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En Perse- La Constitution

EN PERSE •

Les dernieres nouvelles de I'Afghanistan representent ce pays comme ayant a son tour un parti constitutionnel (1). C'est un signe des temps. Les Afghans vont-ils, comme Jes Persans, reclamer le regime parlementaire au nom du Qoran? • •• Rien n'est plus interessant et ne serait plus curieux a • etudier, dans tous !es rouages de son mecanisme n1ultiforme. et complique, que cette revoluti~11 persane qui vient d'aboutir a la creation d'un parlement a Teheran. Nous ne pouvons songer encore a un expose detaille d'une situation qui reste confuse. Nous avons du moins la bonne fortune de pouvoir presenter a nos Iecteurs quelques documents importants dont nous devons la communication et la traduction a la bienveillance de M. A. L. 1v1 Nicolas I' eminent auteur d'ouvrages si importants sur la litterature et Jes religions de la Perse. á Le premier est une supp! iq Lieadressee au Sh Ah etdistribuee a to us !es personnages de la cqur et de sori entourage.'.. L'Jrchdd (2) en a mentionne 1:1ne autre, signee par lvltrzA . . .

(1) KaJ{an Moukh/Jiri, 8/21 septembre 1906. á (2) 6 septembre 1906. áá . . .. ' ' EN PERSE

Ahmed Khan et Mtrza Hasan Khan, plus violente encore dans sa forme de demandes et-de reponses; et deja, avant de se refugier a Chahzade Abd oul-'Aztm, Jes Oulemas du Teheran avaient envo;áe au Cáhah une protestation collective. La « suppliq ue »qui nous occupe etait elle-n1eme une veritable sommation. Elle arriva adestination et _so~ etfet parait avoir ete considerable. . Le seácond document est la reponse du Chah aux protestations par lesquelles av~it eteáaccueillie la promesse prirnitive d'un Parlement, dont le reglement interieur serait redige par la Cour. On se rappelle que !es Oule.mas et 1-Iollahs de Tcheran avaient quitte la ville, en prenant le chemin d'un exil volontaire dont !es Lieux saints de Nedjef et de Kerbela •

etaient le but, en m~me temps que la foule du parti constitutionnel se rendait en Best (I) a la Legation d, A ngleterre. ' Le_ premier rescrit affiche sur Jesá murs de Teheran, au moment ou le grand-vizir Etne ed Douvleh fut remplace par Mtrza Nassr Oullah Khan, 1-Iouchir ed Dowleh, avait ete lacere par la populace. II fut remplace par la missive que nous donnons ici. á • Entin, leá troisieme document est le texte meme de la Loi generale et du reglement concernant !es elections au Conseil national, etabli en conformite avec le precedent rescrit.

( 1) Le droit d'asile pro)>rcment dit existe encore en Perse, quoique beau- . coup moins repandu qu'autrefois, d11puis que le .plus grand des 1ninis1res de Nasr-edáDine Chah, ~lirza Taki Khan, qui cherchait en toute occasion II combattre !es empietements du clerge, s'est elforce de J'abolfr. II !'a en particulier supprime pour la mosquee royale de Teheran, ou le~ criminels, • certains d'etre apprehendes, n'oserent plus se refui:ier comme avant (BERGt, Dictionnaire, p. 375). Le Best n'ensubsiste pas moins pour les lieux de p~le­ rinage et aux tombeaux des grands saints, ou on le -respecte -relativement. On n'enleve pas !es refugies de force, mais il est interdit deá leor apporter aucune nourriture, ei des cordoáns de sentiriellesá y veilleni. á á á á a cáes1 un Best de ce genre, le fliausolee de Chah Abd el Azim, que Jes Oulemas de Teheran.se refugierent tout d'abord e!1 quittant la capitale. ~tais dans le jardin de la Legation d'Angleterre, comme diins ceux du Consulat de Tauris, le Best ne resultait que de J'im1nuniu! diplomatique. . . '

. . . .. 88 REVUE DU MONDE MUSULMAN

I

Supplique a S. M. le Chah (Envoyee atous /es personnages de la Gour.)

