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Source : www.bahai-biblio.org
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Une preuve de l'existence scientifique de Dieu
William S. Hatcher
Table des matières
Introduction
1. La nature de la preuve scientifique
2. Réalité visible et invisible
3. Les phénomènes aléatoires et non aléatoires en science
4. Dieu existe
5. La nature de Dieu
Notes
Introduction
"Si tu recherches le véritable savoir et la connaissance de Dieu... efforce-toi d'utiliser des arguments rationnels et convaincants. De tels arguments guident vers le chemin et orientent le coeur vers le Soleil de vérité. Lorsque le coeur se tourne vers le Soleil, les yeux s'ouvrent et reconnaissent le Soleil par le Soleil lui-même. S'il atteint cette condition, l'homme n'a plus besoin d'arguments ni de preuves, car le Soleil est totalement indépendant. L'indépendance absolue ignore tout besoin et les preuves sont des moyens dont l'indépendance absolue se passe complètement." (1)
Le conseil donne par 'Abdu'l-Bahá a celui qui recherche Dieu semble contenir au moins deux éléments: d'abord, que les arguments rationnels sont des points de départ utiles et nécessaires pour approcher Dieu; ensuite, que pour acquérir une connaissance plus profonde et plus juste de Dieu, il convient de dépasser ce type d'arguments, puisque cette connaissance va essentiellement au-delà du rationnel.
Il est intéressant de relever que, selon 'Abdu'l-Bahá, l'étude des arguments rationnels a pour résultat de tourner le coeur vers Dieu. Comme si donner des preuves logiques de l'existence de Dieu n'était pas une fin en soi, mais plutôt un moyen de se familiariser plus profondément avec la présence divine. Or, tous les grands philosophes et toutes les traditions religieuses ont présenté des preuves de l'existence de Dieu, et 'Abdu'l-Bahá lui-même en fournit de nombreuses dans ses écrits. Celles-ci sont pour la plupart des variantes aux arguments philosophiques classiques, à commencer par celui bien connu d'Aristote concernant l'existence d'un moteur premier.
Toutefois, dans l'épître qu'il adresse en 1921 au scientifique suisse Auguste Forel, 'Abdu'1-Baha offre une preuve résolument moderne de l'existence de Dieu, fondée sur certains faits et principes lies au phénomène de l'évolution biologique (2). Il fait valoir qu'a l'origine de la composition (et de la décomposition) des êtres vivants, il doit y avoir une force non observable, objectivement existante et volontaire (autrement dit une force consciente, extérieure au processus même de l'évolution). Cette force étant à l'origine de l'humanité, elle doit être supérieure aux êtres humains et est, par conséquent, un Être doté de capacités surhumaines (3).
'Abdu'l-Bahá a probablement été le premier à développer ce dernier argument. Celui-ci n'aurait certainement pas pu être présenté sous cette forme bien avant le début du XXe siècle pour la simple raison que la théorie scientifique de l'évolution sur laquelle il repose n'a été développée qu'au XIXe siècle. Qui plus est, la plupart des scientifiques qui acceptèrent la théorie de l'évolution étaient des philosophes matérialistes pour qui cette théorie, loin de prouver l'existence de Dieu, rendait la question de Dieu non pertinente. Bien que des arguments semblables à ceux d' 'Abdu'l-Baha aient été avancés dans la littérature plus récente dans le domaine de la philosophie des sciences (4), je n'en ai pas encore trouvé qui soit plus ancien, voire contemporain, de l'épître d' 'Abdu'1-Baha à Auguste Forel (5).
L'argument fondé sur l'évolution n'est pas la seule preuve de l'existence de Dieu produite dans l'épître à Auguste Forel. Toutefois, ce type d'argument est unique de par son utilisation d'idées scientifiques sophistiquées, et sa force risque être sous-estimée par celui qui ne connaît pas certains principes fondamentaux de la thermodynamique (6). Aussi, plutôt que d'adopter une approche historico-critique de la preuve d' 'Abdu'l-Baha, nous nous proposons de présenter ici une formulation parfaitement moderne de cet argument, en utilisant des termes scientifiques qui n'étaient pas nécessairement usuels au moment ou 'Abdu'l-Bahá a écrit ce texte. En adoptant cette approche, nous espérons appréhender la pleine mesure de l'argument d' 'Abdu'l-Baha. Par conséquent, le reste de cette étude sera consacré à reformuler soigneusement et de manière détaillée la preuve d' 'Abdu'l-Baha dans un langage scientifique contemporain.
[Traduit de "A Scientific Proof of the Existence of God" - Association d'Etudes Bahá'ies - ISBN: 2-940067-07-4. Cet article a été publié à l'origine en russe sous le titre "Nauchnoe Dokazastelstvo Soushchestvovaniya Boga" (Kiev: Phoenix Press, 1992). La version anglaise actuelle et sa traduction française intègrent certaines corrections et adjonctions suggérées par divers lecteurs anonymes de The Journal of Baha'i Studies a qui l'auteur exprime ses sincères remerciements.]
1. La nature de la preuve scientifique
Notre preuve se voulant scientifique, il nous faut commencer par une brève discussion sur la nature de la science et celle de la preuve en science. Cette discussion est d'autant plus nécessaire que des idées fausses sur la nature de la preuve scientifique sont communément répandues.
La science présente deux aspects fondamentaux. L'un tient à sa dimension concrète ou observable: nous accumulons des observations d'un certain phénomène et les enregistrons sous forme d'énoncés d'observations. Ce registre constitue alors, pour nous, un ensemble de vérités ou de faits observes sur le phénomène en question.
Le second aspect de la science tient à sa dimension abstraite ou théorique. Après avoir accumulé un certain nombre d'énoncés d'observations à propos d'un phénomène, nous cherchons à expliquer ces observations. Nous essayons de comprendre comment les divers faits relatifs au phénomène sont liés entre eux. En d'autres termes, comment et pourquoi le phénomène se produit et comment il fonctionne. Cette quête nous conduit à formuler une hypothèse (ou si vous préférez une théorie) qui représente la façon dont nous concevons mentalement la dynamique qui sous-tend le phénomène. Ce type de théorie est habituellement exprimée dans un langage abstrait, autrement dit qui emploie des termes se référant à des entités ou à des forces non observables (par exemple des entités telles que les électrons ou des forces telles que la force nucléaire forte). Les énoncés d'observations sont au contraire exprimés en termes concrets, c'est-à-dire à l'aide de mots qui se réfèrent à des entités ou à des configurations observables.
Pour vérifier la justesse des énoncés d'observations, des observations et des mesures supplémentaires, toujours plus exigeantes, s'imposent. Toutefois, les limitations naturelles, intrinsèques à l'appareil sensoriel et au système nerveux humains, ne permettent jamais d'éliminer complètement les risques d'erreurs dans les observations d'un phénomène donné, aussi soigneux et exigeants que nous soyons. Cette remarque vaut particulièrement pour les phénomènes extrêmement petits (voire microscopiques) ou fort lointain (par exemple, les étoiles lointaines), mais elle reste aussi valable de façon générale, même pour des phénomènes quotidiens, normalement accessibles. Aussi le degré de vérité des faits (énoncés d'observations) est-il toujours relatif. La croyance largement répandue selon laquelle les faits de la science sont absolus et irréfutables est par conséquent fausse.
Tester la vérité des énoncés théoriques de la science est une démarche encore plus compliquée. Nous commençons par déduire de la théorie de nouveaux énoncés d'observations par voie de conséquence logique. Puis, nous vérifions ces énoncés par la méthode habituelle. Autrement dit, si, selon notre théorie, tel phénomène doit se produire, nous vérifions qu'il se produit effectivement. Si notre théorie affirme que la neige est blanche, nous nous assurons qu'elle est effectivement blanche. Les nouveaux énoncés d'observations obtenus par déduction de la théorie sont appelés des prédictions de la théorie, et si notre expérience les confirme, alors la théorie est considérée comme valable, ce qui signifie qu'elle a été "validée ou confirmée par l'observation".
Par conséquent, le degré de vérité d'un énoncé théorique de la science est également relatif, car, à supposer que toutes les prédictions courantes d'une théorie aient été confirmées par l'observation, rien ne permet d'exclure la possibilité qu'a l'avenir, de nouvelles prédictions se révèlent erronées. Il est également possible qu'ultérieurement de nouvelles expérimentations viennent réfuter des prédictions admises qui semblaient justifiées au vu des expériences du moment.
Quant au degré de vérité des théories, nous nous trouvons donc dans une situation paradoxale, voire plutôt comique. Il est possible de prouver de manière presque absolue qu'une théorie est fausse: en effet si ses prédictions contredisent de manière flagrante des observations éminemment authentifiées, elle ne peut pas être juste. Il faudra alors l'abandonner ou la modifier d'une façon ou d'une autre. Mais quel que soit le nombre des prédictions confirmées par l'observation, il est toujours possible que cette théorie soit ultérieurement réfutée, soit à partir de nouvelles prédictions venant contredire les expériences connues, soit à partir de nouvelles observations venant contredire des prédictions connues.
Vers le début de ce siècle, on pensait qu'il était possible d'établir les règles d'une logique prétendument inductive qui nous donnerait les moyens de passer d'un ensemble de cas particuliers à une conclusion générale avec le même degré de précision que la logique déductive nous permet de passer de principes généraux à des conclusions particulières. On sait désormais que cela n'est guère possible, même en principe. Selon un théorème de logique mathématique, il existe, en général, un nombre infini de théories mutuellement incompatibles, toutes compatibles avec un ensemble fini de faits donnés. Compte tenu de la finitude des êtres humains, il ne pourra jamais exister qu'un ensemble fini de faits concernant un phénomène donné. Il en résulte qu'aucun ensemble d'énoncés d'observations ne pourra déterminer une théorie unique pour expliquer le phénomène. Pour reprendre les termes d'un logicien, "la théorie est sous-determinée par le fait" (7).
Aussi l'action de rassembler des faits et celle d'énoncer une théorie sont-elles en quelque sorte mutuellement indépendantes. Alors que rassembler des faits relève d'une démarche lente et progressive, établir une théorie résulte d'un bond créateur et discontinu de l'imagination. Pour rassembler des faits, il nous faut chercher à savoir comment les choses sont. Pour concevoir une théorie, il nous faut essayer d'imaginer comment les choses pourraient être.
Il s'ensuit incontestablement qu'aucune vérité scientifique ne saurait être considérée comme ayant été prouvé de manière absolue. La notion de preuve absolue est tout simplement étrangère à la science. La croyance largement répandue est erronée, selon laquelle la caractéristique essentielle de la vérité scientifique est son caractère absolu et exact (soi-disant en opposition avec la relativité et l'imprécision de la vérité philosophique et religieuse). Si certains déplorent cette relativité de la vérité scientifique, elle présente un aspect nettement positif en ce sens qu'elle fait de la recherche de la vérité en science une entreprise dynamique et progressive plutôt que statique et stérile. De plus, l'efficacité de la méthode scientifique a été puissamment confirmée par sa capacité à engendrer un nombre croissant de théories hautement validées résultant de l'application systématique de cette méthode durant les siècles derniers.
En somme, on peut dire d'une proposition qu'elle est scientifiquement prouvée des lors qu'elle a été rendue considérablement plus plausible (ce qui signifie probablement vraie) que toute autre option connue et logiquement possible. Aussi, parler d'une preuve scientifique de l'existence de Dieu revient-il à affirmer que nous pouvons rendre la proposition selon laquelle Dieu existe considérablement plus plausible que n'importe quelle autre alternative connue (en particulier celle qui affirme que Dieu n'existe pas). En d'autres termes, nous pouvons savoir que Dieu existe avec le même degré de certitude que nous savons que la force nucléaire forte ou que les électrons existent. Ces questions méthodologiques ayant été considérées, passons maintenant à la preuve en soi.
2. Réalité visible et invisible
Etablissons en premier lieu le principe de l'existence objective d'un monde invisible, c'est-à-dire d'une portion de réalité extérieure à la subjectivité humaine mais inaccessible à l'observation humaine. En d'autres termes, le fait qu'il est des forces et des entités impossibles à observer directement mais qui existent objectivement, c'est-à-dire indépendamment de toute perception humaine.
Commençons par un exemple très simple. Supposons que nous lâchions un petit objet, par exemple un crayon, que nous tenons entre le pouce et l'index. En l'observant s'écraser au sol, nous disons que la force de gravitation a provoqué sa chute. Reprenons l'expérience. Peut-on réellement voir une force quelconque agir sur le crayon et le pousser ou le tirer vers le bas? Non, à l'évidence. En aucun cas la force de gravitation ne peut être observée. Mais, pour expliquer ce mouvement descendant, qui serait autrement inexplicable, nous déduisons l'existence de quelque force invisible (appelée gravitation) qui agit sur les objets libres.
Maintenant, regardons à nouveau avec plus d'attention la configuration initiale du crayon et posons-nous la question suivante: au moment ou l'on lâche le crayon, quelles sont les directions logiquement possibles qu'il pourrait prendre, et ce, strictement à partir de ce que nous pouvons observer dans la configuration? La réponse est naturellement que toute direction est logiquement possible. De ce que nous pouvons observer physiquement, rien n'empêche le crayon d'aller dans une quelconque direction; de ce que nous pouvons observer, rien ne semble favoriser une direction plutôt qu'une autre. Et pourtant, ce que nous observons en fait, c'est qu'une seule direction (descendante) est privilégiée, car on aura beau répéter l'opération, le crayon continuera de tomber vers le bas. Par conséquent, ce que nous observons en fait, c'est une déviation persistante et significative du hasard.
En science, le comportement d'un phénomène observable est dit aléatoire (dû au hasard) si toutes les possibilités logiques se réalisent avec une même fréquence relative. En d'autres termes, si le comportement d'un objet libre, comme le crayon lâché, était en fait aléatoire, il faudrait s'attendre à ce que d'autres possibilités logiques se réalisent de temps à autre. Or nous observons non seulement que les diverses possibilités logiques ne se réalisent pas avec la même fréquence relative mais encore qu'une seule est privilégiée à l'exclusion des autres. Aussi, ce que nous observons en fait c'est une déviation persistante, logique et significative du hasard, et c'est cette déviation du hasard (qui ne présente aucune raison observable) qui nous amène à évoquer l'existence d'une force non observable comme étant la cause du comportement observable non aléatoire.
Cet exemple emprunté à la gravitation illustre un principe général de la méthode scientifique: des lors que nous rencontrons un phénomène observable qui, sans aucune raison observable, présente une déviation persistante du hasard, nous nous sentons logiquement en droit d'affirmer que le comportement observé et non aléatoire est dû à l'action de quelque force ou entité non observée. En réalité, envisager le contraire serait parfaitement illogique et antiscientifique. L'existence de chacune des quatre forces fondamentales de la physique actuelle (gravitation, interactions nucléaires forte et faible, et force électromagnétique) a été déduite de la sorte. Ce principe est si fondamental que, s'il était réfuté, cela entraînerait l'effondrement de tout l'édifice scientifique.
Remarquons toutefois que nous n'avons pas prouvé de manière absolue l'existence de la gravitation. Il est logiquement possible (bien qu'évidemment hautement improbable) que tous les cas observés de l'action de la gravitation, du début de l'histoire connue jusqu'à ce jour, ne constituent qu'une coïncidence incroyable. Un sceptique dirait: "Je comprends pourquoi vous croyez que la gravitation existe, mais je préfère croire qu'il n'y a pas de force invisible de ce type." Il ajouterait que nous pourrions nous réveiller demain dans un monde totalement chaotique et désordonné, avec des objets libres volant dans toutes les directions, et nous nous apercevrions alors que toute l'expérience de milliers d'années était qu'une série de coïncidences particulièrement remarquables.
Ainsi que nous l'avons conclu de notre examen de la méthodologie scientifique, il ne nous est pas possible de réfuter de manière absolue l'opinion du sceptique. Nous pouvons, naturellement, lui faire remarquer combien la probabilité qu'il ait raison est infinitésimale, mais il reste libre de choisir de persister dans une croyance non plausible. Cependant, il ne peut maintenir son scepticisme antigravitation tout en se voulant scientifique et rationnel. Nous avons établi que l'existence d'une force invisible de gravitation est de loin la plus plausible parmi toutes les alternatives connues, et celui qui choisit délibérément une alternative moins plausible est par définition antiscientifique et irrationnel (une fois de plus, cela n'a rien à voir avec le fait de reconnaître l'existence d'autres possibilités logiques, aussi improbables qu'elles soient).
Pour revenir à notre exemple, soit la chute d'objets libres, remarquons que nous avons démontré bien plus que la simple existence de forces ou entités invisibles ou non observables. Nous avons montré que des effets observables peuvent fort bien avoir des causes non observables. Nous avons montré que, dans de nombreux cas, des comportements observables n'ont pas une explication qui relève de l'observable. Pour employer un langage plus philosophique, nous avons montré que le monde visible ne se suffit pas à lui-même, qu'il ne contient pas une "raison suffisante" pour lui-même: les phénomènes de la réalité visible sont produits par (ou dérivent d') une réalité invisible.
Illustrons ce propos par une analogie simple. Imaginez que nous soyons debout au bord d'un immense océan, l'océan et ses profondeurs cachées représentant l'immensité de la réalité invisible. De temps à autre, un poisson saute hors de l'océan pour y retourner aussitôt. Le bref instant pendant lequel le poisson est hors de l'eau représente un phénomène de réalité visible.
Cette analogie illustre parfaitement la conception de la réalité physique selon la physique moderne (en particulier selon la théorie quantique): les macro-objets de la réalité visible consistent en des milliards et des milliards de petits quanta énergétiques appelés particules élémentaires, qui se trouvent dans des états d'équilibre relatif mais temporaire et en mouvement perpétuel. Ces particules viennent d'une réalité invisible (l'énergie pure) et, dès l'instant ou leurs équilibres sont rompus, elles retournent à la réalité invisible.
3. Les phénomènes aléatoires et non aléatoires en science
Dans l'exposé qui précède, nous avons établi le principe méthodologique scientifique suivant: des l'instant où un phénomène présente une déviation observable, persistante, et significative du comportement aléatoire, sans l'intervention d'une cause observable, nous sommes en droit de conclure à l'existence d'une force ou d'une entité invisible qui serait la cause du phénomène. Il nous faut maintenant aller plus loin et nous demander s'il existe un principe scientifique quelconque qui nous permettrait de définir ce qui est probable et ce qui ne l'est pas. Les configurations ou phénomènes probables sont ceux qui sont plutôt aléatoires. En revanche, les configurations improbables sont celles qui résultent plutôt de l'action de quelque force invisible (en l'absence de cause observable, bien entendu).
Ce principe existe effectivement en science. Il s'agit du deuxième principe de la thermodynamique (le fameux principe d'entropie), développé pour la première fois par l'ingénieur français Carnot (1796-1832) et le physicien allemand Clausius (1822-1888). Nous examinerons deux énoncés ou formulations de cette loi, la première formulation est informelle et heuristique, la seconde, plus précise et plus formelle. Toutes deux, néanmoins, sont scientifiquement correctes.
Le premier énoncé est le suivant: le désordre est probable et l'ordre improbable. Ou encore, de manière plus élaborée: l'ordre, la structure, et la complexité sont improbables, tandis que le désordre, la simplicité et l'uniformité sont probables. Le bon sens nous aide à vérifier la justesse de cette affirmation: l'ordre, en effet, ne représente que quelques configurations spécifiques tandis que n'importe quelle configuration logiquement possible représente le désordre. Développons ce dernier point.
Comparons un tas de briques et une maison de briques bien construite. Le tas représente le désordre et la maison l'ordre. Pour transformer une maison de briques en tas de briques, brique par brique, nous avons toutes sortes de façons logiquement possibles de procéder. Nous pouvons commencer par retirer une première brique, n'importe laquelle, puis une seconde, n'importe laquelle, et ainsi de suite. Toutes les possibilités mènent à un tas de briques. Mais pour transformer un tas de briques en une maison de briques, un bon nombre de façons concevables sont physiquement impossibles. Impossible par exemple de commencer par le haut sans avoir au préalable disposé un nombre donné de briques en bas. Aussi le fait de transformer une maison de briques en un tas de briques relève d'une logique qui mène de l'ordre au désordre, ou de l'improbable au probable. A l'inverse, transformer un tas de briques en une maison de briques bien construite représente un processus qui du désordre mène à l'ordre, autrement dit du probable à l'improbable.
