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法语 — Le Verbe de Dieu, au coeur de l'existence.txt
Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Pierre Daoust, Le Verbe de Dieu, au coeur de l'existence, bahai-library.com.
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Le Verbe de Dieu 1
2 Au cœur de l'Existence
Le Verbe de Dieu 3
4 Au cœur de l'Existence
Le Verbe de Dieu 5

Le Verbe de Dieu

Au cœur de l'existence.
(par Pierre Daoust – juin 2024)
6 Au cœur de l'Existence
Le Verbe de Dieu 7

Table des matières
Introduction..............................................................................................9
L'Essence des Essences..........................................................................11
Dieu manifesté.......................................................................................12
La Parole libérée....................................................................................13
La magie des mots..................................................................................16
Le monde recréé.....................................................................................19
Comprendre la Parole.............................................................................22
L'intelligence du coeur...........................................................................25
Les effets de la Parole............................................................................27
Reconnaître le dieu en nous...................................................................32
Les limitations........................................................................................34
Transcender le son..................................................................................37
Le Livre Vivant......................................................................................40
Le style...................................................................................................42
Au commencement.................................................................................43
La Volonté première...............................................................................46
Du Point à l'Existence............................................................................52
La miséricorde divine ............................................................................56
Le Nom suprême....................................................................................57
Conclusion..............................................................................................57
...............................................................................................................58
Bibliographie..........................................................................................59
8 Au cœur de l'Existence
Le Verbe de Dieu 9

Introduction

L'objet de cet essai est d'essayer de définir le Verbe de Dieu, ses pou-
voirs, son influence, son mode et ses canaux de transmission. Mais une
première étape s'impose, qui est de circonscrire ce qui se cache sous le
mot Dieu selon la perspective bahá’íe. Bien que l'on parle de Parole de
Dieu, il faut comprendre qu'en fait Dieu gravite dans un autre monde
qui nous est inaccessible à tout point de vue et que la Parole que nous
étudions est une sorte de transmission par l'intermédiaire de ce que nous
appelons Manifestation de Dieu (ou parfois Prophètes). Dieu n'est pas
quelque chose de créé et n'obéit donc à aucune des lois physiques ou
mathématiques avec lesquelles nous étudions et définissons le monde.
Dit brièvement, Il est au-delà de toute ressemblance avec un être hu-
main.

L'histoire du Verbe de Dieu n'est pas nouvelle et trouve déjà ses pre-
miers signes dans les écrits bibliques : “Au commencement était le
Verbe.” “le Verbe était avec Dieu, le Verbe était Dieu. Il était au com-
mencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce
qui a été fait n'a été fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lu-
mière des hommes.”1 “Dieu était seul ; il n'y avait personne d'autre que
Lui. Il restera toujours ce qu'Il a toujours été.”2 Dès lors que le Verbe a
enfanté la vie, le défi est de comprendre comment il continue à la main-
tenir.

Nous définirons aussi ce que nous nommons Dieu, Manifestation de
1 Évangile de Jean
2 Florilèges, LXXVIII
10 Au cœur de l'Existence

Dieu et Parole de Dieu (ou Verbe de Dieu) car il est nécessaire de savoir
de quoi nous parlons. Une première réflexion s'impose immédiatement,
à savoir que la Parole de Dieu est non seulement l'expression de la Vo-
lonté divine, la première chose créée, la première émanation de Dieu,
mais aussi que, sans le langage, sans mots, nous ne pourrions mention-
ner Dieu, prier ou même y penser, ce qui équivaudrait, en ce qui nous
concerne, à sa non-existence. Pourrions-nous exister nous-mêmes s'il
n'y avait pas le mot exister ?

De grandes questions restent sans réponse. Comment le langage est-il
né et surtout comment en est-il venu, à partir d'éléments concrets, à ce
degré d'abstraction que l'on appelle la pensée ? Comment le cerveau tra-
duit-il les signaux électriques nés des sons ou des images (comme des
lettres) en concepts ? Comment la parole ou simplement les mots
peuvent-ils donner naissance à des sentiments et des émotions ? Com-
ment acquérir le degré d'abstraction nécessaire pour comprendre des no-
tions spirituelles ? Qu'est-ce donc que ce Dieu selon les Enseignements
bahá’ís ?
Le Verbe de Dieu 11

L'Essence des Essences

Les choses sont d'autant plus complexes que, tout comme Dieu est in-
connaissable et indéfinissable, ainsi est la façon dont naît, se transmet et
agit Sa parole. Il y a là une impossibilité car ce que nous appelons Dieu
n'est pas la Réalité de Dieu : “Les gens ont imaginé un dieu dans le
royaume de leur esprit et vénèrent cette image qu'ils se sont créée pour
eux-mêmes...Considérez comment tous les peuples du monde se pros-
ternent à genoux devant une fantaisie de leur propre invention, com-
ment ils ont créé un créateur au sein de leur propre esprit qu'ils ap-
pellent le Façonneur de tout ce qui existe – alors qu'en réalité ce n'est
qu'une illusion. Les gens n'adorent ainsi qu'une erreur de perception.
Tandis que cette Essence des Essences, cet Invisible des Invisibles est
sanctifié au-delà de toute spéculation humaine et ne sera jamais sur-
passé par l'esprit humain. Jamais cette immémoriale Réalité ne sera à
la portée d'un être contingent. Son royaume est autre et aucune com-
préhension ne peut en être acquise. Aucun accès ne peut y être accor-
dé ; toutes les entrées sont interdites. Le maximum de ce que l'on peut
en dire est que Son existence peut être prouvée mais que les modalités
de Son existence sont inconnues. ... Pour comprendre l'état et le mystère
profond de l'Essence des Essences, ce plus Secret des Secrets, il faut
posséder un autre pouvoir et d'autres facultés ; et un tel pouvoir, de
telles facultés seraient bien plus que ce que l'humanité peut supporter,
et donc aucun mot de Lui ne peut lui parvenir.”3 Bahá’u’lláh déclare :
Depuis le commencement qui n'a pas de commencement, toute tentative
qui a été faite pour visualiser et connaître Dieu s'est trouvée limitée par
les exigences de Sa propre création – une création qu'Il a appelée à
l'existence par l'opération de Sa propre volonté et pour le dessein de nul
autre que Son propre Soi. Immensément exalté est-Il au-delà des efforts
de l'esprit humain pour saisir Son essence ou de la langue humaine
pour décrire Son mystère.”4 “Comment une fantaisie évanescente peut-
elle se comparer à Celui qui subsiste par Lui-même et comment le
Créateur peut-Il être assimilé à Ses créatures qui ne sont que le manus-

3 Selections from the Writings of ‘Abdu’l-Bahá, # 24
4 Florilèges, CXLVIII
12 Au cœur de l'Existence

crit de Sa Plume ?”5
Chaque personne se fera donc sa propre image de Dieu en fonction,
nous le verrons plus loin, des attributs que nous Lui associons.

Dieu manifesté

La personne de la Manifestation divine est indispensable car c'est elle
qui a la capacité, la légitimité, l'autorité et le pouvoir de nous trans-
mettre la Révélation : “À cet Être subtil, mystérieux et éthéré [la Mani-
festation], Dieu a assigné une double nature : physique, appartenant au
monde de la matière ; spirituelle, née de la substance de Dieu Lui-
même. Il Lui a de plus conféré un double rang. Le premier qui est relié
à Sa plus intime réalité, Le représentant comme Celui dont la voix est
la voix de Dieu Lui-même...Le second est le rang humain, démontré
par le verset suivant : Je ne suis qu'un homme comme vous.”

De nombreux versets désignent la Manifestation comme le reflet parfait
du Soi et de l'Âme de Dieu. “Le premier rang, qui est associé à Sa Réa-
lité la plus intime, Le représente comme cet Un dont la voix est la voix
de Dieu Lui-même. De cela témoigne la tradition : “Mystérieuse et
multiple est Ma relation avec Dieu. Je suis Lui, Lui-même, et Il est Moi,
Moi-même, si ce n'est que Je suis ce que Je suis et qu'Il est ce qu'Il
est.”6 “Dis, ce Mot est maintenant rendu manifeste et vous vous êtes en-
fuis avant de l'avoir entendu prononcé, bien que vous ne le perceviez
pas. Et ce Mot béni, caché, préservé et précieusement gardé, est celui-
ci : “‘IL’ est maintenant apparu dans le vêtement de ‘JE.’ Lui qui était
dissimulé aux yeux des mortels s'exclame : Regarde ! Je suis le Mani-
feste.”7

C'est ce qui donne à la Manifestation son autorité et sa légitimité, et fait
que ce qui est prononcé par la Manifestation est la Volonté et la Parole
même de Dieu. “L'essence de la croyance en l'Unité divine consiste à
considérer Celui qui est la Manifestation de Dieu et Celui qui est l'invi-

5 Florilèges, XCIII
6 Florilèges, XXVII
7 Tablets of Bahá’u’lláh revealed after the Kitáb-i-Aqdas
Le Verbe de Dieu 13

sible, inaccessible et inconnaissable Essence comme une seule et même
entité. Ceci signifie que tout ce qui appartient au premier, tous Ses faits
et gestes, quoi qu'Il ordonne ou interdise, devrait être considéré, dans
tous leurs aspects et en toutes circonstances, sans aucune réserve,
comme identique à la Volonté de Dieu Lui-même.”

Il ne fait donc aucun doute que la Parole révélée est effectivement
l'exact reflet de la Volonté de Dieu : “Il fait ce qui Lui plaît. Il choisit, et
personne ne peut contester Son choix.”8 De là découle le concept de
Plus Grande Infaillibilité.

La Parole libérée

Cette mystérieuse nature de l'Éternel est donc la raison d'être des Mani-
festations de Dieu qui traduisent la Volonté divine en un langage qui
nous est accessible :“La porte de la connaissance de l'Être Ancien a
toujours été fermée à la face des êtres humains, et continuera à l'être à
tout jamais. Aucune compréhension humaine ne gagnera l'accès à Sa
sainte cour. Cependant, en gage de Sa miséricorde, et comme preuve de
Son aimante tendresse, Il a manifesté aux humains les Étoiles de Sa gui-
dance divine, les Symboles de Son unité divine et a ordonné que la
connaissance de ces Êtres sanctifiés soit identique à la connaissance
de Son propre Soi.”9 “Il a fait apparaître ces lumineuses Gemmes de
sainteté du royaume de l'esprit, dans la noble forme du temple humain
et les a rendues manifestes pour tous les êtres humains, afin qu'ils
puissent transmettre au monde les mystères de l'Être immuable et leur
conter les subtilités de Son impérissable Essence.”10

Ce sont les Manifestations divines qui ont la mission et la responsabilité
de transmettre la Parole, de nous la traduire en un langage que nous
comprenons. Dieu Lui-même n'a pas de langage au sens où nous l'enten-
dons. C'est une entité indépendante qui n'a besoin ni du temps ni de l'es-
pace pour exister. “La première chose émanée de Dieu est cette réalité

8 Kitáb-i-Aqdas § 7
9 Florilèges, XXI
10 Florilèges, XIX
14 Au cœur de l'Existence

universelle que les anciens philosophes dénommaient "Intelligence Pre-
mière" et que le peuple de Bahá appelle "Volonté Première". Cette
émanation, quant à son action dans le monde de Dieu, n'est limitée ni
par le temps ni par l'espace et n'a ni commencement ni fin, car par
rapport à Dieu le commencement et la fin sont une seule et même chose.
La préexistence de Dieu est à la fois temporelle et essentielle11 tandis
que la création du monde est essentielle mais non temporelle.”12 “Pour
Dieu, le commencement et la fin sont une seule et même chose. Sembla-
blement, le décompte des jours, des semaines, des mois et des années –
d'hier et d'aujourd'hui – est réalisé par rapport à la terre ; mais pour le
soleil de telles choses sont inconnues. Il n'y a ni hier ni aujourd'hui, ni
demain, ni mois ni années – tous sont égaux. De même, le Verbe de
Dieu est sanctifié de toute loi, contrainte ou limitation qui peuvent
exister dans le monde contingent.”13 “Dans le monde de Dieu, il n'y a
ni passé, ni présent, ni futur. Tout cela ne fait qu'un. Ainsi lorsque le
Christ dit Au début était le Verbe, Il voulait dire qu'il existait, existe et
existera...”14

Dieu est non seulement indépendant du temps et de l'espace, mais au-
cune loi physique ou formule mathématique ne peut le décrire ou prou-
ver son existence. Seule la vision et l'étude de ce qui nous entoure
peuvent nous renseigner sur Sa réalité, mais il est suffisamment répété
qu'Il est indépendant de tout, qu'Il subsiste par Lui-même, qu'Il n'est pas
engendré et ne s'incarne pas. Il faut également comprendre que lorsqu'il
est dit que l'être humain a été créé à Son image, cela signifie que l'être
humain reflète extérieurement et intérieurement Ses attributs, et non pas
que Dieu ressemble à un être humain.

Ces deux éléments - temps et espace - existent uniquement en tant que
repères dont l'humain a besoin pendant sa vie physique et Dieu a créé
d'autres sortes de mondes évoluant sur d'autres bases que nous ne pou-
vons pas imaginer. La parole humaine ne peut se concevoir sans l'espace
11 Qui est ce qu'il est, par son essence et non par accident (opposé à accidentel,
relatif).
12 LSA, 53
13 LSA, 38
14 LSA,
Le Verbe de Dieu 15

et le temps puisqu'il s'agit d'un phénomène ondulatoire, ce qui implique
un mouvement. Et c'est ici que Bahá’u’lláh nous révèle ce qui pour nous
est incompréhensible : “Sache que le Verbe de Dieu est plus élevé et de
loin supérieur à ce que les sens peuvent percevoir, car il est sanctifié
au-delà de toute propriété ou substance. Il transcende les limitations
des éléments connus et est exalté au-delà de toutes les substances essen-
tielles et identifiées. Il devint manifeste sans aucune syllabe ni son, et
n'est autre que le Commandement de Dieu qui imprègne toute chose
créée. Il n'a jamais été soustrait au monde de l'existence. C'est la grâce
toute englobante de Dieu de laquelle émane toute grâce. C'est une enti-
té très éloignée, bien au-delà de tout ce qui fut et de tout ce qui sera.”15

Il est donc tout à fait clair que la Parole divine obéit à d'autres lois phy-
siques que celles que nous connaissons. Retenons déjà que dans son
évolution dans l'autre monde, l'âme humaine ne fait pas un mouvement
temporel mais acquiert un degré plus élevé de perfections : “Le progrès
de l'esprit après l'ascension vers le Royaume est sanctifié du temps et
de l'espace. Le progrès après l'ascension est un progrès dans les per-
fections et non l'espace. C'est comme le progrès de l'enfant du monde
fœtal vers le monde de la raison et de l'intellect, du monde de l'igno-
rance vers celui de la connaissance, de l'état de défaut vers la perfec-
tion. Puisque les perfections divines n'ont pas de fin, le progrès de l'es-
prit ne connaît pas de limite.”16 On peut donc en déduire que toute
forme de transmission entre âmes est du même ordre que celle de la Pa-
role divine et ressemble peut-être plus à ce qui se passe dans le rêve où
l'organisme n'utilise pas les sens extérieurs.

