# La Condition Humaine: âme, raison, conscience

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> Source: Bahá'í Library Online (bahai-library.com), curated by Jonah Winters. Used by permission of the curator. Original citation: Pierre Daoust, La Condition Humaine: âme, raison, conscience, bahai-library.com.
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> 
> La condition humaine           1
> 
> La
> Condition humaine
> Âme – raison - conscience
> 
> Pierre Daoust
> 2   Âme, raison, conscience
> La condition humaine   3
> 
> La
> Condition humaine
> 
> Âme-raison-conscience
> 
> Pierre Daoust - 2023
> 4   Âme, raison, conscience
> La condition humaine                            5
> 
> Introduction
> 
> S'il y a bien une question que l'on se pose depuis le début des temps,
> c'est celle de la place de l'être humain dans l'univers. Et tous les
> courants de pensée s'accordent au moins sur un point : c'est qu'il s'agit là
> d'un mystère. Pourquoi cette créature manifestement différente des
> autres mammifères, qui semble posséder des facultés étranges qui
> l'amènent à penser et à construire des civilisations ?
> Il a bien fallu donner un nom à ces caractéristiques et essayer de les
> comprendre, dans la mesure de nos capacités. Âme, raison, conscience,
> sont les mots derrière lesquels se cache notre ignorance. J'ai donc
> essayé, à travers ce court article, de rassembler les connaissances que
> nous offrent les textes bahá’ís. Un choix a dû être fait car ces textes sont
> très nombreux et finiraient par noyer le lecteur.
> Le but aussi, au-delà des définitions, est de comprendre la condition
> et la destinée de l'être humain, de situer la marge de manœuvre de son
> libre arbitre et d'offrir un contre-poids aux théories matérialistes qui
> veulent mettre de côté ce qui est pourtant une évidence, à savoir que la
> science ne peut pas tout expliquer et qu'il faut accepter que certaines
> choses nous transcendent.
> J'ai volontairement choisi de ne pas entrer dans le détail des
> recherches effectuées en neurosciences, non seulement parce que cela
> est très complexe, mais également parce que ces recherches n'ont pas
> encore produit de résultats avérés. Preuve peut-être que c'est un leurre
> de vouloir trouver dans le monde physique ce qui est du domaine du
> spirituel.
> Il nous faut en fin de compte accepter que nous ne sommes encore
> qu'au tout début d'une vision plus large de l'être humain et de sa
> participation à un inconscient collectif qui est lui-même le signe de la
> présence divine. Puisqu'il y a créature, il y a Créateur.
> 6   Âme, raison, conscience
> La condition humaine                          7
> 
> SW : Selection of the Writings of ‘Abdu’l-Bahá
> SAQ : Some answered questions (‘Abdu’l-Bahá)
> GL : Gleanings of the Writings of Bahá’u’lláh
> DP : ‘Abdu’l-Bahá, Divine Philosophy
> 
> Je propose dans ce court article de réfléchir à la condition humaine et
> aux concepts d'âme, de raison et de conscience, ainsi qu'à la noblesse et
> à la dignité de l'existence humaine.
> 
> Le thème de l'existence d'une créature pensante dans un univers dont
> nous ne connaissons que des bribes, a passionné de tout temps les
> philosophes, biologistes, astrophysiciens, religieux, psychologues, et,
> avouons-le, chacun d'entre nous s'est déjà posé la question de l'existence
> même. Si les sciences décrivent de mieux en mieux les processus
> physico-chimiques qui expliquent comment le monde accessible à nos
> sens s'est développé, ce n'est pas leur vocation de formuler des
> hypothèses sur la cause d'une création et encore moins sur sa finalité.
> Pour cela, il faudra plutôt se tourner vers la philosophie et la religion,
> bien que l'on se rende vite compte que nous ne comprenons pas encore
> ce qui caractérise l'être humain : j'entends par là ce que l'on appelle
> l'esprit humain.
> 
> Un détour par un ensemble de définitions est inévitable et indispensable
> pour garder une certaine cohérence dans le propos. Nous verrons dans la
> suite si elles concordent avec les Écrits bahá’ís et si ces derniers nous
> permettent de les préciser davantage. Voici les principales, qu'il faudra
> conserver à l'esprit pendant notre analyse :
> 
> La raison (mind en anglais et ‘aql en arabe) est généralement
> considérée comme une faculté propre de l'esprit humain dont la mise en
> œuvre lui permet de créer des critères de vérité et d'erreur et d'atteindre
> ses objectifs. Elle repose sur la capacité qu'aurait l'être humain de faire
> des choix en se basant sur son intelligence, ses perceptions et sa
> mémoire tout en faisant abstraction de ses préjugés, ses émotions ou ses
> pulsions.
> 8                         Âme, raison, conscience
> 
> L’âme (du latin anima) est en philosophie à la fois le principe vital et
> spirituel, immanent ou transcendant, qui animerait le corps d'un être
> vivant (humain, animal ou même végétal).
> Nous verrons plus bas et plus en détail comment elle est définie dans les
> textes bahá’ís.
> 
> L'esprit humain : “L'esprit humain, qui distingue l'humain de
> l'animal, est l'âme rationnelle et ces deux termes - esprit humain et âme
> rationnelle - désignent une seule et même chose. Cette âme rationnelle
> englobe toutes choses et aussi loin que le permet la capacité humaine,
> découvre leurs réalités et devient conscient des propriétés, effets,
> caractéristiques et conditions des choses terrestres.”1 Autrement dit,
> l'esprit humain est une âme douée de raison.
> 
> L'intelligence est l'ensemble des processus retrouvés dans des systèmes,
> plus ou moins complexes, vivants ou non, qui permettent de
> comprendre, d'apprendre ou de s'adapter à des situations nouvelles.
> “Quant à l'intellect, c'est le pouvoir de l'esprit humain. L'esprit est
> comme la lampe, et l'intellect comme la lumière qui en est diffusée.”2
> L'intelligence peut être également perçue comme la capacité à traiter
> l'information pour atteindre des objectifs.
> 
> L'essence : Ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, ce qui constitue
> la nature d’une chose. L'essence de l'être humain réside en la pensée.
> 
> Mais avant de chercher à comprendre en quoi l'âme, la raison et la
> conscience nous caractérisent, et quelles en sont les différentes facettes,
> lisons ce que nous dit Bahá’u’lláh : “L'être humain est le Talisman
> suprême. Cependant, le manque d'une éducation adéquate l'a privé de
> ce qu'il possède intrinsèquement.” Et plus loin : “Considérez l'humain
> comme une mine riche en pierres précieuses d'une inestimable valeur.
> L'éducation, seule, peut en faire révéler ses trésors et permettre à
> l'humanité d'en profiter.”3
> 1 SAQ 55
> 2 Ibid.
> 3 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
> La condition humaine                             9
> 
> Ailleurs encore : “Les Prophètes et les Élus ont tous reçu pour mission
> du Seul Vrai Dieu...de nourrir les arbres de l'existence humaine avec les
> eaux vives de la droiture et de l'entendement, afin que puisse apparaître
> d'eux ce que Dieu a déposé au sein de leur moi le plus profond.”4
> “...toutes choses, en leur réalité la plus profonde, témoignent de la
> révélation des noms et attributs de Dieu en elles-mêmes.”5
> 
> Que possède donc l'être humain au plus profond de lui-même,
> intrinsèquement ? Ce qui sous-entend qu'il possède certains dons
> particuliers dès la conception, qui apparaissent progressivement, se
> développent tout au long de la vie, et cela essentiellement par le biais de
> l'éducation.
> 
> De mon point de vue, la première et plus importante faculté de l'être
> humain est de pouvoir articuler des sons, ce qui au travers de son
> évolution, lui a permit de les associer pour nommer des objets puis des
> pensées, et ainsi créer des mots. Comme écrit dans le Coran : “Le Dieu
> de miséricorde a enseigné le Coran, a créé l'être humain et lui a appris
> le langage articulé (‘allamahu ’ l-bayán).”6. Il est en effet essentiel de
> mettre un mot sur les choses pour pouvoir en discuter. Grâce à ces mots
> et leur agencement en phrases, les êtres humains ont pu faire une des
> choses les plus importantes au monde : communiquer. Communiquer
> des informations, faire du commerce, partager des pensées de plus en
> plus élaborées et plus encore des sensations ou des sentiments, ce qui a
> également mené à créer d'autres types de langages comme la musique
> ou les mathématiques, qui eux ont déjà un caractère universel.
> 
> La grande énigme par contre est de savoir comment nommer des objets
> concrets a pu entraîner une transposition dans l'abstrait, dans la pensée.
> Le fait est que, après avoir donné un nom aux choses, on leur a attribué
> des caractéristiques et des propriétés, transposées ensuite dans l'abstrait
> pour exprimer des concepts relevant plus des sensations et des
> sentiments. Par exemple, neige égal froid, égal froideur... d'une parole,
> 4 Kitáb-i-Aqdas, Question § réponse 106.
> 5 GL, XC
> 6 Coran 55:1-3
> 10                        Âme, raison, conscience
> 
> d'un tempérament ou d'une personne. Les gestes, le regard, les sons,
> sont autant d'autres moyens de communication qui passent par les
> premières caractéristiques, - communes d'ailleurs avec les animaux
> évolués -, que décrit ‘Abdu’l-Bahá : “Il y a cinq pouvoirs matériels
> apparents en l'être humain qui sont des pouvoirs de perception -c'est-à-
> dire cinq pouvoirs par lesquels l'être humain perçoit des éléments
> matériels (physiques). Ce sont la vue, qui perçoit des formes visibles ;
> l'ouïe, qui perçoit des sons audibles ; l'odorat, qui perçoit des odeurs ;
> le goût, qui perçoit des choses comestibles ; et le toucher, qui est réparti
> sur tout le corps et qui perçoit les réalités palpables. Ces cinq pouvoirs
> perçoivent les objets concrets.”7
> 
> Jusque là rien de particulier. Physiquement, nous sommes des animaux.
> Les neurosciences ont parfaitement analysé les voies nerveuses qui
> relient nos capteurs comme les cellules rétiniennes, les papilles
> gustatives, les corpuscules tactiles, etc, à des zones cérébrales bien
> répertoriées, en particulier grâce à l'imagerie médicale. Nous savons
> également que toute sensation dépassant un certain seuil induit ce que
> nous appelons la douleur. Mais comment en arriver à concevoir ce qu'est
> un souffle de vie, un acte de grâce ou un flot de miséricorde ? Comment
> en est arrivé l'être humain à nommer des choses qui n'existent pas dans
> le monde tangible et perceptible: pardon, adoration, religion,... ? Il faut
> donc admettre que l'être humain possède des pouvoirs qui ne relèvent
> pas du concret et qui sont invisibles, sortant de fait hors du cadre de
> l'étude scientifique.
> 
> Essayons dès lors de pousser un peu plus loin : “L'être humain de même
> a un certain nombre de pouvoirs spirituels : le pouvoir de l'imagina-
> tion, qui forme une image mentale des choses ; la pensée, qui réfléchit
> à la réalité des choses ; la compréhension, qui comprend ces réalités ;
> et la mémoire, qui retient tout ce que l'homme a imaginé, pensé et com-
> pris. L'intermédiaire entre ces cinq pouvoirs intérieurs et les cinq pou-
> voirs apparents est une faculté commune, un sens qui sert de médiateur
> entre eux, et qui transmet aux pouvoirs intérieurs ce que les pouvoirs
> apparents ont perçu. On l'appelle faculté commune car elle est partagée
> 
> 7 SAQ, chap. 56.
> La condition humaine                             11
> 
> entre les pouvoirs apparents et intérieurs. Par exemple, la vue, qui est
> l'un des pouvoirs apparents, voit et perçoit cette fleur, et transmet cette
> perception au pouvoir intérieur de la faculté commune ; celle-ci la
> transmet au pouvoir de l'imagination, qui, à son tour, conçoit et forme
> cette image, et la transmet au pouvoir de la pensée ; celle-ci y réfléchit
> et, ayant appréhendé sa réalité, la transfert au pouvoir de compréhen-
> sion ; celle-ci, une fois qu'elle a compris, délivre l'image de l'objet
> concret à la mémoire, qui la garde en dépôt.”8
> 
> Il est indéniable que pour nous - créatures dont la composition physique
> est destinée à participer au cycle minéral, végétal et animal - les choses
> ont une réalité. Nous voyons, sentons, goûtons, palpons et entendons.
> Même si, sur le plan sensoriel, les animaux sont plus forts que nous.
> Leur vision, leur audition, leur odorat s'inscrivent dans des spectres plus
> large que les nôtres, sachant que cela s'exprime en longueurs d'ondes et
> fréquences. Notre raison nous dit cependant qu'il y a une autre sorte de
> réalité, que nous ressentons sans pouvoir la comprendre, et qui est le
> résultat de ce pouvoir d'abstraction que nous possédons, ou imaginons
> détenir.
