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French — Tablette du Rossignol du paradis pour Ahmad.txt
Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Bahá'u'lláh, Tablette du Rossignol du paradis pour Ahmad, bahai-library.com.
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Bahá’u’lláh
Tablette du Rossignol
du paradis(1)
pour ‘Aḥmad


suivie d’une courte biographie de ‘Aḥmad
et de notes de traduction

Traduction personnelle
Pierre Spierckel.
27 juillet 2024 - 16 kalimát (parole) 181

Il est le Roi, l’Omniscient, le Sage !
Entendez le Rossignol du paradis chanter de saintes et douces
mélodies sur une branche de l’Arbre de l’éternité ! Il proclame aux
âmes sincères la bonne nouvelle de la proximité de Dieu, convoque les
croyants en l’unité divine à la cour du Généreux, annonce à ceux qui
nous sont opposés le message révélé par Dieu – le Roi, le Glorieux,
l’Incomparable – et guide les adorateurs vers le séjour de la sainteté et
vers cette resplendissante Beauté.
Annoncée dans les livres des Messagers, voici la Beauté suprême,

venue distinguer la vérité de l’erreur et juger de la sagesse de tout

ordre ; elle est l’Arbre de vie qui porte les fruits de Dieu, l’Éminent,
le Puissant, le Glorifié.
Témoigne ‘Ahmad : en vérité il est Dieu, il n’est pas d’autre Dieu

que lui, le Roi, le Protecteur, l’Incomparable, l’Omnipotent et celui

qu’il envoya sous le nom de ‘Alí est l’Envoyé véritable de Dieu, aux

commandements de qui nous nous conformons tous.
Dis : Obéissez aux ordonnances divines que, dans Le Bayán, vous

prescrit le Glorieux, le Sage. Il est assurément le roi des Messagers et
son Livre est le Livre mère, vous devriez le savoir.

Ainsi, de cette prison, le Rossignol lance vers vous son appel. Il lui

appartient uniquement de proclamer ce clair message. Que celui qui le
désire rejette ce conseil ou choisisse la voie de son Seigneur.
Si vous reniez ces versets, sur quelle preuve fondez-vous votre foi
en Dieu ? Produisez-la, assemblée de fourbes ! Mais non, par Celui qui
tient mon âme en sa main, ils ne le peuvent et ne le pourront jamais,
devraient-ils s’unir et s’entraider.
‘Ahmad, n’oublie pas mes bienfaits en mon absence. Souviens-toi
de mes jours durant tes jours, de ma détresse et de mon bannissement
dans cette prison éloignée . Demeure si ferme en ton amour que ton
cœur ne vacille pas, dussent l’épée de l’ennemi faire pleuvoir ses coups
sur toi ou le ciel et la terre se soulever contre toi. Sois pour mes
ennemis un flambeau qui éclaire, pour mes bien-aimés un euve de
vie éternelle, ne sois pas de ceux qui doutent et si la douleur te frappe
en mon sentier ou si tu es humilié pour l’amour de moi, n’en sois pas
troublé.
Ne compte que sur Dieu, ton Dieu et le Seigneur de tes pères,
car les hommes s’égarent dans les voies de l’illusion, incapables de voir
Dieu de leurs propres yeux ou d’entendre sa mélodie de leurs propres

oreilles et leurs superstitions, voiles entre eux et leur propre cœur, les
tiennent éloignés de la voie de Dieu, le Glorifié, le Grand. Ainsi les
avons-nous trouvés, comme tu peux en témoigner.

fl
Au fond de toi, sois certain que celui qui se détourne de cette

Beauté se détourne aussi des Messagers du passé et fait preuve
d’orgueil envers Dieu de toute éternité en toute éternité.
‘Ahmad, grave en ton cœur cette Tablette et ne te prive pas de la
chanter durant tes jours. En vérité Dieu réserve à celui qui l’entonne la
récompense de cent martyrs et le privilège de servir dans les deux
mondes. Clément et généreux, nous t’accordons ces faveurs a n que tu
sois de ceux qui sont reconnaissants.
Par Dieu ! De celui qui, triste ou malheureux, lit cette épître en
toute sincérité , Dieu dissipera la tristesse, résoudra les difficultés et
soulagera les afflictions !
En vérité, il est le Miséricordieux, le Compatissant.
fi

Louange à Dieu,

Seigneur de tous les mondes !