L'existence des Manifestations de Dieu est donc essentielle car par leur
Personne et leurs Écrits, Ils 'traduisent' pour nous le Verbe divin, et, de-
puis le Báb et Bahá’u’lláh, lui donnent authenticité et pérennité puisque
nous possédons leurs Écrits, écrits de leur propres mains et parfois
même identifiés par un sceau. En parlant “au nom du suprême Souve-
rain”17 qu'Ils représentent, Ils transmettent la Volonté divine, mission

15 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
16 ‘Abdu’l-Bahá, Makatib, 3:188, provisional translation
17 Kitáb-i-Aqdas, préambule
16 Au cœur de l'Existence

qui leur permet d'exercer l'autorité divine – infaillible et absolue. “Il a
manifesté aux êtres humains les Soleils de Sa guidance divine, les Sym-
boles de Son unité divine et a ordonné que la connaissance de ces Êtres
sanctifiés soit identique à la connaissance de Son propre Soi.”18“...afin
qu'Ils puisent diffuser dans le monde les mystères de l'Être immuable et
conter les subtilités de Son impérissable Essence.”19

Un des apports essentiels de la Révélation de Bahá’u’lláh, est de nous
offrir une vision et une compréhension plus claires et plus étendues des
réalités spirituelles que ne l'ont fait les Révélations précédentes. L'être
humain ayant gagné en capacités cognitives, il est plus à même de com-
prendre ces réalités sans devoir recourir à des paraboles bibliques ou à
d'obscurs versets coraniques. Pour ce faire, “chaque être humain a été
capable, et le sera à tout jamais, d'apprécier de lui-même la Beauté de
Dieu, le Glorifié. S'il n'avait pas été doté d'une telle capacité, comment
pourrait-il être tenu pour responsable de son échec ?”20 Cette capacité
de compréhension, selon le principe de progressivité, se développera
continuellement : “Par la gracieuse faveur de Dieu, les hauteurs que
l'humain mortel pourra atteindre en ce Jour, ne sont pas encore révé-
lées à son regard. Le monde de l'existence n'a jamais eu, et ne possède
pas encore, la capacité pour une telle révélation. Cependant, le jour ap-
proche où les potentialités d'une si grande faveur seront, en vertu de
Son commandement, manifestées aux êtres humains.”21 “Sache en toute
certitude que dans chaque Dispensation la lumière de la Révélation di-
vine a été accordée aux êtres humains en proportion directe de leur ca-
pacité spirituelle.”22

La magie des mots

Les mots sont essentiellement des sons, autrement dit des phénomènes
vibratoires. Comme tout phénomène physique, les ondes sonores
peuvent être analysées en termes de particules ou d'énergie.
18 Florilèges, XXI
19 Florilèges, XIX
20 Florilèges, LXXV
21 Florilèges, CIX
22 Florilèges, XXXVIII
Le Verbe de Dieu 17

Il ne fait aucun doute qu'avec l'avènement de la physique quantique de
nouveaux aspects apparaîtront. L'importance des mots n'est pas à dé-
montrer, ce sont eux qui nous permettent de communiquer, ce qui met
en jeu la pensée qui elle-même ne pourrait exister sans un substrat que
notre cerveau peut analyser et décoder, via des flux électriques. Mais il
y a dans les mots bien plus que du contenu cognitif puisqu'ils peuvent
entraîner des réactions en cascade aboutissant à ressentir et même trans-
mettre des émotions et des sentiments. C'est dire la complexité des in-
fluences que peut avoir ce que nous appelons le langage. En effet, le
langage véhicule en lui le pouvoir d'influencer l'environnement de l'in-
terlocuteur. Bahá’u’lláh dit ceci : “Chaque mot est doté d'un esprit, et
dès lors l'orateur ou le commentateur devrait livrer ses mots prudem-
ment au moment et à l'endroit appropriés, car l'impression que fait
chaque mot est clairement évidente et perceptible.”23 Dit brièvement,
“la parole humaine est une essence qui aspire à exercer son
influence...”24

Le langage humain reste cependant limité quant à son pouvoir, à l'oppo-
sé de la Parole divine : “Le Verbe de Dieu est le roi des mots et son in-
fluence pénétrante est incalculable. Il a toujours dominé et continuera à
dominer le royaume de l’existence.” Les mots servent à décrire des ob-
jets ou des événements, et à exprimer des pensées ou expliquer des
théories, mais sans que cela soit la cause d'événements. Il s'agit d'un
pouvoir descriptif, tandis que la Parole divine a un pouvoir créateur par
lequel elle fait apparaître des événements nouveaux et exerce une pro-
fonde influence sur l'éducation et le progrès spirituel des humains, les
leaders de pensée et autres philosophes qui ne font eux-mêmes que dé-
velopper des concepts que leur a, inconsciemment, inspiré cette Parole
de Dieu. Cette dernière enveloppe l'humanité d'un souffle de renouveau
et donne une direction particulière à l'évolution de l'humanité. De fait,
dès le moment où la Parole divine est révélée, un processus de transfor-
mation des caractéristiques socio-économiques, politiques et religieuses
se met en place. “Par le pouvoir libéré par ces paroles exaltées, Il a
conféré une nouvelle impulsion et établi une nouvelle direction aux oi-

23 Lawḥ-i-Maqṣúd
24 Ibid.
18 Au cœur de l'Existence

seaux des cœurs humains et a effacé toute trace de restriction et de limi-
tation du Livre de Dieu.”25
La Parole ne s'adapte pas à l'évolution mais elle en est l'instigatrice. La
vision du monde il y a environ 150 ans ne permettait pas d'imaginer que
la vie en société évoluerait dans le sens actuel. Le pouvoir libérateur de
la Parole divine a mis en branle de profonds changements dans la
conception même des rapports entre les êtres humains et dans la façon
d'appréhender la globalisation au point qu'il a même fallu utiliser de
nouveau concepts pour décrire les phénomènes : paradigme, mondiali-
sation, réseau, durable,... qui ne font que traduire les effets de l'impul-
sion donnée par la Parole divine pour atteindre les deux principaux défis
de l'amélioration du monde : la justice et l'unité : “La lumière de l'être
humain est la Justice. Ne l'éteignez pas avec les vents contraires de
l'oppression et de la tyrannie. Le but de la justice est l'apparition de
l'unité parmi les humains.”26

Comme en peinture ou en musique, l'effet que l'on devrait ressentir en
lisant ou écoutant certains versets est d'accéder à un sentiment de beau,
de transcendant, produisant des effets semblables à ceux de la poésie.
Bahá’u’lláh apparaît d'ailleurs parfois sous le symbole du Rossignol, as-
sociant parole et chant. Mais tout est question de sensibilité personnelle,
acquise par l'éducation littéraire et spirituelle pendant l'enfance. Y par-
venir emplit l'âme d'une forme de sérénité et de certitude. “Par eux [les
versets], l'âme humaine est amenée à prendre son envol vers l'Aurore de
la Révélation et le cœur de chaque vrai croyant est nimbé de lumière.”27
“D'eux ils inhaleront le parfum divin de Mes mondes – mondes qu'au-
jourd'hui personne ne peut discerner, sauf ceux qui ont été dotés de vi-
sion grâce à cette splendide, cette sublime Révélation.”28 Il est de plus
bien connu maintenant que les sons peuvent avoir un effet thérapeu-
tique, utilisé en musicothérapie, et il ne fait donc aucun doute que les
versets divins récités de façon mélodieuse peuvent avoir des effets ana-
logues.

25 Florilèges, XLIII
26 Kalimát-i-Firdawsíyyih, 6e feuille
27 Kitáb-i-Aqdas § 148
28 Ibid. § 116
Le Verbe de Dieu 19

Malheureusement, seuls ceux qui maîtrisent l'arabe et le persan peuvent
complètement apprécier la beauté des Écrits de Bahá’u’lláh. Autant les
écrits bibliques, coraniques et bábís sont souvent obscurs, autant ceux
de Bahá’u’lláh ont clairs, concis et imagés. Il s'en dégage, pour ceux
qui y sont sensibles, une poésie intérieure avec l'utilisation de méta-
phores, d'allusions, d'analogies et d'allégories, qui Lui ont valu le titre
de Beauté Bénie. Il est évident que les lire régulièrement en facilite la
compréhension.

Le monde recréé

Il est un fait que toute parole exerce un effet sur celui qui la reçoit mais
“Le Grand Être dit : La Parole [de Dieu] est la clé maîtresse pour le
monde tout entier car par son pouvoir la porte des cœurs humains, qui
en réalité est la porte du ciel, est déverrouillée.” Bahá’u’lláh confirme
ce pouvoir créateur, transformateur et régénérateur. “Par le mouvement
de Notre Plume de gloire, Nous avons, à l'ordre de l'omnipotent Ordon-
nateur, insufflé une nouvelle vie en chaque corps humain et instillé en
chaque mot un nouveau pouvoir. Toutes les choses créées proclament
les évidences de cette régénération mondiale.”29 “Chaque lettre seule
procédant de Notre bouche est dotée d'un tel pouvoir régénérateur
qu'elle est capable de donner naissance à une nouvelle création – une
création dont l'ampleur est insondable à tous sauf Dieu.”30 “Nous
t'avons de plus donné à boire le vin choisi de la parole du calice des
bienfaits célestes de ton Seigneur miséricordieux, qui n'est autre que
cette Langue de sainteté – une Langue qui, dès qu'elle fut libérée, rani-
ma la création tout entière, mit en mouvement tous les êtres et fit déver-
ser ses mélodies au Rossignol.”31 “Toute parole qui procède de la
bouche de Dieu est dotée d'un tel pouvoir qu'elle peut insuffler une vie
nouvelle dans chaque forme humaine... Toutes les magnifiques œuvres
que vous contemplez en ce monde ont émergé grâce à l'opération de Sa
Volonté suprême et la plus exaltée, et de Son Dessein merveilleux et
inexorable. Par la simple révélation du mot Façonneur, émis par Ses

29 Lawḥ-i-Dunyá
30 Cited in Shoghi Effendi, “The Advent of Divine Justice”
31 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Síyyid-i-Mihdíy-i-Dahají
20 Au cœur de l'Existence

lèvres et proclamant Son attribut à l'humanité, un pouvoir est libéré tel
qu'il peut engendrer, à travers des époques successives, tous les nom-
breux arts que la main des êtres humains peut produire. ...Sitôt ce mot
resplendissant est-il prononcé que son énergie animatrice, vibrant au
sein de chaque chose créée, donne naissance aux moyens et instruments
par lesquels de tels arts peuvent être produits et perfectionnés.”32 “En
vérité, Nous avons fait mourir chaque âme en vertu de Notre irrésis-
tible et subjuguante souveraineté. Nous avons ensuite appelé à l'exis-
tence une nouvelle création en signe de Notre grâce envers les êtres hu-
mains.”33 “Est-il dans le pouvoir humain d'effectuer dans les éléments
constitutifs de n'importe quelle infime et indivisible particule de ma-
tière une transformation si complète qu'elle la transmute en or ? Aussi
déroutant et difficile que cela puisse paraître, la tâche encore plus
grande de convertir une force diabolique en pouvoir céleste fait partie
de ce que Nous avons été habilité à accomplir. La Force capable d'une
telle transformation transcende le pouvoir de l'Élixir lui-même. La Pa-
role de Dieu seule peut revendiquer la distinction d'être pourvue de la
capacité requise pour un changement aussi grand et d'une telle enver-
gure.” XCIX

Dans certains passages, il est mentionné que l'être humain a été créé à
partir du néant absolu ou qu'il est passé de la non-existence à l'existence.
Il faut bien sûr comprendre qu'il s'agit là d'une image qui, selon le
contexte, peut avoir des significations différentes. En premier lieu, il
s'agit de l'état de l'humain par rapport à Dieu : “Bien que le monde
contingent existe, comparé à l'existence de Dieu c'est pur néant et non-
existence. L'être humain et la poussière existent tous deux mais qu'im-
mense est la différence entre l'existence du minéral et celle de l'hu-
main ! ... Il est donc clair et évident que bien que les choses créées
existent, par rapport à Dieu et à Son Verbe elles sont non-existantes.”34
Là résident les stades premier et dernier du Verbe de Dieu, qui dit ‘Je
suis l'Alpha et l'Oméga’ , car Il est à la fois la source de grâce et son
but ultime. Le Créateur a toujours eu une création et les rayons ont
toujours émané et brillé du Soleil de Vérité... Les noms et attributs de
32 Florilèges, LXXIV
33 Bahá’u’lláh, cité dans l'Avènement de la Justice divine.
34 SAQ80
Le Verbe de Dieu 21

Dieu requièrent l'existence des choses et aucun arrêt d'effusion de l'an-
cienne grâce de Dieu ne peut être contemplé.”

Son deuxième sens est celui de la relativité des choses : “...l'existence et
la non-existence sont toutes deux relatives. Si l'on dit qu'une certaine
chose a été engendrée de la non-existence, le propos n'est pas une non-
existence absolue ; cela signifie plutôt que la première condition était
une non-existence en regard de la condition présente.”35 “En ce qui
concerne les choses créées, leur vie consiste en une composition et leur
mort en une décomposition. Mais la matière et les éléments universels
ne peuvent être entièrement détruits et annihilés. Non, leur annihilation
est simplement une transformation. Par exemple, lorsque l'être humain
décède, son corps devient de la poussière mais il ne devient pas une
absolue non-existence. Il conserve une existence minérale mais une
transformation a eu lieu et cette composition a été sujette à décomposi-
tion. De même avec l'annihilation de tous les autres êtres ; car l'exis-
tence ne devient pas une non-existence absolue et une non-existence ab-
solue n'acquiert pas l'existence.”36

Une troisième signification est la condition d'un croyant par rapport à un
non croyant : “...ceux qu'un voile sépare de Dieu, bien qu'ils soient do-
tés de vie, vivent pourtant dans l'obscurité et leur vie, comparée à celle
des croyants, est non-existence.”37

Et en quatrième lieu, il convient de considérer qu'un monde ancré dans
ses traditions, dans d'anciennes conceptions du monde, dans un certain
niveau de connaissances et dans certains schémas de vie sociétale, bé-
néficie de l'apport de la nouvelle Révélation qui en fait un autre monde :
“Ce qui est important c'est de conférer un véritable discernement et une
vie éternelle, c'est à dire une vie spirituelle et divine ; car cette vie ma-
térielle ne durera pas et son existence équivaut à la non-existence.”38
“Je témoigne que sitôt le Premier Mot prononcé par Sa bouche, par le
pouvoir de Ta volonté et de Ton dessein, et que sitôt le Premier Appel
35 LSA, 80
36 LSA, 53
37 LSA, 67
38 LSA, 22
22 Au cœur de l'Existence

sorti de Ses lèvres, la création tout entière fut révolutionnée et que tous
ceux qui sont dans les cieux et sur terre furent secoués en profondeur.
Par ce Mot, les réalités de toutes choses créées furent ébranlées, divi-
sées, séparées, dispersées, combinées et réunies, divulguant à la fois
dans le monde contingent et dans le royaume céleste les entités d'une
nouvelle création et révélant, dans d'invisibles royaumes, les gages et
les signes de Ton unité et de Ton unicité.”