> Ailleurs, ‘Abdu’l-Bahá mentionne également d'autres pouvoirs :
> 
> –   “Le pouvoir spirituel associé au monde de la nature est le
> pouvoir d'investigation et c'est par ce biais qu'il découvre la
> réalité et les propriétés des choses.”9
> 
> –   “L'être humain met en lumière les événements passé que la
> mémoire a oubliés et anticipe par son pouvoir de déduction les
> événements futurs qui sont encore inconnus.”10
> 
> –   les pouvoirs d'intuition et de conceptualisation : “La
> connaissance est de deux types : la connaissance existentielle et
> la connaissance formelle, c'est-à-dire la connaissance intuitive
> et la connaissance conceptuelle.”
> 
> 8 Ibid.
> 9 Ibid. Chap. 58
> 10 Forel
> 12                            Âme, raison, conscience
> 
>  “La connaissance existentielle ou intuitive est chez l'être
> humain comme la connaissance et la perception de son
> moi.”11
>  la conceptualisation et l'observation, “c'est-à-dire que l'objet
> est conçu soit via la faculté rationnelle soit par l'observation
> qui produit une forme dans le miroir du cœur.”12
> 
> –     “La méditation est la clé qui ouvre la porte des mystères. Dans
> cet état, l'être humain se détache de lui-même et de tout objet
> extérieur. Cette faculté de méditation libère l'être humain de sa
> nature animale, discerne la réalité des choses et le met en
> contact avec Dieu... Il est un fait axiomatique que lorsque vous
> méditez, vous parlez avec votre propre esprit. Dans cet état,
> vous posez certaines questions à votre esprit et votre esprit
> répond : la lumière apparaît et la réalité est révélée.”13 “...l'être
> humain se déconnecte de tout objet extérieur ; dans ce mode
> subjectif, il est immergé dans l'océan de la vie spirituelle et peut
> découvrir le secret des choses en elles-mêmes.”14
> 
> –     et lorsque la méditation est dirigée vers l'Essence divine, elle
> devient contemplation : “il y a un signe (de Dieu) dans chaque
> phénomène : le signe de l'intellect est la contemplation, et le
> signe de la contemplation est le silence...”15
> 
> Ce silence est quelque chose de fondamental. Chaque silence est un
> message qui ne connaît pas la déformation des mots que chacun
> comprend à sa façon. Il est le rapprochement des âmes et non des corps.
> C'est une communication qui n'a besoin d'aucun intermédiaire physique,
> tel que les vibrations du son. (Je parle bien de la communication entre
> êtres humains, et non de l'absence totale de stimuli sonores qui serait
> invivable et insupportable). Cette totale indépendance par rapport à des
> messages audibles est en soi la preuve qu'il y a un monde différent,
> 11 SAQ 40
> 12 Ibid.
> 13 Paris Talks, pp. 174–76
> 14 Ibid.
> 15 Ibid.
> La condition humaine                              13
> 
> transcendant. Il se passe aussi de champs magnétiques car il est audible
> à de grandes distances. Oui, paradoxalement, nous percevons le silence.
> Il recèle probablement le mystère de la réunion des âmes dans l'autre
> monde. Ce type de silence est plein de bruits. N'entendez-vous pas la
> souffrance silencieuse de cette personne, cet amour qui peut franchir
> l'espace, cette désapprobation muette ? Il peut aussi contenir toute la
> ponctuation dont l'écrit a besoin... Dieu écoute, comprend votre silence
> et y répond à sa façon, tout aussi silencieuse. C'est également un
> langage universel qui peut même devenir une vertu quand il se fait
> bienveillant ou compatissant.
> Par contre, il semblerait qu'il ne puisse y avoir de silence intérieur. Il est
> impossible de ne pas penser, et cela même pendant le sommeil.
> “Combien souvent il arrive que dans le monde du rêve l'esprit résolve
> un problème qu'il ne pouvait résoudre dans l'état d'éveil.”16
> 
> L'autre mystère est cette faculté commune dont parle ‘Abdu’l-Bahá, car
> apparemment aucun ouvrage, médical, psychologique ou philosophique
> n'en parle. Cette faculté fonctionnerait d'ailleurs dans les deux sens : du
> concret analysé par nos organes sensoriels à la conception abstraite, et
> d'une conjonction d'idées vers leur réalisation matérielle (objet, livre,
> musique, peinture, programme informatique, etc). Un viaduc à double
> sens : objet – pensée, pensée-objet.
> 
> Quoi qu'il en soit, les neurosciences ne nous apprennent rien de précis
> car il n'existe pas d'appareil permettant de mesurer l'imagination ou la
> compréhension ou la réflexion. On peut les décrire scientifiquement
> mais pas les mesurer. On peut simplement voir que des zones cérébrales
> sont plus actives, de même d'ailleurs que l'on peut voir des changements
> de rythme cardiaque ou de pression artérielle. La psychologie a essayé
> de mesurer des aptitudes, mais n'ayant pas de critère objectif de
> référence, cette démarche repose sur des données statistiques ou
> probabilistes qui ne sont pas per se un outil fiable. Il en est ainsi du
> quotient intellectuel qui mesure un soi-disant degré d'intelligence, alors
> que l'intelligence n'a pas encore de définition définitive. D'autres, par
> exemple, cherchent un gène de l'intelligence comme si notre ADN
> 
> 16 SAQ chap. 61
> 14                         Âme, raison, conscience
> 
> pouvait fabriquer de la pensée ou de la conscience. Comment mesurer
> ce dont on ne connaît rien ? Recherches vaines et inutiles. “Où donc
> peut-on trouver en l'être humain cet intellect qui réside en lui et dont
> l'existence est au-delà de tout doute ? Si vous examiniez le corps
> humain avec l’œil, l'oreille ou les autres sens, vous échoueriez à le
> découvrir, même s'il existe de toute évidence. Dès lors, l'intellect n'a pas
> de place, bien qu'il soit connecté au cerveau...De même, l'amour n'a
> pas d'endroit, bien qu'il soit connecté au coeur.”17
> 
> Cette incapacité d'élucider les mécanismes physiologiques qui lient nos
> sens physiques à nos facultés de représentation mentale n'est-elle pas la
> preuve qu'il existe une autre réalité que celle que nous essayons
> d'analyser, et qui donc appartiendrait à un autre mode de
> fonctionnement ? “Cette confession d'impuissance qu'une mûre
> contemplation doit finalement faire naître en tout esprit est en soi
> l'acmé de la compréhension et marque la culmination du
> développement humain.”18
> 
> Pour ma part, je pense que les pouvoirs non sensoriels décrits ci-dessus
> sont les outils nous permettant de forger l'âme. “Concernant les
> facultés mentales, elles sont en vérité les propriétés inhérentes de l'âme,
> tout comme le rayonnement de la lumière est la propriété essentielle du
> soleil,” dit ‘Abdu’l-Bahá qui, par ailleurs, la qualifie d' “agent
> unificateur.”19
> 
> Cette dernière peut être considérée comme l'ensemble des qualités et des
> défauts, des actes et des pensées qui font notre identité propre ou mieux
> notre individualité. Notre personnalité et notre caractère sont ce que
> nous en projetons, ou voulons bien projeter, vers l'extérieur. “La
> personnalité est obtenue par l'effort conscient de l'être humain via la
> formation et l'éducation.”20
> 
> “Lorsque les infinies splendeurs de Dieu se révèlent dans l'individualité
> 17 SAQ chap. 69
> 18 GL, LXXXIII
> 19 Lettre au Prof. Forel
> 20 DP, 131
> La condition humaine                            15
> 
> de l'être humain, les attributs divins qui étaient invisibles dans le reste
> de la création deviennent manifestes en sa personne et un être humain
> devient le révélateur de la connaissance, c'est-à-dire que la
> connaissance divine lui est révélée ; un autre est l'orient du pouvoir ;
> un troisième est digne de confiance ; un autre est fidèle et un autre
> charitable. Tous ces attributs sont les caractéristiques de l'individualité
> non modifiable et sont d'origine divine.”21
> 
> ‘Abdu’l-Bahá distingue deux sortes de personnalités, celle donnée par
> Dieu et celle qui est acquise durant notre vie. “L'individualité de chaque
> chose créée est basée sur la sagesse divine, et dans la création de Dieu
> il n'y a pas de défaut. Cependant, le personnalité n'a aucun élément de
> permanence. C'est une qualité de l'être humain qui est légèrement
> modifiable et peut être tournée dans une direction ou l'autre. Car s'il
> acquiert des vertus louables, celles-ci renforcent l'individualité de la
> personne et fait apparaître ses forces cachées ; mais si cet être acquiert
> des défauts, la beauté et la simplicité de l'individualité seront perdues
> en lui et ses qualités d'origine divine seront étouffées par l'atmosphère
> fétide du moi.”22
> 
> Quant au caractère d'une personne, il résume la manière dont cette
> personne réagit habituellement dans une situation donnée.
> 
> La notion d'esprit humain est donc à comprendre dans deux sens. Un
> premier sens générique qui est l'aboutissement du cycle évolutif passé
> de l'esprit minéral au végétal, puis animal et humain, ce dernier repré-
> sentant la perfection dans la création. Et un sens individuel, propre à
> chaque être humain, qui est son âme douée du pouvoir de raisonnement.
> L'esprit humain étant une seule et même entité, il est donc clair que
> l'âme et la raison sont indissociables et que l'une ne peut avoir d'exis-
> tence sans l'autre.
> 
> D'une part : “Il y a cependant une faculté en l'être humain qui dévoile à
> sa vision les secrets de l'existence. Elle lui donne un pouvoir par lequel
> 
> 21 Ibid.
> 22 Ibid.
> 16                             Âme, raison, conscience
> 
> il peut investiguer la réalité de chaque objet. Elle conduit sans cesse
> l'humain vers le rang de la divine sublimité et le libère de toutes les
> entraves du moi, le faisant s'élever vers le ciel pur de la sainteté. C'est
> le pouvoir de la raison car l'âme n'est pas capable par elle-même de
> déployer les mystères phénoménaux.”23
> 
> “L'esprit est le pouvoir de la vie, la raison est le pouvoir qui comprend
> la réalité des choses et l'âme est un intermédiaire entre le Concours
> suprême et le concours inférieur.”24 “Réfléchis à la faculté de raisonner
> dont Dieu a doté l'essence de l'être humain. Examine ton propre moi, et
> regarde comment ton mouvement et ton immobilité, ta volonté et ton
> objectif, ta vue et ton ouïe, ton odorat et ton pouvoir d'expression, et
> toute autre chose qui est liée aux sens physiques, ou les transcende,
> regarde comment tout cela procède et doit son existence à cette même
> faculté.”25
> 
> D'autre part : “En ce qui concerne les facultés mentales, elles sont en
> vérité des propriétés inhérentes de l'âme, de même que le rayonnement
> de la lumière est la propriété essentielle du soleil....Considère comment
> l'intellect humain se développe, s'affaiblit et peut parfois être réduit à
> néant, tandis que l'âme ne change pas. Pour que la raison se manifeste,
> le corps humain doit être complet et un esprit sain ne peut exister que
> dans un corps sain, tandis que l'âme ne dépend pas du corps. C'est par
> le pouvoir de l'âme que la raison comprend, imagine et exerce son
> influence, alors que l'âme est un pouvoir qui est libre. La raison
> comprend l'abstrait à l'aide du concret mais l'âme a des manifestations
> en propre qui sont sans limites. La raison est restreinte, l'âme est sans
> limites.”
> 
> “Par le pouvoir de l'âme rationnelle (l'esprit humain), l'être humain
> découvre la réalité des choses, comprend leurs propriétés et pénètre les
> mystères de l'existence. Toutes les sciences, toutes les branches d'étude,
> les arts, les inventions, les institutions, les entreprises et les
> 23 DP, 120
> 24 Bahá’í Scriptures, p. 464
> 25 GL, LXXXIII
> La condition humaine                     17
> 
> découvertes ont résulté de la compréhension de l'âme rationnelle. Tout
> cela était d'abord un secret impénétrable, des mystères cachés et des
> réalités inconnues, et l'âme rationnelle les a graduellement découvert et
> les a amenés du monde invisible au royaume du visible.”26
> 
> Mais avant de détailler plus avant les concepts d'âme, de raison et de
> conscience, voyons ce que nous possédons intrinsèquement, quelles
> capacités cela nous confère et quelle en est la finalité.
> 
> “L'être humain est le Talisman suprême.
> Cependant, le manque d'une éducation adéquate
> l'a privé de ce qu'il possède intrinsèquement.”
