Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Pierre Daoust, Reflexions intimes sur le Kitab-i-Aqdas, bahai-library.com.
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Réflexions 1
Réflexions 3
Réflexions intimes sur
le Kitáb-i-Aqdas
Pierre Daoust
2022/179 E.B.
Réflexions 5
Avant -propos
Pourquoi intimes ? Parce qu'elles sont tout à fait personnelles et
ne font que traduire ce que j'ai ressenti en épluchant le Kitáb-i-
Aqdas. Ce petit recueil n'a absolument pas la prétention d'avoir
sondé toute sa profondeur. Une des raisons qui m'ont poussé à
l'écrire est que j'ai constaté que bien peu d'amis bahá'ís l'ont lu ou
même que certains s'en méfient. Pourtant c'est le Livre le plus important de Bahá’u’lláh.
Ce que je souhaite offrir, c'est une sorte de voyage dans un domaine aux multiples paysages, qui donnera l'envie à d'autres de le
lire et d'être eux aussi touchés par sa profondeur, sa sagesse, sa
beauté et finalement de l'aimer et de s'y référer chaque fois que
nécessaire.
Bien sûr, on ne peut qu'être touché par tous les Écrits de
Bahá’u’lláh, mais l'Aqdas a un je-ne-sais-quoi de particulier. Je
désire aussi laisser une sorte de témoignage de ce que quelqu'un
du vingt-et-unième siècle y a découvert, car il est clair que les gé-
nérations futures -au fur et à mesure que se développera la communauté mondiale bahá'íe et qu'avancera la civilisation- en comprendront encore mieux les implications et la pertinence.
Intime aussi parce que j'ai vraiment envie de partager tout ce que
l'Aqdas m'inspire avec d'autres. En tant que « ami bahá'í », cela
me semble tout naturel.
Une de mes opinions, que beaucoup contesteront, est que certains
versets sont d'une portée générale, même s'ils sont révélés dans un
contexte particulier, et donc j'y fait référence, même hors contexte.
Une lecture superficielle de l'Aqdas montrera un ensemble de paragraphes disparates.
Mon point de vue est que si l'on prend un peu de hauteur, il devient facile de distinguer et séparer ce qui est lois de tout le reste
qui apparaît alors dans un schéma logique et c'est aussi ce que
j'essaie de montrer dans ce petit essai.
Bref, c'est à cœur ouvert que je vous livre mes quelques ré-
flexions.
Qu'il soit cependant clair que je parle essentiellement du Kitáb-i-
Aqdas, car s'il fallait analyser tous les autres Écrits, une vie entière ne suffirait pas. Et un dernier point : oui, j'ai retouché certaines traductions car je les estimais incorrectes. Pour les chatouilleux, le texte anglais est facilement accessible.
**************
Réflexions 7
Réflexions
Les références sont notées comme suit :
K : Paragraphe dans le texte même du Kitáb-i-Aqdas
Q : Questions et Réponses dans l'édition du Kitáb-i-Aqdas 1992
N : Notes dans la même édition
P : Préface de la même édition
I : Introduction de la même édition
Parmi tous les Écrits de Bahá’u’lláh, il y a d'innombrables Odes,
Sourates, Tablettes (ou Épîtres), et quatre 'Livres' : le Kitáb-i-Íqán
(Livre de la Certitude), le Kitáb-i-‘Ahd (Livre de l'Alliance), le
Kitáb-i-Badí (Livre de Badí) et le Kitáb-i-Aqdas (Livre le Plus
Saint).
La genèse de l'Aqdas est difficile à retracer. Mais le point de dé-
part est explicité dans le paragraphe 98 (je m'étonne d'ailleurs que
ce ne soit pas le premier paragraphe, ce qui pose déjà le problème
de la chronologie des versets) :
« Diverses pétitions sont arrivées devant Notre trône de la
part des croyants, concernant les lois de Dieu, le Seigneur
du visible et de l'invisible, le Seigneur de tous les mondes.
Nous avons, en conséquence, révélé cette Sainte Tablette
et y avons déployé le manteau de Ses Lois afin que par
bonheur le peuple puisse conserver les commandements de
son Seigneur. Des requêtes similaires nous ont été faites au
cours de plusieurs années précédentes mais Nous avions,
en notre sagesse, retenu Notre Plume, jusqu'à ce que, dans
les jours récents, des lettres arrivent d'un certain nombre
d'amis, et Nous avons dès lors répondu, par le pouvoir de
la vérité, avec ce qui animera les cœurs des humains. »
Quand Shoghi Effendi parle de l'Aqdas, voici ce qu'il en dit : « [il]
peut bien être considéré comme la plus brillante émanation de
l'esprit de Bahá’u’lláh, comme le Livre Mère de Sa Dispensation,
et la Charte de Son nouvel Ordre Mondial »1. Et quand on sait
dans quelles conditions il a été révélé, il y a effectivement de quoi
être étonné, et encore, le mot est faible.
Bahá’u’lláh Lui-même écrit : « Par Ma vie ! Il a été envoyé d'une
manière qui stupéfie l'esprit de l'homme. Il est vraiment mon té-
moignage le plus puissant pour toute l'humanité, et la preuve du
Très Miséricordieux pour tous ceux qui sont au ciel et tous ceux
qui sont sur terre »2. Si l'on doutait encore un instant de la légitimité de Bahá’u’lláh, en voici donc la preuve et le témoignage irré-
futables, et c'est vrai qu'en l'étudiant de près on ne peut trouver aucun argument qui pourrait le démentir.
Certains bien sûr ont essayé : « Nous, vraiment, voyons parmi
vous celui qui s'empare du livre de Dieu et cite de lui des preuves
et des arguments par lesquels répudier son Seigneur... »3 mais aucun n'a réussi. Comment un simple esprit humain peut-il se battre
avec les Mots de Dieu ? Leur viendrait-il jamais à l'idée de mettre
en doute le Qur'án ?
Ce qui est surprenant, c'est non seulement la genèse de l'Aqdas
mais aussi sa concision. En à peine 490 versets (en y incluant la
8e Ishráq), Bahá’u’lláh exprime l'essence même de Sa Révélation.
D'ailleurs, Shoghi Effendi déclare que : « ...les implications de
1 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206
2 Bahá’u’lláh, cité par Shoghi Effendi dans Dieu Passe près de Nous, chap.
XII, p. 204
3 K 168
Réflexions 9
l'Aqdas et du Testament de ‘Abdu'l-Bahá, en tant que dépôts jumeaux des éléments constituants cette Souveraineté, sont trop profondes pour que cette génération puisse les comprendre et les apprécier pleinement. »4. Et s'il est vrai que le Qur'án est constitué
de 6.236 versets, -pour développer, détailler et expliquer ce que
contient l'Aqdas, Bahá’u’lláh a révélé pas moins d'environ
450.000 versets.5 Soit l'équivalent de 15 fois la Bible ou 70 fois le
Qur'án.6
Stupéfiant, oui c'est le mot ! Il me paraît donc normal de s'y inté-
resser de plus près, bien que « la majesté de ce qu'il décrit est
telle, et si considérable est la révélation de ses allusions voilées,
que les brides de la parole tremblent en essayant de les décrire »7.
Des allusions voilées qui font trembler ? En voilà un de mystère !
Raison de plus pour chercher... Il répète souvent : « Craignez
Dieu... ! », mais pourquoi ? N'est-Il pas Amour, Miséricorde ?
Qu'avons-nous à nous reprocher ? Eh bien, pour le savoir il faut
lire...l'Aqdas.
Bon, lire... Premier problème, l'Aqdas a été révélé en arabe. Il faut
dire que Bahá’u’lláh avait un intérêt particulier pour cette langue
qu'Il maîtrisait parfaitement, bien que persan d'origine. Voici ce
qu'Il en dit : « Il est aimé de Dieu que tous parlent en arabe, qui
est la plus riche et vaste de toutes les langues. Quiconque serait
conscient de la richesse et de l'étendue de cette langue perspicace, la choisirait comme langue de communication universelle.
La langue persane est belle, et dans cette Dispensation Dieu a
choisi de parler en deux langues : arabe et persan. Cependant, le
persan n'est pas aussi riche que l'arabe ; en fait toutes les langues
de la terre semblent limitées en comparaison avec l'arabe. Ce que
Nous avons mentionné ici est simplement ce qui est préférable.
4 Shoghi Effendi, L'Ordre Mondial de Bahá’u’lláh – considérations
supplémentaires.
5 Lights of Irfan, Volume 10, pages 349-350 Wilmette, IL: Irfan Colloquia
6 Voir Bahá'í News Service du 1er mai 2002
7 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206
Cependant Notre dessein est que les peuples de la terre choisissent une langue universelle parmi les langues parlées par toute
l'humanité. »8. (Je rappelle que l'arabe est une langue sémitique
utilisant le Naskh tandis que le persan est indo-européen et utilise
le Nastaliq, et que leur construction, grammaire et prononciation
sont donc différentes).
Heureusement Shoghi Effendi, traducteur de génie, en a traduit 21
passages en anglais, mais lui aussi, pour garder le ton majestueux
de l'arabe original, a utilisé des mots anciens, comme ceux que
l'on trouve dans la King James Bible et Shakespeare. Ceux qui en
ont achevé la traduction -académiciens travaillant en consultation
et au prix de plusieurs années de travail- s'en sont donc inspiré.
Inutile de vous dire combien une traduction française se révèle
donc un véritable casse-tête. Une grande partie de ce qui suit sera
donc consacrée à essayer d'y voir clair et de trouver les mots les
plus appropriés pour rendre à la fois la majesté, l'autorité et le
style poétique. Le but est « d'attirer les cœurs qui sont purs vers
ces mondes spirituels qui ne peuvent être exprimés en mots ni insinués par allusions »9. Raison de plus pour réciter les versets
« dans les plus mélodieux des tons »10. Mission quasi impossible...
Terminé vers la fin 1873, quoique Il ait ajouté la 8e Ishráq vers
1885, qui est tellement importante qu'Il la répète dans les Bisharát
(13ème) révélées probablement vers 1891, le Kitáb-i-Aqdas est
enfin rendu public auprès des amis persans après avoir attendu
quelque temps mais avec beaucoup de réserves en ce qui concerne
l'application des lois. Dans une tablette adressée à Mir 'Abdu'r-Rahim Qamsari vers Octobre-Novembre 1874, Bahá’u’lláh écrit :
« En prison, nous avons révélé un livre que nous avons intitulé le
Plus-Saint-Livre. Nous y avons promulgué des lois et l’avons orné
des commandements de ton Seigneur qui a autorité sur tous ceux
8 Cité en persan par Ali Akbar Furutan, Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá
(Dundas, Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies, 1992), pp.22-3.
9 K 116
10 Idem
Réflexions 11
qui sont dans les cieux et sur la terre. Dis : Saisis-le, ô
peuple, et observe ce qui, des préceptes remarquables de ton
Seigneur l’Indulgent, le Généreux, y est révélé. Ceci te profitera
en vérité dans ce monde et dans l’autre, et te purifiera de tout ce
qui ne te convient pas. ».11
Ensuite dans un nombre important de Tablettes réunies en un volume appelé Tablettes révélées après l'Aqdas, Bahá’u’lláh n'aura
de cesse d'expliciter ce qu'il contient en citant d'ailleurs des passages textuels de l'Aqdas lui-même. Il y fera référence dans plusieurs de ces Tablettes comme par exemple dans la Lawḥ-i-Dunyá
(révélée entre le 27 juin et début août 1891), les Ishraqát (8ème et
9ème, révélées le 21 août 1885), le Kitáb-i-‘Ahd (fin 1891) et la
Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají (date?).
Le passage dans la Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají est particulièrement remarquable : « Le Kitáb-i-Aqdas fut révélé de telle manière qu’il attire et englobe toutes les Dispensations divinement
désignées. Heureux qui le lit attentivement. Heureux qui le comprend. Heureux qui médite ses versets. Heureux qui réfléchit à sa
signification. Son champ est si vaste qu’il a enveloppé tous les humains avant même qu’ils ne le reconnaissent. Avant longtemps
son pouvoir souverain, son influence pénétrante et la grandeur de
sa puissance se manifesteront sur la terre. En vérité, ton Dieu est
l’Omniscient, l’Informé. »
(Si je me permets de dire simplement l'Aqdas, c'est parce que
Shoghi Effendi lui-même l'appelle ainsi).
Voici donc le Livre le plus important de Bahá’u’lláh, suivi de près
par le Kitáb-i-Íqán. Et curieusement, il est probablement le moins
lu et le moins étudié. Une bibliographie sommaire montre que plusieurs commentaires ont été publiés en persan sur quelques passages, en particulier parce que les Écrits en langue arabe -sur déci-
11 Bahá’u’lláh, Tablettes révélées après l'Aqdas, Autres Tablettes.
sion de Shoghi Effendi- ne peuvent être traduits en persan. 12 Des
chercheurs anglophones ont écrit des études intéressantes sur des
aspects particuliers du Livre, sur les lois bien sûr, mais aussi sa
structure et son style littéraire. En français, à part une introduction
au Livre et un essai sur sa poésie, rien. Or la première édition anglaise tout à fait officielle, publiée par le Centre mondial, date de
1992. La première traduction française de cette dernière date de
1996. Nous sommes en 2022...
Pourquoi donc ce désintérêt ? Il y a plusieurs raisons : certains le
considèrent comme un texte de lois applicables dans un futur lointain (pourtant Bahá’u’lláh dit bien : « Ne pensez pas que Nous
vous avons révélé un simple code de lois. »13). ; certains ont entendu qu'il s'y trouve des choses impensables : peine de mort (pourtant commuable en prison à perpétuité et dans des cas bien précis
sujets à législation par la Maison Universelle de Justice) ; interdiction de l'homosexualité ; des lois comme l'héritage en cas de mort
intestat qui donne priorité aux descendants mâles ; le fait que seul
des mâles sont éligibles à la Maison Universelle de Justice ; l'interdiction de l'alcool et des drogues ... bref, l'horreur totale ! Pourtant Bahá’u’lláh explique très clairement que ceux qui ont un minimum de jugeote comprendront « aisément »14 que tous les pré-
ceptes révélés le sont pour assurer l'ordre dans le monde et la sé-
curité des peuples15, éviter toute division et créer une sorte de fraternité et de respect mutuel entre tous les humains ; et puis il y a
ceux qui ne veulent même pas entendre prononcer le mot Kitáb-i-
Aqdas. Être bahá'í -ce qui implique la reconnaissance de
Bahá’u’lláh en tant que Manifestation de Dieu et obéir à ses lois16-
et refuser de lire son Livre le plus important, personnellement j'ai
du mal à comprendre où est la logique.
Il est tout à fait évident que certaines lois ne seront d'application
12 Lettre de la MUJ du 1er février 2018 à un croyant individuel.
13 K 5
14 K 2
15 K 2
16 K 1
Réflexions 13
que lorsque la Foi deviendra religion d'État, étape bien expliquée
par Shoghi Effendi :
« ... les mesures de précaution et défensives à élaborer, coordonner, et à mettre en exécution pour contrer la pleine force des attaques inéluctables que les efforts coordonnés des organisations
ecclésiastiques de diverses dénominations lanceront progressivement et poursuivront sans relâche ; et, enfin et surtout, les multiples problèmes qui doivent être affrontés, les obstacles qu'il faut
surmonter et les responsabilités qu'il faut assumer, pour permettre
à une Foi accablée de passer par les étapes successives :
1. d'obscurité absolue, de répression active et d'émancipation
complète,
2. conduisant à son tour à sa reconnaissance en tant que Foi
indépendante, jouissant d'un statut de totale égalité avec
ses religions sœurs,
3. suivie par son établissement et reconnaissance en tant que
Religion d'état,
4. qui à son tour doit faire place à sa prétention aux droits et
prérogatives associés à l'État bahá'í, fonctionnant dans la
plénitude de ses pouvoirs,
5. un stade qui doit en fin de compte culminer dans l'émergence de la Fédération bahá'íe mondiale, entièrement animée par l'esprit et opérant uniquement en conformité directe avec les lois et principes de Bahá’u’lláh. »17
Soyons au moins curieux : si Bahá’u’lláh dit que ce n'est pas qu'un
simple code de lois, alors qu'est-ce ? D'abord, Il dit avoir « décacheté le Vin choisi »18. A quoi fait-il référence ? Eh bien tout simplement au Qur'án, verset 25 de la Sourate 83 : « Il leur sera donné une coupe de pur vin sur laquelle le sceau [de Dieu] aura été
apposé, versant un parfum de musc. ». Bahá’u’lláh a donc simple-
17 (Shoghi Effendi, The Advent of Divine Justice, p. 12)
18 K 5
ment décacheté le sceau.
Shoghi Effendi en donne un remarquable résumé dans Dieu passe
Près de Nous, cité dans l'édition de 1992. Bahá’u’lláh écrit :
« Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de l'Éternel pour le
monde... l'Aurore de la Connaissance divine... »19. Pourquoi donc
s'en priver ? Tout le monde se plaint de ce qui se passe actuellement alors que ce Livre mentionne toutes les pistes à suivre pour
aboutir à la paix, l'unité et la justice. Bref, un changement tout à
fait bénéfique de civilisation.
C'est vrai que le lire et le comprendre sont deux choses diffé-
rentes, mais il y a assez de bahá'ís instruits dans le monde pour au
moins en expliquer certains aspects, tout en sachant qu'il est encore hors de portée de nos esprits limités. Il faut au moins un dé-
but.
Sur le plan juridique pur, nous avons la chance qu'un mujtahid
-Zaynu'l-Muqarrabín- , c'est à dire un spécialiste du droit islamique, ait pu rencontrer Bahá’u’lláh et lui poser des questions
pour y apporter des précisions. Cet échange de questions et ré-
ponses se trouve également dans l'édition de 1992. Et de nombreuses notes explicitent d'autres notions que, culturellement,
nous avons du mal à comprendre. (Exemple : un Hindou n'est pas
forcément familier avec la notion de confession chez les Chré-
tiens, ou pourquoi parler du concept d'impureté si présent dans
l'Islám ?).
Ce Livre est très attirant. Plus on le lit, plus on y découvre de ré-
ponses à toutes sortes de questions. Plus on le lit, plus s'établit une
relation intime avec lui car il parle non seulement à l'esprit mais
aussi au cœur. Il recèle tellement de vérités que l'on ne peut plus
avoir aucun doute quant au fait qu'il s'agit de « perles de sagesse »20. Et plus on le lit, plus il apparaît effectivement comme
« l'essence de la connaissance »21. Et quand on connaît les condi-
19 K 186
20 K 182
21 K 138
Réflexions 15
tions dans lesquelles chaque verset a été révélé, il y a de quoi rester ébahi.
Il y a quelques lois, c'est vrai. Mais le reste est à légiférer par une
Institution que l'on appelle la Maison Universelle de Justice. C'est
là déjà un coup de génie car cette dernière qui, d'abord, est composée de membres qui ont reçu la confiance de représentants du
monde entier peut, ensuite, revoir sa législation en fonction des
circonstances -et cela pour l'ensemble de l'humanité.22
Ce que l'on y trouve aussi c'est évidemment que l'être humain n'est
qu'une fourmi dans cet Univers infini et qu'il doit donc faire
preuve d'une grande humilité face à l'Essence des Essences 23, inconnaissable, inconcevable, qui a conçu cet Univers -car Elle l'a
fait en signe d'amour.24 On pourrait le comparer à un calligraphe
qui se trouve devant une toile blanche et a envie d'écrire. Et puis il
décide de le faire et dépose un 'premier point', le début de sa création. Progressivement la calligraphie prend forme, jusqu'au moment où elle se rend compte elle-même qu'une main est en train de
dessiner des formes. Mais jamais elle ne pourra imaginer le calligraphe lui-même.
Bahá’u’lláh fait aussi comprendre que l'humain, se trouvant à
l'échelon supérieur de la création, en est la créature la plus noble.
Il invite donc à la propreté et au raffinement non seulement exté-
rieurs mais aussi intérieurs25. Il prône la loyauté, la sincérité, la vé-
racité et la courtoisie26. Il met en avant le respect des autres, les relations d'amitié vraie, l'altruisme, la non-violence aussi bien dans
les actes que dans les paroles27. Il met en garde contre les incitations de l'égo, ce « moi insistant »28 comme l'appelle ‘Abdu’l-
22 Voir 8ème Ishráq
23 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
24 Parole Cachée arabe n° 3, 4
25 K 74
26 K 120
27 K 148
28 ‘Abdu’l-Bahá, Sélection des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, chap. 206
Bahá, qui nous fait parfois franchir les limites de la liberté et nous
abaisse au rang de l'animal29. Il critique aussi l'indifférence et l'insouciance30, la cupidité31, l'orgueil32 et l'ignorance33. Il s'insurge
contre l'oppression qu'Il subit de la part des dirigeants34, des théologiens35, des bábís36 qui, par jalousie et envie, tentent d'étouffer
son message d'unité, de justice et de paix entre tous les habitants
de cette petite planète. Il encourage à lire Ses versets soir et matin37, à les méditer, car là se trouvent la sagesse, la vérité et la
connaissance38, et demande à ceux qui auront accepté Ses enseignements de rester fermes39 et de se lever pour les transmettre autour d'eux, pour réveiller les consciences endormies40. Il déplore la
recherche des plaisirs hédonistes, comme par exemple le désir
charnel, car ils sont cause de désunion41. Il en appelle à une justice
sociale, à la prise en charge des nécessiteux42, Lui que l'on appelait le « Père des pauvres ». Il abhorre les discussions oiseuses qui
ne servent à rien et détournent l'attention des véritables défis que
doit relever la société humaine43. Il sait que nous sommes des pé-
cheurs impénitents et nous invite, par la prière quotidienne, à nous
repentir44. Autre coup de génie, Il désigne sans ambiguïté Ses successeurs45, coupant ainsi court à toute velléité de schisme et fixe le
29 K 123
30 K 36, 47, 66, 137
31 K 40
32 K 82
33 K 122, 144
34 K 88
35 K 165
36 K 179
37 K 149
38 K 138
39 K 17
40 K 35
41 K 58
42 K 147
43 K 73, 148
44 Voir Longue Prière Obligatoire
45 K 42
Réflexions 17
temps après lequel un autre Messager pourra se manifester 46. Il insiste, mais sans l'imposer, sur le mariage47, ainsi que l'éveil intellectuel et l'éducation spirituelle des enfants qui naîtront de cette
union et qui continueront à faire évoluer la société 48. Il martèle
que la recherche de la richesse matérielle n'est qu'un leurre et ne
conduit certainement pas au bonheur49 tandis qu'Il encourage les
gens sensés qui font preuve de réflexion critique à admettre que
ses préceptes, que le système administratif absolument neuf et
unique qu'Il enseigne, sont les seuls qui permettent une gouvernance ordonnée de la société humaine dans sa globalité et la sécurité -et donc le bien-être- des habitants de la Terre 50. Il demande
que l'on s'adresse directement au cœur des gens -et donc à leurs
sentiments- plutôt que de perdre son temps à essayer de combattre
ceux qui pour le moment exercent l'autorité sur le monde 51. Il met
en garde contre l'arrogance52, l'ignorance53, la corruption et la manipulation54. Il préconise une soumission inconditionnelle aux lois
divines qu'Il a révélées, car nous ne sommes pas encore en mesure
d'en comprendre les implications pour le futur du monde 55.
Bahá’u’lláh est parfois plus incisif et menace qu'une autre justice,
la Justice divine56, pourrait châtier l'être humain s'il se montre impénitent, car ce dernier qui a été doté de la liberté de choix, pourrait s'auto-punir en ne respectant pas les conseils révélés.
Bahá’u’lláh nous met donc devant nos responsabilités. Notre égo
nous pousse à l'insouciance, à l'arrogance, à la tricherie, à la cupidité, à la manipulation et au mensonge, qui sont l'antithèse des
46 K 37
47 K 63
48 K 48
49 K 40
50 K 2
51 K 95
52 K 148
53 K 122
54 K 157
55 K 6
56 Huitième Ishráq
qualités spirituelles que nous enseigne la vraie religion. Et si l'humanité doit faire face à des événements cataclysmiques, elle ne
doit s'en prendre qu'à elle-même.
A côté de cela il évoque la douceur, le parfum, la mélodie de la
Parole divine et la compassion, le pardon, la miséricorde d'un
Dieu qui aime sa création57. Comme un père, Il éduque sans cesse
ses enfants, souvent en aimant et parfois en châtiant quand la
désobéissance est trop flagrante58.
Tout cela transparaît dans l'Aqdas pour qui veut bien le lire attentivement et méditer chaque verset. Le souci de rassurer l'être humain sur le fait qu'Il ne nous abandonnera pas est une preuve évidente d'amour.
Le calligraphe trace ensuite une barre verticale qui est le Alif
arabe. Puis une barre horizontale juste au-dessus du point primordial. Et la lettre B, la deuxième de l'alphabet, vient de naître. Elle
est la première de la Genèse et de l'évangile selon Jean : Bereshit
en hébreu = au commencement. Plus tard, elle devint la première
lettre du « bismi-l-ábi » (Matthieu 28:19 : Au nom du Père), du
« bismi-lláhi » (Au nom de Dieu) commençant le Qur'án et le
Bayán persan. Quant à l'Aqdas, il commence par « bismihi l-há-
kim », (En Son Nom, le Suprême Souverain). D'où le symbolisme
de cette deuxième lettre de l'alphabet arabe. À remarquer, Báb,
Bahá et Bayán commencent aussi par B.
ﺏ
« Et quand le Point fut joint à la deuxième lettre (B),...il traversa les cieux de l'exposé et de la parole. » « Le Point primordial [le Báb]...dit : "Si le sceau des prophètes [Muḥammad] n'avait pas prononcé le mot « succession », un tel rang
n'aurait pas été créé.". »59
57 K 4, 48, 54, 75,...
58 K 45
59 Ishráqát, préambule
Réflexions 19
Puis le calligraphe continue à tracer des lignes qui en se couplant
forment des mots. Il s'arrête un instant, prend du recul, cherche un
autre pinceau et continue. Faisant de même plusieurs fois de suite,
il complète son œuvre.
Petite précision avant de continuer : la façon d'écrire
les mots arabes en alphabet latin s'appelle la translittération, et celle que j'utiliserai est la translittération mise au
point par Shoghi Effendi. Voir annexe.
J'ouvre maintenant une parenthèse pour mentionner l'attention que
porte Bahá’u’lláh aux enfants et aux femmes. En ce qui concerne
les enfants, les parents ont le devoir de les éduquer et de veiller à
leur instruction (à tel point que ceux qui n'y seraient pas attentifs
pourraient perdre leur autorité parentale)60. Le père, en particulier
(l'arabe 'ábu' ne laisse place à aucune confusion), a l'énorme responsabilité d'instruire aussi bien fils que fille dans ce que Shoghi
Effendi a traduit par « l'art de la lecture ('connaissance' dans le
texte arabe) et de l'écriture » ainsi que dans les Écrits61. Et s'il ne
peut le faire, il est de la responsabilité des mandataires des Maisons de Justice de lui prélever l'argent nécessaire pour qu'un autre
s'en charge. Et réciproquement, les enfants doivent se soucier du
bien-être de leurs parents : « plus grand que tout, après reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la considé-
ration pour les droits qui sont dus aux parents. »62 Les fils en particulier ont une grande responsabilité : « En vérité, Nous avons
enjoint à chaque fils de servir son père. »63 Bahá’u’lláh loue
d'ailleurs celui qui s'occupe de ses propres enfants et même
d'autres enfants que les siens, ce qui pourrait concerner l'adoption
d'orphelins. Il est remarquable que celui qui devient ainsi « l'éducateur spirituel »64 reçoive même une part de l'héritage lorsqu'un
60 Q 105
61 K 48
62 Q106
63 Q104
64 N 40
testament n'a pas été rédigé. Dans ce cas d'ailleurs, les enfants
sont les premiers héritiers et reçoivent la plus grosse part. Et si le
fils aîné semble favorisé, c'est parce qu'il a la responsabilité de
s'occuper des autres enfants. De plus, Bahá’u’lláh a même pensé
aux enfants qui viendraient à naître après le décès du père, en
confiant sa part d'héritage à un gestionnaire qui lui-même toucherait une commission pour ce service rendu 65. Il est également
conseillé que les enfants puissent réciter les versets divins dans
des tons mélodieux car cela élève l'âme66. Par ailleurs, le rôle de la
mère est tout aussi important car elle est responsable de l'éveil de
l'enfant à la spiritualité.
A côté de cela, les orphelins doivent être pris en charge par les
Maisons de Justice, grâce aux revenus qu'elles percevront entre
autre par la perception de certaines amendes67.
Ce qui est également remarquable, c'est la protection de la femme,
car comme le dit la Maison Universelle de Justice, les lois s'appliquent parfois mutatis mutandis. Déjà dans le cas d'un décès intestat, l'épouse hérite en deuxième lieu juste après les enfants. S'il
n'y a pas d'enfants, la veuve sera de même prise en charge par les
mandataires de la Maison de justice. Et bien sûr, le fils aîné aura
le devoir de s'occuper de sa mère. Lorsque Bahá’u’lláh conseille
d'avoir une occupation ou même une profession 68, il s'adresse à
tous, hommes ou femmes, et donc la femme peut ainsi avoir ses
propres revenus. Lorsqu'Il mentionne l'adultère, le mot 'ziná' utilisé signifie également le viol, et les deux sont sévèrement punis,
même sur le plan spirituel69. Le père doit instruire et éduquer son
garçon mais également sa fille, dans les mêmes matières. Lors
d'un voyage, s'il y a un problème et que le mari veut une année de
patience, il doit non seulement faire raccompagner son épouse à la
maison avec une personne de confiance mais doit aussi lui fournir
65 K 20 à 28
66 K 150
67 K 21
68 K 33
69 N 36
Réflexions 21
l'argent nécessaire pour vivre une année entière70 (sauf si la rupture provient d'un adultère commis par l'épouse – mais mutatis
mutandis)71. Lorsqu'un époux est parti en voyage mais ne donne
plus aucun signe de vie, elle peut se remarier (après neuf mois
d'attente – les mois bahá'ís sont composés de 19 jours) et encore,
Il précise que ne pas le faire serait mieux72. J'ouvre ici une parenthèse : signalons le cas de maris qui, pour assurer la survie de leur
famille, deviennent « migrants » et prennent le risque de voyager
en radeau vers un eldorado fictif, et parfois se noient. Leur disparition peut éventuellement être attestée par deux survivants ou leur
décès attesté par document officiel pour peu que leur corps ait été
identifié, auquel cas la nouvelle de son décès est connue de
l'épouse73. Si, à l'opposé, aucune nouvelle ne lui parvient, elle peut
donc se remarier. Signe de grande sagesse. Une autre précaution
est que lors du mariage, la femme doit recevoir une dot minimum
(et non pas les parents)74. Curieusement, Bahá’u’lláh semble accepter la bigamie75. Mais d'une part il déclare que la monogamie
est préférable et ‘Abdu’l-Bahá explique bien que, tout comme la
polygamie dans l'Islám, elle repose sur l'application de la même
justice et égalité envers chaque épouse, ce qui est impossible. En
conséquence, seule la monogamie est permise, que ce soit dans
l'Islám ou la Foi76. Cette loi semble dériver d'une loi du Báb (vá-
hid 18, porte 15) qui bien sûr prescrivait le mariage, mais permettait, en cas d'infertilité, de prendre un deuxième conjoint avec le
consentement du premier, car le but évident du mariage est d'avoir
des enfants. En conditionnant le mariage à l'accord entre les futurs
époux, les mariages forcés ne sont plus possibles77. Un autre aspect intéressant est qu'un homme peut prendre une domestique
70 K 69
71 K 70
72 K 67
73 K 67
74 K 66
75 K 63
76 N 89
77 K 65, Q 43, 92
pour des tâches équivalentes à celles de tout autre serviteur, jeune
ou âgé, à condition de le faire « avec correction »78 (cette nuance
ayant été ajoutée par Shoghi Effendi car le texte arabe ne le pré-
cise pas), ce qui, en sous-entendant donc respect et considération,
interdit toute forme de harcèlement79. Cette femme doit d'ailleurs
être payée et ne peut être « achetée » ni même épousée si l'homme
est déjà marié. Avec les progrès scientifiques, les problèmes d'infertilité qui tracassaient le Báb peuvent être résolus et l'adoption
reste une excellente solution. Reste donc à voir pourquoi les
membres de la Maison Universelle de Justice sont des hommes.
J'y arrive.
Les éléments ci-dessus montrent que la Foi n'est certainement pas
un patriarcat. Pourtant Bahá’u’lláh met particulièrement l'accent
sur la lignée masculine et en particulier le fils aîné. Ceci est le cas
dans toutes les grandes Révélations80. Toutes les grandes Manifestations divines ont été des hommes (je ne parle pas des prophètes
et prophétesses) et Dieu Lui-même est asexué. Le fait que les
membres de la Maison Universelle de Justice soient des hommes
relève de la pure volonté divine qu'il ne nous appartient pas de
discuter ou de mettre en question. Le texte arabe d'origine ne pouvant être modifié, là où il est écrit ábu (père) on ne peut le remplacer par ummu (mère), rijál (hommes) ne peut être remplacé par
nisá (femmes) et huwa (il) ne peut être remplacé par hiya (elle).
D'ailleurs, là où il aurait pu y avoir ambiguïté comme dans le paragraphe parlant de la prochaine Manifestation, où l'on pourrait
lire innaha au lieu de innahu, Shoghi Effendi, dans sa traduction,
a précisé « un tel homme »81.
Il y a un passage très intéressant d'une Tablette 82 écrite à un
croyant persan par ‘Abdu’l-Bahá (citée dans Shoghi Effendi, The
78 K 63
79 K 63, N 90
80 N 44
81 K 37
82 Publiée dans le Fáḍil Mázandarání's Amr-va-Khalq, vol.4, pp.216-8
Réflexions 23
World Order of Bahá’u’lláh, p. 148), où Il écrit ceci : « Dans
toutes les Dispensations divines, le fils aîné a reçu des distinctions
extraordinaires. Même le rang de mission prophétique a été son
droit de naissance ». Shoghi Effendi, dans le même passage, parle
d'ailleurs du « principe héréditaire ».
Que les femmes ne se désolent pas : elles peuvent occuper toutes
les autres fonctions, ne sont les victimes d'aucune discrimination
dans quelque secteur de la société que ce soit, et il ne faut pas oublier qu'être membre de la Maison Universelle de Justice n'est pas
un privilège, ni une distinction quelconque, mais une terrible responsabilité et un travail qui demande une totale abnégation, entre
autre sur le plan familial.
Et que les grincheux prennent patience : puisque nous sommes en
2022, cela sera comme ça au minimum jusqu'à la prochaine Manifestation, soit encore pendant 830 ans.
Revenons à l'Aqdas. Voici un événement unique dans toute l'histoire religieuse du monde : la désignation, sans équivoque possible, de Son fils aîné, ‘Abdu’l-Bahá, comme successeur et interprète de Sa Révélation, ayant seul l'autorité sur l'ensemble de la
communauté bahá'íe, -précisé à nouveau dans Son Kitáb-i-'Ahdet, dans la même foulée, l'anticipation du Gardiennat et de la Maison Universelle de Justice, tout cela confirmé par ‘Abdu’l-Bahá
dans Son testament. Voici né le noyau de l'Alliance, faisant reposer l'autorité à la fois sur une branche interprétative et une branche
législatrice qui ne peuvent empiéter l'une sur l'autre. Fini donc
toute possibilité de schisme ! Et comme Bahá’u’lláh précise qu'il
ne peut y avoir de prochaine Manifestation divine avant 1000 ans,
cette Alliance est donc aussi valable pendant au moins 1000 ans
(comptés à partir de 1852)83.
L'importance de cette désignation d'‘Abdu’l-Bahá comme inter-
83 Date de l'incarcération de Bahá’u’lláh dans le Siyáh-Chál où Il reçut Sa
Révélation.
prète de la Révélation de Bahá’u’lláh est encore tout à fait hors de
portée de notre compréhension. Sans Lui nous n'aurions pas compris qu'il y a différents niveaux de Maisons de Justice, et que c'est
seulement à la Maison Universelle de Justice qu'il ne peut y avoir
que des hommes ; c'est Lui qui explique ce qu'est l'institution du
Gardiennat, son rôle au sein de l'Ordre administratif et également
dans l'interprétation des enseignements de Bahá’u’lláh ; c'est Lui
qui précise la responsabilité des Mains de la Cause ; c'est Lui qui
explique le processus qui mène à l'élection de la Maison Universelle de Justice, les relations entre cette Institution et celle du Gardiennat ; c'est Lui qui explique ce que veut dire « prendre
conseil »84 et donc tout le processus de la consultation ; c'est Lui
qui précise son propre rang par rapport à Bahá’u’lláh et dénonce
ceux qui ambitionnaient une quelconque autorité sur la communauté bahá'íe en allant même jusqu'à falsifier le Texte révélé ; Lui
qui, avec une extraordinaire loyauté et humilité, se définissait simplement comme « Serviteur de Bahá ».
Si Bahá’u’lláh ne s'étend pas sur la question du Gardiennat, par
contre il confie d'énormes responsabilités aux Maisons de Justice,
et bien qu'Il ne mentionne pas nommément une Maison « universelle » de Justice dans l'Aqdas, c'est bien d'Elle qu'il s'agit dans
certaines expressions comme « hommes de justice »85, ou « peuple
de Bahá »86 ainsi qu'Il l'écrit dans Sa Tablette du Carmel et explicité par ‘Abdu’l-Bahá (qui Lui, instaurera les Maisons « secondaires » de Justice). Et c'est à la Maison Universelle de Justice
qu'il appartiendra de définir à quels niveaux de Maisons de Justice
certains pouvoirs et responsabilités décrétés dans l'Aqdas seront
confiés.87
Le terme même de Maison de Justice fait réfléchir. Qu'est-ce
qu'une maison, sinon l'endroit où l'on se sent bien, en sécurité, à
84 K40
85 K 52
86 Voir Note 67 dans l'Aqdas
87 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice.
Réflexions 25
l'aise ? Ce n'est pas un terme anodin. Quant au mot Justice (avec
majuscule), ne fait-il pas référence à la Justice divine qu'un jour
ces institutions devront incarner ? Ses membres doivent non
seulement être des gens de confiance mais doivent même considé-
rer leur mission comme sacrée (se considérer comme pénétrant la
cour de la présence de Dieu et même comme voyant l'Invisible!88).
Quel défi et responsabilité ! De plus, qu'ils soient au minimum 9
ou plus89, leur rôle est de se consulter, ce qui laisse place non
seulement à l'expression de son opinion mais oblige aussi à accepter que les autres puissent en avoir une différente et que nous ne
pouvons essayer d'imposer la nôtre. Rendre la justice n'est pas
chose aisée, mais lorsque naît une opinion majoritaire, ou idéalement unanime, on s'en approche assurément. Pour ce faire, il faut
considérer les intérêts des autres comme les siens propres, afin
que la réponse apportée soit appropriée et correcte, c'est-à-dire
soit empreinte du plus profond respect. Dans sa Constitution, la
Maison Universelle de Justice définit parfaitement tout ce que cela
implique (Constitution, article IV).
Toute cette machinerie est ce que nous appelons Ordre administratif, destiné à se muer en Ordre mondial, dont Bahá’u’lláh affirme
qu'il a rompu l'équilibre du monde par son influence vibrante.90
Nous verrons plus loin quelles en sont les implications.
Les pouvoirs et responsabilités des Maisons de Justice seront
énormes :
– en ce qui concerne la Maison Universelle de Justice, elle
devra légiférer sur tout ce qui n'a pas été explicitement ré-
vélé par Bahá’u’lláh, et gérer l'ensemble de la communauté bahá'íe (voir sa Constitution pour détails).
– Au niveau des Maisons de Justice : percevoir les amendes
(et les cas ne manquent pas), la Zakát, le Ḥuqúqu’lláh, les
88 K 30
89 K30
90 K181
divers Fonds alimentés de façon anonyme et volontaire, les
parts d'héritage prévues en cas de mort intestat, tout cet argent étant destiné à l'entretien des propriétés bahá'íes, des
dépendances des Mashriqu'l-Adhkár (hôpitaux, écoles,
hômes pour personnes âgées, universités, dispensaires)
ainsi que de tous ceux qui connaissent la précarité financière (orphelins, veuves, sans-abris, ceux qui ne peuvent
travailler). Une fois ces mécanismes mis en application, il
semble logique d'interdire la mendicité91. Le mot Justice a
là tout son sens car il s'agit du bien-être de tous et implique
que les très riches aident les très pauvres, et que ceux qui
ne peuvent accomplir leur devoir d'instruction des enfants
soient débités d'une partie de leurs revenus.
Au-delà de l'instruction, il faut également une éducation spirituelle, dont la responsabilité première incombe à la mère. Ce passage de la Lawh-i-Maqsúd est très clair :
« L'humain est le suprême Talisman. Cependant, le
manque d'une éducation adéquate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot émané de la bouche de
Dieu il fut appelé à l'existence ; par un mot de plus il fut
guidé à reconnaître la Source de son éducation ; par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une
mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur.
L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité d'en profiter. »
Dans les Questions et Réponses (106), apparaît d'ailleurs une
phrase fondamentale : « Les fruits qui conviennent le mieux à
l'arbre de la vie humaine sont la loyauté et la piété, la véracité et
la sincérité. »92. Et dans un verset de l'Aqdas, Il ajoute la crainte
de Dieu et la courtoisie93. Oui, l'homme a été créé noble et repré-
91 K 147
92 Q106
93 K 120
Réflexions 27
sente le sommet de la création divine. Pourtant une chose le dé-
tourne de cette noblesse, c'est l’égo, comme déjà mentionné, ce
qu' ‘Abdu’l-Bahá appelle « le moi insistant », qui nous détourne
sans cesse de notre objectif, la réunion avec Dieu. Il nous appartient de porter témoignage face au monde que si nous avons été
créés, c'est pour connaître et adorer Dieu, tout en reconnaissant
que face à Lui, nous ne sommes rien du tout 94. Effectivement,
comment une créature pourrait-elle se prévaloir d'être l'égale de
son Créateur, alors que Lui peut très bien se passer de ses créatures puisqu'Il "subsiste par Lui-même" ?
La distance entre le moi humain et le Soi divin est incommensurable, et la moindre des choses est de faire preuve d'humilité et de
se prosterner devant l'Essence des essences. Malheureusement, cet
égo nous remplit d'orgueil car nous croyons détenir la connaissance alors qu'en fait, nous ne sommes que des ignorants de la
réalité et que cette ignorance est un voile très épais qui nous prive
des bontés divines. Les nombreuses adresses aux théologiens et
ecclésiastiques de tous bords sont tellement claires dans l'Aqdas
qu'elles ne laissent aucun doute quant au fait qu'ils prétendent à la
connaissance absolue, alors qu'elle est l'apanage de Dieu seul,
dont les représentants, qui parlent en Son Nom, sont les Manifestations divines. Bahá’u’lláh écrit d'ailleurs dans l'Aqdas :
« Lire ne fût-ce qu'un des versets de Ma Révélation est
meilleur que de parcourir les Écritures des anciennes aussi bien que des dernières générations...Dis : Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »95
Il en est de même du pouvoir. « Vous n'êtes que des vassaux »96,
dit Bahá’u’lláh aux monarques de son époque. Et Il ajoute qu'Il se
moque éperdument de leurs possessions car ce que Lui veut, c'est
94 Courte Prière Obligatoire
95 K 138
96 K 82
toucher le cœur de l'humain97. Il répète à loisir que les possessions
terrestres ne sont qu'un leurre et que ceux qui s'intéressent uniquement aux richesses terrestres, éphémères, sont finalement des
morts spirituels.98
Ce faisant, Bahá’u’lláh met l'accent sur les conséquences d'un orgueil démesuré, de la soif de gloire, de la jalousie et de l'envie de
gens démontrant leur ignorance et leur mépris. Il en souffrira toute
Sa vie et dénonce le plus grand voile qui puisse obscurcir notre
progrès spirituel : le côté sombre de l’égo.
« Veillez sur vous-même car le Malin (l’ego) est à l'affût,
prêt à vous prendre au piège. Apprêtez-vous à contrer ses
diaboliques machinations et, conduits par la lumière du
nom du Dieu qui voit tout, échappez-vous de l'obscurité
qui vous entoure. Que votre vision englobe le monde plutôt
que d'être confinée à votre propre moi.Le Malin est celui
qui entrave l'ascension et fait obstacle au progrès spirituel
des enfants des humains. »,
écrit-Il dans la Lawh-i-Dunyá.
« Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez
pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés par leur propre moi et
jeté derrière leur dos les normes établies par Dieu », dit-Il dans
l'Aqdas.99
Bahá’u’lláh dénonce les tentatives de manipulation et nous enjoint
la droiture. Le but fondamental de la religion étant l'unité, comme
tous les Messagers du passé, Il en appelle à l'amitié, à l'altruisme,
à la concorde, au sentiment d'être une seule famille qui partage un
destin commun.
97 K 83
98 K 40
99 K 17
Réflexions 29
« La Terre n'est qu'une seule patrie et tous les humains en
sont les citoyens. »100
Et quel destin ! Dieu a fait de l'humain la créature la plus noble de
la Création. Bahá’u’lláh insiste donc sur le raffinement, non seulement physique, mais aussi spirituel, par la manifestation des vertus morales les plus élevées. Ses appels à la propreté extérieure
(bien que ceux qui ont de « bonnes raisons » ne peuvent être blâ-
més101), ne sont qu'un encouragement à manifester notre pureté intérieure102. Celle-ci est d'ailleurs symbolisée par les ablutions, qui,
heureusement pour nous, sont très simples. Il ne s'agit pas de se
laver, mais de purifier l'âme avant que nous puissions, avec la plus
grande humilité, rendre grâce à Dieu ou Lui demander l'absolution
de nos péchés (qu'il est maintenant interdit de demander à un autre
être humain103). C'est pour cela qu'il faut faire les ablutions même
après un bain 104; il s'agit d'un nettoyage spirituel.
Bahá’u’lláh nous plonge dès lors de plain pied dans l'univers spirituel et dans la connaissance de Dieu. « Dis : la Liberté qui vous
profite ne se trouve nulle part, sauf dans la servitude complète à
Dieu, l'Éternelle Vérité. »105, écrit-Il, ajoutant : «Nous avons dé-
crété, ô peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit
la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »106. Shoghi Effendi définit Dieu comme « Le plus intime Esprit des Esprits et éternelle Essence des Essences – ce Dieu invisible et pourtant rationnel qui, aussi loin que nous exaltions Ses Manifestations
sur terre, ne peut incarner Sa Réalité infinie, inconnaissable, incorruptible, et universelle dans le cadre concret et limité d'un être
100Lawḥ-i-Maqṣúd
101K74
102K 74
103 K 34, Q 18, N 34
104 Q18, n34
105 K 125
106 K 102
mortel »107. Dieu n'est donc pas une chose physique, matérielle, et
nous ne pouvons l'appréhender qu'à travers les noms et les attributs qu'écrivent et démontrent Ceux qui ont reçu mission de le représenter et de parler en Son Nom. « Nous, en toute certitude,
n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce n'est de
rendre Dieu manifeste et de révéler Sa souveraineté »108, affirme
Bahá’u’lláh.
Nous approchons la connaissance de Dieu à travers l'exemple de
la vie de Ses Manifestations et, puisque l'humain a été doté d'un
langage articulé qui lui permet d'exprimer ses pensées, c'est par
les mots que ces dernières sont alimentées et partagées. Le langage s'étant concrétisé par l'écriture, c'est ainsi que sont nés les
livres, qui permettent de fixer le discours. Bahá’u’lláh est d'abord
« Livre vivant »109 et nous a ensuite légué un héritage précieux, le
Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de
l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable, parmi les
peuples de la terre. »110, cette « Balance Infaillible»111 établie parmi les humains.
C'est donc tout autre chose qu'un simple code de lois. Le lire et le
comprendre, c'est connaître l'intention de Dieu en nous créant.
C'est savoir que notre destin est de grandir spirituellement car
notre passage sur terre n'est que transitoire et qu'un autre monde
nous attend, un monde de joie car affranchi de toute infirmité et
souffrance. C'est comprendre qu'un seul mot a suffi, un verbe en
l'occurrence, pour que cet univers existât : « sois ! »112. « Tout ce
qui est, est venu à l'existence par Son irrésistible décret »113, dit
l'Aqdas. Et Bahá’u’lláh de préciser que s'Il n'a pas été à l'école ni
107 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
108 K 172
109 K 134
110 K 186
111 K 99
112 K 177
113 K 7
Réflexions 31
lu les thèses des théologiens, c'est que sa connaissance est même
antérieure à ce décret « Sois ! »114. Il s'agit donc de la Connaissance absolue, celle de Dieu Lui-même !
Le thème de la connaissance est omniprésent dans tous les Écrits.
Et la vraie connaissance, comme déjà mentionné, dépend de bien
autre chose que de l'étude humaine. C'est là aussi le symbole du
voile, qui n'est autre que l'ensemble de ce que nous imaginons vainement, souvent par simple orgueil ou ignorance, qui nous sépare
de la Réalité. Les avertissements et critiques adressés aux théologiens sont clairs. Ils sont même parfois ridiculisés : « au sein du
peuple se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure,
et même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de
cette connaissance. »115, « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur... »116.
Et dès lors, la mise en garde contre ce voile : « ... regardez comment vous avez permis à votre érudition de vous couper, comme
par un voile, de Celui qui est l'Aurore de cette Lumière, par Lequel toute chose cachée a été révélée.117 »
J'aimerais ouvrir ici une parenthèse. Vers la fin de l'année 1844,
une première lettre du Báb adressée à Bahá’u’lláh Lui fait comprendre qu'Il est Celui que Dieu rendra manifeste. Le Báb Lui demande cependant d'attendre 19 ans avant de l'annoncer, ce qu'Il
fera donc à Ses proches en 1863 dans le Jardin de Riḍván à
Baghdád.118 (1863 – 19 = 1844) Entre-temps, deux ans après le
martyre du Báb eut lieu la tentative d'assassinat contre le Sháh
Naser al-Din Sháh(1852) et Bahá’u’lláh, considéré comme l'un
des chefs de la communauté bábíe, est emprisonné dans le Siyáh-
114 Également trouvé dans le Qur'án 36:82, 40:68, 16.:40, 3:47, 2:117, 3:59,
19:35.
115 K 36
116 K 165
117 K 102
118 Sélections des Écrits du Báb - « une autre lettre adressée à « Celui que
Dieu rendra manifeste »
Chál. C'est là, dans une vision extraordinaire qu'Il décrira plus tard
dans la Tablette de la Vierge, qu'il reçoit la Révélation proprement
dite (comparable par exemple à l'histoire de Moïse et du Buisson
ardent, à la Colombe descendant sur la tête de Jésus, à la vision de
l'archange Gabriel par Muḥammad). Exilé ensuite vers Baghdád et
après deux ans de retraite dans les montagnes de Sulaymaniyyih,
il y revient et révèle le Kitáb-i-Íqán. Alors qu'Il n'a pas encore dé-
claré Sa Station, il y écrit le passage suivant : « C'est pourquoi, ô
mon ami, il Nous convient d'exercer le plus grand effort pour atteindre cette Cité et, par la grâce et l'aimante bonté de Dieu, de
fendre les "voiles de gloire", de telle façon, qu'avec une fermeté
inflexible, nous puissions sacrifier nos âmes affaissées dans le
sentier du Nouveau Bien-aimé. Nous devrions, les yeux en larmes,
L'implorer, avec ferveur et de façon répétée, de nous octroyer la
faveur de cette grâce. Cette Cité n'est rien d'autre que la Parole
de Dieu révélée à chaque époque et dispensation. Au temps de
Moïse ce fut le Pentateuque ; au temps de Jésus l'Évangile ; au
temps de Muḥammad le Messager de Dieu le Qur’án ; en ce jour
le Bayán ; et dans la dispensation de Celui que Dieu rendra manifeste Son propre Livre – le Livre auquel tous les Livres des dispensations antérieures doivent nécessairement se référer, le Livre
qui parmi tous ceux-là est transcendant et suprême. »119
Dans une prière révélée par le Báb lors de son emprisonnement à
Mah-ku et faisant mention de Celui que Dieu rendra manifeste, se
trouve déjà le passage suivant : « Ô mon Dieu ! Ressuscite en Lui
ce par quoi il peut renouveler Ta religion et fais vivre par Lui ce
qui est changé dans Ton livre; manifeste par lui ce que Tu modifies
dans les ordres afin que par Lui Ta religion se lève de nouveau ;
donne-Lui dans la main un Livre nouveau, pur et saint; qu'aucun
doute, aucune hésitation ne soient dans ce Livre et que personne
ne puisse se présenter qui le détruise ou bien le modifie. »120
119 Kitáb-i-Íqán
120 Une prière du Báb extraite du Livre des Sept Preuves
Réflexions 33
Bahá’u’lláh qui savait qu'Il était Celui que Dieu rendra manifeste
présage déjà la future révélation du Kitáb-i-Aqdas ; et puisque
tous les Livres saints doivent s'y référer, il est tout à fait compré-
hensible qu'il porte le titre de « Livre le Plus Saint » ! Tous les
Livres du passé contiennent des promesses et des prophéties
concernant le Jour où le Promis de tous les temps apparaîtra. Et
dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh lance ce cri sans appel : « La Promesse
est accomplie ! »121. Le cycle prophétique est terminé pour entrer
dans le cycle de l'accomplissement. Le premier était de 6000 ans,
le deuxième est destiné à couvrir une période de 500.000 ans122.