Le dernier paragraphe de cette Tablette n’a pas été traduit par Shoghi Effendi.
Le professeur Todd Lawson en donne une traduction anglaise dans son chapitre
« Seeing Double : The Covenant and the Tablet of ‘Aḥmad », extrait de The Bahá’í
Faith and the World’s Religions, paragraphe traduit ci-dessous :
« Ainsi, rappelle-nous au souvenir de ceux qui habitent la Cité de Dieu
– le Roi, le Puissant, le Sublime – et qui ont foi en Dieu et en Celui que
Dieu fera se lever au jour de la Résurrection. En vérité, ils voyagent sur
la voie de la vérité et de la réalité divines. »



La vie de ‘Aḥmad
Pierre Spierckel

Alanguie au milieu des déserts brûlants, Yazd est la deuxième plus
vieille ville du monde, connue aussi pour ses vestiges zoroastriens et
ses badguir surplombant les maisons, tours attrappe-vent fendues
verticalement pour rafraîchir les intérieurs et que les architectes
d’aujourd’hui redécouvrent.
‘Ahmad est né ici, dans une famille riche et influente. Ses parents,
musulmans orthodoxes, c’est-à-dire traditionalistes, s’inquiétèrent de le
voir très jeune attiré par les aspects mystiques de la religion. Il priait
trop à leur goût, passant des journées entières, seul, à communier avec
Dieu, disait-il. Leur inquiétude augmenta quand ils apprirent qu’il
voulait partir à la recherche du Qa’im (kahèmme) [1] promis, ce que
prétendaient faire de nombreux derviches plus ou moins ascétiques :
Le Qa’im doit revenir pour purifier l’islam, le temps est venu, tous
les signes concordent, et ‘Aḥmad ne veut pas être le dernier à le
reconnaître... Imaginez les riches parents de François d’Assise,
apprenant que leur fils part à la recherche du Christ... C’était aux
alentours de l’an 1826 des chrétiens.