0 Roi qui aimes tes sujets ! 0 Seigneur de la Perse ! Tu te consideres toi-menie comme l'ombre de ee Dieu sur la terre, comme le Pere de ta Nation ! Dieu a fait de toi le berger de son troupeau, et c'est entre tes mains qu'il a remis le soin de sa seeurite. Or, ne vois-tu pas ce que !'injustice de tes serviteurs fait eprouver aux hommes de la Perse ! N'entends-tu pas quels eris montent jusqu'aux cieuK, au sujet de leurs violences, des eris tels qu'Edouard VII, a l'autre bout du monde, !es a entendus ( 1 ), eta intercede au pres de toi pour Jes malheureux qui Jes poussaient? Vois ! le monde entier a pris en pitie cette miserable nation et tu n'as rien compris. Au milieu de la nuit, des lamentations formidables sont montees des poitrines dechiquetees Je ces malheureux jusqu'au lointain Sirius, et tu n'as rien entendu ! Des fleuves de sang ont coule des yeux de tes sujets et tu n'as rien vu 1 Je ne crois pas qu'on laisse parvenir jusqu'a toi cette lettre pleine de lamentations ; mais je la crie, afin que d'autres entendent : ii se peut qu'ils t'en parlent. 0 ombre de Dieu 1 comment peux-tu admettre que, pour le bon plaisir d'une poighee d'etres sans pi tie et plus infAmes que Chimr (2), des millions et des millions de creatures - qui sont entre tes mains un dcp6t de Dieu, soient plongees dans la torture et dans !es souffrances, et n 'aient pas de pain pendant le jour, de sommeil durant la nuit . •

( 1) On sait qu'en me me temps qu'ils se refugiaient A la Ugation d'Anglegleterre, les Persans adressaient un long telegramme 11 Edouard VII. (2) Chimr, objet de !'execration persane, est le nom du general qui tua Hoce'in, le seigneur des confesseurs, dans Jes plaines de Kerbela. EN PERSE 89 Dis! ceux-Ia qui, surl'ordre de Ein ed Dowleh ont ete tues par Jes balles de tes soldats, ceux-la qu'o11 a chasses de Teheran, Dieu sait avec quelle ignominie, ceux-la n'avaientils done ni fa.nille, ni enfants? N'etaient-ils done pas musulmans ? N'etaient-ce done pas ádes ~tres vivants ? pour que ce fils de damne (I) agisse envers eux com me ii l'a fait? Et toi, dit-on, tu es triste quand un de tes serviteurs reste deux jours loin de tes yeux I Oui, certes, cela provient de la bonte de tes croyances ! Ton cceur est tellement pur que tu pr~tes l'oreille aux paroles de ces impies et que tu !es crois. Mais le Chah devrait savoir que chacun de ses sujets est plus fidele, plus sar pour son service qu'un Emir Bahadour Djeng, qu'un Hadjaib ed Dowle. Ces sujets aiment le Chah du fond de leur creur et de leur Ame: tandis que ces ~tres sans foi ni loi aiment le Chah pour degrader la nation, le peuple l'aimc pour le faire 'cherir, pour rendre le Gouvernement fort et la nation glorieuse l 0 Majeste ! tes serviteurs sont semblables aux serdars (2) Khorac;anis du temps de ton pere. Sous le nom de Turkomans, ils pillaientle Khoractan afin d'excuser par ces attaques leur presence sur Jes frontieres. Ils prenaient !'argent du Tresor sous pretexte de combattre ces Turkomans qui n'existaient pas. D'unemain ils viderent !es coffres de l'Etat; de J'autre, ces infAmes gredins cederent aux Russes le Turkestan, partie integrante de !'empire de la Perse. Eh bien I tes serviteurs, eux aussi, pillent d'un c6te ta nation et d'un autre ne permettent pas que la voix de ton a people parvienne tes oreillcs. Faut-il done, 6 Roi, que tes fils te fassent parvenir leurs doleances par l'entremise de la Legation d'Angleterre et que ces miserables impies te disent alors : « N'ecoute pas I ce sont des bAbis I ce sont des repu-