Nous commençons tout doucement à percevoir le rang unique de
Bahá’u’lláh dans l'histoire de l'humanité. Et les lois, préceptes,
conseils, avertissements, exhortations, création d'institutions gouvernantes à tous les niveaux -tout cela trouvé dans l'Aqdas- ont
pour but la naissance d'un Nouvel Ordre Mondial dont le fonctionnement est encore inimaginable pour nous pauvres mortels du
21ème siècle.
J'aimerais revenir sur la notion de Parole divine ou, mieux encore,
des Mots divins. Comme le dit Bahá’u’lláh dans la Lawh-i-Hikmat, chaque mot a été doté d'un « nouveau pouvoir » grâce à cette
Révélation. Pas étonnant dès lors qu'Il nous invite à nous immerger dans l'Océan de Ses Mots car là se trouvent « cachées »123 des
perles de sagesse, de connaissance et bien plus encore. 124 (parlant
de cet Océan, dans une lettre du 1er octobre 2010, le Département
de recherche à Haïfa écrit : plus de 18.000 textes ont été identifiés,
comprenant plus de six millions de mots...).125
Je ne peux m'empêcher de citer un des passages les plus poétiques
de l'Aqdas : « Béni est celui qui découvre le parfum des significa-
121 K 80
122 Voir La Dispensation de Bahá’u’lláh, par Shoghi Effendi
123 K 182
124 K 182
125 Lights of Irfan, vol. 10, p. 349-350, Wilmette
tions intérieures dans les traces de cette Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la création
entière, et par le calme de laquelle l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. Glorifié soit le Très-
Miséricordieux, le Révélateur d'une si inestimable bonté. »126
À beaucoup d'endroits de l'Aqdas reviennent ces mots de parfum,
tranquillité, douceur (même en parlant des lois!), d'amour et
d'amitié... Ne serait-ce pas là ce à quoi tout le monde aspire : le
bonheur ?
D'ailleurs, la Révélation de Bahá’u’lláh ne peut se concevoir sans
la joie. Concernant Dieu : « Remerciez-le avec joie et rayonnement. »127 Concernant Téhéran : « Dieu t'a choisie pour être la
source de la joie de toute l'humanité. »128 Concernant les maisons
d'adoration : « avec rayonnement et joie, célébrez en leur sein la
louange de votre Seigneur »129 Concernant la source de cette joie :
« Que votre joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom
qui apporte ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de
tous ceux qui se sont approchés de Dieu. »130 Concernant les
couples : « Vivez l'un avec l'autre, ô gens, dans le rayonnement et
la joie. »131 Et concernant le premier jour du mois de Bahá :
« Grande est la bénédiction de celui qui l'accueille avec rayonnement et joie. »132
Nous avons vu plus haut comment Shoghi Effendi définit le mot
Dieu. Bahá’u’lláh l'exprime d'une façon identique : « Sache, à
n'en point douter, que l'Invisible ne peut en aucune façon incarner
Son essence et La révéler aux hommes. Il est et a toujours été infiniment exalté au-dessus de tout ce qui peut être perçu et exprimé.
126 K 158
127 K74
128 K91
129 K31
130 K51
131 K70
132 K111
Réflexions 35
De Sa retraite de gloire, Sa voix toujours proclame: "En vérité, je
suis Dieu ; il n'est pas d'autre Dieu que Moi, l'Omniscient, le
Très-Sage. Je Me suis manifesté aux humains, et je leur ai envoyé
Celui qui est l'Aurore des signes de Ma Révélation. Par Lui, j'ai
fait attester à toute la création qu'il n'est d'autre Dieu que Lui,
l'Incomparable, l'Informé de tout, le Très-Sage." Lui qui, éternellement, est caché aux yeux des hommes ne peut jamais être connu
si ce n'est par Sa Manifestation, et Sa Manifestation ne peut produire de plus grande preuve de la vérité de Sa mission que celle
de Sa propre personne. ».133134
Les Manifestations divines sont donc le seul moyen d'approcher la
connaissance de Dieu. La connaissance de leurs vies, et de leurs
enseignements -adaptés à l'époque de leur apparition- sont la voie
la plus directe pour appréhender le transcendant. L'essence divine
étant extra-temporelle et extra-spatiale, elle ne peut s'incarner et se
manifeste dès lors via des êtres humains qu'Il a choisis pour être
Ses « représentants », s'exprimant « en Son Nom »135 et démontrant tous Ses attributs. Bahá’u’lláh précise dans les Questions et
Réponses que leur rôle est d'éduquer les humains : « Le dessein de
ces Éducateurs, dans tout ce qu'Ils ont dit et enseigné, était de
préserver le rang exalté de l'humain. »136. Il fait cependant ce
constat amer : « Noble t'ai-Je créé, pourtant tu t'es abaissé ». Et
donc Son rappel : « Élève-toi alors vers ce pour quoi tu fus
créé ».137
Cette mission et cette autorité de transmettre les préceptes, à la
133 Extraits des Écrits, chap. XX
134 Il me faut citer ici une réflexion intéressante d'Albert Einstein : « Une
connaissance de l'existence de quelque chose que nous ne pouvons
appréhender, des manifestations de la raison la plus profonde et de la plus
radieuse beauté -c'est cette connaissance et cette émotion qui constituent la
véritable attitude religieuse ; en ce sens, et seulement dans ce sens, je suis
un homme profondément religieux » (Mein Weltbild , 1934)
135 Préambule de l'Aqdas et K1
136 Q 106
137 Parole Cachée arabe n° 22
fois temporels et spirituels, conférées aux Manifestations divines,
explique d'ailleurs cette ambiguïté de station où parfois Elles sont
tentées de se considérer comme Dieu Lui-même et parfois se
considèrent comme de la simple terre glaise138. De plus, sans création un Créateur n'existe pas et dans un geste de Sa Volonté, Il l'a
fait par amour : « J'ai aimé ta création, aussi t'ai-je créé ». Mais
tout amour doit être réciproque : « Aime-moi pour que je puisse
t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, mon amour ne peut aucunement
t'atteindre. Sache-le, ô serviteur ».139 De même : « Observez Mes
commandements par amour de Ma Beauté ».140
La création résulte de la Volonté divine qui s'est exprimée -au
risque de me répéter- par un premier mot originel, l'impératif du
verbe être : « Sois ! ». « Tout ce qui est, est venu à l'existence par
Son irrésistible décret »141. C'est ce que l'on appelle le « Verbe divin ». C'est ce que rappelle l'Évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était
Dieu ».
Il y a donc cette réalité physique de l'être humain investi d'une
mission divine et qui en reçoit l'autorité, démontrées par sa vie
même et ses enseignements écrits ; et d'autre part une réalité spirituelle qui s'exprime à neuf reprises dans le Kitáb-i-Aqdas ; « Il n'y
a pas d'autre Dieu que Moi... ».
Il y a par ailleurs une chose qui m'intrigue : il y a dans l'Aqdas 40
phrases qui commencent par « Dis : ». On retrouve également la
même chose dans le Qur'án. Il semblerait que ce soit bien Dieu
qui ordonne à Bahá’u’lláh de dire exactement la phrase qui suit.
L'importance de ces phrases est donc multipliée.
Revenons sur terre, et voyons donc ce que contient ce mystérieux
138 Voir citation dans La Dispensation de Bahá’u’lláh par Shoghi Effendi
139 Paroles Cachées arabe 4 et 5
140 K 4
141 K 7
Réflexions 37
Livre. Il est plus qu'évident que tout tourne autour des concepts
d'unité, de justice, de paix, et bien sûr de l'humilité de l'être humain face à un Créateur Omnipotent et surtout Omniscient. La
vraie « connaissance » est d'ailleurs largement commentée, et
Bahá’u’lláh le dit clairement en parlant du Kitáb-i-Aqdas : « Dis :
Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »142
Il ne fait aucun doute que l'humain possède également une réalité
physique aussi bien que spirituelle ; or, comme c'est cette dernière
qui persistera après la mort physique, il nous appartient de la cultiver, de la faire grandir et le seul moyen d'y arriver c'est en priant,
en faisant abstraction de nos besoins matériels, physiques, pendant
une courte période de jeûne et bien entendu en lisant les Écrits
tous les jours, mais à petite dose.
Une première remarque s'impose : que ce soit dans l'Aqdas ou
d'autres Écrits, il est sans cesse fait référence à la « certitude » et à
la « vérité ». Il ne s'agit plus d'espérer ou de prophétiser. « La promesse est accomplie » dit Bahá’u’lláh, et elle ne peut être mise en
doute :
Si l’une de ces Manifestations universelles de Dieu venait à
déclarer : "Je suis Dieu", Elle dit, vraiment, la vérité et il
n'y a aucun doute à ce sujet. Car il a été démontré de façon
répétée que, par leur Révélation, leurs attributs et leurs
noms, la Révélation de Dieu, Son Nom et Ses attributs sont
manifestés dans le monde.143
Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce
royaume terrestre si ce n'est de rendre Dieu manifeste et de ré-
véler Sa souveraineté ; Dieu M'est suffisant comme témoin.
Nous, en toute certitude, n'avons eu d'autre intention dans le
Royaume céleste que d'exalter Sa Cause et de glorifier Sa
142 K 138
143 Kitáb-i-Íqán
louange ; Dieu M'est suffisant comme protecteur.
Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir dans l'Empire
d'en-haut si ce n'est de vanter Dieu et ce qui a été envoyé par
Lui ; Dieu Me suffit comme aide.144
Pourtant, combien parmi nous ne doutent-ils pas lorsque ce que
révèle Bahá’u’lláh semble en opposition avec les courants actuels
de pensée ainsi qu'avec nos propres convictions ? C'est donc là le
réel défi : accepter de modifier notre perception des choses, notre
interprétation des événements, pour ne pas dire le sens même que
nous attribuons à la vie et au futur de l'humanité. Accepter que
notre propre connaissance n'est que très relative et que nous devons non seulement faire aveu d'impuissance mais également nous
soumettre à la volonté d'une Essence que nous ne pouvons imaginer et que par convention linguistique nous appelons Dieu en fran-
çais.
Il faut de toute évidence accepter que nous ne sommes que des
serviteurs, l'exemple parfait étant ‘Abdu’l-Bahá, mais pour cela il
faut en prendre conscience. Comme le dit le Báb dans une prière :
« Tous sont Ses [Dieu] serviteurs et tous se soumettent à Son commandement. »
Il en est de même des Lois révélées : « La Langue de Mon pouvoir a adressé ces mots à Ma création, du Ciel de Ma gloire omnipotente : « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma
beauté.»145 Si nous acceptons et comprenons que nous avons été
créés par une source aimante, il convient dès lors d'en être les té-
moignages vivants :
« Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour
Te connaître et T'adorer »146
Une preuve supplémentaire de cet amour réside entre autre en
ceci :
144 K 172
145 K 4
146 Courte prière obligatoire
Réflexions 39
« En vérité, Il [le Báb] a révélé certaines lois pour que, en cette
Dispensation, la Plume du Plus Élevé n'ait besoin de se mouvoir
pour rien d'autre que pour la glorification de Sa propre Station
transcendante et Sa plus éclatante Beauté...Puisque, cependant,
Nous avons souhaité rendre évidente Notre bonté pour vous, Nous
avons, par le pouvoir de vérité, précisé ces lois avec clarté et atté-
nué ce que Nous désirons vous voir observer. Lui, vraiment, est le
Munificent, le Généreux. »147
Effectivement beaucoup de lois que l'on trouve dans l'Aqdas proviennent du Báb, mais Bahá’u’lláh précise ceci :
« Notre Héraut exalté -puisse la vie de tout autre que Lui être offerte par amour pour Lui- a révélé certaines lois. Cependant,
dans le royaume de Sa Révélation ces lois furent soumises à Notre
sanction., raison pour laquelle cet Opprimé a mis en œuvre certaines d'entre elles en les incorporant dans le Kitáb-i-Aqdas avec
des mots différents. D'autres, Nous les avons mises de côté. Il tient
l'autorité en Sa main. Il fait ce qu'Il veut et Il ordonne ce qui Lui
plaît. Il est le Tout-puissant, le Très-loué. Il y a aussi des ordonnances nouvellement révélées. Béni celui qui y parvient. Bénis
ceux qui observent Ses préceptes. »148
Autrement dit, la religion n'est pas une sorte de contrainte arbitraire mais au contraire une source de préceptes, de conseils, d'exhortations, d'encouragements à poursuivre un long voyage vers un
infini qui ne peut être défini ni par une formule mathématique ni
par des approches purement scientifiques, et qui peut évoluer en
fonction du stade de maturité de l'humanité.
Il y a dans l'Aqdas non seulement des lois, des interdictions, des
permissions (parfois étonnantes), des exhortations, des stances aux
dirigeants, aux théologiens, aux bábís, à certaines personnes en
particulier, mais aussi tout l'aspect spirituel nécessaire pour que
147 K 142
148 Bahá’u’lláh, Kalimát-i-Firdawsiyyih
cela fonctionne et produise une nouvelle civilisation.
Comme dans les dispensations précédentes, il y a des lois immuables : la reconnaissance des Manifestations divines, la prière,
le jeûne, la charité, le pèlerinage, l'altruisme, ce qui constitue les
fondements mêmes d'une religion. Mais, alors que ces notions restaient floues et sujettes à interprétation, Bahá’u’lláh les précise de
telle sorte qu'il n'y a pas à tergiverser. Cela est déjà une source de
conflits en moins, et des points sur lesquels la Maison Universelle
de Justice n'aura pas à légiférer.
Commençons par la prière obligatoire (salát), ce dialogue quotidien avec Dieu, que Bahá’u’lláh conçoit comme quelque chose de
privé.149 Dans les révélations du passé, la prière est bien sûr prescrite mais il n'y a pas à proprement parler de prière révélée. Même
dans l'Islám, la prière consiste en la récitation de la première Sourate du Qur'án. Seul le Báb avait révélé une prière obligatoire normalement accompagnée de 19 rak'has (génuflexions). Dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh la remplace par une prière de 9 rak'has150 mais
celle-ci, qui était dans un document séparé, ayant été dérobée par
l'Archi-briseur d'Alliance Muḥammad-Alí.151, Il les a plus tard
remplacées par trois prières à réciter, au choix, avec des indications précises de moment et de mouvements.
A remarquer : Bahá’u’lláh a défini l'âge de maturité (15 ans) 152 à
partir duquel la salát, tout comme le jeûne deviennent obligatoires.
J'y reviendrai plus tard, mais c'est aussi l'âge à partir duquel est
prescrit un enterrement bahá'í, celui où deux jeunes peuvent se
marier et celui où un jeune peut se faire officiellement enregistrer
comme bahá'í. (Seule exception temporaire soumise à une décision de la Maison Universelle de Justice, pour être électeur il faut
avoir 18 ans, et pour être éligible 21 ans). 153 (Bahá’u’lláh Lui-
149 K 12
150 K 6
151 N 9
152 Q 20
153 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice
Réflexions 41
même s'est marié à 18 ans et sa première épouse, Asíyih Khánum,
avait 15 ans).
Pour un musulman habitué à des règles strictes et compliquées
concernant les ablutions et la salát, il n'y a aucune difficulté à observer celles révélées par Bahá’u’lláh. Mais c'est très différent
pour les adeptes des autres religions, en particulier les occidentaux. Respecter ces espèces de rituels (et j'y ajouterai la récitation
quotidienne de Alláhu-Abhá) est un véritable acte de foi. Plus encore, c'est un acte de soumission à la volonté divine, une preuve
d'humilité face au Créateur et signe d'une réelle sincérité dans
notre amour pour Bahá’u’lláh.
Pour beaucoup d'entre nous, il y a là un réel défi, en tout cas pour
ceux qui n'ont pas reçu d'éducation spirituelle dans leur enfance.
C'est toute une discipline à acquérir, un rythme auquel nous ne
sommes pas habitué et des gestes et une attitude qui ne nous sont
pas familiers.
Il ne faut pas perdre de vue que ceux qui avaient demandé les lois
à Bahá’u’lláh étaient issus d'un milieu musulman, où les prières
quotidiennes précédées des ablutions et accompagnées de prosternations font partie de la vie. Mais les pratiques dans les diverses
factions musulmanes étant tellement différentes et complexes,
Bahá’u’lláh y a remis de l'ordre, les a clarifiées et simplifiées.
Tous les cas de figure sont définis : les femmes enceintes, où
ayant leurs menstruations154, ou allaitant ; les cas où l'on a oublié
de faire sa prière, en particulier lorsqu'on voyage ; la surface sur
laquelle on peut se prosterner ; ce qu'il faut faire quand il n'y a pas
d'eau pour les ablutions155 ; et l'abolition de règles qui proviennent
de fausses interprétations du Qur'án156. Les ablutions sont simplifiées à l'extrême, et les règles très complexes les concernant dans
l'Islám (mais aussi dans le Judaïsme) ne reposent plus sur aucune
154 K 13
155 K 10
156 K 9
notion d'impureté, donc finies les questions de 'kasher', ou 'halal'.
« Dieu a, de même, en tant que bonté de Sa présence, aboli le
concept d' « impureté » »157
Il y a d'ailleurs une forme de paradoxe : d'une part, le Báb et
Bahá’u’lláh font une coupure nette avec les pratiques découlant
d'interprétations à géométrie variable du texte Qur'ánique, ce qui
nous vaut la haine de certains musulmans ; et d'autre part, certains
côtés à connotation islamique nous valent l'extrême méfiance des
adeptes des autres religions, car cela ne correspond pas à leurs
dogmes et rites.
Quoiqu'il en soit, pour nous, les choses sont claires : Bahá’u’lláh
a révélé la Charte d'un renouveau spirituel destiné à rendre à la religion ses lettres de noblesse.
Même l'invocation Alláhu-Abhá (Dieu est Très Glorieux) effraie
car elle ressemble trop au Alláhu-Akbár (Dieu est Très Grand)
dont les djihadistes ont fait leur cri de guerre (et qui d'ailleurs
n'apparaît pas dans le Qur'án). Même le nom Bahá’u’lláh inquiète
les bien-pensants car la langue arabe elle-même est devenue
source de rejet, alors qu'Il la qualifie de "langue de l'éloquence" !158
Si ces prières n'avaient pas un caractère obligatoire, bien peu les
feraient. Même comme ça, pris dans le tourbillon de la vie,
avouons que nous les oublions parfois. Et ce qui est encore caractéristique de notre Foi, c'est qu'il n'y a pas de 'contrôleur' qui vient
vérifier si nous sommes assidus. Notre obéissance ne concerne
que Dieu et chacun de nous individuellement. Pas de curé à qui on
vient confesser nos manquements ! Notre seule préoccupation est
la crainte de Dieu, et nous y reviendrons, car c'est un concept important et pas simple à comprendre, et déjà rien que le mentionner
fait peur...
Nous voici donc obligés de penser à Dieu tous les jours, et penser
à Dieu, c'est nous souvenir que notre vraie nature, celle qui perdu-
157 K75
158 Voir Ishraqát
Réflexions 43
rera, est spirituelle et que nous devons nourrir notre âme sans relâche.
« Prêtez l'oreille aux versets de Dieu.... A travers eux l'âme de
l'humain est amenée à prendre son envol vers l'Aurore de Révélation et le cœur de chaque vrai croyant est baigné de lumière. »159
Dans un monde de plus en plus froid et obscur, Bahá’u’lláh nous
baigne d'une lumière qui éclaire nos sens, augmente notre vision
et nous gonfle d'espoir. Lui qui est « l'Aurore de la Lumière de
Dieu »160 nous permet de découvrir une autre réalité des choses :
« Chaque chose dissimulée a été mise en lumière en vertu de la
Volonté de l'Ordonnateur Suprême »161 « Ouvre les yeux, afin que
tu puisses...poser ton regard sur la Lumière qui brille au-dessus
de cet Horizon lumineux. »162 Cette image de l'aurore pointant à
l'horizon a été très bien figurée au début du film « Lumière pour le
monde » (Light to the World). Inutile de se demander à quoi ressemblera le monde lorsque ce soleil aura atteint son zénith et que
l'humanité recevra la pleine puissance de cette lumière : « Dis :
Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux
qui appréhendent, et l'Aurore des commandements de Dieu, si
vous êtes de ceux qui comprennent. »163 Comprenez-vous ?
Notre corps a besoin de nourriture physique et notre âme de nourriture spirituelle. Mais il existe souvent un déséquilibre entre les
deux, et c'est là que la deuxième pratique la plus importante apparaît : celle du jeûne. Ce qui est recherché en jeûnant, ce n'est pas
une détoxification (bien que médicalement cela puisse être béné-
fique), mais c'est un renversement de nos priorités, forcer notre esprit et notre âme à se rapprocher de Dieu.
Pour nous bahá'ís, c'est un jeûne assez court (19 jours), comparativement au ramadan (40 jours). Il est prévu toute une série
159 K148
160 K85
161 K81
162 K85
163 K186
d'exemptions (qui ne sont pas des interdictions) et on peut y voir
là toute la clémence divine. Le fait qu'il soit prescrit toujours à la
même période évite tout un tas de problèmes : pas de chaleur ou
de froid excessifs, même durée du jour et de la nuit et là où ce
n'est pas le cas, on peut se baser sur les horloges. Dieu a pensé à
tout. Il y a même des règles prévues si l'on est en voyage. Par
comparaison, le calendrier musulman étant un calendrier lunaire,
le mois de Ramadan change de période chaque année et tombe
parfois en été lorsque les jours sont plus longs et que les températures atteignent des sommets.
Une autre particularité est que les 4 ou 5 jours précédant le jeûne
(Ayyám-i-Há)164 sont destinés à faire bonne chère, et à en faire
profiter les nécessiteux. Des jours d'accumulation de calories juste
avant des jours de restrictions !
Le bénéfice médical est donc tout relatif et ce n'est pas ça le vrai
but, d'autant plus que s'empiffrer avant d'aller dormir n'est pas
l'idéal. L'objectif réel est de se rapprocher de Dieu, de se détacher
davantage de nos désirs égoïstes et matérialistes.
Il faudra donc attendre dix-neuf jours avant d'acheter ce nouveau
smartphone ou cette superbe robe...quant aux relations sexuelles,
elles sont laissées à la conscience de chacun.
Bahá’u’lláh a révélé une longue prière du jeûne qui fait un peu oublier la fatigue, les crampes d'estomac et la frilosité.
Et à la fin du jeûne, ce sera la Plus Grande Fête, Naw-Rúz, ou
chacun pourra festoyer sans remords, en louange à Dieu. Nous y
reviendrons.
Une autre loi très détaillée est celle de l'héritage lorsque le défunt
décède sans avoir rédigé de testament (pourtant cela nous est enjoint dans l'Aqdas)165. Il y a là un souci évident d'éviter les déchirements entre les héritiers. Par contre, si l'on rédige un testament,
on a la liberté de disposer de nos biens comme bon nous semble,
164 K16
165 K109
Réflexions 45
mais peut-être en gardant à l'esprit le mode de répartition révélé.
À nouveau, c'est une question de conscience personnelle.
Je ferai quand même remarquer la dégressivité des parts de chacun : de 9 à 3 lots selon les catégories, en mentionnant toutefois
que dans toute une série de cas la Maison de Justice recevra une
part. Il ne faut pas oublier non plus qu'avant le partage il faudra
acquitter les frais des funérailles, rembourser les dettes du défunt
et payer le Ḥuqúqu’lláh.166
Dans la Foi, l'incinération est interdite, le défunt doit être placé,
-enrobé d'un linceul et portant une bague avec un verset révélé-,
dans un cercueil fait d'une matière aussi durable que possible, puis
inhumé après la prière pour les défunts, elle aussi obligatoire, dans
un endroit le plus proche possible du lieu de décès. 167 Bahá’u’lláh
donne des indications précises concernant ces aspects, mais c'est
avant tout l'esprit de la loi qu'il faut respecter, sinon on risque de
tomber dans un rituel (le plus important avec la prière est probablement que l'enterrement se fasse avec « rayonnement et sérénité »).168 Or un rituel est justement une chose que l'on veut éviter
dans la Foi. De plus, ces indications ne concernent que les bahá'ís
de plus de 15 ans.
On retrouve dans tout cela les signes de la noblesse et de la dignité
de l'être humain sur lesquelles Bahá’u’lláh insiste tant. Et
Bahá’u’lláh y est très attaché : « Ô fils de l'Esprit ! Noble t'ai-Je
créé, pourtant tu t'es abaissé. Élève-toi alors vers ce pour quoi tu
fus créé. »169
Si les questions d'héritage posent souvent problème, il y a deux
autres choses qui sont source de conflits et que Bahá’u’lláh règle
avec aussi beaucoup de détails : le mariage et le divorce.
En ce qui concerne le mariage, les deux futurs conjoints doivent
166 K28
167 N149,151,152
168 K130
169 Parole cachée arabe n° 22
avoir au minimum 15 ans, doivent être d'accord avec le mariage et
les parents doivent aussi donner leur consentement, ce qui implique que les deux familles doivent se connaître. Fini donc les
mariages forcés et les disputes familiales.. Même la question de la
dot est précisée170. Cette dernière est versée à la fiancée et non aux
parents et la somme doit être modérée171. Un engagement écrit est
tout aussi valable.172
Le mariage peut être contracté avec un croyant de foi différente173
et la cérémonie, très simple, consiste en la récitation d'un verset :
« En vérité, nous nous conformerons tous à la volonté de Dieu ».
(mais ceci peut poser un problème avec un athée).
Le mariage est vivement conseillé mais pas obligatoire. Si quelqu'un veut rester célibataire, c'est son choix. Il y a cependant deux
éléments à prendre en compte : d'une part le but principal du mariage est la procréation174, et d'autre part la chasteté est demandée
lorsque l'on n'est pas marié. De même, l'adultère est interdit et
puni. Comme mentionné plus haut, la bigamie est interdite et par
exemple un homme marié ne peut pas acheter une domestique
pour l'épouser.175
La question de la disparition d'un mari parti en voyage est également abordée avec détails.176
Ceci dit, il est vivement conseillé aux futurs mariés de bien se
connaître et d'avoir au préalable abordé les questions relatives à
l'éducation des enfants, en particulier lorsqu'ils ont une religion
différente.
Les règles du mariage sont donc assez simples. Mais ça se complique en cas de divorce. Bahá’u’lláh d'ailleurs abhorre les séparations et les divorces. C'est pourquoi il a mis en place le concept
170 K66, n93
171 K66, n95
172 Q39
173 Q84
174 K63
175 N90
176 K67
Réflexions 47
d'année de patience, espérant que le « parfum d'affection puisse
être renouvelé ».177
Pratiquement, le début et la fin de l'année de patience doivent être
attestés par des témoins.178 Chaque partenaire doit avoir une résidence séparée. S'il n'y a pas eu réconciliation, le divorce est prononcé et inscrit dans un registre, même si l'un des deux n'est pas
d'accord179. Tout cela dépend évidemment aussi des lois civiles
propres à chaque pays.
Tout ce que l'on sait également est que si deux mariés veulent divorcer tout de suite, cela peut se faire tant qu'ils n'ont pas
'consommé'.180 Et quand le mariage était conditionné par la virginité, et qu'il s'avère que la conjointe n'est pas vierge, le divorce
peut prendre place également et le mari récupère la dot, bien que
Bahá’u’lláh préfère que cela soit occulté. 181 Autre élément intéressant, c'est que le couple qui aurait des relations sexuelles l'un avec
l'autre pendant l'année de patience devra s'acquitter d'une
amende.182
La Maison Universelle de Justice devra préciser ce qu'il advient
des possessions propres à chacun en cas de divorce, de même que
les questions de pension alimentaire et/ou de contribution alimentaire pour les enfants.
Pendant l'année de patience, il me semble normal qu'une Assemblée spirituelle consulte le couple régulièrement pour aider un
éventuel processus de réconciliation.
Après toutes ces considérations un peu techniques, on se rend
compte que cela décharge la Maison Universelle de Justice des
points qui sont en général litigieux et provoquent de profondes divisions et conflits.
La parole divine étant infaillible et intangible, et les interprétations nécessaires ayant été apportées par ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi
177 K68
178 Q73
179 Q73
180 Q12
181 Q47
182 Q11
Effendi, ce seront les lois en vigueur jusqu'à l'apparition de la prochaine Manifestation de Dieu. Celle-ci confirmera-t-elle ces lois
ou les modifiera-t-elle, ça restera un mystère jusqu'à Son apparition.
Il est aussi intéressant de constater que la précision de ces lois ré-
sout le flou total qui existe dans les autres religions, car chacune
de leurs branches ont des règles différentes. Terminées les polygamies et répudiations arbitraires. Par contre, elles sont totalement à
contre-courant de nos sociétés très permissives, où l'on peut se
marier même si les parents ne sont pas d'accords pour des motifs
légitimes, où on peut cohabiter sans se marier, où on peut être en
couple avec une personne du même sexe et où il est considéré
comme une fierté d'avoir des relations sexuelles le plus tôt possible avec même différents partenaires avant d'envisager un éventuel mariage. Bahá’u’lláh insiste également sur le mariage des
prêtres.183
Ce gros morceau de terrain étant déblayé, il n'en reste pas moins
que l'organisation des sociétés requiert d'autres lois, ou conseils,
ou interdictions. Cette fois, Bahá’u’lláh n'entre pas dans les détails
et laisse donc la responsabilité aux Institutions d'en préciser les
tenants et aboutissants. Nous les passerons en revue plus loin, car
il est bon de respirer un peu avec d'autres considérations.
Je citerai en premier lieu l'accomplissement de toutes les prophé-
ties des religions du passé. L'affirmation du Qur'án que Muḥammad est le sceau des prophètes indique pour ceux qui veulent
comprendre que le cycle des prophéties est terminé. « La promesse est accomplie »184, écrit Bahá’u’lláh, s'adressant au Carmel,
à Sion et au Sinaï. Notre rôle de bahá'ís n'est donc plus d'être dans
l'expectative mais d'être les acteurs du renouveau civilisateur qui
englobera la Terre entière.
183 8ème Bonne nouvelle (Bishárát)
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Réflexions 49
Ses appels d'ailleurs se font pressants : « Levez-vous »185, « Proclamez la Cause » !186 « Stimulez le développement des cités »187,
« ne gaspillez pas vos heures dans l'oisiveté et la paresse »188,
« Récitez les versets »189 et « enseignez-les à vos enfants ».190,
« construisez des maisons d'adoration »191, établissez des « Maisons de Justice »192, et bien d'autres choses encore. Les mêmes demandes sont d'ailleurs également faites aux rois, aux dirigeants,
aux théologiens et aux Bábís.
Il est évident que tout cela demande une profonde mutation spirituelle de l'être humain, dont le regard doit être davantage dirigé
vers Dieu et moins vers les choses matérielles et loin des disputes
religieuses ou politiques.
C'est là que se trouve la vraie richesse de l'Aqdas, cet appel à retrouver de vraies valeurs morales et spirituelles, et à travailler à ce
que toute l'humanité les acquière. Je ne dirai pas que les lois sont
secondaires mais sans cette renaissance spirituelle, elles donneront
l'impression d'être des contraintes imposées un peu arbitrairement,
alors qu'en réalité, elles sont révélées pour « assurer l'ordre dans
le monde et la sécurité de ses peuples ».193 « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. ».194 Et c'est sans équivoque : la reconnaissance de la Manifestation est inséparable de
l'obéissance à Ses lois.195 Malheureusement, l'être humain étant ce
qu'il est, il n'aime pas les lois et rêve d'une totale liberté de pensée
et d'action.
Et là se trouvent plusieurs paragraphes de l'Aqdas concernant la li-
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berté, passages qui devraient faire réfléchir : « Sachez que l'incarnation de la liberté et son symbole est l'animal. »196 « La liberté fait outrepasser à l'humain les limites de la correction et porte
atteinte à la dignité de son rang. »197
Dans la Lawḥ-i-Dunyá, Bahá’u’lláh écrit ceci : « En formulant
les principes et les lois, une partie a été consacrée aux pénalités
qui sont un instrument efficace pour la sécurité et la protection
des humains. Cependant, la crainte des pénalités fait que les
peuples renoncent seulement extérieurement à commettre des
actes vils et méprisables, alors que ce qui protège et maîtrise les
humains extérieurement et intérieurement a été et est toujours la
crainte de Dieu. C'est le véritable protecteur de l'humain et son
gardien spirituel. ». Et Bahá’u’lláh de confirmer : « Si les humains observaient ce que Nous leur avons envoyé du Ciel de la
Révélation, ils atteindraient, avec certitude, la liberté parfaite.»198
Mais voilà, l'être humain est un insoumis et ce déjà depuis qu'il a
touché au fruit défendu. Bahá’u’lláh nous fait donc revenir à la
case départ : « La vraie liberté consiste en la soumission de l'humain à Mes commandements pour peu que vous le sachiez. »199
Quant à ceux qui refusent d'admettre que les lois divines assurent
notre protection, Il a des mots très durs : « Celui qui s'en détourne
est compté parmi les êtres abjects et insensés. »200 Gare à ceux-là :
« Prends garde de ne pas susciter de troubles sur terre après
qu'elle ait été mise en ordre. Quiconque agit de cette façon n'est
pas de Nous, et Nous sommes quitte de lui. »201 Autrement dit,
adieu !
Une des barrières qui est en travers de cette soumission, ce sont
tous ceux qui ont mis en doute le rang de Bahá’u’lláh, et plus particulièrement les théologiens et les potentats. Même à l'heure ac-
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Réflexions 51
tuelle, bien peu de cléricaux sont prêts à reconnaître que le Promis
qu'ils attendent depuis des siècles est enfin venu. Le principal obstacle est leur orgueil, eux qui croient détenir la connaissance innée. Bahá’u’lláh ironise d'ailleurs parfois : « Et au sein du peuple
se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure, et
même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de cette
connaissance. »202 Et Il se fâche même : « Dis : tu mens ! Par
Dieu ! »203
Aux théologiens : « N'entendez-vous pas la voix véhémente de Ma
Plus exaltée Plume ? »204 « Vous vous glorifiez de Mon Nom,
pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur. »205 D'ailleurs, pour éviter toute prétention : « Il vous a été
interdit de faire usage de chaires. »206.
Et aux rois : « Vous n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! »207,
« Prenez garde que l'orgueil ne vous empêche de reconnaître la
Source de la Révélation »208 Là aussi, Il ironise sur leur accumulation de richesse : « Nous vous voyons vous réjouir de ce que vous
avez amassé pour d'autres. »209 Pourtant, Il les rassure : « Nous
n'avons rien demandé de vous. »210, « Ce n'est pas Notre souhait
de mettre la main sur vos royaumes. »211
Et encore aux théologiens : « ne faites pas de vous un voile entre
Moi et Mes créatures. »212 « Où est l'homme parmi vous qui peut
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rivaliser avec Moi en vision ou perspicacité ? »213
Dès lors, Il s'adresse à nous en nous demandant de ne pas nous
laisser avoir et de montrer la plus grande fermeté et constance : «
Soyez la personnification d'une telle fermeté au sein de l'humanité
que vous ne serez pas retenus loin de Dieu par les doutes de ceux
qui n'ont pas cru en Lui »214. Et de rassurer : « Avant peu Dieu lè-
vera ... ceux qui magnifieront Mon Nom avec une telle constance
qu'ils ne seront ni dissuadés par les suggestions malveillantes des
théologiens, ni ne seront retenus par les insinuations des semeurs
de doute. »215
Une autre barrière déjà mentionnée plus haut est le 'moi', cet égo
si difficile à contrôler : « Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés
par leur propre moi »216, « Ne suis pas les incitations du moi, car
il appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure »217
Mais voilà, l'être humain est insouciant et se préoccupe bien peu
de son évolution spirituelle : « Les peuples du monde sont profondément endormis. »218, « Craignez Dieu, et ne soyez pas parmi les
insouciants. »219
En ce qui nous concerne, nous bahá'ís, Bahá’u’lláh place donc la
barre très haut : « Vous êtes les manifestations de la fermeté parmi les humains... », « En ce jour, il convient à quiconque qui a bu
à longs traits le Vin Mystique de la vie éternelle des Mains de la
tendre bonté du Seigneur son Dieu, le Clément, de battre tout
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Réflexions 53
comme l'artère pulsant dans le corps de l'humanité... »220 « Quiconque M'a reconnu se lèvera et Me servira avec une telle détermination que les pouvoirs du ciel et de la terre seront incapables
de faire échouer son objectif. »221 Donc, jusqu'à présent, pour ré-
sumer, reconnaître la Manifestation, obéir aux lois divines, montrer la plus grande fermeté en luttant contre notre égo, ne pas rester insouciants, être les acteurs d'un renouveau spirituel à travers
le monde et mettre en place les institutions ad hoc. Sacré programme !
Changeons un peu de sujet et intéressons-nous de plus près à la
genèse de l'Aqdas.
Si la fin de sa révélation peut être datée vers la fin de 1873, il n'y a
aucune indication quant au moment où Bahá’u’lláh l'a commencé. La première question qu'il faudrait d'abord résoudre, c'est de
savoir si les versets ont été publiés dans l'ordre chronologique de
leur révélation. Comme vu plus haut, le Báb aussi bien que
Bahá’u’lláh mentionnent le nouveau Livre. Nous savons que
Bahá’u’lláh a répondu à diverses pétitions et lettres, et Adib Taherzadeh indique que déjà à Andrinople, Bahá’u’lláh avait commencé à révéler des lois en persan mais ne les a pas communiquées.222
Dans un extrait d'une Tablette révélée après l'Aqdas (Lawh-i-Abdu'r-Rahím, 'Akká, Ramadan 1291/oct-nov 1874), Bahá’u’lláh dit
ceci : « Alors que Nous étions en prison, Nous avons révélé un
Livre que Nous avons intitulé « Le Livre le Plus Saint. ».223
En prison signifie d'abord la prison d'Akká où Il est resté 2 ans 2
mois et 5 jours (soit jusqu'au 5/10/1870), et ensuite dans la maison
d'Udi Khammar en septembre 1871, après avoir été déplacé dans
plusieurs autres maisons.
Dans la 7e Ishráq, on trouve le fil : « Regarde ce que la Volonté de
Dieu a révélé à Notre arrivée dans la Ville Prison et enregistré
220 K173
221 K38
222 Taherzadeh, The Revelation Bahá'u'lláh n° 3, chap.13
223 Voir Tablettes révélées après l'Aqdas (section Autres)
dans le Plus Saint Livre. » Il y est arrivé le 31 août 1868, et fait
ici référence au paragraphe 48.1 ou verset 119. Si l'ordre est chronologique, les 118 premiers versets auraient donc probablement
été révélés à Andrinople, avant le 12/08/1868, ce que semble
confirmer la liste de Leiden.
A partir du verset 186 (par.78.1), les versets s'adressent aux rois et
dans le verset 211 (par. 86.4) Il parle de la chute de Napoléon III.
Napoléon a été fait prisonnier le 03/09/1870. Dans ce dernier cas,
les versets 119 à 185 ont peut-être été révélés dans la prison et la
suite dès septembre 1871 dans la maison d'Udi Khammar. Mais ce
ne sont que pures conjectures.
Donc, Il achève la Révélation de l'Aqdas dans la maison d'Udi
Khammar, et A.Taherzadeh dit que l'Aqdas est rendu publique la
même année que le mariage de 'Abdu'l-Bahá avec Munirih Khá-
num (08/03/1873), donc 1873. Dans une tablette écrite par Mirzá
Áqá Ján, le secrétaire de Bahá'u'lláh, datée du 15 Jamadiyu'l-Avval
1290 (11 juillet 1873), il est stipulé que le Kitáb-i-Aqdas fut rendu
public vers cette période.
Dans la même année où fut rendu public le Kitáb-i-Aqdas,
Bahá'u'lláh autorisa Hojjat-al-islam, qui se trouvait à Akká, d'en
recopier certaines parties et de les partager avec les amis de Perse.
Puis à nouveau, il insista sur la sagesse et la discrétion dans l'application de ses lois. Il refusa même que la loi sur le Huqúqu'lláh
soit appliquée.
Si, donc, l'ordre est chronologique, Bahá’u’lláh aurait mis environ cinq ans pour le terminer, ce qui pourrait expliquer l'aspect un
peu disparate du texte.
Dans la Lawh-i-Hájí `Alí Langarúd – ('Akká - Date: Rabi'u'l-Avval 1292/April-May 1875), Bahá'u'lláh écrit :
« Dans la Très-Grande-Prison, cet Opprimé a lu attentivement ta
lettre et est informé de ta recherche au sujet des commandements
de Dieu concernant la résurrection et les moyens d’existence......Il
y a un an, le Très-Saint-Livre descendit du firmament de la géné-
rosité du Seigneur des noms. Si Dieu le veut, tu pourras, par sa
Réflexions 55
grâce, accomplir ce qui y est révélé. »224 Bahá'u'lláh a donc reçu
cette lettre lors de son séjour à 'Akká (1868-1877). Ceci semble
indiquer que Bahá'u'lláh aurait achevé complètement l'Aqdas dans
sa version définitive après quelques amendements vers le début
1874, bien qu'il en ait envoyé le principal aux amis de Perse en
1873.
La 8e Ishráq apporte un ajout à l'Aqdas, si important qu'Il le ré-
pète dans les Bishárát (13ème). Les Ishraqát, adressées à Jalíl-i-
Khu'í, un croyant d' Azerbaïdjan, ont probablement été révélées en
1885 et les Bishárát révélées à une date et un destinataire inconnus, mais probablement vers 1891.
C'est en 1890-91 que Bahá'u'lláh fait imprimer l'Aqdas en arabe à
Bombay, en Indes, (l'imprimerie appartenant à un cousin du Báb)
sous le titre Al Kitábu'l-Aqdas. Cette publication de 380 pages,
contient 66 Tablettes révélées par Bahá’u’lláh, en addition au
Texte de l'Aqdas, toutes dans l'écriture de Mírzá Ḥusayn-i-
Khurṭúmí qui devint briseur d'Alliance après l'Ascension de
Bahá’u’lláh.225
Une deuxième édition de 263 pages sera publiée à Bombay en
1896 et contient les mêmes Tablettes, dont beaucoup n'ont pas encore été traduites en anglais.226
Il y aura une première traduction du Texte même de l'Aqdas en
russe par Tumanski en 1899. Vers 1900, Antun Haddad aux
U.S.A. fait une première traduction en anglais. En 1931, il semblerait qu'une édition publiée à Baghdád (Inayad) ait contenu deux
paragraphes de plus que l'édition de Bombay227. Ils sont apparemment authentiques mais ont été enlevés par Bahá'u'lláh avant que
l'édition de Bombay ne soit préparée. Il y a eu plusieurs autres
traductions, entre autre en 1961, mais de très mauvaise qualité. Ce
n'est pas avant l'année 1953 que Shoghi Effendi fit les premiers
pas vers la production d'une traduction complète du Livre, annon-
224 Ibid.
225 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P.Daoust
226 Lettre du Research Department, Haifa, du 19 novembre 2019 à P. Daoust
227 https://senmcglinn.wordpress.com/leiden-list/
çant son intention de préparer un synopsis et codification de ses
dispositions comme l'un des buts de sa Croisade mondiale de dix
ans couvrant les années 1953-63. Au printemps 1957, il y travailla
encore trois semaines avant de devoir quitter Haïfa228 ; il en traduisit en tout 21 passages. Son décès en 1957 intervint avant qu'il soit
capable d'achever cette tâche, mais le travail sur le projet fut repris
par la nouvellement élue Maison Universelle de Justice comme
partie de son Plan de neuf ans (1964-73). En 1973, sort le Synopsis et codification, avec les 21 passages traduits par Shoghi Effendi, publié par la Maison Universelle de Justice. Et finalement, en
1992, la Maison Universelle de Justice publie la version officielle
avec préface, introduction, l'Aqdas, les questions et réponses, le
synopsis et les notes.
C'est donc là tout ce que nous savons à l'heure actuelle. Et c'est
Bahá'u'lláh Lui-Même qui lui a donné le titre Kitáb-i-Aqdas, au
lieu de Al Kitábu'l-Aqdas.229
Revenons maintenant aux aspects spirituels.
Bahá’u’lláh insiste d'abord beaucoup sur le raffinement 230, que ce
soit dans l'habillement (même jusqu'à la soie et les fourrures), à
l'utilisation d'ustensiles de valeur231, la coupe des cheveux et de la
barbe232, l'interdiction de la consommation d'alcool ou de
drogues233, la musique que l'on écoute234, le changement du mobilier tous les 19 ans235 et en général à une propreté parfaite, sauf
bien sûr quand les moyens ou la situation ne le permettent pas (je
n'ose imaginer dans quel état se trouvaient les prisonniers dans la
228 The Guardian of the Bahá'í Faith, by Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum
(London: Baha'i Publishing Trust, 1988, p.338)
229 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P. Daoust
230 K46
231 Ibid.
232 K159, 44
233 K119, 190
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235 K151
Réflexions 57
prison d' 'Akká). Mais plus important encore est le raffinement intérieur, par l'élégance des gestes, des paroles (jusqu'à l'éloquence),
la sagesse des propos, l'abstention des disputes ou des vaines discussions et la courtoisie.
« Accrochez-vous fermement au raffinement en toutes circonstances, afin que vos yeux puissent être préservés de ce qui est ré-
pugnant »236 Bahá’u’lláh aimait d'ailleurs beaucoup les roses et
donc : « Faites usage d'eau-de-rose, et de pur parfum »237
Le mot originel arabe « latáfah », rendu ici par « raffinement », présente une large gamme de significations aux implications tant spirituelles que physiques telles que l'élégance, la grâce,
la propreté, la courtoisie, la politesse, la douceur, la délicatesse et
la bienveillance, tout comme le fait d’être discret, raffiné, sanctifié
et pur.238
En ce qui concerne la musique, Bahá’u’lláh nous avertit : « Prenez garde cependant de peur que leur écoute ne vous entraîne à
dépasser les limites de la correction et de la dignité. »239 Et de manière générale : , « Comportez-vous avec correction en toutes circonstances »240, « Qu'il n'y ait rien dans votre comportement que
des esprits sains et justes désapprouveraient »241
Une chose qui me touche, c'est que Bahá’u’lláh, dans son enfance,
a connu une vie empreinte de ce raffinement puisque son père,
Mirzá Buzurg, était un noble de la province de Núr qui avait travaillé au service de Fatḥ-‘Alí Sháh, en particulier grâce à ses talents de calligraphe. Cela a dû être particulièrement difficile sur le
plan moral de se retrouver dans des prisons ou pendant de longues
périodes d'exil, où j'imagine que leur situation n'était pas brillante
du tout, et que tout ce qui tenait au raffinement avait complètement disparu.
236 K46
237 K76
238 N74
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A nouveau, nous sommes presque opposés aux tendances actuelles
où le ridicule devient une norme, que ce soit dans l'habillement,
les manières ou les paroles. Ceci dit, l'extérieur ne reflète pas toujours l'âme. Beaucoup se créent ainsi une façade qui a souvent
pour but d'étaler un richesse matérielle ou un semblant de connaissances alors que l'intérieur est vide. Cela évidemment parce que
les valeurs présentes sont celles du matérialisme décrié par
Bahá’u’lláh. « Quel avantage y a-t-il dans les choses terrestres
que les humains possèdent ? Ce qui leur profitera, ils l'ont complètement négligé. »242
Tout cela demande un profond changement de paradigme, où ce
sont les valeurs morales et spirituelles qui primeront et où les
âmes libérées pourront s'envoler vers des hauteurs que nous ne
pouvons imaginer.
Vient ensuite la loyauté. Mélange de fidélité et d'honnêteté, elle
est essentielle pour que s'établisse une relation de confiance. Elle
est aussi étroitement liée à la véracité et à la sincérité. « Les fruits
qui conviennent le mieux à l'arbre de la vie humaine sont la
loyauté et la piété, la véracité et la sincérité. »243. Sans confiance,
rien ne peut se faire. Et là encore, force est de constater que dans
la société d'aujourd'hui ce sont le mensonge et la tricherie qui ont
pignon sur rue.
Dans la 9ème Feuille du Paradis, Bahá’u’lláh déclare : « L'épuration de ces corruptions profondément enracinées et accablantes
ne pourra être effectuée que lorsque les peuples du monde s'uniront à la poursuite d'un but commun et embrasseront une foi universelle. » Et dans l'Aqdas, bien que le contexte concerne le Droit
de Dieu, je pense que l'on peut indifféremment appliquer ce verset
dans d'autres situations : « Celui qui compose déloyalement avec
Dieu rencontrera lui-même par justice la déloyauté »244
Bahá’u’lláh a parfaitement accompli le mandat reçu de Dieu mal-
242 K40
243 Q106
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Réflexions 59
gré toutes les difficultés subies pendant environ 40 ans. A nous de
mériter également Sa confiance et de nous montrer dignes du cadeau le plus précieux qu'Il nous ait offert : Son Alliance. Nous y
reviendrons.
Même le processus d'élections repose sur la confiance envers certains individus que nous choisissons en âme et conscience pour
gérer les communautés. Qu'il n'y ait pas de propagande ni de candidature ni de proposition de candidature est une véritable béné-
diction. Même ne pas parler à d'autres de ceux que l'on choisirait
est une question de loyauté. En parlant des personnes élues, le verset est clair : « Il leur incombe d'être les gens dignes de la
confiance du Miséricordieux parmi les humains et de se considé-
rer comme les gardiens désignés par Dieu pour tous ceux qui habitent sur terre. »245 Leur responsabilité est donc énorme et pas
toujours bien comprise.
La piété, citée dans l'extrait ci-dessus, est notre attachement aux
règles édictées par la Manifestation divine. Elle demande avant
tout l'humilité et l'amour face au Créateur, mais aussi une certaine
force d'âme. « Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt,
Celui qui est le Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne
de montrer de la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »246
« Quiconque a inhalé le doux parfum du Très-miséricordieux, et
reconnu la source de cette parole, accueillera avec ses propres
yeux les flèches de l'ennemi, afin de pouvoir établir la vérité des
lois de Dieu parmi les humains »247
En devenant bahá'í, nous prenons donc l'engagement de respecter
les lois et enseignements de Bahá’u’lláh, y inclus l'obéissance envers ‘Abdu’l-Bahá, Shoghi Effendi et les Institutions, la base
même de l'Alliance.
