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Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Margaret B. Peeke, Ma rencontre avec Abdu'l-Baha en 1899, bahai-library.com.
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Margaret B. Peeke
Ma rencontre avec
Abdu’l-Baha
en 1899
my visit to Abbas-Effendi
in 1899
traduction
Pierre Spierckel
2025
Margaret B. Peeke
Extrait d’une tablette adressée à Margaret B. Peeke,
12 mai 1908 :
Ô toi, fille du Royaume !
* Imprime le récit que tu as écrit de ton voyage à Acre et diffuse-le.
Extrait d’une tablette adressée à son fils dévoué et
collaborateur, E. C . B . Peeke, 12 novembre 1909 :
Ô toi souvenir de cette fille du Royaume !
Recueille les traces de la plume de ta mère,
afin qu’elles subsistent après elle.
EN SOUVENIR AFFECTUEUX DE
MARGARET B . PEEKE
ET DE
MON MARI BIEN-AIMÉ,
E . C . B. PEEKE.
Dr Pauline Barton-Peeke.
Il y a dix ans, moins d’une centaine d’anglophones étaient disciples
du Báb. Quelques Persans et d’autres Orientaux, ainsi qu’une poignée
d’Européens étaient ses seuls disciples. Aujourd’hui, Ils sont innombrables, sur la terre entière, comme disciples d’Abbas-Effendi. Le lecteur demande : « Qui est Abbas-Effendi ? » et parfois quelqu’un qui
sait lui répondra : « C’est le chef de la « nouvelle religion » qui envahit
le monde aussi silencieusement mais inéluctablement que le jour succède à l’aube. Il est d’une noble famille persane et son influence, ses enseignements, s’étendent sur la terre du nord au sud et de l’est à l’ouest. »
Le professeur Edward G. Browne de l’université de Cambridge
où il occupe la chaire de littérature et de langue persanes, ayant eu vent
de cette « nouvelle religion » partit en Perse pour voir par lui-même de
quoi il retournait. C’est là qu’il se tourna vers Abbas-Effendi, et l’année
suivante, il le rencontra et en obtint les informations qui lui permirent
d’écrire le livre intitulé Récit d’un voyageur. C’est ainsi qu’Abbas-Effendi fut connu par les anglophones du monde qu’aujourd’hui de nombreux disciples l’aiment. Prisonnier du sultan de Turquie il ne peut
sortir des frontières de la Syrie et demeure dans la célèbre ville d’Acre,
sur les rives de la Méditerranée, où il vit reclus dans la simplicité.
C’est le dernier jour de l’année 1898, que l’auteur embarqua à New
York à bord de l’« Aller », destination l’Orient via Gibraltar. Ce voyage
n’était pas motivé par le plaisir, la santé ou le tourisme, mais par la recherche
d’un certain savoir qui nécessitait d’entrer en contact avec toutes les formes
de croyance. Il s’agissait d’apprendre de certaines des périodes mystiques
particulières à l’Orient les connaissances pratiques qui sont censées y être
comprises et appliquées, mais aussi de se familiariser avec les coutumes de
ces anciennes sectes qui semblent remonter à des temps immémoriaux.
Avant le départ un ami me demanda : « N’oublie pas d’aller à Acre ;
vois si Abbas-Effendi existe vraiment et rapporte-nous un compte rendu
fiable d’un point de vue américain ». Le sourire par lequel je lui répondis aurait montré à l’observateur le plus distrait qu’il n’était pas question
de faire quoi que ce soit de ce genre. En effet, à ce moment-là, ce sujet
m’intéressait moins que tout autre. J’avais lu Récit d’un voyageur avec le
désir de connaître l’histoire du mouvement, mais sans la moindre sympathie et sans grand intérêt pour les enseignements baha’is. J’avais rencontré certains de ses représentants dans mon pays et, plutôt qu’impressionnée par eux, j’avais ressenti une certaine aversion à leur égard.
Au cours des dix jours suivants du voyage, le sujet me revint sans
cesse à l’esprit et, peu à peu, mon attitude mentale changea ; l’indifférence
fit place à la curiosité, la curiosité se transforma en intérêt, l’impossible
devint possible et le possible probable, jusqu’à ce qu’en arrivant à Gibraltar, je changeai d’itinéraire pour passer par Acre et Abbas-Effendi. À
mon arrivée en Égypte, j’écrivis une lettre à un ami en Amérique pour
lui demander des lettres de recommandation à des personnes au Caire
qui pourraient m’aider à rencontrer certains des principaux baha’is.
Après trois semaines de voyage sur le Nil, je revins au Caire et trouvai
les lettres souhaitées ; c’est grâce à elles que j’ai pu rendre visite à Abbas-Effendi. C’est ici, au Caire, que je rencontrai un homme surnommé « l’Arabe
savant », qui me donna en deux ou trois heures toutes les informations relatives au mouvement bahá’í et m’assura un entretien avec « le Chef à Acre ».
(C’est uniquement parce que très peu de choses ont été écrites d’un
point de vue extérieur qu’il m’a semblé nécessaire de rédiger ce compte rendu.)
Après avoir visité Baalbec et apprécié Damas je me préparai à me
rendre à Acre. À Beyrouth un dirigeant baha’i bien connu me rendit visite. Sa
présence me toucha plus profondément encore que celle de « l’Arabe savant ».
Nous quittâmes Beyrouth le 9 mars et, longeant la côte méditerranéenne, campant la nuit sous des tentes, passant par les vieilles villes de Try
et de Sidon, par le mont Carmel solitaire et par les plaines qui s’étendent entre
Beyrouth et Acre, nous approchâmes de l’ancienne ville, but de notre voyage,
le dimanche suivant. À mesure que nous en approchions, sa fabuleuse histoire commença à se dérouler sous nos yeux et je pris conscience de ce fait
étrange : Depuis la préhistoire cette ville a été un lieu de conflit. Serait-ce
une partie du plan divin que la foi chrétienne y fut fondée ? Y avait-il alors
une raison pour leur revendication à l’époque ? Une croyance aurait-elle
pu alors s’emparer du peuple, comme cela s’est produit, et se répandre dans
tous les pays, rencontrant nécessairement une forte opposition et s’avérant
être encore plus importante que ce que le monde imagine aujourd’hui ?
Dans un lointain passé ce port s’appelait Acre et nous n’en savons pas plus.
Puis Ptolémée vint d’Égypte pour s’emparer de cette ville irrésistiblement
grandiose, magnifique. Quelques ruines de cette époque existent encore et
prouvent la véracité de l’histoire. Puis les Sarrasins, fous à l’idée qu’une puissance étrangère détienne cette porte sur la mer, décidèrent de la conquérir
et la conservèrent jusqu’au début du XIIe siècle. Ils en furent chassés par
les croisés d’Angleterre et de France, sous Richard et Philippe qui, animés d’un zèle ardent pour sauver des infidèles la terre sacrée, sacrifièrent
un grand nombre d’hommes pour sa conquête. La ville fut alors appelée
Saint-Jean-d’Acre et resta aux mains de ces croyants pendant un siècle.
L’encyclopédie Brittanica accorde peu d’importance à la ville
d’Acre bien qu’elle ait été le théâtre de certains des événements les
plus marquants de l’histoire, notamment des batailles au cours desquelles des centaines de milliers d’hommes étaient tués. Après plusieurs siècles encore, si l’on se rend aujourd’hui dans les plaines autour
d’Acre, on dit qu’il suffit de creuser avec les doigts la terre de quelques
centimètres, pour trouver des ossements humains. Le pays est littéralement jonché d’ossements humains, ce qui confirme le fait qu’à cette
époque la vie humaine avait moins de valeur que les idées religieuses.
On peut comprendre qu’après un siècle de domination étrangère l’esprit oriental devint de plus en plus rebelle et les habitants finirent par se soulever, se battre et finalement reconquirent la ville. Kà
commença son déclin et, depuis, elle connut différentes occupations.
Même Napoléon ne sut résister au désir de soumettre Acre et de la posséder, mais, après un siège de soixante jours, il fut contraint d’y renoncer.
