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Mirza Abu’l-Fadl Gulpaygani (1844-1914) est considéré encore aujourd’hui comme le plus grand des érudits du monde bahá’í. Il est l’auteur de nombreux ouvrages où la philosophie et la théologie musulmanes sont éclairées par sa découverte des Écrits sacrés bahá’ís. Il devint bahá’í en 1876. Dirigé par Bahá’u’lláh il voyagea en Perse puis dans les pays dépendant alors de la Russie : Achgabad, Samarcande et Boukhara. Plus tard, ‘Abdu’l-Bahá l’appela en. Palestine avant de l’envoyer à New-York. Ce traité, La preuve éclatante, est une des dernières œuvres de Mirza Abu’l- Fadl. Il fut motivé par un article contre la religion bahá’íe d’un missionnaire presbytérien Peter Z. Easton connu pour ses idées conservatrices, si conservatrices d’ailleurs qu’elles le poussèrent à abandonner sa dénomination presbytérienne pour rejoindre des groupes chrétiens plus sectaires. On trouvera l’article qui a motivé la réponse de Mirza Abu’l-Fadl à la fin de cet opuscule. La Preuve éclatante

Il est le Vivant qui subsiste par lui-même ! Ces jours-ci, les derniers jours de 1911 après J.C. et les premiers jours de 1330 de l’Hégire, je suis tombé, dans la revue Evangelical Christendom1, sur un curieux article dont la lecture m’a étonné. J’ai découvert qu’un missionnaire protestant, un homme qui se considère comme un des savants du XX e siècle, un serviteur de la pure religion du Christ, un Occidental civilisé et cultivé du nom de Peter Z. Easton, a été irrité par la diffusion dans les vastes étendues de l’Europe de la sainte parole de ‘Abdu’l-Bahá à tel point que la jalousie l’a poussé à dépasser les bornes de la courtoisie et de la bienveillance et à publier un article plein d’exécrations et de calomnies. Certes, par jalousie, beaucoup de gens chutent tête baissée du rang élevé de la courtoisie dans les bas-fonds des paroles vaines, des écrits mensongers et calomnieux, mais entendre cet homme prestigieux, l’archidiacre Wilberforce, parlant comme il convient à un savant distingué, appeler ‘Abdu’l-Bahá « Maître » et le présenter en termes élogieux à une grande assemblée, à enflammé chez Peter Z. Easton une jalousie violente. Après avoir lu attentivement son article, il m’a semblé que le seul but de l’auteur était de tenter d’apaiser le feu de sa jalousie en usant de mots malveillants, d’imprécations, croyant gagner une victoire en brandissant calomnies et mensonges, armes en général d’un adversaire faible et ignorant. J’en fus d’autant plus triste que je n’aurais jamais cru que de tels traits, de tels défauts, puissent être manifestés par des âmes qui prétendent à la civilisation et à une haute culture morale. N’y a-t-il pas assez d’insulteurs, de calomniateurs et de prévaricateurs dans le monde pour qu’ils s’affichent aussi en Europe ? Peut-on se considérer comme un professeur de bonnes mœurs, un propagateur des vertus supérieures du christianisme, et faire preuve d’une qualité qui est le signe et l’attribut le plus spécifique de l’antéchrist ? Non ! par le Dieu vivant ! Si de glorieuses qualités existent dans le monde, ces défauts existent aussi a n que les saintes paroles du Christ : « Vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits » , puissent s’accomplir, et que ceux qui lui sont dèles soient distingués de ceux qui lui sont opposés. ‘Abdu’l-Bahá invite les Européens à s’approprier les nobles attributs de l’humanité ; Peter Z. Easton leur enseigne la diffamation, l’exécration, le mensonge et la calomnie. ‘Abdu’l-Bahá invite les humains à l’unité et à l’harmonie ; Peter Z. Easton les appelle à la division et à la discorde.

fi En prière, levant ses mains bénies vers le ciel, ‘Abdu’l-Bahá invoque la

bénédiction et la miséricorde du Tout-Puissant pour les peuples d’Europe ; Peter fi

Z. Easton veut prouver, dans de savantes revues, à quel point les Orientaux sont dépourvus des qualités chrétiennes et il souhaite pour eux punitions et tourments. ‘Abdu’l-Bahá commande : « Ne dis de mal de personne et ne souhaite de mal à personne » ; Peter Z. Easton affirme que nul ne devrait souhaiter de bien à des gens dont il estime lui-même le nombre à trois millions, ni les considérer comme dignes de grâce. Je me pose alors la question : comment distinguer dans l’arbre de l’existence les bons des mauvais fruits ? Comment comprendre et interpréter ces mots bénis : « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits » ? Car je pense qu’il n’y a pas d’autre critère que celui-ci, et Peter Z. Easton ne peut dire le contraire. Souvenez-vous du verset trente-quatre du douzième chapitre de l’Évangile de Matthieu, où le Christ dit : « Ô génération de vipères, comment pouvez-vous, étant mauvais, dire de bonnes choses ».3 Certes, s’il était possible que la canne à sucre produise un jus amer et que la rose odorante dégage une odeur fétide, le verset : « Vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits », n’aurait jamais été révélé dans les livres sacrés et n’aurait jamais été désigné comme le critère à utiliser. Or les paroles de ’Abdu’l-Bahá consistent à appeler les hommes aux principes de fidélité, de concorde et à les exhorter à avoir une bonne moralité et de nobles attributs, tandis que les paroles de Peter Z. Easton consistent en divers degrés de mensonge, de calomnie, de diffamation et d’exécration,. Le but de tout cela est que chacune de ces deux personnes manifeste sa nature afin que, les fruits de l’arbre de l’existence étant différenciés, les hommes puissent choisir le vrai critère. Bref, après avoir soigneusement lu et pesé cet article j’ai constaté que Peter Z. Easton, selon son postulat de départ, s’est basé sur « quatre preuves » pour s’opposer à la grande cause bahá’íe. Nous allons donc mentionner ces quatre points et montrer clairement la fausseté, dans chaque cas, de ses idées fantaisistes : – Premier point : Ce qu’ont dit les épistoliers qui, à son avis, ont porté des accusations contre Bahá’u’lláh, en lui attribuant des qualités contestables. – Deuxième point : L’affirmation que les enseignements de Bahá’u’lláh sont panthéistes, le panthéisme étant une fausse doctrine. – Troisième point : L’affirmation que la religion bahá’íe a l’intention d’établir un gouvernement despotique, une pratique des gouvernements tyranniques et réprouvés. – Quatrième point : la religion bahá’íe ne peut rien montrer de meilleur ou de supérieur aux autres religions ; autrement dit, quelles sont les nouveautés apportées par Bahá’u’lláh que l’on ne trouve pas dans la religion chrétienne ? Pourquoi alors se séparer de cette dernière ? Il nous faut à présent rédiger une réponse à ces quatre points afin de distinguer la vérité du mensonge et de l’erreur.

Accusations contre Bahá’u’lláh Concernant le premier point, le témoignage des narrateurs ; Peter Z. Easton, qui est missionnaire, s’appuie sur les déclarations de certaines personnes. Dans son accusation, il dit : « Pourquoi Wilberforce, homme estimable, n’a-t-il pas écouté et prêté attention aux récits des missionnaires chrétiens qui ont vécu en Perse et dans les environs d’Acre, et qui ont tous écrit contre Bahá’u’lláh ? » C’est, en résumé, l’argument avancé par P. Z. Eaton, mais les gens éduqués estiment qu’une telle preuve est excessivement faible et grossière. En premier lieu, l’auteur de cet article est vraiment surpris que Peter Z. Easton, qui se considère comme l’un des érudits du vingtième siècle et comme un juge compétent pour différencier la vérité du mensonge, qu’un homme de son calibre donc, s’appuie sur le témoignage d’une seule partie. Il devrait peser les déclarations d’au moins vingt personnes – positives et négatives, amicales et hostiles, bonnes et mauvaises – puis réfléchir avec équité aux déclarations des deux côtés afin de juger avec impartialité pour parvenir à une conclusion véridique sur la question. En effet, de même que certains ont écrit des avis défavorables sur Bahá’u’lláh d’autres, historiens orientaux et occidentaux plus perspicaces et plus subtils, ont consigné sur lui, dans leurs livres, les plus grands éloges. Selon quelle règle doit-on tirer des conclusions ? Doit-on se contenter du seul jugement d’un adversaire et considérer comme valable tout ce qu’il a écrit ? Ne peut-on affirmer qu’écouter les déclarations d’un seul bord et ne pas prêter attention aux autres témoignages, est une erreur ? Par ailleurs, les Européens n’ont-ils pas lu l’histoire ? Ne connaissent-ils pas le célèbre aphorisme : « l’histoire est un éternel recommencement » ? Le grand philosophe et historien romain Tacite, au début de l’ère chrétienne, alors que le christianisme commençait à se propager, n’a-t-il pas écrit en des termes on ne peut plus clairs que « la religion chrétienne est l’ennemie de l’humanité » et ailleurs que « La religion chrétienne est une exécrable superstition » ? Suétone, autre philosophe et historien romain, a déclaré que la pure religion chrétienne était « malhonnête, que son acceptation était contraire à la vérité et à la hauteur d’esprit et qu’elle nuisait à la loyauté et au civisme ». Reportez-vous aux histoires de l’Église afin de vérifier vous-mêmes ces affirmations qui témoignent de l’ignorance de Peter Z. Easton en ce qui concerne les faits historiques. Bien qu’en voyage actuellement, j’ai avec moi quatre histoires de l’Église représentant le protestantisme, le catholicisme et l’orthodoxie grecque. Parmi les livres écrits par les philosophes grecs, romains et alexandrins contre la religion chrétienne, voire contre la personne même du Christ (gloire à lui !) il y a celui de Celse, l’un des célèbres philosophes du deuxième siècle chrétien, qui a compilé un gros livre empli de calomnies et de diffamations terribles contre la pure et sainte personne du Christ. Porphyre le Syrien, un des grands philosophes platoniciens, que les historiens de l’Église considèrent comme un philosophe éminent et un auteur accompli a écrit un gros livre contre le christianisme y consignant des accusations et des attaques injurieuses à l’encontre du Christ et de ses disciples. Le livre a été brûlé et détruit sur ordre de deux empereurs chrétiens, Théodotius II et Valentianus III. Fronton, éloquent maître de rhétorique, précepteur de l’empereur Marc-Aurèle, écrivit quinze volumes contre la religion chrétienne et les « ignobles manières » des chrétiens. Le grand empereur Marc-Aurèle lui-même était réputé pour son érudition et sa philosophie. Les érudits européens parlent de lui comme du « César à la sagesse sublime » et ont écrit de beaux chapitres détaillant ses vertus. L’Américain James Murdock, dans sa traduction de l’Histoire de l’Église, dit à propos de la grande université fondée par Ammonius Saccas à Alexandrie, qui n’a pas besoin d’être présentée ni louée en raison de sa renommée : « De cette université sont sortis deux érudits éminents, l’un étant l’empereur Marc-Aurèle et l’autre Épictète. » Bref, ce grand et sage empereur dont vous avez entendu les louanges, parlait des chrétiens en termes « d’imposteurs hostiles », « d’esprits imparfaits », « dépourvus de vertus et de qualités admirables ». Cet empereur considérait comme un devoir d’être hostile aux chrétiens et de s’efforcer de les détruire. Il écrivit : « Vous devriez demander ce qu’il faut penser de Jésus de Nazareth à son peuple, les Juifs, et non à ces pauvres Romains, dont aucun ne l’a vu, mais que la bassesse et l’indolence ont poussés à le suivre. » Julien, empereur et philosophe éminent, que les chrétiens appellent l’Apostat, a écrit de nombreux ouvrages dénonçant le christianisme et critiquant les mœurs de la communauté chrétienne. Il les qualifie d’ennemis du monde de l’humanité. Quant à ce que les juifs ont écrit au sujet du Christ, il est impossible à la plume de le rapporter. Un seul point suffit cependant à la sagacité de l’homme intelligent : ans se sont écoulés depuis la manifestation du Christ et pratiquement aucun juif n’a encore exprimé le désir de s’intéresser à sa religion. De cela on peut déduire ce que les érudits juifs ont écrit sur Jésus et les défauts qu’ils lui ont attribués !