La véracité, le fait de ne dire que la vérité, est très importante si
245 K30
246 K64
247 K7
l'on veut obtenir la confiance. On peut même y associer un certain
goût de franchise. L'exemple par excellence est la Révélation de
Bahá’u’lláh elle-même : « Celles-ci, en vérité, sont les Lois de
Dieu. »248 « Ceci, vraiment, est la vérité, la vérité certaine. »249 Et
donc cette interpellation : « Celui qui renie cette Cause pourra-t-il
revendiquer la vérité d'une cause quelconque au sein de la création ? »250 Ce terme de vérité revient dans quasiment chaque paragraphe de l'Aqdas, Bahá’u’lláh insistant sur cette certitude que
toute Sa révélation est parfaitement vraie. « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce
n'est de rendre Dieu manifeste... » « Nous, en toute certitude,
n'avons eu d'autre intention dans le Royaume céleste que d'exalter
Sa Cause... » « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir
dans l'Empire d'en haut si ce n'est de vanter Dieu ... »251 Comment
pourrait-on en douter lorsque l'on voit les effets bénéfiques de Ses
enseignements ? Combien de fois ne fait-Il pas référence au « seul
vrai Dieu » ? À nous donc de traduire cette vérité dans nos paroles
et nos actes. « N'importe quel humain qui goûterait la douceur
des mots que les lèvres du Très-Miséricordieux ont voulu prononcer, quand bien même les trésors de la terre seraient en sa possession, celui-ci renoncerait à tous sans exception, afin de pouvoir
revendiquer la vérité ne fût-ce que d'un seul de Ses commandements... »252
En ce qui concerne l'Alliance, je ne m'étendrai pas longuement car
beaucoup de publications l'expliquent très bien. L'Aqdas est très
clair et l'exprime même d'une façon très poétique. N'importe qui
aurait écrit 'quand je serai mort et que j'aurai accompli tous mes
devoirs, adressez-vous à celui de mes descendants que Dieu aura
choisi'. Mais Bahá’u’lláh écrit : « Quand l'Océan de Ma présence
aura reflué et que le Livre de Ma révélation sera terminé, tournez
248 K29
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Réflexions 61
vos visages vers Celui que Dieu a prédestiné, Qui s'est ramifié de
cette antique Racine ».253 Comme toujours en poésie, il faut faire
travailler son imagination et se représenter visuellement ce qui est
suggéré. D'abord imaginer Sa présence comme un océan, puis voir
ce reflux comme lors d'une marée, constater l'étendue du travail
accompli, faire pivoter le visage vers cet élu de Dieu, et se repré-
senter la lignée d'Abraham dont est issu Bahá’u’lláh par sa troisième épouse, Keturah. Cette nomination de ‘Abdu’l-Bahá comme
successeur est encore précisée dans le Kitáb-i-‘Ahd (testament de
Bahá’u’lláh).
Certains d'ailleurs se demandaient si ‘Abdu’l-Bahá n'était pas aussi une Manifestation divine. Mais c'est oublier l'autre verset : «
Quiconque prétend à une révélation directe de Dieu, avant l'expiration de mille ans complets, un tel homme est assurément un imposteur mensonger. »254
Et ‘Abdu’l-Bahá à qui on avait posé la question a répondu simplement : « Je suis l'interprète du Verbe divin ; telle est mon interprétation. »255 coupant ainsi court à tout malentendu.
Bahá’u’lláh avait de même anticipé le Gardiennat et la Maison
Universelle de Justice : « Les dotations dédiées à la charité reviennent à Dieu, le Révélateur de Signes. Personne n'a le droit
d'en disposer sans permission de Celui qui est l'Aurore de la Ré-
vélation. Après Lui, cette autorité passera aux Aghsán, et après
eux à la Maison de Justice... »256 Est-il nécessaire de rappeler que
‘Abdu’l-Bahá avait désigné Shoghi Effendi comme successeur
dans son Testament ? Shoghi Effendi (Rabbání) était en effet un
Aghsán par sa mère Ḍíyáʼíyyih Khánum, fille de ‘Abdu’l-Bahá,
son père étant un Afnán. Celui que l'on appelait le Gardien étant
décédé sans laisser de testament et sans avoir d'enfant, cette lignée
s'est éteinte et la Maison Universelle de Justice a déclaré qu'il
n'était plus possible de désigner un nouveau Gardien. Ceci met fin
253 K121
254 K37
255 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap.
‘Abdu’l-Bahá
256 K42
à toute possibilité d'interprétation des Textes révélés, mais la
somme d'écrits de ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi est telle que la
plupart des points obscurs ont reçu une réponse. C'est dans ce sens
que l'on considère que l'institution du Gardiennat existe toujours.
Toute velléité de schisme est ainsi écartée même si certains ont essayé, sans aucun succès.
Entre le décès de Shoghi Effendi en 1957 et la première élection
de la Maison Universelle de Justice en 1963, ce sont les Mains de
la Cause qui ont dirigé la communauté pendant six ans.
Toujours concernant l'Alliance, il y a un verset particulièrement
important et qui doit faire profondément réfléchir. : « Récitez les
versets de Dieu chaque matin et soir. »257 Par définition, réciter signifie déclamer de mémoire et à voix haute. Impossible me direzvous. Ce serait oublier un conseil que nous donne Bahá’u’lláh : «
Enseignez à vos enfants les versets révélés du ciel de la majesté et
du pouvoir, afin que, dans les tons les plus mélodieux, ils puissent
réciter les Tablettes du Très-Miséricordieux... »258 Les générations
futures auront donc beaucoup plus de facilités que nous. Mais
pourquoi est-ce d'une importance capitale ? Parce que : « Quiconque néglige de les réciter n'a pas été fidèle à l'Alliance de
Dieu et de Son Testament et quiconque se détourne de ces versets
sacrés en ce Jour est de ceux qui de toute éternité se sont détournés de Dieu.... »259 Ceci est quand même une terrible sentence, car
négliger, c'est une chose, mais s'en détourner, c'est encore plus
grave. Heureusement que dans sa grande bonté, Bahá’u’lláh nous
invite à la modération : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement. N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais plutôt ce qui les illuminera et les élèvera, de sorte
qu'elles puissent s'envoler sur les ailes des Versets divins vers
l'Aurore de Ses signes manifestes. »260 Bahá’u’lláh précise par
ailleurs ce qu'il faut entendre par 'verset' : « Il s’agit de tout ce qui
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Réflexions 63
est descendu du Ciel de la Parole divine. »261 Comme on peut le
constater, être fidèle à l'Alliance n'est donc pas simplement reconnaître la Manifestation...« Saisissez cette Anse Sûre et la Corde de
Ma puissante et inattaquable Cause. »262
Revenons aux qualités. Bahá’u’lláh en mentionne deux autres :
« Ornez vos têtes des couronnes de la loyauté et de la fidélité, vos
cœurs des atours de la crainte de Dieu, vos langues d'une absolue
véracité, vos corps du vêtement de la courtoisie. »263
La courtoisie est une attitude de politesse raffinée, une marque de
considération envers quelqu'un. Bahá’u’lláh y attache une grande
importance et demande même à pouvoir l'acquérir, preuve que
c'est une attitude difficile à mettre en pratique : « Je vous exhorte
à observer la courtoisie car c’est la reine de toutes les vertus.
Heureux celui que sa lumière illumine et qui porte l’habit de la
droiture. Celui qui est doté de courtoisie a vraiment atteint un
rang sublime. Il faut espérer que cet Opprimé et tous les autres
puissent l’acquérir, s’y tenir, l'observer et fixer notre regard sur
elle. »264
L'Aqdas mentionne certains aspects de cette courtoisie : le mari
qui part en voyage, fixe la date de son retour et tient sa promesse265, demander l'autorisation avant de pénétrer dans une maison266, répondre avec joie à une invitation et tenir parole267.
La droiture, ou encore intégrité, peut se définir comme la conformité à une ligne de conduite intellectuelle ou morale rigoureuse. Il
y a là un mélange de loyauté et d'honnêteté, de conduite irréprochable. « Assistez le Seigneur de toute la création avec des œuvres
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264 Lawḥ-i-Dunyá
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de droiture. »268
Il y a d'ailleurs une phrase étonnante de Bahá’u’lláh concernant
ceux qui ne reconnaissent pas la Manifestation : « ...quiconque en
est privé s'est égaré, même s'il est l'auteur de quelque acte intègre
que ce soit. »269 Ceci mérite de longues méditations, car cela veut
dire que quelqu'un qui a été droit dans ses actes fait de toute façon
fausse route.
Cette rectitude de conduite, mentionnée dans l'Aqdas comme le «
Sentier droit, immuable » , celui dont on ne dévie pas, a été par-
faitement symbolisée par Shoghi Effendi. Ceux qui sont déjà allé
à Bahjí n'auront pas manqué d'observer ces longs sentiers rectilignes qui convergent vers le Tombeau de Bahá’u’lláh.
Venons-en à cette fameuse crainte de Dieu dont la mention abonde
dans les Écrits. N'est-il pas normal qu'un enfant qui désobéit soit
puni ? Ne peut-on considérer que cette punition est une façon
d'éduquer un enfant ? Si un enfant à qui on a interdit de mettre la
main dans le feu se brûle, est-ce le feu qui est responsable ? N'y at-il pas des moments où il faut faire preuve d'autorité ? Est-ce que
faire preuve d'autorité est une injustice ou est-ce pour le bien de
l'enfant ?
Je suis persuadé que si l'enfant ne craint pas cette autorité, il lui
arrivera des problèmes. Et donc, dans ce cas, il faudra être encore
plus sévère dans les punitions. C'est un peu la même chose avec
Dieu : « Nous vous disciplinons avec la verge de la sagesse et des
lois, tout comme le père qui éduque son fils, et ceci uniquement
pour votre propre protection et l'élévation de vos rangs. »271 La
crainte de Dieu n'est pas une peur instinctive, irraisonnée, mais le
respect d'une autorité qui se montre parfois sévère mais toujours
juste. Dieu n'est pas un vengeur mais un justicier. Ne pas respecter
Ses lois et préceptes entraîne des conséquences vis-à-vis desquelles Il nous a prévenu, et nous sommes seuls responsables des
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269 K1
270 K14,12,186
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Réflexions 65
problèmes rencontrés. En craignant Dieu, ce sont Ses lois et Sa sagesse que nous acceptons consciemment. Et donc, nous modelons
nos actes sur ce qu'Il nous demande.
« Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt, Celui qui est le
Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne de montrer de
la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »272 « craignez Dieu,
et ne soyez pas parmi les orgueilleux. »273 « ne mettez pas de côté
la crainte de Dieu et ne soyez pas parmi les négligents. »274 Il ne
s'agit pas d'une menace mais d'un conseil qui reflète l'amour que
Dieu porte envers Sa création. C'est un Dieu de bonté et de miséricorde qui pardonne notre manque d'attention et nos moments
d'égarement. Craignons nos parents car les conseils qu'ils nous
donnent sont les signes de leur amour.
« Ce qui éduque le monde est la Justice car elle est soutenue par
deux piliers, la récompense et la punition. Ces deux piliers sont
les sources de vie pour le monde. »275
Or, la justice est bien le but, car sans elle il ne peut y avoir d'unité.
Et l'appellation Maisons de Justice n'est pas anodine.
Qui d'autre que Shoghi Effendi pourrait aussi bien l'exprimer ?
"Dieu...ne fait pas que punir les actes répréhensibles de Ses enfants. Il punit parce qu'Il est juste et Il châtie parce qu'Il aime. Les
ayant châtiés, Il ne peut, en Sa grande miséricorde, les laisser à
leur sort. En vérité, par l'acte même de son châtiment, Il les pré-
pare à la mission pour laquelle Il les a créés. « Ma calamité est
Ma providence », leur a-t-Il assuré par la bouche de Bahá'u'lláh,
« extérieurement c'est feu et vengeance, mais intérieurement c'est
lumière et miséricorde »."276
Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse : si vous l'avez remarqué,
90 % des citations sont tirées de l'Aqdas...et c'est loin d'être fini.
Avant de continuer, j'aimerais mentionner à la fois le style et la
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275 8ème Ishráq
276 The Promised Day is Come, The Weakened Pillars of Religion
poésie des versets de Bahá’u’lláh. Le Pr. Bushrui écrit ceci : « Le
style est un mélange délicat de caractéristiques appartenant à la
fois à la prose et à la poésie, à la musique tempérée par la discipline d'une expression précise et sans équivoque. Il y a de l'allité-
ration, de l'assonance, de la répétition, et de l'onomatopée. Le
timbre musical diffère de thème en thème, mais reste intégralement associé à la digne sonorité, aux rythmes exaltants et aux cadences mélodieuses de la langue arabe dans laquelle elle est formulée. »277 Personnellement je trouve que le plus poétique des
versets de l'Aqdas est celui-ci : « Béni est celui qui découvre le
parfum des significations intérieures dans les traces de cette
Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont
portées sur la création toute entière, et par le calme de laquelle
l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de
l'être. »278 Celui qui veut bien prendre le temps de l'analyser et de
méditer sur chaque mot découvrira tout le potentiel contenu dans
cette phrase. La poésie de Bahá’u’lláh à travers l'Aqdas a par
ailleurs fait l'objet d'un autre livre : « Chaque verset, récité dans
les tons mélodieux que permet l'arabe, en appelle aux sentiments
que suscitent la philosophie des mots. Il s'y trouve encore bien des
choses et des significations que les générations futures découvriront progressivement au fur et à mesure que la connaissance spirituelle et la maturité de l'esprit humain croîtront. »279 Shoghi Effendi écrit d'ailleurs : « Une compréhension exacte et parfaite
d'un système si vaste, d'une révélation si sublime, d'un dépôt si
sacré, est, pour des raisons évidentes, hors de la portée et de la
compétence de nos esprits limités. » 280
Il est évident que de nombreux versets ont ce caractère poétique,
bien que malheureusement ce soit moins percutant dans une autre
langue que l'arabe et le persan. Voici ce qu'en disait Adib Taherzadeh (ancien membre de la Maison Universelle de Justice) : « Le
277 « The Style of the Kitáb-i-Aqdas – Aspects of the Sublime » by Suheil
Bushrui
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279 La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de l'Esthétique » par P. Daoust
280 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
Réflexions 67
Kitáb-i-Aqdas qui est le plus puissant et le plus exalté des écrits
de Bahá'u'lláh est aussi l'un des plus beaux d'un point de vue litté-
raire, il est sans égal par son éloquence, inégalé par sa clarté, enchanteur par son style, superbe dans sa composition et varié dans
ses thèmes. Chaque phrase est simple et facilement compréhensible par le lecteur ; il est impossible de suggérer une construction
meilleure et plus éloquente. C'est le chef d’œuvre des paroles de
Bahá’u’lláh. »281 Et le Pr. Bushrui d'aller encore plus loin : "'La
congruence sublime de forme et de contenu dans le Kitáb-i-Aqdas
produit un effet tel qu'il peut engendrer une transformation radicale en ceux qui reçoivent le Mot et le lisent attentivement avec
révérence."
Je mentionnerai encore brièvement d'autres qualités spirituelles
que l'on trouve dans l'Aqdas car chacune mériterait un long chapitre. Or, je suis déjà convaincu que vous avez compris que l'Aqdas recèle bien plus que des lois et que tout cela n'est pas pour
dans quelques siècles. Les mentions de ces qualités sont d'ailleurs
omniprésentes à travers tous les Écrits. Elles dérivent toutes des
Noms et Attributs divins que chacun de nous possède à des degrés
divers, développés par l'éducation. Citons rapidement : la compassion, l'humilité, l'altruisme, la modération, la clémence ou le
pardon, la bonté, l'affection ou l'amitié, et l'amour.
Il est bon d'être compatissant, sauf peut-être lorsqu'il faut appliquer certaines lois car lorsqu'il s'agit de la protection de la socié-
té, c'est la justice qui doit prévaloir : « Prenez garde que, par compassion, vous négligiez de mettre à exécution les statuts de la religion de Dieu... »282 On peut évidemment beaucoup mieux comprendre une telle sévérité lorsqu'on la replace dans un contexte où
plus personne ne sera dans le besoin. De son côté, -sur un plan
spirituel et non plus juridique-, ‘Abdu’l-Bahá explique qu'un signe
de compassion est parfois le silence : « Le royaume de Dieu est
281 La révélation de Bahá'u'lláh Volume 3 - Adib Taherzadeh , chap. 13
282 K45
fondé sur l'équité et la justice, et aussi sur la miséricorde, la compassion et la gentillesse envers chaque âme vivante. Efforcez-vous
donc, de tout votre cœur, de traiter avec compassion tous les êtres
humains, à l'exception de ceux qui nourrissent des ambitions
égoïstes, personnelles, ou qui sont atteints de quelque maladie de
l'âme. Nous ne pouvons manifester de la bonté à l'égard du tyran,
du tricheur ou du voleur car, loin de les éveiller à leurs fautes,
nous les inciterions à continuer dans leur perversité. Peu importe
la gentillesse que vous montrerez envers le menteur, il n'en continuera pas moins à mentir de plus belle, car il croira vous avoir
abusé, alors que vous ne le comprenez que trop bien et que votre
silence n'est motivé que par votre extrême compassion. »283
Bahá’u’lláh ne mentionne pas spécifiquement l'humilité dans
l'Aqdas, mais on la devine aisément à travers certains versets et
encore plus particulièrement dans les Prières obligatoires où
même les prosternations ont un sens. ‘Abdu’l-Bahá indique que «
dans chaque mot et dans chaque mouvement de la Prière obligatoire il y a des allusions, des mystères et une sagesse que l’humain est incapable de comprendre, et que lettres et parchemins
ne peuvent contenir ».284 Face aux Attributs divins, à la connaissance et au pouvoir divins, nous ne sommes que de la poussière.
« Qui suis-je, autrement, pour oser me tenir à l’entrée de la cité
de Ta proximité, ou lever mon visage vers les lumières qui luisent
du ciel de Ta volonté ? »285
L'altruisme est une évidence, et surtout l'attention portée aux
pauvres. « Ne souhaitez pas pour les autres ce que vous ne souhaitez pas pour vous-mêmes »286 C'est court mais très clair.
La modération est certes nécessaire en toutes choses. Et elle l'est
aussi sur le plan spirituel : « Ne vous lamentez pas en vos heures
283 Sélection des écrits de 'Abdu'l-Bahá, chap. 138
284 N4
285 Longue prière obligatoire
286 K148
Réflexions 69
d'épreuve, ni ne vous en réjouissez ; cherchez le Juste Milieu qui
est le souvenir de Moi dans vos afflictions et réflexion sur ce qui
peut vous arriver dans le futur. »287
Il est évidemment bien de pardonner à ceux qui nous ont fait du
tort, en faisant ainsi preuve de clémence, et cela était souvent ré-
pété par ‘Abdu’l-Bahá, mais lorsque certaines limites sont dépassées, le seul qui puisse vraiment pardonner est Dieu : « Lui, en
vérité, accorde le pardon à qui Il veut... »288 « Béni est celui qui,
à l'aube, concentrant ses pensées vers Dieu, absorbé dans Son
souvenir, et suppliant Son pardon, dirige ses pas vers le Mashriqu’l-Adhkár... »289 Concernant celui qui se prétendrait Manifestation avant mille ans, Bahá’u’lláh écrit : « S'il se repent, Dieu,
sans aucun doute, lui pardonnera. »290 Dans son Testament, Il dé-
clare : « Dieu a pardonné ce qui est passé. » et de même dans le
Testament de ‘Abdu’l-Bahá : « Mon Dieu, mon Dieu! Humble,
suppliant, la face contre terre, je t'implore, de toute l'ardeur de
ma prière, de pardonner à tous ceux qui m'ont fait du mal... »
La bonté ne demande pas d'explication. C'est encore l'un des attributs de Dieu. « L’œil de Sa tendre bonté sera éternellement dirigé vers toi »291
L'affection et l'amitié, associée à la gentillesse, est un état qui devrait caractériser tous les "amis" bahá'ís. « Soyez comme les doigts
d'une seule main, les membres d'un seul corps. »292 Elle en appelle
à être serviable, à être à l'écoute, à respecter, à développer même
une forme de complicité et à ne pas considérer les autres comme
inférieurs. Elle donne ainsi le sentiment d'être membre d'une seule
et même famille. « Vous êtes tous les feuilles d’un seul arbre et les
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288 K49
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gouttes d’un seul océan. »293 La gentillesse envers les parents est
particulièrement importante : « ...plus grand que tout, après la reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la
considération pour les droits qui sont dus aux parents. Cet enseignement a été mentionné dans tous les Livres de Dieu, et réaffirmé par la Plume la Plus Exaltée. Considérez ce que le Seigneur
Miséricordieux a révélé dans le Qur'án, exaltés sont Ses mots :
« Rendez grâce à Dieu, ne Lui associez aucun pair ou égal ; et
manifestez gentillesse et charité envers vos parents... » Observez
comment l'amour bienveillant envers les parents a été lié à la reconnaissance du seul vrai Dieu ! »294
Quant à l'amour, c'est très simple : « Je porte témoignage, ô mon
Dieu, que Tu m'as créé pour Te connaître et pour T'adorer... »295
Nous parlons ici bien évidemment de l'amour que nous portons à
Dieu et que Lui nous porte dans une relation de nécessaire réciprocité. Les Paroles Cachées abondent de cette notion : « Aime-
Moi pour que Je puisse t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, Mon amour
ne peut aucunement t'atteindre. »296 Et dans l'Aqdas : « Observe
Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. »297 « Dieu a
fait de Mon amour caché la clé du Trésor ; puissiez-vous le percevoir ! Si ce n'était la clé, le Trésor serait resté de toute éternité
dissimulé ; puissiez-vous le croire ! »298 « Celui qui atteint Mon
amour a titre à un trône d'or, d'y siéger avec honneur sur le
monde entier »299 « Brûlez les voiles avec le feu de Mon
amour... »300 « Ceux qui, par amour de Dieu, se lèvent pour servir
Sa Cause, sont les bénéficiaires de l’inspiration divine venant du
293 8ème Ishráq
294 Q106
295 Courte prière obligatoire
296 Parole cachée arabe n° 5
297 K4
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Réflexions 71
Royaume invisible. »301
Comment ne pas mentionner la sagesse ? « Les mers de la Sagesse divine et de la Parole divine se sont levées sous le souffle de
la brise du Très-Miséricordieux. »302 « La sagesse de Dieu, vraiment, a englobé toutes chose. »303 « Immergez-vous dans l'océan
de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets, et découvrir
toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans ses profondeurs. »304
En cela, Bahá’u’lláh dépasse bien des philosophes (φιλεῖν, philein : aimer ; et σοφία, sophia : sagesse) et Sa Lawḥ-i-Ḥikmat (Tablette de la Sagesse) est un véritable bijou.
Et arrive alors cette phrase énigmatique : « En Ma présence parmi
vous il y a une sagesse et en Mon absence il y en a encore une
autre, impénétrable à tous sauf Dieu, l'Incomparable, l'Omniscient. »305
Notre vie est un long chemin vers tous ces idéaux, et de notre évolution spirituelle, individuelle et collective, dépend l'avancement
de l'humanité dans tous les domaines. Une organisation équilibrée
de la société humaine ne dépend pas seulement de beaux principes
intellectuels, mais principalement de ce développement spirituel.
Nos communautés et institutions ne peuvent pas fonctionner sans
ce développement. Tant que l'humain n'aura pas conquis son égo,
les injustices continueront, ainsi que la médisance, les calomnies,
les conflits, les dérapages sexuels, la cupidité, le désir de pouvoir,
les préjugés, tout cela ne conduisant qu'à une seule chose : la désunion, ce qui est l'antithèse de la Foi. « Réfléchis en ton cœur à
comment il te convient d'être... »306 Oui, il nous convient d'être
301 8ème Ishráq
302 K2
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306 Parole cachée arabe n° 2
juste car la justice est la chose la plus chérie aux yeux de Dieu. 307
C'est non seulement une affaire de cerveau mais également de
cœur. Il est vraiment malheureux que les leaders religieux aient à
ce point perverti les religions car c'est une des principales raisons
pour lesquelles une majorité de gens rejettent maintenant l'idée de
Dieu et de la spiritualité, jusqu'à nier l'existence de l'âme. Pourtant, à leur origine, toutes les religions prônent l'acquisition des
mêmes qualités.
Le facteur le plus important est donc l'éducation : « L'humain est
le suprême Talisman. Cependant, le manque d'une éducation adé-
quate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot
émané de la bouche de Dieu il fut appelé à l'existence ; par un
mot de plus il fut guidé à reconnaître la Source de son éducation ;
par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une mine
riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation,
seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité
d'en profiter. Si quelque humain méditait sur ce que les Écritures,
descendues du ciel de la sainte Volonté de Dieu, ont révélé, il reconnaîtrait aisément que Leur dessein est que tous les humains
soient considérés comme une seule âme, afin que le sceau portant
les mots « Le Royaume appartiendra à Dieu » puisse être imprimé
sur chaque cœur et que la lumière de la Bonté divine, de la grâce
et de la miséricorde puisse envelopper toute l'humanité. »308
Cet humain, talisman censé protéger toute forme de vie sur terre,
est actuellement en train de faire l'inverse et de tout détruire. Pourtant comme le dit Bahá’u’lláh, nous possédons toutes ces qualités
à l'intérieur de nous. Dans les Questions-réponses n° 106,
Bahá’u’lláh écrit : « Les Prophètes et les Choisis ont tous reçu
pour mission du Seul Vrai Dieu, magnifiée soit Sa gloire, de nourrir les arbres de l'existence humaine avec les eaux vives de la
droiture et de l'entendement, que puisse apparaître d'eux ce que
307 Ibid.
308 Lawh-i-Maqsúd
Réflexions 73
Dieu a déposé au sein de leur moi le plus profond....Le dessein de
ces Éducateurs, dans tout ce qu'ils ont dit et enseigné, était de pré-
server le rang exalté de l'humain. »309 Il confie d'ailleurs une tâche
énorme aux pères : « A chaque père a été enjointe l'instruction de
son fils et de sa fille dans l'art de la lecture et de l'écriture et dans
tout ce qui a été fixé dans la Sainte Tablette. »310 L'art de la lecture
n'est pas simplement lire, mais surtout comprendre ce que l'on lit
et y réfléchir. L'art de l'écriture n'est pas seulement faire de jolies
lettres, c'est avant tout de savoir écrire avec précision, concision et
clarté. Et donc Bahá’u’lláh continue : « Heureux ceux qui sont
doués de vraie sagesse et de compréhension, qui voient et per-
çoivent, qui lisent et comprennent, et qui observent ce que Dieu a
révélé dans les Livres Saints du passé, et dans cette incomparable
et merveilleuse Tablette. »311
Ceci nous amène tout naturellement à considérer la 'connaissance'.
Première constatation : « Dieu, en vérité, a connaissance de ce
dont vous ne connaissez rien. »312 Dieu est « Celui qui détient la
connaissance de choses cachées »313
Bahá’u’lláh encourage bien sûr l'apprentissage et l'instruction :
« Nous vous avons permis de lire ces sciences qui vous sont profitables, non celles qui finissent en vaines discussions. »314 Mais Il
parle surtout d'une autre connaissance : « Nous avons décrété, ô
peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »315 Or, cette
connaissance relève d'autres facultés : « La compréhension de Ses
mots et la compréhension des paroles des Oiseaux du Ciel, ne dé-
pendent en aucune façon de l'étude humaine. Elles dépendent
seulement de la pureté du cœur, de la chasteté de l'âme et de la li-
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310 K48
311 Q 106
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berté d'esprit. »316
La Manifestation divine est évidemment l'exemple parfait de ce
type de connaissance : « En Nous se trouve la connaissance de
toutes choses, inscrite sur une Tablette lucide. »317 Bahá’u’lláh
écrit d'ailleurs : « Nous eûmes parfaite connaissance du Livre alors
que vous n'étiez pas encore nés. »318, ce Livre étant de toute évidence
le Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »319 « Ceci est un Livre qui est devenu la
Lampe de l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable,
parmi les peuples de la terre. Dis : Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux qui appréhendent, »320
Une des plus grandes preuves de la suprématie de Bahá’u’lláh est
que : « Nous ne sommes entré dans aucune école, et n'avons lu
aucune de vos thèses. »321 Mais par contre : « Nous, vraiment,
avons mis les pieds dans l'École de la signification intérieure et de
l'explication lorsque toutes choses créées en étaient inconscientes. »322 et cette connaissance est celle de Dieu Lui-même. « En
vérité, Dieu a créé cette École avant qu'Il ait créé le ciel et la terre,
et Nous y sommes entré avant que les lettres S, O, I et S soient jointes
et réunies. »323
Il y a là quelque chose d'énigmatique car cela voudrait dire que cette
école et la connaissance qui s'y rattache existaient avant même la
création, avant même le commencement qui n'a pas de commencement324. De quoi alimenter de passionnantes discussions ! Et si nous
sommes bien sages, nous serons récompensés, comme Il le dit au sujet du Bayán : « Si tel est Son désir, Il vous exposera ce qui y est ré-
vélé, et vous divulguera les perles de connaissance et de sagesse di-
316 Kitáb-i-Íqán
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Réflexions 75
vines camouflées dans l'océan de Ses mots. »325
Par contre, Bahá’u’lláh n'aime pas les ignorants qui ont la prétention et l'orgueil de vouloir se mesurer à Lui : « Prenez garde que
parmi les humains la flamme de l'ignorance ridicule ne vous domine. »326 « Nous trouvons certains humains désirant la liberté et
s'en flattant eux-mêmes. De tels humains sont dans les profondeurs de l'ignorance. »327
Il vise d'ailleurs souvent les théologiens, ces oulémas (c'est le
terme utilisé dans le texte arabe) qui se prennent pour des lumières. « Ô assemblée de théologiens ! Quand mes versets furent
envoyés, et Mes clairs signes furent révélés, Nous vous trouvâmes
derrière les voiles. »328
Pour résumer, la connaissance de la Révélation bahá'íe ne passe
pas forcément par l'érudition, l'important étant d'avoir reconnu
Bahá’u’lláh, de savoir qui Il est, de connaître des bribes de son
histoire tumultueuse, de connaître un minimum de Sa révélation,
et cela peut s'acquérir même si l'on est illettré. « Regarde, comment celui qui, le jour de la révélation de Dieu, n'arrive pas à atteindre la grâce de la " divine présence " et à reconnaître Sa manifestation, peut-il être qualifié avec raison d'érudit, même s'il a
passé des siècles à poursuivre la connaissance, et même s'il a acquis tout le savoir limité et matériel de l'homme ? Il est assuré-
ment évident qu'il ne peut en aucun cas être considéré comme
quelqu'un qui possède la connaissance véritable. Alors que le plus
illettré des hommes, s'il a l'honneur de recevoir cette distinction
suprême est, en vérité, considéré comme l'un de ces hommes divinement érudits dont la connaissance émane de Dieu; car un tel
homme a atteint le faîte de la connaissance et est parvenu au
sommet le plus haut du savoir. »329 Souvenez-vous : "pureté du
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329 Kitáb-i-Íqán
cœur, chasteté de l'âme et liberté d'esprit."
La conclusion mène au bonheur : « Heureux êtes-vous, ô vous les
instruits en Bahá. »330
Ceux qui ont rencontré Bahá’u’lláh ont eu une chance extraordinaire. Vivre à une époque où apparaît une Manifestation divine est
plus qu'un moment de grâce. « Si vous atteigniez la présence de
Celui que Nous rendrons manifeste, priez Dieu, en Sa bonté, d'accorder qu'Il puisse daigner s'asseoir sur vos divans, car cet acte
en lui-même vous conférerait un honneur incomparable et sans
pareil. S'Il buvait une coupe d'eau dans vos maisons, ceci serait
d'une plus grande conséquence pour vous que votre présentation
à chaque âme, non, à chaque chose créée, de l'eau de sa vie
même. Sachez cela, ô vous Mes serviteurs ! »331 « En vérité, Le
rencontrer est mieux pour vous que toute chose sur laquelle brille
le soleil, puissiez-vous le savoir. »332 Il était plus qu'un ensemble
d'Écrits, Il était le « Livre vivant ».333 Malheureusement, tout a une
fin et Bahá’u’lláh ne peut que conseiller : « Si des différends devaient s'élever entre vous à quelque sujet que ce soit, référez-en à
Dieu tant que le Soleil brille encore sur l'horizon de ce Ciel et,
quand Il se sera couché, référez-vous à quoi que ce soit qu'Il a
transmis. »334
Bahá’u’lláh, Manifestation divine, dotée de la Connaissance divine, reflétant tous les Noms et Attributs divins, détient en consé-
quence l'Autorité divine. « Celui qui est l'Aurore de la Cause de
Dieu [Bahá’u’lláh]...n'a pas d'associé dans la Plus Grande Infaillibilité. Il est Celui qui, dans le royaume de la création, est la
Manifestation de "Il fait absolument ce qu'Il veut". »335 « S'Il dé-
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Réflexions 77
crétait légal ce qui de temps immémorial a été interdit, et interdit
ce qui a, en tout temps, été considéré comme légal, à personne
n'est donné le droit de mettre en cause Son autorité. »336
Cette autorité est parfois imagée par la main : « Nous avons décacheté le Vin choisi avec les doigts de puissance et de pouvoir. »337,
« En vérité, il est en la main de Dieu de donner ce qu'Il veut à qui
Il veut... »338
Nous sommes ici face à une ambiguïté que mentionne Bahá’u’lláh
Lui-même : « Quand je contemple, ô mon Dieu, la relation qui me
lie à Toi, je suis poussé à proclamer à toutes choses 'en vérité, Je
suis Dieu !' ; et quand je considère mon propre moi, regarde, je le
trouve plus insignifiant que de la glaise. »339 Et donc, là où le
Qur'án déclare « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu », dans l'Aqdas
Bahá’u’lláh répète à neuf reprises : « Il n'y a pas d'autre Dieu que
Moi... » Bahá’u’lláh souligne dans plusieurs textes l'équivalence
de tous les Messagers divins, mais par ailleurs Il se réfère à Luimême en tant que Manifestation suprême, celle annoncée par tous
les autres, celle dont le Livre est maintenant la référence, celle qui
clôt le cycle adamique, prophétique, de 6.000 ans pour ouvrir le
cycle de l'accomplissement d'une durée de 500.000 ans.340
Je conseille vraiment la lecture approfondie de La Dispensation de
Bahá’u’lláh, écrit par Shoghi Effendi. J'insiste même...
C'est là aussi que réside tout le symbolisme du mot Bahá, dont la
valeur abjad est neuf : « Dis : ceci est ce savoir caché qui ne
changera jamais puisque son début est la valeur neuf, le symbole
qui présage le dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom. »341
[une petite remarque à ce sujet : le texte arabe ne se réfère pas au
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339 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh
340 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap. Bahá’u’lláh
341 K29
chiffre 9 (tis‘ah) mais à la lettre Ṭá’, dont la 'valeur' est neuf. On
retrouve cette lettre lorsque Bahá’u’lláh parle de la Terre de Ṭá’
(Téhéran) – remarquez le point en-dessous du Ṭ. La lettre arabe T,
translittérée sans point en-dessous a pour valeur abjad 400]. Voir
annexe pour les curieux.
Cette valeur 'neuf' est évidemment très symbolique : c'est le
nombre minimum de membres d'une Maison de Justice, les maisons d'adoration ont neuf côtés, c'est le nombre des grandes religions, constitue aussi la part d'héritage allouée aux enfants ;
l'amende pour l'adultère (neuf mithqáls), l'étoile à neuf branches,
la durée d'attente pour qu'une femme puisse prendre un autre mari
en cas de disparition de celui-ci, etc.
Une remarque importante : « Le Seigneur a ordonné qu'en chaque
ville une Maison de Justice soit établie, au sein de laquelle se rassembleront des conseillers au nombre de Bahá, et si ce nombre
était dépassé, peu importe. »342 La gestion d'une localité, d'un
pays, ou du monde, nécessite évidemment un nombre différent de
'conseillers'. Et je ne peux m'empêcher de considérer que l'Assemblée des Nations Unies est composée de représentants de 193
pays, ce qui n'empêche pas la consultation. Mieux encore, parlant
de la Plus Grande Paix, Bahá’u’lláh révèle : « Le temps doit venir
où il y aura une prise de conscience universelle de l'absolue né-
cessité d'un vaste et englobant rassemblement d'humains. Les dirigeants et rois de la terre devront impérativement y
participer... »343
Comme tout le monde le sait, l'autre chiffre symbolique est dixneuf. Par ailleurs, on trouve dans l'Aqdas un autre chiffre magique, 2.520 : « Selon le Livre de Dieu, les biens du défunt sont
divisés en deux mille cinq cent vingt parts, le plus petit commun
multiple de tous les nombres entiers jusqu'à neuf, et ces parts sont
ensuite réparties en sept portions, chacune étant allouée à une ca-
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343 Lawḥ-i-Maqṣúd
Réflexions 79
tégorie particulière d’héritiers, comme mentionné dans le
Livre. »344
Ce qui caractérise l'être humain, ce n'est pas tant la pensée que la
possibilité de l'exprimer et de la partager grâce à un langage articulé. Chaque tribu naissante a développé le sien, peut-être d'abord
par la nécessité de s'entendre sur les questions commerciales.
Chaque tribu étant relativement isolée des autres, des langages locaux se sont développés et c'est ainsi que l'humanité se retrouve à
parler une multitude de langues et de dialectes. Il y en aurait environ 7.000. Avec la poursuite des échanges commerciaux, puis philosophiques, scientifiques, artistiques, etc., un certain nombre
d'entre elles ont émergé plus que d'autres. C'est ainsi qu'en nombre
de locuteurs, on peut classer les premières comme suit : 1 l'anglais, 2 le mandarin, 3 le hindi, 4 l'espagnol, 5 le français, 6 le
bengali, 7 l'arabe, 8 le russe, 9 le portugais, 10 l'indonésien.345
Si j'en parle, c'est parce que les mots ont une importance capitale.
On pourrait aussi dire qu'il y a deux types de communications :
l'une, physique, par des sons ; l'autre, par des canaux absolument
inconnus liant non pas la pensée mais les âmes. Les âmes peuvent
communiquer entre elles même par le silence ; dans l'au-delà, les
âmes communiquent ; la prière est une communication avec Dieu.
Comment cela se fait est totalement inconnu. Or, les mots sont importants car ils peuvent être de nature à exprimer la pensée ou les
sentiments. Ce sont donc les effets recherchés qui sont importants.
« Chaque mot est doté d'un esprit ; c'est pourquoi l'orateur ou
l'exposant devrait soigneusement délivrer ses mots au moment et
au lieu appropriés, car l'impression créée par chaque mot est évidente et perceptible. Le Grand Être a dit : un mot peut être comparé au feu, un autre à la lumière et l'influence de chacun d'eux
dans le monde est manifeste. »346
Mais où cela se corse, c'est que le sens des mots évolue et le prin-
344 Q5
345 Wikipedia, Ethnologue (23e édition), 2020
346 Lawḥ-i-Maqṣúd
cipal facteur réside dans les messages apportés par chaque Manifestation divine. Il est de notoriété publique que l'arabe du Qur'án
est devenu la source de l'arabe classique. Et donc, Bahá’u’lláh Lui
aussi écrit dans la Lawḥ-i-Dunyá : « Par le mouvement de Notre
Plume de gloire, à l'injonction de l'Ordonnateur omnipotent,
Nous avons insufflé une nouvelle vie dans chaque trame humaine
et instillé en chaque mot un nouveau pouvoir. Toutes les choses
créées proclament les évidences de cette régénération mondiale. »
et dans la Lawḥ-i-Maqṣúd, Il parle longuement de leur influence
comme le montre le court extrait ci-dessus. C'est pourquoi il ne
faut pas seulement examiner le sens d'une phrase : chaque mot
peut receler des significations importantes, ce qui complique énormément les traductions qui font parfois perdre aux mots leur sens
profond. Ce que dit Bahá’u’lláh est important : « Immergez-vous
dans l'océan de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets,
et découvrir toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans
ses profondeurs. »347 Et dans Sa grande mansuétude, « Ces mots
sont à votre mesure, pas à celle de Dieu. »348 Il insiste même sur
cette distance qui nous sépare de Dieu : « le Livre lui-même est l'infaillible Balance établie parmi les humains. Dans cette plus parfaite
Balance, quoi que ce soit que les peuples et tribus de la terre possèdent doit être pesé, tout en devant calibrer son indication du poids
avec son propre étalon, si vous le saviez. »349
« Heureux est l'amoureux qui a inhalé la divine fragrance de son
Bien-aimé à travers ces mots, chargés du parfum d'une grâce qu'aucune langue ne peut décrire. »350
L'idéal serait que notre langue maternelle soit l'arabe pour goûter
pleinement à toutes leurs significations 'intérieures' et à toutes les
perles de sagesse que contiennent ces mots. Une langue universelle
est de toute évidence une nécessité, d'autant plus qu'elle sera la cause
la plus importante d'unité : « Ô membres des parlements de par le
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Réflexions 81
monde ! Choisissez une langue unique pour l'usage de tous sur terre,
et adoptez de même une écriture commune. Dieu, en vérité, vous fait
comprendre ce qui vous profitera et vous rendra capables d'être indépendants des autres....Ceci sera la cause de l'unité, puissiez-vous
l'appréhender, et le plus grand instrument pour promouvoir l'harmonie et la civilisation, si seulement vous pouvez comprendre ! »351
En ce qui concerne l'esperanto, ‘Abdu’l-Bahá a dit quelque chose
de très intéressant : « L'amour et l'effort consacrés à l'esperanto
ne seront pas perdus, mais une personne seule ne peut construire
une langue universelle. Cela doit être fait par un Conseil repré-
sentant tous les pays et elle doit contenir des mots de différentes
langues. Elle sera articulée autour des règles les plus simples et
ne comportera ni exceptions, ni genre, ni de lettres excédentaires
ou muettes. Chaque chose mentionnée n'aura qu'un nom. »352
En ce qui concerne une écriture universelle, je suis personnellement convaincu que sa base sera l'alphabet latin. Faut-il déjà en
voir un signe dans le fait que Shoghi Effendi ait mis au point un
système original de translittération ? L'avenir nous l'apprendra...
Le mot le plus important parmi tous est bien sûr l'injonction qui a
donné naissance à la création. On peut l'appeler Verbe puisque
c'est l'impératif du verbe 'être' : Sois ! « Au commencement était
le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. »353
Le mot arabe est 'kun' !, formé par les lettres k et n. En anglais il
suffit également de deux lettres : 'be !', mais en français c'est impossible et il faut donc 4 lettres. Nous en avons parlé en mentionnant l'École de Dieu : « En vérité, Dieu a créé cette École avant
qu'Il ait créé le ciel et la terre, et Nous y sommes entré avant que les
lettres S, O, I et S soient jointes et réunies. »354
Il s'agit donc là du premier Décret divin : « Tout ce qui existe, est
venu à l'existence par Son irrésistible décret. »355 Irrésistible donc...
351 K189
352 ‘Abdu’l-Bahá in London, p. 93
353 Bible, Jean, I:1
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« Ceci est, en vérité, ce Décret fixé par lequel chaque décret irrévocable a été établi. »356 Irrévocable donc...
« Ceci est le Décret de Dieu dissimulé jusqu'à présent au sein du
voile d'impénétrable mystère. »357 Impénétrable donc...
« Que personne, en ce Jour, ne s'attache à rien d'autre qu'à ce qui a
été manifesté en cette Révélation. Tel est le décret de Dieu, jadis et
dorénavant »358 Et rien d'autre...
"Rien d'autre qu'à ce qui a été manifesté en cette Révélation."
Comment pourrait-on lutter contre le Décret divin ?
« Ceci est la Parole de Dieu ; si seulement tu pouvais l'appréhender ! »359 « Ainsi les flots de l'Océan de Parole ont-ils déferlé,
propulsant les perles des lois décrétées par le Seigneur de toute
l'humanité. »360
« Si vous pouviez découvrir la source d'où est diffusée la splendeur de cette parole, vous abandonneriez les peuples du monde et
tout ce qu'ils possèdent, et vous vous approcheriez de ce Siège de
gloire le plus sacré. »361
La Plume est le parfait symbole de la Révélation. Nous avons la
chance extraordinaire d'avoir des Écrits, ce qui n'est pas le cas des
autres religions, sauf dans une certaine mesure l'Islám. Non seulement une tradition orale se perd mais elle se déforme aussi. Les
Textes bahá'ís apportent la preuve non seulement de leur authenticité, mais aussi de leur exactitude au point que personne ne peut
les interpréter excepté ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi.
Les qualificatifs associés à la Plume abondent dans l'Aqdas et ont
du sens dans le contexte du Verset. En voici quelques-uns : Plume
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Réflexions 83
du Plus-Élevé362, la plus exaltée363, de Révélation364, de Son commandement365, de Gloire366, de justice367. La Plume possède donc
un pouvoir et est plus qu'un simple instrument de travail. Elle
concrétise la Volonté divine : « Ceci est l'âme même de toutes les
Écritures qui a été insufflée dans la Plume du Plus Élevé »368 et
ses traces sur le papier s'accompagnent d'un mouvement qui lui
aussi produit d'importants effets : « le mouvement de Sa Plume, a
révolutionné l'âme de l'humanité. »369 « cette Plume à travers le
mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la
création tout entière, et par le calme de laquelle l'essence même
de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. »370
Si nous n'avons pas eu le privilège de rencontrer Bahá’u’lláh,
nous avons en tout cas celui d'être proches du Jour annoncé dans
toutes les Écritures saintes du passé. Un peu comme les tout premiers juifs, chrétiens et musulmans à la différence près que ce
Jour-ci est beaucoup plus important puisqu'il est la réalisation de
toutes les prophéties et promesses antérieures. « Le Carmel s'est,
en ce jour, empressé en adoration nostalgique d'atteindre Sa
cour, tandis que du cœur de Sion vient le cri : « La promesse est
accomplie. Ce qui avait été annoncé dans le saint Mandat de
Dieu, le Plus Exalté, le Suprême, le Bien-aimé, est rendu manifeste. » 371 « Dis : Ceci est le Jour de Dieu, le Jour lors duquel
rien ne sera mentionné si ce n'est Son propre Soi, l'omnipotent
Protecteur de tous les mondes. »372
Tous ceux qui L'ont rencontré font état d'un sentiment de beauté et
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de majesté, comme par exemple le Pr. E.G.Browne. Rien d'étonnant dès lors que dans l'Aqdas, on retrouve des passages comme
ceci : « Ainsi fut-ce consigné par l'Ordonnateur Suprême lorsque
Il désira faire mention de cette Plus Grande Beauté. »373 « Tel fut
le décret du Créateur des cieux lorsque, avec majesté et pouvoir,
Il s'établit sur le trône de Ses noms. »374
Parlant du Mandat de Dieu, la Maison Universelle de Justice (dans
son message adressé à 'tous ceux qui célèbrent le Bicentenaire de
la naissance de Bahá’u’lláh) a cette première phrase magnifique :
« Cette vérité salutaire, nous maintenons : que les peuples de la
terre ont toujours été dans le souvenir de Dieu. »375
Au sein de notre calendrier, il y a un jour qui symbolise à la perfection ce renouveau spirituel : Naw-Rúz. « Heureux celui qui pé-
nètre le premier jour du mois de Bahá, le jour que Dieu a consacré à ce Grand Nom.... ce jour, en vérité, est la couronne de tous
les mois et leur source, le jour lors duquel le souffle de vie est ré-
pandu sur toutes choses créées. »376
Et il y a un deuxième jour, appelé la Reine des fêtes, qui offre le
même symbole : la déclaration de Bahá’u’lláh à Baghdád : « En
vérité, toutes choses créées furent immergées dans la mer de purification lorsque, en ce premier jour de Riḍván, Nous avons répandu sur l'ensemble de la création les splendeurs de Nos plus excellents Noms et de Nos Attributs les plus exaltés. »377 « La Plus
Grande Fête est, vraiment, la Reine des Fêtes. »378
Pour nous changer les idées, après des paroles si puissantes, j'aimerais voir un aspect qui n'apparaît pas au premier abord mais qui
touche d'une certaine façon à la médecine. Tout d'abord : « Recourez, en temps de maladie, à des médecins compétents. Nous
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374 K18
375 Message d'octobre 2017
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Réflexions 85
n'avons pas écarté l'usage de moyens matériels... »379 La question
difficile est évidemment de définir le mot 'compétent'. Shoghi Effendi le définit ainsi : « en d'autres mots des médecins qui ont étudié un système scientifique de médecine. »380
Les quelques conseils sont évidents et touchent à l'hygiène corporelle : se couper les ongles (nid à bactéries)381, se laver les pieds382,
utiliser de l'eau de rose ou un parfum naturel383. Un autre conseil
est plus surprenant : « vous baigner chaque semaine dans de
l'eau qui couvre vos corps »384 et même plus « Si le baigneur, au
lieu d'entrer dans l'eau, se lave en la versant sur son corps, cela
sera mieux pour lui et le déliera du besoin d'une immersion corporelle. »385 Il me paraît évident qu'une personne ayant un travail
salissant ou ayant des problèmes de transpiration prendra plus
d'un bain par semaine, mais ce conseil rejoint celui des spécialistes en immunologie qui mettent en garde contre un excès d'hygiène. En effet, à la surface de la peau se trouvent des milliards de
bactéries qui offrent une barrière efficace contre des agents pathogènes. Il faut donc éviter de décaper la peau. Même une douche
peut se montrer agressive et Bahá’u’lláh précise qu'il vaut mieux
verser l'eau, comme le faisaient nos grands-parents. « vous laver
avec n'importe quel moyen que vous utilisiez précédemment. ». Là
aussi il est déconseillé d' utiliser des savons ou shampoings agressifs. Un autre conseil va de soi : « Immergez-vous dans de l'eau
propre »386. La note 105 et la réponse à la Question 91 dans l'Aqdas précisent ce qu'il faut entendre par eau propre. Par ailleurs en
cas de certaines maladies dermatologiques (dermatites,
psoriasis,...), au lieu de faire ses ablutions, on peut réciter le verset
379 K113
380 Lettre du 8 juin 1948, dans Compilation of Compilations, Vol. 1, 1991, n°
381 K106
382 K152
383 K76
384 K106
385 Ibid.
386 K106
ad hoc.387
Nous trouvons aussi l'interdiction (sauf sur prescription médicale)
des substances qui entraînent une dépendance, telles que alcool,
drogues, médicaments psychotropes et tout particulièrement
l'opium [et ses dérivés : morphine, codéine?] : « Il vous a été interdit de fumer de l'opium. Nous, vraiment, avons interdit cette
pratique par une plus contraignante interdiction dans le Livre.
Quiconque en prendrait, assurément n'est pas de Moi. »388
Freiner les désirs charnels389, les inclinations corrompues390, interdire et punir l'adultère391 et interdire l'homosexualité392, est dans
une certaine mesure un moyen d'éviter les problèmes causés par
les maladies sexuellement transmissibles.
Ne pas plonger les mains dans la nourriture 393 est aussi un conseil
utile.
En permettant la chasse394, la consommation de viande n'est donc
pas interdite.
Le jeûne a évidemment des effets bénéfiques mais toutes les
exemptions nécessaires ont été prévues. Par contre, plus étonnant,
la prière obligatoire et le jeûne ne sont pas permis lorsque l'on est
en mauvaise santé395, à définir par un médecin compétent.
Reste encore à mentionner l'interdiction des jeux de hasard 396 qui
eux aussi ont des effets nocifs sur le plan psychologique, tout
comme la médisance.397 Sur le même plan également, Bahá’u’lláh
met en garde : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que
vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement.
N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais
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388 K190
389 K58
390 Ibid.
391 K49
392 N134
393 K46
394 K60
395 Q93
396 K155
397 K19
Réflexions 87
plutôt ce qui les illuminera et les élèvera... »398 Et en déclarant que
le sperme n'est pas impur399, Bahá’u’lláh ouvre une large porte aux
dons de sperme interdits dans l'Islám.
Sue le plan biologique, la vie est apparue dans les mers chaudes et
le corps humain est constitué de 60 % d'eau : « Vous êtes tous
créés à partir d'eau, et en poussière retournerez-vous. »400 Accord
science-religion...
Il y a également une forme de gestion du stress : « Si quiconque
se mettait en colère contre vous, répondez-lui avec douceur ; et si
quiconque devait vous réprimander, abstenez-vous de le réprimander en retour, mais laissez-le à lui-même et mettez votre
confiance en Dieu... »401 Et je ne peux terminer sans mentionner
les conseils donnés dans la Tablette de la Médecine, à utiliser lorsqu'il n'y a pas de médecin.