Un matin, baluchon sur l’épaule : « je vais aux bains » dit-il... Et il
disparut.
C’est à Bombay, en Inde, qu’il s’arrêta. Il y rencontra nombre de
soufis, de derviches, de fakirs qui tous avaient la connaissance,
affirmaient-ils. Ils lui firent faire tant et tant de prières, de gestes
impératifs, de répétitions monotones, qu’il s’en fatigua ayant le
sentiment de n’avoir pas progressé d’un pouce dans sa recherche.
Même se prosterner douze mille fois en répétant un verset coranique
précis n’avait rien donné… Découragé, déprimé, démoralisé, ‘Aḥmad
revint en Perse, dans la ville de Kachan où il s’installa comme tisserand
et se maria.
Un jour, de Chiraz arriva la nouvelle de la déclaration du Báb.
Toujours en recherche, malgré la discrétion prudente dont faisaient
preuve les bábís face à l’hostilité grandissante du clergé en place,
‘Ahmád obtint le nom d’un homme « qui pourra vous aider dans vos
recherches. Il habite Machhad ».
En passant par Téhéran, la distance Kachan-Machhad est de 982
km que ‘Aḥmad fit à pied. Pour nous, bahá’ís d’aujourd’hui vivant dans
des pays libres où nous pouvons parler de notre foi à tous ceux qui s’y
intéressent, il est difficile d’imaginer la difficulté et le danger de faire la
même chose dans la Perse de ce temps.
‘Ahmad mit deux mois à récupérer de son voyage. Puis un jour, il
se sentit assez fort pour chercher l’homme qui pourrait le renseigner.
C’était un mollah qui, dès que ‘Aḥmad ouvrit la bouche, se mit en
colère et le jeta dehors. Le lendemain, ‘Aḥmad revint et, les larmes aux
yeux, le supplia de ne pas l’ignorer. Convaincu de sa sincérité, le mollah
qui s’appelait Abdu’l-Khaliq (Abdol-Ralèk) lui donna rendez-vous, la
nuit, dans une mosquée où il promit de le mettre en relation avec
quelqu’un qui pourrait lui dire toute la vérité.
Ce soir-là, la foule trop nombreuse présente dans la mosquée les
sépara et ce n’est que le lendemain soir, dans une autre mosquée, qu’il
fut conduit jusqu’à « un vénérable personnage » qui s’avéra être un
éminent disciple du Báb puis de Bahá’u’lláh : Mulla Sadiq-i-Khursani
(molla sader-é-Rorsané).
Très vite convaincu de la vérité du message du Báb, ‘Ahmad retourna à
Kachan retrouver son épouse et sa famille avec le conseil d’être
prudent et de ne parler du Báb qu’à des gens sûrs.
‘Ahmad rencontra deux fois le Báb et, chaque fois, fut frappé, dit-il,
par sa majesté, sa dignité et sa beauté. Il supporta la vindicte et
l’agressivité de la populace qui, manipulée par les mollahs craignant
pour leur pouvoir, attaquaient fréquemment les bábís. Après le martyre
du Báb il se rendit à Bagdad où il rencontra Bahá’u’lláh et vécut dans
un appartement mitoyen de la maison de la Beauté-bénie. Il témoigna :
« Tandis que je profitais de la présence lumineuse de Bahá’u’lláh, un
décret du sultan nous fut communiqué.
« Trente et un jours après le naw-ruz la Beauté-bénie se rendit
au jardin de Najib Pasha (nadjeb pacha). Puis le fleuve sortit de son
lit et l e s a u t o r i t é s d u r e n t o u v r i r l e s é c l u s e s p o u r
r e m é d i e r à l a situation.
« Le neuvième jour, l'inondation diminua et la famille de
Bahá’u’lláh quitta la maison de Bagdad pour se rendre au jardin.
Immédiatement après cette traversée, le euve se mit à déborder de
nouveau et les vannes des écluses durent être rouvertes. Le douzième
jour, Bahá’u’lláh partit pour Constantinople. Quelques-uns des
croyants l'accompagnaient et d’autres, dont son serviteur [Aḥmad],
durent rester à Bagdad. Au moment de son départ, nous étions tous
réunis dans le jardin. Ceux qui devaient rester attendaient en rang. Sa
Personne bénie se dirigea vers nous pour nous offrir quelques mots de
réconfort. »
‘Ahmad resta à Bagdad où il servit la Foi assidûment mais son désir
de se rapprocher de la Beauté-bénie le poussa un jour à partir vers
Édirne où il pensait que Bahá’u’lláh résidait encore. En arrivant à
Constantinople il reçut la Tablette qui l’a rendu célèbre. En la lisant, il
comprit ce qu’on attendait de lui, abandonna son désir d’être en
présence de Bahá’u’lláh et retourna en Perse avec comme objectif
d’enseigner le message de son Seigneur à la communauté bábíe. Il
mourut, plus que centenaire, en .

[ ]Les prononciations entre parenthèses ne sont qu’indicatives.