Considérant les faits ci-dessus, demandons à cet auteur étonnant, Peter Z. Easton, s’il est digne d’un homme de bon sens et sans préjugés, de juger du caractère et des qualités de Bahá’u’lláh en s’appuyant sur ceux qui ont écrit contre lui. Dans l’affirmative, comment peut-on ne pas tenir compte de ce que les philosophes hostiles et les éminents écrivains mentionnés ci-dessus ont déclaré à propos du Christ ? Comment peut-on se fier au texte des Évangiles écrits par ses disciples plutôt qu’au témoignage d’hommes érudits ayant étudié les qualités et le caractère de Jésus ? N’est-ce pas surprenant ? Mais j’affirme que, ni aux jours du Christ ni de nos jours, un homme intelligent devrait juger une personne en se fiant à ce que ses ennemis disent d’elle. Au contraire, il faut regarder les actes de cette personne et réfléchir à ce qui émane d’elle, reconnaissant ainsi comme bon critère la parole même du Christ : « Vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits. » En effet, il est prouvé des milliers de fois que tout grand personnage à de nombreux ennemis qui le jalousent, et lorsqu’un ennemi se sent impuissant, il s’accroche à la calomnie, à la diffamation, à l’injure et à l’exécration. C’est pourquoi les sages disent : « La calomnie est l’arme des faibles ». Dans sa traduction de l’Histoire de l’Église, James Murdoch écrit : « …bien que les dirigeants romains aient été pour la plupart tempérants et libéraux envers leurs sujets en matière de liberté religieuse, ils se sont néanmoins opposés aux chrétiens et se sont efforcés de les éradiquer pour deux raisons : premièrement, par amour pour leur propre religion : ils ne voulaient pas permettre aux chrétiens de s’y immiscer pour l’affaiblir et la dégrader ; deuxièmement, parce que les adversaires du christianisme accusaient ses adeptes de viles calomnies devant les dirigeants et de toutes sortes de vices et de défauts, tels que « le manque de piété, l’abandon de la prière et du culte, le désir de domination et de pouvoir, et la volonté de diriger et de changer le gouvernement. » Ils accusaient les chrétiens d’actes immoraux et même de cannibalisme, affirmant qu’ils enlevaient les enfants romains, les tuaient et préparaient leur chair pour la consommer lors de banquets et de fêtes. » Et je ne relate qu’une courte liste des calomnies répandues, afin qu’on puisse ainsi différencier le vrai du faux. Si l’on réfléchissait à ces faits, on témoignerait que la dépendance à l’égard de ces mensonges et de ces calomnies a toujours été l’excuse des ennemis de Dieu, alors que de telles méthodes n’ont jamais permis d’atteindre la connaissance de Dieu ni de séparer la vérité du mensonge. Par exemple, comment un homme sensé peut-il se fier aux ennemis de Bahá’u’lláh qui ont écrit qu’il avait l’intention (Dieu nous en préserve !) d’empoisonner son frère5 ? Si une telle affirmation devait être prise comme un critère, on ne pourrait prouver la vérité de personne, car tous les prophètes ont fait l’objet d’insultes et d’accusations similaires. Au demeurant, la jalousie et l’inimitié de Mírzá Yahyá, Subh-i Azal6 à l’égard de Bahá’u’lláh, remontent à l’époque de leur séjour à Bagdad. Lorsque Yahyá découvrit que les Tablettes révélées par Bahá’u’lláh aidaient la Cause de Dieu, suscitaient l’expansion de la Parole divine, rassemblaient et unifiaient les amis et résistaient aux plans et aux activités trompeuses de l’ennemi, Azal lui-même, craignant pour sa vie (qualité spécifique des menteurs), n’osa plus apparaître en public ni fréquenter les gens. Alors le feu de la jalousie et de la haine (si ardent aujourd’hui dans le cœur de M. Easton) s’enflamma dans son cœur, et il planifia à plusieurs reprises d’assassiner Bahá’u’lláh7. Il chercha à nouveau à empoisonner Bahá’u’lláh à Andrinople et, selon des sources dignes de foi, tenta de le faire à deux reprises, mais ne parvenant pas à ses fins, il usa d’un nouveau stratagème en s’écriant que c’est lui qu’on avait cherché à tuer en l’empoisonnant. Il est clair qu’un ennemi faible et vaincu s’abaisse toujours à de telles allégations et cherche à résister à ses adversaires par le secret et la ruse. Au contraire, la partie victorieuse, puissante, n’a pas besoin d’employer de tels moyens, et si Bahá’u’lláh avait voulu supprimer Azal, il était assez puissant et n’aurait pas eu besoin d’une telle méthode pour exécuter ce plan. D’ailleurs, de nombreuses preuves historiques tangibles peuvent être fournies pour prouver que c’est même la puissante plume de Bahá’u’lláh qui a protégé de la mort ses propres ennemis, tels que Subh-i Azal, le chah Nassered-Dín et certains grands docteurs et théologiens musulmans. Sinon, les bábís n’auraient pas laissé vivant un seul de ces personnages. C’est en effet Bahá’u’lláh qui, par des paroles pures et célestes, plus rafraîchissantes que le zéphyr du matin qui s’élève de la roseraie, plus limpides que la pluie printanière qui tombe goutte à goutte des pétales de la rose parfumée, a éduqué ses compagnons de telle sorte que les gens en étaient stupéfaits. Car, lors des terribles batailles de Nayríz, de Zanján et du Mazandéran, ces âmes courageuses, dont trois cent treize résistèrent pendant de nombreux mois à des milliers de soldats des troupes régulières du gouvernement, ont déconcerté leur ennemi ainsi que les guerriers d’autres nations, par leur valeur, leur héroïsme, leur courage, leur fermeté et leur résolution. Les glorieux enseignements de Bahá’u’lláh ont tellement attendri leur cœur et adoucit leur attitude que depuis les longues années qui se sont écoulées de son arrivée à Bagdad jusqu’à aujourd’hui, ils ont fait preuve de tolérance et de retenue au cours de nombreux événements importants et n’ont commis aucune action susceptible de troubler une âme ou d’être contraire à la loi d’un gouvernement. Ils ont été tués, mais n’ont tué personne. Ils ont subi de violentes calamités, mais leurs lèvres ne se sont pas ouvertes pour se plaindre8. Lorsque Hájí Muhammad-Rida d’Ispahan a été martyrisé dans la ville d’Ashkabad en 1882, le chef de la police avait constaté que la ville était en pleine effervescence et que les bahá’ís étaient en danger. Il les autorisa donc à porter des armes, ce qu’ils ne firent pas, considérant que la mort valait mieux que l’autodéfense. Le gouvernement avait alors engagé le procès des conspirateurs qui avaient assassiné le martyr. Après cinq mois de procès, les deux parties ayant été questionnées et entendues, un haut magistrat du ministère de la guerre, accompagné de troupes, arriva en provenance de Saint-Pétersbourg. Une audience publique, dont le compte rendu serait fastidieux, se tint. Ce tribunal ordonna que deux des meurtriers soient pendus et que les conspirateurs soient emprisonnés à vie aux travaux forcés en Sibérie. Kamaroff, le vainqueur de Merv, le vice-roi de la province, était gouverneur et il avait le droit d’alléger cette peine. Trois jours après la fin du procès, quatre bahá’ís se présentèrent devant lui et intercédèrent pour les meurtriers condamnés. Le gouverneur, très satisfait de l’excellente conduite et de la bonne éducation des bahá’ís, accepta leur intercession et exerça son autorité en changeant le verdict de pendaison en exil et en réduisant la peine des autres des travaux forcés à une simple réclusion9. Ces évènements ne sont pas fondés sur des ouï-dire, mais sont consignés dans le registre du gouvernement d’Achkabad et dans d’autres documents officiels. Une moralité aussi pure, une telle bonté et une telle douceur, une telle éducation et une telle noblesse de comportement pourraient-elles être inculquées par quelqu’un qui aurait tenté d’empoisonner et d’assassiner son propre frère ? Quid des paroles du Christ : « Vous reconnaîtrez l’arbre à ses fruits » ? Et quid du critère incarné par les mots : « Car c’est d’après tes paroles que tu seras justifié, et c’est d’après tes paroles que tu seras condamné. » 10 Est-ce que haïr les gens de Bahá doit conduire à nier tous les critères et toutes les règles fiables de jugement ? « À vous de juger » 11.