Pendant ce monologue, nous nous étions approchés de cette ville
merveilleuse et le soleil de l’après-midi frôlait l’horizon lorsque nous
aperçûmes Acre pour la première fois. À gauche se trouvait un imposant
ensemble de bâtiments blancs, plus somptueux que tous ceux que nous
avions vus en Syrie, entourés de grands murs et de jardins ombragés de
beaux arbres ; à droite s’étendait la ville fortifiée d’Acre avec ses résidences
et, dans la périphérie, ses orangeraies. Quelque chose semblait dire : « C’est
ici que BAHA’O’LLAH a vécu », et cela s’est avéré être le cas, mais elle était
fermée. Le chef actuel réside dans la maison d’un pacha dans la ville. À
quatre heures, nos tentes furent dressées à l’extérieur des murs et un messager fut envoyé demander si Abbas-Effendi accepterait de recevoir ceux
qui n’étaient pas de sa religion. Nous n’avons pas eu à attendre longtemps,
peut-être une demi-heure, mais quel suspense ! Si nous avions su ce que
nous savons maintenant, des lettres auraient été envoyées d’Égypte pour
prendre rendez-vous avant notre arrivée. Le messager revint avec la
réponse qu’une audience nous serait accordée ce soir-là à huit heures.
Il n’y a qu’en Orient qu’on pouvait comprendre ce que signifiait
cette rencontre.
La nuit était très sombre ; nous étions accompagnés par notre
propre guide et interprète, un soldat et un homme portant une lanterne. Tandis que nous nous frayions un chemin dans les rues étroites,
des hommes en groupes nous observaient, debout sous les arcades
qui débouchaient sur une cour où se trouvaient de nombreux soldats.
Tous nous saluèrent lorsque nous passâmes devant eux pour accéder à
un long escalier construit à l’extérieur de la maison. Nous sentions que
cette nuit merveilleuse resterait à jamais gravée dans nos mémoires.
« Vous ne pouvez pas entrer », dit l’un de ces soldats à notre fidèle
guide qui ne nous avait jamais quittés depuis qu’il était à notre service.
« Je resterai près de la porte », répondit-il docilement, tout en nous
suivant dans le long escalier qui menait à la porte de la salle d’audience.
La porte qui s’ouvrit pour nous laisser entrer en présence de l’homme
qui est aujourd’hui l’une des figures marquantes du monde, révéla une
longue pièce nue, meublée de façon spartiate. En y entrant, les visiteurs amé-
ricains furent assis près de la porte, avec des dames et des soldats, convertis
de la religion musulmane à la foi chrétienne. De l’autre côté de cette longue
pièce, nous avons vu une silhouette se lever et s’avancer à notre rencontre.
Son mouvement était presque fluide, tant il était doux, et alors
qu’il s’approchait, nous avons remarqué la tunique couleur gris souris qu’il
portait avec un turban assorti, et nous nous sommes retrouvés face à celui qui était la personnification même de la douceur et de la sérénité, et
néanmoins, une dignité sublime reposait sur lui, que nous n’avions jamais
vue chez d’autres personnes de la même confession, aussi inhabituelles
fussent-elles. Il s’approcha, les mains tendues, comme s’il rencontrait des
amis et des disciples, nous conduisit vers des sièges à l’extrémité supérieure
de la longue pièce, nous invitant à nous asseoir à sa droite. Il commanda
du thé, qui fut servi sur de petites tables rondes placées devant chacun
d’entre nous, puis il nous offrit une tasse de thé parfumé. Pour autant que
nous puissions le constater, aucun regard n’avait été dirigé vers nous, bien
que les visiteurs américains, sachant que je n’étais pas une croyante, observaient avec un vif intérêt la gentillesse et la courtoisie dont Abbas-Effendi faisait preuve à mon égard. Nous étions venus prêts à entendre l’histoire du Bäb, précurseur de la Grande Manifestation, les souffrances des
martyrs, de son long emprisonnement, ainsi que celui de son père avant
lui ; mais à notre grand étonnement, il commença à parler du « Grand
Architecte de l’Univers et des lois de la création et de la préservation et,
pour la première fois, il leva les yeux lorsqu’une question lui fut posée,
y répondant en restant fidèle à la même ligne de pensée. Je ne trouvais
aucune question à poser sur le sujet le plus important de tous : sa place
dans l’histoire et l’accomplissement des prophéties. Nos connaissances
étaient absolument nulles ; nous avons fouillé dans nos souvenirs à la recherche d’un indice dans le livre du professeur Browne qui pourrait nous
aider à sortir de notre dilemme, mais rien ne nous est venu, et, comme
pour répondre à cet état d’esprit, il a complètement évité toute allusion
à son propre travail ou à la signification de la manifestation de son Père.
En regardant autour de nous pendant que nous buvions notre thé,
quelle ne fut pas notre surprise de découvrir notre guide, Joseph, assis sagement près de la porte, le visage impassible d’un sphinx. Abbas-Effendi le
remarqua également, lui fit signe de s’approcher et le plaça à sa gauche, lui
disant en arabe qu’il serait heureux de l’avoir comme assistant interprète.
Une tasse de thé fut également apportée à Joseph. La conversation se poursuivit sur l’Être divin, qui depuis le commencement, lorsque les étoiles
furent mises à leur place, jusqu’à l’époque actuelle, n’avait jamais changé
un détail de ce qui était son plan. Les mondes, les empires, les hommes et
les anges avaient tous leur place, attribuée depuis le plan idéal, formé pour
la première fois dans l’Esprit de Dieu. Il n’y avait eu aucune erreur, aucune
régression. Les âges écoulés, l’homme a pu voir ce qui avait été accompli et
comprendre qu’il n’y avait aucune possibilité de contrecarrer même la plus
petite fraction de la Loi. Les grandes nations du passé avaient accompli la
petite partie qui leur incombait et le rôle qu’elles avaient joué dans la tapisserie de la Vie n’aurait jamais pu être accompli par aucun autre peuple.
Tant que le monde était soumis à la Loi du minéral, il ne pouvait
connaître Dieu que tel qu’il le voyait dans le visage de la pierre, mais, au fil
des siècles et des éons, s’éveilla chez l’homme, créature pensante, le roi de
ses créatures, le sentiment qu’il avait un lien avec cet Être, qui tenait dans sa
main le soleil, la lune et les étoiles. C’est alors que la première Manifestation
de Dieu (dont on ait mémoire) fut vue dans Moïse sur la montagne, et que
la Loi fut reçue du Buisson-ardent. Puis vinrent les Prophètes, inspirés par
l’Esprit, annonçant ce qui devait arriver dans les « derniers jours ». Il restait
beaucoup de choses qui ne pouvaient être expliquées, même après la venue
de Jésus-Christ, qui, par son œuvre, avait accompli une grande partie de ce
qui était achevé. À chaque nouvelle Révélation, la relation de l’homme avec
la Cause première devint plus claire, jusqu’à ce que le moment approche où
les lieux obscurs seraient transformés en Lumière, et l’inconnu compris.
Lorsque le bord d’une nouvelle lune apparaît nous penserions, si nous
ne l’avions jamais vu auparavant, qu’elle ne pourrait être plus grande,
mais nuit après nuit, elle passe du croissant à la lune gibbeuse, puis
à la pleine lune. De même, la Lumière de la vérité est venue progressivement, et lorsque la plénitude de l’ensemble pourra être vue, ce sera la
même lumière qui s’est manifestée dans le croissant, dans la lune gibbeuse et dans la pleine lune, différant seulement par son intensité.
À dix heures, nous nous levâmes pour prendre congé, et tout en remerciant notre hôte pour sa gentillesse de nous avoir accordé un entretien
aussi long, il dit d’une voix grave mais autoritaire, à laquelle personne n’aurait
songé à résister : « Je serai heureux de vous revoir demain matin à neuf heures. »
Étions-nous en train de rêver ? Allions-nous avoir la chance d’avoir un
autre entretien ? En sortant dans l’obscurité, pour être raccompagnés à
nos tentes, nous ressentîmes un grand intérêt pour cette merveilleuse
personnalité, si douce, mais si majestueuse, autoritaire, mais si humble.