Parmi les autres aspects que l'on trouve dans l'Aqdas se trouvent
les remontrances adressées aux dirigeants de son époque. « Vous
n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! Celui qui est le Roi des
Rois est apparu, paré de Sa plus merveilleuse gloire... »402 Il leur
rappelle que « Ce n'est pas Notre souhait de mettre la main sur
vos royaumes. Notre mission est de captiver et posséder les cœurs
des humains. »403
Nous savons que Bahá’u’lláh a écrit de longues lettres aux souverains ainsi qu'au Pape Pie IX. 404 Dans l'Aqdas, Il les exhorte :
« Combien grande la félicité qui attend le roi qui se lèvera pour
aider Ma Cause en Mon royaume, qui lui-même se détachera de
tout sauf Moi ! Un tel roi est compté parmi les compagnons de
l'Arche pourpre – l'Arche que Dieu a préparée pour le peuple de
398 K149
399 K74
400 K148
401 K153
402 K82
403 K83
404 K85 à 90
Bahá. »405
Il rassure Sa terre natale : « Que rien ne t'attriste ô Terre de Ṭá
[Téhéran], car Dieu t'a choisie pour être la source de la joie de
toute l'humanité. »406, et glorifie la terre de Khá (Khurásán).407
C'est aussi l'occasion de bien comprendre quelle doit être notre
position face aux dirigeants. En une seule phrase, tout est dit :
« Nul ne doit lutter contre ceux qui détiennent l'autorité sur le
peuple ; laissez-leur ce qui est leur, et dirigez votre attention vers
le cœur des humains. »408
Quant aux théologiens, il n'y va pas de main morte : « Ne voyezvous pas ce Soleil qui brille d'une étincelante splendeur au-dessus
du Très-glorieux Horizon ? Pendant combien de temps adorerezvous les idoles de vos maléfiques passions ? »409 « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à
l'heure de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux, apparu parmi
vous avec preuve et témoignage. »410 « Tournez-vous vers Dieu et
cherchez Sa protection, ô assemblée de théologiens, et ne faites
pas de vous un voile entre Moi et Mes créatures. »411 Il s'en prend
particulièrement au shaykh dont le nom était Muḥammad-Ḥasan.412, à un certain Karim413, à Siyyid Muḥammad-i-Isfahání414 et
bien sûr à Mírzá Yaḥyá : « Ô source de perversion ! Abandonne
ton aveuglement délibérément obstiné »415
Bahá’u’lláh s'adresse aussi à l'humanité : « Les peuples du monde
sont profondément endormis. S'ils se réveillaient de leur torpeur,
405 K84
406 K91
407 K94
408 K95
409 K41
410 K165
411 K167
412 K166
413 K170
414 N192
415 K184
Réflexions 89
ils se hâteraient avec empressement vers Dieu, l'Omniscient, le
Très-Sage. »416 « Ô peuple du monde ! Ne suis pas les incitations
du moi, car il appelle avec insistance à la vilenie et à la
luxure »417 « Craignez le Miséricordieux, ô peuples du monde ! Ne
commettez pas ce qui vous est interdit dans Notre Sainte Tablette,
et ne soyez pas de ceux qui errent distraitement dans l'étendue
sauvage de leurs désirs. »418 « Prêtez l'oreille à l'appel de Celui
qui est le Seigneur des Noms »419
Nous voyons ainsi que Bahá’u’lláh revendique de manière pé-
remptoire le rang de Manifestation divine, insiste sur la pertinence
de Sa Révélation pour l'avenir de l'humanité, exhorte tout le
monde à se détacher de l'égo pour se tourner vers Dieu, délivre
tous les préceptes nécessaires pour que règnent l'unité et la paix,
établit la base des futures Institutions, d'une part les Maisons de
Justice, d'autre part les Mashriqu’l-Adhkárs (et leurs dépendances)
et le Ḥuqúqu’lláh, destinés à être les sources de bien-être temporel
et spirituel de l'humanité. Ses appels sont sans équivoques et
s'adressent à tous.
Il est important de bien comprendre que le Ḥuqúq est de l'argent
qui appartient à Dieu et qu'il faut Lui rendre420 et « par ce moyen
Il a désiré purifier ce que vous possédez... » Mais si, tout comme
la prière et le jeûne, ceci est laissé à la conscience de chacun,
Bahá’u’lláh est très clair : « Ne composez pas déloyalement avec
le Droit de Dieu, et, sans sa permission, n'en disposez pas librement. »421
La loi est celle-ci : « Si quiconque acquérait cent mithqáls d'or,
dix-neuf mithqáls de ceux-ci sont à Dieu et sont à Lui rendre... »422
(au 14 juillet 2022, 100 mithqáls d'or [364,166 g] représentait
20.025,48 € et 19 mithqáls d'or 3.804,84 €).
416 K39
417 K64
418 K107
419 K132
420 K97
421 Ibid.
422 K97
Shoghi Effendi dans le chapitre sur l'Ordre administratif dans La
Dispensation de Bahá’u’lláh, a ces mots extraordinaires : « Son
mot d'ordre est l'unification de l'espèce humaine ; son étendard la
« Plus Grande Paix » ; son parachèvement l'avènement de ce millénium doré -le Jour où les royaumes de ce monde seront devenus
le Royaume de Dieu Lui-même, le Royaume de Bahá’u’lláh. »
La paix et l'unité sont des thèmes souvent soulignés par
Bahá’u’lláh qui avait horreur de la division et des conflits.
Nombres de lois et de conseils s'y rapportent. « Nous, en vérité,
vous avons commandé...de ne pas transgresser les limites que la
Plume du Plus Élevé a fixées. »423
Pour commencer, il interdit le meurtre de la façon la plus stricte :
« Que nul ne se dispute avec un autre, et qu'aucune âme n'en tue
une autre...Quoi ! Tueriez-vous celui que Dieu a animé, qu'il a
doté d'esprit par un souffle de Lui ? Grave alors serait votre violation devant Son trône ! »424 Dans les Bishárát, « la première
bonne nouvelle que le Livre-Mère a, dans cette Plus Grande Ré-
vélation, dispensée à tous les peuples du monde est que la loi de
la guerre sainte a été effacée du Livre. » Bahá’u’lláh prévoit la
peine que doit encourir le meurtrier.425
Il interdit de même l'adultère, la médisance et la calomnie 426,
sources d'importantes divisions.
Il règle avec précision les questions d'héritages lorsque le défunt
n'a pas écrit de testament427. Il institue les Maisons de Justice, dont
un des rôles sera d'arbitrer les conflits par la consultation 428. Il empêche tout schisme en désignant explicitement Son successeur429.
423 K2
424 K73
425 K62
426 K19
427 K20 à 29
428 K30
429 K121
Réflexions 91
Il combat l'égo qui nous pousse au matérialisme 430. Il institue entre
autre le Ḥuqúqu’lláh431, règle la question des dotations432, des
amendes et de la Zakát433, sources de revenus destinés en partie
aux nécessiteux, instaurant ainsi une véritable Économie divine où
chacun pourra vivre dignement, ce qui signera la fin des conflits
sociaux. Il faudrait pouvoir visualiser la somme d'argent acquise
avec le Ḥuqúqu’lláh lorsqu'une majorité des êtres humains le paieront. Il y aura certainement de quoi nourrir toute la planète. Il met
l'accent sur l'instruction434 et l'éducation435 de tous, hommes et
femmes. En contre-partie, les enfants doivent montrer respect et
gentillesse envers leurs parents436. Il se montre sévère vis-à-vis des
mendiants437, des voleurs438 et encore plus des incendiaires439. En
cas de différends, Il demande que l'on se réfère à Ses Écrits 440. Il
prévoit les indemnités pour coup ou blessure 441 et pour homicide
involontaire442. Il instaure la Fête de 19 jours, ayant pour but de
relier les cœurs443. Il favorise le mariage et la procréation 444, et
règle la question de la dot445, en veillant à l'entente entre les deux
conjoints et leurs familles. Par l'année de patience, Il espère une
réconciliation446. Il interdit strictement toute forme d'esclavage 447.
430 K40
431 K97
432 K42
433 N107
434 K48
435 N105
436 Ibid.
437 K147
438 K45
439 K62
440 K53
441 K56
442 K188
443 K57
444 K63
445 K66
446 K68
447 K72
Il précise les limites de la liberté.448 Il demande de côtoyer les
adeptes d'autres religions dans l'amitié et la concorde449. Il interpelle les dirigeants et nous demande de ne pas lutter contre leur
autorité450. Il écarte toutes les déviances sexuelles, sources de division451.
Il désigne avec précision la Qiblih452. Il interdit toute interprétation
de Ses Écrits. Il interdit l'alcool et les drogues. Il définit quelle est
la véritable liberté des êtres humains.Il demande aux Bábís et aux
chefs religieux ou théologiens de se rallier à Lui, et de terminer
leurs conflits fratricides. Il abolit toute forme de hiérarchie entre
individus453. Il interdit le port d'armes sauf dans certaines conditions454. Il met en garde contre les vaines discussions au sujet de la
Cause455. Il condamne la maltraitance animale 456. Et finalement,
pousse à l'adoption d'une langue universelle457, source définitive
d'unité.
« Ô vous qui habitez sur terre ! La particularité distinctive qui marque le caractère prééminent de cette suprême
Révélation consiste en ce que Nous avons, d'une part, effacé des pages du saint Livre de Dieu tout ce qui a été la
cause de conflit, de malice et de malveillance parmi les
enfants des humains, et avons, d'autre part, établi les pré-
requis essentiels de la concorde, de la compréhension, de
l'unité complète et durable. Comblé est celui qui garde
Mes statuts. »458
448 K122 à 125
449 K144
450 K95
451 K58
452 K137
453 K72
454 K159
455 K177
456 K187
457 K189
458 Lawḥ-i-Dunyá
Réflexions 93
On peut donc facilement voir à quel point Bahá’u’lláh a veillé à
écarter de très nombreuses sources de dissensions. Mais comme
déjà mentionné, tout cela repose sur les progrès spirituels de l'espèce humaine. Et il n'y a pas de grand mystère : prier et répéter
Alláhu-Abhá 95 fois chaque jour, jeûner, s'acquitter du Droit de
Dieu, lire les Écrits tous les jours, les enseigner à d'autres, participer à la vie communautaire et servir l'humanité en mettant les enseignements en pratique.
« Saisissez le calice de salut en cette aube au nom de Celui qui
fait poindre le jour, et buvez-en votre content en louange à Celui
qui est le Très-Glorieux, l'Incomparable. »459
Ce Calice n'est rien d'autre que le Saint Graal, objet mythique qui
a fait couler beaucoup d'encre et dont le symbole est bien évidement de nature spirituelle. Et tant qu'à rester dans l'ésotérisme, je
citerai ce verset de l'Aqdas : « Nous avons fixé deux signes pour
la maturité de l'espèce humaine : le premier, qui est la fondation
la plus solide, Nous l'avons consigné dans d'autres de Nos tablettes tandis que le second a été révélé en ce Livre merveilleux. »460 Ce qui a été consigné « en ce Livre », c'est l'adoption
d'une langue et d'une écriture commune461, et quand à l'autre, il
« est l’émergence d’une science décrite comme cette "philosophie
divine" qui comprendra la découverte d’une approche radicale de
la transmutation des éléments. »462 Nous retrouvons ici une réfé-
rence à la "pierre philosophale" si chère aux alchimistes. Dans le
Kitáb-i-Íqán, Bahá’u’lláh écrit par ailleurs : « Considère la matière du cuivre. Si, dans sa propre mine, elle était protégée de toute
solidification, en l'espace de septante (soixante-dix) ans, elle atteindrait l'état de l'or. » Voilà de quoi nourrir bien des interrogations.463
459 K50
460 K189
461 Ibid.
462 N194
463 Pour les questions d'ésotérisme, voir Hermétisme et foi baha'ie, Marc
Soudon , Médiathèque bahá'íe (France).
Un petit mot concernant la répétition de Alláhu-Abhá. Il n'est pas
nécessaire de se tourner vers la Qiblih. Dans une lettre du 19 octobre 1925 Shoghi Effendi précise qu'il faut « tourner son cœur
vers Dieu ».464
Dans un certain sens, on peut le qualifier de mantra, une espèce de
support de méditation. Certains comptent les 95 fois à l'aide d'un
chapelet, d'autres utilisent un petit programme sur smartphone
(chaque contact avec l'écran ajoute 1 invocation et arrivé à 95 le
smartphone vibre ou émet un son). C'est un moment de coupure
avec le monde extérieur qui peut être très bénéfique sur le plan
psychologique. Il ne s'agit évidemment pas de le faire distraitement ou mécaniquement. Cette invocation est un moment de
consécration à l'invisible Infini et non une course contre la
montre. Et comme pour les prières obligatoires, cela se fait dans
l'intimité.
J'aime beaucoup cette idée d'intimité car lorsque j'étais enfant, on
m'obligeait à suivre la messe le dimanche, qui se déroulait avec un
tas de tralalas et de rituels qui finissaient par me dégoûter. Parler
seul à seul avec Dieu est nettement plus agréable et beaucoup
moins hypocrite... Cette invocation est aussi à répéter dans la
longue prière obligatoire et dans la prière pour les défunts.
Il y a bien sûr d'autres invocations mentionnées dans l'Aqdas :
pour les femmes qui ont leurs règles 465, dans le cas où il n'y a pas
d'eau pour les ablutions466, lorsque l'on n'a pas pu faire la prière
obligatoire467 et celles répétées dans la prière pour les défunts.
A certains moments, j'essaie de m'imaginer des Maisons de Justice
dans chaque ville468 et des Mashriqu'l-Adhkár dans chaque ville et
464 Voir Memorandum du Centre mondial du 15 septembre 2003
465 K13
466 K10
467 K14
468 K30
Réflexions 95
chaque village469 et ça donne le tournis. Ceci m'amène d'ailleurs
une question : une ville comme Tokyo compte 35 millions d'habitants. Il est évident qu'une Maison de Justice, même composée de
40 ou 60 membres, ne pourrait gérer une telle situation. J'ai donc
la ferme conviction que la notion de ville sera un jour revue et
j'émets l'hypothèse tout à fait personnelle que la notion de 'groupements' (clusters) pourrait très bien préparer le terrain pour un tel
changement. Mais ce n'est qu'une supputation.
Il me plaît aussi de comparer l'Aqdas à un puzzle. Une lecture rapide forme le cadre. Ensuite, il faut commencer à chercher les
pièces, toujours cachées en-dessous d'un tas de pièces. Et progressivement, avec un peu de patience, apparaît une première image,
une perle. Et puis une autre, et encore une, et apparaît tout un ensemble de perles, de sagesse ou de connaissance. Et quand on a
terminé, on se lève pour regarder l'ensemble de haut, et on a envie
de l'encadrer et de le mettre à la meilleure place sur le mur...
J'essaie aussi de comprendre comment Bahá’u’lláh, ayant subi 40
ans d'exil et d'emprisonnements successifs, a pu aller jusqu'au
bout de Sa mission sans abandonner. Exils dans des conditions
plus que périlleuses, attaques des Briseurs d'Alliance, tentatives
d'empoisonnement ou d'atteinte à sa vie fomentées par son demifrère Mirzá Yahyá, les efforts acharnés de plusieurs dirigeants
pour empêcher la transmission de Son message, les conditions incroyables de vie à ‘Akká, et la mort de Son fils Mirzá Mihdi. Inimaginable ! C'est clair que la Volonté divine était à l’œuvre.
Et j'aimerais citer un des versets les plus extraordinaires de l'Aqdas : « Dis : parce qu'Il a subi l'injustice, la justice est apparue
sur la terre, et parce qu'Il a accepté l'humiliation , la majesté de
Dieu a resplendi au sein de l'humanité . »470
Difficile à comprendre lorsque l'on voit l'état du monde aujour-
469 K115
470 K158
d'hui. Mais nous devions nous y attendre : « L'équilibre du monde
a été rompu par l'influence vibrante de ce plus grand, ce nouvel
Ordre Mondial. »471
C'est tout personnel, mais je me fait l'image d'une réaction chimique
dont l'équilibre est rompu. Dans ce cas, rien à faire, la réaction ne
mène à rien et il faut tout recommencer. L'influence vibrante me fait
également penser à l'agitation des électrons au sein d'un atome, un
peu comme si le Nouvel Ordre Mondial était le noyau et l'ensemble
des Bahá'ís étaient les électrons. Et tout cela en raison des incroyables souffrances endurées par Bahá’u’lláh.
J'en profite pour citer une prière de Bahá’u’lláh qui exprime si
bien Son désarroi, mais dont la conclusion est très surprenante :
« Pur et sanctifié es-tu, ô mon Dieu ! Comment la
plume peut-elle se mouvoir et l'encre couler alors que
les brises de Ton amour bienveillant ont cessé de
souffler, et que les signes de bonté ont disparu, quand
le soleil d'humiliation s'est levé, et que les épées des
calamités sont tirées, quand les cieux de la tristesse se
sont soulevés, et que les flèches d'affliction et les
lances de la vengeance ont plu des nuages du pouvoir
– si bien que les signes de joie ont quitté tous les
cœurs, et que les marques d'allégresse ont été effacées
de l'horizon entier, que les portes de l'espoir ont été
fermées, que la compassion du souffle divin a cessé de
souffler sur la roseraie de la fidélité, et que l'éclair de
l'extinction a frappé l'arbre d'existence. La plume gé-
mit, et l'encre se lamente sur son sort, et la tablette est
stupéfaite à ce cri. L'esprit est troublé de l'amertume
de cette douleur et de ce chagrin, et le divin Rossignol
471 K181
Réflexions 97
s'écrie : « Hélas ! Hélas ! pour tout ce qui est apparu.
Et tout cela, ô mon Dieu, ne vient de rien d'autre que
de Tes bontés cachées. »472
De même je suis stupéfié par le travail fourni par ‘Abdu’l-Bahá et
Shoghi Effendi, d'autant plus que ce dernier n'a pas connu son arrière-grand-père.
Comme nous l'avons vu plus haut : « Ce qui éduque le monde est
la Justice car elle est soutenue par deux piliers, la récompense et
la punition. »473 « Avancez sur le chemin de la justice et de l'équité en toutes choses. »474 « Enlacez celui qui est accablé avec les
mains de la justice, et écrasez l'oppresseur qui prospère avec la
verge des commandements de votre Seigneur »475 « Soyez les personnifications de la justice et de l'équité parmi toute la création. »476
Il n'est pas facile de faire la distinction entre justice et équité.
La justice est d'abord un ensemble d'institutions. Ces institutions
légifèrent, c'est-à-dire établissent des lois et des règles destinées à
régler la vie sociale, à savoir quelles actions humaines sont approuvées ou rejetées en fonction de critères moraux, et spirituels
dans notre cas.
L'équité, c'est que chaque être humain soit soumis aux mêmes
règles, et bénéficie dès lors de la même justice.
Dans ce sens, « Les hommes de la Maison de Justice de Dieu sont
chargés des affaires du peuple. » « Toutes les affaires de l’État
devraient être référées à la Maison de justice, mais les actes de
dévotion doivent être observés selon ce que Dieu a révélé dans
Son Livre. » Et ce qui est très intéressant : « De même que chaque
472 Bahá’í Reference Library, Writings of Bahá’u’lláh, Additional Prayers
Revealed by Bahá’u’lláh
473 8ème Ishráq
474 K60
475 K88
476 K187
jour apparaît un nouveau problème et que pour chaque problème existe une solution opportune, de telles affaires devraient
être référées à la Maison de Justice afin que ses membres
puissent agir en accord avec les besoins et les exigences du moment. »
De cette façon, Bahá’u’lláh trace le chemin vers une Justice divine dont le monde entier bénéficiera.
Bahá’u’lláh répond également à la question que se posent tous les
philosophes : quel est le but de la vie ? Sa Révélation étant la Vé-
rité, nous savons que la vie de l'âme, détachée de sa prison physique, continue dans un autre monde, inconnu. La vie est une
école où nous devons régulièrement passer des examens. Ces examens, ce sont les épreuves de la vie. Chaque fois que nous progressons, les épreuves sont de plus en plus complexes, jusqu'à
l'examen final. Alors viendra ce que cherchons à savoir : « Lui,
vraiment, a voulu pour vous ce qui est encore au-delà de votre
connaissance, mais qui vous sera connu quand, après cette vie
passagère, vos âmes s'élanceront vers le ciel et que les pièges de
vos joies terrestres seront repliés. »477
Le Kitáb-i-Aqdas contient donc tout ce qu'il faut pour que la vie
humaine soit plus juste, que les humains soient plus spirituels dans
leur approche des divers problèmes existant dans le monde, que
l'unité règne et que la Plus Grande Paix devienne réalité.
De grandes civilisations ont vu le jour au cours de l'histoire, et
notre mission en ce moment est de jeter les bases d'une future civilisation, qui englobera toute l'humanité, enfantera une nouvelle
culture comprenant toute la diversité des familles, des coutumes,
des musiques, et des arts humains, établira une économie mondiale basée sur la justice et l'équité, et une gouvernance mondiale
assumée au plus haut niveau par la Maison Universelle de Justice.
Le point de ralliement sera sans aucun doute celui-ci : « Que votre
joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom qui apporte
477 K97
Réflexions 99
ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de tous ceux
qui se sont approchés de Dieu. »478
Et la fondation inébranlable, inattaquable, indestructible de tout
cela, n'est rien d'autre que le Kitáb-i-Aqdas. Il demande à chacun
qui devient bahá'í d'endosser la responsabilité de construire ce
nouveau monde.
Et si en essayant d'enseigner la Foi, on se trouve devant un mur :
« Exposez ce que vous détenez. Si cela est favorablement reçu,
votre but est atteint ; sinon, protester est vain. Laissez cette âme à
elle-même et tournez-vous vers le Seigneur, le Protecteur, Celui
qui subsiste par Lui-même.. »479
Personne ne sait combien de temps cela prendra, mais puisque
c'est le Plan de Dieu, l'humanité y parviendra. Le temps que cela
prendra dépend en grande partie de la communauté bahá'íe, qui a
reçu la mission de mettre en place tout ce que décrit Bahá’u’lláh
et de mettre Ses lois, temporelles et spirituelles, en pratique. C'est
la responsabilité de chaque individu de le comprendre et de faire
des efforts dans ce sens. Certes, cela demande des sacrifices, en
particulier ce détachement de l'égo, mais ce n'est pas mission impossible.
« En vérité, le cœur des humains est édifié par le
pouvoir de la langue, de même que maisons et cités
sont construites par la main et d'autres moyens.
Nous avons assigné à chaque fin des moyens pour
son accomplissement ; utilisez-les,
et placez votre confiance et votre foi en Dieu, l'Omniscient, le Très-Sage. »480
478 K51
479 8ème Ishráq
480 K160
Conclusion
D'abord, je tiens à remercier tous ceux qui m'auront lu. Ils savent
maintenant quel est mon ressenti et mes réflexions concernant
l'Aqdas. Je pense en tout cas avoir montré la richesse de l'Aqdas et
l'influence qu'il aura sur la vie future de l'humanité. D'autres y
trouveront encore d'autres perles. Quelques-uns ne seront pas d'accord avec certaines de mes réflexions. Mais peu importe. Si je
vous ai donné l'envie de le connaître et de vous y référer de temps
en temps, mon but est atteint. D'un côté je suis content d'être né à
proximité d'une nouvelle Révélation, mais d'un autre, j'aimerais
voir le monde dans quelques siècles.
L'Aqdas est bel et bien la Charte de Son Nouvel Ordre Mondial, le
document fondateur d'une civilisation mondiale, que nous sommes
incapables d'imaginer.
Maintenant, après des choses si sérieuses, je me tais, et vous offre
une petite histoire :
Un journaliste se rend à la Maison Blanche pour interviewer le
Président américain. Sur la table, il remarque un téléphone rouge
et un téléphone doré. Par curiosité, il demande à quoi ça sert.
Le Président répond « J'utilise le rouge pour parler au Président
russe, et le doré pour parler à Dieu ».
« Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que
ça coûte cher ? »
Le Président américain répond « 500 euros par minute ».
Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Moscou pour
interviewer le Président russe. Il remarque sur la table les mêmes
téléphones. Il demande « A quoi ça sert ? »
Réflexions 101
« J'utilise le rouge pour parler au Président américain et l'autre
pour parler à Dieu ».
« Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que
ça coûte cher ? »
Le Président russe répond « 500 euros par minute ».
Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Haïfa pour
interviewer quelques membres de la Maison Universelle de
Justice. Sur la table se trouvent aussi les deux mêmes téléphones.
Par curiosité, il demande à quoi ça sert.
« Nous utilisons le rouge pour parler avec les Nations Unies et le
doré pour parler à Dieu », répond l'un des membres.
« Parler à Dieu ? Vous parlez aussi directement à Dieu ? Ça doit
coûter cher ? »
« 5 cents d'euros par heure », répond le membre.
« Mais pourquoi est-ce si bon marché ? », demande le journaliste.
« Parce que c'est un appel local ! », fut la réponse.
Si ceci vous a fait rire ou sourire, c'est que vous êtes heureux ou
heureuse.
***************
Annexe
Considérations grammaticales expliquant la
translittération
et la prononciation des mots arabes.
Il faut d'abord savoir que le persan est une langue indoeuropéenne et que l'arabe est une langue sémitique ; leur
prononciation des mots arabes est donc différente.
Leur translittération en alphabet latin peut donc varier, d'autant
plus que le persan ou l'arabe est prononcé différemment selon les
régions.
L'objectif premier de la translittération est qu'un arabe qui la lit
sache directement à quel mot cela se réfère dans l'écriture arabe.
Le deuxième objectif est que ceux qui ne sont pas arabophones
prononcent les mots arabes en s'approchant aussi près que possible
de la prononciation arabe, et puissent donc être compris par un
arabophone.
Plusieurs systèmes de translittération ont donc été proposés, et
Shoghi Effendi, d'origine persane, créa un système « bahá'í » basé
sur le Dixième Congrès International des Orientalistes tenu à
Genève en septembre 1894, en y apportant quelques
modifications. Il instaura ce système pour les publications bahá'íes
dans une lettre aux Bahá'ís d'Amérique datée du 12 mars 1923,
dont les détails apparaissent dans le Bahá'í World vol. 2, pp. 213-
14. (voir annexe).
À remarquer : l'arabe ne comporte ni majuscules ni ponctuation.
Le mot arabe (bahá) بهآءa été translittéré Bahá car il n'y a pas
dans la translittération bahá'íe de différence entre un alif simple et
un alif madda (l'espèce de tilde qui se trouve au-dessus du Alif)
qui vaut deux alif simples au niveau de la prononciation. Pour nos
amis musiciens, on peut comparer l'alif simple à une noire et l'alif
madda à une blanche. En API (alphabet phonétique international),
l'alif simple est noté [a:] (unicode U + 0061) et l'alif madda [æ:]
(unicode U+ 00E6).
Il semblerait inconvenant d'écrire bháá (le premier a étant une
voyelle brève, en arabe, il ne s'écrit pas et selon les régions se
prononce même è, au contraire du alif qui est une voyelle longue
et se translittère á (avec accent); de même, l'arabe ne contient pas
de majuscule). La hamza ( )ءne se translittère que si elle est suivie
d'un mot – substantif ou adjectif- (auquel cas elle porte la marque
des différents cas de déclinaison arabe : nominatif, direct, indirect
'u, a, i') car ce n'est pas à proprement parler une lettre mais plutôt
un signe diacritique, un « coup de glotte ». Nous en verrons des
exemples ci-dessous.
Le mot signifie « beauté, magnificence, splendeur, brillance,
gloire ou lumière ». Shoghi Effendi a choisi “Gloire”.
Depuis le 8ème siècle dans le monde arabe, on a assigné une
valeur numérique aux lettres, qui s'appelle la numération Abjad
(voir annexe). Par exemple le mot Alláh vaut 66. Le mot Báb vaut
5. En bref, pour ce qui nous intéresse, retenons que la lettre Bá’
vaut 2, Há’ vaut 5 et Alif translittéré á vaut 1, et 2 dans le cas de
l'alif madda. Tel qu'il s'écrit en arabe ( ) بهآءvaut donc Bá’ + Há’
+ Alif madda + hamza, soit 2+5+2+0 =9. (le a et la hamza dans
Bahá n'ont pas de valeur ; le á se prononce de façon allongée
comme un â, mais dans la translittération, il n'a pas été fait de
distinction entre le alif simple et le alif madda, et tous les deux se
translittèrent 'á', ce qui peut prêter à confusion, et si l'on se trompe
on risque de calculer que Bahá vaut 8.
La valeur 9 a une très grande importance symbolique dans la Foi.
Elle représente non seulement le nombre minimum de membres
d'une Maison de Justice, mais est aussi « le symbole qui présage le
dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom
» (Kitáb-i-Aqdas, par. 29). Dans le texte arabe, le verset se réfère à
la lettre Ṭá’ (notez le point au-dessous du Ṭ dont la valeur Abjad
est neuf) et non au 'chiffre 9' qui en arabe se dit tis‘ah. Le verset
dit : (li annahu badi’a bi t-Ṭá’i). Il convient donc de
traduire le 1er verset du paragraphe 29 par : “...puisque son
commencement est la valeur 9...”
Lorsque Bahá’u’lláh se réfère à la ville ou la province de Téhéran,
Il écrit “Ô terre de Ṭá’”(avec point, valeur 9). Les Persans écrivent
cependant avec un Tá’ sans point, qui est une autre lettre, dont la
valeur Abjad est de 400. Il est donc important d'utiliser le طet
non le ت. Mais il est vrai que le طqui est une lettre emphatique
est difficile à prononcer.
Avant de passer à quelques exemples, il faut approfondir un peu
les caractéristiques de la hamza. Dans la table de translittération
bahá'íe, la hamza est représentée par une apostrophe qui en fait
ressemble à une virgule (Unicode U + 1FBD, ou Din 31635 ; il
n'existe pas de code ASCII). Mais pour simplifier, on utilise
parfois l'apostrophe habituelle. Suivi d'une voyelle courte (marque
de déclinaison) , il se translittère obligatoirement. Dans ce cas,
l'alif madda redevient un alif simple ! Comme par exemple :
Bahá’í ( í long : bahá'iy, pl. bahá’íyyún) que l'on n'écrit pas Baháí.
La prononciation est Bahâ-î et non bahaye.
J'ouvre une parenthèse sur le nom Alláh. Il résulte de l'apocope de
al (article défini neutre) et iláh (divinité), le i disparaissant, ce qui
donne (al ’láh). Le premier Alif est un Alif wasla ! Quand le mot
est lié à ce qui le précède, il est élidé et cette liaison est marquée
par une hamza, soit un ’ et donc on écrit Bahá’u’lláh (le u est la
marque du nominatif) et non Bahá’u-lláh. On omet également la
marque du génitif qui serait Bahá’u’lláhi (i court).
Certains mots sont considérés comme noms composés et
comportent donc un tiret : Yá Bahá’u’l-Abhá, Alláhu-Abhá (écrit
Alláh-u-Abhá, probablement pour que l'on comprenne que c'est
Alláh [Dieu] que l'on invoque ; sinon c'est comme si on écrivait
‘Abd-u’l-Bahá, Ḥuqúq-u’lláh,...). Parfois c'est un mélange de
graphie persane et arabe qui est utilisé : Kitáb-i-Aqdas, au lieu de
al Kitábu’l-Aqdas.
En ce qui concerne Yá Bahá’u’l-Abhá, Bahá est au nominatif (u)
car dans ce cas Abhá est considéré comme un substantif. S'il était
considéré comme adjectif au mode élatif, on écrirait Bahá’a.
Raison pour laquelle Shoghi Effendi a traduit “Ô Toi Gloire des
Gloires !” et non 'Ô Toi la Gloire la Plus Glorieuse'. Le pluriel
Gloires est un pluriel de révérence comme lorsque Bahá’u’lláh
écrit “Ne pensez pas que Nous vous avons révélé...”. Le nom
composé ‘Abdu’l-Bahá débute par un ‘ayn' ( )عmais dont la
prononciation est assez difficile et qu'en général on laisse tomber.
Le dh et th se prononcent comme le "th" anglais, dur ou léger.
Vous constaterez donc qu'en arabe, certaines lettres se prononcent
différemment, le s et le ṣ (avec point), le d et le ḍ (avec point), le t
et le ṭ, le h et le ḥ. Les lettres accompagnées d'un point sont dites
emphatiques et sont très difficiles à prononcer pour un nonarabophone. Laissez tomber. Seul le h doux et le ḥ fortement
expiré (comme pour éteindre une bougie) sont à notre portée.
Vous pourrez maintenant comprendre plus facilement comment
translittérer et prononcer un mot bien connu : Ḥuqúqu’lláh. H
fortement expiré, son “ou” court, le q est difficile, un deuxième
“ou” plus long, de nouveau q, un “ou” court (marque du
nominatif), la hamza qui marque un léger arrêt (comme quand on
prononce : je vais à ’ Amsterdam), un double l (les deux doivent
s'entendre), un a long et un h que l'on n'entend quasiment pas.
Avec l'habitude, vous saurez ainsi décoder et prononcer l'arabe
lorsqu'il est écrit en alphabet latin.
Bahá’u’lláh
‘Abdu’l-Bahá ‘Abbas
(les deux lettres qui indiquent son nom étant un 'ayn', ceci
explique pourquoi à la fin d'une prière de ‘Abdu’l-Bahá, les amis
persanophones prononcent 'ayn ... ayn')
*****************************
Translittération
Lettres Translittérat
Nom Valeur phonétique (API)
arabes ion
divers, y compris [aː] et
ا alif á, a
[æː]
ب bá b [b]
ت tá t [t]
ﺙ thá th [θ] (ar) ; [s] (fa)
ﺝ jím j [ddʒ]
ﺡ ḥá ḥ [ħ] (ar) ; [h] (fa)
ﺥ khá kh [χ] (ar) ; [x] (fa)
ﺩ dál d [d]
ﺫ dhál dh [ð] (ar) ; [z] (fa)
ﺭ rá r [r]
ﺯ záy z [z]
ﺱ sín s [s]
ﺵ shín sh [ʃ]
ﺹ ṣád ṣ [sˁ] (ar) ; [s] (fa)
ﺽ ḍád ḍ [dˁ] (ar) ; [z] (fa)
ﻁ ṭá ṭ [tˁ] (ar) ; [t] (fa)
ﻅ ẓá ẓ [ðˁ] (ar) ; [z] (fa)
ﻉ ‘ayn ‘ [ʕ] (ar) ; [ʔ] (fa)
ﻍ ghay gh [ʁ] (ar) ; [ɣ] (fa)
ﻑ fá f [f]
ﻕ qáf q [q] (ar) ; [ɢ], [ɣ] (fa)
ﻙ káf k [k]
ﻝ lám l [l]
ﻡ mím m [m]
ﻥ nún n [n]
ﻩ há h [h]
ﻭ wáw ú, v, w [uː], [w] (ar) ; [v] (fa)
ﻱ yá í, y [iː], [j]
ﭺ cha ch [tdʃ]
گ ga g [ɡ]
پ pa p [p]
ژ zha zh [ʒ]
Lettres Translittératio Valeur
Nom
arabes n phonétique
ء hamza ’ [ʔ] (ar)
آ alif madda á [ʔaː] (ar)
ة tá marbúṭa t, h [a], [at] (ar)
alif
ى á [aː] (ar)
maqṣúra
Numération Abjad
1 2 3 4 5 6 7 8 9
ا ب ج د ه و ز ح ط
ʾalif bāʾ ǧīm dāl hāʾ wāw zayn ḥāʾ ṭāʾ
Dizaines
Valeur 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Lettre ي ك ل م ن س ع ص ف
Transcription yāʾ kāf lām mīm nūn sīn ʿayn fāʾ ṣād
Centaines
Valeur 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Lettre ق ر ش ت ث خ ذ ظ ض
Transcription qāf rāʾ šīn tāʾ ṯāʾ ḫāʾ ḏāl ḍād ẓāʾ
Milliers
Valeur 1 000
Lettre غ
Transcription ġayn
Et pour terminer en beauté :
L'artiste de génie qu'était Mishkín-Qalam a réalisé une
calligraphie de
Yá Bahá’u’l-Abhá
qui en arabe s'écrit :
يا بهاء ال ابهی
(le یéquivaut à un ١)
Il a pris ياpour en faire
Ensuite بهاءpour en faire
Puis الpour en faire
Et finalement ابهیpour en faire
Si l'on superpose tout, on obtient :
Le symbole du PLUS GRAND NOM.
***************
Bibliographie
‘Abdu’l-Bahá :
➢ Selection of the Writings of ‘Abdu’l-Bahá, Bahá’í World
Centre, 1982
➢ ‘Abdu’l-Bahá in London, Bahá'í Publishing Trust, 1982
Ali Akbar Furutan : Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá (Dundas,
Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies,
1992)
Báb (Le) :
➢ le Bayán persan, traduction française de A.L.M. Nicolas,
1913
➢ Les sept Preuves, traduction française de A.L.M. Nicolas,
1902
➢ Selection of the Writings of the Báb, Bahá’í World Centre,
1976
Bahá’u’lláh :
➢ The Kitáb-i-Aqdas, Bahá’í World Centre, 1992
➢ Tablets of Bahá’u’lláh, Wilmette: Bahá'í Publishing Trust,
1988
➢ The Kitáb-i-Íqán, US Bahá’í Publishing Trust, 1989
➢ The Hidden Words, Wilmette, IL: Bahá'i Publishing Trust,
1985
Bible, Évangile selon saint Jean
Bushrui, Suheil : Le Style du Kitáb-i-Aqdas: Aspects du Sublime,
2018 (publié sur Amazon).
Grammaire de l'Arabe Littéral: Pour Francophones, Claude
CAMILLY (Amazon)
Qur'án, Sourate Al Moutaffifîn
Daoust, Pierre : La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de
l'Esthétique, 2018 (publié sur Amazon).
Einstein, Albert : Mein Weltbild, 1934
Research Department, Haifa
Shoghi Effendi :
➢ God Passes By, Bahá’í World Centre, 1944
➢ The World Order of Bahá’u’lláh, Wilmette, IL: Bahá'í
Publishing Trust, 1991
➢ The Advent of Divine Justice, Wilmette: Bahá'í Publishing
Trust, 1971
Maison Universelle de Justice :
➢ Selected Messages, Bahá'í Reference Library sur bahai.org
➢ Constitution of the Universal House of Justice, Bahá'í
World Center, 1972
Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum : The Guardian of the Bahá'í
Faith, (London: Baha'i Publishing Trust, 1988)
Taherzadeh, Adib : The Revelation of Bahá’u’lláh, Oxford:
George Ronald, 1983
Index lexical
Ablutions...........................................................................29, 41, 94
Pureté intérieure.......................................................................29
Absolution.....................................................................................29
Adultère..................................................................................21, 46
Aghsán..........................................................................................61
Alcool.....................................................................................56, 86
Alláhu-Abhá.......................................................................41 sv, 93
Répétition de............................................................................94
Alliance........................................................................23, 59 sv, 62
Anse Sûre.................................................................................63
Arche........................................................................................87
Mandat de Dieu........................................................................83
Récitez les versets..............................................................49, 62
‘Abdu'l-Bahá..............................................................................9
Âme.................................................................32, 43, 62, 68, 72, 76
Chasteté de l'âme......................................................................73
De toutes les Écritures.............................................................83
Laissez cette âme à elle-même.................................................99
Âmes.................................................................................................
S'élanceront vers le ciel............................................................98
Amour.........................................................................36, 38, 49, 70
Bienveillant envers les parents.................................................70
Arabe..................................................................9, 11, 55, 66, 80 sv
Arbre.................................................................................................
Feuilles d’un seul.....................................................................69
Art de la lecture............................................................................19
Autorité...........................................................10, 23, 61, 77, 88, 92
Autorité parentale.....................................................................19
Divine...............................................................10, 39, 61, 64, 77
Aveuglement.................................................................................88
Bahá..........................................................................................76 sv
Bahá et Bayán...............................................................................18
Beauté...........................................................................................84
Bigamie.........................................................................................21
Loi du Báb................................................................................21
Bonheur.............................................................................17, 34, 76
Bontés cachées..............................................................................97
Briseur d'Alliance...................................................................40, 55
Calice de salut...............................................................................93
Carmel...............................................................................24, 48, 83
Certitude...........................................................................30, 37, 60
Chasteté.........................................................................................46
Cité....................................................................................................
Parole de Dieu..........................................................................32
Civilisation........................................................................40, 81, 98
Cœurs..................................................................................8, 10, 87
Colère............................................................................................87
Compassion...................................................................................67
Confiance................................................................................58, 99
Connaissance....................................................................................
Absolue....................................................................................31
Connaissance...............................................14, 19, 27, 73 sv, 98
Essence.....................................................................................14
Intérieure..................................................................................31
Revendication..........................................................................31
Voile.........................................................................................31
Consultation......................................................................................
Prendre conseil.........................................................................24
Correction.....................................................................6, 25, 50, 57
Corruption.....................................................................................58
Courtoisie..........................................................................26, 57, 63
Crainte de Dieu................................................26, 42, 50, 59, 63 sv
Découragement.......................................................................62, 86
Décret................................................................................30, 36, 81
Déloyauté .....................................................................................58
Désirs......................................................................................44, 89
Dignité..............................................................................45, 50, 57
Dis...................................................11, 27, 29, 36 sv, 74, 77, 83, 95
Dispensations................................................................................11
Dispute..............................................................................46, 57, 90
Divorce.........................................................................................46
Dotations.................................................................................61, 91
Doute.....................................................8, 14, 27, 32, 34, 37, 52, 69
Droit de Dieu................................................................................89
Droiture...................................................................................63, 72
Acte intègre..............................................................................64
Eau................................................................................................85
Coupe d'eau..............................................................................76
De sa vie même........................................................................76
Eau de rose...............................................................................57
Eau propre................................................................................85
École.............................................................................................74
Économie......................................................................................91
Éducateur......................................................................................73
Éducateurs.........................................................................................
Dessein.....................................................................................35
Éducateur spirituel...................................................................19
Éducation....................................................................17, 26, 35, 72
Manque....................................................................................26
Égo........................................................................27, 44, 52, 68, 71
Votre propre moi......................................................................28
Éloquence...............................................................................42, 67
Enfants..............................................................................................
Héritage....................................................................................19
Équilibre.................................................................................25, 96
Équité............................................................................................68
Érudition.......................................................................................31
Esperanto......................................................................................81
Être....................................................................................................
Grand Être....................................................................26, 72, 79
Existence...................................................26, 30, 36, 54, 72, 81, 96
Fédération.....................................................................................13
Femmes.............................................................................................
Maison Universelle de Justice.....................................12, 22, 24
Protection.................................................................................20
Fille...............................................................................................19
Fils..........................................................................................19, 64
Fils ainé....................................................................................23
Fils aîné....................................................................................20
Principe héréditaire..................................................................23
Foi.....................................................................................................
Foi en Dieu...............................................................................99
Fragrance..........................................................................................
De son Bien-aimé.....................................................................80
Fruits.......................................................................................26, 58
Gardiennat..........................................................................23, 61 sv
Genèse.....................................................................................18, 53
Glaise............................................................................................77
Graal.............................................................................................93
Grâce.................................................................................................
Qu'aucune langue ne peut décrire............................................80
Héritage.............................................................................................
Enfants à naître........................................................................20
Fils aîné....................................................................................20
Homosexualité..............................................................................12
Humiliation...................................................................................95
Humilité........................................................................................27
Huqúqu’lláh......................................................................25, 45, 89
Hygiène.........................................................................................85
Idoles.............................................................................................88
Ignorance......................................................................................75
Impureté........................................................................................42
Insouciance...................................................................................52
Instruction...............................................................................19, 26
Interprétation................................................................24, 47, 61 sv
Interprète.......................................................................................61
Ishráq..............................................................................................8
Jeûne.......................................................................................43, 86
Joie................................................................................................34
Source......................................................................................34
Jour.........................................................................33, 62, 82 sv, 90
De la révélation........................................................................75
Juste Milieu...................................................................................69
Justice.................................................17, 23, 26, 61, 65, 68, 72, 97
Deux piliers..............................................................................65
Est apparue sur la terre.............................................................95
Mains de la...............................................................................97
Soyez les personnifications de la.............................................97
Langue..............................................................................................
De Mon pouvoir.......................................................................38
Langue universelle...................................................................81
Langues parlées........................................................................79
Liberté.....................................................................................29, 75
Liberté d'esprit.........................................................................73
Limites.............................................................16, 50, 57, 90, 92
Parfaite.....................................................................................50
Son symbole est l'animal..........................................................50
Livre.....................................7, 11 sv, 14, 32, 53, 70, 74, 86, 90, 97
Cité...........................................................................................32
Heures d'épreuve......................................................................68
Impression................................................................................55
Lampe de l'Éternel.......................................................14, 30, 74
Livre vivant........................................................................30, 76
Livres Saints du passé..............................................................73
Nouveau...................................................................................32
Plus-Saint-Livre.......................................................................10
Preuve........................................................................................8
Révélation................................................................................11
Sainte Tablette......................................................................7, 89
Son Sentier droit................................................................30, 74
Tablette lucide..........................................................................74
Témoignage le plus puissant......................................................8
Lois...........................................................................................7, 60
Soumises à Notre sanction.......................................................39
Loyauté.............................................................................26, 58, 63
Lumière.................................................................................43, 104
Luxure ....................................................................................52, 89
Maison de Justice...................................19 sv, 24 sv, 49, 61, 94, 97
Maison Universelle de Justice..12, 15, 20, 23 sv, 40, 47, 56, 61, 84
Les hommes de la Maison de Justice.......................................97
Majesté..........................................................................................84
Malin.............................................................................................28
Manifestation....................................................................................
Connaissance de Dieu..............................................................35
Prochaine............................................................................23, 48
Manifestation divine..................12, 22 sv, 27, 29, 37, 48 sv, 69, 76
Mariage...................................................................................17, 45
Mashriqu'l-Adhkár..................................................................26, 94
Matérialisme.....................................................................17, 30, 44
Médecine.......................................................................................84
Médecins compétents....................................................................84
Médisance...............................................................................71, 86
Mélodieux...................................................................10, 20, 62, 66
Mendicité......................................................................................26
Mendiants.................................................................................91
Menteur.........................................................................................68
Meurtre.........................................................................................90
Moi....................................................................................51, 69, 73
Critères fixés par leur propre moi............................................52
Il n'y a pas d'autre Dieu......................................................36, 77
Incitations du............................................................................65
Incitations du moi....................................................................52
Moi insistant.......................................................................15, 27
Ne suis pas les incitations........................................................89
Mois..................................................................................................
Mois de Bahá...........................................................................84
Mois de Bahá....................................................................................
Premier jour.......................................................................34, 84
Mot....................................................................................................
Émanation................................................................................26
Est doté d'un esprit...................................................................79
Mot...........................................................................10, 70 sv, 80
Un nouveau pouvoir.................................................................80
Mots..................................................................................................
Compréhension..................................................................66, 73
Douceur....................................................................................60
Océan.................................................................................71, 75
Musique....................................................................................56 sv
Mystère.........................................................................................82
Naw-Rúz.................................................................................44, 84
Source de tous les mois............................................................84
Nécessiteux.............................................................................16, 44
Négligent.......................................................................................65
Neuf........................................................17, 21, 36, 44, 56, 77, 105
Noblesse............................................................................27, 35, 45
Nom..................................................18, 30 sv, 34, 51 sv, 77, 84, 88
Océan................................................................................75, 80, 82
De Ma présence........................................................................60
De Mes mots............................................................................71
Gouttes d’un seul océan...........................................................70
Opium...........................................................................................86
Ordre.........................................................................................8, 49
Ordre mondial..........................................................................25
Ordre Mondial......................................................................8, 33
Ordre Mondial.............................................................................96
Ordre administratif.............................................................24 sv, 90
Oulémas........................................................................................75
Paix...................................................................................................
Plus Grande Paix......................................................................78
Pardon...............................................................................18, 67, 69
Parents.....................................................................................19, 70
Parlements.....................................................................................80
Parole......................................................................................70, 82
Patriarcat.......................................................................................22
Perles.....................................................................14, 71, 74, 80, 82
Persan..............................................................................................9
Peuple de Bahá.......................................................................24, 87
Piété..............................................................................26, 58 sv, 65
Plume............................................................................8, 34, 70, 80
Chaires.....................................................................................51
Du Plus Élevé...............................................................39, 83, 90
Traces de cette Plume...............................................................66
Voix véhémente........................................................................51
Poésie................................................................................12, 61, 66
Politique...................................................................................87 sv
Polygamie...............................................................................21, 48
Préceptes.................................................................................11, 39
Preuve...........................................................................................88
Prière obligatoire..............................................................................
Signification des mouvements.................................................68
Prison............................................................................10, 31, 53 sv
Promesse...........................................................................33, 48, 83
Punition.........................................................................................65
Pureté................................................................................................
Pureté du cœur.........................................................................73
Qur'án..............................................................................................9
Raffinement..............................................................................56 sv
Rang................................................................23, 26, 35, 50, 63, 72
Récompense..................................................................................65
Reconnaissance...........................................................12, 29, 70, 73
Régénération.................................................................................80
Répudiation...................................................................................48
Révélation.............................................................27, 32, 37, 82, 90
Riḍván...........................................................................................31
Premier jour.............................................................................84
Rois.........................................................................................51, 87
Roi des Rois.............................................................................87
Royaume de Bahá’u’lláh..............................................................90
Sagesse...............................................................8, 14, 71, 73 sv, 80
Verge de la sagesse...................................................................64
Savoir................................................................................73, 75, 77
Objet de tout savoir..................................................................29
Sceau............................................................................13 sv, 48, 72
Secrets.....................................................................................71, 80
Sécurité.........................................................................................49
Sincérité..................................................................................26, 58
Sois...................................................................................................
Kun...........................................................................................81
Sois ........................................................................................31, 36
Source.....................................................................................26, 92
De cette parole.........................................................................59
De la joie de toute l'humanité...................................................88
De la Révélation............................................................24, 50 sv
De perversion...........................................................................88
De son éducation......................................................................72
Si vous pouviez découvrir........................................................82
Terre de Ṭá...............................................................................88
Style..............................................................................................65
Symbole........................................................................................77
Talisman..................................................................................26, 72
Témoignage..................................................................................88
Terre de Ṭá....................................................................................88
Testament..................................................................9, 23, 61 sv, 69
De Bahá’u’lláh.........................................................................61
Théologiens........................................................................51 sv, 88
Torpeur..............................................................................................
Peuples du monde....................................................................88
Transformation de l'individu.........................................................67
Translittération............................................................................108
Transmutation...............................................................................93
Tricheur.........................................................................................68
Unité complète et durable.............................................................92
Vassaux.............................................................................27, 51, 87
Véracité........................................................................26, 58 sv, 63
Verbe.................................................................................36, 61, 81
Vérité............................................................................8, 29, 35, 37
Certaine....................................................................................60
Pouvoir établir la vérité des lois...............................................59
Revendication de la..................................................................60
Vérité salutaire.........................................................................84
Versets...................................................................27, 43, 49, 62, 75
Définition.................................................................................62
Lire ne fût-ce qu'un..................................................................27
Lisez les versets.......................................................................86
Nombre dans l'Aqdas.................................................................8
Nombre de versets révélés.........................................................9
Quiconque néglige de les réciter.............................................62
Vie.................................................................................................65
Arbre de la vie..........................................................................26
Origine biologique...................................................................87
Origine spirituelle....................................................................36
Souffle de vie...........................................................................84
Vie éternelle.............................................................................52
Vie nouvelle.............................................................................80
Vilenie.....................................................................................52, 89
Vin Mystique................................................................................52
Vision......................................................................................28, 52
Qui peut rivaliser avec Moi......................................................51
Tablette de la Vierge.................................................................32
Voile......................................................................32, 51, 70, 75, 82
Entre Moi et Mes créatures......................................................88
Symbolisme..............................................................................31
──────────────────────────────────────────────────────────────────────
Réflexions 1
Réflexions 3
Réflexions intimes sur
le Kitáb-i-Aqdas
Pierre Daoust
2022/179 E.B.
Réflexions 5
Avant -propos
Pourquoi intimes ? Parce qu'elles sont tout à fait personnelles et
ne font que traduire ce que j'ai ressenti en épluchant le Kitáb-i-
Aqdas. Ce petit recueil n'a absolument pas la prétention d'avoir
sondé toute sa profondeur. Une des raisons qui m'ont poussé à
l'écrire est que j'ai constaté que bien peu d'amis bahá'ís l'ont lu ou
même que certains s'en méfient. Pourtant c'est le Livre le plus important de Bahá’u’lláh.