> 
> Étant dotés de la faculté de parler et d'une âme rationnelle, nous
> sommes donc capables de penser, d'accéder à la connaissance, de
> partager ces pensées et connaissances, d'analyser le monde qui nous
> entoure et, grâce à un autre pouvoir appelé conscience que nous
> étudierons plus loin, de connaître notre propre moi. Cette connaissance
> est essentielle car elle détermine le sens que nous donnons à notre
> propre vie et à l'usage que nous faisons de notre libre-arbitre.
> 
> Ce qui nous intéresse c'est d'abord de connaître ce que l'être humain
> possède intrinsèquement qui le distingue des animaux. Qu'a-t-il de
> spécifique ? Nous avons déjà vu qu'il possède cinq sens physiques et
> cinq sens non physiques. A travers les Écrits de Bahá’u’lláh, on peut
> découvrir toute une panoplie de capacités potentielles que nous
> détenons grâce à nos sens et à notre raison :
> 
> –    “la capacité de connaître et de vénérer (louer - adorer) Dieu”27,
> raison même de notre existence en tant que création de Dieu :
> “Je porte témoignage, ô mon Dieu, que Tu m'as créé pour Te
> connaître et T'adorer.”28 Cette capacité “doit être perçue comme
> étant l'impulsion génératrice et l'objectif premier de la création
> 
> 26 SAQ, chap. 58
> 27 GL, XXVII
> 28 Courte prière obligatoire.
> 18                           Âme, raison, conscience
> 
> tout entière.”29 Elle est si fondamentale que Bahá’u’lláh
> précise : “Nous avons décrété, ô peuple, que le but ultime et le
> plus élevé de toute étude soit la reconnaissance de Celui qui est
> l'objet de tout savoir.”30
> 
> –   “la capacité de prêter attention au Verbe de Dieu”31, le Verbe
> (ou Parole divine) dont doit dépendre le rassemblement et la
> résurrection spirituelle de tous les êtres humains.
> 
> –   “la capacité de refléter la grandeur de Sa gloire”32, car nous
> possédons en nous-mêmes, à un certain degré, les attributs
> divins. “Sache que chaque chose créée est un signe de la
> Révélation de Dieu.”33. “...toutes choses créées, dans leur plus
> intime réalité, témoignent de la révélation des noms et attributs
> de Dieu en elles-mêmes. Chacune, selon sa capacité, indique, et
> est l'expression, de la connaissance de Dieu.”34
> 
> –   “la capacité d'apprécier la beauté de Dieu”35
> 
> –   “la capacité de percevoir ce qui nettoiera et purifiera les
> peuples du monde des conflits et dissensions.”36
> 
> –   “la capacité d'exercer une influence particulière et d'être
> dépositaire d'une vertu distincte.”37
> 
> –   “le don de la compréhension”38 “Ce don donne à l'être humain
> le pouvoir de discerner la vérité en toutes choses, le conduit à
> 
> 29 GL, XXVII
> 30 Kitáb-i-Aqdas par. 102
> 31 Lawḥ-i-Dunyá
> 32 GL, XXXIV
> 33 Ibid. XCIII
> 34 Ibid.XC
> 35 Ibid., LXV
> 36 Kalimát-i-Firdawsíyyih, 11ème feuille
> 37 GL, XCIII
> 38 Ibid., XCV
> La condition humaine                                19
> 
> ce qui est juste, et l'aide à découvrir les secrets de la création.
> Ensuite vient en rang le pouvoir de vision, le principal
> instrument par lequel sa compréhension peut fonctionner. Les
> sens de l'ouïe, du cœur et de choses semblables, doivent de
> même être comptés parmi les dons que possède le corps
> humain.”39
> 
> –   “la capacité de refléter la gloire des noms et attributs de Dieu 40
> 
> –   “la capacité de reconnaître les signes de Dieu”41
> 
> Et particulièrement important : “Chaque chose créée sera rendue
> capable (si grand est son pouvoir de réflexion) de révéler les
> potentialités de son rang prédestiné, et reconnaîtra ses capacités et
> limitations.”42
> 
> De cette liste partielle, nous pouvons en déduire que les caractéristiques
> et facultés dont nous sommes dotés intrinsèquement nous permettent, ou
> devraient nous permettre, de développer nos potentialités les plus
> importantes que sont la faculté de comprendre le monde qui nous
> entoure, comprendre notre propre place dans cet environnement,
> comprendre notre propre moi, comprendre les réalités spirituelles,
> d'élargir notre vision et connaissance, - tout cela dans le but de
> connaître et adorer Dieu. Le facteur essentiel requis pour développer ces
> potentialités est l'éducation spirituelle, autrement dit la connaissance de
> la Révélation divine et de la Manifestation de Dieu, qui équivaut à la
> connaissance de Dieu.
> 
> “Lui qui est à tout jamais caché aux yeux de l'être humain ne
> peut jamais être connu si ce n'est à travers Ses Manifestations, et
> Sa Manifestation ne peut produire de plus grande preuve de la
> vérité de Sa mission que la preuve de Sa propre Personne.”43 “La
> 39 Ibid. XCV
> 40 Ibid. , CXXIV
> 41 Ibid., LII
> 42 Ibid. CXXIV
> 43 GL, chap. XX
> 20                         Âme, raison, conscience
> 
> porte de la connaissance de l'Être Ancien a toujours été fermée à
> la face de l'être humain, et continuera toujours à l'être. ... Il a
> manifesté aux humains les Soleils de Sa guidance divine, les
> Symboles de Son unité divine, et a ordonné que la connaissance
> de ces Êtres sanctifiés soit identique à la connaissance de Son
> propre Soi.”44
> 
> C'est là que prend tout son sens la contemplation : “Il contemplera les
> signes évidents de l'univers et pénétrera les mystères cachés de l'âme.
> Regardant avec l’œil de Dieu, il percevra en chaque atome une porte
> qui conduit aux rangs de la certitude absolue.”45
> 
> Parlant de capacités, ‘Abdu’l-Bahá précise : “La capacité est de deux
> sortes : innée et acquise. La capacité innée, qui est la création de Dieu,
> est intégralement et complètement bonne - dans la nature innée il n'y a
> pas de mal. Cependant, la capacité acquise peut devenir la source de
> mal.... Il s'ensuit dès lors que dans l'existence et dans la création il n'y a
> pas de mal du tout, mais que lorsque les qualités humaines innées sont
> utilisées d'une façon illicite, elles deviennent blâmables. ... Considérez
> que la pire de toutes les qualités et le plus odieux de tous les attributs,
> la fondation même de tout mal, est le mensonge, et que dans toute
> l'existence, l'on ne peut imaginer de qualité plus malfaisante ou
> répréhensible. Il réduit à néant toutes les perfections humaines et donne
> naissance à d'innombrables vices. Il n'y a pas de pire attribut et il est la
> fondation de toute la perversité.”46
> 
> ‘Abdu’l-Bahá précise également que tout le monde n'a pas le même
> degré de capacités : “Chaque être humain possède capacité et
> intelligence, mais l'intelligence, la capacité et l'aptitude diffèrent d'une
> personne à l'autre. Cela est évident... Il est donc clair que dans la
> nature innée des êtres humains il y a une différence de degré, d'aptitude
> et de capacité mais cela n'est pas une question de bien ou de mal – c'est
> simplement une différence de degré.”47
> 44 GL, chap. XXI
> 45 GL, chap. CXXV
> 46 SAQ, 57
> 47 Ibid.
> La condition humaine                             21
> 
> L'objectif d'une vie est dès lors l'acquisition par notre âme des qualités
> spirituelles, chacun selon ses propres capacités. Et malheureusement,
> ces capacités, facultés, pouvoirs sont limités, si bien que la connaissance
> de l'essence et de la réalité divine nous est impossible. ‘Abdu’l-Bahá
> l'exprime en termes de degrés, non plus d'une personne comparée à une
> autre, mais du rang et de la place de l'être humain dans la création :
> “Les différences de degré dans le monde de la création sont une
> barrière à la connaissance... Comment alors une réalité qui a été créée
> peut-elle comprendre cette Réalité qui a existé de toute éternité ?... Dès
> lors, comprendre Dieu signifie la compréhension et la connaissance de
> Ses attributs et non de Sa Réalité. Et même la connaissance de Ses
> attributs ne s'étend pas plus loin que ne le permettent les pouvoirs et
> capacités humaines, et reste tout à fait inadéquate.”48
> 
> Puisque la finalité de notre vie terrestre est de développer et faire
> progresser l'âme, il serait bon d'en cerner les caractéristiques, même si
> Bahá’u’lláh confirme que l'âme, dans son intime réalité et dans son
> essence, nous est inconnaissable et représente un mystère qui sera
> dévoilé dans l'autre monde. Nous disposons pourtant de toute une série
> d'éléments qui nous en donnent un aperçu. En voici les plus explicites :
> 
> D'abord, l'âme porte également d'autres noms : c'est aussi le moi (ego en
> latin ; nafs en arabe ; Ψυχή / psyché en grec ; anima en latin), notion
> développée dans la religion, la philosophie et la psychologie avec
> chaque fois un angle d'étude différent. Le mot ego cependant est
> généralement utilisé pour désigner le côté obscur et négatif du moi.
> 
> “Dans les Écrits bahá’ís, le moi a deux significations ou est
> utilisé dans deux sens : l'un est le moi, l'identité de l'individu créé
> par Dieu. C'est le moi mentionné dans des passages tels que 'il a
> connu Dieu celui qui s'est connu lui-même', etc. L'autre moi est
> l'ego, l'héritage sombre, animal, que possède chacun, la nature
> inférieure qui peut se développer en un monstre d'égoïsme, de
> brutalité, de luxure, etc. C'est contre ce moi-là , ou ce côté de
> 
> 48 Ibid. 59
> 22                             Âme, raison, conscience
> 
> notre nature, que nous devons lutter afin de renforcer et libérer
> l'esprit qui est en nous et l'aider à atteindre la perfection.”49
> 
> “Sa Cause [de Dieu] ne vient ni pour les luttes ni pour les guerres... Sa
> seule armée est l'amour de Dieu... sa seule bataille la démonstration de
> la Vérité, sa seule croisade est contre le moi insistant...”50 “Ne suivez
> pas les incitations du moi, car il en appelle avec insistance à la vilenie
> et à la luxure.”51
> 
> Sans entrer dans trop de détails, les mises en garde contre cette
> tendance égoïste abondent dans les Écrits et toute notre vie est une
> longue lutte contre cet ennemi qui est en nous. C'est d'ailleurs le sens
> symbolique de la jihad (guerre sainte) :
> “Prenez garde à vous-mêmes, car le Malin est à l'affût, prêt à vous
> piéger. Protégez-vous de ses procédés malfaisants, et, conduits par la
> lumière du nom du Dieu qui voit tout, échappez à l'obscurité qui vous
> entoure. Que votre vision englobe le monde, plutôt que d'être confinée à
> votre propre moi. Le Malin est celui qui entrave l'élévation, et qui
> freine le progrès spirituel des enfants des humains”52
> 
> “Ô étranger, ami ! La chandelle de ton cœur est allumée par la main de
> Mon pouvoir, ne l'éteins pas aux vents contraires du moi et de la pas-
> sion...”53 “Ton cœur est Mon trésor, ne permets pas à la main perfide
> du moi de te dépouiller des perles que J'y ai précieusement gardées.”54
> 
> Notre destinée est donc de chercher à vaincre ce moi insistant et égoïste,
> seule possibilité de croître spirituellement et d'acquérir progressivement
> les vertus et qualités morales, les seules richesses que nous emporterons
> à l'heure du décès et qui nous permettrons d'approcher le Soi divin :
> “Dis : le premier et plus fondamental témoignage établissant Sa vérité
> 
> 49 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer,
> December 10, 1947.
> 50 ‘Abdu’l-Bahá, SW, chap. 206
> 51 Kitáb-i-Aqdas, par. 64
> 52 Lawh-i-Dunya
> 53 Parole cachée persan 32
> 54 GL, chap. CLII
> La condition humaine                             23
> 
> est Son propre Soi.”55 “Par les Enseignements de l'Étoile de Vérité,
> chaque être humain avancera et se développera jusqu'à ce qu'il at-
> teigne le rang où il peut manifester les forces potentielles dont son vé-
> ritable et plus intime moi a été doté.”56
> 
> La connaissance de la réalité de l'âme est malheureusement impossible :
> “La nature de l'âme après la mort ne peut jamais être décrite et il n'est
> ni approprié ni acceptable de dévoiler l'intégralité de son caractère
> aux yeux des êtres humains.”57 Concentrons-nous dès lors sur les bribes
> d'explications que l'on peut trouver dans les enseignements bahá’ís. Des
> textes à notre disposition nous pouvons déduire les éléments suivants :
> 
> –   l'âme est fondamentalement notre individualité, notre identité.
> De même qu'il existe une empreinte digitale, on pourrait dire que
> l'âme est notre empreinte spirituelle, unique et indélébile.