En retraçant nos pas à travers les mêmes arcades et les mêmes cours qu’auparavant, nous trouvâmes les soldats du sultan, assis sur les murs surplombant nos tentes, surveillant manifestement nos mouvements. Ils jouaient
sur des instruments de leur pays, une musique douce, sensuelle, rêveuse, qui
semblait appartenir à la nuit solitaire et belle, à cet endroit pittoresque et à
nos nouvelles expériences. Le ciel de Syrie est d’un bleu intense ; les étoiles
semblent très proches ; la poésie respire dans chaque brise ; et lorsque nous
sommes finalement entrés dans nos tentes et les avons fermées, nous nous
assîmes sur nos lits en poussant un soupir de plaisir, ou de désir religieux
et de ferveur. « Tu sais, E*** », ai-je fini par dire, « je suis surprise et très
impressionnée ; qui aurait pu imaginer qu’Abbas-Effendi serait comme
ça ? Penses-y ! Nous avons parlé pendant deux bonnes heures et il n’a pas
une seule fois évoqué ces sujets qui, selon toute attente, devaient le préoccuper complètement. Où pourrions-nous trouver, dans toute l’Amérique,
un homme dévoué à une seule cause et qui, lorsqu’il rencontre un étranger,
parle pendant des heures sans jamais en faire mention ? Il n’a même pas
demandé si le Mouvement progressait dans notre pays ; il n’a posé aucune
question sur l’enseignant qui l’avait fait connaître pour la première fois là-
bas ; le plus étonnant de tout est qu’il n’a pas essayé de nous dire à quel point
ce Mouvement était supérieur à toutes les autres religions, ni parlé de son
Père, la Grande Manifestation, ni de lui-même en tant que représentant de
son Père. On ne peut que s’émerveiller devant la grandeur de sa connaissance universelle, la douceur de son caractère, la majesté de son humilité.
Avant rencontre le lendemain matin, mon amie, pensant que ce serait une bonne occasion de voir le palais de la Grande Manifestation, emmena un accompagnateur à cheval et se mit en route pour
le palais, prévoyant de me retrouver plus tard dans la pièce où nous
avions rencontré Abbas-Effendi lors de notre première entrevue.
Il n’était pas encore arrivé, mais nous avons retrouvé nos amis
et certaines des dames que nous avions vues la veille au soir, et tandis que nous discutions ensemble, Abbas-Effendi s’est approché de
nous. En un instant, tous les bruits se turent, comme en présence
d’une personne divine. Il tenait dans sa main trois tiges d’héliotrope
et m’en offrit deux, gardant la troisième dans sa main tandis qu’il
me conduisait à la même place qu’il m’avait donnée la veille au soir.
« Je voudrais commencer par la dernière question que vous m’avez posée »,
dit-il dès que nous fûmes assis. « J’aurais dû y répondre de manière un peu
plus complète. » Il reprit alors là où il s’était arrêté, continuant comme lors
de notre première conversation jusqu’à midi. Puis mon amie entra, et il lui
tendit la troisième fleur. Il nous dit adieu et nous donna à chacune un pré-
cieux message qui restera gravé dans notre mémoire aussi longtemps que
nous vivrons. Ce fut l’apogée de notre quête sur cette nouvelle secte peu
connue dans notre pays, mais que beaucoup considèrent comme le signe
de la pleine lune que rien ne peut dépasser, comme un résumé des messages des Avatars de l’espèce humaine, comme une bénédiction pour l’humanité. Nous avons senti que nous avions vu ce qu’il y avait de plus grand à
connaître sur terre à notre époque, et même si nous ne croyions pas toutes
les affirmations de ses disciples, nous avions certainement eu la chance de
le rencontrer. Nous sommes allés à Jéricho, à Jérusalem et dans les lieux
liés à la vie terrestre de Jésus-Christ, et ne pensant plus guère à la scène que
nous avions laissée à Acre. Ce n’est que sur le pont du vapeur, naviguant vers
Marseille, que nous commençâmes à réfléchir à la doctrine baha’ie. Nous
avons lu La vie d’Abbas-Effendi (un ouvrage récent de M. Phelps, de New
York) qui impressionne le lecteur par la description de la vie quotidienne
de cet homme, qui a sa place dans l’histoire religieuse de ce nouveau cycle.
Depuis le jour où je l’ai rencontré à Acre, il n’a cessé de croître dans
mon esprit comme quelqu’un qui est une figure de proue du progrès religieux. La correspondance avec lui qui suivit s’est étendue sur une période
de sept ans ; la vérité de ses affirmations et de ses enseignements repose sur
des fondements qui ne peuvent être renversés par une simple opinion humaine. Si la révélation bahá’íe reposait sur un credo, elle pourrait échouer,
mais il s’agit de « vivre la vie », c’est l’accomplissement de la vie du Christ qui
commença à Nazareth il y a deux mille ans. Elle est venue alors que toutes les
nations attendaient l’apparition de Celui dont la venue avait été prophétisée.
Enfin, elle est apparue en Orient, et malgré les tortures infligées à ses disciples, sa Lumière s’est répandue en Occident avec une rapidité sans pareille.
Cela ne peut laisser indifférent quiconque réfléchit à la tendance spirituelle
des événements, étudie l’histoire, sait que l’espèce humaine n’a pas encore atteint sa maturité et s’interroge sur la signification de ce mouvement qui s’est
répandu aujourd’hui dans tous les pays, sans soutien de la presse, sans mé-
thode de propagande, sans la renommée de grandes œuvres, mais simplement par la vie de ses membres et, plus que tout, par la vie d’Abbas-Effendi, qui
a pris le rang du « Centre de l’Alliance » (Abdul-Baha, le serviteur de Dieu).
Il n’y avait rien dans la pièce nue où ce « Centre » nous a reçus, ni dans aucune
tentative d’exhiber des pouvoirs miraculeux ou de guérison pour prouver
la vérité de sa position. Il n’a même pas mentionné la Grande Manifestation qu’il représente, en qui ses espoirs et son adoration sont centrés, mais
avec les mots les plus simples, , d’un point de vue merveilleusement impersonnel, il a expliqué la révélation de Dieu dans la nature et dans l’homme.
Ne souhaitait-il pas que nous croyions en ce qui était pour lui de la plus
grande importance, et pour quoi des milliers de personnes sont mortes
après avoir subi les tortures les plus cruelles ? Était-ce indifférent que
nous ramenions en Amérique le témoignage d’un œil extérieur affirmant
que cette vérité selon laquelle l’Avatar du vingtième siècle est réellement
venu accomplir les prophéties jamais encore réalisées ? Avec le calme de
celui qui peut se permettre d’attendre les résultats, et avec l’humilité de
celui qui connaît sa place dans l’œuvre, tant dans ce monde que dans
l’invisible (le monde de la Cause), il ne fit aucun effort pour convaincre
ou influencer ses auditeurs. Tout cela, cependant, ne m’est pas venu
immédiatement à l’esprit, mais est le résultat des années qui se sont
écoulées entre ce jour à Acre et celui où j’écris ces impressions qui m’ont
été demandées. En pensant au temps généreux qu’il m’avait consacré,
j’ai senti que je devais lui écrire une lettre pour lui exprimer ma gratitude
et ma reconnaissance, ce que j’ai fait pendant le trajet entre Alexandrie et
Marseille ; puis j’ai chassé ce sujet de mon esprit. J’avais pris soin de la
fleur qu’il m’avait donnée et je l’avais pressée, l’apportant à ceux qui
apprécieraient et chériraient tout ce que ses mains avaient touché. À mon
retour à New York, de nombreux baha’is m’ont appelé pour connaître
mon impression sur cette visite, ma visite, mais je ne pouvais que
répondre qu’il m’était impossible de formuler avec des mots l’effet
qu’elle avait eu sur moi, car j’y étais allée sans rien pré- parer, si ce n’est
faire un rapport à mon cher ami pour lui dire que j’avais trouvé Abbas-
Eifendi à Acre, un homme très humble et très grand, grand par son
universalité et parfait dans son humilité. Un jour, une lettre ex- quise
écrite en persan, avec une traduction en anglais, m’est parvenue et, en
lisant ces mots qui ont vibré en moi comme la musique d’un grand
orgue, je n’avais jamais rien ressenti de semblable auparavant et je ne
pou- vais comprendre la puissance qui pouvait traverser les mers et les
océans et me donner un tel sentiment de proximité et de désir spirituel.
