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Reflexions intimes sur le Kitab-i-Aqdas

Réflexions 1 Réflexions 3

Réflexions intimes sur le Kitáb-i-Aqdas

Pierre Daoust 2022/179 E.B. Réflexions 5

Avant -propos

Pourquoi intimes ? Parce qu'elles sont tout à fait personnelles et ne font que traduire ce que j'ai ressenti en épluchant le Kitáb-i- Aqdas. Ce petit recueil n'a absolument pas la prétention d'avoir sondé toute sa profondeur. Une des raisons qui m'ont poussé à l'écrire est que j'ai constaté que bien peu d'amis bahá'ís l'ont lu ou même que certains s'en méfient. Pourtant c'est le Livre le plus important de Bahá’u’lláh. Ce que je souhaite offrir, c'est une sorte de voyage dans un domaine aux multiples paysages, qui donnera l'envie à d'autres de le lire et d'être eux aussi touchés par sa profondeur, sa sagesse, sa beauté et finalement de l'aimer et de s'y référer chaque fois que nécessaire. Bien sûr, on ne peut qu'être touché par tous les Écrits de Bahá’u’lláh, mais l'Aqdas a un je-ne-sais-quoi de particulier. Je désire aussi laisser une sorte de témoignage de ce que quelqu'un du vingt-et-unième siècle y a découvert, car il est clair que les gé- nérations futures -au fur et à mesure que se développera la communauté mondiale bahá'íe et qu'avancera la civilisation- en comprendront encore mieux les implications et la pertinence. Intime aussi parce que j'ai vraiment envie de partager tout ce que l'Aqdas m'inspire avec d'autres. En tant que « ami bahá'í », cela me semble tout naturel. Une de mes opinions, que beaucoup contesteront, est que certains versets sont d'une portée générale, même s'ils sont révélés dans un contexte particulier, et donc j'y fait référence, même hors contexte. Une lecture superficielle de l'Aqdas montrera un ensemble de paragraphes disparates.

Mon point de vue est que si l'on prend un peu de hauteur, il devient facile de distinguer et séparer ce qui est lois de tout le reste qui apparaît alors dans un schéma logique et c'est aussi ce que j'essaie de montrer dans ce petit essai.

Bref, c'est à cœur ouvert que je vous livre mes quelques ré- flexions. Qu'il soit cependant clair que je parle essentiellement du Kitáb-i- Aqdas, car s'il fallait analyser tous les autres Écrits, une vie entière ne suffirait pas. Et un dernier point : oui, j'ai retouché certaines traductions car je les estimais incorrectes. Pour les chatouilleux, le texte anglais est facilement accessible.

************** Réflexions 7

Réflexions

Les références sont notées comme suit :

K : Paragraphe dans le texte même du Kitáb-i-Aqdas Q : Questions et Réponses dans l'édition du Kitáb-i-Aqdas 1992 N : Notes dans la même édition P : Préface de la même édition I : Introduction de la même édition

Parmi tous les Écrits de Bahá’u’lláh, il y a d'innombrables Odes, Sourates, Tablettes (ou Épîtres), et quatre 'Livres' : le Kitáb-i-Íqán (Livre de la Certitude), le Kitáb-i-‘Ahd (Livre de l'Alliance), le Kitáb-i-Badí (Livre de Badí) et le Kitáb-i-Aqdas (Livre le Plus Saint).

La genèse de l'Aqdas est difficile à retracer. Mais le point de dé- part est explicité dans le paragraphe 98 (je m'étonne d'ailleurs que ce ne soit pas le premier paragraphe, ce qui pose déjà le problème de la chronologie des versets) :

« Diverses pétitions sont arrivées devant Notre trône de la part des croyants, concernant les lois de Dieu, le Seigneur du visible et de l'invisible, le Seigneur de tous les mondes. Nous avons, en conséquence, révélé cette Sainte Tablette et y avons déployé le manteau de Ses Lois afin que par bonheur le peuple puisse conserver les commandements de son Seigneur. Des requêtes similaires nous ont été faites au

cours de plusieurs années précédentes mais Nous avions, en notre sagesse, retenu Notre Plume, jusqu'à ce que, dans les jours récents, des lettres arrivent d'un certain nombre d'amis, et Nous avons dès lors répondu, par le pouvoir de la vérité, avec ce qui animera les cœurs des humains. »

Quand Shoghi Effendi parle de l'Aqdas, voici ce qu'il en dit : « [il] peut bien être considéré comme la plus brillante émanation de l'esprit de Bahá’u’lláh, comme le Livre Mère de Sa Dispensation, et la Charte de Son nouvel Ordre Mondial »1. Et quand on sait dans quelles conditions il a été révélé, il y a effectivement de quoi être étonné, et encore, le mot est faible. Bahá’u’lláh Lui-même écrit : « Par Ma vie ! Il a été envoyé d'une manière qui stupéfie l'esprit de l'homme. Il est vraiment mon té- moignage le plus puissant pour toute l'humanité, et la preuve du Très Miséricordieux pour tous ceux qui sont au ciel et tous ceux qui sont sur terre »2. Si l'on doutait encore un instant de la légitimité de Bahá’u’lláh, en voici donc la preuve et le témoignage irré- futables, et c'est vrai qu'en l'étudiant de près on ne peut trouver aucun argument qui pourrait le démentir.

Certains bien sûr ont essayé : « Nous, vraiment, voyons parmi vous celui qui s'empare du livre de Dieu et cite de lui des preuves et des arguments par lesquels répudier son Seigneur... »3 mais aucun n'a réussi. Comment un simple esprit humain peut-il se battre avec les Mots de Dieu ? Leur viendrait-il jamais à l'idée de mettre en doute le Qur'án ?

Ce qui est surprenant, c'est non seulement la genèse de l'Aqdas mais aussi sa concision. En à peine 490 versets (en y incluant la 8e Ishráq), Bahá’u’lláh exprime l'essence même de Sa Révélation. D'ailleurs, Shoghi Effendi déclare que : « ...les implications de 1 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206 2 Bahá’u’lláh, cité par Shoghi Effendi dans Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 204 3 K 168 Réflexions 9

l'Aqdas et du Testament de ‘Abdu'l-Bahá, en tant que dépôts jumeaux des éléments constituants cette Souveraineté, sont trop profondes pour que cette génération puisse les comprendre et les apprécier pleinement. »4. Et s'il est vrai que le Qur'án est constitué de 6.236 versets, -pour développer, détailler et expliquer ce que contient l'Aqdas, Bahá’u’lláh a révélé pas moins d'environ 450.000 versets.5 Soit l'équivalent de 15 fois la Bible ou 70 fois le Qur'án.6

Stupéfiant, oui c'est le mot ! Il me paraît donc normal de s'y inté- resser de plus près, bien que « la majesté de ce qu'il décrit est telle, et si considérable est la révélation de ses allusions voilées, que les brides de la parole tremblent en essayant de les décrire »7. Des allusions voilées qui font trembler ? En voilà un de mystère ! Raison de plus pour chercher... Il répète souvent : « Craignez Dieu... ! », mais pourquoi ? N'est-Il pas Amour, Miséricorde ? Qu'avons-nous à nous reprocher ? Eh bien, pour le savoir il faut lire...l'Aqdas.

Bon, lire... Premier problème, l'Aqdas a été révélé en arabe. Il faut dire que Bahá’u’lláh avait un intérêt particulier pour cette langue qu'Il maîtrisait parfaitement, bien que persan d'origine. Voici ce qu'Il en dit : « Il est aimé de Dieu que tous parlent en arabe, qui est la plus riche et vaste de toutes les langues. Quiconque serait conscient de la richesse et de l'étendue de cette langue perspicace, la choisirait comme langue de communication universelle. La langue persane est belle, et dans cette Dispensation Dieu a choisi de parler en deux langues : arabe et persan. Cependant, le persan n'est pas aussi riche que l'arabe ; en fait toutes les langues de la terre semblent limitées en comparaison avec l'arabe. Ce que Nous avons mentionné ici est simplement ce qui est préférable. 4 Shoghi Effendi, L'Ordre Mondial de Bahá’u’lláh – considérations supplémentaires. 5 Lights of Irfan, Volume 10, pages 349-350 Wilmette, IL: Irfan Colloquia 6 Voir Bahá'í News Service du 1er mai 2002 7 Shoghi Effendi, Dieu Passe près de Nous, chap. XII, p. 206

Cependant Notre dessein est que les peuples de la terre choisissent une langue universelle parmi les langues parlées par toute l'humanité. »8. (Je rappelle que l'arabe est une langue sémitique utilisant le Naskh tandis que le persan est indo-européen et utilise le Nastaliq, et que leur construction, grammaire et prononciation sont donc différentes). Heureusement Shoghi Effendi, traducteur de génie, en a traduit 21 passages en anglais, mais lui aussi, pour garder le ton majestueux de l'arabe original, a utilisé des mots anciens, comme ceux que l'on trouve dans la King James Bible et Shakespeare. Ceux qui en ont achevé la traduction -académiciens travaillant en consultation et au prix de plusieurs années de travail- s'en sont donc inspiré.

Inutile de vous dire combien une traduction française se révèle donc un véritable casse-tête. Une grande partie de ce qui suit sera donc consacrée à essayer d'y voir clair et de trouver les mots les plus appropriés pour rendre à la fois la majesté, l'autorité et le style poétique. Le but est « d'attirer les cœurs qui sont purs vers ces mondes spirituels qui ne peuvent être exprimés en mots ni insinués par allusions »9. Raison de plus pour réciter les versets « dans les plus mélodieux des tons »10. Mission quasi impossible...

Terminé vers la fin 1873, quoique Il ait ajouté la 8e Ishráq vers 1885, qui est tellement importante qu'Il la répète dans les Bisharát (13ème) révélées probablement vers 1891, le Kitáb-i-Aqdas est enfin rendu public auprès des amis persans après avoir attendu quelque temps mais avec beaucoup de réserves en ce qui concerne l'application des lois. Dans une tablette adressée à Mir 'Abdu'r-Rahim Qamsari vers Octobre-Novembre 1874, Bahá’u’lláh écrit : « En prison, nous avons révélé un livre que nous avons intitulé le Plus-Saint-Livre. Nous y avons promulgué des lois et l’avons orné des commandements de ton Seigneur qui a autorité sur tous ceux 8 Cité en persan par Ali Akbar Furutan, Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá (Dundas, Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies, 1992), pp.22-3. 9 K 116 10 Idem Réflexions 11

qui sont dans les cieux et sur la terre. Dis : Saisis-le, ô peuple, et observe ce qui, des préceptes remarquables de ton Seigneur l’Indulgent, le Généreux, y est révélé. Ceci te profitera en vérité dans ce monde et dans l’autre, et te purifiera de tout ce qui ne te convient pas. ».11

Ensuite dans un nombre important de Tablettes réunies en un volume appelé Tablettes révélées après l'Aqdas, Bahá’u’lláh n'aura de cesse d'expliciter ce qu'il contient en citant d'ailleurs des passages textuels de l'Aqdas lui-même. Il y fera référence dans plusieurs de ces Tablettes comme par exemple dans la Lawḥ-i-Dunyá (révélée entre le 27 juin et début août 1891), les Ishraqát (8ème et 9ème, révélées le 21 août 1885), le Kitáb-i-‘Ahd (fin 1891) et la Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají (date?). Le passage dans la Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají est particulièrement remarquable : « Le Kitáb-i-Aqdas fut révélé de telle manière qu’il attire et englobe toutes les Dispensations divinement désignées. Heureux qui le lit attentivement. Heureux qui le comprend. Heureux qui médite ses versets. Heureux qui réfléchit à sa signification. Son champ est si vaste qu’il a enveloppé tous les humains avant même qu’ils ne le reconnaissent. Avant longtemps son pouvoir souverain, son influence pénétrante et la grandeur de sa puissance se manifesteront sur la terre. En vérité, ton Dieu est l’Omniscient, l’Informé. »

(Si je me permets de dire simplement l'Aqdas, c'est parce que Shoghi Effendi lui-même l'appelle ainsi).

Voici donc le Livre le plus important de Bahá’u’lláh, suivi de près par le Kitáb-i-Íqán. Et curieusement, il est probablement le moins lu et le moins étudié. Une bibliographie sommaire montre que plusieurs commentaires ont été publiés en persan sur quelques passages, en particulier parce que les Écrits en langue arabe -sur déci-

11 Bahá’u’lláh, Tablettes révélées après l'Aqdas, Autres Tablettes.

sion de Shoghi Effendi- ne peuvent être traduits en persan. 12 Des chercheurs anglophones ont écrit des études intéressantes sur des aspects particuliers du Livre, sur les lois bien sûr, mais aussi sa structure et son style littéraire. En français, à part une introduction au Livre et un essai sur sa poésie, rien. Or la première édition anglaise tout à fait officielle, publiée par le Centre mondial, date de 1992. La première traduction française de cette dernière date de 1996. Nous sommes en 2022...

Pourquoi donc ce désintérêt ? Il y a plusieurs raisons : certains le considèrent comme un texte de lois applicables dans un futur lointain (pourtant Bahá’u’lláh dit bien : « Ne pensez pas que Nous vous avons révélé un simple code de lois. »13). ; certains ont entendu qu'il s'y trouve des choses impensables : peine de mort (pourtant commuable en prison à perpétuité et dans des cas bien précis sujets à législation par la Maison Universelle de Justice) ; interdiction de l'homosexualité ; des lois comme l'héritage en cas de mort intestat qui donne priorité aux descendants mâles ; le fait que seul des mâles sont éligibles à la Maison Universelle de Justice ; l'interdiction de l'alcool et des drogues ... bref, l'horreur totale ! Pourtant Bahá’u’lláh explique très clairement que ceux qui ont un minimum de jugeote comprendront « aisément »14 que tous les pré- ceptes révélés le sont pour assurer l'ordre dans le monde et la sé- curité des peuples15, éviter toute division et créer une sorte de fraternité et de respect mutuel entre tous les humains ; et puis il y a ceux qui ne veulent même pas entendre prononcer le mot Kitáb-i- Aqdas. Être bahá'í -ce qui implique la reconnaissance de Bahá’u’lláh en tant que Manifestation de Dieu et obéir à ses lois16- et refuser de lire son Livre le plus important, personnellement j'ai du mal à comprendre où est la logique. Il est tout à fait évident que certaines lois ne seront d'application 12 Lettre de la MUJ du 1er février 2018 à un croyant individuel. 13 K 5 14 K 2 15 K 2 16 K 1 Réflexions 13

que lorsque la Foi deviendra religion d'État, étape bien expliquée par Shoghi Effendi :

« ... les mesures de précaution et défensives à élaborer, coordonner, et à mettre en exécution pour contrer la pleine force des attaques inéluctables que les efforts coordonnés des organisations ecclésiastiques de diverses dénominations lanceront progressivement et poursuivront sans relâche ; et, enfin et surtout, les multiples problèmes qui doivent être affrontés, les obstacles qu'il faut surmonter et les responsabilités qu'il faut assumer, pour permettre à une Foi accablée de passer par les étapes successives :

1. d'obscurité absolue, de répression active et d'émancipation complète, 2. conduisant à son tour à sa reconnaissance en tant que Foi indépendante, jouissant d'un statut de totale égalité avec ses religions sœurs, 3. suivie par son établissement et reconnaissance en tant que Religion d'état, 4. qui à son tour doit faire place à sa prétention aux droits et prérogatives associés à l'État bahá'í, fonctionnant dans la plénitude de ses pouvoirs, 5. un stade qui doit en fin de compte culminer dans l'émergence de la Fédération bahá'íe mondiale, entièrement animée par l'esprit et opérant uniquement en conformité directe avec les lois et principes de Bahá’u’lláh. »17

Soyons au moins curieux : si Bahá’u’lláh dit que ce n'est pas qu'un simple code de lois, alors qu'est-ce ? D'abord, Il dit avoir « décacheté le Vin choisi »18. A quoi fait-il référence ? Eh bien tout simplement au Qur'án, verset 25 de la Sourate 83 : « Il leur sera donné une coupe de pur vin sur laquelle le sceau [de Dieu] aura été apposé, versant un parfum de musc. ». Bahá’u’lláh a donc simple-

17 (Shoghi Effendi, The Advent of Divine Justice, p. 12) 18 K 5

ment décacheté le sceau.

Shoghi Effendi en donne un remarquable résumé dans Dieu passe Près de Nous, cité dans l'édition de 1992. Bahá’u’lláh écrit : « Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de l'Éternel pour le monde... l'Aurore de la Connaissance divine... »19. Pourquoi donc s'en priver ? Tout le monde se plaint de ce qui se passe actuellement alors que ce Livre mentionne toutes les pistes à suivre pour aboutir à la paix, l'unité et la justice. Bref, un changement tout à fait bénéfique de civilisation. C'est vrai que le lire et le comprendre sont deux choses diffé- rentes, mais il y a assez de bahá'ís instruits dans le monde pour au moins en expliquer certains aspects, tout en sachant qu'il est encore hors de portée de nos esprits limités. Il faut au moins un dé- but. Sur le plan juridique pur, nous avons la chance qu'un mujtahid -Zaynu'l-Muqarrabín- , c'est à dire un spécialiste du droit islamique, ait pu rencontrer Bahá’u’lláh et lui poser des questions pour y apporter des précisions. Cet échange de questions et ré- ponses se trouve également dans l'édition de 1992. Et de nombreuses notes explicitent d'autres notions que, culturellement, nous avons du mal à comprendre. (Exemple : un Hindou n'est pas forcément familier avec la notion de confession chez les Chré- tiens, ou pourquoi parler du concept d'impureté si présent dans l'Islám ?).

Ce Livre est très attirant. Plus on le lit, plus on y découvre de ré- ponses à toutes sortes de questions. Plus on le lit, plus s'établit une relation intime avec lui car il parle non seulement à l'esprit mais aussi au cœur. Il recèle tellement de vérités que l'on ne peut plus avoir aucun doute quant au fait qu'il s'agit de « perles de sagesse »20. Et plus on le lit, plus il apparaît effectivement comme « l'essence de la connaissance »21. Et quand on connaît les condi- 19 K 186 20 K 182 21 K 138 Réflexions 15

tions dans lesquelles chaque verset a été révélé, il y a de quoi rester ébahi. Il y a quelques lois, c'est vrai. Mais le reste est à légiférer par une Institution que l'on appelle la Maison Universelle de Justice. C'est là déjà un coup de génie car cette dernière qui, d'abord, est composée de membres qui ont reçu la confiance de représentants du monde entier peut, ensuite, revoir sa législation en fonction des circonstances -et cela pour l'ensemble de l'humanité.22

Ce que l'on y trouve aussi c'est évidemment que l'être humain n'est qu'une fourmi dans cet Univers infini et qu'il doit donc faire preuve d'une grande humilité face à l'Essence des Essences 23, inconnaissable, inconcevable, qui a conçu cet Univers -car Elle l'a fait en signe d'amour.24 On pourrait le comparer à un calligraphe qui se trouve devant une toile blanche et a envie d'écrire. Et puis il décide de le faire et dépose un 'premier point', le début de sa création. Progressivement la calligraphie prend forme, jusqu'au moment où elle se rend compte elle-même qu'une main est en train de dessiner des formes. Mais jamais elle ne pourra imaginer le calligraphe lui-même.

Bahá’u’lláh fait aussi comprendre que l'humain, se trouvant à l'échelon supérieur de la création, en est la créature la plus noble. Il invite donc à la propreté et au raffinement non seulement exté- rieurs mais aussi intérieurs25. Il prône la loyauté, la sincérité, la vé- racité et la courtoisie26. Il met en avant le respect des autres, les relations d'amitié vraie, l'altruisme, la non-violence aussi bien dans les actes que dans les paroles27. Il met en garde contre les incitations de l'égo, ce « moi insistant »28 comme l'appelle ‘Abdu’l-

22 Voir 8ème Ishráq 23 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh 24 Parole Cachée arabe n° 3, 4 25 K 74 26 K 120 27 K 148 28 ‘Abdu’l-Bahá, Sélection des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá, chap. 206

Bahá, qui nous fait parfois franchir les limites de la liberté et nous abaisse au rang de l'animal29. Il critique aussi l'indifférence et l'insouciance30, la cupidité31, l'orgueil32 et l'ignorance33. Il s'insurge contre l'oppression qu'Il subit de la part des dirigeants34, des théologiens35, des bábís36 qui, par jalousie et envie, tentent d'étouffer son message d'unité, de justice et de paix entre tous les habitants de cette petite planète. Il encourage à lire Ses versets soir et matin37, à les méditer, car là se trouvent la sagesse, la vérité et la connaissance38, et demande à ceux qui auront accepté Ses enseignements de rester fermes39 et de se lever pour les transmettre autour d'eux, pour réveiller les consciences endormies40. Il déplore la recherche des plaisirs hédonistes, comme par exemple le désir charnel, car ils sont cause de désunion41. Il en appelle à une justice sociale, à la prise en charge des nécessiteux42, Lui que l'on appelait le « Père des pauvres ». Il abhorre les discussions oiseuses qui ne servent à rien et détournent l'attention des véritables défis que doit relever la société humaine43. Il sait que nous sommes des pé- cheurs impénitents et nous invite, par la prière quotidienne, à nous repentir44. Autre coup de génie, Il désigne sans ambiguïté Ses successeurs45, coupant ainsi court à toute velléité de schisme et fixe le

29 K 123 30 K 36, 47, 66, 137 31 K 40 32 K 82 33 K 122, 144 34 K 88 35 K 165 36 K 179 37 K 149 38 K 138 39 K 17 40 K 35 41 K 58 42 K 147 43 K 73, 148 44 Voir Longue Prière Obligatoire 45 K 42 Réflexions 17

temps après lequel un autre Messager pourra se manifester 46. Il insiste, mais sans l'imposer, sur le mariage47, ainsi que l'éveil intellectuel et l'éducation spirituelle des enfants qui naîtront de cette union et qui continueront à faire évoluer la société 48. Il martèle que la recherche de la richesse matérielle n'est qu'un leurre et ne conduit certainement pas au bonheur49 tandis qu'Il encourage les gens sensés qui font preuve de réflexion critique à admettre que ses préceptes, que le système administratif absolument neuf et unique qu'Il enseigne, sont les seuls qui permettent une gouvernance ordonnée de la société humaine dans sa globalité et la sécurité -et donc le bien-être- des habitants de la Terre 50. Il demande que l'on s'adresse directement au cœur des gens -et donc à leurs sentiments- plutôt que de perdre son temps à essayer de combattre ceux qui pour le moment exercent l'autorité sur le monde 51. Il met en garde contre l'arrogance52, l'ignorance53, la corruption et la manipulation54. Il préconise une soumission inconditionnelle aux lois divines qu'Il a révélées, car nous ne sommes pas encore en mesure d'en comprendre les implications pour le futur du monde 55. Bahá’u’lláh est parfois plus incisif et menace qu'une autre justice, la Justice divine56, pourrait châtier l'être humain s'il se montre impénitent, car ce dernier qui a été doté de la liberté de choix, pourrait s'auto-punir en ne respectant pas les conseils révélés.

Bahá’u’lláh nous met donc devant nos responsabilités. Notre égo nous pousse à l'insouciance, à l'arrogance, à la tricherie, à la cupidité, à la manipulation et au mensonge, qui sont l'antithèse des 46 K 37 47 K 63 48 K 48 49 K 40 50 K 2 51 K 95 52 K 148 53 K 122 54 K 157 55 K 6 56 Huitième Ishráq

qualités spirituelles que nous enseigne la vraie religion. Et si l'humanité doit faire face à des événements cataclysmiques, elle ne doit s'en prendre qu'à elle-même. A côté de cela il évoque la douceur, le parfum, la mélodie de la Parole divine et la compassion, le pardon, la miséricorde d'un Dieu qui aime sa création57. Comme un père, Il éduque sans cesse ses enfants, souvent en aimant et parfois en châtiant quand la désobéissance est trop flagrante58. Tout cela transparaît dans l'Aqdas pour qui veut bien le lire attentivement et méditer chaque verset. Le souci de rassurer l'être humain sur le fait qu'Il ne nous abandonnera pas est une preuve évidente d'amour.

Le calligraphe trace ensuite une barre verticale qui est le Alif arabe. Puis une barre horizontale juste au-dessus du point primordial. Et la lettre B, la deuxième de l'alphabet, vient de naître. Elle est la première de la Genèse et de l'évangile selon Jean : Bereshit en hébreu = au commencement. Plus tard, elle devint la première lettre du « bismi-l-ábi » (Matthieu 28:19 : Au nom du Père), du « bismi-lláhi » (Au nom de Dieu) commençant le Qur'án et le Bayán persan. Quant à l'Aqdas, il commence par « bismihi l-há- kim », (En Son Nom, le Suprême Souverain). D'où le symbolisme de cette deuxième lettre de l'alphabet arabe. À remarquer, Báb, Bahá et Bayán commencent aussi par B.

‫ﺏ‬ « Et quand le Point fut joint à la deuxième lettre (B),...il traversa les cieux de l'exposé et de la parole. » « Le Point primordial [le Báb]...dit : "Si le sceau des prophètes [Muḥammad] n'avait pas prononcé le mot « succession », un tel rang n'aurait pas été créé.". »59 57 K 4, 48, 54, 75,... 58 K 45 59 Ishráqát, préambule Réflexions 19

Puis le calligraphe continue à tracer des lignes qui en se couplant forment des mots. Il s'arrête un instant, prend du recul, cherche un autre pinceau et continue. Faisant de même plusieurs fois de suite, il complète son œuvre.

Petite précision avant de continuer : la façon d'écrire les mots arabes en alphabet latin s'appelle la translittération, et celle que j'utiliserai est la translittération mise au point par Shoghi Effendi. Voir annexe.