Notes du traducteur
Bahá’u’lláh adaptait ses écrits à ses destinataires, écrivant en pur
persan à un zoroastrien, par exemple, ce qui m’a encouragé à tenter de
rendre cette célèbre Tablette en français, respectant le sens du texte
anglais traduit par Shoghi Effendi, mais cherchant à le rendre dans un
style plus proche de notre langue.
On pourra regretter l’absence de « parfum oriental » que ces lignes
devraient contenir, l’original étant en arabe, mais j’ai le sentiment
qu’aussi importante que soit l’origine persane de Bahá’u’lláh, il est
avant tout la « Manifestation de Dieu » universelle qui accomplit, pour
chaque culture, les promesses que ses traditions contiennent.
Toute traduction (solitaire ou en comité) est respectable ; toute
traduction est particulière en ce sens qu’elle reflète le point de vue, le
goût, l’expérience et les choix du ou des traducteurs. Les nombreux
mois consacrés à ce projet m’ont surtout fait ressentir, devant la
richesse de ce texte révélé, la modestie de mes efforts.
Les lecteurs intéressés trouveront dans les lignes qui suivent les
raisons de certains de mes choix, par rapport à la version officielle de la
Commission de traduction :

1. Tablette du Rossignol du paradis. : c’est ainsi que ‘Aḥmad appelait cette
Tablette.
. « Lo ! » qui commence le paragraphe exprime en anglais la surprise
ou l’émerveillement (cf. Merriam-Webster Dictionary). À « écouter » j’ai
préféré « entendre » avec son double sens de « comprendre ». Par
ailleurs, le texte oscille entre l’interpellation personnelle de ‘Aḥmad et
l’appel aux bábís représentants l’humanité. Il me semble que ce
paragraphe s’adresse à nous tous.
3. Traduire « the tree of eternity » par « l’arbre de l’éternité » implique à

mon sens que cet arbre procure cette éternité, comme l’Arbre de vie,
biblique, confère la vie. Or il me semble qu’ici c’est plutôt une allusion
à cet arbre éternel, la religion divine, qui a plusieurs branches et le
Rossignol chante sur une de ces branches, la nouvelle Révélation.
4. Dans la traduction officielle, « ceux qui sont détachés » ne transmet
pas l’idée qu’il s’agit ici des bábís qui ne reconnaissent pas Bahá’u’lláh
comme Celui- que-Dieu-doit-manifester qu’ils attendent. D’où : « ceux qui
nous sont opposés ».
5. « Séjour » traduit ici « seat » qui a aussi le sens de « lieu » comme
dans le « siège du Vatican ».
6. la sagesse de « tout ordre », cf. le Coran, 44 : 4.
7. J’ai choisi de supprimer les nombreux « ô » du texte. Leur répétition
produit à mes oreilles un ton plaintif, presque geignard, très éloigné du
ton emphatique et noble qu’elle a en anglais et probablement aussi en
arabe.
8. ‘Alí : Il s’agit ici de Seyyed ‘Ali Muḥammad, le Báb.
9. Je ne traduis pas : « ô people ». Ce texte s’adresse à ‘Aḥmad et aux
bábís assez clairement pour que la précision me semble inutile à la
compréhension, d’autant que, comme c’est souvent le cas, « peuple » en
français n’a pas tout à fait le même champ lexical que « people » en
anglais.
10. « Flambeau ». L’anglais « flame of fire », redondant en français, n’est
pas clair dans le contexte de l’histoire religieuse française (cf. les
bûchers de l’Inquisition) et mérite une note s’il est traduit littéra-
lement.
11. Une « prison lointaine » se comprend comme étant loin de moi. Une
« prison éloignée » est celle où je suis.
12. « absolute sincerity » de l’anglais ne peut se traduire par sincérité
absolue, cet adjectif ne pouvant s’appliquer à un être humain. C’est
pourquoi je préfère « toute sincérité ».



« La traduction est un art très diff icile, un art dans lequel la
perfection est inaccessible. Quelle que soit la qualité d'une
traduction, il y aura toujours des personnes qui l'auraient préférée
autrement, car le goût, qui est indéfinissable, joue un grand rôle dans
ces jugements. »
Extrait d'une lettre du 20 septembre 1982, écrite au
nom de la Maison universelle de justice à un croyant.


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