Depuis ce moment jusqu’à aujourd’hui, Abbas-Effendi, ou « Abdul-Baha
», a été pour moi un mystère toujours plus grand, ses lettres sont remplies
d’un esprit si grand et si saint qu’on ne peut trouver l’équivalent que
dans les épîtres du Nouveau Testament. Ce n’est que maintenant que je
peux analyser ce sentiment qui s’est si profondément enraciné dans mon
—
cœur et mon âme. — — —
À Acre, sur les rives de la Méditerranée, vit un homme qui est au centre
des pensées de tous les pays, que les nobles, les grands, les riches, se ré-
jouissent de rencontrer, ne serait-ce qu’un jour. Il est un réconfort
pour les pauvres et les malheureux et un guérisseur pour les malades.
Sa demeure est une prison, où il a été placé en raison de son influence redoutée sur le peuple de ce pays. Il jouit de la liberté de circuler en ville et,
par la grâce de Dieu, le sultan de Turquie lui a maintenant donné la permission de visiter le lieu de repos sacré de son père, juste à l’extérieur de la ville
d’Acre. Il passe beaucoup de temps à écrire des tablettes à ses disciples et à
préparer, pour une future diffusion, les merveilleuses paroles de son père. Il
ne s’accorde jamais le moindre des conforts que l’ouvrier américain moyen
considérerait comme une nécessité. Il ne possède pas deux vêtements, car
il donne quotidiennement aux pauvres, partageant souvent son repas et celui de sa famille avec un homme, une femme ou une famille affamés. Il dort
peu et reste éveillé à toute heure pour écrire, prier ou instruire un dévoué
qui s’apprête à partir pour un pays étranger. Il ne parle ni ne pense jamais
à lui-même, la seule pensée et le seul but de sa vie sont d’accomplir le travail qu’il est venu accomplir. Les meilleurs exposants de cette révélation se
trouvent dans le pays où ils ont été appelés à subir le martyre pour leur foi.
« Croyez-vous qu’Abdul-Baha est celui qui doit accomplir la seconde venue
du Christ ? » me demandent beaucoup de gens, et je réponds : « Il m’a souvent écrit dans ses lettres au sujet du Christ, exprimant plus d’amour et avec
plus de révérence que nous, qui sommes disciples de Jésus depuis des gé-
nérations, mais Abbas-Effendi ne revendique rien de tel pour lui-même. »
Depuis que la première histoire de l’humanité a été racontée dans la Bible,
un Avatar est toujours venu au début de chaque cycle de deux mille ans, et
depuis plusieurs décennies, il a été prédit qu’un autre changement cyclique
est survenu et que le prochain représentant zodiacal devrait lors apparaître.
La venue d’un Avatar n’a pas été attendue dans un seul pays, mais dans tous
les pays ; parmi les prophètes des Indiens de l’Ouest, ainsi que dans les pays
où le principal objectif de la vie est d’étudier en profondeur les prophéties
de tous les différents livres sacrés. Partout, dans les prédictions de tous les
livres sacrés, le moment a été fixé pour cette Grande Apparition : maintenant.
Vous me demandez si cela est vrai, comment et par quels signes allons-nous
le reconnaître quand il viendra ? La richesse et la magnificence peuventelles être le symbole extérieur de la Manifestation de Dieu ? Il y a eu dans le
passé la richesse des Indes et celle de Crésus, mais rien ne prouve leur divinité. Serait-ce par le don de guérir ? Le grand Médecin était le guérisseur du
corps et de l’âme. ; aurait-ce été par des dons prophétiques et des miracles ?
Aucun de ces signes n’a jamais prouvé la divinité. Ne serait-ce pas alors par
l’accomplissement des prophéties, quelque chose de différent de l’ordinaire,
et qui aurait pourtant le même rapport avec les anciennes dispensations
que, par exemple, le rapport de la pleine lune avec le mince croissant ?
Si, comme à l’époque où Jésus parcourait la Galilée, n’y avait pas aujourd’hui de télégraphe ni de presse pour diffuser dans tous les pays la
nouvelle de chaque événement, nous n’aurions jamais connu cette Manifestation et il faudrait maintenant, comme à l’époque, qu’elle se propage
de bouche à oreille, jusqu’à ce que le monde connaisse la joie de ce jour.
Je suis allé là-bas pour faire plaisir à un ami ; je ne savais rien de
cette Vérité qui imprègne désormais mon être à un point qui me surprend moi-même. Ayant constaté l’incapacité des croyances à rendre la
vie belle et pratique, j’avoue que la croyance en cette nouvelle religion, issue du christianisme de jadis, n’avait alors pour moi aucune importance.
Le plaisir de raconter cette histoire à ceux qui m’ont interrogé sur ma
visite à Acre me réjouit lorsqu’ils ressentent une vague de chaleur dans
leur cœur envers cet homme dont je parle. Il enseigne une doctrine qui
conduit ses disciples parmi les pauvres et les malades, même au péril de
leur vie, leur faisant oublier leur ego. Leur foi et le nouveau « Nom » ne
sont qu’un autre murmure de l’âme à son Père. Ils ne croient pas aveuglément. Une fois qu’ils ont essayé les enseignements par eux-mêmes
et ont trouvé une délivrance soudaine et sûre, il n’est pas nécessaire
que je dise aux baha’is d’être « fermes, inébranlables, toujours productifs dans les œuvres du Seigneur ». Il n’est pas nécessaire de connaître
la gloire de la nouvelle lune pour savoir que la pleine lune est arrivée.
Je suis allé là-bas pour faire plaisir à un ami ; je ne savais rien de
cette Vérité qui imprègne désormais mon être à un point qui me surprend moi-même. Ayant constaté l’incapacité des croyances à rendre la
vie belle et pratique, j’avoue que la croyance en cette nouvelle religion, issue du christianisme de jadis, n’avait alors pour moi aucune importance.
Le plaisir de raconter cette histoire à ceux qui m’ont interrogé sur ma
visite à Acre me réjouit lorsqu’ils ressentent une vague de chaleur dans
leur cœur envers cet homme dont je parle. Il enseigne une doctrine qui
conduit ses disciples parmi les pauvres et les malades, même au péril de
leur vie, leur faisant oublier leur ego. Leur foi et le nouveau « Nom » ne
sont qu’un autre murmure de l’âme à son Père. Ils ne croient pas aveuglément. Une fois qu’ils ont essayé les enseignements par eux-mêmes
et ont trouvé une délivrance soudaine et sûre, il n’est pas nécessaire
que je dise aux baha’is d’être « fermes, inébranlables, toujours productifs dans les œuvres du Seigneur ». Il n’est pas nécessaire de connaître
la gloire de la nouvelle lune pour savoir que la pleine lune est arrivée.
UN PAS AU-DELÀ.
Margaret B. Peeke.
Que mon avenir sera sombre ou radieux,
Je ne le sais pas,
Je demande seulement assez de lumière
Tant que je suis ici-bas,
Toujours un pas de plus pour voir clairement,
Sachant qu’alors
Le prochain pas viendra à moi.
Qu’importe si mes amis les plus chers
Sont appelés ailleurs
Pour remplir une autre sphère ?
Eux et moi
Faisons partie d’un grand dessein,
La croissance éternelle
De l’être humain.
Quelle différence cela peut-il faire pour vous ou moi
Que ce soit dans ce
Monde ou dans l’éternité
Que se déroulent les prochaines années ?
Plus proches de Dieu en nous efforçant de grandir,
Sans regarder en arrière vers les choses d’ici-bas,
Mais vers le haut, toujours attentifs à la volonté divine.
Tout ce qui est bon restera avec nous ;
Les fausses doctrines,
Même justes en apparence, disparaîtront à coup sûr.
Quelle importance
Le sommet que nous avons atteint,
Puisque loin en dessous
De nous s’étend la plaine aride ?