Ainsi, si nous construisions une maison de briques dans la forêt et que nous l'abandonnions aux forces de la nature pendant cinquante ans, il n'y aurait rien de surprenant à la retrouver réduite à l'état de tas de briques. Mais si nous laissions un tas de briques dans les mêmes conditions pendant cinquante ans, il serait très étrange de retrouver une maison de briques à sa place. La surprise que nous ressentirions alors serait à la mesure de notre intuition du bien-fondé du deuxième principe de la thermodynamique (9).
Passons maintenant au deuxième énoncé du principe, plus formel. Commençons par donner quelques définitions. Par système physique, on entend toute entité (ou objet) physique ou toute collection de telles entités. Les entités qui composent un système physique en sont les composantes, et toute collection de composantes d'un système forme un sous-système. Un système physique isolé est un système qui ne reçoit aucune énergie de l'extérieur du système. Nous pouvons maintenant énoncer: dans un système physique isolé, le désordre croît. De plus, si le système demeure isolé, le désordre va croître jusqu'à ce que ce système atteigne l'état appelé entropie maximale ou désordre total. Le système aura alors atteint un état stable, au-delà duquel aucun changement ne pourra survenir sans un apport énergie extérieur au système, et cela, d'une manière appropriée. Moins formellement, on pourrait dire que tout système dégénère vers le désordre s'il est "laissé à lui-même"
Cette formulation du deuxième principe de la thermodynamique conduit naturellement à se poser la question de savoir s'il existe ou non des systèmes physiques véritablement isolés. Dans l'état actuel des connaissances, il n'en existe aucun qui soit totalement isolé (à moins que l'univers physique ne soit un système fermé, ce qui est incertain). Par exemple, la plupart de l'énergie du système solaire vient du soleil, mais il existe aussi des radiations et énergies qui proviennent de l'extérieur du système solaire. Il existe toutefois de nombreux systèmes relativement isolés qui ont toujours confirmé le deuxième principe de la thermodynamique. En réalité, de tous les principes et lois de la science, celle loi est parmi les plus universellement vérifiées et hautement validées.
Il convient, à ce stade, de faire ressortir un point capital. Selon le deuxième principe de la thermodynamique, tout système isolé va nécessairement dégénérer vers le désordre, mais cela n'exclut pas que des systèmes non isolés puissent eux aussi dégénérer! Pour éviter cette dégénérescence vers le désordre, il n'est en général pas suffisant de fournir au système énergie brute. L'énergie doit être fournie sous une forme adéquate et de manière telle que le système puisse en convertir une certaine mesure en ordre (ou l'utiliser pour complexifier sa structure). Ce mécanisme dépendra de la nature du système lui-même (les relations entre les composantes du système), la façon dont il évolue, et dont il interagit avec l'extérieur.
Donnons ici deux exemples. On admet que le mouvement brownien des molécules d'air dans une pièce fermée est totalement aléatoire. Supposez que l'on y débouche un flacon de parfum hautement volatile. La configuration initiale, lorsque le flacon contient l'ensemble du parfum, représente l'ordre. Lorsque le parfum est libéré et commence à se volatiliser, le mouvement brownien des molécules d'air va rapidement le répandre jusqu'à ce qu'il soit uniformément distribué dans toute la pièce. Il s'agit là d'une dégradation naturelle vers le désordre, qui peut totalement s'expliquer par la nature aléatoire du mouvement brownien. Supposez maintenant que nous modifiions expérience en ajoutant de la chaleur par radiation issue d'une source extérieure à la pièce. La hausse de la température de l'air dans la pièce ne fera qu'augmenter la vitesse du mouvement brownien, accélérant ainsi la diffusion du parfum (ainsi que la dégénérescence vers le désordre du système). L'apport énergie extérieure en l'occurrence n'entraînera pas une quelconque évolution vers l'ordre.
Deuxième exemple: prenez la croissance (complexification) du système de la plante feuillue sur la terre. Elle dépend du processus de photosynthèse dans les feuilles, sous-système de la plante. La photosynthèse utilise la lumière solaire directe comme source énergie extérieure. Si cette lumière était complètement éliminée et remplacée par une autre forme énergie, comme la chaleur par exemple, la croissance de ces plantes cesserait. Ainsi la structure interne de la plante feuillue lui permet-elle d'utiliser une certaine forme énergie extérieure (lumière solaire directe) pour accroître sa complexité, et donc évoluer vers un ordre plus grand. Mais d'autres formes d'apport énergétique peuvent très bien ne pas entraîner de croissance ni de complexification (en réalité un apport énergétique excessif ou inapproprié risque même de détruire le système).
Par conséquent, le monde observable (la réalité visible) est compose de systèmes physiques. Certains évoluent d'un état moins probable vers un état plus probable; d'autres sont (plus ou moins) statiques ou stables; d'autres enfin évoluent d'un état plus probable vers un état moins probable. Pour ce qui est des systèmes appartenant à la première catégorie, on peut les considérer comme le résultat d'un processus aléatoire. Les systèmes stables, eux, sont soit dans un état d'entropie maximale, soit maintenus dans un état constant (ou de fluctuations périodiques) par des apports énergétiques extérieurs continus (par exemple les systèmes dissipatifs de Prigogine) (10). Ceux qui présentent une évolution d'états plus probables vers des états moins probables ne peuvent pas résulter du hasard. Leur type de croissance ne peut être causé par un apport énergétique observable (de même que la croissance d'une plante sur terre est alimentée par l'énergie solaire) ou alors par quelque force non observable (invisible). C'est ce dernier cas que nous allons examiner maintenant (11).
4. Dieu existe
Pensons à tous les systèmes physiques de l'univers observable et demandons-nous quels sont ceux qui sont les plus complexes, les plus hautement ordonnés, les plus structurés. La réponse est claire et sans équivoque: c'est l'être humain, et en particulier le cerveau humain et son système nerveux central, qui constituent, sans l'ombre d'un doute, l'ensemble le plus sophistiqué des entités agissantes dans l'univers connu (12). Selon tous les critères de comparaison, et considérant tous les systèmes physiques connus, naturels ou artificiels, l'être humain physique est de loin le système le plus hautement ordonné et complexe. Dans ce qui suit, nous entendrons par être humain être physique et non, à moins de le préciser, être humain au sens métaphorique, culturel ou spirituel.
Nous pouvons d'ores et déjà tirer une première conclusion: l'être humain étant la structure la plus hautement ordonnée de l'univers observable connu, il est le plus improbable de tous les systèmes physiques et donc celui qui a le moins de chance d'avoir été crée par un processus aléatoire. Examinons donc le processus qui a produit être humain, et que nous appelons évolution.
En premier lieu, il nous faut établir les faits concernant le processus d'évolution (pour autant que nous les connaissions). Les éléments observables de ce phénomène résident principalement dans des traces fossiles, retrouvées dans des couches de sédiment en divers endroits de la planète. Si ces traces présentaient des contradictions ou des ambiguïtés, l'interprétation de ces données poserait un problème majeur. Mais ce n'est pas le cas. Toutes ces couches sédimentaires font apparaître la même configuration de base, à savoir que les formes de vie plus complexes, plus élevées ont succédé aux plus simples, aux moins complexes. En d'autres termes, le processus d'évolution a été un processus de complexification, de mouvement à partir d'une simplicité et d'un désordre relatifs vers une complexité et un ordre relatifs. Le processus a donc été celui de progression à partir de configurations plus probables vers des configurations moins probables.
S'il est aisé de s'engager dans des discussions compliquées sur l'âge exact de l'univers physique, du système solaire, de la terre, ou bien sur la durée d'existence des conditions de vie sur terre avant l'apparition de la vie elle-même, il n'en reste pas moins que le schéma de base est incontestablement clair. La terre existe depuis quelques milliards d'années (selon un grand nombre d'experts, l'âge de la terre est d'environ 4.5 milliards d'années). Les premières formes de vie, les plus rudimentaires, auraient été les algues bleu-vert, qui seraient apparues il n'y a pas moins de 2 milliards d'années. Quoi qu'il en soit, une longue période (peut-être un milliard d'années) a suivi cette première apparition des algues, pendant laquelle celles-ci étaient les seules formes de vie. Les algues ayant prolifèré, d'autres formes primitives de vie végétale sont ensuite apparues.
Au moyen de la datation radioactive et d'autres méthodes, on a pu établir avec une assez grande certitude que les premières formes rudimentaires d'invertébrés ne sont pas apparues avant environ 600 millions d'années. Ainsi le processus d'évolution, des animaux unicellulaires à l'émergence de l'être humain, arrive à maturation (il y a environ 50 000 ans) n'ayant pas pris plus de 600 millions d'années, ce qui représente, d'un point de vue géologique, un laps de temps relativement court. Pendant ce laps de temps, un phénomène du type expérimentation illimité ou "à extrémité ouverte" n'aurait donc pas pu avoir lieu pour l'évolution. De plus, on estime à environ un millier le nombre des espèces apparues pendant la période entre l'apparition des organismes unicellulaires et celle des êtres humains arrivés à maturité. Dans chaque cas, la transition d'une espèce à une autre s'est faite d'une configuration inférieure (et donc plus probable) à une configuration plus élevée (et donc moins probable). Enfin, les preuves apportées par les traces fossiles montrent invariablement que l'évolution n'a pas été un processus lisse et progressif. Au contraire, il y a eu de longues périodes de stase et de stabilité (les "plateaux"), ponctuées de plus courtes périodes de changement rapide (vers la complexification).
Ainsi évolution est-elle clairement un exemple d'un processus présentant une déviation significative et persistante du hasard. Au cours d'une période donnée et limitée, il y a eu un mouvement persistant et récurrent de configurations plus probables vers des configurations moins probables. Il est par conséquent contraire à la science et à la raison d'attribuer ce phénomène au hasard. En réalité, si elle était laissée au hasard, la transition d'une espèce à la suivante pourrait prendre aussi longtemps que la durée de vie de la terre elle-même, et si on considère le processus évolution dans son ensemble, il faudrait multiplier ce chiffre par mille, ce qui donne un nombre bien plus élevé que la durée vie estimée de l'univers (du "commencement" jusqu'à aujourd'hui).
Compte tenu de ces considérations, nous sommes scientifiquement en droit - en fait nous y sommes contraints par la logique de la méthodologie scientifique - de conclure que le processus de révolution est le résultat de l'action d'une force non observable. En particulier, nous, êtres humains, sommes le "produit final" de révolution et devons donc notre existence à cette force. Il semble raisonnable d'appeler cette force "Dieu", mais quiconque se sent gêné par cette appellation peut tout simplement la nommer "force évolutionnaire" (ou plus précisément, "la force qui a produit l'évolution et donc l'être humain"). De plus, il est plus que raisonnable de supposer que la force d'évolution diffère de toutes les autres forces découvertes à ce jour ou conjecturées par la science. En effet, dans l'état actuel de nos connaissances, aucune autre force n'aurait pu produire le phénomène de révolution (13).
Or, tout comme pour la gravitation, un sceptique peut très bien refuser d'accepter l'existence de la force évolutionnaire en choisissant de croire que l'évolution était un phénomène aléatoire, une série de coïncidences hautement improbables. Cependant, en faisant ce choix, il renonce à toute prétention scientifique et rationnelle. Du point de vue de la méthodologie scientifique, il faut toujours choisir l'option la plus probable parmi tous les choix connus logiquement possibles. Bien qu'il soit logiquement possible que l'évolution ait été un processus aléatoire, ce n'est certainement pas l'éventualité la plus probable. Le sceptique, en particulier s'il s'agit d'un scientifique en fonction, se doit alors d'expliquer pourquoi il ou elle accepte et suit ce principe fondamental de la méthodologie scientifique ailleurs, mais fait une exception du cas de l'évolution. Si l'on n'éprouve aucune difficulté à croire à la gravitation ou à l'interaction nucléaire forte, fondées toutes deux sur des preuves analogues à celles de la force évolutionnaire, alors pourquoi résister de façon irrationnelle à croire à la force de l'évolution ?
Nous prétendons avoir accompli ici notre intention de donner une preuve scientifique de l'existence de Dieu. Nous avons montré, à partir d'un phénomène observable (l'apparition de l'être humain), que l'existence d'une cause non observable est la plus raisonnable de toutes les possibilités logiques connues. On pourrait toutefois se poser la question suivante: dans quelle mesure sommes-nous en droit de nommer la force motrice de l'évolution "Dieu" ? Pourquoi n'appelons-nous pas "Dieu" la gravitation ou l'interaction nucléaire forte ? C'est de cela que nous allons traiter dans la section suivante.
5. La nature de Dieu
Acceptons comme admis, pour le reste de l'exposé, l'existence d'une force invisible qui serait la cause du processus de l'évolution et donc de l'être humain, qui en est le produit final. De prime abord, il pourrait sembler bien arbitraire et gratuit d'identifier ce type de cause à Dieu. Toutefois, si nous réfléchissons un peu, nous nous assurons que ce n'est pas le cas.
Pour commencer, nous savons que cette force est capable de produire un être présentant toutes les subtilités et les raffinements dont nous, êtres humains, sommes dotés. Si nous n'appelons pas "Dieu" la gravitation ou l'interaction nucléaire forte, c'est parce que les effets produits par ces forces ne sont pas aussi étonnants que ceux produits par la force évolutionnaire. Dans le même esprit qui a motivé notre approche de base tout au long de cet exposé, nous pouvons nous demander s'il est raisonnable ou non de supposer qu'une force capable de produire un effet comme l'être humain soit au moins aussi ingénieux que celui-ci. Cette hypothèse semble aussi raisonnable (sinon plus) que toute autre possibilité logique.
En fait, nous savons avec certitude que cette force est capable de faire au moins une chose que nous ne pourrions jamais faire, à savoir donner naissance à la race humaine. Effectivement, cette dernière n'existait même pas pendant que cette force faisait avancer l'évolution. Nous sommes le résultat de l'action de cette force, et nous lui devons notre existence. C'est elle qui nous a crées.
Dans notre discussion sur les réalités visible et invisible, nous avons déjà noté que, du point de vue de la physique moderne, la réalité invisible produit une réalité visible et, en fait, englobe voire même dépasse la réalité visible. On peut donc fort bien supposer que la cause invisible de l'évolution (et donc de l'être humain) englobe voire dépasse les humains. En particulier, notre propre expérience de nous-mêmes nous apprend que nous disposons d'un intellect conscient et du libre arbitre. Il n'est par conséquent pas déraisonnable de penser que la force ou entité qui est la cause de notre existence possède aussi des facultés de conscience, d'intelligence, et de volonté - et très probablement dans une mesure bien supérieure à la notre. La seule autre possibilité est de croire qu'une force aveugle, inconsciente, dénuée de toute intelligence, a pu donner naissance à une créature dotée d'intelligence consciente.
En réalité, s'il est au moins une chose que nous sachions, c'est bien que nous avons une subjectivité consciente, car c'est à travers elle que toute connaissance a lieu. Notre subjectivité est donc la condition la plus fondamentale de notre existence. C'est l'espace intérieur dans lequel chacun de nous vit, et nous savons que notre subjectivité et notre conscience sont le résultat de l'action de cette force. Ainsi, la connaissance de la nature de la force qui nous a crée peut être sondée le mieux par une connaissance plus profonde de ce qui nous est le plus immédiatement accessible, c'est-à-dire notre être le plus intérieur. Il nous semble donc que la connaissance de l'existence et de la nature de Dieu repose sur le fondement le plus solide qui soit.
Notes
1. 'Abdu'l-Bahá. Baha'i World Faith, pp. 383-384 (traduction provisoire).
2. 'Abdu'l-Bahá, Lettre d"Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel.
3. Ibid., pp. 16-18.
4. Par exemple, on retrouve de nombreux éléments de l'argument d' 'Abdu'l-Baha dans une série d'ouvrages du philosophe et scientifique français Pierre Lecomte du Noily, qui débute avec "L'homme devant la science" (1939) et se clôt par "L'homme et sa destinée" (1948). Après une analyse quelque peu analogue à celle du présent essai, Lecomte du Noily conclut carrément que "l'explication de l'évolution de la vie par le hasard seul n'est pas soutenable de nos jours" ("L'homme et sa destinée", p. 48).
Toutefois, pour des raisons qu'il serait fastidieux de mentionner ici, Lecomte du Noily est beaucoup moins clair que ne l'est 'Abdu'l-Bahá lorsque celui-ci conclut à l'existence d'une force agissante externe qui serait la cause de l'évolution. Lecomte du Noily opte au contraire pour une notion peu claire et pas très convaincante, celle du "téléfinalisme" en biologie. Pour lui rendre justice cependant, il faut reconnaître qu'à l'époque ou il a traité de ces questions, la science des systèmes n'avait pas encore opèré certaines de ses avancées fondamentales.
Une autre approche plus récente de ces questions se trouve dans l'article de K. V. Laurikainen "Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God" (1990). Bien que Laurikainen fasse preuve d'une grande perspicacité dans cet article, celui-ci diverge sur quelques points significatifs de l'approche adoptée ici et préalablement (voir Hatcher, "Logic and Logos", en particulier les pages 49-51). Entre autres choses, je n'adhère pas au subjectivisme de Laurikainen, et je rejette le contraste net qu'il voit entre les méthodes de la mécanique quantique et celles de la macrophysique et de la science en général.
En d'autres termes, je ne pense pas que la mécanique quantique soit une exception méthodologique à la pratique scientifique en général. Mais j'ai plutôt le sentiment que certaines de ses observations, appliquées à la science en général, sont justes et perspicaces.
5. Dans "Dieu passe près de nous", Shoghi Effendi qualifie la "Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Auguste Forel" de "l'une des plus importantes que le Maître écrivit jamais".
6. L'argument fondé sur l'évolution présente une similarité superficielle avec la classique "preuve par le dessein" selon laquelle la réalité observable ne pourrait s'accompagner de l'ordre et de la régularité qui sont les siennes sans qu'une telle structure soit l'oeuvre d'un Architecte conscient.
Toutefois, l'argument fondé sur l'évolution traite de la dynamique du développement de systèmes physiques complexes, et non uniquement de la configuration ou de la structure qui résulte de cette dynamique. Ce trait distinctif de l'argument d' 'Abdu'l-Baha le différencie des arguments cosmologiques classiques ou des preuves par le dessein.
Toutefois, les liens entre les développements de la physique moderne et l'argument classique sont de plus en plus admis. Par exemple, selon le physicien Laurikamen, "l'ancien argument par le dessein a en fait été renforcé par les développements de la physique moderne, la tendance vers des théories de plus en plus générales permettant de déduire un nombre croissant de faits à partir d'un petit nombre de principes de base (axiomes). Ce développement, à son tour, a fait clairement apparaître une étonnante structure logique dans la réalité physique - preuve convaincante d'une origine rationnelle de l'existence, supérieure à l'intelligence humaine. Par ailleurs, l'intelligence humaine semble être liée à cette intelligence supérieure dans la mesure où nous sommes de plus en plus à même de dévoiler les prodigieux secrets de la nature. En langage religieux, cela s'exprime par la métaphore selon laquelle les êtres humains ont été crées à l'image de Dieu" ("Quantum Physics", p. 402).
7. Quine, Word and Object, p.78.
8. Pour une discussion plus approfondie sur ces questions méthodologiques, ainsi que pour les références à la littérature sur le sujet, voir Hatcher, Logic and Logos, en particulier les pages de l'essai regroupées sous le titre "Mythes, modèles et mysticisme". pp. 19-59.
9. Cette illustration du principe d'entropie est tirée de Hatcher, "The Science of Religion", p. 23.
10. Prigogine et Stengers, La nouvelle alliance.
11. Les différents principes discutés dans cette section ne constituent qu'une petite partie de la théorie des systèmes dynamiques. Cette théorie vénérable a été récemment vulgarisée sous le nom de la "théorie du chaos", où le terme chaos est plus ou moins (bien que pas exactement ni toujours) équivalent à l'utilisation qui est faite ici du mot hasard ou désordre. Tous ces termes se réfèrent à une certaine catégorie d'états d'un système (des états "chaotiques" ou désordonnés).
La vulgarisation actuelle de la théorie du chaos fait penser à la fameuse théorie des catastrophes, qui a été vulgarisée de la même manière il y a environ vingt ans. Une "catastrophe" n'est qu'un nom illustratif donné à une certaine forme de transition d'un état à un autre à l'intérieur d'un système dynamique. Pour une brève discussion sur tous ces termes rapportés à un exemple spécifique, voir Hatcher, Logic and Logos, pp. 128-129.