Le panthéisme Quant au deuxième point, à savoir l’affirmation selon laquelle le credo des bahá’ís serait panthéiste, il s’agit là aussi d’une calomnie manifeste et d’une accusation erronée, démontrant l’ignorance de Peter Z. Easton sur ce sujet. En effet, les enseignements de Bahá’u’lláh ne ressemblent en rien au panthéisme. Le panthéisme est une question philosophique et son traitement est l’affaire de savants et d’érudits. Il n’a rien à voir avec la fonction de la révélation ou la position des fondateurs de religions. Je pense que c’est l’école de philosophie platonicienne, fondée sur la dévotion, la réclusion, une discipline rigide et le refus des plaisirs corporels qui est à l’origine du panthéisme. La même philosophie est à l’origine du célibat dans le christianisme et du soufisme dans l’islam. Elle est passée des brahmanes de l’Inde aux philosophes d’Athènes et aux platoniciens d’Alexandrie, connus sous le nom de néoplatoniciens. Cette école platonicienne tardive soutient que la réalité de l’esprit, qui est une essence active agissant dans le monde entier, est indivisible. Cette réalité indivisible, essence simple et identité éternelle, comprend toute chose, et les âmes de tous les organismes animés ne sont que des rayons émanant de cette réalité éternelle. Ces platoniciens ont tiré de ce principe la théorie selon laquelle chaque âme humaine, rayon de la Réalité divine universelle, goutte de la mer de l’éternelle et sainte Essence, est confinée dans la prison du corps et donc séparée de cette vraie Réalité simple et universelle. Ils enseignaient que celui qui cherche la perfection doit s’astreindre à une discipline sévère telle que veilles, prières continues, jeûne, abstention de tout luxe physique et refus des bienfaits matériels, afin de libérer son âme de la prison du corps, de l’amener à s’unir à l’éternelle et seule réelle Réalité pour atteindre l’apogée de la félicité éternelle. Se référant à cette théorie, Ibn Miskawayh cite dans son ouvrage Tahdhib al-akhlaq (La Purification des mœurs) une citation du « divin Platon » : « Meurs par ta volonté et tu vivras par ta nature ». Il s’agit là d’une brève description du panthéisme, de sa source et de son origine. Si l’on a la curiosité d’étudier la création et la formation des nations, on trouvera les éléments de cette étonnante doctrine disséminés chez les pays occidentaux. On retrouvera également le panthéisme dans la pensée des philosophes grecs. Les références à ce sujet nous sont parvenues par le biais de traités et d’essais d’érudits, et on en trouve des descriptions dans divers livres et écrits. Sans le désir d’éviter la prolixité, nous tirerions des exemples de ces écrits afin que la vérité soit connue des hommes perspicaces, et que l’origine du panthéisme, ainsi que l’ignorance de Peter Z. Easton à ce sujet, deviennent claires et manifestes. ‘Abdu’l-Bahá, dans Les leçons de Saint-Jean-d’Acre, montre clairement la position des tenants du panthéisme. Il affirme que ses adeptes sont opposés à l’enseignement de tous les Prophètes, de tous les Messagers, et il supprime toutes les raisons de ces superstitions. On trouvera à la page 294 de ce livre la superficialité de ces fausses accusations minutieusement exposée12.

Un gouvernement despotique Pour le troisième point, Peter Z. Easton déclare que l’objectif de la religion bahá’íe est le retour à un gouvernement despotique. Au-delà de la fausseté et de la calomnie pure et simple de cette déclaration, c’est encore une preuve de son manque d’information concernant les lois et les ordonnances de la foi bahá’íe. Il ignore ainsi ce qui est explicitement révélé dans le Kitáb-i-Aqdas (Le Livre des lois) concernant l’organisation dans chaque ville du monde d’une maison de justice dont les membres, selon les conditions énoncées dans le livre, seront élus par le peuple. Ces membres doivent tenir leurs consultations dans la plus grande pureté de conscience et de bonne volonté. D’ailleurs, dans la Tablette « Les bonnes nouvelles » , qui est l’une des Tablettes bien connues de cette très grande Manifestation, le contenu du dernier paragraphe est le suivant : « Bien qu’une forme républicaine de gouvernement pro te à tous les gens du monde, la majesté de la royauté est l’un des signes de Dieu. Nous ne voulons pas que les pays du monde en restent privés. Si les sages réunissent les deux formes en une seule, grande sera leur récompense auprès de Dieu» En d’autres termes, la souveraineté héréditaire devrait être limitée par un parlement national, une assemblée représentative. De cette façon, les problèmes nationaux et les questions de citoyenneté trouveront une solution grâce à la coopération de ces deux institutions ; le pays et la nation pourront ainsi atteindre la perfection et les gens parviendront au plus haut niveau de bien-être et de prospérité. Cette « Tablette des bonnes nouvelles », devrait être considérée à tous points de vue comme l’expression magnifique des paroles célestes, et à sa lecture on s’exclamera certainement : « Béni soit Dieu, le plus excellent des Créateurs ! »

fi Dans l’une des longues Tablettes considérées comme suppléments au Kitáb-i- Aqdas, Bahá’u’lláh prend pour exemple la forme de gouvernement constitutionnel et l’assemblée représentative du gouvernement britannique15. Ainsi, la forme de ce grand gouvernement a reçu son approbation. Par conséquent, la crainte d’un retour au despotisme est due à l’ignorance des commandements de cette très grande Manifestation et au fait que l’on se fie aux paroles des ennemis concernant ces questions internationales.

Nouveaux commandements En ce qui concerne le quatrième et plus important point, il demande : « Quel nouveau commandement y a-t-il dans la religion bahá’íe qui manque dans le christianisme ? » C’est une question absconse qui ne peut être pleinement comprise que si l’on est bien versée dans les livres des deux religions. Nous l’exposerons néanmoins d’une manière claire, facilement comprise par tous. Nous expliquerons les caractéristiques spécifiques de ce grand mouvement et prouverons la nécessité de cette très-sainte Manifestation, Bahá’u’lláh, pour le confort et l’édification du monde. Ainsi les personnes désintéressées parviendront à la compréhension et tout être juste élèvera une action de grâces pour ce grand don de Dieu, le Très- Glorieux. Il est évident pour toute âme éclairée que le monde de l’humanité atteindra la perfection, et que le bonheur et le bien-être, désir des nations et but de tous les cœurs, seront assurés, lorsque les différences religieuses et le sectarisme, cause d’aliénation et de séparation, seront complètement éliminés du monde, et que toutes les brouilles et tous les schismes, ainsi que les divisions raciales, patriotiques et politiques, etc. seront dissipés. Ainsi les hommes pourront devenir des frères, aimants et bienveillants les uns envers les autres. Ces terribles guerres, les plus grandes catastrophes de l’humanité et de la civilisation, disparaîtront. Les dépenses énormes, sans aucun doute cause de l’appauvrissement des hommes et de la destruction du monde, ne seront plus consacrées à des activités destructrices et à des machines infernales. Cette question est si claire, si évidente que l’esprit le plus déficient peut en juger. Cela étant, cette condition a été confirmée par les bonnes nouvelles divines et établie par les prophéties célestes. En effet, les saintes Écritures rapportent explicitement qu’au grand Jour, exalté sous divers noms : « le dernier jour », « le temps de la fin », « le dernier jour », « le jour du Seigneur », etc16, le Seigneur glorieux se révélera et unira toutes les nations dans l’adoration du Dieu unique. Il enseignera à tous des qualités élevées et spirituelles, au point que les guerres et les conflits seront éliminés, que la rancune et la haine seront remplacées par la sociabilité et la paix, et que les instruments de guerre seront remplacés par des instruments de culture et de commerce. Voilà un bref exposé des promesses des prophètes concernant le « dernier jour ». Toutes les nations attendent et anticipent l’avènement d’un tel jour et la venue d’une si grande cause ; en fait, elles prient et supplient Dieu de hâter son arrivée. Le sens des prophéties En effet, toutes les Manifestations de Dieu, les fondateurs de religion qui sont venus auparavant ont mentionné les signes de ce grand événement dans leurs livres respectifs, et les ont soulignés et clairement rapportés dans leurs discours. Mais chacun a rapporté les mêmes signes que son prédécesseur et a répété les mêmes paroles, sans pour autant expliquer le sens de ces signes et de ces conditions, ni faire connaître son objectif dans ce domaine. Par exemple, voyez comment, pendant mille ans, Moïse et les prophètes israélites ont annoncé aux gens la venue du Seigneur des armées qui harmoniserait et unirait tous les peuples dans l’adoration d’un Dieu unique. Parmi les signes qu’ils ont annoncés du jour de sa venue, citons : • Les cieux repliés. Le soleil obscurci. • La lune éteinte. •

• La chute des étoiles du ciel. • Les morts qui sortiront de leurs tombeaux. • Les animaux féroces qui feront la paix avec les animaux domestiques. • Et qui partageront les mêmes pâturages et la même nourriture. • Les enfants qui joueront avec des serpents venimeux. • Le peuple d’Israël, humilié et dispersé parmi toutes les nations de l’Orient et de l’Occident, qui sera de nouveau rassemblé par le Seigneur des armées, qui l’établira dans sa terre promise et lui conférera une gloire et une domination éternelles.