> “L'âme rationnelle est dès le début dotée d'une individualité ;
> elle ne l'acquiert pas par l'intermédiaire du corps. Tout au plus,
> ce que l'on peut dire c'est que l'individualité et l'identité de l'âme
> rationnelle peuvent être renforcées en ce monde, et que l'âme
> peut soit progresser et atteindre les degrés de perfection, soit
> rester dans les abysses les plus profonds de l'ignorance et être
> privée par un voile de la contemplation des signes de Dieu.”58
> 
> –   l'âme est étroitement associée à la raison. “Les facultés telles
> que l'intellect, la raison, la compréhension et l'imagination sont
> des propriétés intrinsèques de l'âme, tout comme le
> rayonnement lumineux est la propriété du soleil. Le corps de
> l'homme est comme un miroir, son âme comme le soleil et ses
> facultés mentales comme les rayons qui émanent de cette source
> de lumière.”
> 
> –   sans la raison, l'âme serait amputée : “Il y a une faculté en l'être
> 
> 55 Ibid. LII
> 56 Ibid. XXVII
> 57 Ibid. LXXXI
> 58 SAQ 66
> 24                           Âme, raison, conscience
> 
> humain qui dévoile à sa vision les secrets de l'existence. Elle lui
> donne un pouvoir par lequel il peut investiguer la réalité de
> chaque objet. Elle conduit l'être humain encore et encore vers le
> rang lumineux de la sublimité divine et le libère de toutes les
> entraves du moi, car l'âme n'est pas capable d'elle-même de
> dévoiler les mystères des phénomènes ; mais la raison peut
> l'accomplir et en ce sens elle est un pouvoir supérieur à
> l'âme.”59
> 
> –   l'âme apparaît au moment de la conception60 et poursuit ensuite
> une évolution permanente et infinie. “Sache en vérité que l'âme,
> après sa séparation du corps, continuera à progresser jusqu'à
> ce qu'elle atteigne la présence de Dieu, dans un état et une
> condition que ni la révolution des âges et des siècles, ni les
> changements et les hasards de ce monde ne pourront altérer.”61
> 
> –   l'âme est indépendante du corps qui ne lui sert que de véhicule
> pendant cette vie terrestre. “L'âme, tout comme l'intellect, est
> une abstraction. L'intelligence n'épouse aucune des propriétés
> de l'espace, bien qu'elle soit connexe au cerveau humain.
> L'intellect y réside mais pas matériellement. Si vous cherchez
> dans le cerveau, nous ne trouverez pas l'intellect. De la même
> façon, bien que l'âme réside dans le corps, elle n'y sera pas
> trouvée.”62 “L'âme rationnelle ne descend pas dans le corps,
> c'est-à-dire n'y entre pas, car la descente et l'entrée sont
> caractéristiques des corps et l'âme rationnelle en est affranchie.
> L'esprit n'est jamais entré dans ce corps, et donc lorsqu'il le
> quittera, il n'aura aucun besoin d'une demeure : non, l'esprit est
> connecté avec le corps, comme cette lumière l'est avec ce
> miroir. ”63
> 
> –   à la naissance, l'âme est pure : “Sache que chaque âme est
> 59 DP 12
> 60 Shoghi Effendi, Lights of Guidance, p. 504
> 61 GL, chap. LXXXI
> 62 DP 127
> 63 Ibid.
> La condition humaine                           25
> 
> façonnée selon la nature créée par Dieu, chacune étant pure et
> sainte à sa naissance. Ensuite, cependant, les individus varient
> selon les vertus ou les vices qu'ils acquièrent en ce monde. Bien
> que tous les êtres existants soient, selon leur nature, créés selon
> des degrés ou des rangs - car les capacités sont diverses -,
> chaque individu est néanmoins venu au monde pur et saint, et
> c'est seulement après qu'il devient souillé.” “Il est évident que
> chaque être humain est pur à l'origine car des qualités
> divinement créées sont déposées en lui. Si l'être humain étend et
> développe son individualité en acquérant des sciences, il
> deviendra une personne sage ; s'il s'engage dans des actes
> louables et s'efforce d'acquérir la connaissance réelle, il
> deviendra quasi divin.”64
> 
> –   alors que l'on pourrait logiquement penser que l'âme est le fruit
> de nos sens physiques et facultés mentales, il faut se rendre à
> l'évidence que c'est tout à fait l'opposé. “Considère la faculté de
> raisonner dont Dieu a doté l'essence humaine. Examine ton
> propre moi et vois comment ton mouvement et ton calme, ta
> volonté et ton but, ta vue et ton ouïe, ton sens de l'odorat et ton
> pouvoir de discourir, et tout ce qui est lié à tes sens physiques ou
> à tes perceptions spirituelles, ou qui les transcende, proviennent
> tous, et doivent leur existence à cette même faculté.”
> 
> –   son état ou réalité nous est inconnaissable pendant notre vie
> terrestre. “Sache qu'en vérité l'âme est un signe de Dieu, un
> joyau céleste dont la réalité a échappé aux plus érudits des êtres
> humains et dont le mystère ne peut être élucidé par aucun esprit,
> aussi perspicace soit-il.” “La nature de l'âme après la mort ne
> peut jamais être décrite et il n'est ni convenable ni permis d'en
> révéler le caractère entier aux yeux des êtres humains.” 65
> 
> –   il peut exister une connexion entre les différentes âmes, mais de
> nature inconnue. “Sache que les âmes du peuple de Bahá ...
> 
> 64 ‘Abdu’l-Bahá, Divine Philosophy
> 65 GL, chap. LXXXI
> 26                            Âme, raison, conscience
> 
> s'associeront et communieront intimement l'une avec l'autre et
> seront si étroitement liées dans leurs vies, leurs aspirations,
> leurs buts et leurs efforts qu'elles seront tout comme une seule
> âme...” “Le peuple de Bahá, qui sont les habitants de l'Arche de
> Dieu, sont tout un chacun bien conscients de l'état et de la
> condition l'un de l'autre, et sont unis par des liens d'intimité et
> de camaraderie. Un tel état cependant dépend de leur foi et de
> leur conduite.”66
> 
> –   L'âme n'est pas un élément composé et est donc immortelle :
> “L'âme n'est pas une combinaison d'éléments, elle n'est pas
> composée de plusieurs atomes, elle est une substance indivisible
> et donc éternelle Elle est totalement en dehors de l'ordre de la
> création physique ; elle est immortelle !” “L'âme n'étant pas
> composée d'éléments, est, par nature, comme un élément simple
> et donc ne peut cesser d'exister. L'âme étant de cette substance
> indivisible, ne peut subir ni désintégration ni destruction et n'a
> donc aucune raison d'atteindre sa fin.”67
> 
> –   il n'y a pas identité entre l'âme et les facultés mentales : “Ces
> facultés ne sont que les propriétés de l'âme, tels que le pouvoir
> de l'imagination, de la pensée, de la compréhension ; pouvoirs
> qui sont les requis essentiels de la réalité humaine, de même que
> les rayons solaires sont la propriété inhérente du soleil.”68
> 
> –   L'âme n'a aucune des caractéristiques d'une entité matérielle :
> “L'âme humaine est exaltée au-delà de toute émersion et
> régression. Elle est immobile et pourtant vole ; elle se meut et
> pourtant est immobile. Elle est, en elle-même, un témoignage
> qui atteste l'existence d'un monde qui est contingent aussi bien
> que de la réalité d'un monde qui n'a ni commencement ni fin.”69
> 
> 66 Ibid., chap. LXXXVI
> 67 ‘Abdu’l-Bahá, Paris Talks, p. 90
> 68 Forel
> 69 GL, chap. LXXXII
> La condition humaine                             27
> 
> –   L'âme n'est réellement libre qu'après la mort : “Sache que l'âme
> humaine est exaltée au-delà de toute infirmité du corps et de la
> raison et en est indépendante... Chaque maladie affligeant le
> corps humain est un obstacle qui empêche l'âme de manifester
> son pouvoir et sa puissance intrinsèques. Lorsqu'elle quitte le
> corps elle manifestera un tel ascendant et révélera une telle
> influence qu'aucune force sur terre ne peut les égaler.”
> 
> –   L'âme est immuable et ne dépend pas du corps : “Considère
> comment l'intellect se développe et s'affaiblit et peut parfois
> n'aboutir à rien, tandis que l'âme ne change pas. Pour que la
> raison puisse se manifester, il faut que le corps existe dans sa
> globalité ; et une raison saine ne peut exister que dans un corps
> sain, tandis que l'âme ne dépend pas du corps. C'est par le
> pouvoir de l'âme que la raison comprend, imagine et exerce son
> influence, tandis que l'âme est un pouvoir qui est libre.” “L'âme
> imprègne le corps tout entier et ses ordres sont effectifs dans
> toutes les parties et membres de l'être humain. Malgré sa
> sanctification extrême (ou abstraction), l'âme est évidente et
> manifeste dans tous ses degrés dans cette forme matérielle.”
> “..si l'on cherchait dans tout le corps humain, il ne serait pas
> possible de trouver un endroit ou une localisation spécifique de
> l'esprit. L'esprit est absolument sans lieu et immatériel, mais il a
> une connexion avec le corps...”70
> 
> –   dans le monde spirituel l'âme progresse en fonction des qualités
> et vertus acquises pendant sa vie terrestre, ou plus exactement
> des efforts accomplis pour obtenir ces qualités et vertus. “La
> perfection divine est infinie et dès lors le progrès de l'âme est
> aussi infini. Dès la naissance d'un être humain, l'âme progresse,
> l'intellect croît et la connaissance augmente. Lorsque le corps
> meurt, l'âme continue à vivre. Tous les différents degrés des
> êtres physiques créés sont limités mais l'âme est sans limites !”
> 
> –   L'âme est le principe animateur de la vie : “ ...les divers organes
> 70 LSA 67
> 28                          Âme, raison, conscience
> 
> et membres, les parties et les éléments qui constituent le corps
> humain, bien que différents, sont pourtant tous connectés l'un
> avec l'autre par cet agent unificateur connu comme l'âme
> humaine, qui les fait fonctionner en parfaite harmonie et
> absolue régularité, rendant ainsi possible la poursuite de la vie.
> Le corps humain cependant est totalement inconscient de cet
> agent unificateur, fonctionne pourtant avec régularité et
> accomplit ses fonctions selon sa volonté.”71
> 
> –   l'âme en tant que force unificatrice : “En élargissant la vision et
> en observant minutieusement la question, il devient certain que
> chaque réalité n'est qu'un requis essentiel des autres réalités.
> Dès lors, pour connecter et harmoniser ces réalités diverses et
> infinies, un pouvoir unifiant le tout est nécessaire afin que
> chaque élément des êtres existants puisse exécuter sa propre
> fonction avec un ordre parfait.”72
> 
> –   L'évolution de l'âme après la mort peut être favorisée par les
> prières (intercession) et les bonnes actions faites au nom de la
> personne décédée : : “En cette plus grande Dispensation Tu
> acceptes l'intercession des enfants pour leurs parents. Ceci est
> l'une des effusions spéciales et infinies de cette Dispensation.”73
> “Ô divine providence ! Immerge le père et la mère de ce
> serviteur de Ton seuil dans l'océan de Ton pardon, purifie et
> sanctifie-les de tout péché et transgression.”74
> 
> D'un côté donc le corps est le véhicule de l'âme pendant cette vie
> terrestre, et après la mort l'âme devient le véhicule de notre moi
> spirituel.
> 
> De tout ceci, et maintenant que nous avons une idée plus claire des
> potentialités de l'âme, il ressort qu'au-delà des découvertes scientifiques
> dans tous les domaines, et en particulier des avancées dans l'étude des
> 71 Ibid.
> 72 Forel
> 73 Abdu’l-Baha, Baha’i Prayers
> 74 Bahá’u’lláh, Baha’i Prayers
> La condition humaine                             29
> 
> fonctions mentales de l'être humain, tous les pouvoirs et capacités dont
> nous sommes dotés ont pour but principal la connaissance de Dieu et de
> notre existence spirituelle. Pourtant, et c'est une des beautés des
> enseignements bahá’ís, cette connaissance rationnelle est complétée par
> un autre type de connaissance qui est celle du cœur.