──────────────────────────────────────────────────────────────────────
Margaret B. Peeke
Ma rencontre avec
Abdu’l-Baha
en 1899
my visit to Abbas-Effendi
in 1899
traduction
Pierre Spierckel
2025
Margaret B. Peeke
Extrait d’une tablette adressée à Margaret B. Peeke,
12 mai 1908 :
Ô toi, fille du Royaume !
* Imprime le récit que tu as écrit de ton voyage à Acre et diffuse-le.
Extrait d’une tablette adressée à son fils dévoué et
collaborateur, E. C . B . Peeke, 12 novembre 1909 :
Ô toi souvenir de cette fille du Royaume !
Recueille les traces de la plume de ta mère,
afin qu’elles subsistent après elle.
EN SOUVENIR AFFECTUEUX DE
MARGARET B . PEEKE
ET DE
MON MARI BIEN-AIMÉ,
E . C . B. PEEKE.
Dr Pauline Barton-Peeke.
Il y a dix ans, moins d’une centaine d’anglophones étaient disciples
du Báb. Quelques Persans et d’autres Orientaux, ainsi qu’une poignée
d’Européens étaient ses seuls disciples. Aujourd’hui, Ils sont innombrables, sur la terre entière, comme disciples d’Abbas-Effendi. Le lecteur demande : « Qui est Abbas-Effendi ? » et parfois quelqu’un qui
sait lui répondra : « C’est le chef de la « nouvelle religion » qui envahit
le monde aussi silencieusement mais inéluctablement que le jour succède à l’aube. Il est d’une noble famille persane et son influence, ses enseignements, s’étendent sur la terre du nord au sud et de l’est à l’ouest. »
Le professeur Edward G. Browne de l’université de Cambridge
où il occupe la chaire de littérature et de langue persanes, ayant eu vent
de cette « nouvelle religion » partit en Perse pour voir par lui-même de
quoi il retournait. C’est là qu’il se tourna vers Abbas-Effendi, et l’année
suivante, il le rencontra et en obtint les informations qui lui permirent
d’écrire le livre intitulé Récit d’un voyageur. C’est ainsi qu’Abbas-Effendi fut connu par les anglophones du monde qu’aujourd’hui de nombreux disciples l’aiment. Prisonnier du sultan de Turquie il ne peut
sortir des frontières de la Syrie et demeure dans la célèbre ville d’Acre,
sur les rives de la Méditerranée, où il vit reclus dans la simplicité.
C’est le dernier jour de l’année 1898, que l’auteur embarqua à New
York à bord de l’« Aller », destination l’Orient via Gibraltar. Ce voyage
n’était pas motivé par le plaisir, la santé ou le tourisme, mais par la recherche
d’un certain savoir qui nécessitait d’entrer en contact avec toutes les formes
de croyance. Il s’agissait d’apprendre de certaines des périodes mystiques
particulières à l’Orient les connaissances pratiques qui sont censées y être
comprises et appliquées, mais aussi de se familiariser avec les coutumes de
ces anciennes sectes qui semblent remonter à des temps immémoriaux.
Avant le départ un ami me demanda : « N’oublie pas d’aller à Acre ;
vois si Abbas-Effendi existe vraiment et rapporte-nous un compte rendu
fiable d’un point de vue américain ». Le sourire par lequel je lui répondis aurait montré à l’observateur le plus distrait qu’il n’était pas question
de faire quoi que ce soit de ce genre. En effet, à ce moment-là, ce sujet
m’intéressait moins que tout autre. J’avais lu Récit d’un voyageur avec le
désir de connaître l’histoire du mouvement, mais sans la moindre sympathie et sans grand intérêt pour les enseignements baha’is. J’avais rencontré certains de ses représentants dans mon pays et, plutôt qu’impressionnée par eux, j’avais ressenti une certaine aversion à leur égard.
Au cours des dix jours suivants du voyage, le sujet me revint sans
cesse à l’esprit et, peu à peu, mon attitude mentale changea ; l’indifférence
fit place à la curiosité, la curiosité se transforma en intérêt, l’impossible
devint possible et le possible probable, jusqu’à ce qu’en arrivant à Gibraltar, je changeai d’itinéraire pour passer par Acre et Abbas-Effendi. À
mon arrivée en Égypte, j’écrivis une lettre à un ami en Amérique pour
lui demander des lettres de recommandation à des personnes au Caire
qui pourraient m’aider à rencontrer certains des principaux baha’is.
Après trois semaines de voyage sur le Nil, je revins au Caire et trouvai
les lettres souhaitées ; c’est grâce à elles que j’ai pu rendre visite à Abbas-Effendi. C’est ici, au Caire, que je rencontrai un homme surnommé « l’Arabe
savant », qui me donna en deux ou trois heures toutes les informations relatives au mouvement bahá’í et m’assura un entretien avec « le Chef à Acre ».
(C’est uniquement parce que très peu de choses ont été écrites d’un
point de vue extérieur qu’il m’a semblé nécessaire de rédiger ce compte rendu.)
Après avoir visité Baalbec et apprécié Damas je me préparai à me
rendre à Acre. À Beyrouth un dirigeant baha’i bien connu me rendit visite. Sa
présence me toucha plus profondément encore que celle de « l’Arabe savant ».
Nous quittâmes Beyrouth le 9 mars et, longeant la côte méditerranéenne, campant la nuit sous des tentes, passant par les vieilles villes de Try
et de Sidon, par le mont Carmel solitaire et par les plaines qui s’étendent entre
Beyrouth et Acre, nous approchâmes de l’ancienne ville, but de notre voyage,
le dimanche suivant. À mesure que nous en approchions, sa fabuleuse histoire commença à se dérouler sous nos yeux et je pris conscience de ce fait
étrange : Depuis la préhistoire cette ville a été un lieu de conflit. Serait-ce
une partie du plan divin que la foi chrétienne y fut fondée ? Y avait-il alors
une raison pour leur revendication à l’époque ? Une croyance aurait-elle
pu alors s’emparer du peuple, comme cela s’est produit, et se répandre dans
tous les pays, rencontrant nécessairement une forte opposition et s’avérant
être encore plus importante que ce que le monde imagine aujourd’hui ?
Dans un lointain passé ce port s’appelait Acre et nous n’en savons pas plus.
Puis Ptolémée vint d’Égypte pour s’emparer de cette ville irrésistiblement
grandiose, magnifique. Quelques ruines de cette époque existent encore et
prouvent la véracité de l’histoire. Puis les Sarrasins, fous à l’idée qu’une puissance étrangère détienne cette porte sur la mer, décidèrent de la conquérir
et la conservèrent jusqu’au début du XIIe siècle. Ils en furent chassés par
les croisés d’Angleterre et de France, sous Richard et Philippe qui, animés d’un zèle ardent pour sauver des infidèles la terre sacrée, sacrifièrent
un grand nombre d’hommes pour sa conquête. La ville fut alors appelée
Saint-Jean-d’Acre et resta aux mains de ces croyants pendant un siècle.
L’encyclopédie Brittanica accorde peu d’importance à la ville
d’Acre bien qu’elle ait été le théâtre de certains des événements les
plus marquants de l’histoire, notamment des batailles au cours desquelles des centaines de milliers d’hommes étaient tués. Après plusieurs siècles encore, si l’on se rend aujourd’hui dans les plaines autour
d’Acre, on dit qu’il suffit de creuser avec les doigts la terre de quelques
centimètres, pour trouver des ossements humains. Le pays est littéralement jonché d’ossements humains, ce qui confirme le fait qu’à cette
époque la vie humaine avait moins de valeur que les idées religieuses.
On peut comprendre qu’après un siècle de domination étrangère l’esprit oriental devint de plus en plus rebelle et les habitants finirent par se soulever, se battre et finalement reconquirent la ville. Kà
commença son déclin et, depuis, elle connut différentes occupations.
Même Napoléon ne sut résister au désir de soumettre Acre et de la posséder, mais, après un siège de soixante jours, il fut contraint d’y renoncer.