J'ouvre maintenant une parenthèse pour mentionner l'attention que porte Bahá’u’lláh aux enfants et aux femmes. En ce qui concerne les enfants, les parents ont le devoir de les éduquer et de veiller à leur instruction (à tel point que ceux qui n'y seraient pas attentifs pourraient perdre leur autorité parentale)60. Le père, en particulier (l'arabe 'ábu' ne laisse place à aucune confusion), a l'énorme responsabilité d'instruire aussi bien fils que fille dans ce que Shoghi Effendi a traduit par « l'art de la lecture ('connaissance' dans le texte arabe) et de l'écriture » ainsi que dans les Écrits61. Et s'il ne peut le faire, il est de la responsabilité des mandataires des Maisons de Justice de lui prélever l'argent nécessaire pour qu'un autre s'en charge. Et réciproquement, les enfants doivent se soucier du bien-être de leurs parents : « plus grand que tout, après reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la considé- ration pour les droits qui sont dus aux parents. »62 Les fils en particulier ont une grande responsabilité : « En vérité, Nous avons enjoint à chaque fils de servir son père. »63 Bahá’u’lláh loue d'ailleurs celui qui s'occupe de ses propres enfants et même d'autres enfants que les siens, ce qui pourrait concerner l'adoption d'orphelins. Il est remarquable que celui qui devient ainsi « l'éducateur spirituel »64 reçoive même une part de l'héritage lorsqu'un

60 Q 105 61 K 48 62 Q106 63 Q104 64 N 40

testament n'a pas été rédigé. Dans ce cas d'ailleurs, les enfants sont les premiers héritiers et reçoivent la plus grosse part. Et si le fils aîné semble favorisé, c'est parce qu'il a la responsabilité de s'occuper des autres enfants. De plus, Bahá’u’lláh a même pensé aux enfants qui viendraient à naître après le décès du père, en confiant sa part d'héritage à un gestionnaire qui lui-même toucherait une commission pour ce service rendu 65. Il est également conseillé que les enfants puissent réciter les versets divins dans des tons mélodieux car cela élève l'âme66. Par ailleurs, le rôle de la mère est tout aussi important car elle est responsable de l'éveil de l'enfant à la spiritualité. A côté de cela, les orphelins doivent être pris en charge par les Maisons de Justice, grâce aux revenus qu'elles percevront entre autre par la perception de certaines amendes67.

Ce qui est également remarquable, c'est la protection de la femme, car comme le dit la Maison Universelle de Justice, les lois s'appliquent parfois mutatis mutandis. Déjà dans le cas d'un décès intestat, l'épouse hérite en deuxième lieu juste après les enfants. S'il n'y a pas d'enfants, la veuve sera de même prise en charge par les mandataires de la Maison de justice. Et bien sûr, le fils aîné aura le devoir de s'occuper de sa mère. Lorsque Bahá’u’lláh conseille d'avoir une occupation ou même une profession 68, il s'adresse à tous, hommes ou femmes, et donc la femme peut ainsi avoir ses propres revenus. Lorsqu'Il mentionne l'adultère, le mot 'ziná' utilisé signifie également le viol, et les deux sont sévèrement punis, même sur le plan spirituel69. Le père doit instruire et éduquer son garçon mais également sa fille, dans les mêmes matières. Lors d'un voyage, s'il y a un problème et que le mari veut une année de patience, il doit non seulement faire raccompagner son épouse à la maison avec une personne de confiance mais doit aussi lui fournir 65 K 20 à 28 66 K 150 67 K 21 68 K 33 69 N 36 Réflexions 21

l'argent nécessaire pour vivre une année entière70 (sauf si la rupture provient d'un adultère commis par l'épouse – mais mutatis mutandis)71. Lorsqu'un époux est parti en voyage mais ne donne plus aucun signe de vie, elle peut se remarier (après neuf mois d'attente – les mois bahá'ís sont composés de 19 jours) et encore, Il précise que ne pas le faire serait mieux72. J'ouvre ici une parenthèse : signalons le cas de maris qui, pour assurer la survie de leur famille, deviennent « migrants » et prennent le risque de voyager en radeau vers un eldorado fictif, et parfois se noient. Leur disparition peut éventuellement être attestée par deux survivants ou leur décès attesté par document officiel pour peu que leur corps ait été identifié, auquel cas la nouvelle de son décès est connue de l'épouse73. Si, à l'opposé, aucune nouvelle ne lui parvient, elle peut donc se remarier. Signe de grande sagesse. Une autre précaution est que lors du mariage, la femme doit recevoir une dot minimum (et non pas les parents)74. Curieusement, Bahá’u’lláh semble accepter la bigamie75. Mais d'une part il déclare que la monogamie est préférable et ‘Abdu’l-Bahá explique bien que, tout comme la polygamie dans l'Islám, elle repose sur l'application de la même justice et égalité envers chaque épouse, ce qui est impossible. En conséquence, seule la monogamie est permise, que ce soit dans l'Islám ou la Foi76. Cette loi semble dériver d'une loi du Báb (vá- hid 18, porte 15) qui bien sûr prescrivait le mariage, mais permettait, en cas d'infertilité, de prendre un deuxième conjoint avec le consentement du premier, car le but évident du mariage est d'avoir des enfants. En conditionnant le mariage à l'accord entre les futurs époux, les mariages forcés ne sont plus possibles77. Un autre aspect intéressant est qu'un homme peut prendre une domestique

70 K 69 71 K 70 72 K 67 73 K 67 74 K 66 75 K 63 76 N 89 77 K 65, Q 43, 92

pour des tâches équivalentes à celles de tout autre serviteur, jeune ou âgé, à condition de le faire « avec correction »78 (cette nuance ayant été ajoutée par Shoghi Effendi car le texte arabe ne le pré- cise pas), ce qui, en sous-entendant donc respect et considération, interdit toute forme de harcèlement79. Cette femme doit d'ailleurs être payée et ne peut être « achetée » ni même épousée si l'homme est déjà marié. Avec les progrès scientifiques, les problèmes d'infertilité qui tracassaient le Báb peuvent être résolus et l'adoption reste une excellente solution. Reste donc à voir pourquoi les membres de la Maison Universelle de Justice sont des hommes. J'y arrive.

Les éléments ci-dessus montrent que la Foi n'est certainement pas un patriarcat. Pourtant Bahá’u’lláh met particulièrement l'accent sur la lignée masculine et en particulier le fils aîné. Ceci est le cas dans toutes les grandes Révélations80. Toutes les grandes Manifestations divines ont été des hommes (je ne parle pas des prophètes et prophétesses) et Dieu Lui-même est asexué. Le fait que les membres de la Maison Universelle de Justice soient des hommes relève de la pure volonté divine qu'il ne nous appartient pas de discuter ou de mettre en question. Le texte arabe d'origine ne pouvant être modifié, là où il est écrit ábu (père) on ne peut le remplacer par ummu (mère), rijál (hommes) ne peut être remplacé par nisá (femmes) et huwa (il) ne peut être remplacé par hiya (elle). D'ailleurs, là où il aurait pu y avoir ambiguïté comme dans le paragraphe parlant de la prochaine Manifestation, où l'on pourrait lire innaha au lieu de innahu, Shoghi Effendi, dans sa traduction, a précisé « un tel homme »81.

Il y a un passage très intéressant d'une Tablette 82 écrite à un croyant persan par ‘Abdu’l-Bahá (citée dans Shoghi Effendi, The 78 K 63 79 K 63, N 90 80 N 44 81 K 37 82 Publiée dans le Fáḍil Mázandarání's Amr-va-Khalq, vol.4, pp.216-8 Réflexions 23

World Order of Bahá’u’lláh, p. 148), où Il écrit ceci : « Dans toutes les Dispensations divines, le fils aîné a reçu des distinctions extraordinaires. Même le rang de mission prophétique a été son droit de naissance ». Shoghi Effendi, dans le même passage, parle d'ailleurs du « principe héréditaire ».

Que les femmes ne se désolent pas : elles peuvent occuper toutes les autres fonctions, ne sont les victimes d'aucune discrimination dans quelque secteur de la société que ce soit, et il ne faut pas oublier qu'être membre de la Maison Universelle de Justice n'est pas un privilège, ni une distinction quelconque, mais une terrible responsabilité et un travail qui demande une totale abnégation, entre autre sur le plan familial. Et que les grincheux prennent patience : puisque nous sommes en 2022, cela sera comme ça au minimum jusqu'à la prochaine Manifestation, soit encore pendant 830 ans.

Revenons à l'Aqdas. Voici un événement unique dans toute l'histoire religieuse du monde : la désignation, sans équivoque possible, de Son fils aîné, ‘Abdu’l-Bahá, comme successeur et interprète de Sa Révélation, ayant seul l'autorité sur l'ensemble de la communauté bahá'íe, -précisé à nouveau dans Son Kitáb-i-'Ahdet, dans la même foulée, l'anticipation du Gardiennat et de la Maison Universelle de Justice, tout cela confirmé par ‘Abdu’l-Bahá dans Son testament. Voici né le noyau de l'Alliance, faisant reposer l'autorité à la fois sur une branche interprétative et une branche législatrice qui ne peuvent empiéter l'une sur l'autre. Fini donc toute possibilité de schisme ! Et comme Bahá’u’lláh précise qu'il ne peut y avoir de prochaine Manifestation divine avant 1000 ans, cette Alliance est donc aussi valable pendant au moins 1000 ans (comptés à partir de 1852)83.

L'importance de cette désignation d'‘Abdu’l-Bahá comme inter-

83 Date de l'incarcération de Bahá’u’lláh dans le Siyáh-Chál où Il reçut Sa Révélation.

prète de la Révélation de Bahá’u’lláh est encore tout à fait hors de portée de notre compréhension. Sans Lui nous n'aurions pas compris qu'il y a différents niveaux de Maisons de Justice, et que c'est seulement à la Maison Universelle de Justice qu'il ne peut y avoir que des hommes ; c'est Lui qui explique ce qu'est l'institution du Gardiennat, son rôle au sein de l'Ordre administratif et également dans l'interprétation des enseignements de Bahá’u’lláh ; c'est Lui qui précise la responsabilité des Mains de la Cause ; c'est Lui qui explique le processus qui mène à l'élection de la Maison Universelle de Justice, les relations entre cette Institution et celle du Gardiennat ; c'est Lui qui explique ce que veut dire « prendre conseil »84 et donc tout le processus de la consultation ; c'est Lui qui précise son propre rang par rapport à Bahá’u’lláh et dénonce ceux qui ambitionnaient une quelconque autorité sur la communauté bahá'íe en allant même jusqu'à falsifier le Texte révélé ; Lui qui, avec une extraordinaire loyauté et humilité, se définissait simplement comme « Serviteur de Bahá ».

Si Bahá’u’lláh ne s'étend pas sur la question du Gardiennat, par contre il confie d'énormes responsabilités aux Maisons de Justice, et bien qu'Il ne mentionne pas nommément une Maison « universelle » de Justice dans l'Aqdas, c'est bien d'Elle qu'il s'agit dans certaines expressions comme « hommes de justice »85, ou « peuple de Bahá »86 ainsi qu'Il l'écrit dans Sa Tablette du Carmel et explicité par ‘Abdu’l-Bahá (qui Lui, instaurera les Maisons « secondaires » de Justice). Et c'est à la Maison Universelle de Justice qu'il appartiendra de définir à quels niveaux de Maisons de Justice certains pouvoirs et responsabilités décrétés dans l'Aqdas seront confiés.87

Le terme même de Maison de Justice fait réfléchir. Qu'est-ce qu'une maison, sinon l'endroit où l'on se sent bien, en sécurité, à 84 K40 85 K 52 86 Voir Note 67 dans l'Aqdas 87 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice. Réflexions 25

l'aise ? Ce n'est pas un terme anodin. Quant au mot Justice (avec majuscule), ne fait-il pas référence à la Justice divine qu'un jour ces institutions devront incarner ? Ses membres doivent non seulement être des gens de confiance mais doivent même considé- rer leur mission comme sacrée (se considérer comme pénétrant la cour de la présence de Dieu et même comme voyant l'Invisible!88). Quel défi et responsabilité ! De plus, qu'ils soient au minimum 9 ou plus89, leur rôle est de se consulter, ce qui laisse place non seulement à l'expression de son opinion mais oblige aussi à accepter que les autres puissent en avoir une différente et que nous ne pouvons essayer d'imposer la nôtre. Rendre la justice n'est pas chose aisée, mais lorsque naît une opinion majoritaire, ou idéalement unanime, on s'en approche assurément. Pour ce faire, il faut considérer les intérêts des autres comme les siens propres, afin que la réponse apportée soit appropriée et correcte, c'est-à-dire soit empreinte du plus profond respect. Dans sa Constitution, la Maison Universelle de Justice définit parfaitement tout ce que cela implique (Constitution, article IV).

Toute cette machinerie est ce que nous appelons Ordre administratif, destiné à se muer en Ordre mondial, dont Bahá’u’lláh affirme qu'il a rompu l'équilibre du monde par son influence vibrante.90 Nous verrons plus loin quelles en sont les implications.

Les pouvoirs et responsabilités des Maisons de Justice seront énormes : – en ce qui concerne la Maison Universelle de Justice, elle devra légiférer sur tout ce qui n'a pas été explicitement ré- vélé par Bahá’u’lláh, et gérer l'ensemble de la communauté bahá'íe (voir sa Constitution pour détails). – Au niveau des Maisons de Justice : percevoir les amendes (et les cas ne manquent pas), la Zakát, le Ḥuqúqu’lláh, les

88 K 30 89 K30 90 K181

divers Fonds alimentés de façon anonyme et volontaire, les parts d'héritage prévues en cas de mort intestat, tout cet argent étant destiné à l'entretien des propriétés bahá'íes, des dépendances des Mashriqu'l-Adhkár (hôpitaux, écoles, hômes pour personnes âgées, universités, dispensaires) ainsi que de tous ceux qui connaissent la précarité financière (orphelins, veuves, sans-abris, ceux qui ne peuvent travailler). Une fois ces mécanismes mis en application, il semble logique d'interdire la mendicité91. Le mot Justice a là tout son sens car il s'agit du bien-être de tous et implique que les très riches aident les très pauvres, et que ceux qui ne peuvent accomplir leur devoir d'instruction des enfants soient débités d'une partie de leurs revenus. Au-delà de l'instruction, il faut également une éducation spirituelle, dont la responsabilité première incombe à la mère. Ce passage de la Lawh-i-Maqsúd est très clair : « L'humain est le suprême Talisman. Cependant, le manque d'une éducation adéquate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot émané de la bouche de Dieu il fut appelé à l'existence ; par un mot de plus il fut guidé à reconnaître la Source de son éducation ; par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité d'en profiter. »

Dans les Questions et Réponses (106), apparaît d'ailleurs une phrase fondamentale : « Les fruits qui conviennent le mieux à l'arbre de la vie humaine sont la loyauté et la piété, la véracité et la sincérité. »92. Et dans un verset de l'Aqdas, Il ajoute la crainte de Dieu et la courtoisie93. Oui, l'homme a été créé noble et repré-

91 K 147 92 Q106 93 K 120 Réflexions 27

sente le sommet de la création divine. Pourtant une chose le dé- tourne de cette noblesse, c'est l’égo, comme déjà mentionné, ce qu' ‘Abdu’l-Bahá appelle « le moi insistant », qui nous détourne sans cesse de notre objectif, la réunion avec Dieu. Il nous appartient de porter témoignage face au monde que si nous avons été créés, c'est pour connaître et adorer Dieu, tout en reconnaissant que face à Lui, nous ne sommes rien du tout 94. Effectivement, comment une créature pourrait-elle se prévaloir d'être l'égale de son Créateur, alors que Lui peut très bien se passer de ses créatures puisqu'Il "subsiste par Lui-même" ?

La distance entre le moi humain et le Soi divin est incommensurable, et la moindre des choses est de faire preuve d'humilité et de se prosterner devant l'Essence des essences. Malheureusement, cet égo nous remplit d'orgueil car nous croyons détenir la connaissance alors qu'en fait, nous ne sommes que des ignorants de la réalité et que cette ignorance est un voile très épais qui nous prive des bontés divines. Les nombreuses adresses aux théologiens et ecclésiastiques de tous bords sont tellement claires dans l'Aqdas qu'elles ne laissent aucun doute quant au fait qu'ils prétendent à la connaissance absolue, alors qu'elle est l'apanage de Dieu seul, dont les représentants, qui parlent en Son Nom, sont les Manifestations divines. Bahá’u’lláh écrit d'ailleurs dans l'Aqdas : « Lire ne fût-ce qu'un des versets de Ma Révélation est meilleur que de parcourir les Écritures des anciennes aussi bien que des dernières générations...Dis : Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »95

Il en est de même du pouvoir. « Vous n'êtes que des vassaux »96, dit Bahá’u’lláh aux monarques de son époque. Et Il ajoute qu'Il se moque éperdument de leurs possessions car ce que Lui veut, c'est

94 Courte Prière Obligatoire 95 K 138 96 K 82

toucher le cœur de l'humain97. Il répète à loisir que les possessions terrestres ne sont qu'un leurre et que ceux qui s'intéressent uniquement aux richesses terrestres, éphémères, sont finalement des morts spirituels.98

Ce faisant, Bahá’u’lláh met l'accent sur les conséquences d'un orgueil démesuré, de la soif de gloire, de la jalousie et de l'envie de gens démontrant leur ignorance et leur mépris. Il en souffrira toute Sa vie et dénonce le plus grand voile qui puisse obscurcir notre progrès spirituel : le côté sombre de l’égo. « Veillez sur vous-même car le Malin (l’ego) est à l'affût, prêt à vous prendre au piège. Apprêtez-vous à contrer ses diaboliques machinations et, conduits par la lumière du nom du Dieu qui voit tout, échappez-vous de l'obscurité qui vous entoure. Que votre vision englobe le monde plutôt que d'être confinée à votre propre moi.Le Malin est celui qui entrave l'ascension et fait obstacle au progrès spirituel des enfants des humains. », écrit-Il dans la Lawh-i-Dunyá.

« Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés par leur propre moi et jeté derrière leur dos les normes établies par Dieu », dit-Il dans l'Aqdas.99

Bahá’u’lláh dénonce les tentatives de manipulation et nous enjoint la droiture. Le but fondamental de la religion étant l'unité, comme tous les Messagers du passé, Il en appelle à l'amitié, à l'altruisme, à la concorde, au sentiment d'être une seule famille qui partage un destin commun.

97 K 83 98 K 40 99 K 17 Réflexions 29

« La Terre n'est qu'une seule patrie et tous les humains en sont les citoyens. »100

Et quel destin ! Dieu a fait de l'humain la créature la plus noble de la Création. Bahá’u’lláh insiste donc sur le raffinement, non seulement physique, mais aussi spirituel, par la manifestation des vertus morales les plus élevées. Ses appels à la propreté extérieure (bien que ceux qui ont de « bonnes raisons » ne peuvent être blâ- més101), ne sont qu'un encouragement à manifester notre pureté intérieure102. Celle-ci est d'ailleurs symbolisée par les ablutions, qui, heureusement pour nous, sont très simples. Il ne s'agit pas de se laver, mais de purifier l'âme avant que nous puissions, avec la plus grande humilité, rendre grâce à Dieu ou Lui demander l'absolution de nos péchés (qu'il est maintenant interdit de demander à un autre être humain103). C'est pour cela qu'il faut faire les ablutions même après un bain 104; il s'agit d'un nettoyage spirituel.

Bahá’u’lláh nous plonge dès lors de plain pied dans l'univers spirituel et dans la connaissance de Dieu. « Dis : la Liberté qui vous profite ne se trouve nulle part, sauf dans la servitude complète à Dieu, l'Éternelle Vérité. »105, écrit-Il, ajoutant : «Nous avons dé- crété, ô peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »106. Shoghi Effendi définit Dieu comme « Le plus intime Esprit des Esprits et éternelle Essence des Essences – ce Dieu invisible et pourtant rationnel qui, aussi loin que nous exaltions Ses Manifestations sur terre, ne peut incarner Sa Réalité infinie, inconnaissable, incorruptible, et universelle dans le cadre concret et limité d'un être

100Lawḥ-i-Maqṣúd 101K74 102K 74 103 K 34, Q 18, N 34 104 Q18, n34 105 K 125 106 K 102

mortel »107. Dieu n'est donc pas une chose physique, matérielle, et nous ne pouvons l'appréhender qu'à travers les noms et les attributs qu'écrivent et démontrent Ceux qui ont reçu mission de le représenter et de parler en Son Nom. « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce n'est de rendre Dieu manifeste et de révéler Sa souveraineté »108, affirme Bahá’u’lláh.

Nous approchons la connaissance de Dieu à travers l'exemple de la vie de Ses Manifestations et, puisque l'humain a été doté d'un langage articulé qui lui permet d'exprimer ses pensées, c'est par les mots que ces dernières sont alimentées et partagées. Le langage s'étant concrétisé par l'écriture, c'est ainsi que sont nés les livres, qui permettent de fixer le discours. Bahá’u’lláh est d'abord « Livre vivant »109 et nous a ensuite légué un héritage précieux, le Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable, parmi les peuples de la terre. »110, cette « Balance Infaillible»111 établie parmi les humains.

C'est donc tout autre chose qu'un simple code de lois. Le lire et le comprendre, c'est connaître l'intention de Dieu en nous créant. C'est savoir que notre destin est de grandir spirituellement car notre passage sur terre n'est que transitoire et qu'un autre monde nous attend, un monde de joie car affranchi de toute infirmité et souffrance. C'est comprendre qu'un seul mot a suffi, un verbe en l'occurrence, pour que cet univers existât : « sois ! »112. « Tout ce qui est, est venu à l'existence par Son irrésistible décret »113, dit l'Aqdas. Et Bahá’u’lláh de préciser que s'Il n'a pas été à l'école ni

107 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh 108 K 172 109 K 134 110 K 186 111 K 99 112 K 177 113 K 7 Réflexions 31

lu les thèses des théologiens, c'est que sa connaissance est même antérieure à ce décret « Sois ! »114. Il s'agit donc de la Connaissance absolue, celle de Dieu Lui-même !

Le thème de la connaissance est omniprésent dans tous les Écrits. Et la vraie connaissance, comme déjà mentionné, dépend de bien autre chose que de l'étude humaine. C'est là aussi le symbole du voile, qui n'est autre que l'ensemble de ce que nous imaginons vainement, souvent par simple orgueil ou ignorance, qui nous sépare de la Réalité. Les avertissements et critiques adressés aux théologiens sont clairs. Ils sont même parfois ridiculisés : « au sein du peuple se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure, et même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de cette connaissance. »115, « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur... »116. Et dès lors, la mise en garde contre ce voile : « ... regardez comment vous avez permis à votre érudition de vous couper, comme par un voile, de Celui qui est l'Aurore de cette Lumière, par Lequel toute chose cachée a été révélée.117 »

J'aimerais ouvrir ici une parenthèse. Vers la fin de l'année 1844, une première lettre du Báb adressée à Bahá’u’lláh Lui fait comprendre qu'Il est Celui que Dieu rendra manifeste. Le Báb Lui demande cependant d'attendre 19 ans avant de l'annoncer, ce qu'Il fera donc à Ses proches en 1863 dans le Jardin de Riḍván à Baghdád.118 (1863 – 19 = 1844) Entre-temps, deux ans après le martyre du Báb eut lieu la tentative d'assassinat contre le Sháh Naser al-Din Sháh(1852) et Bahá’u’lláh, considéré comme l'un des chefs de la communauté bábíe, est emprisonné dans le Siyáh-

114 Également trouvé dans le Qur'án 36:82, 40:68, 16.:40, 3:47, 2:117, 3:59, 19:35. 115 K 36 116 K 165 117 K 102 118 Sélections des Écrits du Báb - « une autre lettre adressée à « Celui que Dieu rendra manifeste »

Chál. C'est là, dans une vision extraordinaire qu'Il décrira plus tard dans la Tablette de la Vierge, qu'il reçoit la Révélation proprement dite (comparable par exemple à l'histoire de Moïse et du Buisson ardent, à la Colombe descendant sur la tête de Jésus, à la vision de l'archange Gabriel par Muḥammad). Exilé ensuite vers Baghdád et après deux ans de retraite dans les montagnes de Sulaymaniyyih, il y revient et révèle le Kitáb-i-Íqán. Alors qu'Il n'a pas encore dé- claré Sa Station, il y écrit le passage suivant : « C'est pourquoi, ô mon ami, il Nous convient d'exercer le plus grand effort pour atteindre cette Cité et, par la grâce et l'aimante bonté de Dieu, de fendre les "voiles de gloire", de telle façon, qu'avec une fermeté inflexible, nous puissions sacrifier nos âmes affaissées dans le sentier du Nouveau Bien-aimé. Nous devrions, les yeux en larmes, L'implorer, avec ferveur et de façon répétée, de nous octroyer la faveur de cette grâce. Cette Cité n'est rien d'autre que la Parole de Dieu révélée à chaque époque et dispensation. Au temps de Moïse ce fut le Pentateuque ; au temps de Jésus l'Évangile ; au temps de Muḥammad le Messager de Dieu le Qur’án ; en ce jour le Bayán ; et dans la dispensation de Celui que Dieu rendra manifeste Son propre Livre – le Livre auquel tous les Livres des dispensations antérieures doivent nécessairement se référer, le Livre qui parmi tous ceux-là est transcendant et suprême. »119

Dans une prière révélée par le Báb lors de son emprisonnement à Mah-ku et faisant mention de Celui que Dieu rendra manifeste, se trouve déjà le passage suivant : « Ô mon Dieu ! Ressuscite en Lui ce par quoi il peut renouveler Ta religion et fais vivre par Lui ce qui est changé dans Ton livre; manifeste par lui ce que Tu modifies dans les ordres afin que par Lui Ta religion se lève de nouveau ; donne-Lui dans la main un Livre nouveau, pur et saint; qu'aucun doute, aucune hésitation ne soient dans ce Livre et que personne ne puisse se présenter qui le détruise ou bien le modifie. »120

119 Kitáb-i-Íqán 120 Une prière du Báb extraite du Livre des Sept Preuves Réflexions 33

Bahá’u’lláh qui savait qu'Il était Celui que Dieu rendra manifeste présage déjà la future révélation du Kitáb-i-Aqdas ; et puisque tous les Livres saints doivent s'y référer, il est tout à fait compré- hensible qu'il porte le titre de « Livre le Plus Saint » ! Tous les Livres du passé contiennent des promesses et des prophéties concernant le Jour où le Promis de tous les temps apparaîtra. Et dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh lance ce cri sans appel : « La Promesse est accomplie ! »121. Le cycle prophétique est terminé pour entrer dans le cycle de l'accomplissement. Le premier était de 6000 ans, le deuxième est destiné à couvrir une période de 500.000 ans122.