( 1) Peder-Soukht~. La plus sanglante des injures persanes s'applique ici A Elne ed Do\vleh~ (2) Serdar: g~n~r:il. REVUE DU MONDE MUSU~MAN

blicains : ils ne veulent pas de roi et cherchent a detruire ton empire. » 0 Padichah de !'Islam! 6 pere des Persans ! Ces loupsá affames qui devorent ton Joseph (1), chasse..:les,'afin que ta nation ne soit pas a tout instant Obligee d'aller SC refugier chez Jes Europeens et chercher un asile aupres de ces ser-. • pents, contre ces scorpions. Ah ; cesse de mettre la parole de Hocein Pacha, voleur karabaghi, au-dessus de celle de ce Seyyid Mohammed, Moujtehed musul1nan. Cesse de te contenter, au milieu de toute la nation persane, de ces deux serviteurs; de toute la superficie de ton empire, cesse de te con tenter de Fehr Abad (2). Sache que nous sommes tous tes serviteurs, et que la Perse entiere est pour toi un Fehr Abad et un Chah Abad (3). 0 Padichah de !'Islam! tu. dis: Je suis musulman et je crains Dieu. Pourquoi, des !ors, n 'acceptes-tu pas le Qoran ?á pourquoi ne le laisses-tu pas ordonner au milieu (4) de ta nation ? Toi restant pur et sans peche? á 0 Padichah de !'Islam! la vie de ce bas monde, combien de jours dure.,.t-elle? et pour toi, particulierement, combien te reste-t-il a vivre? La vie celeste, qui est la subsistance du nom de l'homme, dure eternellement. Done, pour ces quelques jours, ne te laisse pas tramper par ces voleurs, ces; trattres ! ne contriste pas ta nation. Nous sommes tes sujets, mais tous nous so1nmes des esclaves de Dieu et des fits de la Perse ! Puisses-tu vivre longtemps, mais vive la Perse I .. . f 1) Allusion A la sou rate de Joseph. Joseph, ici, est la nation persane, ch~re au cceur de ,\\ozaller comme Joseph J'eta'.it au cceur de Jacob. {z) Fehr Abad: palais construit par Mozatfer au-dessus de Tauchan Tepe ~t qui est un des sejours favoris d.e Sa ,\fajeste1 . . . (3) Chah Abad: palais d'c!te ci!nstruit par Mozalfer ed dine au-dessus de' Niaveran. (4) Allusion A la sou.rate XLll,,áersets 34 A 36, que l'on commente actuellement comme contenant l'ordre d'etablir un parlement. pour y deliberer'. sur Jes affaires de la nation. EN PERSE 91

II

Rescrit de S. M. le Chah (A/fiche a Teheran.)

SAD_R A' AZA1'1. •

La divine Provide.nee a rem is entre nos mains le bonheur et le progres de la Perse, et. notre personne auguste est la gardienneá de tous !es droits des Persans. Com me nos sujets sont sinceres et fideles, nous voulons mettre de l'ordre dans le gouvernement, de fa~on a ce que le peuple soit tranquille et en securite, que !es bases du Gouvernement soient solides et.que Jes reforn1es necessaires soient introduites dans toutes Jes branches de !'administration. En consequence, nous avons decide qu'un Conseil National serait elu parmi Jes princes, !es savants, Jes Kadjars, !es nobles, !es propr.ietaires, Jes negociants, Jes artisans. Que dans chacune de ces castes on elise un certain nombre de deputes et que l'assemblee se tienne a Teh~ran. Qu'ils ticnnent conseil avec la plus grande attention sur toutes !es atraires de I'Etat; qu'ils viennent en aide a nos ministres dans !es reforn1es qui seront faites pour le plus grand bien de la terre. . . Ils pourront en toute tranquillite, en toute securite, ex primer leur croyance relative au bien de I'Etat et aux besoins de la population; puis on nous fcra parvenir, par l'entremise du premier personnage de J'Etat, Jes a vis emis afin que nous Jes signions et que nous !es promulguions. Conformement a ce rescrlt, uná reglen1ent interieur de cette assemblee et des conditions de son ouverturc sera redige suivant l'avis de ces el us, ct nous signerons ce . reglement. á . Que cette asseámblee qui sera la gardienne áde notre jus-. REVUE DU MONDE MUSULMAN