Telles sont, en résumé, quelques-unes des prophéties que tous les prophètes israélites ont annoncées à leur peuple et consignées dans leurs livres. Ils n’ont cependant pas affirmé que ces promesses devaient être prises au sens littéral, sans symbolisme ni interprétation, ni que les textes symboliques n’étaient pas sujets à commentaires. Quinze cents ans après Moïse, les mêmes promesses et les mêmes signes ont été révélés par le Christ – sur lui soit la gloire ! Considérez les versets 29-31 du vingtquatrième chapitre de saint Matthieu17 et les dixième et onzième versets du troisième chapitre de la deuxième épître de l’apôtre Pierre18, pour constater la mention très claire de ces promesses et de ces signes. De même, le Christ et ses disciples se sont contentés de mentionner ces signes, comme l’ont fait les prophètes israélites, sans chercher à en expliquer le sens. En conséquence, le clergé chrétien n’était pas d’accord sur l’interprétation de ces livres saints, certains commentateurs affirmant que ces promesses étaient des déclarations littérales, non sujettes à interprétation, et qu’elles devaient donc s’accomplir absolument, d’autres affirmant que ces promesses étaient symboliques et qu’il s’agissait de les interpréter afin que leur signification réelle devienne évidente, c’est-à-dire attendre que le Sceau du Livre soit ouvert au dernier jour. Six cents ans après le Christ, le « Sceau des Prophètes » 19 a annoncé sa mission et les mêmes promesses ont été à nouveau révélées dans le Coran. Les mêmes conditions et les mêmes signes ont été répétés à l’identique. Mais là encore, le Coran ne fait aucune référence au sens de ces prophéties, pas plus qu’il ne précise si elles sont symboliques ou sujettes à interprétation. Par conséquent, si on examine ce qui a été dit, on constate très clairement que les plus grands obstacles à l’unification des nations ont été ces prophéties, ces bonnes nouvelles, ces conditions et ces signes. En effet, les divers peuples ont été empêchés de s’unir les uns avec les autres parce que le sens de ces prophéties n’était pas clair. Donner des exemples conduit à la prolixité, mais je vais le faire dans le but d’éclairer et d’élucider davantage la question pour le lecteur. Supposons qu’un missionnaire chrétien dise à un juif : « Cher ami, pourquoi es-tu endormi et insouciant ? Le Messie promis, dont la venue a été annoncée par tous les prophètes, est apparu. » Imaginez alors que le juif réponde : « Splendide ! Quelle belle annonce et quelle joyeuse nouvelle ! Nous, les juifs, avons subordonné tous nos souhaits à la venue du Messie et nous implorons chaque jour par la prière son avènement ! Voyons maintenant ce Messie promis que vous déclarez être apparu. » Le missionnaire chrétien répond : « Le Messie promis est ce malheureux jeune homme, Jésus de Nazareth, qui a sacrifié sa vie pour la libération et le salut du monde. » Le juif répondra : « Cher maître, les livres saints font état de signes clairs concernant l’apparition du Messie, mais aucun d’entre eux ne s’est réalisé. Nous, les juifs, n’avons pas acquis notre religion si facilement que nous puissions l’abandonner sans réfléchir. Vous vous considérez comme un enseignant des Livres saints. Voyez donc dans les Livres saints les passages selon lesquels, au moment de la venue du Messie promis, le soleil s’obscurcira, la lune se changera en sang, le nouveau ciel et la nouvelle terre apparaîtront, les étoiles tomberont, les morts ressusciteront. Où et quand ces prophéties se sont-elles réalisées au temps du Nazaréen et qui les a vues ? En outre, permettez-moi de vous montrer de nombreux passages dans lesquels il a été clairement révélé que lorsque le Messie promis apparaîtra, il rassemblera tous les juifs dispersés dans le monde et les sauvera de leur grande humiliation, de l’exécration et de la tyrannie qu’ils subissent. Il les établira en Terre sainte et leur conférera domination et gloire. Dites-moi maintenant quand Jésus de Nazareth a-t-il accompli cela ? Or, par sa venue, c’est le contraire qui s’est produit, car nous étions établis en Terre sainte, mais nous avons été dispersés. Nous étions estimés, nous sommes humiliés. Nous étions rassemblés, nous sommes dispersés. Nous étions bénis, nous avons été frappés de malédiction. Tout cela est contraire aux promesses faites au peuple juif. Accepter Jésus serait donc renié ces glorieux prophètes. » Bref, à ce stade de la conversation, le missionnaire chrétien ne peut pas répondre au juif. En effet, il ne comprend pas lui-même le sens réel de ces bonnes nouvelles. Comment pourrait-il les expliquer aux juifs et les convaincre ? C’est pourquoi, pendant cette longue période, les missionnaires chrétiens ont tenté de déconcerter et de troubler les juifs, sans toutefois emprunter le chemin de la vraie connaissance et de la vraie preuve. Au lieu de les rapprocher des Évangiles, ils les ont contrariés et éloignés. C’est pourquoi l’histoire de l’Église nous apprend qu’au cours de cette longue période, c’est-à-dire depuis la conversion du grand Constantin jusqu’à nos jours, tant à l’époque de Charlemagne qu’au cours des croisades, ils ont à maintes reprises tenté de forcer les juifs à accepter le christianisme pour en fin de compte échouer. Or, s’ils avaient connu la signification de ces bonnes nouvelles, ils n’auraient pas eu besoin de recourir à la force et à la contrainte. L’attitude du musulman à l’égard du chrétien est similaire. Lorsque le musulman veut prouver à un chrétien la véracité de la mission du « Sceau des Prophètes », il le renvoie aux signes rapportés dans le vingt-quatrième chapitre de l’évangile de Matthieu. Ce musulman, n’en comprenant pas le sens, se sent obligé de dire que l’Évangile qui est entre les mains des chrétiens n’est pas l’Évangile originel descendu avec Jésus. Comme vous pouvez le vérifier, les musulmans établiront clairement, en paroles et en écrits, que cet évangile a été interpolé par les érudits chrétiens avant d’être attribué au Christ. . Dans ce cas, le chrétien, pour qui la réalité de l’Évangile est évidente et l’amour de ce Livre saint fermement établi dans son cœur, sera stupéfait de la réponse du musulman qu’il jugera fausse. Au lieu de se seentir en communion et amitié avec le musulman, le chrétien deviendra un ennemi de la religion islamique et un adversaire des musulmans. Bref, l’un des grands obstacles à l’unité des nations est cette difficulté expliquée dans le paragraphe précédent. Tous ces problèmes abscons s’expliquent par l’affirmation que les missionnaires chrétiens, ne comprenant pas le sens réel des Livres des religions apparues avant la manifestation du Christ, ne peuvent pas guider les autres vers leur propre religion. Voilà qui est évident. Quant aux religions apparues après le Christ, dans la mesure où reculer est contraire au progrès et à l’avancement évidents dans la marche du monde, le

chrétien ne peut pas inverser le développement et pousser les gens à descendre sur l’échelle du progrès pour qu’ils le rejoignent. Lord Curzon, ce grand homme, a en partie compris ce point lorsqu’il écrit : « La conversion des Orientaux à la religion chrétienne n’a pas de résultat. » Ce sujet étant clairement élucidé, nous soutenons que l’état actuel du progrès dans le monde nécessite la venue de la plus grande Manifestation qui est Bahá’u’lláh. Alors qu’il résidait à Bagdad, le premier livre qu’il révéla fut le Kitáb-i Íqán, qui est la clé permettant de briser les sceaux des Livres saints. Il y explique les réalités révélées dans les Écritures. Grâce à lui, les portes de la compréhension des paroles prophétiques s’ouvrent aux yeux des gens de Bahá, la signification réelle des bonnes nouvelles divines est révélée et le sens latent et incompris de certains termes comme « mort », « vie », « ciel », « terre », « soleil », « lune », « étoiles », « résurrection », etc. s’éclaircissent. Ainsi, apparaissent les signes de l’accord et de la concorde entre gens qui étaient hostiles et opposés. Vous observez en effet que la religion bahá’íe n’en est qu’à ses débuts, mais les questions et les doctrines difficiles ont été si clairement expliquées et si facilement acceptées par des gens divers que nombreux parmi les zoroastriens, les juifs, les nosayris, etc. qui n’ont jamais cru au Christ et n’ont jamais écouté un seul verset de l’Évangile, sont maintenant devenues des croyants reconnus de Bahá’u’lláh grâce à l’effet de ses paroles bénies. De plus, ils considèrent le Christ comme le Seigneur promis et son Livre céleste comme la sainte Parole divine. Ils s’associent aux chrétiens et fréquentent leurs fêtes et leurs rassemblements avec la plus grande gentillesse et la plus grande fraternité. Dans un esprit de grande amitié, je pose une question à cet estimé missionnaire Peter Z. Easton qui, sans comprendre le moins du monde la signification du Royaume du Christ, en fait l’éloge : Qu’est-ce qui rend proche le Royaume du Christ : les signes évidents dont je viens de parler ou l’anathème, l’exécration, les paroles inconvenantes, la rédaction d’articles avilissants dans des magazines où la diffamation et la calomnie sont attribuées à des âmes pures et saintes ? C’est tout à fait étonnant ! Nous ne savons pas ce que M. Easton et ses alliés entendent par « Royaume du Christ » ni ce qu’il signifie pour eux. Le Royaume du Christ est-il destiné à la ratification et à l’exécution de sa parole ou à prouver le contraire des paroles du Christ et à promulguer les attributs de ses ennemis ? Le Christ déclare clairement : « Bénissez ceux qui vous maudissent » 22, alors que M. Easton et ses pairs appliquent l’inverse : « Maudissez ceux qui vous bénissent ». L’âme qui cherche la bénédiction et la miséricorde, ils la caractérisent par des mots des plus inconvenants et lui souhaitent le mal et la perdition. Bahá’u’lláh prouve aux nations incrédules que le Christ était le Fils et le Verbe de Dieu, alors que M. Easton et ses pairs déclarent Bahá’u’lláh l’Antéchrist. Comme c’est étrange ! Dans sa première épître, Jean l’Évangéliste dit : « Celui qui pratique la justice est juste » 23, mais eux, ses adversaires disent : « Celui qui pratique la justice est en vérité un meurtrier et un imposteur » 24. De même, dans cette épître, il dit : « Quiconque confesse que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu » 24 ; mais eux disent que celui qui, de leur propre aveu, a convaincu trois millions d’âmes et leur a fait accepter que Jésus était le Fils et le Verbe de Dieu, est privé de la connaissance de Dieu et ne reçoit pas l’onction de Dieu. N’avons-nous pas clairement démontré que par la phrase : « Vous connaîtrez l’arbre à ses fruits », dans le sermon sur la montagne, il faut comprendre que le but du Christ était que nous ne fassions pas attention aux fausses accusations et que nous n’écoutions pas ce que les gens de préjugés répandent parmi les hommes ? Nous devrions au contraire considérer les actes de chaque personne comme le bon critère pour la juger et faire ainsi la différence entre vérité et mensonge.