Nous commençons tout doucement à percevoir le rang unique de Bahá’u’lláh dans l'histoire de l'humanité. Et les lois, préceptes, conseils, avertissements, exhortations, création d'institutions gouvernantes à tous les niveaux -tout cela trouvé dans l'Aqdas- ont pour but la naissance d'un Nouvel Ordre Mondial dont le fonctionnement est encore inimaginable pour nous pauvres mortels du 21ème siècle.

J'aimerais revenir sur la notion de Parole divine ou, mieux encore, des Mots divins. Comme le dit Bahá’u’lláh dans la Lawh-i-Hikmat, chaque mot a été doté d'un « nouveau pouvoir » grâce à cette Révélation. Pas étonnant dès lors qu'Il nous invite à nous immerger dans l'Océan de Ses Mots car là se trouvent « cachées »123 des perles de sagesse, de connaissance et bien plus encore. 124 (parlant de cet Océan, dans une lettre du 1er octobre 2010, le Département de recherche à Haïfa écrit : plus de 18.000 textes ont été identifiés, comprenant plus de six millions de mots...).125

Je ne peux m'empêcher de citer un des passages les plus poétiques de l'Aqdas : « Béni est celui qui découvre le parfum des significa- 121 K 80 122 Voir La Dispensation de Bahá’u’lláh, par Shoghi Effendi 123 K 182 124 K 182 125 Lights of Irfan, vol. 10, p. 349-350, Wilmette

tions intérieures dans les traces de cette Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la création entière, et par le calme de laquelle l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. Glorifié soit le Très- Miséricordieux, le Révélateur d'une si inestimable bonté. »126

À beaucoup d'endroits de l'Aqdas reviennent ces mots de parfum, tranquillité, douceur (même en parlant des lois!), d'amour et d'amitié... Ne serait-ce pas là ce à quoi tout le monde aspire : le bonheur ? D'ailleurs, la Révélation de Bahá’u’lláh ne peut se concevoir sans la joie. Concernant Dieu : « Remerciez-le avec joie et rayonnement. »127 Concernant Téhéran : « Dieu t'a choisie pour être la source de la joie de toute l'humanité. »128 Concernant les maisons d'adoration : « avec rayonnement et joie, célébrez en leur sein la louange de votre Seigneur »129 Concernant la source de cette joie : « Que votre joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom qui apporte ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de tous ceux qui se sont approchés de Dieu. »130 Concernant les couples : « Vivez l'un avec l'autre, ô gens, dans le rayonnement et la joie. »131 Et concernant le premier jour du mois de Bahá : « Grande est la bénédiction de celui qui l'accueille avec rayonnement et joie. »132

Nous avons vu plus haut comment Shoghi Effendi définit le mot Dieu. Bahá’u’lláh l'exprime d'une façon identique : « Sache, à n'en point douter, que l'Invisible ne peut en aucune façon incarner Son essence et La révéler aux hommes. Il est et a toujours été infiniment exalté au-dessus de tout ce qui peut être perçu et exprimé.

126 K 158 127 K74 128 K91 129 K31 130 K51 131 K70 132 K111 Réflexions 35

De Sa retraite de gloire, Sa voix toujours proclame: "En vérité, je suis Dieu ; il n'est pas d'autre Dieu que Moi, l'Omniscient, le Très-Sage. Je Me suis manifesté aux humains, et je leur ai envoyé Celui qui est l'Aurore des signes de Ma Révélation. Par Lui, j'ai fait attester à toute la création qu'il n'est d'autre Dieu que Lui, l'Incomparable, l'Informé de tout, le Très-Sage." Lui qui, éternellement, est caché aux yeux des hommes ne peut jamais être connu si ce n'est par Sa Manifestation, et Sa Manifestation ne peut produire de plus grande preuve de la vérité de Sa mission que celle de Sa propre personne. ».133134

Les Manifestations divines sont donc le seul moyen d'approcher la connaissance de Dieu. La connaissance de leurs vies, et de leurs enseignements -adaptés à l'époque de leur apparition- sont la voie la plus directe pour appréhender le transcendant. L'essence divine étant extra-temporelle et extra-spatiale, elle ne peut s'incarner et se manifeste dès lors via des êtres humains qu'Il a choisis pour être Ses « représentants », s'exprimant « en Son Nom »135 et démontrant tous Ses attributs. Bahá’u’lláh précise dans les Questions et Réponses que leur rôle est d'éduquer les humains : « Le dessein de ces Éducateurs, dans tout ce qu'Ils ont dit et enseigné, était de préserver le rang exalté de l'humain. »136. Il fait cependant ce constat amer : « Noble t'ai-Je créé, pourtant tu t'es abaissé ». Et donc Son rappel : « Élève-toi alors vers ce pour quoi tu fus créé ».137

Cette mission et cette autorité de transmettre les préceptes, à la 133 Extraits des Écrits, chap. XX 134 Il me faut citer ici une réflexion intéressante d'Albert Einstein : « Une connaissance de l'existence de quelque chose que nous ne pouvons appréhender, des manifestations de la raison la plus profonde et de la plus radieuse beauté -c'est cette connaissance et cette émotion qui constituent la véritable attitude religieuse ; en ce sens, et seulement dans ce sens, je suis un homme profondément religieux » (Mein Weltbild , 1934) 135 Préambule de l'Aqdas et K1 136 Q 106 137 Parole Cachée arabe n° 22

fois temporels et spirituels, conférées aux Manifestations divines, explique d'ailleurs cette ambiguïté de station où parfois Elles sont tentées de se considérer comme Dieu Lui-même et parfois se considèrent comme de la simple terre glaise138. De plus, sans création un Créateur n'existe pas et dans un geste de Sa Volonté, Il l'a fait par amour : « J'ai aimé ta création, aussi t'ai-je créé ». Mais tout amour doit être réciproque : « Aime-moi pour que je puisse t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, mon amour ne peut aucunement t'atteindre. Sache-le, ô serviteur ».139 De même : « Observez Mes commandements par amour de Ma Beauté ».140

La création résulte de la Volonté divine qui s'est exprimée -au risque de me répéter- par un premier mot originel, l'impératif du verbe être : « Sois ! ». « Tout ce qui est, est venu à l'existence par Son irrésistible décret »141. C'est ce que l'on appelle le « Verbe divin ». C'est ce que rappelle l'Évangile de Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ».

Il y a donc cette réalité physique de l'être humain investi d'une mission divine et qui en reçoit l'autorité, démontrées par sa vie même et ses enseignements écrits ; et d'autre part une réalité spirituelle qui s'exprime à neuf reprises dans le Kitáb-i-Aqdas ; « Il n'y a pas d'autre Dieu que Moi... ».

Il y a par ailleurs une chose qui m'intrigue : il y a dans l'Aqdas 40 phrases qui commencent par « Dis : ». On retrouve également la même chose dans le Qur'án. Il semblerait que ce soit bien Dieu qui ordonne à Bahá’u’lláh de dire exactement la phrase qui suit. L'importance de ces phrases est donc multipliée.

Revenons sur terre, et voyons donc ce que contient ce mystérieux 138 Voir citation dans La Dispensation de Bahá’u’lláh par Shoghi Effendi 139 Paroles Cachées arabe 4 et 5 140 K 4 141 K 7 Réflexions 37

Livre. Il est plus qu'évident que tout tourne autour des concepts d'unité, de justice, de paix, et bien sûr de l'humilité de l'être humain face à un Créateur Omnipotent et surtout Omniscient. La vraie « connaissance » est d'ailleurs largement commentée, et Bahá’u’lláh le dit clairement en parlant du Kitáb-i-Aqdas : « Dis : Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »142

Il ne fait aucun doute que l'humain possède également une réalité physique aussi bien que spirituelle ; or, comme c'est cette dernière qui persistera après la mort physique, il nous appartient de la cultiver, de la faire grandir et le seul moyen d'y arriver c'est en priant, en faisant abstraction de nos besoins matériels, physiques, pendant une courte période de jeûne et bien entendu en lisant les Écrits tous les jours, mais à petite dose. Une première remarque s'impose : que ce soit dans l'Aqdas ou d'autres Écrits, il est sans cesse fait référence à la « certitude » et à la « vérité ». Il ne s'agit plus d'espérer ou de prophétiser. « La promesse est accomplie » dit Bahá’u’lláh, et elle ne peut être mise en doute :

Si l’une de ces Manifestations universelles de Dieu venait à déclarer : "Je suis Dieu", Elle dit, vraiment, la vérité et il n'y a aucun doute à ce sujet. Car il a été démontré de façon répétée que, par leur Révélation, leurs attributs et leurs noms, la Révélation de Dieu, Son Nom et Ses attributs sont manifestés dans le monde.143

Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce n'est de rendre Dieu manifeste et de ré- véler Sa souveraineté ; Dieu M'est suffisant comme témoin. Nous, en toute certitude, n'avons eu d'autre intention dans le Royaume céleste que d'exalter Sa Cause et de glorifier Sa

142 K 138 143 Kitáb-i-Íqán

louange ; Dieu M'est suffisant comme protecteur. Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir dans l'Empire d'en-haut si ce n'est de vanter Dieu et ce qui a été envoyé par Lui ; Dieu Me suffit comme aide.144

Pourtant, combien parmi nous ne doutent-ils pas lorsque ce que révèle Bahá’u’lláh semble en opposition avec les courants actuels de pensée ainsi qu'avec nos propres convictions ? C'est donc là le réel défi : accepter de modifier notre perception des choses, notre interprétation des événements, pour ne pas dire le sens même que nous attribuons à la vie et au futur de l'humanité. Accepter que notre propre connaissance n'est que très relative et que nous devons non seulement faire aveu d'impuissance mais également nous soumettre à la volonté d'une Essence que nous ne pouvons imaginer et que par convention linguistique nous appelons Dieu en fran- çais. Il faut de toute évidence accepter que nous ne sommes que des serviteurs, l'exemple parfait étant ‘Abdu’l-Bahá, mais pour cela il faut en prendre conscience. Comme le dit le Báb dans une prière : « Tous sont Ses [Dieu] serviteurs et tous se soumettent à Son commandement. » Il en est de même des Lois révélées : « La Langue de Mon pouvoir a adressé ces mots à Ma création, du Ciel de Ma gloire omnipotente : « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté.»145 Si nous acceptons et comprenons que nous avons été créés par une source aimante, il convient dès lors d'en être les té- moignages vivants : « Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour Te connaître et T'adorer »146 Une preuve supplémentaire de cet amour réside entre autre en ceci :

144 K 172 145 K 4 146 Courte prière obligatoire Réflexions 39

« En vérité, Il [le Báb] a révélé certaines lois pour que, en cette Dispensation, la Plume du Plus Élevé n'ait besoin de se mouvoir pour rien d'autre que pour la glorification de Sa propre Station transcendante et Sa plus éclatante Beauté...Puisque, cependant, Nous avons souhaité rendre évidente Notre bonté pour vous, Nous avons, par le pouvoir de vérité, précisé ces lois avec clarté et atté- nué ce que Nous désirons vous voir observer. Lui, vraiment, est le Munificent, le Généreux. »147 Effectivement beaucoup de lois que l'on trouve dans l'Aqdas proviennent du Báb, mais Bahá’u’lláh précise ceci :

« Notre Héraut exalté -puisse la vie de tout autre que Lui être offerte par amour pour Lui- a révélé certaines lois. Cependant, dans le royaume de Sa Révélation ces lois furent soumises à Notre sanction., raison pour laquelle cet Opprimé a mis en œuvre certaines d'entre elles en les incorporant dans le Kitáb-i-Aqdas avec des mots différents. D'autres, Nous les avons mises de côté. Il tient l'autorité en Sa main. Il fait ce qu'Il veut et Il ordonne ce qui Lui plaît. Il est le Tout-puissant, le Très-loué. Il y a aussi des ordonnances nouvellement révélées. Béni celui qui y parvient. Bénis ceux qui observent Ses préceptes. »148

Autrement dit, la religion n'est pas une sorte de contrainte arbitraire mais au contraire une source de préceptes, de conseils, d'exhortations, d'encouragements à poursuivre un long voyage vers un infini qui ne peut être défini ni par une formule mathématique ni par des approches purement scientifiques, et qui peut évoluer en fonction du stade de maturité de l'humanité.

Il y a dans l'Aqdas non seulement des lois, des interdictions, des permissions (parfois étonnantes), des exhortations, des stances aux dirigeants, aux théologiens, aux bábís, à certaines personnes en particulier, mais aussi tout l'aspect spirituel nécessaire pour que 147 K 142 148 Bahá’u’lláh, Kalimát-i-Firdawsiyyih

cela fonctionne et produise une nouvelle civilisation.

Comme dans les dispensations précédentes, il y a des lois immuables : la reconnaissance des Manifestations divines, la prière, le jeûne, la charité, le pèlerinage, l'altruisme, ce qui constitue les fondements mêmes d'une religion. Mais, alors que ces notions restaient floues et sujettes à interprétation, Bahá’u’lláh les précise de telle sorte qu'il n'y a pas à tergiverser. Cela est déjà une source de conflits en moins, et des points sur lesquels la Maison Universelle de Justice n'aura pas à légiférer.

Commençons par la prière obligatoire (salát), ce dialogue quotidien avec Dieu, que Bahá’u’lláh conçoit comme quelque chose de privé.149 Dans les révélations du passé, la prière est bien sûr prescrite mais il n'y a pas à proprement parler de prière révélée. Même dans l'Islám, la prière consiste en la récitation de la première Sourate du Qur'án. Seul le Báb avait révélé une prière obligatoire normalement accompagnée de 19 rak'has (génuflexions). Dans l'Aqdas, Bahá’u’lláh la remplace par une prière de 9 rak'has150 mais celle-ci, qui était dans un document séparé, ayant été dérobée par l'Archi-briseur d'Alliance Muḥammad-Alí.151, Il les a plus tard remplacées par trois prières à réciter, au choix, avec des indications précises de moment et de mouvements. A remarquer : Bahá’u’lláh a défini l'âge de maturité (15 ans) 152 à partir duquel la salát, tout comme le jeûne deviennent obligatoires. J'y reviendrai plus tard, mais c'est aussi l'âge à partir duquel est prescrit un enterrement bahá'í, celui où deux jeunes peuvent se marier et celui où un jeune peut se faire officiellement enregistrer comme bahá'í. (Seule exception temporaire soumise à une décision de la Maison Universelle de Justice, pour être électeur il faut avoir 18 ans, et pour être éligible 21 ans). 153 (Bahá’u’lláh Lui- 149 K 12 150 K 6 151 N 9 152 Q 20 153 Voir Constitution de la Maison Universelle de Justice Réflexions 41

même s'est marié à 18 ans et sa première épouse, Asíyih Khánum, avait 15 ans).

Pour un musulman habitué à des règles strictes et compliquées concernant les ablutions et la salát, il n'y a aucune difficulté à observer celles révélées par Bahá’u’lláh. Mais c'est très différent pour les adeptes des autres religions, en particulier les occidentaux. Respecter ces espèces de rituels (et j'y ajouterai la récitation quotidienne de Alláhu-Abhá) est un véritable acte de foi. Plus encore, c'est un acte de soumission à la volonté divine, une preuve d'humilité face au Créateur et signe d'une réelle sincérité dans notre amour pour Bahá’u’lláh.

Pour beaucoup d'entre nous, il y a là un réel défi, en tout cas pour ceux qui n'ont pas reçu d'éducation spirituelle dans leur enfance. C'est toute une discipline à acquérir, un rythme auquel nous ne sommes pas habitué et des gestes et une attitude qui ne nous sont pas familiers. Il ne faut pas perdre de vue que ceux qui avaient demandé les lois à Bahá’u’lláh étaient issus d'un milieu musulman, où les prières quotidiennes précédées des ablutions et accompagnées de prosternations font partie de la vie. Mais les pratiques dans les diverses factions musulmanes étant tellement différentes et complexes, Bahá’u’lláh y a remis de l'ordre, les a clarifiées et simplifiées. Tous les cas de figure sont définis : les femmes enceintes, où ayant leurs menstruations154, ou allaitant ; les cas où l'on a oublié de faire sa prière, en particulier lorsqu'on voyage ; la surface sur laquelle on peut se prosterner ; ce qu'il faut faire quand il n'y a pas d'eau pour les ablutions155 ; et l'abolition de règles qui proviennent de fausses interprétations du Qur'án156. Les ablutions sont simplifiées à l'extrême, et les règles très complexes les concernant dans l'Islám (mais aussi dans le Judaïsme) ne reposent plus sur aucune

154 K 13 155 K 10 156 K 9

notion d'impureté, donc finies les questions de 'kasher', ou 'halal'. « Dieu a, de même, en tant que bonté de Sa présence, aboli le concept d' « impureté » »157 Il y a d'ailleurs une forme de paradoxe : d'une part, le Báb et Bahá’u’lláh font une coupure nette avec les pratiques découlant d'interprétations à géométrie variable du texte Qur'ánique, ce qui nous vaut la haine de certains musulmans ; et d'autre part, certains côtés à connotation islamique nous valent l'extrême méfiance des adeptes des autres religions, car cela ne correspond pas à leurs dogmes et rites. Quoiqu'il en soit, pour nous, les choses sont claires : Bahá’u’lláh a révélé la Charte d'un renouveau spirituel destiné à rendre à la religion ses lettres de noblesse.

Même l'invocation Alláhu-Abhá (Dieu est Très Glorieux) effraie car elle ressemble trop au Alláhu-Akbár (Dieu est Très Grand) dont les djihadistes ont fait leur cri de guerre (et qui d'ailleurs n'apparaît pas dans le Qur'án). Même le nom Bahá’u’lláh inquiète les bien-pensants car la langue arabe elle-même est devenue source de rejet, alors qu'Il la qualifie de "langue de l'éloquence" !158 Si ces prières n'avaient pas un caractère obligatoire, bien peu les feraient. Même comme ça, pris dans le tourbillon de la vie, avouons que nous les oublions parfois. Et ce qui est encore caractéristique de notre Foi, c'est qu'il n'y a pas de 'contrôleur' qui vient vérifier si nous sommes assidus. Notre obéissance ne concerne que Dieu et chacun de nous individuellement. Pas de curé à qui on vient confesser nos manquements ! Notre seule préoccupation est la crainte de Dieu, et nous y reviendrons, car c'est un concept important et pas simple à comprendre, et déjà rien que le mentionner fait peur... Nous voici donc obligés de penser à Dieu tous les jours, et penser à Dieu, c'est nous souvenir que notre vraie nature, celle qui perdu-

157 K75 158 Voir Ishraqát Réflexions 43

rera, est spirituelle et que nous devons nourrir notre âme sans relâche. « Prêtez l'oreille aux versets de Dieu.... A travers eux l'âme de l'humain est amenée à prendre son envol vers l'Aurore de Révélation et le cœur de chaque vrai croyant est baigné de lumière. »159

Dans un monde de plus en plus froid et obscur, Bahá’u’lláh nous baigne d'une lumière qui éclaire nos sens, augmente notre vision et nous gonfle d'espoir. Lui qui est « l'Aurore de la Lumière de Dieu »160 nous permet de découvrir une autre réalité des choses : « Chaque chose dissimulée a été mise en lumière en vertu de la Volonté de l'Ordonnateur Suprême »161 « Ouvre les yeux, afin que tu puisses...poser ton regard sur la Lumière qui brille au-dessus de cet Horizon lumineux. »162 Cette image de l'aurore pointant à l'horizon a été très bien figurée au début du film « Lumière pour le monde » (Light to the World). Inutile de se demander à quoi ressemblera le monde lorsque ce soleil aura atteint son zénith et que l'humanité recevra la pleine puissance de cette lumière : « Dis : Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux qui appréhendent, et l'Aurore des commandements de Dieu, si vous êtes de ceux qui comprennent. »163 Comprenez-vous ?

Notre corps a besoin de nourriture physique et notre âme de nourriture spirituelle. Mais il existe souvent un déséquilibre entre les deux, et c'est là que la deuxième pratique la plus importante apparaît : celle du jeûne. Ce qui est recherché en jeûnant, ce n'est pas une détoxification (bien que médicalement cela puisse être béné- fique), mais c'est un renversement de nos priorités, forcer notre esprit et notre âme à se rapprocher de Dieu. Pour nous bahá'ís, c'est un jeûne assez court (19 jours), comparativement au ramadan (40 jours). Il est prévu toute une série 159 K148 160 K85 161 K81 162 K85 163 K186

d'exemptions (qui ne sont pas des interdictions) et on peut y voir là toute la clémence divine. Le fait qu'il soit prescrit toujours à la même période évite tout un tas de problèmes : pas de chaleur ou de froid excessifs, même durée du jour et de la nuit et là où ce n'est pas le cas, on peut se baser sur les horloges. Dieu a pensé à tout. Il y a même des règles prévues si l'on est en voyage. Par comparaison, le calendrier musulman étant un calendrier lunaire, le mois de Ramadan change de période chaque année et tombe parfois en été lorsque les jours sont plus longs et que les températures atteignent des sommets. Une autre particularité est que les 4 ou 5 jours précédant le jeûne (Ayyám-i-Há)164 sont destinés à faire bonne chère, et à en faire profiter les nécessiteux. Des jours d'accumulation de calories juste avant des jours de restrictions ! Le bénéfice médical est donc tout relatif et ce n'est pas ça le vrai but, d'autant plus que s'empiffrer avant d'aller dormir n'est pas l'idéal. L'objectif réel est de se rapprocher de Dieu, de se détacher davantage de nos désirs égoïstes et matérialistes.

Il faudra donc attendre dix-neuf jours avant d'acheter ce nouveau smartphone ou cette superbe robe...quant aux relations sexuelles, elles sont laissées à la conscience de chacun. Bahá’u’lláh a révélé une longue prière du jeûne qui fait un peu oublier la fatigue, les crampes d'estomac et la frilosité. Et à la fin du jeûne, ce sera la Plus Grande Fête, Naw-Rúz, ou chacun pourra festoyer sans remords, en louange à Dieu. Nous y reviendrons.

Une autre loi très détaillée est celle de l'héritage lorsque le défunt décède sans avoir rédigé de testament (pourtant cela nous est enjoint dans l'Aqdas)165. Il y a là un souci évident d'éviter les déchirements entre les héritiers. Par contre, si l'on rédige un testament, on a la liberté de disposer de nos biens comme bon nous semble,

164 K16 165 K109 Réflexions 45

mais peut-être en gardant à l'esprit le mode de répartition révélé. À nouveau, c'est une question de conscience personnelle. Je ferai quand même remarquer la dégressivité des parts de chacun : de 9 à 3 lots selon les catégories, en mentionnant toutefois que dans toute une série de cas la Maison de Justice recevra une part. Il ne faut pas oublier non plus qu'avant le partage il faudra acquitter les frais des funérailles, rembourser les dettes du défunt et payer le Ḥuqúqu’lláh.166

Dans la Foi, l'incinération est interdite, le défunt doit être placé, -enrobé d'un linceul et portant une bague avec un verset révélé-, dans un cercueil fait d'une matière aussi durable que possible, puis inhumé après la prière pour les défunts, elle aussi obligatoire, dans un endroit le plus proche possible du lieu de décès. 167 Bahá’u’lláh donne des indications précises concernant ces aspects, mais c'est avant tout l'esprit de la loi qu'il faut respecter, sinon on risque de tomber dans un rituel (le plus important avec la prière est probablement que l'enterrement se fasse avec « rayonnement et sérénité »).168 Or un rituel est justement une chose que l'on veut éviter dans la Foi. De plus, ces indications ne concernent que les bahá'ís de plus de 15 ans. On retrouve dans tout cela les signes de la noblesse et de la dignité de l'être humain sur lesquelles Bahá’u’lláh insiste tant. Et Bahá’u’lláh y est très attaché : « Ô fils de l'Esprit ! Noble t'ai-Je créé, pourtant tu t'es abaissé. Élève-toi alors vers ce pour quoi tu fus créé. »169

Si les questions d'héritage posent souvent problème, il y a deux autres choses qui sont source de conflits et que Bahá’u’lláh règle avec aussi beaucoup de détails : le mariage et le divorce.

En ce qui concerne le mariage, les deux futurs conjoints doivent 166 K28 167 N149,151,152 168 K130 169 Parole cachée arabe n° 22

avoir au minimum 15 ans, doivent être d'accord avec le mariage et les parents doivent aussi donner leur consentement, ce qui implique que les deux familles doivent se connaître. Fini donc les mariages forcés et les disputes familiales.. Même la question de la dot est précisée170. Cette dernière est versée à la fiancée et non aux parents et la somme doit être modérée171. Un engagement écrit est tout aussi valable.172 Le mariage peut être contracté avec un croyant de foi différente173 et la cérémonie, très simple, consiste en la récitation d'un verset : « En vérité, nous nous conformerons tous à la volonté de Dieu ». (mais ceci peut poser un problème avec un athée). Le mariage est vivement conseillé mais pas obligatoire. Si quelqu'un veut rester célibataire, c'est son choix. Il y a cependant deux éléments à prendre en compte : d'une part le but principal du mariage est la procréation174, et d'autre part la chasteté est demandée lorsque l'on n'est pas marié. De même, l'adultère est interdit et puni. Comme mentionné plus haut, la bigamie est interdite et par exemple un homme marié ne peut pas acheter une domestique pour l'épouser.175 La question de la disparition d'un mari parti en voyage est également abordée avec détails.176 Ceci dit, il est vivement conseillé aux futurs mariés de bien se connaître et d'avoir au préalable abordé les questions relatives à l'éducation des enfants, en particulier lorsqu'ils ont une religion différente.