Il est important de comprendre que le pouvoir transformateur de la Pa-
role divine ne peut s'accomplir que si l'être humain a connaissance de
cette Parole, a conscience de sa portée et met en œuvre la volonté de s'y
conformer : “À chacun a été prescrite une mesure pré-ordonnée, ainsi
que décrétée dans les puissantes Tablettes gardées de Dieu. Cependant,
tout ce que vous possédez potentiellement ne peut être manifesté qu'en
résultat de votre propre volonté. Vos propres actes témoignent de cette
vérité.”39

Tel est donc le pouvoir de Dieu, un pouvoir qui s'exerce évidemment
sur le plan spirituel : “Toute louange à l'unité de Dieu et tout honneur à
Lui, le Seigneur souverain, l'incomparable et tout-glorieux Maître de
l'univers qui, du néant absolu, a créé la réalité de toutes choses, qui a
amené à l'existence les éléments les plus raffinés et subtils de Sa créa-
tion et qui, sauvant Ses créatures de l'humiliation de l'éloignement et
des périls de l'extinction ultime, les a reçues en Son royaume de gloire
incorruptible. Rien de moins que Sa grâce qui englobe tout, Son omni-
présente miséricorde, n'auraient pu potentiellement l'accomplir. Sinon,
comment aurait-il été possible que cet absolu néant acquière de lui-
même le mérite et la capacité d'émerger de l'état de non-existence jus-
qu'au royaume de l'être ?”40

Comprendre la Parole

La difficulté c'est que le Verbe de Dieu, qui n'est pas de la même nature
que la parole humaine, doit nécessairement passer par des moyens de

39 Florilèges, LXXVII
40 Florilèges, XXVII
Le Verbe de Dieu 23

transmission accessibles aux humains. “Avec les facultés dont dispose
l'être humain, il est au-delà du domaine du possible qu'il conçoive cette
invisible Réalité, sainte et sanctifiée au-delà des doutes des sceptiques.
Pour cela d'autres facultés sont requises, d'autres sens ; si de tels pou-
voirs lui devenaient accessibles, alors un être humain pourrait recevoir
une certaine connaissance de ce monde ; sinon, il ne le pourra
jamais.”41

Par ailleurs, même si l'être humain pouvait comprendre directement la
Parole, il y a une sagesse à la lui révéler progressivement car sa puis-
sance est bien trop grande que pour pouvoir être supportée : “..si le So-
leil de Vérité devait soudainement révéler, au tout premier stade de sa
manifestation, la pleine mesure des potentialités que la providence du
Tout-Puissant lui a accordées, la terre de la compréhension humaine
dépérirait et serait consumée ; car les cœurs humains ne pourraient
soutenir l'intensité de sa révélation et ne seraient pas capable de reflé-
ter le rayonnement de sa lumière. Consternés et écrasés, ils cesseraient
d'exister.”42 “Il a été décrété par Nous que le Verbe de Dieu et toutes
les potentialités qu'il contient, seront manifestés aux êtres humains en
stricte conformité avec des conditions telles que celles qui ont été pré-
ordonnées par Celui qui est l'Omniscient, le Très-Sage. De plus, Nous
avons ordonné que son voile occultant ne soit aucun autre que Son
propre Soi. Tel est en vérité Notre pouvoir d'accomplir Notre dessein. Si
l'on permettait au Verbe de Dieu de libérer soudainement toute l'énergie
latente en lui, aucun être humain ne pourrait supporter le poids d'une si
puissante Révélation. Non, tous ceux qui sont au ciel et sur terre fui-
raient consternés devant lui.”43

Par ailleurs, même si nous ne comprenons pas certains passages de la
Révélation, il est important de lire les Écrits de façon régulière car sans
en être conscients, la Parole induit en nous une lente transformation spi-
rituelle. Il nous est d'ailleurs enjoint de lire les Versets soir et matin, à la
condition toutefois de le faire par envie et non pas par obligation, sans

41 Sélection des écrits de ‘Abdu’l-Bahá # 24
42 Florilèges, XXXVIII
43 Florilèges, XXXIV
24 Au cœur de l'Existence

quoi cette transformation spirituelle n'aura pas lieu : “La première
condition est l’ardeur et l’amour des âmes sanctifiées pour lire le Verbe
de Dieu. Lire un verset, ou même un mot, dans un esprit de joie rayon-
nante, est préférable à la lecture de nombreux Livres.”44 Si la Parole
peut avoir ce pouvoir de re-création, c'est également parce que les êtres
humains ont développé leurs capacités de compréhension des concepts
spirituels : “Regarde comme la généralité de l'humanité a été dotée de
la capacité d'entendre la plus exaltée Parole de Dieu – Parole dont dé-
pend le rassemblement et la résurrection de tous les êtres humains.”

La Manifestation de Dieu, l'intermédiaire entre nous et Dieu, semble
avoir deux façons de transmettre la Parole. Il y a d'une part le discours
né de la connaissance innée des mystères divins, et d'autre part ces mo-
ments où la Manifestation s'annihile totalement dans la Volonté de Dieu
et, tel une tige de bambou creuse, laisse passer directement, sans inter-
position, le souffle divin. Ce sont ces moments où les versets com-
mencent par : “Dis :” À ces moments, la Manifestation ne contrôle plus
le discours, fond Sa volonté dans celle de Dieu et n'a plus d'autre moi
que le Soi de Dieu. Ce sont également les passages où Il révèle “Il n'y a
pas d'autre Dieu que Moi...!”

C'est là une condition de complet détachement que nous-mêmes devons
essayer d'atteindre lors de la prière. La prière est en effet le meilleur, si-
non le seul, moyen de communiquer avec Dieu, à condition qu'après
l'avoir récitée, s'ensuive un temps de méditation. De la sincérité de notre
prière dépendra la réponse. Cette réponse est bien sûr inaudible mais
elle touche le coeur et l'esprit sous une forme que l'on appellera l'inspi-
ration, elle-même fruit de la méditation. “L'inspiration reçue via la mé-
ditation est d'une nature que l'on ne peut mesurer ou déterminer. Dieu
peut inspirer en nos esprits des choses dont nous n'avions pas connais-
sance auparavant s'Il désire le faire.”45 Mais c'est seulement quand le ca-
nal du moi est pur et entièrement soumis que la véritable réponse appa-
raîtra et pas forcément sous la forme que nous attendons :

44 Kitáb-i-Aqdas, Q&R 68
45 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer, January
25, 1943
Le Verbe de Dieu 25

« Comme vous le dites, les bahá'ís croient parfois qu'ils accom-
plissent la Volonté de Dieu, et pourtant nous voyons que les ré-
sultats sont très mauvais ; nous devons alors assumer qu'ils
s'étaient illusionnés en croyant que leur décision et leur dé-
marche étaient en accord avec Sa Volonté. Tout ce que cela re-
vient à dire, c'est que nous devrions supplier Dieu, mais toujours
sous réserve que nous préférons Sa Volonté à la nôtre. Nous de-
vrions également vivre selon les Lois de Ses Enseignements, car
plus nous le faisons, plus nous serons des croyants exemplaires,
et plus nous serons sûrs de recevoir un plus grand degré de Sa
guidance. »46

L'intelligence du coeur

Nous ne savons pas encore comment se transmet et se répercute en nous
la Parole divine, mais c'est le cœur, présumé siège des sentiments, qui
en est le réceptacle, à condition d'être pur et imprégné de l'amour pour
Dieu. “Lorsqu'un vrai chercheur décide de franchir le pas de la re-
cherche sur le sentier conduisant à la connaissance de l'Ancien des
Jours, il doit avant toute chose purifier son cœur, qui est le siège de la
révélation des mystères profonds de Dieu, de l'opaque poussière de
toute la connaissance acquise et des allusions des personnifications des
sataniques fantaisies... Il doit si bien purifier son cœur qu'aucun reli-
quat soit d'amour soit de haine ne puisse y subsister, de peur que cet
amour ne le penche aveuglément vers l'erreur ou que cette haine ne
l'éloigne de la vérité.”47

Ceci implique donc que rien ni personne ne s'interpose et que la récepti-
vité du cœur soit maximale : “Nettoie ton cœur du monde et de ses va-
nités et ne permets pas qu'un étranger y entre et y demeure. Tant que tu
n'as pas purifié ton cœur de toute trace d'une telle attirance, la clarté
de la lumière de Dieu n'y répandra pas sur lui son rayonnement, car
Dieu n'a pas donné plus d'un cœur à chacun. Ceci en vérité a été décré-

46 D'une lettre datée du 18 mars 1951 écrite de la part de Shoghi Effendi à un croyant
individuel) – Compilation « Prayer and Devotional Life », février 2019.[104].
47 Florilèges, CXXV
26 Au cœur de l'Existence

té et consigné dans Son ancien Livre. Et comme le cœur humain, tel que
façonné par Dieu, est unique et sans division, il t'incombe de prendre
garde que ses affections soient aussi uniques et sans division.”48

Il est à remarquer que diverses théories scientifiques attribuent au cœur
des capacités d'aimer et de ressentir, mais également de penser, de mé-
moriser, de communiquer avec d'autres cœurs, et de réguler l'immunité
(voir The Heart's Code, de Paul Pearsall, ainsi que le HeartMath Insti-
tute). Il s'agit bien sûr de recherches qui n'en sont encore qu'à leur dé-
but. Des études ont mis en évidence que les processus inconscients du
système neuro-végétatif, comme la respiration ou les battements du
cœur, pouvaient être modulés par des processus cognitifs conscients. La
perception d’une stimulation externe, auditive par exemple, pourrait
donc se traduire par un effet sur l’activité cardiaque, et cela d’autant
plus facilement que le sujet est conscient. On parle de cerveau émotion-
nel ou de cœur intelligent. Il est donc maintenant établi qu'il y a un lien
entre le cœur et le cerveau.

En ce qui nous concerne, Bahá’u’lláh attribue au cœur une dimension
non seulement affective mais aussi cognitive axée sur l'aspect spirituel
de notre évolution : “Heureux est l'être humain qui réfléchit en son
cœur à ce qui a été révélé dans les Livres de Dieu.”49 “Les sens de
l'ouïe, du cœur, et semblables choses, doivent de même être comptés
parmi les dons dont le corps humain est doté.”50 Par ailleurs, ce serait
une erreur de croire que l'important c'est d'avoir des connaissances éten-
dues et donc de confondre connaissance et compréhension, cette der-
nière reposant sur des critères bien spécifiques : “La compréhension de
Ses paroles et la compréhension des paroles des Oiseaux du ciel ne dé-
pendent en aucune façon de l'apprentissage humain. Elles dépendent
seulement de la pureté du cœur, de la chasteté de l'âme et de la liberté
d'esprit. Cela est rendu évident par ceux qui occupent les sièges les plus
élevés de la connaissance bien qu'ils n'aient pas une seule lettre des
normes reconnues de l'apprentissage. ...Comblé est le sincère de

48 Florilèges, CXIV
49 Florilèges, X
50 Florilèges, XCV
Le Verbe de Dieu 27

cœur ..” 51 “Lorsque le canal de l'âme humaine est nettoyé de l'entrave
de tout attachement terrestre, elle percevra infailliblement le souffle du
Bien-aimé par-delà d'incommensurables distances et, conduite par son
parfum, atteindra et entrera dans la Cité de la Certitude. ...Avec à la
fois son oreille interne et externe, elle entendra venant de sa poussière
les hymnes de gloire et de louange s'élevant vers le Seigneur des Sei-
gneurs et avec son œil interne elle découvrira les mystères du retour et
du renouveau.”52 Oreille et œil internes symbolisent évidemment des
qualités de notre âme.

“Que le cœur soit le trône où est centrée la Révélation de Dieu, cela
est attesté par les saintes paroles que Nous avons révélées précédem-
ment. Parmi elles se trouve ce dicton : La terre et le ciel ne peuvent Me
contenir ; la seule chose qui le peut est le cœur de celui qui croit en Moi
et qui est fidèle à Ma Cause.”53 “C'est l'égarement du cœur qui
l'écarte loin de Dieu et le condamne à l'éloignement de Lui. Ces cœurs
cependant qui sont conscients de Sa présence, sont proches de Lui et
doivent être considérés comme s'étant approchés de Son trône.” À cer-
tains endroits, Bahá’u’lláh mentionne la capacité d'écoute du cœur mais
également d'un pouvoir d'imagination. “Si quelqu'un se levait mainte-
nant et, poussé par les futiles imaginations que son cœur a conçues, es-
sayait, ouvertement ou en secret, de semer les graines de la dissension
parmi les humains...”54 Et quant à l'influence d'un cœur sur un autre :
“Quiconque parmi vous se lève pour enseigner la Cause de son Sei-
gneur doit avant toute chose enseigner à son propre moi afin que son
discours puisse attirer le cœur de ceux qui l'écoutent. Tant qu'il n'a pas
enseigné à son propre moi, les paroles venant de sa bouche n'influen-
ceront pas le cœur du chercheur.”55

Les effets de la Parole

Il apparaît dès lors que Dieu nous a dotés de tout ce qui est nécessaire
51 Kitáb-i-Íqán
52 Ibid.
53 Florilèges, CXLVIII
54 Florilèges, XCIX
55 Florilèges, CXXVIII
28 Au cœur de l'Existence

pour comprendre la Parole : “Alors les nombreuses faveurs et effusion
de grâce de l'Esprit saint et éternel conféreront au chercheur une vie
nouvelle telle qu'il se trouvera doté d'un nouvel œil, d'un nouveau
cœur et d'une nouvelle raison. Il contemplera les signes manifestes de
l'univers et pénétrera les mystères cachés de l'âme.”56 “Tenez compte
alors de Mon conseil et écoutez Mon discours avec l'ouïe de votre cœur,
ne soyez pas indifférents à Mes paroles et ne soyez pas de ceux qui re-
jettent Ma vérité.”