Enseignements bahá’ís nouveaux Bref, revenons au sujet initial, qui renvoie à la question de Peter Z. Easton : « Qu’est-ce que Bahá’u’lláh a apporté qui ne se trouve pas dans la religion chrétienne ? » Le but principal de la Révélation de Bahá’u’lláh est de résoudre les complexités des Livres célestes, de faciliter l’élimination des différences entre les nations et d’établir l’unité et l’harmonie entre les différentes parties du monde humain. C’est une preuve suffisante de la grandeur et de la profondeur de la religion bahá’íe, mais nous allons maintenant examiner les lois et les ordonnances de cette religion, expliquer leurs vertus spécifiques, leurs avantages et leurs bons résultats. Tout d’abord, le commandement, particulièrement caractéristique de la religion bahá’íe et que l’on ne retrouve pas dans les autres religions, est de « s’abstenir d’accorder du crédit aux traditions verbales ». Il est bien connu des historiens que ce sont les traditions verbales qui ont divisé les juifs en deux grandes sectes. Ces traditions sont à la base du livre du Talmud et ont causé la division de cette nation. L’une des deux branches, le rabbinisme, considère les enseignements du Talmud comme la loi qu’il faut suivre et estime qu’il s’agit du meilleur moyen de préserver et de pérenniser le peuple juif. L’autre branche, le karaïsme, considère le Talmud comme une hérésie pure et simple, qui mène à la perdition. Il est donc impossible d’harmoniser ces deux branches ou de mettre fin à leur opposition mutuelle. De même, dans la religion chrétienne, la principale cause de schisme et de division furent ces traditions verbales qualifiées d’authentiques. Chaque Église chrétienne, la catholique, l’orthodoxe, la jacobite, la nestorienne et d’autres, considère qu’il est obligatoire de suivre ces traditions héritées et transmises par les pères de leurs Églises, comme le texte même du Livre saint. Ainsi, lorsque la question de l’unification des chrétiens se posait dans l’un des grands conciles, chacun se prévalait de ces traditions qui s’opposaient à l’union et à l’harmonie. De même en islam, revendiquer les traditions verbales, rapportées du Fondateur de cette religion après sa mort, a été la cause de la division en diverses branches, notamment les sunnites, les chiites et les kharajites, ou en écoles secondaires : hanafite, malakite, chaféite, hanbalite, etc. Chacune s’en tenant à un ensemble de traditions qu’elle considère comme authentiques. Bahá’u’lláh a fermé cette porte, la plus grande souce de sédition, car il a clairement annoncé que « dans la religion de Dieu, on doit se référer aux questions révélées dans le Livre et toutes les questions qui n’y sont pas dépendent d’une décision de la Maison de justice. » Ainsi, tous les récits, les relations et les traditions verbales sont discrédités aux yeux des bahá’ís et la porte de la dissension, la plus grande des portes de l’enfer, a été fermée à double tour. Deuxièmement, l’une des lois propre à la religion bahá’íe est l’interdiction d’interpréter la parole de Dieu, car l’interprétation des paroles et l’exposé d’opinions personnelles ont été l’un des plus grands moyens de dissension dans les religions précédentes, la cause de l’assombrissement de l’horizon de la foi et de l’occultation de la signification réelle du Livre de Dieu. Il est évident que les hommes instruits n’ont pas tous le même esprit et que les dons naturels de sagacité et d’intelligence, ou le degré de compréhension et d’intelligence, varient parmi eux. Ainsi, lorsque la porte de l’interprétation et de la perversion du sens évident des phrases est ouverte, d’étranges opinions et de curieuses et contradictoires interprétations en résultent, des sectes différentes naissent alors au sein d’un même peuple, d’une même communauté. Par conséquent, Bahá’u’lláh a explicitement ordonné à ses disciples d’abandonner complètement la voie de l’interprétation pour suivre les paroles révélées dans les Tablettes selon leur sens évident, afin que ce qui s’est produit parmi les nations passées ne se reproduise pas parmi le peuple bahá’í et que les événements fâcheux apparus parmi les diverses sectes en raison de la différence de mentalité et de point de vue, ne se manifestent pas en ce jour nouveau et prometteur qui est le jour du Seigneur glorieux. Ainsi, l’un des commandements explicites de cette grande Manifestation, Bahá’u’lláh, est l’abrogation des différences qui séparent les hommes. Et l’une des occasions de dissension est la différence d’opinions entre les savants concernant la position de la Manifestation de la Cause. Dans les religions précédentes, l’histoire montre que lorsque, sur une question de ce genre, une différence apparaissait entre deux docteurs en religion, les deux parties, fermes sur leurs positions, insistaient sur la justesse de leur point de vue, tandis que les laïcs, selon l’usage, adhéraient à l’un ou à l’autre, fermant ainsi les portes à l’accord et à l’unité à tel point que la fraternité religieuse se transforma en une profonde et violente inimitié, la dissension intellectuelle se terminant en luttes et en guerres sanglantes. Au quatrième siècle, les divergences de vues entre le prêtre Arius et l’évêque Alexandre au sujet de la Trinité, ou les divergences du cinquième siècle entre l’évêque Nestorius et les autres évêques, qui ont provoqué des guerres terribles et l’effusion d’un sang précieux, en sont de bonnes illustrations. Les conséquences de ces tristes dissensions ont perduré jusqu’à nos jours. Il s’agit là de preuves et d’évidences claires pour le point en question. Le temps nous manque pour mentionner les nombreuses sectes et divisions des gnostiques et autres, dont les historiens de l’Église ont dénombré plus de trente, et les ont regroupées sous l’étiquette « nés de la philosophie ». Nous renvoyons tous ceux qui souhaitent obtenir des informations complètes aux ouvrages qui font autorité en la matière, afin qu’ils se rendent compte que toutes ces divisions et ces sectes sont nées des désaccords des savants quant au degré et au rang du Christ, et de leur insistance sur leurs opinions respectives. Troisièmement, le désaccord des docteurs quant au rang de la Manifestation de Dieu est l’une de ces questions abstruses et dif ciles à résoudre qui se sont révélées dépasser les capacités des grands esprits et qui ont déconcerté un roi aussi puissant que Constantin le Grand. En effet, malgré l’aide et la coopération des grands évêques d’Orient et d’Occident, il n’a pas pu réconcilier les différentes parties de la controverse arienne. Pendant cette longue période, le pouvoir des conciles locaux, l’épée des puissances européennes et le verdict des tribunaux inquisitoriaux n’ont pas réussi à éliminer fi

