire, Ravi Shankar, Gabriel Garcia Marques, Kiri Te Kanawa,
Andréi Sakharov, Mère Theresa et Zhang Yimou devinrent des sources d’inspiration et
d’encouragement pour un grand nombre de leurs concitoyens. (95) Anne Frank (1929-1945) - jeune juive
victime du génocide nazi, arrêtée dans la maison où se cachait sa famille, en Hollande en août 1944, et envoyée au camp de
concentration de Belsen où elle mourut un an plus tard. Son journal fut publié en 1952 sous le titre Le journal d’Anne Frank,
il fut par la suite adapté à la scène et pour l’écran. Martin Luther King Jr. (1929-1968) - pasteur protestant américain et
prix Nobel, l’un des principaux chefs du American civil rights movement (Mouvement des droits civiques américains) qui fut
assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, Tennessee. Aux États-Unis, on commémore son souvenir par un jour férié le troisième
lundi de janvier. Paulo Freire (1921-1997) - éducateur novateur brésilien dont le travail de précurseur dans le domaine de
l’éducation des adultes lui valut une renommée internationale et l’a conduit à deux séjours en prison dans son propre pays.
Kiri te Kanawa (1944…) d’origine maorie, née en Nouvelle Zélande, aujourd’hui une des plus grandes divas du monde. En
1982, la reine Elisabeth II lui conféra le titre de membre du Order of Dame Commander of the British Empire. Gabriel
García Marquès (1928…) Écrivain et romancier colombien qui reçut le prix Nobel de littérature en 1982 et fut obligé de
s’exiler au Mexique et en Espagne de 1960 à 1970 pour échapper aux persécutions dans son propre pays. Ravi Shankar
(1920…) - Compositeur indien et joueur de cithare dont les talents impressionnants et les tournées en Europe et en Amérique
du nord ont largement contribué à éveiller l’intérêt de l’Occident pour la musique indienne. Andrei Dmitriyevitch Sakharov
(1921-1989) - Physicien russe du nucléaire, qui abandonna la recherche scientifique pour devenir porte-parole des libertés
civiques en Union soviétique, ce pour quoi il reçut le prix Nobel de la paix en 1975 alors qu’il était exilé dans son propre
pays. - Mère Teresa, Agnès Gonxha Borjaxhiu (1910-1997) sœur albanaise, née catholique romaine, fondatrice des
missions des Petites sœurs de la charité, dont l’engagement total auprès des pauvres, des sans abris et des mourants de
Calcutta lui valut le prix Nobel de la paix en 1979. Zhang Yimou (1951…) - Un des principaux metteurs en scène des
productions cinématographiques chinoises de la « Cinquième Génération », lauréat de nombreux prix pour son travail
sensible et artistique. Dans chaque domaine de la vie, l’héroïsme, l’excellence professionnelle ou une
morale élevée allaient de plus en plus parler d’eux-mêmes et être adoptés par la majorité de
l’humanité. L’effusion d’amitié et de joie qui, dans le monde entier, devait accueillir Nelson Mandela
au sortir de son emprisonnement et ensuite, lors de son élection comme président de son pays,

reflétaient l’idée selon laquelle, au sein des populations de chaque ethnie et de chaque nation,
l’ensemble de ces événements historiques représentaient autant de victoires de la famille humaine.
De même, il devint clair que les conceptions d’avant-guerre concernant l’utilisation et la répartition
des richesses devaient être complètement reconsidérées. Exception faite des principes de justice
sociale qui sans aucun doute motivèrent un grand nombre de ceux qui se consacrèrent à cette tâche, les
bouleversements économiques produits par les événements des trois décennies précédentes avaient fait
clairement apparaître que les dispositions existantes étaient à la fois anachroniques et inopérantes.
Suite à la grande dépression de 1930, des expériences furent engagées dans plusieurs pays pour tenter
de pallier ces problèmes au niveau national. Dès lors, un système d’institutions s’interpénétrant,
orienté vers la reconnaissance que les économies nationales constituaient des éléments d’un tout
mondial, fut progressivement élaboré et mis en place. Le Fonds monétaire international, l’Accord
général sur les tarifs et le commerce (GATT), la Banque mondiale, et autres agences annexes
commencèrent un peu tardivement à s’attaquer aux implications engendrées par un monde en pleine
mondialisation et aux questions concernant la distribution des richesses inhérentes à ce
développement. Des penseurs dans les pays en voie de développement firent rapidement remarquer
que de telles initiatives servaient en premier lieu à satisfaire les besoins du monde occidental.
Néanmoins, leur émergence attestait un changement radical de direction qui permettrait
progressivement la participation d’un nombre croissant d’États et d’institutions.
Une initiative humanitaire d’un genre jamais imaginé auparavant donna une nouvelle dimension à
l’intégration mondiale en cours. Avec le « plan Marshall » conçu par le gouvernement des États-Unis
pour relever les nations européennes déchirées par la guerre, celles d’entre elles qui en avaient la
possibilité se concentrèrent sur l’élaboration de programmes destinés à renforcer le développement
économique et social des nations naissantes. Une publicité importante éveilla un sentiment de
solidarité avec le reste du monde chez les habitants des pays qui bénéficiaient d’un niveau raisonnable
d’éducation, de santé publique et de technologies appliquées. Avec le temps, cette action ambitieuse se
trouva attaquée à cause des raisons complexes qui la motivaient. Et personne ne pourra nier que les
résultats à long terme des projets développés furent terriblement décevants car ils ne purent combler le
gouffre qui séparait les riches des pauvres. Aucune circonstance ne peut cependant effacer le
sentiment de simple humanité qui imprégnait ses objectifs et qui s’exprima peut-être plus
éloquemment dans la réponse qu’elle suscita chez une armée de jeunes idéalistes dans de nombreux
pays.
Paradoxalement, en particulier en Extrême-Orient, la guerre elle-même eut un certain effet libérateur
sur les consciences. Dès 1904, le conflit russo-japonais avait été considéré dans plusieurs parties de
l’Orient comme une preuve encourageante de la résistance des peuples non-occidentaux à la puissance
apparemment invincible de l’Occident. Cet effet avait été amplifié par les événements de la première
guerre mondiale, et largement confirmé par le succès des armes japonaises à résister aussi longtemps à
l’impressionnant dispositif occidental mis en œuvre pour les détruire entre 1941 et 1945. La deuxième
moitié du siècle vit cette nouvelle expertise technologique donner naissance aux économies modernes
dans une demi-douzaine de nations de la région, dont les produits innovants et l’énergie industrielle,
surtout dans les domaines du transport et de l’information, étaient capables de rivaliser avec ce que le
reste du monde avait à leur offrir.
*
En 1946, la fin des hostilités avait permis à Shoghi Effendi de lancer un second plan de sept ans,
lequel bénéficiait de la nouvelle réceptivité au message de la Foi que produisait le changement de
conscience déjà apparent. Encore une fois, la communauté bahá’íe nord-américaine fut chargée d’une
lourde responsabilité, celle de consolider et de développer les réalisations acquises lors du plan
précédent. Toutefois il y avait maintenant plusieurs autres communautés bahá’íes en mesure de
participer, ce qui faisait une grande différence. Déjà en 1938, les bahá’ís de l’Inde, du Pakistan et de
Birmanie avaient élaboré leur propre plan. Lorsque progressivement les hostilités internationales
cessèrent, les Assemblées spirituelles nationales de Perse, des Iles Britanniques, d’Australie et
Nouvelle-Zélande, d’Allemagne et Autriche, d’Égypte et Soudan, et d’Irak - libérées des restrictions
qui leur avaient été imposées par la guerre - mirent en œuvre des projets de durées variées afin
d’élargir l’assise de l’Ordre administratif, d’établir des pionniers avec des objectifs locaux et
internationaux, et de multiplier la littérature bahá’íe disponible.

En 1953, toutes ces réalisations avaient été menées à terme. Trois nouvelles assemblées spirituelles
nationales avaient été établies et avaient entrepris des plans d’enseignement supplémentaires. Bon
nombre de nouvelles assemblées spirituelles locales avaient été formées en Europe, et les initiatives de
cinq communautés nationales différentes, agissant de concert avec l’Assemblée spirituelle nationale
des îles Britanniques, avaient permis l’établissement de pionniers en Afrique de l’Est et de l’Ouest ;
l’important chantier que le Maître avait lancé en posant la première pierre du Temple-mère de
l’Occident était enfin terminé. (96) Ces trois nouvelles assemblées spirituelles nationales étaient celles du Canada qui
avait constitué une assemblée séparée de celle des États-Unis en 1948, l’Assemblée régionale d’Amérique centrale et des
Antilles instituée en 1951 et celle d’Amérique du sud en 1951. Avant même que les croyants aient pu fêter ces
réussites, Shoghi Effendi lança un nouveau défi aux dimensions vertigineuses. Poussé par les forces
historiques dont il était le seul à pouvoir mesurer l’ampleur, le Gardien annonça le lancement au
prochain Rid∂van d’un plan de dix ans d’envergure mondiale qu’il appela « croisade spirituelle ».
Nécessitant l’énergie de l’ensemble des douze assemblées spirituelles nationales existant alors - la
douzième étant celle de la communauté italo-suisse - ce plan prévoyait l’établissement de la Foi dans
cent trente et un pays et territoires supplémentaires, en même temps que la formation de quarantequatre nouvelles assemblées spirituelles nationales et l’enregistrement légal de trente-trois d’entre
elles, un accroissement important de la littérature bahá’íe, la construction de Maisons d’adoration en
Iran et en Allemagne (la première ayant été remplacée par un temple en Afrique et en Australie
lorsque le projet de Téhéran fut bloqué), ainsi que l’augmentation à cinq mille du nombre des
assemblées spirituelles locales dans le monde et l’enregistrement légal de trois cent cinquante d’entre
elles. Rien dans leur expérience collective n’avait préparé les bahá’ís du monde à une entreprise aussi
colossale. Shoghi Effendi souligna l’ampleur du défi dans un télégramme daté du 8 octobre 1952 :
Heure propice pour proclamer à l’ensemble du monde bahá’í le projet du lancement... de la croisade
spirituelle d’ampleur mondiale, lourde de conséquences, bouleversante, d’une durée de dix ans…
nécessitant la participation concertée de toutes les assemblées spirituelles nationales du monde bahá’í,
destinée à placer rapidement sous l’autorité spirituelle de Bahá’u’lláh... tous les États souverains
restants, les principales dépendances, y compris les principautés, les sultanats, les émirats, les
territoires sous la juridiction d’un Shaykh, les protectorats, les territoires sous mandat international et
les colonies de la Couronne royale éparpillés sur toute la surface de la planète. La communauté tout
entière des partisans indéfectibles de la Foi toute conquérante de Bahá’u’lláh se voit maintenant
désignée pour réaliser en une seule décennie des exploits de nature à éclipser entièrement les réussites
qui illustrèrent les annales des pionniers bahá’ís au cours des onze décennies précédentes. (97) Shoghi
Effendi Messages to the Bahá’í World, 1950-1957 (Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1995), p.41.
Une victoire dans une entreprise aussi ambitieuse signifiait que la Foi devait englober toute la planète,
que les fondations institutionnelles de son ordre administratif devaient se multiplier par cinq et que la
vie communautaire devait s’enrichir de la participation de croyants issus d’un nombre important de
nations, de cultures et de tribus non encore touchées.
En fait, ce plan prévoyait que la Cause effectue un pas de géant englobant ce qui aurait pu autrement
représenter plusieurs étapes de son évolution. Shoghi Effendi avait clairement vu - et seules les
capacités de clairvoyance d’un Gardien pouvaient voir cela - qu’un concours de circonstances
historique offrait à la communauté bahá’íe une occasion qui ne se représenterait pas et dont les étapes
futures du Plan divin dépendraient entièrement. Ce qu’il n’hésita pas à appeler L’appel du Seigneur
des armées était incorporé dans un message qui frappa l’imagination des bahá’ís du monde entier :
Peu importe la durée de la période qui les sépare de la victoire finale ; aussi ardue que puisse être la
tâche ; quelle que soit l’importance des efforts qui leur sont demandés ; quelle que soit la noirceur des
jours que l’humanité, perplexe et durement éprouvée, doit traverser pendant cet enfantement ; aussi
rudes que soient les épreuves auxquelles seront confrontés ceux qui rachèteront son destin... Par ce
sang précieux qui coula abondamment, par la vie des innombrables saints et héros qui furent immolés,
par le sacrifice suprême et glorieux du prophète et précurseur de notre Foi, par les tribulations que son
Fondateur lui-même accepta de subir afin que sa Cause vive, que son Ordre rachète un monde écroulé
et que sa gloire inonde la planète entière, je les conjure, tandis que cette heure solennelle approche, de
se résoudre à ne jamais faillir, à ne jamais hésiter, à ne jamais faiblir tant que les objectifs des plans à
venir ne sont pas complètement réalisés. (98) ( ibid., pp. 38-39.)
La réponse fut immédiate. En l’espace de quelques mois des messages émanant du Centre mondial
commencèrent à annoncer une série de victoires, pays par pays. Les pionniers qui, les premiers,

établirent la Foi dans un pays ou territoire furent nommés « Chevaliers de Bahá’u’lláh », et leurs noms
furent inscrits sur une liste d’honneur destinée à être déposée, ainsi que le demanda le Gardien, sous le
seuil d’entrée du tombeau de Bahá’u’lláh. Le fait que dans chacun des États nés au lendemain de la
seconde guerre mondiale, les communautés et assemblées spirituelles bahá’íes faisaient déjà partie du
tissu de la vie nationale atteste de manière saisissante et plus que tout autre chose les prémonitions
incorporées dans les plans successifs de Shoghi Effendi.
Une succession éclatante de réussites suivit les premières. En octobre 1957, alors que la Foi était
implantée dans plus de deux cent cinquante pays et territoires, Shoghi Effendi fut en mesure
d’annoncer l’acquisition de propriétés pour la construction de dix nouveaux temples, et le lancement
des travaux des Maisons d’adoration de Kampala, Sydney et Francfort ; l’acquisition de propriétés
pour quarante-six centres nationaux ; une augmentation importante de la production de littérature
bahá’íe ; l’enregistrement légal d’assemblées, portant leur nombre total à cent quatre-vingt-quinze ;
une plus grande reconnaissance du mariage et des jours fériés bahá’ís ; et la bonne progression des
travaux du bâtiment des archives internationales bahá’íes, le premier à être construit sur le grand Arc
dessiné par le Gardien sur la pente du Mont Carmel. Quiconque se penche sur les événements de cette
époque ne peut qu’être profondément saisi par la sollicitude paternelle avec laquelle Shoghi Effendi
s’assura de la réussite de ces prodigieux résultats, comme le montre la liste nominative de chacune des
soixante-trois conférences régionales d’enseignement et instituts tenus cette année-là dans le monde
bahá’í, liste qu’il prit le soin d’établir dans son dernier message sur la croisade, en avril 1957.
Une telle rétrospective resterait incomplète sans une compréhension des actions simultanées de
l’Ordre administratif à un niveau international, que le Gardien entreprit au cours de ces mêmes années.
Ces étapes s’avérèrent cruciales non seulement pour remporter la croisade mais surtout pour
consolider et protéger l’avenir de la Cause. Parallèlement au pouvoir de décision qui incombait aux
institutions élues de la Foi, une fonction similaire de l’Ordre administratif consiste à exercer une
influence spirituelle, morale et intellectuelle à la fois sur ces institutions et sur la vie des membres de
la communauté. Le Testament du Maître confère essentiellement aux Mains de la cause de Dieu cette
responsabilité conçue par Bahá’u’lláh lui-même, consistant à « diffuser les parfums divins, à édifier
l’âme des hommes, à promouvoir la connaissance, à améliorer le caractère de tous les hommes... ».
(99) Testament de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p.27.
Au cours des ministères de Bahá’u’lláh et de ‘Abdu’l-Bahá, ces croyants à qui furent conférées ces
hautes fonctions jouèrent un rôle majeur dans le développement de l’enseignement en Orient. Tandis
que la conception de la croisade de dix ans prenait forme dans son esprit, Shoghi Effendi mobilisa le
soutien spirituel que cette institution pouvait apporter pour mener à bien les tâches de ce plan. Dans un
télégramme daté du 24 décembre 1951, il annonça la nomination du premier contingent de douze
Mains de la cause de Dieu, réparties équitablement entre la Terre sainte, l’Asie, les Amériques et
l’Europe. Ces éminents serviteurs de la Cause se virent confier la tâche de concentrer toutes leurs
forces pour mobiliser les énergies des amis et fournir aux corps élus conseils et encouragements. Peu
après, le nombre des Mains de la cause passa de douze à dix-neuf.
La décision du Gardien, en octobre 1952, demandant aux Mains de la cause de créer cinq corps
auxiliaires, un pour chaque continent, accrut les ressources disponibles pour leur permettre de faire
face à cette responsabilité ; ceux d’Amérique, d’Europe et d’Afrique se composaient de neuf membres
chacun, tandis que ceux d’Asie et d’Australasie en comportaient respectivement sept et deux. Par la
suite, des corps auxiliaires séparés furent créés pour participer au travail de protection de la Foi, la
seconde des deux fonctions principales des Mains de la cause.
Dans un message du 3 juin 1957, le Gardien louait l’action du gouvernement israélien qui faisait
appliquer la décision de la cour d’appel de ce pays : le groupe des derniers briseurs d’alliance encore
en vie devait enfin être expulsés du H∆aram-i-Aqdas entourant le cœur du monde bahá’í à Bahjí. (100)
Sous la conduite de deux des demi-frères de ‘Abdu’l-Bahá, ‘Alí Muh∂ammad et Badí’u’lláh, ainsi que d’un cousin, Majdi’d-
Dín, le groupe des briseurs d’alliance qui avaient longtemps occupé la demeure de Bahjí après la mort de Bahá’u’lláh
conduisit une campagne d’attaques et de machinations ininterrompue contre le Maître et le Gardien. Sous le mandat
britannique, ils avaient été obligés d’évacuer la demeure à cause de l’état de délabrement dans lequel ils l’avaient laisse
sombrer, ce qui permit ainsi au Gardien de restaurer le bâtiment et de lui donner un rang de lieu saint aux yeux des autorités
civiles. Par la suite, Shoghi Effendi s’était assuré que le nouvel État israélien reconnaissait ce caractère privilégié à toute la
propriété ; un arrêté fut publié, exigeant l’évacuation des derniers briseurs d’alliance de l’affreux bâtiment voisin qu’ils
occupaient encore. Lorsque leur appel auprès de la Cour suprême fut rejeté, l’ordre d’éviction fut mis à exécution, le bâtiment
fut détruit sur les instructions du Gardien et le dernier obstacle à l’embellissement de la propriété fut balayé. Pourtant, dès

le lendemain, un second télégramme inquiétant fit part de la nécessité qu’il y avait pour les institutions
majeures de la Foi d’agir de concert afin de se protéger des nouveaux dangers que le Gardien voyait se
profiler à l’horizon. Il fut suivi en octobre d’un message annonçant que le nombre des Mains de la
cause de Dieu passait maintenant de dix-neuf à vingt-sept ; il nommait ces dignitaires de haut rang
« Régisseurs principaux de la fédération mondiale embryonnaire de Bahá’u’lláh », et les chargeait de
la responsabilité de consulter les assemblées spirituelles nationales sur les mesures à prendre de toute
urgence afin de protéger la Foi.
Moins d’un mois plus tard, le monde bahá’í fut atterré par l’annonce de la nouvelle du décès de
Shoghi Effendi, le 4 Novembre 1957, suite à des complications survenues après une grippe asiatique
contractée au cours d’une visite à Londres. Le Centre de la cause, qui, pendant trente-six ans avait
guidé son évolution jour après jour, dont la vision embrassait à la fois le cours des événements et les
actions que la communauté bahá’íe devait engager, et dont les messages d’encouragement avaient été
le lien spirituel d’innombrables bahá’ís autour de la planète, s’était tout à coup éteint laissant la grande
croisade inachevée et l’avenir de l’Ordre administratif incertain.
*
La douleur et l’immense sentiment de désolation produite par la disparition du Gardien donne encore
plus de sens au triomphe du plan qu’il avait conçu et inspiré. Le 21 avril 1963, le vote des délégués de
cinquante-six assemblées spirituelles nationales dont les quarante-quatre nouvelles assemblées
requises et établies avec succès au cours de la croisade de dix ans, donna naissance à la Maison
universelle de justice, cet organe législatif de la Cause conçu par Bahá’u’lláh et qui serait divinement
guidé dans l’exercice de ses fonctions, avait-il assuré de manière non équivoque :
Il incombe aux administrateurs de la Maison de justice de se consulter ensemble sur ces sujets qui
n’ont pas été ouvertement révélés dans le Livre, et de faire appliquer l’objet de leur accord. Dieu en
vérité les inspirera de la manière qu’il voudra, et il est, en vérité, le Bienfaiteur, l’Omniscient. (101)
Bahá’u’lláh, Tablettes révélées après le Kitáb-i-Aqdas, op. cit., p.71.
Il sembla particulièrement approprié que ces élections - par les délégués réunis et par ceux qui votaient
par correspondance - aient lieu dans la demeure du Maître qui, près de soixante ans plus tôt, avait
décrit dans son Testament le dessein et la portée de l’autorité conférée par ces paroles de Bahá’u’lláh :
C’est vers le plus saint Livre que tous doivent se tourner et tout ce qui n’y est pas expressément écrit
doit être déféré à la Maison universelle de justice. La décision que ce corps prendra, que ce soit à
l’unanimité ou à la majorité des voix, est assurément la vérité et le dessein de Dieu lui-même.
Quiconque s’en écarte est en vérité de ceux qui affectionnent la discorde ; il est enclin au mal et s’est
détourné du Seigneur de l’alliance. (102) Le Testament de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p.43.
En 1951, lorsqu’il avait nommé les membres du Conseil international destiné à l’assister dans ses
travaux, Shoghi Effendi avait franchi une étape préliminaire importante pour cette élection. En 1961,
ainsi qu’il l’avait prévu, ce processus franchit une seconde étape avec l’évolution de cette institution
en un conseil de neuf membres, élus par les membres des assemblées spirituelles nationales. Par
conséquent, lorsque la croisade de dix ans se termina avec succès en 1963, le monde bahá’í avait
acquis l’expérience nécessaire pour relever le défi qui lui était lancé.
Les historiens rendront assurément hommage aux Mains de la cause qui ont su mobiliser les efforts
nécessaires pour rendre ce moment possible, ils assurèrent la coordination dont le monde bahá’í avait
été privé par la perte du Gardien. Parcourant le monde sans relâche pour promouvoir le plan de Shoghi
Effendi, organisant des assises annuelles pour encourager et informer, inspirant les actions de leurs
adjoints nouvellement nommés et déjouant les manœuvres d’une nouvelle faction de briseurs
d’alliance pour miner l’unité de la Foi, ce petit groupe d’hommes et de femmes accablés de douleur
réussit à assurer la réalisation des objectifs ambitieux de la croisade dans les temps impartis, et la mise
en place des fondations nécessaires à l’édification de l’organe couronnant l’Ordre administratif. En
demandant que leurs propres membres ne soient pas éligibles à la Maison universelle de justice afin de
poursuivre les tâches que le Gardien leur avait assignées, les Mains de la cause offrirent au monde
bahá’í une distinction spirituelle sans précédent dans l’histoire de l’humanité ; cela constituait un
second héritage important. Jamais encore auparavant des personnes qui tenaient entre leurs mains les
rênes du pouvoir souverain d’une grande religion et qui jouissaient d’un niveau de respect sans
équivalent dans leur communauté n’avaient demandé à ne pas participer à l’exercice de l’autorité
suprême, se mettant entièrement au service du corps choisi pour ce rôle par l’ensemble des croyants.

(103) Amatu’l-Bahá Rúh∂íyyih Khánum fournit un récit complet du rôle joué par les Mains de la cause de Dieu durant ces
années critiques, Ministry of the Custodians (Haïfa : Bahá’í World Centre, 1997.
Chapitre VII
LA DISTANCE ENTRE LA FONCTION de Gardien et le rang unique de Centre de l’alliance est
immense, pourtant le rôle joué par Shoghi Effendi après le décès du Maître occupe une position
exceptionnelle dans l’histoire de la Cause. Il continuera à occuper cette place centrale dans la vie de la
Foi au cours des siècles à venir. À bien des égards, on peut dire que Shoghi Effendi a prolongé de
trente-six années décisives l’influence du Maître dans la construction de l’Ordre administratif et
l’expansion et la consolidation de la foi de Bahá’u’lláh. On ne peut qu’imaginer avec inquiétude le
destin de la très jeune cause de Dieu si elle n’avait pas été tenue fermement pendant sa période de
grande vulnérabilité, par la main de quelqu’un que ‘Abdu’l-Bahá avait préparé dans ce but et qui
acceptait de devenir –au plein sens du terme – son Gardien.
Il est clair que Shoghi Effendi - tout en mettant l’accent pour l’ensemble de ses coreligionnaires sur le
fait que les successeurs jumeaux du Maître étaient « inséparables » et « complémentaires » dans les
fonctions qu’ils devaient l’un et l’autre accomplir - accepta très tôt les implications du fait que la
Maison universelle de justice ne pouvait naître qu’après la création, résultat d’un long processus de
développement administratif, de la structure des assemblées spirituelles nationales et locales
nécessaires à son établissement. Il fut parfaitement honnête avec la communauté bahá’íe quant aux
implications d’assumer seul cette responsabilité suprême. Selon ses propres mots :
Dissocié de la non moins essentielle institution de la Maison Universelle de Justice, ce système (NDT :
l’Ordre mondial de Bahá’u’lláh. du Testament de ‘Abdu’l-Bahá serait paralysé dans son action et incapable
de combler les vides que l’auteur du Kitáb-i-Aqdas a laissé délibérément subsister dans le corps de ses
ordonnances législatives et administratives (104) Shoghi Effendi, L’Ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p 138.
Conscient de cette vérité, Shoghi Effendi examina de manière particulièrement attentive les
contraintes que lui imposaient les circonstances, une scrupulosité qui fera la fierté des disciples de
Bahá’u’lláh dans les âges à venir. Les annales de ses trente-six années au service de la Foi – annales
qui, comme celles de son grand-père, sont accessibles et peuvent être examinées et évaluées pour la
postérité – ne relatent, ainsi qu’il l’avait assuré à la communauté bahá’íe, aucune action de sa part qui
pourrait, d’une manière ou d’une autre « transgresser le domaine sacré et prescrit » de la Maison
universelle de justice. Non seulement Shoghi Effendi s’abstint de légiférer, mais il remplit son mandat
en n’introduisant que des ordonnances provisoires, laissant entièrement à la Maison universelle de
justice le soin de décider sur ces sujets.
Nulle part, cette réserve n’est plus frappante que dans le problème essentiel d’un successeur au
Gardien. Shoghi Effendi n’avait pas d’héritier et les autres branches de la sainte famille avaient violé
l’Alliance. Les écrits bahá’ís ne contiennent aucune directive pour une telle éventualité, mais le
Testament du Maître est explicite sur la manière de résoudre tout point obscur :
Il incombe à ces membres (ceux de la Maison universelle de justice) de se réunir dans un lieu
déterminé et de délibérer sur tous les problèmes qui sont cause de désaccord, sur toutes les questions
obscures qui ne sont pas expressément traitées dans le Livre. Leurs décisions auront le même effet que
le Texte lui-même. (105) Le Testament de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p.44.
Shoghi Effendi resta silencieux, conformément à ces recommandations de la plume du Centre de
l’alliance, laissant la question de son ou de ses successeurs à ce corps, seul autorisé à décider en la
matière. Cinq mois après sa naissance, la Maison universelle de justice clarifia le sujet dans un
message daté du 6 octobre 1963 à toutes les assemblées spirituelles nationales :
Après un examen recueilli et approfondi des textes sacrés, … après mûre réflexion,… la Maison
universelle de justice estime qu’il ne lui est pas possible de nommer ni de légiférer pour nommer un
second gardien destiné à succéder à Shoghi Effendi. (106) Maison universelle de justice, Messages from the
Universal House of Justice, 1963-1986 : The third Epoch of the Formative Age (Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1996),
p.14.
En s’embarquant dans une mission qui n’avait pas de précédent dans l’histoire, Shoghi Effendi ne
pouvait se tourner que vers les écrits des Fondateurs de la Foi et l’exemple du Maître pour y puiser les
directives nécessaires à son travail. Il n’avait aucun conseiller pour l’aider à déterminer le sens des
textes qu’il devait interpréter pour une communauté bahá’íe qui avait placé en lui toute sa confiance.
Tout ce qu’il avait lu des travaux publiés par des historiens, des économistes et des politologues, lui
apportait seulement la matière première que sa vision de la Cause devait alors agencer. La confiance

et le courage requis pour mobiliser une communauté hétérogène de croyants et l’inciter à entreprendre
des tâches qui étaient, en toute objectivité, bien au-delà de leurs capacités, ne pouvaient être puisés
que dans les ressources spirituelles de son propre cœur. Tout observateur impartial du vingtième
siècle, aussi sceptique soit-il quant aux revendications de la religion, reconnaîtra assurément que
l’intégrité qui fit accepter une responsabilité si imposante à un jeune homme d’une vingtaine d’années
et l’ampleur de la victoire qu’il remporta sont les marques de l’extraordinaire pouvoir spirituel
inhérent à la Cause qu’il défendait.
Admettre tout ceci signifie reconnaître que les facultés dont l’Alliance a doté la fonction de Gardien
n’allaient pas de soi. L’exercice réussi de ces facultés nécessitait, comme l’a écrit Rúh∂íyyih Khánum
de manière émouvante, toute une série d’expériences, d’évaluations et de perfectionnements. On est
rempli de respect devant la précision avec laquelle Shoghi Effendi analysa les mécanismes politiques
et sociaux aux premiers stades de leur développement, et devant la maîtrise avec laquelle son esprit
cerna des événements toujours changeants, à la fois actuels et historiques, établissant leurs liens avec
le déroulement des desseins de la Providence. Que ce travail de l’intelligence s’opère à un niveau bien
supérieur à celui où l’esprit humain œuvre habituellement, ne rend pas les efforts moins réels ni moins
pénibles. L’inverse était plutôt le cas, étant donné la capacité d’introspection et de motivation dans la
nature humaine, indissociable de l’institution que Shoghi Effendi représentait. (107) Ce sujet est traité à
plusieurs reprises dans La Perle inestimable, pp.96, 107, 112, 156, 194.
Avec le recul des quarante années écoulées depuis le décès de Shoghi Effendi, la portée de son œuvre
dans l’évolution de l’Ordre administratif commence clairement à émerger. Si les circonstances avaient
été différentes, le Testament du Maître offrait une possibilité qu’il y ait un ou plusieurs successeurs à
l’institution que Shoghi Effendi représentait. Nous ne pouvons, évidemment, pénétrer l’esprit de Dieu.
Il est clair et indéniable cependant que, grâce à son autorité interprétative, la réalisation – en tout et en
détail– par Shoghi Effendi du mandat que le Maître lui avait confié, a fixé pour toujours la structure de
l’Ordre administratif et le cours que prendrait son développement futur. Et il est tout aussi clair et
indéniable que la structure de l’Ordre administratif et son cours représentent la volonté de Dieu.
Chapitre VIII
LES MISES EN GARDE PROPHÉTIQUES de Shoghi Effendi s’avéraient justes et des forces sapant
les divers systèmes et croyances du passé s’activaient parallèlement au processus d’intégration à
l’œuvre dans le monde. Il n’est donc pas surprenant que l’euphorie provoquée par le rétablissement de
la paix en Europe et en Orient ait été de très courte durée. Les hostilités à peine finies, les dissensions
idéologiques entre marxisme et démocratie libérale éclatèrent par des tentatives visant à dominer les
blocs de nations qu’elles inspiraient. Le phénomène de « guerre froide », dans lequel la lutte pour le
pouvoir restait à la limite du conflit militaire, s’affirma comme le modèle politique dominant des
décennies suivantes.
La menace que constituait une nouvelle crise dans l’ordre international était amplifiée par les avancées
technologiques dans le domaine nucléaire et l’accroissement de l’équipement en armes de destruction
massive des deux blocs. Au travers des terribles images de Hiroshima et de Nagasaki, l’humanité avait
pris conscience de l’effroyable possibilité qu’une série d’incidents relativement mineurs - et aussi peu
prévisibles que le processus déclenché par l’incident de Sarajevo en 1914 - puisse, cette fois, conduire
à la destruction d’une partie considérable de la population mondiale et rendre inhabitables de vastes
régions du globe. Pour les bahá’ís, l’idée ne pouvait que rappeler vivement le sombre avertissement de
Bahá’u’lláh quelques décennies auparavant : « Des choses étranges et étonnantes existent sur la terre,
mais elles sont cachées à l’esprit et à la compréhension des hommes. Ces choses sont capables de
changer toute l’atmosphère terrestre et leur contamination pourrait s’avérer mortelle » (108) Tablettes de
Bahá’u’lláh révélées après le Kitáb-i-Aqdas, op. cit., p. 72.
Mais cette dernière lutte pour la domination du monde entraîna de loin la plus importante des
tragédies : elle porta un coup fatal aux espoirs des peuples soumis jusqu’alors ; ceux-ci avaient
accueilli avec joie cette occasion qui leur était offerte de construire une nouvelle vie dont ils seraient
les acteurs, du moins le pensaient-ils.
La détermination avec laquelle quelques-uns des derniers pouvoirs coloniaux s’obstinaient à éliminer
de tels espoirs - attitude condamnée à l’échec aux yeux de tout observateur objectif - ne laissait pas
d’autre issue à ce besoin pressant de libération ressenti par de nombreux pays que de prendre la forme
d’une lutte révolutionnaire. En 1960, ces mouvements, qui constituaient déjà l’un des traits du paysage

politique au début du siècle, allaient représenter la principale forme d’activité politique autochtone de
la plupart des nations soumises.
Comme l’élément moteur du colonialisme était l’exploitation économique, il était sans doute
inévitable que la plupart des mouvements de libération se moulent dans une idéologie largement
socialiste. En l’espace de quelques années, ces conditions avaient créé un sol fertile pour être exploité
par les Super-puissances du monde. Pour l’Union soviétique, la situation semblait offrir l’occasion de
modifier l’alignement des nations de cette époque en acquérant une influence prépondérante sur ce qui
prit alors le nom de « Tiers monde ». La réponse de l’Occident - partout où l’aide au développement
n’avait pas réussi à conserver la loyauté des populations bénéficiaires – était d’encourager et d’armer
tout un éventail de régimes autoritaires.
Tandis que des forces extérieures manipulaient les nouveaux gouvernements, on détournait de plus en
plus l’attention d’une considération objective des besoins en matière de développement vers des luttes
idéologiques et politiques qui avaient très peu ou pas de relation avec la réalité sociale ou économique.
Les résultats furent pareillement dévastateurs. Banqueroutes économiques, importantes violations des
droits de l’homme, détérioration de l’administration civile et montée d’élites opportunistes qui ne
voyaient dans la souffrance de leurs nations qu’une opportunité de s’enrichir personnellement, tel fut
le tragique destin qui engloutit l’une après l’autre les nouvelles nations alors que peu d’années
auparavant, elles avaient entamé une vie pleine de belles promesses.
L’inexorable montée et l’enracinement du matérialisme, maladie de l’âme humaine infiniment plus
destructrice que n’importe laquelle de ses manifestations plus spécifiques, inspiraient ces crises
politiques, sociales et économiques. Son triomphe marqua un stade nouveau et inquiétant dans le
processus de dégénérescence sociale et spirituelle que Shoghi Effendi avait identifié. Conçu par la
pensée européenne du dix-neuvième siècle, acquérant une énorme influence grâce aux succès de la
culture capitaliste américaine et doté par le marxisme d’une crédibilité feinte particulière à ce système,
ce matérialisme émergea pleinement dans la seconde moitié du vingtième siècle comme une sorte de
religion universelle revendiquant une autorité absolue dans la vie à la fois personnelle et sociale de
l’humanité. Son credo était la simplicité même : la réalité est essentiellement de nature matérielle, y
compris la réalité humaine et le processus par lequel elle évolue ; le but de la vie humaine est, ou
devrait être, la satisfaction des besoins et des désirs matériels ; la société existe pour faciliter cette
quête et le souci collectif de l’humanité devrait être le perfectionnement constant de ce système, de
façon à le rendre plus efficace pour accomplir la tâche fixée.
Avec l’effondrement de l’Union soviétique, l’élan visant à imaginer ou à promouvoir une croyance
matérialiste formelle disparut. De tels efforts n’auraient servi aucun but utile dans la mesure où le
matérialisme ne rencontrait plus de défi significatif dans la plupart des régions du monde. La religion,
lorsqu’elle ne retombait pas dans le fanatisme ou le rejet irréfléchi du progrès, fut progressivement
réduite à une sorte de choix personnel, à une prédilection, à une quête destinée à satisfaire les besoins
spirituels et émotionnels de l’individu. La conscience d’une mission historique, qui était à la base des
principales religions, dut se contenter de fournir une caution religieuse aux campagnes de changement
social menées par des mouvements séculiers. Le monde universitaire qui fut le théâtre du succès de la
raison et de l’esprit s’était installé dans le rôle d’une sorte d’industrie savante occupée à gérer son
dispositif de colloques et de symposiums, ses crédits de publication et de subventions.
L’effet du matérialisme, s’appliquant au monde en général ou à un niveau personnel, est d’extraire de
la motivation humaine - et même de l’intérêt humain - l’élan spirituel qui distingue l’âme douée de
raison.
« Car l’amour de soi, dit ‘Abdu’l-Bahá, est ancré dans l’argile même de l’homme et il n’est pas
évident que, sans l’espoir d’une récompense substantielle, il néglige son propre bien matériel » (109)
‘Abdu’l-Bahá, Le secret de la civilisation divine, op. cit., p. 123. En l’absence de certitude quant à la
nature spirituelle de la réalité et de la satisfaction qu’elle est seule à offrir, il n’est pas surprenant de
trouver au cœur même de la crise actuelle de la civilisation le culte de l’individualisme qui n’admettra
bientôt plus aucune contrainte et qui élève les possessions et le progrès personnel au rang de valeurs
culturelles essentielles. La désagrégation de la société qui en résulte a marqué une nouvelle étape dans
le processus de désintégration dont les écrits de Shoghi Effendi parlent instamment.
Accepter volontairement la rupture, l’un après l’autre, des fils du tissu moral qui guident et
disciplinent la vie de l’individu dans n’importe quel système social, constitue une approche défaitiste
de la réalité. Si les penseurs étaient impartiaux dans leur évaluation des signes à leur portée, c’est là

qu’ils trouveraient la cause première de problèmes apparemment sans relation, tels que la pollution de
l’environnement, les bouleversements économiques, la violence ethnique, l’indifférence publique
grandissante, l’accroissement du nombre des crimes et les épidémies qui déciment des populations
entières. Même si l’application d’une expertise juridique, sociologique ou technologique est
importante, il serait irréaliste de penser que ces efforts produiront un redressement significatif sans une
modification fondamentale de la conscience morale et du comportement.
*
Devant des perspectives aussi sombres, les réalisations du monde bahá’í au cours de ces mêmes
années acquièrent encore plus d’éclat. Il est impossible d’exagérer l’importance de la performance qui
donna naissance à la Maison universelle de justice. Depuis pratiquement six mille ans, l’humanité a
fait l’expérience d’une variété quasi illimitée de méthodes de prise de décision collective. Vu du
vingtième siècle, l’histoire politique du monde présente une scène en perpétuel mouvement sur
laquelle l’ingéniosité humaine a essayé toutes les possibilités.
Des systèmes basés sur des principes aussi différents que la théocratie, la monarchie, l’oligarchie, la
république, la démocratie, et l’anarchie presque totale se sont développés librement, en même temps
que des innovations sans fin qui ont cherché à combiner les différentes caractéristiques bénéfiques de
ces possibilités. Bien que la plupart des choix faits se soient prêtés à des abus d’un genre ou d’un
autre, la grande majorité d’entre eux a sans aucun doute contribué, à divers degrés, à satisfaire les
espoirs de ceux dont ils prétendaient servir les intérêts.
Au cours de ce long processus d’évolution, alors que l’un ou l’autre de ces systèmes de gouvernement
exerçait son contrôle sur des populations plus nombreuses et diversifiées, la tentation d’un empire
universel s’empara à maintes reprises de l’imagination de ces César ou Napoléon qui dirigeaient de
telles expansions. Les séries d’échecs désastreux qui s’ensuivirent et qui font que l’histoire fascine
autant qu’elle effraye, semblent apporter des preuves convaincantes que la réalisation d’une telle
ambition est hors de portée de toute action humaine, quelles que soient les ressources disponibles ou la
confiance dans le génie d’une culture particulière.
Pourtant, il apparaît clairement que l’étape suivante de l’évolution de la civilisation sera l’unification
de l’humanité par un système de gouvernement qui fera ressortir toutes les potentialités latentes de la
nature humaine, et qui permettra leur expression dans des programmes établis pour le bénéfice de tous.
L’unification physique de la planète à notre époque et le réveil des aspirations de l’ensemble de ses
habitants ont enfin fourni les conditions permettant d’aboutir à cet idéal, bien que d’une manière fort
différente de celle imaginée par les rêveurs impérialistes du passé. Les gouvernements du monde ont
contribué à cette action en fondant l’Organisation des Nations unies, avec ses immenses promesses,
ses imperfections regrettables.
De nouveaux changements importants nous attendent et le principe même de gouvernement mondial
s’imposera. Les Nations unies ne possèdent pas ce mandat, et les discours actuels des dirigeants
politiques n’envisagent pas vraiment une restructuration aussi radicale de la gestion des affaires de la
planète. Bahá’u’lláh a annoncé sans équivoque que cela se produirait en son temps. Et il apparaît hélas
tout aussi clairement que des désillusions et de nouvelles souffrances toujours plus grandes seront
encore nécessaires pour forcer l’humanité à faire ce grand pas en avant. Sa mise en œuvre nécessitera
que les gouvernements nationaux et les autres centres de décision abandonnent au profit d’un pouvoir
de décision international, sans condition et sans retour possible, la pleine mesure de l’autorité suprême
implicite dans le mot « gouvernement ».
Tel est le contexte dans lequel les bahá’ís doivent s’efforcer de comprendre la victoire extraordinaire
remportée par la Cause en 1963 et que les années ont confortée. Une véritable compréhension de sa
signification est impossible à présent et le restera sans doute pour plusieurs générations de croyants.
Dans la mesure où les bahá’ís la saisissent, ils se dévoueront sans compter, déterminés à servir ses
objectifs.
Rendu possible par la réussite des trois étapes initiales du Plan divin du Maître sous la direction de
Shoghi Effendi, le processus menant à l’élection de la Maison universelle de justice constitua très
probablement la première élection démocratique à l’échelle du monde. Depuis, c’est un ensemble de
plus en plus important et diversifié d’élus de la communauté qui a effectué chacune des élections
suivantes ; à l’heure actuelle, cet évènement représente incontestablement la volonté d’un groupe
significatif de l’ensemble des hommes. Rien aujourd’hui - rien qui soit conçu par des hommes - ne
ressemble, de près ou de loin, à cette réalisation.

Si de plus, on considère l’atmosphère spirituelle qui anime les élections bahá’íes, et les règles morales
que nécessitent ses plus simples opérations, on acquiert une humilité que seule une plus grande
conscience apporte. L’élection de l’institution suprême gouvernant notre Foi témoigne de l’effort
maximum dont l’être humain est capable pour satisfaire Dieu. C’est une détermination unie et ardente,
et rien, ni les influences culturelles, ni les impulsions personnelles, ne devrait permettre d’entacher la
pureté de cet acte collectif fondamental. C’est la limite du pouvoir de l’homme. Cet acte marque les
limites de ce que l’humanité peut accomplir, et Dieu, en acceptant le saint effort de ceux qui ont
embrassé sa Cause, dote l’institution ainsi créée de l’autorité promise dans le Kitáb-i-Aqdas ainsi que
dans le Testament de ‘Abdu’l-Bahá. Il n’est pas étonnant que ‘Abdu’l-Bahá ait vu dans le processus,
culminant en 1963 avec cet instant historique du centenaire de la déclaration de sa mission par
Bahá’u’lláh, l’accomplissement de la vision du prophète Daniel, « Heureux celui qui attendra, et qui
arrivera jusqu’à mille trois cent trente-cinq jours »(109 bis) Daniel XII :12. Selon les propres termes du
Maître :
« D’après cette méthode de calcul, un siècle doit s’écouler après l’aurore du Soleil de vérité, à ce
moment, les enseignements de Dieu auront été établis fermement sur terre et la lumière divine
inondera le monde de l’Orient jusqu’à l’Occident. En ce jour tout croyant se réjouira. ( 110) J.E.
Esselmont, Bahá’u’lláh et l’ère nouvelle (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1990), p.259.
Avec l’établissement de la Maison universelle de justice, venait d’apparaître la deuxième des deux
institutions appelées par ‘Abdu’l-Bahá à lui succéder et à garantir l’intégrité de la Cause. Le vaste
ensemble des écrits du Gardien et le modèle de vie administrative qu’il avait conçus et qui se gravaient
à jamais dans la conscience bahá’íe avaient doté le monde bahá’í des moyens sûrs pour arriver à un
accord universel sur le dessein de la révélation de Dieu. Avec la Maison universelle de justice, la
Cause disposait maintenant de l’autorité suprême conçue par Bahá’u’lláh pour exercer les fonctions de
prise de décision dans l’Ordre administratif. Ainsi que l’explique le Testament, les deux institutions
partagent la promesse divine d’être infailliblement guidées :
La jeune branche sacrée, le Gardien de la cause de Dieu, de même que la Maison universelle de justice
qui doit être établie par des élections universelles, sont tous deux sous la garde et la protection de la
Beauté d’Abhá, infailliblement guidés par sa Sainteté, l’Exalté (que ma vie leur soit offerte à tous
deux). Tout ce qu’ils décident vient de Dieu. (111) Testament de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p.24.
Shoghi Effendi expliqua par la suite que la relation entre ces deux centres d’autorité était
complémentaire, certaines fonctions étant partagées et d’autres plus spécifiquement du ressort de l’une
ou de l’autre. Il prit néanmoins la peine de souligner ce qui suit :
Chaque croyant doit savoir que l’institution du Gardiennat ne peut, en aucune manière, abroger ni
même amoindrir un tant soit peu les pouvoirs que Bahá’u’lláh accorde à la Maison universelle de
justice dans le Kitáb-i-Aqdas, et que ‘Abdu’l-Bahá confirme solennellement, à plusieurs reprises dans
son Testament. « L’institution du Gardiennat ne constitue en aucune manière une contradiction avec le
Testament ni avec les Écrits de Bahá’u’lláh, pas plus qu’elle n’annule aucune de ses instructions
révélées ». (112) Shoghi Effendi, L’Ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 6.
La réalisation du caractère unique de ce que Bahá’u’lláh a mis en œuvre nous permet d’imaginer les
contributions que la Cause est susceptible d’apporter à l’unification de l’humanité et à la construction
d’une société planétaire. La responsabilité immédiate de l’établissement d’un gouvernement mondial
repose sur les épaules des États-nations. La communauté bahá’íe de son côté est appelée, à ce stade
d’évolution sociale et politique de l’humanité, à participer par tous les moyens dont elle dispose pour
créer les conditions qui encourageront et faciliteront cette tâche phénoménale. De même que
Bahá’u’lláh a assuré aux monarques de son temps que « Notre désir n’est pas de mettre la main sur
vos royaumes », (113) Bahá’u’lláh, le Kitáb-i-Aqdas, op., cit., § 83, p. 51. de même la communauté bahá’íe n’a
aucun programme politique, s’abstient de tout engagement dans des activités partisanes et accepte sans
aucune réserve l’autorité du gouvernement civil dans les affaires publiques. Quelles que soient les
préoccupations des bahá’ís sur les conditions actuelles ou sur les besoins de leurs propres membres, ils
les expriment par l’intermédiaire des voies constitutionnelles.
Aussi le pouvoir que possède la Cause d’influer sur le cours de l’histoire réside dans la force
spirituelle de son message et dans l’exemple qu’elle donne. Bahá’u’lláh affirme que « La lumière de
l’unité est si puissante qu’elle peut illuminer la terre entière » (114) Bahá’u’lláh, Epître au Fils du Loup,
(Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 2002), p. 15. L’unité de l’humanité contenue dans la Foi ne représente
pas, comme Shoghi Effendi le souligne, « une simple explosion d’émotivité ignorante, ni l’expression

d’un souhait vague et pieux. » L’unité organique de l’ensemble des croyants et l’Ordre administratif
qui l’a rendu possible sont autant de preuves de ce que Shoghi Effendi appelait « le pouvoir que
possède leur foi de construire une société » (115) Shoghi Effendi, L’Ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p.
187. Au fur et à mesure de son développement et de la mise en évidence des potentialités latentes de
son Ordre administratif, la Cause attirera davantage l’attention des grands penseurs, insufflant aux
esprits éclairés l’assurance que ses idéaux sont accessibles. Selon les termes de Shoghi Effendi :
Les dirigeants religieux, les promoteurs de théories politiques, les administrateurs des institutions
humaines qui assistent à présent, avec perplexité et effarement, à la ruine de leurs idées, et à
l’effritement de leur œuvre, feraient bien de tourner leur regard vers la révélation de Bahá’u’lláh et de
méditer sur l’Ordre mondial qui, enchâssé dans ses enseignements, émerge lentement et
imperceptiblement de la confusion et du chaos de la civilisation actuelle. (116) Shoghi Effendi, L’Ordre
mondial de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 7.
Cette observation attirera l’attention sur les forces ayant permis la réalisation de l’unité bahá’íe, ainsi
que sa consolidation et son maintien. « La lumière des hommes est la justice » dit Bahá’u’lláh. Son
objectif, ajoute-t-il « est l’avènement de l’unité parmi les hommes. L’océan de la sagesse divine surgit
de cette parole exaltée ». (117) Tablettes de Bahá’u’lláh révélées après le Kitáb-i-Aqdas, op. cit., p. 69.
L’appellation « Maisons de justice » donnée aux institutions qui règneront sur l’Ordre mondial qu’il a
conçu à un niveau local, national et international, reflète le caractère essentiel de ce principe dans les
enseignements de la Révélation et dans la vie de la Cause. Tandis que la communauté bahá’íe devient
un acteur toujours plus familier de la vie de la société, son expérience met en évidence l’importance de
cette loi fondamentale pour la guérison des innombrables maux qui, en dernière analyse, sont les
conséquences de la désagrégation qui affecte l’humanité. « Sache, en vérité, que ces grandes
oppressions qui affligent le monde le préparent à l’avènement de la plus grande justice », explique
Bahá’u’lláh. (118) Shoghi Effendi, L’avènement de la justice divine, op. cit., p. 40.
Il est clair que cette étape culminante de l’évolution de la société humaine aura lieu au sein d’un
monde très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.
Chapitre IX
LA RÉUSSITE DE LA CROISADE DE DIX ANS et l’établissement de la Maison universelle de
justice eurent pour effet immédiat de donner une puissante impulsion à la progression de la Cause.
Cette fois, le progrès touchait pratiquement tous les aspects de la vie bahá’íe et prenait la forme
d’activités de longue haleine que l’on évaluera mieux si l’on considère la période débutant en 1963
comme un tout. Au cours de ces années cruciales, le travail avança rapidement sur deux pistes
parallèles : l’expansion et la consolidation de la communauté bahá’íe et, en même temps, un
accroissement spectaculaire de l’influence de la Foi qui se manifesta dans la vie de la société. La
gamme des activités bahá’íes se diversifiait considérablement, et la plupart des efforts contribuaient
directement à l’un ou l’autre des deux axes principaux.
Au tout début de cette période, une décision de la Maison de justice s’est avérée capitale pour les
différents aspects du développement de l’enseignement et de l’administration. Lorsqu’on se rendit
compte que personne ne succèderait à Shoghi Effendi, il devint évident que la nomination des Mains
de la cause n’était plus envisageable. Les fonctions de cette institution s’étaient avérées essentielles au
progrès de la Foi, d’une manière indéniable au cours de six années de tourmente, de 1957 à 1963.
Aussi, en juin 1968, en accord avec le mandat l’autorisant à créer de nouvelles institutions bahá’íes
(119)The Establishment of the Universal House of Justice, compilé par le Département de recherche de la Maison
universelle de justice (Oakham : Bahá’í Publishing Trust, 1984), p. 17 . selon les besoins de la Cause, la Maison de
justice établit les corps continentaux des conseillers. Habilitée à assumer dans le futur les fonctions des
Mains de la cause en ce qui concerne la protection et la propagation de la Foi, la nouvelle institution se
chargea de guider le travail des corps auxiliaires déjà existants et soutint les assemblées nationales
dans leur charge de faire progresser la Foi. Les grandes et magnifiques victoires célébrées en 1973 à
l’issue du plan de neuf ans reflétaient bien l’aisance extraordinaire avec laquelle le nouveau corps
administratif avait pris ses fonctions et l’accueil empressé des croyants et des assemblées à son égard.
Cette période fut marquée par une autre réalisation majeure de l’Ordre administratif : la création du
Centre international d’enseignement ; cet organe assumerait dans le futur certaines des responsabilités
des « Mains de la cause résidant en Terre sainte » et dès lors, coordonnerait les tâches des corps des
conseillers dans le monde.

Prévoyant l’évolution de la Cause, Shoghi Effendi avait évoqué les « entreprises mondiales, qui
seront lancées en des temps futurs de cet âge (de formation) par la Maison universelle de justice, et qui
symboliseront l’unité, coordonneront et unifieront les activités .... des assemblées nationales ». (120)
Maison universelle de justice, Messages from the Universal House justice 1963-1986, the Third Epoch of the Formative Age,
op. cit., p. 52 . Ces actions à l’échelle planétaire débutèrent en 1964 avec le plan de neuf ans, suivi par
les plans de cinq ans (1974), de sept ans (1979), de six ans (1986), de trois ans (1993), de quatre ans
(1996), et un plan de douze mois qui termina le siècle. Les différences importantes qui ont distingué
les uns des autres ces programmes successifs fournissent un indice utile sur la croissance de la Cause
au cours de ces décennies ainsi que sur les opportunités et les nouveaux défis que cette croissance
engendrait. Les actions indispensables à la réalisation des plans ne faisaient que prolonger des actions
engagées par Shoghi Effendi, et ce fait est plus important que ces évolutions elles-mêmes. Il avait à
son tour saisi et façonné les fils tissés par les Fondateurs de la foi : éduquer les assemblées spirituelles,
traduire, éditer et distribuer des écrits, encourager la participation générale des amis, s’assurer de
l’enrichissement spirituel de la vie bahá’íe, veiller à la participation de la communauté bahá’íe dans la
société, renforcer la vie de famille ainsi que l’éducation des enfants et des jeunes. Ces différentes
actions continueront indéfiniment à offrir de nouvelles possibilités, et le fait que chacune trouve son
origine dans l’élan créatif de la révélation elle-même confère à tout ce qu’entreprend la communauté
bahá’íe une force unificatrice qui est à la fois le secret et la garantie de sa victoire finale.
Les vingt premières années furent une période des plus enrichissantes jamais vécues par la
communauté bahá’íe. En un temps très court, le nombre des assemblées spirituelles locales se
multiplia et la diversité culturelle et ethnique des adhérents devint une caractéristique chaque jour plus
évidente de la communauté. Bien que l’effondrement de la société ait créé des difficultés aux
institutions bahá’íes, il eut également pour effet de susciter un intérêt accru pour le message de la
Cause. La communauté fut tout de suite confrontée au défi « d’enseigner aux masses ». En 1967, elle
fut appelée « à lancer, à l’échelle planétaire et dans toutes les couches de la société humaine, une
campagne de proclamation intensive et continue pour annoncer la venue salvatrice du Promis. » (121)
ibid, p. 104.
Au cours de leurs vastes campagnes pour atteindre la masse des populations du monde dans les
villages et les zones rurales, les croyants des centres urbains rencontrèrent une réceptivité au message
de Bahá’u’lláh qui dépassait tout ce qu’ils avaient pu imaginer. Les nouveaux déclarés furent reçus
chaleureusement avec leur réponse qui prenait généralement des formes très différentes de celles
auxquelles les enseignants étaient habitués. Des dizaines de milliers de nouveaux bahá’ís vinrent
grossir les rangs de la Cause sur le continent africain, en Asie et en Amérique latine ; ils représentaient
souvent presque tous les habitants d’un village. Les années 60 et 70 furent grisantes pour une
communauté bahá’íe dont la croissance hors d’Iran avait été lente et mesurée. C’est aux amis du
Pacifique que revient l’honneur d’avoir attiré à la Cause le premier souverain, son Altesse Malietoa
Tanumafili Il de Samoa ; c’est seulement dans l’avenir que la portée de cet événement deviendra
évidente.
C’est l’engagement individuel de chaque croyant qui a été au cœur même de cette croissance, comme
cela a été le cas depuis le début dans la vie de la Cause. Pendant le ministère de Shoghi Effendi,
quelques personnes clairvoyantes avaient déjà pris l’initiative de contacter les populations indigènes
dans des pays comme l’Ouganda, la Bolivie ou l’Indonésie. Au cours du plan de neuf ans un nombre
encore plus grand de ces enseignants se mit à l’ouvrage, en particulier en Inde, dans plusieurs pays
d’Afrique, dans la plupart des régions d’Amérique latine, dans les îles du Pacifique, en Alaska, ainsi
que parmi les peuples autochtones du Canada et les populations noires des régions rurales du sud des
États-Unis. L’activité de pionnier apporta un support essentiel à ce travail, encourageant l’émergence
de groupes d’enseignants au sein des croyants indigènes.
Malgré cela, il devint bientôt évident que l’initiative individuelle seule, tout inspirée et énergique
qu’elle fut, ne pouvait pas répondre de manière appropriée à toutes les opportunités. Aussi, les
communautés bahá’íes se lancèrent-elles dans des campagnes d’enseignement et des activités de
proclamation très diverses, rappelant les périodes héroïques des précurseurs. Des équipes
d’enseignants enthousiastes découvrirent qu’il était maintenant possible de présenter le message de la
Foi non seulement à des chercheurs individuellement, mais également à des groupes et même des
communautés entières. Les dizaines de milliers devinrent des centaines de milliers. Jusque-là,
l’expérience des membres des assemblées spirituelles se limitait à confirmer la compréhension de la

foi des postulants individuels issus de cultures où régnait le doute ou le fanatisme religieux. La
croissance de la Foi les obligea à s’adapter aux expressions de foi de groupes entiers pour qui
conscience et réponse religieuses étaient des traits naturels de la vie quotidienne.
Personne dans la communauté bahá’íe n’apporta de contribution plus énergique et plus significative
que celle des jeunes à cet éclatant processus de croissance. Dans leurs prouesses tout au long de ces
décennies cruciales - comme assurément à travers toute l’histoire des cent cinquante années
précédentes - on voit encore et toujours que, dans leur grande majorité, tous les héros qui lancèrent la
Cause au début du dix-neuvième siècle étaient jeunes. Le Báb déclara sa mission lorsqu’il était âgé de
vingt-cinq ans, et Anis qui connut la gloire impérissable de mourir avec son Seigneur n’était qu’un
adolescent. Quddús répondit à l’appel lorsqu’il n’avait que vingt-deux ans. Zainab, dont l’âge n’est
pas connu, était une très jeune femme. Tendrement chéri par Quddús et Mullá H∆usayn, Shaykh ‘Alí fut
martyrisé à l’âge de vingt ans, tandis que Muh∂ammad-i-Báqir-Naqsh n’avait que quatorze ans lorsqu’il
rendit l’âme. ∏ahirih était âgée d’une vingtaine d’années lorsqu’elle embrassa la cause du Báb.
Par la suite, des milliers de jeunes bahá’ís se levèrent sur les pas de ces personnages extraordinaires,
pour proclamer le message de la Foi à travers les cinq continents et dans les îles disséminées de par les
mers. À la fin des années 60 et durant les années 70, une culture internationale de la jeunesse
commençait à émerger dans la société. Des croyants doués en musique, théâtre et peinture illustrèrent
alors les paroles de Shoghi Effendi : « La Cause se propagera telle une traînée de poudre le jour où
son esprit et ses enseignements seront représentés sur scène, dans les beaux-arts ou la littérature… »
(122) Bahá’í News n°73 May 1933 (Wilmette : National Spiritual Assembly of the bahá’ís of United States), p. 7. -
L’esprit de ferveur et d’enthousiasme qui caractérise les jeunes a aussi constamment poussé
l’ensemble de la communauté à explorer avec toujours plus d’audace les implications sociales
révolutionnaires des enseignements de Bahá’u’lláh.
L’explosion des déclarations a cependant entraîné des difficultés tout aussi importantes. En premier
lieu, les moyens des communautés bahá’íes engagées dans ce travail s’avérèrent rapidement
insuffisants face à l’obligation de fournir l’approfondissement soutenu nécessaire aux masses de
nouveaux croyants et à celle de consolider leurs nouvelles communautés et assemblées spirituelles.
Puis les obstacles culturels se reproduisirent, identiques à ceux rencontrés par les premiers croyants
persans qui avaient cherché à introduire la Foi dans les pays occidentaux, mais cette fois à l’échelle
mondiale. Les principes théologiques et administratifs qui pouvaient être d’un intérêt profond pour les
pionniers et ceux qui enseignaient avaient rarement un intérêt primordial pour les nouveaux déclarés
de milieux culturels et sociaux extrêmement différents. Les divergences d’opinion sur des points aussi
élémentaires que l’emploi du temps ou de simples conventions sociales ont souvent creusé des fossés
d’incompréhension qui ont rendu la communication très difficile.
Au départ, ces problèmes s’avérèrent stimulants tandis que les institutions bahá’íes et les croyants euxmêmes se débattaient pour trouver de nouvelles façons d’appréhender les choses - en fait, de nouveaux
chemins pour comprendre d’importants passages des écrits bahá’ís. Des efforts décidés furent engagés
pour suivre les directives du Centre mondial selon lesquelles l’expansion et la consolidation sont deux
processus jumeaux qui doivent avancer ensemble. Pourtant, un certain découragement s’installa
fréquemment là où les résultats espérés se faisaient attendre. La rapide augmentation des déclarations
du début se ralentit considérablement dans de nombreux pays, et quelques institutions et communautés
bahá’íes furent tentées par un retour à des activités plus familières et à des auditoires plus accessibles.
La principale conséquence de ces reculs fut de faire comprendre à ces communautés que les hautes
espérances des premières années n’étaient pas réalistes, sous certains aspects. Bien que les succès
faciles des activités d’enseignement du début aient été encourageants, ils n’ont pas construit à eux
seuls une vie communautaire qui satisfasse les besoins de ses nouveaux adhérents et qui se nourrisse
d’eux-mêmes. Au lieu de cela, les pionniers autant que les nouveaux croyants se trouvaient confrontés
à des questions pour lesquelles l’expérience bahá’íe en Occident, et même en Iran, n’offrait que peu de
réponses. Comment former des assemblées spirituelles locales, et comment les faire fonctionner dans
des endroits où un grand nombre de nouveaux croyants s’étaient ralliés à la Cause du jour au
lendemain, par le seul pouvoir de leur appréhension spirituelle de sa vérité ? De quelle manière
accorder l’égalité aux femmes dans des sociétés dominées par les hommes depuis l’aube des temps ?
Comment dispenser systématiquement l’éducation à un grand nombre d’enfants dans des milieux
culturels où la pauvreté et l’illettrisme l’emportaient ? Quelles priorités devraient guider
l’enseignement moral bahá’í et comment harmoniser au mieux ces objectifs avec les habitudes

locales ? Comment cultiver une vie communautaire intense qui stimulerait la croissance spirituelle de
ses membres ? Quelles priorités choisir pour ce qui concerne la production de publications bahá’íes, si
l’on tient compte en particulier de l’explosion soudaine du nombre des langues dans la communauté ?
Comment ouvrir l’activité fondamentale de la fête des dix-neuf jours à l’influence enrichissante de
cultures différentes tout en maintenant l’intégrité de cette institution bahá’íe ? Et comment se procurer,
renforcer et harmoniser les moyens indispensables dans chacun des domaines concernés ?
La pression exercée par ces défis, urgents et imbriqués les uns dans les autres, lança le monde bahá’í
dans un processus d’apprentissage aussi important que son expansion elle-même. On peut dire sans
erreur qu’au cours de ces années il n’y eut pratiquement pas d’enseignement, ni de combinaison
d’activités d’expansion, de consolidation ou de proclamation, pas de choix administratif, ni d’effort
envers une adaptation culturelle qui n’aient été tentés de façon énergique quelque part dans le monde
bahá’í. Le résultat de cette expérience est qu’une grande partie de la communauté bahá’íe fit
l’apprentissage intensif de l’enseignement des masses, ce qu’elle n’aurait pu connaître sans cela. De
par sa nature, le processus se déroulait plutôt sur les plans local et régional, ses résultats étaient plus
qualitatifs que quantitatifs, et les progrès enregistrés, concentrés plutôt qu’à grande échelle.
Cependant, sans le travail de consolidation laborieux, toujours difficile et souvent frustrant, poursuivi
pendant ces années, la stratégie de systématisation de l’entrée en masses qui suivit aurait manqué de
bras.
Le fait que le message bahá’í pénétrait maintenant non seulement la vie de petits groupes d’individus
mais aussi celle de communautés entières, eut également l’effet de faire renaître une caractéristique
essentielle des premiers temps de l’avancement de la Cause. Pour la première fois depuis des
décennies, la Foi s’est retrouvée dans une situation où l’enseignement et la consolidation étaient
inséparablement liés au développement économique et social. Dans les premières années du siècle, les
croyants iraniens, privés du droit de prendre leur juste part des avantages pourtant limités qu’offrait la
société d’alors, s’étaient levés sous la bienveillante direction du Maître et du Gardien pour construire
avec difficulté une vie communautaire unie. Celle-ci dépassait de loin les exigences et les possibilités
des groupes bahá’ís relativement isolés du continent nord-américain et d’Europe occidentale. En Iran,
l’avancement moral et spirituel, les activités d’enseignement, la création d’écoles et de cliniques,
l’établissement d’institutions administratives et l’encouragement d’initiatives visant à l’autosuffisance
économique et à la prospérité sont tous très tôt devenus des caractéristiques inséparables d’un
processus de développement fondamentalement unifié. Maintenant, on retrouvait les mêmes défis et
les mêmes situations en Afrique, en Amérique latine et en certains endroits d’Asie.
Depuis longtemps, des activités de développement économique et social avaient été entreprises, en
particulier en Amérique latine et en Asie, mais c’étaient des projets isolés, engagés par des groupes de
croyants guidés par une assemblée nationale particulière, sans lien avec un quelconque plan. Dès
octobre 1983, les communautés bahá’íes du monde furent appelées à incorporer ces réalisations au
sein de leur programme régulier d’activités. Un Bureau de développement économique et social fut
créé au Centre mondial, avec la mission de coordonner l’apprentissage et d’aider à rechercher des
fonds.
La décennie suivante fut le théâtre d’une vaste expérimentation dans un domaine d’activités pour
lequel la plupart des institutions bahá’íes n’étaient que peu préparées. Tout en s’efforçant de profiter
des modèles testés par les multiples agences de développement à travers le monde, des communautés
bahá’íes se trouvèrent confrontées à la difficulté de relier leur compréhension des principes bahá’ís à
ce qu’elles découvraient dans divers domaines comme l’éducation, la santé, l’alphabétisation,
l’agriculture, la communication. Étant donné l’importance des ressources investies par des
gouvernements et par des associations, étant donné la confiance avec laquelle cet effort fut poursuivi,
la tentation était forte d’emprunter tout simplement les méthodes en vogue à l’époque ou d’adapter
l’effort des bahá’ís aux théories prédominantes. Cependant, à mesure que le travail se poursuivait, les
institutions bahá’íes s’efforcèrent d’imaginer des paradigmes de développement en mesure d’intégrer
ce qu’ils observaient dans la société à la conception des potentialités humaines particulière à la Foi.
Dans ce domaine, la stratégie des plans successifs n’a nulle part été défendue de façon aussi
impressionnante qu’en Inde. Là-bas, la communauté est maintenant devenue un géant de la Cause avec
plus d’un million de croyants. Son travail s’étend à travers tout l’espace d’un vaste sous-continent,
abritant une grande diversité de cultures, de langues, de groupes ethniques et de traditions religieuses.
Sous bien des aspects, l’expérience de ce vaste corps béni de croyants résume les luttes, les