Les règles du mariage sont donc assez simples. Mais ça se complique en cas de divorce. Bahá’u’lláh d'ailleurs abhorre les séparations et les divorces. C'est pourquoi il a mis en place le concept

170 K66, n93 171 K66, n95 172 Q39 173 Q84 174 K63 175 N90 176 K67 Réflexions 47

d'année de patience, espérant que le « parfum d'affection puisse être renouvelé ».177 Pratiquement, le début et la fin de l'année de patience doivent être attestés par des témoins.178 Chaque partenaire doit avoir une résidence séparée. S'il n'y a pas eu réconciliation, le divorce est prononcé et inscrit dans un registre, même si l'un des deux n'est pas d'accord179. Tout cela dépend évidemment aussi des lois civiles propres à chaque pays. Tout ce que l'on sait également est que si deux mariés veulent divorcer tout de suite, cela peut se faire tant qu'ils n'ont pas 'consommé'.180 Et quand le mariage était conditionné par la virginité, et qu'il s'avère que la conjointe n'est pas vierge, le divorce peut prendre place également et le mari récupère la dot, bien que Bahá’u’lláh préfère que cela soit occulté. 181 Autre élément intéressant, c'est que le couple qui aurait des relations sexuelles l'un avec l'autre pendant l'année de patience devra s'acquitter d'une amende.182 La Maison Universelle de Justice devra préciser ce qu'il advient des possessions propres à chacun en cas de divorce, de même que les questions de pension alimentaire et/ou de contribution alimentaire pour les enfants. Pendant l'année de patience, il me semble normal qu'une Assemblée spirituelle consulte le couple régulièrement pour aider un éventuel processus de réconciliation. Après toutes ces considérations un peu techniques, on se rend compte que cela décharge la Maison Universelle de Justice des points qui sont en général litigieux et provoquent de profondes divisions et conflits. La parole divine étant infaillible et intangible, et les interprétations nécessaires ayant été apportées par ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi

177 K68 178 Q73 179 Q73 180 Q12 181 Q47 182 Q11

Effendi, ce seront les lois en vigueur jusqu'à l'apparition de la prochaine Manifestation de Dieu. Celle-ci confirmera-t-elle ces lois ou les modifiera-t-elle, ça restera un mystère jusqu'à Son apparition. Il est aussi intéressant de constater que la précision de ces lois ré- sout le flou total qui existe dans les autres religions, car chacune de leurs branches ont des règles différentes. Terminées les polygamies et répudiations arbitraires. Par contre, elles sont totalement à contre-courant de nos sociétés très permissives, où l'on peut se marier même si les parents ne sont pas d'accords pour des motifs légitimes, où on peut cohabiter sans se marier, où on peut être en couple avec une personne du même sexe et où il est considéré comme une fierté d'avoir des relations sexuelles le plus tôt possible avec même différents partenaires avant d'envisager un éventuel mariage. Bahá’u’lláh insiste également sur le mariage des prêtres.183

Ce gros morceau de terrain étant déblayé, il n'en reste pas moins que l'organisation des sociétés requiert d'autres lois, ou conseils, ou interdictions. Cette fois, Bahá’u’lláh n'entre pas dans les détails et laisse donc la responsabilité aux Institutions d'en préciser les tenants et aboutissants. Nous les passerons en revue plus loin, car il est bon de respirer un peu avec d'autres considérations.

Je citerai en premier lieu l'accomplissement de toutes les prophé- ties des religions du passé. L'affirmation du Qur'án que Muḥammad est le sceau des prophètes indique pour ceux qui veulent comprendre que le cycle des prophéties est terminé. « La promesse est accomplie »184, écrit Bahá’u’lláh, s'adressant au Carmel, à Sion et au Sinaï. Notre rôle de bahá'ís n'est donc plus d'être dans l'expectative mais d'être les acteurs du renouveau civilisateur qui englobera la Terre entière.

183 8ème Bonne nouvelle (Bishárát) 184 K80 Réflexions 49

Ses appels d'ailleurs se font pressants : « Levez-vous »185, « Proclamez la Cause » !186 « Stimulez le développement des cités »187, « ne gaspillez pas vos heures dans l'oisiveté et la paresse »188, « Récitez les versets »189 et « enseignez-les à vos enfants ».190, « construisez des maisons d'adoration »191, établissez des « Maisons de Justice »192, et bien d'autres choses encore. Les mêmes demandes sont d'ailleurs également faites aux rois, aux dirigeants, aux théologiens et aux Bábís.

Il est évident que tout cela demande une profonde mutation spirituelle de l'être humain, dont le regard doit être davantage dirigé vers Dieu et moins vers les choses matérielles et loin des disputes religieuses ou politiques. C'est là que se trouve la vraie richesse de l'Aqdas, cet appel à retrouver de vraies valeurs morales et spirituelles, et à travailler à ce que toute l'humanité les acquière. Je ne dirai pas que les lois sont secondaires mais sans cette renaissance spirituelle, elles donneront l'impression d'être des contraintes imposées un peu arbitrairement, alors qu'en réalité, elles sont révélées pour « assurer l'ordre dans le monde et la sécurité de ses peuples ».193 « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. ».194 Et c'est sans équivoque : la reconnaissance de la Manifestation est inséparable de l'obéissance à Ses lois.195 Malheureusement, l'être humain étant ce qu'il est, il n'aime pas les lois et rêve d'une totale liberté de pensée et d'action. Et là se trouvent plusieurs paragraphes de l'Aqdas concernant la li- 185 K35 186 K75 187 K160 188 K33 189 K149 190 K150 191 K31 192 K30 193 K2 194 K4 195 K1

berté, passages qui devraient faire réfléchir : « Sachez que l'incarnation de la liberté et son symbole est l'animal. »196 « La liberté fait outrepasser à l'humain les limites de la correction et porte atteinte à la dignité de son rang. »197 Dans la Lawḥ-i-Dunyá, Bahá’u’lláh écrit ceci : « En formulant les principes et les lois, une partie a été consacrée aux pénalités qui sont un instrument efficace pour la sécurité et la protection des humains. Cependant, la crainte des pénalités fait que les peuples renoncent seulement extérieurement à commettre des actes vils et méprisables, alors que ce qui protège et maîtrise les humains extérieurement et intérieurement a été et est toujours la crainte de Dieu. C'est le véritable protecteur de l'humain et son gardien spirituel. ». Et Bahá’u’lláh de confirmer : « Si les humains observaient ce que Nous leur avons envoyé du Ciel de la Révélation, ils atteindraient, avec certitude, la liberté parfaite.»198 Mais voilà, l'être humain est un insoumis et ce déjà depuis qu'il a touché au fruit défendu. Bahá’u’lláh nous fait donc revenir à la case départ : « La vraie liberté consiste en la soumission de l'humain à Mes commandements pour peu que vous le sachiez. »199 Quant à ceux qui refusent d'admettre que les lois divines assurent notre protection, Il a des mots très durs : « Celui qui s'en détourne est compté parmi les êtres abjects et insensés. »200 Gare à ceux-là : « Prends garde de ne pas susciter de troubles sur terre après qu'elle ait été mise en ordre. Quiconque agit de cette façon n'est pas de Nous, et Nous sommes quitte de lui. »201 Autrement dit, adieu !

Une des barrières qui est en travers de cette soumission, ce sont tous ceux qui ont mis en doute le rang de Bahá’u’lláh, et plus particulièrement les théologiens et les potentats. Même à l'heure ac-

196 K123 197 K123 198 K125 199 K125 200 K2 201 K64 Réflexions 51

tuelle, bien peu de cléricaux sont prêts à reconnaître que le Promis qu'ils attendent depuis des siècles est enfin venu. Le principal obstacle est leur orgueil, eux qui croient détenir la connaissance innée. Bahá’u’lláh ironise d'ailleurs parfois : « Et au sein du peuple se trouve celui qui revendique la connaissance intérieure, et même une connaissance plus profonde dissimulée au sein de cette connaissance. »202 Et Il se fâche même : « Dis : tu mens ! Par Dieu ! »203

Aux théologiens : « N'entendez-vous pas la voix véhémente de Ma Plus exaltée Plume ? »204 « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur. »205 D'ailleurs, pour éviter toute prétention : « Il vous a été interdit de faire usage de chaires. »206.

Et aux rois : « Vous n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! »207, « Prenez garde que l'orgueil ne vous empêche de reconnaître la Source de la Révélation »208 Là aussi, Il ironise sur leur accumulation de richesse : « Nous vous voyons vous réjouir de ce que vous avez amassé pour d'autres. »209 Pourtant, Il les rassure : « Nous n'avons rien demandé de vous. »210, « Ce n'est pas Notre souhait de mettre la main sur vos royaumes. »211

Et encore aux théologiens : « ne faites pas de vous un voile entre Moi et Mes créatures. »212 « Où est l'homme parmi vous qui peut

202 K36 203 K36 204 K41 205 K165 206 K154 207 K82 208 K82 209 K79 210 K87 211 K83 212 K167

rivaliser avec Moi en vision ou perspicacité ? »213

Dès lors, Il s'adresse à nous en nous demandant de ne pas nous laisser avoir et de montrer la plus grande fermeté et constance : « Soyez la personnification d'une telle fermeté au sein de l'humanité que vous ne serez pas retenus loin de Dieu par les doutes de ceux qui n'ont pas cru en Lui »214. Et de rassurer : « Avant peu Dieu lè- vera ... ceux qui magnifieront Mon Nom avec une telle constance qu'ils ne seront ni dissuadés par les suggestions malveillantes des théologiens, ni ne seront retenus par les insinuations des semeurs de doute. »215

Une autre barrière déjà mentionnée plus haut est le 'moi', cet égo si difficile à contrôler : « Tenez-vous fermement à Ses lois et commandements et ne soyez pas de ceux qui, suivant leurs futiles fantaisies et vaines imaginations, se sont accrochés aux critères fixés par leur propre moi »216, « Ne suis pas les incitations du moi, car il appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure »217 Mais voilà, l'être humain est insouciant et se préoccupe bien peu de son évolution spirituelle : « Les peuples du monde sont profondément endormis. »218, « Craignez Dieu, et ne soyez pas parmi les insouciants. »219

En ce qui nous concerne, nous bahá'ís, Bahá’u’lláh place donc la barre très haut : « Vous êtes les manifestations de la fermeté parmi les humains... », « En ce jour, il convient à quiconque qui a bu à longs traits le Vin Mystique de la vie éternelle des Mains de la tendre bonté du Seigneur son Dieu, le Clément, de battre tout

213 K101 214 K134 215 K164 216 K17 217 K64 218 K39 219 K166 Réflexions 53

comme l'artère pulsant dans le corps de l'humanité... »220 « Quiconque M'a reconnu se lèvera et Me servira avec une telle détermination que les pouvoirs du ciel et de la terre seront incapables de faire échouer son objectif. »221 Donc, jusqu'à présent, pour ré- sumer, reconnaître la Manifestation, obéir aux lois divines, montrer la plus grande fermeté en luttant contre notre égo, ne pas rester insouciants, être les acteurs d'un renouveau spirituel à travers le monde et mettre en place les institutions ad hoc. Sacré programme !

Changeons un peu de sujet et intéressons-nous de plus près à la genèse de l'Aqdas. Si la fin de sa révélation peut être datée vers la fin de 1873, il n'y a aucune indication quant au moment où Bahá’u’lláh l'a commencé. La première question qu'il faudrait d'abord résoudre, c'est de savoir si les versets ont été publiés dans l'ordre chronologique de leur révélation. Comme vu plus haut, le Báb aussi bien que Bahá’u’lláh mentionnent le nouveau Livre. Nous savons que Bahá’u’lláh a répondu à diverses pétitions et lettres, et Adib Taherzadeh indique que déjà à Andrinople, Bahá’u’lláh avait commencé à révéler des lois en persan mais ne les a pas communiquées.222 Dans un extrait d'une Tablette révélée après l'Aqdas (Lawh-i-Abdu'r-Rahím, 'Akká, Ramadan 1291/oct-nov 1874), Bahá’u’lláh dit ceci : « Alors que Nous étions en prison, Nous avons révélé un Livre que Nous avons intitulé « Le Livre le Plus Saint. ».223 En prison signifie d'abord la prison d'Akká où Il est resté 2 ans 2 mois et 5 jours (soit jusqu'au 5/10/1870), et ensuite dans la maison d'Udi Khammar en septembre 1871, après avoir été déplacé dans plusieurs autres maisons. Dans la 7e Ishráq, on trouve le fil : « Regarde ce que la Volonté de Dieu a révélé à Notre arrivée dans la Ville Prison et enregistré 220 K173 221 K38 222 Taherzadeh, The Revelation Bahá'u'lláh n° 3, chap.13 223 Voir Tablettes révélées après l'Aqdas (section Autres)

dans le Plus Saint Livre. » Il y est arrivé le 31 août 1868, et fait ici référence au paragraphe 48.1 ou verset 119. Si l'ordre est chronologique, les 118 premiers versets auraient donc probablement été révélés à Andrinople, avant le 12/08/1868, ce que semble confirmer la liste de Leiden. A partir du verset 186 (par.78.1), les versets s'adressent aux rois et dans le verset 211 (par. 86.4) Il parle de la chute de Napoléon III. Napoléon a été fait prisonnier le 03/09/1870. Dans ce dernier cas, les versets 119 à 185 ont peut-être été révélés dans la prison et la suite dès septembre 1871 dans la maison d'Udi Khammar. Mais ce ne sont que pures conjectures. Donc, Il achève la Révélation de l'Aqdas dans la maison d'Udi Khammar, et A.Taherzadeh dit que l'Aqdas est rendu publique la même année que le mariage de 'Abdu'l-Bahá avec Munirih Khá- num (08/03/1873), donc 1873. Dans une tablette écrite par Mirzá Áqá Ján, le secrétaire de Bahá'u'lláh, datée du 15 Jamadiyu'l-Avval 1290 (11 juillet 1873), il est stipulé que le Kitáb-i-Aqdas fut rendu public vers cette période. Dans la même année où fut rendu public le Kitáb-i-Aqdas, Bahá'u'lláh autorisa Hojjat-al-islam, qui se trouvait à Akká, d'en recopier certaines parties et de les partager avec les amis de Perse. Puis à nouveau, il insista sur la sagesse et la discrétion dans l'application de ses lois. Il refusa même que la loi sur le Huqúqu'lláh soit appliquée. Si, donc, l'ordre est chronologique, Bahá’u’lláh aurait mis environ cinq ans pour le terminer, ce qui pourrait expliquer l'aspect un peu disparate du texte. Dans la Lawh-i-Hájí `Alí Langarúd – ('Akká - Date: Rabi'u'l-Avval 1292/April-May 1875), Bahá'u'lláh écrit : « Dans la Très-Grande-Prison, cet Opprimé a lu attentivement ta lettre et est informé de ta recherche au sujet des commandements de Dieu concernant la résurrection et les moyens d’existence......Il y a un an, le Très-Saint-Livre descendit du firmament de la géné- rosité du Seigneur des noms. Si Dieu le veut, tu pourras, par sa Réflexions 55

grâce, accomplir ce qui y est révélé. »224 Bahá'u'lláh a donc reçu cette lettre lors de son séjour à 'Akká (1868-1877). Ceci semble indiquer que Bahá'u'lláh aurait achevé complètement l'Aqdas dans sa version définitive après quelques amendements vers le début 1874, bien qu'il en ait envoyé le principal aux amis de Perse en 1873. La 8e Ishráq apporte un ajout à l'Aqdas, si important qu'Il le ré- pète dans les Bishárát (13ème). Les Ishraqát, adressées à Jalíl-i- Khu'í, un croyant d' Azerbaïdjan, ont probablement été révélées en 1885 et les Bishárát révélées à une date et un destinataire inconnus, mais probablement vers 1891.

C'est en 1890-91 que Bahá'u'lláh fait imprimer l'Aqdas en arabe à Bombay, en Indes, (l'imprimerie appartenant à un cousin du Báb) sous le titre Al Kitábu'l-Aqdas. Cette publication de 380 pages, contient 66 Tablettes révélées par Bahá’u’lláh, en addition au Texte de l'Aqdas, toutes dans l'écriture de Mírzá Ḥusayn-i- Khurṭúmí qui devint briseur d'Alliance après l'Ascension de Bahá’u’lláh.225 Une deuxième édition de 263 pages sera publiée à Bombay en 1896 et contient les mêmes Tablettes, dont beaucoup n'ont pas encore été traduites en anglais.226 Il y aura une première traduction du Texte même de l'Aqdas en russe par Tumanski en 1899. Vers 1900, Antun Haddad aux U.S.A. fait une première traduction en anglais. En 1931, il semblerait qu'une édition publiée à Baghdád (Inayad) ait contenu deux paragraphes de plus que l'édition de Bombay227. Ils sont apparemment authentiques mais ont été enlevés par Bahá'u'lláh avant que l'édition de Bombay ne soit préparée. Il y a eu plusieurs autres traductions, entre autre en 1961, mais de très mauvaise qualité. Ce n'est pas avant l'année 1953 que Shoghi Effendi fit les premiers pas vers la production d'une traduction complète du Livre, annon- 224 Ibid. 225 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P.Daoust 226 Lettre du Research Department, Haifa, du 19 novembre 2019 à P. Daoust 227 https://senmcglinn.wordpress.com/leiden-list/

çant son intention de préparer un synopsis et codification de ses dispositions comme l'un des buts de sa Croisade mondiale de dix ans couvrant les années 1953-63. Au printemps 1957, il y travailla encore trois semaines avant de devoir quitter Haïfa228 ; il en traduisit en tout 21 passages. Son décès en 1957 intervint avant qu'il soit capable d'achever cette tâche, mais le travail sur le projet fut repris par la nouvellement élue Maison Universelle de Justice comme partie de son Plan de neuf ans (1964-73). En 1973, sort le Synopsis et codification, avec les 21 passages traduits par Shoghi Effendi, publié par la Maison Universelle de Justice. Et finalement, en 1992, la Maison Universelle de Justice publie la version officielle avec préface, introduction, l'Aqdas, les questions et réponses, le synopsis et les notes. C'est donc là tout ce que nous savons à l'heure actuelle. Et c'est Bahá'u'lláh Lui-Même qui lui a donné le titre Kitáb-i-Aqdas, au lieu de Al Kitábu'l-Aqdas.229

Revenons maintenant aux aspects spirituels. Bahá’u’lláh insiste d'abord beaucoup sur le raffinement 230, que ce soit dans l'habillement (même jusqu'à la soie et les fourrures), à l'utilisation d'ustensiles de valeur231, la coupe des cheveux et de la barbe232, l'interdiction de la consommation d'alcool ou de drogues233, la musique que l'on écoute234, le changement du mobilier tous les 19 ans235 et en général à une propreté parfaite, sauf bien sûr quand les moyens ou la situation ne le permettent pas (je n'ose imaginer dans quel état se trouvaient les prisonniers dans la

228 The Guardian of the Bahá'í Faith, by Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum (London: Baha'i Publishing Trust, 1988, p.338) 229 lettre du Research Department, Haifa, 8 octobre 2018 à P. Daoust 230 K46 231 Ibid. 232 K159, 44 233 K119, 190 234 K51 235 K151 Réflexions 57

prison d' 'Akká). Mais plus important encore est le raffinement intérieur, par l'élégance des gestes, des paroles (jusqu'à l'éloquence), la sagesse des propos, l'abstention des disputes ou des vaines discussions et la courtoisie. « Accrochez-vous fermement au raffinement en toutes circonstances, afin que vos yeux puissent être préservés de ce qui est ré- pugnant »236 Bahá’u’lláh aimait d'ailleurs beaucoup les roses et donc : « Faites usage d'eau-de-rose, et de pur parfum »237 Le mot originel arabe « latáfah », rendu ici par « raffinement », présente une large gamme de significations aux implications tant spirituelles que physiques telles que l'élégance, la grâce, la propreté, la courtoisie, la politesse, la douceur, la délicatesse et la bienveillance, tout comme le fait d’être discret, raffiné, sanctifié et pur.238 En ce qui concerne la musique, Bahá’u’lláh nous avertit : « Prenez garde cependant de peur que leur écoute ne vous entraîne à dépasser les limites de la correction et de la dignité. »239 Et de manière générale : , « Comportez-vous avec correction en toutes circonstances »240, « Qu'il n'y ait rien dans votre comportement que des esprits sains et justes désapprouveraient »241 Une chose qui me touche, c'est que Bahá’u’lláh, dans son enfance, a connu une vie empreinte de ce raffinement puisque son père, Mirzá Buzurg, était un noble de la province de Núr qui avait travaillé au service de Fatḥ-‘Alí Sháh, en particulier grâce à ses talents de calligraphe. Cela a dû être particulièrement difficile sur le plan moral de se retrouver dans des prisons ou pendant de longues périodes d'exil, où j'imagine que leur situation n'était pas brillante du tout, et que tout ce qui tenait au raffinement avait complètement disparu.

236 K46 237 K76 238 N74 239 K51 240 K145 241 K159

A nouveau, nous sommes presque opposés aux tendances actuelles où le ridicule devient une norme, que ce soit dans l'habillement, les manières ou les paroles. Ceci dit, l'extérieur ne reflète pas toujours l'âme. Beaucoup se créent ainsi une façade qui a souvent pour but d'étaler un richesse matérielle ou un semblant de connaissances alors que l'intérieur est vide. Cela évidemment parce que les valeurs présentes sont celles du matérialisme décrié par Bahá’u’lláh. « Quel avantage y a-t-il dans les choses terrestres que les humains possèdent ? Ce qui leur profitera, ils l'ont complètement négligé. »242 Tout cela demande un profond changement de paradigme, où ce sont les valeurs morales et spirituelles qui primeront et où les âmes libérées pourront s'envoler vers des hauteurs que nous ne pouvons imaginer.

Vient ensuite la loyauté. Mélange de fidélité et d'honnêteté, elle est essentielle pour que s'établisse une relation de confiance. Elle est aussi étroitement liée à la véracité et à la sincérité. « Les fruits qui conviennent le mieux à l'arbre de la vie humaine sont la loyauté et la piété, la véracité et la sincérité. »243. Sans confiance, rien ne peut se faire. Et là encore, force est de constater que dans la société d'aujourd'hui ce sont le mensonge et la tricherie qui ont pignon sur rue. Dans la 9ème Feuille du Paradis, Bahá’u’lláh déclare : « L'épuration de ces corruptions profondément enracinées et accablantes ne pourra être effectuée que lorsque les peuples du monde s'uniront à la poursuite d'un but commun et embrasseront une foi universelle. » Et dans l'Aqdas, bien que le contexte concerne le Droit de Dieu, je pense que l'on peut indifféremment appliquer ce verset dans d'autres situations : « Celui qui compose déloyalement avec Dieu rencontrera lui-même par justice la déloyauté »244 Bahá’u’lláh a parfaitement accompli le mandat reçu de Dieu mal-

242 K40 243 Q106 244 K97 Réflexions 59

gré toutes les difficultés subies pendant environ 40 ans. A nous de mériter également Sa confiance et de nous montrer dignes du cadeau le plus précieux qu'Il nous ait offert : Son Alliance. Nous y reviendrons. Même le processus d'élections repose sur la confiance envers certains individus que nous choisissons en âme et conscience pour gérer les communautés. Qu'il n'y ait pas de propagande ni de candidature ni de proposition de candidature est une véritable béné- diction. Même ne pas parler à d'autres de ceux que l'on choisirait est une question de loyauté. En parlant des personnes élues, le verset est clair : « Il leur incombe d'être les gens dignes de la confiance du Miséricordieux parmi les humains et de se considé- rer comme les gardiens désignés par Dieu pour tous ceux qui habitent sur terre. »245 Leur responsabilité est donc énorme et pas toujours bien comprise.

La piété, citée dans l'extrait ci-dessus, est notre attachement aux règles édictées par la Manifestation divine. Elle demande avant tout l'humilité et l'amour face au Créateur, mais aussi une certaine force d'âme. « Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt, Celui qui est le Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne de montrer de la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »246 « Quiconque a inhalé le doux parfum du Très-miséricordieux, et reconnu la source de cette parole, accueillera avec ses propres yeux les flèches de l'ennemi, afin de pouvoir établir la vérité des lois de Dieu parmi les humains »247 En devenant bahá'í, nous prenons donc l'engagement de respecter les lois et enseignements de Bahá’u’lláh, y inclus l'obéissance envers ‘Abdu’l-Bahá, Shoghi Effendi et les Institutions, la base même de l'Alliance.