Pendant ce monologue, nous nous étions approchés de cette ville
merveilleuse et le soleil de l’après-midi frôlait l’horizon lorsque nous
aperçûmes Acre pour la première fois. À gauche se trouvait un imposant
ensemble de bâtiments blancs, plus somptueux que tous ceux que nous
avions vus en Syrie, entourés de grands murs et de jardins ombragés de
beaux arbres ; à droite s’étendait la ville fortifiée d’Acre avec ses résidences
et, dans la périphérie, ses orangeraies. Quelque chose semblait dire : « C’est
ici que BAHA’O’LLAH a vécu », et cela s’est avéré être le cas, mais elle était
fermée. Le chef actuel réside dans la maison d’un pacha dans la ville. À
quatre heures, nos tentes furent dressées à l’extérieur des murs et un messager fut envoyé demander si Abbas-Effendi accepterait de recevoir ceux
qui n’étaient pas de sa religion. Nous n’avons pas eu à attendre longtemps,
peut-être une demi-heure, mais quel suspense ! Si nous avions su ce que
nous savons maintenant, des lettres auraient été envoyées d’Égypte pour
prendre rendez-vous avant notre arrivée. Le messager revint avec la
réponse qu’une audience nous serait accordée ce soir-là à huit heures.
Il n’y a qu’en Orient qu’on pouvait comprendre ce que signifiait
cette rencontre.
La nuit était très sombre ; nous étions accompagnés par notre
propre guide et interprète, un soldat et un homme portant une lanterne. Tandis que nous nous frayions un chemin dans les rues étroites,
des hommes en groupes nous observaient, debout sous les arcades
qui débouchaient sur une cour où se trouvaient de nombreux soldats.
Tous nous saluèrent lorsque nous passâmes devant eux pour accéder à
un long escalier construit à l’extérieur de la maison. Nous sentions que
cette nuit merveilleuse resterait à jamais gravée dans nos mémoires.
« Vous ne pouvez pas entrer », dit l’un de ces soldats à notre fidèle
guide qui ne nous avait jamais quittés depuis qu’il était à notre service.
« Je resterai près de la porte », répondit-il docilement, tout en nous
suivant dans le long escalier qui menait à la porte de la salle d’audience.
La porte qui s’ouvrit pour nous laisser entrer en présence de l’homme
qui est aujourd’hui l’une des figures marquantes du monde, révéla une
longue pièce nue, meublée de façon spartiate. En y entrant, les visiteurs amé-
ricains furent assis près de la porte, avec des dames et des soldats, convertis
de la religion musulmane à la foi chrétienne. De l’autre côté de cette longue
pièce, nous avons vu une silhouette se lever et s’avancer à notre rencontre.
Son mouvement était presque fluide, tant il était doux, et alors
qu’il s’approchait, nous avons remarqué la tunique couleur gris souris qu’il
portait avec un turban assorti, et nous nous sommes retrouvés face à celui qui était la personnification même de la douceur et de la sérénité, et
néanmoins, une dignité sublime reposait sur lui, que nous n’avions jamais
vue chez d’autres personnes de la même confession, aussi inhabituelles
fussent-elles. Il s’approcha, les mains tendues, comme s’il rencontrait des
amis et des disciples, nous conduisit vers des sièges à l’extrémité supérieure
de la longue pièce, nous invitant à nous asseoir à sa droite. Il commanda
du thé, qui fut servi sur de petites tables rondes placées devant chacun
d’entre nous, puis il nous offrit une tasse de thé parfumé. Pour autant que
nous puissions le constater, aucun regard n’avait été dirigé vers nous, bien
que les visiteurs américains, sachant que je n’étais pas une croyante, observaient avec un vif intérêt la gentillesse et la courtoisie dont Abbas-Effendi faisait preuve à mon égard. Nous étions venus prêts à entendre l’histoire du Bäb, précurseur de la Grande Manifestation, les souffrances des
martyrs, de son long emprisonnement, ainsi que celui de son père avant
lui ; mais à notre grand étonnement, il commença à parler du « Grand
Architecte de l’Univers et des lois de la création et de la préservation et,
pour la première fois, il leva les yeux lorsqu’une question lui fut posée,
y répondant en restant fidèle à la même ligne de pensée. Je ne trouvais
aucune question à poser sur le sujet le plus important de tous : sa place
dans l’histoire et l’accomplissement des prophéties. Nos connaissances
étaient absolument nulles ; nous avons fouillé dans nos souvenirs à la recherche d’un indice dans le livre du professeur Browne qui pourrait nous
aider à sortir de notre dilemme, mais rien ne nous est venu, et, comme
pour répondre à cet état d’esprit, il a complètement évité toute allusion
à son propre travail ou à la signification de la manifestation de son Père.
En regardant autour de nous pendant que nous buvions notre thé,
quelle ne fut pas notre surprise de découvrir notre guide, Joseph, assis sagement près de la porte, le visage impassible d’un sphinx. Abbas-Effendi le
remarqua également, lui fit signe de s’approcher et le plaça à sa gauche, lui
disant en arabe qu’il serait heureux de l’avoir comme assistant interprète.
Une tasse de thé fut également apportée à Joseph. La conversation se poursuivit sur l’Être divin, qui depuis le commencement, lorsque les étoiles
furent mises à leur place, jusqu’à l’époque actuelle, n’avait jamais changé
un détail de ce qui était son plan. Les mondes, les empires, les hommes et
les anges avaient tous leur place, attribuée depuis le plan idéal, formé pour
la première fois dans l’Esprit de Dieu. Il n’y avait eu aucune erreur, aucune
régression. Les âges écoulés, l’homme a pu voir ce qui avait été accompli et
comprendre qu’il n’y avait aucune possibilité de contrecarrer même la plus
petite fraction de la Loi. Les grandes nations du passé avaient accompli la
petite partie qui leur incombait et le rôle qu’elles avaient joué dans la tapisserie de la Vie n’aurait jamais pu être accompli par aucun autre peuple.
Tant que le monde était soumis à la Loi du minéral, il ne pouvait
connaître Dieu que tel qu’il le voyait dans le visage de la pierre, mais, au fil
des siècles et des éons, s’éveilla chez l’homme, créature pensante, le roi de
ses créatures, le sentiment qu’il avait un lien avec cet Être, qui tenait dans sa
main le soleil, la lune et les étoiles. C’est alors que la première Manifestation
de Dieu (dont on ait mémoire) fut vue dans Moïse sur la montagne, et que
la Loi fut reçue du Buisson-ardent. Puis vinrent les Prophètes, inspirés par
l’Esprit, annonçant ce qui devait arriver dans les « derniers jours ». Il restait
beaucoup de choses qui ne pouvaient être expliquées, même après la venue
de Jésus-Christ, qui, par son œuvre, avait accompli une grande partie de ce
qui était achevé. À chaque nouvelle Révélation, la relation de l’homme avec
la Cause première devint plus claire, jusqu’à ce que le moment approche où
les lieux obscurs seraient transformés en Lumière, et l’inconnu compris.
Lorsque le bord d’une nouvelle lune apparaît nous penserions, si nous
ne l’avions jamais vu auparavant, qu’elle ne pourrait être plus grande,
mais nuit après nuit, elle passe du croissant à la lune gibbeuse, puis
à la pleine lune. De même, la Lumière de la vérité est venue progressivement, et lorsque la plénitude de l’ensemble pourra être vue, ce sera la
même lumière qui s’est manifestée dans le croissant, dans la lune gibbeuse et dans la pleine lune, différant seulement par son intensité.
À dix heures, nous nous levâmes pour prendre congé, et tout en remerciant notre hôte pour sa gentillesse de nous avoir accordé un entretien
aussi long, il dit d’une voix grave mais autoritaire, à laquelle personne n’aurait
songé à résister : « Je serai heureux de vous revoir demain matin à neuf heures. »
Étions-nous en train de rêver ? Allions-nous avoir la chance d’avoir un
autre entretien ? En sortant dans l’obscurité, pour être raccompagnés à
nos tentes, nous ressentîmes un grand intérêt pour cette merveilleuse
personnalité, si douce, mais si majestueuse, autoritaire, mais si humble.