> 
> Dans de nombreux textes, on peut lire : “Réfléchissez en votre cœur...”,
> “ceux qui ont un cœur qui comprend..”., ou encore “inclinez vos cœurs,
> ô peuple de Dieu, vers les conseils de votre véritable, incomparable
> ami. La parole de Dieu peut être comparée à un arbrisseau qui a été
> planté dans le cœur des êtres humains...”75
> 
> On oppose souvent l’intelligence du cœur à l’intelligence de l’esprit,
> l’esprit ayant ici le sens d’intellect. L’intelligence du cœur se fonde sur
> une sorte d’élan vital, positif et inclusif ; elle est plus large et moins mé-
> canique que l’intelligence de l’esprit. L’intelligence du cœur n’a pas de
> rapport direct avec les facultés intellectuelles de l’individu : c’est la rai-
> son pour laquelle on la situe symboliquement au niveau du cœur, organe
> de la vie, du lien et de l’amour, alors que l’intellect est associé au cer-
> veau, ce que confirme ‘Abdu’l-Bahá : “La raison n'a pas d'endroit bien
> qu'elle soit connectée au cerveau... De même, l'amour n'a pas d'endroit
> mais il est connecté avec le cœur.”76
> 
> Loin d'être anodine, cette intelligence du cœur, destinée à la connais-
> sance des réalités spirituelles, est un des moyens les plus importants d'y
> accéder : “La compréhension de Ses mots et la compréhension des pa-
> roles des Oiseaux du ciel ne dépendent en aucune façon de l'apprentis-
> sage humain. Elles dépendent seulement de la pureté du cœur, de la
> chasteté de l'âme et de la liberté d'esprit.”77 “Le cœur doit donc néces-
> sairement être nettoyé des dires inconsistants des êtres humains, et être
> sanctifié de tout attachement terrestre, afin de pouvoir découvrir le sens
> caché de l'inspiration divine et devenir le trésor des mystères de la
> connaissance divine.”78
> 75 GL, chap. XLI
> 76 SAQ 67
> 77 Kitáb-i-Íqán
> 78 Ibid.
> 30                              Âme, raison, conscience
> 
> Ces deux formes d’intelligence s’appliquent en réalité à des domaines
> différents :
> •la première touche à la spiritualité, à la manière d’être au monde
> et au “moi”,
> •la seconde touche à la matière ; elle est de nature plutôt
> scientifique.
> Ces deux formes d’intelligence ne sont pas incompatibles. La lucidité
> du coeur n’est pas contraire à la raison, elle peut se nourrir de l’intellect
> et de la logique. De même, l’intelligence de l’esprit n’est pas fermée à
> l’intuition ni aux émotions, elle n’est pas dénuée de vie.
> Contrairement à l’intellect, l’intelligence du coeur ne place pas le
> raisonnement au centre mais analyse plutôt le ressenti ou l'intuition, qui
> peuvent très bien être validés par la raison.
> 
> L’intelligence du coeur décrit un certain état de conscience qui se
> caractérise par la compassion, l’amour et le sentiment que tout est lié,
> autrement dit le sentiment d'unité. Ici, l’ego s’efface pour accueillir la
> réalité dans sa globalité et notre champ de connaissance s'accroît.
> L’intelligence du coeur consiste non pas à accumuler une somme de
> savoirs et de méthodes, mais au contraire à vider l'esprit de sa “science”,
> afin de laisser une plus grande place à l'intuition. C’est ainsi que les
> postulats et les présupposés s’effacent au profit d’un esprit ouvert, libre
> de toute influence ou déterminisme. La perception du monde et du moi
> est filtrée par les sentiments qui viennent compléter la connaissance
> rationnelle, pragmatique, des choses. Il en résulte que l'intuition, la
> compassion, l'attraction vers les vertus que nous développons dans notre
> cœur accroissent également notre vision du monde et de notre propre
> moi.
> 
> “En ce jour, tout ce qui sert à réduire l'aveuglement et à accroître la
> vision est digne de considération. La vision agit comme agent et guide
> pour la vraie compréhension. En vérité, selon les personnes dotées de
> sagesse, la finesse de la compréhension est due à l'acuité de vision.”79
> 
> 79 Bahá’u’lláh, Ṭarázát, 1ère
> La condition humaine                         31
> 
> L’intelligence du coeur amène à développer un regard large, non
> restreint à sa propre individualité.
> Cette connaissance-là n’a rien de scientifique. Elle n’est pas non plus
> une omniscience, qui est un attribut réservé à Dieu. Elle est au contraire
> l’aveu que nous ne savons rien, ce qui nous amène à relativiser le regard
> que nous portons sur les autres et sur le monde.
> L'ensemble formé par la raison et l'intelligence du coeur nous permet
> dès lors, à condition que les deux soient utilisées, à voir les choses
> avec plus de justice : “Ô fils de l'Esprit ! La plus précieuse de toutes
> choses à Mes yeux est la Justice ; ne t'en détourne pas si tu Me désires,
> et ne la néglige pas pour que Je puisse avoir confiance en toi. Par son
> aide, tu verras par tes propres yeux et non par les yeux des autres, et
> sauras par ta propre connaissance, et pas par la connaissance de ton
> prochain. Réfléchis en ton cœur à comment il t'incombe d'être. En
> vérité, la justice est Mon don pour toi, et le signe de Ma tendre bonté.
> Place-la alors devant tes yeux.” 80
> “Si tu prêtais attention à ces mots, si tu réfléchissais dans ton cœur à
> leur sens apparent et à leur sens profond, tu saisirais la signification de
> tous les problèmes abstrus qui, en ce jour, sont devenus
> d'insurmontables barrières entre les êtres humains...”81
> 
> Sans entrer dans de savantes considérations neurophysiologiques
> concernant l'effet des émotions - positives ou négatives -, sur le fonc-
> tionnement du cœur et sa relation avec le cerveau, il est maintenant avé-
> ré qu'il existe un lien entre ce que nous ressentons et nos pensées. Il a
> été constaté que l’individu a la capacité de percevoir plus justement le
> monde autour de lui. Sa créativité est accrue ainsi que sa capacité à
> communiquer avec autrui. C'est pourquoi il est si important d'enseigner
> les arts aux enfants car cela permet de développer l'imagination, la créa-
> tivité et l'expression extérieure des sentiments. “Il est naturel pour le
> cœur et l'esprit de prendre plaisir et se réjouir de toutes choses qui dé-
> montrent symétrie, harmonie et perfection.... en fait, toutes choses qui
> ont en elles-mêmes grâce ou beauté sont plaisantes pour le cœur et l'es-
> prit...”82
> 80 Parole cachée arabe n° 2
> 81 Kitáb-i-Íqán
> 82 ‘Abdu’l-Bahá, quoted in “A Brief Account of My Visit to Acca”
> 32                         Âme, raison, conscience
> 
> Plus on étendra les diverses facultés de l'être humain et plus il compren-
> dra l'intime réalité des choses et des événements qui l'entourent : “Les
> faveurs accordées à l'humanité [par Dieu] ont toujours été illimitées
> dans leur étendue, et le resteront toujours. La première et principale fa-
> veur conférée à l'être humain par le Tout-Puissant est le don de la com-
> préhension. Son dessein en octroyant un tel don n'est rien d'autre que
> de rendre Ses créatures capables de connaître et reconnaître le seul vrai
> Dieu...Ce don donne à l'être humain le pouvoir de discerner la vérité
> en toutes choses, le conduit à ce qui est juste et l'aide à découvrir les
> secrets de la création. En deuxième rang vient le pouvoir de la vision,
> l'instrument principal par lequel la compréhension peut fonctionner.
> Les sens de l'ouïe, du cœur, et autres semblables, sont de même comptés
> au nombre des bienfaits dont le corps humain est pourvu.”83
> 
> Le cœur étant le siège présumé des sentiments, l'amour y tient la place
> la plus importante et toute une série de vertus en sont les signes: gen-
> tillesse, altruisme, empathie, charité, honnêteté, loyauté, piété, véracité,
> etc. Et en réunissant la raison et cette faculté d'aimer, l'être humain a dès
> lors les capacités pour lesquelles il a été créé : connaître et aimer Dieu.
> “Dès lors, ô frère, avec l'huile de la sagesse, enflamme la lampe de l'es-
> prit dans l'endroit le plus intime de ton cœur et protège-la sous le globe
> de la compréhension.”84 “Par un acte de la Volonté divine, chaque
> chose créée est devenue un signe de Sa gloire... le fait que le cœur soit
> le trône où la Révélation de Dieu le Très-Compatissant est centrée est
> attesté par les saintes paroles que Nous avons précédemment
> révélées.”85 “L'esprit humain est un pouvoir qui englobe toutes choses
> créées, qui comprend leur réalité, dévoile leurs mystères cachés et les
> soumet à son contrôle. Il comprend même des choses qui n'ont pas
> d'existence apparente, c'est-à-dire des réalités invisibles, imperceptibles
> et compréhensibles telles que la raison, l'esprit, les attributs et qualités
> humains, l'amour et la tristesse – tout cela constituant des réalités intel-
> ligibles.”86
> 83 GL, chap. XCIV
> 84 Kitáb-i-Íqán
> 85 GL, chap. XCIII
> 86 SAQ, 48
> La condition humaine                               33
> 
> “Ô ami, le cœur est la demeure de mystères éternels...
> Dans chaque cité, il contemplera un monde, dans chaque vallée il
> atteindra une fontaine, dans chaque clairière il entendra un
> chant. Mais le faucon du ciel mystique a beaucoup de merveilleux
> cantiques de l'esprit en sa poitrine, et l'oiseau persan garde en
> son âme beaucoup de douces mélodies arabes ; pourtant, celles-ci
> sont dissimulées, et dissimulées resteront.”87
> 
> Comme nous l'avons vu plus haut, chaque être humain possède les capa-
> cités nécessaires pour accéder à la connaissance mais à des degrés di-
> vers. “La connaissance est une lumière que Dieu dépose dans le cœur
> de celui qu'Il veut. C'est ce genre de connaissance qui est et a toujours
> été louable, et non la connaissance limitée qui a germé dans des esprits
> voilés et obscurcis.”88 “Transgresser les limites de son rang et de sa po-
> sition n'est en aucune façon permis. L'intégrité de chaque rang et posi-
> tion doit nécessairement être préservée. Cela veut dire que chaque
> chose créée devrait être examinée à la lumière du rang qui lui a été or-
> donné.”89 “De la source exaltée... [Dieu] a investi chaque chose créée
> d'un signe de Sa connaissance, de sorte qu'aucune de Ses créatures ne
> peut être privée de sa part, en exprimant cette connaissance, chacune
> selon sa capacité et son rang....Chaque chose créée sera rendue ca-
> pable de révéler les potentialités de son rang pré-ordonné, et reconnaî-
> tra ses capacités et ses limitations...”90
> 
> Par ailleurs, ce que l'humain peut connaître de façon générale a des
> limites : “Ce qui peut être conçu par l'être humain est une réalité qui
> est limitée et n'est pas illimitée ; elle est circonscrite, et n'englobe pas
> tout. Cela peut être compris par l'humain, et c'est contrôlé par lui. De
> même, il est certain que toutes les conceptions humaines sont
> contingentes, non absolues ; qu'elles on une existence mentale, et non
> matérielle. De plus, la différenciation des stades dans le monde
> contingent est un obstacle à la compréhension. Comment le monde
> 87 The Call of the Divine Beloved, The Seven Valleys, #73,59
> 88 Ibid.
> 89 GL, chap. XCIII
> 90 Ibid., chap.CXXIV
> 34                           Âme, raison, conscience
> 
> contingent peut-il alors concevoir la Réalité de l'Absolu ?”91 “Quelle
> que soit la hauteur jusqu'à laquelle l'esprit des êtres les plus exaltés
> puisse voler, aussi grandes que soient les profondeurs que les cœurs
> détachés et perspicaces puissent atteindre, de tels esprits et cœurs ne
> peuvent jamais transcender ce qui est la création de leurs propres
> conceptions et le produit de leurs propres pensées.”92 “L'essence intime
> de l'être humain est inconnue et insondable, mais elle est connue et
> caractérisée par ses attributs.... Bien que l'esprit humain englobe toutes
> choses, et que toutes choses extérieures sont à leur tour englobées par
> lui, ce dernier est inconnu au regard de son essence et ne peut être
> connu que par ses attributs.”93
> 
> Doit-on considérer que chaque être humain a une différente sensibilité
> au spirituel et par exemple une différence de réceptivité à la prière ?
> N'est-ce pas là également un pouvoir latent qui peut être développé ?
> 
> “Le noyau de la foi religieuse est ce sentiment mystique qui unit
> l'être humain à Dieu. Cet état de communion spirituelle peut être
> provoqué et maintenu grâce à la méditation et à la prière.” 94
> 
> C'est dès lors par une éducation spirituelle dès le plus jeune âge que
> cette connexion intime avec le spirituel pourra être développée : “l'école
> des enfants doit être un lieu d'ordre et de discipline extrêmes,
> l'instruction doit y être complète, et l'on doit s'assurer d'y corriger et d'y
> affiner le caractère de l'enfant, de façon à ce que, dès sa naissance, la
> fondation divine soit posée au plus profond de son être et que la
> structure de sainteté y soit érigée.”95 “Dans les écoles, l'instruction doit
> débuter avec l'étude de la religion. Après la formation religieuse et
> après avoir attaché le coeur de l'enfant à l'amour de Dieu, poursuivez
> son éducation par l'étude des autres branches du savoir.”