Nous pouvons dès lors tenter de comprendre comment la Parole divine
agit sur nous : elle est reçue à la fois par l'oreille (et transmise au cortex
auditif) mais aussi par les yeux en cas de lecture (vers le cortex visuel).
Le cortex les traduit en pensées tandis que le cœur y associe des senti-
ments. Et les mots deviennent porteur d'affect. En voici un exemple :
“Quiconque a été transporté par le ravissement né de l'adoration pour
Mon nom le Plus Compatissant, récitera les versets de Dieu de manière
telle qu'il captivera le cœur de ceux qui sont encore drapés dans le
sommeil.”57 On y voit donc que l'effet d'un mot chez une personne peut
être transmis à une autre personne en stimulant également ses sensa-
tions. Cet effet sera d'autant plus important que les versets seront lus
avec une voix mélodieuse ou une musique adaptée, car dans ce cas le
cœur sera touché même s'il s'agit d'une langue, c'est à dire des sonorités,
qu'il ne connaît pas. Une lecture inspirée pourra même conférer une
sorte d'aura : “Prêtez l'oreille aux versets de Dieu...par eux, l'âme hu-
maine est amenée à prendre son envol vers l'Aurore de la Révélation et
le cœur de chaque vrai croyant est nimbé de lumière.”58 Plus encore,
avec l'appui de métaphores et allégories, la Parole se fait parfois poésie
dont la prosodie a un effet bien connu sur les émotions. La sensibilité à
cet aspect poétique est de nature à augmenter la compréhension, d'où
l'importance d'une bonne culture littéraire : “Puissent vos âmes être illu-
minées par la lumière des Mots de Dieu...car il n'y a pas de plus grand
bien-être et de bonheur plus doux que la compréhension spirituelle des
enseignements divins. Si une personne comprend la véritable significa-
tion des versets d'un poète tels que ceux de Shakespeare, il en ressentira
56 Florilèges, VXXV
57 Kitáb-i-Aqdas § 160
58 Ibid. § 148
Le Verbe de Dieu 29

de la joie et du plaisir. Plus grands encore sont sa joie et son plaisir
lorsqu'il perçoit la réalité des saintes Écritures et devient informé des
mystères du Royaume !”59
Et c'est l'âme tout entière qui s'envolera vers de mystérieux domaines :
“Ceux qui récitent les versets du Très-Miséricordieux dans les plus mé-
lodieux des tons percevront en eux ce avec quoi la souveraineté du ciel
et de la terre ne peut jamais être comparée. D'eux ils inhaleront le par-
fum divin de Mes mondes – mondes qu'aujourd'hui personne ne peut
discerner, sauf ceux qui ont été dotés de vision grâce à cette splendide,
cette sublime Révélation.”60

Par ailleurs, il faut constater que la Parole divine n'est pas de la même
nature que la parole humaine. “... nous devrions parler dans le langage
du ciel – le langage de l'esprit – car il y a un langage de l'esprit et du
cœur. Il est aussi différent de notre langage que notre propre langage
l'est par rapport au langage des animaux, qui s'expriment seulement
avec des cris et des sons. Lorsque nous prions Dieu, un sentiment rem-
plit notre cœur. Ceci est le langage de l'esprit qui parle à Dieu.”61

Et une question centrale est : par quel moyen ou canal se transmet-elle
et agit-elle ? Il nous faut ici introduire une hypothèse, à savoir qu'il
existe une forme de communication et action qui nous est inconnais-
sable mais s'exerce par exemple dans la prière, la méditation et peut-être
un médiateur qui se trouverait dans le silence : “Bahá’u’lláh dit qu'il y
a un signe de Dieu dans chaque phénomène : le signe de l'intellect est
la contemplation et le signe de la contemplation est le silence ...La mé-
ditation est la clé qui ouvre la porte des mystères. Dans cet état, l'être
humain fait abstraction de lui-même : il s'abstrait de tous les objets
extérieurs ; dans ce mode subjectif, il est immergé dans l'océan de la vie
spirituelle et peut découvrir le secret des choses-en-elles-mêmes... Cette
faculté de méditation libère l'être humain de sa nature animale, dis-
cerne la réalité des choses et met cet être en relation avec Dieu.”62
59 ‘Abdu’l-Bahá, The Promulgation of Universal Peace p. 459-460
60 Ibid. § 116
61 ‘Abdu’l-Bahá, In a talk given to Laura Barney that was recorded in “Star of the
West
62 Paris Talks: Addresses given by ‘Abdu’l-Bahá in Paris in 1911–1912
30 Au cœur de l'Existence

“Ceux dont le cœur est tourné vers Celui qui est l'Objet d'adoration de
la création tout entière, doivent nécessairement, en ce Jour, passer au-
delà de toutes choses créées, visibles et invisibles, et en être
détachés...S'ils se lèvent pour enseigner Ma Cause, ils doivent...la ré-
pandre au loin sur la terre avec une ferme résolution, avec un esprit
entièrement centré sur Lui, avec un cœur complètement détaché et in-
dépendant de toutes choses et avec une âme sanctifiée du monde et de
ses vanités.”63

Une pratique quotidienne qui peut aider à atteindre ce détachement est
la répétition 95 fois de l'invocation Alláhu-Abhá !64 (Dieu le Très-Glo-
rieux). Cette pratique peut être considérée comme un mantra (mot sans-
krit signifiant instrument de pensée) qui, associé à la méditation, a un
véritable pouvoir de régulation du mental qui va se canaliser petit à petit
et créer un état de sérénité. La vibration sonore en lien avec la répétition
va entrer en résonance, de manière très subtile, avec différentes parties
du corps, principalement le cerveau et le cœur. Les effets de la Parole
divine sur les sentiments peuvent être très variés, passant du sentiment
d'autorité à celui de miséricorde, mais il en est un qui n'apparaît pas im-
médiatement et est pourtant très important : “Ô peuples de la terre !
Dieu, l'Éternelle Vérité, est Mon témoin que des flots ruisselants d'eau
fraîche ont jailli des rochers par la douceur des mots prononcés par
votre Seigneur, l'Inconditionné; et malgré tout vous sommeillez.”65
Concernant par exemple le Kitáb-i-Aqdas, Bahá’u’lláh dit : “Bénis
soient le palais qui savoure sa douceur, et le regard pénétrant qui re-
connaît ce qu'il contient de précieux, et le cœur percevant qui comprend
ses allusions et ses mystères.” “Dis : Ceci est l'âme même de toutes les
Écritures, insufflée dans la Plume du Suprême, provoquant la stupéfac-
tion de tous les êtres créés, excepté ceux qui ont été captivés par les dé-
licates brises de Mon aimante tendresse et les douces saveurs de Mes
bontés imprégnant toute la création.” 66

63 Florilèges, XCIX
64 Pour faire comprendre que c'est Alláh qui est mentionné, on utilise généralement la
forme Alláh-u-Abhá, moins correcte sur le plan grammatical.
65 Kitáb-i-Aqdas § 54
66 Kitáb-i-Aqdas § 136
Le Verbe de Dieu 31

Plusieurs aspects sont à prendre en considération. En premier lieu, l'être
humain possède, à des degrés divers, tous les attributs divins : “Sur la
réalité la plus intime de toute et chacune des choses créées, Il [Dieu] a
répandu la lumière de l'un de Ses noms et en a fait le réceptacle de la
gloire de l'un de Ses attributs. Cependant, sur la réalité de l'être humain
Il a concentré le rayonnement de tous Ses noms et attributs et il en a
fait un miroir de Son propre Soi. Seul parmi les choses créées, Il a sin-
gularisé l'être humain pour une si grande faveur, une bonté si
durable.”67

Un des moyens de connaître Dieu est donc de se connaître soi-même .
“...l'être humain devrait connaître son propre moi et reconnaître ce qui
conduit à l'élévation ou à la bassesse, à la richesse ou à la pauvreté.”68
En étudiant nos propres qualités et défauts, il nous est possible de créer
dans notre esprit une image des attributs idéaux et de mieux comprendre
où se situe la perfection. C'est là une première démarche vers l'humilité,
une condition essentielle pour profiter d'une réelle communication avec
Dieu. Mais c'est aussi comprendre qu'il y a en nous une part de ce Dieu
qui fait de nous des créatures nobles : “Tu es Ma forteresse”...“Tu es
Ma lampe”.. “en toi J'ai placé l'essence de Ma lumière”...“Tu es Mon
empire”.. “Tu es Ma gloire”...“J'ai insufflé en toi Mon propre Esprit”...
Ainsi Bahá’u’lláh exprime-t-Il dans les Paroles Cachées cette proximité
avec Dieu – toute relative - dont nous ne sommes pas toujours
conscient.

Si l'essence de Dieu est inconnaissable, nous connaissons au moins Ses
attributs. Ceux-ci nous sont connus d'une part par la vie et les enseigne-
ments des Manifestations divines et d'autre part par le fait que nous pos-
sédons ces mêmes attributs, créant donc une intime proximité – même
imparfaite – que nous ne soupçonnons pas mais qui est pourtant le lien
invisible qui nous relie à Dieu (Il est cependant très important de bien
comprendre, avec le passage ci-dessous, que la proximité dont nous
parlons n'est pas une proximité spatiale car Dieu n'occupe aucun es-
pace.: “Considérant ce que Dieu a révélé, à savoir que “Nous sommes

67 Florilèges, XXVII
68 Bahá’u’lláh, Tarázát
32 Au cœur de l'Existence

plus près de l'être humain que son artère vitale,” le poète, faisant allu-
sion à ce verset, établit que... malgré ma certitude de cette réalité et la
reconnaissance de mon rang, je suis pourtant encore si éloigné de Lui.
Il entend par là que son cœur, qui est le siège du Très-Miséricordieux et
le trône où demeure la splendeur de Sa révélation, est oublieux de son
Créateur, s'est écarté de Son sentier, s'est coupé de Sa gloire et est ma-
culé de la souillure des désirs terrestres.” Et cette proximité est encore
plus forte que celle que nous pouvons imaginer : “De plus, observe
comme l'être humain est souvent oublieux de son propre moi, tandis
que Dieu, par Sa connaissance qui englobe tout, reste conscient de Sa
créature et continue à répandre sur elle le manifeste rayonnement de Sa
gloire. Il est dès lors évident qu'en de telles circonstances, Il est plus
proche de lui que son propre moi. En vérité, Il le restera à tout jamais
car, alors que le seul vrai Dieu connaît toutes choses, perçoit toutes
choses et comprend toutes choses, l'être humain mortel est enclin à
s'égarer et est ignorant des mystères qui sont dissimulés en lui...”69

Reconnaître le dieu en nous

Chacun se crée donc sa propre image personnelle de Dieu en fonction
de son imagination, alors que “le seul vrai Dieu est en Lui-même exalté
au-delà et au-dessus de toute proximité et éloignement. Sa réalité trans-
cende de telles limitations. Sa relation avec Ses créatures ne connaît
pas de niveaux. Que certaines soient proches et d'autres soient loin-
taines doit être attribué aux effets manifestés eux-mêmes.”70 Cette proxi-
mité est pourtant ce que nous recherchons lorsque nous prions, au point
même de considérer Dieu comme nous appartenant individuellement et
de le tutoyer : “Ô mon Dieu ! Je porte témoignage que Tu m'as créé...”
Il y a création d'un lien intime où mon Dieu n'est pas le même que Celui
de mon voisin, un lien encore renforcé par le fait que la prière se fait en
privé : “La raison pour laquelle le caractère privé a été enjoint pendant
les moments de dévotion est que tu puisses donner toute ton attention au
souvenir de Dieu, que ton cœur puisse en tout temps être animé par Son
Esprit et ne soit pas séparé comme par un voile de ton Bien-aimé. Que

69 Florilèges, XCIII
70 Florilèges, XCIII
Le Verbe de Dieu 33

ta langue ne se contente pas de belles paroles tandis que ton cœur n'est
pas en phase avec l'exalté Sommet de gloire et le Point focal de la com-
munion.”71 De plus, “La prière n'a nul besoin d'être en paroles, mais
plutôt d'être en pensée et en attitude. Mais si l'amour et le désir
manquent, il est inutile d'essayer de les forcer. Des mots sans amour ne
veulent rien dire. Si une personne vous parle comme si c'était une obli-
gation, sans amour ni plaisir lors d'une réunion avec vous, aurez-vous
envie de converser avec elle ?”72

L'important est donc d'être dans une disposition telle que notre récepti-
vité spirituelle soit au bon diapason, à savoir être mu par l'amour et le
désir de communiquer avec Dieu, dans un état de joie radieuse. “La
prière la plus acceptable est celle offerte avec la plus grande spirituali-
té et rayonnement ; sa prolongation n'a jamais été et n'est pas aimée
par Dieu. Plus la prière est détachée et pure, plus elle est acceptable en
présence de Dieu.” C'est notre degré de sincérité qui donnera toute sa
puissance à notre prière, et la méditation qui s'ensuivra n'en sera que
renforcée : "L'inspiration reçue par la méditation est d'une nature que
l'on ne peut mesurer ou déterminer. Dieu peut inspirer à notre esprits des
choses dont nous n'avions pas préalablement connaissance, s'Il le dé-
sire."73 “Quiconque récite les versets révélés par Dieu dans l'intimité de
sa chambre, verra dispersé au loin, par les anges diffuseurs du Tout-
Puissant, le parfum des mots prononcés par sa bouche et fera battre le
cœur de toute personne intègre. Pourtant bien que de prime abord il
reste inconscient de ses effets, la vertu de la grâce qui lui est accordée
doit nécessairement tôt ou tard exercer son influence sur son âme.”74

L'image de Dieu que nous créons en notre esprit est celle que suscitent
en nous les noms et attributs divins, dans la mesure où nous avons
conscience de leur influence et pouvoir particuliers. Voici un exemple
concernant la compassion de Dieu : “Quiconque a été transporté par