expériences, les revers et les victoires de tout le monde bahá’í pendant ces trois décennies critiques.
L’augmentation spectaculaire du nombre des adhésions a entraîné dans son sillage tous les problèmes
rencontrés ailleurs dans le monde, mais à une échelle considérable. La longue route qui conduisit la
communauté bahá’íe indienne à sa position éminente actuelle fut semée des difficultés les plus
douloureuses, certaines d’entre elles faillirent plusieurs fois submerger les moyens dont disposait
l’administration. Les victoires remportées préfigurent cependant les confirmations qui viendront en
leur temps récompenser les efforts des communautés bahá’íes faisant face aux mêmes problèmes sur
les autres continents. En 1985, la croissance de la Foi en Inde avait atteint le point où les besoins et les
ouvertures de tant de régions diverses sollicitèrent beaucoup plus d’attention que n’en pouvait
dispenser toute seule l’Assemblée spirituelle nationale. Ainsi naquit la nouvelle institution du conseil
bahá’í régional, mettant en marche le processus de décentralisation administrative qui s’est montré
depuis si efficace dans d’autres pays.
En 1986, l’expansion et la consolidation mises en œuvre en Inde furent justement couronnées par
l’inauguration du somptueux « temple du lotus ». Le projet avait fait naître des attentes très optimistes
quant à l’impact de sa réalisation sur la reconnaissance publique de la Foi, et pourtant la réalité a
dépassé de loin les espoirs les plus fous. Aujourd’hui la maison d’adoration de l’Inde est devenue l’un
des sites les plus visités du sous-continent, avec en moyenne dix mille visiteurs par jour, et elle est à
l’honneur dans des publications, des films et des reportages télévisés. L’intérêt suscité par une Foi qui
a su inspirer une création si magnifique et s’y incarner apporte un sens nouveau au nom
d’« enseignants silencieux de la Foi » utilisé par ‘Abdu’l-Bahá pour décrire les temples bahá’ís.
L’avancée de la communauté bahá’íe indienne, à la fois dans son développement interne et dans ses
relations avec la société en général, est illustrée par un projet de pionniers engagé en novembre 2000
dans le domaine du développement économique et social. Profitant de la réputation méritée qu’elle
avait gagnée auprès de mouvements progressistes dans le pays, l’Assemblée spirituelle nationale
organisa en collaboration avec l’Institut For Studies in Global Prosperity, nouvellement créé par la
Communauté internationale bahá’íe, un symposium sur la science, la religion et le développement.
(123) Cet institut, organe de la Communauté internationale bahá’íe, fut créé en 1998 par la Maison universelle de justice et
ses rapports lui sont transmis par le Bureau d’information public. Sa mission consiste à rechercher les bases spirituelles et
matérielles du savoir humain, et les schémas de développement du progrès social. Cet évènement vit la participation
de plus d’une centaine d’organisations de développement les plus influentes du pays et fut l’objet
d’une couverture médiatique nationale. Cet événement, contribution spécifique des bahá’ís à la
promotion du progrès social, ouvrit la voie à des symposiums de même type en Afrique, en Amérique
latine et dans d’autres régions où des communautés bahá’íes inventives participent à l’écriture de ce
qui pourrait bien devenir l’une des principales histoires à succès de la Foi.
Au cours de ces mêmes années, le continent asiatique fut aussi témoin de l’essor soudain de la
communauté bahá’íe de Malaisie. Véritable moteur du travail d’expansion, elle atteignit ses objectifs
intérieurs à une vitesse vertigineuse et envoya des pionniers et enseignants itinérants sur les îles
avoisinantes. C’est grâce aux liens d’union spirituelle qui avaient été tissés entre les croyants
d’origines chinoise et indienne que cette avancée spectaculaire fut possible. Les visiteurs de la
Malaisie parlaient avec une sorte d’émerveillement de la communauté malaise qui, malgré beaucoup
de contraintes et de handicaps, semblait parfaitement incarner les métaphores militaires utilisées par
Shoghi Effendi dans ses écrits pour rendre l’esprit des efforts d’enseignement bahá’ís.
Cependant, ni la croissance mondiale de la communauté bahá’íe, ni le processus d’apprentissage dont
elle faisait l’expérience ne racontent l’histoire entière de ces décennies tumultueuses et inventives.
Finalement, lorsque l’histoire de cette période sera écrite, un des chapitres les plus remarquables
concernera les victoires spirituelles remportées par les communautés bahá’íes, en particulier celles de
l’Afrique, qui ont survécu à la guerre, à la terreur, à l’oppression politique, aux privations extrêmes et
qui sont sorties de ces épreuves avec une foi intacte, déterminées à achever leur travail d’édification
d’une vie collective bahá’íe durable. La communauté d’Ethiopie, terre de traditions culturelles parmi
les plus anciennes et les plus riches du monde, a réussi à préserver le moral de ses membres et la
cohérence de ses structures administratives malgré la forte pression d’une dictature brutale. Quant aux
amis d’autres pays du continent, il est certain que le chemin de leur fidélité à la Cause traversa un
enfer de souffrance rarement égalé dans l’histoire moderne. Les annales de la Foi possèdent peu de
témoignages plus émouvants sur l’absolue puissance de l’esprit que ces histoires de courage et de
pureté de cœur émergeant de la fournaise qui assaillait les amis dans ce qui était alors le Zaïre. Ces

histoires inspireront les générations à venir, elles ont apporté une contribution sans prix à la création
de la culture bahá’íe mondiale. Des pays comme l’Ouganda et le Rwanda ont ajouté leurs exploits
inoubliables à ce record de tribulations héroïques.
Source d’inspiration également que l’aptitude à se renouveler inhérente à la Cause qui s’est manifestée
dans les camps de réfugiés cambodgiens le long de la frontière thaïlandaise. Grâce aux efforts
héroïques d’une poignée d’enseignants, des assemblées spirituelles locales furent établies parmi ceux
qui avaient survécu à un génocide insupportable à l’esprit humain ; elles avaient perdu un nombre
incalculable de personnes aimées et tout ce qu’elles possédaient, mais en elles brûlait encore l’ardent
désir de l’âme humaine pour la vérité spirituelle. De hauts faits tout aussi remarquables furent
accomplis par la communauté bahá’íe libérienne. Chassés de chez eux et exilés dans des pays voisins,
nombre de ces courageux croyants conservèrent leur vie communautaire. Ils établirent des assemblées
spirituelles locales, poursuivirent le travail d’enseignement et l’éducation de leurs enfants, ils
utilisèrent leur temps pour acquérir de nouvelles compétences, et puisèrent dans la musique, la danse
et le théâtre les forces spirituelles qui les aidèrent à garder espoir en attendant le retour dans leur pays.
Le programme éducatif des méthodes d’enseignement aux masses qui se mettait en place transforma la
nature de la communauté. En 1992, le monde bahá’í célébra sa seconde année sainte, elle marquait le
centenaire de l’ascension de Bahá’u’lláh et de la proclamation de son alliance. Mieux que des mots, la
diversité des ethnies, des cultures et des nations représentées par les 27000 croyants qui se
rassemblèrent au Javits Convention Center de la ville de New-York - ainsi que des milliers de présents
aux neuf conférences annexes de Bucarest, Buenos-Aires, Moscou, Nairobi, New-Delhi, Panama,
Singapour, Sydney et du Samoa occidental - a apporté une preuve flagrante de la réussite de
l’enseignement bahá’í dans le monde entier. Lorsque les réseaux de diffusion par satellites relièrent la
manifestation de Moscou à celle qui avait lieu dans la ville de New-York, ce fut un moment
particulièrement émouvant. Partout les bahá’ís vibrèrent aux souhaits de bienvenue en russe - langue
de quelque 280 millions de personnes dans au moins 15 pays - qui annonçaient une nouvelle phase
dans la réponse donnée par l’humanité à Bahá’u’lláh.
Les conférences de Moscou et de Bucarest, ont permis d’entrevoir la renaissance de communautés
bahá’íes quasiment anéanties par l’oppression du régime soviétique et de ses collaborateurs. Une des
trois dernières Mains de la cause encore vivante, ‘Alí-Akbar Furútan, qui a vécu en Russie, eut
l’immense joie de retourner à Moscou à l’âge de 86 ans pour l’élection de l’Assemblée nationale de ce
pays. Les assemblées spirituelles locales jaillirent partout dans ces régions nouvellement ouvertes, et
six nouvelles assemblées spirituelles nationales furent élues. En peu de temps, dans des pays sur la
bordure méridionale de l’ancien empire soviétique où la Foi avait également été proscrite, d’autres
assemblées locales et huit nouvelles assemblées spirituelles nationales virent le jour, grâce à l’activité
d’enseignement et aux pionniers. Des publications bahá’íes furent traduites dans plusieurs nouvelles
langues, des mesures énergiques furent prises pour s’assurer de la reconnaissance civile des
institutions bahá’íes, et des représentants de pays de l’Europe de l’Est et de l’ancien bloc soviétique
participèrent avec d’autres croyants à des activités extérieures à la Foi sur un plan international.
De même, le message de la Foi fut accueilli petit à petit dans plusieurs provinces chinoises et parmi les
populations chinoises à l’étranger. Des publications bahá’íes furent traduites en mandarin, des érudits
bahá’ís furent invités à s’adresser à des auditoires universitaires dans de nombreuses villes chinoises,
un Centre d’études bahá’íes (124) Le Centre entreprend des recherches méthodiques sur la Foi bahá’íe, sa culture
religieuse, son esprit d’humanité, et son éthique religieuse. fut créé à Pékin dans le prestigieux Institut des
religions mondiales qui fonctionne au sein de l’Académie des sciences sociales, et plusieurs dignitaires
chinois se sont montré prodigues dans leur appréciation des principes qu’ils découvraient dans les
Écritures. La haute estime que le Maître portait à la civilisation chinoise et à son rôle dans le futur de
l’humanité, laisse présager de la contribution créative que les croyants de cette culture apporteront à la
vie morale et intellectuelle de la Cause dans les années à venir. (125) Cité dans Star of the West, vol.13, N° 7,
octobre 1922, pp. 184-186.
La signification de ces trois décennies de luttes, d’apprentissages, de sacrifices, devint apparente
lorsque arriva le moment de concevoir un plan mondial qui réunirait les connaissances acquises et les
ressources mises en œuvre. La communauté bahá’íe qui établit le plan de quatre ans en 1996 était bien
différente de celle des croyants de 1964 qui, enthousiaste mais nouvelle et sans expérience, s’était
aventurée dans la première de ces entreprises sans plus avoir le soutien de Shoghi Effendi pour les

guider. Chacun des éléments distincts des différents plans apparaissait en 1996 comme partie
intégrante d’un tout cohérent.
Cette expérience avait permis une perspective bien utile sur ce qui avait été accompli. L’expansion de
la Cause au cours des trois précédentes décennies constituait la réponse des millions d’êtres humains
touchés par leur rencontre avec le message de Bahá’u’lláh au point de se fondre à des degrés divers
avec la cause de Dieu. Ils étaient conscients de la venue d’un nouveau messager du Divin, ils avaient
saisi quelque chose de l’esprit de la Foi et avaient été fortement impressionnés par l’enseignement
bahá’í sur l’unicité de l’humanité. Une petite minorité d’entre eux étaient capable d’aller au-delà. Mais
pour la plupart, ces amis étaient essentiellement bénéficiaires de programmes d’enseignement conduits
par des pionniers et enseignants venus de l’extérieur. Une des plus grandes forces de la masse humaine
d’où venaient les nouveaux croyants, résidait dans une largesse de cœur contenant le potentiel pour
générer une transformation sociale durable. Jusqu’à maintenant, le plus grand handicap de ces
populations reste une passivité due à l’exposition durant des générations à des influences extérieures
qui, quelle qu’ait été l’importance de leurs avantages matériels, poursuivaient des programmes qui
n’avaient souvent que de vagues rapports, lorsqu’ils en avaient, avec la réalité des besoins et de la vie
des peuples indigènes.
Le plan de quatre ans fut une avancée considérable sur ceux qui le précédaient alors ; il était conçu
afin de profiter des opportunités et des idées offertes. Faire avancer le processus d’entrée en masses
devint le seul objectif de cette action. Les leçons tirées au cours des plans précédents plaçaient
maintenant l’accent sur le développement des aptitudes des croyants où qu’ils soient, de manière à ce
que chacun se lève plein de confiance tel un protagoniste de la mission de la Foi. L’instrument pour
accomplir cet objectif avait été perfectionné au cours des plans précédents et avait démontré son
efficacité.
Cet instrument, comme la plupart des autres méthodes et des activités grâce auxquelles la Foi
progressait, avait été conçu des dizaines d’années auparavant par le Maître ; dans « Les tablettes du
Plan divin », il enjoint aux croyants approfondis : « réunissez les jeunes animés de l’amour de Dieu
dans des écoles et enseignez-leur toutes les preuves divines et les arguments irréfutables, commentez
et éclairez l’histoire de la Cause, expliquez de même les prophéties et les preuves qui concernent la
manifestation du Promis et sont rapportées dans les Épîtres et Écrits divins... » (126) ‘Abdu’l-Bahá,
Tablettes du Plan divin, op. cit, p. 54. Un tel travail de pionnier et une telle formation organisée avaient déjà
été entrepris en Iran au début du siècle par le très aimé S∆adru’s∂-S∆udúr. (127) Un érudit iranien croyant connu
sous le nom de S∆adru’s∂-S∆udúr créa à Téhéran, vers 1904, la première classe de formation d’enseignants pour les jeunes
bahá’ís avec les encouragements de ‘Abdu’l-Bahá. Les cours étaient quotidiens et les diplômés qui avaient reçu une
formation sur les autres religions ainsi que sur divers aspects de la foi bahá’íe apportèrent une contribution importante à
l’expansion et la consolidation de la Foi dans leur pays natal. Les années passant, des écoles d’hiver et d’été se
sont multipliées, et des plans successifs ont également encouragé des expériences de développement
des instituts bahá’ís.
L’avancée de loin la plus significative dans ce domaine vit le jour au début des années 70 en Colombie
et dura deux décennies ; un programme d’enseignement systématique et soutenu sur les Écritures fut
conçu et bientôt adopté dans les pays voisins. Parallèlement, les efforts de la communauté
colombienne dans le développement économique et social influencèrent cette percée, et le fait qu’elle
s’accomplissait malgré la violence et l’anarchie qui bousculaient la vie de la société tout autour, la
rendit d’autant plus impressionnante.
La réussite colombienne s’avéra être une grande source d’inspiration et d’exemple pour les
communautés bahá’íes partout dans le monde. Au moment où le plan de quatre ans se termina, plus de
cent mille croyants dans le monde participaient aux programmes de plus de trois cents instituts
d’enseignement permanents. Réalisant cet objectif, une majorité d’instituts régionaux ont franchi une
étape supplémentaire dans la création de réseaux de « cercles d’étude » qui utilisent le talent des
croyants pour reproduire le travail de l’institut à un niveau local. Il apparaît déjà que la réussite du
travail de l’institut a largement renforcé le processus à long terme par lequel un système universel
d’éducation bahá’íe prendra forme. (128) Le modèle en question est l’institut Ruhi dont le matériel et la méthode
ont été adoptés par beaucoup de communautés bahá’íes dans le monde. La philosophie qui l’anime consiste à intégrer des
activités de service et une étude ciblée des écrits bahá’ís. Le système s’organise en une série de niveaux d’étude, « tronc »
central constitué par les compréhensions de base des vérités spirituelles essentielles enseignées par Bahá’u’lláh ; il permet
d’y greffer de manière presque infinie des sous-ensembles servant des besoins particuliers.

Bien que les luttes de ces décennies aient été relativement peu importantes - du moins lorsqu’on les
compare avec ce qui était habituel pendant l’âge héroïque -, elles ouvrent à la génération bahá’íe
actuelle une fenêtre sur ce que Shoghi Effendi décrivait comme la nature cyclique de l’histoire de la
Foi :
« Une série de crises internes et externes, d’une gravité variable, dévastatrices dans leurs effets
immédiats, mais libérant chacune, mystérieusement, son équivalent en force divine et prêtant ainsi une
impulsion nouvelle à son déroulement ». (129) Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., introduction, p.
X . Ces paroles soulignent la succession d’efforts, d’expériences, de douleurs et de victoires qui
caractérisèrent les débuts de l’enseignement à grande échelle, et préparèrent la communauté bahá’íe
aux bien plus grands défis de l’avenir.
Tout au long de l’histoire, les masses humaines furent, au mieux, spectatrices du progrès de la
civilisation. Leur rôle consista à servir les desseins d’une élite ou de toute élite qui contrôlait
temporairement le processus. Les révélations successives du divin, dont les objectifs étaient la
libération de l’esprit humain, ont été, en leur temps, retenues prisonnières par « le moi insistant » ;
elles furent gelées dans des dogmes, rituels, privilège clérical et querelles sectaires, façonnés par
l’homme, et c’est frustrées dans leur dessein ultime qu’elles virent venir leur fin.
Bahá’u’lláh est venu pour libérer l’humanité de ce long esclavage, et la communauté de ses disciples
consacra la fin du vingtième siècle à une expérimentation inventive pour atteindre son objectif. La
poursuite du Plan divin n’entraîne rien de moins que l’engagement du corps tout entier de l’humanité
dans le travail de développement intellectuel, social et spirituel. Les épreuves rencontrées par la
communauté bahá’íe depuis 1963 sont celles qui étaient indispensables pour renforcer l’effort et
purifier la motivation de ceux qui y prendraient part, et pour les rendre dignes d’une confiance si
grande. Ces épreuves démontrent avec certitude le processus de maturation que ‘Abdu’l-Bahá décrivit
avec tant d’assurance :
Quelques mouvements apparaissent, manifestent un bref moment d’activité, puis s’arrêtent. D’autres
durent plus longtemps et font preuve d’une plus grande force, mais s’affaiblissent, se désintègrent et
sont oubliés avant d’atteindre leur maturité. Il en existe pourtant d’autres, mouvement ou cause, qui
après une naissance modeste et inaperçue, avancent et progressent avec sûreté, régulièrement,
s’amplifiant jusqu’à assumer une dimension universelle. Le mouvement bahá’í est de cette nature. »
(130) ‘Abdu’l-Bahá, The Promulgation of Universal Peace, op. cit., pp. 43-44.
Chapitre X
LA MISSION DE BAHÁ’U’LLÁH ne se limite pas à la construction de la communauté bahá’íe. La
révélation de Dieu est venue pour l’ensemble de l’humanité, et elle emportera l’adhésion des
institutions de la société dans la mesure où ces dernières trouveront dans son exemple
l’encouragement et l’inspiration nécessaires aux efforts pour établir les fondations d’une société juste.
Afin d’apprécier l’importance de cette autre préoccupation, il suffit de se rappeler le temps et le soin
que consacra Bahá’u’lláh lui-même à entretenir des relations avec de hauts dignitaires du
gouvernement, avec de grands penseurs, des figures emblématiques de divers groupes minoritaires, et
des diplomates des gouvernements étrangers en fonction dans l’empire ottoman. L’impact spirituel de
cet effort apparaît dans les hommages rendus à sa personnalité et à ses principes, même par des
ennemis jurés tels que ‘Alí Páshá ou l’ambassadeur de Perse à Constantinople, Mírzá H∆usayn Khán.
Le premier, qui exila son prisonnier dans la colonie pénale d’Acre, fut cependant amené à le décrire
comme « un homme d’une grande distinction, d’une conduite exemplaire, d’une grande modération, et
très respectable » dont les enseignements étaient, selon le ministre, « dignes d’une haute estime. » 131
Moojan Momen, The Bábis and Bahá’í Religion 1844-1944 : Some Contemperary Western Accounts , op. cit., pp. 186-187.
Quant au second, dont les machinations avaient largement participé à la corruption des esprits de ‘Alí
Páshá et de ses collègues, il reconnut avec franchise des années plus tard, l’énorme contraste entre la
stature morale et intellectuelle de son ennemi, et le tort causé aux relations turco-persanes par la
réputation d’avidité et de malhonnêteté qui caractérisait la plupart de ses concitoyens résidant à
Constantinople.
Dès le début, ‘Abdu’l-Bahá se prit d’un vif intérêt pour les efforts visant à créer un nouvel ordre
international. Il est significatif par exemple, qu’en Amérique du nord, dans ses premières références
publiques sur la raison de sa visite, il soulignait tout particulièrement l’invitation du comité
organisateur de la conférence sur la paix du Lac Mohonk à intervenir dans cette rencontre
internationale. Sa générosité apparaît également dans les encouragements et les conseils sincères qu’il

prodigua à l’Organisation centrale pour une paix durable, à La Haie. Les lettres que lui a adressées le
Comité exécutif de la commission de La Haie au cours de la guerre ont fait l’objet d’une réponse qui
attira l’attention des organisateurs sur les vérités spirituelles énoncées par Bahá’u’lláh, qui seules
pouvaient constituer les assises nécessaires à la réalisation de leurs objectifs :
Ô vous qui avez toute ma considération ! Vous êtes des pionniers parmi ceux qui aspirent au bien de
l’humanité !... Aujourd’hui la paix universelle est un sujet de très haute importance, mais l’unité de
conscience est essentielle afin de s’assurer des fondations de cette dernière, renforcer son
établissement et fortifier cet édifice... À ce jour, rien d’autre que la puissance de la parole de Dieu qui
englobe les réalités des choses ne peut rassembler les pensées, les âmes, les cœurs et les esprits sous
l’ombre d’un seul arbre. Il est puissant en toutes choses, l’Animateur des âmes, le Sauveur et le Juge
de l’humanité. (132) The Bahá’í World, vol.XV, op. cit., pp.29, 36.
En dehors de ceci, la liste des personnes influentes que le Maître écouta patiemment en Amérique du
nord et en Europe - en particulier les personnes qui s’efforçaient de promouvoir la paix mondiale et le
bien de l’humanité - illustre sa conscience de la responsabilité que porte la Cause envers l’humanité en
général. Il suivit cette voie jusqu’à la fin de sa vie, comme l’atteste l’extraordinaire réaction que
suscita son décès.
Shoghi Effendi reprit le flambeau pratiquement dès le début de son ministère. Dès 1925, il encouragea
une croyante américaine, Jean Stannard, à établir un Bureau international bahá’í, l’aiguillant vers
Genève, siège de la Société des nations. Si ce bureau ne disposait d’aucune autorité administrative, il
agissait, selon les termes du Gardien, « en tant qu’intermédiaire entre Haïfa et les autres centres
bahá’ís » et servait « de centre de distribution » de l’information au cœur de l’Europe. Son rôle fut
officiellement reconnu lorsque la maison d’édition de la Société des nations demanda et publia un
compte-rendu des activités de ce bureau. (133) The Bahá’í World, vol.IV (New York City : Bahá’í Publishing
Commitee,1933), pp. 257-261. On y trouve résumé l’établissement du bureau et la manière dont il fonctionne.
Une crise inattendue contribua à promouvoir l’implication bahá’íe dans la société en général à un
niveau international, comme cela avait souvent été le cas dans l’histoire de la Cause. En 1928, Shoghi
Effendi encouragea l’assemblée spirituelle de Bagdad à faire appel à la commission permanente de la
Société des nations contre la saisie, par les opposants chiites, de la résidence de Bahá’u’lláh dans cette
ville. Reconnaissant le préjudice causé, le Conseil de la Société s’adressa unanimement, en mars 1929,
aux autorités mandataires britanniques pour faire pression sur le gouvernement irakien « en vue du
redressement immédiat de l’injustice commise envers les signataires de la demande ». En raison de
dérobades répétées du gouvernement irakien, y compris la violation d’une promesse formelle faite par
le monarque lui-même, le dossier traîna des années, session après session de la commission de
l’autorité mandataire, laissant la demeure entre les mains de ceux qui l’avaient saisie, une situation qui
perdure encore aujourd’hui. (134) The Bahá’í World, vol.III (New York City : Bahá’í Publishing Commitee,193O),
pp. 198-206). Y est inclus le texte d’une requête officielle des bahá’ís d’Iraq à la commission permanente de la Société des
nations, qui résume l’histoire de cette affaire.
Aucunement ébranlé par cet échec, Shoghi Effendi attira l’attention de la communauté bahá’íe sur
l’avantage historique que la Cause tirait de cette campagne. Comme cela avait été le cas
précédemment lorsque la cour de justice musulmane sunnite avait rejeté l’appel que faisait une
communauté bahá’íe égyptienne au sujet du mariage, le Gardien fit remarquer :
Il suffit de dire qu’en dépit de ces interminables délais, protestations et dérobades ... la publicité que
valut à la Foi ce litige mémorable, et la défense de sa cause - la cause de la vérité et de la justice - par
le plus important tribunal de la terre, furent à même de susciter l’émerveillement de ses amis et de
jeter la consternation parmi ses ennemis. 135 Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, op. cit., p. 348.
La naissance des Nations unies offrit à la Foi une tribune bien plus grande et plus efficace pour tenter
d’exercer une influence spirituelle sur la vie de la société. Dès 1947, un comité « spécial Palestine »
rattaché aux Nations unies sollicita le point de vue du Gardien concernant l’avenir de ce territoire sous
mandat. Sa réponse à cette demande lui offrit l’occasion de leur adresser un exposé autorisé de
l’histoire et des enseignements de la Cause elle-même. La même année, encouragée par Shoghi
Effendi, l’Assemblée spirituelle nationale des États-Unis et Canada présenta à cette organisation
internationale un document intitulé Une déclaration bahá’íe sur les droits et devoirs des hommes, qui
devait dans les décennies qui suivirent, inspirer des orateurs et écrivains bahá’ís.(136) Le texte complet de
cette déclaration se trouve dans World Order Magazine, avril 1947, Vol. XIII, N° 1. Un an après, les huit assemblées

spirituelles nationales de l’époque, obtinrent auprès de l’organisme responsable des Nations unies le
statut d’organisation internationale non gouvernementale pour la Communauté internationale bahá’íe.
Le Gardien ne se contenta pas d’apporter son soutien aux seules relations lentement émergentes de la
Foi avec le nouvel ordre international. Les pages de Dieu passe pUès de nous et les mémoires
d’Amatu’l-Bahá sur le Gardien sont remplies de références aux réactions d’organisations et
d’individus influents face aux initiatives engagées par Shoghi Effendi, et aux événements qui
engagèrent la participation de représentants bahá’ís tout autour du monde. Dans une perspective
historique, il est frappant de voir l’importante disparité entre le nombre de ces évènements
relativement anodins, et l’attention qui leur a été accordée par une personnalité dont l’œuvre n’était
pas seulement d’une importance considérable pour le futur de l’humanité, mais qui percevait aussi
parfaitement la portée des événements qui se déroulaient devant elle. Ces annales minutieuses
fournissent à la communauté bahá’íe un guide sur la manière de saisir les occasions croissantes dont
les prémices peuvent être très modestes.
Dès que son statut lui fut accordé, la Communauté internationale bahá’íe commença à jouer un rôle
actif au sein des Nations unies. Une activité lui apporta une certaine reconnaissance : un programme
effectué grâce aux réseaux grandissants des assemblées bahá’íes et visant à faire connaître au grand
public les Nations unies elles-mêmes, et qui soutenait largement les associations des Nations unies
œuvrant difficilement à travers le monde. En 1970, la communauté obtint un statut consultatif auprès
du Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC). Ce qui fut suivi en 1974 par une
association officielle avec le Programme environnemental des Nations unies (UNEP) et en 1976 par
l’acquisition du statut consultatif auprès du Fonds pour les enfants des Nations unies (UNICEF).
L’influence et l’expertise développées durant toutes ces années firent leurs preuves en 1955 et 1962,
lorsque la communauté obtint l’assurance d’une intervention des Nations unies pour les croyants
persécutés en Iran et au Maroc.
*
En 1980, le travail patient de relations extérieures mené par les assemblées spirituelles nationales et le
bureau de la Communauté auprès des Nations unies connut subitement une nouvelle étape dans son
développement. La tentative faite par le clergé chiite en Iran d’exterminer la Cause dans le pays de sa
naissance en fut le catalyseur. Et ses conséquences furent aussi imprévisibles pour ses persécuteurs
que pour ses défenseurs.
Durant les longues décennies pendant lesquelles les croyants du berceau de la Foi connurent des
persécutions intermittentes en raison de leurs croyances, les mollahs, qui incitaient et menaient ces
attaques, agissaient de concert avec les monarques successifs du pays. Ces derniers, apparemment tout
puissants dans leur autorité, étaient en fait bridés par des calculs d’ordre politique qui les rendaient
vulnérables aux pressions extérieures, en particulier à celles des gouvernements occidentaux. C’est
ainsi que les crimes dénoncés par les Russes, les Britanniques et d’autres missions diplomatiques
contraignirent Nas∂iri’d-Dín Sháh à mettre un terme à la débauche de violence qui coûta la vie à tant de
croyants au début des années 1850 et menaça jusqu’à la vie même de Bahá’u’lláh. Au cours du
vingtième siècle ses successeurs Qajar furent de même soucieux d’apaiser l’opinion des
gouvernements étrangers. Le même schéma se reproduisit en 1955 lorsque le second des Sháhs
Pahlavi, qui avait été poussé par les Mollahs à approuver une vague de violence perpétrée contre les
bahá’ís, fut contraint par les Nations unies et par des objections formulées par le gouvernement
américain, d’interrompre brutalement cette campagne - ces deux interventions préfigurant les
événements à venir.
La révolution islamique de 1979 balaya ces contrôles sur le comportement du clergé. Soudain, les
mollahs se retrouvèrent au pouvoir, nommant leurs propres candidats aux plus hautes positions de la
nouvelle république, quand ils ne s’y nommaient pas eux-mêmes. Des « tribunaux révolutionnaires »
furent établis, uniquement redevables aux membres du haut clergé. Une armée de « gardes
révolutionnaires », bien plus efficace que les forces secrètes du Sháh, et tout aussi brutale, prit le
contrôle de tous les aspects de la vie publique.
Pendant que l’attention de la nouvelle caste dirigeante se concentrait principalement sur ce qu’elle
considérait être des menaces de la part de gouvernements étrangers, quelques membres influents en
son sein virent enfin une occasion de détruire la communauté bahá’íe iranienne. (137) The Bahá’í
Question, Iran’s Secret Blueprint for the Destruction of a Religious Community, An Examination of the Persecution of the
Bahá’ís of Iran (New-York : Bahá’í International Community, 1999, document préparé par le bureau de la Communauté

internationale bahá’íe auprès des Nations unies pour être distribué aux membres de la Commission des droits de l’homme des
Nations unies.
Les détails poignants de la campagne qui s’ensuivit n’ont pas besoin d’être passés en revue ici. On
trouvera plutôt leur sens dans la réponse que donnèrent à ces attaques des milliers de bahá’ís, hommes,
femmes et enfants, à travers tout le pays. Leur refus de transiger avec leur foi, même au prix de leur
vie, inspira à leurs coreligionnaires du monde entier un mouvement de dévouement accru pour la
Cause qui engendrait ces sacrifices. Les membres de la foi ne furent pas les seuls à être affectés par
ces événements. Plusieurs décennies auparavant, en 1889, un émérite commentateur occidental avait
eu une vision prophétique de l’héroïsme de ces « premiers disciples d’un jour nouveau » et des
souffrances des premiers croyants :
Ce sont les vies et les morts de ceux-ci, cet espoir qui ne connaît pas le désespoir, cet amour qui jamais
ne s’éteint, cette détermination qui jamais ne faiblit, qui marquent ce merveilleux mouvement d’un
sceau totalement indépendant... Ce n’est ni insignifiant, ni facile que d’endurer ce que ceux-ci ont
enduré et ce qui à leurs yeux vaut leur vie même mérite certainement que l’on s’y intéresse. Je ne dirai
rien de l’influence importante - du moins je le crois - que la foi bábie (sic) exercera dans le futur, ni de
la vie nouvelle qu’elle insufflera peut-être à un peuple mort ; en effet, qu’elle réussisse ou qu’elle
échoue, le magnifique héroïsme des martyres babis est quelque chose d’éternel et d’indestructible...
Mais ce que je ne peux espérer vous avoir retransmis, c’est l’ardente ferveur de ces hommes et
l’influence indescriptible que cette ferveur, alliée à d’autres qualités, exerce sur quiconque les côtoie.
(138) Extrait d’un discours d’Edward Granville Browne, publié dans Religious Systems of the World : A contribution to the
Study of Comparative Religion, 3ième édition (New York: Macmillan, 1892), pp. 352-353.
Ces paroles préfigurent l’apparition de sentiments semblables chez des observateurs non bahá’ís
durant la révolution islamique ; ce qui allait devenir l’une des forces principales pour faire sortir la
Cause de l’obscurité. Ces paroles des premiers temps recelaient déjà la nature profondément spirituelle
de ce qui a toujours été en jeu dans le berceau de la Foi. Au-delà de la révulsion que provoque la
brutalité absurde de la persécution, de plus en plus de personnes à l’étranger furent profondément
émues par la réaction des bahá’ís iraniens.
Le vingtième siècle a été malheureusement submergé par les souffrances d’innombrables victimes de
l’oppression. L’attitude adoptée par ceux qui subissaient ces souffrances a conféré un caractère unique
à la situation des bahá’ís. Les croyants iraniens ont refusé d’accepter de jouer le rôle trop familier de
victime. Tout comme les Fondateurs de la Foi qui les avaient précédés, ils assumèrent la responsabilité
morale de ce qui les opposait à leurs adversaires. Eux-mêmes, et non les tribunaux ou les gardes
révolutionnaires, fixèrent dès le départ les termes de la confrontation, et cette étonnante réalisation
n’affecta pas seulement le cœur mais aussi l’esprit de ceux qui observaient la situation de l’extérieur.
La communauté persécutée n’attaquait pas ses oppresseurs, ni ne cherchait à tirer de la crise un
quelconque avantage politique, pas plus que ses défenseurs bahá’ís dans d’autres pays ne demandaient
le démantèlement de la constitution iranienne, et encore moins vengeance. Ils ne réclamaient tous que
la justice - la reconnaissance des droits garantis par la Déclaration universelle des droits de l’homme,
cautionnés par la communauté des nations, ratifiés par le gouvernement iranien, dont beaucoup étaient
incorporés dans les clauses même de la constitution islamique.
Cette crise fit accomplir au monde bahá’í des prouesses. Les assemblées spirituelles nationales qui
n’avaient que peu, voire aucune expérience de travail avec les officiels des gouvernements de leur
pays furent appelées à solliciter un soutien de la part de leur gouvernement pour que soient prises des
résolutions à divers niveaux du système international des droits de l’homme. Et elles le firent avec un
succès considérable. Année après année, pendant vingt ans, le cas des bahá’ís iraniens passa par les
canaux du système international des droits de l’homme. Ils obtinrent un soutien accru grâce à des
résolutions successives et une réelle attention à leurs doléances lors des missions des rapporteurs
nommés par la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Ils consolidèrent ces acquis par
des décisions prises par le troisième comité de l’Assemblée générale des Nations unies. Aucune
tentative du régime iranien pour éviter une condamnation internationale du traitement qu’elle infligeait
à ses citoyens bahá’ís ne put ébranler le soutien que la question bahá’íe trouvait auprès d’une majorité
de nations sympathisantes représentées à la commission. Ce succès fut d’autant plus remarquable que
les membres changeaient continuellement et que l’ordre du jour chargé incluait les atteintes portées
aux droits de l’homme dans d’autres pays avec des millions de victimes.

Au moment même où une pression directe était exercée sur le gouvernement iranien, l’affaire attira
une publicité sans précédent à travers le monde dans des journaux, des revues, à la radio et à la
télévision. Des journaux lus dans le monde entier comme The New York Times, Le Monde ou le
Frankfurter Allgemeine Zeitung, couvrirent largement les persécutions, et les réseaux de télévision en
Australie, au Canada, aux États-Unis, et dans certains pays européens, produisirent des documentaires
détaillés. Les abus furent dénoncés dans des éditoriaux souvent virulents. Une telle publicité, qui
renforçait les efforts menés pour obtenir une intervention efficace auprès de la Commission des droits
de l’homme, eut pour effet de présenter, pour la première fois et devant un auditoire de dizaines de
millions de personnes, une information précise et favorable concernant les croyances et les
enseignements bahá’ís. La publicité ainsi que la campagne menée par le biais des Nations unies
fournirent à des personnalités influentes de par le monde une bonne occasion de juger par elles-mêmes
à la fois des enseignements de la Cause et du caractère de la communauté bahá’íe.
Un problème surgit suite aux persécutions : plusieurs milliers d’iraniens bahá’ís se trouvèrent livrés à
eux-mêmes, sans passeport valide, dans les pays où ils servaient en tant que pionniers, ou bien forcés
de fuir l’Iran parce qu’eux-mêmes ou leur famille étaient devenus des cibles de l’extermination. En
1983, un Bureau international de réfugiés bahá’ís fut établi au Canada (139) Au cours des neuf années qu’a
duré sa formation, ce Bureau géra l’installation d’environ 10 000 iraniens dans vingt-sept pays. où le gouvernement
s’était montré particulièrement réceptif lors des entretiens qu’il avait eus avec l’Assemblée spirituelle
nationale de ce pays. Dans les années qui suivirent, avec l’aide du Haut-commissariat aux réfugiés des
Nations unies, d’autres pays ouvrirent pareillement leurs portes à plus de 10.000 bahá’ís iraniens et
beaucoup d’entre eux remplirent des buts de pionniers dans leurs nouveaux lieux de résidence.
*
La communauté, mais aussi l’Organisation des droits de l’homme des Nations unies, tirèrent avantage
de cette longue bataille. Dans un premier temps, suite à la révolution islamique, la communauté des
croyants en Iran se trouva confrontée à une menace directe pour sa propre survie. La Commission des
droits de l’homme des Nations unies, malgré la lenteur et la relative lourdeur de ses opérations pour un
simple observateur, réussit à contraindre le régime iranien de mettre un terme aux pires persécutions.
De cette manière, le « cas des bahá’ís d’Iran » offrit une victoire significative à la Commission et à la
foi bahá’íe. Elle démontra de manière saisissante la capacité que possédait la communauté des nations,
agissant par le biais de l’appareil créé dans ce but, de contrôler les modèles d’oppression qui avaient
de tout temps noirci les pages de l’histoire. Cet événement met en lumière l’adéquation des activités
de la Foi avec la vie de la société au sein de laquelle ces efforts se font. En même temps que la paix
dans le monde, le besoin qu’une communauté internationale prenne de réelles dispositions pour mettre
en œuvre les idéaux de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de ses traités connexes est
un défi que l’humanité doit rapidement relever en cette période de son histoire. Il existe relativement
peu d’endroits au monde où les populations minoritaires ne se voient pas encore dénier certains de
leurs besoins humains fondamentaux en raison de préjugés religieux, ethnique ou national. Aucun
corps constitué sur terre ne comprend mieux cette question que la communauté bahá’íe. Elle a enduré -
et endure encore dans certains pays - des préjudices pour lesquels il n’existe aucune justification
concevable, qu’elle soit morale ou légale ; elle a eu ses martyrs et versé des larmes, tout en demeurant
fidèle à sa ferme conviction que la haine et la vengeance sont tout aussi nuisibles à l’âme ; et elle a
appris à utiliser, comme peu d’autres communautés, le système des droits de l’homme des Nations
unies de la manière prévue à l’origine par ses concepteurs, sans avoir recours à un quelconque
sectarisme politique et encore moins à la violence. Tirant les leçons de cette expérience, elle essaie
d’encourager aujourd’hui les gouvernements d’une vingtaine de pays à mettre en place des
programmes d’éducation sur les droits de l’homme en fournissant dans la mesure du possible sa propre
assistance matérielle. (140) À ce jour, 99 assemblées spirituelles nationales ont reçu une formation intensive à ce
programme. Elle participe activement à travers le monde à promouvoir les droits de la femme et de
l’enfant. Et par-dessus tout, elle donne l’exemple de la fraternité qui redonne courage et espoir à un
nombre incalculable de gens de l’extérieur.
*
Pendant ces évènements en Iran, une initiative prise par la Maison universelle de justice donna soudain
une dimension entièrement nouvelle aux relations avec l’extérieur de la communauté bahá’íe. En
1985, la déclaration La Promesse de la paix Mondiale, adressée à l’ensemble de l’humanité, fut
diffusée par l’intermédiaire des assemblées spirituelles nationales. Dans cette déclaration, la Maison

de justice affirmait, en des termes qui se voulaient pacifiques mais fermes, l’assurance qu’avaient les
bahá’ís de l’avènement de la paix internationale en tant que prochaine étape de l’évolution de la
société. Y étaient exposés des éléments sur la forme que ce développement tant attendu devait prendre,
bon nombre d’entre eux allant bien plus loin que les termes politiques communément utilisés sur le
sujet. Elle concluait :
L’expérience de la communauté bahá’íe peut être un des exemples de cette unité grandissante (de
l’humanité)… Si l’expérience bahá’íe peut contribuer de quelque manière que ce soit à renforcer
l’espoir en l’unité de l’humanité, nous sommes heureux de la proposer comme modèle à étudier.
Si l’objectif immédiat de cette annonce était de fournir aux institutions bahá’íes et aux croyants une
base cohérente de discussion dans leurs relations avec les autorités gouvernementales, les organismes
de la société civile, les médias et les personnalités influentes, elle fut parallèlement le point de départ
d’une éducation intensive et continue de la communauté bahá’íe elle-même sur d’importants
enseignements bahá’ís. L’influence des idées et des perspectives de ce document se fit rapidement
sentir un peu partout, lors des conventions, dans les publications, les écoles d’hiver et d’été, tout
comme dans les propos des croyants en général.
Sous bien des aspects, on peut considérer que La promesse de la paix mondiale a déclenché à partir de
1985 un calendrier d’actions communes aux bahá’ís et aux Nations unies assistées de ses organismes
satellites. En l’espace de quelques années seulement, asseyant la réputation qu’elle s’était déjà acquise,
la Communauté internationale bahá’íe devint l’une des plus influentes organisations non
gouvernementales. Du fait qu’elle soit entièrement non partisane - et elle est considérée comme telle -
elle s’est vue de plus en plus souvent confier la présidence lors de discussions complexes et
fréquemment tendues à des niveaux internationaux, sur des sujets importants touchant au progrès
social. Cette réputation se trouva renforcée par le fait que la communauté s’abstenait, par principe, de
tirer profit d’une telle confiance pour favoriser son propre calendrier. Dès 1968, un représentant bahá’í
fut élu membre du Comité exécutif des organisations non-gouvernementales affiliées au Bureau de
relations publiques, et il en assura par la suite le rôle de président et de vice-président. À partir de ce
moment-là, les représentants de la communauté furent de plus en plus appelés à remplir les fonctions
de conveneure ou de président d’assemblée d’un grande variété d’organisations : comités permanents
et commissions ad hoc, groupes de travail et organes consultatifs. Au cours des quatre dernières
années, la Communauté a servi en tant que secrétaire de la Conférence des organisations nongouvernementales, le principal organe de coordination des organisations non-gouvernementales
affiliées aux Nations unies.
La structure de la Communauté internationale bahá’íe reflète les principes qui guident son travail. Elle
ne s’est pas fait étiqueter comme un quelconque groupe de pression aux intérêts particuliers. Tout en
utilisant pleinement les compétences et les ressources exécutives de son bureau aux Nations unies et
de son bureau d’information publique, la communauté est maintenant reconnue par les autres
associations non-gouvernementales affiliées, comme une « association » de « conseils » nationaux élus
démocratiquement, représentant un échantillonnage de l’humanité. Les délégations bahá’íes à des
événements internationaux incluent généralement des membres nommés par différentes assemblées
spirituelles nationales qui ont une expérience sur les sujets traités et qui peuvent apporter des
perspectives régionales.
Cette caractéristique, à savoir l’implication de la Foi dans la vie de la société - dans laquelle le
principe moteur et la méthode utilisée représentent les deux dimensions d’une approche unifiée aux
solutions - a fait ses preuves lors de plusieurs sommets internationaux et autres conférences associées
organisés par les Nations unies entre 1990 et 1996. Pendant ces six années ou presque, les dirigeants
politiques du monde ont été réunis à maintes reprises sous les auspices du Secrétaire général des
Nations unies afin de discuter des défis majeurs confrontant l’humanité en cette fin de vingtième
siècle. Aucun bahá’í ne peut considérer les thèmes de ces rencontres historiques sans réaliser à quel
point les ordres du jour reflétaient les principaux enseignements de Bahá’u’lláh. Il semble approprié
que le centenaire de son ascension se situe à mi-chemin de ce processus, conférant ainsi, d’un point de
vue bahá’í, à ces rencontres une signification spirituelle qui allait au-delà de leurs objectifs affichés.
Parmi ces rencontres, la Conférence mondiale sur l’éducation pour tous, en Thaïlande (1990), le
Sommet mondial pour les enfants à New-York (1990), la Conférence des Nations unies sur
l’environnement à Rio de Janeiro (1992), une conférence internationale douloureuse et chaotique sur
les Droits de l’homme à Vienne (1993), la Conférence internationale sur la démographie au Caire

(1994), le Sommet mondial pour le développement social à Copenhague (1995) et la très émouvante
quatrième Conférence mondiale des femmes à Beijing (1995), (141) La conférence de Beijing sur les femmes
devait permettre à cinquante des deux mille organisations non-gouvernementales représentées de faire une déclaration
publique. Étant donné que la Communauté internationale bahá’íe avait eu ce privilège lors de précédentes conférences, en
particulier à Rio de Janeiro sur l’environnement et à Copenhague sur le développement social et économique, les
représentants de la communauté cédèrent le temps de parole qui leur avait été accordé au profit du « Centre d’études sur
l’égalité des sexes » de Moscou. font figure d’événements essentiels dans ce processus de discours
planétaire sur les problèmes affectant les peuples du monde. Aux conférences non gouvernementales
menées simultanément, les délégations bahá’íes constituées de membres provenant d’un grand nombre
de pays, eurent l’occasion de placer les questions dans une perspective tant spirituelle que sociale. Le
fait que les délégations bahá’íes aient été choisies à maintes reprises par leurs pairs pour faire partie
des quelques groupes à qui était accordée l’occasion très convoitée de prendre la parole à la tribune au
cours de ces conférences - plutôt que de distribuer des imprimés de présentation - est une preuve de la
confiance dont jouit la communauté parmi les centaines d’organisations non-gouvernementales.
*
Au cours des dernières années du siècle, de nombreuses assemblées spirituelles nationales
remportèrent d’impressionnantes victoires dans le domaine des relations extérieures. Deux exemples
particulièrement remarquables montrent le caractère et l’importance de ces développements. Le
premier fut réalisé par l’Assemblée spirituelle nationale d’Allemagne, où les autorités locales avaient
mis en doute la nature des corps élus bahá’ís, les déclarant techniquement incompatibles avec le cadre
du droit civil allemand. En soutenant l’appel de l’Assemblée spirituelle locale des bahá’ís de Tübingen
contre cette décision, la Haute cour constitutionnelle d’Allemagne en vint à conclure que l’ordre
administratif bahá’í fait partie intégrante de la Foi, et en tant que tel, est inséparable de la croyance
bahá’íe. La Haute cour a justifié sa décision en la matière en apportant la preuve que la foi bahá’íe est
une religion à part entière, un jugement aux implications très profondes dans une société où les Églises
opposantes ont de tout temps cherché à dénaturer la Cause en la qualifiant de « culte » ou de « secte ».
Les termes finals utilisés dans le jugement méritent d’être repris :
… le caractère de la foi bahá’íe en tant que religion et de la communauté bahá’íe en tant que
communauté religieuse ressort de façon évidente tant dans sa vie journalière, que dans sa tradition
culturelle, dans la compréhension du grand public et celle de la science des religions comparées. (142)
On peut trouver un compte-rendu détaillé, comprenant le texte de la décision de la Cour constitutionnelle fédérale allemande,
dans The Bahá’í World, vol.XX (Haïfa: Bahá’í World Center, 1998), pp. 571-606.
C’est dans le domaine des affaires extérieures que la communauté brésilienne bahá’íe remporta une
victoire unique à ce jour dans l’histoire bahá’íe. Le 28 Mai 1992, le plus haut corps législatif de ce
pays, la Chambre des députés, tint une session extraordinaire pour rendre hommage à Bahá’u’lláh lors
du centenaire de son ascension. Le président lut un message de la Maison universelle de justice, et des
représentants de tous les partis se levèrent l’un après l’autre pour attester de la contribution de la Foi et
de son Fondateur au progrès de l’humanité. Un discours émouvant d’un éminent député décrivit les
enseignements bahá’ís comme étant « l’œuvre religieuse la plus colossale jamais écrite par la plume
d’un seul homme ». (143) Sessao Solene da Câmara Federal, Brasilia, 28 mai 1992, réimprimé dans sa traduction
anglaise par l’Assemblée spirituelle nationale des bahá’ís du Brésil, 1992.
De telles appréciations sur la nature de la Cause et sur le travail qu’elle essaie d’accomplir - provenant
des sphères supérieures juridique et législative, comme ce fut le cas dans deux des plus importantes
nations du monde - furent des victoires de l’esprit aussi importantes à leur manière que celles
remportées dans le domaine de l’enseignement. Elles ont contribué à ouvrir ces portes par lesquelles
l’influence bénéfique de Bahá’u’lláh commence à pénétrer dans la vie même de la société.
Chapitre XI
‘ABDU’L’BAHÁ UTILISAIT l’image de la lumière pour bien présenter à ses auditeurs la future
transformation de la société. Il voyait dans l’unité la force qui illumine et fait progresser toute forme
d’entreprise humaine. Dans l’avenir, l’époque qui naissait serait considérée comme « le Siècle de
lumière », car elle verrait l’accomplissement de la reconnaissance universelle de l’unicité de
l’humanité. Une fois cette base établie, le processus de construction d’une société mondiale incarnant
des principes de justice commencera.
Le Maître expliqua cette perspective dans plusieurs lettres et allocutions. C’est dans une lettre adressée
à Jane Élizabeth Whyte, épouse de l’ex-président de l’Église libre d’Écosse, que ‘Abdu’l-Bahá
l’exposa le plus complètement. Madame Whyte était une fervente sympathisante des enseignements

bahá’ís, elle avait rendu visite au Maître à Acre et plus tard, c’est elle qui organisa la réception
particulièrement chaleureuse qui l’accueillit à Edimbourg. Utilisant la métaphore habituelle des
flambeaux, ‘Abdu’l-Bahá écrivit à Madame Whyte :
Ô Honorable dame ! Vois comme sa lumière (celle de l’unité) pointe à l’horizon obscurci du monde.
Le premier flambeau est celui de l’unité du monde politique ; les premières lueurs en sont déjà
perceptibles. Le deuxième flambeau est celui de l’unité de pensée dans les affaires du monde ; on en
verra bientôt l’éclat. Le troisième flambeau est celui de l’unité dans la liberté, elle ne peut manquer
d’apparaître. Le quatrième flambeau est l’unité de la religion qui constitue la pierre angulaire de
l’édifice même et qui, par la puissance de Dieu, sera révélée dans toute sa splendeur. Le cinquième
flambeau est l’unité des nations qui sera solidement établie en ce siècle et amènera tous les peuples du
monde à se considérer comme les citoyens d’une même patrie. Le sixième flambeau est l’unité du
genre humain qui fera de tous les habitants de la terre les peuples et les tribus d’une seule et même
famille. Le septième flambeau, enfin, est l’unité de langage, c’est-à-dire le choix d’une langue
universelle que tous les peuples étudieront et qu’ils utiliseront pour communiquer entre eux. Tous ces
flambeaux, sans exception, se manifesteront inéluctablement, dans la mesure où la puissance du
royaume de Dieu contribuera à leur avènement. (144) Sélections des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p 31/32,
(section 15).
Bien que des décades, ou peut-être beaucoup plus, soient encore nécessaires pour que se réalise
complètement la vision contenue dans ce document remarquable, les caractéristiques essentielles de ce
qui a été promis sont maintenant des réalités pour le monde entier. Pour certains des grands
changements envisagés, l’unité du genre humain et l’unité de religion, le sens des paroles du Maître
est clair, et les processus engagés sont déjà bien avancés malgré l’importance de la résistance en
certains endroits. Dans une large mesure, ceci est également vrai en ce qui concerne l’unité de langue.
La nécessité en est maintenant reconnue partout, ainsi que le démontrent les circonstances qui ont
obligé les Nations unies et par la plupart des organismes non-gouvernementaux adopter plusieurs
langues officielles. En attendant qu’une résolution internationale statue sur la question, le
développement de l’Internet et de vocabulaires techniques divers, l’organisation du trafic aérien, et
l’éducation universelle elle-même ont permis à la langue anglaise de combler le vide dans une certaine
mesure.
Le concept de « l’unité de pensée dans les affaires mondiales » - concept pour lequel même les plus
idéalistes des aspirations du début du vingtième siècle manquaient de référence - est également visible
à tous les niveaux dans de vastes programmes de développement social et économique, d’aide
humanitaire et de protection de l’environnement de la planète et de ses océans. Pour ce qui est de
« l’unité dans le domaine de la politique », Shoghi Effendi a expliqué qu’il s’agissait de l’unité
réalisée entre eux par les États souverains, un processus qui se développe et dont l’étape actuelle est
l’établissement des Nations unies. D’autre part, « l’unité des peuples » promise par le Maître attendait
avec impatience que, malgré l’importance de leurs différences, les peuples du monde acceptent le fait
qu’ils sont les habitants d’une seule patrie mondiale - comme c’est maintenant le cas.
Bien entendu, « l’unité dans la liberté » est aujourd’hui devenue une aspiration universelle des
habitants de la terre. Parmi les principaux phénomènes l’étayant, le Maître avait probablement à
l’esprit l’extinction spectaculaire du colonialisme et la naissance de l’autodétermination qui s’ensuivit
en tant que caractéristique dominante de l’identité nationale à la fin du siècle.
Quelles que soient les menaces qui pèsent encore sur le futur de l’humanité, le monde a été transformé
par les évènements du vingtième siècle. Que les caractéristiques de ce processus aient pu aussi être
décrites par la Voix qui les a prédites avec une telle confiance devrait conduire les esprits sérieux de
par le monde à une réflexion profonde.
*
Les changements de la vie sociale et morale de l’humanité furent fortement cautionnés lors d’une série
de réunions internationales sous l’égide des Nations unies pour marquer la fin proche d’un millénaire
et le commencement d’un nouveau. Du 22 au 26 mai 2000, des représentants de plus d’un millier
d’organisations non-gouvernementales se réunirent à New York à l’invitation de Kofi Annan, le
secrétaire général des Nations unies. Dans la déclaration issue de cette réunion, les porte-parole de la
société civile livrèrent cet idéal à leurs organisations : « …Nous sommes une seule famille humaine,
dans toute notre diversité, vivant dans une seule patrie commune et partageant un monde juste,
soutenable et pacifique, guidés par des principes universels de démocratie…. »(145) Assemblée générale

des Nations unies, 54 ème session, n° 49 (b) de l’agenda. Mesures de réforme et propositions : Assemblée du millénaire des
Nations unies, 8 août 2000, (document n°A/54/959) p.2.
À quelque temps de là, du 28 au 31 août 2000, un second rassemblement réunit également les
dirigeants de la plupart des communautés religieuses du monde au quartier général des Nations Unies.
La Communauté internationale bahá’íe fut représentée par son secrétaire général qui prit la parole
pendant l’une des séances plénières. Tous auront été frappés par l’appel officiel des dirigeants des
religions du monde à leurs communautés, appel « au respect du droit à la liberté de religion, à la
réconciliation, et à l’engagement mutuel dans le pardon et la guérison... » (146) Voir Commitment to global
peace, déclaration du Sommet du millénaire des dirigeants religieux et spirituels pour la paix mondiale, présentée à Kofi
Annan, Secrétaire général des Nations unies, le 29 août 2000, pendant une session du sommet lors de l’Assemblée générale
des Nations unies.
Ces deux évènements préliminaires préparèrent la voie au Sommet du millénaire lui-même qui se
réunit au quartier général des Nations Unies du 6 au 8 septembre 2000. Rassemblant 149 chefs d’états
et de gouvernements, cette consultation visait à donner espoir et assurance aux populations des nations
représentées. Le Sommet prit l’heureuse initiative d’inviter un porte-parole du forum des organisations
non-gouvernementales pour partager les préoccupations identifiées au cours de cette réunion
préparatoire. Fait significatif autant que gratifiant pour les bahá’ís : ce grand honneur fut accordé en
tant que co-président du forum au représentant de la Communauté internationale bahá’íe auprès des
Nations Unies. Rien n’illustre de manière aussi impressionnante la différence entre le monde de 1900
et celui de 2000 que le texte de la résolution de ce Sommet, signée par tous les participants et remise à
l’Assemblée générale des Nations unies :
En cette occasion historique, nous réaffirmons solennellement que les Nations unies sont
l’indispensable maison commune de la famille humaine tout entière, à travers laquelle nous
chercherons à réaliser nos aspirations universelles pour la paix, la coopération et le développement.
Nous nous engageons donc à soutenir sans réserve ces objectifs communs et à les mener à bien avec
détermination. (147) Assemblée générale des Nations unies, 54ème session, n° 61(b). Assemblée générale du millénaire
des Nations unies, le 8 septembre 2000, (document n°A/55/L.2), section 32.
En des termes étonnamment naïfs - termes qui, pour de nombreux bahá’ís, faisaient écho à
l’avertissement sévère de Bahá’u’lláh aux rois et empereurs maintenant disparus qui avaient été les
prédécesseurs de ces dirigeants -, Monsieur Annan, pour conclure cette série de réunions historiques,
s’adressa aux dirigeants du monde réunis : « Il est en votre pouvoir, et vous avez donc la
responsabilité, d’atteindre les objectifs que vous avez définis. Il ne dépend que de vous que les
Nations unies relèvent le défi. » (148) Les objectifs respectifs des trois rassemblements du Millénaire, ainsi que la
part prise par la communauté bahá’íe dans ces réunions, sont résumés dans une lettre datée du 24 septembre 2000, de la
Maison universelle de justice à toutes les assemblées spirituelles nationales.
*
En dépit de l’importance historique de ces réunions et du fait que la majeure partie des chefs
politiques, civils et religieux du monde y prirent part, le Sommet du millénaire fit peu impression sur
l’esprit du public dans la plupart des pays. Certains de ces évènements bénéficièrent d’une large
couverture médiatique, mais beaucoup de lecteurs et d’auditeurs notèrent l’expression de scepticisme
qui caractérisait le ton des éditoriaux sur le sujet ou la note de doute, de cynisme même, qui
s’introduisait dans nombre des informations elles-mêmes. Ce fossé profond entre un évènement qui
pouvait légitimement revendiquer le fait de marquer un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité
et le peu d’enthousiasme ou même d’intérêt qu’il provoqua dans les populations supposées en
bénéficier, fut peut-être la caractéristique la plus frappante des observations relatives au Sommet. Il
montre la profondeur de la crise que le monde traverse à la fin du siècle, où les processus d’intégration
et de désintégration, qui avaient gagné du terrain durant les cent dernières années, semblent s’accélérer
d’avantage chaque jour.
Ceux qui voudraient vraiment croire les déclarations visionnaires des dirigeants du monde se débattent
en même temps sous l’emprise de deux phénomènes qui sapent leur confiance. Le premier a déjà été
examiné en partie dans ces pages. L’écroulement des bases morales de la société a laissé la majeure
partie de l’humanité se débattre sans points de référence dans un monde qui devient de jour en jour
plus menaçant et imprévisible. Suggérer que le processus arrive presque à son terme revient à donner
de faux espoirs. Il est possible d’apprécier les efforts politiques intenses accomplis, les progrès
scientifiques poursuivis et les améliorations des conditions économiques réalisées pour une portion de
l’humanité, sans y voir pourtant le moindre espoir de sécurité pour sa propre vie ni même, ce qui est

plus important, pour celle de ses enfants. Shoghi Effendi avait mis en garde contre le sentiment de
désillusion, maintenant largement répandu, que créerait la propagation de la corruption politique dans
les esprits des hommes. Des manifestations d’anarchie localisées deviennent endémiques dans les
villes et les campagnes de nombreux pays. L’échec des contrôles sociaux, les efforts pour justifier les
comportements déviants extrêmes comme étant avant tout l’expression des droits civiques, et une
célébration, presque universelle dans les arts et les médias, de la dégénérescence et de la violence sont
parmi les manifestations d’une condition proche de l’anarchie morale, qui suggèrent un avenir
paralysant l’imagination. Sur ce fond de paysage désolé, la vogue intellectuelle du moment qui
cherche à transformer une dure et sévère nécessité en vertu s’est donné le nom et la mission de «
déconstructionisme ».
Le second de ces deux développements sapant la foi en l’avenir fut le thème central de quelques-uns
des débats les plus douloureux du Sommet du millénaire. La révolution de l’information, amorcée au
cours de la dernière décennie du siècle par l’invention de l’Internet, transforma de façon irréversible
presque toute l’activité humaine. Le processus de « mondialisation » qui avait suivi une longue courbe
ascendante sur une période de plusieurs siècles fut galvanisé par de nouvelles perspectives dépassant
l’imagination. Dans les années 90, des forces économiques, se libérant des contraintes traditionnelles,
donnèrent naissance à un nouvel ordre mondial dans l’élaboration, la génération et la distribution de la
richesse. Le savoir devint lui-même une marchandise considérablement plus précieuse que le capital et
les ressources matérielles. En un rien de temps, les frontières nationales déjà attaquées devinrent
perméables : d’énormes sommes d’argent les traversaient à la simple commande d’un signal
informatique. Des opérations de production complexes furent reconfigurées de manière à réaliser le
maximum d’économies par la contribution d’un éventail de participants spécialisés, sans tenir compte
de leur pays de résidence. Si l’on s’abaisse à des considérations purement matérielles, la terre a déjà
acquis quelques caractéristiques d’« un seul pays » et les habitants de ses diverses régions, le statut de
« citoyens » consommateurs.
La transformation n’est pas non plus seulement économique. La mondialisation prend de plus en plus
des dimensions politiques, sociales et culturelles. Il est clair maintenant que les forces de cette
institution qu’est l’État-nation, auparavant arbitre et protectrice du destin de l’humanité, se sont
considérablement érodées. Tandis que les gouvernements nationaux continuent à jouer un rôle crucial,
ils doivent aussi faire une place à des Puissances telles que les multinationales, les agences des
Nations unies, les organisations non-gouvernementales de toutes sortes, les immenses groupes
financiers de l’information, dont la coopération devient vitale pour la réussite de la plupart des
programmes visant d’importants objectifs économiques ou sociaux. Les barrières nationales
n’entravent que bien peu les transferts d’argent ou les migrations de sociétés ; elles ne sont pas non
plus en mesure d’exercer de véritables contrôles sur la dissémination de la connaissance. L’Internet,
qui détient le pouvoir de transmettre en quelques secondes le contenu de bibliothèques entières qu’il a
fallu des siècles de recherche pour réunir, enrichit considérablement la vie intellectuelle de quiconque
peut l’utiliser ; il apporte un moyen d’apprentissage sophistiqué dans de vastes domaines
professionnels. Le système, décrit il y a soixante ans dans la vision prophétique de Shoghi Effendi,
crée un esprit de communauté entre ses utilisateurs, tout à fait indépendamment des distances
géographiques et culturelles.
Les avantages pour des millions de personnes sont évidents et impressionnants. La baisse des coûts
résultant de la coordination d’opérations auparavant concurrentes tend à mettre les produits et les
services à la portée de populations qui n’auraient pas pu espérer en profiter précédemment. L’énorme
augmentation des fonds alloués à la recherche et au développement accroît la diversité et la qualité de
tels avantages. On remarque une égalisation des chances concernant l’emploi, en raison de la facilité
avec laquelle les entreprises peuvent transférer leur base opérationnelle d’un point du monde à un
autre. Le démantèlement des barrières du commerce international réduit encore le coût des
marchandises pour les consommateurs. D’un point de vue bahá’í, il n’est pas difficile d’évaluer le
potentiel qu’ont ces transformations à édifier les fondations de la société mondiale dont on trouve la
vision dans les Écrits de Bahá’u’lláh.
Cependant, loin d’inspirer l’optimisme pour le 6060futur, la mondialisation est considérée par un
nombre toujours grandissant de personnes dans le monde comme la principale menace pour ce futur.
La violence des affrontements suscités par les rencontres ces deux dernières années de l’Organisation
mondiale du commerce, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international témoigne de la

profondeur de la peur et du ressentiment provoqués par la montée de la mondialisation. La couverture
médiatique de ces éclats inattendus attira l’attention du public sur les protestations contre les énormes
inégalités dans la répartition des avantages et des opportunités, que la mondialisation ne fait semble-til qu’accroître, et sur les avertissements concernant les conséquences catastrophiques dans les
domaines social, politique, économique et environnemental, si des contrôles efficaces ne sont pas mis
en place rapidement.
De telles inquiétudes semblent fondées. Les statistiques économiques révèlent à elles seules une image
profondément troublante des conditions mondiales actuelles. Le gouffre funeste entre le cinquième de
la population du monde qui vit dans les pays à plus haut revenu et le cinquième vivant dans les pays au
revenu le plus bas ne cesse de grandir. Selon le Rapport sur le développement humain de 1999, publié
par le Programme des Nations unies pour le développement, cet écart présentait en 1990 une
proportion de soixante pour un. C’est-à-dire qu’une partie de l’humanité jouissait de soixante pour
cent des richesses mondiales tandis qu’une autre, aussi importante en nombre, se débattait pour
survivre avec seulement un pour cent de ces richesses. En 1997, à la suite de la progression rapide de
la mondialisation, et en sept années seulement, l’écart s’était élargi dans la proportion de soixantequatorze pour un. Ce fait terrifiant ne prend même pas en compte l’appauvrissement régulier de la
majorité des milliards d’êtres humains restants, pris au piège dans l’isthme toujours plus étroit entre
ces deux extrêmes. Loin d’être maîtrisée, la crise s’amplifie. Les implications pour l’avenir de
l’humanité en termes de privations et de désespoir noyant plus des deux tiers de la population de la
terre aident à comprendre l’apathie avec laquelle furent reçues les réalisations tant vantées du Sommet
du millénaire ; elles sont pourtant véritablement historiques si l’on s’en tient à des critères
raisonnables.
La mondialisation elle-même est un élément intrinsèque de l’évolution de la société humaine. Elle a
donné naissance à une culture socio-économique qui, sur le plan pratique, constitue le monde dans
lequel les aspirations de l’humanité se poursuivront dans le siècle qui s’ouvre maintenant. Nul
observateur objectif ne niera que les deux réactions contradictoires qu’elle soulève sont, dans une
grande mesure, pleinement justifiées. L’unification de la société humaine, forgée par les feux du
vingtième siècle, est une réalité qui ouvre chaque jour de nouvelles possibilités à couper le souffle. La
revendication de la justice d’être l’unique moyen capable d’exploiter ces importantes potentialités
pour le progrès de la civilisation est une réalité qui s’impose partout aux esprits sérieux. Le don de
prophétie n’est pas nécessaire pour savoir que le destin de l’humanité dans le siècle qui s’ouvre sera
déterminé par la relation établie entre ces deux forces fondamentales du processus historique : les
principes inséparables d’unité et de justice.
*
En référence aux enseignements de Bahá’u’lláh, le plus grand des dangers de cette crise morale et des
iniquités associées à la mondialisation dans sa forme actuelle réside en une attitude philosophique
figée qui cherche à justifier et à excuser ces faillites. Le renversement des systèmes totalitaires du
vingtième siècle ne signifie pas la fin de l’idéologie. Au contraire. Il n’existe pas une seule société au
monde, aussi pragmatique, innovatrice ou multiforme qu’elle ait été, qui ne se soit construite sur une
interprétation de la réalité. Un tel système de pensée règne encore à ce jour, pratiquement incontesté
dans le monde, sous le nom de « civilisation occidentale ». D’un point de vue philosophique et
politique, il se présente comme une sorte de relativisme libéral ; et d’un point de vue économique et
social, comme le capitalisme - deux systèmes de valeurs qui se sont peu à peu tellement ajustés l’un à
l’autre en se renforçant réciproquement qu’ils constituent virtuellement une vision mondiale unique et
complète.
Les avantages dont jouit une minuscule minorité des habitants de la terre en termes de liberté
personnelle, de prospérité sociale et de progrès scientifique sont appréciables, mais ne peuvent
empêcher un être réfléchi de reconnaître la faillite du système sur les plans moral et intellectuel. Ce
système a contribué de son mieux au progrès de la civilisation, comme le firent tous les précédents, et
comme eux, il reste incapable de répondre aux besoins d’un monde que n’avaient jamais imaginé les
visionnaires du dix-huitième siècle qui conçurent la plupart de ses éléments. Shoghi Effendi ne limitait
pas son attention aux monarchies de droit divin, aux Églises établies ou aux idéologies totalitaires
lorsqu’il posait cette question brûlante : « Pourquoi, dans un monde sujet à la loi immuable du
changement et du déclin, ceux-ci devraient-ils être affranchis de la détérioration qui s’abat

nécessairement sur toute institution humaine ? » (149) (Shoghi Effendi, L’ordre mondial de Bahá’u’lláh, op. cit.
p. 37)
Bahá’u’lláh presse ceux qui croient en lui : « vois par tes propres yeux et non par ceux d’autrui », «
comprends par ta propre connaissance et non par celle de ton voisin ». Hélas, ce que les bahá’ís
constatent dans la société actuelle est une exploitation sans borne des masses humaines, avec une
avidité qui ne s’explique que par l’opération des forces impersonnelles du marché. Ce qu’ils
rencontrent partout est la destruction des bases morales, vitales pour le futur de l’humanité, par un
sybaritisme flagrant, sous couvert de « liberté de parole ». Ce contre quoi ils luttent chaque jour est la
pression d’un matérialisme dogmatique se proclamant voix de la « science » et cherchant à exclure
systématiquement de la vie intellectuelle toute impulsion qui viendrait de la sphère spirituelle de la
conscience humaine.
Or, pour un bahá’í, les enjeux ultimes sont spirituels. La Cause n’est ni un parti politique ni une
idéologie, encore moins un moteur d’agitation politique contre telle ou telle injustice sociale. Le
processus de transformation qu’elle met en œuvre progresse en encourageant un changement radical
de conscience, et le défi qu’elle lance à quiconque la sert consiste à se libérer de l’attachement aux
hypothèses et aux choix reçus en héritage et qui sont incompatibles avec la volonté de Dieu pour cette
époque de maturité de l’humanité. De façon paradoxale, le désarroi provoqué par le contexte actuel
qui viole la conscience apporte une aide à ce processus de libération spirituelle. Finalement, cette
désillusion conduit le bahá’í à affronter une vérité soulignée maintes et maintes fois dans les écrits de
la Foi :
« Dans le monde, il a choisi les cœurs de ses serviteurs et en a fait le siège de la révélation de sa gloire.
Purifiez-les donc de toute souillure, afin qu’y puisse être gravé tout ce pour quoi ils furent créés. (150)
(Extraits des écrits de Bahá’u’lláh, op. cit. p. 195 (section CXXXVI).
XII
LE PROLOGUE DE L’ÉVANGILE attribué à Jean, disciple de Jésus - « Au commencement était le
verbe... » - a fasciné des lecteurs pendant deux mille ans. Le verset se poursuit avec l’affirmation,
déconcertante de simplicité et de franchise, d’une vérité spirituelle au centre de toutes les religions
révélées, et reprise maintes et maintes fois dans les civilisations qui se sont succédées à travers les
âges : « II était dans le monde et le monde fut créé par lui ». La Manifestation promise de Dieu
apparaît ; une communauté de croyants se forme autour de ce centre de vie de spiritualité et
d’autorité ; un nouveau système de valeurs commence à remettre de l’ordre dans les consciences et les
comportements ; les arts et les sciences réagissent ; les lois et la gestion des affaires sociales se
restructurent. Lentement mais sûrement une nouvelle civilisation émerge qui satisfait les idéaux et
mobilise les aptitudes de millions d’être humains au point de constituer véritablement un nouveau
monde, un monde bien plus réel pour ceux qui « vivent, se meuvent et existent » (151) Bahá’u’lláh, Le
Kitab-i-Iqan, op. cit., p 18. que les fondations terrestres sur lesquelles il repose. Au cours des siècles qui
s’ensuivent, la société continue à dépendre essentiellement, pour sa cohésion et sa sécurité, de l’élan
spirituel qui l’a fait naître.
Avec l’apparition de Bahá’u’lláh, le phénomène s’est reproduit - cette fois à l’échelle de la planète
tout entière. Dans les événements du vingtième siècle, on peut voir les prémices de la transformation
universelle de la société que cette révélation a mise en branle et à propos de laquelle Bahá’u’lláh
écrivit :
Je témoigne qu’aussitôt que le premier Mot fut sorti de sa bouche, par le pouvoir de sa volonté et selon
son dessein… la totalité de la création fut révolutionnée, et tout ce qui est dans les cieux et tout ce qui
est sur la terre fut ébranlé jusque dans ses fondements. Par ce Mot, les réalités de toutes choses créées
furent secouées, divisées, séparées, éparpillées, associées et réunies à nouveau, faisant apparaître, tant
dans le monde contingent que dans le royaume céleste, les éléments d’une nouvelle création, et
révélant, dans les mondes invisibles, les signes et preuves de ton unité et de ton unicité. (152)
Bahá’u’lláh, Prayers and Meditations (Wilmette : Bahá’í Publishing Trust, 1998), p.295, (section CLXXVIII).
Shoghi Effendi décrit ce processus d’unification mondiale comme étant le « plan majeur » de Dieu,
qui continuera à œuvrer, gagnant force et énergie, jusqu’à ce que l’humanité soit réunie en une société
mondiale d’où la guerre sera bannie et qui prendra en charge sa destinée collective. Les tribulations du
vingtième siècle ont permis le changement fondamental d’orientation que le Plan divin requiert. Ce
changement est irréversible. Il n’existe aucun retour possible en arrière vers des situations antérieures,
même si des éléments de la société seront parfois tentés de le faire.