La véracité, le fait de ne dire que la vérité, est très importante si

245 K30 246 K64 247 K7

l'on veut obtenir la confiance. On peut même y associer un certain goût de franchise. L'exemple par excellence est la Révélation de Bahá’u’lláh elle-même : « Celles-ci, en vérité, sont les Lois de Dieu. »248 « Ceci, vraiment, est la vérité, la vérité certaine. »249 Et donc cette interpellation : « Celui qui renie cette Cause pourra-t-il revendiquer la vérité d'une cause quelconque au sein de la création ? »250 Ce terme de vérité revient dans quasiment chaque paragraphe de l'Aqdas, Bahá’u’lláh insistant sur cette certitude que toute Sa révélation est parfaitement vraie. « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun dessein dans ce royaume terrestre si ce n'est de rendre Dieu manifeste... » « Nous, en toute certitude, n'avons eu d'autre intention dans le Royaume céleste que d'exalter Sa Cause... » « Nous, en toute certitude, n'avons eu aucun désir dans l'Empire d'en haut si ce n'est de vanter Dieu ... »251 Comment pourrait-on en douter lorsque l'on voit les effets bénéfiques de Ses enseignements ? Combien de fois ne fait-Il pas référence au « seul vrai Dieu » ? À nous donc de traduire cette vérité dans nos paroles et nos actes. « N'importe quel humain qui goûterait la douceur des mots que les lèvres du Très-Miséricordieux ont voulu prononcer, quand bien même les trésors de la terre seraient en sa possession, celui-ci renoncerait à tous sans exception, afin de pouvoir revendiquer la vérité ne fût-ce que d'un seul de Ses commandements... »252

En ce qui concerne l'Alliance, je ne m'étendrai pas longuement car beaucoup de publications l'expliquent très bien. L'Aqdas est très clair et l'exprime même d'une façon très poétique. N'importe qui aurait écrit 'quand je serai mort et que j'aurai accompli tous mes devoirs, adressez-vous à celui de mes descendants que Dieu aura choisi'. Mais Bahá’u’lláh écrit : « Quand l'Océan de Ma présence aura reflué et que le Livre de Ma révélation sera terminé, tournez 248 K29 249 K124 250 K167 251 K172 252 K3 Réflexions 61

vos visages vers Celui que Dieu a prédestiné, Qui s'est ramifié de cette antique Racine ».253 Comme toujours en poésie, il faut faire travailler son imagination et se représenter visuellement ce qui est suggéré. D'abord imaginer Sa présence comme un océan, puis voir ce reflux comme lors d'une marée, constater l'étendue du travail accompli, faire pivoter le visage vers cet élu de Dieu, et se repré- senter la lignée d'Abraham dont est issu Bahá’u’lláh par sa troisième épouse, Keturah. Cette nomination de ‘Abdu’l-Bahá comme successeur est encore précisée dans le Kitáb-i-‘Ahd (testament de Bahá’u’lláh). Certains d'ailleurs se demandaient si ‘Abdu’l-Bahá n'était pas aussi une Manifestation divine. Mais c'est oublier l'autre verset : « Quiconque prétend à une révélation directe de Dieu, avant l'expiration de mille ans complets, un tel homme est assurément un imposteur mensonger. »254 Et ‘Abdu’l-Bahá à qui on avait posé la question a répondu simplement : « Je suis l'interprète du Verbe divin ; telle est mon interprétation. »255 coupant ainsi court à tout malentendu. Bahá’u’lláh avait de même anticipé le Gardiennat et la Maison Universelle de Justice : « Les dotations dédiées à la charité reviennent à Dieu, le Révélateur de Signes. Personne n'a le droit d'en disposer sans permission de Celui qui est l'Aurore de la Ré- vélation. Après Lui, cette autorité passera aux Aghsán, et après eux à la Maison de Justice... »256 Est-il nécessaire de rappeler que ‘Abdu’l-Bahá avait désigné Shoghi Effendi comme successeur dans son Testament ? Shoghi Effendi (Rabbání) était en effet un Aghsán par sa mère Ḍíyáʼíyyih Khánum, fille de ‘Abdu’l-Bahá, son père étant un Afnán. Celui que l'on appelait le Gardien étant décédé sans laisser de testament et sans avoir d'enfant, cette lignée s'est éteinte et la Maison Universelle de Justice a déclaré qu'il n'était plus possible de désigner un nouveau Gardien. Ceci met fin 253 K121 254 K37 255 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap. ‘Abdu’l-Bahá 256 K42

à toute possibilité d'interprétation des Textes révélés, mais la somme d'écrits de ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi est telle que la plupart des points obscurs ont reçu une réponse. C'est dans ce sens que l'on considère que l'institution du Gardiennat existe toujours. Toute velléité de schisme est ainsi écartée même si certains ont essayé, sans aucun succès. Entre le décès de Shoghi Effendi en 1957 et la première élection de la Maison Universelle de Justice en 1963, ce sont les Mains de la Cause qui ont dirigé la communauté pendant six ans. Toujours concernant l'Alliance, il y a un verset particulièrement important et qui doit faire profondément réfléchir. : « Récitez les versets de Dieu chaque matin et soir. »257 Par définition, réciter signifie déclamer de mémoire et à voix haute. Impossible me direzvous. Ce serait oublier un conseil que nous donne Bahá’u’lláh : « Enseignez à vos enfants les versets révélés du ciel de la majesté et du pouvoir, afin que, dans les tons les plus mélodieux, ils puissent réciter les Tablettes du Très-Miséricordieux... »258 Les générations futures auront donc beaucoup plus de facilités que nous. Mais pourquoi est-ce d'une importance capitale ? Parce que : « Quiconque néglige de les réciter n'a pas été fidèle à l'Alliance de Dieu et de Son Testament et quiconque se détourne de ces versets sacrés en ce Jour est de ceux qui de toute éternité se sont détournés de Dieu.... »259 Ceci est quand même une terrible sentence, car négliger, c'est une chose, mais s'en détourner, c'est encore plus grave. Heureusement que dans sa grande bonté, Bahá’u’lláh nous invite à la modération : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement. N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais plutôt ce qui les illuminera et les élèvera, de sorte qu'elles puissent s'envoler sur les ailes des Versets divins vers l'Aurore de Ses signes manifestes. »260 Bahá’u’lláh précise par ailleurs ce qu'il faut entendre par 'verset' : « Il s’agit de tout ce qui 257 K149 258 K150 259 K149 260 K149 Réflexions 63

est descendu du Ciel de la Parole divine. »261 Comme on peut le constater, être fidèle à l'Alliance n'est donc pas simplement reconnaître la Manifestation...« Saisissez cette Anse Sûre et la Corde de Ma puissante et inattaquable Cause. »262

Revenons aux qualités. Bahá’u’lláh en mentionne deux autres : « Ornez vos têtes des couronnes de la loyauté et de la fidélité, vos cœurs des atours de la crainte de Dieu, vos langues d'une absolue véracité, vos corps du vêtement de la courtoisie. »263 La courtoisie est une attitude de politesse raffinée, une marque de considération envers quelqu'un. Bahá’u’lláh y attache une grande importance et demande même à pouvoir l'acquérir, preuve que c'est une attitude difficile à mettre en pratique : « Je vous exhorte à observer la courtoisie car c’est la reine de toutes les vertus. Heureux celui que sa lumière illumine et qui porte l’habit de la droiture. Celui qui est doté de courtoisie a vraiment atteint un rang sublime. Il faut espérer que cet Opprimé et tous les autres puissent l’acquérir, s’y tenir, l'observer et fixer notre regard sur elle. »264 L'Aqdas mentionne certains aspects de cette courtoisie : le mari qui part en voyage, fixe la date de son retour et tient sa promesse265, demander l'autorisation avant de pénétrer dans une maison266, répondre avec joie à une invitation et tenir parole267.

La droiture, ou encore intégrité, peut se définir comme la conformité à une ligne de conduite intellectuelle ou morale rigoureuse. Il y a là un mélange de loyauté et d'honnêteté, de conduite irréprochable. « Assistez le Seigneur de toute la création avec des œuvres

261 Q68 262 K117 263 K120 264 Lawḥ-i-Dunyá 265 K67 266 K145 267 K156

de droiture. »268 Il y a d'ailleurs une phrase étonnante de Bahá’u’lláh concernant ceux qui ne reconnaissent pas la Manifestation : « ...quiconque en est privé s'est égaré, même s'il est l'auteur de quelque acte intègre que ce soit. »269 Ceci mérite de longues méditations, car cela veut dire que quelqu'un qui a été droit dans ses actes fait de toute façon fausse route. Cette rectitude de conduite, mentionnée dans l'Aqdas comme le « Sentier droit, immuable » , celui dont on ne dévie pas, a été par-

faitement symbolisée par Shoghi Effendi. Ceux qui sont déjà allé à Bahjí n'auront pas manqué d'observer ces longs sentiers rectilignes qui convergent vers le Tombeau de Bahá’u’lláh.

Venons-en à cette fameuse crainte de Dieu dont la mention abonde dans les Écrits. N'est-il pas normal qu'un enfant qui désobéit soit puni ? Ne peut-on considérer que cette punition est une façon d'éduquer un enfant ? Si un enfant à qui on a interdit de mettre la main dans le feu se brûle, est-ce le feu qui est responsable ? N'y at-il pas des moments où il faut faire preuve d'autorité ? Est-ce que faire preuve d'autorité est une injustice ou est-ce pour le bien de l'enfant ? Je suis persuadé que si l'enfant ne craint pas cette autorité, il lui arrivera des problèmes. Et donc, dans ce cas, il faudra être encore plus sévère dans les punitions. C'est un peu la même chose avec Dieu : « Nous vous disciplinons avec la verge de la sagesse et des lois, tout comme le père qui éduque son fils, et ceci uniquement pour votre propre protection et l'élévation de vos rangs. »271 La crainte de Dieu n'est pas une peur instinctive, irraisonnée, mais le respect d'une autorité qui se montre parfois sévère mais toujours juste. Dieu n'est pas un vengeur mais un justicier. Ne pas respecter Ses lois et préceptes entraîne des conséquences vis-à-vis desquelles Il nous a prévenu, et nous sommes seuls responsables des 268 K73 269 K1 270 K14,12,186 271 K45 Réflexions 65

problèmes rencontrés. En craignant Dieu, ce sont Ses lois et Sa sagesse que nous acceptons consciemment. Et donc, nous modelons nos actes sur ce qu'Il nous demande. « Ne suis pas les incitations du moi... suis, plutôt, Celui qui est le Possesseur de toutes choses créées, qui t'ordonne de montrer de la piété, et de manifester la crainte de Dieu. »272 « craignez Dieu, et ne soyez pas parmi les orgueilleux. »273 « ne mettez pas de côté la crainte de Dieu et ne soyez pas parmi les négligents. »274 Il ne s'agit pas d'une menace mais d'un conseil qui reflète l'amour que Dieu porte envers Sa création. C'est un Dieu de bonté et de miséricorde qui pardonne notre manque d'attention et nos moments d'égarement. Craignons nos parents car les conseils qu'ils nous donnent sont les signes de leur amour. « Ce qui éduque le monde est la Justice car elle est soutenue par deux piliers, la récompense et la punition. Ces deux piliers sont les sources de vie pour le monde. »275 Or, la justice est bien le but, car sans elle il ne peut y avoir d'unité. Et l'appellation Maisons de Justice n'est pas anodine. Qui d'autre que Shoghi Effendi pourrait aussi bien l'exprimer ? "Dieu...ne fait pas que punir les actes répréhensibles de Ses enfants. Il punit parce qu'Il est juste et Il châtie parce qu'Il aime. Les ayant châtiés, Il ne peut, en Sa grande miséricorde, les laisser à leur sort. En vérité, par l'acte même de son châtiment, Il les pré- pare à la mission pour laquelle Il les a créés. « Ma calamité est Ma providence », leur a-t-Il assuré par la bouche de Bahá'u'lláh, « extérieurement c'est feu et vengeance, mais intérieurement c'est lumière et miséricorde »."276 Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse : si vous l'avez remarqué, 90 % des citations sont tirées de l'Aqdas...et c'est loin d'être fini.

Avant de continuer, j'aimerais mentionner à la fois le style et la 272 K64 273 K148 274 K151 275 8ème Ishráq 276 The Promised Day is Come, The Weakened Pillars of Religion

poésie des versets de Bahá’u’lláh. Le Pr. Bushrui écrit ceci : « Le style est un mélange délicat de caractéristiques appartenant à la fois à la prose et à la poésie, à la musique tempérée par la discipline d'une expression précise et sans équivoque. Il y a de l'allité- ration, de l'assonance, de la répétition, et de l'onomatopée. Le timbre musical diffère de thème en thème, mais reste intégralement associé à la digne sonorité, aux rythmes exaltants et aux cadences mélodieuses de la langue arabe dans laquelle elle est formulée. »277 Personnellement je trouve que le plus poétique des versets de l'Aqdas est celui-ci : « Béni est celui qui découvre le parfum des significations intérieures dans les traces de cette Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la création toute entière, et par le calme de laquelle l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. »278 Celui qui veut bien prendre le temps de l'analyser et de méditer sur chaque mot découvrira tout le potentiel contenu dans cette phrase. La poésie de Bahá’u’lláh à travers l'Aqdas a par ailleurs fait l'objet d'un autre livre : « Chaque verset, récité dans les tons mélodieux que permet l'arabe, en appelle aux sentiments que suscitent la philosophie des mots. Il s'y trouve encore bien des choses et des significations que les générations futures découvriront progressivement au fur et à mesure que la connaissance spirituelle et la maturité de l'esprit humain croîtront. »279 Shoghi Effendi écrit d'ailleurs : « Une compréhension exacte et parfaite d'un système si vaste, d'une révélation si sublime, d'un dépôt si sacré, est, pour des raisons évidentes, hors de la portée et de la compétence de nos esprits limités. » 280 Il est évident que de nombreux versets ont ce caractère poétique, bien que malheureusement ce soit moins percutant dans une autre langue que l'arabe et le persan. Voici ce qu'en disait Adib Taherzadeh (ancien membre de la Maison Universelle de Justice) : « Le 277 « The Style of the Kitáb-i-Aqdas – Aspects of the Sublime » by Suheil Bushrui 278 K158 279 La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de l'Esthétique » par P. Daoust 280 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh Réflexions 67

Kitáb-i-Aqdas qui est le plus puissant et le plus exalté des écrits de Bahá'u'lláh est aussi l'un des plus beaux d'un point de vue litté- raire, il est sans égal par son éloquence, inégalé par sa clarté, enchanteur par son style, superbe dans sa composition et varié dans ses thèmes. Chaque phrase est simple et facilement compréhensible par le lecteur ; il est impossible de suggérer une construction meilleure et plus éloquente. C'est le chef d’œuvre des paroles de Bahá’u’lláh. »281 Et le Pr. Bushrui d'aller encore plus loin : "'La congruence sublime de forme et de contenu dans le Kitáb-i-Aqdas produit un effet tel qu'il peut engendrer une transformation radicale en ceux qui reçoivent le Mot et le lisent attentivement avec révérence."

Je mentionnerai encore brièvement d'autres qualités spirituelles que l'on trouve dans l'Aqdas car chacune mériterait un long chapitre. Or, je suis déjà convaincu que vous avez compris que l'Aqdas recèle bien plus que des lois et que tout cela n'est pas pour dans quelques siècles. Les mentions de ces qualités sont d'ailleurs omniprésentes à travers tous les Écrits. Elles dérivent toutes des Noms et Attributs divins que chacun de nous possède à des degrés divers, développés par l'éducation. Citons rapidement : la compassion, l'humilité, l'altruisme, la modération, la clémence ou le pardon, la bonté, l'affection ou l'amitié, et l'amour.

Il est bon d'être compatissant, sauf peut-être lorsqu'il faut appliquer certaines lois car lorsqu'il s'agit de la protection de la socié- té, c'est la justice qui doit prévaloir : « Prenez garde que, par compassion, vous négligiez de mettre à exécution les statuts de la religion de Dieu... »282 On peut évidemment beaucoup mieux comprendre une telle sévérité lorsqu'on la replace dans un contexte où plus personne ne sera dans le besoin. De son côté, -sur un plan spirituel et non plus juridique-, ‘Abdu’l-Bahá explique qu'un signe de compassion est parfois le silence : « Le royaume de Dieu est

281 La révélation de Bahá'u'lláh Volume 3 - Adib Taherzadeh , chap. 13 282 K45

fondé sur l'équité et la justice, et aussi sur la miséricorde, la compassion et la gentillesse envers chaque âme vivante. Efforcez-vous donc, de tout votre cœur, de traiter avec compassion tous les êtres humains, à l'exception de ceux qui nourrissent des ambitions égoïstes, personnelles, ou qui sont atteints de quelque maladie de l'âme. Nous ne pouvons manifester de la bonté à l'égard du tyran, du tricheur ou du voleur car, loin de les éveiller à leurs fautes, nous les inciterions à continuer dans leur perversité. Peu importe la gentillesse que vous montrerez envers le menteur, il n'en continuera pas moins à mentir de plus belle, car il croira vous avoir abusé, alors que vous ne le comprenez que trop bien et que votre silence n'est motivé que par votre extrême compassion. »283

Bahá’u’lláh ne mentionne pas spécifiquement l'humilité dans l'Aqdas, mais on la devine aisément à travers certains versets et encore plus particulièrement dans les Prières obligatoires où même les prosternations ont un sens. ‘Abdu’l-Bahá indique que « dans chaque mot et dans chaque mouvement de la Prière obligatoire il y a des allusions, des mystères et une sagesse que l’humain est incapable de comprendre, et que lettres et parchemins ne peuvent contenir ».284 Face aux Attributs divins, à la connaissance et au pouvoir divins, nous ne sommes que de la poussière. « Qui suis-je, autrement, pour oser me tenir à l’entrée de la cité de Ta proximité, ou lever mon visage vers les lumières qui luisent du ciel de Ta volonté ? »285

L'altruisme est une évidence, et surtout l'attention portée aux pauvres. « Ne souhaitez pas pour les autres ce que vous ne souhaitez pas pour vous-mêmes »286 C'est court mais très clair.

La modération est certes nécessaire en toutes choses. Et elle l'est aussi sur le plan spirituel : « Ne vous lamentez pas en vos heures 283 Sélection des écrits de 'Abdu'l-Bahá, chap. 138 284 N4 285 Longue prière obligatoire 286 K148 Réflexions 69

d'épreuve, ni ne vous en réjouissez ; cherchez le Juste Milieu qui est le souvenir de Moi dans vos afflictions et réflexion sur ce qui peut vous arriver dans le futur. »287

Il est évidemment bien de pardonner à ceux qui nous ont fait du tort, en faisant ainsi preuve de clémence, et cela était souvent ré- pété par ‘Abdu’l-Bahá, mais lorsque certaines limites sont dépassées, le seul qui puisse vraiment pardonner est Dieu : « Lui, en vérité, accorde le pardon à qui Il veut... »288 « Béni est celui qui, à l'aube, concentrant ses pensées vers Dieu, absorbé dans Son souvenir, et suppliant Son pardon, dirige ses pas vers le Mashriqu’l-Adhkár... »289 Concernant celui qui se prétendrait Manifestation avant mille ans, Bahá’u’lláh écrit : « S'il se repent, Dieu, sans aucun doute, lui pardonnera. »290 Dans son Testament, Il dé- clare : « Dieu a pardonné ce qui est passé. » et de même dans le Testament de ‘Abdu’l-Bahá : « Mon Dieu, mon Dieu! Humble, suppliant, la face contre terre, je t'implore, de toute l'ardeur de ma prière, de pardonner à tous ceux qui m'ont fait du mal... »

La bonté ne demande pas d'explication. C'est encore l'un des attributs de Dieu. « L’œil de Sa tendre bonté sera éternellement dirigé vers toi »291

L'affection et l'amitié, associée à la gentillesse, est un état qui devrait caractériser tous les "amis" bahá'ís. « Soyez comme les doigts d'une seule main, les membres d'un seul corps. »292 Elle en appelle à être serviable, à être à l'écoute, à respecter, à développer même une forme de complicité et à ne pas considérer les autres comme inférieurs. Elle donne ainsi le sentiment d'être membre d'une seule et même famille. « Vous êtes tous les feuilles d’un seul arbre et les

287 K43 288 K49 289 K115 290 K37 291 K93 292 K58

gouttes d’un seul océan. »293 La gentillesse envers les parents est particulièrement importante : « ...plus grand que tout, après la reconnaissance de l'unité de Dieu, loué et glorifié soit-Il, est la considération pour les droits qui sont dus aux parents. Cet enseignement a été mentionné dans tous les Livres de Dieu, et réaffirmé par la Plume la Plus Exaltée. Considérez ce que le Seigneur Miséricordieux a révélé dans le Qur'án, exaltés sont Ses mots : « Rendez grâce à Dieu, ne Lui associez aucun pair ou égal ; et manifestez gentillesse et charité envers vos parents... » Observez comment l'amour bienveillant envers les parents a été lié à la reconnaissance du seul vrai Dieu ! »294

Quant à l'amour, c'est très simple : « Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour Te connaître et pour T'adorer... »295 Nous parlons ici bien évidemment de l'amour que nous portons à Dieu et que Lui nous porte dans une relation de nécessaire réciprocité. Les Paroles Cachées abondent de cette notion : « Aime- Moi pour que Je puisse t'aimer. Si tu ne M'aimes pas, Mon amour ne peut aucunement t'atteindre. »296 Et dans l'Aqdas : « Observe Mes commandements, pour l'amour de Ma beauté. »297 « Dieu a fait de Mon amour caché la clé du Trésor ; puissiez-vous le percevoir ! Si ce n'était la clé, le Trésor serait resté de toute éternité dissimulé ; puissiez-vous le croire ! »298 « Celui qui atteint Mon amour a titre à un trône d'or, d'y siéger avec honneur sur le monde entier »299 « Brûlez les voiles avec le feu de Mon amour... »300 « Ceux qui, par amour de Dieu, se lèvent pour servir Sa Cause, sont les bénéficiaires de l’inspiration divine venant du

293 8ème Ishráq 294 Q106 295 Courte prière obligatoire 296 Parole cachée arabe n° 5 297 K4 298 K15 299 K36 300 K132 Réflexions 71

Royaume invisible. »301

Comment ne pas mentionner la sagesse ? « Les mers de la Sagesse divine et de la Parole divine se sont levées sous le souffle de la brise du Très-Miséricordieux. »302 « La sagesse de Dieu, vraiment, a englobé toutes chose. »303 « Immergez-vous dans l'océan de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets, et découvrir toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans ses profondeurs. »304 En cela, Bahá’u’lláh dépasse bien des philosophes (φιλεῖν, philein : aimer ; et σοφία, sophia : sagesse) et Sa Lawḥ-i-Ḥikmat (Tablette de la Sagesse) est un véritable bijou. Et arrive alors cette phrase énigmatique : « En Ma présence parmi vous il y a une sagesse et en Mon absence il y en a encore une autre, impénétrable à tous sauf Dieu, l'Incomparable, l'Omniscient. »305

Notre vie est un long chemin vers tous ces idéaux, et de notre évolution spirituelle, individuelle et collective, dépend l'avancement de l'humanité dans tous les domaines. Une organisation équilibrée de la société humaine ne dépend pas seulement de beaux principes intellectuels, mais principalement de ce développement spirituel. Nos communautés et institutions ne peuvent pas fonctionner sans ce développement. Tant que l'humain n'aura pas conquis son égo, les injustices continueront, ainsi que la médisance, les calomnies, les conflits, les dérapages sexuels, la cupidité, le désir de pouvoir, les préjugés, tout cela ne conduisant qu'à une seule chose : la désunion, ce qui est l'antithèse de la Foi. « Réfléchis en ton cœur à comment il te convient d'être... »306 Oui, il nous convient d'être

301 8ème Ishráq 302 K2 303 K68 304 K182 305 K53 306 Parole cachée arabe n° 2

juste car la justice est la chose la plus chérie aux yeux de Dieu. 307 C'est non seulement une affaire de cerveau mais également de cœur. Il est vraiment malheureux que les leaders religieux aient à ce point perverti les religions car c'est une des principales raisons pour lesquelles une majorité de gens rejettent maintenant l'idée de Dieu et de la spiritualité, jusqu'à nier l'existence de l'âme. Pourtant, à leur origine, toutes les religions prônent l'acquisition des mêmes qualités.

Le facteur le plus important est donc l'éducation : « L'humain est le suprême Talisman. Cependant, le manque d'une éducation adé- quate l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement. Par un mot émané de la bouche de Dieu il fut appelé à l'existence ; par un mot de plus il fut guidé à reconnaître la Source de son éducation ; par encore un autre mot son rang et sa destinée furent sauvegardés. Le Grand Être dit : Considère l'humain comme une mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à l'humanité d'en profiter. Si quelque humain méditait sur ce que les Écritures, descendues du ciel de la sainte Volonté de Dieu, ont révélé, il reconnaîtrait aisément que Leur dessein est que tous les humains soient considérés comme une seule âme, afin que le sceau portant les mots « Le Royaume appartiendra à Dieu » puisse être imprimé sur chaque cœur et que la lumière de la Bonté divine, de la grâce et de la miséricorde puisse envelopper toute l'humanité. »308 Cet humain, talisman censé protéger toute forme de vie sur terre, est actuellement en train de faire l'inverse et de tout détruire. Pourtant comme le dit Bahá’u’lláh, nous possédons toutes ces qualités à l'intérieur de nous. Dans les Questions-réponses n° 106, Bahá’u’lláh écrit : « Les Prophètes et les Choisis ont tous reçu pour mission du Seul Vrai Dieu, magnifiée soit Sa gloire, de nourrir les arbres de l'existence humaine avec les eaux vives de la droiture et de l'entendement, que puisse apparaître d'eux ce que

307 Ibid. 308 Lawh-i-Maqsúd Réflexions 73

Dieu a déposé au sein de leur moi le plus profond....Le dessein de ces Éducateurs, dans tout ce qu'ils ont dit et enseigné, était de pré- server le rang exalté de l'humain. »309 Il confie d'ailleurs une tâche énorme aux pères : « A chaque père a été enjointe l'instruction de son fils et de sa fille dans l'art de la lecture et de l'écriture et dans tout ce qui a été fixé dans la Sainte Tablette. »310 L'art de la lecture n'est pas simplement lire, mais surtout comprendre ce que l'on lit et y réfléchir. L'art de l'écriture n'est pas seulement faire de jolies lettres, c'est avant tout de savoir écrire avec précision, concision et clarté. Et donc Bahá’u’lláh continue : « Heureux ceux qui sont doués de vraie sagesse et de compréhension, qui voient et per- çoivent, qui lisent et comprennent, et qui observent ce que Dieu a révélé dans les Livres Saints du passé, et dans cette incomparable et merveilleuse Tablette. »311

Ceci nous amène tout naturellement à considérer la 'connaissance'. Première constatation : « Dieu, en vérité, a connaissance de ce dont vous ne connaissez rien. »312 Dieu est « Celui qui détient la connaissance de choses cachées »313 Bahá’u’lláh encourage bien sûr l'apprentissage et l'instruction : « Nous vous avons permis de lire ces sciences qui vous sont profitables, non celles qui finissent en vaines discussions. »314 Mais Il parle surtout d'une autre connaissance : « Nous avons décrété, ô peuple, que le plus haut et ultime but de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est l'objet de tout savoir »315 Or, cette connaissance relève d'autres facultés : « La compréhension de Ses mots et la compréhension des paroles des Oiseaux du Ciel, ne dé- pendent en aucune façon de l'étude humaine. Elles dépendent seulement de la pureté du cœur, de la chasteté de l'âme et de la li-

309 Q106 310 K48 311 Q 106 312 K10 313 K39 314 K77 315 K102

berté d'esprit. »316 La Manifestation divine est évidemment l'exemple parfait de ce type de connaissance : « En Nous se trouve la connaissance de toutes choses, inscrite sur une Tablette lucide. »317 Bahá’u’lláh écrit d'ailleurs : « Nous eûmes parfaite connaissance du Livre alors que vous n'étiez pas encore nés. »318, ce Livre étant de toute évidence le Kitáb-i-Aqdas : « Ceci est l'essence de la connaissance, si seulement vous le compreniez. »319 « Ceci est un Livre qui est devenu la Lampe de l'Éternel pour le monde, et Son Sentier droit, immuable, parmi les peuples de la terre. Dis : Ceci est l'Aube de la Connaissance divine, si vous êtes de ceux qui appréhendent, »320 Une des plus grandes preuves de la suprématie de Bahá’u’lláh est que : « Nous ne sommes entré dans aucune école, et n'avons lu aucune de vos thèses. »321 Mais par contre : « Nous, vraiment, avons mis les pieds dans l'École de la signification intérieure et de l'explication lorsque toutes choses créées en étaient inconscientes. »322 et cette connaissance est celle de Dieu Lui-même. « En vérité, Dieu a créé cette École avant qu'Il ait créé le ciel et la terre, et Nous y sommes entré avant que les lettres S, O, I et S soient jointes et réunies. »323 Il y a là quelque chose d'énigmatique car cela voudrait dire que cette école et la connaissance qui s'y rattache existaient avant même la création, avant même le commencement qui n'a pas de commencement324. De quoi alimenter de passionnantes discussions ! Et si nous sommes bien sages, nous serons récompensés, comme Il le dit au sujet du Bayán : « Si tel est Son désir, Il vous exposera ce qui y est ré- vélé, et vous divulguera les perles de connaissance et de sagesse di-

316 Kitáb-i-Íqán 317 K164 318 K176 319 K138 320 K186 321 K104 322 K175 323 K177 324 K76 Réflexions 75

vines camouflées dans l'océan de Ses mots. »325 Par contre, Bahá’u’lláh n'aime pas les ignorants qui ont la prétention et l'orgueil de vouloir se mesurer à Lui : « Prenez garde que parmi les humains la flamme de l'ignorance ridicule ne vous domine. »326 « Nous trouvons certains humains désirant la liberté et s'en flattant eux-mêmes. De tels humains sont dans les profondeurs de l'ignorance. »327 Il vise d'ailleurs souvent les théologiens, ces oulémas (c'est le terme utilisé dans le texte arabe) qui se prennent pour des lumières. « Ô assemblée de théologiens ! Quand mes versets furent envoyés, et Mes clairs signes furent révélés, Nous vous trouvâmes derrière les voiles. »328

Pour résumer, la connaissance de la Révélation bahá'íe ne passe pas forcément par l'érudition, l'important étant d'avoir reconnu Bahá’u’lláh, de savoir qui Il est, de connaître des bribes de son histoire tumultueuse, de connaître un minimum de Sa révélation, et cela peut s'acquérir même si l'on est illettré. « Regarde, comment celui qui, le jour de la révélation de Dieu, n'arrive pas à atteindre la grâce de la " divine présence " et à reconnaître Sa manifestation, peut-il être qualifié avec raison d'érudit, même s'il a passé des siècles à poursuivre la connaissance, et même s'il a acquis tout le savoir limité et matériel de l'homme ? Il est assuré- ment évident qu'il ne peut en aucun cas être considéré comme quelqu'un qui possède la connaissance véritable. Alors que le plus illettré des hommes, s'il a l'honneur de recevoir cette distinction suprême est, en vérité, considéré comme l'un de ces hommes divinement érudits dont la connaissance émane de Dieu; car un tel homme a atteint le faîte de la connaissance et est parvenu au sommet le plus haut du savoir. »329 Souvenez-vous : "pureté du

325 K180 326 K144 327 K122 328 K165 329 Kitáb-i-Íqán

cœur, chasteté de l'âme et liberté d'esprit."