12. Voir, par exemple, la série des quatre volumes The Neurosciences.
13. C'est la raison pour laquelle la théorie actuellement admise de l'évolution rente d'expliquer le mouvement de l'évolution vers le haut (vers un ordre plus grand) comme étant une heureuse coïncidence entre deux phénomènes aléatoires: l'action de la sélection naturelle (soit essentiellement, l'impact aléatoire de l'environnement) sur des mutations aléatoires (changements génétiques spontanés).
En présentant son argument, 'Abdu'1-Baha considère une troisième possibilité logique étrangère tant au hasard qu'à l'hypothèse d'une force externe. Il appelle cette troisième voie nécessité ou contrainte inhérente, mais la rejette aussitôt en faisant valoir que "l'assemblage des différents éléments qui forment les êtres... ne peut être obligatoire car, dans ce cas, la composition devrait être une propriété inhérente aux composants, et la propriété inhérente d'une chose ne peut, en aucune manière, en être séparée...
Dans ces conditions, la décomposition de n'importe quel corps compose serait impossible puisque la propriété inhérente à un corps ne peut lui être enlevée." ("Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel" - p. 17). Si nous n'avons pas inclus cette partie de l'argument d' 'Abdu'l-Baha, c'est parce qu'il est généralement connu et admis par les scientifiques que le processus d'évolution n'est pas dû à une nécessité intrinsèque quelconque. En effet, les éléments physiques qui composent des formes de vie plus élevées, telles que l'être humain, peuvent très facilement se retrouver dans d'autres systèmes et sous d'autres formes. Aussi, il semblerait qu' 'Abdu'l-Baha n'ait considéré cette possibilité que pour faire le tour logique de son argument, et non parce qu'il la jugeait une véritable possibilité physique.
14. Selon les écrits bahá'is, les enseignements des Manifestations de Dieu constituent l'instrument le plus efficace pour acquérir la connaissance de soi, laquelle mène à son tour à la connaissance de la nature de Dieu. Pour une discussion sur le rôle de ces figures historiques à cet égard, voir, par exemple, Hatcher, "The Concept of Spirituality".
Ouvrages cités :
'Abdu'l-Bahá
- Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel, Maison d'Editions Bahá'ies, Bruxelles, 1974.
Baha'u'llah and 'Abdu'1-Baha
- Bahà'i World Faith, Wilmette, 111.: Bahà'i Publishing Trust. 1956.
Hatcher, William S.
- The Concept of Spirituality, Bahà'i Studies, vol. 11. Association for Bahà'i Studies. Ottawa. 1982.
- Logic and Logos, Oxford: George Ronald. 1990.
- The Science of Religion, Bahà'i Studies, vol. 2. Association for Bahà'i Studies. Ottawa. 1980.
Laurikainen, K. V.
- Quantum Physics. Philosophy, and the Image of God: Insights from Wolfgang Pauli, Zygon 25.4 (December 1990): pp. 391-404.
Lecomte du Noily, Pierre
- L 'homme devant la science. Paris: Gallimard. 1939.
- L 'homme et sa destines. Paris: La Colombe. 1948.
The Neurosciences
- A Study Program, Edited by Quartron, Melnechuk and Schmitt. New York: Rockefeller Press, 1967.
- Second Study Program. Edited by F. O. Schmitt. New York: Rockefeller Press, 1970.
- Third Study Program. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1974.
- Fourth Study Program. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1979.
Progogine, I. et Stengers, I.
- La nouvelle alliance. Paris: Gallimard, 1979.
Quine, Willard V. O.
- Word and Object. Cambridge: MIT Press, 1960.
Shoghi Effendi
- "Dieu passe près de nous", Maison d'Editions Bahá'ies. Bruxelles. 1976.
Source : www.bahai-biblio.org
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Une preuve de l'existence scientifique de Dieu
William S. Hatcher
Table des matières
Introduction
1. La nature de la preuve scientifique
2. Réalité visible et invisible
3. Les phénomènes aléatoires et non aléatoires en science
4. Dieu existe
5. La nature de Dieu
Notes
Introduction
"Si tu recherches le véritable savoir et la connaissance de Dieu... efforce-toi d'utiliser des arguments rationnels et convaincants. De tels arguments guident vers le chemin et orientent le coeur vers le Soleil de vérité. Lorsque le coeur se tourne vers le Soleil, les yeux s'ouvrent et reconnaissent le Soleil par le Soleil lui-même. S'il atteint cette condition, l'homme n'a plus besoin d'arguments ni de preuves, car le Soleil est totalement indépendant. L'indépendance absolue ignore tout besoin et les preuves sont des moyens dont l'indépendance absolue se passe complètement." (1)
Le conseil donne par 'Abdu'l-Bahá a celui qui recherche Dieu semble contenir au moins deux éléments: d'abord, que les arguments rationnels sont des points de départ utiles et nécessaires pour approcher Dieu; ensuite, que pour acquérir une connaissance plus profonde et plus juste de Dieu, il convient de dépasser ce type d'arguments, puisque cette connaissance va essentiellement au-delà du rationnel.
Il est intéressant de relever que, selon 'Abdu'l-Bahá, l'étude des arguments rationnels a pour résultat de tourner le coeur vers Dieu. Comme si donner des preuves logiques de l'existence de Dieu n'était pas une fin en soi, mais plutôt un moyen de se familiariser plus profondément avec la présence divine. Or, tous les grands philosophes et toutes les traditions religieuses ont présenté des preuves de l'existence de Dieu, et 'Abdu'l-Bahá lui-même en fournit de nombreuses dans ses écrits. Celles-ci sont pour la plupart des variantes aux arguments philosophiques classiques, à commencer par celui bien connu d'Aristote concernant l'existence d'un moteur premier.
Toutefois, dans l'épître qu'il adresse en 1921 au scientifique suisse Auguste Forel, 'Abdu'1-Baha offre une preuve résolument moderne de l'existence de Dieu, fondée sur certains faits et principes lies au phénomène de l'évolution biologique (2). Il fait valoir qu'a l'origine de la composition (et de la décomposition) des êtres vivants, il doit y avoir une force non observable, objectivement existante et volontaire (autrement dit une force consciente, extérieure au processus même de l'évolution). Cette force étant à l'origine de l'humanité, elle doit être supérieure aux êtres humains et est, par conséquent, un Être doté de capacités surhumaines (3).
'Abdu'l-Bahá a probablement été le premier à développer ce dernier argument. Celui-ci n'aurait certainement pas pu être présenté sous cette forme bien avant le début du XXe siècle pour la simple raison que la théorie scientifique de l'évolution sur laquelle il repose n'a été développée qu'au XIXe siècle. Qui plus est, la plupart des scientifiques qui acceptèrent la théorie de l'évolution étaient des philosophes matérialistes pour qui cette théorie, loin de prouver l'existence de Dieu, rendait la question de Dieu non pertinente. Bien que des arguments semblables à ceux d' 'Abdu'l-Baha aient été avancés dans la littérature plus récente dans le domaine de la philosophie des sciences (4), je n'en ai pas encore trouvé qui soit plus ancien, voire contemporain, de l'épître d' 'Abdu'1-Baha à Auguste Forel (5).
L'argument fondé sur l'évolution n'est pas la seule preuve de l'existence de Dieu produite dans l'épître à Auguste Forel. Toutefois, ce type d'argument est unique de par son utilisation d'idées scientifiques sophistiquées, et sa force risque être sous-estimée par celui qui ne connaît pas certains principes fondamentaux de la thermodynamique (6). Aussi, plutôt que d'adopter une approche historico-critique de la preuve d' 'Abdu'l-Baha, nous nous proposons de présenter ici une formulation parfaitement moderne de cet argument, en utilisant des termes scientifiques qui n'étaient pas nécessairement usuels au moment ou 'Abdu'l-Bahá a écrit ce texte. En adoptant cette approche, nous espérons appréhender la pleine mesure de l'argument d' 'Abdu'l-Baha. Par conséquent, le reste de cette étude sera consacré à reformuler soigneusement et de manière détaillée la preuve d' 'Abdu'l-Baha dans un langage scientifique contemporain.
[Traduit de "A Scientific Proof of the Existence of God" - Association d'Etudes Bahá'ies - ISBN: 2-940067-07-4. Cet article a été publié à l'origine en russe sous le titre "Nauchnoe Dokazastelstvo Soushchestvovaniya Boga" (Kiev: Phoenix Press, 1992). La version anglaise actuelle et sa traduction française intègrent certaines corrections et adjonctions suggérées par divers lecteurs anonymes de The Journal of Baha'i Studies a qui l'auteur exprime ses sincères remerciements.]
1. La nature de la preuve scientifique
Notre preuve se voulant scientifique, il nous faut commencer par une brève discussion sur la nature de la science et celle de la preuve en science. Cette discussion est d'autant plus nécessaire que des idées fausses sur la nature de la preuve scientifique sont communément répandues.
La science présente deux aspects fondamentaux. L'un tient à sa dimension concrète ou observable: nous accumulons des observations d'un certain phénomène et les enregistrons sous forme d'énoncés d'observations. Ce registre constitue alors, pour nous, un ensemble de vérités ou de faits observes sur le phénomène en question.
Le second aspect de la science tient à sa dimension abstraite ou théorique. Après avoir accumulé un certain nombre d'énoncés d'observations à propos d'un phénomène, nous cherchons à expliquer ces observations. Nous essayons de comprendre comment les divers faits relatifs au phénomène sont liés entre eux. En d'autres termes, comment et pourquoi le phénomène se produit et comment il fonctionne. Cette quête nous conduit à formuler une hypothèse (ou si vous préférez une théorie) qui représente la façon dont nous concevons mentalement la dynamique qui sous-tend le phénomène. Ce type de théorie est habituellement exprimée dans un langage abstrait, autrement dit qui emploie des termes se référant à des entités ou à des forces non observables (par exemple des entités telles que les électrons ou des forces telles que la force nucléaire forte). Les énoncés d'observations sont au contraire exprimés en termes concrets, c'est-à-dire à l'aide de mots qui se réfèrent à des entités ou à des configurations observables.
Pour vérifier la justesse des énoncés d'observations, des observations et des mesures supplémentaires, toujours plus exigeantes, s'imposent. Toutefois, les limitations naturelles, intrinsèques à l'appareil sensoriel et au système nerveux humains, ne permettent jamais d'éliminer complètement les risques d'erreurs dans les observations d'un phénomène donné, aussi soigneux et exigeants que nous soyons. Cette remarque vaut particulièrement pour les phénomènes extrêmement petits (voire microscopiques) ou fort lointain (par exemple, les étoiles lointaines), mais elle reste aussi valable de façon générale, même pour des phénomènes quotidiens, normalement accessibles. Aussi le degré de vérité des faits (énoncés d'observations) est-il toujours relatif. La croyance largement répandue selon laquelle les faits de la science sont absolus et irréfutables est par conséquent fausse.
Tester la vérité des énoncés théoriques de la science est une démarche encore plus compliquée. Nous commençons par déduire de la théorie de nouveaux énoncés d'observations par voie de conséquence logique. Puis, nous vérifions ces énoncés par la méthode habituelle. Autrement dit, si, selon notre théorie, tel phénomène doit se produire, nous vérifions qu'il se produit effectivement. Si notre théorie affirme que la neige est blanche, nous nous assurons qu'elle est effectivement blanche. Les nouveaux énoncés d'observations obtenus par déduction de la théorie sont appelés des prédictions de la théorie, et si notre expérience les confirme, alors la théorie est considérée comme valable, ce qui signifie qu'elle a été "validée ou confirmée par l'observation".
Par conséquent, le degré de vérité d'un énoncé théorique de la science est également relatif, car, à supposer que toutes les prédictions courantes d'une théorie aient été confirmées par l'observation, rien ne permet d'exclure la possibilité qu'a l'avenir, de nouvelles prédictions se révèlent erronées. Il est également possible qu'ultérieurement de nouvelles expérimentations viennent réfuter des prédictions admises qui semblaient justifiées au vu des expériences du moment.
Quant au degré de vérité des théories, nous nous trouvons donc dans une situation paradoxale, voire plutôt comique. Il est possible de prouver de manière presque absolue qu'une théorie est fausse: en effet si ses prédictions contredisent de manière flagrante des observations éminemment authentifiées, elle ne peut pas être juste. Il faudra alors l'abandonner ou la modifier d'une façon ou d'une autre. Mais quel que soit le nombre des prédictions confirmées par l'observation, il est toujours possible que cette théorie soit ultérieurement réfutée, soit à partir de nouvelles prédictions venant contredire les expériences connues, soit à partir de nouvelles observations venant contredire des prédictions connues.
Vers le début de ce siècle, on pensait qu'il était possible d'établir les règles d'une logique prétendument inductive qui nous donnerait les moyens de passer d'un ensemble de cas particuliers à une conclusion générale avec le même degré de précision que la logique déductive nous permet de passer de principes généraux à des conclusions particulières. On sait désormais que cela n'est guère possible, même en principe. Selon un théorème de logique mathématique, il existe, en général, un nombre infini de théories mutuellement incompatibles, toutes compatibles avec un ensemble fini de faits donnés. Compte tenu de la finitude des êtres humains, il ne pourra jamais exister qu'un ensemble fini de faits concernant un phénomène donné. Il en résulte qu'aucun ensemble d'énoncés d'observations ne pourra déterminer une théorie unique pour expliquer le phénomène. Pour reprendre les termes d'un logicien, "la théorie est sous-determinée par le fait" (7).
Aussi l'action de rassembler des faits et celle d'énoncer une théorie sont-elles en quelque sorte mutuellement indépendantes. Alors que rassembler des faits relève d'une démarche lente et progressive, établir une théorie résulte d'un bond créateur et discontinu de l'imagination. Pour rassembler des faits, il nous faut chercher à savoir comment les choses sont. Pour concevoir une théorie, il nous faut essayer d'imaginer comment les choses pourraient être.
Il s'ensuit incontestablement qu'aucune vérité scientifique ne saurait être considérée comme ayant été prouvé de manière absolue. La notion de preuve absolue est tout simplement étrangère à la science. La croyance largement répandue est erronée, selon laquelle la caractéristique essentielle de la vérité scientifique est son caractère absolu et exact (soi-disant en opposition avec la relativité et l'imprécision de la vérité philosophique et religieuse). Si certains déplorent cette relativité de la vérité scientifique, elle présente un aspect nettement positif en ce sens qu'elle fait de la recherche de la vérité en science une entreprise dynamique et progressive plutôt que statique et stérile. De plus, l'efficacité de la méthode scientifique a été puissamment confirmée par sa capacité à engendrer un nombre croissant de théories hautement validées résultant de l'application systématique de cette méthode durant les siècles derniers.
En somme, on peut dire d'une proposition qu'elle est scientifiquement prouvée des lors qu'elle a été rendue considérablement plus plausible (ce qui signifie probablement vraie) que toute autre option connue et logiquement possible. Aussi, parler d'une preuve scientifique de l'existence de Dieu revient-il à affirmer que nous pouvons rendre la proposition selon laquelle Dieu existe considérablement plus plausible que n'importe quelle autre alternative connue (en particulier celle qui affirme que Dieu n'existe pas). En d'autres termes, nous pouvons savoir que Dieu existe avec le même degré de certitude que nous savons que la force nucléaire forte ou que les électrons existent. Ces questions méthodologiques ayant été considérées, passons maintenant à la preuve en soi.
2. Réalité visible et invisible
Etablissons en premier lieu le principe de l'existence objective d'un monde invisible, c'est-à-dire d'une portion de réalité extérieure à la subjectivité humaine mais inaccessible à l'observation humaine. En d'autres termes, le fait qu'il est des forces et des entités impossibles à observer directement mais qui existent objectivement, c'est-à-dire indépendamment de toute perception humaine.
Commençons par un exemple très simple. Supposons que nous lâchions un petit objet, par exemple un crayon, que nous tenons entre le pouce et l'index. En l'observant s'écraser au sol, nous disons que la force de gravitation a provoqué sa chute. Reprenons l'expérience. Peut-on réellement voir une force quelconque agir sur le crayon et le pousser ou le tirer vers le bas? Non, à l'évidence. En aucun cas la force de gravitation ne peut être observée. Mais, pour expliquer ce mouvement descendant, qui serait autrement inexplicable, nous déduisons l'existence de quelque force invisible (appelée gravitation) qui agit sur les objets libres.
Maintenant, regardons à nouveau avec plus d'attention la configuration initiale du crayon et posons-nous la question suivante: au moment ou l'on lâche le crayon, quelles sont les directions logiquement possibles qu'il pourrait prendre, et ce, strictement à partir de ce que nous pouvons observer dans la configuration? La réponse est naturellement que toute direction est logiquement possible. De ce que nous pouvons observer physiquement, rien n'empêche le crayon d'aller dans une quelconque direction; de ce que nous pouvons observer, rien ne semble favoriser une direction plutôt qu'une autre. Et pourtant, ce que nous observons en fait, c'est qu'une seule direction (descendante) est privilégiée, car on aura beau répéter l'opération, le crayon continuera de tomber vers le bas. Par conséquent, ce que nous observons en fait, c'est une déviation persistante et significative du hasard.
En science, le comportement d'un phénomène observable est dit aléatoire (dû au hasard) si toutes les possibilités logiques se réalisent avec une même fréquence relative. En d'autres termes, si le comportement d'un objet libre, comme le crayon lâché, était en fait aléatoire, il faudrait s'attendre à ce que d'autres possibilités logiques se réalisent de temps à autre. Or nous observons non seulement que les diverses possibilités logiques ne se réalisent pas avec la même fréquence relative mais encore qu'une seule est privilégiée à l'exclusion des autres. Aussi, ce que nous observons en fait c'est une déviation persistante, logique et significative du hasard, et c'est cette déviation du hasard (qui ne présente aucune raison observable) qui nous amène à évoquer l'existence d'une force non observable comme étant la cause du comportement observable non aléatoire.
Cet exemple emprunté à la gravitation illustre un principe général de la méthode scientifique: des lors que nous rencontrons un phénomène observable qui, sans aucune raison observable, présente une déviation persistante du hasard, nous nous sentons logiquement en droit d'affirmer que le comportement observé et non aléatoire est dû à l'action de quelque force ou entité non observée. En réalité, envisager le contraire serait parfaitement illogique et antiscientifique. L'existence de chacune des quatre forces fondamentales de la physique actuelle (gravitation, interactions nucléaires forte et faible, et force électromagnétique) a été déduite de la sorte. Ce principe est si fondamental que, s'il était réfuté, cela entraînerait l'effondrement de tout l'édifice scientifique.
Remarquons toutefois que nous n'avons pas prouvé de manière absolue l'existence de la gravitation. Il est logiquement possible (bien qu'évidemment hautement improbable) que tous les cas observés de l'action de la gravitation, du début de l'histoire connue jusqu'à ce jour, ne constituent qu'une coïncidence incroyable. Un sceptique dirait: "Je comprends pourquoi vous croyez que la gravitation existe, mais je préfère croire qu'il n'y a pas de force invisible de ce type." Il ajouterait que nous pourrions nous réveiller demain dans un monde totalement chaotique et désordonné, avec des objets libres volant dans toutes les directions, et nous nous apercevrions alors que toute l'expérience de milliers d'années était qu'une série de coïncidences particulièrement remarquables.
Ainsi que nous l'avons conclu de notre examen de la méthodologie scientifique, il ne nous est pas possible de réfuter de manière absolue l'opinion du sceptique. Nous pouvons, naturellement, lui faire remarquer combien la probabilité qu'il ait raison est infinitésimale, mais il reste libre de choisir de persister dans une croyance non plausible. Cependant, il ne peut maintenir son scepticisme antigravitation tout en se voulant scientifique et rationnel. Nous avons établi que l'existence d'une force invisible de gravitation est de loin la plus plausible parmi toutes les alternatives connues, et celui qui choisit délibérément une alternative moins plausible est par définition antiscientifique et irrationnel (une fois de plus, cela n'a rien à voir avec le fait de reconnaître l'existence d'autres possibilités logiques, aussi improbables qu'elles soient).
Pour revenir à notre exemple, soit la chute d'objets libres, remarquons que nous avons démontré bien plus que la simple existence de forces ou entités invisibles ou non observables. Nous avons montré que des effets observables peuvent fort bien avoir des causes non observables. Nous avons montré que, dans de nombreux cas, des comportements observables n'ont pas une explication qui relève de l'observable. Pour employer un langage plus philosophique, nous avons montré que le monde visible ne se suffit pas à lui-même, qu'il ne contient pas une "raison suffisante" pour lui-même: les phénomènes de la réalité visible sont produits par (ou dérivent d') une réalité invisible.