71 Selections from the Writings of the Báb”, pp. 93–94)
72 Report of ‘Abdu’l-Bahá’s words as quoted in J. E. Esslemont, “Bahá’u’lláh and the
New Era”, p. 94
73 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer, January
25, 1943
74 Florilèges, CIIIVI
34 Au cœur de l'Existence

l'extase née de l'adoration pour Mon Nom, le Plus Compatissant, réci-
tera les versets de Dieu de manière telle qu'ils captivera le cœur de
ceux qui sont encore drapés dans le sommeil.”75 Chaque nom ou attribut
en appelle à un pouvoir ou une influence particuliers et leur invocation
est fréquente : “Je T'implore, par Ton nom ..miséricordieux, glorieux,
omniscient,... ”. Parmi tous ces noms, il en est un qui dépasse tous les
autres, le mot Bahá, qui semble doté de tous les pouvoirs : Ton Nom
(Bahá), par lequel... suivi d'un ensemble d'expressions comme par
exemple : “par lequel Tu as assujetti les vents”, ou “par lequel Tu as
révélé Ton propre Moi...” Ce ne sont pas les exemples qui manquent
mais tous renvoient à la force créatrice, protectrice, aimante, etc. du
Verbe de Dieu. Par ailleurs, de très nombreux passages se terminent par
une série d'attributs. C'est la raison pour laquelle il est préférable d'utili-
ser les prières révélées : "Lorsque nous prions, il est préférable de tour-
ner nos pensée vers la Manifestation étant donné qu'Il continue, dans
l'autre monde, à être notre moyen de contact avec le Tout-Puissant."76

Les limitations

Ceci malheureusement ne veut pas dire que les êtres humain peuvent
maintenant accéder à la signification profonde, réelle, de la Parole qui,
tout comme Dieu, reste en dehors de la compréhension humaine :
“Quelles que soient les hauteurs où puissent voler l'esprit des êtres hu-
mains les plus exaltés, aussi grandes que soient les profondeurs que
peut atteindre un cœur compréhensif et détaché, de tels esprits et cœur
ne pourront jamais transcender ce qui est la créature de leurs propres
conceptions et le produit de leurs propres pensées. Les méditations du
plus perspicace penseur, les dévotions du plus saint des saints, les plus
hautes expressions de louange de la plume ou de la langue humaines,
ne sont que le reflet de ce qui a été créé en eux-mêmes par la révéla-
tion du Seigneur, leur Dieu. Quiconque réfléchit en son cœur à cette vé-
rité admettra aisément qu'il y a certaines limites qu'aucun être humain

75 Kitáb-i-Aqdas § 150
76 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to the National Spiritual
Assembly of India, April 27, 1937
Le Verbe de Dieu 35

ne peut potentiellement transgresser.”77

En effet, “L'être humain a un double rang : l'un est lumineux, l'autre
sombre ; l'un appartient au royaume du Divin, l'autre au monde de la
nature ; l'un est porté vers les vertus célestes, l'autre vers des qualités
diaboliques. Car l'être humain se trouve sur la ligne de démarcation
entre la lumière et l'obscurité. Dans le cercle de l'existence, il est situé
au point le plus bas, qui marque à la fois la fin de l'arc de descente et le
début de l'arc d'ascension. Pour cette raison, il est libre de se tourner
dans l'une ou l'autre direction : vers la lumière ou l'obscurité, vers
l'ignorance ou la guidance – selon celle qui prédomine. Si la faculté ra-
tionnelle prédomine, l'être humain brille radieusement et occupe un
rang élevé dans les royaumes supérieurs. Et si le moi et la nature infé-
rieure prédominent, le résultat serra l'obscurité et il tombera dans le
feu le plus bas.”78

Même en admettant que dans le futur l'être humain puisse comprendre
beaucoup plus de choses, les limites seront toujours présentes : “Qu'im-
mense est la multitude de vérités que le vêtement des mots ne peut ja-
mais contenir ! Que vaste est le nombre de vérités telles qu'aucune ex-
pression ne peut décrire, dont la signification ne peut jamais être dévoi-
lée et auxquelles même les plus lointaines allusions ne peuvent être
faites !” Comme le dit Bahá’u’lláh, s'adressant aux bábís: “Ces mots
sont à votre mesure, pas à celle de Dieu.”79

Il est indéniable que l'idéal, qui donne accès à toute la profondeur et à
l'intimité même de la Parole, c'est de l'écouter ou la lire dans sa langue
originale, l'arabe ou le persan. “Nous nous sommes précédemment réfé-
ré à ce sujet dans des passages révélés dans la langue arabe, un lan-
gage d'une exquise beauté.”80 “L'arabe et le persan sont tous deux
louables. Ce qui est souhaité d'un langage, c'est qu'il transmette l'inten-
tion de l'orateur et ces deux langues peuvent servir ce dessein.”81 Il est
77 Florilège, CLVIII
78 Light of the world 29:4
79 Kitáb-i-Aqdas § 176
80 Florilèges, CXXXVII
81 Bahá’u’lláh, Tabernacle de l'unité, 1:7
36 Au cœur de l'Existence

évident qu'il y a dans une langue un pouvoir fédérateur très important.
Dans les pays où circulent de nombreux dialectes, il existe toujours une
langue dite nationale qui permet à tous de communiquer. L'adoption
d'une langue commune pour tous au niveau mondial est plus qu'un
simple principe, on pourrait dire qu'il s'agit d'une étape absolument es-
sentielle si l'on veut que l'humanité soit une seule famille: “Ô membres
des parlements de par le monde ! Choisissez une langue unique pour
l'usage de tous sur terre, et adoptez de même une écriture commune.
Dieu, en vérité, vous fait comprendre ce qui vous profitera et vous ren-
dra capables d'être indépendants des autres....Ceci sera la cause de
l'unité, puissiez-vous l'appréhender, et le plus grand instrument pour
promouvoir l'harmonie et la civilisation, si seulement vous pouvez com-
prendre !”82 En attendant, il faut essayer de traduire les Écrits avec le
plus de justesse possible, pour qu'il y ait non seulement une compréhen-
sion correcte, mais également pour que les sentiments ou émotions
soient préservés. Et malheureusement, il arrive parfois qu'il n'existe au-
cun équivalent – en français par exemple – pour traduire correctement le
mot arabe ou persan, ce qui oblige parfois à traduire par plusieurs mots
ou une phrase.

Une des plus grandes difficultés réside également dans le fait que la Pa-
role divine telle que révélée par Bahá’u’lláh, à la fois éloquente (arabe)
et lumineuse (persan), est d'une grande concision, richesse et précision,
alors que nous assistons en ce moment à un appauvrissement du langage
courant. Il ne s'agit pas tellement de l'orthographe et de la grammaire,
mais plutôt d'une réduction du vocabulaire et plus encore d'une mécon-
naissance du sens des mots. C'est pourquoi beaucoup trouvent les Écrits
difficiles à lire et à comprendre, alors que ceux qui y parviennent attein-
dront une grâce particulière : “Béni est celui qui découvre le parfum
des significations intérieures dans les traces de cette Plume...Glorifié
soit le Très-Miséricordieux, le Révélateur d'une si inestimable bonté.”83
La Révélation contient énormément de perles de sagesse et de connais-
sance, mais la seule façon de les trouver est de s'immerger dans les
Écrits, les analyser et les méditer : “Immergez-vous dans l'océan de Mes

82 Kitáb-i-Aqdas § 189
83 Ibid. § 158
Le Verbe de Dieu 37

mots (ou Paroles), afin que vous puissiez en élucider les secrets, et dé-
couvrir toutes les perles de sagesse qui gisent cachées dans ses profon-
deurs.”84 À ce sujet, il y a un élément d'une importance capitale que
chacun devrait avoir en permanence à l'esprit : “Récitez les versets de
Dieu chaque matin et chaque soir. Celui qui ne le fait pas n'a pas été fi-
dèle à l'Alliance de Dieu et à Son Testament, et quiconque se détourne
de ces versets sacrés en ce Jour est de ceux qui de toute éternité se sont
détournés de Dieu. Craignez Dieu, ô Mes serviteurs, tous sans excep-
tion.”85 Chacun en tirera ses propres conclusions et en soupèsera les
conséquences.

Transcender le son

Il est curieux de constater que de mêmes objets ou concepts abstraits
peuvent correspondre à des mots ayant une vibration sonore différente
selon la langue. Par exemple, le sentiment de transcendance représenté
par le mot Dieu est le même si on prononce God, Zoti, Boje, Theos,
Alláh, Dios, Mawu,... C'est d'ailleurs cela qui est important en ce qui
concerne la Parole révélée : quelle que soit la langue dans laquelle elle a
été traduite, elle doit en principe exprimer le même concept, amener à la
même compréhension et au même ressenti. C'est ainsi que ceux qui ont
une grande sensibilité spirituelle seront touchés par une prière dans une
langue qu'ils ne connaissent pas. Il faut remarquer à cet égard que de-
puis Abraham, toutes les révélations ultérieures ont été faite dans une
langue sémitique (hébreu, araméen, arabe). Ce n'est qu'à partir du Báb
qu'il y a eu apport d'une langue indo-européenne (le persan). Nous
sommes dès lors amenés à écouter souvent les Écrits récités en arabe et
en persan. Avec l'habitude, nous devenons de plus en plus réceptifs aux
sonorités et à la mélodie de la récitation. Ceci est d'autant plus important
qu'il s'agit des deux langues de la Révélation et qu'aucune traduction ne
rendra suffisamment justice à la beauté et à la puissance du texte origi-
nal.

Remarquons par ailleurs que ce qui nous touche et a la capacité d'in-

84 Ibid. § 182
85 Kitáb-i-Aqdas, § 149
38 Au cœur de l'Existence

duire en nous des émotions, négatives ou positives, sont toutes des vi-
brations. Le processus est différent en ce qui concerne les odeurs (odo-
rat et goût), mais dans chacun de ces cas, il y a production d'influx ner-
veux électriques reconnus par différentes zones du cerveau. Tout sera
fonction de la façon dont le cerveau interprète ces signaux, cela dépen-
dant des relations établies pendant la gestation et la prime enfance où se
fait l'association entre zones du cortex et sons, couleurs, et expériences
soit heureuses soit tristes ou même douloureuses. C'est pourquoi la per-
ception de ces éléments varie d'une personne à l'autre. Une musique
peut laisser tout à fait indifférent ou susciter une profonde émotion, po-
sitive ou négative selon le vécu de chacune.

Avec ces facultés d'abstraction, nous entrons de plein pied dans le
monde de la transcendance, c'est à dire de choses que nous ressentons
sans pouvoir les expliquer mais qui donnent la sensation d'élever l'âme
vers des mondes inconnus. La parole, la musique, ont ceci de particulier
qu'elles peuvent induire à la fois un envol de l'esprit vers le transcendant
et simultanément une descente au plus profond de nous-même, dans la
mesure où nous avons appris à ouvrir notre sensibilité. Opposé à l'im-
manent, le transcendant est ce qui est au-delà, ce qui dépasse, surpasse,
en étant d'un tout autre ordre. Cette rencontre particulière se reflète dans
ces paroles : “Nous leur montrerons certainement Nos signes dans le
monde et au sein d'eux-mêmes.” “Et aussi en votre propre moi : ne ver-
rez-vous pas les signes de Dieu ?” “Il a connu Dieu celui qui s'est
connu lui-même.”86

Lorsque cette rencontre entre le Verbe et notre âme a lieu, il se passe
alors la chose sans doute la plus merveilleuse : “Ceux qui récitent les
versets du Très-Miséricordieux dans les plus mélodieux des tons perce-
vront en eux ce avec quoi la souveraineté du ciel et de la terre ne peut
jamais être comparée. D'eux ils inhaleront le parfum divin de Mes
mondes – mondes qu'aujourd'hui personne ne peut discerner, sauf ceux
qui ont été dotés de vision grâce à cette splendide, cette sublime Révéla-
tion.”87 “Observe la connexion qui existe entre l'esprit de l'être humain

86 Kitáb-i-Íqán
87 Kitáb-i-Aqdas § 116
Le Verbe de Dieu 39

et les vibrations de l'air, et comment celles-ci peuvent le transporter
dans un autre état...Cette relation intime entre toutes les choses créées
est alors destinée à donner naissance à des influences et effets spiri-
tuels.”88

En effet, nous cherchons à comprendre l'influence déterminante du
Verbe divin dans la création de l'univers. Bahá’u’lláh révèle que
“Chaque chose doit nécessairement avoir une origine et chaque
construction un constructeur. En vérité, le Verbe de Dieu est la Cause
qui a précédé le monde contingent – un monde orné des splendeurs de
l'Ancien des Jours, et qui pourtant est à tout moment renouvelé et régé-
néré.” Malheureusement, la nature même de ce Verbe, son essence, n'est
pas à la portée de notre imagination et dépasse les capacités purement
cognitives de l'être humain. “Sache que le Verbe de Dieu est plus élevé
et de loin supérieur à ce que les sens peuvent percevoir, car il est sanc-
tifié au-delà de toute propriété ou substance. Il transcende les limita-
tions des éléments connus et est exalté au-delà de toutes les substances
essentielles et identifiées...C'est une entité très éloignée de tout ce qui
fut et sera.”89

Que savons-nous jusqu'ici ? Nous qualifions du mot Dieu une Essence
inconnaissable, absolue, infinie, non incarnée, qui subsiste par Elle-
même et qui, par le biais de Sa Volonté, est la Cause de l'existence de
tout ce qui existe. Nous ne pouvons en avoir un semblant de connais-
sance qu'en connaissant Ses attributs, qui sont possédés et reflétés par la
nature, l'univers connu et chaque être humain, à des degrés divers.
Ceux-ci trouvent leur perfection dans des êtres humains qui manifestent
la Volonté divine et qui ont pour mission de nous transmettre la Parole
de Dieu d'époque en époque, selon un mandat que nous appelons Al-
liance divine. Nous appelons ces êtres parfaits : Manifestations de Dieu.
L'être humain, ne pouvant avoir un accès direct à la compréhension de
la Parole divine, Sa Parole est articulée, prononcée, écrite, par les Mani-
festations de Dieu, et elle exerce un pouvoir régénérateur au sein de l'or-
ganisation sociale des êtres humains. Elle a le pouvoir d'imprimer un

88 ‘Abdu’l-Bahá, LSA,
89 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
40 Au cœur de l'Existence

certain sens, nouveau, à l'évolution de la pensée humaine et aux actes
qui en découlent. Seules les Manifestations de Dieu ont la capacité
d'avoir directement accès à cette Parole, à la comprendre et à la trans-
mettre avec une autorité absolue, exclusive et indiscutable.