La conclusion mène au bonheur : « Heureux êtes-vous, ô vous les instruits en Bahá. »330

Ceux qui ont rencontré Bahá’u’lláh ont eu une chance extraordinaire. Vivre à une époque où apparaît une Manifestation divine est plus qu'un moment de grâce. « Si vous atteigniez la présence de Celui que Nous rendrons manifeste, priez Dieu, en Sa bonté, d'accorder qu'Il puisse daigner s'asseoir sur vos divans, car cet acte en lui-même vous conférerait un honneur incomparable et sans pareil. S'Il buvait une coupe d'eau dans vos maisons, ceci serait d'une plus grande conséquence pour vous que votre présentation à chaque âme, non, à chaque chose créée, de l'eau de sa vie même. Sachez cela, ô vous Mes serviteurs ! »331 « En vérité, Le rencontrer est mieux pour vous que toute chose sur laquelle brille le soleil, puissiez-vous le savoir. »332 Il était plus qu'un ensemble d'Écrits, Il était le « Livre vivant ».333 Malheureusement, tout a une fin et Bahá’u’lláh ne peut que conseiller : « Si des différends devaient s'élever entre vous à quelque sujet que ce soit, référez-en à Dieu tant que le Soleil brille encore sur l'horizon de ce Ciel et, quand Il se sera couché, référez-vous à quoi que ce soit qu'Il a transmis. »334

Bahá’u’lláh, Manifestation divine, dotée de la Connaissance divine, reflétant tous les Noms et Attributs divins, détient en consé- quence l'Autorité divine. « Celui qui est l'Aurore de la Cause de Dieu [Bahá’u’lláh]...n'a pas d'associé dans la Plus Grande Infaillibilité. Il est Celui qui, dans le royaume de la création, est la Manifestation de "Il fait absolument ce qu'Il veut". »335 « S'Il dé- 330 K173 331 K135 332 K88 333 K168 334 K53 335 K47 Réflexions 77

crétait légal ce qui de temps immémorial a été interdit, et interdit ce qui a, en tout temps, été considéré comme légal, à personne n'est donné le droit de mettre en cause Son autorité. »336 Cette autorité est parfois imagée par la main : « Nous avons décacheté le Vin choisi avec les doigts de puissance et de pouvoir. »337, « En vérité, il est en la main de Dieu de donner ce qu'Il veut à qui Il veut... »338

Nous sommes ici face à une ambiguïté que mentionne Bahá’u’lláh Lui-même : « Quand je contemple, ô mon Dieu, la relation qui me lie à Toi, je suis poussé à proclamer à toutes choses 'en vérité, Je suis Dieu !' ; et quand je considère mon propre moi, regarde, je le trouve plus insignifiant que de la glaise. »339 Et donc, là où le Qur'án déclare « Il n'y a pas d'autre Dieu que Dieu », dans l'Aqdas Bahá’u’lláh répète à neuf reprises : « Il n'y a pas d'autre Dieu que Moi... » Bahá’u’lláh souligne dans plusieurs textes l'équivalence de tous les Messagers divins, mais par ailleurs Il se réfère à Luimême en tant que Manifestation suprême, celle annoncée par tous les autres, celle dont le Livre est maintenant la référence, celle qui clôt le cycle adamique, prophétique, de 6.000 ans pour ouvrir le cycle de l'accomplissement d'une durée de 500.000 ans.340 Je conseille vraiment la lecture approfondie de La Dispensation de Bahá’u’lláh, écrit par Shoghi Effendi. J'insiste même...

C'est là aussi que réside tout le symbolisme du mot Bahá, dont la valeur abjad est neuf : « Dis : ceci est ce savoir caché qui ne changera jamais puisque son début est la valeur neuf, le symbole qui présage le dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom. »341 [une petite remarque à ce sujet : le texte arabe ne se réfère pas au

336 K162 337 K5 338 K157 339 Cité par Shoghi Effendi, dans La Dispensation de Bahá’u’lláh 340 Shoghi Effendi, La Dispensation de Bahá’u’lláh, chap. Bahá’u’lláh 341 K29

chiffre 9 (tis‘ah) mais à la lettre Ṭá’, dont la 'valeur' est neuf. On retrouve cette lettre lorsque Bahá’u’lláh parle de la Terre de Ṭá’ (Téhéran) – remarquez le point en-dessous du Ṭ. La lettre arabe T, translittérée sans point en-dessous a pour valeur abjad 400]. Voir annexe pour les curieux. Cette valeur 'neuf' est évidemment très symbolique : c'est le nombre minimum de membres d'une Maison de Justice, les maisons d'adoration ont neuf côtés, c'est le nombre des grandes religions, constitue aussi la part d'héritage allouée aux enfants ; l'amende pour l'adultère (neuf mithqáls), l'étoile à neuf branches, la durée d'attente pour qu'une femme puisse prendre un autre mari en cas de disparition de celui-ci, etc. Une remarque importante : « Le Seigneur a ordonné qu'en chaque ville une Maison de Justice soit établie, au sein de laquelle se rassembleront des conseillers au nombre de Bahá, et si ce nombre était dépassé, peu importe. »342 La gestion d'une localité, d'un pays, ou du monde, nécessite évidemment un nombre différent de 'conseillers'. Et je ne peux m'empêcher de considérer que l'Assemblée des Nations Unies est composée de représentants de 193 pays, ce qui n'empêche pas la consultation. Mieux encore, parlant de la Plus Grande Paix, Bahá’u’lláh révèle : « Le temps doit venir où il y aura une prise de conscience universelle de l'absolue né- cessité d'un vaste et englobant rassemblement d'humains. Les dirigeants et rois de la terre devront impérativement y participer... »343

Comme tout le monde le sait, l'autre chiffre symbolique est dixneuf. Par ailleurs, on trouve dans l'Aqdas un autre chiffre magique, 2.520 : « Selon le Livre de Dieu, les biens du défunt sont divisés en deux mille cinq cent vingt parts, le plus petit commun multiple de tous les nombres entiers jusqu'à neuf, et ces parts sont ensuite réparties en sept portions, chacune étant allouée à une ca-

342 K30 343 Lawḥ-i-Maqṣúd Réflexions 79

tégorie particulière d’héritiers, comme mentionné dans le Livre. »344

Ce qui caractérise l'être humain, ce n'est pas tant la pensée que la possibilité de l'exprimer et de la partager grâce à un langage articulé. Chaque tribu naissante a développé le sien, peut-être d'abord par la nécessité de s'entendre sur les questions commerciales. Chaque tribu étant relativement isolée des autres, des langages locaux se sont développés et c'est ainsi que l'humanité se retrouve à parler une multitude de langues et de dialectes. Il y en aurait environ 7.000. Avec la poursuite des échanges commerciaux, puis philosophiques, scientifiques, artistiques, etc., un certain nombre d'entre elles ont émergé plus que d'autres. C'est ainsi qu'en nombre de locuteurs, on peut classer les premières comme suit : 1 l'anglais, 2 le mandarin, 3 le hindi, 4 l'espagnol, 5 le français, 6 le bengali, 7 l'arabe, 8 le russe, 9 le portugais, 10 l'indonésien.345 Si j'en parle, c'est parce que les mots ont une importance capitale. On pourrait aussi dire qu'il y a deux types de communications : l'une, physique, par des sons ; l'autre, par des canaux absolument inconnus liant non pas la pensée mais les âmes. Les âmes peuvent communiquer entre elles même par le silence ; dans l'au-delà, les âmes communiquent ; la prière est une communication avec Dieu. Comment cela se fait est totalement inconnu. Or, les mots sont importants car ils peuvent être de nature à exprimer la pensée ou les sentiments. Ce sont donc les effets recherchés qui sont importants. « Chaque mot est doté d'un esprit ; c'est pourquoi l'orateur ou l'exposant devrait soigneusement délivrer ses mots au moment et au lieu appropriés, car l'impression créée par chaque mot est évidente et perceptible. Le Grand Être a dit : un mot peut être comparé au feu, un autre à la lumière et l'influence de chacun d'eux dans le monde est manifeste. »346 Mais où cela se corse, c'est que le sens des mots évolue et le prin-

344 Q5 345 Wikipedia, Ethnologue (23e édition), 2020 346 Lawḥ-i-Maqṣúd

cipal facteur réside dans les messages apportés par chaque Manifestation divine. Il est de notoriété publique que l'arabe du Qur'án est devenu la source de l'arabe classique. Et donc, Bahá’u’lláh Lui aussi écrit dans la Lawḥ-i-Dunyá : « Par le mouvement de Notre Plume de gloire, à l'injonction de l'Ordonnateur omnipotent, Nous avons insufflé une nouvelle vie dans chaque trame humaine et instillé en chaque mot un nouveau pouvoir. Toutes les choses créées proclament les évidences de cette régénération mondiale. » et dans la Lawḥ-i-Maqṣúd, Il parle longuement de leur influence comme le montre le court extrait ci-dessus. C'est pourquoi il ne faut pas seulement examiner le sens d'une phrase : chaque mot peut receler des significations importantes, ce qui complique énormément les traductions qui font parfois perdre aux mots leur sens profond. Ce que dit Bahá’u’lláh est important : « Immergez-vous dans l'océan de Mes mots, que vous puissiez élucider ses secrets, et découvrir toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans ses profondeurs. »347 Et dans Sa grande mansuétude, « Ces mots sont à votre mesure, pas à celle de Dieu. »348 Il insiste même sur cette distance qui nous sépare de Dieu : « le Livre lui-même est l'infaillible Balance établie parmi les humains. Dans cette plus parfaite Balance, quoi que ce soit que les peuples et tribus de la terre possèdent doit être pesé, tout en devant calibrer son indication du poids avec son propre étalon, si vous le saviez. »349 « Heureux est l'amoureux qui a inhalé la divine fragrance de son Bien-aimé à travers ces mots, chargés du parfum d'une grâce qu'aucune langue ne peut décrire. »350

L'idéal serait que notre langue maternelle soit l'arabe pour goûter pleinement à toutes leurs significations 'intérieures' et à toutes les perles de sagesse que contiennent ces mots. Une langue universelle est de toute évidence une nécessité, d'autant plus qu'elle sera la cause la plus importante d'unité : « Ô membres des parlements de par le 347 K182 348 K176 349 K99 350 K4 Réflexions 81

monde ! Choisissez une langue unique pour l'usage de tous sur terre, et adoptez de même une écriture commune. Dieu, en vérité, vous fait comprendre ce qui vous profitera et vous rendra capables d'être indépendants des autres....Ceci sera la cause de l'unité, puissiez-vous l'appréhender, et le plus grand instrument pour promouvoir l'harmonie et la civilisation, si seulement vous pouvez comprendre ! »351 En ce qui concerne l'esperanto, ‘Abdu’l-Bahá a dit quelque chose de très intéressant : « L'amour et l'effort consacrés à l'esperanto ne seront pas perdus, mais une personne seule ne peut construire une langue universelle. Cela doit être fait par un Conseil repré- sentant tous les pays et elle doit contenir des mots de différentes langues. Elle sera articulée autour des règles les plus simples et ne comportera ni exceptions, ni genre, ni de lettres excédentaires ou muettes. Chaque chose mentionnée n'aura qu'un nom. »352 En ce qui concerne une écriture universelle, je suis personnellement convaincu que sa base sera l'alphabet latin. Faut-il déjà en voir un signe dans le fait que Shoghi Effendi ait mis au point un système original de translittération ? L'avenir nous l'apprendra...

Le mot le plus important parmi tous est bien sûr l'injonction qui a donné naissance à la création. On peut l'appeler Verbe puisque c'est l'impératif du verbe 'être' : Sois ! « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. »353 Le mot arabe est 'kun' !, formé par les lettres k et n. En anglais il suffit également de deux lettres : 'be !', mais en français c'est impossible et il faut donc 4 lettres. Nous en avons parlé en mentionnant l'École de Dieu : « En vérité, Dieu a créé cette École avant qu'Il ait créé le ciel et la terre, et Nous y sommes entré avant que les lettres S, O, I et S soient jointes et réunies. »354 Il s'agit donc là du premier Décret divin : « Tout ce qui existe, est venu à l'existence par Son irrésistible décret. »355 Irrésistible donc... 351 K189 352 ‘Abdu’l-Bahá in London, p. 93 353 Bible, Jean, I:1 354 K177 355 K7

« Ceci est, en vérité, ce Décret fixé par lequel chaque décret irrévocable a été établi. »356 Irrévocable donc... « Ceci est le Décret de Dieu dissimulé jusqu'à présent au sein du voile d'impénétrable mystère. »357 Impénétrable donc... « Que personne, en ce Jour, ne s'attache à rien d'autre qu'à ce qui a été manifesté en cette Révélation. Tel est le décret de Dieu, jadis et dorénavant »358 Et rien d'autre... "Rien d'autre qu'à ce qui a été manifesté en cette Révélation." Comment pourrait-on lutter contre le Décret divin ?

« Ceci est la Parole de Dieu ; si seulement tu pouvais l'appréhender ! »359 « Ainsi les flots de l'Océan de Parole ont-ils déferlé, propulsant les perles des lois décrétées par le Seigneur de toute l'humanité. »360

« Si vous pouviez découvrir la source d'où est diffusée la splendeur de cette parole, vous abandonneriez les peuples du monde et tout ce qu'ils possèdent, et vous vous approcheriez de ce Siège de gloire le plus sacré. »361

La Plume est le parfait symbole de la Révélation. Nous avons la chance extraordinaire d'avoir des Écrits, ce qui n'est pas le cas des autres religions, sauf dans une certaine mesure l'Islám. Non seulement une tradition orale se perd mais elle se déforme aussi. Les Textes bahá'ís apportent la preuve non seulement de leur authenticité, mais aussi de leur exactitude au point que personne ne peut les interpréter excepté ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi. Les qualificatifs associés à la Plume abondent dans l'Aqdas et ont du sens dans le contexte du Verset. En voici quelques-uns : Plume

356 K15 357 K47 358 K138 359 K185 360 K26 361 K102 Réflexions 83

du Plus-Élevé362, la plus exaltée363, de Révélation364, de Son commandement365, de Gloire366, de justice367. La Plume possède donc un pouvoir et est plus qu'un simple instrument de travail. Elle concrétise la Volonté divine : « Ceci est l'âme même de toutes les Écritures qui a été insufflée dans la Plume du Plus Élevé »368 et ses traces sur le papier s'accompagnent d'un mouvement qui lui aussi produit d'importants effets : « le mouvement de Sa Plume, a révolutionné l'âme de l'humanité. »369 « cette Plume à travers le mouvement de laquelle les brises de Dieu sont portées sur la création tout entière, et par le calme de laquelle l'essence même de la tranquillité apparaît dans le royaume de l'être. »370

Si nous n'avons pas eu le privilège de rencontrer Bahá’u’lláh, nous avons en tout cas celui d'être proches du Jour annoncé dans toutes les Écritures saintes du passé. Un peu comme les tout premiers juifs, chrétiens et musulmans à la différence près que ce Jour-ci est beaucoup plus important puisqu'il est la réalisation de toutes les prophéties et promesses antérieures. « Le Carmel s'est, en ce jour, empressé en adoration nostalgique d'atteindre Sa cour, tandis que du cœur de Sion vient le cri : « La promesse est accomplie. Ce qui avait été annoncé dans le saint Mandat de Dieu, le Plus Exalté, le Suprême, le Bien-aimé, est rendu manifeste. » 371 « Dis : Ceci est le Jour de Dieu, le Jour lors duquel rien ne sera mentionné si ce n'est Son propre Soi, l'omnipotent Protecteur de tous les mondes. »372 Tous ceux qui L'ont rencontré font état d'un sentiment de beauté et 362 K16 363 K41 364 K58 365 K68 366 K70 367 K72 368 K136 369 K54 370 K158 371 K80 372 K167

de majesté, comme par exemple le Pr. E.G.Browne. Rien d'étonnant dès lors que dans l'Aqdas, on retrouve des passages comme ceci : « Ainsi fut-ce consigné par l'Ordonnateur Suprême lorsque Il désira faire mention de cette Plus Grande Beauté. »373 « Tel fut le décret du Créateur des cieux lorsque, avec majesté et pouvoir, Il s'établit sur le trône de Ses noms. »374 Parlant du Mandat de Dieu, la Maison Universelle de Justice (dans son message adressé à 'tous ceux qui célèbrent le Bicentenaire de la naissance de Bahá’u’lláh) a cette première phrase magnifique : « Cette vérité salutaire, nous maintenons : que les peuples de la terre ont toujours été dans le souvenir de Dieu. »375

Au sein de notre calendrier, il y a un jour qui symbolise à la perfection ce renouveau spirituel : Naw-Rúz. « Heureux celui qui pé- nètre le premier jour du mois de Bahá, le jour que Dieu a consacré à ce Grand Nom.... ce jour, en vérité, est la couronne de tous les mois et leur source, le jour lors duquel le souffle de vie est ré- pandu sur toutes choses créées. »376 Et il y a un deuxième jour, appelé la Reine des fêtes, qui offre le même symbole : la déclaration de Bahá’u’lláh à Baghdád : « En vérité, toutes choses créées furent immergées dans la mer de purification lorsque, en ce premier jour de Riḍván, Nous avons répandu sur l'ensemble de la création les splendeurs de Nos plus excellents Noms et de Nos Attributs les plus exaltés. »377 « La Plus Grande Fête est, vraiment, la Reine des Fêtes. »378

Pour nous changer les idées, après des paroles si puissantes, j'aimerais voir un aspect qui n'apparaît pas au premier abord mais qui touche d'une certaine façon à la médecine. Tout d'abord : « Recourez, en temps de maladie, à des médecins compétents. Nous

373 K137 374 K18 375 Message d'octobre 2017 376 K111 377 K75 378 K112 Réflexions 85

n'avons pas écarté l'usage de moyens matériels... »379 La question difficile est évidemment de définir le mot 'compétent'. Shoghi Effendi le définit ainsi : « en d'autres mots des médecins qui ont étudié un système scientifique de médecine. »380 Les quelques conseils sont évidents et touchent à l'hygiène corporelle : se couper les ongles (nid à bactéries)381, se laver les pieds382, utiliser de l'eau de rose ou un parfum naturel383. Un autre conseil est plus surprenant : « vous baigner chaque semaine dans de l'eau qui couvre vos corps »384 et même plus « Si le baigneur, au lieu d'entrer dans l'eau, se lave en la versant sur son corps, cela sera mieux pour lui et le déliera du besoin d'une immersion corporelle. »385 Il me paraît évident qu'une personne ayant un travail salissant ou ayant des problèmes de transpiration prendra plus d'un bain par semaine, mais ce conseil rejoint celui des spécialistes en immunologie qui mettent en garde contre un excès d'hygiène. En effet, à la surface de la peau se trouvent des milliards de bactéries qui offrent une barrière efficace contre des agents pathogènes. Il faut donc éviter de décaper la peau. Même une douche peut se montrer agressive et Bahá’u’lláh précise qu'il vaut mieux verser l'eau, comme le faisaient nos grands-parents. « vous laver avec n'importe quel moyen que vous utilisiez précédemment. ». Là aussi il est déconseillé d' utiliser des savons ou shampoings agressifs. Un autre conseil va de soi : « Immergez-vous dans de l'eau propre »386. La note 105 et la réponse à la Question 91 dans l'Aqdas précisent ce qu'il faut entendre par eau propre. Par ailleurs en cas de certaines maladies dermatologiques (dermatites, psoriasis,...), au lieu de faire ses ablutions, on peut réciter le verset

379 K113 380 Lettre du 8 juin 1948, dans Compilation of Compilations, Vol. 1, 1991, n° 381 K106 382 K152 383 K76 384 K106 385 Ibid. 386 K106

ad hoc.387 Nous trouvons aussi l'interdiction (sauf sur prescription médicale) des substances qui entraînent une dépendance, telles que alcool, drogues, médicaments psychotropes et tout particulièrement l'opium [et ses dérivés : morphine, codéine?] : « Il vous a été interdit de fumer de l'opium. Nous, vraiment, avons interdit cette pratique par une plus contraignante interdiction dans le Livre. Quiconque en prendrait, assurément n'est pas de Moi. »388 Freiner les désirs charnels389, les inclinations corrompues390, interdire et punir l'adultère391 et interdire l'homosexualité392, est dans une certaine mesure un moyen d'éviter les problèmes causés par les maladies sexuellement transmissibles. Ne pas plonger les mains dans la nourriture 393 est aussi un conseil utile. En permettant la chasse394, la consommation de viande n'est donc pas interdite. Le jeûne a évidemment des effets bénéfiques mais toutes les exemptions nécessaires ont été prévues. Par contre, plus étonnant, la prière obligatoire et le jeûne ne sont pas permis lorsque l'on est en mauvaise santé395, à définir par un médecin compétent. Reste encore à mentionner l'interdiction des jeux de hasard 396 qui eux aussi ont des effets nocifs sur le plan psychologique, tout comme la médisance.397 Sur le même plan également, Bahá’u’lláh met en garde : « Lisez les versets sacrés dans telle mesure que vous ne soyez pas accablés par la langueur et le découragement. N'imposez pas à vos âmes ce qui les lassera et les accablera, mais 387 Q51 388 K190 389 K58 390 Ibid. 391 K49 392 N134 393 K46 394 K60 395 Q93 396 K155 397 K19 Réflexions 87

plutôt ce qui les illuminera et les élèvera... »398 Et en déclarant que le sperme n'est pas impur399, Bahá’u’lláh ouvre une large porte aux dons de sperme interdits dans l'Islám. Sue le plan biologique, la vie est apparue dans les mers chaudes et le corps humain est constitué de 60 % d'eau : « Vous êtes tous créés à partir d'eau, et en poussière retournerez-vous. »400 Accord science-religion... Il y a également une forme de gestion du stress : « Si quiconque se mettait en colère contre vous, répondez-lui avec douceur ; et si quiconque devait vous réprimander, abstenez-vous de le réprimander en retour, mais laissez-le à lui-même et mettez votre confiance en Dieu... »401 Et je ne peux terminer sans mentionner les conseils donnés dans la Tablette de la Médecine, à utiliser lorsqu'il n'y a pas de médecin.