L’importance de la percée historique qui s’est ainsi produite ne peut en aucune façon être amoindrie
par le fait que ce processus vient à peine de commencer. Comme Shoghi Effendi l’a clairement
exprimé, ceci doit mener en temps voulu à la spiritualisation de la conscience humaine et à
l’émergence d’une civilisation mondiale qui incarnera la volonté de Dieu. Le simple fait de formuler
cet objectif fait prendre conscience de l’immense chemin que l’humanité doit encore parcourir. C’est
contre une résistance particulièrement intense, à tous les niveaux de la société, parmi les gouvernants
et les gouvernés, que les principaux changements politiques, sociaux et conceptuels furent réalisés. Ils
furent en fin de compte réalisés au prix de souffrances terribles. Il serait irréaliste de penser que les
défis à venir ne nécessitent pas un tribut plus lourd encore pour une humanité qui cherche à éviter, par
tous les moyens en son pouvoir, les implications spirituelles de l’épreuve qu’elle subit toujours. Les
paroles de Shoghi Effendi sur les conséquences de cette insensibilité extrême du cœur et de l’esprit
nous ramènent à la réalité :
Des adversités effroyables et impensables, des crises et des bouleversements inimaginables, guerres,
famines et pestes, pourraient bien s’allier pour graver dans l’âme d’une génération insouciante ces
vérités et ces principes qu’elle a dédaigné de reconnaître et de suivre. (153) Shoghi Effendi, L’ordre mondial
de Bahá’u’lláh, op. cit., p. 186.
*
Un tiers du vingtième siècle s’était à peine écoulé que le Gardien exhorta les disciples de Bahá’u’lláh
à pousser leur connaissance de la Cause bien plus loin que tout ce qu’ils avaient pu évaluer jusque-là.
La Foi avait atteint le point, disait-il, où elle « cessait de se qualifier de mouvement, de fraternité, et
termes similaires », dénominations qui, bien que peut-être appropriées à l’époque où le message fut
introduit en occident, « causaient maintenant du tort à un système en constant développement ».
Pensant que même le terme « religion » était inadéquat lorsqu’il était pris dans un sens familier, il
souligna que déjà la Foi :
… réussit visiblement aujourd’hui à démontrer son droit et son titre de religion mondiale, destinée à
atteindre, quand les temps seront révolus, le statut d’une fédération englobant le monde, qui serait tout
à la fois l’instrument et le gardien de la plus grande paix annoncée par son auteur. (154) ibid., p. 189-190.
Alors que le siècle avançait, la même force créatrice qui éveillait l’ensemble de l’humanité à son unité,
libérait progressivement les forces inhérentes à la Cause et lui donnait un rôle nouveau dans les
affaires de ce monde. Pendant les vingt premières années du siècle, grâce aux soins apportés par le
Maître, les fondations spirituelles et administratives nécessaires au dessein de Bahá’u’lláh furent
établies. Sur cette base - durant les trente-six années de son propre ministère et les six années qui
suivirent alors que sa croisade de dix ans guidait les efforts de la communauté -, Shoghi Effendi se
consacra à affiner les outils administratifs nécessaires à la poursuite du Plan divin. En 1963, avec
l’établissement réussi de la Maison universelle de justice, les bahá’ís du monde lancèrent la première
étape d’une mission de longue durée : enrichir spirituellement l’ensemble de l’humanité afin qu’elle
devienne l’acteur de son propre progrès. À la fin de ce siècle, cet immense effort avait fait naître une
communauté représentative de la diversité de l’humanité, unie dans ses croyances et sa fidélité,
engagée dans l’établissement d’une société mondiale qui sera le reflet sur terre de la vision spirituelle
et morale de son Fondateur.
Ce processus fut particulièrement renforcé en 1992 avec la publication tant attendue de la traduction
annotée du Kitáb-i-Aqdas, une mine de directives divines pour l’âge de la maturité de l’humanité. Un
nombre toujours croissant de traductions permit bientôt aux disciples de la Foi dans le monde
d’accéder directement à un ouvrage que son auteur décrivit comme « l’aurore de la connaissance
divine, si vous êtes de ceux qui comprennent, et l’orient des commandements de Dieu, si vous êtes de
ceux qui saisissent ». (155) Bahá’u’lláh, Le Kitáb-i-Aqdas, op. cit., § 186, p. 88. Mis à part la reconnaissance de
la Manifestation de Dieu par l’âme, rien d’autre que la certitude morale n’a la force d’éveiller un aussi
grand sentiment de confiance et de vitalité dans la conscience humaine, tant individuelle que
collective. Dans le Kitáb-i-Aqdas, les lois élémentaires de la vie personnelle et communautaire ont été
reformulées dans le contexte d’une société qui englobe la totalité de la diversité humaine. De
nouvelles lois et concepts s’adressent aux besoins futurs du genre humain qui entre dans sa maturité. « Ô
peuples de la terre » lance Bahá’u’lláh, « rejetez ce que vous possédez, et, sur les ailes du
détachement, élevez-vous par-delà toutes choses créées. Ainsi vous le commande le Seigneur de la
création, dont la plume, par son mouvement, a révolutionné l’âme de l’humanité » (156) ibid., § 54, p. 41.

La capacité de la Foi à surmonter les attaques qui sont menées à son encontre est l’une des
caractéristiques des cent dernières années du développement bahá’í, et tout observateur devrait le
remarquer. Comme cela avait été le cas pendant les ministères du Báb et de Bahá’u’lláh, certains
éléments de la société, irrités par la montée en puissance de la nouvelle religion ou craignant les
principes qu’elle enseignait, cherchèrent à l’étouffer par tous les moyens possibles. Il ne s’est
pratiquement pas passé dix années sans de telles tentatives, allant des persécutions sanglantes menées
par le clergé chiite ou des abominables accusations mensongères concoctées et répandues par leurs
homologues chrétiens, aux tentatives systématiques de suppression par divers régimes totalitaires, et
finalement, aux violations de leur engagement envers Bahá’u’lláh perpétrées par des détracteurs, des
ambitieux ou des malveillants parmi ses adhérents déclarés. Selon des critères humains, la Cause
aurait dû succomber à ce barrage d’opposition sans précédent dans l’histoire contemporaine. Loin de
s’écrouler, elle prit de l’ampleur. Sa réputation grandit, le nombre de ses membres augmenta
considérablement, son influence dépassa les rêves des premières générations de ses adeptes. Les
persécutions servirent à galvaniser les efforts de ses fidèles. La calomnie conduisit les croyants à
rechercher une compréhension plus mature de son histoire et de ses enseignements. Et, comme
l’avaient promis le Maître et le Gardien, la violation de l’Alliance supprima de ses rangs les individus
dont les attitudes et le comportement avaient fragilisé la foi des autres et entravé son développement.
Si la Cause devait n’apporter d’autre témoignage des forces qui la soutiennent, cette succession de
triomphes devrait à elle seule suffire.
*
Trois ans avant son décès, Shoghi Effendi profita de l’acquisition du dernier lot de terrain nécessaire à
l’édification du bâtiment des archives internationales pour décrire au monde bahá’í la nature et la
signification des projets de construction sur le Mont Carmel que le Maître avait inaugurés et que luimême poursuivait :
Ces édifices, en forme d’arc tendu, et d’architecture harmonieuse, entoureront les tombeaux de la plus
sainte Feuille... de son frère... et de leur mère… La fin ultime de cette magnifique entreprise marquera
le point culminant du développement d’un ordre administratif mondial divinement établi dont les
origines remontent aux dernières années de l’âge héroïque de la Foi. (157) Shoghi Effendi, Messages to the
Bahá’í World, 1950-1957, op. cit., pp.29-30.
L’étape actuelle de cette entreprise ambitieuse se termina avec succès au cours de la dernière année du
siècle. Un flot de ressources déversé par les croyants du monde entier fit écho à la vision de
Bahá’u’lláh pour ce lieu sacré qu’annonce sa Tablette à Carmel : « Sois dans l’allégresse, car en ce
jour Dieu a établi son trône sur toi, a fait de toi l’orient de ses signes et l’aurore des preuves de sa
révélation » . Avec cet ensemble de magnifiques bâtiments qui s’étendent le long de l’Arc et cette
envolée de jardins en terrasse qui s’élèvent depuis la base du mont jusqu’à son sommet, la Cause dont
l’influence s’est répandue jusqu’aux confins de la terre au cours de ce siècle de lumière a
définitivement émergé comme présence visible et imposante. Avec la foule des visiteurs qui affluent
chaque jour dans les escaliers et les allées, et le flot d’invités de marque qui sont accueillis dans les
salles de réception du Centre mondial, les esprits perspicaces perçoivent déjà les prémices de
l’accomplissement de la vision consignée deux mille trois cents ans plus tôt par le prophète Isaïe : « Il
arrivera dans l’avenir que la montagne de la Maison du Seigneur sera établie au sommet des
montagnes et dominera sur les collines. Toutes les nations y afflueront. » (158) Isaïe 2-2 , traduction TOB.
La cause bahá’íe se présente avant tout comme un ensemble organisé inaliénable. Incarnant le principe
de l’unité qui repose au cœur de la révélation de Bahá’u’lláh, cet ensemble témoigne de la présence de
l’esprit qui habite et anime la Foi. Seule parmi les religions de l’histoire, la Cause a su résister à ces
éternels fléaux que sont le schisme et la faction, en dépit d’efforts répétés pour rompre son unité. Le
fait que la révélation elle-même créa les instruments qu’elle utilise, que les Fondateurs de la Foi
conçurent les méthodes pour mener à bien le Plan divin et qu’ils mirent eux-mêmes en œuvre dans le
moindre détail ce projet, assure le succès du travail d’enseignement de la communauté. Au cours du
vingtième siècle, grâce aux efforts de ‘Abdu’l-Bahá et du Gardien, le Mont Carmel lui-même est
devenu une expression de cette unité de la Foi. À la différence des autres religions du monde, les
centres spirituels et administratifs de la Cause sont liés de façon inséparable dans un même lieu, les
institutions qui la dirigent étant établies autour du mausolée de son prophète martyr. Pour de
nombreux visiteurs, l’harmonie obtenue dans les jardins environnants où abondent tant de fleurs,

d’arbres et de buissons colorés, semble elle aussi proclamer l’idéal d’unité dans la diversité qui les
attire dans les enseignements de la Foi.
Ces cent années se terminèrent de façon dramatique avec un événement qui plongea les croyants du
monde entier dans un profond chagrin. Le 19 Janvier 2000, un message de la Maison universelle de
justice annonça :
Tôt ce matin, l’âme d’Amatu’l-Bahá Rúh∂íyyih Khánum, épouse bien-aimée de Shoghi Effendi et
dernier maillon de la chaîne reliant le monde bahá’í avec la famille de ‘Abdu’l-Bahá, fut libérée des
liens qui l’attachaient à cette vie terrestre... Pour évoquer ses vingt années de vie commune avec elle,
Shoghi Effendi utilisa des termes élogieux tels que « mon associée », « mon bouclier » , « mon
infatigable collaboratrice dans les tâches ardues que j’entreprends… »
Une fois passé le choc que provoqua cette annonce, une autre des inépuisables bénédictions de
Bahá’u’lláh s’imposa. À cette personnalité qui avait traversé presque tout le siècle - et dont l’esprit
indomptable avait affronté des difficultés et des sacrifices bahá’ís tout au long de sa seconde partie - il
avait été donné de vivre et de célébrer les splendides victoires auxquelles elle avait si magnifiquement
contribué.
*
En appelant ceux qui l’ont reconnu à partager avec d’autres le message du Jour de Dieu, Bahá’u’lláh
se tourne à nouveau vers le langage de la création elle-même : « Tout corps appelle une âme. Les âmes
saintes doivent, avec le souffle de la parole de Dieu, animer les corps morts d’un nouvel esprit ». (159)
Shoghi Effendi, Avènement de la justice divine, op. cit., p 109. ‘Abdu’l-Bahá fait remarquer que ce principe est
tout aussi vrai pour la vie collective de l’humanité que pour la vie de ses individus : « La civilisation
matérielle est comme le corps. Aussi gracieux, élégant et beau qu’il puisse être, il est inanimé. La
civilisation divine est comme l’esprit, et le corps reçoit sa vie de l’esprit... (160) Extraits des écrits de
‘Abdu’l-Bahá, op. cit., p.302 (Extrait 227).
Cette analogie très forte résume la relation entre les deux développements historiques que la volonté
de Dieu propulsa sur des chemins convergents tout au long de ce siècle de lumière. Seule une personne
aveugle aux capacités intellectuelles et sociales latentes dans le genre humain, et insensible aux
besoins désespérés de l’humanité, pourrait ne pas être profondément satisfaite des progrès réalisés par
la société au cours des cent dernières années, plus spécifiquement des processus reliant entre eux les
peuples et les nations de la terre. De telles réalisations sont tout particulièrement appréciées des
bahá’ís qui voient en elles le dessein même de Dieu. Pourtant, ce corps de la civilisation matérielle de
l’humanité appelle son âme à haute voix et la désire chaque jour un peu plus. Tant que cette humanité
ne sera pas ainsi animée et que ses facultés spirituelles ne se seront pas développées, elle ne trouvera
ni paix, ni justice, ni même cette unité qui s’élève au-dessus de toute négociation ou compromis, ainsi
qu’il en a été pour toutes les grandes civilisations dans l’histoire. S’adressant aux représentants du
peuple élus dans chaque pays, Bahá’u’lláh écrivit :
Le Seigneur a prescrit l’union de tous ses peuples en une Cause universelle, en une Foi commune,
comme remède souverain et tout puissant instrument pour la guérison du monde entier. (161 ) La
Proclamation de Bahá’u’lláh (Bruxelles, Maison d’éditions bahá’íes, 1983), p.67.
Par conséquent, le travail de la Cause ne consiste pas seulement à fournir un soutien, un
encouragement ou même un exemple. La communauté bahá’íe continuera à participer de toutes les
manières possibles aux efforts visant à l’unification mondiale et l’amélioration sociale, mais de telles
contributions sont secondaires face à ses objectifs. Son but est d’aider les peuples du monde à ouvrir
leurs cœurs et leurs esprits à la seule Puissance qui peut pleinement satisfaire leur plus secrète attente.
Personne ne peut leur apporter cette aide si ce n’est ceux qui se sont eux-mêmes éveillés à la
révélation de Dieu. Personne qui puisse offrir un témoignage crédible de l’avènement d’un monde de
paix et de justice sinon ceux qui comprennent, ne serait-ce que faiblement, les mots avec lesquels la
voix de Dieu enjoignit à Bahá’u’lláh de se lever pour entreprendre sa mission :
Ô plume, peux-tu trouver un autre que moi en ce jour ? Qu’est-il advenu de la création et de ses
manifestations ? Et les noms et leur royaume, que sont-ils devenus ? Où sont passées toutes les choses
créées, tant visibles qu’invisibles ? Et qu’en est-il des secrets cachés et des révélations de l’univers ?
Vois, la création tout entière s’est éteinte ! Il ne reste que mon visage, l’Éternel, le Resplendissant, le
Très-Glorieux. Voici le jour où seules se voient les splendeurs de la lumière qui rayonne de la face de
ton Seigneur, le Clément, le Généreux. En vérité, sur notre ordre irrésistible et souverain, toutes les
âmes ont expiré. Puis, nous avons appelé à l’être une création nouvelle en signe de notre grâce envers

les hommes. Je suis en vérité le Très-Généreux, l’Ancien des jours. (162) Extraits des écrits de Bahá’u’lláh,
op. cit., pp.21-22, (extrait XIV).
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Das Jahrhundert des Lichts á Das Universale Haus der Gerechtigkeit á Bahá'í Verlag GmbH, Auflage 1.03 (O-2002-04-25)

Das Jahrhundert des Lichts
Das Universale Haus der Gerechtigkeit

Vorwort

Das Ende des zwanzigsten Jahrhunderts bietet den Bahá’í eine einzigartige Perspektive. Während der vergangenen hundert Jahre erlebte unsere Welt weit tiefer gehende Veränderungen als in ihrer ganzen bisherigen Geschichte – Veränderungen, die von der heutigen Generation zum größten Teil nur wenig begriffen werden. Dieselben hundert Jahre sahen auch, wie die Bahá’í-Sache nach und nach ins Licht der Öffentlichkeit trat und dabei im globalen Maßstab die einigende Macht zeigte, mit der sie aufgrund ihres göttlichen Ursprungs ausgestattet ist. Während sich das Jahrhundert dem Ende näherte, wurde zunehmend sichtbar, wie beide historische Entwicklungen immer mehr aufeinander zustreben.
Das Jahrhundert des Lichts, das unter unserer Leitung ausgearbeitet wurde, gibt im Lichte der Bahá’í-Lehren einen Überblick über diese beiden Prozesse und ihre Beziehung zueinander. Wir empfehlen den Freunden, es aufmerksam zu studieren im Vertrauen darauf, dass die Perspektiven, die es eröffnet, sich als geistige Bereicherung und als praktische Hilfe herausstellen, wenn wir unsere Mitmenschen an der herausfordernden Bedeutung der Offenbarung Bahá’u’lláhs teilhaben lassen.
Das Universale Haus der Gerechtigkeit
Naw-Rúz, 158 B. E.

Einführung

Das zwanzigste Jahrhundert, das bisher turbulenteste in der Geschichte der Menschheit, ist zu Ende. Das zunehmende moralische und soziale Chaos dieser Zeit versetzte die meisten Völker der Welt in Schrecken, so dass sie sich nichts dringender wünschen, als die Erinnerungen an die Leiden dieser Jahrzehnte hinter sich zu lassen. Ganz gleich, wie schwach die Grundfesten des Vertrauens in die Zukunft sein mögen und wie groß die Gefahren sind, die am Horizont drohen: die Menschheit scheint verzweifelt daran zu glauben, dass sich die Lebensumstände dennoch irgendwie mit den Wünschen der meisten Menschen in Einklang bringen lassen müssten.
Im Lichte der Lehren Bahá’u’lláhs sind solche Hoffnungen nicht nur illusorisch, sondern übersehen auch vollkommen das Wesen und die Bedeutung jener außergewöhnlichen Wendezeit, durch die unsere Welt in diesen entscheidenden Jahren gegangen ist. Nur wenn es der Menschheit gelingt, die Auswirkungen der Ereignisse dieser Geschichtsperiode zu verstehen, wird sie den vor ihr liegenden Herausforderungen gewachsen sein. Der wertvolle Beitrag, den wir als Bahá’í zu diesem Prozess leisten können, erfordert, dass wir selbst die Bedeutung dieser historischen Wandlung begreifen, die das zwanzigste Jahrhundert mit sich brachte.
Was uns dieses Verständnis ermöglicht, ist das Licht, das von der aufgehenden Sonne der Offenbarung Bahá’u’lláhs ausstrahlt und dessen Einfluss jetzt nach und nach in allen Bereichen menschlicher Existenz deutlich wird. Die folgenden Seiten handeln von dieser besonderen Chance.

1

Vergegenwärtigen wir uns zunächst das Ausmaß des Verderbens, das die Menschheit während der Periode, von der die Rede ist, über sich gebracht hat. Allein der Verlust an Menschenleben liegt jenseits jeder begreifbaren Zahl. Der Zerfall grundlegender sozialer Einrichtungen, die Verletzung – ja die Preisgabe – von Anstandsregeln, der Verrat am geistigen Leben durch seine Auslieferung an hohle, phrasenhafte Ideologien, die Erfindung und der Einsatz fürchterlicher Massenvernichtungswaffen, der Bankrott ganzer Nationen und der Abstieg unzähliger Menschen in hoffnungslose Armut, die rücksichtslose Zerstörung der Umwelt – all das sind nur die offensichtlichsten Schrecken in einem Horrorkatalog, der selbst den dunkelsten Zeitaltern der Vergangenheit unbekannt war. Ihre bloße Erwähnung ruft die göttlichen Warnungen in Erinnerung, die Bahá’u’lláh ein Jahrhundert zuvor ausgesprochen hatte: »O ihr Achtlosen! Auch wenn die Wunder Meines Erbarmens alles Erschaffene – ob sichtbar oder unsichtbar – umschließen und die Offenbarungen Meiner Gunst und Gnade jedes Atom des Weltalls durchdringen, ist doch die Rute, mit der Ich die Gottlosen züchtigen kann, schmerzhaft, und furchtbar ist die Gewalt Meines Zornes.«Q1
Damit kein Beobachter der Sache Gottes dazu verleitet werde, solche Warnungen als lediglich metaphorisch misszuverstehen, verdeutlichte Shoghi Effendi 1941, was dies für diese Zeit bedeutet:
»Ein Sturm von beispielloser Gewalt, unberechenbar in seiner Bahn, von verheerendem Ausmaß, langfristig aber mit unvorstellbar herrlichen Folgen fegt heute über das Antlitz der Erde. Unbarmherzig wächst er an Umfang und Gewalt. Zumeist unbemerkt wächst seine reinigende Kraft mit jedem Tag. Die Menschheit – ein Spielball seiner verheerenden Macht – wird zu Boden geschmettert von seinem unwiderstehlichen Wüten. Weder kann sie seine Herkunft erkennen, noch seine Bedeutung erfassen oder seine Folgen abschätzen. Verstört, hilflos und in Todespein muss sie zusehen, wie dieser gewaltige Sturm Gottes über die fernsten und schönsten Länder der Erde hereinbricht, die Grundfesten erschüttert, die Ordnung zerstört, Völker zerstreut, Heime vernichtet, Städte verwüstet, Könige vertreibt, Bollwerke niederreißt, Institutionen entwurzelt, das Licht verdüstert und die Seelen der Bewohner martert.« Q2
*
Was Wohlstand und Einfluss betraf, bestand ›die Welt‹ um 1900 aus Europa und – damals ungern zugestanden – den Vereinigten Staaten von Amerika. Überall auf dem Planeten betrieb der westliche Imperialismus unter der Bevölkerung anderer Länder das, was er als seine ›Mission der Zivilisierung‹ betrachtete. Mit den Worten eines Historikers schien das erste Jahrzehnt des zwanzigsten Jahrhunderts im wesentlichen eine Fortführung des »langen neunzehnten Jahrhunderts«A1 zu sein, einer Ära, deren grenzenlose Selbstzufriedenheit sich vielleicht am deutlichsten in der Feier des diamantenen Thronjubiläums von Königin Viktoria im Jahre 1897 manifestiert. Dabei rollte über viele Stunden eine Parade durch die Straßen Londons, die in ihrer imperialen Aufmachung und Zurschaustellung militärischer Macht weit über alles hinausging, was vergangene Zivilisationen jemals auch nur angestrebt hatten.
Als das zwanzigste Jahrhundert begann, erkannte kaum jemand – gleich wie sensibel er in sozialen und moralischen Fragen auch war – die bevorstehenden Katastrophen, und nur wenige – wenn überhaupt – konnten sich deren Ausmaß vorstellen. Die militärischen Führer der meisten europäischen Länder nahmen an, dass ein Krieg ausbrechen würde, begegneten dieser Aussicht aber mit Gleichmut, weil sie der festen Überzeugung waren, dass er kurz sein würde und nur ihre Seite ihn gewinnen könne. In ganz erstaunlichem Umfang hatte die internationale Friedensbewegung die Unterstützung von Staatsmännern, Industriellen, Gelehrten, Medien und einflussreichen Persönlichkeiten gewinnen können – sogar solcher, die man in diesen Reihen nicht erwartet hätte, wie etwa die des Zaren von Russland. Wenn auch die sich rasch beschleunigende Aufrüstung bedenklich war, so schien doch ein Netzwerk sorgfältig gesponnener und häufig sich überlappender Allianzen zu garantieren, dass der Ausbruch eines Flächenbrandes vermieden werden könnte und regionale Konflikte, wie so oft im vergangenen Jahrhundert, zu lösen seien. Diese Annahme wurde durch die Tatsache bestärkt, dass die gekrönten Häupter Europas – die meisten von ihnen Mitglieder einer ausgedehnten Familie und viele von ihnen scheinbar mit politischer Entscheidungsmacht ausgestattet – einander vertraut mit Spitznamen anredeten, private Korrespondenz pflegten, die Schwestern und Töchter der anderen heirateten und zusammen auf ihren Schlössern, Privatjachten und Jagdhütten eine lange Spanne des Jahres hindurch Ferien machten. Sogar die schmerzlichen Unterschiede in der Verteilung des Reichtums wurden in den westlichen Gesellschaften energisch – wenn auch nicht sehr systematisch – durch eine Gesetzgebung angegangen, die darauf abzielte, der schlimmsten Ausbeutung früherer Jahrzehnte Einhalt zu gebieten und den dringendsten Bedürfnissen der wachsenden städtischen Bevölkerung nachzukommen.
Die große Mehrheit der Menschheitsfamilie, die in Ländern außerhalb der westlichen Welt lebte, hatte nur wenig Anteil an deren Segnungen und teilte auch nicht den Optimismus ihrer europäischen und amerikanischen Brüder. China war trotz seiner alten Zivilisation und seines Selbstverständnisses als ›Reich der Mitte‹ das unglückliche Opfer der Ausplünderung durch westliche Nationen und seines sich modernisierenden Nachbarn Japan geworden. Die großen Massen in Indien – dessen wirtschaftliches und politisches Leben so vollkommen unter die Herrschaft einer einzigen imperialen Macht geraten war, dass dies die üblichen Manöver um kleine Vorteile ausschloss – entgingen zwar einigen der schlimmsten Übergriffe, von denen andere Länder heimgesucht wurden, mussten aber ohnmächtig zusehen, wie ihre verzweifelt benötigten Ressourcen allmählich geplündert wurden. Das bevorstehende Leid Lateinamerikas wurde nur allzu klar im Schicksal Mexikos vorgezeichnet, von dem weite Teile durch seinen großen nördlichen Nachbarn annektiert worden waren und dessen natürliche Ressourcen bereits die Aufmerksamkeit habgieriger ausländischer Großkonzerne erregt hatten. Die mittelalterliche Unterdrückung, unter der hundert Millionen dem Namen nach befreiter Leibeigener in Russland ein Leben in düsterem, hoffnungslosem Elend lebten, war vom westlichem Standpunkt her gesehen wegen der Nähe zu solch strahlenden europäischen Hauptstädten wie Berlin und Wien besonders beschämend. Am tragischsten aber war das schlimme Los der Einwohner Afrikas. Sie wurden durch künstlich gezogene Grenzen voneinander getrennt, die menschenverachtende Abmachungen unter den europäischen Mächten geschaffen hatten. Man schätzt, dass während des ersten Jahrzehnts des zwanzigsten Jahrhunderts im Kongo über eine Million Menschen verschwanden – verhungert, geschlagen, buchstäblich für den Profit ihrer fernen Herren zu Tode geschunden; ein Ausblick auf das Schicksal, das mehr als hundert Millionen Menschen in Europa und Asien ereilen sollte, bevor das Jahrhundert zu Ende ging.A2
Obwohl diese ausgeplünderten und gering geschätzten Massen die überwiegende Anzahl der Erdbewohner repräsentierten, wurden sie nicht als Menschen angesehen, sondern im wesentlichen als Objekte des viel gepriesenen Zivilisationsprozesses des neuen Jahrhunderts. Auch wenn eine Minderheit dabei profitierte: die Kolonialvölker existierten in erster Linie nur dazu, benutzt zu werden – verwendet, angeleitet, ausgebeutet, christianisiert, zivilisiert und mobilisiert – so, wie es die wechselnden Pläne der westlichen Mächte diktierten. Die Umsetzung dieser Pläne mochte hart oder eher moderat sein, aufgeklärt oder selbstsüchtig, das Evangelium verbreitend oder ausbeuterisch – dahinter standen in der Regel materielle Interessen, die sowohl die Mittel als auch die meisten Ziele bestimmten. Religiöse und politische Pietäten verschiedenster Art verbargen diese Mittel und Ziele weitgehend vor der Öffentlichkeit der westlichen Länder, denen es auf diese Weise möglich wurde, moralische Befriedigung aus den Segnungen zu ziehen, die ihre Nationen angeblich den weniger wertvollen Völkern erwiesen, während sie selbst die materiellen Früchte dieser Wohltaten genossen.
Die Fehler einer großen Zivilisation aufzuzeigen heißt nicht, ihre Errungenschaften zu leugnen. Als das zwanzigste Jahrhundert begann, konnten die Völker des Westens zu Recht auf die technischen, wissenschaftlichen und philosophischen Entwicklungen stolz sein, die sie hervorgebracht hatten. Jahrzehnte des Experimentierens hatten ihnen materielle Möglichkeiten eröffnet, die weit jenseits des Verständnisses der restlichen Menschheit lagen. Überall in Europa und Amerika waren ausgedehnte Industrien entstanden, die sich der Metallurgie, der Herstellung von chemischen Produkten aller Art, der Textilfertigung und der Konstruktion von Geräten widmeten, die in allen Lebensbereichen Erleichterung brachten. Ein ständiger Prozess von Entdeckungen, Entwürfen und Verbesserungen machte durch die Nutzung von billigem Treibstoff und Strom Kräfte unvorstellbaren Ausmaßes leicht verfügbar – leider mit zu jener Zeit ebenso unvorstellbaren ökologischen Folgen. Die ›Ära der Eisenbahn‹ war weit fortgeschritten, und Dampfschiffe nahmen ihren Kurs über die Seewege der Welt. Mit der Ausbreitung von telegrafischer und telefonischer Kommunikation näherte sich die westliche Gesellschaft dem Zeitpunkt ihrer Befreiung von den Grenzen, die geographische Entfernungen der Menschheit seit Anbeginn der Geschichte auferlegt hatten.
Noch weiterreichend waren Veränderungen, die auf einer höheren Ebene des wissenschaftlichen Denkens stattfanden. Das neunzehnte Jahrhundert war noch fest im Griff der newtonschen Auffassung von der Welt als einem mechanischen Uhrwerk, aber am Ende des Jahrhunderts hatten sich bereits die intellektuellen Fortschritte vollzogen, die dieses Paradigma anfochten. Neue Ideen tauchten auf, die später zur Formulierung der Quantenmechanik führten, und bald sollte die revolutionäre Wirkung der Relativitätstheorie die Auffassung der sinnlich wahrnehmbaren Welt in Frage stellen, die Jahrhunderte lang als gesunder Menschenverstand akzeptiert worden war. Solche Durchbrüche wurden dadurch ausgelöst und beträchtlich verstärkt, dass die Wissenschaft sich bereits von der Tätigkeit einzelner Denker zum systematisch verfolgten Anliegen einer großen und einflussreichen internationalen Forschergemeinde gewandelt hatte, welche Universitäten, Laboratorien und Symposien zum Austausch experimenteller Entdeckungen nutzen konnte.
Die Stärke der westlichen Gesellschaften war nicht auf den wissenschaftlichen und technischen Fortschritt begrenzt. Zu Beginn des zwanzigsten Jahrhunderts erntete die westliche Zivilisation die Früchte einer sozialphilosophischen Kultur, die immer schneller die Energien ihrer Bevölkerung freisetzte und deren Einfluss bald revolutionäre Auswirkungen auf die ganze Welt haben sollte. Es war eine Kultur, die den Verfassungsstaat stärkte, die der Rolle des Gesetzes und der Achtung der Rechte aller Mitglieder der Gesellschaft große Bedeutung beimaß, und die all denen, die sie erreichte, die Vision eines kommenden Zeitalters sozialer Gerechtigkeit vor Augen führte. Obschon der Stolz auf Freiheit und Gleichheit, der oft die patriotische Rhetorik in den westlichen Ländern aufblähte, weit entfernt war von den tatsächlich herrschenden Verhältnissen, konnten die Abendländer zu Recht die Fortschritte in Richtung dieser Ideale feiern, die im neunzehnten Jahrhundert erreicht worden waren.
In geistiger Hinsicht wurde das Zeitalter von einer eigenartigen, paradoxen Dualität beherrscht. Einerseits verdunkelten Wolken des Aberglaubens, hervorgebracht durch gedankenlose Nachahmung früherer Zeitalter, von fast allen Seiten den intellektuellen Horizont. Beim überwiegenden Teil der Weltbevölkerung reichten die Folgen von tiefster Unkenntnis über die menschlichen Möglichkeiten und das physische Universum bis hin zu naivem Anhängen an Theologien, die wenig oder gar keinen Bezug zur Erfahrung hatten. Andererseits wurde dort, wo in den gebildeten Klassen des Westens die Winde des Wandels diese Nebelschleier vertrieben, ererbtes orthodoxes Denken nur allzu oft durch den schädlichen Einfluss eines aggressiven Säkularismus ersetzt, der gleichermaßen die geistige Natur des Menschen wie die Autorität moralischer Werte an sich in Zweifel zog. Überall schien die Säkularisierung der gesellschaftlichen Oberschicht Hand in Hand zu gehen mit einem immer weiter um sich greifenden religiösen Obskurantismus unter den Massen. Weil der religiöse Einfluss tief in die menschliche Psyche reicht und für sich selbst eine einzigartige Autorität einfordert, hatten in allen Ländern religiöse Vorurteile über Generationen hinweg schwelende Feuer bitterer Feindseligkeit tief im Innern am Leben erhalten. Sie sollten der Zündstoff für die Schrecken der kommenden Jahrzehnte werden.A3

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In dieser geistigen Landschaft voll falscher Zuversicht und tiefer Hoffnungslosigkeit, wissenschaftlicher Aufklärung und geistigen Dunkels erschien zu Beginn des zwanzigsten Jahrhunderts die leuchtende Gestalt ‘Abdu’l-Bahás. Der Weg, der Ihn an diesen entscheidenden Moment der Menschheitsgeschichte brachte, hatte Ihn durch mehr als fünfzig Jahre Exil, Gefangenschaft und Entbehrung geführt, in denen kaum ein Monat auch nur annähernd in Ruhe und Sorgenfreiheit verstrichen war. Er war entschlossen, den Aufgeschlossenen wie den Gedankenlosen jenes verheißene Reich des universalen Friedens und der Gerechtigkeit auf Erden zu verkünden, auf das die Menschen seit Jahrhunderten gehofft hatten. Er erklärte, dass das Fundament dieses Reiches, die Vereinigung der Völker der Welt, in diesem »Jahrhundert des Lichts«Q3 errichtet werden würde:
»Heute … haben sich die Kommunikationsmittel vervielfacht, und die fünf Kontinente der Erde sind im Grunde zu einem Ganzen verschmolzen … Ebenso sind alle Glieder der menschlichen Familie, ob Völker oder Regierungen, Städte oder Dörfer, in steigendem Maße voneinander abhängig geworden … Folglich ist die Einheit der ganzen Menschheit heutzutage erreichbar geworden. Wahrlich, dies ist nur eines der Wunder dieses wunderbaren Zeitalters, dieses ruhmreichen Jahrhunderts.« Q4
Während der langen Jahre der Gefangenschaft und Verbannung, die der Weigerung Bahá’u’lláhs folgten, den politischen Zielen der osmanischen Obrigkeit zu dienen, war ‘Abdu’l-Bahá mit der Leitung der Glaubensangelegenheiten und der Verantwortung betraut, als Vertreter Seines Vaters aufzutreten. Ein wichtiger Teil dieser Arbeit war die Zusammenarbeit mit Offiziellen auf lokaler Ebene und in den Provinzen, die Seinen Rat zu Problemen suchten, mit denen sie konfrontiert waren. Schon 1875 richtete ‘Abdu’l-Bahá auf Anweisung Bahá’u’lláhs eine Abhandlung an die Regierenden und das Volk Persiens mit dem Titel Das Geheimnis göttlicher Kultur. Darin legte Er ausführlich die geistigen Prinzipien dar, welche die Gestaltung ihrer Gesellschaft im Zeitalter der Reife der Menschheit leiten müssen. Im ersten Abschnitt ruft Er das iranische Volk auf, darüber nachzudenken, was – nach den Lehren der Geschichte – der Schlüssel zu gesellschaftlichem Fortschritt ist:
»Bedenket wohl: All die weitverzweigten Erscheinungen, die Begriffe und Erkenntnisse, die Verfahren der Technik und die Systeme der Philosophie, die Wissenschaften, Künste, Gewerbe und Erfindungen – alle sind Ausstrahlungen des menschlichen Verstandes. Jedes Volk, das sich weiter in dieses uferlose Meer hineinwagte, hat am Ende die anderen Völker überragt. Glück und Stolz einer Nation bestehen darin, dass sie wie die Sonne am Himmel des Wissens erstrahlt. ›Sollen die, welche erkennen, gleich behandelt werden wie die, welche in Unwissenheit leben?‹A4 « Q5
Dieses Werk ließ bereits die Orientierung und Führung erahnen, die in den folgenden Jahrzehnten aus der Feder ‘Abdu’l-Bahás fließen sollten. Nach dem niederschmetternden Verlust, den das Hinscheiden Bahá’u’lláhs für sie bedeutete, wurden die persischen Gläubigen durch eine Flut von Sendschreiben des Meisters wieder aufgerichtet und ermutigt. Diese Sendschreiben gaben ihnen nicht nur den geistigen Beistand, den sie brauchten, sondern auch die Führung, ihren Weg durch den Aufruhr zu finden, der die etablierte Ordnung in ihrem Land aushöhlte. Diese Botschaften, die selbst in das kleinste Dorf gelangten, antworteten auf Bitten und Fragen unzähliger einzelner Gläubiger und brachten Führung, Ermutigung und Zuversicht. So lesen wir etwa in einem Brief, der sich an die Gläubigen im Dorf Kishih richtet und fast einhundertsechzig von ihnen namentlich erwähnt, über das gerade erwachende Zeitalter: »Dies ist das Jahrhundert des Lichts.« Dabei erklärte der Meister, dass die Bedeutung dieser Metapher die Annahme des Prinzips der Einheit und seiner Folgen sei:
»Damit will ich sagen, dass die Geliebten des Herrn jeden, der ihnen Übel will, so betrachten sollten, als wolle er ihnen Gutes … Das heißt, den Feind sollten sie so behandeln, wie es sich für einen Freund geziemt, und den Unterdrücker so, wie es sich für einen liebevollen Gefährten schickt. Sie sollen ihren Blick nicht auf die Fehler und Vergehen ihrer Widersacher richten, noch ihrer Feindseligkeit, Ungerechtigkeit oder Unterdrückung achten.« Q6
Es ist bemerkenswert, dass die kleine Gruppe verfolgter Gläubiger in diesem Brief aufgerufen wird, ihren Blick über lokale Fragen zu erheben und die Auswirkungen der Einheit in globalem Kontext zu sehen – lebten sie doch in dieser entlegenen Ecke eines Landes, das noch weitgehend unberührt war von den Entwicklungen, die sich anderswo im sozialen und intellektuellen Leben vollzogen.
»Vielmehr sollten sie die Menschen im Lichte des Gebots der Gesegneten Schönheit sehen, dass alle Diener des Herrn der Macht und Herrlichkeit sind, so wie Er die ganze Schöpfung Seinem gnadenvollen Wort unterworfen und uns auferlegt hat, Liebe und Zuneigung, Klugheit und Mitgefühl, Aufrichtigkeit und Eintracht ohne Ausnahme gegenüber allen zu bezeigen.« Q7
In diesem Aufruf des Meisters geht es nicht nur um eine neue Ebene des Verständnisses, sondern auch um die Notwendigkeit von Engagement und Tat. Seine Sprache zeigt Dringlichkeit und Vertrauen und lässt die Kraft spüren, aus der die großen Leistungen der persischen Gläubigen in den folgenden Jahrzehnten hervorgehen sollten – sowohl bei der weltweiten Verbreitung der Sache Gottes als auch beim Erwerb solcher Fähigkeiten, die die Zivilisation voranbringen:
»O ihr Geliebten des Herrn! Dient der Menschenwelt mit größter Glückseligkeit und Freude, und liebt die Menschheit. Überseht alle Begrenzungen und befreit euch von Beschränkungen, denn … von ihnen frei zu sein bringt göttliche Segnungen und Gaben.
Rastet daher nicht, und sei es auch nur für einen kurzen Augenblick, haltet nicht eine Minute um Atem inne, noch sucht einen Moment Ruhe. Wogt wie die Wellen der mächtigen See und toset gleich dem Leviathan des Ozeans der Ewigkeit.
Deshalb muss jeder, solange auch nur eine Spur von Leben in seinen Adern pulst, streben und sich mühen, um ein Fundament zu legen, das die vorübergleitenden Jahrhunderte und Zyklen nicht zersetzen können, und ein Gebäude zu erbauen, das dahinfließende Zeitalter und Äonen nicht niederreißen können – ein Gebäude, das sich als ewig und dauerhaft erweist, so dass die Herrschaft von Herz und Seele in beiden Welten errichtet und gesichert werde.« Q8
Künftige Sozialhistoriker – mit dem Vorzug einer weit sachlicheren und universelleren Sicht als gegenwärtig möglich und mit dem Vorteil eines ungehinderten Zugangs zu allen wichtigen Unterlagen – werden sehr sorgfältig den Wandel studieren, den der Meister in diesen frühen Jahren bewirkte. Tag für Tag, Monat für Monat, aus einem fernen Exil, in dem Er ständig von einer Unzahl Ihn umringender Feinde gequält wurde, gelang es ‘Abdu’l-Bahá, nicht nur die Ausweitung der persischen Bahá’í-Gemeinde in Gang zu bringen, sondern auch ihr Bewusstsein und ihr Leben zu formen. Das Ergebnis gipfelte im Entstehen einer, wenn auch räumlich begrenzten Kultur, die anders war als alles, was die Menschheit bis jetzt gesehen hatte. Unser Jahrhundert, mit all seinen Umwälzungen und hochtrabenden Versprechungen, eine neue Ordnung zu schaffen, lieferte kein vergleichbares Beispiel, in dem ein einziger herausragender Geist systematisch seine Fähigkeiten darauf konzentrierte, eine unverwechselbare und erfolgreiche Gemeinschaft aufzubauen, die letztlich den gesamten Globus als ihren Wirkungsbereich begreift.
Obwohl die persische Bahá’í-Gemeinde immer und immer wieder unter den Gräueltaten der muslimischen Geistlichkeit und deren Helfer zu leiden hatte – ohne jeden Schutz seitens der aufeinanderfolgenden Monarchen aus der Dynastie der Qájáren – fand sie doch zu einem neuen Leben. Die Zahl der Gläubigen vervielfachte sich in allen Regionen des Landes, bekannte Persönlichkeiten des gesellschaftlichen Lebens, darunter einige einflussreiche Angehörige der Geistlichkeit, schlossen sich dem Glauben an, und die Vorläufer der späteren Gemeindeinstitutionen entstanden in Form erster beratender Gremien. Allein die Wichtigkeit dieser letztgenannten Entwicklung kann nicht hoch genug bewertet werden. In einem Land, einem Volk, das über Jahrhunderte ein patriarchalisches System gewohnt war, in dem jegliche Entscheidungsgewalt in den Händen eines absoluten Monarchen oder shí‘itischer MujtahidsA5 lag, brach eine Gemeinde, die einen Querschnitt der Gesellschaft repräsentierte, mit der Vergangenheit, indem sie die Verantwortung für die Entscheidung ihrer Angelegenheiten durch einen neuartigen Prozess der gemeinsamen Beratung in die eigenen Hände nahm.
In der Gesellschaft und Kultur, die sich unter den Händen des Meisters entwickelte, fanden die geistigen Energien in den praktischen Dingen des alltäglichen Lebens ihren Ausdruck. Die große Bedeutung, die die Bahá’í-Lehren der Erziehung beimessen, gab den Impuls zur Einrichtung von Bahá’í-Schulen in der Hauptstadt und in Provinzzentren – einschließlich der Tarbíyat-Schule für Mädchen, die bald im ganzen Land einen hervorragenden Ruf genoss.A6 Mit der Unterstützung amerikanischer und europäischer Bahá’í folgten Kliniken und andere medizinische Einrichtungen. Bereits 1925 hatten Gemeinden in einer Anzahl von Städten Esperantoklassen eingerichtet und setzten so die Forderung der Bahá’í-Lehren um, dass eine internationale Hilfssprache gewählt werden müsse. Ein landesweites Netzwerk an Kurieren versah die aufstrebende Bahá’í-Gemeinde mit einem elementaren Postwesen, das im übrigen Land völlig fehlte. Die Veränderungen, die im Gange waren, berührten die einfachsten Dinge des täglichen Lebens. Zum Beispiel gaben die persischen Bahá’í im Gehorsam gegenüber den Gesetzen des Kitáb-i-Aqdas den Besuch der unsauberen öffentlichen Bäder auf, durch die Infektionen und Seuchen verbreitet wurden, und begannen, Duschen mit frischem Wasser zu benutzen.
Die Quelle all dieser Fortschritte, ob im sozialen, organisatorischen oder praktischen Bereich, war die moralische Wandlung der Gläubigen, ein Wandel, der die Bahá’í – sogar in den Augen derer, die dem Glauben feindlich gegenüberstanden – immer wieder als Kandidaten für Vertrauenspositionen empfahl. Dass solch weitreichende Veränderungen einen Teil der persischen Bevölkerung so schnell von der großen – zumeist feindseligen – Mehrheit unterschieden, war ein lebendiger Beweis für die Kräfte, die durch den Bund Bahá’u’lláhs mit Seinen Anhängern freigesetzt wurden und durch die Führungsrolle ‘Abdu’l-Bahás, die in diesem Bund Ihm allein übertragen war.
All diese Jahre hindurch war das politische Leben Persiens fast ständig in Aufruhr. Während Náṣiri’d-Dín Sháhs unmittelbarer Nachfolger Muẓaffari’d-Dín Shah 1906 einer Verfassung zustimmen musste, löste sein Nachfolger Muḥammad-‘Alí Sháh die ersten beiden Parlamente rücksichtslos auf. In einem Fall ließ er mit Kanonen auf das Gebäude feuern, in dem sich die Legislative traf. Die sogenannte ›Konstitutionelle Bewegung‹, die ihn stürzte und den letzten Qájárenkönig, Aḥmad Sháh, zwang, ein drittes Parlament einzuberufen, war schon bald in konkurrierende Parteien zerrissen und wurde schamlos von der schiitischen Geistlichkeit manipuliert. Die Bemühungen der Bahá’í, in diesem Modernisierungsprozess eine konstruktive Rolle zu spielen, wurden wiederholt von den Royalisten und von den Volksparteien vereitelt, die beide durch die vorherrschenden religiösen Vorurteile beeinflusst waren und in der Bahá’í-Gemeinde einen willkommenen Sündenbock sahen. Hier wird wieder nur ein politisch reiferes Zeitalter als unseres wirklich ermessen können, wie der Meister die heimgesuchte Gemeinde führte, die alles in ihren Kräften Stehende tat, um politische Reformen zu fördern, dann aber auch bereit war, beiseite zu treten, wenn diese Anstrengungen zynisch zurückgewiesen wurden. Er gab damit ein Beispiel für künftige Herausforderungen, auf welche die Bahá’í-Gemeinde unvermeidlich stoßen wird.
Nicht nur durch Seine Sendschreiben übte ‘Abdu’l-Bahá Einfluss auf die sich rasant entwickelnde Bahá’í-Gemeinde in der Wiege des Glaubens aus. Anders als westliche Besucher waren die persischen Gläubigen nicht von anderen Orientalen durch Kleidung und Aussehen zu unterscheiden, und deshalb erregten Reisende aus Persien bei der osmanischen Obrigkeit keinen Verdacht. Ein ständiger Strom von Pilgern gab ‘Abdu’l-Bahá ein weiteres wirkungsvolles Mittel an die Hand, die Freunde zu inspirieren, ihre Aktivitäten zu leiten und sie immer tiefer in das Verständnis der Absicht Bahá’u’lláhs einzuführen. Unter denen, die nach ‘Akká reisten und – bereit, ihr Leben zu geben, um die Vision des Meisters zu verwirklichen – in ihre Heimat zurückkehrten, finden sich einige der bekanntesten Namen aus der persischen Bahá’í-Geschichte. Der unsterbliche Varqá und sein Sohn Rúḥu’lláh gehörten zu denen, die dieses Vorrecht hatten, ebenso Ḥájí Mírzá Ḥaydar-‘Alí, Mírzá Abu’l-Faḍl, Mírzá Muḥammad-Taqí Afnán und vier Hände der Sache, Ibn-i-Abhar, Ḥájí Mullá ‘Alí Akbar, Adíbu’l-‘Ulamá und Ibn-i-Aṣdaq. Der Geist, der heute die persischen Pioniere in jedem Teil der Welt stärkt und eine so schöpferische Rolle im Aufbau des Bahá’í-Gemeindelebens spielt, geht in gerader Linie von Familie zu Familie zurück auf diese heroischen Tage. Rückblickend ist klar erkennbar, dass das Phänomen, das wir heute als den Zwillingsprozess der Ausbreitung und Festigung kennen, seinen Ursprung in diesen wundervollen Jahren hat.
Inspiriert durch die Worte des Meisters und die Berichte, die aus dem Heiligen Land mit nach Hause gebracht wurden, erhoben sich die persischen Gläubigen, um Lehrreisen in den Fernen Osten zu unternehmen. Während der letzten Jahre der Amtszeit Bahá’u’lláhs wurden Gemeinden in Indien und Birma aufgebaut und der Glaube bis ins ferne China getragen, und diese Tätigkeit wurde nun verstärkt. Ein Beweis für die neuen Kräfte, die in der Sache freigesetzt wurden, war die Errichtung des ersten Bahá’í-Hauses der Andacht der Welt in der russischen Provinz TurkestanA7, wo sich auch ein vitales Bahá’í-Gemeindeleben entwickelt hatte. Dieses Projekt war vom Meister angeregt worden, und Er hatte es von Anfang an mit Seinem Rat unterstützt.
Diese vielfältigen und weitreichenden Aktivitäten, die von einer zunehmend zuversichtlichen Gemeinde getragen wurden und sich vom Mittelmeer bis zum Chinesischen Meer erstreckten, bildeten das Fundament, von dem aus ‘Abdu’l-Bahá die vielversprechenden Möglichkeiten verfolgen konnte, die sich zu Beginn des neuen Jahrhunderts im Westen zu entfalten begannen. Dass diejenigen, die an diesem Fundament mitgebaut hatten, die große ethnische, religiöse und nationale Vielfalt des Orients widerspiegelten, war dabei von nicht geringer Bedeutung. Diese Besonderheit lieferte ‘Abdu’l-Bahá ein Beispiel für die integrierenden Kräfte, die durch das Kommen Bahá’u’lláhs freigesetzt worden waren, und bei Seiner Verkündung des Glaubens vor westlichem Publikum sollte Er dieses Beispiel immer wieder heranziehen.
Den größten Sieg in diesen frühen Jahren errang der Meister auf dem Berg Karmel, wo Er an dem von Bahá’u’lláh bestimmten Platz mit größter Anstrengung ein Mausoleum für die sterblichen Überreste des Báb errichtete. Unter großen Risiken und Schwierigkeiten waren diese ins Heilige Land gebracht worden. Shoghi Effendi erklärt, dass in vergangenen Zeitaltern das Blut der Märtyrer der Same für den Glauben der Einzelnen war, dass es heute aber die Saat für die Gemeindeinstitutionen darstellt.A8 Die Tatsache, dass das Weltzentrums des Glaubens Bahá’u’lláhs im Schatten des Schreins seines Märtyrerpropheten entstand und sich entfaltete, gewinnt vor diesem Hintergrund besondere Bedeutung. Shoghi Effendi rückt das vom Meister Erreichte in eine globale historische Perspektive:
»Denn so wie im Reich des Geistes die Wirklichkeit des Báb vom Urheber der Bahá’í-Offenbarung als ›Punkt, den die Wirklichkeiten der Propheten und Boten umkreisen‹Q9 gepriesen worden war, so bilden in dieser sichtbaren Welt Seine heiligen Überreste das Herz und den Mittelpunkt dessen, was man als neun konzentrische Kreise verstehen kann.A9 Dies symbolisiert und unterstreicht die zentrale Stellung, die vom Stifter unseres Glaubens Dem zugemessen wird, ›von dem Gott die Erkenntnis ausgehen ließ von allem, was war und was sein wird‹Q10, dem Ersten Punkt, ›aus dem alles Erschaffene erzeugt ward‹Q11.« Q12
Die Bedeutung, die ‘Abdu’l-Bahá selbst in der Aufgabe sah, die Er unter solchen Opfern erfüllt hatte, wird von Shoghi Effendi sehr bewegend beschrieben:
»Als dies geschehen und die irdischen Überreste des Märtyrerpropheten aus Shíráz endlich im Schoß des heiligen Berges Gottes zur ewigen Ruhe gebettet waren, legte ‘Abdu’l-Bahá Turban, Schuhe und Mantel ab und neigte sich tief über den noch offenen Sarkophag, legte die Stirn auf den Rand des hölzernen Sarges und schluchzte laut auf. Sein silbernes Haar wehte Ihm um das Haupt, und sein leuchtendes Antlitz war völlig verwandelt. Er weinte so bitterlich, daß alle Anwesenden mit Ihm weinten. In jener Nacht war Er so aufgewühlt, daß Er nicht schlief.« Q13
1908 hatte die sogenannte Jungtürkische Revolution nicht nur die meisten politischen Gefangenen des Osmanischen Reiches, sondern auch ‘Abdu’l-Bahá befreit. So waren plötzlich die Beschränkungen weggefallen, die Seinen Bewegungsradius auf die Gefängnisstadt ‘Akká und deren unmittelbare Umgebung begrenzt hatten, und der Meister konnte Seine Tätigkeiten mit einer Unternehmung fortsetzen, die Shoghi Effendi später als eine der drei großen Hauptleistungen Seiner Amtszeit beschrieb: die öffentliche Bekanntmachung der Sache Gottes in den großen Bevölkerungszentren der westlichen Welt.
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Wegen der dramatischen Ereignisse in Nordamerika und Europa übersehen die Berichte über die historischen Reisen des Meisters oft das bedeutende Anfangsjahr in Ägypten. ‘Abdu’l-Bahá kam dort im September 1910 an und beabsichtigte eigentlich, direkt nach Europa weiterzureisen, wurde jedoch durch eine Krankheit gezwungen, bis August des nächsten Jahres in Ramlah, einem Vorort von Alexandria, zu bleiben. Wie sich herausstellen sollte, waren die folgenden Monate eine Zeit großer Produktivität, deren Auswirkungen auf das Geschick der Sache – insbesondere auf dem afrikanischen Kontinent – noch viele Jahre zu spüren sein werden. Bis zu einem gewissen Grad wurde der Weg für den Meister sicherlich durch die Bewunderung Shaykh Muḥammad ‘Abduhs geebnet, der Ihn bereits bei einigen Gelegenheiten in Beirut getroffen hatte und der später Mufti von Ägypten und eine führende Persönlichkeit an der Al-Azhar-Universität geworden war.
Ein Aspekt des Aufenthalts in Ägypten, der besondere Aufmerksamkeit verdient, war die Gelegenheit zur ersten öffentlichen Bekanntmachung der Botschaft des Glaubens. Die relativ kosmopolitische und liberale Atmosphäre in Kairo und Alexandria zu dieser Zeit eröffnete einen Weg zu freimütigen und sachorientierten Diskussionen zwischen dem Meister und bekannten Persönlichkeiten aus der intellektuellen Welt des sunnitischen Islams. Dazu gehörten Geistliche, Parlamentarier, führende Beamte und Aristokraten. Darüber hinaus hatten nun Herausgeber und Journalisten einflussreicher arabischer Zeitungen, deren Informationen über die Sache bisher durch vorurteilsvolle Berichte aus Persien und Konstantinopel gefärbt waren, die Gelegenheit, Informationen aus erster Hand zu erhalten. Bislang ausgesprochen feindselige Publikationsorgane änderten ihren Ton. Die Herausgeber einer solchen Zeitung begannen ihren Artikel über die Ankunft des Meisters mit den Worten »Seine Eminenz Mírzá ‘Abbás Effendi, das erfahrene und gelehrte Oberhaupt der Bahá’í in ‘Akká und die höchste Autorität für die Bahá’í der ganzen Welt« und begrüßten ausdrücklich den Besuch ‘Abdu’l-Bahás in Alexandria.A10 Diese und andere Artikel zollten besonders ‘Abdu’l-Bahás Verständnis des Islam und den Prinzipien der Einheit und religiösen Toleranz, die im Zentrum Seiner Lehren standen, Hochachtung.
Trotz der angegriffenen Gesundheit des Meisters, die den Zwischenaufenthalt in Ägypten notwendig gemacht hatte, erwies sich dieser als großer Segen. Westliche Diplomaten und Offizielle konnten dadurch selbst den außergewöhnlichen Erfolg ‘Abdu’l-Bahás im souveränen Umgang mit führenden Persönlichkeiten in einer Region des Nahen Ostens beobachten, die für europäische Kreise von höchstem Interesse war. Als sich der Meister am 11. August 1911 nach Marseille einschiffte, war Ihm Sein Ruf bereits vorausgeeilt.