Ce que je souhaite offrir, c'est une sorte de voyage dans un domaine aux multiples paysages, qui donnera l'envie à d'autres de le
lire et d'être eux aussi touchés par sa profondeur, sa sagesse, sa
beauté et finalement de l'aimer et de s'y référer chaque fois que
nécessaire.
Bien sûr, on ne peut qu'être touché par tous les Écrits de
Bahá’u’lláh, mais l'Aqdas a un je-ne-sais-quoi de particulier. Je
désire aussi laisser une sorte de témoignage de ce que quelqu'un
du vingt-et-unième siècle y a découvert, car il est clair que les gé-
nérations futures -au fur et à mesure que se développera la communauté mondiale bahá'íe et qu'avancera la civilisation- en comprendront encore mieux les implications et la pertinence.
Intime aussi parce que j'ai vraiment envie de partager tout ce que
l'Aqdas m'inspire avec d'autres. En tant que « ami bahá'í », cela
me semble tout naturel.
Une de mes opinions, que beaucoup contesteront, est que certains
versets sont d'une portée générale, même s'ils sont révélés dans un
contexte particulier, et donc j'y fait référence, même hors contexte.
Une lecture superficielle de l'Aqdas montrera un ensemble de paragraphes disparates.
Mon point de vue est que si l'on prend un peu de hauteur, il devient facile de distinguer et séparer ce qui est lois de tout le reste
qui apparaît alors dans un schéma logique et c'est aussi ce que
j'essaie de montrer dans ce petit essai.
Bref, c'est à cœur ouvert que je vous livre mes quelques ré-
flexions.
Qu'il soit cependant clair que je parle essentiellement du Kitáb-i-
Aqdas, car s'il fallait analyser tous les autres Écrits, une vie entière ne suffirait pas. Et un dernier point : oui, j'ai retouché certaines traductions car je les estimais incorrectes. Pour les chatouilleux, le texte anglais est facilement accessible.
**************
Réflexions 7
Réflexions
Les références sont notées comme suit :
K : Paragraphe dans le texte même du Kitáb-i-Aqdas
Q : Questions et Réponses dans l'édition du Kitáb-i-Aqdas 1992
N : Notes dans la même édition
P : Préface de la même édition
I : Introduction de la même édition
Parmi tous les Écrits de Bahá’u’lláh, il y a d'innombrables Odes,
Sourates, Tablettes (ou Épîtres), et quatre 'Livres' : le Kitáb-i-Íqán
(Livre de la Certitude), le Kitáb-i-‘Ahd (Livre de l'Alliance), le
Kitáb-i-Badí (Livre de Badí) et le Kitáb-i-Aqdas (Livre le Plus
Saint).
La genèse de l'Aqdas est difficile à retracer. Mais le point de dé-
part est explicité dans le paragraphe 98 (je m'étonne d'ailleurs que
ce ne soit pas le premier paragraphe, ce qui pose déjà le problème
de la chronologie des versets) :
« Diverses pétitions sont arrivées devant Notre trône de la
part des croyants, concernant les lois de Dieu, le Seigneur
du visible et de l'invisible, le Seigneur de tous les mondes.
Nous avons, en conséquence, révélé cette Sainte Tablette
et y avons déployé le manteau de Ses Lois afin que par
bonheur le peuple puisse conserver les commandements de
son Seigneur. Des requêtes similaires nous ont été faites au
cours de plusieurs années précédentes mais Nous avions,
en notre sagesse, retenu Notre Plume, jusqu'à ce que, dans
les jours récents, des lettres arrivent d'un certain nombre
d'amis, et Nous avons dès lors répondu, par le pouvoir de
la vérité, avec ce qui animera les cœurs des humains. »
Quand Shoghi Effendi parle de l'Aqdas, voici ce qu'il en dit : « [il]
peut bien être considéré comme la plus brillante émanation de
l'esprit de Bahá’u’lláh, comme le Livre Mère de Sa Dispensation,
et la Charte de Son nouvel Ordre Mondial »1. Et quand on sait
dans quelles conditions il a été révélé, il y a effectivement de quoi
être étonné, et encore, le mot est faible.
Bahá’u’lláh Lui-même écrit : « Par Ma vie ! Il a été envoyé d'une
manière qui stupéfie l'esprit de l'homme. Il est vraiment mon té-
moignage le plus puissant pour toute l'humanité, et la preuve du
Très Miséricordieux pour tous ceux qui sont au ciel et tous ceux
qui sont sur terre »2. Si l'on doutait encore un instant de la légitimité de Bahá’u’lláh, en voici donc la preuve et le témoignage irré-
futables, et c'est vrai qu'en l'étudiant de près on ne peut trouver aucun argument qui pourrait le démentir.
Certains bien sûr ont essayé : « Nous, vraiment, voyons parmi
vous celui qui s'empare du livre de Dieu et cite de lui des preuves
et des arguments par lesquels répudier son Seigneur... »3 mais aucun n'a réussi. Comment un simple esprit humain peut-il se battre
avec les Mots de Dieu ? Leur viendrait-il jamais à l'idée de mettre
en doute le Qur'án ?
Ce qui est surprenant, c'est non seulement la genèse de l'Aqdas
mais aussi sa concision. En à peine 490 versets (en y incluant la
8e Ishráq), Bahá’u’lláh exprime l'essence même de Sa Révélation.
D'ailleurs, Shoghi Effendi déclare que : « ...les implications de
1 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206
2 Bahá’u’lláh, cité par Shoghi Effendi dans Dieu Passe près de Nous, chap.
XII, p. 204
3 K 168
Réflexions 9
l'Aqdas et du Testament de ‘Abdu'l-Bahá, en tant que dépôts jumeaux des éléments constituants cette Souveraineté, sont trop profondes pour que cette génération puisse les comprendre et les apprécier pleinement. »4. Et s'il est vrai que le Qur'án est constitué
de 6.236 versets, -pour développer, détailler et expliquer ce que
contient l'Aqdas, Bahá’u’lláh a révélé pas moins d'environ
450.000 versets.5 Soit l'équivalent de 15 fois la Bible ou 70 fois le
Qur'án.6
Stupéfiant, oui c'est le mot ! Il me paraît donc normal de s'y inté-
resser de plus près, bien que « la majesté de ce qu'il décrit est
telle, et si considérable est la révélation de ses allusions voilées,
que les brides de la parole tremblent en essayant de les décrire »7.
Des allusions voilées qui font trembler ? En voilà un de mystère !
Raison de plus pour chercher... Il répète souvent : « Craignez
Dieu... ! », mais pourquoi ? N'est-Il pas Amour, Miséricorde ?
Qu'avons-nous à nous reprocher ? Eh bien, pour le savoir il faut
lire...l'Aqdas.
Bon, lire... Premier problème, l'Aqdas a été révélé en arabe. Il faut
dire que Bahá’u’lláh avait un intérêt particulier pour cette langue
qu'Il maîtrisait parfaitement, bien que persan d'origine. Voici ce
qu'Il en dit : « Il est aimé de Dieu que tous parlent en arabe, qui
est la plus riche et vaste de toutes les langues. Quiconque serait
conscient de la richesse et de l'étendue de cette langue perspicace, la choisirait comme langue de communication universelle.
La langue persane est belle, et dans cette Dispensation Dieu a
choisi de parler en deux langues : arabe et persan. Cependant, le
persan n'est pas aussi riche que l'arabe ; en fait toutes les langues
de la terre semblent limitées en comparaison avec l'arabe. Ce que
Nous avons mentionné ici est simplement ce qui est préférable.
4 Shoghi Effendi, L'Ordre Mondial de Bahá’u’lláh – considérations
supplémentaires.
5 Lights of Irfan, Volume 10, pages 349-350 Wilmette, IL: Irfan Colloquia
6 Voir Bahá'í News Service du 1er mai 2002
7 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206
Cependant Notre dessein est que les peuples de la terre choisissent une langue universelle parmi les langues parlées par toute
l'humanité. »8. (Je rappelle que l'arabe est une langue sémitique
utilisant le Naskh tandis que le persan est indo-européen et utilise
le Nastaliq, et que leur construction, grammaire et prononciation
sont donc différentes).
Heureusement Shoghi Effendi, traducteur de génie, en a traduit 21
passages en anglais, mais lui aussi, pour garder le ton majestueux
de l'arabe original, a utilisé des mots anciens, comme ceux que
l'on trouve dans la King James Bible et Shakespeare. Ceux qui en
ont achevé la traduction -académiciens travaillant en consultation
et au prix de plusieurs années de travail- s'en sont donc inspiré.
Inutile de vous dire combien une traduction française se révèle
donc un véritable casse-tête. Une grande partie de ce qui suit sera
donc consacrée à essayer d'y voir clair et de trouver les mots les
plus appropriés pour rendre à la fois la majesté, l'autorité et le
style poétique. Le but est « d'attirer les cœurs qui sont purs vers
ces mondes spirituels qui ne peuvent être exprimés en mots ni insinués par allusions »9. Raison de plus pour réciter les versets
« dans les plus mélodieux des tons »10. Mission quasi impossible...
Terminé vers la fin 1873, quoique Il ait ajouté la 8e Ishráq vers
1885, qui est tellement importante qu'Il la répète dans les Bisharát
(13ème) révélées probablement vers 1891, le Kitáb-i-Aqdas est
enfin rendu public auprès des amis persans après avoir attendu
quelque temps mais avec beaucoup de réserves en ce qui concerne
l'application des lois. Dans une tablette adressée à Mir 'Abdu'r-Rahim Qamsari vers Octobre-Novembre 1874, Bahá’u’lláh écrit :
« En prison, nous avons révélé un livre que nous avons intitulé le
Plus-Saint-Livre. Nous y avons promulgué des lois et l’avons orné
des commandements de ton Seigneur qui a autorité sur tous ceux
8 Cité en persan par Ali Akbar Furutan, Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá
(Dundas, Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies, 1992), pp.22-3.
9 K 116
10 Idem
Réflexions 11
qui sont dans les cieux et sur la terre. Dis : Saisis-le, ô
peuple, et observe ce qui, des préceptes remarquables de ton
Seigneur l’Indulgent, le Généreux, y est révélé. Ceci te profitera
en vérité dans ce monde et dans l’autre, et te purifiera de tout ce
qui ne te convient pas. ».11
Ensuite dans un nombre important de Tablettes réunies en un volume appelé Tablettes révélées après l'Aqdas, Bahá’u’lláh n'aura
de cesse d'expliciter ce qu'il contient en citant d'ailleurs des passages textuels de l'Aqdas lui-même. Il y fera référence dans plusieurs de ces Tablettes comme par exemple dans la Lawḥ-i-Dunyá
(révélée entre le 27 juin et début août 1891), les Ishraqát (8ème et
9ème, révélées le 21 août 1885), le Kitáb-i-‘Ahd (fin 1891) et la
Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají (date?).
Le passage dans la Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají est particulièrement remarquable : « Le Kitáb-i-Aqdas fut révélé de telle manière qu’il attire et englobe toutes les Dispensations divinement
désignées. Heureux qui le lit attentivement. Heureux qui le comprend. Heureux qui médite ses versets. Heureux qui réfléchit à sa
signification. Son champ est si vaste qu’il a enveloppé tous les humains avant même qu’ils ne le reconnaissent. Avant longtemps
son pouvoir souverain, son influence pénétrante et la grandeur de
sa puissance se manifesteront sur la terre. En vérité, ton Dieu est
l’Omniscient, l’Informé. »
(Si je me permets de dire simplement l'Aqdas, c'est parce que
Shoghi Effendi lui-même l'appelle ainsi).
Voici donc le Livre le plus important de Bahá’u’lláh, suivi de près
par le Kitáb-i-Íqán. Et curieusement, il est probablement le moins
lu et le moins étudié. Une bibliographie sommaire montre que plusieurs commentaires ont été publiés en persan sur quelques passages, en particulier parce que les Écrits en langue arabe -sur déci-
11 Bahá’u’lláh, Tablettes révélées après l'Aqdas, Autres Tablettes.
sion de Shoghi Effendi- ne peuvent être traduits en persan. 12 Des
chercheurs anglophones ont écrit des études intéressantes sur des
aspects particuliers du Livre, sur les lois bien sûr, mais aussi sa
structure et son style littéraire. En français, à part une introduction
au Livre et un essai sur sa poésie, rien. Or la première édition anglaise tout à fait officielle, publiée par le Centre mondial, date de
1992. La première traduction française de cette dernière date de
1996. Nous sommes en 2022...
Pourquoi donc ce désintérêt ? Il y a plusieurs raisons : certains le
considèrent comme un texte de lois applicables dans un futur lointain (pourtant Bahá’u’lláh dit bien : « Ne pensez pas que Nous
vous avons révélé un simple code de lois. »13). ; certains ont entendu qu'il s'y trouve des choses impensables : peine de mort (pourtant commuable en prison à perpétuité et dans des cas bien précis
sujets à législation par la Maison Universelle de Justice) ; interdiction de l'homosexualité ; des lois comme l'héritage en cas de mort
intestat qui donne priorité aux descendants mâles ; le fait que seul
des mâles sont éligibles à la Maison Universelle de Justice ; l'interdiction de l'alcool et des drogues ... bref, l'horreur totale ! Pourtant Bahá’u’lláh explique très clairement que ceux qui ont un minimum de jugeote comprendront « aisément »14 que tous les pré-
ceptes révélés le sont pour assurer l'ordre dans le monde et la sé-
curité des peuples15, éviter toute division et créer une sorte de fraternité et de respect mutuel entre tous les humains ; et puis il y a
ceux qui ne veulent même pas entendre prononcer le mot Kitáb-i-
Aqdas. Être bahá'í -ce qui implique la reconnaissance de
Bahá’u’lláh en tant que Manifestation de Dieu et obéir à ses lois16-
et refuser de lire son Livre le plus important, personnellement j'ai
du mal à comprendre où est la logique.
Il est tout à fait évident que certaines lois ne seront d'application
12 Lettre de la MUJ du 1er février 2018 à un croyant individuel.
13 K 5
14 K 2
15 K 2
16 K 1
Réflexions 13
que lorsque la Foi deviendra religion d'État, étape bien expliquée
par Shoghi Effendi :
« ... les mesures de précaution et défensives à élaborer, coordonner, et à mettre en exécution pour contrer la pleine force des attaques inéluctables que les efforts coordonnés des organisations
ecclésiastiques de diverses dénominations lanceront progressivement et poursuivront sans relâche ; et, enfin et surtout, les multiples problèmes qui doivent être affrontés, les obstacles qu'il faut
surmonter et les responsabilités qu'il faut assumer, pour permettre
à une Foi accablée de passer par les étapes successives :
1. d'obscurité absolue, de répression active et d'émancipation
complète,
2. conduisant à son tour à sa reconnaissance en tant que Foi
indépendante, jouissant d'un statut de totale égalité avec
ses religions sœurs,
3. suivie par son établissement et reconnaissance en tant que
Religion d'état,
4. qui à son tour doit faire place à sa prétention aux droits et
prérogatives associés à l'État bahá'í, fonctionnant dans la
plénitude de ses pouvoirs,
5. un stade qui doit en fin de compte culminer dans l'émergence de la Fédération bahá'íe mondiale, entièrement animée par l'esprit et opérant uniquement en conformité directe avec les lois et principes de Bahá’u’lláh. »17
Soyons au moins curieux : si Bahá’u’lláh dit que ce n'est pas qu'un
simple code de lois, alors qu'est-ce ? D'abord, Il dit avoir « décacheté le Vin choisi »18. A quoi fait-il référence ? Eh bien tout simplement au Qur'án, verset 25 de la Sourate 83 : « Il leur sera donné une coupe de pur vin sur laquelle le sceau [de Dieu] aura été
apposé, versant un parfum de musc. ». Bahá’u’lláh a donc simple-
17 (Shoghi Effendi, The Advent of Divine Justice, p. 12)
18 K 5
ment décacheté le sceau.
Shoghi Effendi en donne un remarquable résumé dans Dieu passe
Près de Nous, cité dans l'édition de 1992. Bahá’u’lláh écrit :
« Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de l'Éternel pour le
monde... l'Aurore de la Connaissance divine... »19. Pourquoi donc
s'en priver ? Tout le monde se plaint de ce qui se passe actuellement alors que ce Livre mentionne toutes les pistes à suivre pour
aboutir à la paix, l'unité et la justice. Bref, un changement tout à
fait bénéfique de civilisation.
C'est vrai que le lire et le comprendre sont deux choses diffé-
rentes, mais il y a assez de bahá'ís instruits dans le monde pour au
moins en expliquer certains aspects, tout en sachant qu'il est encore hors de portée de nos esprits limités. Il faut au moins un dé-
but.
Sur le plan juridique pur, nous avons la chance qu'un mujtahid
-Zaynu'l-Muqarrabín- , c'est à dire un spécialiste du droit islamique, ait pu rencontrer Bahá’u’lláh et lui poser des questions
pour y apporter des précisions. Cet échange de questions et ré-
ponses se trouve également dans l'édition de 1992. Et de nombreuses notes explicitent d'autres notions que, culturellement,
nous avons du mal à comprendre. (Exemple : un Hindou n'est pas
forcément familier avec la notion de confession chez les Chré-
tiens, ou pourquoi parler du concept d'impureté si présent dans
l'Islám ?).
Ce Livre est très attirant. Plus on le lit, plus on y découvre de ré-
ponses à toutes sortes de questions. Plus on le lit, plus s'établit une
relation intime avec lui car il parle non seulement à l'esprit mais
aussi au cœur. Il recèle tellement de vérités que l'on ne peut plus
avoir aucun doute quant au fait qu'il s'agit de « perles de sagesse »20. Et plus on le lit, plus il apparaît effectivement comme
« l'essence de la connaissance »21. Et quand on connaît les condi-
19 K 186
20 K 182
21 K 138
Réflexions 15
tions dans lesquelles chaque verset a été révélé, il y a de quoi rester ébahi.
Il y a quelques lois, c'est vrai. Mais le reste est à légiférer par une
Institution que l'on appelle la Maison Universelle de Justice. C'est
là déjà un coup de génie car cette dernière qui, d'abord, est composée de membres qui ont reçu la confiance de représentants du
monde entier peut, ensuite, revoir sa législation en fonction des
circonstances -et cela pour l'ensemble de l'humanité.22
Ce que l'on y trouve aussi c'est évidemment que l'être humain n'est
qu'une fourmi dans cet Univers infini et qu'il doit donc faire
preuve d'une grande humilité face à l'Essence des Essences 23, inconnaissable, inconcevable, qui a conçu cet Univers -car Elle l'a
fait en signe d'amour.24 On pourrait le comparer à un calligraphe
qui se trouve devant une toile blanche et a envie d'écrire. Et puis il
décide de le faire et dépose un 'premier point', le début de sa création. Progressivement la calligraphie prend forme, jusqu'au moment où elle se rend compte elle-même qu'une main est en train de
dessiner des formes. Mais jamais elle ne pourra imaginer le calligraphe lui-même.
Bahá’u’lláh fait aussi comprendre que l'humain, se trouvant à
l'échelon supérieur de la création, en est la créature la plus noble.
Il invite donc à la propreté et au raffinement non seulement exté-
rieurs mais aussi intérieurs25. Il prône la loyauté, la sincérité, la vé-
racité et la courtoisie26. Il met en avant le respect des autres, les relations d'amitié vraie, l'altruisme, la non-violence aussi bien dans
les actes que dans les paroles27. Il met en garde contre les incitations de l'égo, ce « moi insistant »28 comme l'appelle ‘Abdu’l-
22 Voir 8ème Ishráq
23 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
24 Parole Cachée arabe n° 3, 4
25 K 74
26 K 120
27 K 148
28 ‘Abdu’l-Bahá, Sélection des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, chap. 206
Bahá, qui nous fait parfois franchir les limites de la liberté et nous
abaisse au rang de l'animal29. Il critique aussi l'indifférence et l'insouciance30, la cupidité31, l'orgueil32 et l'ignorance33. Il s'insurge
contre l'oppression qu'Il subit de la part des dirigeants34, des théologiens35, des bábís36 qui, par jalousie et envie, tentent d'étouffer
son message d'unité, de justice et de paix entre tous les habitants
de cette petite planète. Il encourage à lire Ses versets soir et matin37, à les méditer, car là se trouvent la sagesse, la vérité et la
connaissance38, et demande à ceux qui auront accepté Ses enseignements de rester fermes39 et de se lever pour les transmettre autour d'eux, pour réveiller les consciences endormies40. Il déplore la
recherche des plaisirs hédonistes, comme par exemple le désir
charnel, car ils sont cause de désunion41. Il en appelle à une justice
sociale, à la prise en charge des nécessiteux42, Lui que l'on appelait le « Père des pauvres ». Il abhorre les discussions oiseuses qui
ne servent à rien et détournent l'attention des véritables défis que
doit relever la société humaine43. Il sait que nous sommes des pé-
cheurs impénitents et nous invite, par la prière quotidienne, à nous
repentir44. Autre coup de génie, Il désigne sans ambiguïté Ses successeurs45, coupant ainsi court à toute velléité de schisme et fixe le
29 K 123
30 K 36, 47, 66, 137
31 K 40
32 K 82
33 K 122, 144
34 K 88
35 K 165
36 K 179
37 K 149
38 K 138
39 K 17
40 K 35
41 K 58
42 K 147
43 K 73, 148
44 Voir Longue Prière Obligatoire
45 K 42
Réflexions 17
temps après lequel un autre Messager pourra se manifester 46. Il insiste, mais sans l'imposer, sur le mariage47, ainsi que l'éveil intellectuel et l'éducation spirituelle des enfants qui naîtront de cette
union et qui continueront à faire évoluer la société 48. Il martèle
que la recherche de la richesse matérielle n'est qu'un leurre et ne
conduit certainement pas au bonheur49 tandis qu'Il encourage les
gens sensés qui font preuve de réflexion critique à admettre que
ses préceptes, que le système administratif absolument neuf et
unique qu'Il enseigne, sont les seuls qui permettent une gouvernance ordonnée de la société humaine dans sa globalité et la sécurité -et donc le bien-être- des habitants de la Terre 50. Il demande
que l'on s'adresse directement au cœur des gens -et donc à leurs
sentiments- plutôt que de perdre son temps à essayer de combattre
ceux qui pour le moment exercent l'autorité sur le monde 51. Il met
en garde contre l'arrogance52, l'ignorance53, la corruption et la manipulation54. Il préconise une soumission inconditionnelle aux lois
divines qu'Il a révélées, car nous ne sommes pas encore en mesure
d'en comprendre les implications pour le futur du monde 55.
Bahá’u’lláh est parfois plus incisif et menace qu'une autre justice,
la Justice divine56, pourrait châtier l'être humain s'il se montre impénitent, car ce dernier qui a été doté de la liberté de choix, pourrait s'auto-punir en ne respectant pas les conseils révélés.
Bahá’u’lláh nous met donc devant nos responsabilités. Notre égo
nous pousse à l'insouciance, à l'arrogance, à la tricherie, à la cupidité, à la manipulation et au mensonge, qui sont l'antithèse des
46 K 37
47 K 63
48 K 48
49 K 40
50 K 2
51 K 95
52 K 148
53 K 122
54 K 157
55 K 6
56 Huitième Ishráq
qualités spirituelles que nous enseigne la vraie religion. Et si l'humanité doit faire face à des événements cataclysmiques, elle ne
doit s'en prendre qu'à elle-même.
A côté de cela il évoque la douceur, le parfum, la mélodie de la
Parole divine et la compassion, le pardon, la miséricorde d'un
Dieu qui aime sa création57. Comme un père, Il éduque sans cesse
ses enfants, souvent en aimant et parfois en châtiant quand la
désobéissance est trop flagrante58.
Tout cela transparaît dans l'Aqdas pour qui veut bien le lire attentivement et méditer chaque verset. Le souci de rassurer l'être humain sur le fait qu'Il ne nous abandonnera pas est une preuve évidente d'amour.
Le calligraphe trace ensuite une barre verticale qui est le Alif
arabe. Puis une barre horizontale juste au-dessus du point primordial. Et la lettre B, la deuxième de l'alphabet, vient de naître. Elle
est la première de la Genèse et de l'évangile selon Jean : Bereshit
en hébreu = au commencement. Plus tard, elle devint la première
lettre du « bismi-l-ábi » (Matthieu 28:19 : Au nom du Père), du
« bismi-lláhi » (Au nom de Dieu) commençant le Qur'án et le
Bayán persan. Quant à l'Aqdas, il commence par « bismihi l-há-
kim », (En Son Nom, le Suprême Souverain). D'où le symbolisme
de cette deuxième lettre de l'alphabet arabe. À remarquer, Báb,
Bahá et Bayán commencent aussi par B.
ﺏ
« Et quand le Point fut joint à la deuxième lettre (B),...il traversa les cieux de l'exposé et de la parole. » « Le Point primordial [le Báb]...dit : "Si le sceau des prophètes [Muḥammad] n'avait pas prononcé le mot « succession », un tel rang
n'aurait pas été créé.". »59
57 K 4, 48, 54, 75,...
58 K 45
59 Ishráqát, préambule
Réflexions 19
Puis le calligraphe continue à tracer des lignes qui en se couplant
forment des mots. Il s'arrête un instant, prend du recul, cherche un
autre pinceau et continue. Faisant de même plusieurs fois de suite,
il complète son œuvre.
Petite précision avant de continuer : la façon d'écrire
les mots arabes en alphabet latin s'appelle la translittération, et celle que j'utiliserai est la translittération mise au
point par Shoghi Effendi. Voir annexe.
J'ouvre maintenant une parenthèse pour mentionner l'attention que
porte Bahá’u’lláh aux enfants et aux femmes. En ce qui concerne
les enfants, les parents ont le devoir de les éduquer et de veiller à
leur instruction (à tel point que ceux qui n'y seraient pas attentifs
pourraient perdre leur autorité parentale)60. Le père, en particulier
(l'arabe 'ábu' ne laisse place à aucune confusion), a l'énorme responsabilité d'instruire aussi bien fils que fille dans ce que Shoghi
Effendi a traduit par « l'art de la lecture ('connaissance' dans le
texte arabe) et de l'écriture » ainsi que dans les Écrits61. Et s'il ne
peut le faire, il est de la responsabilité des mandataires des Maisons de Justice de lui prélever l'argent nécessaire pour qu'un autre
s'en charge. Et réciproquement, les enfants doivent se soucier du
bien-être de leurs parents : « plus grand que tout, après reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la considé-
ration pour les droits qui sont dus aux parents. »62 Les fils en particulier ont une grande responsabilité : « En vérité, Nous avons
enjoint à chaque fils de servir son père. »63 Bahá’u’lláh loue
d'ailleurs celui qui s'occupe de ses propres enfants et même
d'autres enfants que les siens, ce qui pourrait concerner l'adoption
d'orphelins. Il est remarquable que celui qui devient ainsi « l'éducateur spirituel »64 reçoive même une part de l'héritage lorsqu'un
60 Q 105
61 K 48
62 Q106
63 Q104
64 N 40
testament n'a pas été rédigé. Dans ce cas d'ailleurs, les enfants
sont les premiers héritiers et reçoivent la plus grosse part. Et si le
fils aîné semble favorisé, c'est parce qu'il a la responsabilité de
s'occuper des autres enfants. De plus, Bahá’u’lláh a même pensé
aux enfants qui viendraient à naître après le décès du père, en
confiant sa part d'héritage à un gestionnaire qui lui-même toucherait une commission pour ce service rendu 65. Il est également
conseillé que les enfants puissent réciter les versets divins dans
des tons mélodieux car cela élève l'âme66. Par ailleurs, le rôle de la
mère est tout aussi important car elle est responsable de l'éveil de
l'enfant à la spiritualité.
A côté de cela, les orphelins doivent être pris en charge par les
Maisons de Justice, grâce aux revenus qu'elles percevront entre
autre par la perception de certaines amendes67.
Ce qui est également remarquable, c'est la protection de la femme,
car comme le dit la Maison Universelle de Justice, les lois s'appliquent parfois mutatis mutandis. Déjà dans le cas d'un décès intestat, l'épouse hérite en deuxième lieu juste après les enfants. S'il
n'y a pas d'enfants, la veuve sera de même prise en charge par les
mandataires de la Maison de justice. Et bien sûr, le fils aîné aura
le devoir de s'occuper de sa mère. Lorsque Bahá’u’lláh conseille
d'avoir une occupation ou même une profession 68, il s'adresse à
tous, hommes ou femmes, et donc la femme peut ainsi avoir ses
propres revenus. Lorsqu'Il mentionne l'adultère, le mot 'ziná' utilisé signifie également le viol, et les deux sont sévèrement punis,
même sur le plan spirituel69. Le père doit instruire et éduquer son
garçon mais également sa fille, dans les mêmes matières. Lors
d'un voyage, s'il y a un problème et que le mari veut une année de
patience, il doit non seulement faire raccompagner son épouse à la
maison avec une personne de confiance mais doit aussi lui fournir
65 K 20 à 28
66 K 150
67 K 21
68 K 33
69 N 36
Réflexions 21
l'argent nécessaire pour vivre une année entière70 (sauf si la rupture provient d'un adultère commis par l'épouse – mais mutatis
mutandis)71. Lorsqu'un époux est parti en voyage mais ne donne
plus aucun signe de vie, elle peut se remarier (après neuf mois
d'attente – les mois bahá'ís sont composés de 19 jours) et encore,
Il précise que ne pas le faire serait mieux72. J'ouvre ici une parenthèse : signalons le cas de maris qui, pour assurer la survie de leur
famille, deviennent « migrants » et prennent le risque de voyager
en radeau vers un eldorado fictif, et parfois se noient. Leur disparition peut éventuellement être attestée par deux survivants ou leur
décès attesté par document officiel pour peu que leur corps ait été
identifié, auquel cas la nouvelle de son décès est connue de
l'épouse73. Si, à l'opposé, aucune nouvelle ne lui parvient, elle peut
donc se remarier. Signe de grande sagesse. Une autre précaution
est que lors du mariage, la femme doit recevoir une dot minimum
(et non pas les parents)74. Curieusement, Bahá’u’lláh semble accepter la bigamie75. Mais d'une part il déclare que la monogamie
est préférable et ‘Abdu’l-Bahá explique bien que, tout comme la
polygamie dans l'Islám, elle repose sur l'application de la même
justice et égalité envers chaque épouse, ce qui est impossible. En
conséquence, seule la monogamie est permise, que ce soit dans
l'Islám ou la Foi76. Cette loi semble dériver d'une loi du Báb (vá-
hid 18, porte 15) qui bien sûr prescrivait le mariage, mais permettait, en cas d'infertilité, de prendre un deuxième conjoint avec le
consentement du premier, car le but évident du mariage est d'avoir
des enfants. En conditionnant le mariage à l'accord entre les futurs
époux, les mariages forcés ne sont plus possibles77. Un autre aspect intéressant est qu'un homme peut prendre une domestique
70 K 69
71 K 70
72 K 67
73 K 67
74 K 66
75 K 63
76 N 89
77 K 65, Q 43, 92
pour des tâches équivalentes à celles de tout autre serviteur, jeune
ou âgé, à condition de le faire « avec correction »78 (cette nuance
ayant été ajoutée par Shoghi Effendi car le texte arabe ne le pré-
cise pas), ce qui, en sous-entendant donc respect et considération,
interdit toute forme de harcèlement79. Cette femme doit d'ailleurs
être payée et ne peut être « achetée » ni même épousée si l'homme
est déjà marié. Avec les progrès scientifiques, les problèmes d'infertilité qui tracassaient le Báb peuvent être résolus et l'adoption
reste une excellente solution. Reste donc à voir pourquoi les
membres de la Maison Universelle de Justice sont des hommes.
J'y arrive.
Les éléments ci-dessus montrent que la Foi n'est certainement pas
un patriarcat. Pourtant Bahá’u’lláh met particulièrement l'accent
sur la lignée masculine et en particulier le fils aîné. Ceci est le cas
dans toutes les grandes Révélations80. Toutes les grandes Manifestations divines ont été des hommes (je ne parle pas des prophètes
et prophétesses) et Dieu Lui-même est asexué. Le fait que les
membres de la Maison Universelle de Justice soient des hommes
relève de la pure volonté divine qu'il ne nous appartient pas de
discuter ou de mettre en question. Le texte arabe d'origine ne pouvant être modifié, là où il est écrit ábu (père) on ne peut le remplacer par ummu (mère), rijál (hommes) ne peut être remplacé par
nisá (femmes) et huwa (il) ne peut être remplacé par hiya (elle).
D'ailleurs, là où il aurait pu y avoir ambiguïté comme dans le paragraphe parlant de la prochaine Manifestation, où l'on pourrait
lire innaha au lieu de innahu, Shoghi Effendi, dans sa traduction,
a précisé « un tel homme »81.
Il y a un passage très intéressant d'une Tablette 82 écrite à un
croyant persan par ‘Abdu’l-Bahá (citée dans Shoghi Effendi, The
78 K 63
79 K 63, N 90
80 N 44
81 K 37
82 Publiée dans le Fáḍil Mázandarání's Amr-va-Khalq, vol.4, pp.216-8
Réflexions 23
World Order of Bahá’u’lláh, p. 148), où Il écrit ceci : « Dans
toutes les Dispensations divines, le fils aîné a reçu des distinctions
extraordinaires. Même le rang de mission prophétique a été son
droit de naissance ». Shoghi Effendi, dans le même passage, parle
d'ailleurs du « principe héréditaire ».
Que les femmes ne se désolent pas : elles peuvent occuper toutes
les autres fonctions, ne sont les victimes d'aucune discrimination
dans quelque secteur de la société que ce soit, et il ne faut pas oublier qu'être membre de la Maison Universelle de Justice n'est pas
un privilège, ni une distinction quelconque, mais une terrible responsabilité et un travail qui demande une totale abnégation, entre
autre sur le plan familial.
Et que les grincheux prennent patience : puisque nous sommes en
2022, cela sera comme ça au minimum jusqu'à la prochaine Manifestation, soit encore pendant 830 ans.
Revenons à l'Aqdas. Voici un événement unique dans toute l'histoire religieuse du monde : la désignation, sans équivoque possible, de Son fils aîné, ‘Abdu’l-Bahá, comme successeur et interprète de Sa Révélation, ayant seul l'autorité sur l'ensemble de la
communauté bahá'íe, -précisé à nouveau dans Son Kitáb-i-'Ahdet, dans la même foulée, l'anticipation du Gardiennat et de la Maison Universelle de Justice, tout cela confirmé par ‘Abdu’l-Bahá
dans Son testament. Voici né le noyau de l'Alliance, faisant reposer l'autorité à la fois sur une branche interprétative et une branche
législatrice qui ne peuvent empiéter l'une sur l'autre. Fini donc
toute possibilité de schisme ! Et comme Bahá’u’lláh précise qu'il
ne peut y avoir de prochaine Manifestation divine avant 1000 ans,
cette Alliance est donc aussi valable pendant au moins 1000 ans
(comptés à partir de 1852)83.
L'importance de cette désignation d'‘Abdu’l-Bahá comme inter-
83 Date de l'incarcération de Bahá’u’lláh dans le Siyáh-Chál où Il reçut Sa
Révélation.
prète de la Révélation de Bahá’u’lláh est encore tout à fait hors de
portée de notre compréhension. Sans Lui nous n'aurions pas compris qu'il y a différents niveaux de Maisons de Justice, et que c'est
seulement à la Maison Universelle de Justice qu'il ne peut y avoir
que des hommes ; c'est Lui qui explique ce qu'est l'institution du
Gardiennat, son rôle au sein de l'Ordre administratif et également
dans l'interprétation des enseignements de Bahá’u’lláh ; c'est Lui
qui précise la responsabilité des Mains de la Cause ; c'est Lui qui
explique le processus qui mène à l'élection de la Maison Universelle de Justice, les relations entre cette Institution et celle du Gardiennat ; c'est Lui qui explique ce que veut dire « prendre
conseil »84 et donc tout le processus de la consultation ; c'est Lui
qui précise son propre rang par rapport à Bahá’u’lláh et dénonce
ceux qui ambitionnaient une quelconque autorité sur la communauté bahá'íe en allant même jusqu'à falsifier le Texte révélé ; Lui
qui, avec une extraordinaire loyauté et humilité, se définissait simplement comme « Serviteur de Bahá ».
Si Bahá’u’lláh ne s'étend pas sur la question du Gardiennat, par
contre il confie d'énormes responsabilités aux Maisons de Justice,
et bien qu'Il ne mentionne pas nommément une Maison « universelle » de Justice dans l'Aqdas, c'est bien d'Elle qu'il s'agit dans
certaines expressions comme « hommes de justice »85, ou « peuple
de Bahá »86 ainsi qu'Il l'écrit dans Sa Tablette du Carmel et explicité par ‘Abdu’l-Bahá (qui Lui, instaurera les Maisons « secondaires » de Justice). Et c'est à la Maison Universelle de Justice
qu'il appartiendra de définir à quels niveaux de Maisons de Justice
certains pouvoirs et responsabilités décrétés dans l'Aqdas seront
confiés.87
Le terme même de Maison de Justice fait réfléchir. Qu'est-ce
qu'une maison, sinon l'endroit où l'on se sent bien, en sécurité, à
84 K40
85 K 52
86 Voir Note 67 dans l'Aqdas
87 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice.
Réflexions 25
l'aise ? Ce n'est pas un terme anodin. Quant au mot Justice (avec
majuscule), ne fait-il pas référence à la Justice divine qu'un jour
ces institutions devront incarner ? Ses membres doivent non
seulement être des gens de confiance mais doivent même considé-
rer leur mission comme sacrée (se considérer comme pénétrant la
cour de la présence de Dieu et même comme voyant l'Invisible!88).
Quel défi et responsabilité ! De plus, qu'ils soient au minimum 9
ou plus89, leur rôle est de se consulter, ce qui laisse place non
seulement à l'expression de son opinion mais oblige aussi à accepter que les autres puissent en avoir une différente et que nous ne
pouvons essayer d'imposer la nôtre. Rendre la justice n'est pas
chose aisée, mais lorsque naît une opinion majoritaire, ou idéalement unanime, on s'en approche assurément. Pour ce faire, il faut
considérer les intérêts des autres comme les siens propres, afin
que la réponse apportée soit appropriée et correcte, c'est-à-dire
soit empreinte du plus profond respect. Dans sa Constitution, la
Maison Universelle de Justice définit parfaitement tout ce que cela
implique (Constitution, article IV).
Toute cette machinerie est ce que nous appelons Ordre administratif, destiné à se muer en Ordre mondial, dont Bahá’u’lláh affirme
qu'il a rompu l'équilibre du monde par son influence vibrante.90
Nous verrons plus loin quelles en sont les implications.
Les pouvoirs et responsabilités des Maisons de Justice seront
énormes :
– en ce qui concerne la Maison Universelle de Justice, elle
devra légiférer sur tout ce qui n'a pas été explicitement ré-
vélé par Bahá’u’lláh, et gérer l'ensemble de la communauté bahá'íe (voir sa Constitution pour détails).
– Au niveau des Maisons de Justice : percevoir les amendes
(et les cas ne manquent pas), la Zakát, le Ḥuqúqu’lláh, les
88 K 30
89 K30
90 K181
divers Fonds alimentés de façon anonyme et volontaire, les
parts d'héritage prévues en cas de mort intestat, tout cet argent étant destiné à l'entretien des propriétés bahá'íes, des
dépendances des Mashriqu'l-Adhkár (hôpitaux, écoles,
hômes pour personnes âgées, universités, dispensaires)
ainsi que de tous ceux qui connaissent la précarité financière (orphelins, veuves, sans-abris, ceux qui ne peuvent
travailler). Une fois ces mécanismes mis en application, il
semble logique d'interdire la mendicité91. Le mot Justice a
là tout son sens car il s'agit du bien-être de tous et implique
que les très riches aident les très pauvres, et que ceux qui
ne peuvent accomplir leur devoir d'instruction des enfants
soient débités d'une partie de leurs revenus.
Au-delà de l'instruction, il faut également une éducation spirituelle, dont la responsabilité première incombe à la mère. Ce passage de la Lawh-i-Maqsúd est très clair :
« L'humain est le suprême Talisman. Cependant, le
manque d'une éducation adéquate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot émané de la bouche de
Dieu il fut appelé à l'existence ; par un mot de plus il fut
guidé à reconnaître la Source de son éducation ; par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une
mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur.
L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité d'en profiter. »
Dans les Questions et Réponses (106), apparaît d'ailleurs une
phrase fondamentale : « Les fruits qui conviennent le mieux à
l'arbre de la vie humaine sont la loyauté et la piété, la véracité et
la sincérité. »92. Et dans un verset de l'Aqdas, Il ajoute la crainte
de Dieu et la courtoisie93. Oui, l'homme a été créé noble et repré-
91 K 147
92 Q106
93 K 120
Réflexions 27
sente le sommet de la création divine. Pourtant une chose le dé-
tourne de cette noblesse, c'est l’égo, comme déjà mentionné, ce
qu' ‘Abdu’l-Bahá appelle « le moi insistant », qui nous détourne
sans cesse de notre objectif, la réunion avec Dieu. Il nous appartient de porter témoignage face au monde que si nous avons été
créés, c'est pour connaître et adorer Dieu, tout en reconnaissant
que face à Lui, nous ne sommes rien du tout 94. Effectivement,
comment une créature pourrait-elle se prévaloir d'être l'égale de
son Créateur, alors que Lui peut très bien se passer de ses créatures puisqu'Il "subsiste par Lui-même" ?
La distance entre le moi humain et le Soi divin est incommensurable, et la moindre des choses est de faire preuve d'humilité et de
se prosterner devant l'Essence des essences. Malheureusement, cet
égo nous remplit d'orgueil car nous croyons détenir la connaissance alors qu'en fait, nous ne sommes que des ignorants de la
réalité et que cette ignorance est un voile très épais qui nous prive
des bontés divines. Les nombreuses adresses aux théologiens et
ecclésiastiques de tous bords sont tellement claires dans l'Aqdas
qu'elles ne laissent aucun doute quant au fait qu'ils prétendent à la
connaissance absolue, alors qu'elle est l'apanage de Dieu seul,
dont les représentants, qui parlent en Son Nom, sont les Manifestations divines. Bahá’u’lláh écrit d'ailleurs dans l'Aqdas :
« Lire ne fût-ce qu'un des versets de Ma Révélation est
meilleur que de parcourir les Écritures des anciennes aussi bien que des dernières générations...Dis : Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »95
Il en est de même du pouvoir. « Vous n'êtes que des vassaux »96,
dit Bahá’u’lláh aux monarques de son époque. Et Il ajoute qu'Il se
moque éperdument de leurs possessions car ce que Lui veut, c'est
94 Courte Prière Obligatoire
95 K 138
96 K 82
toucher le cœur de l'humain97. Il répète à loisir que les possessions
terrestres ne sont qu'un leurre et que ceux qui s'intéressent uniquement aux richesses terrestres, éphémères, sont finalement des
morts spirituels.98
Ce faisant, Bahá’u’lláh met l'accent sur les conséquences d'un orgueil démesuré, de la soif de gloire, de la jalousie et de l'envie de
gens démontrant leur ignorance et leur mépris. Il en souffrira toute
Sa vie et dénonce le plus grand voile qui puisse obscurcir notre
progrès spirituel : le côté sombre de l’égo.
« Veillez sur vous-même car le Malin (l’ego) est à l'affût,
prêt à vous prendre au piège. Apprêtez-vous à contrer ses
diaboliques machinations et, conduits par la lumière du
nom du Dieu qui voit tout, échappez-vous de l'obscurité
qui vous entoure. Que votre vision englobe le monde plutôt
que d'être confinée à votre propre moi.Le Malin est celui
qui entrave l'ascension et fait obstacle au progrès spirituel
des enfants des humains. »,
écrit-Il dans la Lawh-i-Dunyá.
« Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez
pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés par leur propre moi et
jeté derrière leur dos les normes établies par Dieu », dit-Il dans
l'Aqdas.99
Bahá’u’lláh dénonce les tentatives de manipulation et nous enjoint
la droiture. Le but fondamental de la religion étant l'unité, comme
tous les Messagers du passé, Il en appelle à l'amitié, à l'altruisme,
à la concorde, au sentiment d'être une seule famille qui partage un
destin commun.
97 K 83
98 K 40
99 K 17
Réflexions 29
« La Terre n'est qu'une seule patrie et tous les humains en
sont les citoyens. »100
Et quel destin ! Dieu a fait de l'humain la créature la plus noble de
la Création. Bahá’u’lláh insiste donc sur le raffinement, non seulement physique, mais aussi spirituel, par la manifestation des vertus morales les plus élevées. Ses appels à la propreté extérieure
(bien que ceux qui ont de « bonnes raisons » ne peuvent être blâ-
més101), ne sont qu'un encouragement à manifester notre pureté intérieure102. Celle-ci est d'ailleurs symbolisée par les ablutions, qui,
heureusement pour nous, sont très simples. Il ne s'agit pas de se
laver, mais de purifier l'âme avant que nous puissions, avec la plus
grande humilité, rendre grâce à Dieu ou Lui demander l'absolution
de nos péchés (qu'il est maintenant interdit de demander à un autre
être humain103). C'est pour cela qu'il faut faire les ablutions même
après un bain 104; il s'agit d'un nettoyage spirituel.
Bahá’u’lláh nous plonge dès lors de plain pied dans l'univers spirituel et dans la connaissance de Dieu. « Dis : la Liberté qui vous
profite ne se trouve nulle part, sauf dans la servitude complète à
Dieu, l'Éternelle Vérité. »105, écrit-Il, ajoutant : «Nous avons dé-
crété, ô peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit
la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »106. Shoghi Effendi définit Dieu comme « Le plus intime Esprit des Esprits et éternelle Essence des Essences – ce Dieu invisible et pourtant rationnel qui, aussi loin que nous exaltions Ses Manifestations
sur terre, ne peut incarner Sa Réalité infinie, inconnaissable, incorruptible, et universelle dans le cadre concret et limité d'un être
100Lawḥ-i-Maqṣúd
101K74
102K 74
103 K 34, Q 18, N 34
104 Q18, n34
105 K 125
106 K 102
mortel »107. Dieu n'est donc pas une chose physique, matérielle, et
nous ne pouvons l'appréhender qu'à travers les noms et les attributs qu'écrivent et démontrent Ceux qui ont reçu mission de le représenter et de parler en Son Nom. « Nous, en toute certitude,
n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce n'est de
rendre Dieu manifeste et de révéler Sa souveraineté »108, affirme
Bahá’u’lláh.
Nous approchons la connaissance de Dieu à travers l'exemple de
la vie de Ses Manifestations et, puisque l'humain a été doté d'un
langage articulé qui lui permet d'exprimer ses pensées, c'est par
les mots que ces dernières sont alimentées et partagées. Le langage s'étant concrétisé par l'écriture, c'est ainsi que sont nés les
livres, qui permettent de fixer le discours. Bahá’u’lláh est d'abord
« Livre vivant »109 et nous a ensuite légué un héritage précieux, le
Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de
l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable, parmi les
peuples de la terre. »110, cette « Balance Infaillible»111 établie parmi les humains.
C'est donc tout autre chose qu'un simple code de lois. Le lire et le
comprendre, c'est connaître l'intention de Dieu en nous créant.
C'est savoir que notre destin est de grandir spirituellement car
notre passage sur terre n'est que transitoire et qu'un autre monde
nous attend, un monde de joie car affranchi de toute infirmité et
souffrance. C'est comprendre qu'un seul mot a suffi, un verbe en
l'occurrence, pour que cet univers existât : « sois ! »112. « Tout ce
qui est, est venu à l'existence par Son irrésistible décret »113, dit
l'Aqdas. Et Bahá’u’lláh de préciser que s'Il n'a pas été à l'école ni
107 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
108 K 172
109 K 134
110 K 186
111 K 99
112 K 177
113 K 7
Réflexions 31
lu les thèses des théologiens, c'est que sa connaissance est même
antérieure à ce décret « Sois ! »114. Il s'agit donc de la Connaissance absolue, celle de Dieu Lui-même !
Le thème de la connaissance est omniprésent dans tous les Écrits.
Et la vraie connaissance, comme déjà mentionné, dépend de bien
autre chose que de l'étude humaine. C'est là aussi le symbole du
voile, qui n'est autre que l'ensemble de ce que nous imaginons vainement, souvent par simple orgueil ou ignorance, qui nous sépare
de la Réalité. Les avertissements et critiques adressés aux théologiens sont clairs. Ils sont même parfois ridiculisés : « au sein du
peuple se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure,
et même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de
cette connaissance. »115, « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur... »116.
Et dès lors, la mise en garde contre ce voile : « ... regardez comment vous avez permis à votre érudition de vous couper, comme
par un voile, de Celui qui est l'Aurore de cette Lumière, par Lequel toute chose cachée a été révélée.117 »
J'aimerais ouvrir ici une parenthèse. Vers la fin de l'année 1844,
une première lettre du Báb adressée à Bahá’u’lláh Lui fait comprendre qu'Il est Celui que Dieu rendra manifeste. Le Báb Lui demande cependant d'attendre 19 ans avant de l'annoncer, ce qu'Il
fera donc à Ses proches en 1863 dans le Jardin de Riḍván à
Baghdád.118 (1863 – 19 = 1844) Entre-temps, deux ans après le
martyre du Báb eut lieu la tentative d'assassinat contre le Sháh
Naser al-Din Sháh(1852) et Bahá’u’lláh, considéré comme l'un
des chefs de la communauté bábíe, est emprisonné dans le Siyáh-
114 Également trouvé dans le Qur'án 36:82, 40:68, 16.:40, 3:47, 2:117, 3:59,
19:35.
115 K 36
116 K 165
117 K 102
118 Sélections des Écrits du Báb - « une autre lettre adressée à « Celui que
Dieu rendra manifeste »
Chál. C'est là, dans une vision extraordinaire qu'Il décrira plus tard
dans la Tablette de la Vierge, qu'il reçoit la Révélation proprement
dite (comparable par exemple à l'histoire de Moïse et du Buisson
ardent, à la Colombe descendant sur la tête de Jésus, à la vision de
l'archange Gabriel par Muḥammad). Exilé ensuite vers Baghdád et
après deux ans de retraite dans les montagnes de Sulaymaniyyih,
il y revient et révèle le Kitáb-i-Íqán. Alors qu'Il n'a pas encore dé-
claré Sa Station, il y écrit le passage suivant : « C'est pourquoi, ô
mon ami, il Nous convient d'exercer le plus grand effort pour atteindre cette Cité et, par la grâce et l'aimante bonté de Dieu, de
fendre les "voiles de gloire", de telle façon, qu'avec une fermeté
inflexible, nous puissions sacrifier nos âmes affaissées dans le
sentier du Nouveau Bien-aimé. Nous devrions, les yeux en larmes,
L'implorer, avec ferveur et de façon répétée, de nous octroyer la
faveur de cette grâce. Cette Cité n'est rien d'autre que la Parole
de Dieu révélée à chaque époque et dispensation. Au temps de
Moïse ce fut le Pentateuque ; au temps de Jésus l'Évangile ; au
temps de Muḥammad le Messager de Dieu le Qur’án ; en ce jour
le Bayán ; et dans la dispensation de Celui que Dieu rendra manifeste Son propre Livre – le Livre auquel tous les Livres des dispensations antérieures doivent nécessairement se référer, le Livre
qui parmi tous ceux-là est transcendant et suprême. »119
Dans une prière révélée par le Báb lors de son emprisonnement à
Mah-ku et faisant mention de Celui que Dieu rendra manifeste, se
trouve déjà le passage suivant : « Ô mon Dieu ! Ressuscite en Lui
ce par quoi il peut renouveler Ta religion et fais vivre par Lui ce
qui est changé dans Ton livre; manifeste par lui ce que Tu modifies
dans les ordres afin que par Lui Ta religion se lève de nouveau ;
donne-Lui dans la main un Livre nouveau, pur et saint; qu'aucun
doute, aucune hésitation ne soient dans ce Livre et que personne
ne puisse se présenter qui le détruise ou bien le modifie. »120
119 Kitáb-i-Íqán
120 Une prière du Báb extraite du Livre des Sept Preuves
Réflexions 33
Bahá’u’lláh qui savait qu'Il était Celui que Dieu rendra manifeste
présage déjà la future révélation du Kitáb-i-Aqdas ; et puisque
tous les Livres saints doivent s'y référer, il est tout à fait compré-
hensible qu'il porte le titre de « Livre le Plus Saint » ! Tous les
Livres du passé contiennent des promesses et des prophéties
concernant le Jour où le Promis de tous les temps apparaîtra. Et
dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh lance ce cri sans appel : « La Promesse
est accomplie ! »121. Le cycle prophétique est terminé pour entrer
dans le cycle de l'accomplissement. Le premier était de 6000 ans,
le deuxième est destiné à couvrir une période de 500.000 ans122.