Illustrons ce propos par une analogie simple. Imaginez que nous soyons debout au bord d'un immense océan, l'océan et ses profondeurs cachées représentant l'immensité de la réalité invisible. De temps à autre, un poisson saute hors de l'océan pour y retourner aussitôt. Le bref instant pendant lequel le poisson est hors de l'eau représente un phénomène de réalité visible.
Cette analogie illustre parfaitement la conception de la réalité physique selon la physique moderne (en particulier selon la théorie quantique): les macro-objets de la réalité visible consistent en des milliards et des milliards de petits quanta énergétiques appelés particules élémentaires, qui se trouvent dans des états d'équilibre relatif mais temporaire et en mouvement perpétuel. Ces particules viennent d'une réalité invisible (l'énergie pure) et, dès l'instant ou leurs équilibres sont rompus, elles retournent à la réalité invisible.
3. Les phénomènes aléatoires et non aléatoires en science
Dans l'exposé qui précède, nous avons établi le principe méthodologique scientifique suivant: des l'instant où un phénomène présente une déviation observable, persistante, et significative du comportement aléatoire, sans l'intervention d'une cause observable, nous sommes en droit de conclure à l'existence d'une force ou d'une entité invisible qui serait la cause du phénomène. Il nous faut maintenant aller plus loin et nous demander s'il existe un principe scientifique quelconque qui nous permettrait de définir ce qui est probable et ce qui ne l'est pas. Les configurations ou phénomènes probables sont ceux qui sont plutôt aléatoires. En revanche, les configurations improbables sont celles qui résultent plutôt de l'action de quelque force invisible (en l'absence de cause observable, bien entendu).
Ce principe existe effectivement en science. Il s'agit du deuxième principe de la thermodynamique (le fameux principe d'entropie), développé pour la première fois par l'ingénieur français Carnot (1796-1832) et le physicien allemand Clausius (1822-1888). Nous examinerons deux énoncés ou formulations de cette loi, la première formulation est informelle et heuristique, la seconde, plus précise et plus formelle. Toutes deux, néanmoins, sont scientifiquement correctes.
Le premier énoncé est le suivant: le désordre est probable et l'ordre improbable. Ou encore, de manière plus élaborée: l'ordre, la structure, et la complexité sont improbables, tandis que le désordre, la simplicité et l'uniformité sont probables. Le bon sens nous aide à vérifier la justesse de cette affirmation: l'ordre, en effet, ne représente que quelques configurations spécifiques tandis que n'importe quelle configuration logiquement possible représente le désordre. Développons ce dernier point.
Comparons un tas de briques et une maison de briques bien construite. Le tas représente le désordre et la maison l'ordre. Pour transformer une maison de briques en tas de briques, brique par brique, nous avons toutes sortes de façons logiquement possibles de procéder. Nous pouvons commencer par retirer une première brique, n'importe laquelle, puis une seconde, n'importe laquelle, et ainsi de suite. Toutes les possibilités mènent à un tas de briques. Mais pour transformer un tas de briques en une maison de briques, un bon nombre de façons concevables sont physiquement impossibles. Impossible par exemple de commencer par le haut sans avoir au préalable disposé un nombre donné de briques en bas. Aussi le fait de transformer une maison de briques en un tas de briques relève d'une logique qui mène de l'ordre au désordre, ou de l'improbable au probable. A l'inverse, transformer un tas de briques en une maison de briques bien construite représente un processus qui du désordre mène à l'ordre, autrement dit du probable à l'improbable.
Ainsi, si nous construisions une maison de briques dans la forêt et que nous l'abandonnions aux forces de la nature pendant cinquante ans, il n'y aurait rien de surprenant à la retrouver réduite à l'état de tas de briques. Mais si nous laissions un tas de briques dans les mêmes conditions pendant cinquante ans, il serait très étrange de retrouver une maison de briques à sa place. La surprise que nous ressentirions alors serait à la mesure de notre intuition du bien-fondé du deuxième principe de la thermodynamique (9).
Passons maintenant au deuxième énoncé du principe, plus formel. Commençons par donner quelques définitions. Par système physique, on entend toute entité (ou objet) physique ou toute collection de telles entités. Les entités qui composent un système physique en sont les composantes, et toute collection de composantes d'un système forme un sous-système. Un système physique isolé est un système qui ne reçoit aucune énergie de l'extérieur du système. Nous pouvons maintenant énoncer: dans un système physique isolé, le désordre croît. De plus, si le système demeure isolé, le désordre va croître jusqu'à ce que ce système atteigne l'état appelé entropie maximale ou désordre total. Le système aura alors atteint un état stable, au-delà duquel aucun changement ne pourra survenir sans un apport énergie extérieur au système, et cela, d'une manière appropriée. Moins formellement, on pourrait dire que tout système dégénère vers le désordre s'il est "laissé à lui-même"
Cette formulation du deuxième principe de la thermodynamique conduit naturellement à se poser la question de savoir s'il existe ou non des systèmes physiques véritablement isolés. Dans l'état actuel des connaissances, il n'en existe aucun qui soit totalement isolé (à moins que l'univers physique ne soit un système fermé, ce qui est incertain). Par exemple, la plupart de l'énergie du système solaire vient du soleil, mais il existe aussi des radiations et énergies qui proviennent de l'extérieur du système solaire. Il existe toutefois de nombreux systèmes relativement isolés qui ont toujours confirmé le deuxième principe de la thermodynamique. En réalité, de tous les principes et lois de la science, celle loi est parmi les plus universellement vérifiées et hautement validées.
Il convient, à ce stade, de faire ressortir un point capital. Selon le deuxième principe de la thermodynamique, tout système isolé va nécessairement dégénérer vers le désordre, mais cela n'exclut pas que des systèmes non isolés puissent eux aussi dégénérer! Pour éviter cette dégénérescence vers le désordre, il n'est en général pas suffisant de fournir au système énergie brute. L'énergie doit être fournie sous une forme adéquate et de manière telle que le système puisse en convertir une certaine mesure en ordre (ou l'utiliser pour complexifier sa structure). Ce mécanisme dépendra de la nature du système lui-même (les relations entre les composantes du système), la façon dont il évolue, et dont il interagit avec l'extérieur.
Donnons ici deux exemples. On admet que le mouvement brownien des molécules d'air dans une pièce fermée est totalement aléatoire. Supposez que l'on y débouche un flacon de parfum hautement volatile. La configuration initiale, lorsque le flacon contient l'ensemble du parfum, représente l'ordre. Lorsque le parfum est libéré et commence à se volatiliser, le mouvement brownien des molécules d'air va rapidement le répandre jusqu'à ce qu'il soit uniformément distribué dans toute la pièce. Il s'agit là d'une dégradation naturelle vers le désordre, qui peut totalement s'expliquer par la nature aléatoire du mouvement brownien. Supposez maintenant que nous modifiions expérience en ajoutant de la chaleur par radiation issue d'une source extérieure à la pièce. La hausse de la température de l'air dans la pièce ne fera qu'augmenter la vitesse du mouvement brownien, accélérant ainsi la diffusion du parfum (ainsi que la dégénérescence vers le désordre du système). L'apport énergie extérieure en l'occurrence n'entraînera pas une quelconque évolution vers l'ordre.
Deuxième exemple: prenez la croissance (complexification) du système de la plante feuillue sur la terre. Elle dépend du processus de photosynthèse dans les feuilles, sous-système de la plante. La photosynthèse utilise la lumière solaire directe comme source énergie extérieure. Si cette lumière était complètement éliminée et remplacée par une autre forme énergie, comme la chaleur par exemple, la croissance de ces plantes cesserait. Ainsi la structure interne de la plante feuillue lui permet-elle d'utiliser une certaine forme énergie extérieure (lumière solaire directe) pour accroître sa complexité, et donc évoluer vers un ordre plus grand. Mais d'autres formes d'apport énergétique peuvent très bien ne pas entraîner de croissance ni de complexification (en réalité un apport énergétique excessif ou inapproprié risque même de détruire le système).
Par conséquent, le monde observable (la réalité visible) est compose de systèmes physiques. Certains évoluent d'un état moins probable vers un état plus probable; d'autres sont (plus ou moins) statiques ou stables; d'autres enfin évoluent d'un état plus probable vers un état moins probable. Pour ce qui est des systèmes appartenant à la première catégorie, on peut les considérer comme le résultat d'un processus aléatoire. Les systèmes stables, eux, sont soit dans un état d'entropie maximale, soit maintenus dans un état constant (ou de fluctuations périodiques) par des apports énergétiques extérieurs continus (par exemple les systèmes dissipatifs de Prigogine) (10). Ceux qui présentent une évolution d'états plus probables vers des états moins probables ne peuvent pas résulter du hasard. Leur type de croissance ne peut être causé par un apport énergétique observable (de même que la croissance d'une plante sur terre est alimentée par l'énergie solaire) ou alors par quelque force non observable (invisible). C'est ce dernier cas que nous allons examiner maintenant (11).
4. Dieu existe
Pensons à tous les systèmes physiques de l'univers observable et demandons-nous quels sont ceux qui sont les plus complexes, les plus hautement ordonnés, les plus structurés. La réponse est claire et sans équivoque: c'est l'être humain, et en particulier le cerveau humain et son système nerveux central, qui constituent, sans l'ombre d'un doute, l'ensemble le plus sophistiqué des entités agissantes dans l'univers connu (12). Selon tous les critères de comparaison, et considérant tous les systèmes physiques connus, naturels ou artificiels, l'être humain physique est de loin le système le plus hautement ordonné et complexe. Dans ce qui suit, nous entendrons par être humain être physique et non, à moins de le préciser, être humain au sens métaphorique, culturel ou spirituel.
Nous pouvons d'ores et déjà tirer une première conclusion: l'être humain étant la structure la plus hautement ordonnée de l'univers observable connu, il est le plus improbable de tous les systèmes physiques et donc celui qui a le moins de chance d'avoir été crée par un processus aléatoire. Examinons donc le processus qui a produit être humain, et que nous appelons évolution.
En premier lieu, il nous faut établir les faits concernant le processus d'évolution (pour autant que nous les connaissions). Les éléments observables de ce phénomène résident principalement dans des traces fossiles, retrouvées dans des couches de sédiment en divers endroits de la planète. Si ces traces présentaient des contradictions ou des ambiguïtés, l'interprétation de ces données poserait un problème majeur. Mais ce n'est pas le cas. Toutes ces couches sédimentaires font apparaître la même configuration de base, à savoir que les formes de vie plus complexes, plus élevées ont succédé aux plus simples, aux moins complexes. En d'autres termes, le processus d'évolution a été un processus de complexification, de mouvement à partir d'une simplicité et d'un désordre relatifs vers une complexité et un ordre relatifs. Le processus a donc été celui de progression à partir de configurations plus probables vers des configurations moins probables.
S'il est aisé de s'engager dans des discussions compliquées sur l'âge exact de l'univers physique, du système solaire, de la terre, ou bien sur la durée d'existence des conditions de vie sur terre avant l'apparition de la vie elle-même, il n'en reste pas moins que le schéma de base est incontestablement clair. La terre existe depuis quelques milliards d'années (selon un grand nombre d'experts, l'âge de la terre est d'environ 4.5 milliards d'années). Les premières formes de vie, les plus rudimentaires, auraient été les algues bleu-vert, qui seraient apparues il n'y a pas moins de 2 milliards d'années. Quoi qu'il en soit, une longue période (peut-être un milliard d'années) a suivi cette première apparition des algues, pendant laquelle celles-ci étaient les seules formes de vie. Les algues ayant prolifèré, d'autres formes primitives de vie végétale sont ensuite apparues.
Au moyen de la datation radioactive et d'autres méthodes, on a pu établir avec une assez grande certitude que les premières formes rudimentaires d'invertébrés ne sont pas apparues avant environ 600 millions d'années. Ainsi le processus d'évolution, des animaux unicellulaires à l'émergence de l'être humain, arrive à maturation (il y a environ 50 000 ans) n'ayant pas pris plus de 600 millions d'années, ce qui représente, d'un point de vue géologique, un laps de temps relativement court. Pendant ce laps de temps, un phénomène du type expérimentation illimité ou "à extrémité ouverte" n'aurait donc pas pu avoir lieu pour l'évolution. De plus, on estime à environ un millier le nombre des espèces apparues pendant la période entre l'apparition des organismes unicellulaires et celle des êtres humains arrivés à maturité. Dans chaque cas, la transition d'une espèce à une autre s'est faite d'une configuration inférieure (et donc plus probable) à une configuration plus élevée (et donc moins probable). Enfin, les preuves apportées par les traces fossiles montrent invariablement que l'évolution n'a pas été un processus lisse et progressif. Au contraire, il y a eu de longues périodes de stase et de stabilité (les "plateaux"), ponctuées de plus courtes périodes de changement rapide (vers la complexification).
Ainsi évolution est-elle clairement un exemple d'un processus présentant une déviation significative et persistante du hasard. Au cours d'une période donnée et limitée, il y a eu un mouvement persistant et récurrent de configurations plus probables vers des configurations moins probables. Il est par conséquent contraire à la science et à la raison d'attribuer ce phénomène au hasard. En réalité, si elle était laissée au hasard, la transition d'une espèce à la suivante pourrait prendre aussi longtemps que la durée de vie de la terre elle-même, et si on considère le processus évolution dans son ensemble, il faudrait multiplier ce chiffre par mille, ce qui donne un nombre bien plus élevé que la durée vie estimée de l'univers (du "commencement" jusqu'à aujourd'hui).
Compte tenu de ces considérations, nous sommes scientifiquement en droit - en fait nous y sommes contraints par la logique de la méthodologie scientifique - de conclure que le processus de révolution est le résultat de l'action d'une force non observable. En particulier, nous, êtres humains, sommes le "produit final" de révolution et devons donc notre existence à cette force. Il semble raisonnable d'appeler cette force "Dieu", mais quiconque se sent gêné par cette appellation peut tout simplement la nommer "force évolutionnaire" (ou plus précisément, "la force qui a produit l'évolution et donc l'être humain"). De plus, il est plus que raisonnable de supposer que la force d'évolution diffère de toutes les autres forces découvertes à ce jour ou conjecturées par la science. En effet, dans l'état actuel de nos connaissances, aucune autre force n'aurait pu produire le phénomène de révolution (13).
Or, tout comme pour la gravitation, un sceptique peut très bien refuser d'accepter l'existence de la force évolutionnaire en choisissant de croire que l'évolution était un phénomène aléatoire, une série de coïncidences hautement improbables. Cependant, en faisant ce choix, il renonce à toute prétention scientifique et rationnelle. Du point de vue de la méthodologie scientifique, il faut toujours choisir l'option la plus probable parmi tous les choix connus logiquement possibles. Bien qu'il soit logiquement possible que l'évolution ait été un processus aléatoire, ce n'est certainement pas l'éventualité la plus probable. Le sceptique, en particulier s'il s'agit d'un scientifique en fonction, se doit alors d'expliquer pourquoi il ou elle accepte et suit ce principe fondamental de la méthodologie scientifique ailleurs, mais fait une exception du cas de l'évolution. Si l'on n'éprouve aucune difficulté à croire à la gravitation ou à l'interaction nucléaire forte, fondées toutes deux sur des preuves analogues à celles de la force évolutionnaire, alors pourquoi résister de façon irrationnelle à croire à la force de l'évolution ?
Nous prétendons avoir accompli ici notre intention de donner une preuve scientifique de l'existence de Dieu. Nous avons montré, à partir d'un phénomène observable (l'apparition de l'être humain), que l'existence d'une cause non observable est la plus raisonnable de toutes les possibilités logiques connues. On pourrait toutefois se poser la question suivante: dans quelle mesure sommes-nous en droit de nommer la force motrice de l'évolution "Dieu" ? Pourquoi n'appelons-nous pas "Dieu" la gravitation ou l'interaction nucléaire forte ? C'est de cela que nous allons traiter dans la section suivante.
5. La nature de Dieu
Acceptons comme admis, pour le reste de l'exposé, l'existence d'une force invisible qui serait la cause du processus de l'évolution et donc de l'être humain, qui en est le produit final. De prime abord, il pourrait sembler bien arbitraire et gratuit d'identifier ce type de cause à Dieu. Toutefois, si nous réfléchissons un peu, nous nous assurons que ce n'est pas le cas.
Pour commencer, nous savons que cette force est capable de produire un être présentant toutes les subtilités et les raffinements dont nous, êtres humains, sommes dotés. Si nous n'appelons pas "Dieu" la gravitation ou l'interaction nucléaire forte, c'est parce que les effets produits par ces forces ne sont pas aussi étonnants que ceux produits par la force évolutionnaire. Dans le même esprit qui a motivé notre approche de base tout au long de cet exposé, nous pouvons nous demander s'il est raisonnable ou non de supposer qu'une force capable de produire un effet comme l'être humain soit au moins aussi ingénieux que celui-ci. Cette hypothèse semble aussi raisonnable (sinon plus) que toute autre possibilité logique.
En fait, nous savons avec certitude que cette force est capable de faire au moins une chose que nous ne pourrions jamais faire, à savoir donner naissance à la race humaine. Effectivement, cette dernière n'existait même pas pendant que cette force faisait avancer l'évolution. Nous sommes le résultat de l'action de cette force, et nous lui devons notre existence. C'est elle qui nous a crées.
Dans notre discussion sur les réalités visible et invisible, nous avons déjà noté que, du point de vue de la physique moderne, la réalité invisible produit une réalité visible et, en fait, englobe voire même dépasse la réalité visible. On peut donc fort bien supposer que la cause invisible de l'évolution (et donc de l'être humain) englobe voire dépasse les humains. En particulier, notre propre expérience de nous-mêmes nous apprend que nous disposons d'un intellect conscient et du libre arbitre. Il n'est par conséquent pas déraisonnable de penser que la force ou entité qui est la cause de notre existence possède aussi des facultés de conscience, d'intelligence, et de volonté - et très probablement dans une mesure bien supérieure à la notre. La seule autre possibilité est de croire qu'une force aveugle, inconsciente, dénuée de toute intelligence, a pu donner naissance à une créature dotée d'intelligence consciente.
En réalité, s'il est au moins une chose que nous sachions, c'est bien que nous avons une subjectivité consciente, car c'est à travers elle que toute connaissance a lieu. Notre subjectivité est donc la condition la plus fondamentale de notre existence. C'est l'espace intérieur dans lequel chacun de nous vit, et nous savons que notre subjectivité et notre conscience sont le résultat de l'action de cette force. Ainsi, la connaissance de la nature de la force qui nous a crée peut être sondée le mieux par une connaissance plus profonde de ce qui nous est le plus immédiatement accessible, c'est-à-dire notre être le plus intérieur. Il nous semble donc que la connaissance de l'existence et de la nature de Dieu repose sur le fondement le plus solide qui soit.
Notes
1. 'Abdu'l-Bahá. Baha'i World Faith, pp. 383-384 (traduction provisoire).
2. 'Abdu'l-Bahá, Lettre d"Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel.
3. Ibid., pp. 16-18.
4. Par exemple, on retrouve de nombreux éléments de l'argument d' 'Abdu'l-Baha dans une série d'ouvrages du philosophe et scientifique français Pierre Lecomte du Noily, qui débute avec "L'homme devant la science" (1939) et se clôt par "L'homme et sa destinée" (1948). Après une analyse quelque peu analogue à celle du présent essai, Lecomte du Noily conclut carrément que "l'explication de l'évolution de la vie par le hasard seul n'est pas soutenable de nos jours" ("L'homme et sa destinée", p. 48).
Toutefois, pour des raisons qu'il serait fastidieux de mentionner ici, Lecomte du Noily est beaucoup moins clair que ne l'est 'Abdu'l-Bahá lorsque celui-ci conclut à l'existence d'une force agissante externe qui serait la cause de l'évolution. Lecomte du Noily opte au contraire pour une notion peu claire et pas très convaincante, celle du "téléfinalisme" en biologie. Pour lui rendre justice cependant, il faut reconnaître qu'à l'époque ou il a traité de ces questions, la science des systèmes n'avait pas encore opèré certaines de ses avancées fondamentales.
Une autre approche plus récente de ces questions se trouve dans l'article de K. V. Laurikainen "Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God" (1990). Bien que Laurikainen fasse preuve d'une grande perspicacité dans cet article, celui-ci diverge sur quelques points significatifs de l'approche adoptée ici et préalablement (voir Hatcher, "Logic and Logos", en particulier les pages 49-51). Entre autres choses, je n'adhère pas au subjectivisme de Laurikainen, et je rejette le contraste net qu'il voit entre les méthodes de la mécanique quantique et celles de la macrophysique et de la science en général.