Parmi les autres aspects que l'on trouve dans l'Aqdas se trouvent les remontrances adressées aux dirigeants de son époque. « Vous n'êtes que des vassaux, ô rois de la terre ! Celui qui est le Roi des Rois est apparu, paré de Sa plus merveilleuse gloire... »402 Il leur rappelle que « Ce n'est pas Notre souhait de mettre la main sur vos royaumes. Notre mission est de captiver et posséder les cœurs des humains. »403 Nous savons que Bahá’u’lláh a écrit de longues lettres aux souverains ainsi qu'au Pape Pie IX. 404 Dans l'Aqdas, Il les exhorte : « Combien grande la félicité qui attend le roi qui se lèvera pour aider Ma Cause en Mon royaume, qui lui-même se détachera de tout sauf Moi ! Un tel roi est compté parmi les compagnons de l'Arche pourpre – l'Arche que Dieu a préparée pour le peuple de

398 K149 399 K74 400 K148 401 K153 402 K82 403 K83 404 K85 à 90

Bahá. »405 Il rassure Sa terre natale : « Que rien ne t'attriste ô Terre de Ṭá [Téhéran], car Dieu t'a choisie pour être la source de la joie de toute l'humanité. »406, et glorifie la terre de Khá (Khurásán).407

C'est aussi l'occasion de bien comprendre quelle doit être notre position face aux dirigeants. En une seule phrase, tout est dit : « Nul ne doit lutter contre ceux qui détiennent l'autorité sur le peuple ; laissez-leur ce qui est leur, et dirigez votre attention vers le cœur des humains. »408 Quant aux théologiens, il n'y va pas de main morte : « Ne voyezvous pas ce Soleil qui brille d'une étincelante splendeur au-dessus du Très-glorieux Horizon ? Pendant combien de temps adorerezvous les idoles de vos maléfiques passions ? »409 « Vous vous glorifiez de Mon Nom, pourtant vous ne M'avez pas reconnu à l'heure de votre Seigneur, le Très-Miséricordieux, apparu parmi vous avec preuve et témoignage. »410 « Tournez-vous vers Dieu et cherchez Sa protection, ô assemblée de théologiens, et ne faites pas de vous un voile entre Moi et Mes créatures. »411 Il s'en prend particulièrement au shaykh dont le nom était Muḥammad-Ḥasan.412, à un certain Karim413, à Siyyid Muḥammad-i-Isfahání414 et bien sûr à Mírzá Yaḥyá : « Ô source de perversion ! Abandonne ton aveuglement délibérément obstiné »415

Bahá’u’lláh s'adresse aussi à l'humanité : « Les peuples du monde sont profondément endormis. S'ils se réveillaient de leur torpeur, 405 K84 406 K91 407 K94 408 K95 409 K41 410 K165 411 K167 412 K166 413 K170 414 N192 415 K184 Réflexions 89

ils se hâteraient avec empressement vers Dieu, l'Omniscient, le Très-Sage. »416 « Ô peuple du monde ! Ne suis pas les incitations du moi, car il appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure »417 « Craignez le Miséricordieux, ô peuples du monde ! Ne commettez pas ce qui vous est interdit dans Notre Sainte Tablette, et ne soyez pas de ceux qui errent distraitement dans l'étendue sauvage de leurs désirs. »418 « Prêtez l'oreille à l'appel de Celui qui est le Seigneur des Noms »419 Nous voyons ainsi que Bahá’u’lláh revendique de manière pé- remptoire le rang de Manifestation divine, insiste sur la pertinence de Sa Révélation pour l'avenir de l'humanité, exhorte tout le monde à se détacher de l'égo pour se tourner vers Dieu, délivre tous les préceptes nécessaires pour que règnent l'unité et la paix, établit la base des futures Institutions, d'une part les Maisons de Justice, d'autre part les Mashriqu’l-Adhkárs (et leurs dépendances) et le Ḥuqúqu’lláh, destinés à être les sources de bien-être temporel et spirituel de l'humanité. Ses appels sont sans équivoques et s'adressent à tous. Il est important de bien comprendre que le Ḥuqúq est de l'argent qui appartient à Dieu et qu'il faut Lui rendre420 et « par ce moyen Il a désiré purifier ce que vous possédez... » Mais si, tout comme la prière et le jeûne, ceci est laissé à la conscience de chacun, Bahá’u’lláh est très clair : « Ne composez pas déloyalement avec le Droit de Dieu, et, sans sa permission, n'en disposez pas librement. »421 La loi est celle-ci : « Si quiconque acquérait cent mithqáls d'or, dix-neuf mithqáls de ceux-ci sont à Dieu et sont à Lui rendre... »422 (au 14 juillet 2022, 100 mithqáls d'or [364,166 g] représentait 20.025,48 € et 19 mithqáls d'or 3.804,84 €).

416 K39 417 K64 418 K107 419 K132 420 K97 421 Ibid. 422 K97

Shoghi Effendi dans le chapitre sur l'Ordre administratif dans La Dispensation de Bahá’u’lláh, a ces mots extraordinaires : « Son mot d'ordre est l'unification de l'espèce humaine ; son étendard la « Plus Grande Paix » ; son parachèvement l'avènement de ce millénium doré -le Jour où les royaumes de ce monde seront devenus le Royaume de Dieu Lui-même, le Royaume de Bahá’u’lláh. »

La paix et l'unité sont des thèmes souvent soulignés par Bahá’u’lláh qui avait horreur de la division et des conflits. Nombres de lois et de conseils s'y rapportent. « Nous, en vérité, vous avons commandé...de ne pas transgresser les limites que la Plume du Plus Élevé a fixées. »423 Pour commencer, il interdit le meurtre de la façon la plus stricte : « Que nul ne se dispute avec un autre, et qu'aucune âme n'en tue une autre...Quoi ! Tueriez-vous celui que Dieu a animé, qu'il a doté d'esprit par un souffle de Lui ? Grave alors serait votre violation devant Son trône ! »424 Dans les Bishárát, « la première bonne nouvelle que le Livre-Mère a, dans cette Plus Grande Ré- vélation, dispensée à tous les peuples du monde est que la loi de la guerre sainte a été effacée du Livre. » Bahá’u’lláh prévoit la peine que doit encourir le meurtrier.425 Il interdit de même l'adultère, la médisance et la calomnie 426, sources d'importantes divisions. Il règle avec précision les questions d'héritages lorsque le défunt n'a pas écrit de testament427. Il institue les Maisons de Justice, dont un des rôles sera d'arbitrer les conflits par la consultation 428. Il empêche tout schisme en désignant explicitement Son successeur429.

423 K2 424 K73 425 K62 426 K19 427 K20 à 29 428 K30 429 K121 Réflexions 91

Il combat l'égo qui nous pousse au matérialisme 430. Il institue entre autre le Ḥuqúqu’lláh431, règle la question des dotations432, des amendes et de la Zakát433, sources de revenus destinés en partie aux nécessiteux, instaurant ainsi une véritable Économie divine où chacun pourra vivre dignement, ce qui signera la fin des conflits sociaux. Il faudrait pouvoir visualiser la somme d'argent acquise avec le Ḥuqúqu’lláh lorsqu'une majorité des êtres humains le paieront. Il y aura certainement de quoi nourrir toute la planète. Il met l'accent sur l'instruction434 et l'éducation435 de tous, hommes et femmes. En contre-partie, les enfants doivent montrer respect et gentillesse envers leurs parents436. Il se montre sévère vis-à-vis des mendiants437, des voleurs438 et encore plus des incendiaires439. En cas de différends, Il demande que l'on se réfère à Ses Écrits 440. Il prévoit les indemnités pour coup ou blessure 441 et pour homicide involontaire442. Il instaure la Fête de 19 jours, ayant pour but de relier les cœurs443. Il favorise le mariage et la procréation 444, et règle la question de la dot445, en veillant à l'entente entre les deux conjoints et leurs familles. Par l'année de patience, Il espère une réconciliation446. Il interdit strictement toute forme d'esclavage 447.

430 K40 431 K97 432 K42 433 N107 434 K48 435 N105 436 Ibid. 437 K147 438 K45 439 K62 440 K53 441 K56 442 K188 443 K57 444 K63 445 K66 446 K68 447 K72

Il précise les limites de la liberté.448 Il demande de côtoyer les adeptes d'autres religions dans l'amitié et la concorde449. Il interpelle les dirigeants et nous demande de ne pas lutter contre leur autorité450. Il écarte toutes les déviances sexuelles, sources de division451. Il désigne avec précision la Qiblih452. Il interdit toute interprétation de Ses Écrits. Il interdit l'alcool et les drogues. Il définit quelle est la véritable liberté des êtres humains.Il demande aux Bábís et aux chefs religieux ou théologiens de se rallier à Lui, et de terminer leurs conflits fratricides. Il abolit toute forme de hiérarchie entre individus453. Il interdit le port d'armes sauf dans certaines conditions454. Il met en garde contre les vaines discussions au sujet de la Cause455. Il condamne la maltraitance animale 456. Et finalement, pousse à l'adoption d'une langue universelle457, source définitive d'unité.

« Ô vous qui habitez sur terre ! La particularité distinctive qui marque le caractère prééminent de cette suprême Révélation consiste en ce que Nous avons, d'une part, effacé des pages du saint Livre de Dieu tout ce qui a été la cause de conflit, de malice et de malveillance parmi les enfants des humains, et avons, d'autre part, établi les pré- requis essentiels de la concorde, de la compréhension, de l'unité complète et durable. Comblé est celui qui garde Mes statuts. »458

448 K122 à 125 449 K144 450 K95 451 K58 452 K137 453 K72 454 K159 455 K177 456 K187 457 K189 458 Lawḥ-i-Dunyá Réflexions 93

On peut donc facilement voir à quel point Bahá’u’lláh a veillé à écarter de très nombreuses sources de dissensions. Mais comme déjà mentionné, tout cela repose sur les progrès spirituels de l'espèce humaine. Et il n'y a pas de grand mystère : prier et répéter Alláhu-Abhá 95 fois chaque jour, jeûner, s'acquitter du Droit de Dieu, lire les Écrits tous les jours, les enseigner à d'autres, participer à la vie communautaire et servir l'humanité en mettant les enseignements en pratique. « Saisissez le calice de salut en cette aube au nom de Celui qui fait poindre le jour, et buvez-en votre content en louange à Celui qui est le Très-Glorieux, l'Incomparable. »459

Ce Calice n'est rien d'autre que le Saint Graal, objet mythique qui a fait couler beaucoup d'encre et dont le symbole est bien évidement de nature spirituelle. Et tant qu'à rester dans l'ésotérisme, je citerai ce verset de l'Aqdas : « Nous avons fixé deux signes pour la maturité de l'espèce humaine : le premier, qui est la fondation la plus solide, Nous l'avons consigné dans d'autres de Nos tablettes tandis que le second a été révélé en ce Livre merveilleux. »460 Ce qui a été consigné « en ce Livre », c'est l'adoption d'une langue et d'une écriture commune461, et quand à l'autre, il « est l’émergence d’une science décrite comme cette "philosophie divine" qui comprendra la découverte d’une approche radicale de la transmutation des éléments. »462 Nous retrouvons ici une réfé- rence à la "pierre philosophale" si chère aux alchimistes. Dans le Kitáb-i-Íqán, Bahá’u’lláh écrit par ailleurs : « Considère la matière du cuivre. Si, dans sa propre mine, elle était protégée de toute solidification, en l'espace de septante (soixante-dix) ans, elle atteindrait l'état de l'or. » Voilà de quoi nourrir bien des interrogations.463 459 K50 460 K189 461 Ibid. 462 N194 463 Pour les questions d'ésotérisme, voir Hermétisme et foi baha'ie, Marc Soudon , Médiathèque bahá'íe (France).

Un petit mot concernant la répétition de Alláhu-Abhá. Il n'est pas nécessaire de se tourner vers la Qiblih. Dans une lettre du 19 octobre 1925 Shoghi Effendi précise qu'il faut « tourner son cœur vers Dieu ».464 Dans un certain sens, on peut le qualifier de mantra, une espèce de support de méditation. Certains comptent les 95 fois à l'aide d'un chapelet, d'autres utilisent un petit programme sur smartphone (chaque contact avec l'écran ajoute 1 invocation et arrivé à 95 le smartphone vibre ou émet un son). C'est un moment de coupure avec le monde extérieur qui peut être très bénéfique sur le plan psychologique. Il ne s'agit évidemment pas de le faire distraitement ou mécaniquement. Cette invocation est un moment de consécration à l'invisible Infini et non une course contre la montre. Et comme pour les prières obligatoires, cela se fait dans l'intimité. J'aime beaucoup cette idée d'intimité car lorsque j'étais enfant, on m'obligeait à suivre la messe le dimanche, qui se déroulait avec un tas de tralalas et de rituels qui finissaient par me dégoûter. Parler seul à seul avec Dieu est nettement plus agréable et beaucoup moins hypocrite... Cette invocation est aussi à répéter dans la longue prière obligatoire et dans la prière pour les défunts.

Il y a bien sûr d'autres invocations mentionnées dans l'Aqdas : pour les femmes qui ont leurs règles 465, dans le cas où il n'y a pas d'eau pour les ablutions466, lorsque l'on n'a pas pu faire la prière obligatoire467 et celles répétées dans la prière pour les défunts.

A certains moments, j'essaie de m'imaginer des Maisons de Justice dans chaque ville468 et des Mashriqu'l-Adhkár dans chaque ville et

464 Voir Memorandum du Centre mondial du 15 septembre 2003 465 K13 466 K10 467 K14 468 K30 Réflexions 95

chaque village469 et ça donne le tournis. Ceci m'amène d'ailleurs une question : une ville comme Tokyo compte 35 millions d'habitants. Il est évident qu'une Maison de Justice, même composée de 40 ou 60 membres, ne pourrait gérer une telle situation. J'ai donc la ferme conviction que la notion de ville sera un jour revue et j'émets l'hypothèse tout à fait personnelle que la notion de 'groupements' (clusters) pourrait très bien préparer le terrain pour un tel changement. Mais ce n'est qu'une supputation.

Il me plaît aussi de comparer l'Aqdas à un puzzle. Une lecture rapide forme le cadre. Ensuite, il faut commencer à chercher les pièces, toujours cachées en-dessous d'un tas de pièces. Et progressivement, avec un peu de patience, apparaît une première image, une perle. Et puis une autre, et encore une, et apparaît tout un ensemble de perles, de sagesse ou de connaissance. Et quand on a terminé, on se lève pour regarder l'ensemble de haut, et on a envie de l'encadrer et de le mettre à la meilleure place sur le mur...

J'essaie aussi de comprendre comment Bahá’u’lláh, ayant subi 40 ans d'exil et d'emprisonnements successifs, a pu aller jusqu'au bout de Sa mission sans abandonner. Exils dans des conditions plus que périlleuses, attaques des Briseurs d'Alliance, tentatives d'empoisonnement ou d'atteinte à sa vie fomentées par son demifrère Mirzá Yahyá, les efforts acharnés de plusieurs dirigeants pour empêcher la transmission de Son message, les conditions incroyables de vie à ‘Akká, et la mort de Son fils Mirzá Mihdi. Inimaginable ! C'est clair que la Volonté divine était à l’œuvre.

Et j'aimerais citer un des versets les plus extraordinaires de l'Aqdas : « Dis : parce qu'Il a subi l'injustice, la justice est apparue sur la terre, et parce qu'Il a accepté l'humiliation , la majesté de Dieu a resplendi au sein de l'humanité . »470 Difficile à comprendre lorsque l'on voit l'état du monde aujour-

469 K115 470 K158

d'hui. Mais nous devions nous y attendre : « L'équilibre du monde a été rompu par l'influence vibrante de ce plus grand, ce nouvel Ordre Mondial. »471

C'est tout personnel, mais je me fait l'image d'une réaction chimique dont l'équilibre est rompu. Dans ce cas, rien à faire, la réaction ne mène à rien et il faut tout recommencer. L'influence vibrante me fait également penser à l'agitation des électrons au sein d'un atome, un peu comme si le Nouvel Ordre Mondial était le noyau et l'ensemble des Bahá'ís étaient les électrons. Et tout cela en raison des incroyables souffrances endurées par Bahá’u’lláh.

J'en profite pour citer une prière de Bahá’u’lláh qui exprime si bien Son désarroi, mais dont la conclusion est très surprenante :

« Pur et sanctifié es-tu, ô mon Dieu ! Comment la plume peut-elle se mouvoir et l'encre couler alors que les brises de Ton amour bienveillant ont cessé de souffler, et que les signes de bonté ont disparu, quand le soleil d'humiliation s'est levé, et que les épées des calamités sont tirées, quand les cieux de la tristesse se sont soulevés, et que les flèches d'affliction et les lances de la vengeance ont plu des nuages du pouvoir – si bien que les signes de joie ont quitté tous les cœurs, et que les marques d'allégresse ont été effacées de l'horizon entier, que les portes de l'espoir ont été fermées, que la compassion du souffle divin a cessé de souffler sur la roseraie de la fidélité, et que l'éclair de l'extinction a frappé l'arbre d'existence. La plume gé- mit, et l'encre se lamente sur son sort, et la tablette est stupéfaite à ce cri. L'esprit est troublé de l'amertume de cette douleur et de ce chagrin, et le divin Rossignol

471 K181 Réflexions 97

s'écrie : « Hélas ! Hélas ! pour tout ce qui est apparu. Et tout cela, ô mon Dieu, ne vient de rien d'autre que de Tes bontés cachées. »472

De même je suis stupéfié par le travail fourni par ‘Abdu’l-Bahá et Shoghi Effendi, d'autant plus que ce dernier n'a pas connu son arrière-grand-père.

Comme nous l'avons vu plus haut : « Ce qui éduque le monde est la Justice car elle est soutenue par deux piliers, la récompense et la punition. »473 « Avancez sur le chemin de la justice et de l'équité en toutes choses. »474 « Enlacez celui qui est accablé avec les mains de la justice, et écrasez l'oppresseur qui prospère avec la verge des commandements de votre Seigneur »475 « Soyez les personnifications de la justice et de l'équité parmi toute la création. »476

Il n'est pas facile de faire la distinction entre justice et équité. La justice est d'abord un ensemble d'institutions. Ces institutions légifèrent, c'est-à-dire établissent des lois et des règles destinées à régler la vie sociale, à savoir quelles actions humaines sont approuvées ou rejetées en fonction de critères moraux, et spirituels dans notre cas. L'équité, c'est que chaque être humain soit soumis aux mêmes règles, et bénéficie dès lors de la même justice. Dans ce sens, « Les hommes de la Maison de Justice de Dieu sont chargés des affaires du peuple. » « Toutes les affaires de l’État devraient être référées à la Maison de justice, mais les actes de dévotion doivent être observés selon ce que Dieu a révélé dans Son Livre. » Et ce qui est très intéressant : « De même que chaque

472 Bahá’í Reference Library, Writings of Bahá’u’lláh, Additional Prayers Revealed by Bahá’u’lláh 473 8ème Ishráq 474 K60 475 K88 476 K187

jour apparaît un nouveau problème et que pour chaque problème existe une solution opportune, de telles affaires devraient être référées à la Maison de Justice afin que ses membres puissent agir en accord avec les besoins et les exigences du moment. » De cette façon, Bahá’u’lláh trace le chemin vers une Justice divine dont le monde entier bénéficiera.

Bahá’u’lláh répond également à la question que se posent tous les philosophes : quel est le but de la vie ? Sa Révélation étant la Vé- rité, nous savons que la vie de l'âme, détachée de sa prison physique, continue dans un autre monde, inconnu. La vie est une école où nous devons régulièrement passer des examens. Ces examens, ce sont les épreuves de la vie. Chaque fois que nous progressons, les épreuves sont de plus en plus complexes, jusqu'à l'examen final. Alors viendra ce que cherchons à savoir : « Lui, vraiment, a voulu pour vous ce qui est encore au-delà de votre connaissance, mais qui vous sera connu quand, après cette vie passagère, vos âmes s'élanceront vers le ciel et que les pièges de vos joies terrestres seront repliés. »477

Le Kitáb-i-Aqdas contient donc tout ce qu'il faut pour que la vie humaine soit plus juste, que les humains soient plus spirituels dans leur approche des divers problèmes existant dans le monde, que l'unité règne et que la Plus Grande Paix devienne réalité. De grandes civilisations ont vu le jour au cours de l'histoire, et notre mission en ce moment est de jeter les bases d'une future civilisation, qui englobera toute l'humanité, enfantera une nouvelle culture comprenant toute la diversité des familles, des coutumes, des musiques, et des arts humains, établira une économie mondiale basée sur la justice et l'équité, et une gouvernance mondiale assumée au plus haut niveau par la Maison Universelle de Justice. Le point de ralliement sera sans aucun doute celui-ci : « Que votre joie soit la joie née de Mon Plus Grand Nom, un Nom qui apporte

477 K97 Réflexions 99

ravissement au cœur, et remplit d'extase les esprits de tous ceux qui se sont approchés de Dieu. »478 Et la fondation inébranlable, inattaquable, indestructible de tout cela, n'est rien d'autre que le Kitáb-i-Aqdas. Il demande à chacun qui devient bahá'í d'endosser la responsabilité de construire ce nouveau monde. Et si en essayant d'enseigner la Foi, on se trouve devant un mur : « Exposez ce que vous détenez. Si cela est favorablement reçu, votre but est atteint ; sinon, protester est vain. Laissez cette âme à elle-même et tournez-vous vers le Seigneur, le Protecteur, Celui qui subsiste par Lui-même.. »479

Personne ne sait combien de temps cela prendra, mais puisque c'est le Plan de Dieu, l'humanité y parviendra. Le temps que cela prendra dépend en grande partie de la communauté bahá'íe, qui a reçu la mission de mettre en place tout ce que décrit Bahá’u’lláh et de mettre Ses lois, temporelles et spirituelles, en pratique. C'est la responsabilité de chaque individu de le comprendre et de faire des efforts dans ce sens. Certes, cela demande des sacrifices, en particulier ce détachement de l'égo, mais ce n'est pas mission impossible.

« En vérité, le cœur des humains est édifié par le pouvoir de la langue, de même que maisons et cités sont construites par la main et d'autres moyens. Nous avons assigné à chaque fin des moyens pour son accomplissement ; utilisez-les,

et placez votre confiance et votre foi en Dieu, l'Omniscient, le Très-Sage. »480

478 K51 479 8ème Ishráq 480 K160

Conclusion

D'abord, je tiens à remercier tous ceux qui m'auront lu. Ils savent maintenant quel est mon ressenti et mes réflexions concernant l'Aqdas. Je pense en tout cas avoir montré la richesse de l'Aqdas et l'influence qu'il aura sur la vie future de l'humanité. D'autres y trouveront encore d'autres perles. Quelques-uns ne seront pas d'accord avec certaines de mes réflexions. Mais peu importe. Si je vous ai donné l'envie de le connaître et de vous y référer de temps en temps, mon but est atteint. D'un côté je suis content d'être né à proximité d'une nouvelle Révélation, mais d'un autre, j'aimerais voir le monde dans quelques siècles. L'Aqdas est bel et bien la Charte de Son Nouvel Ordre Mondial, le document fondateur d'une civilisation mondiale, que nous sommes incapables d'imaginer.

Maintenant, après des choses si sérieuses, je me tais, et vous offre une petite histoire :

Un journaliste se rend à la Maison Blanche pour interviewer le Président américain. Sur la table, il remarque un téléphone rouge et un téléphone doré. Par curiosité, il demande à quoi ça sert. Le Président répond « J'utilise le rouge pour parler au Président russe, et le doré pour parler à Dieu ». « Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que ça coûte cher ? » Le Président américain répond « 500 euros par minute ».

Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Moscou pour interviewer le Président russe. Il remarque sur la table les mêmes téléphones. Il demande « A quoi ça sert ? » Réflexions 101

« J'utilise le rouge pour parler au Président américain et l'autre pour parler à Dieu ». « Parler à Dieu ? Je ne savais pas que c'était possible... Est-ce que ça coûte cher ? » Le Président russe répond « 500 euros par minute ».

Quelques mois plus tard, le même journaliste va à Haïfa pour interviewer quelques membres de la Maison Universelle de Justice. Sur la table se trouvent aussi les deux mêmes téléphones. Par curiosité, il demande à quoi ça sert. « Nous utilisons le rouge pour parler avec les Nations Unies et le doré pour parler à Dieu », répond l'un des membres. « Parler à Dieu ? Vous parlez aussi directement à Dieu ? Ça doit coûter cher ? » « 5 cents d'euros par heure », répond le membre. « Mais pourquoi est-ce si bon marché ? », demande le journaliste.

« Parce que c'est un appel local ! », fut la réponse.

Si ceci vous a fait rire ou sourire, c'est que vous êtes heureux ou heureuse.

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Annexe

Considérations grammaticales expliquant la translittération et la prononciation des mots arabes.

Il faut d'abord savoir que le persan est une langue indoeuropéenne et que l'arabe est une langue sémitique ; leur prononciation des mots arabes est donc différente.

Leur translittération en alphabet latin peut donc varier, d'autant plus que le persan ou l'arabe est prononcé différemment selon les régions.

L'objectif premier de la translittération est qu'un arabe qui la lit sache directement à quel mot cela se réfère dans l'écriture arabe. Le deuxième objectif est que ceux qui ne sont pas arabophones prononcent les mots arabes en s'approchant aussi près que possible de la prononciation arabe, et puissent donc être compris par un arabophone.

Plusieurs systèmes de translittération ont donc été proposés, et Shoghi Effendi, d'origine persane, créa un système « bahá'í » basé sur le Dixième Congrès International des Orientalistes tenu à Genève en septembre 1894, en y apportant quelques modifications. Il instaura ce système pour les publications bahá'íes dans une lettre aux Bahá'ís d'Amérique datée du 12 mars 1923, dont les détails apparaissent dans le Bahá'í World vol. 2, pp. 213- 14. (voir annexe).

À remarquer : l'arabe ne comporte ni majuscules ni ponctuation.

Le mot arabe (bahá) ‫ بهآء‬a été translittéré Bahá car il n'y a pas dans la translittération bahá'íe de différence entre un alif simple et un alif madda (l'espèce de tilde qui se trouve au-dessus du Alif) qui vaut deux alif simples au niveau de la prononciation. Pour nos amis musiciens, on peut comparer l'alif simple à une noire et l'alif madda à une blanche. En API (alphabet phonétique international), l'alif simple est noté [a:] (unicode U + 0061) et l'alif madda [æ:] (unicode U+ 00E6).