En retraçant nos pas à travers les mêmes arcades et les mêmes cours qu’auparavant, nous trouvâmes les soldats du sultan, assis sur les murs surplombant nos tentes, surveillant manifestement nos mouvements. Ils jouaient
sur des instruments de leur pays, une musique douce, sensuelle, rêveuse, qui
semblait appartenir à la nuit solitaire et belle, à cet endroit pittoresque et à
nos nouvelles expériences. Le ciel de Syrie est d’un bleu intense ; les étoiles
semblent très proches ; la poésie respire dans chaque brise ; et lorsque nous
sommes finalement entrés dans nos tentes et les avons fermées, nous nous
assîmes sur nos lits en poussant un soupir de plaisir, ou de désir religieux
et de ferveur. « Tu sais, E*** », ai-je fini par dire, « je suis surprise et très
impressionnée ; qui aurait pu imaginer qu’Abbas-Effendi serait comme
ça ? Penses-y ! Nous avons parlé pendant deux bonnes heures et il n’a pas
une seule fois évoqué ces sujets qui, selon toute attente, devaient le préoccuper complètement. Où pourrions-nous trouver, dans toute l’Amérique,
un homme dévoué à une seule cause et qui, lorsqu’il rencontre un étranger,
parle pendant des heures sans jamais en faire mention ? Il n’a même pas
demandé si le Mouvement progressait dans notre pays ; il n’a posé aucune
question sur l’enseignant qui l’avait fait connaître pour la première fois là-
bas ; le plus étonnant de tout est qu’il n’a pas essayé de nous dire à quel point
ce Mouvement était supérieur à toutes les autres religions, ni parlé de son
Père, la Grande Manifestation, ni de lui-même en tant que représentant de
son Père. On ne peut que s’émerveiller devant la grandeur de sa connaissance universelle, la douceur de son caractère, la majesté de son humilité.
Avant rencontre le lendemain matin, mon amie, pensant que ce serait une bonne occasion de voir le palais de la Grande Manifestation, emmena un accompagnateur à cheval et se mit en route pour
le palais, prévoyant de me retrouver plus tard dans la pièce où nous
avions rencontré Abbas-Effendi lors de notre première entrevue.
Il n’était pas encore arrivé, mais nous avons retrouvé nos amis
et certaines des dames que nous avions vues la veille au soir, et tandis que nous discutions ensemble, Abbas-Effendi s’est approché de
nous. En un instant, tous les bruits se turent, comme en présence
d’une personne divine. Il tenait dans sa main trois tiges d’héliotrope
et m’en offrit deux, gardant la troisième dans sa main tandis qu’il
me conduisait à la même place qu’il m’avait donnée la veille au soir.
« Je voudrais commencer par la dernière question que vous m’avez posée »,
dit-il dès que nous fûmes assis. « J’aurais dû y répondre de manière un peu
plus complète. » Il reprit alors là où il s’était arrêté, continuant comme lors
de notre première conversation jusqu’à midi. Puis mon amie entra, et il lui
tendit la troisième fleur. Il nous dit adieu et nous donna à chacune un pré-
cieux message qui restera gravé dans notre mémoire aussi longtemps que
nous vivrons. Ce fut l’apogée de notre quête sur cette nouvelle secte peu
connue dans notre pays, mais que beaucoup considèrent comme le signe
de la pleine lune que rien ne peut dépasser, comme un résumé des messages des Avatars de l’espèce humaine, comme une bénédiction pour l’humanité. Nous avons senti que nous avions vu ce qu’il y avait de plus grand à
connaître sur terre à notre époque, et même si nous ne croyions pas toutes
les affirmations de ses disciples, nous avions certainement eu la chance de
le rencontrer. Nous sommes allés à Jéricho, à Jérusalem et dans les lieux
liés à la vie terrestre de Jésus-Christ, et ne pensant plus guère à la scène que
nous avions laissée à Acre. Ce n’est que sur le pont du vapeur, naviguant vers
Marseille, que nous commençâmes à réfléchir à la doctrine baha’ie. Nous
avons lu La vie d’Abbas-Effendi (un ouvrage récent de M. Phelps, de New
York) qui impressionne le lecteur par la description de la vie quotidienne
de cet homme, qui a sa place dans l’histoire religieuse de ce nouveau cycle.
Depuis le jour où je l’ai rencontré à Acre, il n’a cessé de croître dans
mon esprit comme quelqu’un qui est une figure de proue du progrès religieux. La correspondance avec lui qui suivit s’est étendue sur une période
de sept ans ; la vérité de ses affirmations et de ses enseignements repose sur
des fondements qui ne peuvent être renversés par une simple opinion humaine. Si la révélation bahá’íe reposait sur un credo, elle pourrait échouer,
mais il s’agit de « vivre la vie », c’est l’accomplissement de la vie du Christ qui
commença à Nazareth il y a deux mille ans. Elle est venue alors que toutes les
nations attendaient l’apparition de Celui dont la venue avait été prophétisée.
Enfin, elle est apparue en Orient, et malgré les tortures infligées à ses disciples, sa Lumière s’est répandue en Occident avec une rapidité sans pareille.
Cela ne peut laisser indifférent quiconque réfléchit à la tendance spirituelle
des événements, étudie l’histoire, sait que l’espèce humaine n’a pas encore atteint sa maturité et s’interroge sur la signification de ce mouvement qui s’est
répandu aujourd’hui dans tous les pays, sans soutien de la presse, sans mé-
thode de propagande, sans la renommée de grandes œuvres, mais simplement par la vie de ses membres et, plus que tout, par la vie d’Abbas-Effendi, qui
a pris le rang du « Centre de l’Alliance » (Abdul-Baha, le serviteur de Dieu).
Il n’y avait rien dans la pièce nue où ce « Centre » nous a reçus, ni dans aucune
tentative d’exhiber des pouvoirs miraculeux ou de guérison pour prouver
la vérité de sa position. Il n’a même pas mentionné la Grande Manifestation qu’il représente, en qui ses espoirs et son adoration sont centrés, mais
avec les mots les plus simples, , d’un point de vue merveilleusement impersonnel, il a expliqué la révélation de Dieu dans la nature et dans l’homme.
Ne souhaitait-il pas que nous croyions en ce qui était pour lui de la plus
grande importance, et pour quoi des milliers de personnes sont mortes
après avoir subi les tortures les plus cruelles ? Était-ce indifférent que
nous ramenions en Amérique le témoignage d’un œil extérieur affirmant
que cette vérité selon laquelle l’Avatar du vingtième siècle est réellement
venu accomplir les prophéties jamais encore réalisées ? Avec le calme de
celui qui peut se permettre d’attendre les résultats, et avec l’humilité de
celui qui connaît sa place dans l’œuvre, tant dans ce monde que dans
l’invisible (le monde de la Cause), il ne fit aucun effort pour convaincre
ou influencer ses auditeurs. Tout cela, cependant, ne m’est pas venu
immédiatement à l’esprit, mais est le résultat des années qui se sont
écoulées entre ce jour à Acre et celui où j’écris ces impressions qui m’ont
été demandées. En pensant au temps généreux qu’il m’avait consacré,
j’ai senti que je devais lui écrire une lettre pour lui exprimer ma gratitude
et ma reconnaissance, ce que j’ai fait pendant le trajet entre Alexandrie et
Marseille ; puis j’ai chassé ce sujet de mon esprit. J’avais pris soin de la
fleur qu’il m’avait donnée et je l’avais pressée, l’apportant à ceux qui
apprécieraient et chériraient tout ce que ses mains avaient touché. À mon
retour à New York, de nombreux baha’is m’ont appelé pour connaître
mon impression sur cette visite, ma visite, mais je ne pouvais que
répondre qu’il m’était impossible de formuler avec des mots l’effet
qu’elle avait eu sur moi, car j’y étais allée sans rien pré- parer, si ce n’est
faire un rapport à mon cher ami pour lui dire que j’avais trouvé Abbas-
Eifendi à Acre, un homme très humble et très grand, grand par son
universalité et parfait dans son humilité. Un jour, une lettre ex- quise
écrite en persan, avec une traduction en anglais, m’est parvenue et, en
lisant ces mots qui ont vibré en moi comme la musique d’un grand
orgue, je n’avais jamais rien ressenti de semblable auparavant et je ne
pou- vais comprendre la puissance qui pouvait traverser les mers et les
océans et me donner un tel sentiment de proximité et de désir spirituel.