les divisions et les schismes causés par ces discussions métaphysiques. Mais l’élimination de ce problème insoluble et de cette maladie incurable par les moyens les plus simples a été dévoilée dans les ouvrages bahá’ís. En effet, dans l’une de ses saintes Tablettes, Bahá’u’lláh a révélé ce qui suit : « Puisque les hommes diffèrent dans leur degré de connaissance, s’il s’avère que deux personnes ont des points de vue différents en ce qui concerne la nature et le rang de la Manifestation de Dieu, les deux sont acceptables devant Dieu, car, conformément au verset béni : « En vérité, nous avons créé des âmes différentes en degrés », Dieu a créé des hommes différents en compréhension et en manières. Mais si ceux qui ont deux points de vue s’engagent dans des conflits et des querelles en exprimant leur point de vue, ils sont tous deux rejetés. En effet, la connaissance de la Manifestation de Dieu a pour but d’unifier les cœurs, de cultiver les âmes et d’enseigner la vérité de Dieu, alors que les conflits et les querelles de deux personnes ayant deux points de vue différents nuiraient à la cause de Dieu. C’est pourquoi elles sont toutes deux envoyées au feu » 25. Tel est en résumé le contenu de cette Tablette. Par conséquent, dans cette sainte cause, personne n’a le pouvoir de créer la discorde et, par crainte de faillir, personne n’ose persister dans sa propre opinion au détriment de l’harmonie. Quatrièmement, parmi les lois spécifiques clairement établies dans la Cause de Bahá’u’lláh figure la loi interdisant l’esclavage26, qui n’est pas mentionnée dans les autres religions. Comme aucun des anciens Livres célestes n’a interdit ce trafic, tous les instincts humanitaires qui ont poussé les grandes puissances à l’abolir et à le détruire n’ont pas pu détourner les gens du peuple de cette pratique abominable qui a coûté aux gouvernements et aux nations beaucoup d’ennuis et de dépenses. Par exemple, la libération des esclaves constitue l’une des responsabilités importantes du gouvernement égyptien. Cela représente une lourde charge pour le trésor public. En outre, le procès et l’inculpation des personnes coupables de ce trafic infâme entraînent de grandes afflictions et souvent la ruine de nombreuses familles notables. Cinquièmement, parmi les lois propres à cette grande Cause, il y a celle qui rend « obligatoire pour tous l’exercice d’une profession comme moyen de subsistance, et l’obéissance à cette loi est considérée comme une prière » 27 Si un homme perspicace considérait cet important commandement, il pourrait témoigner du grand bénéfice qu’il contribuerait à réguler les affaires de la civilisation et à éliminer les obstacles et les calamités de la société humaine. En effet, il est évident qu’à l’heure actuelle, d’innombrables âmes : moines, anachorètes, ermites, dévots religieux, dignitaires et autres, bien que saines de corps et de membres, s’abstiennent de toute occupation et de tout commerce, passant leur temps dans l’indolence et l’oisiveté et vivant du produit du travail d’autrui. En réalité, ces hommes sont comme des membres atrophiés du corps de l’humanité et un lourd fardeau pour les hommes d’industrie et d’agriculture. Lorsque, par une loi religieuse, ces innombrables âmes abandonneront l’oisiveté et l’indolence et s’adonneront à des occupations utiles, on comprend combien cela contribuera à la richesse commune et supprimera les difficultés de la société. Sixièmement : Une loi rend obligatoire l’éducation des enfants des deux sexes.28 Cette loi est aussi l’un des commandements explicitement révélés dans cette très grande Cause. Il n’en est pas fait mention dans aucune des autres religions où l’éducation des gens dépend d’une loi du gouvernement. Précédemment, si un gouvernement omettait de promulguer un décret prévoyant l’enseignement obligatoire, et que cette omission entraînait la décadence de l’apprentissage et du savoir, la nation n’en tenait aucun compte, et les gens ne considéraient comme responsables, ni eux ni le gouvernement. En effet, aucune loi concernant ce sujet n’a été révélée dans les Livres saints. Mais lorsqu’une loi est établie dans le Livre saint d’une nation, chacun des membres de celle-ci se considère comme tenu de l’appliquer, et personne ne manquera de respecter cette loi, car ils ne dépendront pas du gouvernement pour le faire. Septièmement : le commandement interdisant l’anathème et l’injure et obligeant chacun à s’abstenir de prononcer ce qui peut offenser les hommes29. Car, comme le montre la science morale, l’anathème, l’injure et les paroles dures et offensantes sont l’une des plus grandes causes d’aliénation des cœurs, de rancune des esprits, de haine et d’animosité entre les gens et de cause de guerres calamiteuses. « En vérité, la guerre commence par les mots » disent les sages et le poète Firdousi a dit : « Un simple mot peut être cause de guerre ». Un autre vers illustre ce point : « La blessure infligée par la langue est plus profonde que celle infligée par l’épée ». Si l’on réfléchit aux divergences et aux schismes dont nous avons parlé, qui se sont produits parmi les peuples chrétiens, créant des sectes et des écoles différentes, telles que les ariens, les nestoriens, les gnostiques, etc., allumant le feu de terribles batailles et de violentes calamités, on constate clairement, d’après le témoignage de faits authentiques, que la cause principale et initiale de ces divisions et de ces désastres était la divergence d’opinions entre deux religieux érudits, deux théologiens, divergence qui donnait lieu à des discussions et à des controverses. Pour vaincre son adversaire et démontrer la justesse de son point de vue, parce qu’il était persuadé que sa propre opinion était la bonne, chacun persistait dans son attitude au point d’en arriver à être dur envers l’autre. Cette dureté conduisait progressivement à des allusions et à des déclarations gênantes qui, avec le temps, culminaient en injures, exécrations, luttes et même effusion de sang. Il n’est pas nécessaire de mentionner ici les conséquences néfastes de ces luttes religieuses et leurs effets négatifs sur la société humaine. En effet, les calamités causées au cours des âges par ces divergences sont consignées dans les livres d’histoire de toutes les nations, et les épreuves qui se poursuivent jusqu’à notre époque, résultats douloureux de ces dissensions, sont évidentes pour tout homme intelligent. On pourrait peut-être avancer une objection disant que les ordonnances interdisant l’anathème et l’exécration se trouvent dans les autres Livres saints, comme par exemple les commandements du Christ, dans le Sermon sur la Montagne, dans lequel il déclare très clairement : « …celui qui dira : « Fou » sera passible de la géhenne de feu » 30 Dans le Coran, il est dit : « Ne maudissez pas ceux qui prétendent (à une mission spirituelle) sans la permission de Dieu, maudissant ainsi Dieu comme un ennemi » 31. La réponse à cette objection est évidente pour les gens perspicaces, car de telles ordonnances et interdictions sont considérées par les savants comme des commandements éducatifs et non comme des lois et des textes de loi de la religion. Considérez ce commandement du « Sermon sur la Montagne », dans lequel il déclare : « Quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ». Il dit encore : « Ne vous amassez pas de trésors sur la terre» et encore : « Ne vous inquiétez donc pas du lendemain. » Il dit aussi : « Celui qui te frappe sur la joue droite présente-lui aussi l’autre » ; et « Si quelqu’un veut […] prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau ». Plus loin, il dit : « Donne à celui qui te demande et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi » 32 Il est évident que les savants et les docteurs des religions chrétienne et musulmane n’ont pas considéré ces commandements comme impératifs. Les spécialistes du droit et la jurisprudence n’ont pas jugé que ceux qui désobéissaient à ces lois méritaient d’être punis et jugés. Au contraire, comme nous l’avons dit, ils ont unanimement considéré qu’il s’agissait de lois éducatives. De plus, certaines de ces lois sont telles que les docteurs n’ont pas considéré ceux qui les transgressent comme des transgresseurs ou des malfaiteurs devant Dieu. Par exemple, déjà citées : « Celui qui te frappe sur la joue droite présente-lui aussi l’autre », « Donne à celui qui te demande », « ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi ». L’énoncé ci-dessus montre clairement pourquoi de tels commandements et ordonnances n’ont pas été considérés par les dirigeants des gens chrétiens comme impératifs et obligatoires et pourquoi ils n’ont pas pu faire disparaître l’anathème et l’exécration dans la communauté humaine. Mais dans la religion bahá’íe, les commandements interdisant de maudire, d’injurier, de jurer et de blasphémer ont été révélés comme des lois impératives et obligatoires. La responsabilité des contrevenants a été révélée dans plusieurs Tablettes. Des commandements insistants ont été émis en ce qui concerne la pureté de la plume et de la langue, interdisant d’écrire ou de parler de ce qui offenserait les hommes. Par exemple, bien que la loi interdisant l’anathème et l’exécration ait été déjà explicitement énoncée dans plusieurs Tablettes telles que l’Ishráqát et d’autres, Bahá’u’lláh, à la fin de sa vie, dans le Livre de l’Alliance, a renforcé et souligné la loi susmentionnée en adressant le commandement suivant aux gens du monde entier : « Ô peuples du monde, nous vous exhortons à observer ce qui vous anoblira. Empoignez la crainte de Dieu et adhérez fermement à ce qui est juste. En vérité, je vous le dis, la langue est faite pour mentionner ce qui est bon, ne la souillez pas de propos inconvenants. Dieu pardonne le passé. Que chacun désormais dise ce qui est bien et convenable et s’abstienne de médisance, de violence et de tout ce qui est cause de tristesse. Noble est son rang ! Il y a peu, cette glorieuse parole a coulé de notre précieuse et magnificente Plume : Béni est ce grand Jour où tout ce qui est latent en l’Homme est et sera rendu manifeste. Noble est l’Homme s’il s’attache à la justice, à la vérité et reste inébranlable dans la Cause.» 33 Tout être intelligent qui ré échit à ces propos : « Dieu pardonne le passé. Que chacun désormais dise ce qui est bien et convenable », « Évitez l’anathème, l’exécration et ce qui perturbe l’homme », verra clairement à quel point est catégorique l’interdiction de l’anathème et de l’exécration. En effet, selon la loi en vigueur parmi les gens qui savent, le contenu de cette sainte déclaration est une interdiction explicite de l’anathème et de l’exécration. fl L’objectif visé est de rendre impardonnable la position de celui qui viole ce commandement puissant et définitif. Il est ainsi clair pour le lecteur que l’interdiction de l’anathème et de l’exécration est l’un des commandements particuliers de cette très grande Révélation. Ainsi, par la faveur de Dieu le Très-Haut, suite aux écrits de la Plume Suprême, cette action inconvenante et les épreuves qui en résultent pourront disparaître et l’heureuse nouvelle consignée dans le troisième verset du 22e chapitre de l’Apocalypse de saint Jean concernant les événements du jour de la Manifestation, à savoir : « Il n’y aura plus de malédiction dans l’au-delà », sera réalisée.34 Huitièmement, le port d’armes est interdit sauf en cas de nécessité : Cette ordonnance ne se trouve pas dans les autres religions alors que, dans la religion bahá’íe, elle est considérée comme un commandement impératif et essentiel. La grande utilité de cette loi est évidente. Combien de gens incapables de maîtriser une colère excessive lui ont donné libre cours en utilisant des armes prêtes à l’emploi ? Si le meurtrier n’avait pas été armé, souvent, au bout d’une heure, la violence de sa colère se serait apaisée et aucun crime n’en aurait résulté. Il s’agit là des effets négatifs mineurs du port d’armes. Les gens armés sont à l’origine d’autres maux plus graves ; ils causent de grandes révolutions pour les gouvernements et des pertes excessives pour les nations. Détailler ce sujet serait trop long, néanmoins les afflictions des nations et les épreuves causées aux gens par le port d’arme sont évidentes. Neuvièmement : La question relative à la nécessité de la création de la Maison de

justice et de l’institution des Assemblées nationales [c’est-à-dire des parlements] et des gouvernements constitutionnels36. Ce commandement est également particulier à cette religion. En effet, dans d’autres religions, il est possible de restaurer et de fonder des gouvernements despotiques, car l’amour de la permanence, de l’établissement et de la durée des ordonnances religieuses et la crainte d’aller à l’encontre de celles-ci sont si profondément enracinés dans les âmes humaines, en raison de la crainte de Dieu, qu’ils ne disparaîtraient pas en mille ans et ne seraient pas remplacés, sauf par le renouvellement de la religion et la réforme des lois. Voilà brièvement quelques-uns des commandements particuliers à la religion bahá’íe que l’auteur de ces lignes soumet à cette occasion. Pour des raisons de brièveté, il a été nécessaire d’omettre d’autres commandements particuliers à cette très grande Révélation, notamment quelques questions d’éthique comme la nécessité pour une épouse de recevoir des nouvelles de son mari en voyage ou absent ; une autre condamnant l’orgueil et l’égoïsme ; une autre encore relative à la pureté de toutes choses, avec des recommandations et des encouragements à observer mesures sanitaires et propreté, et à éviter complètement tout ce qui conduit à la saleté et à l’impureté. Parmi ces commandements, on trouve celui qui ordonne aux nations de s’entendre pour abolir la guerre et de préserver les conditions de sécurité et de paix. Pour rendre justice à cet important sujet, il faudrait compiler un gros volume et non un article si bref, mais il existe de nombreux commandements de ce type, dont le développement et le détail en dépasseraient les limites. Pourtant, au risque de les dépasser, je me sens obligé d’informer le lecteur intéressé d’un des nombreux traits distinctif de la religion bahá’íe avec l’espoir que cette Cause suprême éclaire largement sa vision et que sa langue, pure et reconnaissante, offre des louanges à Dieu, le Béni, le Sublime. Il s’agit d’un problème complexe de la philosophie sociale : la prévention du monopole et du contrôle des richesses par certains individus. Les philosophes du monde entier en discutent depuis longtemps. Par de sérieux échanges et de profondes analyses, les sages d’Europe et d’Amérique, les socialistes en particulier, se sont efforcés de résoudre ce problème abstrus. Les gouvernements d’Europe et d’Amérique ont accordé à ce sujet une complète attention ; néanmoins, ils ne sont toujours pas d’accord et ne sont pas parvenus à un consensus sur la solution à apporter à cette question qui peut sembler insurmontable. Mais si l’on s’intéresse à l’institution divine concernant la question de l’héritage et le modus operandi de la distribution des legs entre les héritiers selon les lois de cette Révélation, on voit que ce problème d’importance a été résolu de la la plus simple des manières ; la répartition des richesses entre les nations étant ainsi établie de la meilleure méthode qui soit. La mort étant un événement inévitable, si la répartition des biens laissés par ceux qui montent vers Dieu s’effectue selon la recommandation divine suivante, il sera impossible à un petit nombre d’accumuler les richesses ou à une famille particulière d’exercer un monopole, laissant les autres démunis et affligés par la pauvreté et le besoin. En effet, le puissant Législateur a réglé cette importante question de la manière suivante : Il a divisé les héritiers du défunt en sept classes, y compris les enseignants, pères spirituels des individus éclairés. L’héritage est divisé en parts. Ce nombre est le premier entier divisible par tous les entiers inférieurs à .. Selon cette division, les sept classes pouvant bénéficier d’un legs sont les suivantes : en premiers : les enfants, puis l’épouse, le père? la mère, les frères, les sœurs et les enseignants. Les parents les plus proches sont les mieux dotés. Chaque classe reçoit son dû en fonction du nombre soixante, qui s’applique à tous. Il a décrété que ces sept classes mentionnées entreraient également en possession de leurs droits légitimes, chacune recevant sa part de cette division . Lorsque les gens perspicaces réfléchiront à ce qui a été révélé, ils verront que, grâce à ce commandement, la richesse ne sera jamais monopolisée par un petit nombre et qu’aucun individu ne pourra s’emparer de la richesse d’un autre par la force. La richesse circulera toujours entre tous. Tous les hommes hériteront les uns des autres et tous bénéficieront de ce capital. Certes, lorsqu’on réfléchit à la répartition effectuée par le Báb dans Le Bayán, on pourrait conclure qu’une telle répartition affecte l’intérêt des enfants, mais la manière dont elle est prévue dans l’Aqdas par la plume suprême de Bahá’u’lláh, où l’héritage des enfants est

multiplié, dissipe cette crainte . Pour les gens éclairés, il est évident que dans cette

très grande cause, tous les moyens de confort pour la nation ont été fournis et qu’un plan de réajustement des affaires du monde, à tous les points de vue, a été