tice soit ouverte, et qu'elle commence a s'occuper aux reformes necessaires et qu'elle commence a mettre aexecution Jes lois de notre sainte religion. Qu'on publie et afriche partout copie de ce rescrit, afin qu'un chacun voit et comprenne nos desirs au sujet des progres de !'Empire et de la nation, et qu'on puisse sc rendre con1pte de !a grandeur du bienfait octroye en ce • ' 1our. Donne au chAteau de Sahab Qranie, 14 Djemadi, second J 1l24, l'annee J J de notre regne. MozAFFER.

III

Constitution.

Au NoM DE D1EU

Loi ge11erale el r~glen1e11t concernan! !es elections au Conseil 1Valio11al, en conformile avec le rescrit imperial en date du 14 Djemadi ~s Sani (5 aol)t i906). ARTICLE PREJ\11ER.

Les electeurs de la Perse, des provinces et des districts de !'Empire se divisent sous Jes categories suivantes : 1° Princes et Kadjars; 2° Oulemas et Toullab; 3° Nobles et tonctionnaires ; 4• negociants; 5° proprietaires et cultivateurs ; 6° artisans. ART. 2.

Les electeurs doivent remplir les conditions suivantes: 1° ils ne doivent pas avoir m.oins de vingt-cinq ans; 2° ils doivent etre sujets persans; 3° ils dC1ivent etre conn us a l'endroit de leur residence et y resider au moins un an . avant les elections. S'ils sont negociants OU artisans leur commerce ou leur industrie doivent etre de notoriete pu- EN PERSE 93

blique; Jeurs magasins doivent etre con nus et Jeur loyer doit etre un loyer moyen. ART. 3.

Les personnes qui n'ont pas de voix elective sont: 1° !es femmes; 2° Jes mineurs; 3° !es etrangers; 4° les ,personnes agees de moins de 25 ans ( 1); 5° Jes militaires des armees de terre et de mer; 6° Jes personnes connues comme aya11t des croyances corrompues (2); 7° Jes faillis frauduleux; 8° Jes cri min els et ceux qui ont ete l'objet d'une punition de la part de la Joi de !'Islam. Les personnes qui n'ont pas, temporairement, le droit de voter sont: 1° les gouverneurs et Jes fonctionnaires sous leurs ordres, au lieu de leur gouvernement ou de leurs fonctions; .2° tous !es poJiciers et 3° quiconque a une fonction du gouvernement. ART. 4.

Les el us doivent repondre aux conditions ci-dessous: 1° ils doivent lire et ecrire le persan; 2°ils doivent etre sujets persans; 3° ils doivent etre conn us au lieu de leur residence et y resider au moins depuis un an; 4° ils ne doivent pas etre fonctionnaires; 5° leur age ne peut etre au-dessous de 3o ans ni au-dessus de 70. ART. 5.

Les personnes qui ne peuvent etre elues sont: 1° Jes femmes; .2° !es etrangers; 3° les militaires des armees de terre OU de mer; 4° Jes faiJ!is frauduleux; 5° !es personnes aux croyances corrompues ; 6° celles dont !'age est inferieur a 3o ans; 7° celles qui ont ete atteintes par un chatiment legal.

( 1) L'Age de la majorite est 16 ans. (2) Les BAbis, tant Behahis qu'Ezelis. 94 • REVUE DV _MOND,E MUSULMAN

. . ART. 6.