> 
> 91 Forel
> 92 GL, chap.. 148
> 93 SAQ 59
> 94 Shoghi Effendi, 8 December 1935 to an individual believer, published in “Bahá’í
> News” 102
> 95 Sélections des écrits de 'Abdu'l-Baha, n° 111
> La condition humaine                           35
> 
> Il faut nous arrêter un instant sur une importante nuance : il ne faut pas
> confondre connaissance et compréhension. Il est tout à fait inutile
> d'accumuler des connaissances si on n'en comprend ni l'utilité ni les
> enseignements qu'elles nous prodiguent sur la vie, l'organisation de la
> société, la destinée humaine et l'essence de l'être humain. Chaque
> événement, chaque mot, ont une signification intérieure, profonde, que
> seules peuvent faire apparaître la réflexion et la méditation.
> 
> Soyons clair, nous parlons ici de la connaissance et de la
> compréhension des Écrits bahá’ís, de leurs implications et applications.
> Avec tout en haut de l'échelle, la connaissance de Dieu qui passe par la
> reconnaissance de Sa Manifestation. “Nous avons décrété, ô peuple,
> que le but ultime et le plus élevé de toute étude soit la reconnaissance
> de Celui qui est l'objet de tout savoir.”96 Ceci ne veut pas dire que toute
> autre connaissance soit inutile, mais elles ne concernent que notre vie
> terrestre et non la vie spirituelle. Les acquis de l'esprit humain sont les
> seules choses que nous emporterons dans nos bagages vers l'au-delà. Et
> ces acquis sont ceux qui restent dans la mémoire, en particulier les
> sensations et sentiments qui auront jalonné notre vie spirituelle. Il y
> aurait beaucoup à dire sur la connaissance mais ce n'est pas l'objet de cet
> essai.
> 
> Et donc, arrivés à ce stade, connaissant maintenant les facultés et
> capacités que l'être humain possède intrinsèquement, et constatant que
> l'être humain est encore loin de la maturité spirituelle que permettraient
> d'atteindre l'âme, la raison et l'intelligence du cœur, il nous faut
> mentionner un autre pouvoir tout aussi important que la raison et qui lui
> est corrélé, celui de la conscience.
> 
> La conscience est un des dons de l'esprit humain, et chacun en est
> pourvu, tout comme les facultés d'imagination, de réflexion, de
> compréhension, l'intelligence, etc. Toutes ces facultés ou dons sont
> inhérents à l'être humain, acquis dès la conception et c'est grâce à eux
> que nous forgeons notre caractère, notre compréhension des mondes
> 
> 96 Kitáb-i-Aqdas par. 102
> 36                         Âme, raison, conscience
> 
> matériels et spirituels, notre individualité et personnalité. Le tout est
> d'en faire bon usage, et c'est là qu'apparaissent les notions de bien et de
> mal. Or, sans point de repère, il nous serait impossible de discerner le
> bien du mal, la raison nous permettant de distinguer le vrai du faux.
> C'est là qu'interviennent les Éducateurs spirituels, car de lui-même l'être
> humain est incapable de faire la distinction. Nous en parlerons plus loin.
> 
> Un animal n'est ni bon ni mauvais. Il obéit à des instincts auxquels il ne
> peut échapper. Par contre l'être humain, par ses différents pouvoirs
> immatériels peut déroger aux lois de la nature et peut contrôler ce qui
> lui reste d'instinct animal. J'interprète l'histoire d'Adam et Eve comme le
> symbole du moment où l'être humain prend conscience de lui-même.
> Ayant acquis la connaissance du bien et du mal en désobéissant à l'ordre
> divin, ils prennent conscience que cette désobéissance était mal, et en
> ressentent de la honte, symbolisé par leur prise de conscience de leur
> nudité. C'est à ce moment qu'ils découvrent leur moi, et leur bonheur
> naïf et inconscient et leur liberté -symbolisés par un jardin paradisiaque
> - ne seront plus jamais les mêmes.
> 
> Et effectivement l'éducation joue un rôle primordial : “L'éducation ne
> peut modifier l'essence intime d'un être humain, mais elle exerce une
> influence énorme et avec ce pouvoir elle peut faire émerger chez un
> individu n'importe quelles perfections et capacités qui sont déposées en
> lui...il est donc clairement démontré que par leur nature essentielle, les
> esprits varient quant à leurs capacités, tandis que l'éducation joue
> aussi un grand rôle et exerce un puissant effet sur leur
> développement.”97
> 
> “Le Grand Être dit : Considérez l'être humain comme une mine riche en
> pierres précieuses d'une inestimable valeur. L'éducation seule peut en
> révéler les trésors et permettre à l'humanité d'en profiter.”98
> 
> Notre conscience serait le principal outil de cette éducation puisqu'elle
> nous connecte au monde physique à partir duquel nous créons notre
> 
> 97 SW, 104
> 98 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
> La condition humaine                        37
> 
> propre vision et compréhension, via une transposition dans le domaine
> de l'abstrait grâce aux différents pouvoirs immatériels que nous
> possédons. Nous avons conscience que les choses matérielles ont une
> réalité - forme, couleur, consistance, odeur, goût - et par l'imagination,
> la compréhension, et la pensée, nous créons dans notre esprit d'autres
> choses qui n'ont pas d'existence concrète et sont du domaine de la
> parabole et de la métaphore.
> 
> Mais par dessus tout, nous sommes conscients que notre conscience
> existe. A cet instant précis, vous êtes conscient que vous êtes en train de
> lire et que vous réfléchissez à ce qui est écrit en vous forgeant des
> images mentales. Nous sommes conscients que nous sommes en train de
> réfléchir et de créer des pensées. Le sommeil ou un coma sont les deux
> situations où notre conscience n'est pas utilisée, ce qui ne veut pas dire
> qu'elle a cessé d'exister. Au réveil, si la mémoire a engrangé des
> données - souvent incompréhensibles - nous en prendrons connaissance
> consciemment. Ceci montre que la conscience est tout à fait
> indépendante des sens. Tout cela est ce qu'on appelle la conscience de
> soi, définie comme étant la faculté de l'humain de penser ce qu'il vit et
> dès lors de se penser lui-même. Ayant ainsi conscience qu'il possède une
> individualité, l'être humain, par l'éducation, doit apprendre à discerner
> ce qui, dans son comportement et caractère, est digne de louange ou pas.
> Et c'est là qu'interviennent les Manifestations divines et leurs
> enseignements, car ce sont elles qui fixent les repères et déterminent les
> normes à respecter. Nous y reviendrons plus loin, mais prenons déjà la
> mesure d'un avertissement donné par Bahá’u’lláh : “Ô Mon serviteur !
> Libère-toi des entraves de ce monde, et affranchis ton âme de la prison
> du moi. Saisis ta chance car elle ne te reviendra plus.”99
> 
> Sous un certain angle, la conscience ne serait-elle pas cette faculté
> commune dont parle ‘Abdu’l-Bahá ? C'est bien par la mise en contact
> avec son environnement que le bébé prend conscience de lui-même,
> grâce à ses facultés d'analyse et de réflexion qu'il possède déjà
> potentiellement au sein de la matrice. Cette conscience de soi ne peut se
> développer sans la raison ; quant à la raison, elle n'aurait aucune utilité
> 
> 99 Parole cachée persan 40
> 38                              Âme, raison, conscience
> 
> si elle ne servait pas à alimenter la réflexion sur nous-même et sur notre
> évolution spirituelle. Raison et conscience sont donc étroitement liées.
> 
> La conscience de soi est l'instrument qui nous permet de connaître notre
> âme, pour peu que nous ayons des moments d'introspection et de
> réflexion sur notre évolution spirituelle. Tout comme l'âme, elle ne
> disparaît pas avec la mort physique, et au contraire est encore plus
> développée car débarrassée du voile de nos attachements terrestres. Une
> série d'Écrits confirment cette idée : Il est clair et évident qu'après leur
> mort physique, tous les êtres humains estimeront la valeur de leurs
> actes et réaliseront ce que leurs mains ont forgé.100
> 
> “La prise de conscience de soi chez l'être humain est un processus
> graduel qui ne commence pas à un point défini. Elle grandit en lui
> en ce monde et continue à le faire dans le futur monde spirituel.
> L'être humain peut certainement se remémorer ses expériences
> lors de son évolution et même lorsque son âme quitte ce monde
> elle se souviendra de son passé.”101
> 
> “L'être humain devrait connaître son propre moi et reconnaître ce qui
> conduit à l'élévation ou à l'abaissement, à la gloire ou à l'humiliation, à
> la richesse ou à la pauvreté.”102
> 
> “La vraie perte est pour celui dont les jours ont été dépensés dans
> l'ignorance absolue de son moi.”103
> 
> “À l'origine, Dieu a doté l'humain d'une individualité qui jouissait de ce
> qui est bénéfique... mais l'humain, par mauvaise habitude, change cette
> création et transforme l'illumination divine en obscurité satanique.
> Aussi longtemps que l'humain sera captif d'habitudes, poursuivant les
> dictats du moi et du désir, il sera vaincu et anéanti. Cet ego personnel
> passionné prend les rênes en ses mains, amasse les qualités de l'ego
> 
> 100 GL, LXXXVI
> 101 From a letter written on behalf of Shoghi Effendi to an individual believer,
> November 20, 1937
> 102 Bahá’u’lláh, The first Ṭaráz
> 103 Bahá’u’lláh, Aṣl-i-Kullu’l-Khayr
> La condition humaine                             39
> 
> divin et se change en animal, une créature incapable de discerner le
> bien du mal ou de distinguer la lumière de l'obscurité. Il devient
> aveugle aux attributs divins car cette individualité acquise, résultat
> d'une routine maléfique, devient la note dominante de sa vie.”
> 
> Il est dès lors fondamental que chaque être humain fasse sa propre
> recherche de la réalité afin de se définir au sein de la multitude
> d'opinions et de faire coïncider sa vie avec les enseignements divins :
> “Évoluer de cette conscience inférieure vers une conscience supérieure
> – vers la réalité de la vie, au-delà du requis des mondanités
> quotidiennes – implique faire des efforts à la recherche de signification.
> L'intention de Dieu n'est pas que l'être humain imite ses pères et
> ancêtres. Il l'a doté de la raison par l'exercice de laquelle il recherche
> et découvre la vérité, et il doit accepter ce qu'il trouve réel et vrai. Il ne
> doit pas être un imitateur ou un disciple aveugle d'une âme quelconque.
> Il ne doit pas s'appuyer implicitement sur l'opinion d'un autre sans
> investigation ; non, chaque âme doit chercher intelligemment et
> indépendamment, et arriver à une conclusion réelle et s'en tenir à cette
> seule réalité.”104
> 
> Le français n'a malheureusement que le mot 'conscience', là où les an-
> glophones font une distinction entre les termes conscience, conscious-
> ness, awareness et wakefulness. Parmi toutes les définitions de la
> conscience, - biologique, philosophique, psychologique, neurologique -,
> celle qui nous intéresse dans cet essai a trait d'une part à la conscience
> de soi (self-awareness) et au libre-arbitre.
> Au sens moral, elle désigne la “capacité mentale à porter des jugements
> de valeur moraux sur des actes accomplis par soi ou par autrui”. Au
> sens psychologique, elle se définit comme la “relation intériorisée
> immédiate ou médiate qu'un être est capable d’établir avec le monde où
> il vit et avec lui-même”. En ce sens, elle est fréquemment reliée, entre
> autres, aux notions de connaissance, d'émotion, d'existence, d'intuition,
> de pensée, de psychisme, de phénomène, de subjectivité, de sensation,
> et de réflexivité.