élaboré. Ce qui a été dit ici suffira à répondre brièvement aux objections de M. Easton et consorts. Concernant les caractéristiques qui distinguent cette grande Cause des autres lois et religions de tous les siècles et de toutes les époques : Si les hommes de savoir, justes et intelligents, réfléchissent aux lois judicieuses du Seigneur de l’humanité, ils témoigneront sans aucun doute de la perfection de la Providence divine dans les lois ainsi instituées. Par exemple, ces trois ordonnances fermes et irréfutables, à savoir, premièrement, la question de l’héritage par laquelle le monopole de la richesse sera supprimé et la question du socialisme résolue ; deuxièmement, la question de la paix universelle et des accords internationaux concernant le désarmement et la conservation des dépenses actuellement consacrées aux instruments de guerre ; troisièmement, la question de l’ordre donné à tous d’acquérir une profession, un art ou un métier leur permettant de gagner leur vie, allégeant ainsi le fardeau des dépenses pour ceux sur qui elles retombent, tels que les fermiers, les ouvriers, et autres. Ces dépenses sont engendrées par les oisifs et les chômeurs. Ces hommes justes et intelligents témoigneront aussi que la réorientation du monde et le salut de l’humanité face à de grands dangers sont conditionnés par l’adoption des commandements de cette très grande Manifestation, Bahá’u’lláh. Ainsi, ils prononceront les paroles bénies : « Béni soit Dieu, Possesseur du Royaume ! ».

Conclusion Nous mettons ici un terme à nos propos et, pour conclure cette déclaration, nous implorons Dieu le Saint, le Suprême, d’accorder à M. Easton et aux autres négateurs, en sa miséricorde infinie, la lumière de la perspicacité et de la connaissance afin qu’ils examinent, dans un esprit impartial et désintéressé, ce qui leur est soumis ici. Ainsi seront-ils informés de la réalité de la Cause divine et guidés vers la source du salut, de la vie, de la gloire et de la prospérité. et c’est chose facile à Dieu. Écrit le 28 décembre 1911, en Syrie, par la plume de Mírzá Abu’l-Fadl Gulpáygání.

Notes 1. Voir l’annexe de ce volume 2. Référence à ce passage du Sermon sur la montagne : « Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus en brebis, mais qui au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Cueille-t-on des raisins sur un buisson d’épines, ou des figues sur des chardons ? Ainsi tout bon arbre produit de bons fruits, mais l’arbre malade produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un arbre malade porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas un bon fruit, on le coupe et on le jette au feu. Ainsi donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » » (T.O.B., Mat. 7:15-20) 3. «Engeance de vipères ! Comment pourriez-vous dire de bonnes choses, alors que vous êtes mauvais ? » (T.O.B., Mat. 12:34) 4. Mírzá Abu’l-Fadl fait ici référence à certains érudits et théologiens juifs. 5. Cf. Myron H. Phelps, The Master in `Akká (Los Angeles : Kalimát Press, 1985) pp. 57-61 ; Edward G. Browne, A Traveller’s Narrative (Cambridge University Press, 1891) p. 358-59. 6. Subh-i Azal, Mírzá Yahyá, le demi-frère de Bahá’u’lláh. Voir Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles. 1976. 7. Cf. Muhammad.-’Alíy-Salmání, My Memories of Bahá’u’lláh (Los Angeles : Kalimát Press, 1982) p. 46-53. 8. Concernant la transformation pacifique des bábís, voir Bahá’u’lláh, Épître au Fils du Loup, Maison d’éditions bahá’íes, 2001, p. 153-154. 9. Voir Ibid, p. 76-78 ; Anthony A. Lee, "The Rise of the Bahá’í Community of ‘Ishqábád" Bahá’í Studies, Vol. 5 (janvier 1979) p.1-9. 10. Cf. Matt. 12:37. 11. Coran 10:35, 37:154, 68:36. 12. Cf . ‘Abdu’l-Bahá, Les Leçons de Saint-Jean-d’Acre, Les Presses universitaires de France, 3e édition 1982, chap LXXXII p. 294. 13. Cf. « Bishárát » (Bonnes nouvelles) dans Tablettes de Bahá’u’lláh révélées après le Kitab-i-Aqdas, Maison d’éditions bahá’íes, Bruxelles, 2010, p. 21-28. 14. Ibid., p. 28 15. « Le système de gouvernement que le peuple britannique a adopté à Londres semble être bon, car il est orné de la lumière à la fois de la royauté et de la consultation des gens. » Bahá’u’lláh, « Lawh-i Dunyá » (Tablette du monde), Tablettes de Bahá’u’lláh, p. 93. 16. Isa. 2:2 ; Jean 11:24 ; Dan. 12:4, 9 ; Job 19:25 ; Joël 2:31 ; Zeph. 1:14 ; etc. 17. « Aussitôt après ces jours de détresse, le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel, toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront les élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre. » Matt. 24:29-31. 18. « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur ; en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés ses dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée. Puisque donc toutes ces choses doivent se dissoudre, quelles ne doivent pas être la sainteté de votre conduite et votre piété, ... ». 2 P. 3:10-11. 19. Muhammad. 20. Les théologiens musulmans enseignent que l’Évangile original enseigné par le Christ a été perdu et que les écritures utilisées par les chrétiens aujourd’hui sont corrompues. Bahá’u’lláh rejette cet enseignement dans Le Livre de la Certitude, Bruxelles. Maison d’éditions bahá’íes, 2014) § 91, 97, 98 notamment. 21. Cf. Ibid. 22. Mathieu 5:44, Luc 6:28. 23. 1 Jean 3:7. 24. 1 Jean 4:15. 25 .Voir Khazeh Fananapazir, "A Tablet of Mírzá Husayn ‘Alí Bahá’u’lláh to Jamál-i Burújirdí : A Full Provisional Translation", « Bahá’í Studies Bulletin », vol. 5, no. 1- 2 (janvier 1991). 26. Cf. le Kitáb-i-Aqdas, K72. 27. La traduction officielle se lit comme suit : « Nous enjoignons à tous de s’engager dans un métier ou une profession et nous considérons cette occupation comme un acte d’adoration. » Bahá’u’lláh, Trustworthiness : A Compilation of Extracts from the Bahá’í Writings, comp. by the Research Department of the Universal Maison de justice (Haïfa : Bahá’í World Centre, 1987), nº 34. 28. Cf. Bahá’u’lláh, « Ishráqát », Tablettes de Bahá’u’lláh (Maison d’éditions bahá’íes, 2010) p.81. 29. Cf. Bahá’u’lláh, « Bishárát », Tablettes de Bahá’u’lláh, p. 15. 30. Matt. 5:22. 31. Coran 6:108. 32. Sermon sur la montagne, Matthieu 5 et 6. 33. Bahá’u’lláh, « Kitáb-i-‘Ahd », Tablettes de Bahá’u’lláh, p. 181, 15.2. 34. « Il n’y aura plus de malédiction. »Apoc. 22:3. 35. Kitáb-i-Aqdas, K159, p. 76. 36. Cf. Tablettes de Bahá’u’lláh, p. 93. 37. Mírzá Abu’l-Fadl fait ici référence aux lois bahá’íes sur l’héritage qui s’appliquent dans les cas où l’on n’a pas écrit de testament. Cf. Kitáb-i-Aqdas, K20- 29. 38. Les règles successorales de Bahá’u’lláh en cas d’intestat sont basées sur celles du Báb révélées dans Le Bayán, mais Bahá’u’lláh double la part attribuée aux enfants du défunt. Bahá’ísme : Un avertissement par Peter Easton