Le 11ombre des elus de la qation dans chaque ville sera proportionnel a la population de la ville. Chaque province devra :el ire de '6 a 1 .2 deputes, sauf le district de Teheran dont la representation doit ~tre divisee commeá suit. Par district de Teheran ii faut entendre Teheran, Qoum, Semnan, Damgan. á Les Princes et !es Kadjars eliront 4 deputes; Les Oulemas et les Toullabs, 4; Les negociants, 10; Les proprietaires et cultivateurs, 10; ; Les iridustriels eliront, dans chaque industrie, I depute. Les autres provinces auront droit: L'Azerbaidjan a 12 deputes; le Ghilan a 6 ; le Firotiz Kouh, le Mazandaran et Asterabad, le tout a 6; le Khora- ~an, le Sistan, Tourbet, Tourliez, Qoutchan, Boudjnourd Charoud, Bestahm, le tout a 12; le Khamce ct Qasouin a6; le Fars et Jes ports a 12; le Kermianchah a 6; le Kurdistan et Hamada:n a 6; Esfahan, Yeid, Qachan, a 6; l'Eraq, ivlelayer, Tour-Sirkan, Nehavend, Qemere, Goulpargan, Khounsar : a 6. •

ART. 7á Chacun des electeurs n'a droit qu'a un suffrage, et ii n'a le droit d'election qu'a raison d'une de ses qualites ( t ). ART. 8.

Le nombre des elus peut s'elever, pour toute la Perse, a deux cents. Dans chaque ville on. presentera le depute au Gouverneur et on l'cnverra a Teheran, afin qu'il siege au Conseil national e~ accomplisse \es devoirs qui lui incom-

(1) II se peut qu'un prince fasse partie des corps des Oulemas et so1t proprietaire. II n'a cependant droit .qu'A une seule voix. á EN PE!lSE 9Sá

bent durant sa mission. Les electeurs ne sont pas tenus de choisir !es eJus dans leur serie OU dans leur rang. ART. 9á Dans chaque assemblee electorale, ii faut elire un comite charge de l'ordre et de la police. Ce comite doit ~tre compose de gens conn us et respectes, sous la pr~sidence temporaire du Gouverneur ou du Nareb el Hakoume: Ies mem bres du comite ne peuvent ~tre plus de 6 . • AR1'. IO.

Les plaintes relatives aux electeurs et aux e!us ne peuvent retarder Jes elections. ART. 1 r.

Si quelqu'un a une plainte a faire valoir contre les comites locaux. cette pla{nte doit ~lre portee devant le comite central de la province. Si la plainte n'y rer;oit pas sa solution, on la peut alors porter au Conseil national lui-m~me. ART. 1.2.

Si l'un des deputes meurt, ou demissionne pour une cause quelconque, et qu'il reste encore six mois a courir jusqu'aux nouvelles elections, l'assemblee. do it demander !'election de quelqu'un a sa place. ART. 13. Le. comite local doit envoyer !es noms des electeurs et des el us a la chancellerie de la Chambre. On reunira ces noms sur !es registres de l'assem blee dans leur ordre alphabetique et on imprimera ces listes. ART. 14. Les Touleres (?)et !es nomades qui resident clans une province,' ont droit de vote et sont comptes au non1bre des habitants de cette province. 96 REVUE DU MONDE MUSULMAN

ART. 15 .. L'election des deputes a lieu au vote et a la majorite.

ART, 16. On doit inscrire !es noms des deputes,apres leur election, dans Jes regis_tres de l'assemblee et dans Jes journaux. ART. 17. Les reunions electorales dans chaque village se divisent en 'deux (??) etá le Gouverneur doit indiquer le lieu de ces assemblees. ART. 18. Un mois avanát Jes elections, le Gouverneur doit !es aná noncer, soit par voie d'affiches, soit autrement.