> 
> 104 ‘Abdu’l-Bahá, Promulgation of Universal peace, p. 291
> 40                           Âme, raison, conscience
> 
> La Maison Universelle de Justice la définit ainsi :
> 
> “Un bahá’í reconnaît que l'un des aspects de sa croissance spi-
> rituelle et intellectuelle est de favoriser le développement de sa
> conscience à la lumière de la Révélation divine – une Révéla-
> tion qui, en plus de fournir une richesse de principes spirituels
> et éthiques, exhorte l'être humain à “se libérer des futiles fan-
> taisies et des imitations, à discerner Son œuvre glorieuse avec
> l 'œil de l'unité et à examiner toutes choses avec un œil scruta-
> teur.” Dès lors, ce processus de développement implique un
> examen lucide de la situation du monde avec à la fois la raison
> et le cœur. Un bahá’í comprendra qu'une vie intègre est basée
> sur l'observance de certains principes qui dérivent de la Révéla-
> tion divine et qu'il reconnaît comme essentiels pour le bien-être
> à la fois de l'individu et de la société. Pour préserver de tels
> principes, il sait que dans certains cas la soumission volontaire
> aux incitations de sa propre conscience personnelle à la déci-
> sion de la majorité est une exigence consciente, tout comme en
> acceptant de tout cœur la décision majoritaire d'une assemblée
> à l'aboutissement de la consultation. La conscience, cependant,
> n'est pas un absolu immuable. Une définition du dictionnaire,
> bien qu'elle ne couvre pas tous les usages courants du terme,
> présente la compréhension commune du mot conscience
> comme “le sens du bien et du mal en ce qui concerne des
> choses dont on est responsable ; la faculté ou le principe qui
> s'articule autour de la qualité morale des actes ou des motiva-
> tions d'un individu, approuvant le bien et condamnant le
> mal.”105
> 
> On peut voir via de nombreux extraits d'Écrits qu'une distinction est
> faite entre la raison et la conscience, et qu'il s'agit de deux entités
> distinctes même si, en fin de compte, elles sont inter-dépendantes et
> qu'elles utilisent les mêmes instruments que sont la réflexion, la
> compréhension, la méditation, etc. Très schématiquement, nous dirons
> 
> 105 The Universal House of Justice, 1998 Feb 08, Materialistic Elements in Academic
> Scholarship, p. 3
> La condition humaine                           41
> 
> que la raison permet de distinguer le vrai du faux et que la conscience
> fera la part entre le bien et le mal. La conscience est-elle comme la
> raison un fruit de l'âme ? Peut-on dire que l'esprit humain est une âme
> dotée de raison et de conscience ?
> 
> Ce qui semble certain c'est que la conscience a pour intérêt qu'elle
> entraîne la connaissance de notre moi et permet grâce à la raison de
> faire les ajustements nécessaires de nos pensées, de notre
> compréhension du but de la vie terrestre et des actions à entreprendre
> pour réaliser notre destinée personnelle. Et en définitive, chaque être
> humain est responsable devant Dieu de l'usage qu'il fait des capacités
> qu'il possède ; la conscience ne doit jamais être le fruit d'une contrainte,
> soit par d'autres individus, soit par des institutions.
> 
> “La conscience d'une personne peut se former par une re-
> cherche désintéressée de la vérité et de la justice, tandis que
> celle d'une autre personne peut dépendre d'une prédisposition
> irréfléchie à agir en accord avec ces modèles de normes, prin-
> cipes et interdictions qui sont le produit de son environnement
> social. Dès lors, la conscience peut servir de rempart à un ca-
> ractère intègre ou bien peut représenter une accumulation de
> préjugés appris de ses ancêtres ou imprégnés d'un code social
> limitatif.”106
> 
> Ceci montre que, tout comme pour la raison, il y a des limites à ce que
> nous pouvons connaître et comprendre : “Il y a beaucoup de mondes de
> lumière. Car de même que la plante imagine que la vie s'arrête avec
> elle-même et n'a aucune connaissance de notre existence, l'être humain
> ayant un esprit matériel n'a aucune connaissance d'autres mondes de
> conscience.”107
> 
> [Quant à la question que l'on peut légitimement se poser, ‘Abdu’l-Bahá
> répond : La vertu distinctive ou plus de l'animal est son sens des
> perceptions : il voit, entend, sent, goûte et ressent, mais en retour il est
> 106 The Universal House of Justice, 1992 Dec 10, Issues Related to Study
> Compilation
> 107 DP, p. 123.
> 42                         Âme, raison, conscience
> 
> incapable de conceptualisation ou de réflexions conscientes qui
> caractérisent et différencient le royaume humain.]
> 
> Il nous reste maintenant à mentionner et prendre en considération le
> dernier élément essentiel, sans lequel tous ces pouvoirs, facultés et
> capacités, aussi loin que puisse être poussée l'éducation, ne serviraient à
> rien : l'esprit de foi.
> 
> “Mais l'esprit humain, tant qu'il n'est pas assisté par l'esprit de foi, ne
> peut prendre connaissance des mystères divins et des réalités célestes.
> C'est comme un miroir qui, bien qu'il soit clair, brillant et poli, a quand
> même besoin de lumière. Ce n'est que lorsque un rayon de soleil tombe
> sur lui qu'il peut découvrir les mystères divins.”108
> 
> “Le progrès spirituel se fait via les souffles du Saint-Esprit et consiste
> en l'éveil de l'âme consciente de l'être humain à la perception de la
> réalité de la divinité. Le progrès matériel assure le bonheur dans le
> monde matériel. Le progrès spirituel assure le bonheur et l'évolution
> éternelle de l'âme.”
> 
> “En ce qui concerne la capacité de comprendre, la grâce de l'Esprit
> saint est le véritable critère au sujet duquel il n'y a aucun doute ou
> incertitude. Cette grâce réside dans les confirmations de l'Esprit-saint
> qui sont accordées à l'être humain et par lesquelles la certitude est
> atteinte.”109
> 
> “L'autre sorte de connaissance, qui est une connaissance intuitive ou
> existentielle, est comme la connaissance et la perception de son propre
> moi. Par exemple, la raison et l'esprit de l'être humain perçoivent tous
> les états et conditions de toutes les parties et tous les membres du corps,
> et de toutes les sensations physiques aussi bien que des pouvoirs
> spirituels, des perceptions et des conditions. Ceci est une connaissance
> existentielle par laquelle l'humain prend conscience de sa propre
> condition. Il ressent et comprend tout à la fois car l'esprit englobe le
> 
> 108 SAQ 55
> 109 Ibid. 83
> La condition humaine                            43
> 
> corps et est conscient de ses sensations et pouvoirs. Cette connaissance
> n'est pas le résultat d'un effort et d'une acquisition.”110
> 
> Une exploration croissante de la relation existant entre la “conscience”
> et le cerveau indique que la source du “moi” est métaphysique et non
> biologique, même si il communique en va et vient par l'intermédiaire du
> cerveau aussi longtemps que dure cette relation. Mais sans cet esprit de
> foi, si l'on s'en tient à une approche purement raisonnée, sans vision d'un
> monde transcendant, notre compréhension de l'existence humaine reste
> très limitée : “Il y a beaucoup de mondes de lumière. Car de même que
> la plante imagine que la vie s'arrête avec elle-même et n'a aucune
> connaissance de notre existence, l'être humain ayant un esprit matériel
> n'a aucune connaissance d'autres mondes de conscience.”111
> 
> Nous voici maintenant en possession de tous les éléments nécessaires
> pour nous faire une image de la condition humaine. Elle repose sur trois
> aspects de l'être humain. Sa nature animale, humaine, et spirituelle, qui
> impliquent chacune à la fois notre grandeur et notre faiblesse.
> 
> La nature animale de l'humain est soumise à toutes les lois de la nature –
> naissance, faim, soif, maladie, souffrance, instincts, procréation, mort.
> 
> La nature humaine qui se caractérise par des facultés mentales permet-
> tant d'étudier ces lois naturelles, de les comprendre, de les reproduire et
> de s'en affranchir jusqu'à un certain point. L'étendue de ces facultés ce-
> pendant reste soumise aux lois qui régissent les circuits neuronaux, ren-
> dant ainsi parcellaire notre connaissance et compréhension des phéno-
> mènes physiques.
> 
> La nature spirituelle est celle d'un esprit amené à évoluer vers l'Absolu à
> travers une infinité de mondes spirituels qui échappent à notre compré-
> hension. Cette évolution est elle-même soumise à des lois que nous ré-
> vèlent les grands Éducateurs spirituels de l'humanité.
> 
> 110 Ibid. 40
> 111 DP, p. 123.
> 44                          Âme, raison, conscience
> 
> Quelque soit le plan sur lequel nous nous plaçons, la condition humaine
> est donc celle de la soumission - à la nature, à la pensée et à l'ego. La
> grandeur de l'être humain réside dans le fait qu'il peut en partie contrôler
> les lois naturelles (sauf la naissance et la mort), qu'il peut développer
> ses facultés mentales et qu'il peut progresser spirituellement grâce à la
> conscience de soi en se détachant du moi. L'ensemble des lois agissant
> pour constituer un être dit humain peut être résumé en une seule : la Loi
> de Dieu, cette Loi universelle qu régit tous les événements et le fonc-
> tionnement de l'univers et de tout ce qui est créé.
> 
> “Tous les êtres, universels ou particuliers, ont été créés parfaits et
> complets dès le commencement. Tout ce que l'on peut dire est que leur
> perfection n'est devenue apparente que graduellement. La loi de Dieu
> est une ; l'évolution de l'existence est une ; l'ordre divin est un. Tous
> les êtres, petits ou grands,sont sujets à une seule loi et un seul ordre.”112
> 
> L'élément le plus important au sein de cette Loi est la force d'attraction.
> Cette force qui attire les particules élémentaires entre elles, formant des
> atomes qui se lient pour former des molécules, constituant des éléments
> de plus en plus complexes jusqu'à l'être humain ; la même force qui
> régit les relations entre étoiles, planètes et galaxies ; et cette force qui lie
> les êtres humains et nous attire vers Dieu, n'est autre que ce que l'on
> appelle l'amour. Sans cette force, tout ce qui existe se désagrégerait et ne
> serait plus que néant.
> Bien que disposant d'un libre arbitre qui permet à l'être humain
> d'accepter ou pas, se soumettre à la Volonté divine est donc en soi un
> acte d'amour.et la condition humaine est de nous développer
> spirituellement car l'acquisition des vertus et qualités divines
> déterminera notre évolution dans l'autre monde, tandis que pendant cette
> vie terrestre nous atteindront le rang le plus élevé, celui de la noblesse.
> 
> “La condition humaine est celle d'une profonde impuissance et d'une
> absolue pauvreté. Toute la puissance et tout le pouvoir appartient à
> Dieu seul, et l'exaltation ou l'abaissement de l'être humain dépendent de
> 
> 112 SAQ 51:4
> La condition humaine                             45
> 
> la volonté et du dessein du Suprême. ... De plus, l'immobilité de
> l'humain ou son mouvement même sont conditionnés par l'aide de Dieu.
> Si cette assistance échouait à l'atteindre, il ne peut faire ni bien ni mal.
> Mais lorsque l'assistance du Très-Généreux confère l'existence à l'être
> humain, il est capable de faire les deux. Et si cette assistance était
> supprimée, il deviendrait absolument démuni... tous les actes des êtres
> humains sont soutenus par l'assistance divine, mais le choix du bien
> ou du mal n'appartient qu'à lui seul.”113
> 
> La condition humaine repose donc sur la vision que nous avons de la
> finalité de la création et de l'être humain en particulier. Bien que ce
> dernier dispose d'un libre-arbitre, il est tributaire à la fois des lois de la
> nature et de sa réalité spirituelle, qu'il le veuille ou non, et en ce sens il
> est déterminé. L'être humain ne peut se soustraire ni à l'une ni à l'autre.
> Sur le plan physique, il ne peut échapper à la maladie, à la souffrance ou
> au vieillissement, et sur le plan spirituel il dépend de la volonté divine
> qui prescrit les règles. Il est tout à fait illusoire d'essayer de contourner
> la réalité physique, tandis que notre destin spirituel repose sur
> l'acceptation consciente et la soumission librement consentie à notre
> réalité d'êtres créés. Dieu a voulu pour nous un rang particulier dans
> l'univers et les efforts faits pour atteindre ce rang nous approcheront de
> ce que nous appelons la noblesse.
> 
> La véritable noblesse est d'accepter consciemment et volontairement la
> volonté divine, en faisant abstraction des désirs du moi, en faisant
> preuve d'humilité face au Créateur. Elle est la manifestation de la vraie
> liberté et le signe de la vraie connaissance. Elle se traduit bien sûr dans
> l'apparence, mais aussi dans le langage, les pensées et les actes. S'amé-
> liorer spirituellement c'est “...atteindre le but ultime de l'existence qui
> est le rang de la vraie compréhension et de la noblesse.”114 “Et pour ce
> faire l'être humain devrait connaître son propre moi et reconnaître ce
> qui conduit à l'élévation ou à la bassesse, à la gloire ou à l'humiliation,
> à la richesse ou à la pauvreté.” “Dis : l'honnêteté, la vertu, la sagesse
> et un caractère saint rejaillissent sur l'élévation de l'être humain, tandis
> 
> 113 Ibid. 70
> 114 Bahá’u’lláh, Lawḥ-i-Maqṣúd
> 46                           Âme, raison, conscience
> 
> que la malhonnêteté, l'imposture, l'ignorance et l'hypocrisie conduisent
> à son abaissement. Par ma vie ! La distinction de l'être humain ne ré-
> side pas dans les ornements ou la richesse mais plutôt en une conduite
> vertueuse et une véritable compréhension.”115 “Selon l'estimation du
> peuple de Bahá, la gloire de l'être humain réside en sa connaissance,
> la droiture de sa conduite, son caractère louable, sa sagesse et non en
> sa nationalité ou son rang.”116 “L'être humain acquière des vertus ; la
> nature en est privée. L'être humain peut volontairement mettre fin aux
> vices, la nature n'a aucun pouvoir de modifier l'influence de ses ins-
> tincts. Globalement, l'être humain est plus noble et supérieur ; il y a en
> lui un pouvoir idéal surpassant sa nature. Il possède une conscience, la
> volonté, l'intelligence, les attributs divins et des vertus dont la nature
> est complètement privée, dépourvue et réduite ; dès lors, l'être humain
> est supérieur et plus noble en raison des forces idéales et célestes qui
> sont latentes et manifestes en lui.”