3

In einem Brief, den ‘Abdu’l-Bahá 1905 an einen amerikanischen Gläubigen richtete, findet sich eine Aussage, die ebenso aufschlussreich wie anrührend ist. ‘Abdu’l-Bahá spricht darin über Seine Situation nach dem Hinscheiden Bahá’u’lláhs, und erwähnt einen Brief, der Ihn aus Amerika erreichte, zu »einer Zeit, da hoch ein Meer von Prüfungen und Leiden brandete … «Q14
»In dieser Lage befanden wir uns, als uns ein Brief der amerikanischen Freunde erreichte. Sie hatten sich geschworen, so schrieben sie, in allen Dingen einig zu bleiben. Die Unterzeichnenden hatten allesamt gelobt, auf dem Pfade der Liebe Gottes Opfer zu bringen, um ewiges Leben zu gewinnen. In dem Augenblick, als dieser Brief mit all den Unterschriften am Ende verlesen wurde, überkam ‘Abdu’l-Bahá so große Freude, dass keine Feder sie zu beschreiben vermag.« Q15
Aus einer Reihe von Gründen müssen heute lebende Bahá’í unbedingt die Umstände verstehen lernen, unter denen sich die Ausbreitung des Glaubens im Westen vollzog. Dies hilft, uns von der Kultur einer derben, aufdringlichen Kommunikationsweise zu lösen, die in der heutigen Gesellschaft etwas so Alltägliches geworden ist, dass sie kaum noch auffällt. Es lenkt unsere Aufmerksamkeit auf die liebevolle, behutsame Art, mit der der Meister Seinen westlichen Zuhörern die Konzepte der Natur des Menschen und der menschlichen Gesellschaft, wie Bahá’u’lláh sie offenbart hatte, nahebrachte – Konzepte, die in ihren Auswirkungen revolutionär waren und jenseits des Erfahrungshorizontes der Hörerschaft lagen. Es erklärt die Feinfühligkeit, mit der Er Metaphern gebrauchte oder historische Beispiele heranzog, Seine häufig indirekte Herangehensweise, die Vertrautheit, die Er nach Belieben schaffen konnte, und die offenbar grenzenlose Geduld, mit der Er auf Fragen antwortete, auch wenn die ihnen zugrunde liegenden Vorstellungen oftmals schon seit langem jede Gültigkeit, die sie vielleicht einmal besessen haben mochten, verloren hatten.
Eine weitere Erkenntnis, zu der eine leidenschaftslose Betrachtung der geschichtlichen Situation, in der sich der Meister an den Westen wandte, unserer Generation verhelfen kann, liegt in der Wertschätzung der geistigen Größe jener, die auf Ihn hörten. Diese Seelen antworteten Seinem Ruf trotz, nicht wegen der liberalen und wirtschaftlich hoch entwickelten Welt, die sie kannten, einer Welt, die ihnen zweifellos lieb und teuer war und in der sie notgedrungen ihrem täglichen Leben nachgehen mussten. Ihre Antwort rührte von einem, wenn auch manchmal nur vagen, Bewusstsein her, dass die Menschheit geistiger Erleuchtung bitter bedurfte. Standhaftigkeit in ihrer Hingabe an diese Einsicht verlangte von diesen frühen Gläubigen – auf deren selbstlosem Opfer die Grundlagen der heutigen Bahá’í-Gemeinden im Westen und in vielen anderen Ländern größtenteils errichtet wurden –, dass sie nicht nur dem Druck ihrer Familien und der Gesellschaft standhielten, sondern auch den leichtfertigen Argumenten und moralischen Verbrämungen einer Weltanschauung, mit der sie aufgewachsen und der sie überall stets und ständig ausgesetzt waren. In der Standhaftigkeit dieser frühen westlichen Gläubigen lag ein Heldenmut, der auf seine Art ebenso bewegend ist wie der ihrer persischen Glaubensgeschwister, die in denselben Jahren für ihren Glauben Verfolgung und Tod erlitten.
An der Spitze jener, die im Westen auf den Ruf des Meisters antworteten, waren die kleinen Gruppen unerschrockener Gläubiger, die Shoghi Effendi als »gott-trunkene Pilger«Q16 gepriesen hatte, und die das Vorrecht hatten, ‘Abdu’l-Bahá in der Gefängnisstadt ‘Akká zu besuchen, mit eigenen Augen das Leuchten Seiner Person zu sehen und aus Seinem Mund Worte zu hören, die das Leben der Menschen von Grund auf zu verwandeln vermochten. Den Eindruck auf diese Gläubigen schildert May Maxwell:
»Ich erinnere mich weder an Freude, noch an Schmerz, noch an irgend etwas anderes in Worte zu Fassendes bei diesem ersten Beisammensein. Ich war plötzlich zu hoch emporgehoben, meine Seele war mit dem göttlichen Geist in Berührung gekommen und diese so reine, heilige und mächtige Kraft hatte mich überwältigt … « Q17
Mit ihrer Heimkehr, so erklärt Shoghi Effendi, »begann eine ununterbrochene, systematische Tätigkeit, die … ihre Stützpunkte bis nach Westeuropa und in die Staaten und Provinzen Nordamerikas vorschob … «Q18 Eine Flut von Briefen, die der Meister an Empfänger auf beiden Seiten des Atlantiks richtete, trieben die Bemühungen dieser frühen Pilger und ihrer Mitgläubigen an. In der Folge schlossen sich immer mehr Menschen dem Glauben an. Diese Botschaften öffneten die Vorstellungskraft für die Konzepte, Prinzipien und Ideale der neuen Offenbarung Gottes. Die Kraft dieser schöpferischen Macht lässt sich in folgenden Worten nachempfinden, mit denen der erste amerikanische Gläubige, Thornton Chase, zu beschreiben versuchte, was er sah:
»Seine [des Meisters] eigenen Schriften, die sich wie weißgeflügelte Tauben aus der Mitte Seiner Gegenwart bis ans Ende der Welt ausbreiten, sind so zahlreich (Hunderte entströmen Seiner Feder täglich), dass Er unmöglich Zeit darauf verwandt haben kann, über sie nachzusinnen oder die Denkprozesse eines Gelehrten darauf anzuwenden. Sie ergießen sich wie Ströme aus einer sprudelnden Quelle … «A11
Diese Worte vermitteln einen Eindruck von der Entschlossenheit, mit der der Meister ein derart kühnes Unterfangen anging, dass viele in Seiner unmittelbaren Umgebung darüber erschraken. Ungeachtet der oft geäußerten Besorgnis wegen Seines hohen Alters, Seiner angegriffenen Gesundheit und den körperlichen Leiden, die von den Jahrzehnten der Gefangenschaft herrührten, begab Er sich auf eine Reihe von Reisen, die nahezu drei Jahre dauern und Ihn bis an die Pazifikküste des nordamerikanischen Kontinentes führen sollten. Die Belastungen und Gefahren, die die Reisen nach Übersee in den frühen Jahren des Jahrhunderts mit sich brachten, waren noch die geringsten Hindernisse auf dem Wege zur Verwirklichung der Ziele, die Er sich gesetzt hatte. Mit den Worten Shoghi Effendis:
»Er, der, wie Er selbst sagte, als Jüngling ins Gefängnis und erst als alter Mann wieder herausgekommen war, der niemals im Leben vor einem Auditorium gestanden, nie die Schule besucht, nie in Kreisen westlicher Menschen verkehrt hatte, deren Sprachen und Sitten Ihm fremd waren, machte sich auf, um von Kanzel und Katheder in Europas Hauptstädten und in führenden Städten Nordamerikas nicht nur die der Religion Seines Vaters eigenen Wahrheiten zu verkünden, sondern auch den göttlichen Ursprung der Propheten vor Bahá’u’lláh darzulegen und die Art ihrer Verbundenheit mit dem neuen Glauben aufzudecken.« Q19
*
Keine glanzvollere Bühne hätte man sich für den ersten Akt dieses großartigen Schauspiels wünschen können als London, die Hauptstadt des größten und kosmopolitischsten Weltreiches, das die Welt je gesehen hat. In den Augen der kleinen Gruppen von Gläubigen, die die praktischen Vorbereitungen getroffen hatten und sich nach dem Anblick Seines Antlitzes sehnten, war die Reise ein Triumph, der ihre kühnsten Hoffnungen weit übertraf. Inhaber öffentlicher Ämter, Gelehrte, Schriftsteller, Publizisten, Industrielle, Führer von Reformbewegungen, Mitglieder des britischen Adels und einflussreiche Geistliche zahlreicher Konfessionen suchten Ihn eifrig auf, luden Ihn ein, auf ihren Bühnen, von ihren Kanzeln, in ihren Hörsälen und Häusern zu sprechen, und zollten den Ansichten, die Er darlegte, die größte Wertschätzung. Am Sonntag, dem 10. September 1911, sprach der Meister von der Kanzel der städtischen Synagoge zum ersten Mal überhaupt zu einem öffentlichen Publikum. Seine Worte ließen für Seine Zuhörer die Vision eines neuen Zeitalters in der kulturellen Entwicklung lebendig werden:
»Dies ist ein neuer Zyklus menschlicher Fähigkeiten. Alle Horizonte der Welt sind strahlend hell, und die Welt wird wie ein Garten und ein Paradies werden … Ihr seid befreit von altem Aberglauben, der die Menschen in Unwissenheit gehalten und die Grundlagen wahren Menschseins zerstört hat.
Die Gabe Gottes an dieses erleuchtete Zeitalter ist die Erkenntnis der Einheit der Menschheit und der grundlegenden Einheit der Religionen. Der Krieg zwischen den Nationen wird aufhören, und mit Gottes Willen wird der Größte Friede kommen; die Welt wird als eine angesehen werden, und alle Menschen werden wie Brüder leben.« Q20
Nach einem weiteren zweimonatigen Aufenthalt in Paris und einer vorübergehenden Rückkehr nach Alexandria, um dort den Winter zu verbringen und Seine Gesundheit wieder herzustellen, fuhr ‘Abdu’l-Bahá am 25. März 1912 mit einem Schiff nach New York ab und kam dort am 11. April dieses Jahres an. Allein was die körperliche Belastung angeht, war ein derart volles Programm, mit Hunderten öffentlichen Ansprachen, Konferenzen und persönlichen Gesprächen in mehr als vierzig Städten überall in Nordamerika und neunzehn weiteren in Europa, von denen einige mehrmals besucht wurden, eine Leistung, die in der modernen Geschichte wohl ihresgleichen sucht. Auf beiden Kontinenten, besonders aber in Nordamerika, wurde ‘Abdu’l-Bahá von hochrangigen Hörern, die sich etwa dem Frieden, den Rechten der Frau, der Gleichberechtigung der Rassen, sozialen Reformen und der moralischen Entwicklung verschrieben hatten, mit großer Wertschätzung begrüßt. Fast täglich wurde über Seine Vorträge und Gespräche in zahlreichen auflagenstarken Zeitungen berichtet. Er selbst sollte später schreiben, dass Er »alle Türen offen [fand] … und sah, wie die geistige Macht des Reiches Gottes jedes Hemmnis und Hindernis beseitigte«A12.
Die Offenheit, mit der man Ihm begegnete, ermöglichte es ‘Abdu’l-Bahá, die sozialen Prinzipien der neuen Offenbarung unzweideutig darzulegen. Shoghi Effendi fasst die Wahrheiten, die so verkündet wurden, zusammen:
»Die unabhängige, von Aberglauben und Tradition befreite Wahrheitssuche; die Einheit des ganzen Menschengeschlechts – Hauptlehre und Leitprinzip des Glaubens –; die grundlegende Einheit aller Religionen; strikte Ablehnung jeglichen Vorurteils, ob religiöser, rassischer, gesellschaftlicher oder ethnischer Art; der unabdingbare Einklang von Religion und Wissenschaft; Gleichheit für Mann und Frau, die beiden Flügel, mit denen der Vogel Menschheit sich aufschwingen kann; die Einführung der Schulpflicht; die Adoption einer universellen Hilfssprache; die Beseitigung der Extreme von Reichtum und Armut; die Einrichtung eines Welttribunals zur Schlichtung von Streit unter Völkern; die Würdigung jeglicher im Geist des Dienstes geleisteten Arbeit als Gottesdienst; die Verherrlichung der Gerechtigkeit als herrschendes Prinzip in der menschlichen Gesellschaft und der Religion als Bollwerk für den Schutz aller Menschen und Völker; die Stiftung eines dauernden universalen Friedens als das erhabenste Ziel für die ganze Menschheit – dies sind die Grundelemente dieser göttlichen Verfassung, die Er im Verlauf Seiner Lehrreisen den Meinungsführern wie dem großen Publikum verkündete.« Q21
Der Kern der Botschaft des Meisters war die Verkündigung, dass der seit langem verheißene Tag der Vereinigung der Menschheit und der Errichtung von Gottes Königreich auf Erden gekommen ist. Dieses Reich, wie ‘Abdu’l-Bahá es in Seinen Briefen und Ansprachen enthüllte, hatte nicht das geringste gemein mit den weltfernen Auffassungen, die aus den Lehren traditioneller Religionen bekannt waren. Vielmehr verkündete der Meister den Eintritt der Menschheit in ihr Reifealter und die Herausbildung einer Weltkultur, in der das Zusammenspiel universeller geistiger Werte und eines bislang unvorstellbaren materiellen Fortschritts in die Entwicklung der gesamten Bandbreite menschlicher Möglichkeiten münden wird.
Die Mittel, dieses Ziel zu erreichen, so sagte ‘Abdu’l-Bahá, seien schon vorhanden. Jetzt bedürfe es des Willens zum Handeln, der festen Überzeugung und Durchhaltekraft:
»Wir alle wissen, dass Weltfriede gut ist, dass er die Grundlage des Lebens ist, aber Wille und Tat sind vonnöten. Weil dies das Jahrhundert des Lichts ist, wurde dem Menschen die Fähigkeit verliehen, den Frieden zu erreichen. Es steht fest, dass diese Gedanken so weit unter den Menschen verbreitet werden, dass sie zu Taten führen.« Q22
Zwar stets voller Höflichkeit und Rücksicht, jedoch klar und unmissverständlich wurden die Prinzipien der neuen Offenbarung bei privaten wie bei öffentlichen Anlässen dargelegt. Zu jeder Zeit waren die Handlungen des Meisters ebenso überzeugend wie Seine Worte. Beispielsweise hätte in den Vereinigten Staaten nichts den Glauben der Bahá’í an die Einheit der Religionen deutlicher vermitteln können als die Bereitschaft ‘Abdu’l-Bahás, sich in Ansprachen an eine christliche Hörerschaft auch auf den Propheten Muḥammad zu beziehen, und Sein entschiedenes Eintreten für den göttlichen Ursprung von Christentum wie Islam vor der Versammlung in der Emanu-El-Synagoge in San Francisco. Seine Fähigkeit, in Frauen aller Altersgruppen das Vertrauen darauf zu wecken, dass sie geistige und intellektuelle Fähigkeiten besaßen, die denen der Männer in nichts nachstanden; Seine unprovokante aber dennoch unmissverständliche Demonstration der Bedeutung der Lehren Bahá’u’lláhs über die Einheit der Rassen, indem er schwarze wie weiße Gäste an Seinem eigenen Tisch und an dem Seiner prominenten Gastgeberinnen willkommen hieß; Sein Bestehen auf der absoluten Vorrangigkeit der Einheit bei allen Aspekten von Bahá’í-Unternehmungen – mit anschaulichen Beispielen, wie die geistigen und praktischen Aspekte des Lebens zusammenwirken müssen, öffnete Er den Gläubigen Pforten in eine Welt neuer Möglichkeiten. Durch den Geist der Liebe, in dem all diese herausfordernden Erklärungen vorgebracht wurden, gelang es, die Ängste und Zweifel derer zu überwinden, an die der Meister sich wandte.
Noch größer als die Anstrengungen, mit der Er den Glauben in der Öffentlichkeit vorstellte, war jedoch Sein Einsatz an Zeit und Energie, um die Gläubigen in ihrem Verständnis der geistigen Wahrheiten der Offenbarung Bahá’u’lláhs zu vertiefen. In einer Stadt nach der anderen, vom frühen Morgen bis spät in die Nacht, verbrachte Er die Stunden, die nicht von den öffentlichen Verpflichtungen Seiner Mission beansprucht wurden, damit, auf die Fragen der Freunde zu antworten, ihren Bedürfnissen nachzukommen und ihnen einen Geist des Vertrauens darauf einzuflößen, dass jeder von ihnen zur Verbreitung des Glaubens, den sie angenommen hatten, beitragen konnte. Sein Besuch in Chicago gab ‘Abdu’l-Bahá die Möglichkeit, eigenhändig den Grundstein des ersten Bahá’í-Hauses der Andacht im Westen zu legen, ein Projekt, das vom bereits begonnenen Bau des Hauses der Andacht in ‘Ishqábád inspiriert war und ebenso vom ersten Moment der Planung an von ‘Abdu’l-Bahá gefördert wurde.
»Der Mashriqu’l-Adhkár ist eine der wichtigsten Institutionen auf der Welt. Er hat viele ergänzende Einrichtungen. Zwar ist er ein Haus der Andacht, ihm sind aber ein Krankenhaus, eine Apotheke, ein Hospiz für Reisende, eine Schule für Waisen und eine Universität für fortgeschrittene Studien angeschlossen … Es ist meine Hoffnung, dass in Amerika jetzt der Mashriqu’l-Adhkár errichtet werde und dass dann allmählich das Krankenhaus, die Schule, die Universität, die Apotheke und das Hospiz folgen werden, alle nach dem wirksamsten, zweckmäßigsten Verfahren arbeitend.« Q23
Ebenso wie bei der Entwicklung, die sich zeitgleich in Persien vollzog, werden wohl auch erst zukünftige Historiker imstande sein, die schöpferische Kraft dieser Dimension der Reise in den Westen angemessen zu würdigen. Memoiren und Briefe zeugen davon, wie selbst kurze Begegnungen mit dem Meister zahllosen westlichen Bahá’í Kraft gaben für die folgenden Jahre der Anstrengungen und Opfer, in denen sie sich um die Ausbreitung und Festigung des Glaubens mühten. Ohne ein solches Eingreifen des Mittelpunktes des Bundes selbst wäre es unvorstellbar gewesen, dass kleine Gruppen westlicher Gläubiger – denen das geistige Erbe vollständig fehlte, das ihre persischen Glaubensgeschwister von Eltern und Großeltern und deren langjähriger Verbindung mit den heroischen Ereignissen der Bábí- und der frühen Bahá’í-Geschichte übernommen hatten – so schnell hätten erfassen können, was der Glaube von ihnen verlangte, und die erforderlichen immensen Aufgaben hätten vollbringen können.
Seine Zuhörer waren aufgerufen, liebevolle und zuversichtliche Träger eines großen Zivilisationsprozesses zu werden, dessen Dreh- und Angelpunkt die Erkenntnis der Einheit des Menschengeschlechtes ist. Wenn sie sich erhöben, ihre Mission zu erfüllen, so versprach Er ihnen, dann würden sie in sich selbst und anderen gänzlich neue Fähigkeiten freigesetzt finden, mit denen Gott die Menschheit an diesem Tage ausgestattet hat:
»Ihr müsst die wahre Seele der Welt werden, der Lebenshauch im Leib der Menschenkinder. In diesem wundervollen Zeitalter, da die Urewige Schönheit, der Größte Name mit zahllosen Gaben am Horizont der Welt erschienen ist, flößt Gott durch Sein Wort dem innersten Wesenskern der Menschheit solche erstaunlichen Kräfte ein, dass Er menschlichen Eigenschaften alle Wirkung nimmt und die Völker mit Seiner allbezwingenden Macht in einem weiten Meer der Einheit zusammenführt.« Q24
Die Antwort, die die Gläubigen diesem Aufruf entgegenbrachten, wird wohl am deutlichsten durch die Tatsache, dass die unter ihnen errichtete Einheit sie nicht daran hinderte, die Wahrheiten des Glaubens auf sehr unterschiedliche persönliche Art und Weise auszudrücken. Das Verhältnis zwischen dem Einzelnen und der Gemeinschaft war schon immer eine der herausforderndsten Fragen gesellschaftlicher Entwicklung. Schon das flüchtige Lesen der Lebensgeschichten der frühen westlichen Gläubigen zeigt, dass die meisten ein hohes Maß an Individualität auszeichnete, besonders die aktivsten und kreativsten. Nicht selten hatten sie erst nach der intensiven Beschäftigung mit verschiedenen geistigen und sozialen Bewegungen jener Zeit zum Glauben gefunden. Dieses tiefe Verständnis der Sorgen und Bedürfnisse ihrer Zeitgenossen machte sie zweifellos zu derart wirksamen Lehrern des Glaubens. Ebenso klar ist jedoch, dass die vielen verschiedenen Ausdrucks- und Sichtweisen sie nicht davon abhielten, zur Entwicklung einer gemeinsamen Einheit beizutragen, die die Hauptanziehungskraft des Glaubens war. Wie die Memoiren und historischen Aufzeichnungen jener Zeit deutlich machen, war das Geheimnis dieser Balance zwischen dem Einzelnen und der Gemeinschaft das geistige Band, das alle Gläubigen mit den Worten und dem Vorbild des Meisters verband. Für sie alle war ‘Abdu’l-Bahá der Bahá’í-Glauben.
Keine objektive Rückschau auf ‘Abdu’l-Bahás Mission im Westen darf die ernüchternde Tatsache ignorieren, dass nur eine geringe Zahl derer, die den Glauben angenommen hatten – und noch viel weniger unter der öffentlichen Zuhörerschaft, die in Scharen herbeigeströmt war, um Seine Worte zu hören –, bei diesen unschätzbaren Gelegenheiten mehr als ein verhältnismäßig vages Verständnis der Bedeutung Seiner Botschaft erlangte. Obwohl ‘Abdu’l-Bahá die begrenzte Einsicht seitens Seiner Zuhörer bewusst war, zögerte Er nicht, im Umgang mit westlichen Gläubigen ein Verhalten an den Tag zu legen, das sie zu einer Geisteshaltung rief, die über bloßen gesellschaftlichen Liberalismus oder pure Toleranz weit hinaus ging. Ein Beispiel, das hier für viele solcher Eingriffe stehen soll, war Seine behutsame und doch zukunftsweisende Ermutigung der Hochzeit von Louis Gregory und Louise Mathew – der eine schwarz, die andere weiß. Die Initiative setzte für die amerikanische Bahá’í-Gemeinde den Maßstab für die wahre Bedeutung der Zusammenführung der Rassen, wie zögerlich und langsam ihre Mitglieder auch der tieferen Bedeutung dieses herausfordernden Prinzips entsprechen mochten.
Auch ohne ein wirklich tiefgehendes Verständnis der Ziele des Meisters machten sich die, die Seiner Botschaft folgten, oft unter hohen eigenen Kosten auf, den Prinzipien, die Er lehrte, praktischen Ausdruck zu verleihen. Hingabe an die Sache des Weltfriedens; die Abschaffung der Extreme von Reichtum und Armut, die die Einheit der Gesellschaft untergruben; das Überwinden nationaler, rassischer und anderer Vorurteile; die Förderung gleicher Erziehung für Jungen und Mädchen; die Notwendigkeit, die Fesseln alter Dogmen abzuschütteln, die die Erforschung der Wirklichkeit behinderten – diese Prinzipien für den Fortschritt der Zivilisation hatten einen tiefen Eindruck hinterlassen. Was, wenn überhaupt, nur wenige der Zuhörer des Meisters erfassten – vielleicht erfassen konnten –, war die revolutionäre Umwandlung der grundlegenden Struktur der Gesellschaft und die willentliche Unterwerfung der menschlichen Natur unter das göttliche Gesetz, die letzten Endes allein die notwendigen Veränderungen in Einstellung und Verhalten bewirken können.
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Der Schlüssel zu dieser Vision der bevorstehenden Umwandlungen im persönlichen und gesellschaftlichen Leben der Menschheit war ‘Abdu’l-Bahás Verkündigung des Bundes Bahá’u’lláhs, die kurz nach Seiner Ankunft in Nordamerika erfolgte, und der zentralen Rolle, die Er selbst darin einzunehmen aufgerufen worden war. Mit den Worten des Meisters:
»Das herausragendste Merkmal der Offenbarung Bahá’u’lláhs, eine Besonderheit, die bei keinem der früheren Propheten zu finden ist, ist das Amt und die Designation des ›Mittelpunktes des Bundes‹. Durch diese Einrichtung und die gleichzeitige Designation sichert und schützt Bahá’u’lláh die Religion Gottes gegen Meinungsstreit und Schisma, so dass niemand mehr eine Sekte oder Fraktion bilden kann.« Q25
Als Ort dieser Verkündigung wählte Er New York, nannte es »die Stadt des Bundes« und erklärte den westlichen Gläubigen hier, wie der Stifter ihres Glaubens die Autorität, Seine Offenbarung bindend auszulegen, übertragen hatte. Eine hochgeachtete Gläubige, Lua Getsinger, war vom Meister aufgefordert worden, die Gruppe von Bahá’í, die in dem Haus, in dem Er vorübergehend wohnte, versammelt war, auf diesen historischen Moment vorzubereiten. Im Anschluss daran begab Er sich selbst ins Erdgeschoss und sprach über einige der Bedeutungen des Bundes im allgemeinen. Juliet Thompson, die zusammen mit einem der persischen Übersetzer im Raum im Obergeschoss gewesen war, als ihre Freundin diesen Auftrag erhielt, hinterlässt einen Bericht über die näheren Umstände. Sie zitiert ‘Abdu’l-Bahá:
»Ich bin der Bund, ernannt durch Bahá’u’lláh. Und niemand kann Sein Wort widerlegen. Dies ist das Testament Bahá’u’lláhs. Ihr werdet es im heiligen Buch Aqdas finden. Geht hin und verkündet: ›Dies ist der Bund Gottes in eurer Mitte.‹« Q26
Von Bahá’u’lláh als das Instrument vorgesehen, das, mit den Worten Shoghi Effendis, die »Unverletzbarkeit [des Glaubens] gewährleisten, ihn vor Spaltung bewahren und seine weltweite Ausdehnung fördern sollte«Q27, war der Bund beinahe sofort nach Seinem Hinscheiden von Mitgliedern Seiner eigenen Familie verletzt worden. Als diese erkannten, dass die Autorität, die dem Meister im Kitáb-i-‘Ahd, in der Tafel vom Zweig und in damit zusammenhängenden Dokumenten übertragen worden war, ihre eigenen Hoffnungen, den Glauben zu ihrem persönlichen Vorteil ausnutzen zu können, zunichte machte, begannen sie – zuerst im Heiligen Land und dann in Persien, wo der Großteil der Bahá’í-Gemeinde ansässig war – eine hartnäckige Kampagne mit dem Ziel, ‘Abdu’l-Bahás Position zu schwächen. Als diese Vorhaben scheiterten, versuchten sie die Angst der osmanischen Regierung und die Habsucht ihrer Vertreter in Palästina für sich zu nutzen. Auch diese Hoffnungen wurden zerstört, als die Jungtürkische Revolution das Regime in Konstantinopel entmachtete und einunddreißig ihrer führenden Amtsträger gehenkt wurden, darunter mehrere, die in die Pläne der Bundesbrecher verwickelt waren.
Im Westen hatten bereits in den ersten Jahren der Amtszeit des Meisters einige von Ihm beauftragte Gläubige erfolgreich den Machenschaften Ibráhím Khayru’lláhs entgegengewirkt – ausgerechnet desjenigen, der viele amerikanische Gläubige mit der Sache Gottes bekannt gemacht, der jedoch schließlich durch die Verbindung mit den Bundesbrechern innerhalb der heiligen Familie versucht hatte, selbst eine Machtposition einzunehmen. Solche Erfahrungen hatten die westlichen Gläubigen zweifellos auf die offizielle Erklärung der Stufe des Meisters vorbereitet, und auf die Bestimmtheit, mit der Er sie mahnte, jegliche Verbindung zu solchen Zwietrachtstiftern zu meiden. »Einige schwache, launenhafte, übelmeinende und unwissende Seelen … bemühen sich, den Bund Gottes und Sein Testament auszutilgen. Sie wollen das klare Wasser verschmutzen, um dann im Trüben zu fischen.«Q28 Die Bedeutung dieses großen Gesetzes, das die neue Offenbarung ordnete, sollte jedoch erst allmählich klar werden, während die neuen Gemeinden sich darum mühten, Meinungsverschiedenheiten zu überwinden und der ständigen Versuchung zu widerstehen, über unterschiedliche Ansichten in Splittergruppen zu zerfallen.
Während der Meister in öffentlichen Ansprachen und privaten Gesprächen die Vision einer Welt in Einheit und Frieden verkündete, die die Offenbarung Gottes für diesen Tag hervorbringen wird, warnte Er ebenso nachdrücklich vor den Gefahren, die unmittelbar bevorstanden – für den Glauben und für die Welt. Für beide sah ‘Abdu’l-Bahá – mit den Worten Shoghi Effendis – »ein[en] Winter, streng wie nie zuvor«Q29 voraus.
Die Sache Gottes würde in diesem Winter erschütternden Verrat am Bund erleben. In Nordamerika blieb der Wankelmut einiger weniger, die in ihrem Streben nach persönlicher Macht enttäuscht worden waren, eine nie versiegende Quelle von Schwierigkeiten für die Gemeinde, untergrub den Glauben einiger und veranlasste andere, sich aus dem aktiven Gemeindeleben zurückzuziehen. Auch in Persien wurde der Glauben der Freunde wiederholt durch die Intrigen ehrgeiziger Individuen geprüft, die in den Erfolgen der Arbeit des Meisters im Westen die Chance sahen, sich selbst in den Vordergrund drängen zu können. In beiden Fällen wurden die standhaften Gläubigen durch diese Vorkommnisse letztendlich nur in ihrer Ergebenheit gestärkt.
Auch was das Schicksal der gesamten Menschheit anging, warnte ‘Abdu’l-Bahá in aller Deutlichkeit vor der Katastrophe, die Er herannahen sah. Während Er betonte, wie dringend notwendig Bemühungen um Versöhnung waren, die das Leid der Weltbevölkerung bis zu einem gewissen Grad würden lindern können, ließ Er doch Seine Hörer nicht im Zweifel über das Ausmaß der Gefahr. Eine der führenden Zeitungen von Montreal, wo besonders ausführlich über Seine Reise berichtet wurde, zitierte Ihn folgendermaßen:
»Ganz Europa gleicht einem Waffenlager. Diese kriegerischen Vorbereitungen werden notgedrungen in einem großen Krieg enden. Allein schon die Aufrüstung muss zum Krieg führen. Dieses große Arsenal muss in Flammen aufgehen. Zu dieser Ansicht gehört keine prophetische Gabe«, sagte ‘Abdu’l-Bahá, »sie basiert auf rein logischem Denken.«Q30
Am 5. Dezember 1912 fuhr Er, der in ganz Nordamerika als ›Apostel des Friedens‹ bejubelt worden war, von New York nach Liverpool. Nach relativ kurzen Aufenthalten in London und anderen britischen Städten, besuchte Er verschiedene Städte auf dem Kontinent und verbrachte abermals mehrere Wochen in Paris, wo Ihm die Dienste von Hippolyte Dreyfus zur Verfügung standen, dessen Fähigkeit, Arabisch und Persisch zu schreiben, den Anforderungen des Meisters entsprach. Als anerkannte Kulturhauptstadt Europas war Paris ein wichtiges Zentrum für Besucher aus vielen Teilen der Welt, einschließlich des Orients. Die während der zwei ausgedehnten Besuche gehaltenen Vorträge bezogen sich zwar oft auf die großen sozialen Fragen, die auch andernorts diskutiert wurden, zeichneten sich jedoch besonders durch eine tiefe Geistigkeit aus, die die Herzen derer, die das Vorrecht hatten, sie zu hören, zutiefst berührt haben muss:
»Hebt Eure Herzen über die Gegenwart hinaus und blickt mit gläubigen Augen in die Zukunft. Jetzt ist die Zeit der Saat, der Same fällt zu Boden, aber siehe, der Tag wird kommen, da aus ihm ein herrlicher Baum ersteht, und seine Zweige werden reiche Früchte tragen. Jubelt und seid froh, dass dieser Tag angebrochen ist. Trachtet, seine Macht zu erkennen, denn er ist wahrhaft wunderbar.« Q31
Am Morgen des 13. Juni 1913 schiffte ‘Abdu’l-Bahá sich in Marseilles auf der S. S. Himalaja ein und erreichte vier Tage später Port Said in Ägypten. Seine, wie Shoghi Effendi sagte, »historischen Reisen« endeten mit Seiner Rückkehr nach Haifa am 5. Dezember 1913.
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Fast auf den Tag genau zwei Jahre nach ‘Abdu’l-Bahás Gespräch mit dem Herausgeber des Montreal Daily Star brach diese Welt – samt ihrem wahnhaften Selbstvertrauen und ihren scheinbar unerschütterlichen Grundfesten – plötzlich in sich zusammen. Als Anlass der Katastrophe wird gemeinhin die Ermordung des habsburgischen Thronfolgers in Sarajevo gesehen, und sicherlich wurde die Kette von groben politischen Fehlern, leichtsinnigen Drohungen und sinnleeren Appellen an die ›Ehre‹, die direkt zum Ersten Weltkrieg führte, durch dieses relativ unbedeutende Ereignis in Gang gesetzt. In Wahrheit jedoch hätten die europäischen Führer durch das vorausgehende ›Donnergrollen‹ während der gesamten ersten Dekade des Jahrhunderts, auf das der Meister aufmerksam gemacht hatte, vor der Zerbrechlichkeit der bestehenden Ordnung gewarnt sein müssen.
In den Jahren 1904 und 1905 bekriegten sich das Japanische und das Russische Reich mit einer Gewalt, die zur Zerstörung fast der gesamten russischen Marine und dem Verlust von Territorien führte, die Russland als unverzichtbar betrachtete; eine Demütigung, die nicht ohne lang anhaltende nationale und internationale Folgen blieb. Während dieser frühen Jahre des Jahrhunderts wurde zweimal ein Krieg zwischen Frankreich und Deutschland um imperiale Vorhaben in Nordafrika nur dadurch knapp verhindert, dass andere Mächte aus reinem Eigeninteresse intervenierten. 1911 provozierten ähnliche Ambitionen Italiens erneut eine gefährliche Bedrohung des internationalen Friedens durch die Besetzung des heutigen Libyen, das damals zum Osmanischen Reich gehörte. Die internationale Instabilität – auch davor hatte der Meister gewarnt – wurde dadurch noch verstärkt, dass Deutschland sich durch das wachsende Netz feindlicher Allianzen gezwungen fühlte, ein massives Marineprogramm zu beginnen, welches darauf abzielte, der vormals akzeptierten Überlegenheit der britischen Seemacht ein Ende zu setzen.
Verschärft wurden diese Konflikte durch Spannungen zwischen den verschiedenen Volksgruppen in Russland, Österreich-Ungarn und im Osmanischen Reich. Polen, Tschechen, Slowaken, Balten, Rumänen, Kurden, Araber, Armenier, Griechen, Mazedonier, Slawen und Albaner konnten den Tag kaum erwarten, da der Lauf der Dinge sie aus der Umklammerung der altersschwachen Systeme, von denen sie unterdrückt wurden, befreien würde. Diese Risse, die die bestehende Ordnung durchzogen, wurden von zahlreichen Verschwörungen, Widerstandsgruppen und separatistischen Organisationen unermüdlich ausgenutzt. Inspiriert durch Ideologien, die von wirrem Anarchismus bis zu aggressiver rassistischer und nationalistischer Besessenheit reichten, teilten diese im Untergrund wirkenden Kräfte eine naive Überzeugung: Wenn nur der jeweilige Teil der bestehenden Ordnung, den sie zum Ziel ihrer Angriffe gemacht hatten, gestürzt werden könnte, so würden schon allein die edlen Ziele ihrer Vordenker und die edle Natur der Menschheit überhaupt ein neues Zeitalter der Freiheit und Gerechtigkeit garantieren.
Von diesen selbsternannten Kämpfern für gewaltsame Veränderung arbeitete eine weit verbreitete Bewegung systematisch und mit rücksichtsloser Entschlossenheit auf das Ziel der Weltrevolution hin. Der Kommunistischen Partei, die ihre intellektuelle Stoßkraft und das unerschütterliche Vertrauen auf ihren letztlichen Triumph aus der Ideologie von Karl Marx bezog, war es gelungen, in ganz Europa und verschiedenen anderen Ländern Parteikader zu bilden. In der Überzeugung, dass der Genius ihres Meisters zweifelsfrei demonstriert habe, dass menschliches Bewusstsein und gesellschaftliche Ordnung im wesentlichen durch materielle Kräfte hervorgebracht würden, sprach die kommunistische Bewegung der Religion wie den ›bourgeoisen‹ moralischen Maßstäben den Geltungsanspruch ab. Aus ihrer Sicht war der Glaube an Gott eine neurotische Schwäche, der die Menschheit verfallen war, eine bloße Sucht, die es den jeweils herrschenden Klassen erlaubte, den Aberglauben als Instrument zur Versklavung der Massen zu benutzen.
Den Führern der Welt, die sich blind auf die weltumfassende Feuersbrunst hinbewegten, welche Stolz und Torheit vorbereitet hatten, dienten die großen Fortschritte in Wissenschaft und Technik hauptsächlich dazu, militärischen Vorteil gegenüber ihren Rivalen zu erlangen. Doch jetzt waren die Gegner andere europäische Nationen und nicht die verarmten und größtenteils ungebildeten kolonialen Völker, die sie zu unterwerfen vermocht hatten. Die falsche Sicherheit, die solche Waffenstärke vermittelte, führte unausweichlich zu einem Wettrüsten der Land- und Seestreitkräfte mit den fortschrittlichsten modernen Waffensystemen. Die immer weiter entwickelten Maschinengewehre, weitreichende Geschütze, Zerstörer, Unterseebote, Landminen, Giftgase und die Möglichkeit, Flugzeuge für Bombenangriffe auszurüsten, wurden von einem Historiker als »Technologie des Todes«A13 bezeichnet. Alle diese Vernichtungsinstrumente sollten, wie ‘Abdu’l-Bahá gewarnt hatte, im Verlauf des kommenden Konfliktes eingesetzt und noch perfektioniert werden.
Auch anderen, mehr unterschwelligen Druck übten Wissenschaft und Technik auf die bestehende Ordnung aus. Die industrielle Großproduktion, die durch das Wettrüsten noch angekurbelt wurde, beschleunigte die Bevölkerungsabwanderung in die städtischen Ballungsräume. Schon am Ende des vorangegangenen Jahrhunderts hatte dieser Prozess ererbte Maßstäbe und Treuepflichten untergraben, hatte wachsende Menschenmengen mit neuen Ideen darüber, wie soziale Veränderungen zu erwirken wären, bekannt gemacht und den Wunsch der Massen nach einem Lebensstandard geweckt, der vormals nur den führenden Schichten der Gesellschaft zur Verfügung stand. Sogar in vergleichsweise autokratischen Systemen begann die Bevölkerung wahrzunehmen, wie sehr politische Machthaber in ihrer Funktion davon abhängig waren, die breite Unterstützung des Volkes zu gewinnen. Diese gesellschaftlichen Entwicklungen sollten unvorhersehbare und weitreichende Folgen haben. Während der Krieg sich endlos hinzog und der bedenkenlose Glaube daran, dass er leicht zu gewinnen sein werde, ins Wanken geriet, erkannten Millionen wehrpflichtiger Männer in den Armeen beider Seiten, dass ihr Leiden sinnlos war und weder ihnen selbst noch ihren Familien nützen werde.
Über diese Auswirkungen technologischer und wirtschaftlicher Veränderungen hinaus schien der wissenschaftliche Fortschritt zu leichtfertigen Annahmen über die Natur des Menschen zu ermutigen – es bildete sich ein fast unbemerkter Überzug aus dem »trübenden Staub allen erworbenen Wissens«Q32, wie Bahá’u’lláh es genannt hatte. Dieses Halbwissen teilte sich einem immer größeren Publikum mit. Sensationslust der Presse, hitzige Debatten zwischen Wissenschaftlern oder Gelehrten auf der einen Seite und Theologen oder einflussreichen Kirchenmännern auf der anderen, dazu die rasche Zunahme staatlicher Bildungseinrichtungen, trugen weiter dazu bei, die Autorität bislang akzeptierter religiöser Lehrmeinungen und gängiger moralischer Maßstäbe zu untergraben.
Diese eruptiven Kräfte des neuen Jahrhunderts machten die Situation, in der sich die westliche Welt 1914 befand, höchst brisant. Als die große Feuersbrunst schließlich ausbrach, übertraf daher der Albtraum die schlimmsten Befürchtungen vorausschauender Denker bei weitem. Es wäre zwecklos, an dieser Stelle die oft dargestellten Verheerungen durch den Ersten Weltkrieg aufzuzählen. Die bloße Statistik übersteigt schon fast jegliche Vorstellung: sechzig Millionen Männer, so schätzt man, wurden in das schrecklichste Inferno, das die Geschichte bisher erlebt hatte, gestürzt. Acht Millionen von ihnen kamen während des Krieges um und zehn Millionen oder mehr waren für den Rest ihres Lebens gezeichnet durch Verkrüppelung, ausgebrannte Lungen und entsetzliche Entstellungen.A14 Historiker schätzen, dass der finanzielle Schaden um die dreißig Milliarden Dollar betrug, wodurch ein erheblicher Teil des europäischen Gesamtkapitals vernichtet wurde.
Nicht einmal diese schlimmen Verluste lassen das volle Ausmaß des Verderbens erahnen. Einer der Gründe, die Präsident Woodrow Wilson lange davon abgehalten haben, dem Kongress der Vereinigten Staaten nahezulegen, die Kriegserklärung auszusprechen – was zu diesem Zeitpunkt fast unumgänglich schien –, war der moralische Schaden, den er daraus folgen sah. Er erkannte, dass die Verrohung der menschlichen Natur das schlimmste Erbe der Tragödie, in der Europa damals versank, sein würde, ein Erbe, das menschliche Macht nicht mehr würde umkehren können. Diese Einsicht war nur eine der besonderen Fähigkeiten, die jenen außergewöhnlichen Staatsmann, dessen Weitblick ‘Abdu’l-Bahá wie Shoghi Effendi rühmten, kennzeichneten.A15
Wenn man über das Ausmaß des Leides nachdenkt, das die Menschheit während der vier Kriegsjahre erlitt, und sich vor Augen führt, welchen Rückschlag dies für den langen, schmerzvollen Prozess der Zivilisierung der menschlichen Natur bedeutet, so verleiht dies den Worten des Meisters, die Er erst zwei oder drei Jahre zuvor an Seine Zuhörer in europäischen Städten wie London, Paris, Wien, Budapest und Stuttgart, und auch in Nordamerika gerichtet hatte, tragischen Weitblick. Als Er eines Abends im Hause von Mr. und Mrs. Sutherland Maxwell in Montreal sprach, sagte Er:
»Die Menschenwelt wandelt heute im Dunkeln, denn sie hat den Kontakt zur Welt Gottes verloren. Aus diesem Grunde sehen wir die Zeichen Gottes in den Herzen der Menschen nicht. Die Kraft des Heiligen Geistes hat keinen Einfluss. Wenn eine Erleuchtung durch den göttlichen Geist in der Menschenwelt offenbar wird, wenn göttliche Weisung und Führung erscheinen, dann folgt Erleuchtung, ein neuer Geist verwirklicht sich im Innern, eine neue Kraft kommt herab und neues Leben wird geschenkt. Es ist wie die Geburt aus dem Tierreich ins Menschenreich hinein … Ich werde dafür beten, und ihr müsst auch dafür beten, dass solch himmlische Freigebigkeit gewährt wird, dass Zwietracht und Feindschaft gebannt werden, Krieg und Blutvergießen enden, dass die Verbindung der Herzen vollkommen werde und dass alle Menschen aus derselben Quelle trinken.« Q33
Der Friedensvertrag von Versailles, durch den die Alliierten sich im Grunde an den besiegten Feinden rächten, säte nur den Samen eines anderen, noch schrecklicheren Konfliktes, darauf wiesen sowohl ‘Abdu’l-Bahá als auch Shoghi Effendi hin. Die ruinösen Reparationszahlungen, die von den Besiegten verlangt wurden, und die Ungerechtigkeit, die sie dazu verpflichtete, die volle Schuld für einen Krieg zu tragen, den mehr oder weniger alle Parteien zu verantworten hatten, trugen dazu bei, die demoralisierten Völker Europas empfänglich zu machen für totalitäre Bewegungen, die ihnen eine bessere Zukunft versprachen. Andernfalls hätten sie ihnen vielleicht nie Gehör geschenkt.
Wie hoch auch die Reparationen waren, die von den Besiegten verlangt wurden, so dämmerte doch den vermeintlichen Siegern langsam die schreckliche Erkenntnis, dass ihr Triumph – und die bedingungslose Kapitulation, die sie verlangten –, nur zu einem lähmenden Preis zu haben war. Horrende Kriegsschulden beendeten für immer die wirtschaftliche Vormachtstellung, die die europäischen Länder in den letzten drei Jahrhunderten durch die imperialistische Ausbeutung des restlichen Planeten erlangt hatten. Der Tod von Millionen junger Männer, die dringend dafür benötigt worden wären, die Herausforderungen der bevorstehenden Jahrzehnte anzugehen, war ein Verlust, der nie wieder gut gemacht werden konnte. Ja, Europa – das noch vor vier Jahren den anerkannten Höhepunkt der Zivilisation und des Einflusses in der Welt verkörperte – verlor auf einen Schlag die Vorherrschaft und begann während der folgenden Jahrzehnte den unerbittlichen Abstieg zur Hilfstruppe eines aufstrebenden neuen Machtzentrums in Nordamerika.
Anfänglich schien es so, als würde die Zukunftsvision Woodrow Wilsons jetzt verwirklicht. Teilweise traf dies auch zu: In ganz Europa erlangten zuvor unterdrückte Völker die Freiheit, ihr Schicksal selbst zu bestimmen in einer Reihe neuer Nationalstaaten, die aus den Ruinen der alten Reiche hervorgingen. Außerdem verliehen in den Augen von Millionen Europäern die ›Vierzehn Punkte‹ des Präsidenten seinen öffentlichen Reden solch immense moralische Autorität, dass nicht einmal die widerwilligsten unter den übrigen Führern der Alliierten seine Wünsche vollkommen missachten konnten. Trotz monatelangen Feilschens um Kolonien, Grenzen und Klauseln in den Friedensbedingungen, sah der Versailler Vertrag schließlich eine abgeschwächte Form des von Präsident Wilson angeregten Völkerbundes vor, einer Institution, von der man hoffte, dass sie zukünftige Auseinandersetzungen unter den Nationen beilegen und die internationalen Beziehungen harmonisieren könnte.
Shoghi Effendis Kommentar zur Bedeutung dieser historischen Initiative sollte von jedem Bahá’í, der die Ereignisse dieses turbulenten Jahrhunderts zu verstehen sucht, sorgfältig gelesen werden. Er beschreibt zwei in enger Beziehung stehende Entwicklungen, die mit dem Anbruch des Weltfriedens zusammenhängen, und betont, dass sie »dazu bestimmt sind, gemeinsam ihren Höhepunkt und ihre herrliche Erfüllung zu finden, wenn die Zeit gekommen ist«Q34. Die erste, so erklärt der Hüter, betrifft die Mission der Bahá’í-Gemeinde des nordamerikanischen Kontinents, die zweite das Schicksal der Vereinigten Staaten als Nation. Über dieses zweite Phänomen, das auf den Ausbruch des ersten Weltkrieges zurückgeht, schreibt Shoghi Effendi:
»Seinen anfänglichen Auftrieb erhielt es durch die Formulierung von Präsident Wilsons Vierzehn Punkten, die erstmalig diese Republik mit den Geschicken der Alten Welt in Verbindung brachte. Es erfuhr seinen ersten Rückschlag durch den Rückzug dieser Republik vom neugeschaffenen Völkerbund, auf dessen Gründung der Präsident hingearbeitet hatte … Wie lang und schmerzvoll der Weg auch sein mag, so muss es doch durch eine Reihe von Siegen und Niederlagen zur politischen Einheit der östlichen und westlichen Hemisphäre führen, zur Entstehung eines Weltparlaments und zur Errichtung des Geringeren Friedens, wie von Bahá’u’lláh verkündet und vom Propheten Jesaja vorausgesagt. Am Ende muss es in der Entfaltung des Banners des Größten Friedens gipfeln, im Goldenen Zeitalter der Offenbarung Bahá’u’lláhs.« Q35
Wie tragisch war deshalb das Schicksal des Planes, der die Bemühungen des amerikanischen Präsidenten beflügelt hatte. Wie bald deutlich wurde, war der Völkerbund eine Totgeburt. Obwohl er Formen einer Legislative, einer Judikative, einer Exekutive und einer unterstützenden Verwaltungsstruktur enthielt, so wurde ihm doch die Autorität verweigert, welche für die Funktion, die er angeblich erfüllen sollte, unerlässlich war. Gefesselt durch die aus dem neunzehnten Jahrhundert übernommene Idee uneingeschränkter nationaler Souveränität, konnte er Entscheidungen nur mit der geschlossenen Zustimmung aller Mitgliedsstaaten treffen, eine Auflage, die wirksames Handeln weitgehend unmöglich machte.A16 Die Hohlheit dieses Systems zeigte sich auch darin, dass einige der mächtigsten Staaten der Welt nicht aufgenommen wurden: Deutschland wies man als besiegte Nation, die für den Krieg verantwortlich gemacht wurde, zurück; Russland wurde anfänglich aufgrund seines bolschewistischen Regimes der Eintritt verwehrt, und die Vereinigten Staaten selbst verweigerten – in der Folge engstirniger Parteipolitik im Kongress – sowohl den Beitritt zum Völkerbund als auch die Ratifizierung des Vertrages. Selbst die halbherzigen Anstrengungen zum Schutz der ethnischen Minderheiten, die in den neu geschaffenen Nationalstaaten lebten, erwiesen sich schließlich nur als Waffen, die in den anhaltenden brudermörderischen Konflikten Europas eingesetzt werden konnten.
Kurz, in genau dem Augenblick der Menschheitsgeschichte, da ein beispielloser Ausbruch an Gewalt die überlieferten Bollwerke zivilisierten Gebarens ausgehöhlt hatte, entmachtete die politische Führung der westlichen Welt das einzige alternative System internationaler Ordnung, das die eben durchlebte Katastrophe geboren hatte, und das allein die noch größeren bevorstehenden Leiden hätte mildern können. Mit den prophetischen Worten ‘Abdu’l-Bahás: »Friede, Friede! … unaufhörlich verkünden die Lippen der Machthaber und der Völker ›Frieden, Frieden‹, während das Feuer ungestillten Hasses noch in ihren Herzen schwelt.« »Die Krankheiten, an denen die Welt jetzt leidet«, fügte Er 1920 hinzu, »werden sich vervielfachen; die Dunkelheit, die sie umschließt, wird sich vertiefen … Die besiegten Mächte werden weiterwühlen. Sie werden zu jeder Maßnahme greifen, die die Flamme des Krieges wieder entzündet.«Q36
*
Während das Inferno des Krieges die Welt in eisernem Griff hielt, widmete ‘Abdu’l-Bahá Seine Aufmerksamkeit der einen großen Aufgabe, die Ihm in Seiner Amtszeit verblieb, nämlich der, für die Verbreitung der Botschaft, die in islamischen und in westlichen Gesellschaften missachtet oder gar angefeindet wurde, bis in die abgelegensten Gegenden der Erde Sorge zu tragen. Das Instrument, das Er zu diesem Zweck einsetzte, war der Göttliche Plan, der in vierzehn wunderbaren Sendschreiben dargelegt wurde, von denen vier an die nordamerikanische Bahá’í-Gemeinde und zehn weitere an fünf Teilgruppen dieser Gemeinde gerichtet waren. Zusammen mit Bahá’u’lláhs Tafel vom Karmel und dem Testament des Meisters, wurden die Sendschreiben zum göttlichen Plan von Shoghi Effendi als eine von drei »Chartas« des Glaubens bezeichnet. Der Göttliche Plan, offenbart in den dunkelsten Tagen des Krieges 1916 und 1917, rief die kleine Zahl der amerikanischen und kanadischen Gläubigen dazu auf, die Führungsrolle in der Begründung der Sache Gottes auf dem ganzen Planeten zu übernehmen. Die Tragweite dieses Auftrags war ehrfurchtgebietend. Mit den Worten des Meisters:
»‘Abdu’l-Bahás Hoffnung für euch ist, dass derselbe Erfolg, der eure Bemühungen in Amerika begleitet, auch eure Anstrengungen in anderen Teilen der Welt kröne; dass durch euch der Ruhm der Sache Gottes über den Osten und den Westen verbreitet werde; dass in allen fünf Kontinenten des Erdballs das Kommen des Herrn der Heerscharen und Seines Reiches verkündet werde. Sobald die amerikanischen Gläubigen diese göttliche Botschaft über die Küsten Amerikas hinaustragen und sie quer durch die Kontinente Europa, Asien, Afrika und Australasien, bis weit auf die pazifischen Inseln verkünden, wird sich diese Gemeinde unverrückbar auf den Thron ewiger Herrschaft gesetzt sehen. Dann werden alle Völker der Welt bezeugen, dass diese Gemeinde geistig erleuchtet und göttlich geführt ist. Dann wird die ganze Erde widerhallen vom Lobpreis ihrer Majestät und Größe.« Q37
Shoghi Effendi erinnert uns daran, dass diese historische, von ihm als »das Geburtsrecht der nordamerikanischen Bahá’í-Gemeinde«Q38 beschriebene Mission ihre Wurzeln in den Worten der Zwillingsoffenbarer über das Reifealter der Menschheit hat. Sie tauchte zuerst in den Worten des Báb auf, der die »Völker des Westens« aufrief: »Kommt hervor aus euren Städten … und steht Gott bei noch vor dem Tag, da der Herr des Erbarmens zu euch herabkommen wird im Schatten der Wolken … Werdet wie wahre Brüder in der einen, unteilbaren Religion Gottes, ohne Unterschied … so dass ihr euch in ihnen und sie sich in euch gespiegelt finden.«Q39 In Seinem Aufruf an die »Herrscher Amerikas und die Präsidenten seiner Republiken« gab Bahá’u’lláh jenen einen Auftrag, der in Seinen anderen Sendscheiben an die Führer der Welt seinesgleichen sucht: »Verbindet den Verletzten mit den Händen der Gerechtigkeit und zermalmet den Unterdrücker auf der Höhe seiner Macht mit der Rute der Gebote eures Herrn, des Gesetzgebers, des Allweisen.«Q40 Bahá’u’lláh formulierte auch eine der tiefsten Wahrheiten über den Prozess der Entwicklung der Kultur wie folgt: »Im Osten ist das Licht Seiner Offenbarung angebrochen, im Westen erscheinen die Zeichen Seiner Herrschaft. Sinnt darüber nach in euren Herzen, o Menschen … «Q41
Obwohl der Göttliche Plan, wie der Hüter später sagen sollte, noch zurückgehalten wurde, bis das für seine Durchführung notwendige System geschaffen war, so hatte doch ‘Abdu’l-Bahá eine Schar von Gläubigen ausgewählt, bestärkt und beauftragt, zu Beginn des Unternehmens die Führung zu übernehmen. Zwar kam nun das Ende Seines eigenen Lebens immer näher, rückblickend jedoch gaben die drei Ihm verbleibenden Jahre nach Kriegsende einen Vorgeschmack auf die Siege, die die Sache Gottes im Laufe des Jahrhunderts erleben sollte. Die veränderten Bedingungen im Heiligen Land gaben dem Meister die Freiheit, Seine Arbeit ungehindert zu verfolgen, und schafften die Voraussetzungen, unter denen Sein brillanter Verstand und Sein erleuchteter Geist ihren Einfluss auf Regierungsvertreter, Würdenträger aller Art, die Ihn aufsuchten, und die verschiedenen Bevölkerungsgruppen im Heiligen Land ausüben konnte. Die britische Mandatsmacht selbst suchte ihrer Anerkennung der einigenden Wirkung Seines Vorbildes und Seiner philanthropischen Werke dadurch Ausdruck zu verleihen, dass sie Ihm die Ritterwürde verlieh.A17 Noch bedeutender war jedoch, dass wieder ein Strom von Pilgern und zahllose Briefe an Bahá’í-Gemeinden im Osten wie im Westen eine Ausweitung der Lehrtätigkeit und die Vertiefung der Freunde in ihrem Verständnis der Tragweite der Botschaft des Glaubens bewirkte.
Nichts zeigt vielleicht deutlicher den geistigen Triumph, den der Meister im Weltzentrum des Glaubens errungen hatte, als die Ereignisse in Haifa nach Seinem Hinscheiden in den frühen Morgenstunden des 28. November 1921. Am nächsten Tag folgte eine riesige Schar Tausender Menschen, die die bunte Vielfalt der in der Region vertretenen Volksgruppen und Religionen widerspiegelten, dem Begräbniszug den Hang des Karmel hinauf in einem Zustand aufrichtiger Trauer, wie sie die Stadt noch nie zuvor gesehen hatte. Der Zug wurde angeführt von Vertretern der Britischen Regierung, Mitgliedern des Diplomatischen Korps und den Führern aller religiösen Gemeinden der Region, von denen mehrere an der Andacht am Schrein des Báb teilnahmen. Dieser rückhaltlose vereinte Ausbruch der Trauer spiegelte die plötzliche Erkenntnis wider, dass man mit dem Meister eine Gestalt verloren hatte, deren Vorbild ein Brennpunkt der Einheit in einem hasserfüllten, geteilten Land gewesen war. Für alle, die Augen hatten zu sehen, war diese Versammlung selbst ein lebendiger Beweis der Wahrheit der Einheit der Menschheit, die der Meister so unermüdlich verkündet hatte.

4

Mit dem Hinscheiden ‘Abdu’l-Bahás war das Apostolische Zeitalter der Sache zu Ende gegangen. Das unmittelbare Wirken der göttlichen Vorsehung, die vor siebenundsiebzig Jahren – in der Nacht, in der der Báb Seine Sendung Mullá Ḥusayn erklärte und in der ‘Abdu’l-Bahá geboren wurde – in die Geschicke der Menschheit eingegriffen hatte, war nun abgeschlossen. Es war – mit den Worten Shoghi Effendis – »ein Zeitraum … so strahlend, dass weder die heute, noch in irgendeinem zukünftigen Zeitalter errungenen Siege, so großartig sie auch sein mögen, ihm gleichkommen können … «Q42 Vor uns liegen tausend oder Tausende von Jahren, in denen die Entwicklungsmöglichkeiten, die diese schöpferische Kraft im menschlichen Bewusstsein angelegt hat, sich allmählich entfalten werden.
Betrachtet man diese höchst bedeutende Zeit in der Kulturgeschichte, so rückt unvermeidlich die Persönlichkeit ins Zentrum, deren Wesen und Rolle in diesem sechstausendjährigen Prozess einzigartig ist. Bahá’u’lláh nannte ‘Abdu’l-Bahá »das Geheimnis Gottes«Q43. Shoghi Effendi beschrieb Ihn als den »Mittelpunkt und die Achse« des Bundes Bahá’u’lláhs, als das »vollkommene Beispiel« der Lehren der göttlichen Offenbarung für das Zeitalter der menschlichen Reife, und »die Triebkraft der Vereinigung der Menschheit«Q44. Ein mit Seinem Auftreten auch nur annähernd vergleichbares Phänomen hatte keine der göttlichen Offenbarungen, aus denen die anderen der Geschichtsschreibung bekannten großen Religionen hervorgingen, begleitet; sie alle waren im wesentlichen Vorstufen, die die Menschheit auf ihr Reifealter vorbereiteten. ‘Abdu’l-Bahá war Bahá’u’lláhs höchste Schöpfung, der Eine, der alles andere möglich machte. Die Erkenntnis dieser Wahrheit ließ einen verständigen amerikanischen Bahá’í folgendes niederschreiben:
»Nun war eine Botschaft von Gott zu überbringen, und die Menschheit wollte die Botschaft nicht hören. Darum schenkte Gott der Welt ‘Abdu’l-Bahá. ‘Abdu’l-Bahá empfing die Botschaft Bahá’u’lláhs im Namen der Menschheit. Er vernahm die Stimme Gottes; Er war vom Geist durchdrungen; Er erlangte vollkommenes Verständnis und Wissen über die Bedeutung dieser Botschaft, und Er gelobte, dass die Menschheit auf die Stimme Gottes hören würde … das ist für mich der Bund, dass es in der Welt jemanden gab, der für ein bis heute unerschaffenes Geschlecht stand. Es gab nur Stämme, Familien, Konfessionen, Klassen, und so weiter, aber es gab keinen Menschen außer ‘Abdu’l-Bahá. Und der Mensch ‘Abdu’l-Bahá verinnerlichte die Botschaft Bahá’u’lláhs und versprach Gott, dass Er die Menschen zur Einheit der Menschheit führen und ein Menschengeschlecht schaffen werde, das Träger des göttlichen Gesetzes sein kann.«A18
Seine Sendung begann der Meister als Gefangener eines grausamen, ignoranten Regimes, Er wurde unbarmherzig von treulosen Brüdern angegriffen, die Ihn schließlich töten wollten, und doch formte Er – allein auf sich gestellt – die persische Bahá’í-Gemeinde zu einem leuchtenden Beispiel – einem Beispiel für die gesellschaftliche Entwicklung, die die Sache Gottes hervorbringen kann. Er förderte die Ausbreitung des Glaubens im ganzen Orient, rief überall im Westen Gemeinden von ergebenen Gläubigen ins Leben, entwarf einen Plan für die weltweite Verbreitung der Sache, gewann, soweit Sein Einfluss reichte, die Achtung und Bewunderung namhafter Denker und hinterließ den Anhängern Bahá’u’lláhs in der ganzen Welt einen Fundus autoritativer Erklärungen zu den Gesetzen und Lehren des Glaubens. Am Hang des Karmel errichtete Er unter gewaltigen Mühen und Schwierigkeiten den Schrein, der die sterblichen Überreste des Báb birgt – der Brennpunkt jenes Prozesses, durch den das Leben auf dem ganzen Planeten nach und nach geordnet wird. Gleichzeitig sorgte Er Sein Leben lang dafür – ein Leben voller Sorgen und Anforderungen aller Art, das Freund und Feind gleichermaßen zu jeder Zeit einsehen konnten –, dass die Nachwelt jenen Schatz besitzen konnte, von dem die Dichter, Philosophen und Mystiker aller Zeitalter träumten: ein ungetrübtes Beispiel menschlicher Vollkommenheit.
Und schließlich stellte ‘Abdu’l-Bahá sicher, dass die göttliche Ordnung, die Bahá’u’lláh offenbart hatte, um die Menschheit zu einen und Gerechtigkeit im Zusammenleben der Menschheit zu begründen, mit den Werkzeugen ausgestattet wurde, die zur Verwirklichung der Absicht ihres Stifters erforderlich sind. Damit Einheit unter den Menschen bestehen kann – selbst auf der einfachsten Ebene – müssen zwei Grundvoraussetzungen erfüllt sein. Als erstes bedarf es einer grundlegenden Übereinstimmung über das Wesen der Wirklichkeit, da dies die Beziehungen zwischen den Menschen und zur Welt bestimmt. Zweitens braucht es allgemein anerkannte, verbindliche Instrumente und Entscheidungsregeln, die das Verhältnis zwischen den Menschen regulieren und ihre gemeinsamen Ziele bestimmen.
Das bedeutet, dass Einheit nicht bloß durch ein Gefühl gegenseitigen guten Willens und gemeinsamer Absicht entsteht, so tiefgehend und aufrichtig solche Empfindungen auch sein mögen, ebenso wenig wie ein Organismus das Produkt einer zufälligen und formlosen Verbindung verschiedener Elemente ist. Einheit ist eine Erscheinungsform schöpferischer Kraft, deren Existenz in den Wirkungen gemeinschaftlichen Handelns sichtbar wird, und deren Abwesenheit sich in der Fruchtlosigkeit solcher Bemühungen zeigt. So oft Unwissenheit und Eigensinn sie auch behinderten, war diese Kraft doch der wichtigste Antrieb im Fortschritt der Zivilisation und brachte Gesetzesbücher, gesellschaftliche und politische Institutionen, künstlerische Werke, zahllose technologische Errungenschaften, sittliche Durchbrüche, materiellen Wohlstand und lange Friedenszeiten hervor, an deren Abglanz sich spätere Generationen als ›Goldenes Zeitalter‹ erinnerten.
Die Offenbarung Gottes, welche das Zeitalter der Mündigkeit der Menschheit einleiten soll, setzt die Möglichkeiten dieser schöpferischen Kraft endlich ganz frei und begründet die zur Verwirklichung der göttlichen Absicht notwendigen Instrumente. ‘Abdu’l-Bahá legt in Seinem Testament, das Shoghi Effendi als »Charta« der Gemeindeordnung bezeichnet hat, ausführlich Wesen und Funktion der Zwillingsinstitutionen dar, die Er zu Seinen Nachfolgern ernannt hat: das Hütertum und das Universale Haus der Gerechtigkeit. Ihre sich ergänzenden Funktionen sichern die Einheit der Bahá’í-Sache und die Erfüllung ihres Auftrags während der gesamten Dauer der Sendung Bahá’u’lláhs. Er betont besonders ausdrücklich die damit übertragene Autorität:
»Was immer sie entscheiden, ist von Gott. Wer ihm nicht gehorcht oder ihnen nicht gehorcht, hat Gott nicht gehorcht. Wer sich gegen ihn oder gegen sie auflehnt, hat sich gegen Gott aufgelehnt. Wer sich ihm entgegenstellt, hat sich Gott entgegengestellt. Wer sie bekämpft, hat Gott bekämpft.« Q45
Shoghi Effendi erklärt die Bedeutung dieses einzigartigen Textes:
»Es sei gesagt, dass die mit diesem historischen Dokument geschaffene Verwaltungsordnung kraft ihres Ursprungs und ihrer Eigenart in der Geschichte der religiösen Systeme der Welt einzig dasteht. Man kann bestimmt sagen, dass vor Bahá’u’lláh von keinem Propheten … irgend etwas maßgebend und schriftlich festgesetzt wurde, das mit der Verwaltungsordnung zu vergleichen wäre, die der befugte Ausleger der Lehren Bahá’u’lláhs schuf, einer Ordnung, die … den Glauben, dem sie entstammt, vor Spaltungen bewahren muss und wird, in einer Weise, wie es bei keiner früheren Religion der Fall war.« Q46
Bevor das Testament verlesen und verbreitet wurde, hatte die große Mehrheit der Gläubigen angenommen, dass die nächste Stufe in der Entwicklung der Sache die Wahl des Universalen Hauses der Gerechtigkeit sein würde, der Institution, die Bahá’u’lláh selbst im Kitáb-i-Aqdas als leitende Körperschaft der Bahá’í-Welt eingesetzt hatte. Für die heutigen Bahá’í ist es wichtig zu verstehen, dass der Bahá’í-Gemeinde vor diesem Zeitpunkt das Konzept des Hütertums völlig unbekannt war. Die Freude über die einzigartige Auszeichnung, die der Meister Shoghi Effendi verliehen hatte, und darüber, dass in des Hüters Rolle nun ein Bindeglied zu den Stiftern des Glaubens fortbestehen würde, war groß. Bis zu diesem Zeitpunkt wusste man jedoch nicht, dass Bahá’u’lláh eine solche Institution vorgesehen hatte noch erahnte man, dass dieser Institution die Aufgabe der Auslegung übertragen war – eine Funktion, die – wie rückblickend erkennbar – bereits in manchen Seiner Schriften vorweggenommen war und deren zentrale Bedeutung offensichtlich ist.
Völlig jenseits der Vorstellungskraft eines jeden, der damals lebte, gleich ob gläubig oder übelgesinnt, war die Transformation im Leben der Sache, die das Testament des Meisters in Gang setzte. »Wenn ihr wüsstet, was nach mir geschehen wird«, hatte ‘Abdu’l-Bahá erklärt, »dann würdet ihr sicherlich beten, dass sich mein Ende beschleunige.«Q47