En d'autres termes, je ne pense pas que la mécanique quantique soit une exception méthodologique à la pratique scientifique en général. Mais j'ai plutôt le sentiment que certaines de ses observations, appliquées à la science en général, sont justes et perspicaces.
5. Dans "Dieu passe près de nous", Shoghi Effendi qualifie la "Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Auguste Forel" de "l'une des plus importantes que le Maître écrivit jamais".
6. L'argument fondé sur l'évolution présente une similarité superficielle avec la classique "preuve par le dessein" selon laquelle la réalité observable ne pourrait s'accompagner de l'ordre et de la régularité qui sont les siennes sans qu'une telle structure soit l'oeuvre d'un Architecte conscient.
Toutefois, l'argument fondé sur l'évolution traite de la dynamique du développement de systèmes physiques complexes, et non uniquement de la configuration ou de la structure qui résulte de cette dynamique. Ce trait distinctif de l'argument d' 'Abdu'l-Baha le différencie des arguments cosmologiques classiques ou des preuves par le dessein.
Toutefois, les liens entre les développements de la physique moderne et l'argument classique sont de plus en plus admis. Par exemple, selon le physicien Laurikamen, "l'ancien argument par le dessein a en fait été renforcé par les développements de la physique moderne, la tendance vers des théories de plus en plus générales permettant de déduire un nombre croissant de faits à partir d'un petit nombre de principes de base (axiomes). Ce développement, à son tour, a fait clairement apparaître une étonnante structure logique dans la réalité physique - preuve convaincante d'une origine rationnelle de l'existence, supérieure à l'intelligence humaine. Par ailleurs, l'intelligence humaine semble être liée à cette intelligence supérieure dans la mesure où nous sommes de plus en plus à même de dévoiler les prodigieux secrets de la nature. En langage religieux, cela s'exprime par la métaphore selon laquelle les êtres humains ont été crées à l'image de Dieu" ("Quantum Physics", p. 402).
7. Quine, Word and Object, p.78.
8. Pour une discussion plus approfondie sur ces questions méthodologiques, ainsi que pour les références à la littérature sur le sujet, voir Hatcher, Logic and Logos, en particulier les pages de l'essai regroupées sous le titre "Mythes, modèles et mysticisme". pp. 19-59.
9. Cette illustration du principe d'entropie est tirée de Hatcher, "The Science of Religion", p. 23.
10. Prigogine et Stengers, La nouvelle alliance.
11. Les différents principes discutés dans cette section ne constituent qu'une petite partie de la théorie des systèmes dynamiques. Cette théorie vénérable a été récemment vulgarisée sous le nom de la "théorie du chaos", où le terme chaos est plus ou moins (bien que pas exactement ni toujours) équivalent à l'utilisation qui est faite ici du mot hasard ou désordre. Tous ces termes se réfèrent à une certaine catégorie d'états d'un système (des états "chaotiques" ou désordonnés).
La vulgarisation actuelle de la théorie du chaos fait penser à la fameuse théorie des catastrophes, qui a été vulgarisée de la même manière il y a environ vingt ans. Une "catastrophe" n'est qu'un nom illustratif donné à une certaine forme de transition d'un état à un autre à l'intérieur d'un système dynamique. Pour une brève discussion sur tous ces termes rapportés à un exemple spécifique, voir Hatcher, Logic and Logos, pp. 128-129.
12. Voir, par exemple, la série des quatre volumes The Neurosciences.
13. C'est la raison pour laquelle la théorie actuellement admise de l'évolution rente d'expliquer le mouvement de l'évolution vers le haut (vers un ordre plus grand) comme étant une heureuse coïncidence entre deux phénomènes aléatoires: l'action de la sélection naturelle (soit essentiellement, l'impact aléatoire de l'environnement) sur des mutations aléatoires (changements génétiques spontanés).
En présentant son argument, 'Abdu'1-Baha considère une troisième possibilité logique étrangère tant au hasard qu'à l'hypothèse d'une force externe. Il appelle cette troisième voie nécessité ou contrainte inhérente, mais la rejette aussitôt en faisant valoir que "l'assemblage des différents éléments qui forment les êtres... ne peut être obligatoire car, dans ce cas, la composition devrait être une propriété inhérente aux composants, et la propriété inhérente d'une chose ne peut, en aucune manière, en être séparée...
Dans ces conditions, la décomposition de n'importe quel corps compose serait impossible puisque la propriété inhérente à un corps ne peut lui être enlevée." ("Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel" - p. 17). Si nous n'avons pas inclus cette partie de l'argument d' 'Abdu'l-Baha, c'est parce qu'il est généralement connu et admis par les scientifiques que le processus d'évolution n'est pas dû à une nécessité intrinsèque quelconque. En effet, les éléments physiques qui composent des formes de vie plus élevées, telles que l'être humain, peuvent très facilement se retrouver dans d'autres systèmes et sous d'autres formes. Aussi, il semblerait qu' 'Abdu'l-Baha n'ait considéré cette possibilité que pour faire le tour logique de son argument, et non parce qu'il la jugeait une véritable possibilité physique.
14. Selon les écrits bahá'is, les enseignements des Manifestations de Dieu constituent l'instrument le plus efficace pour acquérir la connaissance de soi, laquelle mène à son tour à la connaissance de la nature de Dieu. Pour une discussion sur le rôle de ces figures historiques à cet égard, voir, par exemple, Hatcher, "The Concept of Spirituality".
Ouvrages cités :
'Abdu'l-Bahá
- Lettre d' 'Abdu'l-Baha au Professeur Auguste Forel, Maison d'Editions Bahá'ies, Bruxelles, 1974.
Baha'u'llah and 'Abdu'1-Baha
- Bahà'i World Faith, Wilmette, 111.: Bahà'i Publishing Trust. 1956.
Hatcher, William S.
- The Concept of Spirituality, Bahà'i Studies, vol. 11. Association for Bahà'i Studies. Ottawa. 1982.
- Logic and Logos, Oxford: George Ronald. 1990.
- The Science of Religion, Bahà'i Studies, vol. 2. Association for Bahà'i Studies. Ottawa. 1980.
Laurikainen, K. V.
- Quantum Physics. Philosophy, and the Image of God: Insights from Wolfgang Pauli, Zygon 25.4 (December 1990): pp. 391-404.
Lecomte du Noily, Pierre
- L 'homme devant la science. Paris: Gallimard. 1939.
- L 'homme et sa destines. Paris: La Colombe. 1948.
The Neurosciences
- A Study Program, Edited by Quartron, Melnechuk and Schmitt. New York: Rockefeller Press, 1967.
- Second Study Program. Edited by F. O. Schmitt. New York: Rockefeller Press, 1970.
- Third Study Program. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1974.
- Fourth Study Program. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1979.
Progogine, I. et Stengers, I.
- La nouvelle alliance. Paris: Gallimard, 1979.
Quine, Willard V. O.
- Word and Object. Cambridge: MIT Press, 1960.
Shoghi Effendi
- "Dieu passe près de nous", Maison d'Editions Bahá'ies. Bruxelles. 1976.
Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: William S. Hatcher, A Scientific Proof of the Existence of God, bahai-library.com.
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Published in the Journal of Bahá’í Studies Vol. 5, number 4 (1994)
© Association for Bahá’í Studies 1994
A Scientific Proof of the Existence of God*
William S. Hatcher
* This article was first published in Russian under the title “Nauchnoe Dokazatel’stvo Sushchestvovaniya Boga” (Kiev: Phoenix
Press, 1992). The present English version contains certain emendations and additions suggested by various anonymous reviewers
for The Journal of Bahá’í Studies to all of whom the author expresses his sincere thanks
Abstract
Of the various systems that we can actually observe in the physical world, some (e.g., the movement of small dust
particles suspended in the air) appear to be perfectly random (or chaotic); whereas, others (e.g., the growth of leaved
plants) exhibit a high degree of order and structure. Whenever scientists encounter a phenomenon or system that
exhibits a significant evolution towards order, but without any observable reason for such movement, they suspect
the cause to be the objective action of some unseen force (e.g., the unseen force of gravity that, in the presence of a
large mass like the earth, causes the persistent downward movement of unsupported objects). Using this method,
modern physics has now validated the existence of at least four basic forces (gravity, the strong and the weak
nuclear forces, and electromagnetic force), and continues to examine the possibility that other, hitherto undetected,
forces may exist. In 1921 ‘Abdu’l-Bahá presented a cogent scientific argument for the existence of an objective,
unseen force as the only reasonable explanation for the phenomenon of biological evolution. In the years since
‘Abdu’l-Bahá’s proof was first published, the findings of science have tended to show that, indeed, the phenomenon
of evolution represents a persistent movement from disorder towards order of the kind that strongly suggests the
action of some unobservable force different from all other forces so far discovered. In this article, we present a
somewhat detailed reformulation of ‘Abdu’l-Bahá’s argument using certain contemporary scientific terms that were
not current at the time ‘Abdu’l-Bahá wrote.
Résumé
Si l’on considère les systèmes physiques facilement observables, on voit que certains (par exemple, le mouvement
des grains de poussière suspendus dans l’air) paraîssent parfaitement aléaioire (ou chaotique) tandis que d’autres
systèmes (par exemple, la croissance des plantes feuillues) témoignent d’un, niveau très élévé d’ordre et de
structure. Chaque fois que la science rencontre un phénomène qui démontre, sans raison apparente, une évolution
significative vers un état ordonné, on soupçonne que la cause en est l’action objective d’une force non directement
observable (par example, la force invisible de la gravitation qui, dans la présence d’une grande masse telle la terre,
produit la descente en flèche d’objets libres). En se servant de cette méthode, la physique moderne a réussi à valider
l’existence d’au moins quatre forces fondamentales (la gravitation, les forces nucléaires faible et forte, et la force
électromagnétique) et poursuit la recherche pour déceler d’autres forces encore inconnues. En 1921, ‘Abdu’l-Bahá a
présenté un argument scientifique qui tend à démontrer l’existence d’une force invisible comme cause du
phénomène de l’évolution biologique des espèces. Depuis la publication de la preuve d’‘Abdu’l-Bahá, l’étude
scientfique de l’évolution tend en effet à confirmer que l’émergence des espèces biologiques supérieures représente
un mouvement persistant du désordre vers l’ordre, ce qui suggère fortement l’existence d’une force directrice,
distincte des autres forces connues jusqu’à maintenant. Dans le présent article, nous donnons une formulation
détaillée de la preuve d’‘Abdu’l-Bahá en nous servant de termes scientifique actuels dont certains n’étaient pas
encore utilisés quand ‘Abdu’l-Bahá a écrit son texte.
Resumen
De los distintos sistemas que en el presente podemos observar en el mundo físico, algunos, (por ejemplo, el
movimiento de pequeñas partículas de polvo suspendidas en el aire) aparentan estar perfectamente al azar (o
caóticos) mientras otros, (v.gr., el crecimiento de plantas foliformes) demuestran un alto grado de orden y estructura.
Cuando quiera que los científicos tropiezan con algún fenómeno o sistema que demuestra, en forma significativa,
evolución hacia el orden, sin razón observable que justifique ese movimiento, sospechan que la causa es to acción
objetiva de una fuerza desapercibida (v.gr., la fuerza desapercibida de la gravedad que en presencia de una gran
masa como to tierra, causa el movimiento descendente y persistente de objetos no sostenidos). Utilizando este
método, la fisica moderna ha dado validez a la existencia de por lo menos cuatro fuerzas básicas (la gravedad, las
fuerzas fuerte y débil nucleares, y la fuerza electromagnética), y continúa estudiando la posibilidad de la existencia
de otras fuerzas hasta ahora no descubiertas. En 1921 ‘Abdu’l-Bahá presentó un argumento científico persuasivo en
pro de la existencia de una fuerza objetiva, no visible, como única explicación razonable del fenómeno de evolución
biológica. En los años transcurridos desde que primero se publicó la prueba de ‘Abdu’l-Bahá las observaciones de la
ciencia demuestran que, efectivamente, el fenómeno de la evolución representa movimiento persistente del desorden
hacia el orden de una manera que fuertemente sugiere la acción de una fuerza no observada que en sí es diferente de
toda fuerza hasta ahora descubierta. En esto disertación formulamos de nuevo, en forma algo minuciosa, el
argumento de ‘Abdu’l-Bahá valiéndonos de ciertos términos científicos contemporáneos no corrientes en aquel
tiempo.
If thou wishest the divine knowledge and recognition,… apply thyself to rational and authoritative
arguments. For arguments are a guide to the path, and by this the heart will be turned unto the Sun of
Truth. And when the heart is turned unto the Sun, then the eye will be opened and will recognize the
Sun through the Sun itself. Then there will be no need of arguments, for the Sun is altogether
independent, and absolute independence is in need of nothing, including proofs.
— ‘Abdu’l-Bahá
‘Abdu’l-Bahá’s counsel to the seeker after God seems to say at least two things: first, that rational arguments
are useful and necessary starting points in the approach to God and, second, that the deepest and most adequate
knowledge of God goes far beyond such arguments and is essentially transrational.
Interestingly, ‘Abdu’l-Bahá stresses that the result of studying rational arguments will be to turn the heart
towards God. This suggests that generating logical proofs of the existence of God is not an end in itself, but rather a
means of opening oneself to a deeper experience of the divine presence. Nevertheless, every major philosopher and
every religious tradition have presented proofs of God’s existence, and ‘Abdu’l-Bahá himself has presented a
significant number of such proofs in his own writings. Most of the proofs given by ‘Abdu’l-Bahá are variants of
classical philosophical arguments, starting with Aristotle’s well-known argument for the existence of a primal cause.
However, in his tablet written in 1921 to the Swiss scientist Auguste Forel, ‘Abdu’l-Bahá offers a distinctly
modern proof of the existence of God, based on certain facts and principles associated with the phenomenon of
biological evolution (Bahá’í World Faith 336–48). He argues that the cause of the composition (and decomposition)
of living beings must be an unobservable, objectively existing, voluntary force (thus, a conscious force external to
the process of evolution itself). Since this force has produced humanity, it must be greater than humans and is,
therefore, a Being endowed with superhuman capacities (Bahá‘í World Faith 342–43).
This particular argument may conceivably be original with ‘Abdu’l-Bahá. Certainly it could not have been
given in that form much before the early twentieth century because the scientific theory of evolution on which it is
based was developed only in the nineteenth century. Moreover, most scientists who accepted the theory of evolution
were philosophical materialists, holding that evolution made God irrelevant instead of proving God’s existence.
Though arguments similar to ‘Abdu’l-Bahá’s have appeared in the more recent literature on the philosophy of
science,1 I have yet to discover any that are earlier or even contemporaneous with ‘Abdu’l-Bahá’s tablet to Auguste
Forel.2
The argument based on evolution is not the only proof of God’s existence given in the tablet to Auguste
Forel. However, the evolution-based argument is unique in the way it uses sophisticated scientific ideas, and its
cogency and force are liable to be underestimated by anyone not familiar with certain fundamental principles of
thermodynamics.3 Thus, rather than undertaking a historical—critical approach to ‘Abdu’l-Bahá’s proof, we
propose, in the present article, to give a thoroughly modern formulation of his argument, using scientific terms that
were not necessarily current at the time ‘Abdu’l-Bahá wrote. In taking this approach, we hope to convey something
of the full strength of ‘Abdu’l-Bahá’s argument. Therefore, the remainder of this article will consist of an extended
and careful reformulation of ‘Abdu’l-Bahá’s proof in contemporary scientific language.
The Nature of Scientific Proof
Since our proof purports to be scientific, we need to begin by a brief discussion of the nature of science and of proof
in science. This discussion is all the more important because there are so many commonly held misconceptions
about the nature of scientific proof.
Science is composed of two fundamental aspects. One aspect is its concrete or observable dimension: we
accumulate observations of some phenomenon and record these observations in the form of observation statements.
This record constitutes our body of observed truths or facts about the given phenomenon.
The second aspect of science is its abstract or theoretical dimension. Having accumulated a certain number of
observation statements about a phenomenon, we seek an explanation for these observations. We want to understand
how the various facts about the phenomenon are related to each other. In other words, we seek to understand how or
why the phenomenon occurs and how it operates. This quest leads us to formulate an hypothesis (or. if you will, a
theory) that represents our mental conception of the underlying dynamic of the phenomenon. Such a theory is
usually expressed in a language that uses abstract terms, i.e., terms referring to nonobservable entities or forces
(e.g., entities like electrons or forces like the strong nuclear force). Observation statements, in contrast, will use
concrete terms, that is, terms referring to observable entities or configurations.
The way we test the truth of observation statements is by making further, more exacting, observations and
measurements. However, because of the natural, intrinsic limitations of the human sensory apparatus and nervous
system, we can never entirely eliminate errors from our observations of a given phenomenon, no matter how careful
and exacting we may be. This is particularly true of phenomena that are extremely small (perhaps microscopic) or
extremely remote (say, distant stars), but it is true in general, even of ordinarily accessible, everyday phenomena.
Thus, the truth value of facts (observation statements) is always relative. The widely held belief that the facts of
science are absolute or incontrovertible is therefore a misconception.
Testing the truth of the theoretical statements of science is a still more complicated process. We begin by
deducing new observation statements as logical consequences of the theory; then we test these observation
statements in the usual way. In other words, if our theory says that such-and-such a thing must happen, then we look
to see if such-and-such a thing does in fact happen; if our theory says that snow is white, then we look to see if snow
is, in fact, white. The new observation statements deduced from a theory are called predictions of the theory, and if
they are confirmed by our experience, then we say the theory is valid, meaning “validated or confirmed by
observation.”
Thus, the truth value of a theoretical statement of science is also relative, for even if all current predictions of
a theory are confirmed by observation, nothing excludes the possibility that in the future new predictions will prove
false. There is also the possibility that newly conceived experiments will lead to the future falsification of current
predictions, which, on the basis of current experience, appear justified.
With regard to the truth value of theories, we are therefore in a paradoxical, somewhat humorous situation. It
is possible to prove almost absolutely that a theory is false, because if some of the theory’s predictions flagrantly
contradict highly authenticated observations, then the theory cannot be true. It will have to be abandoned or else
modified in some way. But no matter how many predictions of a theory have been confirmed through observation,
the possibility always remains of the theory’s future falsification as a result either of novel predictions that
contradict known evidence or novel evidence that contradicts known predictions.
Towards the beginning of this century, it was thought possible to establish rules of so-called inductive logic
that would allow us to pass from a set of particulars to a general conclusion with the same degree of precision that
deductive logic allows us to pass from general principles to particular conclusions. However, it is now known that
this is not possible, even in principle. A theorem of mathematical logic has established that, in general, there are an
infinite number of mutually incompatible theories consistent with any given, finite set of facts. Since the finitude of
human beings guarantees that there will always be only a finite set of facts for any given phenomenon, it follows
that no set of observation statements ever determines a unique theory as an explanation for the phenomenon. As one
logician has expressed it: theory is underdetermined by fact (Quine, Word and Object 78).
Thus, fact gathering and theory making are, in some respects, mutually independent. Whereas fact gathering
is a slow, gradual process, theory making involves a creative, discontinuous leap of the imagination. When gathering
facts, we seek to know how things are. When conceiving a theory, we try to imagine how things might be.
It follows incontrovertibly from these considerations that none of the truths of science can ever be considered
as proved absolutely. The notion of absolute proof is simply not part of science. The widespread belief that the
essential characteristic of scientific truth is its absoluteness and exactness (in supposed contrast to the relativity and
imprecision of truth in philosophy or religion) is a misconception. Though some people may deplore this relativity
of scientific truth, it has a quite positive aspect because it makes truth seeking in science an enterprise that is
dynamic and progressive rather than static and sterile. Moreover, the efficiency of scientific method has been
powerfully confirmed by its success in generating an increasing number of highly validated theories resulting from
its systematic application during the last several hundred years.
To summarize, a proposition may be said to be scientifically proved when we have rendered that proposition
considerably more plausible (meaning probably true) than all known, logically possible alternatives. Thus, to speak
of a scientific proof of God’s existence is to affirm that we can render the proposition that God exists considerably
more plausible than any of the known alternatives (and, in particular, the alternative that God does not exist). In
other words, we can know that God exists with the same degree of certainty that we know the strong nuclear force or
electrons exist. Having dealt with these methodological issues, we now begin the proof proper.4
Visible and Invisible Reality
We first establish the principle of the objective existence of an invisible world, i.e., a portion of reality external to
human subjectivity but inaccessible to human observation. In other words, there are forces and entities we cannot
observe directly but which exist objectively, that is, independently of any human perception.