Nous commençons tout doucement à percevoir le rang unique de
Bahá’u’lláh dans l'histoire de l'humanité. Et les lois, préceptes,
conseils, avertissements, exhortations, création d'institutions gouvernantes à tous les niveaux -tout cela trouvé dans l'Aqdas- ont
pour but la naissance d'un Nouvel Ordre Mondial dont le fonctionnement est encore inimaginable pour nous pauvres mortels du
21ème siècle.
J'aimerais revenir sur la notion de Parole divine ou, mieux encore,
des Mots divins. Comme le dit Bahá’u’lláh dans la Lawh-i-Hikmat, chaque mot a été doté d'un « nouveau pouvoir » grâce à cette
Révélation. Pas étonnant dès lors qu'Il nous invite à nous immerger dans l'Océan de Ses Mots car là se trouvent « cachées »123 des
perles de sagesse, de connaissance et bien plus encore. 124 (parlant
de cet Océan, dans une lettre du 1er octobre 2010, le Département
de recherche à Haïfa écrit : plus de 18.000 textes ont été identifiés,
comprenant plus de six millions de mots...).125
Je ne peux m'empêcher de citer un des passages les plus poétiques
de l'Aqdas : « Béni est celui qui découvre le parfum des significa-
121 K 80
122 Voir La Dispensation de Bahá’u’lláh, par Shoghi Effendi
123 K 182
124 K 182
125 Lights of Irfan, vol. 10, p. 349-350, Wilmette
tions intérieures dans les traces de cette Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la création
entière, et par le calme de laquelle l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. Glorifié soit le Très-
Miséricordieux, le Révélateur d'une si inestimable bonté. »126
À beaucoup d'endroits de l'Aqdas reviennent ces mots de parfum,
tranquillité, douceur (même en parlant des lois!), d'amour et
d'amitié... Ne serait-ce pas là ce à quoi tout le monde aspire : le
bonheur ?
D'ailleurs, la Révélation de Bahá’u’lláh ne peut se concevoir sans
la joie. Concernant Dieu : « Remerciez-le avec joie et rayonnement. »127 Concernant Téhéran : « Dieu t'a choisie pour être la
source de la joie de toute l'humanité. »128 Concernant les maisons
d'adoration : « avec rayonnement et joie, célébrez en leur sein la
louange de votre Seigneur »129 Concernant la source de cette joie :
« Que votre joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom
qui apporte ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de
tous ceux qui se sont approchés de Dieu. »130 Concernant les
couples : « Vivez l'un avec l'autre, ô gens, dans le rayonnement et
la joie. »131 Et concernant le premier jour du mois de Bahá :
« Grande est la bénédiction de celui qui l'accueille avec rayonnement et joie. »132
Nous avons vu plus haut comment Shoghi Effendi définit le mot
Dieu. Bahá’u’lláh l'exprime d'une façon identique : « Sache, à
n'en point douter, que l'Invisible ne peut en aucune façon incarner
Son essence et La révéler aux hommes. Il est et a toujours été infiniment exalté au-dessus de tout ce qui peut être perçu et exprimé.
126 K 158
127 K74
128 K91
129 K31
130 K51
131 K70
132 K111
Réflexions 35
De Sa retraite de gloire, Sa voix toujours proclame: "En vérité, je
suis Dieu ; il n'est pas d'autre Dieu que Moi, l'Omniscient, le
Très-Sage. Je Me suis manifesté aux humains, et je leur ai envoyé
Celui qui est l'Aurore des signes de Ma Révélation. Par Lui, j'ai
fait attester à toute la création qu'il n'est d'autre Dieu que Lui,
l'Incomparable, l'Informé de tout, le Très-Sage." Lui qui, éternellement, est caché aux yeux des hommes ne peut jamais être connu
si ce n'est par Sa Manifestation, et Sa Manifestation ne peut produire de plus grande preuve de la vérité de Sa mission que celle
de Sa propre personne. ».133134
Les Manifestations divines sont donc le seul moyen d'approcher la
connaissance de Dieu. La connaissance de leurs vies, et de leurs
enseignements -adaptés à l'époque de leur apparition- sont la voie
la plus directe pour appréhender le transcendant. L'essence divine
étant extra-temporelle et extra-spatiale, elle ne peut s'incarner et se
manifeste dès lors via des êtres humains qu'Il a choisis pour être
Ses « représentants », s'exprimant « en Son Nom »135 et démontrant tous Ses attributs. Bahá’u’lláh précise dans les Questions et
Réponses que leur rôle est d'éduquer les humains : « Le dessein de
ces Éducateurs, dans tout ce qu'Ils ont dit et enseigné, était de
préserver le rang exalté de l'humain. »136. Il fait cependant ce
constat amer : « Noble t'ai-Je créé, pourtant tu t'es abaissé ». Et
donc Son rappel : « Élève-toi alors vers ce pour quoi tu fus
créé ».137
Cette mission et cette autorité de transmettre les préceptes, à la
133 Extraits des Écrits, chap. XX
134 Il me faut citer ici une réflexion intéressante d'Albert Einstein : « Une
connaissance de l'existence de quelque chose que nous ne pouvons
appréhender, des manifestations de la raison la plus profonde et de la plus
radieuse beauté -c'est cette connaissance et cette émotion qui constituent la
véritable attitude religieuse ; en ce sens, et seulement dans ce sens, je suis
un homme profondément religieux » (Mein Weltbild , 1934)
135 Préambule de l'Aqdas et K1
136 Q 106
137 Parole Cachée arabe n° 22
fois temporels et spirituels, conférées aux Manifestations divines,
explique d'ailleurs cette ambiguïté de station où parfois Elles sont
tentées de se considérer comme Dieu Lui-même et parfois se
considèrent comme de la simple terre glaise138. De plus, sans création un Créateur n'existe pas et dans un geste de Sa Volonté, Il l'a
fait par amour : « J'ai aimé ta création, aussi t'ai-je créé ». Mais
tout amour doit être réciproque : « Aime-moi pour que je puisse
t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, mon amour ne peut aucunement
t'atteindre. Sache-le, ô serviteur ».139 De même : « Observez Mes
commandements par amour de Ma Beauté ».140
La création résulte de la Volonté divine qui s'est exprimée -au
risque de me répéter- par un premier mot originel, l'impératif du
verbe être : « Sois ! ». « Tout ce qui est, est venu à l'existence par
Son irrésistible décret »141. C'est ce que l'on appelle le « Verbe divin ». C'est ce que rappelle l'Évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était
Dieu ».
Il y a donc cette réalité physique de l'être humain investi d'une
mission divine et qui en reçoit l'autorité, démontrées par sa vie
même et ses enseignements écrits ; et d'autre part une réalité spirituelle qui s'exprime à neuf reprises dans le Kitáb-i-Aqdas ; « Il n'y
a pas d'autre Dieu que Moi... ».
Il y a par ailleurs une chose qui m'intrigue : il y a dans l'Aqdas 40
phrases qui commencent par « Dis : ». On retrouve également la
même chose dans le Qur'án. Il semblerait que ce soit bien Dieu
qui ordonne à Bahá’u’lláh de dire exactement la phrase qui suit.
L'importance de ces phrases est donc multipliée.
Revenons sur terre, et voyons donc ce que contient ce mystérieux
138 Voir citation dans La Dispensation de Bahá’u’lláh par Shoghi Effendi
139 Paroles Cachées arabe 4 et 5
140 K 4
141 K 7
Réflexions 37
Livre. Il est plus qu'évident que tout tourne autour des concepts
d'unité, de justice, de paix, et bien sûr de l'humilité de l'être humain face à un Créateur Omnipotent et surtout Omniscient. La
vraie « connaissance » est d'ailleurs largement commentée, et
Bahá’u’lláh le dit clairement en parlant du Kitáb-i-Aqdas : « Dis :
Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »142
Il ne fait aucun doute que l'humain possède également une réalité
physique aussi bien que spirituelle ; or, comme c'est cette dernière
qui persistera après la mort physique, il nous appartient de la cultiver, de la faire grandir et le seul moyen d'y arriver c'est en priant,
en faisant abstraction de nos besoins matériels, physiques, pendant
une courte période de jeûne et bien entendu en lisant les Écrits
tous les jours, mais à petite dose.
Une première remarque s'impose : que ce soit dans l'Aqdas ou
d'autres Écrits, il est sans cesse fait référence à la « certitude » et à
la « vérité ». Il ne s'agit plus d'espérer ou de prophétiser. « La promesse est accomplie » dit Bahá’u’lláh, et elle ne peut être mise en
doute :
Si l’une de ces Manifestations universelles de Dieu venait à
déclarer : "Je suis Dieu", Elle dit, vraiment, la vérité et il
n'y a aucun doute à ce sujet. Car il a été démontré de façon
répétée que, par leur Révélation, leurs attributs et leurs
noms, la Révélation de Dieu, Son Nom et Ses attributs sont
manifestés dans le monde.143
Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce
royaume terrestre si ce n'est de rendre Dieu manifeste et de ré-
véler Sa souveraineté ; Dieu M'est suffisant comme témoin.
Nous, en toute certitude, n'avons eu d'autre intention dans le
Royaume céleste que d'exalter Sa Cause et de glorifier Sa
142 K 138
143 Kitáb-i-Íqán
louange ; Dieu M'est suffisant comme protecteur.
Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir dans l'Empire
d'en-haut si ce n'est de vanter Dieu et ce qui a été envoyé par
Lui ; Dieu Me suffit comme aide.144
Pourtant, combien parmi nous ne doutent-ils pas lorsque ce que
révèle Bahá’u’lláh semble en opposition avec les courants actuels
de pensée ainsi qu'avec nos propres convictions ? C'est donc là le
réel défi : accepter de modifier notre perception des choses, notre
interprétation des événements, pour ne pas dire le sens même que
nous attribuons à la vie et au futur de l'humanité. Accepter que
notre propre connaissance n'est que très relative et que nous devons non seulement faire aveu d'impuissance mais également nous
soumettre à la volonté d'une Essence que nous ne pouvons imaginer et que par convention linguistique nous appelons Dieu en fran-
çais.
Il faut de toute évidence accepter que nous ne sommes que des
serviteurs, l'exemple parfait étant ‘Abdu’l-Bahá, mais pour cela il
faut en prendre conscience. Comme le dit le Báb dans une prière :
« Tous sont Ses [Dieu] serviteurs et tous se soumettent à Son commandement. »
Il en est de même des Lois révélées : « La Langue de Mon pouvoir a adressé ces mots à Ma création, du Ciel de Ma gloire omnipotente : « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma
beauté.»145 Si nous acceptons et comprenons que nous avons été
créés par une source aimante, il convient dès lors d'en être les té-
moignages vivants :
« Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour
Te connaître et T'adorer »146
Une preuve supplémentaire de cet amour réside entre autre en
ceci :
144 K 172
145 K 4
146 Courte prière obligatoire
Réflexions 39
« En vérité, Il [le Báb] a révélé certaines lois pour que, en cette
Dispensation, la Plume du Plus Élevé n'ait besoin de se mouvoir
pour rien d'autre que pour la glorification de Sa propre Station
transcendante et Sa plus éclatante Beauté...Puisque, cependant,
Nous avons souhaité rendre évidente Notre bonté pour vous, Nous
avons, par le pouvoir de vérité, précisé ces lois avec clarté et atté-
nué ce que Nous désirons vous voir observer. Lui, vraiment, est le
Munificent, le Généreux. »147
Effectivement beaucoup de lois que l'on trouve dans l'Aqdas proviennent du Báb, mais Bahá’u’lláh précise ceci :
« Notre Héraut exalté -puisse la vie de tout autre que Lui être offerte par amour pour Lui- a révélé certaines lois. Cependant,
dans le royaume de Sa Révélation ces lois furent soumises à Notre
sanction., raison pour laquelle cet Opprimé a mis en œuvre certaines d'entre elles en les incorporant dans le Kitáb-i-Aqdas avec
des mots différents. D'autres, Nous les avons mises de côté. Il tient
l'autorité en Sa main. Il fait ce qu'Il veut et Il ordonne ce qui Lui
plaît. Il est le Tout-puissant, le Très-loué. Il y a aussi des ordonnances nouvellement révélées. Béni celui qui y parvient. Bénis
ceux qui observent Ses préceptes. »148
Autrement dit, la religion n'est pas une sorte de contrainte arbitraire mais au contraire une source de préceptes, de conseils, d'exhortations, d'encouragements à poursuivre un long voyage vers un
infini qui ne peut être défini ni par une formule mathématique ni
par des approches purement scientifiques, et qui peut évoluer en
fonction du stade de maturité de l'humanité.
Il y a dans l'Aqdas non seulement des lois, des interdictions, des
permissions (parfois étonnantes), des exhortations, des stances aux
dirigeants, aux théologiens, aux bábís, à certaines personnes en
particulier, mais aussi tout l'aspect spirituel nécessaire pour que
147 K 142
148 Bahá’u’lláh, Kalimát-i-Firdawsiyyih
cela fonctionne et produise une nouvelle civilisation.
Comme dans les dispensations précédentes, il y a des lois immuables : la reconnaissance des Manifestations divines, la prière,
le jeûne, la charité, le pèlerinage, l'altruisme, ce qui constitue les
fondements mêmes d'une religion. Mais, alors que ces notions restaient floues et sujettes à interprétation, Bahá’u’lláh les précise de
telle sorte qu'il n'y a pas à tergiverser. Cela est déjà une source de
conflits en moins, et des points sur lesquels la Maison Universelle
de Justice n'aura pas à légiférer.
Commençons par la prière obligatoire (salát), ce dialogue quotidien avec Dieu, que Bahá’u’lláh conçoit comme quelque chose de
privé.149 Dans les révélations du passé, la prière est bien sûr prescrite mais il n'y a pas à proprement parler de prière révélée. Même
dans l'Islám, la prière consiste en la récitation de la première Sourate du Qur'án. Seul le Báb avait révélé une prière obligatoire normalement accompagnée de 19 rak'has (génuflexions). Dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh la remplace par une prière de 9 rak'has150 mais
celle-ci, qui était dans un document séparé, ayant été dérobée par
l'Archi-briseur d'Alliance Muḥammad-Alí.151, Il les a plus tard
remplacées par trois prières à réciter, au choix, avec des indications précises de moment et de mouvements.
A remarquer : Bahá’u’lláh a défini l'âge de maturité (15 ans) 152 à
partir duquel la salát, tout comme le jeûne deviennent obligatoires.
J'y reviendrai plus tard, mais c'est aussi l'âge à partir duquel est
prescrit un enterrement bahá'í, celui où deux jeunes peuvent se
marier et celui où un jeune peut se faire officiellement enregistrer
comme bahá'í. (Seule exception temporaire soumise à une décision de la Maison Universelle de Justice, pour être électeur il faut
avoir 18 ans, et pour être éligible 21 ans). 153 (Bahá’u’lláh Lui-
149 K 12
150 K 6
151 N 9
152 Q 20
153 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice
Réflexions 41
même s'est marié à 18 ans et sa première épouse, Asíyih Khánum,
avait 15 ans).
Pour un musulman habitué à des règles strictes et compliquées
concernant les ablutions et la salát, il n'y a aucune difficulté à observer celles révélées par Bahá’u’lláh. Mais c'est très différent
pour les adeptes des autres religions, en particulier les occidentaux. Respecter ces espèces de rituels (et j'y ajouterai la récitation
quotidienne de Alláhu-Abhá) est un véritable acte de foi. Plus encore, c'est un acte de soumission à la volonté divine, une preuve
d'humilité face au Créateur et signe d'une réelle sincérité dans
notre amour pour Bahá’u’lláh.
Pour beaucoup d'entre nous, il y a là un réel défi, en tout cas pour
ceux qui n'ont pas reçu d'éducation spirituelle dans leur enfance.
C'est toute une discipline à acquérir, un rythme auquel nous ne
sommes pas habitué et des gestes et une attitude qui ne nous sont
pas familiers.
Il ne faut pas perdre de vue que ceux qui avaient demandé les lois
à Bahá’u’lláh étaient issus d'un milieu musulman, où les prières
quotidiennes précédées des ablutions et accompagnées de prosternations font partie de la vie. Mais les pratiques dans les diverses
factions musulmanes étant tellement différentes et complexes,
Bahá’u’lláh y a remis de l'ordre, les a clarifiées et simplifiées.
Tous les cas de figure sont définis : les femmes enceintes, où
ayant leurs menstruations154, ou allaitant ; les cas où l'on a oublié
de faire sa prière, en particulier lorsqu'on voyage ; la surface sur
laquelle on peut se prosterner ; ce qu'il faut faire quand il n'y a pas
d'eau pour les ablutions155 ; et l'abolition de règles qui proviennent
de fausses interprétations du Qur'án156. Les ablutions sont simplifiées à l'extrême, et les règles très complexes les concernant dans
l'Islám (mais aussi dans le Judaïsme) ne reposent plus sur aucune
154 K 13
155 K 10
156 K 9
notion d'impureté, donc finies les questions de 'kasher', ou 'halal'.
« Dieu a, de même, en tant que bonté de Sa présence, aboli le
concept d' « impureté » »157
Il y a d'ailleurs une forme de paradoxe : d'une part, le Báb et
Bahá’u’lláh font une coupure nette avec les pratiques découlant
d'interprétations à géométrie variable du texte Qur'ánique, ce qui
nous vaut la haine de certains musulmans ; et d'autre part, certains
côtés à connotation islamique nous valent l'extrême méfiance des
adeptes des autres religions, car cela ne correspond pas à leurs
dogmes et rites.
Quoiqu'il en soit, pour nous, les choses sont claires : Bahá’u’lláh
a révélé la Charte d'un renouveau spirituel destiné à rendre à la religion ses lettres de noblesse.
Même l'invocation Alláhu-Abhá (Dieu est Très Glorieux) effraie
car elle ressemble trop au Alláhu-Akbár (Dieu est Très Grand)
dont les djihadistes ont fait leur cri de guerre (et qui d'ailleurs
n'apparaît pas dans le Qur'án). Même le nom Bahá’u’lláh inquiète
les bien-pensants car la langue arabe elle-même est devenue
source de rejet, alors qu'Il la qualifie de "langue de l'éloquence" !158
Si ces prières n'avaient pas un caractère obligatoire, bien peu les
feraient. Même comme ça, pris dans le tourbillon de la vie,
avouons que nous les oublions parfois. Et ce qui est encore caractéristique de notre Foi, c'est qu'il n'y a pas de 'contrôleur' qui vient
vérifier si nous sommes assidus. Notre obéissance ne concerne
que Dieu et chacun de nous individuellement. Pas de curé à qui on
vient confesser nos manquements ! Notre seule préoccupation est
la crainte de Dieu, et nous y reviendrons, car c'est un concept important et pas simple à comprendre, et déjà rien que le mentionner
fait peur...
Nous voici donc obligés de penser à Dieu tous les jours, et penser
à Dieu, c'est nous souvenir que notre vraie nature, celle qui perdu-
157 K75
158 Voir Ishraqát
Réflexions 43
rera, est spirituelle et que nous devons nourrir notre âme sans relâche.
« Prêtez l'oreille aux versets de Dieu.... A travers eux l'âme de
l'humain est amenée à prendre son envol vers l'Aurore de Révélation et le cœur de chaque vrai croyant est baigné de lumière. »159
Dans un monde de plus en plus froid et obscur, Bahá’u’lláh nous
baigne d'une lumière qui éclaire nos sens, augmente notre vision
et nous gonfle d'espoir. Lui qui est « l'Aurore de la Lumière de
Dieu »160 nous permet de découvrir une autre réalité des choses :
« Chaque chose dissimulée a été mise en lumière en vertu de la
Volonté de l'Ordonnateur Suprême »161 « Ouvre les yeux, afin que
tu puisses...poser ton regard sur la Lumière qui brille au-dessus
de cet Horizon lumineux. »162 Cette image de l'aurore pointant à
l'horizon a été très bien figurée au début du film « Lumière pour le
monde » (Light to the World). Inutile de se demander à quoi ressemblera le monde lorsque ce soleil aura atteint son zénith et que
l'humanité recevra la pleine puissance de cette lumière : « Dis :
Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux
qui appréhendent, et l'Aurore des commandements de Dieu, si
vous êtes de ceux qui comprennent. »163 Comprenez-vous ?
Notre corps a besoin de nourriture physique et notre âme de nourriture spirituelle. Mais il existe souvent un déséquilibre entre les
deux, et c'est là que la deuxième pratique la plus importante apparaît : celle du jeûne. Ce qui est recherché en jeûnant, ce n'est pas
une détoxification (bien que médicalement cela puisse être béné-
fique), mais c'est un renversement de nos priorités, forcer notre esprit et notre âme à se rapprocher de Dieu.
Pour nous bahá'ís, c'est un jeûne assez court (19 jours), comparativement au ramadan (40 jours). Il est prévu toute une série
159 K148
160 K85
161 K81
162 K85
163 K186
d'exemptions (qui ne sont pas des interdictions) et on peut y voir
là toute la clémence divine. Le fait qu'il soit prescrit toujours à la
même période évite tout un tas de problèmes : pas de chaleur ou
de froid excessifs, même durée du jour et de la nuit et là où ce
n'est pas le cas, on peut se baser sur les horloges. Dieu a pensé à
tout. Il y a même des règles prévues si l'on est en voyage. Par
comparaison, le calendrier musulman étant un calendrier lunaire,
le mois de Ramadan change de période chaque année et tombe
parfois en été lorsque les jours sont plus longs et que les températures atteignent des sommets.
Une autre particularité est que les 4 ou 5 jours précédant le jeûne
(Ayyám-i-Há)164 sont destinés à faire bonne chère, et à en faire
profiter les nécessiteux. Des jours d'accumulation de calories juste
avant des jours de restrictions !
Le bénéfice médical est donc tout relatif et ce n'est pas ça le vrai
but, d'autant plus que s'empiffrer avant d'aller dormir n'est pas
l'idéal. L'objectif réel est de se rapprocher de Dieu, de se détacher
davantage de nos désirs égoïstes et matérialistes.
Il faudra donc attendre dix-neuf jours avant d'acheter ce nouveau
smartphone ou cette superbe robe...quant aux relations sexuelles,
elles sont laissées à la conscience de chacun.
Bahá’u’lláh a révélé une longue prière du jeûne qui fait un peu oublier la fatigue, les crampes d'estomac et la frilosité.
Et à la fin du jeûne, ce sera la Plus Grande Fête, Naw-Rúz, ou
chacun pourra festoyer sans remords, en louange à Dieu. Nous y
reviendrons.
Une autre loi très détaillée est celle de l'héritage lorsque le défunt
décède sans avoir rédigé de testament (pourtant cela nous est enjoint dans l'Aqdas)165. Il y a là un souci évident d'éviter les déchirements entre les héritiers. Par contre, si l'on rédige un testament,
on a la liberté de disposer de nos biens comme bon nous semble,
164 K16
165 K109
Réflexions 45
mais peut-être en gardant à l'esprit le mode de répartition révélé.
À nouveau, c'est une question de conscience personnelle.
Je ferai quand même remarquer la dégressivité des parts de chacun : de 9 à 3 lots selon les catégories, en mentionnant toutefois
que dans toute une série de cas la Maison de Justice recevra une
part. Il ne faut pas oublier non plus qu'avant le partage il faudra
acquitter les frais des funérailles, rembourser les dettes du défunt
et payer le Ḥuqúqu’lláh.166
Dans la Foi, l'incinération est interdite, le défunt doit être placé,
-enrobé d'un linceul et portant une bague avec un verset révélé-,
dans un cercueil fait d'une matière aussi durable que possible, puis
inhumé après la prière pour les défunts, elle aussi obligatoire, dans
un endroit le plus proche possible du lieu de décès. 167 Bahá’u’lláh
donne des indications précises concernant ces aspects, mais c'est
avant tout l'esprit de la loi qu'il faut respecter, sinon on risque de
tomber dans un rituel (le plus important avec la prière est probablement que l'enterrement se fasse avec « rayonnement et sérénité »).168 Or un rituel est justement une chose que l'on veut éviter
dans la Foi. De plus, ces indications ne concernent que les bahá'ís
de plus de 15 ans.
On retrouve dans tout cela les signes de la noblesse et de la dignité
de l'être humain sur lesquelles Bahá’u’lláh insiste tant. Et
Bahá’u’lláh y est très attaché : « Ô fils de l'Esprit ! Noble t'ai-Je
créé, pourtant tu t'es abaissé. Élève-toi alors vers ce pour quoi tu
fus créé. »169
Si les questions d'héritage posent souvent problème, il y a deux
autres choses qui sont source de conflits et que Bahá’u’lláh règle
avec aussi beaucoup de détails : le mariage et le divorce.
En ce qui concerne le mariage, les deux futurs conjoints doivent
166 K28
167 N149,151,152
168 K130
169 Parole cachée arabe n° 22
avoir au minimum 15 ans, doivent être d'accord avec le mariage et
les parents doivent aussi donner leur consentement, ce qui implique que les deux familles doivent se connaître. Fini donc les
mariages forcés et les disputes familiales.. Même la question de la
dot est précisée170. Cette dernière est versée à la fiancée et non aux
parents et la somme doit être modérée171. Un engagement écrit est
tout aussi valable.172
Le mariage peut être contracté avec un croyant de foi différente173
et la cérémonie, très simple, consiste en la récitation d'un verset :
« En vérité, nous nous conformerons tous à la volonté de Dieu ».
(mais ceci peut poser un problème avec un athée).
Le mariage est vivement conseillé mais pas obligatoire. Si quelqu'un veut rester célibataire, c'est son choix. Il y a cependant deux
éléments à prendre en compte : d'une part le but principal du mariage est la procréation174, et d'autre part la chasteté est demandée
lorsque l'on n'est pas marié. De même, l'adultère est interdit et
puni. Comme mentionné plus haut, la bigamie est interdite et par
exemple un homme marié ne peut pas acheter une domestique
pour l'épouser.175
La question de la disparition d'un mari parti en voyage est également abordée avec détails.176
Ceci dit, il est vivement conseillé aux futurs mariés de bien se
connaître et d'avoir au préalable abordé les questions relatives à
l'éducation des enfants, en particulier lorsqu'ils ont une religion
différente.
Les règles du mariage sont donc assez simples. Mais ça se complique en cas de divorce. Bahá’u’lláh d'ailleurs abhorre les séparations et les divorces. C'est pourquoi il a mis en place le concept
170 K66, n93
171 K66, n95
172 Q39
173 Q84
174 K63
175 N90
176 K67
Réflexions 47
d'année de patience, espérant que le « parfum d'affection puisse
être renouvelé ».177
Pratiquement, le début et la fin de l'année de patience doivent être
attestés par des témoins.178 Chaque partenaire doit avoir une résidence séparée. S'il n'y a pas eu réconciliation, le divorce est prononcé et inscrit dans un registre, même si l'un des deux n'est pas
d'accord179. Tout cela dépend évidemment aussi des lois civiles
propres à chaque pays.
Tout ce que l'on sait également est que si deux mariés veulent divorcer tout de suite, cela peut se faire tant qu'ils n'ont pas
'consommé'.180 Et quand le mariage était conditionné par la virginité, et qu'il s'avère que la conjointe n'est pas vierge, le divorce
peut prendre place également et le mari récupère la dot, bien que
Bahá’u’lláh préfère que cela soit occulté. 181 Autre élément intéressant, c'est que le couple qui aurait des relations sexuelles l'un avec
l'autre pendant l'année de patience devra s'acquitter d'une
amende.182
La Maison Universelle de Justice devra préciser ce qu'il advient
des possessions propres à chacun en cas de divorce, de même que
les questions de pension alimentaire et/ou de contribution alimentaire pour les enfants.
Pendant l'année de patience, il me semble normal qu'une Assemblée spirituelle consulte le couple régulièrement pour aider un
éventuel processus de réconciliation.
Après toutes ces considérations un peu techniques, on se rend
compte que cela décharge la Maison Universelle de Justice des
points qui sont en général litigieux et provoquent de profondes divisions et conflits.
La parole divine étant infaillible et intangible, et les interprétations nécessaires ayant été apportées par ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi
177 K68
178 Q73
179 Q73
180 Q12
181 Q47
182 Q11
Effendi, ce seront les lois en vigueur jusqu'à l'apparition de la prochaine Manifestation de Dieu. Celle-ci confirmera-t-elle ces lois
ou les modifiera-t-elle, ça restera un mystère jusqu'à Son apparition.
Il est aussi intéressant de constater que la précision de ces lois ré-
sout le flou total qui existe dans les autres religions, car chacune
de leurs branches ont des règles différentes. Terminées les polygamies et répudiations arbitraires. Par contre, elles sont totalement à
contre-courant de nos sociétés très permissives, où l'on peut se
marier même si les parents ne sont pas d'accords pour des motifs
légitimes, où on peut cohabiter sans se marier, où on peut être en
couple avec une personne du même sexe et où il est considéré
comme une fierté d'avoir des relations sexuelles le plus tôt possible avec même différents partenaires avant d'envisager un éventuel mariage. Bahá’u’lláh insiste également sur le mariage des
prêtres.183
Ce gros morceau de terrain étant déblayé, il n'en reste pas moins
que l'organisation des sociétés requiert d'autres lois, ou conseils,
ou interdictions. Cette fois, Bahá’u’lláh n'entre pas dans les détails
et laisse donc la responsabilité aux Institutions d'en préciser les
tenants et aboutissants. Nous les passerons en revue plus loin, car
il est bon de respirer un peu avec d'autres considérations.
Je citerai en premier lieu l'accomplissement de toutes les prophé-
ties des religions du passé. L'affirmation du Qur'án que Muḥammad est le sceau des prophètes indique pour ceux qui veulent
comprendre que le cycle des prophéties est terminé. « La promesse est accomplie »184, écrit Bahá’u’lláh, s'adressant au Carmel,
à Sion et au Sinaï. Notre rôle de bahá'ís n'est donc plus d'être dans
l'expectative mais d'être les acteurs du renouveau civilisateur qui
englobera la Terre entière.
183 8ème Bonne nouvelle (Bishárát)
184 K80
Réflexions 49
Ses appels d'ailleurs se font pressants : « Levez-vous »185, « Proclamez la Cause » !186 « Stimulez le développement des cités »187,
« ne gaspillez pas vos heures dans l'oisiveté et la paresse »188,
« Récitez les versets »189 et « enseignez-les à vos enfants ».190,
« construisez des maisons d'adoration »191, établissez des « Maisons de Justice »192, et bien d'autres choses encore. Les mêmes demandes sont d'ailleurs également faites aux rois, aux dirigeants,
aux théologiens et aux Bábís.
Il est évident que tout cela demande une profonde mutation spirituelle de l'être humain, dont le regard doit être davantage dirigé
vers Dieu et moins vers les choses matérielles et loin des disputes
religieuses ou politiques.
C'est là que se trouve la vraie richesse de l'Aqdas, cet appel à retrouver de vraies valeurs morales et spirituelles, et à travailler à ce
que toute l'humanité les acquière. Je ne dirai pas que les lois sont
secondaires mais sans cette renaissance spirituelle, elles donneront
l'impression d'être des contraintes imposées un peu arbitrairement,
alors qu'en réalité, elles sont révélées pour « assurer l'ordre dans
le monde et la sécurité de ses peuples ».193 « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. ».194 Et c'est sans équivoque : la reconnaissance de la Manifestation est inséparable de
l'obéissance à Ses lois.195 Malheureusement, l'être humain étant ce
qu'il est, il n'aime pas les lois et rêve d'une totale liberté de pensée
et d'action.
Et là se trouvent plusieurs paragraphes de l'Aqdas concernant la li-
185 K35
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187 K160
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berté, passages qui devraient faire réfléchir : « Sachez que l'incarnation de la liberté et son symbole est l'animal. »196 « La liberté fait outrepasser à l'humain les limites de la correction et porte
atteinte à la dignité de son rang. »197
Dans la Lawḥ-i-Dunyá, Bahá’u’lláh écrit ceci : « En formulant
les principes et les lois, une partie a été consacrée aux pénalités
qui sont un instrument efficace pour la sécurité et la protection
des humains. Cependant, la crainte des pénalités fait que les
peuples renoncent seulement extérieurement à commettre des
actes vils et méprisables, alors que ce qui protège et maîtrise les
humains extérieurement et intérieurement a été et est toujours la
crainte de Dieu. C'est le véritable protecteur de l'humain et son
gardien spirituel. ». Et Bahá’u’lláh de confirmer : « Si les humains observaient ce que Nous leur avons envoyé du Ciel de la
Révélation, ils atteindraient, avec certitude, la liberté parfaite.»198
Mais voilà, l'être humain est un insoumis et ce déjà depuis qu'il a
touché au fruit défendu. Bahá’u’lláh nous fait donc revenir à la
case départ : « La vraie liberté consiste en la soumission de l'humain à Mes commandements pour peu que vous le sachiez. »199
Quant à ceux qui refusent d'admettre que les lois divines assurent
notre protection, Il a des mots très durs : « Celui qui s'en détourne
est compté parmi les êtres abjects et insensés. »200 Gare à ceux-là :
« Prends garde de ne pas susciter de troubles sur terre après
qu'elle ait été mise en ordre. Quiconque agit de cette façon n'est
pas de Nous, et Nous sommes quitte de lui. »201 Autrement dit,
adieu !
Une des barrières qui est en travers de cette soumission, ce sont
tous ceux qui ont mis en doute le rang de Bahá’u’lláh, et plus particulièrement les théologiens et les potentats. Même à l'heure ac-
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Réflexions 51
tuelle, bien peu de cléricaux sont prêts à reconnaître que le Promis
qu'ils attendent depuis des siècles est enfin venu. Le principal obstacle est leur orgueil, eux qui croient détenir la connaissance innée. Bahá’u’lláh ironise d'ailleurs parfois : « Et au sein du peuple
se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure, et
même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de cette
connaissance. »202 Et Il se fâche même : « Dis : tu mens ! Par
Dieu ! »203
Aux théologiens : « N'entendez-vous pas la voix véhémente de Ma
Plus exaltée Plume ? »204 « Vous vous glorifiez de Mon Nom,
pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur. »205 D'ailleurs, pour éviter toute prétention : « Il vous a été
interdit de faire usage de chaires. »206.
Et aux rois : « Vous n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! »207,
« Prenez garde que l'orgueil ne vous empêche de reconnaître la
Source de la Révélation »208 Là aussi, Il ironise sur leur accumulation de richesse : « Nous vous voyons vous réjouir de ce que vous
avez amassé pour d'autres. »209 Pourtant, Il les rassure : « Nous
n'avons rien demandé de vous. »210, « Ce n'est pas Notre souhait
de mettre la main sur vos royaumes. »211
Et encore aux théologiens : « ne faites pas de vous un voile entre
Moi et Mes créatures. »212 « Où est l'homme parmi vous qui peut
202 K36
203 K36
204 K41
205 K165
206 K154
207 K82
208 K82
209 K79
210 K87
211 K83
212 K167
rivaliser avec Moi en vision ou perspicacité ? »213
Dès lors, Il s'adresse à nous en nous demandant de ne pas nous
laisser avoir et de montrer la plus grande fermeté et constance : «
Soyez la personnification d'une telle fermeté au sein de l'humanité
que vous ne serez pas retenus loin de Dieu par les doutes de ceux
qui n'ont pas cru en Lui »214. Et de rassurer : « Avant peu Dieu lè-
vera ... ceux qui magnifieront Mon Nom avec une telle constance
qu'ils ne seront ni dissuadés par les suggestions malveillantes des
théologiens, ni ne seront retenus par les insinuations des semeurs
de doute. »215
Une autre barrière déjà mentionnée plus haut est le 'moi', cet égo
si difficile à contrôler : « Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés
par leur propre moi »216, « Ne suis pas les incitations du moi, car
il appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure »217
Mais voilà, l'être humain est insouciant et se préoccupe bien peu
de son évolution spirituelle : « Les peuples du monde sont profondément endormis. »218, « Craignez Dieu, et ne soyez pas parmi les
insouciants. »219
En ce qui nous concerne, nous bahá'ís, Bahá’u’lláh place donc la
barre très haut : « Vous êtes les manifestations de la fermeté parmi les humains... », « En ce jour, il convient à quiconque qui a bu
à longs traits le Vin Mystique de la vie éternelle des Mains de la
tendre bonté du Seigneur son Dieu, le Clément, de battre tout
213 K101
214 K134
215 K164
216 K17
217 K64
218 K39
219 K166
Réflexions 53
comme l'artère pulsant dans le corps de l'humanité... »220 « Quiconque M'a reconnu se lèvera et Me servira avec une telle détermination que les pouvoirs du ciel et de la terre seront incapables
de faire échouer son objectif. »221 Donc, jusqu'à présent, pour ré-
sumer, reconnaître la Manifestation, obéir aux lois divines, montrer la plus grande fermeté en luttant contre notre égo, ne pas rester insouciants, être les acteurs d'un renouveau spirituel à travers
le monde et mettre en place les institutions ad hoc. Sacré programme !
Changeons un peu de sujet et intéressons-nous de plus près à la
genèse de l'Aqdas.
Si la fin de sa révélation peut être datée vers la fin de 1873, il n'y a
aucune indication quant au moment où Bahá’u’lláh l'a commencé. La première question qu'il faudrait d'abord résoudre, c'est de
savoir si les versets ont été publiés dans l'ordre chronologique de
leur révélation. Comme vu plus haut, le Báb aussi bien que
Bahá’u’lláh mentionnent le nouveau Livre. Nous savons que
Bahá’u’lláh a répondu à diverses pétitions et lettres, et Adib Taherzadeh indique que déjà à Andrinople, Bahá’u’lláh avait commencé à révéler des lois en persan mais ne les a pas communiquées.222
Dans un extrait d'une Tablette révélée après l'Aqdas (Lawh-i-Abdu'r-Rahím, 'Akká, Ramadan 1291/oct-nov 1874), Bahá’u’lláh dit
ceci : « Alors que Nous étions en prison, Nous avons révélé un
Livre que Nous avons intitulé « Le Livre le Plus Saint. ».223
En prison signifie d'abord la prison d'Akká où Il est resté 2 ans 2
mois et 5 jours (soit jusqu'au 5/10/1870), et ensuite dans la maison
d'Udi Khammar en septembre 1871, après avoir été déplacé dans
plusieurs autres maisons.
Dans la 7e Ishráq, on trouve le fil : « Regarde ce que la Volonté de
Dieu a révélé à Notre arrivée dans la Ville Prison et enregistré
220 K173
221 K38
222 Taherzadeh, The Revelation Bahá'u'lláh n° 3, chap.13
223 Voir Tablettes révélées après l'Aqdas (section Autres)
dans le Plus Saint Livre. » Il y est arrivé le 31 août 1868, et fait
ici référence au paragraphe 48.1 ou verset 119. Si l'ordre est chronologique, les 118 premiers versets auraient donc probablement
été révélés à Andrinople, avant le 12/08/1868, ce que semble
confirmer la liste de Leiden.
A partir du verset 186 (par.78.1), les versets s'adressent aux rois et
dans le verset 211 (par. 86.4) Il parle de la chute de Napoléon III.
Napoléon a été fait prisonnier le 03/09/1870. Dans ce dernier cas,
les versets 119 à 185 ont peut-être été révélés dans la prison et la
suite dès septembre 1871 dans la maison d'Udi Khammar. Mais ce
ne sont que pures conjectures.
Donc, Il achève la Révélation de l'Aqdas dans la maison d'Udi
Khammar, et A.Taherzadeh dit que l'Aqdas est rendu publique la
même année que le mariage de 'Abdu'l-Bahá avec Munirih Khá-
num (08/03/1873), donc 1873. Dans une tablette écrite par Mirzá
Áqá Ján, le secrétaire de Bahá'u'lláh, datée du 15 Jamadiyu'l-Avval
1290 (11 juillet 1873), il est stipulé que le Kitáb-i-Aqdas fut rendu
public vers cette période.
Dans la même année où fut rendu public le Kitáb-i-Aqdas,
Bahá'u'lláh autorisa Hojjat-al-islam, qui se trouvait à Akká, d'en
recopier certaines parties et de les partager avec les amis de Perse.
Puis à nouveau, il insista sur la sagesse et la discrétion dans l'application de ses lois. Il refusa même que la loi sur le Huqúqu'lláh
soit appliquée.
Si, donc, l'ordre est chronologique, Bahá’u’lláh aurait mis environ cinq ans pour le terminer, ce qui pourrait expliquer l'aspect un
peu disparate du texte.
Dans la Lawh-i-Hájí `Alí Langarúd – ('Akká - Date: Rabi'u'l-Avval 1292/April-May 1875), Bahá'u'lláh écrit :
« Dans la Très-Grande-Prison, cet Opprimé a lu attentivement ta
lettre et est informé de ta recherche au sujet des commandements
de Dieu concernant la résurrection et les moyens d’existence......Il
y a un an, le Très-Saint-Livre descendit du firmament de la géné-
rosité du Seigneur des noms. Si Dieu le veut, tu pourras, par sa
Réflexions 55
grâce, accomplir ce qui y est révélé. »224 Bahá'u'lláh a donc reçu
cette lettre lors de son séjour à 'Akká (1868-1877). Ceci semble
indiquer que Bahá'u'lláh aurait achevé complètement l'Aqdas dans
sa version définitive après quelques amendements vers le début
1874, bien qu'il en ait envoyé le principal aux amis de Perse en
1873.
La 8e Ishráq apporte un ajout à l'Aqdas, si important qu'Il le ré-
pète dans les Bishárát (13ème). Les Ishraqát, adressées à Jalíl-i-
Khu'í, un croyant d' Azerbaïdjan, ont probablement été révélées en
1885 et les Bishárát révélées à une date et un destinataire inconnus, mais probablement vers 1891.
C'est en 1890-91 que Bahá'u'lláh fait imprimer l'Aqdas en arabe à
Bombay, en Indes, (l'imprimerie appartenant à un cousin du Báb)
sous le titre Al Kitábu'l-Aqdas. Cette publication de 380 pages,
contient 66 Tablettes révélées par Bahá’u’lláh, en addition au
Texte de l'Aqdas, toutes dans l'écriture de Mírzá Ḥusayn-i-
Khurṭúmí qui devint briseur d'Alliance après l'Ascension de
Bahá’u’lláh.225
Une deuxième édition de 263 pages sera publiée à Bombay en
1896 et contient les mêmes Tablettes, dont beaucoup n'ont pas encore été traduites en anglais.226
Il y aura une première traduction du Texte même de l'Aqdas en
russe par Tumanski en 1899. Vers 1900, Antun Haddad aux
U.S.A. fait une première traduction en anglais. En 1931, il semblerait qu'une édition publiée à Baghdád (Inayad) ait contenu deux
paragraphes de plus que l'édition de Bombay227. Ils sont apparemment authentiques mais ont été enlevés par Bahá'u'lláh avant que
l'édition de Bombay ne soit préparée. Il y a eu plusieurs autres
traductions, entre autre en 1961, mais de très mauvaise qualité. Ce
n'est pas avant l'année 1953 que Shoghi Effendi fit les premiers
pas vers la production d'une traduction complète du Livre, annon-
224 Ibid.
225 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P.Daoust
226 Lettre du Research Department, Haifa, du 19 novembre 2019 à P. Daoust
227 https://senmcglinn.wordpress.com/leiden-list/
çant son intention de préparer un synopsis et codification de ses
dispositions comme l'un des buts de sa Croisade mondiale de dix
ans couvrant les années 1953-63. Au printemps 1957, il y travailla
encore trois semaines avant de devoir quitter Haïfa228 ; il en traduisit en tout 21 passages. Son décès en 1957 intervint avant qu'il soit
capable d'achever cette tâche, mais le travail sur le projet fut repris
par la nouvellement élue Maison Universelle de Justice comme
partie de son Plan de neuf ans (1964-73). En 1973, sort le Synopsis et codification, avec les 21 passages traduits par Shoghi Effendi, publié par la Maison Universelle de Justice. Et finalement, en
1992, la Maison Universelle de Justice publie la version officielle
avec préface, introduction, l'Aqdas, les questions et réponses, le
synopsis et les notes.
C'est donc là tout ce que nous savons à l'heure actuelle. Et c'est
Bahá'u'lláh Lui-Même qui lui a donné le titre Kitáb-i-Aqdas, au
lieu de Al Kitábu'l-Aqdas.229
Revenons maintenant aux aspects spirituels.
Bahá’u’lláh insiste d'abord beaucoup sur le raffinement 230, que ce
soit dans l'habillement (même jusqu'à la soie et les fourrures), à
l'utilisation d'ustensiles de valeur231, la coupe des cheveux et de la
barbe232, l'interdiction de la consommation d'alcool ou de
drogues233, la musique que l'on écoute234, le changement du mobilier tous les 19 ans235 et en général à une propreté parfaite, sauf
bien sûr quand les moyens ou la situation ne le permettent pas (je
n'ose imaginer dans quel état se trouvaient les prisonniers dans la
228 The Guardian of the Bahá'í Faith, by Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum
(London: Baha'i Publishing Trust, 1988, p.338)
229 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P. Daoust
230 K46
231 Ibid.
232 K159, 44
233 K119, 190
234 K51
235 K151
Réflexions 57
prison d' 'Akká). Mais plus important encore est le raffinement intérieur, par l'élégance des gestes, des paroles (jusqu'à l'éloquence),
la sagesse des propos, l'abstention des disputes ou des vaines discussions et la courtoisie.
« Accrochez-vous fermement au raffinement en toutes circonstances, afin que vos yeux puissent être préservés de ce qui est ré-
pugnant »236 Bahá’u’lláh aimait d'ailleurs beaucoup les roses et
donc : « Faites usage d'eau-de-rose, et de pur parfum »237
Le mot originel arabe « latáfah », rendu ici par « raffinement », présente une large gamme de significations aux implications tant spirituelles que physiques telles que l'élégance, la grâce,
la propreté, la courtoisie, la politesse, la douceur, la délicatesse et
la bienveillance, tout comme le fait d’être discret, raffiné, sanctifié
et pur.238
En ce qui concerne la musique, Bahá’u’lláh nous avertit : « Prenez garde cependant de peur que leur écoute ne vous entraîne à
dépasser les limites de la correction et de la dignité. »239 Et de manière générale : , « Comportez-vous avec correction en toutes circonstances »240, « Qu'il n'y ait rien dans votre comportement que
des esprits sains et justes désapprouveraient »241
Une chose qui me touche, c'est que Bahá’u’lláh, dans son enfance,
a connu une vie empreinte de ce raffinement puisque son père,
Mirzá Buzurg, était un noble de la province de Núr qui avait travaillé au service de Fatḥ-‘Alí Sháh, en particulier grâce à ses talents de calligraphe. Cela a dû être particulièrement difficile sur le
plan moral de se retrouver dans des prisons ou pendant de longues
périodes d'exil, où j'imagine que leur situation n'était pas brillante
du tout, et que tout ce qui tenait au raffinement avait complètement disparu.
236 K46
237 K76
238 N74
239 K51
240 K145
241 K159
A nouveau, nous sommes presque opposés aux tendances actuelles
où le ridicule devient une norme, que ce soit dans l'habillement,
les manières ou les paroles. Ceci dit, l'extérieur ne reflète pas toujours l'âme. Beaucoup se créent ainsi une façade qui a souvent
pour but d'étaler un richesse matérielle ou un semblant de connaissances alors que l'intérieur est vide. Cela évidemment parce que
les valeurs présentes sont celles du matérialisme décrié par
Bahá’u’lláh. « Quel avantage y a-t-il dans les choses terrestres
que les humains possèdent ? Ce qui leur profitera, ils l'ont complètement négligé. »242
Tout cela demande un profond changement de paradigme, où ce
sont les valeurs morales et spirituelles qui primeront et où les
âmes libérées pourront s'envoler vers des hauteurs que nous ne
pouvons imaginer.
Vient ensuite la loyauté. Mélange de fidélité et d'honnêteté, elle
est essentielle pour que s'établisse une relation de confiance. Elle
est aussi étroitement liée à la véracité et à la sincérité. « Les fruits
qui conviennent le mieux à l'arbre de la vie humaine sont la
loyauté et la piété, la véracité et la sincérité. »243. Sans confiance,
rien ne peut se faire. Et là encore, force est de constater que dans
la société d'aujourd'hui ce sont le mensonge et la tricherie qui ont
pignon sur rue.
Dans la 9ème Feuille du Paradis, Bahá’u’lláh déclare : « L'épuration de ces corruptions profondément enracinées et accablantes
ne pourra être effectuée que lorsque les peuples du monde s'uniront à la poursuite d'un but commun et embrasseront une foi universelle. » Et dans l'Aqdas, bien que le contexte concerne le Droit
de Dieu, je pense que l'on peut indifféremment appliquer ce verset
dans d'autres situations : « Celui qui compose déloyalement avec
Dieu rencontrera lui-même par justice la déloyauté »244
Bahá’u’lláh a parfaitement accompli le mandat reçu de Dieu mal-
242 K40
243 Q106
244 K97
Réflexions 59
gré toutes les difficultés subies pendant environ 40 ans. A nous de
mériter également Sa confiance et de nous montrer dignes du cadeau le plus précieux qu'Il nous ait offert : Son Alliance. Nous y
reviendrons.
Même le processus d'élections repose sur la confiance envers certains individus que nous choisissons en âme et conscience pour
gérer les communautés. Qu'il n'y ait pas de propagande ni de candidature ni de proposition de candidature est une véritable béné-
diction. Même ne pas parler à d'autres de ceux que l'on choisirait
est une question de loyauté. En parlant des personnes élues, le verset est clair : « Il leur incombe d'être les gens dignes de la
confiance du Miséricordieux parmi les humains et de se considé-
rer comme les gardiens désignés par Dieu pour tous ceux qui habitent sur terre. »245 Leur responsabilité est donc énorme et pas
toujours bien comprise.
La piété, citée dans l'extrait ci-dessus, est notre attachement aux
règles édictées par la Manifestation divine. Elle demande avant
tout l'humilité et l'amour face au Créateur, mais aussi une certaine
force d'âme. « Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt,
Celui qui est le Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne
de montrer de la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »246
« Quiconque a inhalé le doux parfum du Très-miséricordieux, et
reconnu la source de cette parole, accueillera avec ses propres
yeux les flèches de l'ennemi, afin de pouvoir établir la vérité des
lois de Dieu parmi les humains »247
En devenant bahá'í, nous prenons donc l'engagement de respecter
les lois et enseignements de Bahá’u’lláh, y inclus l'obéissance envers ‘Abdu’l-Bahá, Shoghi Effendi et les Institutions, la base
même de l'Alliance.