5

Wenn man die Stellung des Hütertums in der Bahá’í-Geschichte richtig würdigen will, dann muss man sich zuerst ganz objektiv die Umstände vergegenwärtigen, unter denen Shoghi Effendi seinen Auftrag zu erfüllen hatte. Besonders wichtig ist dabei die Tatsache, dass die erste Hälfte seiner Amtszeit einen Zeitraum zwischen zwei Kriegen umfasste, der von wachsender Unsicherheit und Angst in allen Lebensbereichen geprägt war. Zwar hatte man hinsichtlich der Überwindung von Schranken zwischen den Nationen und Klassen beachtliche Fortschritte gemacht, aber andererseits behinderten politische Unfähigkeit und eine daraus resultierende wirtschaftliche Lähmung alle Bemühungen, Vorteile aus diesen sich eröffnenden Möglichkeiten zu ziehen. Überall hatte man das Gefühl, dass das Wesen der Gesellschaft und die Rolle ihrer Institutionen von Grund auf neu definiert werden müsse – ja, dass man den Sinn des Menschenlebens selbst neu definieren müsse.
In wichtigen Bereichen boten sich der Menschheit am Ende des ersten Weltkrieges nie gekannte Möglichkeiten. In ganz Europa und im Nahen Osten waren absolutistische Systeme, die zu den mächtigsten Hindernissen auf dem Weg zur Einheit gehört hatten, hinweggefegt worden. Vielerorts wurden auch erstarrte religiöse Dogmen, die zuvor Konflikte und Entfremdung moralisch gestützt hatten, in Frage gestellt. Durch die im Versailler Vertrag neu geschaffenen Nationalstaaten stand es ehemals unterdrückten Völkern jetzt frei, die eigene Zukunft zu planen und selbst Verantwortung für ihre außenpolitischen Beziehungen zu übernehmen. Der gleiche Erfindungsgeist, der bisher Waffen der Zerstörung geschaffen hatte, wandte sich nun den herausfordernden aber lohnenden Aufgaben der wirtschaftlichen Expansion zu. Selbst aus den schwärzesten Zeiten des Krieges werden ergreifende Geschichten berichtet, zum Beispiel wie britische und deutsche Soldaten spontan ihre Schützengräben verlassen hatten, um gemeinsam Christi Geburt zu feiern – ein Aufflackern der Einheit der Menschheit, die der Meister während Seiner Reisen durch jenen Kontinent so unermüdlich verkündet hatte. Am wichtigsten aber war, dass durch eine außergewöhnlich kraftvolle Vision die Einigung der Menschheit einen immensen Schritt vorangebracht wurde. Die Führer der Welt hatten, wenn auch zögerlich, im Völkerbund ein internationales Beratungssystem geschaffen, das, obwohl durch einzelstaatliche Interessen deutlich geschwächt, doch dem Ideal einer internationalen Ordnung erstmals vage Form und Struktur verlieh.
Der neue Aufbruch nach dem Krieg war weltweit spürbar. Mit Sun Yat-sen als Führer hatte das chinesische Volk sich der dekadenten kaiserlichen Herrschaft, die das Wohlergehen des Landes gefährdet hatte, entledigt und versuchte, die Grundlagen für eine Wiedergeburt der Größe Chinas zu legen. In ganz Südamerika kämpften Volksbewegungen trotz wiederholter schlimmer Rückschläge um die Kontrolle über das Schicksal ihrer Länder und die Nutzung der ungeheueren Naturschätze ihres Kontinentes. In Indien war eine der bemerkenswertesten Persönlichkeiten des Jahrhunderts, Mahatma Gandhi, ein Wagnis eingegangen, das nicht nur die Geschicke seines Landes verändern sollte, sondern der Welt deutlich zeigte, was geistige Kraft zu erreichen vermag. Afrika wartete noch auf seine Stunde, ebenso die Bewohner anderer Kolonialstaaten, aber jeder scharfsichtige Mensch erkannte, dass ein Wandlungsprozess in Gang gekommen war und nicht mehr unterdrückt werden konnte, weil er den Sehnsüchten der Menschheit entsprach.
Diese ermutigenden Fortschritte konnten die historische Tragödie, die sich abgespielt hatte, nicht verbergen. In der zweiten Hälfte des 19. Jahrhunderts hatte Bahá’u’lláh den Herrschern Seiner Zeit, in deren Händen die Geschicke der Menschheit lagen, den Tag Gottes verkündet – und diese Verkündigung war von den Adressaten in Ost und West zurückgewiesen oder ignoriert worden. Ein derartiger Glaubensbruch rückt auch die späteren Reaktionen auf die Mission ‘Abdu’l-Bahás im Westen in eine ernüchternde Perspektive. Man mag sich noch so sehr über die Anerkennung freuen, mit der der Meister von allen Seiten überschüttet wurde – die unmittelbaren Ergebnisse Seiner Bemühungen zeigten nur das erneute moralische Versagen eines beträchtlichen Teils der Menschheit und ihrer Führer. Die im Osten unterdrückte Botschaft wurde von der westlichen Welt weitgehend ignoriert. In anmaßender Selbstzufriedenheit hatte sie schon lange den eigenen Ruin vorbereitet und schließlich die Ideale des Völkerbundes verraten.
Die beiden Jahrzehnte, die der Amtsübernahme Shoghi Effendis folgten, waren in der ganzen westlichen Welt eine zunehmend düstere Zeit, scheinbar ein deutlicher Rückschlag im Prozess der Integration und Aufklärung, den der Meister doch so zuversichtlich verkündet hatte. Das politische, soziale und wirtschaftliche Leben erstarrte. Tiefe Zweifel kamen auf an der Fähigkeit der liberalen demokratischen Tradition, der Probleme der Zeit Herr zu werden. So verdrängten in einer Reihe europäischer Staaten autoritäre Regime die Regierungen, die in diesen Prinzipien wurzelten. Der wirtschaftliche Zusammenbruch im Jahre 1929 führte schon bald zu einem weltweiten Rückgang des Wohlstands mit all den daraus resultierenden moralischen und psychologischen Unsicherheiten.
Wenn wir diese Umstände berücksichtigen, können wir eher verstehen, vor welch ungeheurer Herausforderung Shoghi Effendi zu Beginn seiner Amtszeit stand. Die Stifter des Bahá’í-Glaubens hatten ihm die Vision einer Neuen Welt hinterlassen. Aber angesichts der konkreten Bedingungen, die er vorfand, sprach absolut nichts dafür, dass er dieses Erbe nennenswert voranbringen könnte, ganz gleich wie viel Zeit ihm dafür bleiben würde.
Auch schien der ihm zur Verfügung stehende Apparat weder kraftvoll, noch belastbar, noch entwickelt genug zu sein, um diese Aufgabe zu erfüllen. Als Shoghi Effendi 1923 endlich in der Lage war, in vollem Maße die Leitung der Sache Gottes zu übernehmen, lebte der Großteil der Anhänger Bahá’u’lláhs im Írán. Damals hätte man nicht einmal ihre Zahl zuverlässig schätzen können. Auch wurde die íránische Gemeinde, der die meisten Wege zur Förderung der Sache versperrt und deren verfügbare materielle Mittel äußerst begrenzt waren, durch ständige Schikanen behindert. In Nordamerika, wo die Freunde mit der schwerwiegenden Verantwortung für den Göttlichen Plan betraut waren, mussten die kleinen Gemeinden der Gläubigen, als sich die Wirtschaftskrise immer mehr vertiefte, um den bloßen Lebensunterhalt für sich und ihre Familien kämpfen. In Europa, Australasien und im Fernen Osten waren es noch kleinere Bahá’í-Gruppen, welche die Flamme des Glaubens am Brennen hielten, ebenso isolierte Gruppen, Familien und Einzelne in den übrigen Teilen der Welt. Selbst in englischer Sprache gab es nur sehr wenig Bahá’í-Literatur, und die Aufgabe, die Schriften in andere wichtige Sprachen zu übersetzen und Geldmittel für deren Veröffentlichung zu finden, stellte eine fast nicht zu bewältigende Bürde dar.
Die vom Meister übermittelte Vision strahlte zwar so hell wie je, die dafür verfügbaren Mittel aber müssen den Bahá’í angesichts der überall herrschenden Umstände jammervoll unzureichend erschienen sein. Der ungestalte nackte Unterbau des zukünftigen Muttertempels des Westens am Seeufer nördlich von Chicago schien des glänzenden Entwurfs zu spotten, der noch vor wenigen Jahren die Bewunderung der Architekten erregt hatte. In Bagdad war das Heiligste Haus, das Bahá’u’lláh zum Mittelpunkt der Bahá’í-Pilgerreise bestimmt hatte, in die Hände von Gegnern des Glaubens gefallen. Im Heiligen Land selbst verfiel das Landhaus Bahá’u’lláhs, weil die Bundesbrecher, die es in Besitz genommen hatten, es nicht in Stand hielten, und der Schrein, der die kostbaren sterblichen Überreste des Báb und ‘Abdu’l-Bahás barg, bestand noch immer nur aus dem schlichten, vom Meister errichteten Steingebäude.
In einer Reihe von Sondierungsberatungen mit führenden Bahá’í wurde dem Hüter klar, dass schon ein formelles Gespräch mit erfahrenen, fähigen Gläubigen über die Bildung eines internationalen Sekretariats nicht nur nutzlos, sondern wahrscheinlich kontraproduktiv sein würde. Daher machte sich Shoghi Effendi ganz allein an die Aufgabe, das seinen Händen anvertraute ungeheure Unternehmen voranzutreiben. Wie völlig allein er war, kann die heutige Bahá’í-Generation kaum erfassen, doch allein schon unser vages Verständnis ist äußerst schmerzvoll.
Ursprünglich hatte der Hüter angenommen, dass die Mitglieder der weitverzweigten Familie des Meisters, deren edle Abstammung ihnen die Hochachtung aller Bahá’í eintrug, ihm gern helfen würden, die Absicht, die in des Meisters Testament in so gebieterischer und eindringlicher Sprache dargelegt war, zu verwirklichen. So hatte er seine Brüder, Vettern und eine seiner Schwestern, deren Ausbildung sie alle für diesen Zweck qualifizierte, eingeladen, bei der vom Hüteramt zu bewältigenden anspruchsvollen Arbeit zu helfen. Unglücklicherweise erwies sich im Laufe der Zeit einer nach dem anderen als unzufrieden mit der ihm übertragenen, nur unterstützenden Rolle, und kam den übernommenen Aufgaben nicht sorgfältig nach. Schlimmer noch, Shoghi Effendi sah sich der Situation gegenüber, dass seine Verwandten die ihm verliehene Autorität, obgleich unzweideutig im Testament niedergelegt, lediglich als nominell betrachteten. Für sie war die Führung des Glaubens im wesentlichen eine Familienangelegenheit, wobei großes Gewicht auf die Ansicht der Älteren unter ihnen zu legen sei, die man für ein solches Vorrecht als qualifiziert erachtete. Zunächst kam es nur zu eigensinnigem Widerstand, allmählich aber verschlimmerte sich die Situation so sehr, dass die Kinder und Enkel ‘Abdu’l-Bahás glaubten, Seinem ernannten Nachfolger widersprechen und seinen Anweisungen den Gehorsam verweigern zu können.
Rúḥíyyih Khánum, die diesen Zersetzungsprozess in einer späteren Phase verfolgte und sehr unter den Auswirkungen auf die Arbeit für den Glauben und auf den Hüter selbst litt, schrieb dazu:
[Hierfür] … »muss [man] die alte Erzählung von Kain und Abel verstehen, die Erzählung von Familieneifersucht, die wie ein dunkler Faden im Gewebe der Geschichte durch alle ihre Epochen läuft und in allen ihren Ereignissen aufgespürt werden kann … Die Schwäche des Menschenherzens, das sich so oft an einen unwürdigen Gegenstand klammert, die Schwäche des menschlichen Geistes mit seinem Hang zu Eitelkeit und Selbstzufriedenheit in persönlichen Ansichten, erzeugen in den Menschen einen solchen Wirrwarr der Gefühle, dass ihre Urteilskraft eingeschränkt wird und sie weit in die Irre geführt werden … Obgleich dieser Vorgang des Bundesbruchs ein der Religion innewohnender Aspekt zu sein scheint, bedeutet es nicht, dass er keine schädigende Auswirkung auf die Sache hat … Vor allem bedeutet es auch nicht, dass es auf den Mittelpunkt des Bundes selbst keine verheerende Wirkung gehabt hätte. Shoghi Effendis ganzes Leben war durch die auf ihn gerichteten bösartigen persönlichen Angriffe getrübt.«A19
Vor diesem dunklen Hintergrund erstrahlen die Leistungen des Größten Heiligen Blattes, der Schwester ‘Abdu’l-Bahás und letzten Vertreterin des Heroischen Zeitalters des Glaubens, in umso hellerem Licht. Bahíyyih Khánum spielte eine entscheidende Rolle, als sie nach des Meisters Tod über die Interessen des Glaubens wachte und zur einzigen echten Stütze für Shoghi Effendi wurde. Ihre Treue ließ seiner Feder Worte entströmen, die vielleicht tiefer bewegen als alles, was er je schreiben sollte. Der feierliche Nachruf, den er nach ihrem Hinscheiden 1932 an sie richtete, findet sich in einem Brief an die Bahá’í »im Westen« und lautet auszugsweise:
»Nur zukünftige Generationen und Federn, fähiger als die meine, können und werden der überragenden Größe ihres geistigen Lebens würdigen Tribut zollen, wie auch der einzigartigen Rolle, die sie während so bewegter Abschnitte der Bahá’í-Geschichte spielte, und dem uneingeschränkten Lobpreis, der den Federn Bahá’u’lláhs und ‘Abdu’l-Bahás, dem Mittelpunkt des Bundes, entströmte. Obgleich nicht schriftlich belegt und im wesentlichen von den meisten ihrer glühenden Verehrer in Ost und West nicht für möglich gehalten, ist der Einfluss, den sie auf den Verlauf einiger der bedeutendsten Ereignisse in der Geschichte des Glaubens hatte, die Leiden, die sie ertrug, die Opfer, die sie erbrachte, die seltene Gabe unerschöpflicher Zuneigung, die sie so bemerkenswert zeigte – all das und vieles darüber hinaus so unauflöslich mit dem Glaubensgefüge verwoben, dass kein zukünftiger Historiker der Religion Bahá’u’lláhs es ignorieren oder schmälern könnte … Welche der Segnungen soll ich erwähnen, mit denen sie mich in ihrer nie versagenden Fürsorge in den kritischsten und aufwühlendsten Stunden meines Lebens überschüttete? Für mich, der ich so dringend der belebenden Gnade Gottes bedurfte, war sie das lebendige Symbol vieler Eigenschaften, die ich bei ‘Abdu’l-Bahá zu bewundern gelernt hatte.« Q48
Viele Jahre lang war der Hüter der Ansicht, dass der Schutz der Sache Gottes von ihm verlange, über die sich verschlimmernde Situation innerhalb der heiligen Familie Stillschweigen zu bewahren. Erst als sich die Opposition in offenem Widerstand äußerte, sah Shoghi Effendi sich veranlasst, der Bahá’í-Welt die Art der Vergehen bekannt zu geben, mit denen er sich auseinandersetzen musste. Zu diesem Zeitpunkt arbeitete die Familie schließlich schändlich mit Mitgliedern eben der Gruppe von Bundesbrechern zusammen, vor deren Niedertracht das Testament des Meisters so eindringlich gewarnt hatte. Es kam sogar zu Eheschließungen mit ihnen und auch mit einer ortsansässigen Familie, die der Sache Gottes gegenüber äußerst feindlich gesinnt war.A20
Diese traurige Geschichte ist von Bedeutung für das Verständnis der Sache im zwanzigsten Jahrhundert, nicht nur wegen der »Verheerungen«, die, wie der Hüter sagte, in der heiligen Familie angerichtet wurden, sondern weil sie Licht auf die Herausforderungen wirft, mit denen die Bahá’í-Gemeinde künftig konfrontiert sein wird, und die eindeutig vom Meister und vom Hüter vorhergesagt wurden. Abgesehen von ihrer Unaufrichtigkeit, bewiesen die allermeisten Verwandten Shoghi Effendis wenig oder gar kein Verständnis für die geistige Bedeutung der Aufgabe, die ihm das Testament zugewiesen hatte. Wesentlich zur Offenbarung Gottes für das Zeitalter der Mündigkeit der Menschheit gehört die Einsetzung einer Autorität, die unverzichtbar für die Wiederherstellung der gesellschaftlichen Ordnung ist. Für die Verwandten Shoghi Effendis bedeutete dies eine geistige Herausforderung, die sie nicht zu begreifen schienen oder vielleicht gar nicht zu begreifen versuchten. Ihre Abkehr vom Hüter ist eine Lehre, welche die Nachwelt in der Bahá’í-Sendung Jahrhunderte lang begleiten wird. Das Schicksal dieser hoch privilegierten aber unwürdigen Gruppe von Menschen unterstreicht für alle, die ihre Geschichte lesen, was der Bund Bahá’u’lláhs für die Einigung der Menschheit bedeutet, und was er von jenen rückhaltlos zu geben fordert, die seinen Schutz suchen.
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Wenn die Bahá’í überdenken, was sich während der Amtszeit Shoghi Effendis ereignete, müssen sie sich in das Wesen des ihm übertragenen Auftrags hineinversetzen und versuchen, diesen Auftrag mit seinen Augen zu sehen. Der Schlüssel dazu ist die Vielzahl der Schriften, die er hinterlassen hat. ‘Abdu’l-Bahá hatte in zahllosen Briefen und Reden das der Botschaft Bahá’u’lláhs zugrunde liegende Prinzip verkündet: »In dieser wundersamen Offenbarung, diesem herrlichen Jahrhundert, ist die Grundlage des Glaubens Gottes und das hervorstechende Merkmal Seines Gesetzes das Bewusstsein der Einheit der Menschheit.«Q49 Wie schon gesagt, hatte ‘Abdu’l-Bahá ebenso nachdrücklich betont, dass der revolutionäre Wandel, der sich auf allen erdenklichen Feldern menschlichen Strebens vollzog, die Einigung der Menschheit zu einem realistischen Ziel machte. Diese Vision war in den sechsunddreißig Jahren des Hütertums die ordnende Kraft, die Shoghi Effendis Arbeit beflügelte. Die Folgerungen daraus waren Thema einiger seiner wichtigsten Botschaften. In einem Brief an die Freunde des Westens aus dem Jahre 1931 eröffnete er ihnen eine großartige Sicht:
»Der Grundsatz der Einheit der Menschheit – der Angelpunkt, um den alle Lehren Bahá’u’lláhs kreisen – ist kein bloßer Ausdruck unkundiger Gefühlsseligkeit oder unklarer frommer Hoffnung. Sein Ruf ist nicht gleichbedeutend mit einer bloßen Wiedererweckung des Geistes der Brüderlichkeit und des guten Willens unter den Menschen, noch geht es nur um die Förderung harmonischer Zusammenarbeit zwischen einzelnen Völkern und Ländern. Die Folgerungen gehen tiefer, der Anspruch ist höher als alles, was den früheren Propheten zu äußern erlaubt war. Die Botschaft gilt nicht nur dem Einzelnen, sondern befasst sich in erster Linie mit der Natur jener notwendigen Beziehungen, die alle Staaten und Nationen als Glieder einer menschlichen Familie verbinden müssen. Der Grundsatz der Einheit … verlangt eine organische, strukturelle Veränderung der heutigen Gesellschaft, eine Veränderung, wie sie die Welt noch nicht erlebt hat … Er fordert nichts Geringeres als die Neuordnung und Entmilitarisierung der ganzen zivilisierten Welt, einer Welt, die in allen Grundfragen des Lebens, in ihren politischen Strukturen, ihren geistigen Bestrebungen, in Handel und Finanzwesen, Schrift und Sprache organisch zusammengewachsen und doch in den nationalen Eigentümlichkeiten ihrer Bundesstaaten von unendlicher Mannigfaltigkeit ist.« Q50
Ein Konzept, das immer wieder in den Schriften des Hüters auftaucht, ist das Bild eines lebenden Organismus. Mit dieser Metapher hatten bereits Bahá’u’lláh und nach Ihm ‘Abdu’l-Bahá den Jahrtausende langen Prozess veranschaulicht, der die Menschheit zu diesem Höhepunkt ihrer kollektiven Geschichte geführt hat. Der Vergleich bezieht sich auf die Analogie zwischen den Entwicklungsstufen, in denen sich die Gesellschaft schrittweise organisiert und zusammenschließt, und dem Prozess, in dem jeder einzelne langsam aus seiner beschränkten kindlichen Existenz zur vollen Reife heranwächst. Dieses Bild findet sich an herausragenden Stellen in mehreren Schriften Shoghi Effendis über den Wandel, der sich gegenwärtig vollzieht:
»Die langen Zeiten der Kindheit und der Minderjährigkeit, welche die Menschheit zu durchschreiten hatte, sind in den Hintergrund getreten. Die Menschheit erlebt jetzt den Aufruhr, der unabänderlich mit der stürmischsten Stufe ihrer Entwicklung, dem Jünglingsalter, verbunden ist. In dieser Zeit erreichen jugendliche Unbändigkeit und Heftigkeit den Höhepunkt; sie müssen Schritt für Schritt von der Ruhe, der Weisheit und der Vollendung abgelöst werden, welche die Stufe des Mannesalters kennzeichnen.« Q51
Die Folgerungen aus diesem weitreichenden Konzept ermöglichten Shoghi Effendi einen klaren Blick auf die Zukunft, der es seitdem schon drei Generationen von Bahá’í ermöglicht hat, gegenüber Regierungen, Medien und der Öffentlichkeit in aller Welt die Perspektive zu verdeutlichen, die das Wirken des Glaubens bestimmt:
»Die Einheit des Menschengeschlechts, wie sie Bahá’u’lláh vorausschaut, umschließt die Begründung eines Weltgemeinwesens, in welchem alle Nationen, Rassen, Glaubensbekenntnisse und Klassen eng und dauerhaft vereint, die Autonomie seiner nationalstaatlichen Glieder sowie die persönliche Freiheit und Selbständigkeit der einzelnen Menschen, aus denen es gebildet ist, ausdrücklich und völlig gesichert sind. Dieses Gemeinwesen muss, soweit wir es uns vorstellen können, aus einer Weltlegislative bestehen, deren Mitglieder als Treuhänder der ganzen Menschheit die gesamten Hilfsquellen aller Mitgliedstaaten überwachen. Sie muss die erforderlichen Gesetze geben, um das Leben aller Rassen und Völker zu steuern, ihre Bedürfnisse zu befriedigen und ihre wechselseitigen Beziehungen anzupassen. Eine Weltexekutive, gestützt auf eine internationale Streitmacht, wird die Beschlüsse jener Weltlegislative ausführen, deren Gesetze anwenden und die organische Einheit des ganzen Gemeinwesens sichern. Ein Weltgerichtshof wird seine bindende, endgültige Entscheidung in sämtlichen Streitfragen, die zwischen den vielen Gliedern dieses allumfassenden Systems auftreten können, fällen und zustellen … Die wirtschaftlichen Hilfsmittel der Welt werden organisiert, ihre Rohstoffquellen erschlossen und restlos nutzbar gemacht, ihre Märkte aufeinander abgestimmt und entwickelt, die Verteilung ihrer Erzeugnisse unparteiisch geregelt werden.« Q52
Als er in Die Sendung Bahá’u’lláhs die Gemeindeordnung ausführlich darstellte, ging Shoghi Effendi besonders auf die Rolle ein, welche die Institution, die er selbst repräsentierte, dabei spielen würde, nämlich dem Glauben »die Mittel für einen weiten ununterbrochenen Ausblick auf eine Reihe von Generationen«Q53 zu geben. Diese einzigartige Gabe drückte sich besonders klar in seiner Beschreibung des zweifachen historischen Prozesses aus, den er sich im zwanzigsten Jahrhundert entfalten sah. Die internationale Politik würde zunehmend von den Zwillingskräften des »Aufbaus« und des »Zerfalls« geprägt, beide letztlich menschlicher Kontrolle entzogen. Angesichts dessen, was wir heute beobachten, ist seine Vorhersage über den Verlauf dieses zweifachen Prozesses atemberaubend: »Ein Netzwerk weltweiter Kommunikation wird ersonnen werden; es wird … mit wunderbarer Schnelligkeit und vollkommener Pünktlichkeit ablaufen«Q54; der Niedergang des Nationalstaats als oberstem Herr über das Schicksal der Menschen; der zerstörerische Einfluss, den der zunehmende moralische Verfall weltweit auf den sozialen Zusammenhalt haben würde; die weitverbreitete Desillusionierung der Bevölkerung aufgrund politischer Korruption und – unvorstellbar für alle anderen in seiner Generation – der Aufbau weltumspannender Einrichtungen mit dem Ziel, die Wohlfahrt zu fördern, die Wirtschaft zu koordinieren, internationale Maßstäbe festzulegen, und das Zusammengehörigkeitsgefühl der Menschen verschiedener Rassen und Kulturen zu stärken. Diese und andere Entwicklungen, erklärte der Hüter, würden die Bedingungen, unter denen die Bahá’í-Sache in den folgenden Jahrzehnten ihren Auftrag verfolgen würde, von Grund auf ändern.
Eine der bemerkenswerten Entwicklungen dieser Art, die Shoghi Effendi in den heiligen Schriften, welche er zu interpretieren berufen war, erkannte, betraf die zukünftige Rolle der Vereinigten Staaten als Nation und in geringerem Maße ihrer Schwesternationen in der westlichen Hemisphäre. Seine prophetische Sicht ist umso beachtenswerter, wenn man sich vergegenwärtigt, dass er zu einer Zeit schrieb, in der die Außenpolitik wie auch die Überzeugung der meisten Bürger der Vereinigten Staaten entschieden isolationistisch waren. Shoghi Effendi sah jedoch eine »aktive und entscheidende Rolle, die [diese Nation] bei der Organisation und friedlichen Regelung der Angelegenheiten der Menschheit zu spielen haben wird«Q55, voraus. Er erinnerte die Bahá’í an ‘Abdu’l-Bahás Erwartung, dass die Vereinigten Staaten wegen der Einzigartigkeit ihrer sozialen Zusammensetzung und politischen Entwicklung – nicht etwa auf Grund »einer angeborenen Vortrefflichkeit oder eines besonderen Verdienstes«Q56 ihrer Bürger – Fähigkeiten entwickelt hätten, die es ihnen ermöglichen könnten, »die erste Nation [zu] sein, welche die Grundlage für internationale Verständigung errichtet«Q57. Er sah sogar voraus, dass sich die Regierungen und Völker der ganzen Hemisphäre zunehmend in diese Richtung orientieren würden.
Die Rolle, welche die Bahá’í-Gemeinde spielen muss, um diesen historischen Prozess vollenden zu helfen, war schon bei der Geburt des Glaubens im Aufruf des Báb an Seine Anhänger vorgegeben:
»O Meine geliebten Freunde! Ihr seid die Träger des Namens Gottes an diesem Tage … Ihr seid die Geringen, von denen Gott so in Seinem Buch gesprochen hat: ›Und Wir wollen Unsere Gunst denen erweisen, welche die Geringen im Lande sind, und wollen sie zu geistigen Führern unter den Menschen machen und zu Unseren Erben.‹ Zu dieser Stufe seid ihr berufen worden; ihr werdet sie aber nur dann erreichen, wenn ihr euch aufmacht, jedes irdische Begehren unter eure Füße zu treten, und euch bemüht, zu jenen ›Seinen geehrten Dienern zu werden, die nicht sprechen, bevor Er nicht gesprochen hat, und die Seinen Willen tun‹ … Achtet nicht eurer Schwachheit oder Furcht; richtet euren Blick auf die unüberwindliche Macht des Herrn, eures Gottes, des Allmächtigen … Erhebt euch denn in Seinem Namen, setzt euer Vertrauen ganz auf Ihn und seid sicher, dass ihr letztlich siegen werdet.« Q58
Schon 1923 eröffnete Shoghi Effendi den Freunden in Nordamerika, was ihn zu diesem Thema bewegte:
»Dies sind Tage weltumspannender Finsternis, da die dunklen Mächte der Natur – Hass, Aufruhr, Anarchie und Reaktion – den Bestand der Gesellschaft bedrohen. Die kostbarsten Früchte der Kultur sind schweren, nie gekannten Prüfungen ausgesetzt. Lasst uns zu Gott beten, dass wir alle klar erkennen, besser als je zuvor, dass wir an diesem Tag die auserwählten Werkzeuge göttlicher Gnade sind. Auch wenn wir angesichts der brodelnden Massen der Welt nur eine kleine Handvoll sind, ist unsere Aufgabe für das Schicksal der Menschheit doch äußerst dringlich und lebenswichtig. Gestärkt durch dieses Bewusstsein müssen wir uns erheben, um Gottes heilige Absicht für die Menschheit zu verwirklichen.« Q59
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Im vollen Bewusstsein des desolaten gesellschaftlichen Zustands, der Folgen des Verrates, den die Mitglieder seiner Familie verübt hatten, auf deren Unterstützung er doch hätte vertrauen können müssen, und der vergleichsweise bescheidenen Ressourcen, die ihm in der Bahá’í-Gemeinde selbst zur Verfügung standen, machte Shoghi Effendi sich daran, die Werkzeuge zu schmieden, die er zur Erfüllung der ihm überantworteten Mission benötigte.
Die meisten Bahá’í waren sich wohl der Tatsache mehr oder weniger bewusst, dass die Bedeutung der Räte, die sie bilden sollten, über die bloße Verwaltung praktischer Belange hinausging. ‘Abdu’l-Bahá, der diese Entwicklung angeleitet hatte, nannte die Räte:
»… strahlende Leuchten und himmlische Gärten, aus denen die Düfte der Heiligkeit über alle Regionen wehen und die Leuchten der Erkenntnis über alles Erschaffene strahlen. Von ihnen strömt der Geist des Lebens nach allen Richtungen. Sie sind wahrlich zu allen Zeiten und unter allen Umständen die mächtigen Quellen des Fortschritts für alle Menschen.« Q60
Shoghi Effendi jedoch fiel es zu, in der Gemeinde das Verständnis für den Platz und die Rolle zu entwickeln, die diese nationalen und örtlichen Beratungsgremien im Rahmenwerk der von Bahá’u’lláh geschaffenen und in des Meisters Testament genauer beschriebenen Gemeindeordnung einnahmen. Eine beträchtliche Anzahl von Gläubigen hatte dabei das Problem, dass sie die Sache Gottes einfach für einen im Wesentlichen ›spirituellen‹ Zusammenschluss hielten, indem Organisation zwar der göttlichen Absicht nicht unbedingt zuwider lief, jedoch kein Wesensmerkmal derselben war. Der Hüter betonte nun jedoch, dass der Kitáb-i-Aqdas und das Testament ‘Abdu’l-Bahás »einander nicht nur ergänzen, sondern gegenseitig bestätigen und untrennbare Teile eines vollendeten Ganzen sind«Q61, und regte damit die Gläubigen an, über eine zentrale Wahrheit ihres neuen Glaubens tiefer nachzusinnen:
»Fast jeder wird anerkennen, dass der Geisteshauch Bahá’u’lláhs auf diese Welt, wie er sich mit unterschiedlicher Stärke durch die bewussten Anstrengungen Seiner erklärten Anhänger, mittelbar durch gewisse menschendienliche Organisationen offenbart, die Menschheit nur durchdringen und einen dauernden Einfluss auf sie nur ausüben kann, sofern und sobald er sich in einer sichtbaren Ordnung verkörpert, die Seinen Namen trägt, sich völlig mit Seinen Grundsätzen verbindet und in Übereinstimmung mit Seinen Gesetzen arbeitet.« Q62
Weiter drängte er die Anhänger des Glaubens, den wesentlichen Unterschied zu erkennen zwischen der Sendung Bahá’u’lláhs, deren heilige Texte genaue Vorkehrungen hinsichtlich einer solchen maßgebenden Ordnung enthalten, und den früheren Offenbarungen, deren Schriften über die Verwaltung der Gemeinde oder die Interpretation der Absicht ihres jeweiligen Stifters weitgehend geschwiegen hatten. Mit den Worten Bahá’u’lláhs: »Der prophetische Zyklus ist wahrlich beendet. Nun ist Er, die Ewige Wahrheit, gekommen. Er hat das Banner der Macht aufgerichtet … «Q63 Im Gegensatz zu den Sendungen der Vergangenheit, so sagt Shoghi Effendi, hat die Offenbarung Gottes für unsere Zeit einen »lebendige[n] Organismus« geschaffen, dessen Gesetze und Institutionen »das Wesentliche für eine göttliche Ökonomie« darstellen, ein »Modell für die zukünftige Gesellschaft«, »die Wirkkraft für die Einigung der Welt [und] die Verkündigung des Reiches der Tugend und Gerechtigkeit auf Erden«Q64.
Daher, so mahnte der Hüter, müssten die Freunde sich bemühen, die Geistigen Räte, die sie unter großen Anstrengungen in aller Welt errichteten, als Vorläufer der von Bahá’u’lláh vorgesehenen örtlichen und nationalen ›Häuser der Gerechtigkeit‹ zu verstehen. Als solche sind sie untrennbarer Bestandteil einer Gemeindeordnung, die mit der Zeit »ihren Anspruch geltend machen und ihre Eignung dartun [wird], nicht nur als der erste Anfang, sondern geradezu als das Modell der neuen Weltordnung angesehen zu werden, die dazu bestimmt ist, zur festgesetzten Zeit die ganze Menschheit zu umfassen«Q65.
Für einige Mitglieder der jungen Gemeinden im Westen bedeutete diese Abkehr vom traditionellen Verständnis des Wesens und der Rolle der Religion eine zu große Prüfung, und so mussten manche Bahá’í-Gemeinden schmerzvoll mit ansehen, wie geschätzte Mitarbeiter sich abwandten und nach geistigen Strömungen suchten, die eher ihren eigenen Neigungen entsprachen. Für die allermeisten Gläubigen warfen jedoch die großen Botschaften aus des Hüters Feder wie etwa Das Ziel: Die neue Weltordnung oder Die Sendung Bahá’u’lláhs ein strahlend helles Licht auf genau die Thematik, die sie am brennendsten interessierte – die Frage nach der Beziehung zwischen geistiger Wahrheit und gesellschaftlicher Entwicklung –, und weckten ihre feste Entschlossenheit, zum Errichten des Fundamentes für die Zukunft der Menschheit ihren Beitrag zu leisten.
Der Hüter entwarf auch den Rahmenplan, um dieses mächtige Werk zu ordnen. Er erklärte, dass das »Heroische Zeitalter«Q66 der Offenbarung Bahá’u’lláhs mit dem Hinscheiden ‘Abdu’l-Bahás beendet war. Die Bahá’í-Gemeinde trat nun in das »Eherne Zeitalter«Q67 ein, das »Gestaltende Zeitalter«Q68, während dessen die Gemeindeordnung auf dem gesamten Planeten errichtet und die ihr innewohnenden »gesellschaftsbildende[n]«Q69 Kräfte vollständig enthüllt werden. In ferner Zukunft liegt, was Shoghi Effendi als »Goldenes Zeitalter« der Offenbarung bezeichnete, das schließlich zur Herausbildung des Bahá’í-Weltgemeinwesens führen wird, welches die Errichtung des Reiches Gottes auf Erden und die Schaffung einer Weltkultur bedeutet.A21 Der neue Impuls, der dem menschlichen Bewusstsein zuerst durch die Offenbarung des schöpferischen Wortes selbst eingegeben worden war, dessen revolutionäre gesellschaftliche Bedeutung der Meister verkündet hatte, wurde nun durch ihren ernannten Ausleger in die Sprache politischer und ökonomischer Neuordnung übersetzt, in der die öffentliche Diskussion in diesem Jahrhundert geführt wurde. Der Bund Bahá’u’lláhs, den Er mit jenen, die sich Ihm zuwandten, errichtet hatte, verlieh diesem Prozess unwiderstehliche Kraft, eröffnete den Bahá’í immer neue Erfahrungsdimensionen und ist die Triebfeder für die von Ihm verkündete Vereinigung der Menschheit.
Die Räte, die der Meister die persischen Gemeinden zu bilden ermutigt hatte, hießen zwar ursprünglich nicht ›Geistige Räte‹, hatten aber die Verantwortung für die Verwaltung der Gemeinde übernommen. Angesichts der Entwicklungen, die folgen sollten, muss jedem, der ein Gespür für geschichtliche Zusammenhänge hat, die bemerkenswerte Tatsache auffallen, dass der erste Geistige Rat des Glaubens, der Rat von Teheran, im Jahre 1897 gebildet wurde, dem Geburtsjahr Shoghi Effendis. Unter der Führung des Meisters hatten sich regelmäßige Treffen der vier in Persien ansässigen Hände der Sache nach und nach zu dieser Institution entwickelt, die gleichzeitig als ›Zentraler Geistiger Rat Persiens‹ und als leitendes Gremium der Gemeinde in der Hauptstadt diente. Zur Zeit des Hinscheidens ‘Abdu’l-Bahás gab es in Persien über dreißig örtliche Geistige Räte. 1922 wies Shoghi Effendi die offizielle Bildung des ersten Nationalen Geistigen Rates von Persien an, was sich aber bis 1934 verzögerte, da als Grundlage für die Wahl der Abgeordneten zunächst alle Gläubigen zuverlässig erfasst werden mussten.
Außerhalb Persiens wählten die Gläubigen in ‘Ishqábád im russischen Turkestan ihren ersten Geistigen Rat – ein Gremium, das später eine wichtige Rolle beim Bau des ersten Mashriqu’l-Adhkár in ‘Ishqábád spielte. In Nordamerika erfüllte eine Reihe beratender Gremien – ›Ratsversammlungen‹, ›Ratskomitees‹, ›Beratungsausschüsse‹, und ›Arbeitskomitees‹ – eine entsprechende Funktion und entwickelte sich nach und nach zu gewählten Gremien, den Vorläufern der Geistigen Räte. Zur Zeit des Hinscheidens des Meisters arbeiteten in Nordamerika etwa vierzig solcher Räte. Diese Entwicklungen bereiteten den Weg für die spätere Bildung des Nationalen Geistigen Rates der Bahá’í in den Vereinigten Staaten und Kanada, der aus dem ›Temple Unity Board‹ hervorging, einem 1909 eingerichteten Gremium, das den Bau des Hauses der Andacht koordinierte. Der Nationale Rat wurde zwar 1923 gebildet, doch erst 1925 waren alle vom Hüter hierfür aufgestellten administrativen Erfordernisse erfüllt. 1923 und 1924 wurden bereits die Nationalen Geistigen Räte der Britischen Inseln, von Deutschland und Österreich, von Indien und Birma, von Ägypten und dem Sudan gebildet.A22
Während die Bahá’í nun nationale und örtliche Geistige Räte bildeten, drängte der Hüter darauf, diesen den Rechtsstatus anerkannter Körperschaften zu sichern. Wo dies erfolgte – unabhängig davon, wie das im Einzelfall praktisch vonstatten ging –, waren Bahá’í-Institutionen in der Lage, Eigentum zu besitzen und Verträge abzuschließen, und nach und nach kamen zahlreiche weitere Rechte hinzu, die für die Interessen des Glaubens von grundlegender Bedeutung waren. Welche Wichtigkeit Shoghi Effendi dieser neuen Stufe in der Entwicklung der Gemeindeordnung beimaß, zeigt ein Blick in die Bände von The Bahá’í World, wo zahlreiche Reproduktionen entsprechender Urkunden bald ihren festen Platz unter den Fotografien zu den Berichten über die Verbreitung der Sache Gottes fanden. Als das Landhaus von Bahjí schließlich, von den Bundesbrechern zurückgewonnen, in seinem ursprünglichen Zustand wiederhergestellt und passend möbliert war, stellte Shoghi Effendi sogar eigens eine Auswahl dieser von ihm so hochgeschätzten Dokumente dort aus, um so den wachsenden Strom der Pilger zu ermutigen und anzuleiten.
Der Prozess rechtlicher Anerkennung begann 1927, mit einer Declaration of Trust and By-Laws [Treuhandschaftserklärung und Satzung] für den Nationalen Geistigen Rat der Vereinigten Staaten von Amerika und Kanada, der zwei Jahre später die rechtliche Anerkennung als ›voluntary trust‹ erlangte. Am 17. Februar 1932 nahm der Geistige Rat von Chicago als erster eine Satzung an, die, zusammen mit der des Geistigen Rats von New York vom 31. März desselben Jahres, weltweit als Vorlage für ein solches Prozedere dienen sollte. 1949 konnte der Nationale Geistige Rat der Bahá’í in Kanada, der sich zwei Jahre zuvor bei der Trennung der beiden nordamerikanischen Gemeinden gebildet hatte, seine offizielle rechtliche Anerkennung durch einen Parlamentsbeschluss erwirken – ein Sieg, den Shoghi Effendi als »in den Annalen des Glaubens in jedem Land, Ost wie West, völlig beispiellosen Beschluss«Q70 rühmte.
Diese dringenden administrativen Erfordernisse hielten den Hüter jedoch nicht von anderen Aufgaben ab, die für die Ausformung des geistigen Lebens einer Weltgemeinde ebenso unerlässlich waren. Die wichtigste dieser Aufgaben war jene mühsame Arbeit, die nur er allein vollbringen konnte: der wachsenden Zahl der Gläubigen, die nicht persischer Abstammung waren, den direkten und verlässlichen Zugang zu den Schriften des Stifters ihres Glaubens zu verschaffen. Die Verborgenen Worte, der Kitáb-i-Íqán, der unermessliche Schatz aus mehreren Schriften Bahá’u’lláhs, den er so kenntnisreich und liebevoll unter dem Titel Ährenlese zusammengetragen hatte, die Gebete und Meditationen und der Brief an den Sohn des Wolfes waren für die Arbeit im Dienste der Sache Gottes die so dringend nötige geistige Nahrung, ebenso die von Shoghi Effendi besorgte Übersetzung und Veröffentlichung von Nabíls Bericht, im Englischen unter dem Titel The Dawn-Breakers.
Bahá’í-Pilger erlebten einen geistigen Gewinn anderer Art an den Heiligen Stätten und historischen Orten, die der Hüter – oftmals in scheinbar endlos sich hinziehenden Verhandlungen – erwarb und restaurierte. Ebenso sensibel war Shoghi Effendi für ungeahnt sich bietende Möglichkeiten, die er mit seinem historisch geschulten Blick sofort erkannte. 1925 verweigerte ein sunnitisch-muslimisches Gericht Ehen zwischen Frauen muslimischen Glaubens und Bahá’í-Männern die rechtliche Anerkennung, weil es darauf bestand, dass der »Bahá’í-Glaube eine neue, völlig unabhängige Religion« sei, und dass daher »kein Bahá’í … als Muslim gelten« kann (und so die Ehe mit einer Muslima eingehen könne).A23 Shoghi Effendi ergriff sofort die Gelegenheit und nutzte die weitreichende Bedeutung dieses Urteils, das nur auf den ersten Blick wie eine Niederlage aussah, um international den Anspruch des Glaubens zu untermauern, eine unabhängige Religion zu sein, die unbedingt losgelöst von ihren islamischen Wurzeln gesehen werden muss.
Während die Bahá’í-Gemeinde dabei war, die Grundlagen der Gemeindeordnung zu errichten, die sie in die Lage versetzen sollte, eine gesellschaftlich wirkungsvolle Rolle zu übernehmen, unterhöhlte der von Shoghi Effendi beschriebene Prozess des Zerfalls die Ordnung der Gesellschaft. Die Ursachen dieses Prozesses, die zunächst von vielen Sozial- und Politikwissenschaftlern hartnäckig ignoriert wurden, werden inzwischen – nachdem Jahrzehnte verstrichen sind – bei internationalen Konferenzen für Frieden und Entwicklung immer deutlicher erkannt. Inzwischen ist es nicht mehr ungewöhnlich, wenn in solchen Kreisen offen über die essentielle Rolle ›geistiger‹ und ›moralischer‹ Kräfte bei der Lösung drängender Probleme gesprochen wird. Einem Bahá’í-Leser klingen angesichts solch verspäteter Eingeständnisse die Warnungen im Ohr wider, die Bahá’u’lláh vor über einem Jahrhundert an die Führer der Menschheit richtete: »Die Lebenskraft des Glaubens stirbt aus in allen Landen … Der Schwamm der Gottlosigkeit frisst sich in das Mark der menschlichen Gesellschaft.«Q71
Die Verantwortung für diese größte Tragödie tragen hauptsächlich die religiösen Führer der Welt, wie der Hüter immer wieder betonte. Das schärfste Urteil Bahá’u’lláhs trifft jene, die vorgeben, in Gottes Namen zu sprechen, und dabei nur leichtgläubigen Massen eine Flut von Dogmen und Vorurteilen auferlegen – das größte Hindernis, gegen das der kulturelle Fortschritt anzukämpfen hat. Er anerkennt die menschenfreundlichen Dienste zahlloser Geistlicher, zeigt jedoch auch die Folgen dessen auf, dass sich zu allen Zeiten selbst ernannte religiöse Eliten zwischen die Menschheit und alle Stimmen des Fortschritts gestellt haben – einschließlich der Gottesboten selbst. »Welche ›Trübsal‹ ist schmerzlicher«, fragt Er, »als die, dass eine nach Wahrheit suchende, sich nach Gotteserkenntnis sehnende Seele nicht weiß, wohin sie sich wenden und wo sie suchen soll?«Q72 Die Folge war eine allgemeine Desillusionierung: In einem Zeitalter wissenschaftlichen Fortschritts und weit verbreiteter staatlicher Schulbildung schien religiöser Glaube schließlich bedeutungslos zu werden. Die meisten Geistlichen der verschiedenen Religionen waren selbst völlig unfähig, dieser geistigen Krise Herr zu werden, und wenn sie von Bahá’u’lláhs Botschaft erfuhren, ignorierten sie entweder die darin so deutlich werdende sittliche Kraft, oder bekämpften sie offen.A24
Diese historische Tatsache macht allerdings den Schaden nicht geringer, den jene angerichtet haben, die Vorteil aus dem so entstandenen geistigen Vakuum zu schlagen suchten. Die Sehnsucht nach Glauben lässt sich nicht auslöschen, sie ist uns angeboren und macht uns erst zum Menschen. Wird sie blockiert oder verraten, muss sich die vernunftbegabte Seele einen anderen Orientierungspunkt suchen – gleichgültig wie unangemessen oder unwürdig –, um den herum sie Erfahrungen ordnen kann. Nur so ist sie in der Lage Risiken einzugehen, die ja unausweichlich ein Aspekt unseres Lebens sind. Dies im Blick warnte Shoghi Effendi die Gläubigen in ungewöhnlich deutlichen Worten und hielt sie an, sich um ein Verständnis der geistigen Katastrophe zu bemühen, die während der Jahrzehnte zwischen den beiden Weltkriegen einen großen Teil der Menschheit heimsuchte:
»Tatsächlich ist Gott selbst in den Herzen der Menschen entthront worden. Eine götzendienerische Welt grüßt und verehrt leidenschaftlich lärmend diese von ihrem eigenen Wahn erschaffenen falschen Götter, die ihre missgeleiteten Hände so gotteslästerlich aufgestellt haben … Ihre Hohepriester sind die Politiker und die Weltklugen, die sogenannten Weisen dieses Zeitalters. Ihr Opfer sind das Fleisch und Blut der niedergemetzelten Massen, ihre Beschwörungsformeln sind abgegriffene Losungen, trügerische und heillose Bekenntnisformeln, ihr Weihrauch ist der Gestank der Seelenpein, der aus den zerrissenen Herzen der Verwaisten, Verstümmelten und Heimatlosen aufsteigt.« Q73
Wie opportunistische Seuchen schlugen aggressive Ideologien Kapital aus der Leere, die das Absterben der Religion verursacht hatte. Obwohl sie sich hinsichtlich ihrer Korrumpierung des Glaubens kaum voneinander unterschieden, waren die drei Weltanschauungen, die im zwanzigsten Jahrhundert im Leben der Menschen eine vorrangige Rolle spielten, doch in ihren sekundären, aber augenfälligen Merkmalen, sehr gegensätzlich. Shoghi Effendi prangerte »die finsteren, falschen und verschrobenen Doktrinen« an, die Zerstörung über »jede[n] Mensch[en] oder jedes Volk, das an sie glaubt oder nach ihnen handelt«, bringen würden, und warnte besonders vor den »drei Götter[n] des Nationalismus, des Rassismus und des Kommunismus«.A25
Man muss nicht viel sagen über das Regime, das 1922 mit dem ›Marsch auf Rom‹ entstand und das den Faschismus begründete. Schon lange bevor er mit seinem Führer während der letzten Monate des zweiten Weltkriegs in der Versenkung verschwand, war der Faschismus selbst unter den meisten seiner früheren Anhänger verpönt und verlacht. Seine gefährliche Wirksamkeit liegt vielmehr in den Scharen von Nachahmern, die er hervorbrachte und die sich in den folgenden Jahrzehnten wie wuchernde Krebsgeschwüre auf der ganzen Welt ausbreiteten. Angetrieben von geradezu manischem Nationalismus vergötterte diese Verirrung menschlichen Geistes den jeweiligen Staat, erfand Legenden von Bedrohungen und dem Überlebenskampf des jeweiligen unglücklichen Volkes, in dem er sich eingenistet hatte, und predigte allen, die es hören wollten, dass der Krieg einen ›veredelnden‹ Einfluss auf die menschliche Seele habe. Die lächerlich operettenhafte Parade der Uniformen, Militärstiefel, Fahnen und Trompeten, die wir für gewöhnlich damit assoziieren, dürfen den heutigen Beobachter nicht über das noch immer lebendige Erbe hinwegtäuschen, das dem politischen Vokabular so schmerzliche Begriffe wie ›los desaparecidos‹ (›die Verschwundenen‹) hinterlassen hat.
Die Schwesterideologie des Faschismus, der Nationalsozialismus, teilte mit dem ersten zwar die Vergötterung des Staates, machte sich darüber hinaus aber zum Sprachrohr einer viel älteren und heimtückischeren Perversion der menschlichen Natur. Sein schwarzer Kern war die Besessenheit von einer Idee, die seine Befürworter ›Rassenreinheit‹ nannten. Diese so offensichtlich falsche Grundidee schwächte keineswegs die unbeirrbare Entschlossenheit, mit der er sein mörderisches Ziel verfolgte. Das Nazisystem ist einzig in der schieren Bestialität dessen, was man allgemein mit ihm verbindet: der zum Programm erhobene Genozid, die systematische Verfolgung solcher Bevölkerungsgruppen, die entweder als wertlos oder als schädlich für die Zukunft der Menschheit galten, ein Programm, das darauf abzielte, das gesamte jüdische Volk auszulöschen. Letztlich war das nationalsozialistische Ziel, dass eine selbsternannte ›Herrenrasse‹ den gesamten Planeten beherrschen müsse, hauptverantwortlich dafür, dass ‘Abdu’l-Bahás zwanzig Jahre zuvor ausgesprochene prophetische Warnung sich bewahrheiten sollte: Ein weiterer Krieg, weitaus schrecklicher noch als der erste, würde die Welt verheeren. Wie der Faschismus hat auch der Nationalsozialismus unserer Zeit seine Überreste hinterlassen, in diesem Fall in Form von Symbolen und einer Sprache, mit denen heute gesellschaftliche Randgruppen – verzweifelt vom wirtschaftlichen und sozialen Niedergang um sie herum und ohne Hoffnung auf eine Lösung – ihre ohnmächtige Wut an Minderheiten auslassen, die sie für ihre Enttäuschung verantwortlich machen.
Der dritte falsche Götze, den schon der Meister ausdrücklich benannte und den Shoghi Effendi namentlich anprangerte, zeigte sein wahres Gesicht gleich zu Beginn, als er während der letzten Jahre des Ersten Weltkriegs die erste demokratische Regierung, die jemals in Russland geschaffen worden war, brutal stürzte. Lange Jahre gelang es dem sowjetischen System des Wladimir Lenin, sich vielen als Wohltäter der Menschheit und Verfechter sozialer Gerechtigkeit darzustellen. Im Lichte der historischen Ereignisse allerdings sind solche Anmaßungen geradezu grotesk. Der heutige Forschungsstand beweist unwiderlegbar so ungeheure Verbrechen und so abgründige Verirrungen, dass sie in sechstausendjähriger Geschichtsschreibung ihresgleichen nicht finden. In einem Ausmaß, das sich früher niemand auch nur vorstellen konnte, versuchte die leninistische Verschwörung gegen die menschliche Natur auch, den Glauben an Gott systematisch auszulöschen. Ganz gleich, wie Politikwissenschaftler die Situation gegenwärtig betrachten mögen, niemand kann überrascht sein, dass eine derart vorsätzliche Verletzung der Wurzeln menschlicher Motivation unausweichlich zum wirtschaftlichen und politischen Ruin jener Gesellschaften führen musste, die das Unglück hatten, unter sowjetische Herrschaft zu fallen. Dass der Kommunismus die begründete Sehnsucht unterdrückter Völker auf der ganzen Welt nach Freiheit und Gerechtigkeit im Sinne des eigenen verderbten Programms irreleitete, gehört tragischerweise zu seinen langfristigen geistigen Auswirkungen.
Dass die Menschheit immer wieder Götzenbilder eigener Erfindung anbetet, ist aus Bahá’í-Sicht nicht allein wegen der mit diesen Kräften assoziierten historischen Ereignisse wichtig, wie entsetzlich sie auch waren, sondern wegen der Lehren, die man daraus ziehen sollte. Schaut man zurück auf jene Welt des Zwielichts, in der solch teuflische Mächte die Zukunft der Menschheit verfinsterten, dann drängt sich die Frage auf, welche Wesensschwäche den Menschen gegenüber derartigen Einflüssen so empfänglich und verwundbar macht. In jemandem wie Benito Mussolini einen ›vom Schicksal Auserwählten‹ zu sehen; die Rassentheorien Adolf Hitlers als etwas anderes denn als Produkt eines so offensichtlich kranken Geistes zu verstehen; menschliche Erfahrung ernsthaft im Lichte jener Dogmen zu interpretieren, welche die Sowjetunion eines Josef Stalin hervorbrachten – für eine derart bewusste Preisgabe der Vernunft durch einen beträchtlichen Teil der intellektuellen Elite muss vor der Nachwelt Rechenschaft abgelegt werden. Wo eine solche Bewertung leidenschaftslos erfolgt, stößt sie früher oder später auf eine Wahrheit, die sich wie ein roter Faden durch die Schriften aller Religionen der Welt zieht. Mit den Worten Bahá’u’lláhs:
»Die Wirklichkeit des Menschen … jedoch hat Er zum Brennpunkt für das Strahlen aller Seiner Namen und Attribute und zum Spiegel Seines eigenen Selbstes erkoren … Diese Kräfte … sind jedoch latent in ihm, gleich wie die Flamme in der Kerze verborgen und das Licht potentiell in der Lampe ist … Weder die Kerze noch die Lampe können durch eigenes Streben und ohne Hilfe entzündet werden, noch ist es dem Spiegel jemals möglich, sich selbst von seinem Schmutze zu befreien.« Q74
Die Verblendung der Menschheit durch selbsterdachte Ideologien hatte zur Folge, dass sich der Zerfallsprozess, der die sozialen Lebensstrukturen auflöste und die niedersten Triebe der menschlichen Natur kultivierte, erschreckend beschleunigte. Die durch den Ersten Weltkrieg bewirkte Verrohung prägte nun das gesellschaftliche Zusammenleben in weiten Teilen des Planeten. »So haben Wir die Missetäter versammelt«, warnte Bahá’u’lláh über ein Jahrhundert zuvor. »Wir sehen, wie sie zu ihrem Götzen stürmen … Sie eilen dem Feuer der Hölle zu und halten es für Licht.«Q75

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Jetzt, da die Gemeindeordnung des Glaubens Gestalt annahm, richtete Shoghi Effendi seine Aufmerksamkeit auf die Aufgabe, die er so lange hatte aufschieben müssen – den Göttlichen Plan des Meisters in die Tat umzusetzen. In Persien ging es damit bereits gut voran. Eine Reihe eigens berufener Lehrer, die ›Muballighín‹, die erst von Bahá’u’lláh und später von ‘Abdu’l-Bahá angeleitet worden waren, inspirierte im ganzen Land die Arbeit auf der örtlichen Ebene, und da ein lebendiges Gemeindeleben bestand, konnten neuerklärte Gläubige relativ schnell in die Gemeinde integriert werden. Ḥuqúqu’lláh-Fonds und das übliche Vorgehen, Reiselehrer zu unterstützen, falls es einem selbst nicht möglich war, sich aufzumachen – eine im Bewusstsein der persischen Bahá’í bereits fest verankerte Praxis –, stellten die materiellen Mittel für diese Lehraktivitäten bereit.
Im Westen war der Glauben vor allem gefördert worden durch so herausragende Gläubige wie Lua Getsinger, May Maxwell und Martha Root, die den Aufrufen des Meisters gefolgt waren. Allein schon diese Namen heben ein Merkmal der Ausbreitung der Sache Gottes im Westen hervor, auf das der Meister besonders hingewiesen hatte:
»In Amerika haben die Frauen die Männer darin übertroffen und die Führung übernommen. Sie mühen sich härter, die Völker der Welt zu führen, und ihre Anstrengungen sind größer. Sie werden durch himmlische Gnadengaben und Segnungen bestätigt.« Q76
Im Osten hatten die gesellschaftlichen Umstände es geradezu erzwungen, dass vor allem Männer die Initiative zur Förderung des Glaubens ergriffen. In Nordamerika und Europa jedoch war man weitgehend frei von solchen Einschränkungen, und auf beiden Seiten des Atlantik wurde eine herausragende Schar unvergesslicher Frauen zu den wichtigsten Trägern der Botschaft Gottes. Man denke etwa an Sarah Farmer, deren Schule in Green Acre der jungen Bahá’í-Gemeinde ein Forum dafür bot, den Glauben einflussreichen Denkern bekannt zu machen; an Sara Lady Blomfield, deren gesellschaftliche Stellung ihrem leidenschaftlichen Eintreten für die Lehren besondere Wirkkraft verlieh; an Marion Jack, die Shoghi Effendi als Vorbild für Bahá’í-Pioniere unsterblich machte; an Laura Dreyfus-Barney, die dem Glauben jene unschätzbare Sammlung von Tischgesprächen des Meisters, die Beantworteten Fragen, hinterließ; an Agnes Parsons, welche gemeinsam mit Louis Gregory die vom Meister angeregte Initiative ›Race Amity‹ begründete; an Corinne True, Keith Ransom-Kehler, Helen Goodall, Juliet Thompson, Grace Ober, Ethel Rosenberg, Clara Dunn, Alma Knobloch und eine Reihe anderer herausragender Frauen, von denen die meisten Pionierarbeit auf einem neuen Feld des Dienstes leisteten.
Ein Name darf in dieser Aufzählung nicht fehlen: Königin Marie von Rumänien, die man allezeit als erstes gekröntes Haupt, das die Offenbarung Gottes an diesem Tage erkannte, preisen wird. Durch den Mut dieser einsamen Frau, die Briefe an die Herausgeber etlicher Zeitungen richtete und darin ihren Glauben furchtlos öffentlich erklärte, erfuhren höchstwahrscheinlich Millionen von Lesern den Namen der Sache Gottes.
Trotz der beindruckenden Reaktionen, die diese frühen Bemühungen hervorriefen, fehlten doch die organisatorischen Mittel, ihre Ergebnisse nutzbar zu machen, so dass der sich daraus ergebende Vorteil für die Gemeinden im Westen begrenzt blieb. Das änderte sich deutlich mit der Entwicklung der Gemeindeordnung. Wo sich Geistige Räte bildeten, wurden Ziele gesetzt und Finanzmittel zur Unterstützung der Lehrbemühungen der Einzelnen bereitgestellt, und wer sich zum Glauben erklärte, konnte sich an vielen Aktivitäten eines umfangreichen Bahá’í-Gemeindelebens beteiligen. Jetzt war die systematische Übersetzung und Veröffentlichung von Literatur möglich, Nachrichten von allgemeinem Interesse wurden regelmäßig ausgetauscht und die Verbindung der Gläubigen zum Weltzentrum festigte sich zunehmend.
Die beiden Mittel, mit denen Shoghi Effendi begann, bei den Freunden im Osten wie im Westen eine stetig wachsende Hingabe an das Lehren zu entwickeln, waren dieselben, die schon ‘Abdu’l-Bahá verwendet hatte. Ein ständiger Strom von Briefen an die Gemeinden wie auch an Einzelne eröffnete den Empfängern neue Dimensionen des von ihnen angenommenen Glaubens. Die wichtigsten Mitteilungen waren allerdings nun an die Nationalen und örtlichen Geistigen Räte gerichtet. Ihre Wirkung wurde durch den Strom zurückkehrender Pilger verstärkt, die Einsichten weitergaben, welche sie durch den unmittelbaren Kontakt mit dem Mittelpunkt des Glaubens gewonnen hatten. Durch diese Verbindungen wurde jeder einzelne Gläubige ermutigt, sich als Instrument der durch den Bund strömenden Kraft zu empfinden. Die unschätzbare Zusammenstellung, die unter dem Titel Messages to America, 1932 - 1946 veröffentlicht wurde, gibt einen Überblick über die Schritte, durch die Shoghi Effendi die nordamerikanischen Gläubigen immer tiefer in die eigentliche Bedeutung des Göttlichen Plans des Meisters zur »geistigen Eroberung des Planeten« einführte:
»In einer von unheilbarer Korruption verderbten, von quälenden Ängsten gelähmten, von zerstörerischem Hass zerrissenen und unter dem Gewicht schrecklichen Elends dahinsiechenden Welt, können, ja, müssen sie durch ihren erhabenen, unerschütterlichen Glauben, durch ihre stete, klare Vision, ihren unbestechlichen Charakter, ihre strenge Disziplin, ihre reine Moral und das einzigartige Beispiel ihres Gemeindelebens ihren begründeten Anspruch darlegen, als einziger Hort jener Gnade zu gelten, von deren Wirken die vollkommene Erlösung, die grundlegende Neuordnung und die höchste Glückseligkeit der gesamten Menschheit abhängt.« Q77
Der nordamerikanischen Bahá’í-Gemeinde hielt der Hüter die Vision ihrer geistigen Bestimmung vor Augen. Ihre Mitglieder, so sagte er, waren »die geistigen Nachkommen der Helden der Sache Gottes«, ihre sich entwickelnden Institutionen »die sichtbaren Symbole seiner [des Glaubens] unbestreitbaren Herrschaft«, ihre ausgesandten Lehrer und Pioniere die »Fackelträger einer noch ungeborenen Kultur«, ihre gemeinsame Herausforderung, den »Hauptanteil« beim Legen des Fundaments der Weltordnung zu übernehmen, »die der Báb angekündigt, der Geist Bahá’u’lláhs erschaut und deren Grundriss ‘Abdu’l-Bahá, ihr Architekt, entworfen hat … «Q78
Die Sprache dieser Botschaften ist großartig und fesselnd. Angesichts der Dunkelheit, welche Gottlosigkeit, Gewalt und schleichende Unmoral zunehmend verbreiteten, beschreibt Shoghi Effendi die Rolle, die Bahá’í in der ganzen Welt als Werkzeuge der verwandelnden Kraft der neuen Offenbarung spielen müssen:
»Gerade sie haben die Pflicht, die Fackel göttlicher Führung hell strahlend emporzuhalten, da jetzt die Schatten der Nacht sich senken, bis sie schließlich die ganze Menschheit umgeben werden. Gerade sie haben die Aufgabe, inmitten der Unruhen, Gefahren und Schrecken Zeugnis für die Vision jener neu erschaffenen Gesellschaft abzulegen und ihr Nahen zu verkünden – jenes von Christus verheißenen Königreichs, jener Weltordnung, die durch nichts Geringeres als den Geist Bahá’u’lláhs selbst ins Leben gerufen wurde, deren Herrschaftsgebiet der ganze Planet, deren Losung Einheit, deren Lebenskraft Gerechtigkeit, deren Leitziel die Herrschaft von Rechtschaffenheit und Wahrheit ist, und deren höchster Ruhm die vollkommene, ungestörte und ewige Glückseligkeit der ganzen Menschheit.« Q79
1936 entschied der Hüter, dass die Gemeindestruktur in Nordamerika so ausreichend verbreitet und gefestigt sei, dass er beginnen konnte, die erste Phase des Göttlichen Plans in die Tat umzusetzen. Zu einer Zeit, da die Welt auf eine neue Feuersbrunst zutrieb und der Spielraum für die Anstrengungen der persischen Gläubigen eng begrenzt war, musste die Konzentration notwendigerweise auf die Ausbreitung und Festigung der Bahá’í-Gemeinden in der westlichen Hemisphäre gerichtet sein, um sie auf künftige, weit größere Aufgaben vorzubereiten. Der Hüter wandte sich an die vom Meister mit der Ausführung des Plans Betrauten, die Gläubigen in Nordamerika, und entwarf einen Siebenjahresplan, der von 1937 bis 1944 dauern sollte. Sein Ziel war, wenigstens einen örtlichen Geistigen Rat in jedem Staat der Vereinigten Staaten und in jeder Provinz Kanadas zu errichten und vierzehn Republiken in Lateinamerika dem Glauben zu erschließen. Dazu kam als weitere Aufgabe, die kunstvoll gestaltete Fassade am ›Muttertempel des Westens‹ fertigzustellen, was für jene Gemeinde mit noch immer wenigen Mitgliedern und äußerst beschränkten finanziellen Mitteln eine ungeheure Herausforderung war.
Rúḥíyyih Khánum hat auf die verblüffende Parallele zwischen zwei Entwicklungen in dieser Zeit hingewiesen. Auf der einen Seite schickten mächtige Staaten Invasionsarmeen aus, um sich der Bodenschätze benachbarter Staaten zu bemächtigen – oder einfach, um ihre Eroberungslust zu befriedigen. Zur gleichen Zeit mobilisierte Shoghi Effendi die so kleine Schar von Pionieren, die ihm zur Verfügung stand, und sandte sie aus, die Lehrziele des von ihm entworfenen Plans zu erfüllen. Innerhalb weniger Jahre waren die mächtigen Armeen am Boden zerschlagen und ihre Namen und Eroberungen aus den Seiten der Geschichte getilgt. Die kleine Schar von Gläubigen aber hatte ihr Leben in die Hand genommen und war ausgezogen, um die ihr vom Hüter übertragene Aufgabe zu erfüllen. Sie hatte alle ihre Ziele erreicht oder sogar übertroffen und damit die Grundlage für bald blühende Gemeinden gelegt.A26
Um dieses Unternehmen würdigen zu können, ist es für die Bahá’í hilfreich, wenn sie nicht nur die Rolle verstehen, die Planung im Leben der Sache Gottes spielt, sondern auch die einzigartige Wirkkraft dieses Mittels, wenn es im Bahá’í-Sinne angewandt wird. Systematisch ausgesuchte Ziele und ebenso systematisch getroffene Entscheidungen über die Wege dahin, bedeuten nicht, dass die Bahá’í-Gemeinde meint, sich in eigener Verantwortung eine Zukunft ›entwerfen‹ zu müssen, was man ja gemeinhin unter dem Begriff Planung versteht. Vielmehr bemühen sich die Bahá’í-Institutionen, die Arbeit für den Glauben in Einklang mit dem Wirken Gottes zu bringen, das sie sich in der Welt stetig entfalten sehen – ein Prozess, der schließlich sein Ziel unabhängig von den historischen Umständen und Ereignissen erreichen wird. Die Herausforderung an die Gemeindeordnung besteht nun darin, dafür zu sorgen, dass – so es die Vorsehung erlaubt – die Bemühungen der Bahá’í mit dem größeren Plan Gottes harmonieren, denn wenn sie das tun, tragen die von Bahá’u’lláh in der Sache Gottes angelegten Möglichkeiten Früchte. Dass die Vorkehrungen des Kitáb-i-Aqdas und des Testaments ‘Abdu’l-Bahás den Erfolg der Bemühungen der Bahá’í sichern, wird eindrucksvoll durch die lückenlose Kette von Siegen bewiesen, mit denen die von Shoghi Effendi entworfenen Pläne beendet wurden.
Im August 1944 konnte Shoghi Effendi den erfolgreichen Abschluss des ersten Siebenjahresplanes bekannt geben. Zur gleichen Zeit machte der Hüter der Bahá’í-Welt ein Geschenk, das eine seiner größten Lebensleistungen darstellt. Die Veröffentlichung von Gott geht vorüber, dem umfassenden Geschichtswerk, das die ersten hundert Jahre in der Entwicklung der Sache Gottes reflektiert, eröffnete den Gläubigen einen Ausblick auf den geistigen Prozess, durch den sich Bahá’u’lláhs Absicht für die Menschheit verwirklicht.
Die Geschichte ist ein machtvolles Werkzeug. Im besten Fall eröffnet sie ein Verständnis der Vergangenheit und einen Ausblick in die Zukunft. Sie bevölkert das menschliche Bewusstsein mit Helden, Heiligen und Märtyrern, deren Beispiel in jedem, der durch sie berührt wird, völlig ungeahnte Kräfte weckt. Sie verhilft dazu, die Welt zu verstehen – und die Menschen. Sie inspiriert, tröstet und erhellt. Sie bereichert das Leben. In dem großen Literatur- und Sagenschatz, den die Menschheit ihr verdankt, kann man die Hand der Geschichte am Werk sehen, wie sie den Lauf der Kultur maßgeblich lenkt – in den Sagen, die seit Anbeginn der Überlieferung in allen Völkern Ideale geweckt haben, in den Epen des Ramajana, den berühmten Heldentaten der Odyssee und der Äneis Homers, den nordischen Sagas, Firdawsis Sháhnámeh und vielerorts in der Bibel und im Qur’án.
Gott geht vorüber hebt diese gewaltige Geistesarbeit auf eine leidenschaftlich erstrebte, doch zu keiner Zeit erreichte Stufe. Wer für seine Vision offen ist, entdeckt darin einen breiten Weg zum Verständnis der Absicht Gottes, einen Weg, der der unermesslichen Weite, die Shoghi Effendis einzigartige Übersetzungen der offenbarten Texte eröffnen, zustrebt. Die Veröffentlichung des Werkes zur Jahrhundertfeier der Geburt der Sache Gottes – gerade als die Bahá’í-Welt den Erfolg des ersten Unternehmens feierte, das sie gemeinsam hatten bewältigen können – bündelte für die Gläubigen in der ganzen Welt die erhabene Majestät und die Bedeutung von hundert Jahren ständiger Opfer.
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Bald nach Beginn des zweiten Weltkriegs eröffnete der Hüter den Bahá’í eine Deutung dieses Konflikts, die sich stark von der gängigen Auffassung unterschied. Er sagte, dass man den Krieg als »direkte Fortsetzung« des 1914 entzündeten Weltbrandes sehen müsse. Man würde ihn später als »wesentliche Voraussetzung für die Einigung der Welt« erkennen. Der Kriegseintritt der Vereinigten Staaten – die selbst die visionäre Initiative des von ihrem Präsidenten Woodrow Wilson initiierten internationalen Ordnungssystems verworfen hatten – würde die Nation dazu führen, »aus Not einen wesentlichen Anteil der Verantwortung dafür zu übernehmen, dass dieses verkannte aber unsterbliche System ein für alle Mal umfassend, weltweit und unerschütterlich begründet wird«Q80.
Diese Aussage erwies sich als prophetisch. Nach dem Ende der Feindseligkeiten wurde zunehmend deutlich, dass auf der ganzen Welt ein grundlegender Bewusstseinswandel im Gange war und dass überkommene Postulate, Institutionen und Prioritäten, die schon während der ersten Hälfte des Jahrhunderts immer mehr ins Wanken geraten waren, jetzt zusammenbrachen. Wenn auch diese Veränderungen noch kein Zeichen für eine erwachte Überzeugung von der Einheit der Menschheit waren, so konnte doch kein objektiver Beobachter verkennen, dass die Barrieren, die eine solche Erkenntnis verhindert und dem Ansturm früherer Jahrhunderte widerstanden hatten, jetzt schließlich fielen. Es kommen einem die prophetischen Worte des Qur’án 27:88 in den Sinn: »Und du siehst die Berge, von denen du meinst, dass sie unbeweglich seien, sich von der Stelle bewegen, wie Wolken das tun.« All dies erweckte bei fortschrittlichen Denkern ein Gefühl der Zuversicht, dass es möglich werden könne, eine neue Gesellschaft aufzubauen, die nicht nur den Weltfrieden langfristig bewahren, sondern auch das Leben aller Bewohner bereichern werde.
In erster Linie folgte diese neu aufkeimende Hoffnung aus der vorangegangenen ›Feuerprobe‹, die, wie Shoghi Effendi es vorhergesehen hatte, jenes »Gefühl für … Verantwortung einbrennen« konnte, das die Führungspersönlichkeiten in den Anfangsjahren des Jahrhunderts nicht hatten aufkommen lassen wollen.A27 Zu diesem neuen Bewusstsein kam noch die Angst hinzu, die die Erfindung und der Einsatz von Atomwaffen auslöste, was die Bahá’í an die früheren Aussagen des Meisters in Nordamerika erinnert, dass der Friede schließlich kommen werde, weil die Nationen förmlich dazu getrieben würden. Im Montreal Daily Star wird ‘Abdu’l-Bahá zitiert: »Er [der Friede] wird im zwanzigsten Jahrhundert die Welt umfassen. Alle Nationen werden dazu gezwungen werden.«Q81 Die Jahre unmittelbar nach 1945 erlebten einen Fortschritt beim Aufbau einer neuen Gesellschaftsordnung, der die glühendsten Hoffnungen früherer Jahrzehnte noch bei Weitem übertraf.
Am wichtigsten war dabei die Bereitschaft nationaler Regierungen, ein neues System internationaler Ordnung zu schaffen und es mit der friedenssichernden Autorität zu versehen, die dem inzwischen untergegangenen Völkerbund leider verweigert worden war. Im April 1945 trafen sich Delegierte aus fünfzig Staaten in San Francisco – in Kalifornien, wo ‘Abdu’l-Bahá prophetisch verkündet hatte: »Möge die erste Flagge des internationalen Friedens in diesem Staate gehisst werden.«Q82 – und nahmen die Charta der Vereinten Nationen (UNO)A28 an, deren Namen Präsident Franklin D. Roosevelt vorgeschlagen hatte. Die Ratifizierung durch die erforderliche Anzahl von Mitgliedsstaaten erfolgte im Oktober desselben Jahres, und die erste Generalversammlung der neuen Organisation trat am 10. Januar 1946 in London zusammen. In New York, der Stadt, die ‘Abdu’l-Bahá siebenunddreißig Jahre zuvor als »Stadt des Bundes« gerühmt hatte, wurde im Oktober 1949 der Grundstein zum Sitz der Vereinten Nationen gelegt. Bei Seinem Besuch hatte der Meister vorausgesagt: »Zweifellos … wird hier das Banner internationaler Verständigung entfaltet werden und sich immer weiter über alle Nationen der Welt ausbreiten.«Q83
Praktische Folgen hatte Bahá’u’lláhs Aufruf zu Maßnahmen kollektiver Sicherheit bezeichnenderweise endlich auf Initiative eines Politikers aus einer der westlichen Nationen, an die Er Seine Botschaft gerichtet hatte: erstmals in den nominellen Sanktionen des Völkerbundes gegen die faschistische Aggression in Äthiopien. Im November 1956 erreichte Lester Bowles Pearson, damals Außenminister, später Premierminister von Kanada, dass die Vereinten Nationen die erste friedenerhaltende Streitmacht aufstellten. Diese Leistung trug ihm den Friedensnobelpreis ein.A29 Die in einem solchen Auftrag enthaltenen weitreichenden Befugnisse stellten sich während der zweiten Hälfte des Jahrhunderts immer deutlicher als wichtiger Bestandteil internationaler Beziehungen heraus. Wurden anfangs nur Vereinbarungen zwischen feindlichen Staaten überwacht, so nahm der Grundsatz kollektiven Vorgehens zum Erhalt des Friedens nun schrittweise die Gestalt militärischer Interventionen an, wie zum Beispiel im Golfkrieg, als gegenüber den Aggressoren die Einhaltung der Resolutionen des Sicherheitsrates mit Gewalt durchgesetzt wurde.
Neben der Errichtung der Vereinten Nationen und der Schritte, mit denen ihren Sanktionen jetzt Nachdruck verliehen werden konnte, gab es noch einen zweiten wichtigen Durchbruch. Noch vor dem Ende der Kampfhandlungen wurden die Filmaufnahmen von der Befreiung der nationalsozialistischen Todeslager veröffentlicht, und auf der ganzen Welt waren die Menschen fassungslos über die hier offen gezeigten grauenvollen Auswirkungen des Rassismus. Die tiefempfundene Scham angesichts des Entsetzlichen, dessen der Mensch sich fähig gezeigt hatte, erschütterte das Bewusstsein der gesamten Menschheit. Die Chance, die sich hier kurzfristig bot, wurde von einer Gruppe weitsichtiger, entschlossener Männer und Frauen ergriffen, die unter der begeisternden Führung solcher Persönlichkeiten wie Eleanor Roosevelt dafür sorgten, dass die Vereinten Nationen die Allgemeine Erklärung der Menschenrechte annahmen. Die moralische Verantwortung, die damit übernommen wurde, institutionalisierte sich später in der Gründung der Menschenrechtskommission der Vereinten NationenA30. Zu gegebener Zeit sollte die Bahá’í-Gemeinde selbst von der Bedeutung dieser Institution als Schutz von Minderheiten vor den in der Vergangenheit üblichen Übergriffen profitieren.
Die Bedeutung dieser beiden Errungenschaften tritt besonders hervor durch die Entscheidung der Siegermächte des Zweiten Weltkriegs, führenden Nationalsozialisten den Prozess zu machen. Zum ersten Mal in der Geschichte wurden die Führer eines unabhängigen Staates – Männer, die sich mit der Verfassungsmäßigkeit der von ihnen bekleideten politischen Ämter zu rechtfertigen suchten – vor ein öffentliches Gericht gestellt, ihre Verbrechen schonungslos aufgedeckt und dokumentiert und sie selbst, sofern sie dem nicht durch Selbstmord entgingen, rechtmäßig verurteilt, entweder zum Tod durch den Strang oder zu langen Haftstrafen. Dieses Vorgehen rief keinen ernsthaften Protest hervor, obwohl es eigentlich eine grundlegende Abkehr von bestehenden Normen des Völkerrechts bedeutete. Obwohl die Glaubwürdigkeit des Verfahrens darunter litt, dass auch Richter eingesetzt wurden, die von der Sowjetdiktatur – deren eigene Verbrechen denen der Angeklagten gleichkamen oder sie sogar noch übertrafen – ernannt worden waren, so hat der Prozess doch einen historischen Präzedenzfall geschaffen. Zum ersten Mal wurde hier demonstriert, dass der Fetisch der ›nationalen Souveränität‹ erkennbare und durchsetzbare Grenzen hat.
In diesen Jahren begann auch die schon lange überfällige Verwirklichung eines anderen Ideals: die großen Reiche, die 1918 nicht nur überlebt hatten, sondern ihren Einflussbereich durch den Erwerb von ›Mandatsgebieten‹, ›Protektoraten‹ und den besiegten Mächten abgenommenen Kolonien sogar noch hatten erweitern können, lösten sich allmählich auf. Diese veralteten Systeme politischer Unterdrückung brachen zusammen unter der Flut nationaler Befreiungsbewegungen, der sie mit ihren geschwächten Kräften nicht mehr standhalten konnten. Erstaunlich schnell gaben sie ihre Ansprüche entweder freiwillig auf oder wurden durch Kolonialaufstände gezwungen, sich in das gleiche Schicksal zu fügen, das früher im Jahrhundert schon das Reich der Habsburger und das Osmanische Reich ereilt hatte.
Plötzlich war den Völkern der Welt ihre Würde wiedergegeben. In den Vereinten Nationen hatten sie jetzt ein Forum, wo sie ihre tiefsten Besorgnisse äußern konnten, und allmählich begannen sie, eine Rolle bei Entscheidungen über ihre eigene Zukunft und die der ganzen Menschheit zu spielen. Eine Wende war eingetreten, die sechs oder mehr Jahrtausende Menschheitsgeschichte hinter sich ließ. Zwar blieben Nachteile im Bereich der Bildung, es gibt weiterhin wirtschaftliche Ungerechtigkeit und politisch und diplomatisch geschaffene Hindernisse – doch trotz all dieser praktischen aber historisch gesehen vorübergehenden Begrenzungen setzte sich jetzt eine neue Autorität für die Belange der Menschen ein, an die sich alle hoffnungsvoll wenden konnten. Vertreter einst unterdrückter Völker, deren exotisch gekleidete Krieger nur fünf Jahrzehnte zuvor bei dem diamantenen Thronjubiläum von Königin Victoria in London den Festzug beschlossen hatten, traten jetzt als Delegierte im Sicherheitsrat auf, bekleideten hohe Posten bei den Vereinten Nationen und in allen möglichen Nichtstaatlichen Organisationen. Vielleicht wird das Ausmaß dieses Wandels am besten dadurch symbolisiert, dass der gegenwärtige Generalsekretär der Vereinten Nationen aus Ghana stammt und seine beiden unmittelbaren Amtsvorgänger aus Ägypten und Peru.A31
Auch war dies keineswegs nur ein formaler oder administrativer Wandel. Mit der Zeit befreiten sich immer mehr herausragende Persönlichkeiten verschiedenster sozialer Herkunft aus den Fesseln ethnischer, kultureller oder religiöser Zugehörigkeit. In jedem Kontinent der Erde wurden Namen wie Anne Frank, Martin Luther King Jr., Paolo Freire, Ravi Shankar, Gabriel García Márquez, Kiri Te Kanawa, Andrej Sacharow, Mutter Theresa und Zhang Yimou Quellen der Inspiration und des Mutes für unzählige ihrer Mitbürger.A32 In allen Lebensbereichen sprachen Heldenhaftigkeit, herausragendes berufliches Können oder eine hohe Moral zunehmend für sich selbst und wurden von den Menschen anerkannt und hoch geschätzt. Die weltweite Welle der Verbundenheit und Freude, die die Haftentlassung Nelson Mandelas und seine folgende Wahl zum Präsidenten Südafrikas auslöste, spiegelte ein Bewusstsein bei den Völkern aller Rassen und Nationen dafür wider, dass diese historischen Ereignisse Siege der ganzen Menschheitsfamilie sind.
Außerdem wurde klar, dass die vor dem Krieg bestehenden Vorstellungen über die Verteilung und Verwendung des Reichtums gründlich überholt werden mussten. Neben den Prinzipien sozialer Gerechtigkeit, die zweifellos eine beträchtliche Zahl der an dieser Aufgabe Beteiligten beflügelten, hatten vor allem auch die durch die Ereignisse der vergangenen drei Jahrzehnte hervorgerufenen wirtschaftlichen Erschütterungen deutlich gemacht, dass die bestehenden Handelsvereinbarungen veraltet und ineffizient waren. In mehreren Ländern waren als Reaktion auf die Weltwirtschaftskrise der dreißiger Jahre bereits Versuche unternommen worden, solche Probleme auf nationaler Ebene zu lösen. Jetzt wurde nach und nach ein System ineinandergreifender Institutionen entwickelt und eingesetzt, das sich an der Erkenntnis orientierte, dass die Wirtschaft eines Landes Teil eines globalen Ganzen ist. Der Weltwährungsfonds, das Allgemeine Zoll- und Handelsabkommen (GATT)A33, die Weltbank und verschiedene Hilfsorganisationen begannen, wenn auch spät, sich mit den Folgen einer zusammenwachsenden Welt auseinander zu setzen, einschließlich der damit einhergehenden Frage nach der Verteilung des Reichtums. Sehr bald schon wiesen führende Denker aus den Entwicklungsländern darauf hin, dass solche Schritte hauptsächlich den Interessen des Westens dienten. Alles in allem kennzeichnete die Bildung dieser Einrichtungen jedoch einen grundlegenden Richtungswandel, der nach und nach die Einbeziehung zahlreicher Staaten und Institutionen ermöglichen würde.
Eine humanitäre Initiative neuer, bisher unbekannter Art erschloss der laufenden globalen Integration noch eine andere Dimension. Es begann mit dem von der Regierung der Vereinigten Staaten entworfenen ›Marshallplan‹ zum Wiederaufbau der durch den Krieg zerstörten europäischen Länder. Später erwogen dann Staaten, die wirtschaftlich dazu in der Lage waren, Programme, mit denen aufstrebenden Nationen bei der sozialen und wirtschaftlichen Entwicklung geholfen werden könnte. Diese Überlegungen wurden öffentlich geführt und weckten bei Völkern, die ein ausgereiftes Bildungssystem und Gesundheitsfürsorge hatten und technisch entwickelt waren, ein Gefühl der Solidarität mit der übrigen Welt. Schon bald wurden dieser ambitionierten Initiative zweifelhafte Motive vorgeworfen. Auch ist nicht zu leugnen, dass auf längere Sicht die Ergebnisse der Entwicklungsprojekte äußerst enttäuschend waren, denn es ist ihnen nicht gelungen, die gähnende Kluft zwischen Arm und Reich zu schließen. Trotz allem ist jedoch festzuhalten, dass sich hier eine Sicht von der einen Menschheit mit einem gemeinsamen Ziel auftat. Am deutlichsten war das wohl an der Reaktion unzähliger idealistischer junger Menschen aus vielen Ländern abzulesen.
Im Fernen Osten hatte der Krieg paradoxerweise sogar eine gewisse befreiende Wirkung auf das Bewusstsein. Schon 1904 betrachtete man im Osten vielerorts den russisch-japanischen Konflikt als ermutigenden Beweis dafür, dass nichtwestliche Völker der scheinbar unbesiegbaren Übermacht des Westens widerstehen konnten. Dieser Eindruck vertiefte sich aufgrund der Ereignisse des Ersten Weltkriegs und wurde dadurch verstärkt, dass die japanische Armee zwischen 1941 und 1945 den massiven Bemühungen der Alliierten, sie zu besiegen, lange standhalten konnte. Während der zweiten Hälfte des Jahrhunderts brachte dieses technologische Wissen denn auch in einem halben Dutzend asiatischer Länder moderne Volkswirtschaften hervor, deren innovative Produkte und industrielle Energie, vor allem im Transportwesen und in der Informationstechnologie, sich ohne weiteres mit den Spitzenerzeugnissen der übrigen Industrieländer messen können.
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Nach dem Ende der Kampfhandlungen war 1946 der Weg für den zweiten Siebenjahresplan des Hüters geebnet, der von der neuen Aufnahmebereitschaft für die Botschaft des Glaubens profitierte, die der zu jener Zeit schon deutlich erkennbare Bewusstseinswandel hervorrief. Wieder war die nordamerikanische Bahá’í-Gemeinde aufgerufen, große Verantwortung zu übernehmen, im Wesentlichen auf den Errungenschaften des früheren Plans aufzubauen und diese weiter zu entwickeln. Der große Unterschied bestand allerdings darin, dass jetzt auch zahlreiche andere Bahá’í-Gemeinden in der Lage waren, sich an der Ausführung des Planes zu beteiligen. Die Bahá’í von Indien, Birma und Pakistan hatten bereits 1938 einen eigenen Plan begonnen. Mit dem Ende der Kampfhandlungen unternahmen nach und nach auch die Nationalen Geistigen Räte von Persien, der Britischen Inseln, von Australien und Neuseeland, Deutschland und Österreich, Ägypten und dem Sudan und des Irak – die jetzt von den Einschränkungen befreit waren, die der Krieg ihnen auferlegt hatte – Projekte unterschiedlicher Dauer mit dem Ziel, das Fundament der Gemeindeordnung auszuweiten, Pioniere in Zielgebiete im eigenen Land und im Ausland anzusiedeln und Bahá’í-Literatur vermehrt verfügbar zu machen.
Bis 1953 waren alle diese Unternehmungen erfolgreich abgeschlossen. Drei neue Nationale Geistige Räte waren gebildet worden und hatten ergänzende Lehrpläne in Angriff genommenA34; in Europa war eine ganze Reihe örtlicher Räte gebildet worden; durch die Zusammenarbeit von fünf nationalen Gemeinden, koordiniert von dem Nationalen Geistigen Rat der Britischen Inseln, konnten Pioniere in Ost- und Westafrika angesiedelt werden; und das große Projekt, das mit der Grundsteinlegung des Muttertempels des Westens durch den Meister begonnen hatte, war endlich abgeschlossen.
Noch bevor die Bahá’í-Gemeinde diese Erfolge feiern konnte, kündigte Shoghi Effendi ihnen eine neue Herausforderung von atemberaubenden Ausmaßen an. Angetrieben von geschichtlichen Kräften, die nur er erkennen konnte, gab der Hüter bekannt, dass mit dem nächsten Riḍván-Fest ein zehn Jahre andauernder weltumspannender Plan beginnen werde, den er als ›geistigen Kreuzzug‹ bezeichnete. Dieser Plan bündelte die Energie aller damals bestehenden Nationalen Geistigen Räte – den zwölften bildeten die Gemeinden Italiens und der Schweiz – und rief dazu auf, einhundertdreiunddreißig neue Länder und Territorien für den Glauben zu eröffnen und zugleich vierundvierzig Nationale Geistige Räte zu bilden, von denen dreiunddreißig Rechtsfähigkeit erlangen sollten; eine enorme Zunahme an Bahá’í-Literatur; die Errichtung von Häusern der Andacht im Írán und in Deutschland, (nachdem das Bauprojekt in Teheran blockiert wurde, wurden stattdessen Tempel in Afrika und Australien errichtet); und die Erhöhung der Zahl der Geistigen Räte auf fünftausend weltweit, von denen dreihundertfünfzig Rechtsfähigkeit erlangen sollten. Durch nichts, was die Bahá’í in der ganzen Welt bisher erlebt hatten, waren sie auf ein derart gigantisches Unternehmen vorbereitet. Das immense Ausmaß der Herausforderung legte Shoghi Effendi in einem Telegramm vom 8. Oktober 1952 dar:
»Sehe Stunde gekommen, der ganzen Bahá’í-Welt den geplanten Beginn … des schicksalsschweren, seelenergreifenden, ein Jahrzehnt währenden, weltumfassenden geistigen Kreuzzuges bekannt zu machen, der … die gemeinsame Teilnahme aller Nationalen Geistigen Räte der Bahá’í-Welt einschließt, um die geistige Herrschaft Bahá’u’lláhs unverzüglich auszudehnen auf sämtliche verbleibenden, über den Planeten verstreute souveräne Staaten, Hoheitsgebiete – einschließlich der Fürstentümer, Sultanate, Emirate, Scheichtümer, Protektorate, Mandatsgebiete – und Kronkolonien. Die gesamte Gemeinde der Träger des alles besiegenden Glaubens Bahá’u’lláhs ist jetzt aufgerufen, in einem einzigen Jahrzehnt Taten zu vollbringen, die in ihrer Gesamtheit das, was im Laufe der elf vorangegangenen Jahrzehnte vollbracht wurde und die Annalen der Bahá’í-Pionierarbeit erstrahlen ließ, in den Schatten stellt.« Q84
Der Sieg in diesem ambitionierten Unternehmen würde bedeuten, dass der Glaube schließlich den ganzen Erdball umspannen, dass die Zahl der seiner Gemeindeordnung zugrundeliegenden Institutionen sich verfünffachen und dass sein Gemeindeleben bereichert würde durch die Einbeziehung von Gläubigen aus sehr vielen bisher vom Glauben noch nicht berührten Kulturen, Nationen und Stämmen.
Der Plan verlangte praktisch, dass der Glaube einen riesigen Schritt nach vorn machte und so mehrere Stufen seiner Entwicklung in einem Sprung nahm. Shoghi Effendi erkannte klar und deutlich – und das war nur durch die dem Hütertum innewohnende Kraft der Voraussicht möglich –, dass ein historisches Zusammentreffen verschiedener Umstände der Bahá’í-Gemeinde eine Möglichkeit eröffnete, die nicht wiederkehren würde und von der der Erfolg künftiger Phasen in der Durchführung des Göttlichen Planes gänzlich abhängen würde. Was er ohne Zögern den »Ruf des Herrn der Heerscharen« nannte, ist in einer Botschaft enthalten, welche die Vorstellungskraft der Bahá’í in allen Teilen der Welt beflügelte:
»Ganz gleich wie viel Zeit sie [die Gläubigen] auch vom endgültigen Sieg trennt; wie mühsam die Aufgabe; wie groß die von ihnen geforderte Anstrengung; wie dunkel die Tage, die die Menschheit, verwirrt und schwer geprüft, zur Stunde ihrer Pein durchleiden muss; wie schwer die Prüfungen, welche jene, die ihr Glück wieder herstellen sollen, zu bestehen haben … Ich beschwöre sie bei dem kostbaren Blut, das so reichlich floss; bei den zahllosen Heiligen und Helden, die ihr Leben opferten; bei dem höchst ruhmreichen Opfertod des Herolds unseres Glaubens; bei den Leiden, die sein Stifter selbst bereitwillig auf sich nahm, damit Seine Sache lebe, Seine Ordnung eine zerrüttete Welt erlöse und ihre Herrlichkeit den ganzen Planeten durchströme – ich beschwöre sie, da diese ernste Stunde naht, fest entschlossen zu sein, niemals zurückzuweichen, niemals zu zögern, niemals nachzulassen, bis jedes einzelne Ziel des noch zu verkündenden Planes vollständig erreicht ist.« Q85
Die Reaktion ließ nicht lange auf sich warten. Innerhalb weniger Monate berichteten Botschaften aus dem Weltzentrum von immer neuen Siegen in einem Land nach dem anderen. Die Pioniere, die in einem Land oder Territorium den ersten Stützpunkt des Glaubens errichten konnten, wurden zu ›Rittern Bahá’u’lláhs‹ ernannt, und ihre Namen wurden in eine Ehrenrolle eingetragen, die, so bestimmte es der Hüter, später unter der Türschwelle zum Schrein Bahá’u’lláhs niedergelegt werden sollte. Nichts bezeugt so eindrucksvoll die visionäre Kraft Shoghi Effendis in seinen aufeinanderfolgenden Plänen wie die Tatsache, dass Bahá’í-Gemeinden und Geistige Räte in jedem der nach dem Zweiten Weltkrieg neu entstandenen Nationalstaaten bereits in das öffentliche Leben eingebunden waren.
Weitere großartige Siege folgten diesen ersten. Im Oktober 1957, als der Glaube in über zweihundertfünfzig Ländern und Gebieten begründet war, konnte Shoghi Effendi bekannt geben, dass zehn neue Grundstücke für künftige Häuser der Andacht gekauft werden konnten und die Arbeit an den Häusern der Andacht in Kampala, Sydney und Frankfurt begonnen hatte; dass Grundstücke für die sechsundvierzig benötigten nationalen Ḥaẓíratu’l-Quds gekauft worden waren; dass die Veröffentlichung von Bahá’í-Literatur beträchtlich zugenommen hatte; dass weitere Räte Rechtsfähigkeit erlangt hatten und ihre Zahl damit auf einhundertfünfundneunzig gestiegen war; Bahá’í-Eheschließungen und -Feiertage zunehmend anerkannt wurden und die Arbeit am Internationalen Bahá’í-Archiv voranging, dem ersten Gebäude, das an dem von Shoghi Effendi entworfenen weiten Bogen am Hang des Berges Karmel errichtet wurde. Wer auf die damaligen Ereignisse zurückblickt, muss von der väterlichen Fürsorge, mit der Shoghi Effendi das Erreichen dieser großartigen Ergebnisse sicherte, tief berührt sein. Sie zeigt sich auch darin, wie er in der letzten Botschaft zum Zehnjahreskreuzzug, die er im April 1957 an die Bahá’í richtete, sorgfältig jede der dreiundsechzig Lehrkonferenzen und Seminare, die in jenem Jahr in der ganzen Bahá’í-Welt abgehalten wurden, namentlich aufführte.
Solch eine Übersicht wäre unvollständig, wenn sie nicht auch die parallele Entwicklung der Gemeindeordnung auf internationaler Ebene berücksichtigte, der sich der Hüter in diesen Jahren widmete. Diese Schritte erwiesen sich als äußerst wichtig, nicht nur für den erfolgreichen Abschluss des Zehnjahresplanes, sondern auch für die Festigung und den Schutz des Glaubens in der Zukunft. Zusätzlich zu der den gewählten Institutionen übertragenen Entscheidungskompetenz hat die Gemeindeordnung auch einen geistigen, moralischen und intellektuellen Erziehungsauftrag, der sich gleichermaßen auf diese Institutionen wie auf jedes Mitglied der Gemeinde bezieht. Die von Bahá’u’lláh selbst vorgesehene Verantwortung »die göttlichen Düfte zu verbreiten, die Menschenseelen zu erbauen, die Bildung zu fördern, alle Menschen zu bessern … «Q86, wird im Testament des Meisters hauptsächlich den Händen der Sache Gottes übertragen.
Während der Amtszeit Bahá’u’lláhs und ‘Abdu’l-Bahás hatten die Gläubigen, denen dieser hohe Rang verliehen worden war, eine entscheidende Rolle bei der Förderung der Lehrarbeit im Orient gespielt. Als die Idee des Zehnjahreskreuzzuges im Geiste Shoghi Effendis Gestalt annahm, suchte er die geistige Unterstützung zu aktivieren, die diese Institution beitragen konnte, um die Ziele des Plans zu erreichen. In einem Telegramm vom 24. Dezember 1951 verkündete er die Ernennung des ersten Kontingents von zwölf Händen der Sache Gottes, die gleichermaßen der Arbeit im Heiligen Land, in Asien, Nord- und Südamerika und Europa zugeordnet waren. Diese herausragenden Diener der Sache Gottes sollten sich völlig darauf konzentrieren, die Energien der Freunde anzufachen und die gewählten Körperschaften zu ermutigen und zu beraten. Bald darauf wurde die Zahl der Hände der Sache von zwölf auf neunzehn erhöht.
Ihrer Verantwortung konnten die Hände der Sache deutlich leichter nachkommen, nachdem der Hüter im Oktober 1952 entschieden hatte, dass sie fünf Hilfsämter einrichten sollten, in jedem Kontinent eins: in Amerika, in Europa und Afrika bestanden sie aus je neun Mitgliedern, in Asien und Australasien aus sieben beziehungsweise zwei. Später wurden gesonderte Hilfsämter für den Schutz des Glaubens geschaffen, neben der Verbreitung des Glaubens die zweite der beiden wichtigsten Aufgaben der Hände der Sache Gottes.
Eine Botschaft des Hüters vom 3. Juni 1957 begrüßte die Maßnahme der israelischen Regierung, mit der sie die endgültige Entscheidung des Appellationsgerichts jenes Landes umsetzte und die noch überlebenden Bundesbrecher zwang, sich völlig aus dem Ḥaram-i-Aqdas zurückzuziehen, der den heiligsten Ort der Bahá’í-Welt in Bahjí umgibt.A35 Nur einen Tag später jedoch warnte ein zweites Telegramm die führenden Institutionen des Glaubens eindringlich, dass es dringend notwendig sei, den Glauben durch gemeinsames Handeln vor neuen Gefahren, die der Hüter am Horizont drohen sah, zu schützen. Dem folgte im Oktober eine Botschaft mit der Bekanntmachung, dass die Zahl der Hände der Sache Gottes von neunzehn auf siebenundzwanzig erhöht worden sei. Er bezeichnete diese ranghöchsten Persönlichkeiten als »›Hauptsachwalter‹ der keimenden Weltordnung Bahá’u’lláhs«Q87 und betraute sie mit der Aufgabe, mit den Nationalen Geistigen Räten über dringend notwendige Maßnahmen zum Schutz des Glaubens zu beraten.
Kaum einen Monat später wurde die Bahá’í-Welt von der Nachricht erschüttert, dass Shoghi Effendi am 4. November 1957 an den Folgen einer asiatischen Grippe gestorben war, die er sich bei einem Besuch in London zugezogen hatte. Der Mittelpunkt der Sache Gottes, der sechsunddreißig Jahre lang ihre Entwicklung Tag für Tag geleitet hatte, dessen visionäre Schau sowohl den Lauf der Ereignisse erfasste als auch die von der Bahá’í-Gemeinde zu leistende Arbeit und dessen ermutigende Botschaften die geistige Lebensader zahlloser Bahá’í auf dem ganzen Planeten gewesen waren, war plötzlich gegangen und musste den großen Kreuzzug unvollendet und die Zukunft der Gemeindeordnung im Ungewissen hinterlassen.
*
Die große Trauer und das übermächtige Gefühl der Verlassenheit nach dem Verlust des Hüters verleihen dem Triumph des Planes, den er entworfen und beflügelt hatte, eine noch größere Bedeutung. Am 21. April 1963 wählten die Delegierten der sechsundfünfzig Nationalen Geistigen Räte – darunter auch die vierundvierzig neuen, die im Zehnjahresplan, wie vorgesehen, gebildet worden waren – in geheimer Wahl das erste Universale Haus der Gerechtigkeit, die von Bahá’u’lláh eingesetzte leitende Körperschaft der Sache Gottes, der Er unmissverständlich göttliche Führung bei der Ausübung ihrer Aufgaben zusichert:
»Die Vertrauensleute des Hauses der Gerechtigkeit haben über jene Dinge zu beraten, die nicht ausdrücklich im Buche offenbart sind, und zu vollziehen, was sie für gut halten. Gott wird ihnen wahrlich eingeben, was Er will, und Er ist, wahrlich, der Versorger, der Allwissende.« Q88
Es schien besonders angemessen, dass die Wahl – durch anwesende Delegierte und Briefwähler – im Hause des Meisters stattfinden sollte, dessen Testament vor nahezu sechzig Jahren die wahre Bedeutung und das Ausmaß der von Bahá’u’lláh verliehenen Autorität beschrieben hatte:
»Dem Heiligsten Buche muss sich jeder zuwenden, und was darin nicht ausdrücklich verwahrt ist, ist dem Universalen Haus der Gerechtigkeit vorzulegen. Was diese Körperschaft einstimmig oder mit Stimmenmehrheit beschließt, ist die Wahrheit und Gottes eigener Wille. Wer davon abweicht, gehört fürwahr zu denen, die Zwietracht lieben, böse Absichten bekunden und sich vom Herrn des Bundes abwenden.« Q89
Einen wichtigen, die Wahl vorbereitenden Schritt hatte Shoghi Effendi schon 1951 unternommen, als er die Mitglieder des Internationalen Rats ernannte, die ihn bei seiner Arbeit unterstützen sollten. In einem zweiten Schritt, der ebenfalls vom Hüter vorgesehen war, wurde dieser Rat 1961 zu einem neunköpfigen Gremium, das von den Mitgliedern der Nationalen Geistigen Räte gewählt wurde. Daher hatte die Bahá’í-Welt, als der Zehnjahreskreuzzug 1963 siegreich abgeschlossen wurde, bereits wertvolle Erfahrungen gesammelt für die Herausforderung, die die nun anstehende Wahl bedeutete.
Geschichtswissenschaftler werden den Händen der Sache Gottes ohne Zögern das Verdienst zuschreiben, die Anstrengungen, die diesen historischen Augenblick ermöglichten, unterstützt zu haben, denn sie hatten der Bahá’í-Welt die koordinierende Führung gegeben, derer sie nach dem Verlust des Hüters beraubt war. Diese kleine Gruppe leidgeprüfter Männer und Frauen war unermüdlich um die Welt gereist, um Shoghi Effendis Plan voranzubringen, hatte sich jährlich zu Konklaven getroffen, um Ermutigung und Information geben zu können, hatte die Bemühungen der Mitglieder der gerade geschaffenen Hilfsämter inspiriert und die Angriffe einer neuen Schar von Bundesbrechern auf die Einheit des Glaubens abgewehrt. So hatten sie erfolgreich dafür gesorgt, dass die hochgesteckten Ziele des Planes in der vorgesehenen Zeit erfüllt wurden und das nötige Fundament für die Errichtung jener Körperschaft gelegt war, die die Gemeindeordnung krönte. Und noch ein zweites Erbe hinterließen die Hände der Sache der Bahá’í-Welt, eine geistige Auszeichnung, die in der Geschichte ohnegleichen ist. Sie baten darum, davon abzusehen, sie selbst in das Universale Haus der Gerechtigkeit zu wählen, damit sie die ihnen von Shoghi Effendi übertragenen Dienste weiter erbringen könnten. Nie zuvor hatten Menschen, in deren Hände die höchste Macht einer großen Religion gefallen war und die eine Wertschätzung genossen, die niemandem sonst in ihrer Gemeinde zuteil wurde, darum gebeten, nicht an der Ausübung oberster Autorität teilzuhaben, und sich damit vollständig in den Dienst jener Institution gestellt, welche ihre Mitgläubigen für diese Aufgabe wählten.A36