Depuis ce moment jusqu’à aujourd’hui, Abbas-Effendi, ou « Abdul-Baha
», a été pour moi un mystère toujours plus grand, ses lettres sont remplies
d’un esprit si grand et si saint qu’on ne peut trouver l’équivalent que
dans les épîtres du Nouveau Testament. Ce n’est que maintenant que je
peux analyser ce sentiment qui s’est si profondément enraciné dans mon
—
cœur et mon âme. — — —
À Acre, sur les rives de la Méditerranée, vit un homme qui est au centre
des pensées de tous les pays, que les nobles, les grands, les riches, se ré-
jouissent de rencontrer, ne serait-ce qu’un jour. Il est un réconfort
pour les pauvres et les malheureux et un guérisseur pour les malades.
Sa demeure est une prison, où il a été placé en raison de son influence redoutée sur le peuple de ce pays. Il jouit de la liberté de circuler en ville et,
par la grâce de Dieu, le sultan de Turquie lui a maintenant donné la permission de visiter le lieu de repos sacré de son père, juste à l’extérieur de la ville
d’Acre. Il passe beaucoup de temps à écrire des tablettes à ses disciples et à
préparer, pour une future diffusion, les merveilleuses paroles de son père. Il
ne s’accorde jamais le moindre des conforts que l’ouvrier américain moyen
considérerait comme une nécessité. Il ne possède pas deux vêtements, car
il donne quotidiennement aux pauvres, partageant souvent son repas et celui de sa famille avec un homme, une femme ou une famille affamés. Il dort
peu et reste éveillé à toute heure pour écrire, prier ou instruire un dévoué
qui s’apprête à partir pour un pays étranger. Il ne parle ni ne pense jamais
à lui-même, la seule pensée et le seul but de sa vie sont d’accomplir le travail qu’il est venu accomplir. Les meilleurs exposants de cette révélation se
trouvent dans le pays où ils ont été appelés à subir le martyre pour leur foi.
« Croyez-vous qu’Abdul-Baha est celui qui doit accomplir la seconde venue
du Christ ? » me demandent beaucoup de gens, et je réponds : « Il m’a souvent écrit dans ses lettres au sujet du Christ, exprimant plus d’amour et avec
plus de révérence que nous, qui sommes disciples de Jésus depuis des gé-
nérations, mais Abbas-Effendi ne revendique rien de tel pour lui-même. »
Depuis que la première histoire de l’humanité a été racontée dans la Bible,
un Avatar est toujours venu au début de chaque cycle de deux mille ans, et
depuis plusieurs décennies, il a été prédit qu’un autre changement cyclique
est survenu et que le prochain représentant zodiacal devrait lors apparaître.
La venue d’un Avatar n’a pas été attendue dans un seul pays, mais dans tous
les pays ; parmi les prophètes des Indiens de l’Ouest, ainsi que dans les pays
où le principal objectif de la vie est d’étudier en profondeur les prophéties
de tous les différents livres sacrés. Partout, dans les prédictions de tous les
livres sacrés, le moment a été fixé pour cette Grande Apparition : maintenant.
Vous me demandez si cela est vrai, comment et par quels signes allons-nous
le reconnaître quand il viendra ? La richesse et la magnificence peuventelles être le symbole extérieur de la Manifestation de Dieu ? Il y a eu dans le
passé la richesse des Indes et celle de Crésus, mais rien ne prouve leur divinité. Serait-ce par le don de guérir ? Le grand Médecin était le guérisseur du
corps et de l’âme. ; aurait-ce été par des dons prophétiques et des miracles ?
Aucun de ces signes n’a jamais prouvé la divinité. Ne serait-ce pas alors par
l’accomplissement des prophéties, quelque chose de différent de l’ordinaire,
et qui aurait pourtant le même rapport avec les anciennes dispensations
que, par exemple, le rapport de la pleine lune avec le mince croissant ?
Si, comme à l’époque où Jésus parcourait la Galilée, n’y avait pas aujourd’hui de télégraphe ni de presse pour diffuser dans tous les pays la
nouvelle de chaque événement, nous n’aurions jamais connu cette Manifestation et il faudrait maintenant, comme à l’époque, qu’elle se propage
de bouche à oreille, jusqu’à ce que le monde connaisse la joie de ce jour.
Je suis allé là-bas pour faire plaisir à un ami ; je ne savais rien de
cette Vérité qui imprègne désormais mon être à un point qui me surprend moi-même. Ayant constaté l’incapacité des croyances à rendre la
vie belle et pratique, j’avoue que la croyance en cette nouvelle religion, issue du christianisme de jadis, n’avait alors pour moi aucune importance.
Le plaisir de raconter cette histoire à ceux qui m’ont interrogé sur ma
visite à Acre me réjouit lorsqu’ils ressentent une vague de chaleur dans
leur cœur envers cet homme dont je parle. Il enseigne une doctrine qui
conduit ses disciples parmi les pauvres et les malades, même au péril de
leur vie, leur faisant oublier leur ego. Leur foi et le nouveau « Nom » ne
sont qu’un autre murmure de l’âme à son Père. Ils ne croient pas aveuglément. Une fois qu’ils ont essayé les enseignements par eux-mêmes
et ont trouvé une délivrance soudaine et sûre, il n’est pas nécessaire
que je dise aux baha’is d’être « fermes, inébranlables, toujours productifs dans les œuvres du Seigneur ». Il n’est pas nécessaire de connaître
la gloire de la nouvelle lune pour savoir que la pleine lune est arrivée.
Je suis allé là-bas pour faire plaisir à un ami ; je ne savais rien de
cette Vérité qui imprègne désormais mon être à un point qui me surprend moi-même. Ayant constaté l’incapacité des croyances à rendre la
vie belle et pratique, j’avoue que la croyance en cette nouvelle religion, issue du christianisme de jadis, n’avait alors pour moi aucune importance.
Le plaisir de raconter cette histoire à ceux qui m’ont interrogé sur ma
visite à Acre me réjouit lorsqu’ils ressentent une vague de chaleur dans
leur cœur envers cet homme dont je parle. Il enseigne une doctrine qui
conduit ses disciples parmi les pauvres et les malades, même au péril de
leur vie, leur faisant oublier leur ego. Leur foi et le nouveau « Nom » ne
sont qu’un autre murmure de l’âme à son Père. Ils ne croient pas aveuglément. Une fois qu’ils ont essayé les enseignements par eux-mêmes
et ont trouvé une délivrance soudaine et sûre, il n’est pas nécessaire
que je dise aux baha’is d’être « fermes, inébranlables, toujours productifs dans les œuvres du Seigneur ». Il n’est pas nécessaire de connaître
la gloire de la nouvelle lune pour savoir que la pleine lune est arrivée.
UN PAS AU-DELÀ.
Margaret B. Peeke.
Que mon avenir sera sombre ou radieux,
Je ne le sais pas,
Je demande seulement assez de lumière
Tant que je suis ici-bas,
Toujours un pas de plus pour voir clairement,
Sachant qu’alors
Le prochain pas viendra à moi.
Qu’importe si mes amis les plus chers
Sont appelés ailleurs
Pour remplir une autre sphère ?
Eux et moi
Faisons partie d’un grand dessein,
La croissance éternelle
De l’être humain.
Quelle différence cela peut-il faire pour vous ou moi
Que ce soit dans ce
Monde ou dans l’éternité
Que se déroulent les prochaines années ?
Plus proches de Dieu en nous efforçant de grandir,
Sans regarder en arrière vers les choses d’ici-bas,
Mais vers le haut, toujours attentifs à la volonté divine.
Tout ce qui est bon restera avec nous ;
Les fausses doctrines,
Même justes en apparence, disparaîtront à coup sûr.
Quelle importance
Le sommet que nous avons atteint,
Puisque loin en dessous
De nous s’étend la plaine aride ?
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