ART. 19. Les elus de Teheran et des autres villes doivent se reunir aussit<'>t que possible clans la capitale. Mais, comme l'arrivee des elu_s '_de . province tardera. encore beauc"oup, ii faut nommer. . .tout d'abord Jes elus de Teheran. L'Assemblee doit

se reunir lundi (??). Le retard de l'arrivee des elus de province ne peut retarder l'ouverture de l'Assemblee.

. . ART. 20. .. Les depenses du buffet, !es appointements anriuels des . deputes seront fixes par I' Asscmblee. á ' ART. 21 • . . áLa.duree.du.mandat est.de deux ans; aprescette periode, ii doit ~tre renouvele . ' • EN PERSE 97

ART. 22. Les plaintes relatives a l'Assemblee et ases membres doivent etre, au moment des elections, remises par ecrit au chef de I' Assemblee: elles seront examinees au sein de l'Assemblee. ART. 23. Aucun des deputes ne peut etre arrete, sous quelque pretexte que ce soit, sauf permission de l'Assemblce. Les deputes sont libres dans Ieurs paroles et dans leurs ecrits. Personne ne peut user de contrainte envers eux, a moins qu'ils ne parlent contre l'interet general.

Reglement poutá les elections et les votes.

I. - Les premieres elections du Conseil national auront lieu a Teheran d'abord, et ensuite dans Jes provinces, en presence du Gouverneur ou du Nareb el Hakoume, sous la presidence du Comite elu par Jes electeurs cux-memes. II. ~ Les elections auront lieu par vote et a la majorite. Si !es suffrages exprimes sont en nombre egal, ii faut proceder a un nouveau vote. 111. - Le jour des elections doit etre un vendredi. IV. - Les votes doivent etre recueillis en presence du Gouverneur et des electeurs. V. - Le reglement de ces co mites sera decide par euxmerries. VI. - Le bulletin de vote doit etre blanc et sans marque. VII. - Les electeurs doivent ecrire leur opinion sur ce bulletin, le fermer et le remettre au president, qui, en presencede l'Assemblee, á dans l'urne. Quand tous les vote ~ is, l'urne sera ouverte devant le public et le s d~ ~ proclames. On enregistrera ces no ms su ~llt \Y . r~I f;1 scri tes aux archives ~\ j 7 ~~á '-/,l/Pl\1'~1\) .

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de l'Assemblee, de fa9on a ce que la majorite soit connue. 11 faut que I'elu ait donne son acceptation avant !es elections, et qu'ensuite son nom soit sou mis au vote. VIII. - Les electeurs doivent se faire connattre, avant !es elections, au comite local. L'urne doit avoir une serrure et elle doit ~tre scellee du sceau des membres d'un comite local; la clef doit ~tre entre !es mains du president. IX. - Au cas OU Jes elus d'une province seraient plus nombreux que le chiffre fixe, ii faut choisir entre eux ceux dont l'Age est le plus eleve et qui remplissent davantage !es conditions de !'election. Si l'on a le temps, on peut renouveler !es elections. X. - Les elus de Teheran choisiront un president, deux vice-presidents, quatre secretaires, dans le sein de l'Assemblee. Celle-ci sera ouverte sous la presidence de S. M. le Chah en personne. XI. - Le President de I' Assemblee, !es deux vice-presidents et les quatre secretaires sont nommes pour un an. a Leurs successeurs seront elus la majorite des voix.

Pour traductio11 conforme:

A. L. M. NICOLAS.

" ••

Sans vouloir faire de l'humorisme plus qu'il ne convient, en matiere grave, on PM1t se demander ce qui se passerait dans !es pays !es plus ~ocratiques de !'Occident, avec une constitution excluant !es.« croyances co1áro1npues »,et une liberte de paroles interdisant aux representants de la nation de « parler contre l'inter~t general». Aussi bien, le redacteur du Reglement paratt-il ne ricn ignorer des diplomaties gouvernementales. Son article 9 1 prevoyant qu'il y aura EN PERSE 99 plus d'elus que de sieges, et qu'on choisira ceux qui re1nplissent davantage /es conditions de l'electio1i, est un chefd'reuvre. A ce propos, ii peut ne pas etre sans interet de rappeler quc si, au debut, le clerge chiite avait reclame lui-meme la constitution, ii s'est montre moins empresse ensuite.