Let us start with a very simple example. Suppose we hold a small object like a pencil between our thumb and
forefinger and then release it. We observe that it falls to the floor, and we say that the force of gravity causes it to
fall. But let us look again. Do we actually see any downward force acting upon the pencil, something pulling or
pushing it? Clearly, not. We do not observe the force of gravity at all. Rather we deduce the existence of some
unseen force (called gravity) acting upon unsupported objects in order to explain their otherwise inexplicable
downward movement.
Now, let us look once again more carefully at the initial configuration of the pencil and ask the following
question: at the moment the pencil is released, what are the logically (physically) possible directions it can take,
based strictly on what we can observe in the configuration? The answer, clearly, is that any direction is logically
possible. Nothing we can observe physically blocks the pencil from following any direction; nor can we observe
anything that seems to favor one direction more than the others. Yet, what we do in fact observe is that one of the
directions (downward) is privileged, for no matter how many times we repeat the simple experiment of releasing the
pencil, it is the downward direction that is taken. Thus, what we observe in fact is a persistent and significant
deviation from randomness (chance).
In science, we say that the behavior of an observable phenomenon is random (due to chance) if all logical
possibilities occur with equal relative frequency. In other words, if the behavior of an unsupported object like the
just released pencil was in fact random, then we would expect that some of these other logical possibilities would
actually occur from time to time. However, what we observe is not only that the various logical possibilities do not
occur with the same relative frequency but also that one of these possibilities is uniquely privileged in being
exclusively chosen. Thus, what we actually observe is a persistent, consistent, and significant deviation from,
randomness, and it is this deviation from randomness (without any observable reason for such deviation) that leads
us to appeal to the existence of an unobserved force as the cause of the observed non-random behavior.
This example concerning gravity illustrates a general principle of scientific method: Whenever we encounter
an observable phenomenon that, for no observable reason, exhibits a persistent deviation from randomness, we feel
logically justified in asserting that the observed non-random behavior is due to the action of some unobserved force
or entity. Indeed, to do otherwise would be grossly illogical and unscientific. The existence of each of the four basic
forces of current physics (gravity, the strong and the weak nuclear forces, and electromagnetic force) was deduced in
this manner. So basic is this principle that all of science would collapse were it to be discarded.
However, let us note that we have not proved absolutely that gravity exists. It is logically possible (though, of
course, highly implausible) that every observed instance of the operation of gravity, from the beginning of recorded
history until the present moment, is nothing but an incredible coincidence. A skeptic (an “agravitist”) could say: “I
understand why you believe that gravity exists, but I prefer to believe that there is no such unseen force.” It is
possible the skeptic might say that we will wake up tomorrow to find a world in total chaos and disorder, with
unsupported objects flying in all directions, and we will then realize that all we have experienced for thousands of
years has been just a series of very remarkable coincidences.
As we know from our discussion of scientific methodology above, we cannot refute such a skeptic in any
absolute way. We can, of course, point out just how infinitesimal is the probability that he or she is right, but the
skeptic is nonetheless free to choose to persist in an implausible belief. However, the skeptic cannot maintain anti-
gravity skepticism while claiming to be scientific and rational in so doing. We have established that the existence of
an unseen force of gravity is by far the most plausible of all known alternatives, and anyone who deliberately
chooses a less plausible alternative is by definition unscientific and irrational. (Again, this is not the same as
acknowledging that there are other logical possibilities, however implausible.)
Returning now to our example of the downward falling of unsupported objects, observe that we have shown
much more than the simple existence of invisible or unobservable forces or entities. We have shown that observable
effects can well have unobservable causes. We have shown that there are many instances of observable behavior that
cannot be explained observably. In more philosophical language, we have shown that the visible world is not self-
sufficient, that it does not contain a “sufficient reason” for itself: the phenomena of visible reality are produced by
(or arise from) invisible reality.
Let us illustrate this truth with a simple analogy. Imagine that we are standing on the shore of an immense
ocean. The ocean and its hidden depths represent the immensity of invisible reality. Occasionally a fish jumps out of
the ocean into the air and then returns to the ocean. The brief moment during which the fish is out of the water
represents a phenomenon of visible reality.
This analogy expresses very well the view of physical reality that derives from modern physics (in particular
from quantum theory): the perceived macro-objects of visible reality consist of billions upon billions of little energy
packets called elementary particles in relative but temporary equilibrium states and in continual motion. These
particles arise from invisible reality (pure energy) and, whenever their equilibrium states are destroyed, they return
to invisible reality.
Random and Non-Random Phenomena in Science
In the foregoing discussion, we have established the following methodological principle of science: Whenever any
phenomenon exhibits an observable, persistent, significant deviation from random behavior, without any observable
cause, then we are justified in inferring the existence of an unseen force or entity as the cause of the phenomenon.
We now need to go further and to ask whether there is any principle of science that can tell us what is probable and
what is improbable. Probable configurations or phenomena are those that are most likely random; whereas,
improbable configurations are more likely to result from the action of some invisible force (when, of course, there is
no observable cause).
There is indeed such a principle. It is the second law of thermodynamics (the so-called entropy principle),
first put forth by the French engineer Carnot (1796–1832) and the German physicist Clausius (1822–1888). We will
consider two statements or formulations of this law, one informal and heuristic, the second more precise and formal.
However, both formulations are scientifically correct.
The first statement is: Disorder is probable and order is improbable. Or, with a bit more elaboration: Order,
structure, and complexity are improbable; while disorder, simplicity, and uniformity are probable. On a common-
sense level we can see why this is true: for, order represents a few specific configurations; whereas, any logically
possible configuration represents disorder. Let us pursue this point a bit further.
Suppose we compare a pile of bricks and a well-built brick house. The pile of bricks represents disorder and
the brick house represents order. If we want to transform a brick house into a pile of bricks, brick by brick, we can
do this in any logically possible way. We can take any brick for the first brick, any brick for the second brick, and so
on. All possibilities lead to a pile of bricks. But if we want to transform a pile of bricks into a brick house, we cannot
do this in any possible way. We cannot, for example, place any upper brick before we have placed a certain
appropriate number of lower bricks. Thus, transforming a brick house into a pile of bricks represents a process that
leads from order to disorder, or from the improbable towards the probable. And transforming a pile of bricks into a
well-built brick house represents a process that leads from disorder to order, i.e., from the probable towards the
improbable.
Thus, if we built a brick house in the woods and left it to the forces of nature for fifty years, we would not be
surprised to find that the house had degenerated into a pile of bricks. But if we left a pile of bricks under the same
conditions for fifty years, we would be very surprised to find a well-built brick house in its place. The surprise we
would feel in such a case represents our intuition of the truth of the second law of thermodynamics.5
Let us now give the second, more formal statement of the law. We begin with a few definitions. By a physical
system we mean any physical entity (object) or any collection of such entities. The entities that make up a physical
system are its components, and any collection of components of a system forms a subsystem. An isolated physical
system is one that receives no energy from outside the system. We now state: in any isolated physical system,
disorder will increase. Moreover, if the system remains isolated, then disorder in the system will increase until the
state known as maximum entropy or total disorder is attained. This is a stable state of the system in that, once
attained, no further change will occur unless energy is furnished to the system from the outside, in some appropriate
manner. Informally stated: Any system degenerates towards disorder if “left to itself.”
This formulation of the second law of thermodynamics leads naturally to the question of whether or not there
are any truly isolated physical systems. As far as we know, there are no totally isolated systems (unless the whole
physical universe is a closed system, which may or may not be the case). For example, most of the energy of the
solar system comes from the sun, but there is some radiation and energy input from outside the solar system.
However, there are many relatively isolated systems, and in these systems the operation of the second law of
thermodynamics has always been confirmed. Indeed, this law is one of the most universally verified and highly
validated of all laws and principles of science.
One very important point should be stressed here. The second law of thermodynamics states that any isolated
system will necessarily degenerate towards disorder, but this does not exclude the possibility that non-isolated
systems may also degenerate! To avoid degeneration towards disorder, it is not usually sufficient just to furnish raw
energy to the system. Energy must be furnished in such a way, and in such a form, that the system can convert some
of the energy into order (or use the energy to complexify its structure). How such a thing may happen will depend
on the nature of the system itself (the relationships that exist between the components within the system), the way
the system evolves, and the way it interacts with the outside.
Let us give two examples. The Brownian motion of air molecules in a closed room is assumed to be totally
random. Suppose a bottle of a highly volatile perfume is unstoppered in this room. The initial configuration, with all
the perfume in the bottle, represents order. Once the perfume is released and begins to volatilize, the Brownian
motion of air molecules will rather quickly spread the perfume until it is uniformly distributed throughout the room.
This is the natural degeneration towards disorder, wholly explainable by the random nature of Brownian motion.
Suppose, now, that we modify the experiment by adding radiant heat from a source outside the room. The increased
air temperature in the room will only increase the speed of the Brownian motion, thereby hastening the spread of the
perfume (and thus the degeneration towards disorder of the system). In this case, the input of energy from outside
the system will not result in any evolution towards order.
As a second example, consider the growth (complexification) of leaved plant systems on the earth. Such
growth depends on the process of photosynthesis within the leaf subsystem of the plant. Photosynthesis uses direct
sunlight as an outside energy source. If sunlight were eliminated entirely and replaced by another form of energy
(say, heat), the growth of those plants would not occur. Thus, the internal structure of a leaved plant allows it to
utilize a certain form of outside energy (direct sunlight) to increase its complexity, thus, to evolve towards greater
order. But other forms of energy input may not result in growth and complexification (indeed, excessive or
inappropriate energy input may well destroy the system).
Thus, the observable world (visible reality) is composed of physical systems. Some are evolving from less
probable to more probable states; some are (more or less) static or stable; and some are evolving from more probable
to less probable states. Systems of the first type can be understood as the result of a random process. The stable
systems are either in a state of maximum entropy or else maintained in a constant (or periodically fluctuating) state
by means of continual inputs of energy from outside (e.g., the dissipative systems of Prigogine [Prigogine and
Stengers, Order Out of Chaos]). Those that exhibit evolution from more probable to less probable states cannot be
the result of a random process. The cause of such a growth pattern can only be some observable input of energy
(e.g., plant growth on earth that is fuelled by solar energy) or else some nonobservable (invisible) force. It is this
latter case that we will now consider.6
God Exists
Let us now think of all the physical systems in the observable universe and ask which of these systems is the most
complex, the most highly ordered, the most structured. The answer is clear and unequivocal: It is the human being,
and in particular the human brain and central nervous system, which, beyond any possible doubt, constitute the most
sophisticated set of behaving entities in the known universe (see, for example, the series of four volumes The
Neurosciences). According to any standard of comparison, and with regard to any known physical system, natural or
artificial, the physical human being is by far the most highly ordered and complex. In the following, unless
otherwise noted, whenever we speak of the human being, we will mean the physical human being and not the human
being in any metaphorical, cultural, or spiritual sense.
We can already draw a first conclusion: Since the human being is the most highly ordered structure in the
known observable universe, the human being is the most improbable of all physical systems and thus the least likely
to have been produced by a random process. So, let us take a look at the process that did produce the human being—
the process we call evolution.
First, we need to establish the facts (as far as we know them) of the process of evolution. The observables of
the phenomenon of evolution are primarily the fossil record, found in the layers of sediment in various locations all
over the earth. If there were contradictions or ambiguities in this record, we would have a major problem in
interpreting these data. However, such is not the case. All these sedimentary layers show the same basic
configuration, namely, that higher, more complex forms of life followed simpler, less complex forms. In other
words, the process of evolution was a process of complexification, of moving from relative simplicity and disorder
towards relative complexity and order. It was therefore a process of moving from more probable configurations
towards less probable configurations.
Although we can easily become involved in intricate discussions about exactly how long the physical
universe, the solar system, or the earth have existed, or how long conditions for life existed on earth before life
actually appeared, the basic pattern is unequivocally clear. The earth has existed for some billions of years (many
expert opinions fix the age of the earth at about 4.5 billion years). The first, and most rudimentary, life forms are
thought to have been blue-green algae, which may have appeared as early as 2 billion years ago. In any case,
following the initial appearance of the algae, there was a long period (perhaps a billion years) during which they
remained the only life forms. After the algae became abundant, other early forms of plant life appeared.
Through radioactive dating and other methods, it has been established with a high degree of certainty that the
first crude forms of invertebrate animal life could not have appeared earlier than about 600 million years ago. Thus,
the process of evolution, from one-celled animals to the emergence of the mature human being (about 50,000 years
ago), took no longer than 600 million years, which, from the geological perspective, is a fairly short time-span. This
shows that there was no time for anything like an “unlimited” or “open-ended” experimentation in evolution.
Moreover, it is estimated that roughly a thousand species intervened between the appearance of one-celled
organisms and the mature human being. In each case, the transition from one species to another was a process
leading from a lower (and therefore more probable) to a higher (and thus less probable) configuration. Finally, the
evidence from the fossil record consistently shows that evolution was not a smooth, gradual process. Rather, there
were long periods of stasis and stability (the so-called plateaus), punctuated by much shorter periods of rapid change
(towards complexification).
Thus, evolution is clearly an example of a process that exhibits a significant, persistent deviation from
randomness. Within a specified and limited time-frame, there was a persistent and recurrent movement from more
probable to less probable configurations. It is therefore unscientific and irrational to attribute this process to chance.
Indeed, just the transition from one species to the next could, if left to chance, take about as long as the lifespan of
the earth itself, and to account for the whole evolutionary process we would have to multiply this figure by a
thousand, yielding a figure much greater than the estimated lifespan of the entire universe (from the “beginning”
until the present).
In the light of these considerations, we have a scientific right—indeed we are compelled by the logic of
scientific methodology—to conclude that the process of evolution is the result of the action of some unobservable
force. In particular, we human beings are the “end product” of evolution and thus owe our existence to this force. It
seems reasonable to call this force “God,” but anyone uncomfortable with that name can simply call it “the
evolutionary force” (or, more precisely, “the force that produced evolution and thus produced the human being”).
Moreover, it is most reasonable to suppose that the force of evolution is different from all other forces that science
has so far discovered or hypothesized, because according to our present knowledge, no other force could have
produced the phenomenon of evolution.7
Now, just as in the case of gravity, a skeptic can refuse to accept the existence of the evolutionary force by
choosing to believe that evolution was a random process, a series of highly unlikely coincidences; but in making
such a choice the skeptic relinquishes any claim to be acting scientifically or rationally. From the point of view of
scientific methodology, one must always choose the most likely among all known, logically possible alternatives.
Although it is logically possible that evolution was a random process, it is clearly not the most likely possibility.
Such a skeptic, especially a practicing scientist, needs to explain why he or she accepts and follows this basic
principle of scientific methodology elsewhere but makes an exception in the case of evolution. If one has no trouble
believing in gravity or the strong nuclear force, based on evidence of a kind similar to that for the evolutionary
force, then why irrationally resist belief in the force of evolution?
We claim to have fulfilled our intention of giving a scientific proof of God’s existence. We have shown, on
the basis of an observable phenomenon (the coming into existence of the human being), that the existence of a
nonobservable cause is the most reasonable of all known logical possibilities. However, one could well ask the
following further question: to what extent are we justified in calling the motive force of evolution “God”? Why do
we not call gravity or the strong nuclear force “God”? We deal with this issue in the following section.
The Nature of God
For the remainder of this discussion, let us accept as established the existence of an unseen force that is the cause of
the process of evolution and thus of the human being, the end product of this process. It might seem at first that our
identification of such a cause with God is rather arbitrary and gratuitous. However, a little reflection shows that this
is not so.
To begin with, we know that this force is capable of producing a being having all of the subtlety and
refinement that we humans are capable of exhibiting. We do not call gravity or the strong nuclear force “God”
because the effects these forces produce are not so marvelous as the effect produced by the evolutionary force. In the
same spirit that has motivated our basic approach throughout this article, we can ask whether or not it is reasonable
to suppose that a force capable of producing an effect such as the human being is at least as subtle as humans. This
hypothesis seems as reasonable as (if not more reasonable than) any other logical possibility.
In fact, we know certainly that this force is capable of doing at least one thing that we could never do, namely
the bringing into being of the human race. Indeed, the human race did not even exist during all of the time that this
force was driving evolution forward. We are the result of the action of this force, and we owe our existence to it. It
has created us.
In our discussion of visible and invisible reality, we have already noted that, from the point of view of
modern physics, invisible reality produces visible reality and, in fact, encompasses or surpasses visible reality. Thus,
the invisible cause of evolution (and therefore of the human being) might also be plausibly supposed to encompass
or surpass humans. In particular, we know from our own experience of ourselves that we have a conscious intellect
and a free will. It is therefore not unreasonable that the force or entity which is the cause of our existence might also
have such faculties as consciousness, intelligence, and will—and most probably to a degree much superior to us.
The only alternative is to believe that a blind, unconscious force, devoid of any intelligence, has somehow brought
into being a creature who is endowed with conscious intelligence.
Indeed, if we know anything at all, we know that we have a conscious subjectivity, because our knowledge of
anything is mediated to us by this very subjectivity. Our subjectivity is thus the most basic condition of our
existence. It is the inner space in which each of us lives, and we know that our subjectivity and our consciousness
are the result of the action of this force. In this way, the knowledge of the nature of the force that has created us is
most appropriately explored through a deeper knowledge of that which is most immediately accessible to us, i.e., our
own inmost selves. It seems, therefore, that our knowledge of the existence and the nature of God is on the most
solid foundation it could possibly be.8
Notes
1. For example, many of the elements of ‘Abdu’l-Bahá’s argument can be found in a series of books written
by the French scientist and philosopher Pierre Lecomte do Noüy, beginning with L’Homme devant la science (1939)
and ending with Human Destiny (1947). After an analysis somewhat similar to that of the present essay, Lecomte do
Noüy concludes boldly that “an explanation of the evolution of life by chance alone is untenable today” (Human
Destiny 43). However, for reasons that are too detailed for consideration here, he is much less clear than ‘Abdu’l-
Bahá in drawing the conclusion that the cause of evolution is an externally acting force. Lecomte do Noüy opts
instead for a somewhat unclear and not terribly convincing notion of “telefinalism” in biology. In fairness to
Lecomte do Noüy, it must be recognized that he was dealing with these questions at a time when certain
fundamental advances in the science of dynamical systems had not yet occurred. A more recent example of another
approach to these issues is K. V. Laurikainen, “Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God” (1990).
Though Laurikainen’s article is insightful, there are some significant points of difference with the approach I have
taken here and previously (see Hatcher, Logic and Logos, in particular pages 49–51). Among other things, I do not
agree with Laurikainen’s subjectivism, and I reject the sharp contrast Laurikainen makes between the methods of
quantum mechanics and those of macrophysics and science in general. In other words, I do not feel that quantum
mechanics constitutes a methodological exception to general scientific practice. But I do feel that some of the
observations Laurikainen makes are accurate and insightful as applied to science in general.
2. In God Passes By, Shoghi Effendi characterizes ‘Abdu’l-Bahá’s tablet to Auguste Forel as “one of the most
weighty the Master ever wrote” (307–8).
3. The evolution-based argument bears superficial similarity to the classical “proof from design,” which
argues that observable reality could not exhibit the order and regularity it does without such structure being the
result of a Conscious Designer. However, the evolution-based argument deals with the dynamics of the development
of complex physical systems, not just the design or structure resulting from such dynamics. This distinctive feature
of ‘Abdu’l-Bahá’s argument sets it quite apart from classical cosmological or design arguments. However, the link
between developments in modern physics and the classical design argument has been increasingly recognized. For
example, the physicist Laurikainen says: “The old argument from design has, in fact, gained new strength from the
development of modern physics. The trend has been toward increasingly general theories that enable one to deduce
an increasing number of facts from a small number of basic principles (axioms). This development, in turn, has
clearly brought to light a beautiful logical structure in physical reality—strong evidence of a rational origin of
existence that is superior to human intelligence. On the other hand, human intelligence seems to be related to this
superior intelligence because we are increasingly able to unveil the beautiful secrets of nature. In religious language,
this is expressed in the metaphor that humans are created in the image of God” (“Quantum Physics” 402).