La véracité, le fait de ne dire que la vérité, est très importante si
245 K30
246 K64
247 K7
l'on veut obtenir la confiance. On peut même y associer un certain
goût de franchise. L'exemple par excellence est la Révélation de
Bahá’u’lláh elle-même : « Celles-ci, en vérité, sont les Lois de
Dieu. »248 « Ceci, vraiment, est la vérité, la vérité certaine. »249 Et
donc cette interpellation : « Celui qui renie cette Cause pourra-t-il
revendiquer la vérité d'une cause quelconque au sein de la création ? »250 Ce terme de vérité revient dans quasiment chaque paragraphe de l'Aqdas, Bahá’u’lláh insistant sur cette certitude que
toute Sa révélation est parfaitement vraie. « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce
n'est de rendre Dieu manifeste... » « Nous, en toute certitude,
n'avons eu d'autre intention dans le Royaume céleste que d'exalter
Sa Cause... » « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir
dans l'Empire d'en haut si ce n'est de vanter Dieu ... »251 Comment
pourrait-on en douter lorsque l'on voit les effets bénéfiques de Ses
enseignements ? Combien de fois ne fait-Il pas référence au « seul
vrai Dieu » ? À nous donc de traduire cette vérité dans nos paroles
et nos actes. « N'importe quel humain qui goûterait la douceur
des mots que les lèvres du Très-Miséricordieux ont voulu prononcer, quand bien même les trésors de la terre seraient en sa possession, celui-ci renoncerait à tous sans exception, afin de pouvoir
revendiquer la vérité ne fût-ce que d'un seul de Ses commandements... »252
En ce qui concerne l'Alliance, je ne m'étendrai pas longuement car
beaucoup de publications l'expliquent très bien. L'Aqdas est très
clair et l'exprime même d'une façon très poétique. N'importe qui
aurait écrit 'quand je serai mort et que j'aurai accompli tous mes
devoirs, adressez-vous à celui de mes descendants que Dieu aura
choisi'. Mais Bahá’u’lláh écrit : « Quand l'Océan de Ma présence
aura reflué et que le Livre de Ma révélation sera terminé, tournez
248 K29
249 K124
250 K167
251 K172
252 K3
Réflexions 61
vos visages vers Celui que Dieu a prédestiné, Qui s'est ramifié de
cette antique Racine ».253 Comme toujours en poésie, il faut faire
travailler son imagination et se représenter visuellement ce qui est
suggéré. D'abord imaginer Sa présence comme un océan, puis voir
ce reflux comme lors d'une marée, constater l'étendue du travail
accompli, faire pivoter le visage vers cet élu de Dieu, et se repré-
senter la lignée d'Abraham dont est issu Bahá’u’lláh par sa troisième épouse, Keturah. Cette nomination de ‘Abdu’l-Bahá comme
successeur est encore précisée dans le Kitáb-i-‘Ahd (testament de
Bahá’u’lláh).
Certains d'ailleurs se demandaient si ‘Abdu’l-Bahá n'était pas aussi une Manifestation divine. Mais c'est oublier l'autre verset : «
Quiconque prétend à une révélation directe de Dieu, avant l'expiration de mille ans complets, un tel homme est assurément un imposteur mensonger. »254
Et ‘Abdu’l-Bahá à qui on avait posé la question a répondu simplement : « Je suis l'interprète du Verbe divin ; telle est mon interprétation. »255 coupant ainsi court à tout malentendu.
Bahá’u’lláh avait de même anticipé le Gardiennat et la Maison
Universelle de Justice : « Les dotations dédiées à la charité reviennent à Dieu, le Révélateur de Signes. Personne n'a le droit
d'en disposer sans permission de Celui qui est l'Aurore de la Ré-
vélation. Après Lui, cette autorité passera aux Aghsán, et après
eux à la Maison de Justice... »256 Est-il nécessaire de rappeler que
‘Abdu’l-Bahá avait désigné Shoghi Effendi comme successeur
dans son Testament ? Shoghi Effendi (Rabbání) était en effet un
Aghsán par sa mère Ḍíyáʼíyyih Khánum, fille de ‘Abdu’l-Bahá,
son père étant un Afnán. Celui que l'on appelait le Gardien étant
décédé sans laisser de testament et sans avoir d'enfant, cette lignée
s'est éteinte et la Maison Universelle de Justice a déclaré qu'il
n'était plus possible de désigner un nouveau Gardien. Ceci met fin
253 K121
254 K37
255 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap.
‘Abdu’l-Bahá
256 K42
à toute possibilité d'interprétation des Textes révélés, mais la
somme d'écrits de ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi est telle que la
plupart des points obscurs ont reçu une réponse. C'est dans ce sens
que l'on considère que l'institution du Gardiennat existe toujours.
Toute velléité de schisme est ainsi écartée même si certains ont essayé, sans aucun succès.
Entre le décès de Shoghi Effendi en 1957 et la première élection
de la Maison Universelle de Justice en 1963, ce sont les Mains de
la Cause qui ont dirigé la communauté pendant six ans.
Toujours concernant l'Alliance, il y a un verset particulièrement
important et qui doit faire profondément réfléchir. : « Récitez les
versets de Dieu chaque matin et soir. »257 Par définition, réciter signifie déclamer de mémoire et à voix haute. Impossible me direzvous. Ce serait oublier un conseil que nous donne Bahá’u’lláh : «
Enseignez à vos enfants les versets révélés du ciel de la majesté et
du pouvoir, afin que, dans les tons les plus mélodieux, ils puissent
réciter les Tablettes du Très-Miséricordieux... »258 Les générations
futures auront donc beaucoup plus de facilités que nous. Mais
pourquoi est-ce d'une importance capitale ? Parce que : « Quiconque néglige de les réciter n'a pas été fidèle à l'Alliance de
Dieu et de Son Testament et quiconque se détourne de ces versets
sacrés en ce Jour est de ceux qui de toute éternité se sont détournés de Dieu.... »259 Ceci est quand même une terrible sentence, car
négliger, c'est une chose, mais s'en détourner, c'est encore plus
grave. Heureusement que dans sa grande bonté, Bahá’u’lláh nous
invite à la modération : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement. N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais plutôt ce qui les illuminera et les élèvera, de sorte
qu'elles puissent s'envoler sur les ailes des Versets divins vers
l'Aurore de Ses signes manifestes. »260 Bahá’u’lláh précise par
ailleurs ce qu'il faut entendre par 'verset' : « Il s’agit de tout ce qui
257 K149
258 K150
259 K149
260 K149
Réflexions 63
est descendu du Ciel de la Parole divine. »261 Comme on peut le
constater, être fidèle à l'Alliance n'est donc pas simplement reconnaître la Manifestation...« Saisissez cette Anse Sûre et la Corde de
Ma puissante et inattaquable Cause. »262
Revenons aux qualités. Bahá’u’lláh en mentionne deux autres :
« Ornez vos têtes des couronnes de la loyauté et de la fidélité, vos
cœurs des atours de la crainte de Dieu, vos langues d'une absolue
véracité, vos corps du vêtement de la courtoisie. »263
La courtoisie est une attitude de politesse raffinée, une marque de
considération envers quelqu'un. Bahá’u’lláh y attache une grande
importance et demande même à pouvoir l'acquérir, preuve que
c'est une attitude difficile à mettre en pratique : « Je vous exhorte
à observer la courtoisie car c’est la reine de toutes les vertus.
Heureux celui que sa lumière illumine et qui porte l’habit de la
droiture. Celui qui est doté de courtoisie a vraiment atteint un
rang sublime. Il faut espérer que cet Opprimé et tous les autres
puissent l’acquérir, s’y tenir, l'observer et fixer notre regard sur
elle. »264
L'Aqdas mentionne certains aspects de cette courtoisie : le mari
qui part en voyage, fixe la date de son retour et tient sa promesse265, demander l'autorisation avant de pénétrer dans une maison266, répondre avec joie à une invitation et tenir parole267.
La droiture, ou encore intégrité, peut se définir comme la conformité à une ligne de conduite intellectuelle ou morale rigoureuse. Il
y a là un mélange de loyauté et d'honnêteté, de conduite irréprochable. « Assistez le Seigneur de toute la création avec des œuvres
261 Q68
262 K117
263 K120
264 Lawḥ-i-Dunyá
265 K67
266 K145
267 K156
de droiture. »268
Il y a d'ailleurs une phrase étonnante de Bahá’u’lláh concernant
ceux qui ne reconnaissent pas la Manifestation : « ...quiconque en
est privé s'est égaré, même s'il est l'auteur de quelque acte intègre
que ce soit. »269 Ceci mérite de longues méditations, car cela veut
dire que quelqu'un qui a été droit dans ses actes fait de toute façon
fausse route.
Cette rectitude de conduite, mentionnée dans l'Aqdas comme le «
Sentier droit, immuable » , celui dont on ne dévie pas, a été par-
faitement symbolisée par Shoghi Effendi. Ceux qui sont déjà allé
à Bahjí n'auront pas manqué d'observer ces longs sentiers rectilignes qui convergent vers le Tombeau de Bahá’u’lláh.
Venons-en à cette fameuse crainte de Dieu dont la mention abonde
dans les Écrits. N'est-il pas normal qu'un enfant qui désobéit soit
puni ? Ne peut-on considérer que cette punition est une façon
d'éduquer un enfant ? Si un enfant à qui on a interdit de mettre la
main dans le feu se brûle, est-ce le feu qui est responsable ? N'y at-il pas des moments où il faut faire preuve d'autorité ? Est-ce que
faire preuve d'autorité est une injustice ou est-ce pour le bien de
l'enfant ?
Je suis persuadé que si l'enfant ne craint pas cette autorité, il lui
arrivera des problèmes. Et donc, dans ce cas, il faudra être encore
plus sévère dans les punitions. C'est un peu la même chose avec
Dieu : « Nous vous disciplinons avec la verge de la sagesse et des
lois, tout comme le père qui éduque son fils, et ceci uniquement
pour votre propre protection et l'élévation de vos rangs. »271 La
crainte de Dieu n'est pas une peur instinctive, irraisonnée, mais le
respect d'une autorité qui se montre parfois sévère mais toujours
juste. Dieu n'est pas un vengeur mais un justicier. Ne pas respecter
Ses lois et préceptes entraîne des conséquences vis-à-vis desquelles Il nous a prévenu, et nous sommes seuls responsables des
268 K73
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270 K14,12,186
271 K45
Réflexions 65
problèmes rencontrés. En craignant Dieu, ce sont Ses lois et Sa sagesse que nous acceptons consciemment. Et donc, nous modelons
nos actes sur ce qu'Il nous demande.
« Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt, Celui qui est le
Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne de montrer de
la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »272 « craignez Dieu,
et ne soyez pas parmi les orgueilleux. »273 « ne mettez pas de côté
la crainte de Dieu et ne soyez pas parmi les négligents. »274 Il ne
s'agit pas d'une menace mais d'un conseil qui reflète l'amour que
Dieu porte envers Sa création. C'est un Dieu de bonté et de miséricorde qui pardonne notre manque d'attention et nos moments
d'égarement. Craignons nos parents car les conseils qu'ils nous
donnent sont les signes de leur amour.
« Ce qui éduque le monde est la Justice car elle est soutenue par
deux piliers, la récompense et la punition. Ces deux piliers sont
les sources de vie pour le monde. »275
Or, la justice est bien le but, car sans elle il ne peut y avoir d'unité.
Et l'appellation Maisons de Justice n'est pas anodine.
Qui d'autre que Shoghi Effendi pourrait aussi bien l'exprimer ?
"Dieu...ne fait pas que punir les actes répréhensibles de Ses enfants. Il punit parce qu'Il est juste et Il châtie parce qu'Il aime. Les
ayant châtiés, Il ne peut, en Sa grande miséricorde, les laisser à
leur sort. En vérité, par l'acte même de son châtiment, Il les pré-
pare à la mission pour laquelle Il les a créés. « Ma calamité est
Ma providence », leur a-t-Il assuré par la bouche de Bahá'u'lláh,
« extérieurement c'est feu et vengeance, mais intérieurement c'est
lumière et miséricorde »."276
Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse : si vous l'avez remarqué,
90 % des citations sont tirées de l'Aqdas...et c'est loin d'être fini.
Avant de continuer, j'aimerais mentionner à la fois le style et la
272 K64
273 K148
274 K151
275 8ème Ishráq
276 The Promised Day is Come, The Weakened Pillars of Religion
poésie des versets de Bahá’u’lláh. Le Pr. Bushrui écrit ceci : « Le
style est un mélange délicat de caractéristiques appartenant à la
fois à la prose et à la poésie, à la musique tempérée par la discipline d'une expression précise et sans équivoque. Il y a de l'allité-
ration, de l'assonance, de la répétition, et de l'onomatopée. Le
timbre musical diffère de thème en thème, mais reste intégralement associé à la digne sonorité, aux rythmes exaltants et aux cadences mélodieuses de la langue arabe dans laquelle elle est formulée. »277 Personnellement je trouve que le plus poétique des
versets de l'Aqdas est celui-ci : « Béni est celui qui découvre le
parfum des significations intérieures dans les traces de cette
Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont
portées sur la création toute entière, et par le calme de laquelle
l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de
l'être. »278 Celui qui veut bien prendre le temps de l'analyser et de
méditer sur chaque mot découvrira tout le potentiel contenu dans
cette phrase. La poésie de Bahá’u’lláh à travers l'Aqdas a par
ailleurs fait l'objet d'un autre livre : « Chaque verset, récité dans
les tons mélodieux que permet l'arabe, en appelle aux sentiments
que suscitent la philosophie des mots. Il s'y trouve encore bien des
choses et des significations que les générations futures découvriront progressivement au fur et à mesure que la connaissance spirituelle et la maturité de l'esprit humain croîtront. »279 Shoghi Effendi écrit d'ailleurs : « Une compréhension exacte et parfaite
d'un système si vaste, d'une révélation si sublime, d'un dépôt si
sacré, est, pour des raisons évidentes, hors de la portée et de la
compétence de nos esprits limités. » 280
Il est évident que de nombreux versets ont ce caractère poétique,
bien que malheureusement ce soit moins percutant dans une autre
langue que l'arabe et le persan. Voici ce qu'en disait Adib Taherzadeh (ancien membre de la Maison Universelle de Justice) : « Le
277 « The Style of the Kitáb-i-Aqdas – Aspects of the Sublime » by Suheil
Bushrui
278 K158
279 La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de l'Esthétique » par P. Daoust
280 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh
Réflexions 67
Kitáb-i-Aqdas qui est le plus puissant et le plus exalté des écrits
de Bahá'u'lláh est aussi l'un des plus beaux d'un point de vue litté-
raire, il est sans égal par son éloquence, inégalé par sa clarté, enchanteur par son style, superbe dans sa composition et varié dans
ses thèmes. Chaque phrase est simple et facilement compréhensible par le lecteur ; il est impossible de suggérer une construction
meilleure et plus éloquente. C'est le chef d’œuvre des paroles de
Bahá’u’lláh. »281 Et le Pr. Bushrui d'aller encore plus loin : "'La
congruence sublime de forme et de contenu dans le Kitáb-i-Aqdas
produit un effet tel qu'il peut engendrer une transformation radicale en ceux qui reçoivent le Mot et le lisent attentivement avec
révérence."
Je mentionnerai encore brièvement d'autres qualités spirituelles
que l'on trouve dans l'Aqdas car chacune mériterait un long chapitre. Or, je suis déjà convaincu que vous avez compris que l'Aqdas recèle bien plus que des lois et que tout cela n'est pas pour
dans quelques siècles. Les mentions de ces qualités sont d'ailleurs
omniprésentes à travers tous les Écrits. Elles dérivent toutes des
Noms et Attributs divins que chacun de nous possède à des degrés
divers, développés par l'éducation. Citons rapidement : la compassion, l'humilité, l'altruisme, la modération, la clémence ou le
pardon, la bonté, l'affection ou l'amitié, et l'amour.
Il est bon d'être compatissant, sauf peut-être lorsqu'il faut appliquer certaines lois car lorsqu'il s'agit de la protection de la socié-
té, c'est la justice qui doit prévaloir : « Prenez garde que, par compassion, vous négligiez de mettre à exécution les statuts de la religion de Dieu... »282 On peut évidemment beaucoup mieux comprendre une telle sévérité lorsqu'on la replace dans un contexte où
plus personne ne sera dans le besoin. De son côté, -sur un plan
spirituel et non plus juridique-, ‘Abdu’l-Bahá explique qu'un signe
de compassion est parfois le silence : « Le royaume de Dieu est
281 La révélation de Bahá'u'lláh Volume 3 - Adib Taherzadeh , chap. 13
282 K45
fondé sur l'équité et la justice, et aussi sur la miséricorde, la compassion et la gentillesse envers chaque âme vivante. Efforcez-vous
donc, de tout votre cœur, de traiter avec compassion tous les êtres
humains, à l'exception de ceux qui nourrissent des ambitions
égoïstes, personnelles, ou qui sont atteints de quelque maladie de
l'âme. Nous ne pouvons manifester de la bonté à l'égard du tyran,
du tricheur ou du voleur car, loin de les éveiller à leurs fautes,
nous les inciterions à continuer dans leur perversité. Peu importe
la gentillesse que vous montrerez envers le menteur, il n'en continuera pas moins à mentir de plus belle, car il croira vous avoir
abusé, alors que vous ne le comprenez que trop bien et que votre
silence n'est motivé que par votre extrême compassion. »283
Bahá’u’lláh ne mentionne pas spécifiquement l'humilité dans
l'Aqdas, mais on la devine aisément à travers certains versets et
encore plus particulièrement dans les Prières obligatoires où
même les prosternations ont un sens. ‘Abdu’l-Bahá indique que «
dans chaque mot et dans chaque mouvement de la Prière obligatoire il y a des allusions, des mystères et une sagesse que l’humain est incapable de comprendre, et que lettres et parchemins
ne peuvent contenir ».284 Face aux Attributs divins, à la connaissance et au pouvoir divins, nous ne sommes que de la poussière.
« Qui suis-je, autrement, pour oser me tenir à l’entrée de la cité
de Ta proximité, ou lever mon visage vers les lumières qui luisent
du ciel de Ta volonté ? »285
L'altruisme est une évidence, et surtout l'attention portée aux
pauvres. « Ne souhaitez pas pour les autres ce que vous ne souhaitez pas pour vous-mêmes »286 C'est court mais très clair.
La modération est certes nécessaire en toutes choses. Et elle l'est
aussi sur le plan spirituel : « Ne vous lamentez pas en vos heures
283 Sélection des écrits de 'Abdu'l-Bahá, chap. 138
284 N4
285 Longue prière obligatoire
286 K148
Réflexions 69
d'épreuve, ni ne vous en réjouissez ; cherchez le Juste Milieu qui
est le souvenir de Moi dans vos afflictions et réflexion sur ce qui
peut vous arriver dans le futur. »287
Il est évidemment bien de pardonner à ceux qui nous ont fait du
tort, en faisant ainsi preuve de clémence, et cela était souvent ré-
pété par ‘Abdu’l-Bahá, mais lorsque certaines limites sont dépassées, le seul qui puisse vraiment pardonner est Dieu : « Lui, en
vérité, accorde le pardon à qui Il veut... »288 « Béni est celui qui,
à l'aube, concentrant ses pensées vers Dieu, absorbé dans Son
souvenir, et suppliant Son pardon, dirige ses pas vers le Mashriqu’l-Adhkár... »289 Concernant celui qui se prétendrait Manifestation avant mille ans, Bahá’u’lláh écrit : « S'il se repent, Dieu,
sans aucun doute, lui pardonnera. »290 Dans son Testament, Il dé-
clare : « Dieu a pardonné ce qui est passé. » et de même dans le
Testament de ‘Abdu’l-Bahá : « Mon Dieu, mon Dieu! Humble,
suppliant, la face contre terre, je t'implore, de toute l'ardeur de
ma prière, de pardonner à tous ceux qui m'ont fait du mal... »
La bonté ne demande pas d'explication. C'est encore l'un des attributs de Dieu. « L’œil de Sa tendre bonté sera éternellement dirigé vers toi »291
L'affection et l'amitié, associée à la gentillesse, est un état qui devrait caractériser tous les "amis" bahá'ís. « Soyez comme les doigts
d'une seule main, les membres d'un seul corps. »292 Elle en appelle
à être serviable, à être à l'écoute, à respecter, à développer même
une forme de complicité et à ne pas considérer les autres comme
inférieurs. Elle donne ainsi le sentiment d'être membre d'une seule
et même famille. « Vous êtes tous les feuilles d’un seul arbre et les
287 K43
288 K49
289 K115
290 K37
291 K93
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gouttes d’un seul océan. »293 La gentillesse envers les parents est
particulièrement importante : « ...plus grand que tout, après la reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la
considération pour les droits qui sont dus aux parents. Cet enseignement a été mentionné dans tous les Livres de Dieu, et réaffirmé par la Plume la Plus Exaltée. Considérez ce que le Seigneur
Miséricordieux a révélé dans le Qur'án, exaltés sont Ses mots :
« Rendez grâce à Dieu, ne Lui associez aucun pair ou égal ; et
manifestez gentillesse et charité envers vos parents... » Observez
comment l'amour bienveillant envers les parents a été lié à la reconnaissance du seul vrai Dieu ! »294
Quant à l'amour, c'est très simple : « Je porte témoignage, ô mon
Dieu, que Tu m'as créé pour Te connaître et pour T'adorer... »295
Nous parlons ici bien évidemment de l'amour que nous portons à
Dieu et que Lui nous porte dans une relation de nécessaire réciprocité. Les Paroles Cachées abondent de cette notion : « Aime-
Moi pour que Je puisse t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, Mon amour
ne peut aucunement t'atteindre. »296 Et dans l'Aqdas : « Observe
Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. »297 « Dieu a
fait de Mon amour caché la clé du Trésor ; puissiez-vous le percevoir ! Si ce n'était la clé, le Trésor serait resté de toute éternité
dissimulé ; puissiez-vous le croire ! »298 « Celui qui atteint Mon
amour a titre à un trône d'or, d'y siéger avec honneur sur le
monde entier »299 « Brûlez les voiles avec le feu de Mon
amour... »300 « Ceux qui, par amour de Dieu, se lèvent pour servir
Sa Cause, sont les bénéficiaires de l’inspiration divine venant du
293 8ème Ishráq
294 Q106
295 Courte prière obligatoire
296 Parole cachée arabe n° 5
297 K4
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300 K132
Réflexions 71
Royaume invisible. »301
Comment ne pas mentionner la sagesse ? « Les mers de la Sagesse divine et de la Parole divine se sont levées sous le souffle de
la brise du Très-Miséricordieux. »302 « La sagesse de Dieu, vraiment, a englobé toutes chose. »303 « Immergez-vous dans l'océan
de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets, et découvrir
toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans ses profondeurs. »304
En cela, Bahá’u’lláh dépasse bien des philosophes (φιλεῖν, philein : aimer ; et σοφία, sophia : sagesse) et Sa Lawḥ-i-Ḥikmat (Tablette de la Sagesse) est un véritable bijou.
Et arrive alors cette phrase énigmatique : « En Ma présence parmi
vous il y a une sagesse et en Mon absence il y en a encore une
autre, impénétrable à tous sauf Dieu, l'Incomparable, l'Omniscient. »305
Notre vie est un long chemin vers tous ces idéaux, et de notre évolution spirituelle, individuelle et collective, dépend l'avancement
de l'humanité dans tous les domaines. Une organisation équilibrée
de la société humaine ne dépend pas seulement de beaux principes
intellectuels, mais principalement de ce développement spirituel.
Nos communautés et institutions ne peuvent pas fonctionner sans
ce développement. Tant que l'humain n'aura pas conquis son égo,
les injustices continueront, ainsi que la médisance, les calomnies,
les conflits, les dérapages sexuels, la cupidité, le désir de pouvoir,
les préjugés, tout cela ne conduisant qu'à une seule chose : la désunion, ce qui est l'antithèse de la Foi. « Réfléchis en ton cœur à
comment il te convient d'être... »306 Oui, il nous convient d'être
301 8ème Ishráq
302 K2
303 K68
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305 K53
306 Parole cachée arabe n° 2
juste car la justice est la chose la plus chérie aux yeux de Dieu. 307
C'est non seulement une affaire de cerveau mais également de
cœur. Il est vraiment malheureux que les leaders religieux aient à
ce point perverti les religions car c'est une des principales raisons
pour lesquelles une majorité de gens rejettent maintenant l'idée de
Dieu et de la spiritualité, jusqu'à nier l'existence de l'âme. Pourtant, à leur origine, toutes les religions prônent l'acquisition des
mêmes qualités.
Le facteur le plus important est donc l'éducation : « L'humain est
le suprême Talisman. Cependant, le manque d'une éducation adé-
quate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot
émané de la bouche de Dieu il fut appelé à l'existence ; par un
mot de plus il fut guidé à reconnaître la Source de son éducation ;
par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une mine
riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation,
seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité
d'en profiter. Si quelque humain méditait sur ce que les Écritures,
descendues du ciel de la sainte Volonté de Dieu, ont révélé, il reconnaîtrait aisément que Leur dessein est que tous les humains
soient considérés comme une seule âme, afin que le sceau portant
les mots « Le Royaume appartiendra à Dieu » puisse être imprimé
sur chaque cœur et que la lumière de la Bonté divine, de la grâce
et de la miséricorde puisse envelopper toute l'humanité. »308
Cet humain, talisman censé protéger toute forme de vie sur terre,
est actuellement en train de faire l'inverse et de tout détruire. Pourtant comme le dit Bahá’u’lláh, nous possédons toutes ces qualités
à l'intérieur de nous. Dans les Questions-réponses n° 106,
Bahá’u’lláh écrit : « Les Prophètes et les Choisis ont tous reçu
pour mission du Seul Vrai Dieu, magnifiée soit Sa gloire, de nourrir les arbres de l'existence humaine avec les eaux vives de la
droiture et de l'entendement, que puisse apparaître d'eux ce que
307 Ibid.
308 Lawh-i-Maqsúd
Réflexions 73
Dieu a déposé au sein de leur moi le plus profond....Le dessein de
ces Éducateurs, dans tout ce qu'ils ont dit et enseigné, était de pré-
server le rang exalté de l'humain. »309 Il confie d'ailleurs une tâche
énorme aux pères : « A chaque père a été enjointe l'instruction de
son fils et de sa fille dans l'art de la lecture et de l'écriture et dans
tout ce qui a été fixé dans la Sainte Tablette. »310 L'art de la lecture
n'est pas simplement lire, mais surtout comprendre ce que l'on lit
et y réfléchir. L'art de l'écriture n'est pas seulement faire de jolies
lettres, c'est avant tout de savoir écrire avec précision, concision et
clarté. Et donc Bahá’u’lláh continue : « Heureux ceux qui sont
doués de vraie sagesse et de compréhension, qui voient et per-
çoivent, qui lisent et comprennent, et qui observent ce que Dieu a
révélé dans les Livres Saints du passé, et dans cette incomparable
et merveilleuse Tablette. »311
Ceci nous amène tout naturellement à considérer la 'connaissance'.
Première constatation : « Dieu, en vérité, a connaissance de ce
dont vous ne connaissez rien. »312 Dieu est « Celui qui détient la
connaissance de choses cachées »313
Bahá’u’lláh encourage bien sûr l'apprentissage et l'instruction :
« Nous vous avons permis de lire ces sciences qui vous sont profitables, non celles qui finissent en vaines discussions. »314 Mais Il
parle surtout d'une autre connaissance : « Nous avons décrété, ô
peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »315 Or, cette
connaissance relève d'autres facultés : « La compréhension de Ses
mots et la compréhension des paroles des Oiseaux du Ciel, ne dé-
pendent en aucune façon de l'étude humaine. Elles dépendent
seulement de la pureté du cœur, de la chasteté de l'âme et de la li-
309 Q106
310 K48
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312 K10
313 K39
314 K77
315 K102
berté d'esprit. »316
La Manifestation divine est évidemment l'exemple parfait de ce
type de connaissance : « En Nous se trouve la connaissance de
toutes choses, inscrite sur une Tablette lucide. »317 Bahá’u’lláh
écrit d'ailleurs : « Nous eûmes parfaite connaissance du Livre alors
que vous n'étiez pas encore nés. »318, ce Livre étant de toute évidence
le Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »319 « Ceci est un Livre qui est devenu la
Lampe de l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable,
parmi les peuples de la terre. Dis : Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux qui appréhendent, »320
Une des plus grandes preuves de la suprématie de Bahá’u’lláh est
que : « Nous ne sommes entré dans aucune école, et n'avons lu
aucune de vos thèses. »321 Mais par contre : « Nous, vraiment,
avons mis les pieds dans l'École de la signification intérieure et de
l'explication lorsque toutes choses créées en étaient inconscientes. »322 et cette connaissance est celle de Dieu Lui-même. « En
vérité, Dieu a créé cette École avant qu'Il ait créé le ciel et la terre,
et Nous y sommes entré avant que les lettres S, O, I et S soient jointes
et réunies. »323
Il y a là quelque chose d'énigmatique car cela voudrait dire que cette
école et la connaissance qui s'y rattache existaient avant même la
création, avant même le commencement qui n'a pas de commencement324. De quoi alimenter de passionnantes discussions ! Et si nous
sommes bien sages, nous serons récompensés, comme Il le dit au sujet du Bayán : « Si tel est Son désir, Il vous exposera ce qui y est ré-
vélé, et vous divulguera les perles de connaissance et de sagesse di-
316 Kitáb-i-Íqán
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Réflexions 75
vines camouflées dans l'océan de Ses mots. »325
Par contre, Bahá’u’lláh n'aime pas les ignorants qui ont la prétention et l'orgueil de vouloir se mesurer à Lui : « Prenez garde que
parmi les humains la flamme de l'ignorance ridicule ne vous domine. »326 « Nous trouvons certains humains désirant la liberté et
s'en flattant eux-mêmes. De tels humains sont dans les profondeurs de l'ignorance. »327
Il vise d'ailleurs souvent les théologiens, ces oulémas (c'est le
terme utilisé dans le texte arabe) qui se prennent pour des lumières. « Ô assemblée de théologiens ! Quand mes versets furent
envoyés, et Mes clairs signes furent révélés, Nous vous trouvâmes
derrière les voiles. »328
Pour résumer, la connaissance de la Révélation bahá'íe ne passe
pas forcément par l'érudition, l'important étant d'avoir reconnu
Bahá’u’lláh, de savoir qui Il est, de connaître des bribes de son
histoire tumultueuse, de connaître un minimum de Sa révélation,
et cela peut s'acquérir même si l'on est illettré. « Regarde, comment celui qui, le jour de la révélation de Dieu, n'arrive pas à atteindre la grâce de la " divine présence " et à reconnaître Sa manifestation, peut-il être qualifié avec raison d'érudit, même s'il a
passé des siècles à poursuivre la connaissance, et même s'il a acquis tout le savoir limité et matériel de l'homme ? Il est assuré-
ment évident qu'il ne peut en aucun cas être considéré comme
quelqu'un qui possède la connaissance véritable. Alors que le plus
illettré des hommes, s'il a l'honneur de recevoir cette distinction
suprême est, en vérité, considéré comme l'un de ces hommes divinement érudits dont la connaissance émane de Dieu; car un tel
homme a atteint le faîte de la connaissance et est parvenu au
sommet le plus haut du savoir. »329 Souvenez-vous : "pureté du
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329 Kitáb-i-Íqán
cœur, chasteté de l'âme et liberté d'esprit."
La conclusion mène au bonheur : « Heureux êtes-vous, ô vous les
instruits en Bahá. »330
Ceux qui ont rencontré Bahá’u’lláh ont eu une chance extraordinaire. Vivre à une époque où apparaît une Manifestation divine est
plus qu'un moment de grâce. « Si vous atteigniez la présence de
Celui que Nous rendrons manifeste, priez Dieu, en Sa bonté, d'accorder qu'Il puisse daigner s'asseoir sur vos divans, car cet acte
en lui-même vous conférerait un honneur incomparable et sans
pareil. S'Il buvait une coupe d'eau dans vos maisons, ceci serait
d'une plus grande conséquence pour vous que votre présentation
à chaque âme, non, à chaque chose créée, de l'eau de sa vie
même. Sachez cela, ô vous Mes serviteurs ! »331 « En vérité, Le
rencontrer est mieux pour vous que toute chose sur laquelle brille
le soleil, puissiez-vous le savoir. »332 Il était plus qu'un ensemble
d'Écrits, Il était le « Livre vivant ».333 Malheureusement, tout a une
fin et Bahá’u’lláh ne peut que conseiller : « Si des différends devaient s'élever entre vous à quelque sujet que ce soit, référez-en à
Dieu tant que le Soleil brille encore sur l'horizon de ce Ciel et,
quand Il se sera couché, référez-vous à quoi que ce soit qu'Il a
transmis. »334
Bahá’u’lláh, Manifestation divine, dotée de la Connaissance divine, reflétant tous les Noms et Attributs divins, détient en consé-
quence l'Autorité divine. « Celui qui est l'Aurore de la Cause de
Dieu [Bahá’u’lláh]...n'a pas d'associé dans la Plus Grande Infaillibilité. Il est Celui qui, dans le royaume de la création, est la
Manifestation de "Il fait absolument ce qu'Il veut". »335 « S'Il dé-
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Réflexions 77
crétait légal ce qui de temps immémorial a été interdit, et interdit
ce qui a, en tout temps, été considéré comme légal, à personne
n'est donné le droit de mettre en cause Son autorité. »336
Cette autorité est parfois imagée par la main : « Nous avons décacheté le Vin choisi avec les doigts de puissance et de pouvoir. »337,
« En vérité, il est en la main de Dieu de donner ce qu'Il veut à qui
Il veut... »338
Nous sommes ici face à une ambiguïté que mentionne Bahá’u’lláh
Lui-même : « Quand je contemple, ô mon Dieu, la relation qui me
lie à Toi, je suis poussé à proclamer à toutes choses 'en vérité, Je
suis Dieu !' ; et quand je considère mon propre moi, regarde, je le
trouve plus insignifiant que de la glaise. »339 Et donc, là où le
Qur'án déclare « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu », dans l'Aqdas
Bahá’u’lláh répète à neuf reprises : « Il n'y a pas d'autre Dieu que
Moi... » Bahá’u’lláh souligne dans plusieurs textes l'équivalence
de tous les Messagers divins, mais par ailleurs Il se réfère à Luimême en tant que Manifestation suprême, celle annoncée par tous
les autres, celle dont le Livre est maintenant la référence, celle qui
clôt le cycle adamique, prophétique, de 6.000 ans pour ouvrir le
cycle de l'accomplissement d'une durée de 500.000 ans.340
Je conseille vraiment la lecture approfondie de La Dispensation de
Bahá’u’lláh, écrit par Shoghi Effendi. J'insiste même...
C'est là aussi que réside tout le symbolisme du mot Bahá, dont la
valeur abjad est neuf : « Dis : ceci est ce savoir caché qui ne
changera jamais puisque son début est la valeur neuf, le symbole
qui présage le dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom. »341
[une petite remarque à ce sujet : le texte arabe ne se réfère pas au
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337 K5
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339 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh
340 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap. Bahá’u’lláh
341 K29
chiffre 9 (tis‘ah) mais à la lettre Ṭá’, dont la 'valeur' est neuf. On
retrouve cette lettre lorsque Bahá’u’lláh parle de la Terre de Ṭá’
(Téhéran) – remarquez le point en-dessous du Ṭ. La lettre arabe T,
translittérée sans point en-dessous a pour valeur abjad 400]. Voir
annexe pour les curieux.
Cette valeur 'neuf' est évidemment très symbolique : c'est le
nombre minimum de membres d'une Maison de Justice, les maisons d'adoration ont neuf côtés, c'est le nombre des grandes religions, constitue aussi la part d'héritage allouée aux enfants ;
l'amende pour l'adultère (neuf mithqáls), l'étoile à neuf branches,
la durée d'attente pour qu'une femme puisse prendre un autre mari
en cas de disparition de celui-ci, etc.
Une remarque importante : « Le Seigneur a ordonné qu'en chaque
ville une Maison de Justice soit établie, au sein de laquelle se rassembleront des conseillers au nombre de Bahá, et si ce nombre
était dépassé, peu importe. »342 La gestion d'une localité, d'un
pays, ou du monde, nécessite évidemment un nombre différent de
'conseillers'. Et je ne peux m'empêcher de considérer que l'Assemblée des Nations Unies est composée de représentants de 193
pays, ce qui n'empêche pas la consultation. Mieux encore, parlant
de la Plus Grande Paix, Bahá’u’lláh révèle : « Le temps doit venir
où il y aura une prise de conscience universelle de l'absolue né-
cessité d'un vaste et englobant rassemblement d'humains. Les dirigeants et rois de la terre devront impérativement y
participer... »343
Comme tout le monde le sait, l'autre chiffre symbolique est dixneuf. Par ailleurs, on trouve dans l'Aqdas un autre chiffre magique, 2.520 : « Selon le Livre de Dieu, les biens du défunt sont
divisés en deux mille cinq cent vingt parts, le plus petit commun
multiple de tous les nombres entiers jusqu'à neuf, et ces parts sont
ensuite réparties en sept portions, chacune étant allouée à une ca-
342 K30
343 Lawḥ-i-Maqṣúd
Réflexions 79
tégorie particulière d’héritiers, comme mentionné dans le
Livre. »344
Ce qui caractérise l'être humain, ce n'est pas tant la pensée que la
possibilité de l'exprimer et de la partager grâce à un langage articulé. Chaque tribu naissante a développé le sien, peut-être d'abord
par la nécessité de s'entendre sur les questions commerciales.
Chaque tribu étant relativement isolée des autres, des langages locaux se sont développés et c'est ainsi que l'humanité se retrouve à
parler une multitude de langues et de dialectes. Il y en aurait environ 7.000. Avec la poursuite des échanges commerciaux, puis philosophiques, scientifiques, artistiques, etc., un certain nombre
d'entre elles ont émergé plus que d'autres. C'est ainsi qu'en nombre
de locuteurs, on peut classer les premières comme suit : 1 l'anglais, 2 le mandarin, 3 le hindi, 4 l'espagnol, 5 le français, 6 le
bengali, 7 l'arabe, 8 le russe, 9 le portugais, 10 l'indonésien.345
Si j'en parle, c'est parce que les mots ont une importance capitale.
On pourrait aussi dire qu'il y a deux types de communications :
l'une, physique, par des sons ; l'autre, par des canaux absolument
inconnus liant non pas la pensée mais les âmes. Les âmes peuvent
communiquer entre elles même par le silence ; dans l'au-delà, les
âmes communiquent ; la prière est une communication avec Dieu.
Comment cela se fait est totalement inconnu. Or, les mots sont importants car ils peuvent être de nature à exprimer la pensée ou les
sentiments. Ce sont donc les effets recherchés qui sont importants.
« Chaque mot est doté d'un esprit ; c'est pourquoi l'orateur ou
l'exposant devrait soigneusement délivrer ses mots au moment et
au lieu appropriés, car l'impression créée par chaque mot est évidente et perceptible. Le Grand Être a dit : un mot peut être comparé au feu, un autre à la lumière et l'influence de chacun d'eux
dans le monde est manifeste. »346
Mais où cela se corse, c'est que le sens des mots évolue et le prin-
344 Q5
345 Wikipedia, Ethnologue (23e édition), 2020
346 Lawḥ-i-Maqṣúd
cipal facteur réside dans les messages apportés par chaque Manifestation divine. Il est de notoriété publique que l'arabe du Qur'án
est devenu la source de l'arabe classique. Et donc, Bahá’u’lláh Lui
aussi écrit dans la Lawḥ-i-Dunyá : « Par le mouvement de Notre
Plume de gloire, à l'injonction de l'Ordonnateur omnipotent,
Nous avons insufflé une nouvelle vie dans chaque trame humaine
et instillé en chaque mot un nouveau pouvoir. Toutes les choses
créées proclament les évidences de cette régénération mondiale. »
et dans la Lawḥ-i-Maqṣúd, Il parle longuement de leur influence
comme le montre le court extrait ci-dessus. C'est pourquoi il ne
faut pas seulement examiner le sens d'une phrase : chaque mot
peut receler des significations importantes, ce qui complique énormément les traductions qui font parfois perdre aux mots leur sens
profond. Ce que dit Bahá’u’lláh est important : « Immergez-vous
dans l'océan de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets,
et découvrir toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans
ses profondeurs. »347 Et dans Sa grande mansuétude, « Ces mots
sont à votre mesure, pas à celle de Dieu. »348 Il insiste même sur
cette distance qui nous sépare de Dieu : « le Livre lui-même est l'infaillible Balance établie parmi les humains. Dans cette plus parfaite
Balance, quoi que ce soit que les peuples et tribus de la terre possèdent doit être pesé, tout en devant calibrer son indication du poids
avec son propre étalon, si vous le saviez. »349
« Heureux est l'amoureux qui a inhalé la divine fragrance de son
Bien-aimé à travers ces mots, chargés du parfum d'une grâce qu'aucune langue ne peut décrire. »350
L'idéal serait que notre langue maternelle soit l'arabe pour goûter
pleinement à toutes leurs significations 'intérieures' et à toutes les
perles de sagesse que contiennent ces mots. Une langue universelle
est de toute évidence une nécessité, d'autant plus qu'elle sera la cause
la plus importante d'unité : « Ô membres des parlements de par le
347 K182
348 K176
349 K99
350 K4
Réflexions 81
monde ! Choisissez une langue unique pour l'usage de tous sur terre,
et adoptez de même une écriture commune. Dieu, en vérité, vous fait
comprendre ce qui vous profitera et vous rendra capables d'être indépendants des autres....Ceci sera la cause de l'unité, puissiez-vous
l'appréhender, et le plus grand instrument pour promouvoir l'harmonie et la civilisation, si seulement vous pouvez comprendre ! »351
En ce qui concerne l'esperanto, ‘Abdu’l-Bahá a dit quelque chose
de très intéressant : « L'amour et l'effort consacrés à l'esperanto
ne seront pas perdus, mais une personne seule ne peut construire
une langue universelle. Cela doit être fait par un Conseil repré-
sentant tous les pays et elle doit contenir des mots de différentes
langues. Elle sera articulée autour des règles les plus simples et
ne comportera ni exceptions, ni genre, ni de lettres excédentaires
ou muettes. Chaque chose mentionnée n'aura qu'un nom. »352
En ce qui concerne une écriture universelle, je suis personnellement convaincu que sa base sera l'alphabet latin. Faut-il déjà en
voir un signe dans le fait que Shoghi Effendi ait mis au point un
système original de translittération ? L'avenir nous l'apprendra...
Le mot le plus important parmi tous est bien sûr l'injonction qui a
donné naissance à la création. On peut l'appeler Verbe puisque
c'est l'impératif du verbe 'être' : Sois ! « Au commencement était
le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. »353
Le mot arabe est 'kun' !, formé par les lettres k et n. En anglais il
suffit également de deux lettres : 'be !', mais en français c'est impossible et il faut donc 4 lettres. Nous en avons parlé en mentionnant l'École de Dieu : « En vérité, Dieu a créé cette École avant
qu'Il ait créé le ciel et la terre, et Nous y sommes entré avant que les
lettres S, O, I et S soient jointes et réunies. »354
Il s'agit donc là du premier Décret divin : « Tout ce qui existe, est
venu à l'existence par Son irrésistible décret. »355 Irrésistible donc...
351 K189
352 ‘Abdu’l-Bahá in London, p. 93
353 Bible, Jean, I:1
354 K177
355 K7
« Ceci est, en vérité, ce Décret fixé par lequel chaque décret irrévocable a été établi. »356 Irrévocable donc...
« Ceci est le Décret de Dieu dissimulé jusqu'à présent au sein du
voile d'impénétrable mystère. »357 Impénétrable donc...
« Que personne, en ce Jour, ne s'attache à rien d'autre qu'à ce qui a
été manifesté en cette Révélation. Tel est le décret de Dieu, jadis et
dorénavant »358 Et rien d'autre...
"Rien d'autre qu'à ce qui a été manifesté en cette Révélation."
Comment pourrait-on lutter contre le Décret divin ?
« Ceci est la Parole de Dieu ; si seulement tu pouvais l'appréhender ! »359 « Ainsi les flots de l'Océan de Parole ont-ils déferlé,
propulsant les perles des lois décrétées par le Seigneur de toute
l'humanité. »360
« Si vous pouviez découvrir la source d'où est diffusée la splendeur de cette parole, vous abandonneriez les peuples du monde et
tout ce qu'ils possèdent, et vous vous approcheriez de ce Siège de
gloire le plus sacré. »361
La Plume est le parfait symbole de la Révélation. Nous avons la
chance extraordinaire d'avoir des Écrits, ce qui n'est pas le cas des
autres religions, sauf dans une certaine mesure l'Islám. Non seulement une tradition orale se perd mais elle se déforme aussi. Les
Textes bahá'ís apportent la preuve non seulement de leur authenticité, mais aussi de leur exactitude au point que personne ne peut
les interpréter excepté ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi.
Les qualificatifs associés à la Plume abondent dans l'Aqdas et ont
du sens dans le contexte du Verset. En voici quelques-uns : Plume
356 K15
357 K47
358 K138
359 K185
360 K26
361 K102
Réflexions 83
du Plus-Élevé362, la plus exaltée363, de Révélation364, de Son commandement365, de Gloire366, de justice367. La Plume possède donc
un pouvoir et est plus qu'un simple instrument de travail. Elle
concrétise la Volonté divine : « Ceci est l'âme même de toutes les
Écritures qui a été insufflée dans la Plume du Plus Élevé »368 et
ses traces sur le papier s'accompagnent d'un mouvement qui lui
aussi produit d'importants effets : « le mouvement de Sa Plume, a
révolutionné l'âme de l'humanité. »369 « cette Plume à travers le
mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la
création tout entière, et par le calme de laquelle l'essence même
de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. »370
Si nous n'avons pas eu le privilège de rencontrer Bahá’u’lláh,
nous avons en tout cas celui d'être proches du Jour annoncé dans
toutes les Écritures saintes du passé. Un peu comme les tout premiers juifs, chrétiens et musulmans à la différence près que ce
Jour-ci est beaucoup plus important puisqu'il est la réalisation de
toutes les prophéties et promesses antérieures. « Le Carmel s'est,
en ce jour, empressé en adoration nostalgique d'atteindre Sa
cour, tandis que du cœur de Sion vient le cri : « La promesse est
accomplie. Ce qui avait été annoncé dans le saint Mandat de
Dieu, le Plus Exalté, le Suprême, le Bien-aimé, est rendu manifeste. » 371 « Dis : Ceci est le Jour de Dieu, le Jour lors duquel
rien ne sera mentionné si ce n'est Son propre Soi, l'omnipotent
Protecteur de tous les mondes. »372
Tous ceux qui L'ont rencontré font état d'un sentiment de beauté et
362 K16
363 K41
364 K58
365 K68
366 K70
367 K72
368 K136
369 K54
370 K158
371 K80
372 K167
de majesté, comme par exemple le Pr. E.G.Browne. Rien d'étonnant dès lors que dans l'Aqdas, on retrouve des passages comme
ceci : « Ainsi fut-ce consigné par l'Ordonnateur Suprême lorsque
Il désira faire mention de cette Plus Grande Beauté. »373 « Tel fut
le décret du Créateur des cieux lorsque, avec majesté et pouvoir,
Il s'établit sur le trône de Ses noms. »374
Parlant du Mandat de Dieu, la Maison Universelle de Justice (dans
son message adressé à 'tous ceux qui célèbrent le Bicentenaire de
la naissance de Bahá’u’lláh) a cette première phrase magnifique :
« Cette vérité salutaire, nous maintenons : que les peuples de la
terre ont toujours été dans le souvenir de Dieu. »375
Au sein de notre calendrier, il y a un jour qui symbolise à la perfection ce renouveau spirituel : Naw-Rúz. « Heureux celui qui pé-
nètre le premier jour du mois de Bahá, le jour que Dieu a consacré à ce Grand Nom.... ce jour, en vérité, est la couronne de tous
les mois et leur source, le jour lors duquel le souffle de vie est ré-
pandu sur toutes choses créées. »376
Et il y a un deuxième jour, appelé la Reine des fêtes, qui offre le
même symbole : la déclaration de Bahá’u’lláh à Baghdád : « En
vérité, toutes choses créées furent immergées dans la mer de purification lorsque, en ce premier jour de Riḍván, Nous avons répandu sur l'ensemble de la création les splendeurs de Nos plus excellents Noms et de Nos Attributs les plus exaltés. »377 « La Plus
Grande Fête est, vraiment, la Reine des Fêtes. »378
Pour nous changer les idées, après des paroles si puissantes, j'aimerais voir un aspect qui n'apparaît pas au premier abord mais qui
touche d'une certaine façon à la médecine. Tout d'abord : « Recourez, en temps de maladie, à des médecins compétents. Nous
373 K137
374 K18
375 Message d'octobre 2017
376 K111
377 K75
378 K112
Réflexions 85
n'avons pas écarté l'usage de moyens matériels... »379 La question
difficile est évidemment de définir le mot 'compétent'. Shoghi Effendi le définit ainsi : « en d'autres mots des médecins qui ont étudié un système scientifique de médecine. »380
Les quelques conseils sont évidents et touchent à l'hygiène corporelle : se couper les ongles (nid à bactéries)381, se laver les pieds382,
utiliser de l'eau de rose ou un parfum naturel383. Un autre conseil
est plus surprenant : « vous baigner chaque semaine dans de
l'eau qui couvre vos corps »384 et même plus « Si le baigneur, au
lieu d'entrer dans l'eau, se lave en la versant sur son corps, cela
sera mieux pour lui et le déliera du besoin d'une immersion corporelle. »385 Il me paraît évident qu'une personne ayant un travail
salissant ou ayant des problèmes de transpiration prendra plus
d'un bain par semaine, mais ce conseil rejoint celui des spécialistes en immunologie qui mettent en garde contre un excès d'hygiène. En effet, à la surface de la peau se trouvent des milliards de
bactéries qui offrent une barrière efficace contre des agents pathogènes. Il faut donc éviter de décaper la peau. Même une douche
peut se montrer agressive et Bahá’u’lláh précise qu'il vaut mieux
verser l'eau, comme le faisaient nos grands-parents. « vous laver
avec n'importe quel moyen que vous utilisiez précédemment. ». Là
aussi il est déconseillé d' utiliser des savons ou shampoings agressifs. Un autre conseil va de soi : « Immergez-vous dans de l'eau
propre »386. La note 105 et la réponse à la Question 91 dans l'Aqdas précisent ce qu'il faut entendre par eau propre. Par ailleurs en
cas de certaines maladies dermatologiques (dermatites,
psoriasis,...), au lieu de faire ses ablutions, on peut réciter le verset
379 K113
380 Lettre du 8 juin 1948, dans Compilation of Compilations, Vol. 1, 1991, n°
381 K106
382 K152
383 K76
384 K106
385 Ibid.
386 K106
ad hoc.387
Nous trouvons aussi l'interdiction (sauf sur prescription médicale)
des substances qui entraînent une dépendance, telles que alcool,
drogues, médicaments psychotropes et tout particulièrement
l'opium [et ses dérivés : morphine, codéine?] : « Il vous a été interdit de fumer de l'opium. Nous, vraiment, avons interdit cette
pratique par une plus contraignante interdiction dans le Livre.
Quiconque en prendrait, assurément n'est pas de Moi. »388
Freiner les désirs charnels389, les inclinations corrompues390, interdire et punir l'adultère391 et interdire l'homosexualité392, est dans
une certaine mesure un moyen d'éviter les problèmes causés par
les maladies sexuellement transmissibles.
Ne pas plonger les mains dans la nourriture 393 est aussi un conseil
utile.
En permettant la chasse394, la consommation de viande n'est donc
pas interdite.
Le jeûne a évidemment des effets bénéfiques mais toutes les
exemptions nécessaires ont été prévues. Par contre, plus étonnant,
la prière obligatoire et le jeûne ne sont pas permis lorsque l'on est
en mauvaise santé395, à définir par un médecin compétent.
Reste encore à mentionner l'interdiction des jeux de hasard 396 qui
eux aussi ont des effets nocifs sur le plan psychologique, tout
comme la médisance.397 Sur le même plan également, Bahá’u’lláh
met en garde : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que
vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement.
N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais
387 Q51
388 K190
389 K58
390 Ibid.
391 K49
392 N134
393 K46
394 K60
395 Q93
396 K155
397 K19
Réflexions 87
plutôt ce qui les illuminera et les élèvera... »398 Et en déclarant que
le sperme n'est pas impur399, Bahá’u’lláh ouvre une large porte aux
dons de sperme interdits dans l'Islám.
Sue le plan biologique, la vie est apparue dans les mers chaudes et
le corps humain est constitué de 60 % d'eau : « Vous êtes tous
créés à partir d'eau, et en poussière retournerez-vous. »400 Accord
science-religion...