> ‘Abdu’l-Bahá déclare également que “l'honneur suprême et le véritable
> bonheur réside dans le respect de soi, de hautes résolutions et de nobles
> desseins, dans l'intégrité, dans les qualités morales et la pureté de
> l'esprit.”117
> 
> Le constat n'est malheureusement que trop évident : “Noble t'ai-Je créé,
> pourtant tu t'es abaissé.”118 Et la question abrupte : “Je t'ai créé noble,
> à cause de quoi t'abaisses-tu ?”, rappelant que l'attachement aux
> choses matérielles et à notre moi est le principal obstacle à surmonter.
> 
> “Ô peuple du monde ! Ne suivez pas les incitations du moi, car il
> appelle avec insistance à la vilenie et à la luxure.”119 “Dis : délivrez vos
> âmes, ô peuple, de l'asservissement au moi, et purifiez-les de tout
> attachement à autre chose que Moi.”120 “Ton cœur est Mon trésor ; ne
> permets pas à la main perfide du moi de te voler les perles que j'y ai
> 
> 115 Bahá’u’lláh, Kalimát-i-Firdawsíyyih
> 116 Ibid. 7ème feuille
> 117 ‘Abdu’l-Bahá , Secret civilisation mondiale
> 118 Parole cachée arabe 22
> 119 Kitáb-i-Aqdas, par. 64
> 120 GL, CXXXVI
> La condition humaine                         47
> 
> précieusement placées.”121
> 
> La condition pour atteindre la noblesse est dès lors de s'élever “jusqu'à
> ce pour quoi tu fus créé.” Et le chemin le plus souvent mis en évidence
> est la souffrance : “C'est seulement par la souffrance que la noblesse du
> caractère peut devenir manifeste.”122 La souffrance est incontournable si
> l'on veut progresser spirituellement, mais une condition s'impose :
> comprendre ce que cette souffrance veut nous apprendre.
> “L'existence physique de l'être humain sur cette terre est une période
> pendant laquelle l'exercice moral de son libre arbitre est mis à l'épreuve
> et testé afin de préparer son âme pour les autres mondes de Dieu et
> nous devons accueillir les afflictions et les tribulations comme des op-
> portunités de perfectionnement de notre moi éternel.”123 La souffrance
> nous aide entre autre à développer une des plus importantes qualités spi-
> rituelles, la compassion, car sans avoir souffert, il serait impossible de
> participer à la souffrance des autres. Elle permet également de dévelop-
> per la force d'âme, la patience, le contentement et est paradoxalement
> reliée au bonheur, toutes choses qui sont en dehors du cadre de cet essai.
> 
> “La raison et l'esprit de l'être humain avancent lorsqu'il est mis à
> l'épreuve par la souffrance... la souffrance et les tribulations libèrent
> l'être humain des affaires insignifiantes de cette vie terrestre jusqu'à ce
> qu'il arrive à un état de complet détachement. Son attitude en ce monde
> sera celle du bonheur divin. L'être humain, pour ainsi dire, est
> immature ; la chaleur du feu de la souffrance le développera.”124
> 
> La vraie condition humaine étant donc essentiellement une relation de
> soumission à la loi divine qui régit notre vie physique aussi bien que
> spirituelle, il existe néanmoins une soumission qui n'est pas acceptable,
> la soumission à notre ego, à nos désirs de pouvoir, de gloire et de
> richesse, toutes choses qui nous séparent de Dieu. Sans entrer dans le
> détail, nous comprenons ainsi l'importance de la notion de détachement.
> 
> 121 Ibid. CLII
> 122 Shoghi Effendi, Lights of Guidance, p. 603
> 123 Lights of guidance 367
> 124 The Divine Art of Living
> 48                           Âme, raison, conscience
> 
> “En référence à ce que signifie le fait qu'un individu devienne
> entièrement oublieux de son moi : l'intention est qu'il devrait se lever et
> se sacrifier, dans le bon sens du terme, c'est à dire qu'il devrait
> masquer les injonctions de la condition humaine et se débarrasser lui-
> même des caractéristiques telles que celles qui sont sujettes aux blâmes
> et qui constituent la ténébreuse obscurité de la vie sur terre – non qu'il
> doive laisser sa santé physique se détériorer et son corps devenir
> infirme.”125
> 
> Un autre élément de la condition humaine est le fait que l'être humain
> est fait pour travailler, à la fois pour vivre, faire vivre sa famille et servir
> l'humanité, le service étant une des autres clés du progrès spirituel.
> “Tous les êtres humains ont été créés pour faire progresser une
> civilisation en constante évolution.”126 “Tout le travail et l'effort
> déployés par l'humain du profond de son cœur est une adoration, si ils
> sont motivés par les plus hautes intentions et la volonté de rendre
> service à l'humanité.”127
> 
> La condition humaine apparaît donc comme suit : l'être humain est basi-
> quement un animal mais doté intrinsèquement de facultés extraordi-
> naires et de pouvoirs très puissants, désignés de façon globale comme
> l'esprit humain, à savoir une âme qui a la particularité de pouvoir
> connaître tout un univers dit spirituel, et dont la raison d'être est de dé-
> velopper en lui-même tout ce qui le rapprochera du Souverain de cet
> univers invisible et transcendant. Chaque être humain a une individuali-
> té propre (son âme), dotée d'une capacité de compréhension, grâce au
> pouvoir de réflexion du cerveau et du cœur (sa raison), et à la connais-
> sance de son moi via sa conscience. La finalité de sa vie est de progres-
> ser spirituellement dans sa connaissance de Dieu et dans l'amour qu'il a
> pour Lui. Pour ce faire, chaque être humain a reçu une mesure pré-or-
> donnée de capacités qu'il est libre de développer ou pas, sachant que sa
> vie ici bas n'est qu'un tremplin pour une autre vie faite d'un voyage
> continu et sans fin vers l'Absolu, dans lequel nous conservons la raison
> 125 The Universal House of Justice, 1998 Feb 08, Materialistic Elements in Academic
> Scholarship, p. 3
> 126 GL, chap. CIX
> 127 ‘Abdu’l-Bahá, Causeries à Paris
> La condition humaine                             49
> 
> et la conscience. Toutes ces richesses, facultés, pouvoirs, capacités, sont
> largement tributaires de l'éducation acquise dans des environnements fa-
> miliaux et sociaux très variés mais où les qualités spirituelles enseignées
> de tout temps par les Éducateurs divins sont le fil conducteur.
> 
> Nous pensons souvent, à tort, que nous sommes capables de vivre en
> nous appuyant uniquement sur nos facultés mentales et qu'il n'est nul
> besoin de faire intervenir un Dieu qui, pour certains, relève de la pure
> imagination. C'est là commettre une grossière erreur car toute cette
> humanité, cette vie humaine, dépendent complètement de la volonté
> divine et tous les problèmes rencontrés proviennent de notre refus
> d'admettre.que l'être humain, de lui-même, ne peut s'améliorer.
> 
> “Est-il dans le pouvoir humain d'effectuer une transformation si
> complète des éléments constituant les minuscules particules
> indivisibles de la matière qu'elles seraient transmuées en or pur ?
> Aussi complexe et difficile que cela puisse paraître, la tâche encore plus
> grande de convertir les forces sataniques en pouvoir céleste est l'une
> de celles que Nous avons le pouvoir d'accomplir. La Force capable
> d'une telle transformation transcende la puissance de l'Élixir lui-même.
> Le Verbe de Dieu, seul, peut revendiquer la distinction d'être doté de la
> capacité requise pour accomplir un changement si considérable et de
> si grande ampleur.”128
> 
> En guise de résumé, la condition humaine apparaît sous ses multiples
> aspects : celui d'un être de chair et d'os soumis aux lois de la nature, en
> particulier la souffrance et la procréation ; celui d'un être social
> travaillant et servant l'humanité ; celui d'un être en besoin d'éducation
> pour développer les facultés intrinsèques qu'il possède de façon latente ;
> et celui d'un être spirituel, doté d'une âme, abstraction utilisant la raison,
> la conscience de soi et l'esprit de foi pour évoluer dans le sens spirituel
> en préparation à une vie après la mort où il conservera son
> individualité.
> 
> 128 GL, chap. XCIX
> 50                        Âme, raison, conscience
> 
> “Ces énergies dont l'Étoile de la bonté divine et la Source de guidance
> céleste a doté la réalité de l'être humain se trouvent latentes en lui,tout
> comme la flamme est cachée dans la bougie et les rayons de lumière
> sont potentiellement présents dans la lampe. Le rayonnement de ces
> énergies peut être obscurci par les désirs terrestres tout comme la lu-
> mière du soleil peut être dissimulée sous la poussière et les impuretés
> qui couvrent le miroir. Ni la bougie ni la lampe ne peuvent être allumées
> par leurs propres efforts seuls, et il n'est jamais possible pour le miroir
> de se libérer lui-même des impuretés. Il est clair et évident que tant
> qu'un feu n'est pas allumé, la lampe ne sera jamais allumée, et à
> moins que les souillures ne soit enlevées de la face du miroir, il ne peut
> jamais représenter l'image du soleil ni réfléchir sa lumière et sa
> gloire.”129
> 
> “Grâce aux Enseignements de cette Étoile de vérité, chaque être
> humain avancera et se développera jusqu'à ce qu'il atteigne le rang où
> il peut manifester les forces potentielles dont son véritable moi profond
> a été doté. C'est pour ce dessein précis qu'en chaque âge et en chaque
> Dispensation, les Prophètes de Dieu et leurs élus sont apparus au sein
> des êtres humains et ont démontré un pouvoir né de Dieu et une telle
> puissance que seul l'Éternel peut révéler.”
> 
> Reste donc à chaque être humain de choisir, en âme et conscience, s'il
> veut progresser dans le sens des vertus et atteindre à la noblesse, ou s'il
> veut obstinément rester attaché à son confort matériel, de façon égoïste
> et perpétuer les côtés sombres de l'humanité. Le chemin du progrès
> spirituel est certes long, tortueux et parsemé d'épreuves, mais vaincre la
> bataille contre le moi est à la portée de tous, pour peu qu'existe la
> volonté, consciente, assumée, de se soumettre à la grande Loi qui sous-
> tend l'univers créé. Le voyage continuera ensuite dans d'autres mondes
> que malheureusement nous ne pouvons imaginer mais dont de mot-clé
> est félicité.
> 
> 129 GL, chap. XXVII
> La condition humaine                       51
> 
> “L'être humain est un enfant de Dieu ; le plus noble, le
> plus élevé et bien-aimé de Dieu son créateur. Dès lors, il
> doit toujours s'efforcer que les bontés et vertus divines qui
> lui ont été accordées prédominent et le contrôlent. Pour le
> moment, le sol du cœur humain semble foncé comme la
> terre mais au sein de la plus profonde substance de ce sol
> foncé, il y a en latence des milliers de fleurs parfumées.
> Nous devons nous efforcer de cultiver et éveiller ces
> potentialités, découvrir le trésor secret dans cette mine et
> ce réceptacle de Dieu et faire émerger ces resplendissants
> pouvoirs longtemps cachés dans les cœurs humains. Alors
> les gloires des deux mondes seront combinées et accrues et
> la quintessence de l'existence humaine sera rendue
> manifeste.”130
> 
> ***************
> 
> 130 Bahá’u’lláh, Tabernacle de l'unité divine
> 52                        Âme, raison, conscience
> 
> Principales sources :
> 
> Bahá’u’lláh :
> • Gleanings of the Writings of Bahá’u’lláh
> • Tablets revealed after the Kitáb-i-Aqdas
> • Tabernacle of unity
> • Hidden Words
> • Seven Valleys
> • Kitáb-i-Aqdas
> • Kitáb-i-Íqán
> 
> ‘Abdu’l-Bahá
> • Some Answered Questions
> • Divine Philosopphy
> • Secret of Divine Civilization
> • Letter to Pr. Forel
> • Foundations of World unity
> 
> Lights of Guidance
> 
> Letters from the Universal House of Justice
> La condition humaine   53
> 54   Âme, raison, conscience
>
> — *La Condition Humaine: âme, raison, conscience (Used by permission of the curator)*