Il y a mille neuf cents ans, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ comparaissait devant un tribunal romain. Le gouverneur, convaincu de son innocence, proposa de le relâcher. Mais les juifs s’écrièrent : « Ce n’est pas lui, c’est Barabbas ! » Barabbas était un brigand. C’est ainsi que le peuple élu de Dieu, celui qui, pendant 2000 ans, depuis Abraham, avait été le bénéficiaire privilégié de sa grâce et de sa miséricorde, « renia le Saint et le Juste, et demanda qu’on lui accordât un meurtrier. » Cette scène se rejoue-t-elle aujourd’hui sous nos yeux ? En l’an de grâce 1911, le 17 septembre, à St. John’s, Westminster, un archidiacre de l’Église d’Angleterre, un homme qui porte un nom honoré, a placé dans le fauteuil de l’évêque, devant l’autel, le chef d’une secte orientale dont, dans un discours précédent, il avait fait l’éloge en l’appelant « Maître ». Qui est cet homme ? Il s’appelle Abbas Effendi. Il préfère cependant être appelé ‘Abdu’l-Bahá, serviteur de Bahá, son père, décédé à Acre, en Syrie, en 1892. Pour savoir ce que cet homme représente et incarne, nous devons donc nous demander quel genre d’homme était Bahá, le chef de cette secte, qui lui a donné son nom. Un pire que Barabbas – traître, assassin et blasphémateur – digne successeur de cette longue lignée d’antéchrists persans depuis le début de son histoire jusqu’à aujourd’hui. L’histoire est longue et nécessiterait plus de temps et d’espace qu’il n’est possible de lui accorder ici. L’article « Les Babis de Perse » qui accompagne ce texte donne un bref aperçu du principe et de la pratique de ce système antichrétien. Comment est-il possible qu’un ministre de Jésus-Christ puisse recommander une telle foi ? Ignorait-il le véritable caractère de la secte ? Pourquoi, alors, l’a-t-il recommandée ? Pourquoi aussi était-il ignorant ? Ne savait-il pas que la Church Missionary Society avait une mission en Perse depuis quarante ans, et qu’il lui suffisait de s’informer auprès des missionnaires de la Société à Londres et dans les environs pour connaître les faits ? Depuis plus de vingt ans, le professeur Browne, de Cambridge, écrit sur ce sujet. L’archidiacre n’a-t-il pas connaissance des faits accablants, exposés dans ses ouvrages, concernant le caractère de Bahá ? A-t-il voulu s’informer auprès des habitants du quartier d’Acre ? Comme il aurait été facile d’obtenir des informations auprès des missionnaires anglais et américains de Syrie et de Palestine. Il y a dix-huit mois, l’archidiacre Wilberforce a écrit à ‘Abdu’l Bahá pour lui dire : « Nous sommes tous un, derrière le voile » Est-ce là l’enseignement de la Parole de Dieu ? L’Apôtre dit-il que nous devrions être inégalement associés aux incroyants, que la justice a partie liée avec l’iniquité, la lumière avec les ténèbres, le Christ avec Bellial, le temple de Dieu avec les idoles ? C’est en effet l’enseignement du panthéisme sur lequel sont fondés le bahaïsme et toutes les sectes qui lui sont apparentées. C’est de la haute antiquité de ans, du début de l’histoire de la Perse, que vient la déclaration blasphématoire : « Dieu et le diable sous le même joug ». Les hommes de bonne réputation sont, il est vrai, les bienvenus dans les rangs de ces sectes panthéistes. Ils font d’excellents pigeons. Mais lorsqu’il s’agit d’accomplir l’œuvre de l’enfer, il faut un autre type d’homme, un homme dont la conscience est brûlée comme par un fer rouge. Ce qui est déterminant, ce n’est pas ce que l’homme est, mais l’usage que l’on peut en faire. « Le mal est le nom d’une des conditions du progrès – il est aussi nécessaire, voire plus, que ce que vous appelez le bien, à votre et à notre élévation vers des sphères plus élevées ». Cette idée est concrétisée dans ces sectes panthéistes, en ce sens que les membres moralement intègres sont con nés dans le cercle extérieur, tandis que les enfants du malin sont admis dans le sanctuaire intérieur. Voilà donc l’unité tant vantée, dont Dieu nous préserve. L’archidiacre Wilberforce appelle ‘Abdu’l Bahá « Maître ». Qu’en est-il du Christ ? Enseigne-t-il que l’on peut servir deux maîtres ? Non. Alors l’archidiacre doit choisir qui il va servir, le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ou l’Antéchrist, Bahá. Il ne peut servir les deux. Que dira le peuple anglais ? Choisira-til ce Barabbas moderne ? Un mot sur l’impact des déclarations de l’archidiacre sur le travail missionnaire en terre mahométane. Ce travail, comme on le sait, n’est pas facile. Elle est même si difficile que des hommes comme Lord Curzon sont totalement incrédules quant à la possibilité d’accomplir quoi que ce soit. Il est certain que les hommes qui professent être des disciples de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ – surtout ceux qui sont considérés comme des dirigeants de l’Église – ne devraient rien faire pour rendre ce travail encore plus difficile. Quoi que l’on puisse dire d’autre des bahá’ís, on ne peut pas dire qu’ils ne sont pas sages dans leur génération, prompts à utiliser tous les moyens, justes ou injustes, qui serviront leurs intérêts. Ce qu’il a vu et entendu ici en Angleterre a grandement encouragé ‘Abdu’l-Bahá à persévérer dans son projet de faire du bahá’ísme « la religion universelle du monde et la base de la grande civilisation universelle à venir », comme le montrent ses propres paroles. On ne peut douter qu’il aura le même effet sur ses disciples, à qui la nouvelle sera transmise, non pas dans un anglais froid, mais dans les phrases enflammées de l’imagination orientale. Comme Paul, sur le chemin de Rome, ils seront eux aussi encouragés, mais ce ne sera pas pour faire avancer le royaume de Dieu, mais le règne de l’Antéchrist.

Les babis de Perse

L’origine du babisme est à rechercher dans le panthéisme persan, un système qui remonte à plus de 1000 ans et qui a donné naissance à de nombreuses sectes, dont le babisme est l’une des plus récentes. Toutes ces sectes ont une doctrine fondamentale, à savoir que le murid, ou disciple, doit s’abandonner absolument, corps et âme, au murshid, ou guide. Dire que le murshid est, à toutes fins utiles, à la place de Dieu pour le murid, c’est sous-estimer la question. Lorsque Dieu nous parle, il s’adresse à nous en tant qu’hommes, en honorant les facultés de raison, de conscience et de volonté dont il nous a dotés. Si quelque chose prétend être une nouvelle révélation, elle doit répondre aux exigences de l’ancienne révélation, et s’y tenir ou s’y soustraire. L’idée panthéiste fi

est différente. La révélation, la conscience, la raison, la volonté sont toutes anéanties. À chaque instant de l’existence, il n’y a rien d’autre que le pouvoir absolu ; le pouvoir nu d’une part, et la passivité et la négativité absolues d’autre part. Le murid n’est pas un homme au sens propre du terme, mais un simple matériau, un simple réceptacle qui est constamment créé puis mis en pièces, ou rempli puis vidé. Ce qu’il est n’a rien à voir avec la nature des communications ou des ordres qui lui sont adressés ou imposés. Selon les critères ordinaires, ils peuvent être raisonnables ou déraisonnables, sages ou imprudents, saints ou impies, mais il n’a rien à voir avec tout cela. S’il lui est ordonné de dire la vérité, il dit la vérité. Lui ordonne-t-on de mentir, il ment. Lui donne-t-on des conseils de sagesse, il les exécute. Lui impose-t-on les caprices les plus fous d’un fou, ce devoir d’obéissance est exactement le même. Permettez-moi de dire, tout d’abord, que le système est essentiellement vicieux, car il est basé sur la dégradation du murid, qui est dépouillé de tout ce qui fait de lui un homme et réduit à un simple automate. L’honneur et la gloire du murshid se construisent sur la ruine du murid. Il est impossible de concevoir un contraste plus parfait avec le christianisme. « Parce que je vis, dit le Sauveur, vous vivrez aussi (Jean 14:19) ». « Et la gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaits en un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé (Jean 17:22, 23). Deuxièmement - Il ne peut être réformé, puisque le premier pas dans la voie de la réforme est de détruire le système à la racine et à la branche. Troisièmement - Chaque tentative d’application du principe de ce système s’est soldée par le mal le plus terrible. La carrière de Mokanna au huitième siècle, dont nous avons une description vraie et fidèle dans le Lalla Rookh de Moore, celle de Babek au neuvième et de Karmath au dixième siècle, qui ont tous deux transformé le monde oriental en Aceldema, ou champ de sang ; plus que tout, celle de Hassan Sabah et de ses disciples, les Assassins, qui pendant 170 ans, à partir de 1090, ont inauguré un règne de terreur en comparaison duquel celui de la Révolution française n’était qu’un jeu d’enfant. Ces exemples et d’autres que l’on pourrait citer, tant dans l’Antiquité que dans les temps modernes, prouvent amplement notre affirmation. On nous demande maintenant de croire que le Babisme est une exception à la règle, que ce système diabolique, satanique – il n’y a pas d’autres mots pour le décrire – s’est transformé, que le serpent a perdu ses crocs et que le loup est devenu le véritable protecteur des brebis. Où se trouvent les preuves de cette étonnante affirmation ? Fautil la chercher dans les déclarations blasphématoires de Bahá, selon lesquelles il n’était pas seulement le Christ, mais aussi Dieu le Père ? Faut-il la chercher dans sa vie, entachée des crimes les plus bas ? L’homme qui a tenté d’empoisonner son propre frère, qu’il avait invité à manger avec lui, est-il l’inaugurateur d’une nouvelle dispensation de la paix sur terre ? Et qu’avons-nous de l’autre côté ? Rien d’autre que des paroles mielleuses. Le loup est déguisé en brebis, donc ce n’est pas un loup. Ce qui est encore plus grave, c’est qu’aucune excuse ne peut être invoquée pour cet homme. C’était un méchant de sang-froid, et non un fou, comme le fondateur des Druses, ou un enthousiaste trompé, comme nous pouvons supposer que le Bab original était. Il y a des hommes bons parmi les babis, des hommes qui ont été attirés par le système, espérant y trouver la vérité qu’ils avaient vainement cherchée dans le mahométisme ; bons, non pas à cause du système, mais en dépit de lui. Xavier était un saint homme, mais le jésuitisme est tout sauf saint. Nous devons nous rappeler, en outre, que dans tous ces systèmes panthéistes, il n’y a qu’un petit nombre de personnes qui sont d’abord pleinement initiées aux « profondeurs de Satan », que la politique des dirigeants est de maintenir la multitude dans l’ignorance, et d’avoir quelques personnes dont la vie pure servira à masquer leur propre corruption. Dans le cas des Assassins, le caractère de la secte n’a été pleinement exposé au public que plus de soixante-dix ans après sa fondation. Il n’est pas nécessaire de gaspiller de la sympathie pour les souffrances des babis. Il est vrai qu’ils ont terriblement souffert. Qu’ils aient enduré la souffrance avec une force d’âme et une constance merveilleuses est également vrai. Mais il en a toujours été ainsi pour ces sectes. Lorsque l’infâme Babek, dont la règle était de faire violer sous leurs yeux les femmes et les filles de ses captifs, s’est fait arracher les mains et les pieds, « il a ri et a scellé en souriant avec son sang la gaieté criminelle de ses principes » (Von Hammer, History of the Assassins, p. 27). En tant qu’enseignants et praticiens de l’assassinat, les babis méritent amplement tout ce qu’ils ont été appelés à subir. Il est vain de dire qu’ils n’interviennent pas dans les gouvernements, car, aux yeux d’un babi, il n’y a pas d’autre gouvernement que celui de son chef. Tant que ce chef est en état de semi-captivité, l’exercice de son autorité sur les souverains et les pays peut être mis en veilleuse, de peur qu’il n’attire la vengeance sur sa propre tête. Mais qu’il devienne un jour un souverain indépendant, et nous pourrons alors nous attendre au retour de cette époque où il n’y avait de sécurité ni pour le souverain ni pour le peuple, si ce n’est qu’ils devenaient les esclaves du plus affreux despotisme qui se soit jamais manifesté sur la terre. Plus de liberté pour les femmes ! Oui, mais depuis l’époque de Mazdak, ces sectes enseignent la communauté des femmes. Le millénaire à inaugurer est celui de la science absolue.(Cf. Von Hammer, p. 105 et suivantes) Après avoir lu cela et bien d’autres choses de ce genre qui se retrouvent dans la presse publique, on se demande comment il se fait que des chrétiens, hommes et femmes, puissent être trompés à ce point. Néanmoins, il est vrai que ces projets panthéistes exercent une terrible fascination qui semble, pour un temps au moins, priver les hommes de la vue, de l’ouïe et de la compréhension. Il est indéniable qu’ils contiennent des vues grandioses de la vérité, mais le malheur, l’horreur, c’est que la vérité, qui devrait être présentée de manière à être édifiante et inspirante, n’est que l’appât sur l’hameçon qui entraîne l’âme en enfer.