7

Der Unterschied zwischen der Stufe des Hüters und der ‘Abdu’l-Bahás, des Mittelpunktes des Bundes, ist immens – gleichwohl hatte Shoghi Effendi nach dem Hinscheiden des Meisters eine einzigartige Aufgabe in der Geschichte der Sache Gottes, und sie wird diesen zentralen Platz im Leben des Glaubens während der kommenden Jahrhunderte behalten. In manch wichtiger Hinsicht kann man sagen, dass Shoghi Effendi die Führung durch die Hand des Meisters beim Aufbau der Gemeindeordnung und bei der Ausbreitung und Festigung des Glaubens Bahá’u’lláhs noch einmal um sechsunddreißig entscheidende Jahre verlängert hat. Es ist eine bedrückende Vorstellung, was mit der gerade erst geborenen Sache Gottes geworden wäre, hätte sie zur Zeit ihrer größten Verwundbarkeit nicht fest in der Hand dessen geruht, der von ‘Abdu’l-Bahá auf diese Aufgabe vorbereitet wurde und bereit war, im wahrsten Sinne des Wortes als ihr Hüter zu dienen.
Zwar wies Shoghi Effendi die Gläubigen immer wieder darauf hin, dass die beiden Institutionen in der Nachfolge des Meisters »untrennbar« sind und sich in ihren jeweiligen Funktionen »ergänzen«, doch akzeptierte er schon früh die Tatsache, dass das Universale Haus der Gerechtigkeit nicht gebildet werden könnte, ehe im Verlauf der Entwicklung der Gemeindeordnung die als seine Stütze notwendige Struktur an örtlichen und Nationalen Geistigen Räten geschaffen wäre. Er kam deshalb nicht umhin, seine herausragende Verantwortung gänzlich allein auszuüben und legte dies der Bahá’í-Gemeinde mit allen praktischen Konsequenzen auch ganz offen dar. Mit seinen eigenen Worten:
»Getrennt von der nicht minder wesentlichen Institution des Universalen Hauses der Gerechtigkeit wäre diese nämliche Ordnung des Willens ‘Abdu’l-Bahás in ihrer Wirksamkeit gehemmt und außerstande, die Lücken auszufüllen, die der Schöpfer des Kitáb-i-Aqdas mit Bedacht im Gefüge Seiner Gesetzes- und Verwaltungsanordnungen gelassen hat.« Q90
Diese Wahrheit vor Augen beachtete Shoghi Effendi genauestens die Beschränkungen, welche die Umstände ihm auferlegten. Dies bezeugt eine Treue gegenüber dem Testament des Meisters, die in den kommenden Jahrhunderten der Stolz der Anhänger Bahá’u’lláhs sein wird. Die Geschichte seines sechsunddreißig Jahre währenden Dienstes als Hüter des Glaubens – eine Geschichte, die wie die seines Großvaters von der Nachwelt studiert und angemessen bewertet werden muss – enthält, wie er auch selbst der Bahá’í-Gemeinde versichert hatte, nichts, das in irgendeiner Weise »in das geweihte und festgelegte Gebiet der anderen [Institution, das heißt des Universalen Hauses der Gerechtigkeit] übergreifen«Q91 würde. Shoghi Effendi sah nicht nur davon ab, Gesetze zu erlassen, er konnte vielmehr seine Aufgabe erfüllen, indem er lediglich provisorische Anordnungen traf und endgültige Entscheidungen in den fraglichen Angelegenheiten jeweils dem Universalen Haus der Gerechtigkeit überließ.
Nirgends wird diese Zurückhaltung deutlicher als bei der so wichtigen Frage nach dem Nachfolger im Amt des Hüters. Shoghi Effendi selbst hatte keine Nachkommen, und die anderen Zweige der heiligen Familie hatten den Bund gebrochen. Die Bahá’í-Schriften geben für einen derartigen Fall keine eindeutige Führung, aber das Testament des Meisters erklärt ausdrücklich, wie all jene Fragen, in denen keine Klarheit herrscht, zu regeln sind:
»Es obliegt diesen Mitgliedern [des Universalen Hauses der Gerechtigkeit], an einem bestimmten Ort zusammenzukommen und alle Fragen zu beraten, die kontrovers, unklar oder nicht ausdrücklich im Buche behandelt sind. Was sie entscheiden, hat dieselbe Geltung wie der heilige Text.« Q92
Dieser Führung aus der Feder des Mittelpunktes des Bundes folgend schwieg Shoghi Effendi und legte die Frage seines Nachfolgers oder seiner Nachfolger in die Hände jener Institution, die allein zur Entscheidung der Angelegenheit befugt war. Fünf Monate nach seiner Entstehung erklärte das Universale Haus der Gerechtigkeit in der Botschaft vom 6. Oktober 1963 an alle Nationalen Geistigen Räte folgendes zu diesem Thema:
»Nach sorgfältigem Studium der heiligen Texte … und nach ausgedehnter Beratung … sieht das Universale Haus der Gerechtigkeit keinen Weg, einen zweiten Hüter zur Nachfolge von Shoghi Effendi zu ernennen oder ein Gesetz zu erlassen, das eine solche Ernennung ermöglicht.« Q93
Als Shoghi Effendi seine Aufgabe antrat, für die er in der Geschichte kein Vorbild fand, konnte er nirgends die für seine Arbeit notwendige Führung suchen als nur in den Schriften der Stifter des Glaubens und im Beispiel des Meisters. Kein Ratgeberstab konnte ihm dabei helfen, die Bedeutung der Texte zu ermitteln, die auszulegen er berufen war – für eine Bahá’í-Gemeinde, die all ihr Vertrauen in ihn setzte. Obwohl er die Werke von Historikern, Wirtschafts- und Politikwissenschaftlern studierte, konnte solches Forschen ihm doch nur Rohmaterial bieten, das seine inspirierte Vision der Sache Gottes dann ordnen und zusammenfügen musste. Die Zuversicht und der Mut, die notwendig waren, um eine so heterogene Gemeinde von Gläubigen dazu zu motivieren, Aufgaben anzugehen, die rein sachlich betrachtet weit jenseits ihrer Möglichkeiten lagen, konnte er allein aus der geistigen Kraft seines Herzens schöpfen. Jeder objektive Beobachter des zwanzigsten Jahrhunderts – so skeptisch er auch gegenüber religiösen Ansprüchen sein mag – muss doch anerkennen, dass die Integrität, mit der ein junger Mann Anfang zwanzig eine so ehrfurchtgebietende Verantwortung übernahm und einen so überwältigenden Sieg errang, beweisen, welch immense geistige Kraft der Sache innewohnt, an deren Fortschritt er arbeitete.
Wer all dies anerkennt, muss gleichzeitig verstehen, dass die Fähigkeiten, mit denen der Bund das Hütertum ausstattete, keine magischen Kräfte sind. Sie erfolgreich einzusetzen erforderte, wie Rúḥíyyih Khánum in bewegender Weise schildert, einen nie endenden Prozess des Ausprobierens, Evaluierens und Verbesserns. Die Genauigkeit, mit der Shoghi Effendi politische und soziale Vorgänge schon in ihren frühen Entwicklungsstadien analysierte, und die Souveränität, mit der sein Verstand ein Kaleidoskop unterschiedlichster Ereignisse – vergangener wie gegenwärtiger – erfasste, um sie zu deuten und zum sich entfaltenden göttlichen Willen in Beziehung zu setzen, flößen größten Respekt ein. Dass dieses große Werk des Intellekts sich auf einer Ebene vollzog, die weit über der liegt, auf der menschlicher Verstand normalerweise funktioniert, verringerte keineswegs die damit verbundene Anstrengung. Im Gegenteil: Es gehört zu den Kennzeichen der von Shoghi Effendi verkörperten Institution, dass weder das Wesen, noch die Motivation, noch die Kraftreserven ihres Trägers übermenschlich sind.A37
Jetzt, in der Rückschau über mehr als vierzig Jahre seit seinem Hinscheiden, beginnt sich strahlend klar herauszukristallisieren, dass das Werk Shoghi Effendis für die Entwicklung der Gemeindeordnung eine unvergängliche Bedeutung hat und sich noch lange auf sie auswirken wird. Das Testament des Meisters hätte – wären die Umstände anders gewesen – durchaus die Möglichkeit für einen oder mehrere Nachfolger in dem von Shoghi Effendi verkörperten Amt eröffnet. Die Wege Gottes sind uns unergründlich. Klar und unbestreitbar ist jedoch, dass die Struktur der Gemeindeordnung sowie auch die Richtung ihrer künftigen Entwicklung von Shoghi Effendi durch seine Auslegungsbefugnis festgelegt wurden, indem er die ihm vom Meister übertragene Aufgabe in jeder Hinsicht und im größt denkbaren Maße erfüllte. Ebenso klar und unbestreitbar ist, dass Struktur und Entwicklungsrichtung der Gemeindeordnung dem Willen Gottes entsprechen.

8

Wie Shoghi Effendi warnend vorhergesagt hatte, griffen parallel zum Prozess des Aufbaus, der weltweit in Gang war, weiterhin auch solche Kräfte um sich, die ererbte Überzeugungen und Systeme untergruben. Daher kann es nicht überraschen, dass die Friedenseuphorie in Europa und im Orient sich als äußerst kurzlebig erwies. Kaum hatten die Kriegshandlungen ein Ende gefunden, als auch schon der ideologische Konflikt zwischen Marxismus und liberaler Demokratie neu aufbrach und beide Staatenblöcke immer wieder versuchten, sich die Vormachtstellung zu sichern. Das Phänomen des ›Kalten Krieges‹, in dem der Kampf um die Vorherrschaft nur knapp vor der militärischen Auseinandersetzung Halt machte, bildete die vorherrschende weltpolitische Konstante der kommenden Jahrzehnte.
Die Bedrohung, die diese neue Krise in der internationalen Ordnung darstellte, wurde noch verstärkt durch die Fortschritte in der Nukleartechnik. Beiden Blöcken gelang es, sich mit einem immer größeren Arsenal an Massenvernichtungswaffen zu rüsten. Die grauenvollen Bilder Hiroshimas und Nagasakis hatten die Menschheit aufgerüttelt und ihr die furchterregende Möglichkeit vor Augen gehalten, dass ein paar vergleichsweise unbedeutende Zwischenfälle – so unvorhersehbar wie die Ereignisse, die 1914 durch den Vorfall in Sarajevo ins Rollen gebracht wurden – diesmal dazu führen könnten, dass ein Großteil der Weltbevölkerung ausgelöscht und weite Teile der Erde unbewohnbar würden. Den Bahá’í brachte diese Vorstellung jene düsteren Warnungen lebhaft in Erinnerung, die Bahá’u’lláh Jahrzehnte zuvor ausgesprochen hatte: »Seltsame, verblüffende Dinge gibt es in der Erde; aber sie sind dem Geist und Verständnis der Menschen verborgen. Diese Dinge sind imstande, die ganze Erdatmosphäre zu verwandeln, und eine Verseuchung mit ihnen wäre tödlich.«Q94
Die bei weitem schlimmste Tragödie, die dieser jüngste Kampf um die Vorherrschaft in der Welt mit sich brachte, war die Vereitelung aller Hoffnungen der bisher unterworfenen Völker, ihr Leben nun selbst in die Hand nehmen und gestalten zu können. Die Bestrebungen mancher der überlebenden Kolonialmächte, diese Hoffnungen zu unterdrücken, waren für jeden objektiven Beobachter zwar zum Scheitern verurteilt, aber angesichts ihres Starrsinns konnte der Freiheitsdrang vieler Länder nur Zuflucht zu gewaltsamer Revolution nehmen. Derartige Bewegungen prägten zunehmend die politische Landschaft. Um 1960 waren sie dann in den meisten abhängigen Gebieten die bei der einheimischen Bevölkerung verbreiteste Form politischen Engagements.
Die Triebkraft des Kolonialismus war wirtschaftliche Ausbeutung. Die meisten Befreiungsbewegungen nahmen deshalb, vielleicht zwangsläufig, eine im weiteren Sinne sozialistische Prägung an. In nur wenigen Jahren war so ein Nährboden geschaffen für die Ausbeutung durch die Supermächte. Der Sowjetunion bot sich die Möglichkeit, über die politische Umorientierung etlicher Länder einen dominanten Einfluss auf jene Gruppe von Ländern zu gewinnen, die man jetzt begann, die ›Dritten Welt‹ zu nennen. Der Westen reagierte darauf, indem er – wo es nicht gelang, durch Entwicklungshilfe die Loyalität der Empfängernationen zu sichern – eine Vielzahl autoritärer Regime förderte und bewaffnete.
Diese neuen Regierungen, durch auswärtige Kräfte manipuliert, konzentrierten sich immer weniger auf die realen Entwicklungsbedürfnisse, sondern verwickelten sich zunehmend in ideologische und politische Kämpfe, die mit der sozialen und wirtschaftlichen Realität wenig oder nichts zu tun hatten. Die Folgen waren durchweg verheerend. Wirtschaftlicher Bankrott, grobe Verletzungen der Menschenrechte, der Zusammenbruch der öffentlichen Ordnung und die Herausbildung opportunistischer Eliten, die im Elend ihrer Länder nur die Möglichkeit sahen, sich selbst zu bereichern – all das gehörte zum erschütternden Schicksal, das nach und nach die neuen Nationen befiel, deren Bildung erst vor wenigen Jahren so viel zu verheißen schien.
Diese politischen, sozialen und wirtschaftlichen Probleme wurden verursacht durch eine Krankheit der menschlichen Seele, die unaufhaltsam immer weiter um sich griff und sich einnistete, und deren zerstörerische Kraft ungleich größer ist als jede ihrer konkreten Formen. Ihr Triumph kennzeichnete ein neues, unheilvolles Stadium in der Entfaltung des Prozesses wirtschaftlichen und gesellschaftlichen Zerfalls, den Shoghi Effendi beschrieben hatte. Diese Krankheit – der Materialismus – wurzelt in der europäischen Philosophie des neunzehnten Jahrhunderts, sie gewann enormen Einfluss durch die Errungenschaften der kapitalistischen Zivilisation in den Vereinigten Staaten; der Marxismus verlieh ihr seinen systemtypischen Anschein von Wahrheit: Der Materialismus entwickelte sich in der zweiten Hälfte des zwanzigsten Jahrhunderts regelrecht zu einer Art Universalreligion mit totalitärem Anspruch auf das individuelle und gesellschaftliche Leben. Sein Kredo ist extrem simpel: Die Wirklichkeit – einschließlich der Wirklichkeit des Menschen und des Prozesses, durch den sie sich entwickelt – ist ihrem Wesen nach materiell. Der Sinn des Lebens ist die Befriedigung materieller Bedürfnisse – oder er sollte es zumindest sein. Der Zweck der Gesellschaft ist, dieses Ziel zu unterstützen und zu erleichtern, und das kollektive Bestreben der Menschheit sollte sein, dieses System ständig zu optimieren, damit es seine Aufgabe immer effizienter erfüllen kann.
Mit dem Zusammenbruch der Sowjetunion verschwand auch jeglicher Antrieb, ein formelles materialistisches Wertesystem zu entwickeln und zu propagieren. Dies war auch gar nicht mehr nötig, denn in den meisten Teilen der Welt sah sich der Materialismus sowieso schon bald keiner nennenswerten Gegenströmung mehr ausgesetzt. Die Religion wurde da, wo sie nicht schlichtweg zu Fanatismus und gedankenlosem Widerstand gegen den Fortschritt verkam, zu einer Privatsache reduziert, zu einem Faible, einer Freizeitbeschäftigung, allein auf die Befriedigung individueller spiritueller und emotionaler Bedürfnisse ausgerichtet. Das Bewusstsein, eine historische Mission zu erfüllen, das die großen Religionen kennzeichnete, ging verloren. Man lernte sich damit zu begnügen, rein säkulare Programme gesellschaftlichen Wandels religiös abzusegnen. Die Welt der Wissenschaft, einst Schauplatz großer Heldentaten von Verstand und Geist, richtete sich ein in der Rolle einer Art Wissenschafts-Industrie, die sich ganz auf die Pflege ihres Apparates aus Dissertationen, Symposien, Publikationen und Förderungsmitteln konzentriert.
Der Materialismus, ganz gleich ob als Weltanschauung oder als bloße Gewinnlust, raubt dem Menschen den Antrieb für geistige Impulse die die vernunftbegabte Seele auszeichnen, ja, er nimmt ihm jegliches Interesse am Geistigen. »Denn Eigenliebe«, sagt ‘Abdu’l-Bahá, »ist in jenen Klumpen Lehm, aus dem der Mensch gemacht ist, hineingeknetet, und ohne die Aussicht auf eine ansehnliche Belohnung wird keiner seinen handgreiflichen materiellen Nutzen hintanstellen.«Q95 Ohne die Überzeugung, dass die Wirklichkeit im Wesentlichen geistig ist, und ohne die Erfüllung, die allein diese Überzeugung bietet, ist es nicht verwunderlich, dass sich im Kern der gegenwärtigen zivilisatorischen Krise ein Kult des Individualismus findet, der immer weniger Beschränkungen erträgt, Besitzstreben und persönliches Vorankommen zu allgemein gültigem kulturellen Wert erhebt. Die daraus resultierende Atomisierung der Gesellschaft ist eine neue Stufe im Prozess gesellschaftlicher Desintegration, von dem die Schriften Shoghi Effendis so eindringlich sprechen.
Jedes Gesellschaftssystem braucht ein moralisch-ethisches Geflecht, das den einzelnen stützt und ihm Grenzen setzt. Wer in Kauf nimmt, dass ein Strang nach dem anderen davon zerreißt, hat von der Wirklichkeit nicht viel verstanden. Wären die maßgeblichen Denker in ihrer Beurteilung der offenkundigen Fakten nur ehrlicher, dann könnte man hier die Ursache finden für scheinbar unzusammenhängende Probleme wie der Umweltverschmutzung, für wirtschaftliches Chaos, rassistische Gewalt, die in der Gesellschaft um sich greifende Teilnahmslosigkeit, die enorm ansteigende Kriminalität und für Epidemien, die ganze Völker dahinraffen. So wichtig es zweifellos ist, solche Probleme mit Hilfe von rechtlichem, soziologischem oder technischem Sachverstand anzugehen – es wäre doch falsch zu glauben, dass solche Bemühungen eine nennenswerte Besserung bewirken können, wenn sie nicht mit einem grundlegenden Wandel im Moralverständnis und im sittlichen Verhalten einhergehen.
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Vor diesem dunklen Horizont erstrahlt das, was die Bahá’í-Welt während eben jener Jahre erreichte, in noch hellerem Licht. Die Bedeutung der Leistung, die das Universale Haus der Gerechtigkeit entstehen ließ, kann nicht genug betont werden. Sechstausend Jahre lang hatte die Menschheit mit den unterschiedlichsten Methoden kollektiver Entscheidungsfindung experimentiert. Aus der Perspektive des zwanzigsten Jahrhunderts stellt sich die politische Weltgeschichte als ständig wechselndes Bild dar, in dem der menschliche Einfallsreichtum jede sich bietende Möglichkeit ausprobierte. So unterschiedliche Systeme wie die Theokratie, die Monarchie, die Aristokratie, die Oligarchie, die Republik, die Demokratie und solche, die der Anarchie nahe kamen, breiteten sich ungehindert aus, daneben auch zahlreiche Konstrukte, die verschiedene einzelne Merkmale der jeweiligen Gesellschaftsformen zu kombinieren versuchten. Obwohl die meisten dieser Systeme sich für verschiedene Zwecke missbrauchen ließen, trug die Mehrheit von ihnen doch in unterschiedlichem Maß dazu bei, die Hoffnungen derer zu erfüllen, deren Interessen sie zu dienen behaupteten.
Während dieses langen Entwicklungsprozesses, in dessen Verlauf immer mehr und gleichzeitig sehr unterschiedliche Völker unter die Herrschaft des einen oder anderen Regierungssystems fielen, ergriff die Idee eines Weltreiches immer wieder die Vorstellungskraft eines Cäsar oder Napoleon, der sie zur Grundlage seiner expansiven Politik machte. Die katastrophalen Fehlschläge, mit denen uns die Geschichte gleichzeitig so fasziniert und erschreckt, sollten eigentlich hinreichend beweisen, dass die Verwirklichung dieses Ziels weit über das menschliche Vermögen hinausgeht, ganz gleich welche Hilfsmittel zur Verfügung stehen oder wie groß das Vertrauen in den Genius der jeweiligen Kultur ist.
Und doch ist die Vereinigung der Menschheit unter einem Regierungssystem, das die dem Wesen des Menschen innewohnenden Potentiale sich voll entfalten lässt und Programme ermöglicht, die dem Wohle aller dienen, eindeutig der nächste Schritt in der zivilisatorischen Entwicklung. Die reale Vereinigung der Welt, die wir heute erleben, und die erwachenden Hoffnungen und Ziele der Masse der Erdbevölkerung haben nun endlich die Bedingungen dafür geschaffen, dass dieses Ideal erreicht werden kann – wenn es sich auch ganz anders gestaltet, als in den imperialistischen Träumen der Vergangenheit. Zu dieser gemeinsamen Anstrengung haben die Regierungen der Welt die Gründung der Vereinten Nationen beigetragen, mit all dem Guten, das sie bringen, und auch mit all ihren beklagenswerten Mängeln.
In der Zukunft erwarten uns weitere große Veränderungen, die letztlich zur Anerkennung des Prinzips einer ›Weltregierung‹ führen werden. Dies ist nicht der Auftrag der Vereinten Nationen, noch finden sich in der gegenwärtigen Diskussion unter politischen Führern ernsthafte Ansätze einer derart radikalen Umgestaltung der globalen politischen Strukturen. Dass dies jedoch zu gegebener Zeit so kommen wird, sagt Bahá’u’lláh klar und unmissverständlich voraus. Ebenso klar scheint leider aber auch, dass erst noch größeres Leid und noch tiefere Desillusionierung kommen müssen, um die Menschheit zu diesem großen Sprung vorwärts zu bewegen. Die Einrichtung einer solchen Weltregierung verlangt von den Regierungen der Staaten und anderen Machtzentren, jegliche finale Autorität, die dem Begriff ›Regierung‹ innewohnt, bedingungslos und unwiderruflich internationaler Entscheidungsgewalt unterzuordnen.
Die Bahá’í müssen lernen, den einzigartigen Sieg, den die Sache Gottes im Jahre 1963 errang und der sich seitdem weiter festigte, in diesem Zusammenhang zu sehen. Seine tiefste innere Bedeutung zu erfassen, übersteigt das Begriffsvermögen der heutigen und vielleicht auch noch der nächsten Generationen von Gläubigen. In dem Ausmaß aber, in dem ein Bahá’í sie doch versteht, wird er der sich in diesem Prozess entfaltenden Absicht rückhaltlos und fest entschlossen dienen.
Das bei der Bildung des Universalen Hauses der Gerechtigkeit angewandte Wahlverfahren – was ja erst möglich wurde durch den erfolgreichen Abschluss der ersten drei Stufen des Göttlichen Planes ‘Abdu’l-Bahás unter der Führung Shoghi Effendis – war wohl die erste weltweite demokratische Wahl, die es je gab. Jede der folgenden Wahlen des Universalen Hauses der Gerechtigkeit wurde nun von immer mehr Delegierten der Gemeinde von immer unterschiedlicherer Herkunft durchgeführt. Diese Entwicklung ist inzwischen so weit fortgeschritten, dass die Wahl des Hauses unbestreitbar den Willen eines Querschnitts der gesamten Menschheit darstellt. Nichts auf der Welt – ja, nichts, was irgendeine Gruppe derzeit anstrebt – kommt dieser Errungenschaft auch nur annähernd gleich.
Wenn man außerdem die geistige Atmosphäre bedenkt, in der Bahá’í-Wahlen durchgeführt werden, und die Grundsätze und Prinzipien, an die jeder Wähler sich beim Wahlvorgang hält, wird einem noch etwas weitaus Wichtigeres bewusst. Bei der Bildung der höchsten Körperschaft unseres Glaubens wird man Zeuge eines Bemühens um das Wohlgefallen Gottes – so gut Menschen dies vermögen – einer geeinten, glühenden Entschlossenheit, die nichts, weder eigener kultureller Prägung, noch irgendwelchen persönlichen Neigungen, erlaubt, die Reinheit dieses höchsten gemeinsamen Handelns zu beeinträchtigen. Mehr können Menschen nicht leisten. Mit diesem Akt tut die Menschheit buchstäblich ihr Möglichstes, und Gott, der die hingebungsvollen, aufrichtigen Bemühungen jener annimmt, die zu Seinem Glauben gefunden haben, begabt die so geschaffene Institution mit eben jenen Kräften, die ihr im Kitáb-i-Aqdas und im Testament des Meisters versprochen sind. So ist es kein Wunder, dass ‘Abdu’l-Bahá den Prozess, welcher in jenem historischen Augenblick des Jahres 1963 gipfelte, der auch der hundertste Jahrestag der Erklärung der Sendung Bahá’u’lláhs war, als Erfüllung der Vision des Propheten Daniel voraussah: »Wohl dem, der da wartet und erreicht tausenddreihundertfünfunddreißig Tage!«Q96 Mit den Worten des Meisters:
»Wenn nach dieser Berechnung ein Jahrhundert vergangen ist nach dem Tagesanbruch der Sonne der Wahrheit, dann werden die Lehren Gottes fest errichtet sein auf der Erde, und das göttliche Licht wird die Welt überfluten vom Osten bis zum Westen. Dann werden die Gläubigen an diesem Tage voll Freude sein.« Q97
Mit der Errichtung des Universalen Hauses der Gerechtigkeit war die zweite der beiden Nachfolge-Institutionen ins Leben getreten, die ‘Abdu’l-Bahá als Garanten der Einheit der Sache Gottes bezeichnet hatte. Die umfangreichen Schriften des Hüters und die Struktur der Gemeindeordnung, die er entworfen hatte und die den Gläubigen unauslöschlich ins Bewusstsein eingeprägt war, hatten der Bahá’í-Welt das Werkzeug dafür an die Hand gegeben, ein gemeinsames Verständnis über Absicht und Zweck der Offenbarung Gottes zu erlangen. Mit dem Universalen Haus der Gerechtigkeit besaß sie jetzt auch jene von Bahá’u’lláh vorgesehene höchste Autorität, welcher die entscheidungsfindende Funktion der Gemeindeordnung übertragen ist. Wie im Testament ‘Abdu’l-Bahás erklärt wird, haben beide Institutionen gleichermaßen Teil am göttlichen Versprechen unfehlbarer Führung:
»Der heilige, jugendliche Ast, der Hüter der Sache Gottes, wie auch das Universale Haus der Gerechtigkeit, das allgemein zu wählen und einzusetzen ist, stehen beide unter der Fürsorge und dem Schutz der Schönheit Abhá, unter dem Schirm der unfehlbaren Führung Seiner Heiligkeit des Erhabenen [des Báb] – möge mein Leben ein Opfer für sie beide sein. Was immer sie entscheiden, ist von Gott.« Q98
Diese beiden Institutionen, so erklärte Shoghi Effendi weiter, ergänzen einander und haben einige Aufgaben gemeinsam, andere obliegen jeweils der einen oder der anderen Institution. Gleichwohl war er stets darum bemüht festzustellen:
»Jeder Gläubige muss … voll begreifen, dass die Institution des Hütertums die Gewalten, die Bahá’u’lláh dem Universalen Haus der Gerechtigkeit im Kitáb-i-Aqdas verliehen und die ‘Abdu’l-Bahá wiederholt und feierlich in Seinem Testament bestätigt hat, unter keinen Umständen aufhebt oder sie im geringsten schmälert. Das Hütertum stellt auf keinen Fall einen Widerspruch zu dem Testament und den Schriften Bahá’u’lláhs dar, noch hebt es irgendeine Seiner offenbarten Weisungen auf.« Q99
Dieses Verständnis der Einzigartigkeit dessen, was Bahá’u’lláh geschaffen hat, öffnet den Blick dafür, was die Sache Gottes zur Vereinigung der Menschheit und zur Errichtung einer Weltgesellschaft leisten kann. Die unmittelbare Verantwortung für die Errichtung einer Weltregierung liegt bei den Nationalstaaten. Die Aufgabe der Bahá’í-Gemeinde zum jetzigen Zeitpunkt in der sozialen und politischen Evolution der Menschheit ist, mit allen ihr zu Gebote stehenden Kräften dazu beizutragen, solche Bedingungen zu schaffen, die dieses höchst anspruchsvolle Unterfangen fördern und begünstigen. So wie Bahá’u’lláh den Herrschern Seiner Zeit versicherte: »Wir haben nicht den Wunsch, Hand an eure Reiche zu legen«Q100, so verfolgt auch die Bahá’í-Gemeinde keine eigenen politischen Interessen, vermeidet alle Handlungen parteiischen Charakters und anerkennt vorbehaltlos die legitimen Machtbefugnisse der Regierung. Was immer die Bahá’í über die gegenwärtigen Zustände oder die Bedürfnisse der Mitglieder ihrer Gemeinde zu sagen haben, vollzieht sich auf dem Boden der jeweiligen Verfassung und des gesetzten Rechts.
Die Macht der Sache Gottes, den Lauf der Geschichte zu beeinflussen, liegt demnach nicht nur in der geistigen Kraft ihrer Botschaft, sondern auch in dem Beispiel, das sie bietet. »So machtvoll ist das Licht der Einheit«, erklärt Bahá’u’lláh, »dass es die ganze Erde erleuchten kann.«Q101 Die Einheit der Menschheit, die der Glaube verkörpert, so betont Shoghi Effendi, »ist kein bloßer Ausdruck unkundiger Gefühlsseligkeit oder unklarer frommer Hoffnung«Q102. Die organische Einheit aller Gläubigen – und die Gemeindeordnung, die diese ermöglicht – sind Beweise für die vom Hüter so bezeichnete »gesellschaftsbildende Macht ihres Glaubens«Q103. Während die Sache Gottes sich ausbreitet und die in ihrer Gemeindeordnung verborgenen Kräfte immer klarer erkennbar werden, wird sie zunehmend die Aufmerksamkeit führender Denker erregen und den fortschrittlichen unter ihnen das Vertrauen einflößen, dass ihre Ideale letztlich doch erreichbar sind. Mit den Worten Shoghi Effendis:
»Religionsführer, Vertreter politischer Theorien, Verwalter menschlicher Institutionen, die heutzutage verwirrt und bestürzt den Bankrott ihrer Ideen, den Zusammenbruch ihrer Lebensarbeit feststellen – sie alle täten gut daran, ihren Blick auf die Offenbarung Bahá’u’lláhs zu richten und über die Weltordnung nachzudenken, die in Seinen Lehren beschlossen ist und sich langsam, kaum merklich aus dem Wirrwarr und Chaos der gegenwärtigen Zivilisation erhebt.« Q104
Im Zentrum derartiger Überlegungen wird die Kraft stehen, die es den Bahá’í ermöglichte, ihre Einheit zu erlangen, zu festigen und zu erhalten. »Der Menschen Licht«, erklärt Bahá’u’lláh, »ist die Gerechtigkeit.« Ihr Zweck, fährt Er fort, »ist das Zustandekommen von Einheit unter den Menschen. Das Meer göttlicher Weisheit wogt in diesem erhabenen Wort … «Q105 Die Bezeichnung ›Häuser der Gerechtigkeit‹ für die Institutionen, welche die von Ihm entworfene Weltordnung auf örtlicher, nationaler und internationaler Ebene leiten, spiegelt den zentralen Stellenwert des Gerechtigkeitsprinzips in der Offenbarung und im Leben des Glaubens wieder. In dem Maße, wie die Bahá’í-Gemeinde zunehmend am Leben der Gesellschaft teilhat, wird ihre Erfahrung immer ermutigendere Belege für die Gültigkeit dieses Gesetzes bei der Heilung der zahllosen Leiden liefern, welche die Menschheit quälen. Sie alle sind in letzter Konsequenz eine Folge der Uneinigkeit. »Wisse wahrlich«, erklärt Bahá’u’lláh, »diese großen Heimsuchungen, die über die Welt gekommen sind, bereiten sie vor auf das Kommen der größten Gerechtigkeit.«Q106 Offensichtlich wird aber diese höchste Stufe in der gesellschaftlichen Evolution erst in einer Welt erreicht, die sich von der uns heute bekannten deutlich unterscheidet.