Le Livre Vivant

L'expérience la plus incroyable que puisse vivre un être humain est de
côtoyer une Manifestation divine. Imaginez vous retrouver en présence
de Jésus ou Muḥammad ! Voici ce que disait le Báb en ce qui concerne
Bahá’u’lláh : “Si vous atteigniez la présence de Celui que Nous ren-
drons manifeste, priez Dieu, en Sa bonté, d'accorder qu'Il daigne s'as-
seoir sur vos divans, car cet acte en lui-même vous conférerait un hon-
neur incomparable et sans pareil. S'Il buvait une coupe d'eau dans vos
maisons, ceci serait d'une plus grande conséquence pour vous que si
vous présentiez à chaque âme, non, à chaque chose créée, l'eau de sa
propre vie. Sachez cela, ô vous Mes serviteurs !”90 C'était en ce moment
l'occasion d'accéder à la Parole divine de façon tout à fait directe, avec
ses intonations, son débit, ses silences, ses émotions et toute sa puis-
sance. “Prenez garde de n'être empêchés par ce qui a été rapporté dans
le Livre d'écouter celui-ci, le Livre Vivant, qui proclame la vérité : “En
vérité, il n'y a pas d'autre Dieu que Moi, le Plus Excellent, le Très-
Loué.”91

Voici un témoignage rapporté par A. Taherzadeh :

Au moment de la révélation, la force impétueuse de l'Esprit
Saint, produisait des effets physiques subjuguants. Un être hu-
main ordinaire est submergé lorsqu'il reçoit des nouvelles d'une
portée exceptionnelle ; combien plus alors le temple humain de
la Manifestation de Dieu est-il affecté quand Il devient le canal à
travers lequel l'Esprit Saint se déverse sur l'humanité !
Seul Son secrétaire [Mirza Aqa Jan] avait l'autorisation d'être
présent au moment de la révélation, mais de temps en temps

90 Kitáb-i-Aqdas § 135
91 Kitáb-i-Aqdas § 134
Le Verbe de Dieu 41

quelques croyants pouvaient rester pendant un court instant.
Ceux qui avaient reçu ce privilège ont témoigné d'une gloire et
d'un rayonnement particuliers qui émanaient de Lui. Sa transfi-
guration était si impressionnante que beaucoup étaient inca-
pables de regarder Son visage. On raconte que l'un des effets de
la révélation sur Bahá’u’lláh était qu'Il restait pendant un certain
temps dans un état d'exaltation qui le rendait même incapable de
manger. Les mots sacrés coulaient de Ses lèvres tandis qu'Il ar-
pentait la pièce et que Son secrétaire les enregistrait.

Mirza Aqa Jan possédait plusieurs plumes [calames] bien cou-
pées et pointues, de l'encre et du papier. Le flot de versets du ciel
de la Révélation était rapide. C'était vraiment comme un océan
se gonflant rapidement. Mirza Aqa Jan écrivait aussi vite que
possible – si vite que parfois la plume sautait hors de sa main. Il
prenait alors immédiatement une autre plume. Parfois il ne pou-
vait suivre et disait : Je suis incapable d'écrire. Alors la Perfec-
tion bénie répétait ce qu'Il venait de dire.

A cela s'ajoutait même le son de la plume qui court sur le papier. Les
écritures arabe et persane sont communément écrites avec des calames.
Ce type de plume rend souvent un son strident quand elle est utilisée
dans un certains sens. Le calligraphe peut contrôler ce son jusqu'à un
certain point. Par exemple, il peut faire en sorte que le son accompagne
l'écriture d'un trait ou d'une courbe tout au long. Ce son ne révèle pas
seulement la mesure dans laquelle une seule lettre a été dessinée, mais
entraîne également des sentiments d'excitation du calligraphe et des ob-
servateurs. Bahá’u’lláh, dans de nombreuses Tablettes, fait référence à
la Plume la plus exaltée et à sa sonorité stridente, signifiant par là la
Manifestation de Dieu et Sa Révélation. Cette expression symbolise
également la proclamation de Son message parmi tous les peuples du
monde. La Parole de Dieu était dès lors reçue dans la totale plénitude de
ses effets.

Bahá’u’lláh s'exprime d'ailleurs au sujet du Livre le Plus Saint d'une fa-
çon très révélatrice :“Par ma vie ! Il a été envoyé d’une manière qui
42 Au cœur de l'Existence

stupéfie la raison de l’humain. Il est vraiment mon témoignage le plus
puissant pour tout le monde, et la preuve du Très-Miséricordieux pour
tous ceux qui sont au ciel et tous ceux qui sont sur terre ”92 ? Il y a donc
dans la Révélation une espèce de pouvoir magique et mystérieux qui est
loin au-delà des discours des plus grands orateurs.

Et nous avons cette chance, unique dans l'histoire religieuse du monde,
de posséder les textes originaux de la Révélation. Ceux-ci sont préser-
vés avec d'infinies précautions au Centre mondial à Haïfa.

Le style

Toute Dispensation religieuse est faite via la révélation de versets, c'est
à dire de petits paragraphes numérotés, de quelques lignes, présentant le
plus souvent un sens complet, divisant certains textes sacrés.

Le style de Bahá’u’lláh, assez différent de la Bible ou du Qur’án, est un
mélange de prose et de poésie, usité par les grands auteurs arabes et ap-
pelé communément prose rimée. Ses expressions possèdent une intégri-
té et une absolue précision qui dépassent les limites de l'analyse litté-
raire. L'usage saisissant est fait de comparaisons, métaphores, métony-
mies, et d'autres embellissements linguistiques. Bahá’u’lláh explique
ceci : “Dis : Nous avons révélé Nos versets en neuf styles différents,
chaque style signifiant la souveraineté de Dieu, Celui qui Subsiste à ja-
mais, Qui détermine ce qui est vrai ou faux.”

Bien qu'aucune élucidation de ces « neuf styles différents » n'ait coulé
de la Plume de Bahá'u'lláh Lui-même, ils ont été provisoirement identi-
fiés par l'érudit bahá'í distingué Jináb-i-Fádil-i-Mázindaráni comme
suit :

1. Tablettes avec le ton du commandement et de l'autorité.
2. Celles avec le ton de servitude, humilité et supplication.
3. Les Écrits portant sur l'interprétation des Écritures anciennes,
croyances religieuses et doctrines du passé.

92 Bahá’u’lláh cité dans Dieu passe près de nous.
Le Verbe de Dieu 43

4. Les Écrits dans lesquels les lois et ordonnances ont été enjointes pour
cet âge et les lois du passé abrogées.
5. Les Écrits mystiques.
6. Les Tablettes concernant les matières de gouvernement et d'ordre
mondial, et celles adressées aux rois.
7. Les Tablettes portant sur les sujets de l'étude et de la connaissance, de
la philosophie divine, des mystères de la création, de la médecine, de
l'alchimie, etc.
8. Les Tablettes exhortant les hommes à l'éducation, au caractère droit et
aux vertus divines.
9. Les Tablettes portant sur les enseignements sociaux.

Malheureusement, c'est seulement dans la langue de leur révélation que
l'on peut apprécier complètement ce mélange de prose et poésie. En
voici deux exemples utilisant la translittération bahá’íe :
“kadhalika kána ’l-amru min maṭla‘i ’l-jamál fí lawḥi ’l-jaláli bi ’l-ijlá-
li marquman”
(Ainsi l'Orient de la Beauté en a-t-Il inscrit le décret avec majesté dans cette glorieuse
Tablette.)93
“ ...fí ’l-asḥári dhákiran mutadhakkiran mustaghfiran..”.
(...concentrant ses pensées vers Dieu, absorbé dans Son souvenir, et sup-
pliant Son pardon...)94

Au commencement...

“Considère le moment où la suprême Manifestation de Dieu se révèle
en personne aux êtres humains. Avant que vienne ce moment, l'Être
Ancien, encore inconnu des êtres humains, et qui n'a pas encore donné
voix au Verbe de Dieu, est Lui-même l'Omniscient dans un monde dénué
de tout être qui l'a connu. Il est en réalité le Créateur sans création.
Car au moment même qui précède Sa Révélation, chaque chose créée
sera amenée à livrer son âme à Dieu.”95

Nous voici donc plongés dans le plus grand des mystères : quel est l'élé-
93 Kitáb-i-Aqdas § 68
94 Kitáb-i-Aqdas § 115
95 Florilèges, LXXVIII
44 Au cœur de l'Existence

ment ou l'événement qui a déclenché la création ? Comment concevoir
le concept de préexistence ? Car il ne suffit pas que Dieu ait, par Sa Vo-
lonté, décidé de créer un monde, encore faut-il que cette volonté soit tra-
duite en réalité. Ce point est à la base de la réflexion de nombreux phi-
losophes, théologiens mais également scientifiques. Dans ce qui suit,
nous allons essayer de voir si des similitudes entre création matérielle et
spirituelle peuvent être dégagées, tout en sachant que les théories philo-
sophiques varient entre elles et que les recherches scientifiques sont
sans cesse remises en cause. En fait, tout a commencé par un mot, qui
lui-même exprime la Volonté de Dieu.

Une des premières clés pour comprendre la création de notre monde est
d'assimiler le fait qu'il n'est pas le seul : “...la création de Dieu englobe
des mondes en dehors de ce monde et des créatures à part ces créa-
tures. Dans chacun de ces mondes, Il a ordonné des choses que nul ne
peut sonder excepté Lui...Dans ces mondes, les mystères de la Sagesse
divine ont été précieusement gardés.”96 “Le monde de l'existence a tou-
jours été car il n'est pas confiné à ce globe terrestre.”97

Il faut par ailleurs faire la distinction entre ce que nous appelons le
monde – univers connu, terre, êtres humains – et le concept d'existence,
qui englobe tout ce qui existe depuis le commencement qui n'a pas de
commencement. Par contre, le monde dans lequel nous vivons et que
nous étudions a – en tant que chose composée – un début et une fin. La
science estime à environ 14 milliards d'années la naissance de notre uni-
vers. “Si l'univers était un pur néant, l'existence n'aurait pu être réali-
sée. Il est donc évident qu'au début la matière était une et que cette ma-
tière unique est apparue sous plusieurs formes en chaque élément. Ainsi
diverses formes sont apparues et au fur et à mesure qu'elles sont appa-
rues elles ont chacune assumé une forme indépendante et sont devenues
un élément spécifique. Les existences universelles peuvent être assimi-
lées et comparées à des existences particulières car toutes deux sont su-
jettes à un seul ordre naturel, une loi universelle et un seul arrangement
divin.”98 En science, le chanoine Georges Lemaître, à l'origine du
96 Florilèges, LXXIX
97 LSA, 38
98 LSA, 47
Le Verbe de Dieu 45

concept d'expansion de l'univers avait qualifié le début de notre univers
comme étant un atome primitif, qui s'est ensuite diversifié jusqu'à at-
teindre toutes les formes que nous connaissons actuellement. Et un seul
regard à l'organisation et au fonctionnement du cosmos et des particules
subatomiques est suffisant pour se rendre compte de la similitude entre
infiniment grand et infiniment petit.

Il existe une tradition bien connue dans l'Islam – attribuée à ‘Alí, le pre-
mier Imám et successeur légal de Muḥammad – disant que l'essence de
toutes les Écritures des Dispensations passées peut être trouvée dans le
Qur’án, que le Qur’án lui-même est contenu en son entièreté dans le
chapitre d'ouverture, que ce chapitre est incorporé dans le premier ver-
set, que le premier verset est inclus dans son entièreté dans la première
lettre (B), et que tout ce qui est dans cette lettre est condensé dans le
point qui se trouve en dessous du B (voir ci-dessous : le Point). Donc
d'un côté un atome primitif et de l'autre un Point originel. Une première
convergence ? En tout cas, un principe primordial : à partir d'un noyau
central, il y a eu diversification. Ceci indique en tout cas clairement que
le Verbe de Dieu est transcendant de nature et loin au-delà de la compré-
hension humaine.

Certains, agnostiques ou athées, préfèrent considérer que l'origine de la
création est la Nature elle-même, ou que Dieu est dans la Nature. Voici
ce qu'en dit Bahá’u’lláh : “Ceux qui ont rejeté Dieu et s'attachent fer-
mement à la Nature telle qu'elle est en elle-même, sont véritablement
dénués de connaissance et de sagesse. Ils sont vraiment de ceux qui
sont dans l'erreur. Ils ont échoué à atteindre le sommet majestueux et
n'ont pas été à la hauteur de l'objectif ultime ; c'est pourquoi leurs yeux
furent fermés et que leurs pensées différaient, tandis que les dirigeants
en leur sein ont cru en Dieu et en Son invincible souveraineté.”

La réalité est la suivante : “Dis : La nature en son essence est l'incarna-
tion de Mon Nom, le Façonneur, le Créateur. Ses expressions se sont di-
versifiées sous l'effet de causes variables et dans cette diversité il y a
des signes pour les êtres clairvoyants. La nature est la Volonté de Dieu
et son expression à l'intérieur et à travers le monde contingent. C'est
46 Au cœur de l'Existence

une dispensation de la Providence ordonnée par l'Ordonnateur, le Très-
Sage. Si quelqu'un affirmait que c'est la Volonté de Dieu telle que mani-
festée dans le monde de l'existence, personne ne devrait contester cette
assertion. Elle est dotée d'un pouvoir dont la réalité ne peut être saisie
par les gens instruits. En vérité une personne clairvoyante ne peut y
percevoir rien d'autre que la splendeur de Notre Nom, le Créateur. Dis :
ceci est une existence qui ne connaît aucun déclin et la Nature elle-
même est plongée dans la confusion devant ses révélations, ses convain-
cantes évidences et sa resplendissante gloire qui a englobé l'univers.”99

La Volonté première
Ayant défini le mot Dieu ; ayant pris connaissance de la mission et des
pouvoirs des Manifestations de Dieu ; ayant analysé l'influence de la Pa-
role divine sur tout ce qui est créé ; ayant décrit le rôle de l'esprit et du
cœur dans la compréhension de cette Parole ; ayant établi certaines hy-
pothèses quant aux échanges avec Dieu via la prière et la méditation ; il
nous reste à analyser comment la création a pris naissance. Cette ana-
lyse sera très succincte et n'a aucunement l'intention d'entrer dans le dé-
tail des concepts philosophiques et avancées scientifiques concernant la
pré-existence, la causalité, la nature de la création, etc, toutes notions
extrêmement complexes. De même, il n'entre pas dans le cadre de cet
essai de parler des différents mondes de Dieu. Le dessein est simple-
ment d'attirer l'attention sur ce que nous apportent les textes bahá’ís en
cette matière.

“Chaque chose doit avoir une origine, et chaque construction un
constructeur. En vérité, le Verbe de Dieu est la Cause qui a précédé le
monde contingent...”100, dit Bahá’u’lláh. En l'occurrence, il s'agit ici de
l'action provoquée par un seul mot, un commandement, qui n'est autre
que l'impératif du verbe être à la deuxième personne du singulier : Sois !
L'original arabe est kun !, formé de deux lettres : káf et nún. “Tout ce
qui se trouve au ciel et tout ce qui se trouve sur terre est venu à l'exis-
tence à Son ordre, et par Sa volonté tout est passé du néant absolu au
99 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
100Ibid.
Le Verbe de Dieu 47

royaume de l'existence.”101 Il est à noter que c'est au moment même où
la création devient réalité, que le temps et l'espace apparaissent.