4. For an expanded discussion of these methodological issues, together with references in the literature on the
subject, see Hatcher, Logic and Logos, in particular the essay entitled “Myths, Models and Mysticism” 19–59.
5. This illustration of the entropy principle is based on Hatcher, “Science” 23.
6. The various principles discussed in this section constitute a small part of the theory of dynamical systems.
This venerable theory has been recently popularized under the name of “chaos theory,” where the word chaos is
roughly (though not exactly and not always) equivalent to the use here of randomness or disorder. All of these terms
refer to a certain category of states of a system (i.e., “chaotic” or disordered states). The current popularization of
chaos theory is reminiscent of so-called catastrophe theory, which was similarly popularized about twenty years ago.
A “catastrophe” is just an imaginative name given to a certain kind of transition from one state of a dynamical
system to another. For a succinct discussion that relates all of these terms to a specific example, see Hatcher, Logic
and Logos 128–29.
7. This is why the currently accepted theory of evolution attempts to explain the upward movement (the
movement towards greater order) in evolution as the fortunate coincidence of two random phenomena: the action of
natural selection (essentially, random environmental impact) on random mutations (spontaneous genetic change). In
his presentation of his argument, ‘Abdu’l-Bahá considers a third logical possibility different from both chance and
the hypothesis of an external force. He calls this third alternative necessity or inherent compulsion. He immediately
rejects this possibility, saying that “the coming together of the various constituent elements of beings… cannot be
compulsory, for then the formation must be an inherent property of the constituent parts and the inherent property of
a thing can in no wise be dissociated from it but under such circumstances the decomposition of any formation is
impossible, for the inherent properties of a thing cannot be separated from it” (Bahá’í World Faith 342). We have
not included this part of ‘Abdu’l-Bahá’s argument in our reformulation because it is generally known and accepted
by scientists that the process of evolution is not due to any intrinsic necessity, since the physical elements that make
up higher life forms such a the human being may very easily occur in other systems and in other forms, Thus, it
would appear that ‘Abdu’l-Bahá considers this possibility only to give logical completeness to his argument, not
because he considers it a genuine physical possibility.
8. According to the Bahá’í writings, the most effective instrument for attaining the quality of self-knowledge
that leads to knowledge of the nature of God is the teachings of the Manifestations of God. For a discussion of the
role of these historical figures in this connection, see, for example, Hatcher, “Concept.”
Works Cited
Bahá’u’lláh and ‘Abdu’l-Bahá. Bahá’í World Faith. Rev. ed. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1956.
———. The Divine Art of Living. Ed. Mabel Hyde Paine. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1960.
Hatcher, William S. “The Concept of Spirituality.” Bahá’í Studies. Vol. 11. Association for Bahá’í Studies, Ottawa,
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———. Logic and Logos. Oxford: George Ronald, 1990.
———. “The Science of Religion.” Bahá’í Studies. Vol. 2. Association for Bahá’í Studies, Ottawa, 1980.
Laurikainen, K. V. “Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God: Insights from Wolfgang Pauli.” Zygon
25.4 (December 1990): 391–404.
Lecomte du Noüy, Pierre. L’Homme devant la science. Paris: Gallimard, 1939.
———. Human Destiny. New York: Longmans, Green and Co., 1947.
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Prigogine, I., and I. Stengers. Order Out of Chaos. London: Fontana Press, 1984.
Quine, Willard V.O. Word and Object. Cambridge: MIT Press, 1960.
Shoghi Effendi. God Passes By. Rev. ed. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1974.
──────────────────────────────────────────────────────────────────────
Published in the Journal of Bahá’í Studies Vol. 5, number 4 (1994)
© Association for Bahá’í Studies 1994
A Scientific Proof of the Existence of God*
William S. Hatcher
* This article was first published in Russian under the title “Nauchnoe Dokazatel’stvo Sushchestvovaniya Boga” (Kiev: Phoenix
Press, 1992). The present English version contains certain emendations and additions suggested by various anonymous reviewers
for The Journal of Bahá’í Studies to all of whom the author expresses his sincere thanks
Abstract
Of the various systems that we can actually observe in the physical world, some (e.g., the movement of small dust
particles suspended in the air) appear to be perfectly random (or chaotic); whereas, others (e.g., the growth of leaved
plants) exhibit a high degree of order and structure. Whenever scientists encounter a phenomenon or system that
exhibits a significant evolution towards order, but without any observable reason for such movement, they suspect
the cause to be the objective action of some unseen force (e.g., the unseen force of gravity that, in the presence of a
large mass like the earth, causes the persistent downward movement of unsupported objects). Using this method,
modern physics has now validated the existence of at least four basic forces (gravity, the strong and the weak
nuclear forces, and electromagnetic force), and continues to examine the possibility that other, hitherto undetected,
forces may exist. In 1921 ‘Abdu’l-Bahá presented a cogent scientific argument for the existence of an objective,
unseen force as the only reasonable explanation for the phenomenon of biological evolution. In the years since
‘Abdu’l-Bahá’s proof was first published, the findings of science have tended to show that, indeed, the phenomenon
of evolution represents a persistent movement from disorder towards order of the kind that strongly suggests the
action of some unobservable force different from all other forces so far discovered. In this article, we present a
somewhat detailed reformulation of ‘Abdu’l-Bahá’s argument using certain contemporary scientific terms that were
not current at the time ‘Abdu’l-Bahá wrote.
Résumé
Si l’on considère les systèmes physiques facilement observables, on voit que certains (par exemple, le mouvement
des grains de poussière suspendus dans l’air) paraîssent parfaitement aléaioire (ou chaotique) tandis que d’autres
systèmes (par exemple, la croissance des plantes feuillues) témoignent d’un, niveau très élévé d’ordre et de
structure. Chaque fois que la science rencontre un phénomène qui démontre, sans raison apparente, une évolution
significative vers un état ordonné, on soupçonne que la cause en est l’action objective d’une force non directement
observable (par example, la force invisible de la gravitation qui, dans la présence d’une grande masse telle la terre,
produit la descente en flèche d’objets libres). En se servant de cette méthode, la physique moderne a réussi à valider
l’existence d’au moins quatre forces fondamentales (la gravitation, les forces nucléaires faible et forte, et la force
électromagnétique) et poursuit la recherche pour déceler d’autres forces encore inconnues. En 1921, ‘Abdu’l-Bahá a
présenté un argument scientifique qui tend à démontrer l’existence d’une force invisible comme cause du
phénomène de l’évolution biologique des espèces. Depuis la publication de la preuve d’‘Abdu’l-Bahá, l’étude
scientfique de l’évolution tend en effet à confirmer que l’émergence des espèces biologiques supérieures représente
un mouvement persistant du désordre vers l’ordre, ce qui suggère fortement l’existence d’une force directrice,
distincte des autres forces connues jusqu’à maintenant. Dans le présent article, nous donnons une formulation
détaillée de la preuve d’‘Abdu’l-Bahá en nous servant de termes scientifique actuels dont certains n’étaient pas
encore utilisés quand ‘Abdu’l-Bahá a écrit son texte.
Resumen
De los distintos sistemas que en el presente podemos observar en el mundo físico, algunos, (por ejemplo, el
movimiento de pequeñas partículas de polvo suspendidas en el aire) aparentan estar perfectamente al azar (o
caóticos) mientras otros, (v.gr., el crecimiento de plantas foliformes) demuestran un alto grado de orden y estructura.
Cuando quiera que los científicos tropiezan con algún fenómeno o sistema que demuestra, en forma significativa,
evolución hacia el orden, sin razón observable que justifique ese movimiento, sospechan que la causa es to acción
objetiva de una fuerza desapercibida (v.gr., la fuerza desapercibida de la gravedad que en presencia de una gran
masa como to tierra, causa el movimiento descendente y persistente de objetos no sostenidos). Utilizando este
método, la fisica moderna ha dado validez a la existencia de por lo menos cuatro fuerzas básicas (la gravedad, las
fuerzas fuerte y débil nucleares, y la fuerza electromagnética), y continúa estudiando la posibilidad de la existencia
de otras fuerzas hasta ahora no descubiertas. En 1921 ‘Abdu’l-Bahá presentó un argumento científico persuasivo en
pro de la existencia de una fuerza objetiva, no visible, como única explicación razonable del fenómeno de evolución
biológica. En los años transcurridos desde que primero se publicó la prueba de ‘Abdu’l-Bahá las observaciones de la
ciencia demuestran que, efectivamente, el fenómeno de la evolución representa movimiento persistente del desorden
hacia el orden de una manera que fuertemente sugiere la acción de una fuerza no observada que en sí es diferente de
toda fuerza hasta ahora descubierta. En esto disertación formulamos de nuevo, en forma algo minuciosa, el
argumento de ‘Abdu’l-Bahá valiéndonos de ciertos términos científicos contemporáneos no corrientes en aquel
tiempo.
If thou wishest the divine knowledge and recognition,… apply thyself to rational and authoritative
arguments. For arguments are a guide to the path, and by this the heart will be turned unto the Sun of
Truth. And when the heart is turned unto the Sun, then the eye will be opened and will recognize the
Sun through the Sun itself. Then there will be no need of arguments, for the Sun is altogether
independent, and absolute independence is in need of nothing, including proofs.
— ‘Abdu’l-Bahá
‘Abdu’l-Bahá’s counsel to the seeker after God seems to say at least two things: first, that rational arguments
are useful and necessary starting points in the approach to God and, second, that the deepest and most adequate
knowledge of God goes far beyond such arguments and is essentially transrational.
Interestingly, ‘Abdu’l-Bahá stresses that the result of studying rational arguments will be to turn the heart
towards God. This suggests that generating logical proofs of the existence of God is not an end in itself, but rather a
means of opening oneself to a deeper experience of the divine presence. Nevertheless, every major philosopher and
every religious tradition have presented proofs of God’s existence, and ‘Abdu’l-Bahá himself has presented a
significant number of such proofs in his own writings. Most of the proofs given by ‘Abdu’l-Bahá are variants of
classical philosophical arguments, starting with Aristotle’s well-known argument for the existence of a primal cause.
However, in his tablet written in 1921 to the Swiss scientist Auguste Forel, ‘Abdu’l-Bahá offers a distinctly
modern proof of the existence of God, based on certain facts and principles associated with the phenomenon of
biological evolution (Bahá’í World Faith 336–48). He argues that the cause of the composition (and decomposition)
of living beings must be an unobservable, objectively existing, voluntary force (thus, a conscious force external to
the process of evolution itself). Since this force has produced humanity, it must be greater than humans and is,
therefore, a Being endowed with superhuman capacities (Bahá‘í World Faith 342–43).
This particular argument may conceivably be original with ‘Abdu’l-Bahá. Certainly it could not have been
given in that form much before the early twentieth century because the scientific theory of evolution on which it is
based was developed only in the nineteenth century. Moreover, most scientists who accepted the theory of evolution
were philosophical materialists, holding that evolution made God irrelevant instead of proving God’s existence.
Though arguments similar to ‘Abdu’l-Bahá’s have appeared in the more recent literature on the philosophy of
science,1 I have yet to discover any that are earlier or even contemporaneous with ‘Abdu’l-Bahá’s tablet to Auguste
Forel.2
The argument based on evolution is not the only proof of God’s existence given in the tablet to Auguste
Forel. However, the evolution-based argument is unique in the way it uses sophisticated scientific ideas, and its
cogency and force are liable to be underestimated by anyone not familiar with certain fundamental principles of
thermodynamics.3 Thus, rather than undertaking a historical—critical approach to ‘Abdu’l-Bahá’s proof, we
propose, in the present article, to give a thoroughly modern formulation of his argument, using scientific terms that
were not necessarily current at the time ‘Abdu’l-Bahá wrote. In taking this approach, we hope to convey something
of the full strength of ‘Abdu’l-Bahá’s argument. Therefore, the remainder of this article will consist of an extended
and careful reformulation of ‘Abdu’l-Bahá’s proof in contemporary scientific language.
The Nature of Scientific Proof
Since our proof purports to be scientific, we need to begin by a brief discussion of the nature of science and of proof
in science. This discussion is all the more important because there are so many commonly held misconceptions
about the nature of scientific proof.
Science is composed of two fundamental aspects. One aspect is its concrete or observable dimension: we
accumulate observations of some phenomenon and record these observations in the form of observation statements.
This record constitutes our body of observed truths or facts about the given phenomenon.
The second aspect of science is its abstract or theoretical dimension. Having accumulated a certain number of
observation statements about a phenomenon, we seek an explanation for these observations. We want to understand
how the various facts about the phenomenon are related to each other. In other words, we seek to understand how or
why the phenomenon occurs and how it operates. This quest leads us to formulate an hypothesis (or. if you will, a
theory) that represents our mental conception of the underlying dynamic of the phenomenon. Such a theory is
usually expressed in a language that uses abstract terms, i.e., terms referring to nonobservable entities or forces
(e.g., entities like electrons or forces like the strong nuclear force). Observation statements, in contrast, will use
concrete terms, that is, terms referring to observable entities or configurations.
The way we test the truth of observation statements is by making further, more exacting, observations and
measurements. However, because of the natural, intrinsic limitations of the human sensory apparatus and nervous
system, we can never entirely eliminate errors from our observations of a given phenomenon, no matter how careful
and exacting we may be. This is particularly true of phenomena that are extremely small (perhaps microscopic) or
extremely remote (say, distant stars), but it is true in general, even of ordinarily accessible, everyday phenomena.
Thus, the truth value of facts (observation statements) is always relative. The widely held belief that the facts of
science are absolute or incontrovertible is therefore a misconception.
Testing the truth of the theoretical statements of science is a still more complicated process. We begin by
deducing new observation statements as logical consequences of the theory; then we test these observation
statements in the usual way. In other words, if our theory says that such-and-such a thing must happen, then we look
to see if such-and-such a thing does in fact happen; if our theory says that snow is white, then we look to see if snow
is, in fact, white. The new observation statements deduced from a theory are called predictions of the theory, and if
they are confirmed by our experience, then we say the theory is valid, meaning “validated or confirmed by
observation.”
Thus, the truth value of a theoretical statement of science is also relative, for even if all current predictions of
a theory are confirmed by observation, nothing excludes the possibility that in the future new predictions will prove
false. There is also the possibility that newly conceived experiments will lead to the future falsification of current
predictions, which, on the basis of current experience, appear justified.
With regard to the truth value of theories, we are therefore in a paradoxical, somewhat humorous situation. It
is possible to prove almost absolutely that a theory is false, because if some of the theory’s predictions flagrantly
contradict highly authenticated observations, then the theory cannot be true. It will have to be abandoned or else
modified in some way. But no matter how many predictions of a theory have been confirmed through observation,
the possibility always remains of the theory’s future falsification as a result either of novel predictions that
contradict known evidence or novel evidence that contradicts known predictions.
Towards the beginning of this century, it was thought possible to establish rules of so-called inductive logic
that would allow us to pass from a set of particulars to a general conclusion with the same degree of precision that
deductive logic allows us to pass from general principles to particular conclusions. However, it is now known that
this is not possible, even in principle. A theorem of mathematical logic has established that, in general, there are an
infinite number of mutually incompatible theories consistent with any given, finite set of facts. Since the finitude of
human beings guarantees that there will always be only a finite set of facts for any given phenomenon, it follows
that no set of observation statements ever determines a unique theory as an explanation for the phenomenon. As one
logician has expressed it: theory is underdetermined by fact (Quine, Word and Object 78).
Thus, fact gathering and theory making are, in some respects, mutually independent. Whereas fact gathering
is a slow, gradual process, theory making involves a creative, discontinuous leap of the imagination. When gathering
facts, we seek to know how things are. When conceiving a theory, we try to imagine how things might be.
It follows incontrovertibly from these considerations that none of the truths of science can ever be considered
as proved absolutely. The notion of absolute proof is simply not part of science. The widespread belief that the
essential characteristic of scientific truth is its absoluteness and exactness (in supposed contrast to the relativity and
imprecision of truth in philosophy or religion) is a misconception. Though some people may deplore this relativity
of scientific truth, it has a quite positive aspect because it makes truth seeking in science an enterprise that is
dynamic and progressive rather than static and sterile. Moreover, the efficiency of scientific method has been
powerfully confirmed by its success in generating an increasing number of highly validated theories resulting from
its systematic application during the last several hundred years.
To summarize, a proposition may be said to be scientifically proved when we have rendered that proposition
considerably more plausible (meaning probably true) than all known, logically possible alternatives. Thus, to speak
of a scientific proof of God’s existence is to affirm that we can render the proposition that God exists considerably
more plausible than any of the known alternatives (and, in particular, the alternative that God does not exist). In
other words, we can know that God exists with the same degree of certainty that we know the strong nuclear force or
electrons exist. Having dealt with these methodological issues, we now begin the proof proper.4
Visible and Invisible Reality
We first establish the principle of the objective existence of an invisible world, i.e., a portion of reality external to
human subjectivity but inaccessible to human observation. In other words, there are forces and entities we cannot
observe directly but which exist objectively, that is, independently of any human perception.
Let us start with a very simple example. Suppose we hold a small object like a pencil between our thumb and
forefinger and then release it. We observe that it falls to the floor, and we say that the force of gravity causes it to
fall. But let us look again. Do we actually see any downward force acting upon the pencil, something pulling or
pushing it? Clearly, not. We do not observe the force of gravity at all. Rather we deduce the existence of some
unseen force (called gravity) acting upon unsupported objects in order to explain their otherwise inexplicable
downward movement.
Now, let us look once again more carefully at the initial configuration of the pencil and ask the following
question: at the moment the pencil is released, what are the logically (physically) possible directions it can take,
based strictly on what we can observe in the configuration? The answer, clearly, is that any direction is logically
possible. Nothing we can observe physically blocks the pencil from following any direction; nor can we observe
anything that seems to favor one direction more than the others. Yet, what we do in fact observe is that one of the
directions (downward) is privileged, for no matter how many times we repeat the simple experiment of releasing the
pencil, it is the downward direction that is taken. Thus, what we observe in fact is a persistent and significant
deviation from randomness (chance).
In science, we say that the behavior of an observable phenomenon is random (due to chance) if all logical
possibilities occur with equal relative frequency. In other words, if the behavior of an unsupported object like the
just released pencil was in fact random, then we would expect that some of these other logical possibilities would
actually occur from time to time. However, what we observe is not only that the various logical possibilities do not
occur with the same relative frequency but also that one of these possibilities is uniquely privileged in being
exclusively chosen. Thus, what we actually observe is a persistent, consistent, and significant deviation from,
randomness, and it is this deviation from randomness (without any observable reason for such deviation) that leads
us to appeal to the existence of an unobserved force as the cause of the observed non-random behavior.
This example concerning gravity illustrates a general principle of scientific method: Whenever we encounter
an observable phenomenon that, for no observable reason, exhibits a persistent deviation from randomness, we feel
logically justified in asserting that the observed non-random behavior is due to the action of some unobserved force
or entity. Indeed, to do otherwise would be grossly illogical and unscientific. The existence of each of the four basic
forces of current physics (gravity, the strong and the weak nuclear forces, and electromagnetic force) was deduced in
this manner. So basic is this principle that all of science would collapse were it to be discarded.
However, let us note that we have not proved absolutely that gravity exists. It is logically possible (though, of
course, highly implausible) that every observed instance of the operation of gravity, from the beginning of recorded
history until the present moment, is nothing but an incredible coincidence. A skeptic (an “agravitist”) could say: “I
understand why you believe that gravity exists, but I prefer to believe that there is no such unseen force.” It is
possible the skeptic might say that we will wake up tomorrow to find a world in total chaos and disorder, with
unsupported objects flying in all directions, and we will then realize that all we have experienced for thousands of
years has been just a series of very remarkable coincidences.
As we know from our discussion of scientific methodology above, we cannot refute such a skeptic in any
absolute way. We can, of course, point out just how infinitesimal is the probability that he or she is right, but the
skeptic is nonetheless free to choose to persist in an implausible belief. However, the skeptic cannot maintain anti-
gravity skepticism while claiming to be scientific and rational in so doing. We have established that the existence of
an unseen force of gravity is by far the most plausible of all known alternatives, and anyone who deliberately
chooses a less plausible alternative is by definition unscientific and irrational. (Again, this is not the same as
acknowledging that there are other logical possibilities, however implausible.)
Returning now to our example of the downward falling of unsupported objects, observe that we have shown
much more than the simple existence of invisible or unobservable forces or entities. We have shown that observable
effects can well have unobservable causes. We have shown that there are many instances of observable behavior that
cannot be explained observably. In more philosophical language, we have shown that the visible world is not self-
sufficient, that it does not contain a “sufficient reason” for itself: the phenomena of visible reality are produced by
(or arise from) invisible reality.