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Durch die Erfüllung der Ziele des Zehnjahresplanes und die Errichtung des Universalen Hauses der Gerechtigkeit erfuhr der Glaube einen mächtigen Schub voran. Diesmal zeigte sich der Fortschritt – der praktisch alle Bereiche des Bahá’í-Lebens ergriff – in Form längerfristiger Entwicklungen, die man am besten versteht, wenn man den Zeitraum seit 1963 als Ganzes betrachtet. In diesen entscheidenden siebenunddreißig Jahren entwickelte sich die Arbeit des Glaubens zügig in zwei parallelen Bereichen: zum einen wurden große Fortschritte in der Ausbreitung und Festigung der Bahá’í-Gemeinde erzielt, zum anderen gewann der Glaube deutlich an Einfluss im Leben der Gesellschaft. Mit der Zeit betätigten sich die Bahá’í auf immer mehr und immer unterschiedlicheren Feldern, und viele dieser Bemühungen förderten unmittelbar die eine oder die andere der beiden wesentlichen Entwicklungslinien.
Eine Entscheidung, die das Haus der Gerechtigkeit schon früh in diesem Zeitraum traf, erwies sich als besonders wichtig für alle Aspekte des Lehrens und für die Entwicklung der Gemeindeordnung. Die Erkenntnis, dass es keinen Nachfolger Shoghi Effendis geben konnte, brachte es mit sich, dass auch keine neuen Hände der Sache mehr ernannt werden konnten. Wie wichtig aber die Aufgaben dieser Institution für den Fortschritt des Glaubens waren, hatte sich in den sechs kritischen Jahren zwischen 1957 und 1963 gezeigt. Daher richtete das Haus der Gerechtigkeit – in dessen Kompetenz es ausdrücklich liegt, neue Bahá’í-Institutionen ins Leben zu rufen, wenn die Belange der Sache Gottes es erfordernA38 – im Juni 1968 die Kontinentalen Beraterämter ein. Dieser neuen Institution wurde die Aufgabe übertragen, in Zukunft die beiden Hauptaufgaben der Hände der Sache, nämlich den Schutz und die Verbreitung des Glaubens, weiter auszuüben, sie leitete von nun an die Arbeit der bereits bestehenden Hilfsämter an und half den Nationalen Räten die Verantwortung für den Fortschritt des Glaubens zu schultern. Die großen Erfolge, die 1973 am Ende des Neunjahresplanes gefeiert werden konnten, zeigen, wie reibungslos das neue Organ der Gemeindeordnung seine Pflichten übernommen hatte, und wie bereitwillig und freudig die Gläubigen wie die Räte sich ihm zuwandten. In diese Zeit fiel noch ein weiterer wichtiger Schritt in der Entwicklung der Gemeindeordnung: das Internationale Lehrzentrum wurde geschaffen, das Gremium, das in der Zukunft etliche Aufgaben weiterführen sollte, welche die »im Heiligen Land lebenden Hände der Sache« wahrgenommen hatten, und das vom Augenblick seiner Entstehung an die Arbeit der Beraterämter weltweit koordinierte.
Shoghi Effendi hatte die Richtung, in die das Wachstum des Glaubens sich entwickelte, bereits vorausgesehen und geschrieben, dass das Universale Haus der Gerechtigkeit »später in diesem [dem Gestaltenden] Zeitalter weltweite Unternehmungen angehen wird, welche die Einheit der Nationalen Räte symbolisieren, ihre Arbeit koordinieren und harmonisieren werden«Q107. Diese weltweiten Unternehmungen begannen 1964 mit dem Neunjahresplan, gefolgt von einem Fünfjahresplan (1974), einem Siebenjahresplan (1979), einem Sechsjahresplan (1986), einem Dreijahresplan (1993), einem Vierjahresplan (1996) und einem Zwölfmonatsplan, der das Jahrhundert abschloss. An den Schwerpunkten, durch die diese Pläne sich unterschieden, lässt sich das Wachstum der Sache Gottes während dieser Jahrzehnte ablesen, wie auch die dadurch entstandenen neuen Möglichkeiten und Herausforderungen. Wichtiger als die unterschiedlichen Schwerpunkte ist allerdings, dass die Aktivitäten, zu denen die einzelnen Pläne aufrufen, Fortsetzungen der unter Shoghi Effendi begonnen Initiativen sind, der seinerseits die von den Stiftern des Glaubens gesponnenen Fäden aufgegriffen und weiterentwickelt hatte: die Schulung Geistiger Räte; die Übersetzung, Veröffentlichung und Verbreitung von Bahá’í-Literatur; die Ermutigung der Freunde zu universeller Beteiligung; die geistige Bereicherung des Bahá’í-Lebens; die Bemühung um die Einbindung der Bahá’í-Gemeinde in das Leben der Gesellschaft; die Stärkung des Bahá’í-Familienlebens sowie die Erziehung von Kindern und Jugendlichen. Diese verschiedenen Prozesse werden bis in alle Zukunft immer neue Möglichkeiten eröffnen; dabei verleiht die Tatsache, dass jeder seinen Ausgangspunkt im schöpferischen Impuls der Offenbarung selbst hat, allem, was die Bahá’í-Gemeinde tut, eine vereinigende Kraft und ist gleichzeitig das Geheimnis und die Garantie ihres letztlichen Erfolges.
Die ersten beiden Jahrzehnte dieses Prozesses gehören zu den fruchtbarsten Perioden, die die Bahá’í-Gemeinde je erlebt hat. In kürzester Zeit vervielfachte sich die Anzahl der Geistigen Räte, und das Bahá’í-Leben war zunehmend durch die ethnische und kulturelle Vielfalt der Gemeindemitglieder gekennzeichnet. Zwar bereitete der Zerfall der Gesellschaft den Bahá’í-Institutionen Probleme, gleichzeitig erhöhte sich dadurch aber auch das Interesse an der Botschaft der Sache Gottes. Zu Beginn dieser Zeit wurde die Gemeinde vor die Herausforderung gestellt, »die Massen zu lehren«. 1967 war sie dann aufgerufen, »einen nachhaltigen Prozess in Gang zu setzen und die heilende Botschaft, dass der Verheißene erschienen ist, allen sozialen Schichten zu verkünden«Q108.
Als die Bahá’í aus den städtischen Ballungsräumen sich aufmachten und Projekte begannen, mit denen die Massen der Weltbevölkerung in den Dörfern und ländlichen Gegenden erreicht werden sollten, erlebten sie eine viel größere Aufnahmebereitschaft für die Botschaft Bahá’u’lláhs, als sie sich je vorgestellt hatten. Zwar unterschied sich die Reaktion der Menschen hier grundlegend von dem, was die Lehrer bisher gekannt hatten, aber die Neuerklärten wurden freudig willkommen geheißen. In Afrika, Asien und Lateinamerika nahmen Zehntausende den Glauben an, dabei handelte es sich oft um den Großteil der Bewohner eines ganzen Dorfes. Die sechziger und siebziger Jahre waren für die Bahá’í-Gemeinde, deren Wachstum außerhalb des Íráns ja bisher langsam und gleichmäßig gewesen war, begeisternde Zeiten. Den Freunden im Pazifikraum wurde die große Auszeichnung zuteil, das erste Staatsoberhaupt, Seine Hoheit Malietoa Tanumafili II. von Samoa, zum Glauben zu führen – eine Auszeichnung, die erst zukünftige Ereignisse in einen angemessenen Rahmen setzen können.
Kernstück dieser Entwicklung war, wie zu allen Zeiten in der Geschichte des Glaubens, das Engagement des einzelnen Gläubigen. Schon während der Amtszeit Shoghi Effendis hatten weitsichtige Freunde die Initiative ergriffen und sich aufgemacht, um einheimische Völker in Ländern wie Uganda, Bolivien und Indonesien zu erreichen. Während des Neunjahresplans wurden nun immer mehr Lehrer in diese Arbeit eingebunden, besonders in Indien, mehreren afrikanischen Ländern und den meisten Gegenden in Lateinamerika, ebenso auf den pazifischen Inseln, in Alaska und beim Lehren der einheimischen Stämme in Kanada sowie der farbigen Landbevölkerung im Süden der Vereinigten Staaten. Die Unterstützung dieser Arbeit durch Pioniere erwies sich als lebenswichtig; auf diese Weise wurden die einheimischen Gläubigen ermutigt und dabei unterstützt, sich selbst als Lehrer der Sache zu erheben.
Dennoch wurde sehr bald deutlich, dass durch persönliche Initiative allein, von wie viel Geist und Tatkraft sie auch durchdrungen war, nicht angemessen auf die sich eröffnenden Möglichkeiten reagiert werden konnte. Also machten sich Bahá’í-Gemeinden an vielfältige gemeinsame Lehr- und Proklamationsprojekte, die die heldenhaften Tage der Dawnbreakers ins Gedächtnis rufen. Teams begeisterter Bahá’í-Lehrer stellten fest, dass es jetzt möglich war, nicht nur eine Reihe von Interessenten mit der Botschaft des Glaubens bekannt zu machen, sondern gleich Gruppen oder sogar ganze Dorfbevölkerungen. Aus den Zehntausenden wurden Hunderttausende. Mitglieder von Geistigen Räten hatten bisher nur Erfahrung damit, Einzelne – aufgewachsen in Kulturen voller Skepsis oder geprägt von religiösem Fanatismus – in ihrem Verständnis des Bahá’í-Glaubens zu vertiefen. Das Wachstum des Glaubens bedeutete nun, dass man lernen musste, mit Glaubensäußerungen großer Gruppen umzugehen, für die Religion selbstverständlich zum Alltag gehörte.
Kein Teil der Gemeinde trug mehr zu diesem dramatischen Wachstumsprozess bei als die Bahá’í-Jugend. Ihre Leistungen während dieser entscheidenden Jahrzehnte – ja während der gesamten hundertfünfzigjährigen Geschichte des Glaubens – erinnern immer wieder daran, dass die überwiegende Mehrzahl der Heldinnen und Helden, die Mitte des neunzehnten Jahrhunderts die Entwicklung des Glaubens in Gang brachten, sehr jung waren. Der Báb selbst war fünfundzwanzig Jahre alt, als Er Seine Sendung erklärte, und Anís, der den unsterblichen Ruhm erlangte, gemeinsam mit seinem Herrn zu sterben, war noch jugendlich. Quddús erkannte die Wahrheit der Offenbarung mit zweiundzwanzig. Zaynab, deren genaues Alter wir nicht kennen, war eine sehr junge Frau. Shaykh ‘Alí, den Quddús und Mullá Ḥusayn so liebten und schätzten, starb mit zwanzig den Märtyrertod; Muḥammad-i-Báqir-Naqsh war erst vierzehn, als er sein Leben hingab; und als Ṭáhirih den Glauben des Báb annahm, war sie Mitte zwanzig.
Tausende Bahá’í-Jugendliche, die dem Pfad folgten, den jene herausragenden Gestalten eröffnet hatten, erhoben sich in den folgenden Jahren, um die Botschaft des Glaubens in allen fünf Kontinenten und auf den verstreuten Inseln des Erdballs zu verkünden. Mit der Herausbildung einer internationalen Jugendkultur in den späten sechziger und den siebziger Jahren, konnten Gläubige, die in den Bereichen Musik, Theater und Kunst begabt waren, zeigen, was Shoghi Effendi gemeint hatte als er sagte: »An jenem Tag wird die Sache Gottes sich wie ein Lauffeuer verbreiten, wenn ihr Geist und ihre Lehren auf der Bühne oder in der Kunst und Literatur dargestellt werden.«Q109 Auch forderte die für die Jugend so typische Begeisterung und Hingabe den Großteil der Gemeinde ständig dazu heraus, immer kühner die für das soziale Leben revolutionäre Bedeutung der Lehren Bahá’u’lláhs in der Praxis zu erproben.
Der enorme Anstieg der Zahl der Erklärungen brachte allerdings auch große Probleme mit sich. Zunächst überstieg die Aufgabe, für die anhaltende Vertiefung, derer die neuen Gläubigen bedurften, und für die Festigung der neuen Gemeinden und Geistigen Räte zu sorgen, bald die begrenzten Möglichkeiten der an dieser Arbeit beteiligten Bahá’í-Gemeinden. Darüber hinaus wiederholten sich jetzt auf der ganzen Welt die kulturellen Herausforderungen, denen sich vormals jene persischen Gläubigen gegenübersahen, die als erste den Glauben im Westen zu etablieren versucht hatten. Theologische und administrative Prinzipien, die für die Pioniere und Reiselehrer vielleicht von höchster Wichtigkeit waren, standen selten im Zentrum des Interesses der Neuerklärten, deren soziale und kulturelle Wurzeln so ganz andere waren. Oftmals brachten unterschiedliche Ansichten über so simple Dinge wie die Anfangszeit von Veranstaltungen oder elementare soziale Umgangsformen Verständnisprobleme, die die Kommunikation extrem erschwerten.
Anfangs erwiesen sich solche Probleme als sehr anregend, denn Institutionen wie Gläubige bemühten sich darum, eine neue Sichtweise zu entwickeln – ja, wichtige Passagen der Schrift neu zu verstehen. Viele Gemeinden taten ihr Möglichstes, um der Führung aus dem Weltzentrum zu folgen, dass Ausbreitung und Festigung Zwillingsprozesse sind, die Hand in Hand gehen müssen. Dort jedoch, wo die erhofften Ergebnisse sich nicht so bald einstellten, machte sich oft eine gewisse Entmutigung breit. In vielen Ländern ging die Zahl der Neuerklärungen rapide zurück, was einige Bahá’í-Institutionen und -Gemeinden dazu verleitete, sich wieder altbekannten Aktivitäten und leichter erreichbaren Zielgruppen zuzuwenden.
Vor allem jedoch machten die Rückschläge den Gemeinden klar, dass die hohen Erwartungen der frühen Jahre der Massenlehrarbeit in mancher Hinsicht unrealistisch waren. Obwohl die schnellen Erfolge der ersten Lehraktivitäten sehr ermutigend waren, schufen sie allein noch kein Gemeindeleben, das den Bedürfnissen der neuen Mitglieder gerecht werden und sich aus eigener Kraft weiter entwickeln konnte. Vielmehr sahen sich Pioniere und neue Gläubige gleichermaßen Fragen gegenüber, auf welche die Erfahrung der Bahá’í im Westen – und selbst im Írán – kaum Antwort geben konnte. Wie sollten Geistige Räte gebildet werden – und, einmal gebildet, auch funktionieren – in Gegenden, in denen über Nacht große Zahlen Neuerklärter den Glauben angenommen hatten, allein aufgrund ihrer geistigen Fähigkeit, seine Wahrheit zu erkennen? Wie konnte man in Gesellschaften, die seit Menschengedenken von Männern dominiert wurden, Frauen zu einer gleichwertigen Stimme verhelfen? Wie sollte man die Erziehung und Ausbildung einer großen Zahl von Kindern angehen, wenn im kulturellen Umfeld Armut und Analphabetentum vorherrschten? Welche Schwerpunkte sollten in der moralischen Erziehung verfolgt werden, und wie konnte man diese Ziele zu den jeweiligen Lebensbedingungen eingeborener Völker in Beziehung setzen? Wie war ein dynamisches Gemeindeleben zu entwickeln, das das geistige Wachstum der Mitglieder anregte? Worauf sollte man sich bei der Herausgabe von Bahá’í-Literatur konzentrieren, besonders im Hinblick darauf, dass plötzlich so enorm viele verschiedene Sprachen in der Gemeinde vertreten waren? Wie konnten Würde und Funktion der so wichtigen Institution des Neunzehntagefestes gewahrt bleiben, während es sich gleichzeitig dem bereichernden Einfluss verschiedener Kulturen öffnete? Und schließlich – die Frage betraf alle Bereiche – woher sollte die erforderliche personelle und finanzielle Unterstützung kommen und wie konnte ihr Einsatz koordiniert werden?
Unter dem Druck dieser dringenden, ineinandergreifenden Herausforderungen trat die Bahá’í-Welt in einen Lernprozess ein, der sich als ebenso wichtig wie die Ausbreitung selbst erwies. Man kann getrost sagen, dass es während dieser Jahre buchstäblich keine Art von Lehraktivität gab, keine Kombination von Ausbreitung, Festigung und Proklamation, keine administrative Variante, keine Bemühung um kulturelle Anpassung, die nicht in irgendeinem Teil der Bahá’í-Welt energisch versucht wurde. Unter dem Strich lehrte diese Erfahrung einen Großteil der Bahá’í-Gemeinde, was es praktisch bedeutet, die Massen zu lehren – eine Erkenntnis, die anders nicht hätte gewonnen werden können. Seinem Wesen gemäß war der Prozess in seiner Schwerpunktsetzung vor allem lokal und regional, die Ergebnisse waren eher qualitative als quantitative, und der erreichte Fortschritt zeigte sich eher in kleinen Entwicklungsschritten als im Großen. Ohne die sorgfältige, immer schwierige und oft frustrierende Festigungsarbeit dieser Jahre hätte allerdings die später folgende Strategie, die Förderung des Beitritts in Scharen zu systematisieren, kaum eine Basis gehabt.
Aufgrund der Tatsache, dass die Botschaft Bahá’u’lláhs nicht mehr nur das Leben kleiner Gruppen von Gläubigen durchdrang, sondern das ganzer Gemeinden, wurde jetzt auch ein Merkmal früherer Entwicklungsphasen des Glaubens wieder belebt. Zum ersten Mal seit Jahrzehnten erlebte die Sache Gottes wieder, dass Lehren und Vertiefung untrennbar mit sozialer und wirtschaftlicher Entwicklung verbunden waren. Die iranischen Gläubigen – denen ja verwehrt wurde, an den begrenzten Möglichkeiten, die ihre Gesellschaft bot, gleichberechtigt teilzuhaben – hatten sich in den frühen Jahren des Jahrhunderts unter der Führung des Meisters und des Hüters mit großem Einsatz daran gemacht, ein umfassendes Gemeindeleben aufzubauen. Die relativ vereinzelten Bahá’í-Gruppen in Nordamerika und Westeuropa bedurften eines solchen Gemeindelebens noch nicht, auch lag es nicht im Bereich ihrer Möglichkeiten. Geistige und moralische Erziehung, Lehraktivitäten, die Errichtung von Schulen und Krankenhäusern, der Aufbau von Verwaltungen und die Unterstützung von Initiativen zur Förderung von wirtschaftlicher Unabhängigkeit und Wohlstand – all diese waren im Írán schon früh nicht wegzudenkende Aspekte eines organischen, geeinten Entwicklungsprozesses. Jetzt boten sich in Afrika, Lateinamerika und Teilen Asiens dieselben Herausforderungen und Möglichkeiten erneut.
Zwar hatte es vor allem in Lateinamerika und in Asien schon lange Projekte im Bereich sozialer und wirtschaftlicher Entwicklung gegeben, doch das waren isolierte Unternehmungen durch Gruppen von Gläubigen unter der Führung einzelner Nationaler Räte. Im Oktober 1983 wurden nun die Bahá’í-Gemeinden in aller Welt aufgerufen, solche Aktivitäten zu einem festen Bestandteil ihrer Tätigkeit zu machen. Im Weltzentrum wurde ein Büro für soziale und wirtschaftliche Entwicklung eingerichtet, welches das Gelernte allgemein nutzbar machte und bei der Suche nach finanzieller Unterstützung half.
Im folgenden Jahrzehnt wurde viel experimentiert in diesem Bereich, auf den die meisten Bahá’í-Gemeinden kaum vorbereitet waren. Man versuchte, von den Modellen zu lernen, die die vielen auf der ganzen Welt arbeitenden Entwicklungsorganisationen erprobten. Gleichzeitig mussten die Bahá’í-Gemeinden auch die Bedingungen, die sie in den verschiedenen Entwicklungsbereichen vorfanden – Erziehung, Gesundheitswesen, Alphabetisierung, Landwirtschaft und Kommunikationstechnologie –, zu ihrem Verständnis der Bahá’í-Prinzipien in Beziehung setzen. Angesichts der enormen Mittel, die Regierungen und Stiftungen investieren konnten, und dem Selbstvertrauen, mit der solche Bemühungen verfolgt wurden, war die Versuchung groß, einfach gängige Methoden zu übernehmen oder die Bemühungen der Bahá’í an aktuelle Theorien anzupassen. Als die Arbeit sich weiterentwickelte, begannen die Bahá’í-Institutionen sich jedoch auf das Ziel zu konzentrieren, Entwicklungsgrundsätze auszuarbeiten, die geeignet waren, die gesellschaftlichen Gegebenheiten mit dem einzigartigen Menschenbild des Glaubens zu verbinden.
Nirgends zeigte sich der Erfolg der Strategie der ineinandergreifenden Pläne so eindrucksvoll wie in Indien. Die dortige Gemeinde ist heute ein Gigant des Glaubens und zählt weit über eine Million Mitglieder. Ihre Arbeit erstreckt sich über einen riesigen Subkontinent und bezieht eine enorme Vielfalt an Kulturen, Sprachen, ethnischen Gruppen und religiösen Traditionen ein. In vieler Hinsicht fassen die Erfahrungen dieser gesegneten Gemeinde die Mühen, Experimente, Rückschläge und Siege zusammen, die die Bahá’í-Welt in diesen drei entscheidenden Jahrzehnten erlebte. Der drastische Anstieg der Erklärungen brachte dieselben Probleme mit sich, denen man auch anderswo auf der Welt begegnete, aber in ganz anderem Ausmaß. Der lange Weg zur heute so herausragenden Stellung der indischen Gemeinde war voll größter Schwierigkeiten, von denen einige zeitweise die verfügbaren administrativen Ressourcen zu übersteigen drohten. Die Siege lassen jedoch die Bestätigungen erahnen, die in Zukunft die Bemühungen der Bahá’í-Gemeinden auf anderen Kontinenten segnen werden, die es mit denselben Herausforderungen zu tun haben. 1985 hatte das Wachstum des Glaubens in Indien einen Punkt erreicht, an dem die Bedürfnisse und Möglichkeiten so vieler verschiedener Regionen mehr Aufmerksamkeit verlangten, als der Nationale Geistige Rat allein sie zu geben vermochte. So wurde die neue Institution der Regionalen Bahá’í-Räte geboren, womit ein Prozess der Dezentralisierung der Verwaltung begann, die sich inzwischen auch in vielen anderen Ländern als sehr effektiv erwiesen hat.
1986 wurde die Ausbreitung und Festigung der Sache Gottes in Indien mit der Einweihung des wunderschönen ›Lotustempels‹ gebührend gekrönt. Zwar hatte man mit diesem Gebäude schon recht optimistische Erwartungen hinsichtlich der öffentlichen Anerkennung des Glaubens verbunden, die Wirklichkeit übertraf jedoch die kühnsten Hoffnungen bei weitem. Das indische Haus der Andacht zieht heute mehr Besucher an als irgendein anderer Ort auf dem Subkontinent, jeden Tag besichtigen es über zehntausend Menschen, und es erfährt große Aufmerksamkeit in Büchern und Artikeln, Filmen und Fernsehproduktionen. Das Interesse, das ein Glaube erregt, dessen Geist sich in so einem großartigen Bauwerk verkörpert, verleiht ‘Abdu’l-Bahás Bezeichnung der Häuser der Andacht als ›stille Lehrer‹ des Glaubens eine ganz neue Bedeutung.
Der Fortschritt der indischen Bahá’í-Gemeinde, gleichermaßen in ihrer inneren Entwicklung wie in ihrer Beziehung zur Gesellschaft, zeigte sich im November 2000 in einer bahnbrechenden Initiative im Bereich sozialer und wirtschaftlicher Entwicklung. Der Nationale Geistige Rat machte sich den guten Ruf, den er verdientermaßen in fortschrittlichen Kreisen genießt, zunutze, und lud, in Zusammenarbeit mit dem gerade neu gegründeten Institut für Studien zum sozialen WohlstandA39 der Internationalen Bahá’í-Gemeinde zu einem Symposion zum Thema ›Religion, Wissenschaft und Fortschritt‹ ein. Über hundert der einflussreichsten Entwicklungsorganisationen Indiens nahmen an dem Projekt teil, und die Medien berichteten landesweit darüber. Die Initiative stellte einen Beitrag zur Förderung des gesellschaftlichen Fortschritts dar, den nur die Bahá’í leisten können, und bereitete den Boden für ähnliche Symposien in Afrika, Lateinamerika und anderen Regionen. Dort können kreative Bahá’í-Gemeinden einem Prozess Gestalt verleihen, der vielleicht der größte Erfolg des Glaubens werden kann.
Während dieser Jahre trat plötzlich auch die Bahá’í-Gemeinde Malaysias als Motor der Ausbreitung des Glaubens hervor; sie erfüllte ihre Ziele in überwältigend kurzer Zeit und sandte Pioniere und Reiselehrer in die Nachbarländer aus. Dieser bedeutende Fortschritt wurde vor allem möglich durch die Bande geistiger Partnerschaft, die zwischen Gläubigen chinesischer und indischer Abstammung geknüpft wurden. Wer von Besuchen in Malaysia zurückkehrte, sprach beinahe ehrfürchtig darüber, wie die dortige Gemeinde, obwohl sie unter vielen Einschränkungen und Behinderungen zu arbeiten hatte, die Metaphern aus dem Militärwesen, mit denen die Schriften Shoghi Effendis versuchten, den Geist der Lehrbemühungen der Bahá’í auszudrücken, geradezu verkörperten.
Weder das weltweite Wachstum der Bahá’í-Gemeinde noch der Lernprozess, den sie durchlief, erzählen jedoch die ganze Geschichte dieser stürmischen, schöpferischen Jahrzehnte. Wenn die Geschichte dieser Zeit einmal niedergeschrieben wird, dann wird eins ihrer glanzvollsten Kapitel von den geistigen Siegen jener Bahá’í-Gemeinden berichten, die, vor allem in Afrika, Krieg, Terror, politische Unterdrückung und extreme Armut überlebten und aus diesen Prüfungen ungebrochen in ihrem Glauben hervorgingen, fest entschlossen, gemeinsam die unterbrochene Arbeit am Aufbau einer lebensfähigen Bahá’í-Gemeinde wieder aufzunehmen. Der Gemeinde in Äthiopien – Heimat eines kulturellen Erbes, das zu den ältesten und reichsten der Welt zählt – war es gelungen, trotz der gnadenlosen Unterdrückung durch eine brutale Diktatur sowohl den Geist der Zuversicht bei ihren Mitgliedern als auch eine intakte Gemeindeordnung zu bewahren. Auch über die Freunde in anderen afrikanischen Ländern kann man sagen, dass ihre Treue zur Sache Gottes sie wahrhaft durch eine Hölle von Leiden führte – die moderne Geschichte berichtet nur wenig Vergleichbares. In den Annalen des Glaubens kann kaum etwas die pure Kraft des Geistes eindrucksvoller bezeugen als jene Geschichten über Mut und Herzensreinheit, die aus dem Inferno, das die Freunde im damaligen Zaire umgab, nach außen drangen – Geschichten, die künftige Generationen inspirieren werden und ein unschätzbarer Beitrag zur Schaffung einer globalen Bahá’í-Kultur sind. Länder wie Uganda und Ruanda fügen dieser Liste heldenhaften Ringens ihre eigenen unvergesslichen Siege hinzu.
Sehr eindrucksvoll zeigte sich die dem Glauben innewohnende erneuernde Kraft auch in kambodschanischen Flüchtlingslagern an der thailändischen Grenze. Durch die heldenhaften Anstrengungen einer Handvoll Lehrer konnten dort Menschen Geistige Räte bilden, die gerade einem Völkermord entgangen waren, dessen Grausamkeit beinahe die Fassungskraft übersteigt. Sie hatten so viele geliebte Menschen und alles, was sie an materieller Sicherheit besaßen, verloren, aber in ihnen brannte immer noch das Verlangen der Seele nach geistiger Wahrheit. Eine ähnlich herausragende Leistung vollbrachte die liberianische Bahá’í-Gemeinde. Viele dieser unerschrockenen Gläubigen nahmen, als sie aus ihrer Heimat in die Nachbarländer vertrieben wurden, ihr gesamtes Gemeindeleben mit ins Exil: sie errichteten Geistige Räte, trieben die Lehrarbeit voran, setzten die Erziehung und Ausbildung ihrer Kinder fort, nutzen ihre Zeit, um neue Fähigkeiten zu erwerben und fanden in Musik, Theater und Tanz geistige Kräfte, die ihnen halfen, die Hoffnung nicht zu verlieren, bis sie in ihr Heimatland würden zurückkehren können.
Während der Lernprozess hinsichtlich der Methoden der Massenlehrarbeit voranging, änderte sich das Bild der Bahá’í-Weltgemeinde. 1992 beging die Gemeinde ihr zweites Heiliges Jahr, das diesmal den hundertsten Jahrestag des Hinscheidens Bahá’u’lláhs und der Verkündigung Seines Bundes bezeichnete. Die ethnische, kulturelle und nationale Vielfalt der siebenundzwanzigtausend Teilnehmer des Zweiten Bahá’í-Weltkongresses, die im Javits Convention Center in New York zusammenkamen, bezeugte den Erfolg der weltweiten Lehrbemühungen eindrucksvoller, als Worte dies je gekonnt hätten. Gleichzeitig versammelten sich weltweit Tausende Gläubige bei neun parallelen Konferenzen in Bukarest, Buenos Aires, Moskau, Nairobi, Neu Delhi, Panama City, Singapur, Sydney und West-Samoa. Die Liveschaltung zwischen der Konferenz in Moskau und der in New York bei der Satelliten-Übertragung, die alle Konferenzen miteinander verband, war besonders bewegend, und die weltweit versammelten Bahá’í jubelten begeistert, als sie die Grüße auf Russisch vernahmen – der gemeinsamen Sprache von zweihundertachtzig Millionen Menschen aus mindestens fünfzehn Ländern –, die für eine neue Phase in der Antwort der Menschheit auf den Ruf Bahá’u’lláhs standen.
In den Konferenzen in Moskau und Bukarest spiegelte sich die Wiedergeburt von Bahá’í-Gemeinden, die durch das Sowjetregime und seiner Satellitenregime unterdrückt und beinahe ausgelöscht worden waren. ‘Alí-Akbar Furútan, eine der drei letzten lebenden Hände der Sache, der in Russland geboren wurde, erlebte die große Freude, im Alter von sechsundachtzig Jahren anlässlich der Wahl des ersten Nationalen Geistigen Rates seines Heimatlandes nach Moskau zurückzukehren. In jedem der neu erschlossenen Länder schossen Geistige Räte aus dem Boden, und sechs neue Nationale Geistige Räte wurden gewählt. Sehr bald schon entstanden mit Hilfe von Pionieren und Lehraktivitäten noch mehr örtliche und acht neue Nationale Geistige Räte in den Ländern am südlichen Rand des früheren Sowjetreiches, wo der Glaube ebenfalls vormals verboten war. Bahá’í-Literatur wurde in eine Vielzahl von neuen Sprachen übersetzt, man setzte sich energisch für die zivilrechtliche Anerkennung der Bahá’í-Institutionen ein, und Vertreter aus Osteuropa und den Ländern der früheren Sowjetunion widmeten sich schon bald gemeinsam mit ihren Mitgläubigen der Öffentlichkeitsarbeit der Bahá’í-Gemeinde auf internationaler Ebene.
Nach und nach wandten sich auch die Menschen in vielen Teilen Chinas und im Ausland lebende Chinesen der Botschaft des Glaubens zu. Bahá’í-Literatur wurde ins Mandarin übersetzt; viele chinesische Universitäten luden Bahá’í-Wissenschaftler zu Gastvorlesungen ein; am angesehenen Pekinger Institut für Weltreligionen, das im Rahmen der Akademie für Sozialwissenschaften tätig ist, wurde eine Abteilung für Bahá’í-Studien eingerichtet,A40 und viele chinesische Würdenträger drückten ihre Wertschätzung für die Prinzipien, die sie in den Schriften finden, aus. Wenn man sich vergegenwärtigt, wie lobend der Meister die chinesische Kultur und ihre Rolle für die Zukunft der Menschheit hervorhob, gewinnt man eine Vorstellung des schöpferischen Beitrags, den Gläubige mit diesen kulturellen Wurzeln in Zukunft zum intellektuellen und moralischen Leben des Glaubens leisten werden.A41
Die große Bedeutung dieser drei Jahrzehnte der Mühen, des Lernens und der Opfer trat klar zutage, als der Moment gekommen war, einen globalen Plan zu entwerfen, der die gewonnenen Einsichten und das entwickelte Potential jetzt nutzen würde. Die Bahá’í-Gemeinde, die sich 1996 an die Erfüllung des Vierjahresplanes machte, war nicht mehr dieselbe wie die zwar eifrige, aber junge und noch unerfahrene Gemeinde, die 1964 das erste Unternehmen dieser Art anging, das nicht mehr durch die führende Hand Shoghi Effendis angeleitet wurde. 1996 war es möglich geworden, die einzelnen Stränge des Unternehmens als Teile eines zusammenhängenden Ganzen zu sehen.
Diese Erfahrung brachte auch den dringend erforderlichen Rückblick auf das Erreichte mit sich. Die Ausbreitung der Sache Gottes während der letzten drei Jahrzehnte zeigte, dass die Begegnung mit der Botschaft Bahá’u’lláhs mehrere Millionen Menschen so beeindruckt hatte, dass sie sich – in unterschiedlichem Maße – mit der Sache Gottes identifizierten. Ihnen war bewusst, dass ein neuer Gottesbote erschienen war, sie waren vom Geist des Glaubens berührt und wurden durch die Lehre von der Einheit der Menschheit angezogen. Einige wenige von ihnen waren in der Lage, noch weiter zu gehen. Die meisten dieser Freunde blieben jedoch Adressaten von Lehr- und Vertiefungsprogrammen, welche Reiselehrer und Pioniere von außerhalb durchführten. Eine der größten Stärken der Massen der Menschheit, aus denen diese neuerklärten Gläubigen kamen, liegt in der Offenheit der Herzen, durch die ein nachhaltiger gesellschaftlicher Wandel vollzogen werden kann. Die größte Schwäche dieser Massen war bisher eine gewisse Passivität, die – unter dem ständigen Einfluss fremder Mächte – über Generationen hinweg eingeübt worden war. Unabhängig davon, welche materiellen Vorteile dieser Einfluss auch gebracht haben mag, die Ziele, welche diese Mächte verfolgten, hatten meist nur sehr indirekt, wenn überhaupt, mit dem alltäglichen Leben und den tatsächlichen Bedürfnissen der eingeborenen Völker zu tun.
Der Vierjahresplan, ein deutlicher Schritt über die bisherigen Pläne hinaus, war darauf angelegt, aus den neuen Möglichkeiten und den gewonnenen Einsichten vollen Nutzen zu ziehen. Ein klares Ziel durchdrang das gesamte Unternehmen: die Förderung des Prozesses des Beitritts in Scharen. Aufgrund der Erfahrungen während der früheren Pläne wurde jetzt der Schwerpunkt weltweit auf die Entwicklung der Fähigkeiten der Gläubigen gelegt, so dass alle sich voller Vertrauen würden erheben können, um die Mission des Glaubens voranzutragen. Das Instrumentarium, mit dem dieses Ziel erreicht werden konnte, war während der letzten Pläne ständig überarbeitet und verbessert worden und hatte seine Wirksamkeit inzwischen bewiesen.
So wie die meisten anderen Methoden und Aktivitäten, mit deren Hilfe der Glaube voranschritt, war auch dieses Instrument schon Jahrzehnte zuvor in ‘Abdu’l-Bahás Sendschreiben zum göttlichen Plan vorgesehen: Vertiefte Gläubige, so erklärt der Meister, sollten »die Jugend der Liebe Gottes in Schulen der Unterweisung um sich scharen und sie all die göttlichen Beweise und unwiderleglichen Argumente lehren, ihnen die Geschichte der Sache erläutern und erklären, auch die Verheißungen und Beweise auslegen, die in den göttlichen Büchern und Episteln enthalten sind über die Manifestation des Verheißenen … «Q110 Der so geliebte Ṣadru’ṣ-ṢudúrA42 hatte während der frühen Jahre des Jahrhunderts auf diesem Feld Pionierarbeit geleistet und im Írán systematisch Unterricht dieser Art abgehalten. Mit der Zeit fanden immer mehr Winter- und Sommerferienkurse statt, und ein Plan nach dem anderen ermutigte die Gemeinden, sich an der Entwicklung von Trainingsinstituten zu versuchen.
Der mit Abstand bedeutendste Fortschritt auf diesem Gebiet wurde in Kolumbien erreicht: Über einen Zeitraum von gut zwanzig Jahren, beginnend in den Siebzigern, entwickelten die Freunde dort ein systematisches, längerfristig angelegtes Programm zum Unterricht in den Schriften des Glaubens, das bald auch in den Nachbarländern aufgegriffen wurde. Diese Leistung, die stark von den Bemühungen der kolumbianischen Gemeinde im Bereich sozialer und wirtschaftlicher Entwicklung beeinflusst war, beeindruckt vor allem deshalb so sehr, weil sie in einer Umgebung gelang, in der Gewalt und Gesetzlosigkeit das Leben der Gesellschaft zunehmend zersetzten.
Das Beispiel der kolumbianischen Freunde begeisterte und ermutigte auch anderswo auf der Welt Bahá’í-Gemeinden. Am Ende des Vierjahresplanes hatten weltweit über hunderttausend Gläubige an den Programmen der über dreihundert fest eingerichteten Trainingsinstitute teilgenommen. Um dieses Ziel zu erreichen, waren die meisten Institute noch einen Schritt weiter gegangen, indem sie ein Netzwerk von Studienkreisen schufen, in denen die Fähigkeiten der Gläubigen dafür eingesetzt wurden, die Arbeit der Institute auch auf örtlicher Ebene weiterzuführen. Schon jetzt wird deutlich, dass der Erfolg der Tätigkeit der Institute den Prozess wesentlich beschleunigt hat, der langfristig zur Herausbildung eines universellen Bahá’í-Erziehungssystems führen wird.A43
Obwohl die Anstrengungen dieser Jahrzehnte noch relativ moderat waren – zumindest im Vergleich zum Heroischen Zeitalter –, gewähren sie doch der heutigen Generation von Bahá’í einen Eindruck dessen, was Shoghi Effendi als die Zyklen bezeichnet, in denen sich der Glaube entwickelt. Seine Geschichte, so schreibt er, gliedert sich »in eine Folge von mehr oder weniger schweren inneren und äußeren Krisen, die sich zunächst verheerend auswirkten, dann aber auf geheimnisvolle Weise ein entsprechendes Maß göttlicher Kraft auslösten und dadurch dem Glauben einen frischen Impuls zum Fortschritt vermittelten«Q111. Diese Worte rücken all die Anstrengungen ins rechte Licht, die Experimente, die entmutigenden Rückschläge und die Siege, die den Beginn der großangelegten Lehrtätigkeit kennzeichneten und die Bahá’í-Gemeinde auf die noch größeren vor ihr liegenden Herausforderungen vorbereiteten.
Durch die gesamte Geschichte hindurch wohnte der Großteil der Menschheit dem Fortschritt der Zivilisation immer nur als Zuschauer bei. Ihre Rolle bestand darin, den Plänen der jeweiligen Elite zu dienen, die den Zivilisationsprozess gerade anführte. Sogar die aufeinanderfolgenden göttlichen Offenbarungen, deren Zweck ja die Befreiung des menschlichen Geistes war, gerieten mit der Zeit in die Gefangenschaft des »beharrenden Selbstes«Q112; sie erstarrten zu menschengemachten Dogmen, Ritualen, Führungsprivilegien und interkonfessionellen Streitereien, und schließlich ging ihre Zeit zu Ende, ohne dass sie ihr Ziel erreicht hätten.
Bahá’u’lláh ist gekommen, um die Menschheit aus dieser langen Knechtschaft zu befreien, und die Gemeinde Seiner Anhänger verwendete die letzten Jahrzehnte des zwanzigsten Jahrhunderts darauf, verschiedene Mittel zu ersinnen und auszuprobieren, mit denen Seine Absicht verwirklicht werden kann. Die Verfolgung des Göttlichen Planes verlangt nichts Geringeres, als die ganze Menschheit in die Arbeit an ihrer eigenen geistigen, sozialen und intellektuellen Entwicklung einzubinden. Die Schwierigkeiten, denen die Bahá’í-Gemeinde in der Zeit seit 1963 begegnete, waren notwendig, um die Anstrengungen noch zielgerichteter einzusetzen und die Beweggründe zu läutern, damit jene, die mit dieser Arbeit betraut sind, einer solchen Verantwortung würdig werden. Solche Prüfungen sind ganz eindeutige Kennzeichen des Reifungsprozesses, den ‘Abdu’l-Bahá so zuversichtlich beschreibt:
»Manche Bewegungen tauchen auf, erleben eine kurze Wirkungszeit und verlaufen dann im Sande. Andere wachsen weiter und entwickeln mehr Kraft; bevor sie sich jedoch zur Reife entfalten, werden sie schwächer, zerfallen und verschwinden schließlich in der Versenkung … Es gibt noch eine dritte Art von Bewegung oder Sache, die klein und unauffällig beginnt, dann sicher und stetig voranschreitet, mit der Zeit immer größer und breiter wird, bis sie schließlich eine weltumfassende Dimension erreicht. Eine solche Bewegung ist die Bahá’í-Sache.« Q113

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Die Mission Bahá’u’lláhs beschränkt sich nicht auf den Aufbau der Bahá’í-Gemeinde. Die Offenbarung Gottes richtet sich an die gesamte Menschheit, und sie wird in einem solchen Maße die Unterstützung der gesellschaftlichen Institutionen gewinnen wie diese in ihrem Beispiel Ermutigung und Inspiration für eigene Bemühungen finden, das Fundament für eine gerechte Gesellschaft zu legen. Um die Bedeutung dieses zweiten Aspektes zu erfassen, braucht man sich nur zu vergegenwärtigen, wie viel Zeit und Sorgfalt Bahá’u’lláh selbst darauf verwendete, die Beziehungen zu Regierungsvertretern, führenden Denkern und einflussreichen Persönlichkeiten aus verschiedenen Minderheiten zu pflegen wie auch zu den ins Osmanische Reich entsandten Diplomaten und Gesandten. Die geistige Auswirkung dieser Bemühung zeigt sich in der Hochachtung, die sogar so erbitterte Feinde wie ‘Alí Páshá und der persische Botschafter in Konstantinopel, Mírzá Ḥusayn Khán, Seiner Charakterstärke und Seinen Prinzipien zollten. Der Erstere, der Ihn, seinen Gefangenen, in die Strafkolonie ‘Akká verbannte, beschrieb Ihn dennoch als einen »Mann von großer Vornehmheit und vorbildlichem Verhalten, mit stets gemäßigten Ansichten, eine höchst würdevolle Persönlichkeit«, deren Lehren nach Ansicht des Ministers »hohe Wertschätzung verdienten«A44. Der Letztere, dessen Machenschaften vor allem ‘Alí Páshá und seine Mitarbeiter gegen die Bahá’í einnahmen, gab in späteren Jahren offen zu, dass ein großer Gegensatz bestände zwischen dem moralischen und intellektuellen Format seines Feindes und dem Ruf der meisten seiner in Konstantinopel lebenden Landsleute, gierig und unehrenhaft zu sein, was in den persisch-türkischen Beziehungen Schaden angerichtet hatte.
Von Anfang an zeigte ‘Abdu’l-Bahá reges Interesse für die verschiedenen Bemühungen, eine neue internationale Ordnung zu schaffen. So ist es etwa sehr bezeichnend, dass Er in Seinen ersten öffentlichen Ansprachen in Nordamerika über den Zweck Seines Besuches besonders darauf einging, dass Er vom Organisationskomitee der Lake Mohonk Friedenskonferenz eingeladen worden war, um zu dieser internationalen Versammlung zu sprechen. Auch die Zentralorganisation für einen dauernden Frieden im Haag hatte Er in hohem Maße bestärkt, äußerte aber Seinen Rat trotzdem frei und offen. In Seinem Antwortschreiben auf Briefe, die der Exekutivausschuss der Organisation im Haag während des Krieges an Ihn gerichtet hatte, lenkte Er die Aufmerksamkeit der Organisatoren auf die von Bahá’u’lláh verkündeten geistigen Wahrheiten, die allein die Grundlage für die Verwirklichung ihrer Ziele sein könnten:
»O ihr Hochgeehrten, die ihr Pioniere seid unter den Wohltätern der Menschenwelt! … Heute ist der Weltfriede von großer Bedeutung, aber die Einheit des Gewissens ist dabei wesentlich, damit des Friedens Grundlage gesichert, sein Gefüge fest und sein Bau stark sei … Heute kann allein die Macht des Wortes Gottes, das die Wirklichkeit aller Dinge umschließt, die Gedanken, Gemüter, Herzen und Geister im Schatten des einen Baumes versammeln. Er ist der Mächtige in allen Dingen, der Beleber der Seelen, der Erhalter und Beherrscher der Menschenwelt.« Q114
Darüber hinaus zeigt sich auch in der Reihe einflussreicher Persönlichkeiten, mit denen der Meister in Nordamerika und Europa geduldig Stunde um Stunde verbrachte – vor allem Menschen, die sich um die Förderung des Weltfriedens und humanitärer Belange bemühten –, dass Er sich der Verantwortung, die der Glaube gegenüber der ganzen Menschheit hat, stets bewusst war. Wie die außergewöhnlichen Reaktionen auf Sein Hinscheiden belegen, verfolgte Er diesen Kurs bis an Sein Lebensende.
Shoghi Effendi griff dieses Erbe fast unmittelbar nach Beginn seiner Amtszeit auf. Schon 1925 förderte er die Absicht einer amerikanischen Gläubigen, Jean Stannard, ein ›Internationales Bahá’í-Büro‹ einzurichten, und wies sie an, nach Genf zu gehen, dem Sitz des Völkerbundes. Zwar hatte das Büro keine offizielle Autorität, fungierte aber, in den Worten des Hüters, »als Mittler zwischen Haifa und anderen Bahá’í-Zentren« und diente als zentrale Informationsstelle im Herzen Europas. Offizielle Anerkennung wurde dem Büro zuteil, als der Verlag des Völkerbundes einen Bericht über seine Aktivitäten erbat und diesen veröffentlichte.A45
Wie so oft in der Geschichte des Glaubens diente eine unerwartete Krise dazu, die Beziehung der Bahá’í auf internationaler Ebene zur Gesellschaft im Ganzen ein gutes Stück voranzubringen. 1928 ermutigte Shoghi Effendi den Geistigen Rat von Bagdad, sich an die Ständige Mandatskommission des Völkerbundes zu wenden und Einspruch gegen die Besetzung des Hauses Bahá’u’lláhs in ihrer Stadt durch schiitische Gegner zu erheben. Der Rat des Völkerbundes erkannte das Unrecht an und forderte im März 1929 die britische Mandatsmacht einstimmig auf, Druck auf die irakische Regierung auszuüben »mit dem Ziel, das den Antragstellern zugefügte Unrecht sofort wieder gutzumachen«. Aufgrund immer neuer Ausflüchte der irakischen Regierung, einschließlich des Bruches eines feierlichen Versprechens seitens des Monarchen selbst, zog sich der Fall jahrelang über verschiedene Sitzungen der Mandatskommission hin, und bis zum heutigen Tag ist das Haus in den Händen der Besetzer.A46 Unbeeindruckt von diesem Fehlschlag lenkte Shoghi Effendi die Aufmerksamkeit der Bahá’í-Gemeinde auf den historischen Nutzen, den das Verfahren für die Sache Gottes brachte. Wie schon zuvor als ein sunnitisch-muslimisches Gericht den Einspruch der ägyptischen Bahá’í-Gemeinde gegen ein Urteil verworfen hatte, das Bahá’í-Eheschließungen nicht anerkannte, erklärte der Hüter auch hier:
»Es genüge die Feststellung, dass trotz endloser Verzögerungen, Proteste und Ausflüchte … dieser denkwürdige Rechtsstreit und die Verteidigung der Sache des Glaubens, der Sache der Wahrheit und Gerechtigkeit durch den höchsten Gerichtshof der Welt die Freunde des Glaubens staunen machte und seine Feinde in Bestürzung versetzte.« Q115
Die Gründung der Vereinten Nationen eröffnete dem Glauben ein noch größeres und wirkungsvolleres Forum für seine Bemühungen, geistigen Einfluss auf das Leben der Gesellschaft zu nehmen. Schon 1947 erbat ein eigens berufener ›Palästinaausschuss‹ der Vereinten Nationen die Ansichten des Hüters über die Zukunft dieses Mandatsgebietes. In seiner Antwort auf diese Anfrage hatte er die Möglichkeit, eine autoritative Darstellung der Geschichte und der Lehren des Glaubens zu geben. Im selben Jahr legte der Nationale Geistige Rat der Vereinigten Staaten und Kanadas, ermutigt von Shoghi Effendi, der internationalen Organisation ein Dokument mit dem Titel Eine Bahá’í-Erklärung zu Menschenrechten und Menschenpflichten vor, das in den folgenden Jahrzehnten die Arbeit von Bahá’í-Autoren und -Sprechern inspirieren sollte.A47 Ein Jahr später erwirkten die acht zu jener Zeit bestehenden Nationalen Geistigen Räte vom zuständigen Gremium der Vereinten Nationen die Akkreditierung der ›Internationalen Bahá’í-Gemeinde‹ als einer internationalen Nichtstaatlichen Organisation.
Nicht nur die sich langsam herausbildende Beziehung des Glaubens zur neuen internationalen Ordnung unterstützte der Hüter in dieser Weise. In Gott geht vorüber und in den Erinnerungen Amatu’l-Bahás an den Hüter finden sich seitenlange Berichte über Reaktionen einflussreicher Persönlichkeiten und Organisationen auf Initiativen Shoghi Effendis wie auch auf Ereignisse überall in der Welt, zu denen auch Vertreter der Bahá’í eingeladen waren. Es ist aus geschichtlicher Sicht beeindruckend, wie vielen vergleichsweise unbedeutenden Gelegenheiten Aufmerksamkeit durch einen Mann zuteil wurde, dessen Wirken nicht nur außerordentlich wichtig für die Zukunft der Menschheit ist, sondern der auch die Ereignisse um sich herum in ihrer relativen Bedeutung sicher erfasste. Der Bahá’í-Gemeinde ist mit diesen sorgfältigen Berichten ein Leitfaden an die Hand gegeben, wie sie zunehmend Gelegenheiten aufgreifen muss, die aus bescheidenen Anfängen erwachsen.
Vom Zeitpunkt ihrer Akkreditierung an engagierte sich die Internationale Bahá’í-Gemeinde nachdrücklich bei den Vereinten Nationen. Viel Anerkennung wurde ihr zuteil für ein Programm, das mit Hilfe des sich ausbreitenden Netzwerkes an Bahá’í-Räten öffentlich über die Vereinten Nationen selbst informierte, und damit die mühevolle Arbeit vieler Unterorganisationen der Vereinten Nationen weltweit tatkräftig unterstützte. 1970 erlangte die Internationale Bahá’í-Gemeinde beratenden Status beim Wirtschafts- und Sozialrat der Vereinten Nationen (ECOSOC). Seit 1974 ist sie offiziell mit dem Umweltprogramm der Vereinten Nationen (UNEP) assoziiert, und erhielt 1976 beratenden Status beim Weltkinderhilfswerk der Vereinten Nationen (UNICEF). Der Einfluss und die Sachkenntnis, die sich in dieser Zeit entwickelten, zeigten sich 1955 und 1962, als die Internationale Bahá’í-Gemeinde die Intervention der Vereinten Nationen zugunsten der Gläubigen erwirkte, die im Írán beziehungsweise in Marokko verfolgt wurden.
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1980 erreichte die geduldige Öffentlichkeitsarbeit der Nationalen Geistigen Räte und des Büros der Bahá’í-Weltgemeinde bei den Vereinten Nationen plötzlich gezwungenermaßen eine neue Stufe in ihrer Entwicklung. Auslöser war der Versuch der schiitischen Geistlichkeit im Írán, den Glauben in seinem Geburtsland auszulöschen. Die Folgen sahen weder die Verfolger des Glaubens noch seine Verteidiger voraus.
Während all der Jahrzehnte, da die Bahá’í in der Wiege des Glaubens immer wieder wegen ihrer Glaubensüberzeugung verfolgt worden waren, handelten die Mullás, die diese Angriffe anzettelten und anführten, mit der Zustimmung des jeweiligen Monarchen des Landes. Die Monarchen, die scheinbar absolute Macht hatten, waren in Wirklichkeit durch politisches Kalkül gebunden, das sie für Druck von außen – vor allem seitens westlicher Regierungen – empfänglich machte. So hatte die Empörung russischer, britischer und anderer Diplomaten Náṣiri’d-Dín Sháh gezwungen, gegen seinen Willen der Gewaltorgie ein Ende zu setzen, durch die zu Beginn der 1850er Jahre so viele Gläubige zu Tode kamen und sogar Bahá’u’lláhs Leben bedroht war. Im zwanzigsten Jahrhundert waren die ihm nachfolgenden Qájáren ähnlich besorgt um die Meinung fremder Regierungen. Das Muster wiederholte sich 1955, als der zweite Schah aus der Pahlaví-Dynastie, den die Mullás überredet hatten, eine gegen die Bahá’í gerichtete Welle der Gewalt zu billigen, durch den Protest der Vereinten Nationen und die Einwände der amerikanischen Regierung gezwungen wurde, die Angriffe sofort zu stoppen – beide Interventionen scheinen Vorboten dessen gewesen zu sein, was folgen sollte.
Die Islamische Revolution von 1979 schien derartige Kontrollmechanismen und Bremsen für das Verhalten der Geistlichkeit hinwegzufegen. Plötzlich waren die Mullás selbst an der Macht; sie besetzten die höchsten Posten in der neuen Republik mit ihren eigenen Kandidaten, und übernahmen diese Ämter schließlich selbst. ›Revolutionsgerichte‹ wurden eingesetzt, verantwortlich nur der hohen Geistlichkeit. Eine Unzahl von sogenannten ›Revolutionswächtern‹, weit effizienter als die Geheimpolizei des Schahs und ebenso brutal, übernahm die Kontrolle über alle Bereiche des öffentlichen Lebens.
Zwar konzentrierte sich die Aufmerksamkeit der neuen Führungsschicht besonders auf vermutete Bedrohungen von außen, doch sahen einige einflussreiche Mitglieder jetzt auch eine Gelegenheit, endlich die iranische Bahá’í-Gemeinde zu vernichten.A48 Auf die grauenvollen Einzelheiten der Verfolgungen muss an dieser Stelle nicht näher eingegangen werden. Von Bedeutung ist vielmehr die Reaktion Tausender Bahá’í überall im Land – Männer, Frauen und Kinder – auf die Angriffe. Ihre Weigerung, ihren Glauben aufzugeben, selbst wenn es ihr Leben kostete, veranlasste ihre Mitgläubigen auf der ganzen Welt, sich mehr als zuvor in den Dienst der Sache zu stellen, für die diese Opfer gebracht wurden. Aber nicht nur die Anhänger des Glaubens wurden von diesen Ereignissen tief berührt. Jahrzehnte zuvor, 1889, hatte ein angesehener westlicher Beobachter angesichts des Heldenmutes der frühen Gläubigen über deren Leiden prophetisch geschrieben:
»Ihr Leben und ihr Tod, ihre Hoffnungen, die nie verzweifeln, ihre Liebe, die nie erkaltet, ihre Standhaftigkeit, die niemals wankt, verleihen dieser wunderbaren Bewegung einen ganz eigenen Charakter … Was sie erdulden, ist nicht einfach oder leicht zu tragen, und wofür sie bereit sind, ihr Leben zu geben, ist wert, dass man es zu verstehen sucht. Von dem gewaltigen Einfluss, den der Bábí-Glaube [sic], wie ich meine, in Zukunft ausüben wird, oder dem neuen Leben, das er vielleicht einem toten Volk einhauchen mag, spreche ich nicht; denn gleich, ob der Glaube sich durchsetzt oder nicht, der strahlende Heldenmut der Bábí-Märtyrer ist ewig und unzerstörbar … Was ich jedoch nicht hoffen kann Ihnen zu vermitteln, ist die außerordentliche Ernsthaftigkeit dieser Menschen, und der unbeschreibliche Einfluss, den diese Ernsthaftigkeit in Verbindung mit anderen Eigenschaften auf jeden ausübt, der mit ihnen in Berührung kommt.«A49
Diese Worte deuten schon auf ähnliche Reaktionen seitens Nicht-Bahá’í-Beobachtern während der Jahre der islamischen Revolution hin. Derartige Gefühle sollten dann auch eine der wichtigsten Kräfte werden, die den Glauben aus der Verborgenheit hervortreten ließen. Auch ist schon in diesen Worten die im Wesentlichen geistige Natur all dessen eingefangen, was in der Wiege des Glaubens schon immer auf dem Spiel stand. Immer mehr ausländische Meinungsträger empörten sich nicht nur über die besinnungslose Brutalität der Verfolgung, sondern waren auch von der Reaktion der iranischen Bahá’í tief bewegt.
Das Leid zahlloser Opfer von Unterdrückung prägt die Geschichte des zwanzigsten Jahrhunderts. Was die Lage der Bahá’í einzigartig macht, war die Haltung derer, die das Leid ertrugen. Die iranischen Gläubigen fanden sich nicht mit der allbekannten Opferrolle ab. Wie zuvor die Stifter des Glaubens übernahmen sie die moralische Führung in der Auseinandersetzung mit den Gegnern. Schon bald bestimmten sie – und nicht die Revolutionsgerichte oder die Revolutionswächter – den Ton bei den Konfrontationen, und diese beispiellose Haltung berührte nicht nur die Herzen der Unbeteiligten von außerhalb des Glaubens, sondern machte sie auch nachdenklich. Die verfolgte Gemeinde griff ihre Unterdrücker nicht an, noch versuchte sie, aus der Notlage politischen Vorteil zu ziehen. Ebenso wenig riefen die Bahá’í in anderen Ländern bei der Verteidigung ihrer verfolgten Mitgläubigen zum Bruch der iranischen Verfassung auf, geschweige denn zu Rache. Sie alle forderten nur Gerechtigkeit – die Anerkennung jener Rechte, die die Allgemeine Erklärung der Menschenrechte garantiert, welche die Staatengemeinschaft angenommen und auch die iranische Regierung ratifiziert hatte – Rechte, die größtenteils sogar in den Bestimmungen der islamischen Verfassung enthalten waren.
Die Krise trieb die Bahá’í-Welt zu außergewöhnlichen Höchstleistungen an. Nationale Räte, die nur wenig oder gar keine Erfahrung darin hatten, Arbeitskontakte zu den Regierungsvertretern ihres Landes aufzubauen, waren jetzt aufgerufen, bei ihrer Regierung die Unterstützung von Resolutionen auf den verschiedenen Ebenen des internationalen Menschenrechtssystems zu erbitten – und ihre Bemühungen waren sehr erfolgreich. Jahr für Jahr, zwei Jahrzehnte lang, beschäftigte der Fall der Bahá’í im Írán die internationalen Menschenrechtsinstitutionen und erfuhr Unterstützung in immer neuen Resolutionen. Die von der Menschenrechtskommission der Vereinten Nationen beauftragten Berichterstatter registrierten aufmerksam die Leiden der Bahá’í, und diese Erfolge wurden durch Entscheidungen des Dritten Ausschusses der Generalversammlung der Vereinten Nationen untermauert. Kein Versuch des iranischen Regimes, der internationalen Verurteilung wegen seines Umgangs mit den im Lande lebenden Bahá’í zu entgehen, vermochte die Unterstützung zu erschüttern, die dem Fall der Bahá’í von einer stabilen Mehrheit wohlgesinnter Staaten in der Menschenrechtskommission zuteil wurde. Dass dies erreicht werden konnte, ist umso bemerkenswerter, als die Mitglieder der Kommission ständig wechselten und auf ihrer umfangreichen Tagesordnung auch Menschenrechtsverletzungen in anderen Ländern standen, die Millionen von Opfern betrafen.
Diese vielfältigen Aktionen übten direkten Druck auf die iranische Regierung aus – und gleichzeitig erregte der Fall in der ganzen Welt auch breite öffentliche Aufmerksamkeit durch Presseorgane sowie Rundfunk- und Fernsehanstalten. Zeitungen wie The New York Times, Le Monde und die Frankfurter Allgemeine Zeitung mit internationaler Leserschaft berichteten ausführlich über die Verfolgung, und Fernsehanstalten in Australien, Kanada, den Vereinigten Staaten und einer Reihe europäischer Länder strahlten gut recherchierte Dokumentationen aus. In Leitartikeln wurden die Gewalttaten oft scharf verurteilt. Dieses Medieninteresse verlieh nicht nur den Bemühungen um ein wirkungsvolles Eingreifen der Menschenrechtskommission Nachdruck, sondern informierte auch ein millionenfaches Publikum – oftmals zum ersten Mal – wahrheitsgetreu und achtungsvoll über Lehren und Inhalte des Bahá’í-Glaubens. Sowohl die Berichterstattung als auch die Bemühungen durch die Kanäle der Vereinten Nationen ermöglichten einflussreichen Regierungsvertretern auf der ganzen Welt, zu einem eigenen Urteil über die Lehren des Glaubens und das Wesen der Bahá’í-Gemeinde zu finden.
Durch die Verfolgung ergab sich das Problem, dass mehrere tausend iranische Bahá’í in Ländern, in denen sie als Pioniere dienten, ohne gültigen Pass festsaßen, oder gezwungen waren, aus dem Írán zu fliehen, weil sie oder ihre Familien Zielscheibe des Pogroms wurden. 1983 wurde in Kanada, wo die Regierung besonders kooperativ auf die Vorstellungen des dortigen Nationalen Geistigen Rates reagiert hatte, ein internationales Bahá’í-Flüchtlingsbüro eingerichtet.A50 Während der nächsten Jahre öffneten mit Hilfe des Hochkommissars für Flüchtlinge der Vereinten Nationen eine Reihe anderer Länder ihre Tore für mehr als zehntausend iranische Bahá’í, die dort dann oftmals Pionierziele erfüllten.
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Nicht nur für die Bahá’í-Gemeinde, sondern auch für das Menschenrechtssystem der Vereinten Nationen selbst war dieser lange Kampf von Nutzen. Unmittelbar nach der islamischen Revolution war das Überleben der iranischen Bahá’í-Gemeinde bedroht. Mit der Zeit gelang es der Menschenrechtskommission der Vereinten Nationen – wie langwierig und vergleichsweise schwerfällig ihre Arbeitsweise dem Außenstehenden auch scheinen mag –, das iranische Regime zu zwingen, den schlimmsten Verfolgungen Einhalt zu gebieten. In diesem Sinne bezeichnet ›der Fall der Bahá’í im Írán‹ sowohl für die Kommission als auch für den Glauben einen bedeutenden Sieg. Eindrucksvoll demonstriert er die Macht der Staatengemeinschaft, Formen der Unterdrückung, wie sie leider in jedem Zeitalter zu beklagen waren, mittels des zu diesem Zweck geschaffenen Apparats unter Kontrolle zu bringen.
Dieser Sachverhalt unterstreicht die Bedeutung der Aktivitäten des Glaubens für die Gesellschaft, innerhalb derer sie stattfinden. Zu diesem Zeitpunkt ihrer Geschichte steht die Menschheit – neben der Errichtung des Weltfriedens – vor einer weiteren dringenden Herausforderung: Die internationale Gemeinschaft muss wirkungsvolle Schritte unternehmen, um die Ideale der Allgemeinen Erklärung der Menschenrechte und darauf bezogener Abkommen zu verwirklichen. Kaum einen Ort gibt es auf der Erde, an dem nicht die einfachsten menschlichen Bedürfnisse von Minderheiten noch immer auf die eine oder andere Weise missachtet werden aufgrund religiöser, ethnischer oder nationaler Vorurteile. Keine Volksgruppe auf dem ganzen Planeten könnte dieses Problem besser verstehen als die Bahá’í-Gemeinde. Sie erlitt – und erleidet in einigen Ländern noch immer – Misshandlungen ohne erkennbare legale oder moralische Rechtfertigung, sie opferte ihre Märtyrer und vergoss ihre Tränen, und blieb doch ihrer Überzeugung treu, dass Hass und Vergeltung die Seele zerstören, und sie lernte wie kaum eine andere Gemeinschaft, die Menschenrechtsordnung der Vereinten Nationen so zu nutzen, wie ihre Urheber es vorgesehen hatten, ohne Zuflucht zu irgendwelchen parteipolitischen Aktivitäten zu nehmen, geschweige denn zu Gewalt. Auf der Grundlage dieser Erfahrung unterstützt die Bahá’í-Gemeinde heute zahlreiche Länder dabei, staatliche Programme zur Menschenrechtserziehung einzuführen, und bietet dazu jede ihr mögliche praktische Hilfe an.A51 Weltweit engagiert sie sich besonders für die Rechte von Frauen und Kindern. Vor allem jedoch bietet sie ein lebendiges Beispiel für gemeinschaftliches Miteinander, aus dem zahllose Menschen außerhalb ihres Kreises Mut und Hoffnung schöpfen.
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Während sich die Krise im Írán zuspitzte, hob eine Initiative des Universalen Hauses der Gerechtigkeit die Öffentlichkeitsarbeit der Bahá’í-Gemeinde auf eine völlig neue Ebene. 1985 wurde die Erklärung Die Verheißung des Weltfriedens, die sich an alle Menschen weltweit richtete, durch die Nationalen Geistigen Räte verbreitet. Darin schreibt das Universale Haus der Gerechtigkeit unprovokativ, aber klar und unmissverständlich, dass die Bahá’í fest darauf vertrauen, dass der internationale Frieden als nächste Stufe in der Evolution der Gesellschaft kommen wird. Wege und Schritte zu dieser so lang erwarteten Entwicklung werden dargelegt, und vieles geht dabei über das hinaus, was gemeinhin in der politischen Diskussion erwogen wird. Am Ende der Erklärung heißt es:
»In den Erfahrungen der Bahá’í-Gemeinschaft kann man ein Beispiel für diese wachsende Einheit [der Menschheit] sehen … Wenn die Erfahrungen der Bahá’í, in welchem Ausmaß auch immer, etwas dazu beitragen können, die Hoffnung auf Einheit des Menschengeschlechts zu stärken, schätzen wir uns glücklich, sie als Studienmodell anzubieten.« Q116
Während der unmittelbare Zweck der Veröffentlichung darin bestand, Bahá’í-Institutionen und einzelnen Gläubigen eine schlüssige Diskussionsgrundlage für ihren Umgang mit Regierungsvertretern, gesellschaftlichen Organisationen, den Medien und einflussreichen Persönlichkeiten an die Hand zu geben, setzte sie dadurch auch einen Prozess in Gang, in dessen Verlauf die Bahá’í-Gemeinde selbst in verschiedenen wichtigen Bahá’í-Lehren intensiv und nachhaltig unterrichtet wurde. Der Einfluss der in diesem Dokument enthaltenen Ideen und Sichtweisen war schon bald weithin spürbar – bei Tagungen, Sommer- und Winterferienkursen, in Veröffentlichungen und allenthalben in den Gesprächen der Gläubigen.
In vieler Hinsicht kann man sagen, dass Die Verheißung des Weltfriedens in den Jahren seit 1985 programmatisch wurde für die Zusammenarbeit der Bahá’í mit den Vereinten Nationen und den ihnen angeschlossenen Organisationen. Aufbauend auf dem guten Ruf, den die Internationale Bahá’í-Gemeinde schon zuvor hatte, wurde sie nun innerhalb weniger Jahre eine der einflussreichsten Nichtstaatlichen Organisationen. Weil sie völlig unparteiisch ist und auch so gesehen wird, vertraut man ihr zunehmend als vermittelnder Kraft bei schwierigen und oft zähen Diskussionen in internationalen Kreisen über wichtige Fragen zum Fortschritt der Gesellschaft. Dieser gute Ruf wird noch dadurch gefestigt, dass die Gemeinde grundsätzlich solches Vertrauen niemals dazu missbraucht, eigene Interessen durchzusetzen. 1968 wurde ein Vertreter der Bahá’í in das Exekutivkomitee der Nichtstaatlichen Organisationen gewählt, und fungierte dann dort als Vorsitzender beziehungsweise stellvertretender Vorsitzender. Von da an wurden immer häufiger Vertreter der Gemeinde gebeten, Ausschüsse, Einsatz- und Arbeitsgruppen oder Beiräte einzuberufen oder in ihnen den Vorsitz zu übernehmen. Während der letzten vier Jahre fungierte der Repräsentant der Internationalen Bahá’í-Gemeinde als geschäftsführender Sekretär der Konferenz der Nichtstaatlichen Organisationen, des zentralen koordinierenden Gremiums nicht-regierungsgebundener Gruppen, bei den Vereinten Nationen.
In der Struktur der Internationalen Bahá’í-Gemeinde spiegeln sich die Prinzipien wider, die auch ihre Arbeit prägen. Es ist ihr gelungen, nicht einfach als eine weitere Lobby oder Interessengruppe abgestempelt zu werden. Während sie die Fachkompetenz und Organisationsmöglichkeiten ihres UN-Büros und des Büros für Öffentlichkeitsarbeit (OPI) voll ausschöpft, wird sie von anderen Nichtstaatlichen Organisationen inzwischen als ›Verbund‹ demokratisch gewählter nationaler ›Räte‹ angesehen, die einen Querschnitt der Menschheit repräsentieren. Zu den Bahá’í-Delegationen bei internationalen Zusammenkünften gehören in der Regel von verschiedenen Nationalen Geistigen Räten ernannte Mitglieder, die Erfahrungen auf dem jeweils zur Diskussion stehenden Gebiet haben und regionale Sichtweisen beitragen können.
Wie einflussreich der Glauben im Leben der Gesellschaft wirkt – wobei Beweggrund und Arbeitsweise zwei Dimensionen sind, die sich vereint Problemen nähern – zeigte sich bei den verschiedenen Weltgipfeln und damit verbundenen Konferenzen, die die Vereinten Nationen zwischen 1990 und 1996 veranstalteten. Während dieser fast sechs Jahre trafen sich die politischen Führer der Welt immer wieder unter der Schirmherrschaft des Generalsekretärs der Vereinten Nationen, um über die großen Herausforderungen zu sprechen, denen sich die Menschheit gegen Ende des zwanzigsten Jahrhunderts gegenüber sah. Die Liste der Themen dieser historischen Zusammenkünfte muss jeden Bahá’í tief beeindrucken, spiegeln sie doch erstaunlich getreu zentrale Lehren Bahá’u’lláhs wider. Es scheint nur stimmig, dass der hundertste Jahrestag Seines Hinscheidens mitten in diese Zeit fiel; wodurch diese Zusammenkünfte in den Augen der Bahá’í eine geistige Bedeutung erlangten, die weit über ihre erklärten Ziele hinausging.
Unter diesen Veranstaltungen sind einige Höhepunkte im Prozess des weltweiten Diskurses über Probleme, unter denen die Völker leiden: die Weltkonferenz für Erziehung 1990 in Thailand, der Weltkindergipfel 1990 in New York, der Umweltgipfel der Vereinten Nationen 1992 in Rio de Janeiro, die leidvolle, chaotische Weltkonferenz für Menschenrechte 1993 in Wien, der Weltbevölkerungsgipfel 1994 in Kairo, die Weltkonferenz für soziale Entwicklung 1995 in Kopenhagen und die besonders lebhafte vierte Weltfrauenkonferenz 1995 in PekingA52. Bei den gleichzeitigen Konferenzen der Nichtregierungsorganisationen hatten die Bahá’í-Delegationen, deren Mitglieder aus den verschiedensten Ländern kamen, Gelegenheit, strittige Fragen sowohl unter geistigen als auch unter sozialen Gesichtspunkten darzustellen. Das Vertrauen, das die Internationale Bahá’í-Gemeinde bei den vielen hundert Nichtstaatlichen Organisationen genießt, zeigt sich darin, dass Bahá’í-Delegationen von den anderen Teilnehmern immer wieder zu der ehrenvollen Aufgabe ausgewählt wurden, als eine von ganz wenigen Gruppen direkt vom Podium aus zur Konferenz zu sprechen, anstatt Stellungnahmen nur schriftlich verteilen zu können.
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Während der letzten Jahre des Jahrhunderts errangen viele Nationale Geistige Räte bei ihren eigenen Außenbeziehungen eindrucksvolle Erfolge. Zwei herausragende Beispiele sollen deren Wesen und Bedeutung verdeutlichen. Das erste Beispiel stammt aus Deutschland, wo Gerichtsentscheidungen ergangen waren, denen zufolge die Satzungen der gewählten Bahá’í-Körperschaften unvereinbar mit dem deutschen Zivilrecht seien. Das Bundesverfassungsgericht hat der dagegen eingelegten Verfassungsbeschwerde des Geistigen Rates der Bahá’í von Tübingen stattgegeben und entschieden, dass die Bahá’í-Gemeindeordnung integraler Bestandteil des Glaubens und daher von den Glaubensinhalten untrennbar sei. Das Verfassungsgericht hat seine Entscheidung unter anderem damit begründet, dass der Bahá’í-Glaube eine Religion sei – ein Urteil von weitreichender Bedeutung in einer Gesellschaft, in der kirchliche Funktionsträger den Glauben lange als Kult oder Sekte abtaten. Die unzweideutige Sprache des Urteils verdient hier zitiert zu werden:
»… der Charakter des Bahá’í-Glaubens als Religion und der Bahá’í-Gemeinschaft als Religionsgemeinschaft [ist] nach aktueller Lebenswirklichkeit, Kulturtradition und allgemeinem wie auch religionswissenschaftlichem Verständnis offenkundig … «A53
Der brasilianischen Bahá’í-Gemeinde blieb ein Sieg im Bereich der Außenbeziehungen vorbehalten, der in der Bahá’í-Geschichte bis heute einzigartig dasteht. Am 28. Mai 1992 kam das höchste gesetzgebende Gremium des Landes, das Abgeordnetenhaus, zu einer Feierstunde anlässlich des hundertsten Jahrestages des Hinscheidens Bahá’u’lláhs zusammen. Der Sprecher verlas eine Botschaft des Universalen Hauses der Gerechtigkeit und die Abgeordneten aller Parteien erhoben sich einer nach dem anderen, um den Beitrag des Glaubens und seines Stifters zum Wohlergehen der Menschen zu würdigen. In einer bewegenden Ansprache bezeichnete ein bekannter Abgeordneter die Bahá’í-Lehren als »gewaltigstes religiöses Werk, das je die Feder eines einzelnen Mannes niederschrieb«A54.
Solche Wertschätzung der Wesensart des Glaubens und der Arbeit, die die Gemeinde sich zu leisten bemüht – wie sie hier von Seiten der höchsten rechtsprechenden beziehungsweise gesetzgebenden Ebene zweier der bedeutendsten Länder der Welt kamen –, sind geistige Siege, die auf ihre Weise genauso wichtig sind wie die Siege auf dem Feld des Lehrens. Sie helfen die Türen zu öffnen, durch die Bahá’u’lláhs heilsamer Einfluss das Leben der Gesellschaft selbst zu berühren beginnt.