Il semblerait inconvenant d'écrire bháá (le premier a étant une voyelle brève, en arabe, il ne s'écrit pas et selon les régions se prononce même è, au contraire du alif qui est une voyelle longue et se translittère á (avec accent); de même, l'arabe ne contient pas de majuscule). La hamza (‫ )ء‬ne se translittère que si elle est suivie d'un mot – substantif ou adjectif- (auquel cas elle porte la marque des différents cas de déclinaison arabe : nominatif, direct, indirect 'u, a, i') car ce n'est pas à proprement parler une lettre mais plutôt un signe diacritique, un « coup de glotte ». Nous en verrons des exemples ci-dessous.

Le mot signifie « beauté, magnificence, splendeur, brillance, gloire ou lumière ». Shoghi Effendi a choisi “Gloire”.

Depuis le 8ème siècle dans le monde arabe, on a assigné une valeur numérique aux lettres, qui s'appelle la numération Abjad (voir annexe). Par exemple le mot Alláh vaut 66. Le mot Báb vaut 5. En bref, pour ce qui nous intéresse, retenons que la lettre Bá’ vaut 2, Há’ vaut 5 et Alif translittéré á vaut 1, et 2 dans le cas de l'alif madda. Tel qu'il s'écrit en arabe ( ‫ ) بهآء‬vaut donc Bá’ + Há’ + Alif madda + hamza, soit 2+5+2+0 =9. (le a et la hamza dans Bahá n'ont pas de valeur ; le á se prononce de façon allongée comme un â, mais dans la translittération, il n'a pas été fait de distinction entre le alif simple et le alif madda, et tous les deux se translittèrent 'á', ce qui peut prêter à confusion, et si l'on se trompe on risque de calculer que Bahá vaut 8.

La valeur 9 a une très grande importance symbolique dans la Foi. Elle représente non seulement le nombre minimum de membres d'une Maison de Justice, mais est aussi « le symbole qui présage le dissimulé et manifeste, inviolable et inaccessiblement exalté Nom » (Kitáb-i-Aqdas, par. 29). Dans le texte arabe, le verset se réfère à la lettre Ṭá’ (notez le point au-dessous du Ṭ dont la valeur Abjad est neuf) et non au 'chiffre 9' qui en arabe se dit tis‘ah. Le verset dit : (li annahu badi’a bi t-Ṭá’i). Il convient donc de traduire le 1er verset du paragraphe 29 par : “...puisque son commencement est la valeur 9...” Lorsque Bahá’u’lláh se réfère à la ville ou la province de Téhéran, Il écrit “Ô terre de Ṭá’”(avec point, valeur 9). Les Persans écrivent cependant avec un Tá’ sans point, qui est une autre lettre, dont la valeur Abjad est de 400. Il est donc important d'utiliser le ‫ ط‬et non le ‫ت‬. Mais il est vrai que le ‫ ط‬qui est une lettre emphatique est difficile à prononcer. Avant de passer à quelques exemples, il faut approfondir un peu les caractéristiques de la hamza. Dans la table de translittération bahá'íe, la hamza est représentée par une apostrophe qui en fait ressemble à une virgule (Unicode U + 1FBD, ou Din 31635 ; il n'existe pas de code ASCII). Mais pour simplifier, on utilise parfois l'apostrophe habituelle. Suivi d'une voyelle courte (marque de déclinaison) , il se translittère obligatoirement. Dans ce cas, l'alif madda redevient un alif simple ! Comme par exemple : Bahá’í ( í long : bahá'iy, pl. bahá’íyyún) que l'on n'écrit pas Baháí. La prononciation est Bahâ-î et non bahaye.

J'ouvre une parenthèse sur le nom Alláh. Il résulte de l'apocope de al (article défini neutre) et iláh (divinité), le i disparaissant, ce qui donne (al ’láh). Le premier Alif est un Alif wasla ! Quand le mot est lié à ce qui le précède, il est élidé et cette liaison est marquée par une hamza, soit un ’ et donc on écrit Bahá’u’lláh (le u est la marque du nominatif) et non Bahá’u-lláh. On omet également la

marque du génitif qui serait Bahá’u’lláhi (i court).

Certains mots sont considérés comme noms composés et comportent donc un tiret : Yá Bahá’u’l-Abhá, Alláhu-Abhá (écrit Alláh-u-Abhá, probablement pour que l'on comprenne que c'est Alláh [Dieu] que l'on invoque ; sinon c'est comme si on écrivait ‘Abd-u’l-Bahá, Ḥuqúq-u’lláh,...). Parfois c'est un mélange de graphie persane et arabe qui est utilisé : Kitáb-i-Aqdas, au lieu de al Kitábu’l-Aqdas.

En ce qui concerne Yá Bahá’u’l-Abhá, Bahá est au nominatif (u) car dans ce cas Abhá est considéré comme un substantif. S'il était considéré comme adjectif au mode élatif, on écrirait Bahá’a. Raison pour laquelle Shoghi Effendi a traduit “Ô Toi Gloire des Gloires !” et non 'Ô Toi la Gloire la Plus Glorieuse'. Le pluriel Gloires est un pluriel de révérence comme lorsque Bahá’u’lláh écrit “Ne pensez pas que Nous vous avons révélé...”. Le nom composé ‘Abdu’l-Bahá débute par un ‘ayn' (‫ )ع‬mais dont la prononciation est assez difficile et qu'en général on laisse tomber. Le dh et th se prononcent comme le "th" anglais, dur ou léger.

Vous constaterez donc qu'en arabe, certaines lettres se prononcent différemment, le s et le ṣ (avec point), le d et le ḍ (avec point), le t et le ṭ, le h et le ḥ. Les lettres accompagnées d'un point sont dites emphatiques et sont très difficiles à prononcer pour un nonarabophone. Laissez tomber. Seul le h doux et le ḥ fortement expiré (comme pour éteindre une bougie) sont à notre portée.

Vous pourrez maintenant comprendre plus facilement comment translittérer et prononcer un mot bien connu : Ḥuqúqu’lláh. H fortement expiré, son “ou” court, le q est difficile, un deuxième “ou” plus long, de nouveau q, un “ou” court (marque du nominatif), la hamza qui marque un léger arrêt (comme quand on prononce : je vais à ’ Amsterdam), un double l (les deux doivent s'entendre), un a long et un h que l'on n'entend quasiment pas.

Avec l'habitude, vous saurez ainsi décoder et prononcer l'arabe lorsqu'il est écrit en alphabet latin.

Bahá’u’lláh

‘Abdu’l-Bahá ‘Abbas (les deux lettres qui indiquent son nom étant un 'ayn', ceci explique pourquoi à la fin d'une prière de ‘Abdu’l-Bahá, les amis persanophones prononcent 'ayn ... ayn')

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Translittération

Lettres Translittérat Nom Valeur phonétique (API) arabes ion divers, y compris [aː] et ‫ا‬ alif á, a [æː] ‫ب‬ bá b [b] ‫ت‬ tá t [t] ‫ﺙ‬ thá th [θ] (ar) ; [s] (fa) ‫ﺝ‬ jím j [ddʒ] ‫ﺡ‬ ḥá ḥ [ħ] (ar) ; [h] (fa) ‫ﺥ‬ khá kh [χ] (ar) ; [x] (fa) ‫ﺩ‬ dál d [d] ‫ﺫ‬ dhál dh [ð] (ar) ; [z] (fa) ‫ﺭ‬ rá r [r] ‫ﺯ‬ záy z [z] ‫ﺱ‬ sín s [s] ‫ﺵ‬ shín sh [ʃ] ‫ﺹ‬ ṣád ṣ [sˁ] (ar) ; [s] (fa) ‫ﺽ‬ ḍád ḍ [dˁ] (ar) ; [z] (fa) ‫ﻁ‬ ṭá ṭ [tˁ] (ar) ; [t] (fa) ‫ﻅ‬ ẓá ẓ [ðˁ] (ar) ; [z] (fa) ‫ﻉ‬ ‘ayn ‘ [ʕ] (ar) ; [ʔ] (fa) ‫ﻍ‬ ghay gh [ʁ] (ar) ; [ɣ] (fa)

‫ﻑ‬ fá f [f] ‫ﻕ‬ qáf q [q] (ar) ; [ɢ], [ɣ] (fa) ‫ﻙ‬ káf k [k] ‫ﻝ‬ lám l [l] ‫ﻡ‬ mím m [m] ‫ﻥ‬ nún n [n] ‫ﻩ‬ há h [h] ‫ﻭ‬ wáw ú, v, w [uː], [w] (ar) ; [v] (fa) ‫ﻱ‬ yá í, y [iː], [j] ‫ﭺ‬ cha ch [tdʃ] ‫گ‬ ga g [ɡ] ‫پ‬ pa p [p] ‫ژ‬ zha zh [ʒ]

Lettres Translittératio Valeur Nom arabes n phonétique ‫ء‬ hamza ’ [ʔ] (ar) ‫آ‬ alif madda á [ʔaː] (ar) ‫ة‬ tá marbúṭa t, h [a], [at] (ar) alif ‫ى‬ á [aː] (ar) maqṣúra

Numération Abjad

1 2 3 4 5 6 7 8 9 ‫ا‬ ‫ب‬ ‫ج‬ ‫د‬ ‫ه‬ ‫و‬ ‫ز‬ ‫ح‬ ‫ط‬ ʾalif bāʾ ǧīm dāl hāʾ wāw zayn ḥāʾ ṭāʾ

Dizaines

Valeur 10 20 30 40 50 60 70 80 90 Lettre ‫ي‬ ‫ك‬ ‫ل‬ ‫م‬ ‫ن‬ ‫س‬ ‫ع‬ ‫ص ف‬ Transcription yāʾ kāf lām mīm nūn sīn ʿayn fāʾ ṣād

Centaines

Valeur 100 200 300 400 500 600 700 800 900 Lettre ‫ق‬ ‫ر‬ ‫ش‬ ‫ت‬ ‫ث‬ ‫خ‬ ‫ذ‬ ‫ظ ض‬ Transcription qāf rāʾ šīn tāʾ ṯāʾ ḫāʾ ḏāl ḍād ẓāʾ

Milliers

Valeur 1 000 Lettre ‫غ‬ Transcription ġayn

Et pour terminer en beauté : L'artiste de génie qu'était Mishkín-Qalam a réalisé une calligraphie de Yá Bahá’u’l-Abhá qui en arabe s'écrit :

‫يا بهاء ال ابهی‬ (le ‫ ی‬équivaut à un ١)

Il a pris ‫ يا‬pour en faire

Ensuite ‫ بهاء‬pour en faire

Puis ‫ ال‬pour en faire Et finalement ‫ ابهی‬pour en faire

Si l'on superpose tout, on obtient :

Le symbole du PLUS GRAND NOM.

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Bibliographie ‘Abdu’l-Bahá : ➢ Selection of the Writings of ‘Abdu’l-Bahá, Bahá’í World Centre, 1982 ➢ ‘Abdu’l-Bahá in London, Bahá'í Publishing Trust, 1982

Ali Akbar Furutan : Lughat-i-Fushá va Lughat-i-Nawrá (Dundas, Ontario : Persian Institute for Bahá'í Studies, 1992)

Báb (Le) : ➢ le Bayán persan, traduction française de A.L.M. Nicolas, 1913 ➢ Les sept Preuves, traduction française de A.L.M. Nicolas, 1902 ➢ Selection of the Writings of the Báb, Bahá’í World Centre, 1976

Bahá’u’lláh : ➢ The Kitáb-i-Aqdas, Bahá’í World Centre, 1992 ➢ Tablets of Bahá’u’lláh, Wilmette: Bahá'í Publishing Trust, 1988 ➢ The Kitáb-i-Íqán, US Bahá’í Publishing Trust, 1989 ➢ The Hidden Words, Wilmette, IL: Bahá'i Publishing Trust, 1985

Bible, Évangile selon saint Jean

Bushrui, Suheil : Le Style du Kitáb-i-Aqdas: Aspects du Sublime, 2018 (publié sur Amazon).

Grammaire de l'Arabe Littéral: Pour Francophones, Claude CAMILLY (Amazon)

Qur'án, Sourate Al Moutaffifîn

Daoust, Pierre : La poésie du Kitáb-i-Aqdas - Aspects de l'Esthétique, 2018 (publié sur Amazon).

Einstein, Albert : Mein Weltbild, 1934

Research Department, Haifa

Shoghi Effendi : ➢ God Passes By, Bahá’í World Centre, 1944 ➢ The World Order of Bahá’u’lláh, Wilmette, IL: Bahá'í Publishing Trust, 1991 ➢ The Advent of Divine Justice, Wilmette: Bahá'í Publishing Trust, 1971

Maison Universelle de Justice : ➢ Selected Messages, Bahá'í Reference Library sur bahai.org ➢ Constitution of the Universal House of Justice, Bahá'í World Center, 1972

Ruhiyyih (Mary Maxwell) Khanum : The Guardian of the Bahá'í Faith, (London: Baha'i Publishing Trust, 1988)

Taherzadeh, Adib : The Revelation of Bahá’u’lláh, Oxford: George Ronald, 1983

Index lexical Ablutions...........................................................................29, 41, 94 Pureté intérieure.......................................................................29 Absolution.....................................................................................29 Adultère..................................................................................21, 46 Aghsán..........................................................................................61 Alcool.....................................................................................56, 86 Alláhu-Abhá.......................................................................41 sv, 93 Répétition de............................................................................94 Alliance........................................................................23, 59 sv, 62 Anse Sûre.................................................................................63 Arche........................................................................................87 Mandat de Dieu........................................................................83 Récitez les versets..............................................................49, 62 ‘Abdu'l-Bahá..............................................................................9 Âme.................................................................32, 43, 62, 68, 72, 76 Chasteté de l'âme......................................................................73 De toutes les Écritures.............................................................83 Laissez cette âme à elle-même.................................................99 Âmes................................................................................................. S'élanceront vers le ciel............................................................98 Amour.........................................................................36, 38, 49, 70 Bienveillant envers les parents.................................................70 Arabe..................................................................9, 11, 55, 66, 80 sv Arbre................................................................................................. Feuilles d’un seul.....................................................................69 Art de la lecture............................................................................19 Autorité...........................................................10, 23, 61, 77, 88, 92 Autorité parentale.....................................................................19 Divine...............................................................10, 39, 61, 64, 77 Aveuglement.................................................................................88 Bahá..........................................................................................76 sv Bahá et Bayán...............................................................................18 Beauté...........................................................................................84

Bigamie.........................................................................................21 Loi du Báb................................................................................21 Bonheur.............................................................................17, 34, 76 Bontés cachées..............................................................................97 Briseur d'Alliance...................................................................40, 55 Calice de salut...............................................................................93 Carmel...............................................................................24, 48, 83 Certitude...........................................................................30, 37, 60 Chasteté.........................................................................................46 Cité.................................................................................................... Parole de Dieu..........................................................................32 Civilisation........................................................................40, 81, 98 Cœurs..................................................................................8, 10, 87 Colère............................................................................................87 Compassion...................................................................................67 Confiance................................................................................58, 99 Connaissance.................................................................................... Absolue....................................................................................31 Connaissance...............................................14, 19, 27, 73 sv, 98 Essence.....................................................................................14 Intérieure..................................................................................31 Revendication..........................................................................31 Voile.........................................................................................31 Consultation...................................................................................... Prendre conseil.........................................................................24 Correction.....................................................................6, 25, 50, 57 Corruption.....................................................................................58 Courtoisie..........................................................................26, 57, 63 Crainte de Dieu................................................26, 42, 50, 59, 63 sv Découragement.......................................................................62, 86 Décret................................................................................30, 36, 81 Déloyauté .....................................................................................58 Désirs......................................................................................44, 89 Dignité..............................................................................45, 50, 57

Dis...................................................11, 27, 29, 36 sv, 74, 77, 83, 95 Dispensations................................................................................11 Dispute..............................................................................46, 57, 90 Divorce.........................................................................................46 Dotations.................................................................................61, 91 Doute.....................................................8, 14, 27, 32, 34, 37, 52, 69 Droit de Dieu................................................................................89 Droiture...................................................................................63, 72 Acte intègre..............................................................................64 Eau................................................................................................85 Coupe d'eau..............................................................................76 De sa vie même........................................................................76 Eau de rose...............................................................................57 Eau propre................................................................................85 École.............................................................................................74 Économie......................................................................................91 Éducateur......................................................................................73 Éducateurs......................................................................................... Dessein.....................................................................................35 Éducateur spirituel...................................................................19 Éducation....................................................................17, 26, 35, 72 Manque....................................................................................26 Égo........................................................................27, 44, 52, 68, 71 Votre propre moi......................................................................28 Éloquence...............................................................................42, 67 Enfants.............................................................................................. Héritage....................................................................................19 Équilibre.................................................................................25, 96 Équité............................................................................................68 Érudition.......................................................................................31 Esperanto......................................................................................81 Être.................................................................................................... Grand Être....................................................................26, 72, 79 Existence...................................................26, 30, 36, 54, 72, 81, 96

Fédération.....................................................................................13 Femmes............................................................................................. Maison Universelle de Justice.....................................12, 22, 24 Protection.................................................................................20 Fille...............................................................................................19 Fils..........................................................................................19, 64 Fils ainé....................................................................................23 Fils aîné....................................................................................20 Principe héréditaire..................................................................23 Foi..................................................................................................... Foi en Dieu...............................................................................99 Fragrance.......................................................................................... De son Bien-aimé.....................................................................80 Fruits.......................................................................................26, 58 Gardiennat..........................................................................23, 61 sv Genèse.....................................................................................18, 53 Glaise............................................................................................77 Graal.............................................................................................93 Grâce................................................................................................. Qu'aucune langue ne peut décrire............................................80 Héritage............................................................................................. Enfants à naître........................................................................20 Fils aîné....................................................................................20 Homosexualité..............................................................................12 Humiliation...................................................................................95 Humilité........................................................................................27 Huqúqu’lláh......................................................................25, 45, 89 Hygiène.........................................................................................85 Idoles.............................................................................................88 Ignorance......................................................................................75 Impureté........................................................................................42 Insouciance...................................................................................52 Instruction...............................................................................19, 26 Interprétation................................................................24, 47, 61 sv

Interprète.......................................................................................61 Ishráq..............................................................................................8 Jeûne.......................................................................................43, 86 Joie................................................................................................34 Source......................................................................................34 Jour.........................................................................33, 62, 82 sv, 90 De la révélation........................................................................75 Juste Milieu...................................................................................69 Justice.................................................17, 23, 26, 61, 65, 68, 72, 97 Deux piliers..............................................................................65 Est apparue sur la terre.............................................................95 Mains de la...............................................................................97 Soyez les personnifications de la.............................................97 Langue.............................................................................................. De Mon pouvoir.......................................................................38 Langue universelle...................................................................81 Langues parlées........................................................................79 Liberté.....................................................................................29, 75 Liberté d'esprit.........................................................................73 Limites.............................................................16, 50, 57, 90, 92 Parfaite.....................................................................................50 Son symbole est l'animal..........................................................50 Livre.....................................7, 11 sv, 14, 32, 53, 70, 74, 86, 90, 97 Cité...........................................................................................32 Heures d'épreuve......................................................................68 Impression................................................................................55 Lampe de l'Éternel.......................................................14, 30, 74 Livre vivant........................................................................30, 76 Livres Saints du passé..............................................................73 Nouveau...................................................................................32 Plus-Saint-Livre.......................................................................10 Preuve........................................................................................8 Révélation................................................................................11 Sainte Tablette......................................................................7, 89

Son Sentier droit................................................................30, 74 Tablette lucide..........................................................................74 Témoignage le plus puissant......................................................8 Lois...........................................................................................7, 60 Soumises à Notre sanction.......................................................39 Loyauté.............................................................................26, 58, 63 Lumière.................................................................................43, 104 Luxure ....................................................................................52, 89 Maison de Justice...................................19 sv, 24 sv, 49, 61, 94, 97 Maison Universelle de Justice..12, 15, 20, 23 sv, 40, 47, 56, 61, 84 Les hommes de la Maison de Justice.......................................97 Majesté..........................................................................................84 Malin.............................................................................................28 Manifestation.................................................................................... Connaissance de Dieu..............................................................35 Prochaine............................................................................23, 48 Manifestation divine..................12, 22 sv, 27, 29, 37, 48 sv, 69, 76 Mariage...................................................................................17, 45 Mashriqu'l-Adhkár..................................................................26, 94 Matérialisme.....................................................................17, 30, 44 Médecine.......................................................................................84 Médecins compétents....................................................................84 Médisance...............................................................................71, 86 Mélodieux...................................................................10, 20, 62, 66 Mendicité......................................................................................26 Mendiants.................................................................................91 Menteur.........................................................................................68 Meurtre.........................................................................................90 Moi....................................................................................51, 69, 73 Critères fixés par leur propre moi............................................52 Il n'y a pas d'autre Dieu......................................................36, 77 Incitations du............................................................................65 Incitations du moi....................................................................52 Moi insistant.......................................................................15, 27

Ne suis pas les incitations........................................................89 Mois.................................................................................................. Mois de Bahá...........................................................................84 Mois de Bahá.................................................................................... Premier jour.......................................................................34, 84 Mot.................................................................................................... Émanation................................................................................26 Est doté d'un esprit...................................................................79 Mot...........................................................................10, 70 sv, 80 Un nouveau pouvoir.................................................................80 Mots.................................................................................................. Compréhension..................................................................66, 73 Douceur....................................................................................60 Océan.................................................................................71, 75 Musique....................................................................................56 sv Mystère.........................................................................................82 Naw-Rúz.................................................................................44, 84 Source de tous les mois............................................................84 Nécessiteux.............................................................................16, 44 Négligent.......................................................................................65 Neuf........................................................17, 21, 36, 44, 56, 77, 105 Noblesse............................................................................27, 35, 45 Nom..................................................18, 30 sv, 34, 51 sv, 77, 84, 88 Océan................................................................................75, 80, 82 De Ma présence........................................................................60 De Mes mots............................................................................71 Gouttes d’un seul océan...........................................................70 Opium...........................................................................................86 Ordre.........................................................................................8, 49 Ordre mondial..........................................................................25 Ordre Mondial......................................................................8, 33 Ordre Mondial.............................................................................96 Ordre administratif.............................................................24 sv, 90 Oulémas........................................................................................75

Paix................................................................................................... Plus Grande Paix......................................................................78 Pardon...............................................................................18, 67, 69 Parents.....................................................................................19, 70 Parlements.....................................................................................80 Parole......................................................................................70, 82 Patriarcat.......................................................................................22 Perles.....................................................................14, 71, 74, 80, 82 Persan..............................................................................................9 Peuple de Bahá.......................................................................24, 87 Piété..............................................................................26, 58 sv, 65 Plume............................................................................8, 34, 70, 80 Chaires.....................................................................................51 Du Plus Élevé...............................................................39, 83, 90 Traces de cette Plume...............................................................66 Voix véhémente........................................................................51 Poésie................................................................................12, 61, 66 Politique...................................................................................87 sv Polygamie...............................................................................21, 48 Préceptes.................................................................................11, 39 Preuve...........................................................................................88 Prière obligatoire.............................................................................. Signification des mouvements.................................................68 Prison............................................................................10, 31, 53 sv Promesse...........................................................................33, 48, 83 Punition.........................................................................................65 Pureté................................................................................................ Pureté du cœur.........................................................................73 Qur'án..............................................................................................9 Raffinement..............................................................................56 sv Rang................................................................23, 26, 35, 50, 63, 72 Récompense..................................................................................65 Reconnaissance...........................................................12, 29, 70, 73 Régénération.................................................................................80

Répudiation...................................................................................48 Révélation.............................................................27, 32, 37, 82, 90 Riḍván...........................................................................................31 Premier jour.............................................................................84 Rois.........................................................................................51, 87 Roi des Rois.............................................................................87 Royaume de Bahá’u’lláh..............................................................90 Sagesse...............................................................8, 14, 71, 73 sv, 80 Verge de la sagesse...................................................................64 Savoir................................................................................73, 75, 77 Objet de tout savoir..................................................................29 Sceau............................................................................13 sv, 48, 72 Secrets.....................................................................................71, 80 Sécurité.........................................................................................49 Sincérité..................................................................................26, 58 Sois................................................................................................... Kun...........................................................................................81 Sois ........................................................................................31, 36 Source.....................................................................................26, 92 De cette parole.........................................................................59 De la joie de toute l'humanité...................................................88 De la Révélation............................................................24, 50 sv De perversion...........................................................................88 De son éducation......................................................................72 Si vous pouviez découvrir........................................................82 Terre de Ṭá...............................................................................88 Style..............................................................................................65 Symbole........................................................................................77 Talisman..................................................................................26, 72 Témoignage..................................................................................88 Terre de Ṭá....................................................................................88 Testament..................................................................9, 23, 61 sv, 69 De Bahá’u’lláh.........................................................................61 Théologiens........................................................................51 sv, 88

Torpeur.............................................................................................. Peuples du monde....................................................................88 Transformation de l'individu.........................................................67 Translittération............................................................................108 Transmutation...............................................................................93 Tricheur.........................................................................................68 Unité complète et durable.............................................................92 Vassaux.............................................................................27, 51, 87 Véracité........................................................................26, 58 sv, 63 Verbe.................................................................................36, 61, 81 Vérité............................................................................8, 29, 35, 37 Certaine....................................................................................60 Pouvoir établir la vérité des lois...............................................59 Revendication de la..................................................................60 Vérité salutaire.........................................................................84 Versets...................................................................27, 43, 49, 62, 75 Définition.................................................................................62 Lire ne fût-ce qu'un..................................................................27 Lisez les versets.......................................................................86 Nombre dans l'Aqdas.................................................................8 Nombre de versets révélés.........................................................9 Quiconque néglige de les réciter.............................................62 Vie.................................................................................................65 Arbre de la vie..........................................................................26 Origine biologique...................................................................87 Origine spirituelle....................................................................36 Souffle de vie...........................................................................84 Vie éternelle.............................................................................52 Vie nouvelle.............................................................................80 Vilenie.....................................................................................52, 89 Vin Mystique................................................................................52 Vision......................................................................................28, 52 Qui peut rivaliser avec Moi......................................................51 Tablette de la Vierge.................................................................32

Voile......................................................................32, 51, 70, 75, 82 Entre Moi et Mes créatures......................................................88 Symbolisme..............................................................................31