Let us illustrate this truth with a simple analogy. Imagine that we are standing on the shore of an immense
ocean. The ocean and its hidden depths represent the immensity of invisible reality. Occasionally a fish jumps out of
the ocean into the air and then returns to the ocean. The brief moment during which the fish is out of the water
represents a phenomenon of visible reality.
This analogy expresses very well the view of physical reality that derives from modern physics (in particular
from quantum theory): the perceived macro-objects of visible reality consist of billions upon billions of little energy
packets called elementary particles in relative but temporary equilibrium states and in continual motion. These
particles arise from invisible reality (pure energy) and, whenever their equilibrium states are destroyed, they return
to invisible reality.
Random and Non-Random Phenomena in Science
In the foregoing discussion, we have established the following methodological principle of science: Whenever any
phenomenon exhibits an observable, persistent, significant deviation from random behavior, without any observable
cause, then we are justified in inferring the existence of an unseen force or entity as the cause of the phenomenon.
We now need to go further and to ask whether there is any principle of science that can tell us what is probable and
what is improbable. Probable configurations or phenomena are those that are most likely random; whereas,
improbable configurations are more likely to result from the action of some invisible force (when, of course, there is
no observable cause).
There is indeed such a principle. It is the second law of thermodynamics (the so-called entropy principle),
first put forth by the French engineer Carnot (1796–1832) and the German physicist Clausius (1822–1888). We will
consider two statements or formulations of this law, one informal and heuristic, the second more precise and formal.
However, both formulations are scientifically correct.
The first statement is: Disorder is probable and order is improbable. Or, with a bit more elaboration: Order,
structure, and complexity are improbable; while disorder, simplicity, and uniformity are probable. On a common-
sense level we can see why this is true: for, order represents a few specific configurations; whereas, any logically
possible configuration represents disorder. Let us pursue this point a bit further.
Suppose we compare a pile of bricks and a well-built brick house. The pile of bricks represents disorder and
the brick house represents order. If we want to transform a brick house into a pile of bricks, brick by brick, we can
do this in any logically possible way. We can take any brick for the first brick, any brick for the second brick, and so
on. All possibilities lead to a pile of bricks. But if we want to transform a pile of bricks into a brick house, we cannot
do this in any possible way. We cannot, for example, place any upper brick before we have placed a certain
appropriate number of lower bricks. Thus, transforming a brick house into a pile of bricks represents a process that
leads from order to disorder, or from the improbable towards the probable. And transforming a pile of bricks into a
well-built brick house represents a process that leads from disorder to order, i.e., from the probable towards the
improbable.
Thus, if we built a brick house in the woods and left it to the forces of nature for fifty years, we would not be
surprised to find that the house had degenerated into a pile of bricks. But if we left a pile of bricks under the same
conditions for fifty years, we would be very surprised to find a well-built brick house in its place. The surprise we
would feel in such a case represents our intuition of the truth of the second law of thermodynamics.5
Let us now give the second, more formal statement of the law. We begin with a few definitions. By a physical
system we mean any physical entity (object) or any collection of such entities. The entities that make up a physical
system are its components, and any collection of components of a system forms a subsystem. An isolated physical
system is one that receives no energy from outside the system. We now state: in any isolated physical system,
disorder will increase. Moreover, if the system remains isolated, then disorder in the system will increase until the
state known as maximum entropy or total disorder is attained. This is a stable state of the system in that, once
attained, no further change will occur unless energy is furnished to the system from the outside, in some appropriate
manner. Informally stated: Any system degenerates towards disorder if “left to itself.”
This formulation of the second law of thermodynamics leads naturally to the question of whether or not there
are any truly isolated physical systems. As far as we know, there are no totally isolated systems (unless the whole
physical universe is a closed system, which may or may not be the case). For example, most of the energy of the
solar system comes from the sun, but there is some radiation and energy input from outside the solar system.
However, there are many relatively isolated systems, and in these systems the operation of the second law of
thermodynamics has always been confirmed. Indeed, this law is one of the most universally verified and highly
validated of all laws and principles of science.
One very important point should be stressed here. The second law of thermodynamics states that any isolated
system will necessarily degenerate towards disorder, but this does not exclude the possibility that non-isolated
systems may also degenerate! To avoid degeneration towards disorder, it is not usually sufficient just to furnish raw
energy to the system. Energy must be furnished in such a way, and in such a form, that the system can convert some
of the energy into order (or use the energy to complexify its structure). How such a thing may happen will depend
on the nature of the system itself (the relationships that exist between the components within the system), the way
the system evolves, and the way it interacts with the outside.
Let us give two examples. The Brownian motion of air molecules in a closed room is assumed to be totally
random. Suppose a bottle of a highly volatile perfume is unstoppered in this room. The initial configuration, with all
the perfume in the bottle, represents order. Once the perfume is released and begins to volatilize, the Brownian
motion of air molecules will rather quickly spread the perfume until it is uniformly distributed throughout the room.
This is the natural degeneration towards disorder, wholly explainable by the random nature of Brownian motion.
Suppose, now, that we modify the experiment by adding radiant heat from a source outside the room. The increased
air temperature in the room will only increase the speed of the Brownian motion, thereby hastening the spread of the
perfume (and thus the degeneration towards disorder of the system). In this case, the input of energy from outside
the system will not result in any evolution towards order.
As a second example, consider the growth (complexification) of leaved plant systems on the earth. Such
growth depends on the process of photosynthesis within the leaf subsystem of the plant. Photosynthesis uses direct
sunlight as an outside energy source. If sunlight were eliminated entirely and replaced by another form of energy
(say, heat), the growth of those plants would not occur. Thus, the internal structure of a leaved plant allows it to
utilize a certain form of outside energy (direct sunlight) to increase its complexity, thus, to evolve towards greater
order. But other forms of energy input may not result in growth and complexification (indeed, excessive or
inappropriate energy input may well destroy the system).
Thus, the observable world (visible reality) is composed of physical systems. Some are evolving from less
probable to more probable states; some are (more or less) static or stable; and some are evolving from more probable
to less probable states. Systems of the first type can be understood as the result of a random process. The stable
systems are either in a state of maximum entropy or else maintained in a constant (or periodically fluctuating) state
by means of continual inputs of energy from outside (e.g., the dissipative systems of Prigogine [Prigogine and
Stengers, Order Out of Chaos]). Those that exhibit evolution from more probable to less probable states cannot be
the result of a random process. The cause of such a growth pattern can only be some observable input of energy
(e.g., plant growth on earth that is fuelled by solar energy) or else some nonobservable (invisible) force. It is this
latter case that we will now consider.6
God Exists
Let us now think of all the physical systems in the observable universe and ask which of these systems is the most
complex, the most highly ordered, the most structured. The answer is clear and unequivocal: It is the human being,
and in particular the human brain and central nervous system, which, beyond any possible doubt, constitute the most
sophisticated set of behaving entities in the known universe (see, for example, the series of four volumes The
Neurosciences). According to any standard of comparison, and with regard to any known physical system, natural or
artificial, the physical human being is by far the most highly ordered and complex. In the following, unless
otherwise noted, whenever we speak of the human being, we will mean the physical human being and not the human
being in any metaphorical, cultural, or spiritual sense.
We can already draw a first conclusion: Since the human being is the most highly ordered structure in the
known observable universe, the human being is the most improbable of all physical systems and thus the least likely
to have been produced by a random process. So, let us take a look at the process that did produce the human being—
the process we call evolution.
First, we need to establish the facts (as far as we know them) of the process of evolution. The observables of
the phenomenon of evolution are primarily the fossil record, found in the layers of sediment in various locations all
over the earth. If there were contradictions or ambiguities in this record, we would have a major problem in
interpreting these data. However, such is not the case. All these sedimentary layers show the same basic
configuration, namely, that higher, more complex forms of life followed simpler, less complex forms. In other
words, the process of evolution was a process of complexification, of moving from relative simplicity and disorder
towards relative complexity and order. It was therefore a process of moving from more probable configurations
towards less probable configurations.
Although we can easily become involved in intricate discussions about exactly how long the physical
universe, the solar system, or the earth have existed, or how long conditions for life existed on earth before life
actually appeared, the basic pattern is unequivocally clear. The earth has existed for some billions of years (many
expert opinions fix the age of the earth at about 4.5 billion years). The first, and most rudimentary, life forms are
thought to have been blue-green algae, which may have appeared as early as 2 billion years ago. In any case,
following the initial appearance of the algae, there was a long period (perhaps a billion years) during which they
remained the only life forms. After the algae became abundant, other early forms of plant life appeared.
Through radioactive dating and other methods, it has been established with a high degree of certainty that the
first crude forms of invertebrate animal life could not have appeared earlier than about 600 million years ago. Thus,
the process of evolution, from one-celled animals to the emergence of the mature human being (about 50,000 years
ago), took no longer than 600 million years, which, from the geological perspective, is a fairly short time-span. This
shows that there was no time for anything like an “unlimited” or “open-ended” experimentation in evolution.
Moreover, it is estimated that roughly a thousand species intervened between the appearance of one-celled
organisms and the mature human being. In each case, the transition from one species to another was a process
leading from a lower (and therefore more probable) to a higher (and thus less probable) configuration. Finally, the
evidence from the fossil record consistently shows that evolution was not a smooth, gradual process. Rather, there
were long periods of stasis and stability (the so-called plateaus), punctuated by much shorter periods of rapid change
(towards complexification).
Thus, evolution is clearly an example of a process that exhibits a significant, persistent deviation from
randomness. Within a specified and limited time-frame, there was a persistent and recurrent movement from more
probable to less probable configurations. It is therefore unscientific and irrational to attribute this process to chance.
Indeed, just the transition from one species to the next could, if left to chance, take about as long as the lifespan of
the earth itself, and to account for the whole evolutionary process we would have to multiply this figure by a
thousand, yielding a figure much greater than the estimated lifespan of the entire universe (from the “beginning”
until the present).
In the light of these considerations, we have a scientific right—indeed we are compelled by the logic of
scientific methodology—to conclude that the process of evolution is the result of the action of some unobservable
force. In particular, we human beings are the “end product” of evolution and thus owe our existence to this force. It
seems reasonable to call this force “God,” but anyone uncomfortable with that name can simply call it “the
evolutionary force” (or, more precisely, “the force that produced evolution and thus produced the human being”).
Moreover, it is most reasonable to suppose that the force of evolution is different from all other forces that science
has so far discovered or hypothesized, because according to our present knowledge, no other force could have
produced the phenomenon of evolution.7
Now, just as in the case of gravity, a skeptic can refuse to accept the existence of the evolutionary force by
choosing to believe that evolution was a random process, a series of highly unlikely coincidences; but in making
such a choice the skeptic relinquishes any claim to be acting scientifically or rationally. From the point of view of
scientific methodology, one must always choose the most likely among all known, logically possible alternatives.
Although it is logically possible that evolution was a random process, it is clearly not the most likely possibility.
Such a skeptic, especially a practicing scientist, needs to explain why he or she accepts and follows this basic
principle of scientific methodology elsewhere but makes an exception in the case of evolution. If one has no trouble
believing in gravity or the strong nuclear force, based on evidence of a kind similar to that for the evolutionary
force, then why irrationally resist belief in the force of evolution?
We claim to have fulfilled our intention of giving a scientific proof of God’s existence. We have shown, on
the basis of an observable phenomenon (the coming into existence of the human being), that the existence of a
nonobservable cause is the most reasonable of all known logical possibilities. However, one could well ask the
following further question: to what extent are we justified in calling the motive force of evolution “God”? Why do
we not call gravity or the strong nuclear force “God”? We deal with this issue in the following section.
The Nature of God
For the remainder of this discussion, let us accept as established the existence of an unseen force that is the cause of
the process of evolution and thus of the human being, the end product of this process. It might seem at first that our
identification of such a cause with God is rather arbitrary and gratuitous. However, a little reflection shows that this
is not so.
To begin with, we know that this force is capable of producing a being having all of the subtlety and
refinement that we humans are capable of exhibiting. We do not call gravity or the strong nuclear force “God”
because the effects these forces produce are not so marvelous as the effect produced by the evolutionary force. In the
same spirit that has motivated our basic approach throughout this article, we can ask whether or not it is reasonable
to suppose that a force capable of producing an effect such as the human being is at least as subtle as humans. This
hypothesis seems as reasonable as (if not more reasonable than) any other logical possibility.
In fact, we know certainly that this force is capable of doing at least one thing that we could never do, namely
the bringing into being of the human race. Indeed, the human race did not even exist during all of the time that this
force was driving evolution forward. We are the result of the action of this force, and we owe our existence to it. It
has created us.
In our discussion of visible and invisible reality, we have already noted that, from the point of view of
modern physics, invisible reality produces visible reality and, in fact, encompasses or surpasses visible reality. Thus,
the invisible cause of evolution (and therefore of the human being) might also be plausibly supposed to encompass
or surpass humans. In particular, we know from our own experience of ourselves that we have a conscious intellect
and a free will. It is therefore not unreasonable that the force or entity which is the cause of our existence might also
have such faculties as consciousness, intelligence, and will—and most probably to a degree much superior to us.
The only alternative is to believe that a blind, unconscious force, devoid of any intelligence, has somehow brought
into being a creature who is endowed with conscious intelligence.
Indeed, if we know anything at all, we know that we have a conscious subjectivity, because our knowledge of
anything is mediated to us by this very subjectivity. Our subjectivity is thus the most basic condition of our
existence. It is the inner space in which each of us lives, and we know that our subjectivity and our consciousness
are the result of the action of this force. In this way, the knowledge of the nature of the force that has created us is
most appropriately explored through a deeper knowledge of that which is most immediately accessible to us, i.e., our
own inmost selves. It seems, therefore, that our knowledge of the existence and the nature of God is on the most
solid foundation it could possibly be.8
Notes
1. For example, many of the elements of ‘Abdu’l-Bahá’s argument can be found in a series of books written
by the French scientist and philosopher Pierre Lecomte do Noüy, beginning with L’Homme devant la science (1939)
and ending with Human Destiny (1947). After an analysis somewhat similar to that of the present essay, Lecomte do
Noüy concludes boldly that “an explanation of the evolution of life by chance alone is untenable today” (Human
Destiny 43). However, for reasons that are too detailed for consideration here, he is much less clear than ‘Abdu’l-
Bahá in drawing the conclusion that the cause of evolution is an externally acting force. Lecomte do Noüy opts
instead for a somewhat unclear and not terribly convincing notion of “telefinalism” in biology. In fairness to
Lecomte do Noüy, it must be recognized that he was dealing with these questions at a time when certain
fundamental advances in the science of dynamical systems had not yet occurred. A more recent example of another
approach to these issues is K. V. Laurikainen, “Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God” (1990).
Though Laurikainen’s article is insightful, there are some significant points of difference with the approach I have
taken here and previously (see Hatcher, Logic and Logos, in particular pages 49–51). Among other things, I do not
agree with Laurikainen’s subjectivism, and I reject the sharp contrast Laurikainen makes between the methods of
quantum mechanics and those of macrophysics and science in general. In other words, I do not feel that quantum
mechanics constitutes a methodological exception to general scientific practice. But I do feel that some of the
observations Laurikainen makes are accurate and insightful as applied to science in general.
2. In God Passes By, Shoghi Effendi characterizes ‘Abdu’l-Bahá’s tablet to Auguste Forel as “one of the most
weighty the Master ever wrote” (307–8).
3. The evolution-based argument bears superficial similarity to the classical “proof from design,” which
argues that observable reality could not exhibit the order and regularity it does without such structure being the
result of a Conscious Designer. However, the evolution-based argument deals with the dynamics of the development
of complex physical systems, not just the design or structure resulting from such dynamics. This distinctive feature
of ‘Abdu’l-Bahá’s argument sets it quite apart from classical cosmological or design arguments. However, the link
between developments in modern physics and the classical design argument has been increasingly recognized. For
example, the physicist Laurikainen says: “The old argument from design has, in fact, gained new strength from the
development of modern physics. The trend has been toward increasingly general theories that enable one to deduce
an increasing number of facts from a small number of basic principles (axioms). This development, in turn, has
clearly brought to light a beautiful logical structure in physical reality—strong evidence of a rational origin of
existence that is superior to human intelligence. On the other hand, human intelligence seems to be related to this
superior intelligence because we are increasingly able to unveil the beautiful secrets of nature. In religious language,
this is expressed in the metaphor that humans are created in the image of God” (“Quantum Physics” 402).
4. For an expanded discussion of these methodological issues, together with references in the literature on the
subject, see Hatcher, Logic and Logos, in particular the essay entitled “Myths, Models and Mysticism” 19–59.
5. This illustration of the entropy principle is based on Hatcher, “Science” 23.
6. The various principles discussed in this section constitute a small part of the theory of dynamical systems.
This venerable theory has been recently popularized under the name of “chaos theory,” where the word chaos is
roughly (though not exactly and not always) equivalent to the use here of randomness or disorder. All of these terms
refer to a certain category of states of a system (i.e., “chaotic” or disordered states). The current popularization of
chaos theory is reminiscent of so-called catastrophe theory, which was similarly popularized about twenty years ago.
A “catastrophe” is just an imaginative name given to a certain kind of transition from one state of a dynamical
system to another. For a succinct discussion that relates all of these terms to a specific example, see Hatcher, Logic
and Logos 128–29.
7. This is why the currently accepted theory of evolution attempts to explain the upward movement (the
movement towards greater order) in evolution as the fortunate coincidence of two random phenomena: the action of
natural selection (essentially, random environmental impact) on random mutations (spontaneous genetic change). In
his presentation of his argument, ‘Abdu’l-Bahá considers a third logical possibility different from both chance and
the hypothesis of an external force. He calls this third alternative necessity or inherent compulsion. He immediately
rejects this possibility, saying that “the coming together of the various constituent elements of beings… cannot be
compulsory, for then the formation must be an inherent property of the constituent parts and the inherent property of
a thing can in no wise be dissociated from it but under such circumstances the decomposition of any formation is
impossible, for the inherent properties of a thing cannot be separated from it” (Bahá’í World Faith 342). We have
not included this part of ‘Abdu’l-Bahá’s argument in our reformulation because it is generally known and accepted
by scientists that the process of evolution is not due to any intrinsic necessity, since the physical elements that make
up higher life forms such a the human being may very easily occur in other systems and in other forms, Thus, it
would appear that ‘Abdu’l-Bahá considers this possibility only to give logical completeness to his argument, not
because he considers it a genuine physical possibility.
8. According to the Bahá’í writings, the most effective instrument for attaining the quality of self-knowledge
that leads to knowledge of the nature of God is the teachings of the Manifestations of God. For a discussion of the
role of these historical figures in this connection, see, for example, Hatcher, “Concept.”
Works Cited
Bahá’u’lláh and ‘Abdu’l-Bahá. Bahá’í World Faith. Rev. ed. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1956.
———. The Divine Art of Living. Ed. Mabel Hyde Paine. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1960.
Hatcher, William S. “The Concept of Spirituality.” Bahá’í Studies. Vol. 11. Association for Bahá’í Studies, Ottawa,
1982.
———. Logic and Logos. Oxford: George Ronald, 1990.
———. “The Science of Religion.” Bahá’í Studies. Vol. 2. Association for Bahá’í Studies, Ottawa, 1980.
Laurikainen, K. V. “Quantum Physics, Philosophy, and the Image of God: Insights from Wolfgang Pauli.” Zygon
25.4 (December 1990): 391–404.
Lecomte du Noüy, Pierre. L’Homme devant la science. Paris: Gallimard, 1939.
———. Human Destiny. New York: Longmans, Green and Co., 1947.
Neurosciences: A Study Program, The. Edited by Quarton, Melnechuk, and Schmitt. New York: Rockefeller Press,
1967.
Neurosciences: Second Study Program, The. Edited by F.O. Schmitt. New York: Rockefeller Press, 1970.
Neurosciences: Third Study Program, The. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1974.
Neurosciences: Fourth Study Program, The. Edited by Schmitt and Worden. Cambridge: MIT Press, 1979.
Prigogine, I., and I. Stengers. Order Out of Chaos. London: Fontana Press, 1984.
Quine, Willard V.O. Word and Object. Cambridge: MIT Press, 1960.
Shoghi Effendi. God Passes By. Rev. ed. Wilmette, Ill.: Bahá’í Publishing Trust, 1974.
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