En Dieu, l'Unique, il n'y a pas de dualité car Son existence est identique
à Son essence et vice-versa. C'est au niveau de la Volonté première, ou
Monde du Commandement, que la dualité de l'existence et de l'essence,
de la matière et de la forme, apparaît. Ces deux principes sont symboli-
quement exprimés par ces deux lettres, Káf et Nún. Le Báb affirme que
“Par le 'K' Dieu a créé la matière de toutes choses et que par le 'N' Il
a créé la forme de toutes choses.”102 Rien dans la création n'existe qui
ne soit un effet composite de ces deux principes actifs et récepteurs.
Bahá’u’lláh précise que “Le monde de l'existence a vu le jour par l'in-
termédiaire de la chaleur (al-ḥarárat) engendrée par l'interaction entre
la force active (al-fá`il) et son réceptacle. (al-munfa`il ). ...”103 “Ô
Amín, la cause du mouvement (harakah) a toujours été la chaleur et la
cause de la chaleur est le Verbe de Dieu.”104 “Káf représente la condi-
tion de Mashíyyat (Volonté Première) et Nún représente la condition de
Irádih (Dessein); Mashíyyat est le Père des choses et Irádih la
Mère. . . . Avec Káf Dieu a créé la substance [Máddíyyih] de toutes
choses et avec Nún Dieu a créé la forme [Súrat] de toutes choses.”105

Voici un commentaire de ‘Abdu’l-Bahá à ce sujet : “La matière pre-
mière des êtres contingents est le pouvoir éthérique qui est invisible et
ne peut être établi qu'avec ses effets tels que l'électricité, la chaleur et
la lumière qui sont des vibrations de cette matière. ..La matière éthé-
rique est elle-même à la fois la force active et le réceptacle ; en d'autres
mots, dans le monde de ce qui existe corporellement elle est le signe de
la Volonté Première. Dieu a créé l'être humain par la Volonté et Il a
créé la Volonté au moyen d'elle-même. C'est pourquoi cette matière
éthérique est, d'une certaine façon, la force active puisque la lumière, la
chaleur et l'électricité proviennent d'elle. Elle est aussi le réceptacle car
alors que les vibrations y prennent place, elle devient visible. Par
101 Ibid.
102Le Báb, cité dans Afnán, "Tafsír-i-Bismilláh," p. 126)
103 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
104 Bahá’u’lláh, cité dans Ra’fatí, ‘Andalíb 5.19:36.
105 Le Báb, Tafsír-i Bismi’lláh
48 Au cœur de l'Existence

exemple, la lumière est une vibration apparaissant dans cette matière
éthérée. De ces vibrations, le pouvoir de vision est concerné et le résul-
tat est la vue. De même des vibrations apparaissent dans l'air et le tym-
pan est stimulé. L'effet est le son et le résultat est l'ouïe.”106

Ce que l'on peut comprendre, c'est que, au sein de cette vibration, cette
sonorité unitaire kun, il existe une polarité inhérente entre un composant
actif et un autre passif : l'actif ordonne l'existence ; le passif est la ma-
trice contenant toutes les possibilités de formes. L'existence a été dotée
de la potentialité sans fin de former les essences des êtres particuliers.
Jusqu'ici la création est sans doute perpétuelle, intemporelle ; toutes les
créations possibles pour tous les instants sont là, et pourtant rien n'est
matérialisé, sélectionné pour une existence présente.

Dès lors, la Volonté de Dieu, bien que née d'une cause, est co-éternelle
avec Dieu et précède le temps et l'espace. Le temps et l'espace se dé-
ploient d'elle en tant qu'effets nécessaires. C'est l'acte par lequel Dieu,
en tant qu'agent, appelle le reste de la création à l'existence, comme
mentionné dans des versets coraniques tels que “Lorsque Dieu décrète
une chose, Il n'a qu'à lui dire Sois ! Et cela est.”107

“La substance et la matière première des êtres contingents est le pou-
voir de l'éther108, qui est invisible et ne peut être connu que par ses ef-
fets tels que l''électricité, la chaleur et la lumière – qui sont les vibra-
tions de ce pouvoir, établi et prouvé en philosophie naturelle et connu
comme substance immatérielle (éthérique) [ máddiy-i- athíríyyih]. Cette
substance immatérielle est elle-même à la fois la force active et le ré-
ceptacle ; en d'autres termes, elle est le signe de la Volonté première
dans le monde des phénomènes...” 109

Bahá’u’lláh révèle ceci : “Le monde de l'existence a vu le jour par l'in-
106 D'une Tablette en persan : "Lawh-i Jináb-i Shaykh ‘Alí Akbar Qúchání"
107 Coran 2 : 117
108 D'abord décriée au début du XXe siècle, la notion d'éther est maintenant revenue
sous l'appellation « énergie quantique du point zéro ».
109 ‘Abdu’l-Bahá, Má’idiy-i-Ásmání 2:69
Le Verbe de Dieu 49

termédiaire de la chaleur engendrée par l'interaction entre la force ac-
tive et son réceptacle. Ces deux choses sont les mêmes et pourtant sont
différentes. Ainsi t'informe la Grande Annonce au sujet de cette glo-
rieuse structure. Cette chose même qui transmet l'influence génératrice
et celle-là même qui reçoit son impact sont en vérité créée via l'irrésis-
tible Verbe de Dieu qui est la Cause de la création tout entière, tandis
que toute autre chose hormis Son Verbe n'en sont que les créatures et
les effets.”

Sur le plan scientifique, nous pouvons faire certaines analogies. En ef-
fet, j'aime à considérer que le Verbe divin est en soi une forme d'énergie
qui combine toutes les formes d'énergie étudiées par la science. Nous
savons depuis Einstein que masse et énergie sont équivalentes et que
l'une peut se transformer en l'autre et vice-versa. Il est d'ailleurs démon-
tré maintenant que l'énergie combinée à l'espace-temps lui-même est
convertie en particules. “Ces deux choses sont les mêmes et pourtant
sont différentes.”110 La théorie de l'expansion de l'univers – faussement
appelée Big Bang – explique qu'au départ d'une situation dans l'espace
où se trouvait une zone très dense et extrêmement chaude, une expan-
sion de l'univers a commencé. “Le monde de l'existence a vu le jour par
l'intermédiaire de la chaleur engendrée par l'interaction entre la force
active et son réceptacle”111. Nous savons en fait encore très peu de
choses concernant ce qu'il s'est passé mais pour donner une idée, la tem-
pérature estimée quelques fractions de secondes après le début de l'ex-
pansion (il y a environ 14 milliards d''années) était d'environ 10 ° C ex-
posant 32, soit 10 ° C suivi de 32 zéros. Et donc ce qui n'était que de
l'énergie a commencé à se muer en matière : “Ce qui est apparu dans
l'existence avait existé avant, mais pas sous la forme que tu vois actuel-
lement...Ces deux choses sont les mêmes et pourtant sont différentes”112
Ces deux choses ont une seule et même origine : “Cette chose même
qui transmet l'influence génératrice et celle-là même qui reçoit son im-
pact sont en vérité créées via l'irrésistible Verbe de Dieu qui est la
Cause de la création tout entière, tandis que toute autre chose hormis

110 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
111Ibid.
112Ibid.
50 Au cœur de l'Existence

Son Verbe n'en sont que les créatures et les effets.”

Malheureusement, les recherches en astro-physique soulèvent plus de
questions qu'elles n'apportent de réponses : y a-t-il d'autres univers,
l'univers a-t-il un commencement ou bien un univers donne-t-il nais-
sance à un univers suivant (ce qui équivaudrait à considérer que le com-
mencement n'a pas de commencement) ? Que nous apprennent les trous
noirs ? Que se cache-t-il derrière la matière noire et l'énergie noire ? Et
bien d'autres questions encore.
Si la science permet de connaître en partie le processus par lequel notre
univers – c'est à dire celui que nous connaissons – a entamé son évolu-
tion, elle ne donne aucune indication quant à la cause qui a entraîné ce
processus et c'est là qu'intervient le Verbe divin, fruit de la Volonté di-
vine : “Et dans la station de “J'ai voulu Me faire connaître”, Dieu fut,
et Sa création a toujours existé sous Son abri depuis le commencement
qui n'a pas de commencement, si ce n'est que son existence a été pré-
cédée par une Priméité113 qui ne peut être considérée comme priméité,
et tire son origine d'une Cause impénétrable, même pour les érudits.”114
Cette affirmation trouve un écho dans un verset du Kitáb-i-Aqdas où
Bahá’u’lláh révèle que Sa connaissance, innée, existait avant même la
création : “Si Nous vous adressions Notre sujet en parlant le langage des
habitants du Royaume, Nous dirions : “En vérité, Dieu a créé cette École
avant qu'Il ait créé le ciel et la terre, et Nous y sommes entré avant que les
lettres S, O, I et S ne soient jointes et liées ensemble.”115 ou encore : “Je
témoigne de ce qu'ont témoigné toutes les choses créées...que Celui qui
a été manifesté est le Mystère caché, le Symbole précieusement gardé,
par qui les lettres S,O,I et S ont été jointes et reliées.”116 Il s'ensuit que
“les noms et attributs divins présupposent l'existence des phénomènes
impliqués par ces noms et attributs. Et vice versa, la souveraineté de

113 La priméité représente l'état initial d'une expérience, où le phénomène perçu n'est
pas encore interprété ni analysé. Il s'agit de la perception pure et simple du ici et
maintenant, sans aucun jugement ou réflexion.
114 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
115 Kitáb-i-Aqdas, § 177
116 Longue prière obligatoire
Le Verbe de Dieu 51

Dieu est prouvée et établie par leur vérité et leur existence.”117

Au-delà de l'analogie scientifique, il nous faut aussi considérer le côté
métaphysique de la question. “L'être humain ne discerne que les mani-
festations ou les attributs des objets, tandis que leur identité ou réalité
demeurent cachées. Par exemple, nous appelons cet objet une fleur. Que
comprenons-nous par ce nom et titre ? Nous comprenons que les quali-
tés appartenant à cet organisme nous sont perceptibles mais que l'iden-
tité ou réalité élémentaire intrinsèque restent inconnues.”118 Ce que
nous appelons réalité n'est donc que le fruit de notre imagination limi-
tée, comme nous l'avons vu ci-dessus.

Le Verbe divin est donc d'une essence qu'il nous est impossible de com-
prendre, et qui n'obéit à aucune des lois de la nature connues jusqu'à pré-
sent : “Sache que le Verbe de Dieu est plus élevé et de loin supérieur à
ce que les sens peuvent percevoir, car il est sanctifié au-delà de toute
propriété ou substance. Il transcende les limitations des éléments
connus et est exalté au-delà de toutes les substances essentielles et iden-
tifiées. Il devint manifeste sans aucune syllabe ni son, et n'est autre que
le Commandement de Dieu qui imprègne toute chose créée. Il n'a ja-
mais été soustrait au monde de l'existence...C'est une entité très éloi-
gnée, bien au-delà de tout ce qui fut et tout ce qui sera.”119 Le mystère
reste donc entier, ce qui n'empêche que l'on puisse imaginer certaines
choses et essayer par exemple de comprendre les mystères cachés dans le
rêve ou dans ce que nous appelons le silence, à savoir l'absence totale de
stimuli extérieurs. Ce que nous retiendrons c'est que la création a vu le jour
lorsque, par un Mot, Dieu a fait agir Sa Volonté.

Par ailleurs, la création peut avoir deux formes différentes : la matière sen-
sible, accessible à nos sens, dépendant de la composition et décomposition
d'éléments, et les réalités intelligibles, accessibles à nos facultés mentales
mais pas à nos sens, et qui ne sont pas composées. Par exemple, la joie,
l'imagination, l'âme... Ces réalités, n'étant pas le résultat de l'assemblage et

117 ‘Abdu’l-Bahá, The Promulgation of Universal Peace, p. 271-272
118 Ibid. 421
119 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Ḥikmat
52 Au cœur de l'Existence

de la dissociation, sont éternelles. Une des caractéristiques de chaque
chose sensible créée est qu'elle atteint la perfection, dans sa composition –
l'équilibre de ses éléments -, sa relation aux autres choses créées, sa raison
d'être au sein de la création et de son adéquation avec les lois régissant l'en-
semble de la création. Mais qu'en est-il des réalités intelligibles, abs-
traites ? Où se situe leur degré de perfection ? Il semble bien qu'il soit infi-
ni, tendant éternellement vers l'Absolu. De notre naissance jusqu'à la mort
physique, nous apprenons à développer nos capacités spirituelles, signes de
notre individualité, autrement dit de notre âme. La principale de ces capaci-
tés étant la suivante : “La capacité de l'être humain de L'aimer et de Le
connaître [Dieu] doit nécessairement être considérée comme la motivation
génératrice et le dessein premier sous-tendant la création tout entière.”

Du Point à l'Existence
Ceci est un aspect plutôt méconnu de la puissance créatrice du Verbe divin,
et qui malheureusement ne peut être vraiment compris que par ceux qui
connaissent l'alphabet arabe. Mais en voici une formulation simplifiée, un
second symbole de création se trouvant dans le Point originel. Ce concept
n'a cependant de sens que dans la Parole révélée en arabe ou en persan
puisqu'il relève de leur alphabet. En effet, pour comprendre ce qui suit, il
faut savoir que la lettre B dans l'alphabet arabe est une barre horizontale
avec un point en-dessous ( ‫)ب‬. Cette lettre B a une très grande importance
symbolique. En effet, elle est la première lettre de l'expression Bismi’lláhi,
qui veut dire “au nom de Dieu” (bi ismi-lláhi) et constitue le début du
Qur’án et du Bayán, ainsi que du Kitáb-i-Aqdas (sous la forme bi ismi l-
hákim, au nom du Souverain suprême). Cette expression fait l'objet de très
nombreux commentaires des exégètes musulmans.