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Um Seinen Zuhörern die bevorstehende gesellschaftliche Wandlung verständlich zu machen, verwendete ‘Abdu’l-Bahá die Metapher des Lichts. Einheit, so erklärte Er, ist die Kraft, die jedwedes menschliche Bemühen erleuchtet und voranbringt. Die mit dem zwanzigsten Jahrhundert anbrechende Zeit werde man in Zukunft als »Jahrhundert des Lichts« ansehen, da in ihr die Einheit der Menschheit allgemein anerkannt werde. Und auf dieser Grundlage werde dann eine Weltgesellschaft errichtet werden, die den Prinzipien der Gerechtigkeit folgt.
Diese Vision beschrieb der Meister in zahlreichen Sendschreiben und Ansprachen. Ihren deutlichsten Ausdruck findet sie in einem Schreiben an Jane Elizabeth Whyte, der Frau eines früheren Synodalpräsidenten der Free Church of Scotland. Frau Whyte war eine begeisterte Freundin der Bahá’í-Lehren, hatte den Meister in ‘Akká besucht und traf später die Vorbereitungen für den besonders herzlichen Empfang, der Ihm in Edinburgh bereitet wurde. In Seinem Sendbrief an sie bediente sich ‘Abdu’l-Bahá der bekannten Metapher des Lichts:
»O verehrte Dame! … Sieh, wie dieses Licht [der Einheit] nun am dunklen Horizont der Welt zu dämmern beginnt! Der erste Lichtstrahl ist die Einheit im politischen Bereich, der allererste Schimmer davon lässt sich nunmehr erkennen. Der zweite Lichtstrahl ist die Einheit des Denkens in weltweiten Unternehmungen, die bald vollzogen werden wird. Der dritte Lichtstrahl ist die Einheit in der Freiheit, die sicherlich eintreten wird. Der vierte Lichtstrahl ist die Einheit in der Religion, der Eckstein, auf dem die Grundlage ruht; auch sie wird durch die Macht Gottes in ihrer ganzen Strahlenfülle offenbar werden. Der fünfte Lichtstrahl ist die Einheit der Nationen – eine Einheit, die in diesem Jahrhundert sicher begründet werden wird, so dass sich alle Völker der Welt als Bürger eines gemeinsamen Vaterlandes betrachten. Der sechste Lichtstrahl ist die Einheit der Rassen, die alle Erdenbewohner zu Völkern und Geschlechtern einer Rasse macht. Der siebte Lichtstrahl ist die Einheit der Sprache, das heißt die Wahl einer universalen Sprache, in der alle Menschen unterrichtet werden und miteinander verkehren. All dies wird unausweichlich eintreten, weil die Macht des Reiches Gottes seine Verwirklichung fördern und unterstützen wird.« Q117
Zwar wird es sicherlich noch Jahrzehnte – und vielleicht auch noch sehr viel länger – dauern, bis die in diesem bemerkenswerten Dokument dargelegte Vision ganz verwirklicht ist, doch sind die Wesensmerkmale dessen, was hier verheißen ist, schon heute weltweit erkennbar. Bei einigen der großen Veränderungen, die hier vorhergesehen werden – der Einheit der Rassen und der Einheit der Religionen – ist klar, worauf die Worte des Meisters hindeuten, und die damit einhergehenden Prozesse sind recht weit fortgeschritten, wie groß auch der Widerstand aus einigen Lagern sein mag. Weitgehend trifft dies auch auf die Einheit der Sprache zu. Dass eine gemeinsame Sprache notwendig ist, wird heutzutage allerorts anerkannt, wie sich auch daran zeigt, dass die Vereinten Nationen und ein großer Teil der Nichtstaatlichen Organisationen gezwungen waren, mehrere ›Amtssprachen‹ zuzulassen. Bis im internationalen Einvernehmen eine Entscheidung getroffen ist, kann das Englische diese Lücke bis zu einem gewissen Grad ausfüllen, was durch Entwicklungen wie das Internet, die Steuerung des Flugverkehrs, die Herausbildung allgemein anerkannter Fachtermini und des allgemeinen Schulwesens ermöglicht wurde.
Auch »die Einheit des Denkens in weltweiten Unternehmungen« – eine Vorstellung, für die es zu Beginn des zwanzigsten Jahrhunderts selbst den idealistischsten Bestrebungen an Anhaltspunkten fehlte – ist jetzt deutlich erkennbar in großangelegten Programmen zur sozialen und wirtschaftlichen Entwicklung, zu humanitärer Hilfe und zum Einsatz für den weltweiten Umweltschutz und dem Schutz der Ozeane. Bei der »Einheit im politischen Bereich«, so erklärt Shoghi Effendi, geht es um die zwischen den unabhängigen Staaten erlangte Einheit, ein Entwicklungsprozess, dessen jetzige Stufe die Vereinten Nationen sind. Andererseits verweist die vom Meister verheißene »Einheit der Nationen« auf die heute weitverbreitete Einsicht der Völker der Welt, dass sie alle Bewohner desselben globalen Heimatlandes sind, wie groß auch die Unterschiede zwischen ihnen sein mögen.
Die »Einheit in der Freiheit« ist heute natürlich zu einem gemeinsamen Ziel aller Erdenbewohner geworden. Unter den Entwicklungen, die dieses Ziel vor allem vorantreiben, könnte der Meister hauptsächlich an das rasche Ende des Kolonialismus gedacht haben und die daraus folgende Selbstbestimmung, die gegen Ende des Jahrhunderts ein wesentliches Kennzeichen nationaler Identität geworden war.
Was auch immer die Zukunft der Menschheit noch bedrohen mag: die Welt hat sich durch die Ereignisse des zwanzigsten Jahrhunderts verändert. Dass die Kennzeichen dieses Wandlungsprozesses von der Stimme Dessen beschrieben wurden, der ihn so zuversichtlich vorhersagte, sollte aufmerksame Menschen überall veranlassen, gründlich darüber nachzudenken.
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Die im sozialen und ethischen Leben der Menschheit errungenen Veränderungen wurden nachdrücklich durch eine Reihe internationaler Zusammenkünfte bekräftigt, die die Vereinten Nationen zum Ende des alten und zu Beginn des neuen Jahrtausends einberiefen. Auf Einladung des Generalsekretärs der Vereinten Nationen, Kofi Annan, versammelten sich vom 22. bis zum 26. Mai 2000 Vertreter von über tausend Nichtstaatlichen Organisationen in New York. In einer aus diesem Treffen hervorgegangenen Verlautbarung verpflichteten Sprecher der Zivilgesellschaft ihre Organisationen auf das Ideal, dass »… wir in all unserer Vielfalt nur eine Menschheitsfamilie sind, die in einem gemeinsamen Heimatland lebt und sich in eine gerechte, erhaltbare und friedliche Welt teilt, die von den universellen Prinzipien der Demokratie geleitet wird … «A55.
Kurz darauf kamen bei einem zweiten Treffen vom 28. bis zum 31. August zweitausend Führer der meisten Religionsgemeinschaften zusammen, ebenfalls im Sitz der Vereinten Nationen in New York. Die Internationale Bahá’í-Gemeinde war durch ihren Generalsekretär vertreten, der auch zu einer der Plenarveranstaltungen sprach. Der feierliche Aufruf der religiösen Führer der Welt an ihre Gemeinden, »das Recht auf Religionsfreiheit zu respektieren, Versöhnung zu suchen und sich für gegenseitige Vergebung und Heilung alter Wunden einzusetzen … «A56 musste jeden Beobachter tief beeindrucken.
Diese beiden Veranstaltungen bereiteten den Weg für den eigentlichen Millenniumsgipfel vom 6. bis 8. September am Sitz der Vereinten Nationen in New York. Die bei den Beratungen versammelten einhundertneunundvierzig Staats- und Regierungschefs waren bemüht, der Bevölkerung der vertretenen Nationen Hoffnung und Zuversicht zu geben. Besonders willkommen war die Einladung an einen Sprecher des Forums der Nichtregierungsorganisationen, beim Gipfeltreffen selbst die Gedanken und Bedenken des im Mai vorangegangenen Treffens vorzustellen. Für die Bahá’í war es ebenso bedeutsam wie erfreulich, dass diese hohe Ehre dem Ständigen Vertreter der Internationalen Bahá’í-Gemeinde bei den Vereinten Nationen in seiner Eigenschaft als Co-Vorsitzendem des Forums zuteil wurde. Nichts könnte den Unterschied zwischen der Welt um 1900 und der um 2000 deutlicher machen als der Text der beim Gipfel verabschiedeten Resolution, die von allen Teilnehmern unterschrieben und der Generalversammlung der Vereinten Nationen vorgelegt wurde:
»Zu diesem historischen Anlass bestätigen wir feierlich, dass die Vereinten Nationen das unverzichtbare gemeinsame Haus der gesamten Menschheitsfamilie sind, mit deren Hilfe wir unser gemeinsames Streben nach Frieden, Zusammenarbeit und Entwicklung verwirklichen wollen. Wir geloben daher, diese Ziele vorbehaltlos zu unterstützen und sind fest entschlossen, sie zu erreichen.«A57
Zum Abschluss dieser Reihe historischer Zusammenkünfte wandte Kofi Annan sich selbst mit überraschend deutlichen Worten an die versammelten Führer der Welt – mit Worten, in denen für viele Bahá’í die ernsten Mahnungen Bahá’u’lláhs an die inzwischen untergegangenen Könige und Kaiser die den heutigen Führern vorangingen, widerhallten: »Es liegt in Ihrer Macht und ist daher Ihre Verantwortung, die Ziele zu erreichen, die Sie sich gesetzt haben. Nur Sie können bestimmen, ob die Vereinten Nationen sich der Herausforderung gewachsen zeigen.«A58
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Trotz der historischen Bedeutung der Treffen und der Tatsache, dass die meisten politischen, gesellschaftlichen und religiösen Führer der Welt daran teilnahmen, erregte der Millenniumsgipfel doch in den wenigsten Ländern öffentliches Interesse. Zwar wurde über einige Veranstaltungen ausführlich in den Medien berichtet, doch spürten die meisten Leser oder Hörer die Skepsis, mit der die Journalisten das Thema behandelten, oder den zweifelnden, teils gar zynischen Unterton in vielen solcher Berichte. Dieser krasse Unterschied zwischen einer Veranstaltung, die mit Fug und Recht beanspruchen kann, einen wichtigen Wendepunkt in der Geschichte der Menschheit zu bezeichnen, einerseits, und dem Mangel an Begeisterung oder auch nur Interesse seitens der Bevölkerungen, die eigentlich ihre Nutznießer sein sollten, andererseits, war das vielleicht auffälligste Merkmal der Ereignisse zum Millennium. Dieser Unterschied zeigt deutlich die Tiefe der Krise, die die Welt am Ende des Jahrhunderts durchlebte und noch durchlebt, da die Prozesse des Aufbaus und des Zerfalls, die während der vergangenen hundert Jahre an Schubkraft gewannen, sich jetzt mit jedem neuen Tag zu beschleunigen scheinen.
Wer den visionären Erklärungen der Führer der Welt Glauben schenken will, kämpft gleichzeitig gegen zwei Phänomene an, die solche Zuversicht untergraben. Vom ersten ist hier schon ausführlich gesprochen worden. Die moralischen Grundlagen der Gesellschaft sind zusammengebrochen, und der Großteil der Menschheit irrt ohne Orientierungspunkte in einer Welt umher, die mit jedem Tag bedrohlicher und unberechenbarer wird. Zu behaupten, dass dieser Prozess jetzt bald zu Ende sei, würde nur falsche Hoffnungen wecken. Man kann zwar anerkennen, dass es ernsthafte politische Bemühungen gibt, dass weiterhin beeindruckende wissenschaftliche Fortschritte erzielt werden oder dass sich die wirtschaftlichen Bedingungen für einen Teil der Menschheit tatsächlich bessern – all das jedoch, ohne daraus auch nur die leiseste Hoffnung auf ein sicheres Leben für sich selbst oder, noch viel wichtiger, für das unserer Kinder schöpfen zu können. Enttäuschung, die, wie Shoghi Effendi warnte, die zunehmende Korrumpierung der Politik bei der Masse der Menschheit auslösen würde, ist heute weitverbreitet. Ausbrüche von Gesetzlosigkeit ziehen sich in vielen Staaten wie Seuchen durch Stadt und Land. Das Versagen gesellschaftlicher Kontrolle, der Versuch, selbst die extremsten Formen abnormen Verhaltens als gerechtfertigt zu entschuldigen, und die fast überall verbreitete Verherrlichung von Gewalt in der Kunst und den Medien – diese und ähnliche Symptome eines Zustands, der moralischer Anarchie gleichkommt, zeichnen ein äußerst düsteres Bild unserer Zukunft. Vor diesem desolaten Hintergrund versucht die intellektuelle Mode unserer Zeit aus bitterer Not eine Tugend zu machen und bezeichnet sich selbst und ihre Aufgabe als ›Dekonstruktivismus‹.
Die zweite der beiden Entwicklungen, die den Glauben an die Zukunft untergraben, war Gegenstand einiger der hitzigsten Debatten des Gipfels. Die informationstechnologische Revolution, die die Erfindung des World Wide Web im letzten Jahrzehnt des zwanzigsten Jahrhunderts mit sich brachte, hat viele Lebensbereiche unumkehrbar verändert. Der Prozess der ›Globalisierung‹, der über mehrere Jahrhunderte einer langsam ansteigenden Kurve gefolgt war, wurde nun durch neue Kräfte in einer Weise beschleunigt, die die meisten Menschen sich nicht vorzustellen vermochten. Wirtschaftliche Kräfte, die sich jetzt von den Begrenzungen der Vergangenheit frei machten, brachten im letzten Jahrzehnt ein globales System hervor, in dem Reichtum neu umrissen, geschaffen und verteilt wurde. Wissen selbst wurde schnell wertvoller als sogar Kapital und Rohstoffe. In erstaunlich kurzer Zeit wurden Ländergrenzen, die sowieso schon brüchig geworden waren, durchlässig, so dass heute auf ein Computersignal hin sofort große Geldbeträge hindurchfließen können. Komplexe Produktionsverfahren wurden so restrukturiert, dass die geeignetsten Anbieter weltweit integriert werden können, gleich in welchem Land sie sich befinden. Rein materiell gesehen ist die Erde in gewisser Weise schon jetzt ›ein Land‹, und als Konsumenten sind die Bewohner der verschiedenen Staaten die ›Bürger‹ dieses Landes.
Doch geht der Wandel weit über solch wirtschaftliche Aspekte hinaus. Die Globalisierung nimmt zunehmend politische, soziale und kulturelle Dimensionen an. Die Macht des Nationalstaates, einst Herr und Beschützer der Geschicke der Menschen, ist offensichtlich stark angeschlagen. Zwar spielen die Regierungen der einzelnen Staaten noch immer eine maßgebliche Rolle, doch müssen sie jetzt neu aufstrebenden Machtzentren wie multinationalen Gesellschaften, Einrichtungen der Vereinten Nationen, Nichtstaatlichen Organisationen aller Art und gigantischen Medienkonzentrationen Platz einräumen, deren Zusammenarbeit entscheidend für den Erfolg der meisten Programme mit bedeutenden wirtschaftlichen oder sozialen Zielen ist. So wie der Kapitalfluss oder die Verlagerung von Produktionsstätten kaum noch durch Ländergrenzen behindert wird, können sie auch die Verbreitung von Wissen und Kenntnissen nicht mehr nennenswert kontrollieren. Das Internet – das in Sekunden den Inhalt ganzer Bibliotheken übertragen kann, die zusammenzustellen es Jahrhunderte gebraucht hatte – bereichert das intellektuelle Leben eines jeden, der es zu benutzen weiß, ganz beträchtlich, und bietet außerdem die Möglichkeit gut fundierter Ausbildung in einer breiten Palette von Berufen. Dieses System, das Shoghi Effendi sechzig Jahre zuvor so prophetisch vorausgesehen hatte, schafft unter seinen Nutzern ein Gefühl von Gemeinschaft, das keinen Raum mehr lässt für geographische Entfernungen oder kulturellen Abstand.
Die Vorteile für viele Millionen Menschen sind augenfällig und eindrucksvoll. Kosteneffizienz durch Koordinierung ehemals wettstreitender Geschäftsinteressen macht jetzt Güter und Dienstleistungen Bevölkerungsgruppen zugänglich, die zuvor nicht hoffen konnten, in ihren Genuss zu kommen. Eine gewaltige Zunahme an Mitteln, die für Forschung und Entwicklung zur Verfügung stehen, vervielfältigt ihren Nutzen und steigert ihre Qualität. Dass Geschäftsunternehmen ihre Standorte leicht von einem Teil der Welt in einen anderen verlegen können, bewirkt einen gewissen Ausgleich in der Verteilung von Arbeitsplätzen. Das Niederbrechen der Schranken im transnationalen Handel macht die Güter für den Verbraucher noch erschwinglicher. Aus Bahá’í-Sicht ist leicht vorstellbar, welches Potential diese Veränderungen haben, um den Boden für die in den Schriften Bahá’u’lláhs vorausgesehene Weltgesellschaft zu bereiten.
Allerdings stimmt die Globalisierung nicht überall optimistisch, vielmehr sehen immer mehr Menschen auf der ganzen Welt in ihr die größte Bedrohung für unsere Zukunft. Die Ausschreitungen während der Konferenzen der Welthandelsorganisation, der Weltbank und des Internationalen Währungsfonds in den letzten Jahren zeigen, wie tief Angst und Vorbehalte angesichts der fortschreitenden Globalisierung sitzen. Medienberichte über diese unerwarteten Ausbrüche machten die Öffentlichkeit auf Proteste gegen die grobe Ungerechtigkeit bei der Verteilung von Privilegien und Möglichkeiten aufmerksam, die man durch die Globalisierung nur wachsen sieht, und auf Warnungen, dass die Folgen, wenn man nicht schnellstens wirksame Kontrollen einführt, katastrophal sein werden, sowohl in sozialer und politischer, als auch in ökonomischer und ökologischer Hinsicht.
Solche Bedenken scheinen begründet zu sein. Allein schon wirtschaftliche Statistiken zeigen ein Bild der auf der Welt herrschenden Bedingungen, das zutiefst beunruhigt. Die immer breiter werdende Kluft zwischen dem Fünftel der Weltbevölkerung, das in den Ländern mit dem höchsten Einkommen lebt, und dem Fünftel, das in den Ländern mit dem niedrigsten Einkommen lebt, illustriert das schonungslos. Laut des vom Entwicklungsprogramm der Vereinten Nationen 1999 veröffentlichten Entwicklungsberichtes klaffte die Kluft 1990 im Verhältnis sechzig zu eins auseinander. Das heißt, ein Fünftel der Weltbevölkerung verfügte über sechzig Prozent des Reichtums in der Welt, während ein anderes Fünftel mit nur einem Prozent dieses Reichtums kaum überleben konnte. Bis 1997 hatte sich das Verhältnis im Zuge der schnell voranschreitenden Globalisierung in nur sieben Jahren auf vierundsiebzig zu eins verschärft. Und diese erschreckenden Zahlen berücksichtigen noch nicht die unaufhaltsame Verarmung der meisten der übrigen Milliarden Menschen, die sich auf dem erbarmungslos schmaler werdenden Grat zwischen den beiden Extremen drängen. Das Problem ist noch lange nicht unter Kontrolle, sondern spitzt sich eindeutig zu. Was das für die Zukunft der Menschheit bedeutet – Not und Verzweiflung, die über zwei Drittel der Erdbevölkerung erfassen –, lässt das Desinteresse am Millenniumsgipfel und der dort gefeierten Errungenschaften verstehen, obwohl sie eigentlich unter jedem vernünftigen Gesichtspunkt als historisch anzusehen sind.
Globalisierung an sich ist ein Wesensmerkmal der Evolution der menschlichen Gesellschaft. Sie hat eine sozioökonomische Kultur hervorgebracht, die auf der praktischen Ebene die Welt ist, in der die Menschheit im jetzt beginnenden Jahrhundert ihre Ziele verfolgen wird. Jeder objektive Beobachter mit Urteilsvermögen wird anerkennen, dass beide gegensätzlichen Reaktionen auf diese Tatsache in gewisser Weise gerechtfertigt sind. Die Vereinigung der Menschheit, die im Feuer der Ereignisse des zwanzigsten Jahrhunderts geschmiedet wurde, ist eine Wirklichkeit, die mit jedem neuen Tag atemberaubende Möglichkeiten eröffnet. Und noch einer weiteren Wirklichkeit kann der ernsthafte Denker sich nicht verschließen: Die Gerechtigkeit ist das einzige Werkzeug, das diese großartigen Möglichkeiten für den Fortschritt der Zivilisation nutzbar machen kann. Man muss kein Prophet sein um zu erkennen, dass das Schicksal der Menschheit im jetzt beginnenden Jahrhundert bestimmt wird durch das Verhältnis, das zwischen diesen beiden dem historischen Prozess zugrundeliegenden Kräften begründet wird: Einheit und Gerechtigkeit als untrennbare Prinzipien.
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Aus der Sicht der Lehren Bahá’u’lláhs ist die größte Gefahr, die die Wertekrise einerseits und die mit der Globalisierung in ihrer heutigen Form einhergehende Ungerechtigkeit andererseits mit sich bringt, dass sich eine philosophische Haltung festsetzt, die diese Missstände zu rechtfertigen und zu entschuldigen sucht. Der Sturz der totalitären Systeme des zwanzigsten Jahrhunderts bedeutet nicht das Ende jeglicher Ideologie. Im Gegenteil. Nie gab es in der Welt eine Gesellschaft – wie pragmatisch, experimentierfreudig und vielgestaltig auch immer –, die ihren Antrieb nicht aus einer ihr zugrunde liegenden Interpretation der Wirklichkeit gewonnen hätte. Ein solches Denksystem regiert heute praktisch unangefochten auf dem ganzen Planeten unter der Bezeichnung ›westliche Zivilisation‹. Philosophisch und politisch präsentiert es sich als eine Art liberaler Relativismus, wirtschaftlich und sozial als Kapitalismus – zwei Wertesysteme, die sich inzwischen so aufeinander abgestimmt haben und sich gegenseitig so verstärken, dass sie im Grunde zu einer einzigen umfassenden Weltanschauung geworden sind.
Mag man auch Vorteile der westlichen Zivilisation – die persönliche Freiheit, den gesellschaftlichen Wohlstand und den wissenschaftlichen Fortschritt, die eine beachtliche Minderheit der Weltbevölkerung genießt – anerkennen, so muss doch ein denkender Mensch einsehen, dass das System moralisch und intellektuell am Ende ist. Was es konnte, hat es zum Fortschritt der Zivilisation beigetragen, wie auch seine Vorläufer, und wie diese ist es nun ebenfalls machtlos, den Bedürfnissen einer Welt gerecht zu werden, welche die Visionäre des achtzehnten Jahrhunderts sich niemals hätten ausmalen können, wenn sie sich auch von den meisten ihrer einzelnen Merkmale eine Vorstellung machten. Shoghi Effendi hatte nicht nur Monarchien von Gottes Gnaden, etablierte Kirchen oder totalitäre Systeme im Sinn, als er bohrend fragte: »Warum sollten sie in einer Welt, die dem unabänderlichen Gesetz des Wandels und des Verfalls unterliegt, von der Entartung verschont bleiben, die alle menschlichen Einrichtungen zwangsläufig ereilt?«Q118
Bahá’u’lláh hält die, die an Ihn glauben, an, »mit eigenen Augen [zu] sehen, nicht mit denen anderer, und durch die eigene Erkenntnis Wissen [zu] erlangen, nicht durch die deines Nächsten«Q119. Was sich den Bahá’í unseligerweise in der heutigen Gesellschaft zeigt, ist die zügellose Ausbeutung der Massen der Menschheit aus einer Gier heraus, die sich mit dem Wirken ›anonymer Kräfte des Marktes‹ entschuldigt. Überall sehen sie, dass die für die Zukunft der Menschheit so lebenswichtigen moralischen Grundlagen zerstört sind durch maßlose Hemmungslosigkeit unter dem Deckmantel der ›Redefreiheit‹. Täglich müssen sie gegen den Druck eines dogmatischen Materialismus ankämpfen, der beansprucht, die Stimme der ›Wissenschaft‹ zu sein, und aus dem intellektuellen Leben systematisch alle Impulse auszuschließen sucht, die von der geistigen Ebene des menschlichen Bewusstseins kommen.
Für einen Bahá’í aber sind die wirklich wichtigen Fragen des Lebens die geistigen. Die Sache Gottes ist keine politische Partei oder Ideologie, und noch viel weniger ein Werkzeug politischer Agitation gegen das eine oder andere gesellschaftliche Übel. Der Wandlungsprozess, den die Sache Gottes in Gang gesetzt hat, kommt durch einen grundlegenden Bewusstseinswandel voran, und die Herausforderung, vor die sie jeden ihrer Diener stellt, ist, sich loszulösen von der Bindung an überkommene Ansichten und Wunschvorstellungen, die mit dem Willen Gottes für das Reifealter der Menschheit unvereinbar sind. Gerade die Verzweiflung angesichts von Zuständen, die das Gewissen verletzen, kann im Prozess der geistigen Befreiung hilfreich sein. Letztlich wird diese Desillusionierung einen Bahá’í zur Erkenntnis jener Wahrheit bringen, die in den Schriften des Glaubens immer wieder hervorgehoben wird:
»Er hat auf der ganzen Welt die Herzen Seiner Diener auserwählt und jedes zu einem Thron für die Offenbarung Seiner Herrlichkeit gemacht. So heiligt sie denn von jeder Befleckung, damit ihnen das eingeprägt werde, wofür sie erschaffen wurden.« Q120

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Der erste Satz des Johannesevangeliums: »Im Anfang war das Wort … « – fasziniert seit zweitausend Jahren seine Leser. Weiter spricht die Passage bestechend klar und einfach eine geistige Wahrheit aus, die in allen Offenbarungsreligionen von zentraler Bedeutung ist und sich bei allen in der Geschichte aufeinander folgenden Kulturen immer wieder bestätigt hat: »Er war in der Welt, und die Welt ist durch ihn gemacht … «Q121 Die verheißene Manifestation Gottes erscheint; um dieses Zentrum des geistigen Lebens und der Autorität entwickelt sich eine Gemeinde von Gläubigen; ein neues Wertesystem richtet Bewusstsein und Verhalten neu aus; Künste und Wissenschaften zeigen sich empfänglich; Gesetze und die gesellschaftliche Ordnung werden neu strukturiert. Langsam aber unaufhaltsam blüht eine neue Kultur auf, die so sehr die Ideale von Millionen von Menschen verkörpert und ihre Fähigkeiten einbindet, dass sie wirklich eine neue Welt darstellt – eine Welt, die für jene, die in ihr »leben … bewegt [werden] und … ihr Sein [haben]«Q122 weit wirklicher ist als die irdischen Grundlagen, auf denen sie ruht. Während der folgenden Jahrhunderte hängen Zusammenhalt und Selbstvertrauen der Gesellschaft weiter von jenem geistigen Impuls ab, der ihr Leben gab.
Mit dem Erscheinen Bahá’u’lláhs vollzieht sich dieses Phänomen von neuem – dieses Mal in einer Dimension, die alle Erdenbewohner umfasst. Die Ereignisse des zwanzigsten Jahrhunderts können als erste Stufen jener umfassenden Transformation der Gesellschaft angesehen werden, die durch eine Offenbarung in Gang gesetzt wurde, von der Bahá’u’lláh schreibt:
»Ich bezeuge: Kaum war das Erste Wort kraft Deines Willens und Deines Ratschlusses von Seinem Munde ausgegangen … da war die ganze Schöpfung umgewälzt; alle in den Himmeln und alle auf Erden wurden bis tief ins Herz aufgewühlt. Jenes Wort erschütterte die Wirklichkeit alles Erschaffenen; es schied, trennte, verstreute, verknüpfte und vereinte sie wieder, um in der Welt des Zufalls wie im himmlischen Reich Wesen einer neuen Schöpfung ans Licht zu bringen und in den Reichen des Unsichtbaren die Zeichen Deiner Einheit und Einzigkeit zu offenbaren.« Q123
Shoghi Effendi beschreibt diesen Prozess der Einigung der Welt als den »Größeren Plan« Gottes, der sich weiter entfalten und an Stärke und Schubkraft zunehmen wird, bis die Menschheit in einer globalen Gesellschaft vereint ist, die den Krieg geächtet und die Verantwortung für ihr gemeinsames Schicksal übernommen hat. Die Kämpfe des zwanzigsten Jahrhunderts haben den für die göttliche Absicht notwendigen grundlegenden Richtungswandel bewirkt. Dieser Richtungswandel ist unumkehrbar. Es gibt keinen Weg zurück zum früheren Stand der Dinge, so sehr einige von Zeit zu Zeit auch versucht sein mögen, einen solchen zu suchen.
Die Bedeutung dieses historischen Durchbruchs wird keineswegs dadurch geschmälert, dass der Prozess gerade erst begonnen hat. Zu gegebener Zeit, so erklärte Shoghi Effendi, muss er zur Vergeistigung des menschlichen Bewusstseins führen und zur Entstehung einer Weltkultur, die den Willen Gottes verkörpert. Allein schon, indem man das Ziel nennt, räumt man ein, dass der Weg, den die Menschheit bis dorthin noch zurücklegen muss, weit ist. Der Wandel im Denken sowie die politischen und sozialen Veränderungen der letzten hundert Jahre wurden gegen den erbitterten Widerstand aller Gesellschaftsgruppen, Herrscher und Beherrschte gleichermaßen, erreicht. Im Grunde waren unermessliche Leiden der dafür zu zahlende Preis. Man muss davon ausgehen, dass die kommenden Herausforderungen einen noch höheren Preis von einer Menschheit fordern, die sich mit aller Macht gegen den geistigen Gehalt der Erfahrung, die sie durchlebt, verschließt. Shoghi Effendis Worte über die Folgen solcher Verstocktheit von Herz und Verstand lesen sich ernüchternd:
»Unvorstellbar schreckliche Not, ungeahnte Krisen und Aufstände, Krieg, Hunger und Pestilenz mögen sich wohl vereinen, um in die Seele eines achtlosen Geschlechts jene Wahrheiten und Grundsätze einzugraben, die anzuerkennen und zu befolgen es verschmäht hat.« Q124
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Kaum ein Drittel des zwanzigsten Jahrhunderts war verstrichen, als der Hüter die Anhänger Bahá’u’lláhs zu einem Verständnis der Sache Gottes aufrief, das über alles hinausging, was sie sich bisher vorgestellt hatten. Der Glaube hatte einen Punkt erreicht, so sagte er, an dem er »aufgehört [hat], sich als eine Bewegung zu verstehen, als eine Bruderschaft oder dergleichen«, Bezeichnungen, die vielleicht angemessen waren, als die Botschaft erstmals im Westen verkündet wurde, die nun aber »seinem stetig sich entfaltenden System grobes Unrecht getan haben«Q125. Sogar den Begriff ›Religion‹ im üblichen Sinn wies der Hüter als unzutreffend zurück, und erklärte:
»Vielmehr beweist der Glaube Bahá’u’lláhs nunmehr mit sichtbarem Erfolg seinen Anspruch und sein Anrecht auf Anerkennung als eine Weltreligion, dazu bestimmt, in der Fülle der Zeit die Stellung eines weltumfassenden Gemeinwesens einzunehmen, das gleichzeitig Werkzeug und Hüter des von seinem Begründer angekündigten Größten Friedens ist.« Q126
Im Laufe des Jahrhunderts setzte dieselbe schöpferische Macht, welche einem Großteil der Menschheit ihre Einheit bewusst machte, allmählich auch die der Sache Gottes innewohnenden Kräfte frei und eröffnete ihr eine neue Rolle im Leben der Menschen. Während der ersten beiden Jahrzehnte des Jahrhunderts wurden unter der liebevollen Obhut des Meisters die geistigen und administrativen Grundlagen gelegt, die notwendig waren, um Bahá’u’lláhs Absicht zu verwirklichen. Auf diesem Fundament aufbauend vervollkommnete Shoghi Effendi während der sechsunddreißig Jahre seiner eigenen Amtszeit – und den anschießenden sechs Jahren, in denen sein Zehnjahresplan die Bemühungen der Gemeinde lenkte – den administrativen Apparat, der erforderlich war, um den Göttlichen Plan voranzubringen. Als das Universale Haus der Gerechtigkeit im Jahre 1963 errichtet worden war, brachen die Bahá’í in der ganzen Welt zur ersten Etappe einer langwierigen Mission auf: die geistige Stärkung aller Menschen auf Erden als Protagonisten ihres eigenen Fortschritts. Am Ende des Jahrhunderts hatte diese gewaltige Anstrengung eine Gemeinde hervorgebracht, die die Vielfalt der Menschheit repräsentiert, die geeint ist in Glauben und Treue, und die dem Aufbau einer Weltgesellschaft verpflichtet ist, welche die geistige und sittliche Vision ihres Stifters auf Erden widerspiegeln wird.
Dieser Prozess wurde unermesslich gestärkt, als 1992 die langersehnte, ausführlich kommentierte erste englischsprachige Ausgabe des Kitáb-i-Aqdas erschien, eine Quelle göttlicher Führung für das Reifealter der Menschheit. Die zügig vorgenommenen Übersetzungen ermöglichten den Anhängern des Glaubens auf der ganzen Welt schon bald den Zugang zu einem Buch, das von seinem Autor beschrieben wird als »der Morgen göttlichen Wissens, so ihr zu denen gehört, die verstehen, und der Dämmerort der Befehle Gottes, so ihr zu denen gehört, die begreifen«Q127. Außer der Erkenntnis der Manifestation Gottes durch die Seele flößt nichts dem menschlichen Bewusstsein – des Einzelnen wie der Gemeinschaft – solche Zuversicht und Lebenskraft ein wie die Macht moralischer Gewissheit. Im Kitáb-i-Aqdas werden Gesetze, die wesentlich für das persönliche wie für das gemeinschaftliche Leben sind, neu formuliert im Kontext einer Gesellschaft, welche die Menschheit in ihrer ganzen Vielfalt umfasst. Neue Gesetze und Begriffe wenden sich an die neuen Bedürfnisse einer Menschheit, die dabei ist, in ihr gemeinsames Reifealter einzutreten. »O Völker der Erde!«, so der Aufruf Bahá’u’lláhs, »Gebt auf, was ihr besitzet, und erhebt euch auf den Schwingen der Loslösung über alles Erschaffene. So gebietet euch der Herr der Schöpfung, der durch die Bewegung Seiner Feder der Menschheit Seele verwandelt.«Q128
Dass der Glaube all den Angriffen, denen er ausgesetzt war, erfolgreich standhielt, ist ein Aspekt, der jedem, der die Entwicklung des Glaubens während der letzten hundert Jahre beobachtet, besonders auffallen muss. Wie schon zur Wirkungszeit des Báb und Bahá’u’lláhs gab es immer wieder Gesellschaftsgruppen, denen entweder der Aufstieg der neuen Religion missfiel oder denen die Prinzipien, die sie lehrt, Angst machten, und die alles in ihrer Macht Stehende versuchten, um sie zu vernichten. Kaum ein Jahrzehnt im zwanzigsten Jahrhundert, das nicht derartige Versuche erlebt hätte – von den blutigen Verfolgungen durch die schiitische Geistlichkeit und den schamlosen Lügen, die ihr christliches Pendant ausbrütete und verbreitete, über systematische Unterdrückung durch verschiedene totalitäre Regierungen, bis hin zu den Unaufrichtigen, Ehrgeizigen oder Böswilligen unter den erklärten Anhängern des Glaubens, die ihre Treuepflicht gegenüber Bahá’u’lláh brachen. Nach menschlichem Ermessen hätte die Sache Gottes so mächtigem Widerstand, der in der jüngeren Geschichte ohnegleichen ist, erliegen müssen. Sie erlag ihm aber keineswegs, sondern blühte auf. Ihr Ansehen wuchs, die Zahl ihrer Anhänger vervielfachte sich, ihr Einfluss überstieg die kühnsten Träume früherer Bahá’í-Generationen. Verfolgungen trieben die Gläubigen nur weiter an in ihren Bemühungen. Verleumdungen bewirkten, dass sie ein reiferes Verständnis der Geschichte des Glaubens und seiner Lehren zu erlangen suchten. Und Bundesbruch entfernte – wie der Meister und der Hüter es verheißen hatten – aus den Reihen der Gläubigen nur solche, deren Verhalten und Ansichten den Glauben anderer geschwächt und den Fortschritt behindert hatten. Könnte die Sache Gottes auch keinen anderen Beweis für die sie erhaltenden Kräfte erbringen, wäre allein diese Kette von Siegen Beweis genug.
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Drei Jahre vor seinem Hinscheiden nahm Shoghi Effendi den Erwerb des letzten Grundstücks, das zur Errichtung des Internationalen Archivgebäudes benötigt wurde, zum Anlass, der Bahá’í-Welt Wesen und Bedeutung des Bauprojektes am Hang des Karmel zu erklären, welches der Meister begonnen hatte und er selbst nun weiterführte:
»Diese Bauwerke werden in einem weithin geschwungenen Bogen und in einem harmonischen architektonischen Stil die Ruheplätze des Größten Heiligen Blattes … ihres Bruders … und beider Mütter … umgeben. Die schließliche Vollendung dieses gewaltigen Unternehmens wird den Gipfel der Entwicklung einer weltweiten göttlich eingesetzten Gemeindeordnung kennzeichnen, deren Beginn sich bis in die letzten Jahre des Heroischen Zeitalters des Glaubens zurückverfolgen lässt.« Q129
Im letzten Jahr des zwanzigsten Jahrhunderts wurde der gegenwärtige Abschnitt dieses ambitionierten Unternehmens erfolgreich abgeschlossen. Gläubige in der ganzen Welt trugen freigebig mit ihren Spenden dazu bei, die Vision Bahá’u’lláhs für diesen heiligen Ort zu verwirklichen, die Er in Seiner Tafel vom Karmel verkündet: »Frohlocke, denn Gott hat an diesem Tage Seinen Thron auf dir errichtet, hat dich zum Aufgangsort Seiner Zeichen und zum Tagesanbruch der Beweise Seiner Offenbarung gemacht.«Q130 In dem Komplex majestätischer Gebäude, die sich entlang des Bogens erheben, und den Terrassengärten, die sich vom Fuße des Berges bis zu seinem Gipfel hinaufziehen, tritt die Sache Gottes, deren weltweiter Einfluss sich während des Jahrhunderts des Lichts immer weiter verbreitete, sichtbar, unleugbar in Erscheinung. Für aufgeschlossene Beobachter beginnt sich mit den Besucherscharen aus aller Herren Länder, die tagtäglich die Treppen und Wege entlangströmen, wie auch mit den zahlreichen Ehrengästen, die in den Empfangsräumen des Weltzentrums begrüßt werden, die zweitausenddreihundert Jahre alte Vision des Propheten Jesaja zu erfüllen: »Es wird zur letzten Zeit der Berg, da des Herrn Haus ist, fest stehen, höher als alle Berge und über alle Hügel erhaben, und alle Heiden werden herzulaufen, und viele Völker werden hingehen … «Q131.
Der Bahá’í-Glaube zeichnet sich vor allem dadurch aus, dass er eindeutig ein organisches Ganzes ist. Dieses Wesensmerkmal verkörpert das Prinzip der Einheit, das Kernstück der Offenbarung Bahá’u’lláhs, und kennzeichnet den Geist, der den Glauben erfüllt und ihn belebt. Als einziger Religion in der Geschichte ist es diesem Glauben gelungen, dem ständigen Pesthauch von Schisma und Spaltung standzuhalten, trotz wiederholter Angriffe auf diese Einheit. Der Erfolg der Gemeinde beim Lehren wird dadurch gewährleistet, dass das dabei eingesetzte Rüstzeug durch die Offenbarung selbst geschaffen wurde, dass die Stifter des Glaubens die Methoden für die Umsetzung des Göttlichen Planes selbst benannt haben, und dieses Unternehmen anfangs bis ins Detail selbst leiteten. Durch die Bemühungen ‘Abdu’l-Bahás und des Hüters wurde der Berg Karmel im zwanzigsten Jahrhundert selbst Ausdruck dieser Wesenseinheit des Glaubens. Im Gegensatz zu anderen Weltreligionen sind das geistige und das administrative Zentrum der Sache Gottes an diesem Punkt der Erde untrennbar miteinander verbunden, seine leitenden Institutionen sind um den Schrein des Märtyrerpropheten angeordnet. Für viele Besucher zeugt selbst die Harmonie der verschiedenartigen Blumen, Bäume und Büsche in den Gärten, die den Schrein umgeben, von dem Ideal der Einheit in der Vielfalt, das sie in den Lehren des Glaubens so anziehend finden.
Nichts könnte das Ende dieses Jahrhunderts voller Errungenschaften deutlicher kennzeichnen als ein Ereignis, das die Gläubigen in der ganzen Welt in tiefe Trauer stürzte. In einer Botschaft vom 19. Januar 2000 gab das Universale Haus der Gerechtigkeit bekannt:
»In den frühen Morgenstunden des heutigen Tages wurde die Seele von Amatu’l-Bahá Rúḥíyyih Khánum – Shoghi Effendis geliebter Gefährtin und letztes Bindeglied der Bahá’í-Welt zur Familie ‘Abdu’l-Bahás – aus der Enge dieses irdischen Daseins befreit … Zwanzig Jahre inniger Verbindung mit Shoghi Effendi ließen seine Feder sie mit Worten ehren wie ›meine Gefährtin‹, ›mein Schutz und Schirm‹, ›meine unermüdliche Mitarbeiterin bei den schwierigen Aufgaben, die auf mir lasten‹.«
Als der erste Schock und die tiefe Trauer langsam nachließen, wurden die Freunde empfänglich für eine weitere der unerschöpflichen Gnadengaben Bahá’u’lláhs. Einer Persönlichkeit, deren langes Leben fast das ganze Jahrhundert währte, und deren unbezwingbarer Geist den Bahá’í während der zweiten Hälfte des Jahrhunderts die Kraft zu Opfern und Anstrengungen gab, war es gegeben gewesen, die großartigen Siege zu erleben und mitzufeiern, zu denen sie so großartig beigetragen hatte.
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Als Bahá’u’lláh diejenigen, die Ihn erkannt haben, aufruft, die Botschaft vom Tage Gottes mit anderen zu teilen, bedient Er sich wiederum der Sprache der Schöpfung selbst: »Durch den Atem des Wortes Gottes müssen himmlische Seelen die toten Körper mit frischem Geist beleben.«Q132 Dieses Prinzip gilt, so erklärt ‘Abdu’l-Bahá, sowohl für das kollektive Leben der Menschheit insgesamt als auch für das Leben des Einzelnen: »Die materielle Zivilisation ist wie der Leib. Sei er auch noch so anmutig, elegant und schön, so ist er dennoch tot. Die göttliche Kultur ist wie der Geist; der Leib erhält sein Leben durch den Geist … «Q133
Diese bestechende Analogie bringt die Beziehung zwischen den beiden historischen Entwicklungen, die der Wille Gottes im Jahrhundert des Lichts auf zwei demselben Ziel zustrebenden Bahnen vorantrieb, klar zum Ausdruck. Wer nicht blind gegenüber der in der Menschheit angelegten intellektuellen und sozialen Kraft ist, und wer ihre schlimmen Nöte erkennt, der muss mit großer Genugtuung die Fortschritte zur Kenntnis nehmen, die die Gesellschaft in den letzten hundert Jahren gemacht hat, und ganz besonders jene Entwicklungen, die die Völker und Nationen der Welt miteinander verknüpft haben. Wie viel mehr noch wissen die Bahá’í diese Leistungen zu schätzen, erkennen sie doch in ihnen die Absicht Gottes. Dieser Körper jedoch – die materielle Zivilisation der Menschheit – sehnt sich, schreit mit jedem Tag verzweifelter nach seiner Seele. Wie jede ältere große Zivilisation kann auch sie weder Frieden noch Gerechtigkeit finden, noch eine Einheit, die nicht nur auf Verhandlungen und Kompromissen beruht, ehe sie beseelt ist und ihre geistigen Kräfte geweckt sind. An die »gewählten Vertreter des Volkes in allen Ländern« schrieb Bahá’u’lláh:
»Die wirksamste Arznei, das mächtigste Mittel, das der Herr für die Heilung der Welt verfügt hat, ist die Vereinigung aller Völker in einer allumfassenden Sache, in einem gemeinsamen Glauben.« Q134
Die Sache Gottes hat daher im Wesentlichen nicht die Aufgabe, zu unterstützen, zu ermutigen, ja nicht einmal Beispiel zu sein. Natürlich wird die Bahá’í-Gemeinde weiterhin auf jede mögliche Weise Bemühungen unterstützen, die der Einigung der Welt und der Verbesserung der gesellschaftlichen Zustände dienen, doch derartige Beiträge sind für ihr Ziel nur zweitrangig. Ihr Ziel ist es, den Menschen der ganzen Welt dabei zu helfen, Herz und Verstand jener einen Kraft zu öffnen, die ihre tiefsten Sehnsüchte stillen kann. Niemand außer jenen, die selbst die Offenbarung Gottes erkannt haben, kann diese Hilfe leisten. Niemand kann glaubhaft bezeugen, dass tatsächlich eine Welt des Friedens und der Gerechtigkeit kommen wird, außer jenen, die, wenn auch unzulänglich, die Worte verstehen, mit denen die Stimme Gottes Bahá’u’lláh aufruft, sich zu erheben und Seine Mission zu erfüllen:
»Kannst du, o Feder, an diesem Tage einen anderen außer Mir entdecken? Was ist aus der Schöpfung und ihren Offenbarungen geworden? Was aus den Namen und ihrem Reich? Wohin ist alles Erschaffene – Sichtbares oder Unsichtbares – entschwunden? Was ist mit den verborgenen Geheimnissen des Alls und seinen Offenbarungen geschehen? Siehe, die ganze Schöpfung ist vergangen! Nichts ist geblieben außer Meinem Antlitz, dem Ewigbleibenden, dem Strahlenden, dem Allherrlichen.
Dies ist der Tag, an dem nichts außer dem Glanz des Lichtes wahrgenommen werden kann, das vom Angesicht Deines Herrn ausstrahlt, des Gnädigen, des Gütigen. Wahrlich, Wir haben kraft Unserer unwiderstehlichen, allunterwerfenden Herrschaft jede Seele verhauchen lassen. Dann haben Wir eine neue Schöpfung ins Leben gerufen als Zeichen Unserer Gnade für die Menschen. Ich bin wahrlich der Allgütige, der Altehrwürdige der Tage.« Q135

Literatur

Primärquellen

Bahá’u’lláh
Ährenlese, Eine Auswahl aus den Schriften Bahá’u’lláhs, zusammengestellt und ins Englische übertragen von Shoghi Effendi, Hofheim 1999
Botschaften aus ‘Akká, Hofheim 1982
Gebete und Meditationen, Hofheim1992
Der Kitáb-i-Aqdas, Das Heiligste Buch, Hofheim 2000
Der Kitáb-i-Íqán, Das Buch der Gewissheit, Hofheim 2000
Verborgene Worte – Worte der Weisheit, Hofheim 2001
Der Báb
Eine Auswahl aus Seinen Schriften, Hofheim 1991
‘Abdu’l-Bahá
‘Abdu’l-Bahá in Canada, o. O. 1962
‘Abdu’l-Bahá in London, London 1982
Ansprachen in Paris, Hofheim 2000
Briefe und Botschaften, Hofheim 1998
Foundations of World Unity, Wilmette 1979
Das Geheimnis göttlicher Kultur, Oberkalbach 1973
Makátíb-i-‘Abdu’l-Bahá (Briefe ‘Abdu’l-Bahás), Bd. 4, Teheran 1965
The Promulgation of Universal Peace, Talks Delivered by ‘Abdu’l-Bahá during His Visit to the United States and Canada in 1912, Wilmette 1982
Sendschreiben zum göttlichen Plan, Hofheim 1989
Der Weltfriedensvertrag. Ein Brief an die Zentralorganisation für einen dauernden Frieden, Hofheim 1988
Shoghi Effendi
Bahá’í Administration, Wilmette 1998
Citadel of Faith, Wilmette 1995
Gott geht vorüber, Hofheim 2001
Hüterbotschaften an die Bahá’í-Welt, (1952–1957), Frankfurt 1962
Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, Frankfurt 1969
Messages to America, Wilmette 1947
Messages to Canada, Thornhill 1999
Messages to the Bahá’í-World, 1950–1957, Wilmette 1995
Der verheißene Tag ist gekommen, Frankfurt 1967
Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, Hofheim 1977
Das Universale Haus der Gerechtigkeit
Botschaften des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, 1963–1968, Bd. 1, Hofheim 1981
Botschaften 1963–1996, in: Bahá’í-Literatur, CDROM-Publikation, Hofheim 1998
Die Verheißung des Weltfriedens. Eine Botschaft des Universalen Hauses der Gerechtigkeit an die Völker der Welt, Hofheim 1985

Kompilationen

Dokumente des Bündnisses. Bahá’u’lláh: Kitáb-i-‘Ahd, Das Buch des Bundes – ‘Abdu’l-Bahá: Das Testament, Hofheim 1989
The Establishment of the Universal House of Justice, compiled by the Research Department of the Universal House of Justice, Oakham 1984
Frauen, Aus den Bahá’í-Schriften zusammengestellt von der Forschungsabteilung des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, Hofheim 1986
Frieden, Eine Textzusammenstellung der Forschungsabteilung des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, Hofheim 1986
Der Gottesbund, Hofheim 1997
Bahá’í World Faith, Wilmette 1976

Sonstige Literatur

H. M. Balyuzi, ‘Abdu’l-Bahá – Der Mittelpunkt des Bündnisses Bahá’u’lláhs, 2 Bde., Hofheim 1983/84
The Bahá’í Centenary, 1844 - 1944, compiled by the National Spiritual Assembly of the Bahá’ís of the United States and Canada, Wilmette 1944
The Diary of Juliet Thompson, Los Angeles 1983
Esslemont, John E., Bahá’u’lláh und das neue Zeitalter, Hofheim 1976
Hobsbawm, Eric, Age of Extremes: The Short Twentieth Century, 1914–1991, London 1995
Holley, Horace, Religion for Mankind, London 1956
Momen, Moojan (Hg.), The Bábí and Bahá’í Religions, 1844 - 1944: Some Contemporary Western Accounts, Oxford 1981
Nabíl-i-A‘ẓam, Nabíls Bericht. Aus den frühen Tagen der Bahá’í-Offenbarung, 3 Bde., Hofheim 1975, 1982, 1991
Rabbání, Rúḥíyyih, Ministry of the Custodians, Haifa 1997
–, Die unschätzbare Perle, Hofheim 1982
The Bahá’í World, Bd. 3, New York 1930; Bd. 4, New York 1933; Bd. 10, Wilmette 1949; Bd. 14, Haifa 1975; Bd. 15, Haifa 1976; Bd. 20, Haifa 1998

Quellenangaben

Q1 In: Shoghi Effendi, Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, S. 127f.
Q2 Der verheißene Tag ist gekommen, S. 21
Q3 Briefe und Botschaften 15:6; The Promulgation of Universal Peace, S. 65, 74, 322, 334
Q4 Briefe und Botschaften 15:6
Q5 Das Geheimnis göttlicher Kultur, S. 13f.
Q6 Makátíb-i-‘Abdu’l-Bahá, Bd. 4, S. 132ff. (vorläufige Übersetzung)
Q7 a. a. O.
Q8 Makátíb-i-‘Abdu’l-Bahá, Bd. 4, S. 132ff.
Q9 Vgl. Shoghi Effendi, Gott geht vorüber 4:17
Q10 Vgl. Shoghi Effendi, Gott geht vorüber 4:17
Q11 Vgl. Shoghi Effendi, Gott geht vorüber 4:17
Q12 Shoghi Effendi, Citadel of Faith, S. 95
Q13 Gott geht vorüber 18:10
Q14 Briefe und Botschaften 200:1
Q15 a. a. O., 200:3
Q16 Gott geht vorüber 16:16
Q17 Gott geht vorüber 16:13
Q18 Gott geht vorüber 16:16
Q19 Gott geht vorüber 19:5
Q20 ‘Abdu’l-Bahá in London, S. 19f.
Q21 Gott geht vorüber 19:7
Q22 ‘Abdu’l-Bahá, The Promulgation of Universal Peace, S. 121 (aus dem Persischen übersetzt)
Q23 ‘Abdu’l-Bahá, Briefe und Botschaften 64:1
Q24 ‘Abdu’l-Bahá, Briefe und Botschaften 7:2
Q25 In: Der Gottesbund 17
Q26 In: Juliet Thompson, The Diary of Juliet Thompson, S. 313
Q27 Gott geht vorüber 15:3
Q28 Bahá’í World Faith, S. 429
Q29 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 131
Q30 ‘Abdu’l-Bahá in Canada, S. 51
Q31 Ansprachen in Paris 21:6 (S. 51)
Q32 Ährenlese 125:1
Q33 The Promulgation of Universal Peace, S. 305
Q34 Citadel of Faith, S. 32
Q35 a. a. O., S. 32f.
Q36 In: Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 50f.
Q37 ‘Abdu’l-Bahá, Sendschreiben zum göttlichen Plan 7:4-5
Q38 Citadel of Faith, S. 7
Q39 Eine Auswahl aus Seinen Schriften 2:24:1-2
Q40 Kitáb-i-Aqdas 88
Q41 Botschaften aus ‘Akká 2:15
Q42 The Bahá’í World, Bd. 15, S. 132
Q43 Vgl. Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 195
Q44 a. a. O.
Q45 Das Testament. In: Dokumente des Bündnisses I:17
Q46 Gott geht vorüber 22:7
Q47 In: Shoghi Effendi, Bahá’í Administration, S. 15
Q48 Bahá’í Administration, S. 187f., 194
Q49 In: Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 60
Q50 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 70
Q51 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 295
Q52 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 297f.
Q53 a. a. O., S. 213
Q54 a. a. O., S. 297
Q55 Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, S. 141
Q56 Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, S. 33
Q57 a. a. O., S. 134
Q58 In: Nabíls Bericht, Bd. 1, S. 125ff.
Q59 Bahá’í Administration, S. 52
Q60 Briefe und Botschaften 38:5
Q61 Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 16
Q62 a. a. O., S. 37
Q63 Ährenlese 25
Q64 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 38, 44
Q65 a. a. O., S. 206f.
Q66 Shoghi Effendi, Gott geht vorüber 1:1, 21:1
Q67 a. a. O., V:7, 22:3
Q68 a. a. O., V:9; Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 225
Q69 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 283
Q70 Messages to Canada, S. 114
Q71 Ährenlese 99
Q72 Kitáb-i-Íqán 29
Q73 Der verheißene Tag ist gekommen, S. 172
Q74 Ährenlese 27:2, 3
Q75 a. a. O. 17:3, 4
Q76 ‘Abdu’l-Bahá, in: Frauen 100 (S. 78)
Q77 Messages to America, S. 28
Q78 Messages to America, S. 9f., 14, 22
Q79 a. a. O., S. 28
Q80 Shoghi Effendi, Messages to America, S. 53
Q81 In: Frieden, S. 36
Q82 The Promulgation of Universal Peace, S. 377
Q83 ‘Abdu’l-Bahá, Foundations of World Unity, S. 21
Q84 Messages to the Bahá’í World, S. 41; vgl. Hüterbotschaften an die Bahá’í-Welt, S. 1f.
Q85 Messages to the Bahá’í-World, S. 38f.
Q86 Dokumente des Bündnisses - Testament II:21
Q87 In: Bahá’u’lláh, Kitáb-i-Aqdas, E 183
Q88 Botschaften aus ‘Akká 6:29
Q89 ‘Abdu’l-Bahá, in: Dokumente des Bündnisses - Testament II:8
Q90 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 213
Q91 a. a. O., S. 215
Q92 ‘Abdu’l-Bahá, Das Testament. In: Dokumente des Bündnisses II:9
Q93 Botschaften des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, Bd. 1, S. 12
Q94 Botschaften aus ‘Akká 6:32
Q95 Das Geheimnis göttlicher Kultur, S. 87f.
Q96 Daniel 12, 12
Q97 ‘Abdu’l-Bahá, zitiert in: Esslemont, Bahá’u’lláh und das neue Zeitalter, S. 281
Q98 Das Testament. In: Dokumente des Bündnisses I:17
Q99 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 22
Q100 Kitáb-i-Aqdas 83
Q101 Ährenlese 132:3
Q102 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 69
Q103 a. a. O., S. 283
Q104 a. a. O., S. 44
Q105 Botschaften aus ‘Akká 6:26
Q106 In: Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, S. 46
Q107 In: Botschaften des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, Bd. 1, S. 30
Q108 Botschaften des Universalen Hauses der Gerechtigkeit, S. 67
Q109 Bahá’í News, Nr. 73, Wilmette, Mai 1933, S. 7
Q110 ‘Abdu’l-Bahá, Sendschreiben zum göttlichen Plan 8:15
Q111 Gott geht vorüber V:6
Q112 ‘Abdu’l-Bahá, Briefe und Botschaften 206:15
Q113 The Promulgation of Universal Peace, S. 43f.
Q114 ‘Abdu’l-Bahá, Der Weltfriedensvertrag, S. 22
Q115 Gott geht vorüber 23:14
Q116 Das Universale Haus der Gerechtigkeit, Die Verheißung des Weltfriedens, S. 36
Q117 Briefe und Botschaften 15:6-7
Q118 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 69
Q119 Die Verborgenen Worte, arab. 2
Q120 Bahá’u’lláh, Ährenlese 136:5
Q121 Johannes 1:1,10
Q122 Bahá’u’lláh, Kitáb-i-Íqán 31
Q123 Gebete und Meditationen 178:3
Q124 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 281
Q125 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 285
Q126 a. a. O., S. 286
Q127 Bahá’u’lláh, Der Kitáb-i-Aqdas 186
Q128 a. a. O. 54
Q129 Hüterbotschaften, S. 51f.
Q130 Botschaften aus ‘Akká 1:3
Q131 Jesaja 2, 2
Q132 In: Shoghi Effendi, Das Kommen göttlicher Gerechtigkeit, S. 129
Q133 Briefe und Botschaften 227:22
Q134 Ährenlese 120:1, 3
Q135 Ährenlese 14:4, 5

Anmerkungen

A1 Eric Hobsbawm, Age of Extremes, London 1995, S. 584
A2 Leopold II., König der Belgier, führte über drei Jahrzehnte (1877–1908) die Kolonie als Privatbesitz. Die Gräueltaten, die unter seinem Regime begangen wurden, führten zu internationalen Protesten. Er wurde 1908 gezwungen, das Territorium der belgischen Regierung zur Verwaltung zu übergeben.
A3 Die Prozesse, die diese Veränderungen hervorbrachten, werden ausführlich von A. N. Wilson et al. in God’s Funeral (London 1999) besprochen. 1872 veröffentlichte Winwood Reade ein Buch unter dem Titel The Martyrdom of Man (London 1968), das in den frühen Jahrzehnten des zwanzigsten Jahrhunderts eine Art weltliche ›Bibel‹ wurde. Darin wurde die Erwartung ausgedrückt, dass »die Menschen schließlich die Kräfte der Natur meistern werden. Sie selbst werden Architekten von Systemen, Erbauer von Welten werden. Der Mensch wird dann vollkommen sein, ein Schöpfer; deswegen wird er das sein, was einfache Gemüter als einen Gott anbeten.« Zitiert in: Anne Glyn-Jones, Holding up a Mirror: How Civilizations Decline, London 1996, S. 371f.
A4 Qur’án 39:12
A5 mujtahid (jemand, der sich anstrengt, abmüht), Partizip Aktiv des arabischen Verbes ijtahada (sich anstrengen, sich mühen); hier: Titel aus der juristischen Terminologie. Bezeichnet jemanden, der aufgrund seiner Kenntnis der Prinzipien der Rechtsgelehrsamkeit dazu befähigt und berechtigt ist, durch eigene Denkanstrengung verbindliche Entscheidungen in juristischen und kultischen Fragen zu treffen. (Anm. des Übersetzers)
A6 Die Schule wurde 1934 auf Anordnung Reza Schahs geschlossen, da sie die Bahá’í-Feiertage als arbeitsfreie religiöse Festtage eingehalten hatte. Die Schließung sämtlicher weiterer Bahá’í-Schulen im Írán folgte.
A7 Siehe: The Bahá’í World, Bd. 14, S. 479–481
A8 Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 225
A9 »Der äußerste Kreis in diesem ausgedehnten System, das sichtbare Gegenstück der Zentralstellung, die dem Herold unseres Glaubens verliehen wurde, ist nichts anderes als der ganze Planet. Mitten im Herzen dieses Planeten liegt das ›Heiligste Land‹, von ‘Abdu’l-Bahá als die ›Heimstatt der Propheten‹ gerühmt, die als der Mittelpunkt der Welt und die Qiblih der Völker zu betrachten ist. Mitten in diesem Heiligsten Land erhebt sich der Berg Gottes in undenklicher Heiligkeit, der Weinberg des Herrn, der Zufluchtsort Elias’, dessen Wiederkehr der Báb symbolisiert. Ruhend am Herzen dieses heiligen Berges liegen die ausgedehnten Grundstücke – auf ewig die geweihten Bezirke der heiligen Grabstätte des Báb. In der Mitte dieser Grundstücke – anerkannt als internationale Stiftungen des Glaubens – liegt der heiligste Hof, ein eingefasster Bereich, der Gärten und Terrassen umschließt, die diese geweihten Bezirke schmücken und ihnen zugleich einen besonderen Zauber verleihen. Umrahmt von dieser lieblichen grünen Umgebung steht in all seiner erlesenen Schönheit das Mausoleum des Báb, dessen äußere Verkleidung entworfen wurde, um den ursprünglichen Bau, den ‘Abdu’l-Bahá als das Grab des Märtyrerherolds unseres Glaubens errichtet hatte, zu schützen und zu zieren. In dieser äußeren Hülle liegt jene kostbare Perle, das Allerheiligste, jene Kammern, die das Grab bilden und die von ‘Abdu’l-Bahá erbaut wurden. Im Herzen des Allerheiligsten befindet sich das Tabernakel, das Gewölbe, in dem der heiligste Sarg ruht. In diesem Gewölbe steht der Sarkophag aus Alabaster, in dem jenes unschätzbare Juwel, der heilige Staub des Báb, zur letzten Ruhe gebettet wurde.« Shoghi Effendi, Citadel of Faith, S. 95f.
A10 Hasan M. Balyuzi, ‘Abdu’l-Bahá, S. 200
A11 In: The Bahá’í Centenary, 1844 – 1944, S. 140f.
A12 Sendschreiben zum göttlichen Plan 13:4
A13 Eric Hobsbawm, Age of Extremes, S. 23
A14 Vgl. Edward R. Kantowicz, The Rage of Nations, Cambridge 1999, S. 138. Kantowicz errechnet für Europa einen Gesamtverlust von achtundvierzig Millionen Menschen, einschließlich fünfzehn Millionen ›Hinweggeraffter‹, die wegen ihres geschwächten Gesundheitszustands Opfer der Grippeepidemie der Nachkriegszeit wurden, und einschließlich der erheblichen Geburtenausfälle in der Folge dieser Katastrophen. Hobsbawm schätzt, dass Frankreich fast zwanzig Prozent seiner wehrtauglichen Männer verlor, Großbritannien ein Viertel seiner Oxford- und Cambridge-Absolventen, die während des Krieges in der Armee dienten, und Deutschland 1,8 Millionen oder dreizehn Prozent seiner wehrpflichtigen Bevölkerung. Vgl. Eric Hobsbawm, Age of Extremes, S. 26.
A15 Präsident Wilson wurden in den Jahren seit seinem Tode zahlreiche Biographien gewidmet. An dieser Stelle sei auf drei jüngere Werke verwiesen: Louis Auchincloss, Woodrow Wilson, New York 2000; A. Clements Kendrick, Woodrow Wilson: World Statesman, Lawrence 1987; Thomas J. Knock, To End All Wars: Woodrow Wilson and the Quest for a New World Order, Oxford 1992.
A16 In der schließlich verabschiedeten Fassung verlangte Artikel X des Völkerbundes im Angriffsfall nicht die kollektive militärische Intervention, sondern legte lediglich fest, dass »der Rat die Mittel festlegen soll, durch die diese Pflicht erfüllt wird«.
A17 In der Laudatio wird Bezug genommen auf den ›Rat‹, den der Meister den britischen Militärbehörden gab, die darum bemüht waren, nach dem Sturz des türkischen Regimes das öffentliche Leben in der Region wieder aufzubauen. Weiter heißt es dort, dass »all sein Einfluss nur zum Guten war«. Vgl. Moojan Momen, Hg., The Bábí and Bahá’í Religions, S. 344.
A18 Horace Holley, Religion for Mankind, S. 243f.
A19 Rúḥíyyih Rabbání, Die unschätzbare Perle, S. 201, 204
A20 In einem Fall nach dem anderen ließ das offensichtliche Fehlverhalten seiner Brüder, Schwestern und Vettern Shoghi Effendi keine andere Möglichkeit, als die Bahá’í-Welt davon zu unterrichten, dass diese Personen den Bund verletzt hatten.
A21 Gott geht vorüber 2:15
A22 Ein detaillierter Überblick zur Ausbreitung des Glaubens bis zum Ende des ersten Siebenjahresplans findet sich in The Bahá’í World, Bd. 10, S. 142ff.
A23 Shoghi Effendi, Gott geht vorüber 24:5
A24 »Im Europa des beginnenden zwanzigsten Jahrhunderts akzeptierten die meisten Menschen die Autorität der Moral … den Rückgang menschlicher Brutalität und Barbarei vor Augen, konnte der gebildete Europäer an einen sittlichen Fortschritt glauben. Zum Ende des Jahrhunderts ist es schwer, überhaupt noch auf ein moralisches Gesetz oder auf einen sittlichen Fortschritt zu vertrauen.« Jonathon Glover, Humanity: A Moral History of the Twentieth Century, London 1999, S. 1. Glovers Studie hat vor allem den Aufstieg und den Einfluss der Ideologien des zwanzigsten Jahrhunderts zum Thema.
A25 Der verheißene Tag ist gekommen, S. 172
A26 Rúḥíyyih Rabbání, Die unschätzbare Perle, S. 554
A27 Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 75
A28 United Nations Organization
A29 Lester Bowels Pearson (1897–1972) wurde 1957 der Friedensnobelpreis verliehen für sein Wirken in der internationalen Politik in der Zeit nach dem Zweiten Weltkrieg und besonders für seinen Plan, der 1956 zum ersten Einsatz von UN-Truppen zur Friedenssicherung am Suez-Kanal führte. Mit diesem Einsatz reagierte man auf den Einmarsch britischer und französischer Truppen in Ägypten (mit israelischem Einverständnis) nach der Besetzung des Suez-Kanals durch Ägypten. Der erste offizielle Beschluss internationaler Sanktionen gegen einen Aggressor, den der Völkerbund 1936 fasste, nachdem Truppen aus dem faschistischen Italien in Äthiopien einmarschiert waren, rühmte Shoghi Effendi als »Ereignis ohnegleichen in der Geschichte« (vgl. Shoghi Effendi, Die Weltordnung Bahá’u’lláhs, S. 277f.).
A30 United Nations Commission on Human Rights
A31 Die drei erwähnten Generalsekretäre der Vereinten Nationen sind, in chronologischer Reihenfolge, Javier Pérez de Cuellar (1982-1991) aus Peru; Boutros Boutros-Ghali (1992-96) aus Ägypten; Kofi Annan (seit 1997) aus Ghana.
A32 Anne Frank (1929–1945) – eine jüdische Jugendliche, die dem Völkermord der Nationalsozialisten zum Opfer fiel. Im August 1944 wurde sie in dem Familienversteck in den Niederlanden gefangengenommen und in das Konzentrationslager Bergen-Belsen gebracht, wo sie ein Jahr später starb. Ihr Tagebuch wurde 1952 als Tagebuch der Anne Frank veröffentlicht und diente Film und Theater als Vorlage. Martin Luther King Jr. (1929–1968) – amerikanischer Geistlicher und Nobelpreisträger, einer der herausragenden Vertreter der amerikanischen Bürgerrechtsbewegung, wurde am 4. April 1968 in Memphis, Tennessee, ermordet. Seinem Gedenken ist in den Vereinigten Staaten ein nationaler Feiertag, der dritte Montag im Januar, gewidmet. Paulo Freire (1921–1997) – innovativer brasilianischer Pädagoge, dem für seine Pionierarbeit in der Erwachsenenbildung internationale Anerkennung zuteil wurde, der jedoch in seinem eigenen Land zweimal zu Gefängnisstrafen verurteilt wurde. Kiri Te Kanawa (geb. 1944) – in Neuseeland als Nachkomme von Maoris geboren, ist heute eine der führenden Operndiven der Welt. Sie wurde 1982 von Königin Elisabeth II. mit dem Verdienstorden ›Dame Commander of the British Empire‹ ausgezeichnet. Gabriel García Márquez (geb. 1928) – kolumbianischer Schriftsteller und Romancier, Literaturnobelpreisträger 1982, war gezwungen, die sechziger und siebziger Jahre im freiwilligen Exil in Mexiko und Spanien zu verbringen, um der Verfolgung in seinem Heimatland zu entgehen. Ravi Shankar (geb. 1920) – indischer Komponist und Sitar-Spieler, dessen beeindruckende Begabung sowie seine Konzertreisen in Europa und Nordamerika dazu beitrugen, im Westen Interesse für indische Musik zu wecken. Andrej Dimitrijewitsch Sacharow (1921–1989) – russischer Atomphysiker, der seine wissenschaftliche Forschung aufgab, um Vorkämpfer für die Bürgerrechte in der Sowjetunion zu werden, wofür er 1975 den Friedensnobelpreis erhielt, während er im eigenen Land verbannt war. ›Mutter Theresa‹, Agnes Gonxha Borjaxhiu (1910–1997) – römisch-katholische Nonne, in Albanien geboren, gründete in Indien den Orden der Wohltätigkeit. Ihre selbstaufopfernde Arbeit für die Armen, Heimatlosen und Sterbenden in Kalkutta trug ihr 1979 den Friedensnobelpreis ein. Zhang Yimou (geb. 1951) – ein führender Produzent unter Chinas Filmemachern der ›Fünften Generation‹. Er erhielt mehrere Fachpreise für seine einfühlsame und visuell beeindruckende Arbeit.
A33 General Agreement on Tariffs and Trades
A34 Diese drei Nationalen Geistigen Räte waren der Nationale Geistige Rat von Kanada – die kanadische Gemeinde trennte sich 1948 von der in den Vereinigten Staaten –, der Regionale Geistige Rat der Antillen (1953) und der Regionale Geistige Rat von Südamerika (ebenfalls 1953).
A35 Unter der Führung zweier Brüder ‘Abdu’l-Bahás, Muḥammad-‘Alí und Badí‘u’lláh sowie deren Vetter Majdi’d-Dín, hatte die Gruppe von Bundesbrechern, die nach dem Tode Bahá’u’lláhs lange Zeit das Landhaus in Bahjí besetzt hatten, einen gnadenlosen Verleumdungs- und Intrigenfeldzug gegen den Meister und Shoghi Effendi geführt. Unter der britischen Mandatsverwaltung waren sie gezwungen worden, das Landhaus zu räumen, weil sie es hatten verfallen lassen, wodurch der Hüter die Möglichkeit erhielt, das Gebäude zu renovieren und ihm in den Augen der Behörden den Status einer heiligen Stätte zu geben. Später erreichte Shoghi Effendi, dass die neue israelische Regierung dem ganzen Besitz diesen besonderen Status zugestand, und es wurde offiziell angeordnet, dass die verbleibenden Bundesbrecher das unansehnliche Gebäude, das sie noch immer in der Nähe des Landhauses bewohnten, räumen mussten. Als deren Berufung gegen diese Anordnung vom obersten Gericht abgewiesen worden war, erhielten sie einen Räumungsbefehl. Das Gebäude wurde auf Anweisung des Hüters abgerissen, und damit war das letzte Hindernis für die Verschönerung des Besitzes beseitigt.
A36 Einen ausführlichen Bericht über die Rolle der Hände der Sache Gottes während dieser kritischen Jahre gibt Amatu’l-Bahá Rúḥíyyih Khánum in Ministry of the Custodians.
A37 Das Thema wird mehrfach in Rabbání, Rúḥíyyih, Die unschätzbare Perle behandelt. Siehe besonders S. 142f., 150, 159, 210f., 254f.
A38 Vgl. The Establishment of the Universal House of Justice, S. 17
A39 Das Institut wurde 1998 vom Universalen Haus der Gerechtigkeit als Organ der Internationalen Bahá’í-Gemeinde eingerichtet; es untersteht dem Haus indirekt über das Office of Public Information. Laut Aufgabenbeschreibung dient das Institut »der Erforschung sowohl der geistigen und materiellen Grundlagen menschlichen Wissens als auch der Prozesse des gesellschaftlichen Fortschritts«.
A40 Ihre Aufgabe ist die »systematische Erforschung des Bahá’ítums, einschließlich seiner religiösen Kultur, seines humanitären Geistes und seiner religiösen Ethik«.
A41 Zitiert in Star of the West, Bd. 13, Nr. 7, Oktober 1922, S. 184ff.
A42 Etwa 1904 begann der gelehrte iranische Gläubige, den wir unter dem Namen Ṣadru’ṣ-Ṣudúr kennen, mit Ermutigung ‘Abdu’l-Bahás, eine erste Bahá’í-Lehrer-Schulung mit Jugendlichen in Teheran durchzuführen. Die Studiengruppe traf sich täglich, und die Absolventen, die in den Glaubensinhalten anderer Religionen unterrichtet wurden und verschiedene Aspekte des Bahá’í-Glaubens studierten, trugen wesentlich zur Ausbreitung und Festigung der Sache Gottes in ihrem Heimatland bei.
A43 Bei dem Modell handelt es sich um das ›Ruhi-Institut‹, dessen Methoden und Materialien von vielen Bahá’í-Gemeinden in der ganzen Welt übernommen wurden. Sein Grundgedanke ist die Verbindung von aktiven Dienstleistungen mit intensivem Studium der Bahá’í-Schriften. Das System besteht aus mehreren Studienniveaus, die einen zentralen Stamm des Grundverständnisses der wesentlichen Lehren Bahá’u’lláhs bilden, von dem dann eine fast unbegrenzte Zahl von Untergruppen abzweigen, die von den verschiedenen nationalen Gemeinden nach ihren eigenen Bedürfnissen entwickelt werden können.
A44 Moojan Momen, The Bábí and Bahá’í Religions, S. 186f.
A45 Einen kurzen Bericht über die Gründung des Büros und seine Tätigkeit bietet The Bahá’í World, Bd. 4, S. 257ff.
A46 The Bahá’í World, Bd. 3, S. 198–206 enthält den Text der offiziellen Petition der Bahá’í des Irak an die Ständige Mandatskommission des Völkerbundes und fasst die Geschichte des Falls zusammen.
A47 Der volle Text der Erklärung findet sich in World Order Magazine, April 1947, Bd. 13, Nr. 1
A48 The Bahá’í Question, Írán’s Secret Blueprint for the Destruction of a Religious Community, An Examination of the Persecutions of the Bahá’ís of Írán, Bahá’í International Community, New York 1999 (erarbeitet vom Büro der Internationalen Bahá’í-Gemeinde bei den Vereinten Nationen, bestimmt für Mitglieder der Menschenrechtskommission der Vereinten Nationen); vgl. auch Die Bahá’í im Írán. Dokumentation der Verfolgung einer religiösen Minderheit, Hofheim 1985
A49 Auszug aus einer Ansprache von Edward Granville Browne, in: Religious Systems of the World: A Contribution to the Study of Comparative Religion, New York 1892, S. 352f.
A50 Während seiner neunjährigen Tätigkeit sorgte das Büro dafür, dass sich schätzungsweise zehntausend iranische Bahá’í-Flüchtlinge in siebenundzwanzig Ländern niederlassen konnten.
A51 Bis heute haben neunundneunzig Nationale Geistige Räte an einem Intensivtraining zu diesem Programm teilgenommen.
A52 Die Weltkonferenz für Frauen in Beijing (Peking) gab fünfzig der zweitausend Nichtstaatlichen Organisationen die Möglichkeit, ihre Statements mündlich vorzutragen. Da der Internationalen Bahá’í-Gemeinde dieses Vorrecht bei früheren Konferenzen gewährt worden war, insbesondere in Rio de Janeiro bei der Umweltkonferenz und in Kopenhagen bei der Konferenz über soziale und wirtschaftliche Entwicklung, verzichtete der Bahá’í-Vertreter auf den ihm schon zugewiesenen Platz zu Gunsten des Moskauer Zentrums für Geschlechterstudien.
A53 Bundesverfassungsgericht, Beschluss des Zweiten Senats vom 5. Februar 1991. Ein ausführlicher Bericht sowie der Text der Urteilsbegründung finden sich in The Bahá’í World, Bd. 20, S. 571–606; Zitat: S. 580, CI
A54 Sessão Solene da Câmara Federal, Brasiliá, 28 de Maio, 1992 (Nachdruck mit englischer Übersetzung durch den Nationalen Geistigen Rat der Bahá’í von Brasilien, 1992)
A55 Generalversammlung der Vereinten Nationen, 54. Sitzung, TOP 49 (b), United Nations Reform Measures and Proposals: the Millennium Assembly of the United Nations, 8. August 2000 (Dokument Nr. A/54/959), S. 2
A56 Commitment to Global Peace, Erklärung des Millennium-Weltfriedensgipfels der religiösen und geistigen Führer, dem Generalsekretär der Vereinten Nationen Kofi Annan am 29. August 2000 während einer Sitzung der Vollversammlung der Vereinten Nationen zum Millenniumsgipfel vorgelegt.
A57 Generalversammlung der Vereinten Nationen, 54. Sitzung, TOP 61 (b), The Millennium Assembly of the United Nations, 8. September 2000 (Dokument Nr. A/55/L.2), Abschnitt 32
A58 Die Ziele und Ergebnisse der drei Veranstaltungen zum Millennium, und die Beteiligung der Bahá’í-Gemeinde daran, wurden in einem Brief des Universalen Hauses der Gerechtigkeit vom 24. September 2000 an alle Nationalen Geistigen Räte zusammengefasst.