Il y a également une forme de gestion du stress : « Si quiconque
se mettait en colère contre vous, répondez-lui avec douceur ; et si
quiconque devait vous réprimander, abstenez-vous de le réprimander en retour, mais laissez-le à lui-même et mettez votre
confiance en Dieu... »401 Et je ne peux terminer sans mentionner
les conseils donnés dans la Tablette de la Médecine, à utiliser lorsqu'il n'y a pas de médecin.
Parmi les autres aspects que l'on trouve dans l'Aqdas se trouvent
les remontrances adressées aux dirigeants de son époque. « Vous
n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! Celui qui est le Roi des
Rois est apparu, paré de Sa plus merveilleuse gloire... »402 Il leur
rappelle que « Ce n'est pas Notre souhait de mettre la main sur
vos royaumes. Notre mission est de captiver et posséder les cœurs
des humains. »403
Nous savons que Bahá’u’lláh a écrit de longues lettres aux souverains ainsi qu'au Pape Pie IX. 404 Dans l'Aqdas, Il les exhorte :
« Combien grande la félicité qui attend le roi qui se lèvera pour
aider Ma Cause en Mon royaume, qui lui-même se détachera de
tout sauf Moi ! Un tel roi est compté parmi les compagnons de
l'Arche pourpre – l'Arche que Dieu a préparée pour le peuple de
398 K149
399 K74
400 K148
401 K153
402 K82
403 K83
404 K85 à 90
Bahá. »405
Il rassure Sa terre natale : « Que rien ne t'attriste ô Terre de Ṭá
[Téhéran], car Dieu t'a choisie pour être la source de la joie de
toute l'humanité. »406, et glorifie la terre de Khá (Khurásán).407
C'est aussi l'occasion de bien comprendre quelle doit être notre
position face aux dirigeants. En une seule phrase, tout est dit :
« Nul ne doit lutter contre ceux qui détiennent l'autorité sur le
peuple ; laissez-leur ce qui est leur, et dirigez votre attention vers
le cœur des humains. »408
Quant aux théologiens, il n'y va pas de main morte : « Ne voyezvous pas ce Soleil qui brille d'une étincelante splendeur au-dessus
du Très-glorieux Horizon ? Pendant combien de temps adorerezvous les idoles de vos maléfiques passions ? »409 « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à
l'heure de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux, apparu parmi
vous avec preuve et témoignage. »410 « Tournez-vous vers Dieu et
cherchez Sa protection, ô assemblée de théologiens, et ne faites
pas de vous un voile entre Moi et Mes créatures. »411 Il s'en prend
particulièrement au shaykh dont le nom était Muḥammad-Ḥasan.412, à un certain Karim413, à Siyyid Muḥammad-i-Isfahání414 et
bien sûr à Mírzá Yaḥyá : « Ô source de perversion ! Abandonne
ton aveuglement délibérément obstiné »415
Bahá’u’lláh s'adresse aussi à l'humanité : « Les peuples du monde
sont profondément endormis. S'ils se réveillaient de leur torpeur,
405 K84
406 K91
407 K94
408 K95
409 K41
410 K165
411 K167
412 K166
413 K170
414 N192
415 K184
Réflexions 89
ils se hâteraient avec empressement vers Dieu, l'Omniscient, le
Très-Sage. »416 « Ô peuple du monde ! Ne suis pas les incitations
du moi, car il appelle avec insistance à la vilenie et à la
luxure »417 « Craignez le Miséricordieux, ô peuples du monde ! Ne
commettez pas ce qui vous est interdit dans Notre Sainte Tablette,
et ne soyez pas de ceux qui errent distraitement dans l'étendue
sauvage de leurs désirs. »418 « Prêtez l'oreille à l'appel de Celui
qui est le Seigneur des Noms »419
Nous voyons ainsi que Bahá’u’lláh revendique de manière pé-
remptoire le rang de Manifestation divine, insiste sur la pertinence
de Sa Révélation pour l'avenir de l'humanité, exhorte tout le
monde à se détacher de l'égo pour se tourner vers Dieu, délivre
tous les préceptes nécessaires pour que règnent l'unité et la paix,
établit la base des futures Institutions, d'une part les Maisons de
Justice, d'autre part les Mashriqu’l-Adhkárs (et leurs dépendances)
et le Ḥuqúqu’lláh, destinés à être les sources de bien-être temporel
et spirituel de l'humanité. Ses appels sont sans équivoques et
s'adressent à tous.
Il est important de bien comprendre que le Ḥuqúq est de l'argent
qui appartient à Dieu et qu'il faut Lui rendre420 et « par ce moyen
Il a désiré purifier ce que vous possédez... » Mais si, tout comme
la prière et le jeûne, ceci est laissé à la conscience de chacun,
Bahá’u’lláh est très clair : « Ne composez pas déloyalement avec
le Droit de Dieu, et, sans sa permission, n'en disposez pas librement. »421
La loi est celle-ci : « Si quiconque acquérait cent mithqáls d'or,
dix-neuf mithqáls de ceux-ci sont à Dieu et sont à Lui rendre... »422
(au 14 juillet 2022, 100 mithqáls d'or [364,166 g] représentait
20.025,48 € et 19 mithqáls d'or 3.804,84 €).
416 K39
417 K64
418 K107
419 K132
420 K97
421 Ibid.
422 K97
Shoghi Effendi dans le chapitre sur l'Ordre administratif dans La
Dispensation de Bahá’u’lláh, a ces mots extraordinaires : « Son
mot d'ordre est l'unification de l'espèce humaine ; son étendard la
« Plus Grande Paix » ; son parachèvement l'avènement de ce millénium doré -le Jour où les royaumes de ce monde seront devenus
le Royaume de Dieu Lui-même, le Royaume de Bahá’u’lláh. »
La paix et l'unité sont des thèmes souvent soulignés par
Bahá’u’lláh qui avait horreur de la division et des conflits.
Nombres de lois et de conseils s'y rapportent. « Nous, en vérité,
vous avons commandé...de ne pas transgresser les limites que la
Plume du Plus Élevé a fixées. »423
Pour commencer, il interdit le meurtre de la façon la plus stricte :
« Que nul ne se dispute avec un autre, et qu'aucune âme n'en tue
une autre...Quoi ! Tueriez-vous celui que Dieu a animé, qu'il a
doté d'esprit par un souffle de Lui ? Grave alors serait votre violation devant Son trône ! »424 Dans les Bishárát, « la première
bonne nouvelle que le Livre-Mère a, dans cette Plus Grande Ré-
vélation, dispensée à tous les peuples du monde est que la loi de
la guerre sainte a été effacée du Livre. » Bahá’u’lláh prévoit la
peine que doit encourir le meurtrier.425
Il interdit de même l'adultère, la médisance et la calomnie 426,
sources d'importantes divisions.
Il règle avec précision les questions d'héritages lorsque le défunt
n'a pas écrit de testament427. Il institue les Maisons de Justice, dont
un des rôles sera d'arbitrer les conflits par la consultation 428. Il empêche tout schisme en désignant explicitement Son successeur429.
423 K2
424 K73
425 K62
426 K19
427 K20 à 29
428 K30
429 K121
Réflexions 91
Il combat l'égo qui nous pousse au matérialisme 430. Il institue entre
autre le Ḥuqúqu’lláh431, règle la question des dotations432, des
amendes et de la Zakát433, sources de revenus destinés en partie
aux nécessiteux, instaurant ainsi une véritable Économie divine où
chacun pourra vivre dignement, ce qui signera la fin des conflits
sociaux. Il faudrait pouvoir visualiser la somme d'argent acquise
avec le Ḥuqúqu’lláh lorsqu'une majorité des êtres humains le paieront. Il y aura certainement de quoi nourrir toute la planète. Il met
l'accent sur l'instruction434 et l'éducation435 de tous, hommes et
femmes. En contre-partie, les enfants doivent montrer respect et
gentillesse envers leurs parents436. Il se montre sévère vis-à-vis des
mendiants437, des voleurs438 et encore plus des incendiaires439. En
cas de différends, Il demande que l'on se réfère à Ses Écrits 440. Il
prévoit les indemnités pour coup ou blessure 441 et pour homicide
involontaire442. Il instaure la Fête de 19 jours, ayant pour but de
relier les cœurs443. Il favorise le mariage et la procréation 444, et
règle la question de la dot445, en veillant à l'entente entre les deux
conjoints et leurs familles. Par l'année de patience, Il espère une
réconciliation446. Il interdit strictement toute forme d'esclavage 447.
430 K40
431 K97
432 K42
433 N107
434 K48
435 N105
436 Ibid.
437 K147
438 K45
439 K62
440 K53
441 K56
442 K188
443 K57
444 K63
445 K66
446 K68
447 K72
Il précise les limites de la liberté.448 Il demande de côtoyer les
adeptes d'autres religions dans l'amitié et la concorde449. Il interpelle les dirigeants et nous demande de ne pas lutter contre leur
autorité450. Il écarte toutes les déviances sexuelles, sources de division451.
Il désigne avec précision la Qiblih452. Il interdit toute interprétation
de Ses Écrits. Il interdit l'alcool et les drogues. Il définit quelle est
la véritable liberté des êtres humains.Il demande aux Bábís et aux
chefs religieux ou théologiens de se rallier à Lui, et de terminer
leurs conflits fratricides. Il abolit toute forme de hiérarchie entre
individus453. Il interdit le port d'armes sauf dans certaines conditions454. Il met en garde contre les vaines discussions au sujet de la
Cause455. Il condamne la maltraitance animale 456. Et finalement,
pousse à l'adoption d'une langue universelle457, source définitive
d'unité.
« Ô vous qui habitez sur terre ! La particularité distinctive qui marque le caractère prééminent de cette suprême
Révélation consiste en ce que Nous avons, d'une part, effacé des pages du saint Livre de Dieu tout ce qui a été la
cause de conflit, de malice et de malveillance parmi les
enfants des humains, et avons, d'autre part, établi les pré-
requis essentiels de la concorde, de la compréhension, de
l'unité complète et durable. Comblé est celui qui garde
Mes statuts. »458
448 K122 à 125
449 K144
450 K95
451 K58
452 K137
453 K72
454 K159
455 K177
456 K187
457 K189
458 Lawḥ-i-Dunyá
Réflexions 93
On peut donc facilement voir à quel point Bahá’u’lláh a veillé à
écarter de très nombreuses sources de dissensions. Mais comme
déjà mentionné, tout cela repose sur les progrès spirituels de l'espèce humaine. Et il n'y a pas de grand mystère : prier et répéter
Alláhu-Abhá 95 fois chaque jour, jeûner, s'acquitter du Droit de
Dieu, lire les Écrits tous les jours, les enseigner à d'autres, participer à la vie communautaire et servir l'humanité en mettant les enseignements en pratique.
« Saisissez le calice de salut en cette aube au nom de Celui qui
fait poindre le jour, et buvez-en votre content en louange à Celui
qui est le Très-Glorieux, l'Incomparable. »459
Ce Calice n'est rien d'autre que le Saint Graal, objet mythique qui
a fait couler beaucoup d'encre et dont le symbole est bien évidement de nature spirituelle. Et tant qu'à rester dans l'ésotérisme, je
citerai ce verset de l'Aqdas : « Nous avons fixé deux signes pour
la maturité de l'espèce humaine : le premier, qui est la fondation
la plus solide, Nous l'avons consigné dans d'autres de Nos tablettes tandis que le second a été révélé en ce Livre merveilleux. »460 Ce qui a été consigné « en ce Livre », c'est l'adoption
d'une langue et d'une écriture commune461, et quand à l'autre, il
« est l’émergence d’une science décrite comme cette "philosophie
divine" qui comprendra la découverte d’une approche radicale de
la transmutation des éléments. »462 Nous retrouvons ici une réfé-
rence à la "pierre philosophale" si chère aux alchimistes. Dans le
Kitáb-i-Íqán, Bahá’u’lláh écrit par ailleurs : « Considère la matière du cuivre. Si, dans sa propre mine, elle était protégée de toute
solidification, en l'espace de septante (soixante-dix) ans, elle atteindrait l'état de l'or. » Voilà de quoi nourrir bien des interrogations.463
459 K50
460 K189
461 Ibid.
462 N194
463 Pour les questions d'ésotérisme, voir Hermétisme et foi baha'ie, Marc
Soudon , Médiathèque bahá'íe (France).
Un petit mot concernant la répétition de Alláhu-Abhá. Il n'est pas
nécessaire de se tourner vers la Qiblih. Dans une lettre du 19 octobre 1925 Shoghi Effendi précise qu'il faut « tourner son cœur
vers Dieu ».464
Dans un certain sens, on peut le qualifier de mantra, une espèce de
support de méditation. Certains comptent les 95 fois à l'aide d'un
chapelet, d'autres utilisent un petit programme sur smartphone
(chaque contact avec l'écran ajoute 1 invocation et arrivé à 95 le
smartphone vibre ou émet un son). C'est un moment de coupure
avec le monde extérieur qui peut être très bénéfique sur le plan
psychologique. Il ne s'agit évidemment pas de le faire distraitement ou mécaniquement. Cette invocation est un moment de
consécration à l'invisible Infini et non une course contre la
montre. Et comme pour les prières obligatoires, cela se fait dans
l'intimité.
J'aime beaucoup cette idée d'intimité car lorsque j'étais enfant, on
m'obligeait à suivre la messe le dimanche, qui se déroulait avec un
tas de tralalas et de rituels qui finissaient par me dégoûter. Parler
seul à seul avec Dieu est nettement plus agréable et beaucoup
moins hypocrite... Cette invocation est aussi à répéter dans la
longue prière obligatoire et dans la prière pour les défunts.
Il y a bien sûr d'autres invocations mentionnées dans l'Aqdas :
pour les femmes qui ont leurs règles 465, dans le cas où il n'y a pas
d'eau pour les ablutions466, lorsque l'on n'a pas pu faire la prière
obligatoire467 et celles répétées dans la prière pour les défunts.
A certains moments, j'essaie de m'imaginer des Maisons de Justice
dans chaque ville468 et des Mashriqu'l-Adhkár dans chaque ville et
464 Voir Memorandum du Centre mondial du 15 septembre 2003
465 K13
466 K10
467 K14
468 K30
Réflexions 95
chaque village469 et ça donne le tournis. Ceci m'amène d'ailleurs
une question : une ville comme Tokyo compte 35 millions d'habitants. Il est évident qu'une Maison de Justice, même composée de
40 ou 60 membres, ne pourrait gérer une telle situation. J'ai donc
la ferme conviction que la notion de ville sera un jour revue et
j'émets l'hypothèse tout à fait personnelle que la notion de 'groupements' (clusters) pourrait très bien préparer le terrain pour un tel
changement. Mais ce n'est qu'une supputation.
Il me plaît aussi de comparer l'Aqdas à un puzzle. Une lecture rapide forme le cadre. Ensuite, il faut commencer à chercher les
pièces, toujours cachées en-dessous d'un tas de pièces. Et progressivement, avec un peu de patience, apparaît une première image,
une perle. Et puis une autre, et encore une, et apparaît tout un ensemble de perles, de sagesse ou de connaissance. Et quand on a
terminé, on se lève pour regarder l'ensemble de haut, et on a envie
de l'encadrer et de le mettre à la meilleure place sur le mur...
J'essaie aussi de comprendre comment Bahá’u’lláh, ayant subi 40
ans d'exil et d'emprisonnements successifs, a pu aller jusqu'au
bout de Sa mission sans abandonner. Exils dans des conditions
plus que périlleuses, attaques des Briseurs d'Alliance, tentatives
d'empoisonnement ou d'atteinte à sa vie fomentées par son demifrère Mirzá Yahyá, les efforts acharnés de plusieurs dirigeants
pour empêcher la transmission de Son message, les conditions incroyables de vie à ‘Akká, et la mort de Son fils Mirzá Mihdi. Inimaginable ! C'est clair que la Volonté divine était à l’œuvre.
Et j'aimerais citer un des versets les plus extraordinaires de l'Aqdas : « Dis : parce qu'Il a subi l'injustice, la justice est apparue
sur la terre, et parce qu'Il a accepté l'humiliation , la majesté de
Dieu a resplendi au sein de l'humanité . »470
Difficile à comprendre lorsque l'on voit l'état du monde aujour-
469 K115
470 K158
d'hui. Mais nous devions nous y attendre : « L'équilibre du monde
a été rompu par l'influence vibrante de ce plus grand, ce nouvel
Ordre Mondial. »471
C'est tout personnel, mais je me fait l'image d'une réaction chimique
dont l'équilibre est rompu. Dans ce cas, rien à faire, la réaction ne
mène à rien et il faut tout recommencer. L'influence vibrante me fait
également penser à l'agitation des électrons au sein d'un atome, un
peu comme si le Nouvel Ordre Mondial était le noyau et l'ensemble
des Bahá'ís étaient les électrons. Et tout cela en raison des incroyables souffrances endurées par Bahá’u’lláh.
J'en profite pour citer une prière de Bahá’u’lláh qui exprime si
bien Son désarroi, mais dont la conclusion est très surprenante :
« Pur et sanctifié es-tu, ô mon Dieu ! Comment la
plume peut-elle se mouvoir et l'encre couler alors que
les brises de Ton amour bienveillant ont cessé de
souffler, et que les signes de bonté ont disparu, quand
le soleil d'humiliation s'est levé, et que les épées des
calamités sont tirées, quand les cieux de la tristesse se
sont soulevés, et que les flèches d'affliction et les
lances de la vengeance ont plu des nuages du pouvoir
– si bien que les signes de joie ont quitté tous les
cœurs, et que les marques d'allégresse ont été effacées
de l'horizon entier, que les portes de l'espoir ont été
fermées, que la compassion du souffle divin a cessé de
souffler sur la roseraie de la fidélité, et que l'éclair de
l'extinction a frappé l'arbre d'existence. La plume gé-
mit, et l'encre se lamente sur son sort, et la tablette est
stupéfaite à ce cri. L'esprit est troublé de l'amertume
de cette douleur et de ce chagrin, et le divin Rossignol
471 K181
Réflexions 97
s'écrie : « Hélas ! Hélas ! pour tout ce qui est apparu.
Et tout cela, ô mon Dieu, ne vient de rien d'autre que
de Tes bontés cachées. »472
De même je suis stupéfié par le travail fourni par ‘Abdu’l-Bahá et
Shoghi Effendi, d'autant plus que ce dernier n'a pas connu son arrière-grand-père.
Comme nous l'avons vu plus haut : « Ce qui éduque le monde est
la Justice car elle est soutenue par deux piliers, la récompense et
la punition. »473 « Avancez sur le chemin de la justice et de l'équité en toutes choses. »474 « Enlacez celui qui est accablé avec les
mains de la justice, et écrasez l'oppresseur qui prospère avec la
verge des commandements de votre Seigneur »475 « Soyez les personnifications de la justice et de l'équité parmi toute la création. »476
Il n'est pas facile de faire la distinction entre justice et équité.
La justice est d'abord un ensemble d'institutions. Ces institutions
légifèrent, c'est-à-dire établissent des lois et des règles destinées à
régler la vie sociale, à savoir quelles actions humaines sont approuvées ou rejetées en fonction de critères moraux, et spirituels
dans notre cas.
L'équité, c'est que chaque être humain soit soumis aux mêmes
règles, et bénéficie dès lors de la même justice.
Dans ce sens, « Les hommes de la Maison de Justice de Dieu sont
chargés des affaires du peuple. » « Toutes les affaires de l’État
devraient être référées à la Maison de justice, mais les actes de
dévotion doivent être observés selon ce que Dieu a révélé dans
Son Livre. » Et ce qui est très intéressant : « De même que chaque
472 Bahá’í Reference Library, Writings of Bahá’u’lláh, Additional Prayers
Revealed by Bahá’u’lláh
473 8ème Ishráq
474 K60
475 K88
476 K187
jour apparaît un nouveau problème et que pour chaque problème existe une solution opportune, de telles affaires devraient
être référées à la Maison de Justice afin que ses membres
puissent agir en accord avec les besoins et les exigences du moment. »
De cette façon, Bahá’u’lláh trace le chemin vers une Justice divine dont le monde entier bénéficiera.
Bahá’u’lláh répond également à la question que se posent tous les
philosophes : quel est le but de la vie ? Sa Révélation étant la Vé-
rité, nous savons que la vie de l'âme, détachée de sa prison physique, continue dans un autre monde, inconnu. La vie est une
école où nous devons régulièrement passer des examens. Ces examens, ce sont les épreuves de la vie. Chaque fois que nous progressons, les épreuves sont de plus en plus complexes, jusqu'à
l'examen final. Alors viendra ce que cherchons à savoir : « Lui,
vraiment, a voulu pour vous ce qui est encore au-delà de votre
connaissance, mais qui vous sera connu quand, après cette vie
passagère, vos âmes s'élanceront vers le ciel et que les pièges de
vos joies terrestres seront repliés. »477
Le Kitáb-i-Aqdas contient donc tout ce qu'il faut pour que la vie
humaine soit plus juste, que les humains soient plus spirituels dans
leur approche des divers problèmes existant dans le monde, que
l'unité règne et que la Plus Grande Paix devienne réalité.
De grandes civilisations ont vu le jour au cours de l'histoire, et
notre mission en ce moment est de jeter les bases d'une future civilisation, qui englobera toute l'humanité, enfantera une nouvelle
culture comprenant toute la diversité des familles, des coutumes,
des musiques, et des arts humains, établira une économie mondiale basée sur la justice et l'équité, et une gouvernance mondiale
assumée au plus haut niveau par la Maison Universelle de Justice.
Le point de ralliement sera sans aucun doute celui-ci : « Que votre
joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom qui apporte
477 K97
Réflexions 99
ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de tous ceux
qui se sont approchés de Dieu. »478
Et la fondation inébranlable, inattaquable, indestructible de tout
cela, n'est rien d'autre que le Kitáb-i-Aqdas. Il demande à chacun
qui devient bahá'í d'endosser la responsabilité de construire ce
nouveau monde.
Et si en essayant d'enseigner la Foi, on se trouve devant un mur :
« Exposez ce que vous détenez. Si cela est favorablement reçu,
votre but est atteint ; sinon, protester est vain. Laissez cette âme à
elle-même et tournez-vous vers le Seigneur, le Protecteur, Celui
qui subsiste par Lui-même.. »479
Personne ne sait combien de temps cela prendra, mais puisque
c'est le Plan de Dieu, l'humanité y parviendra. Le temps que cela
prendra dépend en grande partie de la communauté bahá'íe, qui a
reçu la mission de mettre en place tout ce que décrit Bahá’u’lláh
et de mettre Ses lois, temporelles et spirituelles, en pratique. C'est
la responsabilité de chaque individu de le comprendre et de faire
des efforts dans ce sens. Certes, cela demande des sacrifices, en
particulier ce détachement de l'égo, mais ce n'est pas mission impossible.
« En vérité, le cœur des humains est édifié par le
pouvoir de la langue, de même que maisons et cités
sont construites par la main et d'autres moyens.
Nous avons assigné à chaque fin des moyens pour
son accomplissement ; utilisez-les,
et placez votre confiance et votre foi en Dieu, l'Omniscient, le Très-Sage. »480
478 K51
479 8ème Ishráq
480 K160
Conclusion
D'abord, je tiens à remercier tous ceux qui m'auront lu. Ils savent
maintenant quel est mon ressenti et mes réflexions concernant
l'Aqdas. Je pense en tout cas avoir montré la richesse de l'Aqdas et
l'influence qu'il aura sur la vie future de l'humanité. D'autres y
trouveront encore d'autres perles. Quelques-uns ne seront pas d'accord avec certaines de mes réflexions. Mais peu importe. Si je
vous ai donné l'envie de le connaître et de vous y référer de temps
en temps, mon but est atteint. D'un côté je suis content d'être né à
proximité d'une nouvelle Révélation, mais d'un autre, j'aimerais
voir le monde dans quelques siècles.
L'Aqdas est bel et bien la Charte de Son Nouvel Ordre Mondial, le
document fondateur d'une civilisation mondiale, que nous sommes
incapables d'imaginer.
Maintenant, après des choses si sérieuses, je me tais, et vous offre
une petite histoire :
Un journaliste se rend à la Maison Blanche pour interviewer le
Président américain. Sur la table, il remarque un téléphone rouge
et un téléphone doré. Par curiosité, il demande à quoi ça sert.
Le Président répond « J'utilise le rouge pour parler au Président
russe, et le doré pour parler à Dieu ».
« Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que
ça coûte cher ? »
Le Président américain répond « 500 euros par minute ».
Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Moscou pour
interviewer le Président russe. Il remarque sur la table les mêmes
téléphones. Il demande « A quoi ça sert ? »
Réflexions 101
« J'utilise le rouge pour parler au Président américain et l'autre
pour parler à Dieu ».
« Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que
ça coûte cher ? »
Le Président russe répond « 500 euros par minute ».
Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Haïfa pour
interviewer quelques membres de la Maison Universelle de
Justice. Sur la table se trouvent aussi les deux mêmes téléphones.
Par curiosité, il demande à quoi ça sert.
« Nous utilisons le rouge pour parler avec les Nations Unies et le
doré pour parler à Dieu », répond l'un des membres.
« Parler à Dieu ? Vous parlez aussi directement à Dieu ? Ça doit
coûter cher ? »
« 5 cents d'euros par heure », répond le membre.
« Mais pourquoi est-ce si bon marché ? », demande le journaliste.
« Parce que c'est un appel local ! », fut la réponse.
Si ceci vous a fait rire ou sourire, c'est que vous êtes heureux ou
heureuse.
***************
Annexe
Considérations grammaticales expliquant la
translittération
et la prononciation des mots arabes.
Il faut d'abord savoir que le persan est une langue indoeuropéenne et que l'arabe est une langue sémitique ; leur
prononciation des mots arabes est donc différente.
Leur translittération en alphabet latin peut donc varier, d'autant
plus que le persan ou l'arabe est prononcé différemment selon les
régions.
L'objectif premier de la translittération est qu'un arabe qui la lit
sache directement à quel mot cela se réfère dans l'écriture arabe.
Le deuxième objectif est que ceux qui ne sont pas arabophones
prononcent les mots arabes en s'approchant aussi près que possible
de la prononciation arabe, et puissent donc être compris par un
arabophone.
Plusieurs systèmes de translittération ont donc été proposés, et
Shoghi Effendi, d'origine persane, créa un système « bahá'í » basé
sur le Dixième Congrès International des Orientalistes tenu à
Genève en septembre 1894, en y apportant quelques
modifications. Il instaura ce système pour les publications bahá'íes
dans une lettre aux Bahá'ís d'Amérique datée du 12 mars 1923,
dont les détails apparaissent dans le Bahá'í World vol. 2, pp. 213-
14. (voir annexe).
À remarquer : l'arabe ne comporte ni majuscules ni ponctuation.
Le mot arabe (bahá) بهآءa été translittéré Bahá car il n'y a pas
dans la translittération bahá'íe de différence entre un alif simple et
un alif madda (l'espèce de tilde qui se trouve au-dessus du Alif)
qui vaut deux alif simples au niveau de la prononciation. Pour nos
amis musiciens, on peut comparer l'alif simple à une noire et l'alif
madda à une blanche. En API (alphabet phonétique international),
l'alif simple est noté [a:] (unicode U + 0061) et l'alif madda [æ:]
(unicode U+ 00E6).
Il semblerait inconvenant d'écrire bháá (le premier a étant une
voyelle brève, en arabe, il ne s'écrit pas et selon les régions se
prononce même è, au contraire du alif qui est une voyelle longue
et se translittère á (avec accent); de même, l'arabe ne contient pas
de majuscule). La hamza ( )ءne se translittère que si elle est suivie
d'un mot – substantif ou adjectif- (auquel cas elle porte la marque
des différents cas de déclinaison arabe : nominatif, direct, indirect
'u, a, i') car ce n'est pas à proprement parler une lettre mais plutôt
un signe diacritique, un « coup de glotte ». Nous en verrons des
exemples ci-dessous.
Le mot signifie « beauté, magnificence, splendeur, brillance,
gloire ou lumière ». Shoghi Effendi a choisi “Gloire”.
Depuis le 8ème siècle dans le monde arabe, on a assigné une
valeur numérique aux lettres, qui s'appelle la numération Abjad
(voir annexe). Par exemple le mot Alláh vaut 66. Le mot Báb vaut
5. En bref, pour ce qui nous intéresse, retenons que la lettre Bá’
vaut 2, Há’ vaut 5 et Alif translittéré á vaut 1, et 2 dans le cas de
l'alif madda. Tel qu'il s'écrit en arabe ( ) بهآءvaut donc Bá’ + Há’
+ Alif madda + hamza, soit 2+5+2+0 =9. (le a et la hamza dans
Bahá n'ont pas de valeur ; le á se prononce de façon allongée
comme un â, mais dans la translittération, il n'a pas été fait de
distinction entre le alif simple et le alif madda, et tous les deux se
translittèrent 'á', ce qui peut prêter à confusion, et si l'on se trompe
on risque de calculer que Bahá vaut 8.
La valeur 9 a une très grande importance symbolique dans la Foi.
Elle représente non seulement le nombre minimum de membres
d'une Maison de Justice, mais est aussi « le symbole qui présage le
dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom
» (Kitáb-i-Aqdas, par. 29). Dans le texte arabe, le verset se réfère à
la lettre Ṭá’ (notez le point au-dessous du Ṭ dont la valeur Abjad
est neuf) et non au 'chiffre 9' qui en arabe se dit tis‘ah. Le verset
dit : (li annahu badi’a bi t-Ṭá’i). Il convient donc de
traduire le 1er verset du paragraphe 29 par : “...puisque son
commencement est la valeur 9...”
Lorsque Bahá’u’lláh se réfère à la ville ou la province de Téhéran,
Il écrit “Ô terre de Ṭá’”(avec point, valeur 9). Les Persans écrivent
cependant avec un Tá’ sans point, qui est une autre lettre, dont la
valeur Abjad est de 400. Il est donc important d'utiliser le طet
non le ت. Mais il est vrai que le طqui est une lettre emphatique
est difficile à prononcer.
Avant de passer à quelques exemples, il faut approfondir un peu
les caractéristiques de la hamza. Dans la table de translittération
bahá'íe, la hamza est représentée par une apostrophe qui en fait
ressemble à une virgule (Unicode U + 1FBD, ou Din 31635 ; il
n'existe pas de code ASCII). Mais pour simplifier, on utilise
parfois l'apostrophe habituelle. Suivi d'une voyelle courte (marque
de déclinaison) , il se translittère obligatoirement. Dans ce cas,
l'alif madda redevient un alif simple ! Comme par exemple :
Bahá’í ( í long : bahá'iy, pl. bahá’íyyún) que l'on n'écrit pas Baháí.
La prononciation est Bahâ-î et non bahaye.
J'ouvre une parenthèse sur le nom Alláh. Il résulte de l'apocope de
al (article défini neutre) et iláh (divinité), le i disparaissant, ce qui
donne (al ’láh). Le premier Alif est un Alif wasla ! Quand le mot
est lié à ce qui le précède, il est élidé et cette liaison est marquée
par une hamza, soit un ’ et donc on écrit Bahá’u’lláh (le u est la
marque du nominatif) et non Bahá’u-lláh. On omet également la
marque du génitif qui serait Bahá’u’lláhi (i court).
Certains mots sont considérés comme noms composés et
comportent donc un tiret : Yá Bahá’u’l-Abhá, Alláhu-Abhá (écrit
Alláh-u-Abhá, probablement pour que l'on comprenne que c'est
Alláh [Dieu] que l'on invoque ; sinon c'est comme si on écrivait
‘Abd-u’l-Bahá, Ḥuqúq-u’lláh,...). Parfois c'est un mélange de
graphie persane et arabe qui est utilisé : Kitáb-i-Aqdas, au lieu de
al Kitábu’l-Aqdas.
En ce qui concerne Yá Bahá’u’l-Abhá, Bahá est au nominatif (u)
car dans ce cas Abhá est considéré comme un substantif. S'il était
considéré comme adjectif au mode élatif, on écrirait Bahá’a.
Raison pour laquelle Shoghi Effendi a traduit “Ô Toi Gloire des
Gloires !” et non 'Ô Toi la Gloire la Plus Glorieuse'. Le pluriel
Gloires est un pluriel de révérence comme lorsque Bahá’u’lláh
écrit “Ne pensez pas que Nous vous avons révélé...”. Le nom
composé ‘Abdu’l-Bahá débute par un ‘ayn' ( )عmais dont la
prononciation est assez difficile et qu'en général on laisse tomber.
Le dh et th se prononcent comme le "th" anglais, dur ou léger.
Vous constaterez donc qu'en arabe, certaines lettres se prononcent
différemment, le s et le ṣ (avec point), le d et le ḍ (avec point), le t
et le ṭ, le h et le ḥ. Les lettres accompagnées d'un point sont dites
emphatiques et sont très difficiles à prononcer pour un nonarabophone. Laissez tomber. Seul le h doux et le ḥ fortement
expiré (comme pour éteindre une bougie) sont à notre portée.
Vous pourrez maintenant comprendre plus facilement comment
translittérer et prononcer un mot bien connu : Ḥuqúqu’lláh. H
fortement expiré, son “ou” court, le q est difficile, un deuxième
“ou” plus long, de nouveau q, un “ou” court (marque du
nominatif), la hamza qui marque un léger arrêt (comme quand on
prononce : je vais à ’ Amsterdam), un double l (les deux doivent
s'entendre), un a long et un h que l'on n'entend quasiment pas.
Avec l'habitude, vous saurez ainsi décoder et prononcer l'arabe
lorsqu'il est écrit en alphabet latin.
Bahá’u’lláh
‘Abdu’l-Bahá ‘Abbas
(les deux lettres qui indiquent son nom étant un 'ayn', ceci
explique pourquoi à la fin d'une prière de ‘Abdu’l-Bahá, les amis
persanophones prononcent 'ayn ... ayn')
*****************************
Translittération
Lettres Translittérat
Nom Valeur phonétique (API)
arabes ion
divers, y compris [aː] et
ا alif á, a
[æː]
ب bá b [b]
ت tá t [t]
ﺙ thá th [θ] (ar) ; [s] (fa)
ﺝ jím j [ddʒ]
ﺡ ḥá ḥ [ħ] (ar) ; [h] (fa)
ﺥ khá kh [χ] (ar) ; [x] (fa)
ﺩ dál d [d]
ﺫ dhál dh [ð] (ar) ; [z] (fa)
ﺭ rá r [r]
ﺯ záy z [z]
ﺱ sín s [s]
ﺵ shín sh [ʃ]
ﺹ ṣád ṣ [sˁ] (ar) ; [s] (fa)
ﺽ ḍád ḍ [dˁ] (ar) ; [z] (fa)
ﻁ ṭá ṭ [tˁ] (ar) ; [t] (fa)
ﻅ ẓá ẓ [ðˁ] (ar) ; [z] (fa)
ﻉ ‘ayn ‘ [ʕ] (ar) ; [ʔ] (fa)
ﻍ ghay gh [ʁ] (ar) ; [ɣ] (fa)
ﻑ fá f [f]
ﻕ qáf q [q] (ar) ; [ɢ], [ɣ] (fa)
ﻙ káf k [k]
ﻝ lám l [l]
ﻡ mím m [m]
ﻥ nún n [n]
ﻩ há h [h]
ﻭ wáw ú, v, w [uː], [w] (ar) ; [v] (fa)
ﻱ yá í, y [iː], [j]
ﭺ cha ch [tdʃ]
گ ga g [ɡ]
پ pa p [p]
ژ zha zh [ʒ]
Lettres Translittératio Valeur
Nom
arabes n phonétique
ء hamza ’ [ʔ] (ar)
آ alif madda á [ʔaː] (ar)
ة tá marbúṭa t, h [a], [at] (ar)
alif
ى á [aː] (ar)
maqṣúra
Numération Abjad
1 2 3 4 5 6 7 8 9
ا ب ج د ه و ز ح ط
ʾalif bāʾ ǧīm dāl hāʾ wāw zayn ḥāʾ ṭāʾ
Dizaines
Valeur 10 20 30 40 50 60 70 80 90
Lettre ي ك ل م ن س ع ص ف
Transcription yāʾ kāf lām mīm nūn sīn ʿayn fāʾ ṣād
Centaines
Valeur 100 200 300 400 500 600 700 800 900
Lettre ق ر ش ت ث خ ذ ظ ض
Transcription qāf rāʾ šīn tāʾ ṯāʾ ḫāʾ ḏāl ḍād ẓāʾ
Milliers
Valeur 1 000
Lettre غ
Transcription ġayn
Et pour terminer en beauté :
L'artiste de génie qu'était Mishkín-Qalam a réalisé une
calligraphie de
Yá Bahá’u’l-Abhá
qui en arabe s'écrit :
يا بهاء ال ابهی
(le یéquivaut à un ١)
Il a pris ياpour en faire
Ensuite بهاءpour en faire
Puis الpour en faire
Et finalement ابهیpour en faire
Si l'on superpose tout, on obtient :
Le symbole du PLUS GRAND NOM.
***************
Bibliographie
‘Abdu’l-Bahá :
➢ Selection of the Writings of ‘Abdu’l-Bahá, Bahá’í World
Centre, 1982
➢ ‘Abdu’l-Bahá in London, Bahá'í Publishing Trust, 1982
Ali Akbar Furutan : Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá (Dundas,
Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies,
1992)
Báb (Le) :
➢ le Bayán persan, traduction française de A.L.M. Nicolas,
1913
➢ Les sept Preuves, traduction française de A.L.M. Nicolas,
1902
➢ Selection of the Writings of the Báb, Bahá’í World Centre,
1976
Bahá’u’lláh :
➢ The Kitáb-i-Aqdas, Bahá’í World Centre, 1992
➢ Tablets of Bahá’u’lláh, Wilmette: Bahá'í Publishing Trust,
1988
➢ The Kitáb-i-Íqán, US Bahá’í Publishing Trust, 1989
➢ The Hidden Words, Wilmette, IL: Bahá'i Publishing Trust,
1985
Bible, Évangile selon saint Jean
Bushrui, Suheil : Le Style du Kitáb-i-Aqdas: Aspects du Sublime,
2018 (publié sur Amazon).
Grammaire de l'Arabe Littéral: Pour Francophones, Claude
CAMILLY (Amazon)
Qur'án, Sourate Al Moutaffifîn
Daoust, Pierre : La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de
l'Esthétique, 2018 (publié sur Amazon).
Einstein, Albert : Mein Weltbild, 1934
Research Department, Haifa
Shoghi Effendi :
➢ God Passes By, Bahá’í World Centre, 1944
➢ The World Order of Bahá’u’lláh, Wilmette, IL: Bahá'í
Publishing Trust, 1991
➢ The Advent of Divine Justice, Wilmette: Bahá'í Publishing
Trust, 1971
Maison Universelle de Justice :
➢ Selected Messages, Bahá'í Reference Library sur bahai.org
➢ Constitution of the Universal House of Justice, Bahá'í
World Center, 1972
Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum : The Guardian of the Bahá'í
Faith, (London: Baha'i Publishing Trust, 1988)
Taherzadeh, Adib : The Revelation of Bahá’u’lláh, Oxford:
George Ronald, 1983
Index lexical
Ablutions...........................................................................29, 41, 94
Pureté intérieure.......................................................................29
Absolution.....................................................................................29
Adultère..................................................................................21, 46
Aghsán..........................................................................................61
Alcool.....................................................................................56, 86
Alláhu-Abhá.......................................................................41 sv, 93
Répétition de............................................................................94
Alliance........................................................................23, 59 sv, 62
Anse Sûre.................................................................................63
Arche........................................................................................87
Mandat de Dieu........................................................................83
Récitez les versets..............................................................49, 62
‘Abdu'l-Bahá..............................................................................9
Âme.................................................................32, 43, 62, 68, 72, 76
Chasteté de l'âme......................................................................73
De toutes les Écritures.............................................................83
Laissez cette âme à elle-même.................................................99
Âmes.................................................................................................
S'élanceront vers le ciel............................................................98
Amour.........................................................................36, 38, 49, 70
Bienveillant envers les parents.................................................70
Arabe..................................................................9, 11, 55, 66, 80 sv
Arbre.................................................................................................
Feuilles d’un seul.....................................................................69
Art de la lecture............................................................................19
Autorité...........................................................10, 23, 61, 77, 88, 92
Autorité parentale.....................................................................19
Divine...............................................................10, 39, 61, 64, 77
Aveuglement.................................................................................88
Bahá..........................................................................................76 sv
Bahá et Bayán...............................................................................18
Beauté...........................................................................................84
Bigamie.........................................................................................21
Loi du Báb................................................................................21
Bonheur.............................................................................17, 34, 76
Bontés cachées..............................................................................97
Briseur d'Alliance...................................................................40, 55
Calice de salut...............................................................................93
Carmel...............................................................................24, 48, 83
Certitude...........................................................................30, 37, 60
Chasteté.........................................................................................46
Cité....................................................................................................
Parole de Dieu..........................................................................32
Civilisation........................................................................40, 81, 98
Cœurs..................................................................................8, 10, 87
Colère............................................................................................87
Compassion...................................................................................67
Confiance................................................................................58, 99
Connaissance....................................................................................
Absolue....................................................................................31
Connaissance...............................................14, 19, 27, 73 sv, 98
Essence.....................................................................................14
Intérieure..................................................................................31
Revendication..........................................................................31
Voile.........................................................................................31
Consultation......................................................................................
Prendre conseil.........................................................................24
Correction.....................................................................6, 25, 50, 57
Corruption.....................................................................................58
Courtoisie..........................................................................26, 57, 63
Crainte de Dieu................................................26, 42, 50, 59, 63 sv
Découragement.......................................................................62, 86
Décret................................................................................30, 36, 81
Déloyauté .....................................................................................58
Désirs......................................................................................44, 89
Dignité..............................................................................45, 50, 57
Dis...................................................11, 27, 29, 36 sv, 74, 77, 83, 95
Dispensations................................................................................11
Dispute..............................................................................46, 57, 90
Divorce.........................................................................................46
Dotations.................................................................................61, 91
Doute.....................................................8, 14, 27, 32, 34, 37, 52, 69
Droit de Dieu................................................................................89
Droiture...................................................................................63, 72
Acte intègre..............................................................................64
Eau................................................................................................85
Coupe d'eau..............................................................................76
De sa vie même........................................................................76
Eau de rose...............................................................................57
Eau propre................................................................................85
École.............................................................................................74
Économie......................................................................................91
Éducateur......................................................................................73
Éducateurs.........................................................................................
Dessein.....................................................................................35
Éducateur spirituel...................................................................19
Éducation....................................................................17, 26, 35, 72
Manque....................................................................................26
Égo........................................................................27, 44, 52, 68, 71
Votre propre moi......................................................................28
Éloquence...............................................................................42, 67
Enfants..............................................................................................
Héritage....................................................................................19
Équilibre.................................................................................25, 96
Équité............................................................................................68
Érudition.......................................................................................31
Esperanto......................................................................................81
Être....................................................................................................
Grand Être....................................................................26, 72, 79
Existence...................................................26, 30, 36, 54, 72, 81, 96
Fédération.....................................................................................13
Femmes.............................................................................................
Maison Universelle de Justice.....................................12, 22, 24
Protection.................................................................................20
Fille...............................................................................................19
Fils..........................................................................................19, 64
Fils ainé....................................................................................23
Fils aîné....................................................................................20
Principe héréditaire..................................................................23
Foi.....................................................................................................
Foi en Dieu...............................................................................99
Fragrance..........................................................................................
De son Bien-aimé.....................................................................80
Fruits.......................................................................................26, 58
Gardiennat..........................................................................23, 61 sv
Genèse.....................................................................................18, 53
Glaise............................................................................................77
Graal.............................................................................................93
Grâce.................................................................................................
Qu'aucune langue ne peut décrire............................................80
Héritage.............................................................................................
Enfants à naître........................................................................20
Fils aîné....................................................................................20
Homosexualité..............................................................................12
Humiliation...................................................................................95
Humilité........................................................................................27
Huqúqu’lláh......................................................................25, 45, 89
Hygiène.........................................................................................85
Idoles.............................................................................................88
Ignorance......................................................................................75
Impureté........................................................................................42
Insouciance...................................................................................52
Instruction...............................................................................19, 26
Interprétation................................................................24, 47, 61 sv
Interprète.......................................................................................61
Ishráq..............................................................................................8
Jeûne.......................................................................................43, 86
Joie................................................................................................34
Source......................................................................................34
Jour.........................................................................33, 62, 82 sv, 90
De la révélation........................................................................75
Juste Milieu...................................................................................69
Justice.................................................17, 23, 26, 61, 65, 68, 72, 97
Deux piliers..............................................................................65
Est apparue sur la terre.............................................................95
Mains de la...............................................................................97
Soyez les personnifications de la.............................................97
Langue..............................................................................................
De Mon pouvoir.......................................................................38
Langue universelle...................................................................81
Langues parlées........................................................................79
Liberté.....................................................................................29, 75
Liberté d'esprit.........................................................................73
Limites.............................................................16, 50, 57, 90, 92
Parfaite.....................................................................................50
Son symbole est l'animal..........................................................50
Livre.....................................7, 11 sv, 14, 32, 53, 70, 74, 86, 90, 97
Cité...........................................................................................32
Heures d'épreuve......................................................................68
Impression................................................................................55
Lampe de l'Éternel.......................................................14, 30, 74
Livre vivant........................................................................30, 76
Livres Saints du passé..............................................................73
Nouveau...................................................................................32
Plus-Saint-Livre.......................................................................10
Preuve........................................................................................8
Révélation................................................................................11
Sainte Tablette......................................................................7, 89
Son Sentier droit................................................................30, 74
Tablette lucide..........................................................................74
Témoignage le plus puissant......................................................8
Lois...........................................................................................7, 60
Soumises à Notre sanction.......................................................39
Loyauté.............................................................................26, 58, 63
Lumière.................................................................................43, 104
Luxure ....................................................................................52, 89
Maison de Justice...................................19 sv, 24 sv, 49, 61, 94, 97
Maison Universelle de Justice..12, 15, 20, 23 sv, 40, 47, 56, 61, 84
Les hommes de la Maison de Justice.......................................97
Majesté..........................................................................................84
Malin.............................................................................................28
Manifestation....................................................................................
Connaissance de Dieu..............................................................35
Prochaine............................................................................23, 48
Manifestation divine..................12, 22 sv, 27, 29, 37, 48 sv, 69, 76
Mariage...................................................................................17, 45
Mashriqu'l-Adhkár..................................................................26, 94
Matérialisme.....................................................................17, 30, 44
Médecine.......................................................................................84
Médecins compétents....................................................................84
Médisance...............................................................................71, 86
Mélodieux...................................................................10, 20, 62, 66
Mendicité......................................................................................26
Mendiants.................................................................................91
Menteur.........................................................................................68
Meurtre.........................................................................................90
Moi....................................................................................51, 69, 73
Critères fixés par leur propre moi............................................52
Il n'y a pas d'autre Dieu......................................................36, 77
Incitations du............................................................................65
Incitations du moi....................................................................52
Moi insistant.......................................................................15, 27
Ne suis pas les incitations........................................................89
Mois..................................................................................................
Mois de Bahá...........................................................................84
Mois de Bahá....................................................................................
Premier jour.......................................................................34, 84
Mot....................................................................................................
Émanation................................................................................26
Est doté d'un esprit...................................................................79
Mot...........................................................................10, 70 sv, 80
Un nouveau pouvoir.................................................................80
Mots..................................................................................................
Compréhension..................................................................66, 73
Douceur....................................................................................60
Océan.................................................................................71, 75
Musique....................................................................................56 sv
Mystère.........................................................................................82
Naw-Rúz.................................................................................44, 84
Source de tous les mois............................................................84
Nécessiteux.............................................................................16, 44
Négligent.......................................................................................65
Neuf........................................................17, 21, 36, 44, 56, 77, 105
Noblesse............................................................................27, 35, 45
Nom..................................................18, 30 sv, 34, 51 sv, 77, 84, 88
Océan................................................................................75, 80, 82
De Ma présence........................................................................60
De Mes mots............................................................................71
Gouttes d’un seul océan...........................................................70
Opium...........................................................................................86
Ordre.........................................................................................8, 49
Ordre mondial..........................................................................25
Ordre Mondial......................................................................8, 33
Ordre Mondial.............................................................................96
Ordre administratif.............................................................24 sv, 90
Oulémas........................................................................................75
Paix...................................................................................................
Plus Grande Paix......................................................................78
Pardon...............................................................................18, 67, 69
Parents.....................................................................................19, 70
Parlements.....................................................................................80
Parole......................................................................................70, 82
Patriarcat.......................................................................................22
Perles.....................................................................14, 71, 74, 80, 82
Persan..............................................................................................9
Peuple de Bahá.......................................................................24, 87
Piété..............................................................................26, 58 sv, 65
Plume............................................................................8, 34, 70, 80
Chaires.....................................................................................51
Du Plus Élevé...............................................................39, 83, 90
Traces de cette Plume...............................................................66
Voix véhémente........................................................................51
Poésie................................................................................12, 61, 66
Politique...................................................................................87 sv
Polygamie...............................................................................21, 48
Préceptes.................................................................................11, 39
Preuve...........................................................................................88
Prière obligatoire..............................................................................
Signification des mouvements.................................................68
Prison............................................................................10, 31, 53 sv
Promesse...........................................................................33, 48, 83
Punition.........................................................................................65
Pureté................................................................................................
Pureté du cœur.........................................................................73
Qur'án..............................................................................................9
Raffinement..............................................................................56 sv
Rang................................................................23, 26, 35, 50, 63, 72
Récompense..................................................................................65
Reconnaissance...........................................................12, 29, 70, 73
Régénération.................................................................................80
Répudiation...................................................................................48
Révélation.............................................................27, 32, 37, 82, 90
Riḍván...........................................................................................31
Premier jour.............................................................................84
Rois.........................................................................................51, 87
Roi des Rois.............................................................................87
Royaume de Bahá’u’lláh..............................................................90
Sagesse...............................................................8, 14, 71, 73 sv, 80
Verge de la sagesse...................................................................64
Savoir................................................................................73, 75, 77
Objet de tout savoir..................................................................29
Sceau............................................................................13 sv, 48, 72
Secrets.....................................................................................71, 80
Sécurité.........................................................................................49
Sincérité..................................................................................26, 58
Sois...................................................................................................
Kun...........................................................................................81
Sois ........................................................................................31, 36
Source.....................................................................................26, 92
De cette parole.........................................................................59
De la joie de toute l'humanité...................................................88
De la Révélation............................................................24, 50 sv
De perversion...........................................................................88
De son éducation......................................................................72
Si vous pouviez découvrir........................................................82
Terre de Ṭá...............................................................................88
Style..............................................................................................65
Symbole........................................................................................77
Talisman..................................................................................26, 72
Témoignage..................................................................................88
Terre de Ṭá....................................................................................88
Testament..................................................................9, 23, 61 sv, 69
De Bahá’u’lláh.........................................................................61
Théologiens........................................................................51 sv, 88
Torpeur..............................................................................................
Peuples du monde....................................................................88
Transformation de l'individu.........................................................67
Translittération............................................................................108
Transmutation...............................................................................93
Tricheur.........................................................................................68
Unité complète et durable.............................................................92
Vassaux.............................................................................27, 51, 87
Véracité........................................................................26, 58 sv, 63
Verbe.................................................................................36, 61, 81
Vérité............................................................................8, 29, 35, 37
Certaine....................................................................................60
Pouvoir établir la vérité des lois...............................................59
Revendication de la..................................................................60
Vérité salutaire.........................................................................84
Versets...................................................................27, 43, 49, 62, 75
Définition.................................................................................62
Lire ne fût-ce qu'un..................................................................27
Lisez les versets.......................................................................86
Nombre dans l'Aqdas.................................................................8
Nombre de versets révélés.........................................................9
Quiconque néglige de les réciter.............................................62
Vie.................................................................................................65
Arbre de la vie..........................................................................26
Origine biologique...................................................................87
Origine spirituelle....................................................................36
Souffle de vie...........................................................................84
Vie éternelle.............................................................................52
Vie nouvelle.............................................................................80
Vilenie.....................................................................................52, 89
Vin Mystique................................................................................52
Vision......................................................................................28, 52
Qui peut rivaliser avec Moi......................................................51
Tablette de la Vierge.................................................................32
Voile......................................................................32, 51, 70, 75, 82
Entre Moi et Mes créatures......................................................88
Symbolisme..............................................................................31
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