Dans la Foi, symboliquement, le Point désigne la Manifestation de Dieu, en
ce sens qu'il symbolise le début de chaque Révélation qui est en même
temps une re-création spirituelle du monde, comme vu plus haut : le Point
du Qur’án (Muḥammad), et le Point du Bayán (le Báb), le mot Bayán
pouvant être traduit par : exposé, commentaire, discours, paroles.
Bahá’u’lláh appelle aussi le Báb “Point Originel”, ce qui lui confère une
importance à la fois sur le plan cosmologique et sur le plan spirituel car il
Le Verbe de Dieu 53

se réfère également à Bahá’u’lláh : “En vérité, voici le Point Originel, pa-
ré de Son nouveau vêtement et manifesté en Son glorieux Nom. Il regarde
maintenant chaque chose depuis cet horizon. En vérité, Il a suprématie
sur toute chose. Au sein du Concours d'en-haut Il est connu comme la Plus
Grande Annonce et dans les royaumes d'éternité comme l'Ancienne Beau-
té.”120 À ce sujet, il faut savoir qu'il existe une totale identité spirituelle
entre le Báb et Bahá’u’lláh, de sorte que ce que le Báb a révélé correspond
à ce que Bahá’u’lláh a révélé. Bahá’u’lláh affirme que “Celui qui mainte-
nant exprime le Verbe de Dieu n'est autre que le Point Originel qui a de
nouveau été rendu manifeste.” “Il est [Bahá’u’lláh] le même que Celui
qui est apparu en l'an soixante [le Báb].” “Qui se lèvera pour assurer le
triomphe de la Beauté Première [le Báb] révélée sous le visage de Sa Ma-
nifestation suivante ?” Se référant à la Révélation proclamée par le Báb, Il
la caractérise inversement comme “Ma propre Manifestation anté-
rieure.”121

Si l'on considère le commandement kun comme le point de départ de la
création de tout ce qui existe, en partant d'un atome primitif se développant
en particules, atomes, lumière, astres, planètes jusqu'à l'être humain, le
point peut de même être considéré comme le point de départ de l'existence
spirituelle, se développant en lettres, mots, noms, versets, tablettes et livres.
En ce qui nous concerne il est personnifié par le Báb à travers qui il s'ex-
prime : “Lorsqu'Il résolut d'appeler une nouvelle création à l'existence, Il
envoya le Point manifeste et lumineux de l'horizon de Sa Volonté ; celui-ci
traversa chaque signe et se manifesta dans chaque forme jusqu'à ce qu'il
atteigne le zénith, tel qu'ordonné par Dieu, le Seigneur de tous les êtres hu-
mains. Ce Point est le centre focal du cercle des Noms et il marque la
culmination de l'expression des Lettres dans le monde de la création. Par
lui sont apparus des indices de l'impénétrable Mystère, du Symbole orne-
menté, Celui qui se trouve révélé dans le Plus Grand Nom (Bahá) – un
Nom consigné dans la Tablette lumineuse et inscrit dans le Rouleau sacré,
béni et blanc comme neige. Et quand le Point fut joint à la seconde Lettre
(B) qui apparaît au début du Mathání122, il traversa les cieux de la parole
120 Bahá’u’lláh, Súriy-i-Vafá
121 Citation de Bahá’u’lláh dans la Dispensation de Bahá’u’lláh, de Shoghi Effendi
122 Le chapitre d'ouverture du Qur’án, qui commence par la lettre “B”: Bismi’lláhi’r-
Raḥmáni’r-Raḥím (Au nom de Dieu, le Compatissant, le Miséricordieux). Ce chapitre
54 Au cœur de l'Existence

et de l'exposé.”123

Le Point est donc l'origine de la Révélation car sans ce point il n'y a pas de
lettre B, et donc pas de Parole divine prononcée au nom de Dieu. Sans une
Manifestation divine qui peut nous révéler le Verbe divin, c'est comme s'il
n'existait pas. Et sans ce Verbe, il n'y aurait aucune existence puisqu'il en
est la source. “Par Son pouvoir, les Arbres de la Révélation divine ont
fourni leurs fruits, chacun d'eux ayant été envoyé sous la forme d'un Pro-
phète apportant un message aux créatures de Dieu dans chacun des
mondes que seul Dieu peut dénombrer en Sa connaissance qui englobe
tout. Cela Il l'a accompli par l'intermédiaire d'une seule Lettre de Son
Verbe, révélé par Sa Plume – une Plume mise en mouvement par Son
Doigt réalisateur – Son Doigt lui-même soutenu par le pouvoir de la Véri-
té de Dieu.”124

Dès l'instant où le Point apparut, la Révélation a pu commencer, lettres,
mots, tablettes, livres : “Chaque simple lettre procédant de la bouche de
Dieu est véritablement une lettre mère et chaque mot prononcé par Ce-
lui qui est la Source de la Révélation divine est un Mot mère et Sa Ta-
blette est une Tablette mère.”125 Dans l'univers de la création, tous les
êtres phénoménaux sont comme des lettres. Les lettres en elles-mêmes
n'ont pas de signification et n'expriment rien de la pensée ou des
idéaux...De même tous les êtres phénoménaux sont sans signification in-
dépendante. Mais un mot est composé de lettres et a un sens et une si-
gnification indépendants...Il n'y a pas de signification intrinsèque dans
les feuilles d'un livre mais la pensée qu'elles expriment vous conduit à
réfléchir à la réalité. Ceci indique que toutes les caractéristiques de
l'être humain existaient déjà intrinsèquement dès l'origine et qu'elles
sont apparues progressivement. Cette idée de mère et donc de génitrice
montre le côté progressif de l'évolution humaine qui n'en est encore qu'à
ses débuts :“L'être humain occupe le degré ultime de la matérialité et le
début de la spiritualité ; c'est à dire qu'il est à la fin de l'imperfection et

fut révélé deux fois, à la Mecque et à Médine.
123 Ishráqát
124 Florilèges, LI
125 Florilèges, LXXIV
Le Verbe de Dieu 55

au début de la perfection...Il possède à la fois le côté animal et le côté
angélique et le rôle de l'éducateur est de former les âmes humaines afin
que le côté angélique puisse dépasser le côté animal.”126 Et l'éducation
réside tout entière dans le Point Originel, celui-ci donnant d'abord nais-
sance aux Lettres qui désignent l'être humain en général, certains ayant
un rang très spécifique tels les Lettres du Vivant. Les lettres ouvrent
également la voie à tout un symbolisme qui dépasse le cadre de cet ou-
vrage mais déjà utilisé dans le Qur’án (par exemple, Alif, Lam, Mim) ou
certains passages des Écrits de Bahá’u’lláh : “Avec la lettre “B” Il a fait
apparaître le Plus Grand Océan et avec la lettre “H” Il a rendu manifeste
Son Essence intime.”127 Les lettres sont aussi souvent utilisées pour dési-
gner une personne ou un endroit : Terre de Ṭá (Téhéran), Terre de Bá
(Beyrouth),... Il existe par ailleurs une autre caractéristique fondamen-
tale et tout à fait particulière à la langue arabe, la numération Abjad, un
système dans lequel chaque lettre représente une valeur, ce qui permet
donc aussi la création de toute une symbolique, déjà utilisée dans
l'Islám. Par exemple, le mot Bahá a une valeur Abjad de neuf et on
trouve une allusion cachée de ce Nom dans un verset de l'Aqdas : “Dis :
ceci est ce savoir caché qui ne changera jamais puisqu'il commence par
le nombre neuf, le symbole qui présage le Nom scellé et manifeste, in-
violable et inaccessiblement exalté.”128 (Dans ce verset en arabe,
Bahá’u’lláh utilise la lettre Ṭá’ dont la valeur Abjad est neuf, et non le
chiffre neuf : tis'a.)
Le Point a donc toute son importance, généralement méconnue, dans le
processus de la création : “Louange à Dieu qui a manifesté le Point, qui
en a déployé la connaissance de toutes les choses, que ce soit du passé
ou du futur – un Point qu'Il a désigné pour être le Héraut de Son Nom
et le Précurseur de Sa Grande Révélation qui a fait trembler les
membres de toute l'humanité et briller la splendeur de Sa Lumière au-
dessus de l'horizon du monde.”129
On trouve enfin dans ce voyage entre point et versets une autre caractéris-
tique de toutes choses créées : le mouvement. On le trouve déjà dans la
126 LSA, 64
127 Tabernacle, (Lawḥ-i-Haft Pursish)
128 Kitáb-i-Aqdas, § 29
129 Bahá’u’lláh, Ishraq
56 Au cœur de l'Existence

progressivité de la Révélation qui développe en l'être humain la compré-
hension de sa nature spirituelle. Il s'agit là aussi d'un des attributs de Dieu :
“Pourquoi rester désespérés alors que Celui qui est Pur et Dissimulé est
apparu ? Lui, qui est à la fois le Commencement et la Fin, qui est à la fois
l'Immobilité et le Mouvement, est maintenant manifeste devant vos yeux.
Regardez comment, en ce Jour, le Commencement est reflété dans la Fin et
comment le Mouvement a été engendré depuis l'Immobilité. Ce mouvement
a été engendré par les puissantes énergies libérées à travers la création
tout entière par les mots du Tout-Puissant.”130 “La création est l'expression
du mouvement. Le mouvement est la vie. Un objet en mouvement est un ob-
jet vivant, tandis que celui qui est immobile et inerte est comme mort.
Toutes les formes créées sont progressives sur leur plan, ou royaumes
d'existence, sous le stimulus du pouvoir ou de l'esprit de vie. L'énergie spi-
rituelle est dynamique. Rien n'est stationnaire dans le monde matériel des
phénomènes extérieurs ou dans le monde intérieur de l'intellect.”131

La miséricorde divine
Si la Parole divine a un extraordinaire pouvoir créateur, il faut prendre en
considération qu'elle a aussi le pouvoir inverse, une notion dont nous ne
sommes pas toujours conscients. “Il ne peut y avoir aucun doute que si,
pendant un moment, le flot de Sa miséricorde et de Sa grâce était retiré du
monde, ce dernier périrait complètement.”132 Il ne dépend donc que de la
Volonté de Dieu que l'existence soit garantie, ce qui est un des aspects de
l'Alliance : “Telle a été la perversité des êtres humains et leurs transgres-
sions, si graves ont été les épreuves qui ont affligé les Prophètes de Dieu et
leurs élus, que toute l'humanité mérite d'être tourmentée et de périr. Ce-
pendant, la providence divine cachée et la plus affectueuse l'a protégée,
par des agents visibles et invisibles, et continuera à la protéger des pénali-
tés de ses vilenies.” 133

L'existence repose essentiellement sur l'équilibre des éléments constituant

130 Florilège, LXXXV
131 Promulgation, § 52
132 Florilèges, XXVII
133 Florilèges, XXXII
Le Verbe de Dieu 57

l'humanité et sur des forces spirituelles qui font évoluer le monde, mais cet
équilibre reste fragile. Et c'est justement une des expressions de la Volonté
de Dieu que de modifier l'équilibre actuel pour y instaurer un nouveau
fonctionnement de l'humanité : “L'équilibre du monde a été rompu sous
l'influence vibrante de ce plus grand, ce nouvel Ordre Mondial.”134 Il y a
urgence car “l'ordre prédominant est lamentablement défectueux.” 135

Le Nom suprême
Au-delà du commandement kun et du Point originel, se trouve un mot sa-
cré, le plus important que l'on puisse trouver dans les Écrits aussi bien chré-
tiens, que musulmans ou bábís, et qui est le mot Gloire, connu de tous les
bahá’ís sous sa forme arabe Bahá, le Plus Grand Nom. Ce mot contient en
substance la puissance de tous les autres noms et attributs de Dieu, et est le
titre accordé à la dernière Manifestation en date : Bahá’u’lláh (La Gloire
de Dieu). Mais ceci demanderait une étude séparée. Sachons simplement
que c'est là le Nom suprême associé à Dieu, d'où son importance.
“Dans les siècles passés,chaque Manifestation de Dieu a eu Son propre
rang dans le monde de l'existence et chacune a représenté une étape dans
le développement de l'humanité. Mais la Manifestation du Plus Grand
Nom [Bahá’u’lláh] ..était une expression de l'entrée dans l'âge adulte, de
la maturation de la réalité la plus intime de l'être humain en ce monde de
l'existence.”136 “Tous les merveilleux accomplissements que vous observez
maintenant sont la conséquence directe de la Révélation de ce Nom. Dans
les jours à venir, en vérité, vous contemplerez des choses dont vous n'aviez
jamais entendu parler.”137

Conclusion
Le Verbe divin, véhicule de la Volonté Première, est l'origine et la cause
de la création. Cette création pré-existait dans l'intention divine mais
134 Kitáb-i-Aqdas § 181
135 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
136 Sélection des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá 27
137 Florilège, LXXIV
58 Au cœur de l'Existence

n'est devenue manifeste et réelle qu'au commandement kun. Évoluant à
travers une série d'étapes qui aboutissent à l'être humain, les caractéris-
tiques spirituelles sont apparues grâce au Point originel qui en a révélé
toutes les facettes à travers des Révélations successives.
Le Verbe de Dieu continue à alimenter notre croissance spirituelle en
développant toujours plus notre compréhension et en permettant une
transformation et régénération des individus et par voie de conséquence
de l'humanité dans son ensemble. L'existence des Manifestations de
Dieu nous donne accès à la connaissance de Dieu dont les noms et attri-
buts se reflètent dans notre propre moi. Le fait que la Parole divine soit
écrite et puisse être récitée favorise également notre communication
avec l'Éternel, principalement via la prière et la méditation.
Sous plusieurs aspects le Verbe divin reste encore entouré de mystère
mais il est établi que sans lui il n'y aurait pas de création, même sur le
plan matériel. Nous avons en effet montré que dans la conception
bahá’íe, le Verbe divin est bien la Cause de l'existence de notre univers.
Il est de plus en plus évident que science et religion se complètent et se
rejoignent, même s'il reste encore beaucoup de chemin à accomplir.

“...la première faveur de Dieu est le Verbe, et son révélateur et récep-
teur est le pouvoir de compréhension. Ce Verbe est l'enseignant princi-
pal à l'école de l'existence et le révélateur de Celui qui est le Tout-Puis-
sant. Tout ce que l'on voit n'est visible que par la lumière de sa sagesse.
Tout ce qui est manifeste n'est qu'un signe de sa connaissance. Tous les
noms ne sont que son nom, et le commencement et la fin de toutes entre-
prise doivent nécessairement en dépendre.”138

*****************

138 Bahá’u’lláh, The Tabernacle of Unity, 1:2
Le Verbe de Dieu 59

Bibliographie
‘Abdu’l-Bahá :

– Leçons de St Jean d'Acre
– Lettre au Pr. Forel
– Sélections des Écrits de ‘Abdu’l-Bahá
– Light of the World
– Causeries à Paris
– Promulgation de la paix universelle

Bahá’u’lláh :

– Florilège des Écrits de Bahá’u’lláh
– Kitáb-i-Aqdas
– Tablettes révélées après l'Aqdas
– Kitáb-i-Íqán

Esslemont, Bahá’u’lláh et l'ère nouvelle

Lights of Guidance

Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous

Star of the West
60 Au cœur de l'Existence
Le Verbe de Dieu 61
62 Au cœur de l'Existence
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