« Entre ces deux faits, depart des Mollah a Qoum et entree des negociants a la Legation d'Angleterre, ii y a eu, nous ecrit un de nos correspondants de Perse, plus qu'un simple lien de succession dans le temps. Les rapports furent constants entre Jes deux camps, et lesnoms des messagers qui allaient de l'un a l'autre, ne seraient pas difficiles aindiquer: le cJerge excitait !es negociants; ceux-ci poussaient le clerge. Mais, des leur retour a Teheran, Jes !'.1ollahs se montrerent en general hostiles au Parlement, en faisant au projet une opposition si vive que le plus grand d'entre eux, A. Seyyid Abd Oullah, soup~onne de s'etre laisse acheter, sc vit menace de mort. » Les negociants cherchent, au contraire, a demontrer, Qoran en mains, que le Prophete n'a jamais ordonnc a ses a fideles d'obcir un souverain temporel. C'est parcc qu'il n'en voulait pas, disent-ils, qu'il n'a pas designe de successeur. Au surplus, ii indique nettemcnt, suivant cux, ses preferences pour Ja forme republicaine, OU tout au moins constitutionnelle, en ordonnant de rapporter Jes atfaires du pavs •• a un comite de deJib~ration. Ne dit-il pas : « Ce que Dieu tient en reserve vaut mieux et est plus durable aux yeux de ceux qui obeissent a leur Seigneur, s'acq uitte11t de la prie1áe, qui decident de leurs ajjaires comniunes en se consultant ( 1). >> Le desaccord a meme ete si loin que, dans une des dernieres assemblees populaires de Teheran, a la fin d'aout,

( 1) Qora11, XLll, 34-36. Trad. Kazimirski. 100 REVUE DU MONDB MUSULMAN

A. Cheikh Melidi, fils de A. Cheikh Faql-Oullah, a pu s'ecrier, sans soulever de protestations : « Peuple ! n'aie confiance en personne; n'ecoute pas Jes pretres. Tu as seme, arrange-toi pour moissonner. »

Faut-il cependant prendre au tragique la Revolution persane, en donnant aux paroles, aux mots, leur valeur occidentale? Ce n'est pas l'avis de beaucoup d'Europeens qui ont suivi sur place le mouvement de cet ete. Un autre correspondant nous ecrivait en effet, a propos des demonstrations en áBest : « Les trois quarts des refugies ne savent meme pas pourquoi ils s'y trouvent. Leurs habitudes de nonchalante paresse Jes porte a approuver une situation qui Jes laisse libres dans un dolce farniente. Ils y trouvent le the, le sucre, ainsi que la pipe aeau, qui leur sont si indispensables; et le soleil, malgre le drapeau britannique qui flotte sur le mat,etantla aussi chaud qu'ailleurs, ils peuvent s'y etaler en paix et s'y laisser vivre, en attendant, dernier de leurs soucis, qu'on leur reconstitue leur empire. » Peut-etre n'en est-ii que plus frappantde voir ces foules, inconscientes d'un but qui leur est indifferent, se mouvoir comme si un rouage secret reglait Jeurs gestes dans une veritable crise de suggestion sociale. Comment expliquer autrement ces lamentations, ces pleurs, ces sanglots de milliers d'hommes, puis leurs joies et leurs acclamations, quand ii s'agit d'une constitution si nationale qu'on lit a !'article 19: «Les elus de Teheran et des autres villes doivent se reunir aussit6t que possible dans la capitale. Mais, comme l'arrivee des elus de province tardera encore beaucoup, ii faut nommer tout d'abord !es elus de Teheran. L'assemblee doit se reunir lundi (??). Le retard de l'arrivee des elus de province ne peut retarder l'ouverture de l'assemblee. » L. C. - L.B.